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Cheikh Saad Bouh Kamara : "Le boycott des élections en Mauritanie serait une erreur"

 

 

Combattant de la liberté, Cheikh Saad Bouh Kamara est un sociologue résolument afro-optimiste. Il appelle le pouvoir et l'opposition de Mauritanie à faire des concessions réciproques dans l'intérêt de la démocratisation du pays.

Professeur émérite de sociologie, le MauritanienCheikh Saad Bouh Kamara, 68 ans, est, depuis 1982, consultant international en développement. Il a notamment été vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de Mauritanie. Ce « combattant de la liberté », emprisonné plusieurs fois, est l'auteur de Afrique : Espérance*, un essai dans lequel il présente les réussites africaines dans de nombreux secteurs du développement durable.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir choisi d'aller à contre-courant de l'afropessimisme ?

Cheikh Saad Bouh Kamara : Dès qu'il s'agit de l'Afrique, les médias mettent l'accent sur les guerres civiles, les attentats, les coups d'État ou les meurtres. Les initiatives qui fonctionnent sont malheureusement tues. J'ai alors décidé de lister toutes les actions positives du continent, tout en restant lucide.

Quels sont vos motifs d'« espérance » s'agissant de la Mauritanie ?

Certains sont communs à l'Afrique, comme la jeunesse de la population, le grand marché de consommateurs, la fertilité des terres, les ressources humaines ou encore la fidélité de la diaspora. En Mauritanie, ils ont trait à la libéralisation de l'audiovisuel, à la scolarisation des petites filles, à la signature de la Convention de l'ONU contre les discriminations à l'égard des femmes ou encore aux récentes réformes constitutionnelles. Il sera désormais difficile de prendre le pouvoir autrement que par les urnes.

Le pays a-t-il tourné la page en constitutionnalisant l'interdiction des coups d'État, mais aussi la criminalisation de l'esclavage et la multiethnicité de la nation ?

Je pense que c'est un mûrissement de la démocratie, lequel aboutira à la cohésion sociale et à l'unité nationale. Mais le processus est très long. Ces mesures en constituent le commencement et elles doivent impérativement être accompagnées par une réglementation efficace et une éducation citoyenne de sensibilisation.

Pourquoi la Mauritanie peine-t-elle à être pleinement démocratique ?

Il ne faut pas oublier que nous venons de très loin. Après la colonisation, le parti unique et la naissance de l'État mauritanien avec le président Moktar Ould Daddah, nous avons vécu des années difficiles ponctuées par les putschs. Le seul président démocratiquement élu en 2007 [Sidi Ould Cheikh Abdallahi, NDLR] a été déposé un an plus tard par l'actuel chef de l'État, Mohamed Ould Abdelaziz. Enfin, entre ce dernier et une partie de l'opposition, le dialogue s'est malheureusement rompu.

Quelles solutions proposez-vous pour sortir de cette crise avant les élections (dont la date n'a pas été fixée) ?

Chacun doit faire des concessions. L'État doit être davantage à l'écoute des revendications de ses opposants, allouer un financement aux partis politiques pour leur permettre de faire campagne et mettre en place une commission électorale transparente, composée de personnalités neutres. En contrepartie, l'opposition doit jouer son rôle et lutter pacifiquement, sans chercher à déstabiliser le pouvoir. Elle ferait une erreur en boycottant les élections, mais le pouvoir doit aussi tendre la main aux partis de la Coordination de l'opposition démocratique qui n'ont pas participé au dialogue national. Nous avons besoin de médiateurs pour sortir de l'impasse.

Comprenez-vous la colère des Mauri­taniens, notamment des jeunes ?

Leurs attentes sont très grandes et elles sont loin d'être satisfaites, en Mauritanie comme ailleurs. Outre l'accès à des services de base tels que l'eau ou l'électricité, ils demandent des emplois, une juste répartition des richesses et la cohésion nationale. Si elle veut que ses souhaits soient exaucés, la population doit continuer à manifester pacifiquement, mais l'État doit également faire des efforts pour éviter la répression systématique. Les jeunes peuvent porter haut et loin la démocratie, seul rempart contre l'instabilité.

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Propos recueillis par Justine Spiegel

* Afrique : Espérance, L'Harmattan Mauritanie, 202 pages, 21 euros

 


Interview : Rony Brauman: en Syrie, «on a franchi un seuil qualitatif» avec l'attaque chimique »

Les experts en armes chimiques de l'ONU sur l'un des sites de l'attaque chimique, à Zamalka, dans la banlieue de Damas, le 29 août 2013.Les Occidentaux semblent hésiter à intervenir en Syrie, mais des frappes ciblées sont bien envisagées depuis plusieurs jours. Pourquoi intervenir? Et pourquoi maintenant ? Entretien avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) et professeur à Sciences Po, à Paris.

RFI : La Grande-Bretagne a dit non jeudi soir à une intervention en Syrie, quelle est votre réaction ?

Rony Brauman : Je le regrette parce que je pense qu’il est utile de préparer une intervention ciblée, très limitée, mais une intervention qui soit tout de même significative. Mais tout en le regrettant, je le comprends parfaitement car le Parlement, et l’opinion publique britanniques plus généralement, ont été abreuvés d’intoxications, de fausses nouvelles, de mensonges propagandistes pour justifier des départs en guerre, que ce soit au Kosovo, en Irak ou en Libye, avec des résultats, en tout cas pour ce qui concerne l’Irak et la Libye, qui sont déplorables, qui sont vraiment épouvantables.

Finalement, c’est toujours la même question qui se pose : pourquoi intervenir et à quel moment on a suffisamment d’informations pour décider d’intervenir ?

Absolument. Quelles sont les raisons et quels sont les objectifs ? C’est ça qu’il faut cerner. Les raisons, elles sont claires : c’est l’emploi massif d’armes chimiques, c’est-à-dire l’usage militaire d’armes qui sont destinées à semer la terreur voire l’épouvante.

Mais là, cela fait tout de même deux ans et demi que la terreur règne en Syrie. Plus de 100 000 personnes ont été tuées. Pourquoi cette attaque chimique change-t-elle la donne ?

En effet, c’est une question tout à fait légitime. Moi il me semble - et c’est le fond de ma position - qu’on a franchi un seuil qualitatif et que la question de savoir comment on meurt n’est pas tout à fait indifférente. Cette mort qui suit un effroi - l’arme chimique est indétectable, on ne la respire pas, on ne la sent pas, on ne la voit pas et d’un seul coup, elle peut atteindre des centaines de milliers de personnes avec des bombardements extrêmement limités et qui passent presque inaperçus dans l’ensemble des bombardements - elle revêt cette dimension de terreur totalement indiscriminée qui n’est pas destinée à gagner des positions militaires, mais à semer l’épouvante dans la population.

Donc, est-ce suffisant pour vous, pour l’humanitaire que vous êtes, d’appeler à intervenir militairement en Syrie ?

Je précise que je m’exprime à titre personnel et Médecins sans frontières n’est pas du tout engagé.

Mais vous êtes humanitaire, cela fait de très longues années que vous menez des combats humanitaires. Ne peut-on pas dire que c’est un peu contradictoire de soutenir une intervention militaire ?

Oui, en effet, on peut le dire, il y a quelque chose de contradictoire. D’ailleurs d’une manière générale je suis le premier à être méfiant vis-à-vis des vertus que l’on prête habituellement aux interventions armées. Je suis contre la "responsabilité de protéger", contre les interventions visant à abattre un régime pour lui en substituer un autre. Tout cela, pour moi, relève de l’impérialisme, de gendarmes du monde autoproclamés que je réprouve totalement.

Et en général il y a aussi des conséquences terribles, non seulement pour la population civile sur le moment, mais aussi, on l’a vu en Libye, cela a déstabilisé la région. Après, des armes ont circulé...

C’est une des raisons pour laquelle j’étais complètement opposé à l’intervention en Libye. De même que je suis opposé à une intervention visant à renverser le régime de Bachar el-Assad. Je soutien l’idée telle que, d’ailleurs, le président de la République française l’a soutenue aujourd’hui, d’une intervention extrêmement limitée visant des pistes aériennes, des stocks de munitions - certainement pas, d’ailleurs, des stocks de munitions chimiques et c’est un paradoxe, car on risquerait d’aggraver un problème que l’on veut au contraire contenir -, mais s’attaquer à des installations de matériels militaires de façon d’une part à marquer une riposte décidée, et d’autre part à installer également une sorte de jurisprudence politique internationale concernant la détention et a fortiori l’usage d’armes de ce type.

Il est plus que temps alors qu’en 1925, a été signé la première convention interdisant l’emploi des armes chimiques. En 1993 a été signée une autre convention relative aux mêmes questions. Il est extrêmement important de venir à bout de ces armes-là. Or elles sont détenues par bien d’autres gens que les Syriens. Les Russes, les Américains, les Français, peut-être - je n’en suis pas certain mais je crois bien que c’est le cas-, les Britanniques, les Israéliens et bien d’autres pays détiennent cette arme.

Trois jours de frappes militaires pourraient-ils marquer le coup, pourraient-ils suffire à changer quelque chose ?

Je n’ai pas cette naïveté. Je ne pense pas que, du jour au lendemain, avec trois jours de frappe, on va réduire cela. Mais la contradiction qui apparaîtra au grand jour entre le fait de condamner l’usage des armes chimiques et le fait d’en détenir me semble porteuse d’un débat, d’une mise à jour de ces tensions, et donc d’une possible évolution du monde dans le bon sens de ce point de vue là.

On a eu l’histoire des armes de destruction massive en Irak, on a eu la menace d’un massacre de la population à Benghazi... Cette fois, il faut quand même vérifier qu’il y a bien eu attaque chimique, et vérifier aussi que c’est bien le régime syrien qui en est à l’origine. Pourquoi ne voulez-vous pas attendre que les inspecteurs de l’ONU aient fini leur enquête. Pour vous, c’est sûr, c’est Bachar el-Assad qui est responsable ?

Je ne cherche pas du tout à exercer une pression d’urgence. Je considère que c’est un acte grave. Il faut y réfléchir. Il faut prendre des précautions. Il faut s’assurer qu’on n’est pas l’objet d’intoxication. Je le comprends tout à fait. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement d’un soutien de principe à une riposte ciblée, limitée dans le temps, face à cet usage disons éventuel. Cela dit, quand on dit "éventuel", je crois que personne ne conteste aujourd’hui le fait que des armes chimiques aient été employées contre la population dans les alentours de Damas.

Ce qui est encore en discussion et ça mérite d’être discuté, c’est : qui est l’auteur de ces tirs d’obus chimiques. Mais pas le fait que des tirs d’obus chimiques aient bien eu lieu. Au moins, il n’y a pas de discussions sur les faits, ils sont avérés. Contrairement à ce que l’on pouvait dire des armes dites de destruction massive en Irak ou du massacre de la population de Benghazi tel qu’il était présenté par Nicolas Sarkozy et les différents pays qui sont intervenus à ce moment-là. Là, la situation se présente d’une façon différente. Je suis bien d’accord avec le présupposé de votre question, à savoir que tout cela mérite des précautions qu’il faut éviter de « sur simplifier » au risque d’aggraver une situation et qu’il faut donc aller au fond des choses.

Source : AFP

 

Mohamed Aly Chérif, député UPR à l’Assemblée Nationale : 'Un gouvernement d’union supprimerait ou, à tout le moins, ... ...diminuerait les prérogatives de la CENI, notamment la plus fondamentale : son indépendance'.

Mohamed Aly Chérif, député UPR à l’Assemblée Nationale : 'Un gouvernement d’union supprimerait ou, à tout le moins, ...

Le Calame : La Majorité Présidentielle (MP) à laquelle vous appartenez réaffirme sa disponibilité au dialogue pour améliorer l’accord signé avec une partie de l’opposition mais rejette le principe du gouvernement de consensus que préconisait l’initiative du président Messaoud Ould Boulkheïr et affirme que les élections auront bien lieu, même sans l’opposition, à la date fixée par la CENI. N’est-ce pas dire, tout compte fait, que la porte du dialogue est verrouillée?

Mohamed Aly Chérif : Je souhaite d’abord saluer l’intérêt constant que votre journal, Le Calame, a apporté à la naissance officielle d’une presse libre en Mauritanie. Une presse qui ne se prosterne pas. J’évoque, à cet égard et avec émotion, le rôle fondamental joué par le génial fondateur du Calame, Habib Ould Mahfoudh, dont je salue la mémoire en priant le Tout Miséricordieux de l’agréer en son Paradis.

Passons alors à votre question. Etant en voyage, j’étais pas présent à cette rencontre. Mais ce qui m’a été rapporté par les collègues et confirmé le lundi 21 mai, lors d’une longue réunion du groupe parlementaire de l’UPR, c’est que le président et la MP acceptent pleinement la mise en œuvre de l’initiative du président Messaoud Ould Boulkheïr, à l’exception du « gouvernement de consensus ».

Je partage personnellement cette position pour au moins deux raisons : la première est qu’il y aurait redondance, confusion et gaspillage de moyens, en introduisant un gouvernement d’union ou de consensus, car cela supprimerait ou, à tout le moins, diminuerait les prérogatives de la CENI, notamment la plus fondamentale : son indépendance.

La deuxième est précisément qu’à mon sens, il n’y a actuellement aucune crise nationale qui impose la mise en place d’une structure gouvernementale d’exception. Sur ce plan, je suis de ceux qui estiment que, depuis l’élection de Mohamed Ould Abdel Aziz à la présidence de la République, toutes les forces politiques ont cessé de contester sa légitimité.

A mon avis, ceux qui reviennent en arrière sur ce point devraient montrer un peu de patience car la fin du mandat du président de la République est proche, ils ont le temps de cultiver leur légitime ambition à se présenter à la prochaine élection présidentielle, s’ils le veulent. En tout état de cause, le président Mohamed Ould Abdel Aziz garde toutes ses prérogatives constitutionnelles et je ne vois aucune raison qu’il s’en dessaisisse par des voies détournées.

- Que vaudraient des élections sans les partis les plus significatifs de l’opposition ? Ne serait-ce pas là un pas en arrière, par rapport aux élections de 2007 ?

- Les élections sont un processus libre, tant pour les électeurs que les éventuels candidats. Il est effectivement fondamental que les citoyens, assurant toutes leurs responsabilités, y prennent part. Si la participation n’est pas obligatoire, je souhaite, comme les amis de la majorité, la participation la plus large et, notamment, de l’importante frange de l’opposition qui a marqué des réticences.

Je les respecte : elle a le droit, elle a le devoir, de tout faire pour que le scrutin soit réellement régulier et transparent. Or, cette double exigence concerne la mise en œuvre des moyens susceptibles d’aider la CENI à respecter, strictement, les claires modalités et conditions qui fondent et déterminent le fonctionnement du processus électoral.

La participation de cette frange de l’opposition – elle possède une grande expérience en la matière et un vivier de cadres généralement assez compétents pour y contribuer de manière réellement efficace – devrait fournir des garanties supplémentaires pour la réussite des consultations à venir. Concernant la date, c’est le texte même de la loi qui dispose que c’est la CENI qui la fixe.

Mais rien n’est tard, à mon avis, pour que tous ces problèmes et d’autres questions éventuelles fassent l’objet d’examen et d’accord, dans le cadre de l’initiative du président Messaoud. Je pense qu’il est essentiel que tous les acteurs concernés essaient de s’entendre, en accordant un minimum de bonne foi aux intentions de l’autre, dans le cadre de garanties consensuelles qu’à ma connaissance, la majorité ne rejette absolument pas.

- Lors de sa rencontre avec les députés de sa majorité, le président les aurait avertis que ceux d’entre eux sans assise populaire dans leur circonscription ne seraient pas reconduits. On imagine que beaucoup de vos collègues doivent « s’inquiéter » ?

- Concernant cette troisième question, cela devrait aller de soi, me semble-t-il, que ceux qui n’ont pas d’assise populaire ne peuvent être reconduits. C’est aussi valable, d’ailleurs, pour l’opposition. Mais chaque camp a ses modalités d’évaluation. En ce qui concerne la majorité, je pense qu’effectivement, il y a des ambitions diverses – comme dans l’opposition – qui peuvent se manifester et il est essentiel que les instances politiques assurent qu’il n’y aura pas de favoritisme, sans oublier qu’il est indispensable d’œuvrer au maintien de la cohésion interne, à tous les niveaux.

- Que répondez-vous, d’une part, à la COD qui surfe sur les présumés « scandales financiers » et suspecte le pouvoir de traiter avec les narcotrafiquants et, d’autre part, à l’APP qui doute de la sincérité de l’enrôlement ?

- Je ne pense pas que le « surfing « soit une arme de combat. A trop prendre comme argumentaire ce que publient les réseaux, par ailleurs démenti de façon catégorique, y compris par une haute personnalité étrangère qui y avait recouru, sans trop de précautions, le « surfing » dont vous parlez n’a eu de réalité que dans le virtuel.

Moi, c’est l’œuvre effectivement accomplie qui m’intéresse. Et les réalisations concrètes, amples, visibles du pouvoir se donnent à lire d’elles-mêmes. Tant en matière de forages, d’infrastructures routières, d’énergie électrique, de santé, d’éducation, de développement rural sur tout le territoire national. Et en des temps-records.

Mais, plus fondamental encore, pour moi, il y a eu le règlement du très lourd passif humanitaire. Tant au plan du rapatriement ordonné des déportés qu’au niveau, particulièrement délicat, de la régularisation – autant que ce terme puisse en exprimer la tragique réalité – de la terrible situation qui prévalut dans l’armée et les forces de sécurité. En plus du règlement, forcément lent mais accompli, des droits des fonctionnaires et des agents de l’Etat victimes des évènements de 1989-1991.

J’ajoute, à ce chapitre, la mise en œuvre d’une politique globale que je souhaite de plus en plus cohérente et ferme, pour encourager, avec la rigueur requise, la disparition de l’esclavage et de ses séquelles dans tous les domaines. Concernant l’enrôlement, il y a eu des défaillances certaines et des erreurs, que j’ai personnellement évoquées, à maintes reprises, à chaque fois que j’ai eu des éléments convaincants, avec le ministre de l’Intérieur et avec l’administrateur de l’Agence nationale.

Et s’il continue certainement de s’en présenter, je sais que des instructions fermes ont été données, pour apporter les remèdes appropriés et rétablir pleinement tous les citoyens dans leurs droits, à l’intérieur comme à l’extérieur. En tout état de cause, je suis convaincu qu’il n’y a absolument aucune volonté délibérée d’exclusion, à quelque titre que ce soit.

- Un des responsables de l’UPR disait, récemment, sur une radio privée de la place, que le gouvernement d’union réclamée par l’opposition va à l’encontre de la Constitution. Êtes-vous de son avis ?

- Je crois avoir répondu indirectement à cette question. N’étant pas juriste, je ne peux aller plus avant. Sauf à dire qu’à ma connaissance, aucune disposition, législative ou réglementaire, ne prévoit une telle structure. Le seul gouvernement est celui que forme le président de la République qui peut l’appeler, évidement, sous le vocable qu’il estime convenir.

-Lors de votre passage à la TVM, vous avez rendu un vibrant hommage à l’ancien président Moktar Ould Daddah. Pouvez –vous nous évoquer les rapports que vous aviez entretenus avec le père de la Nation mauritanienne ?

- Vous dites que j’ai rendu un vibrant hommage au Président Moktar Ould Daddah. En toute conscience, je pense que je n’ai évoqué que quelques unes de ses qualités d’homme, et réalisations d’homme d’Etat. Du reste, l’une de nos principales convergences fut toujours de tout faire pour placer les choses dans le cadre de la pondération, et d’éviter strictement d’inscrire les comportements et l’action sur le registre de la louange, signe pouvant pousser à la démesure.

Quant à nos rapports, je ne peux les caractériser mieux qu’il ne l’a fait – sans que le sache avant la parution de ses mémoires – dans son ouvrage « La Mauritanie contre vents et marées » : une compréhension réciproque exemplaire.

Je précise seulement que la relation qui s’est instaurée entre lui et moi durant la dizaine d’années que j’eus le privilège de le côtoyer, et d’assister autant que possible, s’inscrivait dans le cadre de l’œuvre complexe et périlleuse même, toujours déterminée qu’il s’était fixée pour jeter les bases d’un Etat mauritanien en vue de construire, avec tous les compatriotes qui l’ont voulu, une Patrie Mauritanienne, réelle, solide, tournée vers l’émancipation et le progrès partagé. Bref, une Mauritanie égalitaire, solidaire et fraternelle. Or, cet objectif fut largement atteint au prix, certes, d’immenses efforts.

Davantage, le Président Moktar Ould Daddah put, contre toute attente, et malgré le poids spécifique infime sur la scène internationale hisser son pays au rang d’une Nation connue et respectée, non seulement au plan africain et arabe, ou du tiers monde, mais dans le monde.

Il pesa même d’un poids non négligeable, dans l’accélération des luttes de libération en Afrique et en Asie, comme il contribua, à des niveaux élevés de la diplomatie internationale de l’époque, à aplanir des relations tendues entre des puissances qui comptent et à l’instauration d’ententes et d’une coopération durable, là où son influence et son action ne pouvaient être attendues. Voilà ce qui justifie ce qui ne pouvait qu’appeler la collaboration loyale et entière de ma part, et celle d’autres.

-Pensez-vous que la Mauritanie accorde à son premier président, la place qui lui sied dans son histoire ?

-Je ne révèle rien en disant que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a, très tôt, de son propre chef, courageusement et clairement exprimé la reconnaissance de la Nation à l’endroit du fondateur de l’Etat Mauritanien. Il l’a dit et répété publiquement, et même donné, à titre symbolique, le nom d’une des plus grandes rues de la capitale au premier chef de l’Etat de notre pays, bâtisseur justement de cette capitale à partir de rien.

Le président Aziz a également accordé une grande considération à la famille du Président Moktar Ould Daddah, et manifesté une estime et une attention réelles à Madame Mariem Daddah, ce qui n’est pas peu pour qui sait combien on vient de loin. J’estime évidement qu’on peut et doit aller plus loin, notamment en concertation avec la famille et ma Fondation Moktar Ould Daddah.

Source : Le Calame

Interview du Président de la CENI au journal « Horizon » : Réponses au questionnaire de l’AMI

 Interview du Président de la CENI au journal Horizon:  Réponses au questionnaire de l’AMI

Question : Quelles sont les garanties d’indépendance de la CENI ?

Réponse : Avant de répondre à votre question, je tiens à vous remercier et à remercier l’AMI pour l’intérêt qu’elle porte à la CENI et pour l’occasion qu’elle nous offre à nous adresser à l’opinion publique nationale, à travers les Journaux Chaab et Horizon à un moment crucial du processus électoral en cours.

Pour revenir à votre question, je crois que l’on peut dire d’une entité qu’elle est indépendante, lorsqu’elle dispose des attributions et des moyens lui permettant de décider et d’agir, sans relation de soumission ou de dépendance, de quelque nature que ce soit, vis-à-vis d’une autre autorité. De la sorte, la CENI doit être considérée comme indépendante, du moment qu’elle est dotée de pouvoirs, d’outils de décision et de moyens d’action, qui garantissent son indépendance.

La principale garantie découle de la loi organique n° 2012-027 du 12/04/2012 qui fonde cette indépendance et la protège. Un bref aperçu des dispositions de cette loi organique est suffisamment édifiant à cet égard. En effet, celle-ci dispose, en son article premier, que la CENI est une institution permanente chargée de superviser l’ensemble de l’opération électorale, en ce qui concerne l’élection présidentielle, les élections législatives, le référendum et les élections municipales. Le même article précise que la CENI est dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière.

Il est également souligné, dans l’article 2, que la CENI dispose de la plénitude des pouvoirs pour préparer, organiser, et superviser l’ensemble de l’opération électorale, précisant qu’elle veille au bon déroulement du scrutin, à sa régularité et à sa transparence.

L’article 5 est encore plus explicite à ce sujet, quand il précise que « dans l’exercice de ses fonctions, la CENI dispose d’une indépendance totale et ne reçoit aucune instruction d’aucune autorité ou institution, publique ou privée ».

Dans le même ordre d’idées, la loi organique stipule, en son article 25 que : « les Autorités Administratives centrales ou territoriales et les autorités administratives décentralisées sont tenues de fournir à la CENI tous les renseignements et de lui communiquer tous les documents ou informations nécessaires à l’accomplissement de sa mission. La voie hiérarchique n’est pas opposable aux demandes de la CENI ».

Ensuite, il y’a une garantie d’indépendance qui résulte de la nature même du mandat dont la CENI a été investie et des conditions dans lesquelles il s’exerce. Cela concerne notamment le caractère permanent du mandat de l’Institution, la limitation du mandat à une période de cinq ans, non renouvelable, et les mesures de protection qui entourent la fonction, telles qu’édictées à l’article 9 qui dit : « Sauf cas de flagrant délit, le Président et les membres de la CENI ne peuvent être poursuivis, recherchés, détenus ou jugés pour des opinions exprimées ou des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions ».

L’article ajoute qu’il ne peut être mis fin aux fonctions du Président et des membres de la CENI avant l’expiration de leur mandat, sauf cas exceptionnels. Toutes ces dispositions mettent les membres de la CENI à l’abri de pressions ou de contraintes en rapport avec leur mandat ou le libre exercice de leurs fonctions.

Autrement dit, les membres de la CENI n’auront pas à se soumettre à des pressions, dans l’espoir d’obtenir le renouvellement de leur mandat ou par crainte de le perdre, pas plus qu’ils n’auront à s’inquiéter pour leurs opinions ou positions au sein de la Commission.

En outre, l’aspiration populaire à des élections honnêtes et transparentes, doublée de la volonté exprimée par l’ensemble de la classe politique d’y contribuer résolument, confortent la CENI dans sa détermination à organiser des élections qui répondent aux attentes de tous et qui traduisent, par leurs résultats, le véritable choix des urnes.

Nous considérons que cette aspiration et cette volonté sont suffisamment fortes pour avoir valeur de garantie d’indépendance et de régularité des futures échéances électorales. Plus importante encore est la garantie liée à l’indépendance d’esprit et à la moralité.

Je pense que cette dimension a été prise en compte dans les critères de choix des membres de la CENI. On est mal à l’aise quand on parle de soi-même, mais je crois pouvoir affirmer que tous les membres de la CENI ont une perception claire et consciente de la lourde mission qui est la leur. Ils partagent le même sens élevé de l’intérêt général et de la responsabilité morale, par rapport à l’engagement qu’ils ont pris, aux termes de leur serment, de remplir leur mission en toute impartialité.

Je dirais enfin que si la loi organique dispose que les membres du Comité Directeur sont nommés par décret du Président de la République, sur proposition de la majorité et de l’opposition, aucun d’entre eux ne se reconnait dans quelque formation politique qu’elle soit, ce qui constitue une garantie supplémentaire.

Question : Comment comptez-vous convaincre la Coordination de l’Opposition, qui n’a pas encore annoncé sa participation aux élections, de votre indépendance et de votre position à égale distance de tous les acteurs politiques ?

Réponse : En fait, les acteurs politiques nationaux ont eu à connaître des commissions électorales qui n’avaient pas donné la preuve de leur réelle indépendance, peut-être parce qu’elles avaient des accointances dans les milieux politiques, mais surtout parce qu’elles ne jouissaient pas des garanties que je viens d’évoquer.

Aujourd’hui, par contre, la CENI dispose de tous ces arguments à faire valoir, comme autant de preuves d’une indépendance, à la fois, institutionnelle, juridique , financière, organisationnelle, politique et morale. Certes, il ne suffit pas de dire que l’on est indépendant pour que tout le monde l’admette au mot ; encore faut-il le démontrer par les actes, d’autant que les dispositions légales peuvent rester lettre morte, s’il n’existe pas une volonté, forte et sincère, de les mettre en application.

En tout cas, au nom de la CENI, je puis vous dire que nous ferons usage de toutes les prérogatives qui nous sont dévolues par la loi pour que les prochaines élections soient préparées, organisées et supervisées de manière à être honnêtes, transparentes et crédibles.

Pour le reste, la CENI n’est pas partie prenante au débat politique, parce qu’elle se veut, justement, indépendante et impartiale, et se positionne à égale distance de tous les acteurs politiques, de sorte à pouvoir leur assurer les mêmes chances dans les compétitions électorales.

Question : Certains regardent le ministère de l’Intérieur avec suspicion pour tout ce qui concerne les élections, en raison d’expériences antérieures dans ce domaine. Quelle est la nature de vos rapports avec ce ministère ?

Réponse : Comme je vous l’ai dit, en vertu de la loi organique 2012-027, l’indépendance de décision et d’action de la CENI est totale, par rapport à toute autre autorité, y compris le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation.

Le seul lien existant est celui prévu par ladite loi, en son article 3 qui dit : « En liaison avec les services compétents de la Direction générale des services d’appui au processus électoral (DGAPE) instituée au niveau du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, la CENI contrôle la préparation, la révision et la gestion du fichier électoral et le recensement électoral et valide les opérations correspondantes ».

Il s’agit, en réalité, d’une simple coordination rendue nécessaire par le fait que le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation assure la tutelle administrative de l’Agence Nationale du Registre et des Titres Sécurisés, laquelle est responsable des opérations d’enrôlement de la population. Comme vous le savez, c’est cet enrôlement qui sert désormais de base à l’état-civil en Mauritanie, et donc de la Carte nationale d’identification qui est le document de référence pour la participation aux élections.

Il importe de souligner, à cet égard, que c’est le Recensement administratif à vocation électorale (RAVEL) qui servira à l’établissement de la liste électorale. Or, le RAVEL relève de la compétence exclusive de la CENI, comme le précise le décret adopté en Conseil des ministres, n° 030-2013 du mars 2013 qui précise que « ce recensement administratif à vocation électorale est organisé et exécuté sous l’autorité de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) ». Rien donc dans nos relations avec le ministère de l’Intérieur qui puisse être sujet à suspicion.

Question : Certains craignent que la présence d’anciens cadres du ministère de l’Intérieur parmi le personnel d’encadrement de la CENI n’influe sur l’indépendance de celle-ci et sur son comportement par rapport aux prochaines élections. Comment pouvez-vous rassurer l’opinion nationale sur cette question ?

Réponse : Dans sa politique de recrutement en général, la CENI prend en compte la compétence, le sérieux et le dévouement au travail. Effectivement, parmi les personnes sélectionnées, certains cadres ont travaillé, à un moment de leur carrière, au Ministère de l’Intérieur. Nous les avons choisis pour leur compétence, leur sens de la responsabilité et le savoir-faire qu’ils ont acquis tout au long de leur parcours professionnel.

Nous ne pensons pas que des cadres comme ceux-là puissent être disqualifiés pour la seule raison d’avoir servi dans une administration publique. Ce que nous avons exigé d’eux, comme condition de leur prise de service, c’est qu’ils n’aient aucune inféodation à une quelconque entité politique et aucun engagement vis-à-vis d’une quelconque autorité autre que la CENI.

En clair, les quelques cadres auxquels vous faites allusion assument des tâches qui requièrent un savoir-faire dans la préparation technique et matérielle des opérations électorales. Ils n’ont pas vocation à entacher les attributs d’indépendance et d’impartialité de la CENI, ni à influencer ses facultés d’appréciation et de décision.

Question : Certains suspectent le mode de recrutement par la CENI de ses cadres et agents, sans concours et sans sélection transparente, et disent que ces recrutements se sont faits sur la base de relations d’affinité avec les membres de la Commission des Sages. Que répondez-vous à de telles accusations ?

Réponse : Comme je l’ai indiqué plus haut, les choix de la CENI en matière de recrutement sont guidés par la recherche de la compétence, du sérieux et de la discipline, mais aussi, il faut le souligner, de la confiance.

Il s’agit, en effet, d’hommes et de femmes, appelés à s’impliquer dans des opérations et des situations qui font appel à un sens aigu de l’honnêteté et de la rectitude. C’est vrai que pour évaluer les compétences de quelqu’un, vous devez lui passer des tests, mais pour apprécier sa probité, il faut le connaître ou connaître des personnes qui en attestent la probité.

Ce sont des cas en rapport avec ce critère de confiance qui doivent avoir été mis sur le compte des relations d’affinité du Comité des Sages, comme vous dites. Ceci dit, les membres de la CENI ne sauraient être enclins à malmener des critères essentiels sur lesquels ils ont été choisis eux-mêmes.

Question : Vous avez récemment annoncé une date pour les élections. Est-ce que cette date est définitive ou susceptible d’être reconsidérée ?

Réponse : En réalité, la CENI a déterminé une fourchette de temps comprise entre la mi-septembre et la mi-octobre 2013 pour l’organisation des prochaines élections législatives et municipales, étant entendu que la date précise de ces élections sera fixée à la lumière des contacts et consultations que la CENI mène avec les acteurs du processus électoral.

Cette fourchette de temps a été choisie, parce qu’elle correspond à une période généralement de basse activité, donnant aux protagonistes la possibilité de se préparer aux compétitions électorales. Elle est également dictée par la volonté de concilier entre le souci de dépasser la situation institutionnelle actuelle et celui de donner aux acteurs politiques le temps de s’y préparer. J’ose espérer que tous les acteurs du processus électoral s’inscriront dans cette perspective.

A cette fin d’ailleurs, la CENI s’apprête à organiser, dans les tous prochains jours, un Recensement à Vocation Electorale (Ravel), au plan national et un Recensement à Vocation Electorale Spécifique (Ravels) devant concerner nos citoyens vivant à l’étranger.

Permettez-moi, à cet égard, de profiter des colonnes de votre journal pour exhorter les citoyens désireux de prendre part aux prochaines élections à s’orienter, sans plus tarder, vers les Centres d’enrôlement, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, aux fins d’établissement de leur Carte Nationale d’Identification et/ou de retrait de ce Document indispensable pour l’inscription sur la liste électorale et obligatoire le jour du vote.

Question : Au cas où l’opposition n’ayant pas pris part au dialogue acceptait le principe de la participation aux élections, seriez-vous disposés à envisager un report des élections, comme prix de cette participation ?

Réponse : L’un des principaux objectifs de la CENI est de réunir, dans les limites de ses attributions, toutes les conditions nécessaires pour que les élections soient véritablement inclusives. Cela concerne les points énumérés à l’article 3 de la loi organique 2012-027, pour lesquels la CENI a entière compétence, notamment :

- l’organisation du RAVEL dans les meilleures conditions possibles ;

- l’établissement d’une liste électorale correcte ; le contrôle de la campagne électorale, dans le respect du principe de l’égal accès de tous les candidats en compétition aux organes d’information publics ;

- la confection et la distribution des cartes d’électeurs et des bulletins de vote ; la prise en main du matériel électoral et son acheminement jusqu’aux centres et bureaux de vote ;

- la désignation et l’organisation des bureaux de vote, y compris la localisation et le nombre d’inscrits par bureau ;

- l’organisation des opérations de vote, comprenant le dépouillement des voix, l’élaboration des procès-verbaux et leur acheminement ;

- la centralisation et la proclamation des résultats (provisoires pour les élections présidentielles et le Référendum et définitifs pour les autres élections).

C’est cet aspect des choses qui relève de la CENI et qu’elle assumera pleinement, afin d’offrir les conditions de régularité et de transparence requises pour la plus large participation possible aux élections. Il y’a sûrement d’autres considérations qui peuvent motiver la participation ou non d’une force politique à une compétition électorale, mais la CENI n’a pas à en débattre, puisqu’elles sortent de son champ de compétence.

N’allez pas en déduire qu’elle peut être insensible à des développements politiques marquants, de nature à produire des répercussions importantes pour la crédibilité et la qualité des consultations électorales. Seulement, la décision et le comportement qu’elle aura à adopter, en pareille situation, seront ceux dictés par son appréciation propre, son sens de responsabilité et la nature de ses attributions en la matière.

Source: CENI

Gilles Kepel: dans les pays arabes, 'les islamistes sont à leur tour confrontés à l'épreuve du réel'

Dans son dernier livre, l'islamologue Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques de ces mutations. Entretien. Il a beau être un spécialiste mondialement connu de l'islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel n'est pas un universitaire comme les autres. Dans son dernier livre, Passion arabe.

Journal, 2011-2013, il a choisi de délaisser pour un temps les conférences internationales, afin de reprendre le chemin de ses premières études et de parcourir tous les pays arabes où ont éclaté des révolutions - aujourd'hui si controversées.

Le résultat en est une saine lecture, où se mélangent scènes vécues et analyses profondes, qui permettent, au fil de ce "voyage en Orient", version XXIe siècle, de se pénétrer d'une civilisation en plein déchirement. C'est l'occasion de rencontrer des destins douloureux ou tragiques, mais aussi de découvrir tant d'espoirs manifestés par des hommes et des femmes que Kepel rapproche, de façon émouvante, de notre propre désir de vivre.

Cet habitué des couloirs de Sciences po et de l'Institut universitaire de France aura eu le courage de quitter les chemins de l'essai pour faire de l'écriture un exercice de sincérité où l'intellectuel se transforme en témoin. Fort de ce retour aux sources, Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques.

Qu'est-ce qui vous a conduit à revenir sur tous les lieux du "printemps arabe"? Est-ce un besoin du chercheur que d'emprunter le chemin du journaliste?

J'ai voulu, à ma manière, revenir aux sources de l'orientalisme. Ce terme, tant décrié par l'intellectuel palestinien Edward Saïd, qui voyait dans les orientalistes des auxiliaires de la colonisation, désigne en fait une première prise de contact de l'Occident avec le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Or celle-ci s'est faite grâce aux voyages, celui de Volney puis de tous ceux qui l'ont suivi. Opposer "Occidental" et "Arabe" est une absurdité.

Le propre de nos échanges est le mélange: c'est à saisir cette mixité du monde global que je me suis essayé. Les révolutions arabes nous ont tous surpris, moi compris, et elles ont fait l'objet de théorisations hâtives. Il m'a semblé que la meilleure façon de comprendre ce qui se déroulait sous nos yeux était encore d'aller voir les lieux et les peuples en mouvement.

Pendant presque deux ans, j'ai donc systématiquement refait le tour de tout le monde arabe en pleine turbulence, de la Tunisie à Oman, pour confronter ce que je connaissais depuis quatre décennies à ce que je voyais. Comme un journaliste, je suis allé voir sur place; comme un universitaire, j'ai inscrit ce que j'ai vu dans la mémoire longue.

Descendre de la chaire professorale, est-ce un moyen de reconnaître que l'on peut se tromper?

Tout le monde s'est trompé, il faut en convenir. Nous sommes face à des événements qui vont si vite qu'il est très difficile de les anticiper. J'ai voulu remettre les compteurs à zéro, revenir à la base. Par exemple, j'ai passé une journée extraordinaire dans le Fayoum, en Egypte, le jour du second tour de l'élection présidentielle qui opposait Mohammed Morsi à Ahmed Chafik. Dans un village, un électeur nous a expliqué pourquoi il avait voté pour les Frères musulmans; un peu plus tard, les notables du lieu sont venus le frapper pour cette raison. Ce genre d'expérience apporte un éclairage qui est essentiel à la réflexion théorique.

Les islamologues ont propagé une perception très positive du printemps arabe, tandis que les opinions publiques occidentales ont vécu les événements avec une certaine crainte...

Au début, il y a eu effectivement un consensus pour trouver les premiers événements formidables. Les jeunes communiquaient sur Facebook, ils tweetaient, ils avaient les mêmes aspirations que la jeunesse occidentale. De quoi mettre les arabisants et les orientalistes à la retraite, puisqu'ils n'avaient rien vu venir. L'émancipation d'une classe moyenne supérieure a constitué le fer de lance des mouvements de masse, auxquels se sont rapidement ralliées les couches de "diplômés-chômeurs". Durant cette phase, les islamistes n'ont joué aucun rôle.

Comment les islamistes sont-ils entrés dans le jeu, pour finir par prendre le contrôle de tout?

Sous les régimes dictatoriaux, ils vivaient en clandestinité, mais ils disposaient de structures de résistance constituées sur le modèle des appareils qu'ils combattaient. En Egypte, les Frères musulmans ont produit la copie inversée des moukhabarat, les services secrets du régime précédent. Ils n'étaient pas faits pour mener une révolution, mais pour prendre le pouvoir à long terme. Une fois les régimes renversés par d'autres qu'eux, les Frères ont mis leur appareil en place.

Ce qui n'a eu qu'un temps: aujourd'hui, en Tunisie comme en Egypte, on voit monter le conflit entre les classes moyennes sécularisées et la mouvance islamiste. Nous sommes dans la phase 3 des révolutions: la première a vu la jeunesse séculière se lever sans structures, la deuxième a permis aux islamistes de s'emparer des rouages du pouvoir, la troisième montre que ces derniers sont incapables de gérer la situation économique et politique. Aujourd'hui, en Egypte, la popularité du président Morsi est en chute libre. C'est pourquoi il y a sans doute encore des rebondissements à attendre.

Y a-t-il réellement un pays où la révolution ait produit un mieux?

C'est en Tunisie que la transition s'est passée de la manière la moins violente. Ce n'est pas un hasard, de même qu'il n'est pas surprenant que tout ait commencé dans ce pays-là. Les élites qui ont porté la révolution étaient en majorité constituées de juristes bilingues, parfaitement à l'aise en arabe et aussi, via la langue française, très inscrits dans la culture internationale ; ils incarnaient la mondialisation réfléchie.

Le slogan de la révolution était en français: "Dégage !" C'est en Tunisie que le processus révolutionnaire a été le moins pris en otage par les logiques démagogiques de l'islamisme et de l'arabisme. Même le parti islamiste Ennahdha a engendré un homme comme Jebali, qui s'est rallié à l'islamisme à la cité universitaire d'Antony, tout en devenant ingénieur des Arts et Métiers.

Est-ce rassurant ou plutôt inquiétant?

Tout dépend de la manière dont la personne revient à la religion. Quelqu'un comme Jebali paraît capable de faire la synthèse entre la culture occidentale et ses propres racines, sans verser forcément dans l'outrance. Pour la France, il est essentiel que l'expérience tunisienne, malgré ses soubresauts, se solde par une forme de réussite. Car les deux pays sont très proches. Il faut se souvenir que dix députés du parlement tunisien sont français, cinq élus de France du Sud, cinq élus de France du Nord.

8 % de la population tunisienne habite en France, l'évolution politique de ce pays représente un enjeu considérable pour notre pays. Car les révolutions arabes mêlent intimement le sud de la Méditerranée et nos banlieues. Interactions en bien ou en mal, comme le montre l'arrestation de djihadistes de nationalité française au Mali. Par ailleurs, c'est avec la Tunisie que nous avons le plus de facilités d'échanges, voire d'affinités, parmi tous les pays arabes en révolution.

Comment l'espoir égyptien a-t-il pu être à ce point trahi?

Sous Moubarak, les Frères musulmans étaient déjà entrés dans une logique de cogestion avec l'armée: ils géraient l'éducation, le social, le caritatif... Avec l'appui du Qatar, ils ont réalisé une "OPA" sur la révolution: ils ont superposé leur discours unique à la multiplicité des slogans révolutionnaires. La chaîne qatarie Al-Jazira leur a ensuite donné un écho considérable en jouant à la fois le rôle d'imprésario et de sponsor. Pour les téléspectateurs arabes, les Frères sont devenus par ce biais les représentants légitimes de la révolution.

Quel est le vrai rôle des pétromonarchies comme le Qatar ?

Elles ont été, au départ, très décontenancées, effarées même. Parce que c'était une mise en cause des modèles autoritaires, dont les Etats du Golfe sont largement représentatifs ; mais aussi parce que les pétromonarchies ont vite compris qu'elles allaient être sollicitées pour subventionner les sociétés en cessation de paiement. Seuls trois Etats se projettent à l'international avec un vrai poids politique dans le Golfe: l'Arabie, le Qatar et les Emirats. Mais les deux premiers se sont impliqués de façon opposée.

L'Arabie saoudite traverse actuellement une crise de gouvernance majeure: le roi est très âgé, la famille régnante est divisée entre différentes factions, si bien que Riyad n'a pas les capacités de déployer sa puissance dans la région.

L'Arabie déteste les Frères musulmans, car ils incarnent un magistère alternatif au wahhabisme [doctrine religieuse de l'Arabie saoudite] au sein de l'islam sunnite international, et elle pousse contre eux les salafistes. Ces derniers trouvent leur financement et leurs bases théoriques, non seulement auprès des Saoudiens, mais aussi au Koweït, dont plusieurs milliardaires salafistes financent les groupes djihadistes en Syrie.

Et le Qatar ?

Il a eu la politique la plus active en appui aux révolutions, en Tunisie, en Libye, en Egypte. Les Qataris ont largement aidé à mettre en orbite les Frères musulmans comme représentants légitimes des révolutions, car ils voient dans ces derniers l'émanation d'une classe moyenne conservatrice, et ne les pensent pas susceptibles de menacer leurs intérêts. Ils les voient aussi tel un personnel politico-religieux apte à contrebalancer l'influence saoudienne, qui s'exerce au moyen de dizaines de milliers de prédicateurs répandus à travers le monde. Or, avec 200 000 ressortissants, le Qatar se sent fragilisé face à l'Arabie (25 millions d'habitants) et surtout face à l'Iran (80 millions).

C'est un pays qui recherche en permanence de l'assurance tous risques à travers un rayonnement international, y compris en France, aussi bien dans les milieux d'affaires que dans les banlieues. Le footballeur réislamisé qui réussit offre un modèle compatible avec le capitalisme. Cependant, depuis les révolutions, les Qataris prennent des risques : en soutenant très activement les Frères musulmans, ils mettent en danger leur propre stratégie. Par exemple, ils ont manifesté un net désaccord avec Paris au sujet de l'intervention française au Mali, ce qui va à l'encontre du rapprochement qu'ils ont entrepris depuis des années.

Frères musulmans contre salafistes, comment différencier les deux branches de l'islamisme ?

Les Frères musulmans veulent conquérir le pouvoir par le haut afin d'islamiser la société; ils entendent remplacer la classe dirigeante précédente par une élite verte, sans qu'il y ait de transformations de l'ordre social. Mais les révolutions ont opéré des scissions en leur sein, entre ceux qui se comportent comme dans un parti stalinien et ceux qui veulent davantage de changements et glissent vers le salafisme. Les salafistes, eux, ont l'ambition de changer radicalement la société sur une base strictement religieuse, de la niveler par le bas grâce à une observance égale pour tous : l'ordre social actuel est impie car il est injuste (sauf en Arabie saoudite !...).

Ce qui se traduit par une vision complètement rigoriste et rétrograde : les femmes sont recouvertes du niqab, les hommes ont les chevilles à l'air, etc. Cette vision est celle qui parvient le mieux à récupérer aujourd'hui les innombrables frustrations sociales. Les Frères recrutent dans les petites et moyennes bourgeoisies, les salafistes essaiment dans les bidonvilles et les quartiers les plus défavorisés. Le paradoxe est total quand on sait que les salafistes regardent vers l'Arabie saoudite, qui n'est vraiment pas un modèle de régime révolutionnaire ni de justice sociale. Les barbus sont pris dans un étau de contradictions invraisemblables...

Il n'existe pas à ce jour d'alternative structurée aux islamistes?

Non, les forces laïques sont très divisées par les querelles de leurs dirigeants, dont certains n'ont pas assez clairement rompu avec les anciens régimes, ce qui entache leur légitimité. En Egypte, les jeunes qui ont déclenché la révolution sont complètement déprimés et estiment que leurs aspirations ont été trahies. Quant aux classes moyennes sécularisées, elles ont payé le prix de leur soutien à la rénovation des régimes autoritaires ; elles ont cru un temps au rajeunissement des dictatures, qui se sont en partie appuyées sur elles. Gamal Moubarak, Seïf al-Islam Kadhafi ou Bachar el-Assad avaient introduit une dose de modernité susceptible de séduire ces élites urbaines.

Face à elles, les islamistes ont construit un réseau de solidarité, qui les a installés dans la résistance et leur permet de dénoncer tous ceux qui ne se sont pas franchement opposés au régime précédent. Mais ils sont à leur tour confrontés à l'épreuve du réel et le désenchantement à leur égard est palpable.

Ce désenchantement vis-à-vis des islamistes explique-t-il pourquoi Bachar el-Assad parvient à se maintenir au pouvoir, au prix de crimes innombrables?

La Syrie est l'otage d'enjeux qui dépassent le seul cadre national. Au départ, on assiste à une révolution qui démarre comme les autres. Des jeunes se soulèvent à Deraa, à la mi-mars 2011, et sont torturés par la police secrète, qui humilie en outre leurs familles. On connaît la suite, particulièrement atroce. Mais, à la différence des autres pays arabes, au fur et à mesure du conflit, la Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d'éjecter l'Iran de la scène politique régionale.

Car la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s'articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l'inscription du monde arabe dans l'univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole. A travers son appui à Bachar el-Assad, l'Iran dessine un axe d'influence majeur au sein de toute la sphère arabo-musulmane.

En contrôlant le Hezbollah libanais, jusqu'à maintenant, et le Hamas palestinien, jusqu'à l'an dernier, Téhéran est présent sur deux frontières d'Israël, le Liban et Gaza. Les pays du Golfe y voient une menace directe et financent tous les groupes salafistes qui veulent transformer la guerre de libération syrienne en un djihad sunnite antichiite et anti-alaouite.

Moyennant quoi, les Etats du Golfe contribuent à accroître les atrocités...

D'autant plus que la guerre de Syrie, à la différence de celles du Liban ou de l'ex-Yougoslavie, est entièrement retransmise sur Internet via les téléphones portables. Le résultat est monstrueux.

Face à cela, les dirigeants de l'Armée syrienne libre (ASL) sont débordés...

J'en ai rencontré plusieurs d'entre eux, qui ne sont pas du tout des djihadistes mais des démocrates et des laïques. Ils reprochent fortement aux Occidentaux de ne pas les avoir aidés, ce qui les place dans une situation infernale puisqu'ils sont confrontés à la fois aux forces d'Assad, appuyées par les livraisons de matériel russe et les Gardiens de la révolution, iraniens, et aux salafistes, qui disposent, eux, de l'argent abondant du Golfe.

La guerre se "djihadise", ce qui est aussi une tactique employée par Assad pour affaiblir l'ASL et effrayer les minorités, alaouite ou chrétienne, qui craignent au final de se faire massacrer par les salafistes. Plus personne ne peut dire quelle est la réalité du rapport de forces sur le terrain. La perpétuation de l'état de guerre civile montre qu'il ne peut pas y avoir de solution purement militaire, puisqu'elle se traduit par la destruction de la Syrie.

Il faut d'urgence une solution politique, laquelle n'est envisageable que par des garanties offertes par l'ASL aux différentes communautés, afin de les assurer qu'elles ne feront pas l'objet d'une vengeance aveugle. En Syrie, il n'y a d'issue que politique, à travers un Etat démocratique et pluraliste.

Propos recueillis par Christian Makarian


Gilles Kepel en 8 dates

1955 Naissance à Paris.

1980 Diplômé de Sciences po Paris (après des études d'arabe et de philosophie).

1984 Parution du Prophète et le Pharaon.

1985 Chargé du monde arabe à Sciences po.

1987 Parution des Banlieues de l'islam. Naissance d'une religion en France.

1994 Enseigne à la New York University.

1996 Titulaire de la chaire d'arabe à Sciences po.

2010 Suppression du programme d'études du monde arabe à Sciences po.

Source: L'Express (France)

Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?

Pourquoi la Mauritanie se rebiffe par rapport à l’intervention française au Mali ? la CENI mauritanienne annoncera-t-elle, ce jour, la date des prochaines élections législatives et municipales ? Où en est-on avec les questions des négro-mauritaniens et des esclaves. Pour répondre à toutes ces questions, DakarActu a joint par téléphone ce mardi 15 janvier 2013, le politologue et analyste mauritanien Mohamed Ould El Kory. Entretien


DakarActu : Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?
Mohamed Ould El Kory : La Mauritanie a engagé, seule, à partir de 2010, plusieurs opérations d'envergure contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au nord-Mali. Après les succès militaires enregistrés ces trois dernières années contre Aqmi et les différents réseaux des trafiquants connectés à la nébuleuse terroriste, la Mauritanie, forte de cette victoire stratégique, est devenue un acteur majeur qui fixe la Doctrine de l'anti-terrorisme dans la Région Nord et Ouest africaine. Aujourd’hui, la Mauritanie n’hésite pas. L'armée mauritanienne s'est déjà redéployée pour boucler une frontière de plus de 2400 kilomètres avec le Mali. Mais la Mauritanie n’est certainement pas prête à s’engager dans une guerre qui pourrait fédérer toutes les populations au nord du Mali contre ceux qu'elles pourraient considérer comme des envahisseurs. Les manifestations des populations de Tombouctou lundi 14 janvier contre la guerre donnent déjà une indication pour comprendre nos réticences.
DakarActu : Des milliers de Maliens ont fuit, dimanche dernier, la zone des combats à Léré pour gagner la ville mauritanienne de Vassala ?
Mohamed Ould El Kory : Oui et ils sont les bienvenues dans leur seconde patrie. La Mauritanie est l’un des 7 pays limitrophes du Mali. Et les Maliens sont nos frères et rassurez-vous, on ne tombera pas sous le coup de la non-assistance à peuple en danger. Avant Vassala, la ville mauritanienne de Bassiknou a déjà accueilli 109 .000 maliens regroupés dans le camp de M’Berra. Ce dernier représente aujourd’hui, en terme de population, la quatrième ville mauritanienne.
DakarActu : Actualité mauritano-mauritanienne, quand auront lieu les élections législatives et municipales reportées depuis octobre 2011 ?
Mohamed Ould El Kory : Seuls les responsables de la CENI pourraient vous répondre. La CENI s’occupe désormais de la supervision, du contrôle et du suivi de l’ensemble des opérations électorales. Et cette première en Mauritanie est l’une des délibérations du dernier Dialogue National entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition. Grâce à ce dialogue, la Mauritanie est aujourd'hui dotée d'une architecture constitutionnelle des plus audacieuses. Mais pour revenir aux élections législatives et municipales, logiquement celles-ci pourraient être organisées au plus tard en octobre 2013 étant entendu que l’actuel enrôlement biométrique de la population mauritanienne a déjà dépassé le deux millions cent milles enrôlés dont un million quatre cent milles électeurs. La projection de un million six cents quatre vingt mille électeurs pourrait être atteinte les prochaines semaines étant entendu que la moyenne de citoyens enrôlés par jour est de cinquante milles.
DakarActu : Un parti mauritanien, l’AJD/MR, prépare une marche le 09 février 2013 pour réitérer sa révolte contre les propos de déni des déportations faits par l'ancien Chef de l’Etat Ely Ould Mohamed Vall et pour l’abolition de la loi d’amnistie de 1993. Qu’en pensez-vous ?
Mohamed Ould El Kory : On ne peut pas dire qu’aucun mauritanien n’a été déporté alors que les victimes des évènements d'Avril 1989 se comptent par dizaines de milliers. Même des policiers qui relevaient de la DGSN que dirigeait à l’époque Ely Ould Mohamed Vall ont été déclarés parias dans leur propre pays. La commission nationale chargée du recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat, victimes des évènements de 1989, en a recensé plusieurs et viennent d’être indemnisés. Plusieurs de nos compatriotes déportés sont morts, d'autres sont malades et tous ont souffert d'être à la charge de pays qui ne sont pas le leur. En juillet 2009, et suite à une élection présidentielle libre et transparente, le peuple mauritanien a choisi l’homme en qui il se retrouve et qui a été à l’écoute de ceux qui souffrent et qui ont encaissé dans la douleur, durant deux décades, les tortures, les déportations, les humiliations. Depuis, un retour organisé et digne a permis à 24 536 de nos compatriotes soit 5 817 familles de regagner la mère patrie. Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a tenu personnellement à accueillir le dernier contingent de nos déportés au Sénégal, le 25 mars dernier à Rosso marquant ainsi la clôture de l’opération de rapatriement de nos réfugiés. Et le Haut commissaire de Nations unies chargé des réfugiés et ancien premier ministre du Portugal, Antonio Guterres, présent à cette cérémonie, a raison de dire que par son règlement définitif du dossier du passif humanitaire le Président Mohamed Ould Abdel Aziz offre aujourd’hui l’occasion pour la Mauritanie de s’ériger en exemple, d’être fière de sa diversité et d’accroître son rayonnement sur le plan international.
DakarActu : IRA-Mauritanie, le mouvement de Biram Ould Abeid, organisera du 24 au 29 janvier 2013, la "Marche des esclaves" ou "Caravane de la liberté" qui reliera, sur une distance de mille deux cents kilomètres et pendant six jours, la ville de Néma à la Capitale, Nouakchott. Ce problème est toujours posé avec acuité en Mauritanie ?
Mohamed Ould El Kory : En Mauritanie aujourd’hui, chacun peut manifester comme bon lui semble en respectant les lois. Et parmi ces dernières, la Mauritanie vient d’adopter une loi portant répression des crimes d'esclavage et de torture en tant que crimes contre l'humanité. Dès son arrivée au pouvoir, le président Aziz a toujours soutenu et assisté les catégories sociales qui croupissaient dans des situations inhumaines depuis l’avènement de la première république. C’est cette même dynamique, lancée en août 2008, par un homme qui a refusé de manquer à l’appel des laissés pour comptes de Adwabas et des Gazras de Nouakchott et des grandes villes. Ceux-là même qui croupissaient dans des situations inhumaines nées des injustices et des souffrances de plusieurs décades. Et ce sont principalement des anciens esclaves qui ont bénéficié après lotissement des distributions des parcelles et des divers programmes destinés aux pauvres. Le Président de la République s’est lui-même déplacé, à plusieurs reprises, dans le Triangle de la pauvreté dans l’Aftout où les villages haratines étaient délaissés par toute la communauté nationale. Il a eu à inaugurer plusieurs programmes sociaux de base. Récemment, il a donné le feu vert au démarrage des travaux de la construction de la route El Ghayra-Barkéoel-Esswata. 271 kilomètres de routes bitumées désenclaveront tous les villages haratines de l’Aftout Oriental (Vrei Imijij, Tourey 1, Tourey 2, Barkéoel, Esswata, El Vet’h, Benar, Tadioukel, Male, El Jedida, Bofal, Boulehrath 1, Boulehrath 2, Koumben, R'dheydii, Bathet Tmedek, El Mebrouk… ). Sans lobbying des chefs de tribus ou des groupes de pression régionaux, ce projet est celui d’un dirigeant bien déterminé dans sa volonté d’édification d’une Mauritanie nouvelle empreinte de justice, de liberté et d’équité et où tous les citoyens jouissent de la prospérité. Oui, il existe toujours des séquelles de l’esclavage et je suis pour la création d’une agence nationale d’Eradication des Séquelles de l’Esclavage. Aujourd’hui, on pourrait évoquer une discrimination positive qui puisse aider à éradiquer définitivement celles-ci. Celle-ci se matérialise dans les plus hautes fonctions de l’Etat. En plus de leur mérite et de leur compétence, nous avons aujourd’hui plusieurs ministres du gouvernement de la République, issus de cette catégorie sociale, dont deux ministres de souveraineté .Nous avons un président de l’assemblée nationale, qui, bien qu’ayant que 4 députés issus de son parti s’est retrouvé à la tête de la chambre basse du parlement. C’est contre toute logique démocratique mais c’est de la discrimination positive. Ajoutez-y le président du conseil économique et social, le président du conseil constitutionnel, plusieurs gouverneurs et préfets… Je suis moi-même honoré de militer dans un parti politique, l’Union Pour la République, dont le secrétaire général est Oumar Ould Maatala et ma fédérale pour Nouakchott est Salka Mint Bilal Ould Yamar.
dakaractu

Interview avec le SG de l'UGTM

Dans un article paru sur le site Taquadoumy, dans sa livraison du dimanche 06 Janvier 2013, a fait état  d’une prime qu’aurait perçu le Directeur Général du Trésor et de la comptabilité, Mr Sidi Mohamed Ould Braya à hauteur de 4% soit 60.000.000 Um.

Dans cet entretien exclusif, le Secrétaire Général  du syndicat des finances et SG de l’UGTM, Mr Cheikh Ould Mohamed Sidi balaie d’un revers de main les allégations portées contre Mr Broya

Mataka : Taqadoumy a, dans sa livraison du dimanche 06 Janvier 2013 fait état  d’une prime qu’aurait perçu le Directeur Général du Trésor et de la comptabilité, Mr Sidi Mohamed Ould Braya à hauteur de 4% soit 60.000.000 Um.

Pouvez-vous nous éclairer sur cette affaire ?

SG : Avant tout d’abord, vous me permettrez de vous remercier.

Pour en revenir à votre question, vous me permettrez aussi de rappeler que Monsieur Sidi Mohamed Ould Broya n’est pas le Directeur du budget comme l’a attesté l’article paru sur le site taqadoumy mais le Trésorier Général du Trésor et de la comptabilité publique. Avec l’arrivée du ministre des finances, Monsieur Thiam Diombar, nous avons connu une nette amélioration dans le trésor public avec la nomination de Sidi Mohamed Ould Broya à la tête de la direction générale du trésor. Le monde des finances a salué cette arrivée de ce cadre qui n’a ménagé aucun effort pour hisser le trésor public au rang où il se trouve aujourd’hui.

Cadre compétent, Mr Broya a été chef de division de la comptabilité en 1990, puis chef du service pendant 20 ans avant d’atterrir à la station de la direction à la comptabilité au niveau du trésor et payeur général au niveau de la direction générale du trésor. Convenez avec moi que c’est un homme du sérail.

J’ai été surpris par l’information relayée sur le site taqadoumy faisant état d’une prime de 4% soient 60 millions d’ouguiyas qu’aurait perçu Mr Broya. En tant que secrétaire général du syndicat des finances, je défie quiconque d’apporter la moindre preuve de ces allégations qui sont fausses, nulles et non avenues.  L’arrivée de Mr Thiam Diombar à la tête du ministère des finances a été un ouf de soulagement pour l’ensemble des travailleurs et Mr Broya a mis en arrêt cette prime jusqu’à sa généralisation. Mieux, M r Broya a conclu un protocole d’accords avec les Directeurs jusqu’à hauteur de 70% sur la prime pour tout le personnel alors qu’avant en bénéficiaient que les cadres.  Il s’en est suivi un arrêté, après la signature du protocole d’accords, un mode de distribution  transparent, cohérent et qui  ne souffre d’aucune ambigüité, respectant toute forme de procédure qui organise le fonctionnement de trésor.

MATAKA : Vous croyez, à vous entendre parler de la transparence au niveau de la gestion des deniers publics ?

Oui, il est évident que depuis que Mr Thiam Diombar a atterri à cette station, nous avons noté une grande amélioration au niveau du trésor public. Tenez, les pouvoirs des directeurs, chefs de services et payeurs sont renforcés avec à la clé le non retard des paiements de salaire. Mr broya a amélioré la direction du contrôle et de l’audit qui veille au grain quotidiennement sur les percepteurs, les trésoriers et les régisseurs, tout en formant le personnel sur les procédures juridiques et comptables.

Votre dernier mot

Je voudrai saisir cette occasion, en ma qualité de Secrétaire Général de l’UGTM et de Secrétaire Général des syndicats de finances pour réitérer mes remerciements au Président de la République sur la nomination de Thiam Diombar à la tête de ce ministère. Nous n’avons aucune réclamation et je certifie que  tout se passe bien car nous travaillons avec des gens compétents et intègres, n’en déplaisent aux détracteurs. Je demande aussi à ce taqadoumy présente ses excuses et de s’informer avant d’accuser des travailleurs honnêtes qui ont toujours œuvré pour la bonne marche de ce pays.

Propos recueillis par MATAKA

MAURITANIE: Mauritanie - Ould Abdelaziz : "Je n'ai jamais redouté de coup d'État"

Presque rétabli, le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, revient sur "l'accident" qui a failli lui coûter la vie et sur sa convalescence. Sans oublier ses relations avec l'opposition, qu'il souhaite voir plus responsable.

Il a perdu du poids, son visage s'est creusé. Mais sa démarche est restée énergique et sa poignée de main ferme. Mohamed Ould Abdelaziz, 55 ans, va mieux. Beaucoup mieux que le 14 octobre, lorsqu'il était évacué vers la France à bord d'un avion médicalisé. La veille, le président mauritanien avait été blessé par balle à l'abdomen par un jeune lieutenant de l'armée de l'air. Par méprise, selon la version officielle. Rentré en Mauritanie le 24 novembre, « Aziz » a tenu à montrer que c'est encore lui le patron, bien qu'il soit contraint à un « suivi médical soutenu ». Depuis son putsch, en août 2008, et plus encore depuis son élection, en juillet 2009, il est l'homme fort de la Mauritanie. Fidèle à sa réputation, il n'a pas délégué officiellement ses pouvoirs après son « accident ». Pour sa première interview depuis son retour à Nouakchott, Aziz a reçu J.A. au palais présidentiel.

Jeune Afrique : L'épisode du 13 octobre a-t-il fait de vous un autre homme ?

Mohamed Ould Abdelaziz : Non, je suis toujours le même. Cela n'influe ni sur mes activités, ni sur mon comportement, ni sur ma vision des choses. Quant à l'incident, c'était un acte isolé de la part d'un officier qui a sans doute agi avec le souci de sécuriser une partie du territoire, alors qu'il n'en avait ni les prérogatives ni les moyens. Il ne visait personne en particulier. En tant que président, je n'ai pas voulu m'arrêter à ce contrôle irrégulier, c'est tout.

Vous avez tout de même failli perdre la vie. Pourquoi cet officier a-t-il été libéré le soir même ?

Parce que l'enquête, qui a été menée le soir même, a révélé qu'à aucun moment il n'avait pensé ouvrir le feu sur le président. Il a tiré pour arrêter un véhicule. Certes, il aurait pu être sanctionné. Mais ce n'était qu'une initiative malheureuse. Il était inutile d'envenimer la situation.

J'ai perdu au moins 2,5 litres de sang. Et suis resté trente-cinq jours sans m'alimenter.

N'avez-vous jamais douté de sa bonne foi ?

À aucun moment. Comment aurait-il pu s'imaginer que j'étais dans la voiture et que j'allais passer par cette route ? Il ne m'a pas vu au volant.

Quels soins avez-vous reçus ?

J'ai subi ma première opération à Nouakchott, car il fallait parer au plus pressé et arrêter l'hémorragie. Selon les médecins, j'ai perdu au moins 2,5 litres de sang. Après avoir été évacué vers la France, j'ai à nouveau été opéré. Je suis resté trente-cinq jours sans manger ni boire, cela a été très difficile. J'ai perdu pratiquement 20 % de mon poids. De 80 kg je me suis retrouvé à environ 68 kg. Mais j'ai depuis remonté la pente, et les choses sont rentrées dans l'ordre.

Pendant votre convalescence, avez-vous délégué certains de vos pouvoirs à des hommes de confiance ?

Non, ce n'était pas nécessaire. J'ai toujours gardé toutes mes facultés mentales et physiques. Même blessé, après l'accident, j'ai continué à conduire moi-même mon véhicule. J'ai tout organisé. J'ai moi-même convoqué les médecins. J'ai marché jusqu'à l'hôpital, je n'ai jamais été sur une civière. Je ne me suis jamais senti affaibli.

Donc vous n'avez pas délégué ?

J'ai continué à gérer le pays et à m'enquérir quotidiennement de la situation. Je n'avais pas à déléguer : j'étais conscient et en vie.

Pas même au chef d'état-major de l'armée, Mohamed Ould Ghazouani ?

L'a-t-on vu renvoyer des ministres ou nommer des gouverneurs ? Il n'a fait que tenir son rôle.

Avez-vous craint un coup d'État militaire pendant votre absence ?

Cette idée ne m'a même pas effleuré. Si par le passé le pays a connu beaucoup de coups d'État, c'est parce que l'armée était en déliquescence. Ce n'est plus le cas. Cela dit, la Mauritanie n'est pas à l'abri de quelques individus qui continuent d'agir de manière anarchique. Dans leurs meetings ou dans la rue, ils prônent la violence ou le changement par la force. Mais cela n'a rien à voir avec l'armée.

Vous faites allusion aux leaders de la Coordination de l'opposition démocratique (COD) ?

Je ne parle pas de la COD, mais de quelques personnes connues dont le comportement, inapproprié dans une démocratie, me paraît irresponsable. Si elles veulent du changement, cela doit passer par les urnes.

L'ancien président de la transition, Ely Ould Mohamed Vall, qui est aussi votre cousin, a tenu des propos très critiques en votre absence...

Je suis habitué à ces critiques, qui ne changent pas grand-chose. Le pays continue malgré tout, depuis 2008, d'avancer. Je prends cela avec beaucoup de philosophie.

En votre absence, une partie de l'Union pour la République (UPR, parti présidentiel) a accepté de dialoguer avec la COD. Est-ce une bonne chose ?

Les dirigeants de l'UPR m'ont consulté, je leur ai dit d'accepter la proposition de la COD. Il ne faut pas y voir une trahison. D'ailleurs, je suis prêt à recevoir les leaders de la COD s'ils le souhaitent.

L'idée d'un gouvernement d'union nationale est dépassée. Cela ne rimerait à rien.

Justement, comment résoudre cette crise de confiance avec la frange de l'opposition la plus radicale, qui exige toujours votre départ ?

Encore une fois, dans une démocratie, la meilleure solution pour régler les problèmes, c'est les urnes. Le meilleur jugement, c'est celui du peuple. Pour garantir la transparence des élections législatives et municipales [elles ont été reportées sine die en novembre 2011, NDLR], nous avons d'ailleurs mis en place une Commission électorale nationale indépendante [Ceni] et un état civil fiable, biométrique. Aujourd'hui, on a plus de 78 % d'électeurs potentiels recensés.

Quand ces élections vont-elles enfin se tenir ?

Le plus vite possible. Mais c'est la Ceni qui doit en fixer la date, pas le gouvernement.

Le président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, propose la formation d'un gouvernement d'union nationale...

Cette proposition est dépassée. Mettre en place un tel gouvernement pour deux ou trois mois déstabiliserait le pays. Nous avons déjà un gouvernement stable. Cela ne rimerait à rien, et le peuple en souffrirait.

Pourquoi la Mauritanie ne veut-elle pas s'engager militairement dans le Nord-Mali ?

Parce que nous n'aimons pas faire la guerre. Dans le passé, nous sommes intervenus ponctuellement dans le Nord-Mali, mais c'était uniquement pour sécuriser notre territoire. Ce n'était pas par plaisir que nous franchissions nos frontières et perdions des hommes. Le Mali est membre de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). C'est à elle de régler ce problème.

Concrètement, que préconisez-vous ?

Au lieu de faire la guerre à 60 % du territoire malien, il faut essayer de résoudre les problèmes. Nous conseillons à l'État malien de discuter avec le MNLA [Mouvement national pour la libération de l'Azawad] et Ansar Eddine [groupe jihadiste]. Ils sont présents dans des régions où les populations se sentent parfois lésées. On ne peut pas laisser cette situation perdurer. C'est vrai que leurs revendications sont parfois extrêmes, mais, en dialoguant, on peut les raisonner.

C'est une position que vous avez réaffirmée à François Hollande lors de votre rencontre le 20 novembre ?

Je l'ai réaffirmée partout. Non pas parce que la Mauritanie serait faible et n'aurait pas les moyens de se défendre. Nous connaissons bien la situation.

Quelles sont vos relations avec le président français ?

Nous entretenions de très bons rapports avec son prédécesseur, rien n'a changé avec François Hollande.

Vos opposants vous reprochent de faire le jeu de la France dans le Sahel...

Nous ne sommes inféodés à personne. Nous utilisons nos armes, nos munitions, nos hommes, notre aviation. Il n'est pas question de la France là-dedans, même si nous partageons la même vision des choses et la même stratégie.

Que pouvez-vous nous dire du jihadiste français récemment arrêté à Néma ?

Il s'agit d'un Français de souche qui a été arrêté au moment où il tentait de sortir par une zone contrôlée, après être entré par le Nord. Une enquête est en cours. Ce que nous savons, c'est qu'il a traversé tout le Maghreb, puis la Mauritanie pour apprendre l'arabe. Il est même déjà allé à Tombouctou. Il n'était pas armé, il n'avait pas de grenades sur lui, ni d'explosifs, donc il ne constitue pas une menace immédiate.

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Propos recueillis à Nouakchott par Justine Spiegel (@JustineSpiegel)



Interview d'Ibrahima Moctar SARR (1ère Partie)

Merci monsieur le président de nous avoir accordé cette interview. Actualité oblige, Il y a un an le jeune Lamine Mangane tombait sous les balles assassines d’un ou des éléments de la Gendarmerie nationale. Cet assassinat avait été invoqué par le parti pour justifier la suspension de ses activités de la CPM (Coalition des partis de la Majorité), et plus tard, sa sortie. Avez-vous réponse à votre exigence de lumière sur cette question de la part du pouvoir ?

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