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Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans "le monde arabe"

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans Dans son récent ouvrage, "Géopolitique des mondes arabes", Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (l’Institut des relations internationales et stratégiques), analyse en 40 fiches illustrées les rapports de force dans ce qui est communément appelé "le monde arabe".

Le politologue réfute la notion d’un monde arabe uni et propose une grille de lecture contrastée d’une région qui s’étend de la Mauritanie, le long de l’Atlantique à Oman, sur l’Océan indien.

Les Etats-Unis ont ouvert, le 14 mai, leur ambassade à Jérusalem. Quel signal cette décision américaine envoie-t-elle à la région?

Nous savons que le statut de Jérusalem est extrêmement délicat pour les trois grandes religions monothéistes. En prenant cette décision unilatérale, le président des Etats-Unis Donald Trump foule totalement au pied le droit international et toute idée de multilatéralisme. Cette décision exprime la volonté du plus fort, au mépris des Palestiniens, ceux-ci étant par ailleurs incapables de s’entendre au vu de la désunion qui existe entre l’autorité palestinienne et le Hamas. Cette décision de choisir Jérusalem comme capitale d’Israël par les Etats-Unis est à mettre en corrélation avec l’avancée irrépressible du mouvement de colonisation des Israéliens sur des terres palestiniennes, mouvement qui rend de plus en plus difficile les perspectives de la création d’un État palestinien souverain et viable.

Autre dossier d’actualité, celui du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Quelles peuvent en être les répercussions?

M. Trump suit une logique similaire: il se contrefout du droit international, de ce qui régit difficilement les accords entre les différents états constituant l’échiquier international. La seule chose que je puisse souhaiter, c’est que les autres États qui avaient signé l’accord avec les Iraniens trouvent, dans les meilleurs délais, des solutions de contre-feu par rapport à la décision de M. Trump. Il n’y a aucune raison à ce que nous acceptions les décisions unilatérales de M. Trump. Si nous n’y parvenons pas, nous, les Européens, avec les Chinois, avec les Russes, et avec bien d’autres, alors les règles du droit international se dissoudront pour quelque temps et seul comptera la loi du plus fort.

Y a-t-il, suite à ces deux décisions, des risques d’embrasement dans la région?

Nous avons vu, il y a quelques semaines, des bombardements iraniens sur des positions israéliennes, mais surtout des bombardements israéliens sur des positions iraniennes en Syrie. Je ne crois pas que cela va se généraliser, car Israéliens et Iraniens et leurs alliés savent jusqu’où ne pas aller. Je n’ai pas de certitude absolue, car la situation est tellement délétère et volatile que tout peut déraper très rapidement. Malheureusement, il y a quelques pousses au crime, Donald Trump étant le premier d’entre eux. À moins que ce ne soit Benjamin Netanyahu. Pour le coup, Netanyahu et Trump sont strictement sur la même longueur d’ondes sur les deux dossiers que l’on vient d’évoquer. Je ne sais pas quel est celui qui conseille l’autre.

Quel est le rôle de l’Iran aujourd’hui?

L’Iran est et restera incontournable, car c’est un grand pays de plus de 80 millions d’habitants, qui a une longue histoire, qui a une place géostratégique d’une importance considérable, et qui a parfaitement conscience de son rôle et de sa puissance potentielle. Pour autant, est-ce une menace? De mon point de vue, non. C’est un pays qui veut étendre son influence, mais ce n’est pas un pays qui veut exporter son régime. Beaucoup d’analystes sont encore à raisonner sur l’Iran comme ils auraient pu le faire au début de la révolution iranienne. Il est vrai que Khomeini, en son temps, avait eu des discours enflammés en disant qu’il voulait exporter la révolution islamique dans toute la région. Mais il est mort depuis longtemps. En réalité, il n’y a plus de volonté d’exportation de la révolution islamique depuis 1980, très précisément depuis la tentative d’invasion de l’Iran par l’Irak.

Le 12 mai, les élections législatives en Irak ont sanctionné le parti du Premier ministre sortant Haider al-Abadi, donnant la victoire à deux nouvelles alliances. Qu’en déduisez-vous?

L’Irak est une société très décomposée, atomisée et, malheureusement, les citoyens n’ont plus guère confiance en une bonne partie des dirigeants. Ceux qui ont voté ont visiblement reporté leur vote vers des partis qui n’ont pas eu de responsabilité gouvernementale directe au cours des dernières années. Ce qui est très intéressant, c’est l’alliance entre le vainqueur Moqtada Al-Sadr et le parti communiste irakien, qui indique la volonté non seulement de favoriser les plus pauvres, mais aussi de transcender les divisions communautaires et religieuses qui existent en Irak. S’ils parviennent à cela, ce sera une bonne nouvelle.

Qui est Moqtada Al-Sadr, qui sort victorieux du scrutin?

Moktada Al-Sadr est un chiite assumé, à la fois très proche de l’Iran pour des raisons théologiques, mais qui incarne aussi le nationalisme irakien. Ce n’est pas quelqu’un qui fera allégeance à l’Iran. C’est l’homme de 44 ans qui a toujours lutté contre l’occupation des Etats-Unis et qui se pare d’une sagesse théologique, ce qui compte beaucoup dans la perception des citoyens irakiens. C’est aussi un homme qui est issu d’une très grande famille. Son père était un opposant qui avait été assassiné par Saddam Hussein.

Le titre de votre livre fait référence aux "mondes arabes", au pluriel. Pourquoi?

Par commodité de langage, les uns et les autres parlent encore du monde arabe, mais c’est un mythe. Le monde arabe n’existe plus. Je reconnais qu’il y a un sentiment d’arabité qui traverse les 21 pays de la Ligue des États arabes. Mais ce sentiment d’arabité est très subjectif et difficile à définir scientifiquement. D’un point de vue géopolitique, il n’y a pas de monde arabe au singulier, il y a des mondes arabes. Entre le pays le plus riche de la Ligue arabe, le Qatar, et le plus pauvre, le Yémen, l’hétérogénéité de développement est abyssale. Deuxième chose, il n’y a pas de logique de solidarité entre ces pays. C’est la règle du chacun pour soi. En réalité, chaque état constituant les mondes arabes défend ses propres intérêts nationaux. On voit bien que la Ligue des États arabes, qui a été constituée en 1945, n’est pas un organisme susceptible de défendre les intérêts des États arabes. On le voit dans les jeux d’alliances et de contre-alliances. Par exemple, l’Arabie saoudite impose un blocus au Qatar, et pourtant ce sont deux états voisins où la religion majoritaire est identique. Je pourrais évoquer la guerre de l’Arabie saoudite contre le Yémen, les rivalités vives entre le Maroc et l’Algérie. Nous avons encore en tête de vieux schémas qui datent de la période qui suit les indépendances arabes, dans les années 50 et 60. À ce moment-là de l’histoire, il y avait, en effet, une profonde aspiration à l’unité du monde arabe, portée par le parti Baas et par le chef d’état égyptien Gamal Abdel Nasser, qui incarnait cette unité. Mais Nasser est mort en 1970. Ceux qui continuent à parler de monde arabe au singulier le font par habitude ou par incompétence.

Vous dites aussi que l’opposition systématique entre Sunnites et Chiites est obsolète?

Le facteur religieux n’est pas le facteur explicatif de tous les maux de la région, même s’il ne faut pas le négliger. L’opposition entre l’Arabie saoudite et l’Iran est présentée comme l’opposition irréductible entre Sunnisme et Chiisme. Je n’y crois pas une seconde. Je pense qu’il y a des oppositions fortes car l’Iran veut s’affirmer comme une puissance régionale influente et les Saoudiens veulent faire la même chose. L’opposition sunnisme contre chiisme est instrumentalisée au service d’intérêts géopolitiques. C’est un vernis que l’on met sur des questions politiques classiques. Regardez, il y a une crise aiguë entre l’Arabie saoudite et le Qatar. Pourtant, ce sont deux pays sunnites et wahhabites. Par contre, entre le Hezbollah libanais chiite et le Hamas palestinien sunnite les relations sont très bonnes. On pourrait multiplier les exemples.

Quel est le rôle de l’Occident dans les équilibres de la région?

Il faut prendre en compte la totalité des facteurs: religieux, économiques, politiques et extérieurs. La Syrie est un exemple absolument tragique de l’influence néfaste des puissances extérieures, notamment occidentales. La politique des Occidentaux a concouru à aggraver la crise syrienne. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne se sont mis, dans un premier temps, du côté de ce que l’on a appelé les rebelles pour virer Bachar el-Assad. Nous n’avions pas, nous, Occidentaux, me semble-t-il, à prendre parti pour l’un ou l’autre. Notre propos aurait dû se tenir à essayer de parvenir à une solution politique. Je vais plus loin. Je pense que la première puissance internationale, les Etats-Unis, a largement concouru à accroître le désordre dans la région. La guerre unilatérale de George Bush contre l’Irak à partir de 2003 a mis non seulement l’Irak, mais aussi une partie des États de la région à feu et à sang. Les décisions de Donald Trump sur Jérusalem et sur l’Iran risquent d’envenimer les tensions. J’espère que les États arabes parviendront, dans les meilleurs délais, à défendre leurs propres intérêts en fonction de leurs intérêts nationaux et non pas seulement en fonction de ceux des états occidentaux.

Stéphanie Fontenoy
Source : L'Echo (Belgique)

 

 

France-Rwanda : un ancien officier brise l’omerta malgré « des menaces émanant de services de l’État »

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sort en librairie le 16 mars, l'ancien officier français Guillaume Ancel lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies : l'opération Turquoise menée en plein génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994.

« C’est se moquer des Français que de leur mentir sur la nature d’une opération qui a été menée en leur nom. Et c’est tout aussi indécent, vis-à-vis du million de victimes du génocide, d’occulter le rôle inquiétant que la France y a joué. En taisant cette réalité, on s’autorise à ce qu’une telle horreur puisse se répéter. » Longtemps, Guillaume Ancel fut un spécialiste du guidage au sol des frappes aériennes. Ancien TACP (prononcer : « TacPi », pour Tactical Air Control Party Specialist), ce lieutenant-colonel diplômé de Saint-Cyr guidait les avions de chasse de l’armée française vers leur cible, sur différents terrains d’opération.

Depuis quelques années, revenu à la vie civile, il est passé aux « frappes littéraires ». Dans Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres), qui sort en librairie le 16 mars, cet ancien artilleur lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies. En mai 2017, déjà, il décryptait, chez le même éditeur, les manquements de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie, à travers un récit décapant : Vent glacial sur Sarajevo.

A la veille de la sortie de son ouvrage sur l’opération Turquoise, basé sur un témoignage dont Jeune Afrique a rendu compte dès 2014, Guillaume Ancel revient sur la culture du secret au sein de la Grande Muette, et sur le paravent humanitaire déployé autour d’une intervention militaire politiquement sensible.

Jeune Afrique : À quel moment avez-vous pris conscience des dissonances entre la version officielle française sur l’opération Turquoise et votre propre expérience sur le terrain ?

Guillaume Ancel : Comme je le raconte dans mon livre, l’ordre d’opération préparatoire que j’ai reçu dès mon arrivée sur place ne correspondait pas à l’opération humanitaire que les médias présentaient vers la fin juin 1994. Il s’agissait en réalité d’une opération de guerre classique, visant à remettre au pouvoir le gouvernement rwandais, alors en difficulté. Quand on déploie sur le terrain des avions de chasse et les meilleures unités de la Force d’action rapide, c’est rarement pour une mission humanitaire.

Les forces gouvernementales ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres

Ce que j’ai trouvé le plus gênant, c’est de constater que les forces gouvernementales – les militaires des ex-Forces armées rwandaises [FAR], les gendarmes, les miliciens hutus – ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres. Bien sûr, ils s’abstenaient de les commettre sous nos yeux, mais à aucun moment ils ne niaient avoir exterminé les Tutsis.

Comment l’armée française s’est-elle comportée vis-à-vis des forces gouvernementales ?

Avec une certaine bienveillance. Lorsque nous avons été amenés à créer une zone humanitaire sûre [ZHS], son effet consistait clairement à protéger leur fuite devant l’avancée du FPR [Front patriotique rwandais, la rébellion essentiellement tutsie commandée par Paul Kagame]. Au passage, on les a laissées organiser l’exode de la population vers l’ex-Zaïre, ce qui s’est traduit par une crise humanitaire dont le bilan s’est chiffré à près de 100 000 morts.

Durant la seconde quinzaine de juillet, dans un camp de réfugiés au Zaïre, j’ai par ailleurs assisté à une livraison d’armes par la France à ces mêmes forces gouvernementales, alors qu’on savait pertinemment qu’elles avaient commis le génocide.

Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité

Comment vos compagnons d’armes ressentaient-ils cette situation ? En parliez-vous entre vous ?

J’ai ressenti chez eux un profond malaise. Mais comme souvent dans l’armée, quand on est gêné par un sujet on s’abstient d’en parler. Je relate par exemple une discussion que j’ai eue avec un officier français qui avait été, par le passé, le conseiller militaire du gouvernement rwandais. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait perçu des signes préparatoires du génocide, il s’est fermé comme une huître. J’ai bien senti qu’il ne fallait pas mettre ce sujet sur la table. Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité.

De nombreux militaires de Turquoise n’avaient jamais servi au Rwanda entre 1990 et 1993. Se sentaient-ils plus libres d’exprimer leur malaise ?

J’ai perçu une différence d’approche entre, d’un côté, certains camarades qui avaient soutenu les forces armées rwandaises durant cette période et qui ne comprenaient pas pourquoi on ne recommençait pas ; et, de l’autre, des militaires qui faisaient preuve de plus de discernement et qui leur rétorquaient que les choses avaient changé. Car entre-temps, l’armée rwandaise avait directement participé à un génocide.

Avez-vous un exemple précis d’une confrontation entre ces deux camps ?

Cela s’est manifesté, par exemple, quand nous avons dû parler du désarmement des forces hutues. Nous avions installé une zone humanitaire sûre, donc la question se posait avec acuité. Or, on sentait bien qu’une décision avait été prise en haut lieu et qu’il ne fallait surtout par désarmer les FAR.

Il y avait une ambiguïté permanente entre notre mission officielle et une mission occulte, non assumée

Nos supérieurs nous expliquaient alors que cela serait pris par les militaires rwandais – qui étaient beaucoup plus nombreux que nous – comme une forme de défiance. Donc il ne fallait pas prendre le risque de les contrarier. Comme si un soldat armé était moins dangereux qu’un soldat désarmé !

Des tensions se sont manifestées du fait de cette ambiguïté permanente entre notre mission officielle – protéger les personnes menacées – et une mission occulte, non assumée, visant à soutenir jusqu’au bout les forces gouvernementales à l’origine du génocide.

Après le Rwanda, il vous faudra vingt ans avant de vous exprimer publiquement. Votre expérience à Sarajevo semble avoir représenté un premier déclic…

Là aussi, en ex-Yougoslavie, nous étions censés intervenir dans le cadre d’une mission humanitaire pour empêcher les canons serbes de tirer sur la ville. Mais la réalité, c’est que notre commandement nous a empêchés de nous en prendre aux agresseurs. Nous avons donc assisté au massacre de Srebrenica avec l’interdiction de nous interposer.

Avec les légionnaires qui m’entouraient, dont certains avaient, eux aussi, fait le Rwanda, nous en ressentions de la colère : accepter, au nom de la France, de mener des missions qui s’avèrent indécentes.

En 1998, vous envisagez de témoigner devant la Mission parlementaire d’information sur le rôle de la France au Rwanda…

Naïvement, j’ai alors fait savoir à mon commandement que je voulais expliquer aux parlementaires le malaise que nous avions ressenti pendant Turquoise. Le cabinet du ministre de la Défense de l’époque m’a alors envoyé une émissaire qui m’a dit, en substance : « D’abord, ce n’est pas à vous de décider si vous témoignerez devant les parlementaires. Et même si le ministre devait donner son accord, c’est lui qui déciderait de ce que vous devez leur dire. » On m’a donc clairement fait comprendre que les militaires français n’avaient pas à raconter la vérité devant les élus de la nation…

A quel moment avez-vous décidé de passer outre ?

En 2012, sept ans après avoir quitté l’armée, je me suis trouvé en phase de transition professionnelle, ce qui m’a laissé le temps d’écrire un roman tiré de mon expérience au Rwanda. Début 2014, à quelques semaines de la 20e commémoration du génocide,  j’ai été invité à un colloque destiné à faire le point sur le rôle de la France au Rwanda, réunissant diplomates, historiens, hommes politiques, juristes… Il était organisé par un grand parti français et présidé par un homme politique qui avait participé très activement à la Mission parlementaire d’information, en 1998 – je ne peux donner davantage de précisions car cet événement faisait l’objet de règles de confidentialité. [Organisé par le parti socialiste, le colloque était présidé par un ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, Paul Quilès, par ailleurs ancien président de la Mission parlementaire sur le Rwanda.]

Lorsque j’ai livré mon témoignage, j’ai vu, aux quarante mâchoires qui se décrochaient autour de la table, que mon témoignage n’arrangeait pas du tout la plupart des participants.

Comment ont-ils réagi ?

Le président du colloque s’est levé, il a pointé son index dans ma direction et m’a dit d’un ton comminatoire : « Je vous demande de ne pas témoigner sur ce sujet car vous risqueriez de créer de la confusion quant à l’image que se font les Français du rôle qu’a joué leur pays dans le génocide du Rwanda ! » C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais bien trop attendu et que mon témoignage aurait dû être mis sur la place publique depuis longtemps.

« Les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner »

À partir d’avril 2014, vous allez donc témoigner dans plusieurs médias ou lors de conférences. Pourquoi ce livre, quatre ans plus tard ?

Parce que j’ai  constaté que ces témoignages oraux n’étaient pas suffisants. Avec Rwanda, la fin du silence, je voulais être sûr que mon témoignage serait intégralement retranscrit et qu’il ne serait plus jamais effaçable.

En agissant ainsi, vous avez rompu l’omerta qu’on vous intimait l’ordre de respecter. À quelles réactions avez-vous été confronté ?

Du côté de mes compagnons d’armes, la plupart restent emmurés dans la culture du silence propre à l’armée française. Ils n’ont donc réagi ni positivement ni négativement, mais j’imagine que beaucoup ont été choqués que je rompe cette servitude institutionnalisée qui est pourtant, selon moi, en totale contradiction avec l’exigence démocratique d’une société comme la nôtre.

D’autres militaires, qui ont quitté l’armée, ont répandu publiquement, notamment dans des livres, la fable officielle d’une opération Turquoise humanitaire. Lorsque j’ai livré ma version, ils se sont retrouvés en porte-à-faux et ont cherché à me discréditer. Enfin, les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner.

Y compris en vous menaçant ?

Ils ont exercé sur moi, via des intermédiaires, des pressions d’un autre âge. J’ai, par exemple, été menacé dans mon boulot en des termes qui rappelaient étrangement ceux prononcés par le président du colloque que j’évoquais précédemment. Si je n’avais pas bénéficié du soutien de réseaux soucieux de la transparence démocratique, il est clair que j’aurais alors perdu mon emploi.

J’ai aussi été menacé par quelqu’un qui m’a été envoyé par un ancien lieutenant-colonel de la Légion étrangère, qui est intervenu au Rwanda – l’un des défenseurs du “village Potemkine” que je viens de mentionner. Cette fois, il s’agissait de menaces physiques. Enfin, j’ai reçu des menaces très claires émanant de services de l’État, que je préfère ne pas détailler.

Le silence devient amnésie

Avez-vous violé l’obligation de réserve ou le secret-défense en livrant ainsi votre récit ?

Lorsqu’on a eu accès à des informations ou qu’on a participé à des interventions classifiées, le fait de quitter l’armée ne change rien à l’obligation de confidentialité, qui continue de s’exercer. Ce qui veut dire que si l’opération Turquoise avait été classifiée « secret défense » ou « très secret défense », je ne pourrais pas en parler aujourd’hui sous peine de commettre un délit, voire un crime.

Le problème, c’est qu’en alimentant cette fable d’une opération humanitaire, les autorités de l’époque ont oublié de classifier toute une partie de cette opération. C’est ce qui me donne la possibilité légale d’en parler sans trahir un secret.

Pourquoi, dans ce cas, êtes-vous le seul à oser le faire ?

L’un de mes camarades, qui appartenait à l’armée de l’air, a voulu s’exprimer, en appui de mon témoignage, sur les opérations qu’il a menées en coordination avec moi durant Turquoise. Mais il a été rattrapé par l’armée de l’air. On lui a assuré que toutes les opérations aériennes étaient désormais classifiées confidentiel défense, y compris rétroactivement, et que par conséquent il ne pouvait en parler sans une autorisation du ministre de la Défense. Y compris quand un juge français l’a convoqué pour l’auditionner dans une procédure relative à l’opération Turquoise. En contrepartie, il a été assuré de périodes de réserve dont il avait financièrement besoin. C’est en procédant ainsi que le silence devient amnésie…

Source : jeuneafrique.com

 

Tentative de rapt à Teyaret

Le nord de Nouakchott n’est plus en reste, pour ce qui est du crime et de la délinquance. Certains quartiers en constituent même des points chauds. Des bandes de malfaiteurs circulent la nuit et, parfois, le jour, pour braquer, agresser et violer. Le fameux bandit « El Eidhadh » et sa bande écument notamment M’geizira, El Hay Sakin et Dar El Barka. Au cours des huit mois passés, plusieurs enlèvements de jeunes filles y ont été déclarés.

Vendredi 10 Novembre, vers dix-neuf heures, une Toyota Avensis de couleur grise, aux verres teintés de noir, s’arrête soudain dans une ruelle de Pikine. Trois jeunes hommes en descendent précipitamment et entoure un tout aussi jeune piéton. Ils tentent de le charger dans le véhicule dont le moteur tourne, avec son chauffeur toujours au volant. En vain car l’agressé résiste vaillamment, l’un des assaillants lui assène deux coups de couteau, sans plus de résultats, les assaillants dépités n’ont plus qu’à réembarquer et fuir, sous les yeux des passants. Agé de vingt ans, le jeune Abderrahmane ne souffre, heureusement, que de deux légères blessures au bras. Il déclare, à la police, connaître l’un de ses agresseurs. Une fois celui-ci appréhendé, ses trois complices sont vite appréhendés et interrogés. Il s’avère alors que la bande voulait régler un compte avec Abderrahmane, accusé, par l’un d’eux, de détourner sa sœur mineure. Aux dernières nouvelles, un arrangement à l’amiable entre familles est en cours.

Le cerveau de la bande de Dar Al Beidha coffré

Dans les colonnes de notre précédente édition, nous faisions état d’une bande qui avait cambriolé un domicile et violé une de ses occupantes. La majeure partie de ses membres avaient été rapidement arrêtés par le commissariat de police El Mina 3 qui mène l’enquête. Mais Brahim ould Ahmed, le repris de justice qui les commande, restait en cavale, en compagnie du dernier de ses comparses en liberté. Dirigés par le brigadier-chef Ould Boudida, les limiers du commissariat n’ont cessé de les traquer dans tout Nouakchott, tandis que leurs complices, déférés au parquet de la wilaya-sud de la capitale, il y a dix jours de cela, étaient écroués à la prison civile de Dar Naïm…

Boudida et ses hommes ont fini par aboutir à une maison du quartier El Mensiya, PK 13 de Riyad, qu’ils cernent sans tarder. Un peu plus tard, deux hommes en sont délogés, menottes aux poings, et conduits illico au commissariat. Il s’agit de Brahim ould Ahmed, dit « Kurios » et de son complice Khaiyi. Après deux jours de garde à vue, ils ont rejoint leurs collègues à la maison d’arrêt.

Les émeutes, une occasion d’or

Toute grande ville supporte son lot de délinquants. Les plus dangereux ne sortent que rarement de prison pour y revenir au plus vite, généralement. Juste le temps de commettre un nouveau délit et de reprendre la piste classique : commissariat, palais de justice et pénitencier. Les exemples abondent. Citons-en quelques-uns. Dahi ould Varwi, le tueur de la commerçante Khaddouj, au marché Capitale, en 2015, venait juste d’achever une peine de prison, quelques jours à peine avant son crime. Tout comme celui qui assassina sa propre femme en 2012. Quant au défunt Brahim « Legos », c’est au lendemain même de sa libération de la maison d’arrêt de Nouadhibou, en 2011, qu’il tua un boutiquier de Riyad.

Les plus petits délinquants, pickpockets et autres, passent quelques jours dans les violons des commissariats et sont souvent relâchés, sans déferrement. Ils continuent donc à circuler dans les marchés et les banques, guettant la moindre occasion de vol… La plus rêvée, c’est, de loin, les grands rassemblements. Fêtes, meetings, grandes cérémonies, réceptions et, bien sûr, manifestations en tout genre les voient accourir, profitant, à qui mieux mieux, des bousculades, pour voler, braquer ou même violer, parfois. Le désordre est leur meilleur allié qui leur permet d’agir à leur guise et de piller, sans risques, les commerces et autres biens d’autrui.

A la moindre émeute, les bandits affluent ainsi de leurs repaires vers les manifestants et se lancent dans le pillage et le vandalisme. Lors des troubles du 1er Mai dernier, des récidivistes connus ont été repérés dans la foule. Certains ont carrément dirigé les pillages, d’autres se sont postés sur les grands axes, pour arrêter et braquer les conducteurs. Les autorités en ont arrêté cent-soixante dont beaucoup de ressortissants étrangers, ouest-africains généralement. On les a de nouveau vus à l’œuvre, lors des émeutes des jours derniers. A Nouakchott comme à Nouadhibou, ils se sont constitués en petits groupes mobiles, mettant le feu à de vieux pneus, en divers points stratégiques de la ville, pour distraire les forces de l’ordre, avant de se déplacer rapidement vers les quartiers ainsi délestés de présence sécuritaire, pour piller, braquer et agresser.

Cette fois, c’est une trentaine de suspects qui ont été arrêtés, à Nouakchott, par la police, la garde et la gendarmerie. A Nouadhibou qui a connu plus de désordres que la capitale, l’addition s’élève à plus de cent flagrants délits de pillage et/ou de vandalisme ; certains, même, en des domiciles des quartiers riches.

Source : lecalame.info

 

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»Avec les compliments du guide, un livre d'enquête écrit par Fabrice Arfi et et Karl Laske, deux journalistes de Mediapart, revient sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par le colonel libyen Mouammar Kadhafi. En s'appuyant sur des centaines de documents et d'indices matériels, ce livre extrêmement documenté revient sur cette affaire, inédite sous la Ve République. Fabrice Arfi, l'un de deux auteurs, répond aux questions de Houda Ibrahim.

RFI : Dans votre livre « Avec les complimentes du guide », une enquête coécrite avec Karl Laske,vous rendez plausible l’histoire du financement libyen de l’UMP en 2007 ?

Fabrice Arfi : Oui, plus que plausible. Nous la documentons. C’est-à-dire que nous avons enquêté pendant six années, pour simplement ne pas se contenter des paroles des uns et des autres dans ce dossier, mais d’apporter des preuves d’une corruption gigantesque, à l’échelle d’une démocratie par une dictature en 2007, avec plusieurs jets d’argent sale parti de Tripoli de diverses poches de dignitaires libyens, pour arriver dans les poches de responsables politiques ou d’intermédiaires français. Et c’est cette histoire que nous avons voulu raconter - documents à l’appui - au ras du réel et que nous considérons aujourd’hui probablement comme la plus grave des affaires que la Vème République, et peut-être celles qui l’ont précédé, aient connue.

Vous apportez des documents importants, parfois inédits, concernant cette affaire dans votre livre. Croyez-vous que ce dossier qui est d’avant la justice pourra encore évoluer ?

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en France dans un pays où, dans une affaire comme celle-là, qui est pourtant une affaire mondiale, absolument gigantesque, il n’y a même pas un juge d’instruction détaché à temps plein sur le dossier. Il n’y a même pas un procureur détaché à temps plein sur le dossier et il n’y a même pas un policier détaché à temps plein sur le dossier. Pourtant, parce qu’il y a des fonctionnaires qui sont courageux, indépendants, le dossier avance. Nous nous attendons à ce que la justice fasse son travail, puisque déjà en quatre ans, malgré un manque de moyens qui est absolument scandaleux pour une démocratie comme la France, elle a réussi à énormément documenter ce que nous racontons et avons commencé à raconter il y a six ans.

Il y a les aveux des médiateurs devant les enquêteurs sur le transport des valises d’argent au ministère français de l’Intérieur, comme Ziad Takieddine, par exemple. Vous essayez également de démontrer l’existence des virements bancaires ?

Nous démontrons que derrière l’achat de l’appartement de Claude Guéant en mars 2008, quelques semaines après la visite de Kadhafi à Paris, il y a des versements bancaires qui passent par l’Arabie saoudite, la Malaisie, et derrière lesquels se cache en réalité l’intermédiaire Alexandre Djouhri, et le gestionnaire des comptes de Béchir Saleh, avec une compensation, d’ailleurs, par l’un des fonds souverains libyens. Donc là, il y a des traces monétaires, bancaires, financières, des versements dont nous parlons.Vous évoquez par exemple, le témoignage de Ziad Takieddine. Le témoignage de Ziad Takieddine, évidemment seul, il ne suffit pas, ce témoignage. Mais il est intéressant à plusieurs égards. D’abord, parce que pour la première fois Ziad Takieddine s’auto-incrimine. Il a donné des éléments circonstanciés extrêmement précis, qui lui valent d’ailleurs aujourd’hui d’être inculpé dans ce dossier. Nous avons publié ce témoignage parce qu’il est conforté par des documents extérieurs. Par exemple, le journal intime, manuscrit de l’ancien Premier ministre et ministre du Pétrole libyen, Choukri Ghanem, qui, dès 2007 – donc quatre ans avant la guerre, il ne pouvait pas savoir que quatre ans plus tard il y aurait la guerre – consignait par écrit de sa main, et les documents sont authentifiés, les versements pour la campagne de monsieur Sarkozy. Il y a un procès-verbal de la Cour pénale internationale qui donne exactement les mêmes montants, les mêmes intermédiaires et les mêmes destinataires que dans le témoignage de Ziad Takieddine. Et puis, en aval, on a trouvé énormément d’espèces dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Des espèces qui n’avaient pas été déclarées aux autorités de contrôle, avec un Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur et directeur de campagne de monsieur Sarkozy, qui, le temps de la campagne présidentielle de 2007, avait loué dans le plus secret une chambre forte dans une agence bancaire à Paris, pour y dissimuler, dit-il aux policiers, des discours de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les soupçons de financements libyens sont matérialisés par des documents. Soit par des virements bancaires, qui font des sauts de puce de paradis fiscaux en paradis fiscaux, soit par des trajectoires d’espèces.

Vous vous posez des questions sur la nature de la mort de Kadhafi. Plusieurs témoignages que vous mentionnez indiquent l’implication des services français ?

Evidemment, concernant la mort de Mouammar Kadhafi, il y a un certain nombre de questions aujourd’hui qui se posent, puisque personne ne sait comment précisément il est mort. On sait qu’il a été exécuté. Et tous nos interlocuteurs dans ce dossier, qu’ils aient été militaires, barbouzes, diplomates, agents des services de renseignements, nous ont dit la même chose. C’est que Kadhafi n’avait que deux façons de terminer dans cette histoire. C’était : mort ou mort. Et nous apportons des témoignages, pas des Kadhafistes, d’anti-Kadhafistes, de gens qui étaient membres du Conseil national de transition libyen, qui aujourd’hui disent que peut-être la France serait derrière l’exécution de Mouammar Kadhafi. Nous, nous disons que nous ne savons pas. Nous ne savons pas qui a tiré pour tuer Kadhafi. Mais une chose est certaine, en revanche, c’est que sur le lieu de sa mort il y avait beaucoup de forces spéciales françaises qui étaient au sol et que rien n’a été fait pour le garder vivant. Et au final, qu’on ait laissé la foule des insurgés le tuer ou que nous l’ayons abattu nous-mêmes, ça ne change rien. Il ne peut plus témoigner aujourd’hui.

Dans le livre aussi, il y a le témoignage de l’ancien chef des services de renseignements extérieurs en Libye. Il raconte que dans ce rapport les Libyens ont constaté que c’est des agents français qui ont tué Kadhafi.

Source : RFI

 

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»Ce week-end, à l'occasion de la visite de l'Américain Donald Trump, le roi Salmane d'Arabie saoudite a fait venir une dizaine de chefs d'Etat africains dans son palais de Ryad. Mais de quel partenariat s'agit-il ? Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire du ministère français de la Défense. Il vient de publier aux éditions Robert Laffont, « Docteur Saoud et Mister Djihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite ». Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Lors du sommet de Riyad, le roi Salmane d’Arabie saoudite a été encore plus direct que Donald Trump contre l’Iran. Il a accusé ce pays d’être « le fer-de-lance du terrorisme mondial ». Qu’en pensez-vous ?

Alain Conesa :C’est de la pure langue de bois. Le terrorisme qui nous frappe nous, en tout cas Européens, ne fait aucun doute : c’est du terrorisme salafiste jihadiste. C’est-à-dire, c’est une branche du sunnisme qui se raccroche au wahhabisme, à l’idéologie religieuse qui est celle de l’Arabie saoudite.

Dans son discours de ce week-end, le roi Salmane d’Arabie s’est dit déterminé à éliminer le groupe Etat islamique et toutes les organisations terroristes, quelles que soient leur religion, leur confession ou leur idéologie ?

C’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Il avait dit sept avions contre Daech, c’est-à-dire autant que le Danemark et la Hollande réunis, en fait, il les a retirés pour en mettre une centaine contre les Houthis au Yémen. Je veux bien qu’il explique qu’il soit décidé à combattre Daech, mais je ne le crois pas.

Et pour montrer que ce ne sont pas que des mots, le roi Salmane, les cinq autres chefs d’Etat du Golfe et des Etats-Unis ont annoncé ce week-end la création d’un centre de contrôle contre les sources de financement du terrorisme ?

Ce qui caractérise l’argent du terrorisme, c’est que c’est de l’argent propre qui devient sale. Ce n’est pas comme l’argent criminel, ce n’est pas de l’argent sale gagné avec du trafic de drogue ou de la prostitution qu’il faut blanchir. L’argent du terrorisme, c’est le contraire. C’est-à-dire que des gens de bonne volonté donnent de l’argent à des ONG qui se constituent, par exemple, au moment du pèlerinage. Les gens donnent parce que c’est à la fois une obligation religieuse et c’est un geste humanitaire. Simplement, on ne sait que cet argent va vers le terrorisme que quand on sait qui est le destinataire final. C’est un vœu pieux.

Est-ce que le roi n’a pas enfin compris qu’il fallait que son entourage cesse de soutenir financièrement un certain nombre d’ONG proches des réseaux terroristes ?

Peut-être qu’effectivement, il faut lui accorder le bénéfice du doute. Mais enfin, quand les Américains ont identifié après le 11 septembre à la fois la fondation al-Haramain qui finançait directement al-Qaïda, plus je crois d’équivalents de 357 ONG qu’ils ont identifiées comme sources du terrorisme, vous prouvez qu’on avait un pays qui était profondément vérolé. Et l’Arabie saoudite n’a pas supprimé toutes ses associations. Elle a supprimé al-Haramain et effectivement, il reste aujourd’hui des ONG qui peuvent se créer à façon et qu’il est extrêmement difficile de contrôler.

Y compris en Afrique de l’Ouest ?

Alors le cas de l’Afrique de l’Ouest à mon avis est un peu d’une autre nature. C’est-à-dire que là, on a une politique ancienne de diplomatie religieuse dans les pays d’Afrique sahélienne et d’Afrique de l’Ouest qui remonte à l’époque de la lutte contre Nasser, ça remonte à loin. Et cette diplomatie religieuse visait depuis longtemps à ouvrir des écoles coraniques, à attirer les meilleurs vers l’université islamique de Médine et ensuite à renvoyer ses commissaires politiques faire de la prédication dans tous ces pays de la zone sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Donc aujourd’hui, ce qu’on constate au Mali, mais aussi en RCA et aussi au Niger, c’est la présence de ces anciens de l’université de Médine qui tiennent toutes les structures représentatives des musulmans et qui prêchent un islam salafiste.

Vous pensez à qui par exemple ?

Par exemple [l'imam Mahmoud] Dicko, le président de l’Association des musulmans du Mali qui a, par exemple, à l’occasion de l’attentat contre le Radisson Blu [le 20 novembre 2015], a fait un communiqué extrêmement ambigu en refusant de condamner l’acte terroriste. De temps en temps, c’est l’explication par l’homosexualité, de temps en temps c’est l’explication par le colonialisme. Je pense à des gens comme ça. Puis d’autre part, on constate que dans toute cette zone sahélienne, le salafisme qu’on pourrait appeler l’idéologie révolutionnaire parce que ces gens diplômés arrivent dans un pays en expliquant que tous les dignitaires religieux ne sont pas de vrais musulmans parce qu’ils ne parlent pas l’arabe, parce qu’ils ne sont pas capables de lire le Coran, parce qu’ils sont compromis par tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance. Donc eux, les salafistes sont les véritables tenants d’une société juste, égalitaire, non corrompue, etc. Le Sénégal étant d’ailleurs un de ces pays directement aujourd’hui pénétrés par cette idéologie salafiste.

Mais quand on écoute le roi Salmane dans son discours de ce week-end, on a vraiment le sentiment qu’il a renoncé à cette diplomatie religieuse ?

Non, je n’en crois pas un mot. Cette diplomatie religieuse, il faut bien comprendre que le régime saoudien est appuyé sur deux piliers qui sont évidemment la dynastie des Saoud, qui représente le pouvoir politique, mais aussi la dynastie des Hashem, c’est-à-dire les défendant d’ Abdel Wahhab, c’est-à-dire le fondateur du wahhabisme. Vous regarderez le pouvoir du grand mufti en Arabie saoudite, il tient l’éducation, le système judiciaire. Et à chaque fois que ce régime est pris dans ces contradictions, à chaque fois que la dynastie des Saoud a besoin des Occidentaux pour sauver sa tête -91, guerre du Golfe, 79 occupation de la Grande mosquée-, à chaque fois, il est obligé de demander l’accord, l’aval, le quitus des religieux. Donc les religieux qui sont quand même aussi habiles que nos jésuites trouvent toujours une bonne raison de justifier cet appel aux mécréants, mais en échange, le roi est obligé de leur concéder plus de pouvoir. C’est-à-dire qu’à chaque crise, la crise s’est traduite par plus de religion en Arabie saoudite. Et donc prétendre aujourd’hui que les Saoud à eux seuls sont capables de soumettre les Hashem à une ouverture politique et religieuse, ce n’est pas possible. La meilleure traduction, c’est justement qu’ils ne combattent Daech.

Alpha condé, Macky Sall, Alassane Ouattara, Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Faure Ngassimbé, Mamadou Issoufou, Idriss Déby, Ali Bongo, il y avait de nombreux Africains ce week-end parmi les quelque 50 chefs d’Etat du monde arabe, musulman et africain, réunis à Riyad. Est-ce que ce n’est pas un joli coup diplomatique de la part du roi Salmane d’Arabie ?

Tout à fait. Effectivement, l’Arabie saoudite est un tiroir-caisse qui est beaucoup plus abondant que ne le sont les pays occidentaux en crise depuis déjà un certain nombre d’années, oui bien sûr. Mais aller chez le pays géniteur de ce salafisme qui s’est propagé sur la planète et qui est à l’origine de tous les attentats que nous avons connus nous, mais qui sont aussi en Afrique, cela a quelque chose d’un peu paradoxal quand même. Si le géniteur lui-même ne change pas dans sa propre société, tous les mécanismes qui ont donné naissance à ce salafisme, qui le propagent, qui l’aident, qui le forment, etc., je ne vois pas comment on peut imaginer que c’est en Arabie saoudite que va se résoudre la question.

Source : AFP

 

Interview / Ahmedou Ould Abdallah : « La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe»

Mauritanie : Les changements des symboles du pays critiquésNotre compatriote Ahmedou Ould Abdallah, qui s’est illustré dans la diplomatie internationale, vient de boucler, pour le compte de la Francophonie, une assez longue mission au Gabon où s’y déroulait un scrutin présidentiel pour le moins compliqué.

Il se trouve actuellement à l’étranger où nous l’avons accroché pour le plonger dans notre univers politique peu brillant avec cette question lancinante de tripatouillage de la constitution… Et bien d’autres sujets de chez nous : la réforme de l’état civil, la question du drapeau, de l’hymne national…

Il a accepté de répondre, comme toujours, avec élégance et franchise, aux questions de Biladi.

Biladi : Depuis quelques semaines l’actualité nationale est dominée par les points proposés à l’ordre du jour du dialogue politique. Les sujets de discussion ont porté, entre autres questions, sur la modification du drapeau national ainsi que de l’hymne national. Qu’en pensez-vous ?

Ahmedou Ould Abdallah
(AOA) : Face aux difficultés quotidiennes rencontrées par les citoyens ainsi qu’aux défis sécuritaires qui s’accumulent, chez nous et dans la région, parler de la modification du format du drapeau national et de la reformulation de l’hymne national sont-elles vraiment prioritaires ou même nécessaires?

Les mauritaniens, comme tous ceux qui suivent l’actualité régionale du Maghreb/Sahel, en tombent des nues et se demandent si nous ne somment pas sur une autre planète.

Une élite nationale responsable doit pouvoir trouver un consensus sur les problèmes prioritaires du pays, c’est-à-dire ceux qui déterminent sa pérennité. Elle ne peut continuer à promouvoir ce qui distrait des problèmes fondamentaux ou divise les populations.

Face à d’immenses besoins nationaux, les priorités sont connues. Les dépenses doivent être affectées au renforcement des institutions, la lutte contre le chômage, en particulier celui des jeunes, l’éducation technique, la santé publique, l’urbanisation de la capitale où sont concentrés près de 30 % de la population, la lutte contre la corruption et le soutien à la compétitivité de nos hommes d’affaires en Afrique de l’Ouest, au port de Nouakchott et aux routes vers ces pays, pour l’accès à leurs marchés.

Un gouvernement qui ignore ces priorités a des problèmes qui relèvent, ou de l’irresponsabilité ou de l’incompétence.

A cet égard, les symboles de l’Etat font partie de leurs identités et doivent, à ce titre, être protégés. S’ingénier à vouloir les modifier, outre qu’elle n’est nullement prioritaire, une telle intervention n’a pas de sens. Par ailleurs, leur modification a souvent engendré des malheurs et une revanche de l’Histoire. On l’a vu avec le maréchal Mobutu et la colonel Kadhafi dont les drapeaux n’ont pas survécu à leurs règnes. Il faut tout faire pour éviter le ridicule avec de faux débats d’un autre temps: changer les emblèmes nationaux, les noms de familles, celui du pays ou le transfert de capitale.

Je ne peux comprendre que le président Ould Abdel Aziz se laisse fourvoyer dans ce genre d’exercice.

Biladi : Ce genre "de réforme" a-t-il un lien avec celui qui a proposé de mettre fin à notre fameux "Ould" comme composante des noms de familles ?

AOA :
D’abord une anecdote. Il y a environ deux ans, un haut responsable de notre pays annonçait fièrement, à un officiel d’un pays du Golfe, ceci: "désormais, le Ould va disparaître de nos papiers d’identité". Son interlocuteur, dont le pays n’a aucune intention de supprimer le si caractéristique "Al" de son patrimoine, lui répondit sèchement : "que vous restera-t-il alors" ?

Sur le fond, à l’époque où, de par le monde, les peuples luttent pour préserver leurs identités et leurs images, cet acharnement à gommer tout ce qui nous caractérise - drapeau, hymne national et le Ould si Mauritanien - est pour le moins sidérant.

Comme nous, de nombreux autres peuples ont des particules attachés à leurs noms de familles : justement le "Al" du Golfe, le Oglu des Turcs, le Van des Néerlandais, etc. En 2001 et 2010, de jeunes Mauritaniens, interpellés par la police aux Etas-Unis et en Belgique, ont été libérés grâce à leur identité avec Ould, alors non associée au terrorisme ou à la criminalité.

Enfin, au-delà de ce propos, cette particularité, le Ould, est commune à tous les Maures du Sud Maroc aux confins septentrionaux du Niger en passant par le Azaouad du Mali et de villes algériennes dont Tindouf. N’avons-nous pas, en Mauritanie, seul pays ou ce groupe exerce le pouvoir, d’autres priorités à mettre en œuvre que cet acharnement à nous éloigner de cet héritage Hassanophone ?

Il se dit que c’est souvent par manque de recul historique que nous adaptons ces comportements si nuisibles à notre image dans la région et au-delà. Mais cette manie de vouloir tout changer, y compris de capitale, outre son côté puéril et financièrement irresponsable, est un dangereux exercice de dépossession d’identité.

Biladi : Dans l’esprit de bien des gens, le véritable objectif du dialogue national portait essentiellement sur la réforme de la constitution ou, en d’autres termes, la révision de la constitution pour mettre fin à la limitation du nombre des mandats présidentiels. Mais le président vient d’affirmer qu’il ne sollicitera aucun nouveau mandat. Votre opinion sur ce sujet ?

AOA :
A cette question, mon premier réflexe est d’y répondre par une autre : troisième mandat, ou pas, mais pourquoi faire ? Cette question de troisième mandat est un faux débat, non parce qu’elle ne devrait pas être posée, bien au contraire, mais parce qu’elle en occulte une autre question, véritable celle-là, et qui se trouve en panne depuis bien longtemps.

Comment, avec ou sans un troisième mandat, mettre fin à la dérive politique qui dure depuis plusieurs décennies. Elle a "informalisé" l’administration, puis l’économie nationale et, aujourd’hui, elle ne produit plus que ce qui, à l’intérieur, comme à l’extérieur, divise davantage nos compatriotes et affaiblit l’Etat ? Comment mettre le pays sur le bon chemin et l’y amarrer est la toute première exigence pour gérer le lancinant problème de l’unité nationale. Une autre question est comment être plus réaliste et travailler, plus et mieux, en particulier avec le Maghreb et le Sahel.

De fait, si l’actuel président, comme il l’a juré solennellement, et confirmé ces jours - ci, ne se présentait effectivement pas, le règlement des problèmes structurels nationaux serait- il, pour autant en bonne voie?

Avec un focus uniquement sur le troisième mandat, la classe politique, toutes appartenances confondues, et une partie de la société civile, ont exposé leurs projets et le pays à plusieurs risques.

Le premier est celui de voir le président trouver la méthode et la procédure légales qui lui permettent de garder le pouvoir et même d’y revenir formellement au bout de cinq ans. A cet effet, il lui suffira de choisir un successeur et de s’assurer, les choses étant ce qu’elles sont chez nous, de son élection à la présidence. Le statu quo actuel, c’est-à-dire la gestion patrimoniale du pouvoir, en place depuis des décennies, se poursuivra. Le sujet du troisième mandat a fait oublier bien des choses. De fait, pour ne citer que ces cas, qui pense encore à Poly Hondone pour la pêche ou au prêt accordée par la SNIM pour l’aéroport de Nouakchott, ou aux projets en cours ?

Le second risque, encore plus sérieux, parce que non conjoncturel, est celui de fragiliser davantage une classe politique déjà très éclatée par la faiblesse des solidarités entre ses membres. Les contradictions internes entre leurs différentes composantes, dans la majorité comme au sein de l’opposition, vont s’exacerber bien davantage au détriment des questions de fond.

Les acteurs politiques doivent faire une pause pour évaluer la situation du pays. Elle servira à organiser un véritable débat national dans le but d’aider les dirigeants, actuels et futurs, à atteindre un consensus autour des grandes orientations stratégiques : diplomatiques, sécuritaires et économiques. L’établissement d’un Conseil National de Sécurité, ou son équivalent, évitera la privatisation des intérêts fondamentaux du pays.

Enfin et surtout, le trop grand focus sur la prochaine présidentielle, au plus tard en 2019, retardera la recherche de solutions durables à nos véritables problèmes nationaux : la cohabitation, désormais difficile, entre les différentes composantes nationales.

Biladi : Compte tenu de votre expérience, ici et ailleurs, que suggérez-vous aux différents acteurs nationaux pour éviter un dérapage fatal à notre pays ?

AOA :
D’abord deux observations. Diriger un pays au jour le jour par une série de coups politiques – débaucher des opposants, prendre des mesures démagogiques, boycotter des pays ou des organisations internationales – n’est ni suffisant ni acceptable de nos jours. Ces pratiques ne renforcent pas les structures étatiques et ne garantissent pas la paix. Par ailleurs, et contrairement à ce qui se dit dans notre pays, la pérennité des Etats mal gérés n’est pas assurée.

La Yougoslavie, naguère leader des pays non alignés, s’est effondrée, remplacée par plusieurs nouveaux Etats. La Somalie, jadis un état unitaire peuplé d’une population homogène, pratiquant la même religion et parlant la même langue, est aujourd’hui un pays déchiré par les rivalités tribales. Depuis 2010, le Soudan, indépendant depuis 1956, est coupé en deux Etats souverains et une guerre civile se poursuit dans ces deux composantes.

Un Etat moderne, qui vit dans la réalité du monde actuel, doit faciliter la cohabitation de ses citoyens au-delà de leurs rivalités politiques, ou appartenances sociales, ethniques, tribales et régionales. Sur ce plan, l’élite dirigeante doit se montrer plus inclusive, plus tolérante, bref plus de son temps.

Partout où elles ont sévi - Afrique, Asie et Europe - les idéologies raciales du siècle dernier, ont échoué. Et toujours au détriment de leurs premiers promoteurs. Devrons-nous continuer à encourager nos compatriotes dans la voie de la division et de la séparation, puis évoquer un complot international dirigé contre notre pays? Certainement pas.

Comme dans la plupart des Etats du Maghreb et du Sahel, notre pays connait un système de castes et d’ethnies qui vivent sur le même espace territorial. Cette diversité, au lieu d’évoluer pour nous enrichir, s’est cristallisée en menace pour tous.

Précisément, le rôle du groupe dirigeant est d’être ouvert. La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe. Les responsables doivent revenir à l’esprit traditionnel de détachement qui est en fait une pratique de tolérance sociale. Celle-ci existe dans la région Maghreb Sahel. Sur ce point, chacun sait ou devrait savoir que, contrairement à un individu, un Etat ne peut pas déménager. Nous devons vivre avec notre situation géographique.

Dans ce contexte Maghreb / Sahel, pour ne pas continuer à nous singulariser, trois urgences doivent être définitivement résolues.

D’abord les populations de la Vallée, traumatisées par les évènements des années 1987 – 91, doivent être pleinement rassurées, et se rassurer, quant à leur appartenance à la Nation. Ensuite, la question Haratine, un exemple de notre incompétence politique, doit rester ce qu’elle est, un problème de liberté, de droits de l’homme, d’inclusion économique et non une crise ethnique. Enfin, il est urgent de cesser de se créer de nouvelles fissures dans le tissu social. Ainsi, l’application de la rigueur de la loi – la peine de mort – prononcée uniquement à l’encontre d’un jeune de Nouadhibou, issu d’un milieu dit de castes, aggrave notre situation. Dans l’intérêt du pays, sa libération est un impératif.

Propos recueillis par Moussa O. Hamed
Source : Rmibiladi (Mauritanie)

 

 

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanien

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanienDeux plongeurs sénégalais ont repêché, dimanche, le corps sans vie de l’étudiant mauritanien Sidi Ould Cheighali qui s’était noyé samedi dans le fleuve Sénégal. Après plus de 24 heures de recherche en vain, la marine mauritanienne à fait appel aux autorités sénégalaises qui lui ont envoyé deux plongeurs.

Ces derniers ont retrouvé le corps de l’étudiant après une quinzaine de minutes de recherche, ont rapporté des sources locales à Alakhbar.

Le défunt, âgé d’une vingtaine d’années, était étudiant en première année à l’institut de Technologie de Rosso (Sud). Il s’était noyé, samedi, lors d’une baignade avec d’autres étudiants.

Source : Alakhbar (Mauritanie)

La bande des vingt-trois

Faits divers... Faits divers...Le mois passé, les grands centres commerciaux de Nouakchott ont subi des séries de vols de coffres-forts et d’argent liquide. Le marché Capitale s’est notamment vu délesté de deux grands coffres-forts, lourds de plusieurs millions en devises.

Une bande de malfaiteurs dotés d’armes à feu s’en sont pris aux gardiens du marché, la nuit. Point de victimes, heureusement, mais un butin on ne peut plus conséquent. Même scénario en diverses autres boutiques et magasins du quartier et de Sebkha. Une boutique de la Medina R s’est même vue amputée de huit millions huit cent milles ouguiyas !

Largement de quoi mettre la police sur les dents. Sans grands résultats. Jusqu’à ces derniers jours où des éléments de la fameuse BRB raflent deux récidivistes : Mohamed « Gang » et « Aziz » ; dans le cadre d’une autre enquête. L’audition des deux suspects ouvre une piste.

Le CSPJ transmet, illico, le « tuyau » au commissariat Arafat 4. Et voilà le repaire de la bande aux coffres-forts encerclé, au quartier PK 10 de Riyad. Le chef n’est autre que le fameux récidiviste Saïd Sarr, tout juste sorti de prison. Il est arrêté avec ses vingt-trois comparses. Déférés au Parquet de la wilaya-sud, quinze d’entre eux sont écroués, les autres placés sous contrôle judiciaire.

Duel de deux titans

L’accalmie, au populeux quartier Dar El Beïdha, n’a pas fait long feu. Les habitants ont passé, jeudi dernier, une folle nuit de terreur et d’angoisse. Vers une heure du matin, des tirs d’armes légères y ont, en effet, retenti. Les rares personnes encore dehors se sont hâtées de rejoindre leur domicile pour se barricader. Transis de peur, on écoute…

Les tirs cessent un moment… avant de reprendre, de plus belle, dans une autre rue ! Les protagonistes semblent donc se déplacer à vive allure. Une attaque terroriste ?

Non, ce sont deux bandits de grands chemins qui s’affrontent. Diyah « Stup », fraîchement relâché de prison, se dispute, avec le non moins fameux Ely Lahmar, alias « L’Artiste », le butin de quelque opération effectuée de conserve. Comptant sur sa force physique et son grand gabarit, Ely veut la part du lion.

Mais Diyah vient de se doter, lui, d’un fusil de type G 3 volé, tout dernièrement, chez un particulier d’Arafat ! Sous la menace de l’arme, Ely prend la fuite. Grâce à Dieu, Diyah est piètre tireur et, courant au hasard, canarde à tout va, alors que « L’Artiste » est déjà bien planqué.

L’affaire se clôt vers deux heures du matin : des éléments de la BRB ont réussi à mettre la main sur les deux bandits, saisissant le fusil, au grand soulagement des habitants du quartier. Les deux repris de justice ont regagné, un peu plus tard, les cellules qu’ils venaient tout juste de quitter, à la prison de Dar Naïm.

Deux grands pickpockets coffrés

Le marché Capitale reste, pendant la journée, la destination privilégiée des pickpockets et voyous de Nouakchott. De longues heures aux aguets de la moindre occasion de dérober quelque marchandise ou sac à main, fort d’objets de valeur et/ou d’argent. Postes de police, rondes et patrouilles n’y font rien et le phénomène perdure, prend de l’ampleur.

Tout dernièrement, une commerçante a été sauvagement assassinée, juste avant la tombée de la nuit. Un meurtre qui a obligé les autorités à renforcer la sécurité. Des policiers en tenue et en civil ont commencé à tenir un œil plus conséquent sur les boutiques et leurs clients.

Pendant trois semaines, on n’a plus enregistré le moindre vol ou braquage. Mais, au premier relâchement de la surveillance, braquages et vols à l’arraché ont repris de plus belle. Ces derniers jours, plusieurs clientes et vendeuses ont ainsi été délestées de leur sac à main ou téléphone portable.

Aussitôt, le poste de la BRB dirigé par Hammoudi a repris sa traque au marché. Et, illico presto, voilà deux pickpockets connus des fichiers de la police pris en flagrant délit ! Embarqués au commissariat spécial de la police judiciaire, Hassen « Loujeh » et Salek « Bira » y ont été gardés à vue, avant d’être déférés et écroués.

Mosy
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Le coaching, un concept novateur pour la Mauritanie : Quelques questions à Magali Boivert

Nous avons rencontré Magali Boivert, installée depuis 3 mois à Nouakchott en tant que coach de vie de d'entreprises, un service inédit en Mauritanie. Nous l'avons interviewé afin d'en savoir plus son activité.

D'où venez-vous ?

Mes racines sont dans la terre, j'ai grandi dans une ferme au pied des montagnes du Jura à l'est de la France non loin de la Suisse, dans une culture traditionnelle avec des valeurs fortes. Je viens d'un milieu simple et humble.

Quel est votre parcours ?

Pendant plus de 15 ans, j'ai travaillé pour les services communication d'associations humanitaires et de développement en tant que chargée de communication, photographe ou vidéaste sur le terrain. J'ai passé la moitié de ma vie professionnelle sur le continent africain. L'autre moitié s'est déroulée aux sièges à Paris et à Bruxelles de Médecins Sans Frontières essentiellement et quelques temps aussi avec l'UNICEF, j'étais gestionnaire de projet. Pendant les périodes où j'étais en Europe j'étudiais pour obtenir différents diplômes en sciences humaines dont celui de coach de vie et d'entreprise, notamment.

Comment devient-on coach ?

Il faut des prédispositions humanistes, de la curiosité et un long travail sur soi-même. Le coach doit savoir repérer et maitriser les processus relationnels, c’est-à-dire la façon dont des relations s’établissent et se développent en fonction d’objectifs conscients ou inconscients. Pour y arriver, cela demande beaucoup d'observation, une riche expérience de vie, avec l'assimilation de connaissances dans le vaste domaine des sciences humaines et sociales.

Pourquoi aller voir un coach ?

Je pense qu'il est sain de se demander comment s'adapter dans une société malade sans le devenir soi-même. Les personnes qui consultent ont un certain besoin d'évolution et d'équilibre. La démarche est totalement personnelle. Trouver sa place, mieux se connaitre pour se réaliser, exploiter ses dons, se sentir plus heureux, en paix avec ses choix et ses principes sont autant de raisons qui amènent des personnes à me contacter. Il n'y a pas de honte à chercher de l'aide face à des choix difficiles, lorsqu'un enfant est en échec scolaire, lorsque l'on ne s'adapte pas à une situation, lorsque l'on souffre et que l'on avance plus, ou lorsque l'on a besoin d'appui dans la concrétisation d'un projet ou d'un rêve.

Qui peut aller voir un coach ?

Tout le monde. Je travaille avec des enfants, des adolescents et des adultes de tous âges en ce qui concerne les particuliers. Aussi, les chefs d'entreprises, les ONG, les associations et les bailleurs de fonds ont besoin de fédérer des équipes multiculturelles au sein même de leurs propres établissements d'une part, et d'autre part s'appuyer sur des structures partenaires proposant des projets novateurs et structurés. Ce type de coaching s'adresse aux dirigeants, managers qui souhaitent mieux fédérer leurs équipes en pratiquant un leadership gagnant-gagnant. Le coaching d'équipes permet d'identifier les potentiels individuels et les mutualiser, maitriser le stress et gagner en efficacité, optimiser l'organisation, créer des projets ambitieux et à hauts-potentiels entre autres.

Comment vous contacter ?

J'ai une page Facebook, « Magali Boivert - Coach de vie & d'entreprise », il suffit de m'envoyer un message.

Combien coûte une séance ?

Je m'adapte au niveau de vie de chacun cela varie de 2 000 à 10 000 UM la séance, avec les entreprises, les associations, ce sont des forfaits établis selon les besoins et les budgets.

Nous souhaitons à Magali une belle réussite pour ce projet utile et ambitieux pour la Mauritanie.

Propos recueillis par Hindou Baba pour gps.mr