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Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»Ce week-end, à l'occasion de la visite de l'Américain Donald Trump, le roi Salmane d'Arabie saoudite a fait venir une dizaine de chefs d'Etat africains dans son palais de Ryad. Mais de quel partenariat s'agit-il ? Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire du ministère français de la Défense. Il vient de publier aux éditions Robert Laffont, « Docteur Saoud et Mister Djihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite ». Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Lors du sommet de Riyad, le roi Salmane d’Arabie saoudite a été encore plus direct que Donald Trump contre l’Iran. Il a accusé ce pays d’être « le fer-de-lance du terrorisme mondial ». Qu’en pensez-vous ?

Alain Conesa :C’est de la pure langue de bois. Le terrorisme qui nous frappe nous, en tout cas Européens, ne fait aucun doute : c’est du terrorisme salafiste jihadiste. C’est-à-dire, c’est une branche du sunnisme qui se raccroche au wahhabisme, à l’idéologie religieuse qui est celle de l’Arabie saoudite.

Dans son discours de ce week-end, le roi Salmane d’Arabie s’est dit déterminé à éliminer le groupe Etat islamique et toutes les organisations terroristes, quelles que soient leur religion, leur confession ou leur idéologie ?

C’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Il avait dit sept avions contre Daech, c’est-à-dire autant que le Danemark et la Hollande réunis, en fait, il les a retirés pour en mettre une centaine contre les Houthis au Yémen. Je veux bien qu’il explique qu’il soit décidé à combattre Daech, mais je ne le crois pas.

Et pour montrer que ce ne sont pas que des mots, le roi Salmane, les cinq autres chefs d’Etat du Golfe et des Etats-Unis ont annoncé ce week-end la création d’un centre de contrôle contre les sources de financement du terrorisme ?

Ce qui caractérise l’argent du terrorisme, c’est que c’est de l’argent propre qui devient sale. Ce n’est pas comme l’argent criminel, ce n’est pas de l’argent sale gagné avec du trafic de drogue ou de la prostitution qu’il faut blanchir. L’argent du terrorisme, c’est le contraire. C’est-à-dire que des gens de bonne volonté donnent de l’argent à des ONG qui se constituent, par exemple, au moment du pèlerinage. Les gens donnent parce que c’est à la fois une obligation religieuse et c’est un geste humanitaire. Simplement, on ne sait que cet argent va vers le terrorisme que quand on sait qui est le destinataire final. C’est un vœu pieux.

Est-ce que le roi n’a pas enfin compris qu’il fallait que son entourage cesse de soutenir financièrement un certain nombre d’ONG proches des réseaux terroristes ?

Peut-être qu’effectivement, il faut lui accorder le bénéfice du doute. Mais enfin, quand les Américains ont identifié après le 11 septembre à la fois la fondation al-Haramain qui finançait directement al-Qaïda, plus je crois d’équivalents de 357 ONG qu’ils ont identifiées comme sources du terrorisme, vous prouvez qu’on avait un pays qui était profondément vérolé. Et l’Arabie saoudite n’a pas supprimé toutes ses associations. Elle a supprimé al-Haramain et effectivement, il reste aujourd’hui des ONG qui peuvent se créer à façon et qu’il est extrêmement difficile de contrôler.

Y compris en Afrique de l’Ouest ?

Alors le cas de l’Afrique de l’Ouest à mon avis est un peu d’une autre nature. C’est-à-dire que là, on a une politique ancienne de diplomatie religieuse dans les pays d’Afrique sahélienne et d’Afrique de l’Ouest qui remonte à l’époque de la lutte contre Nasser, ça remonte à loin. Et cette diplomatie religieuse visait depuis longtemps à ouvrir des écoles coraniques, à attirer les meilleurs vers l’université islamique de Médine et ensuite à renvoyer ses commissaires politiques faire de la prédication dans tous ces pays de la zone sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Donc aujourd’hui, ce qu’on constate au Mali, mais aussi en RCA et aussi au Niger, c’est la présence de ces anciens de l’université de Médine qui tiennent toutes les structures représentatives des musulmans et qui prêchent un islam salafiste.

Vous pensez à qui par exemple ?

Par exemple [l'imam Mahmoud] Dicko, le président de l’Association des musulmans du Mali qui a, par exemple, à l’occasion de l’attentat contre le Radisson Blu [le 20 novembre 2015], a fait un communiqué extrêmement ambigu en refusant de condamner l’acte terroriste. De temps en temps, c’est l’explication par l’homosexualité, de temps en temps c’est l’explication par le colonialisme. Je pense à des gens comme ça. Puis d’autre part, on constate que dans toute cette zone sahélienne, le salafisme qu’on pourrait appeler l’idéologie révolutionnaire parce que ces gens diplômés arrivent dans un pays en expliquant que tous les dignitaires religieux ne sont pas de vrais musulmans parce qu’ils ne parlent pas l’arabe, parce qu’ils ne sont pas capables de lire le Coran, parce qu’ils sont compromis par tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance. Donc eux, les salafistes sont les véritables tenants d’une société juste, égalitaire, non corrompue, etc. Le Sénégal étant d’ailleurs un de ces pays directement aujourd’hui pénétrés par cette idéologie salafiste.

Mais quand on écoute le roi Salmane dans son discours de ce week-end, on a vraiment le sentiment qu’il a renoncé à cette diplomatie religieuse ?

Non, je n’en crois pas un mot. Cette diplomatie religieuse, il faut bien comprendre que le régime saoudien est appuyé sur deux piliers qui sont évidemment la dynastie des Saoud, qui représente le pouvoir politique, mais aussi la dynastie des Hashem, c’est-à-dire les défendant d’ Abdel Wahhab, c’est-à-dire le fondateur du wahhabisme. Vous regarderez le pouvoir du grand mufti en Arabie saoudite, il tient l’éducation, le système judiciaire. Et à chaque fois que ce régime est pris dans ces contradictions, à chaque fois que la dynastie des Saoud a besoin des Occidentaux pour sauver sa tête -91, guerre du Golfe, 79 occupation de la Grande mosquée-, à chaque fois, il est obligé de demander l’accord, l’aval, le quitus des religieux. Donc les religieux qui sont quand même aussi habiles que nos jésuites trouvent toujours une bonne raison de justifier cet appel aux mécréants, mais en échange, le roi est obligé de leur concéder plus de pouvoir. C’est-à-dire qu’à chaque crise, la crise s’est traduite par plus de religion en Arabie saoudite. Et donc prétendre aujourd’hui que les Saoud à eux seuls sont capables de soumettre les Hashem à une ouverture politique et religieuse, ce n’est pas possible. La meilleure traduction, c’est justement qu’ils ne combattent Daech.

Alpha condé, Macky Sall, Alassane Ouattara, Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Faure Ngassimbé, Mamadou Issoufou, Idriss Déby, Ali Bongo, il y avait de nombreux Africains ce week-end parmi les quelque 50 chefs d’Etat du monde arabe, musulman et africain, réunis à Riyad. Est-ce que ce n’est pas un joli coup diplomatique de la part du roi Salmane d’Arabie ?

Tout à fait. Effectivement, l’Arabie saoudite est un tiroir-caisse qui est beaucoup plus abondant que ne le sont les pays occidentaux en crise depuis déjà un certain nombre d’années, oui bien sûr. Mais aller chez le pays géniteur de ce salafisme qui s’est propagé sur la planète et qui est à l’origine de tous les attentats que nous avons connus nous, mais qui sont aussi en Afrique, cela a quelque chose d’un peu paradoxal quand même. Si le géniteur lui-même ne change pas dans sa propre société, tous les mécanismes qui ont donné naissance à ce salafisme, qui le propagent, qui l’aident, qui le forment, etc., je ne vois pas comment on peut imaginer que c’est en Arabie saoudite que va se résoudre la question.

Source : AFP

 

Interview / Ahmedou Ould Abdallah : « La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe»

Mauritanie : Les changements des symboles du pays critiquésNotre compatriote Ahmedou Ould Abdallah, qui s’est illustré dans la diplomatie internationale, vient de boucler, pour le compte de la Francophonie, une assez longue mission au Gabon où s’y déroulait un scrutin présidentiel pour le moins compliqué.

Il se trouve actuellement à l’étranger où nous l’avons accroché pour le plonger dans notre univers politique peu brillant avec cette question lancinante de tripatouillage de la constitution… Et bien d’autres sujets de chez nous : la réforme de l’état civil, la question du drapeau, de l’hymne national…

Il a accepté de répondre, comme toujours, avec élégance et franchise, aux questions de Biladi.

Biladi : Depuis quelques semaines l’actualité nationale est dominée par les points proposés à l’ordre du jour du dialogue politique. Les sujets de discussion ont porté, entre autres questions, sur la modification du drapeau national ainsi que de l’hymne national. Qu’en pensez-vous ?

Ahmedou Ould Abdallah
(AOA) : Face aux difficultés quotidiennes rencontrées par les citoyens ainsi qu’aux défis sécuritaires qui s’accumulent, chez nous et dans la région, parler de la modification du format du drapeau national et de la reformulation de l’hymne national sont-elles vraiment prioritaires ou même nécessaires?

Les mauritaniens, comme tous ceux qui suivent l’actualité régionale du Maghreb/Sahel, en tombent des nues et se demandent si nous ne somment pas sur une autre planète.

Une élite nationale responsable doit pouvoir trouver un consensus sur les problèmes prioritaires du pays, c’est-à-dire ceux qui déterminent sa pérennité. Elle ne peut continuer à promouvoir ce qui distrait des problèmes fondamentaux ou divise les populations.

Face à d’immenses besoins nationaux, les priorités sont connues. Les dépenses doivent être affectées au renforcement des institutions, la lutte contre le chômage, en particulier celui des jeunes, l’éducation technique, la santé publique, l’urbanisation de la capitale où sont concentrés près de 30 % de la population, la lutte contre la corruption et le soutien à la compétitivité de nos hommes d’affaires en Afrique de l’Ouest, au port de Nouakchott et aux routes vers ces pays, pour l’accès à leurs marchés.

Un gouvernement qui ignore ces priorités a des problèmes qui relèvent, ou de l’irresponsabilité ou de l’incompétence.

A cet égard, les symboles de l’Etat font partie de leurs identités et doivent, à ce titre, être protégés. S’ingénier à vouloir les modifier, outre qu’elle n’est nullement prioritaire, une telle intervention n’a pas de sens. Par ailleurs, leur modification a souvent engendré des malheurs et une revanche de l’Histoire. On l’a vu avec le maréchal Mobutu et la colonel Kadhafi dont les drapeaux n’ont pas survécu à leurs règnes. Il faut tout faire pour éviter le ridicule avec de faux débats d’un autre temps: changer les emblèmes nationaux, les noms de familles, celui du pays ou le transfert de capitale.

Je ne peux comprendre que le président Ould Abdel Aziz se laisse fourvoyer dans ce genre d’exercice.

Biladi : Ce genre "de réforme" a-t-il un lien avec celui qui a proposé de mettre fin à notre fameux "Ould" comme composante des noms de familles ?

AOA :
D’abord une anecdote. Il y a environ deux ans, un haut responsable de notre pays annonçait fièrement, à un officiel d’un pays du Golfe, ceci: "désormais, le Ould va disparaître de nos papiers d’identité". Son interlocuteur, dont le pays n’a aucune intention de supprimer le si caractéristique "Al" de son patrimoine, lui répondit sèchement : "que vous restera-t-il alors" ?

Sur le fond, à l’époque où, de par le monde, les peuples luttent pour préserver leurs identités et leurs images, cet acharnement à gommer tout ce qui nous caractérise - drapeau, hymne national et le Ould si Mauritanien - est pour le moins sidérant.

Comme nous, de nombreux autres peuples ont des particules attachés à leurs noms de familles : justement le "Al" du Golfe, le Oglu des Turcs, le Van des Néerlandais, etc. En 2001 et 2010, de jeunes Mauritaniens, interpellés par la police aux Etas-Unis et en Belgique, ont été libérés grâce à leur identité avec Ould, alors non associée au terrorisme ou à la criminalité.

Enfin, au-delà de ce propos, cette particularité, le Ould, est commune à tous les Maures du Sud Maroc aux confins septentrionaux du Niger en passant par le Azaouad du Mali et de villes algériennes dont Tindouf. N’avons-nous pas, en Mauritanie, seul pays ou ce groupe exerce le pouvoir, d’autres priorités à mettre en œuvre que cet acharnement à nous éloigner de cet héritage Hassanophone ?

Il se dit que c’est souvent par manque de recul historique que nous adaptons ces comportements si nuisibles à notre image dans la région et au-delà. Mais cette manie de vouloir tout changer, y compris de capitale, outre son côté puéril et financièrement irresponsable, est un dangereux exercice de dépossession d’identité.

Biladi : Dans l’esprit de bien des gens, le véritable objectif du dialogue national portait essentiellement sur la réforme de la constitution ou, en d’autres termes, la révision de la constitution pour mettre fin à la limitation du nombre des mandats présidentiels. Mais le président vient d’affirmer qu’il ne sollicitera aucun nouveau mandat. Votre opinion sur ce sujet ?

AOA :
A cette question, mon premier réflexe est d’y répondre par une autre : troisième mandat, ou pas, mais pourquoi faire ? Cette question de troisième mandat est un faux débat, non parce qu’elle ne devrait pas être posée, bien au contraire, mais parce qu’elle en occulte une autre question, véritable celle-là, et qui se trouve en panne depuis bien longtemps.

Comment, avec ou sans un troisième mandat, mettre fin à la dérive politique qui dure depuis plusieurs décennies. Elle a "informalisé" l’administration, puis l’économie nationale et, aujourd’hui, elle ne produit plus que ce qui, à l’intérieur, comme à l’extérieur, divise davantage nos compatriotes et affaiblit l’Etat ? Comment mettre le pays sur le bon chemin et l’y amarrer est la toute première exigence pour gérer le lancinant problème de l’unité nationale. Une autre question est comment être plus réaliste et travailler, plus et mieux, en particulier avec le Maghreb et le Sahel.

De fait, si l’actuel président, comme il l’a juré solennellement, et confirmé ces jours - ci, ne se présentait effectivement pas, le règlement des problèmes structurels nationaux serait- il, pour autant en bonne voie?

Avec un focus uniquement sur le troisième mandat, la classe politique, toutes appartenances confondues, et une partie de la société civile, ont exposé leurs projets et le pays à plusieurs risques.

Le premier est celui de voir le président trouver la méthode et la procédure légales qui lui permettent de garder le pouvoir et même d’y revenir formellement au bout de cinq ans. A cet effet, il lui suffira de choisir un successeur et de s’assurer, les choses étant ce qu’elles sont chez nous, de son élection à la présidence. Le statu quo actuel, c’est-à-dire la gestion patrimoniale du pouvoir, en place depuis des décennies, se poursuivra. Le sujet du troisième mandat a fait oublier bien des choses. De fait, pour ne citer que ces cas, qui pense encore à Poly Hondone pour la pêche ou au prêt accordée par la SNIM pour l’aéroport de Nouakchott, ou aux projets en cours ?

Le second risque, encore plus sérieux, parce que non conjoncturel, est celui de fragiliser davantage une classe politique déjà très éclatée par la faiblesse des solidarités entre ses membres. Les contradictions internes entre leurs différentes composantes, dans la majorité comme au sein de l’opposition, vont s’exacerber bien davantage au détriment des questions de fond.

Les acteurs politiques doivent faire une pause pour évaluer la situation du pays. Elle servira à organiser un véritable débat national dans le but d’aider les dirigeants, actuels et futurs, à atteindre un consensus autour des grandes orientations stratégiques : diplomatiques, sécuritaires et économiques. L’établissement d’un Conseil National de Sécurité, ou son équivalent, évitera la privatisation des intérêts fondamentaux du pays.

Enfin et surtout, le trop grand focus sur la prochaine présidentielle, au plus tard en 2019, retardera la recherche de solutions durables à nos véritables problèmes nationaux : la cohabitation, désormais difficile, entre les différentes composantes nationales.

Biladi : Compte tenu de votre expérience, ici et ailleurs, que suggérez-vous aux différents acteurs nationaux pour éviter un dérapage fatal à notre pays ?

AOA :
D’abord deux observations. Diriger un pays au jour le jour par une série de coups politiques – débaucher des opposants, prendre des mesures démagogiques, boycotter des pays ou des organisations internationales – n’est ni suffisant ni acceptable de nos jours. Ces pratiques ne renforcent pas les structures étatiques et ne garantissent pas la paix. Par ailleurs, et contrairement à ce qui se dit dans notre pays, la pérennité des Etats mal gérés n’est pas assurée.

La Yougoslavie, naguère leader des pays non alignés, s’est effondrée, remplacée par plusieurs nouveaux Etats. La Somalie, jadis un état unitaire peuplé d’une population homogène, pratiquant la même religion et parlant la même langue, est aujourd’hui un pays déchiré par les rivalités tribales. Depuis 2010, le Soudan, indépendant depuis 1956, est coupé en deux Etats souverains et une guerre civile se poursuit dans ces deux composantes.

Un Etat moderne, qui vit dans la réalité du monde actuel, doit faciliter la cohabitation de ses citoyens au-delà de leurs rivalités politiques, ou appartenances sociales, ethniques, tribales et régionales. Sur ce plan, l’élite dirigeante doit se montrer plus inclusive, plus tolérante, bref plus de son temps.

Partout où elles ont sévi - Afrique, Asie et Europe - les idéologies raciales du siècle dernier, ont échoué. Et toujours au détriment de leurs premiers promoteurs. Devrons-nous continuer à encourager nos compatriotes dans la voie de la division et de la séparation, puis évoquer un complot international dirigé contre notre pays? Certainement pas.

Comme dans la plupart des Etats du Maghreb et du Sahel, notre pays connait un système de castes et d’ethnies qui vivent sur le même espace territorial. Cette diversité, au lieu d’évoluer pour nous enrichir, s’est cristallisée en menace pour tous.

Précisément, le rôle du groupe dirigeant est d’être ouvert. La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe. Les responsables doivent revenir à l’esprit traditionnel de détachement qui est en fait une pratique de tolérance sociale. Celle-ci existe dans la région Maghreb Sahel. Sur ce point, chacun sait ou devrait savoir que, contrairement à un individu, un Etat ne peut pas déménager. Nous devons vivre avec notre situation géographique.

Dans ce contexte Maghreb / Sahel, pour ne pas continuer à nous singulariser, trois urgences doivent être définitivement résolues.

D’abord les populations de la Vallée, traumatisées par les évènements des années 1987 – 91, doivent être pleinement rassurées, et se rassurer, quant à leur appartenance à la Nation. Ensuite, la question Haratine, un exemple de notre incompétence politique, doit rester ce qu’elle est, un problème de liberté, de droits de l’homme, d’inclusion économique et non une crise ethnique. Enfin, il est urgent de cesser de se créer de nouvelles fissures dans le tissu social. Ainsi, l’application de la rigueur de la loi – la peine de mort – prononcée uniquement à l’encontre d’un jeune de Nouadhibou, issu d’un milieu dit de castes, aggrave notre situation. Dans l’intérêt du pays, sa libération est un impératif.

Propos recueillis par Moussa O. Hamed
Source : Rmibiladi (Mauritanie)

 

 

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanien

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanienDeux plongeurs sénégalais ont repêché, dimanche, le corps sans vie de l’étudiant mauritanien Sidi Ould Cheighali qui s’était noyé samedi dans le fleuve Sénégal. Après plus de 24 heures de recherche en vain, la marine mauritanienne à fait appel aux autorités sénégalaises qui lui ont envoyé deux plongeurs.

Ces derniers ont retrouvé le corps de l’étudiant après une quinzaine de minutes de recherche, ont rapporté des sources locales à Alakhbar.

Le défunt, âgé d’une vingtaine d’années, était étudiant en première année à l’institut de Technologie de Rosso (Sud). Il s’était noyé, samedi, lors d’une baignade avec d’autres étudiants.

Source : Alakhbar (Mauritanie)

La bande des vingt-trois

Faits divers... Faits divers...Le mois passé, les grands centres commerciaux de Nouakchott ont subi des séries de vols de coffres-forts et d’argent liquide. Le marché Capitale s’est notamment vu délesté de deux grands coffres-forts, lourds de plusieurs millions en devises.

Une bande de malfaiteurs dotés d’armes à feu s’en sont pris aux gardiens du marché, la nuit. Point de victimes, heureusement, mais un butin on ne peut plus conséquent. Même scénario en diverses autres boutiques et magasins du quartier et de Sebkha. Une boutique de la Medina R s’est même vue amputée de huit millions huit cent milles ouguiyas !

Largement de quoi mettre la police sur les dents. Sans grands résultats. Jusqu’à ces derniers jours où des éléments de la fameuse BRB raflent deux récidivistes : Mohamed « Gang » et « Aziz » ; dans le cadre d’une autre enquête. L’audition des deux suspects ouvre une piste.

Le CSPJ transmet, illico, le « tuyau » au commissariat Arafat 4. Et voilà le repaire de la bande aux coffres-forts encerclé, au quartier PK 10 de Riyad. Le chef n’est autre que le fameux récidiviste Saïd Sarr, tout juste sorti de prison. Il est arrêté avec ses vingt-trois comparses. Déférés au Parquet de la wilaya-sud, quinze d’entre eux sont écroués, les autres placés sous contrôle judiciaire.

Duel de deux titans

L’accalmie, au populeux quartier Dar El Beïdha, n’a pas fait long feu. Les habitants ont passé, jeudi dernier, une folle nuit de terreur et d’angoisse. Vers une heure du matin, des tirs d’armes légères y ont, en effet, retenti. Les rares personnes encore dehors se sont hâtées de rejoindre leur domicile pour se barricader. Transis de peur, on écoute…

Les tirs cessent un moment… avant de reprendre, de plus belle, dans une autre rue ! Les protagonistes semblent donc se déplacer à vive allure. Une attaque terroriste ?

Non, ce sont deux bandits de grands chemins qui s’affrontent. Diyah « Stup », fraîchement relâché de prison, se dispute, avec le non moins fameux Ely Lahmar, alias « L’Artiste », le butin de quelque opération effectuée de conserve. Comptant sur sa force physique et son grand gabarit, Ely veut la part du lion.

Mais Diyah vient de se doter, lui, d’un fusil de type G 3 volé, tout dernièrement, chez un particulier d’Arafat ! Sous la menace de l’arme, Ely prend la fuite. Grâce à Dieu, Diyah est piètre tireur et, courant au hasard, canarde à tout va, alors que « L’Artiste » est déjà bien planqué.

L’affaire se clôt vers deux heures du matin : des éléments de la BRB ont réussi à mettre la main sur les deux bandits, saisissant le fusil, au grand soulagement des habitants du quartier. Les deux repris de justice ont regagné, un peu plus tard, les cellules qu’ils venaient tout juste de quitter, à la prison de Dar Naïm.

Deux grands pickpockets coffrés

Le marché Capitale reste, pendant la journée, la destination privilégiée des pickpockets et voyous de Nouakchott. De longues heures aux aguets de la moindre occasion de dérober quelque marchandise ou sac à main, fort d’objets de valeur et/ou d’argent. Postes de police, rondes et patrouilles n’y font rien et le phénomène perdure, prend de l’ampleur.

Tout dernièrement, une commerçante a été sauvagement assassinée, juste avant la tombée de la nuit. Un meurtre qui a obligé les autorités à renforcer la sécurité. Des policiers en tenue et en civil ont commencé à tenir un œil plus conséquent sur les boutiques et leurs clients.

Pendant trois semaines, on n’a plus enregistré le moindre vol ou braquage. Mais, au premier relâchement de la surveillance, braquages et vols à l’arraché ont repris de plus belle. Ces derniers jours, plusieurs clientes et vendeuses ont ainsi été délestées de leur sac à main ou téléphone portable.

Aussitôt, le poste de la BRB dirigé par Hammoudi a repris sa traque au marché. Et, illico presto, voilà deux pickpockets connus des fichiers de la police pris en flagrant délit ! Embarqués au commissariat spécial de la police judiciaire, Hassen « Loujeh » et Salek « Bira » y ont été gardés à vue, avant d’être déférés et écroués.

Mosy
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Le coaching, un concept novateur pour la Mauritanie : Quelques questions à Magali Boivert

Nous avons rencontré Magali Boivert, installée depuis 3 mois à Nouakchott en tant que coach de vie de d'entreprises, un service inédit en Mauritanie. Nous l'avons interviewé afin d'en savoir plus son activité.

D'où venez-vous ?

Mes racines sont dans la terre, j'ai grandi dans une ferme au pied des montagnes du Jura à l'est de la France non loin de la Suisse, dans une culture traditionnelle avec des valeurs fortes. Je viens d'un milieu simple et humble.

Quel est votre parcours ?

Pendant plus de 15 ans, j'ai travaillé pour les services communication d'associations humanitaires et de développement en tant que chargée de communication, photographe ou vidéaste sur le terrain. J'ai passé la moitié de ma vie professionnelle sur le continent africain. L'autre moitié s'est déroulée aux sièges à Paris et à Bruxelles de Médecins Sans Frontières essentiellement et quelques temps aussi avec l'UNICEF, j'étais gestionnaire de projet. Pendant les périodes où j'étais en Europe j'étudiais pour obtenir différents diplômes en sciences humaines dont celui de coach de vie et d'entreprise, notamment.

Comment devient-on coach ?

Il faut des prédispositions humanistes, de la curiosité et un long travail sur soi-même. Le coach doit savoir repérer et maitriser les processus relationnels, c’est-à-dire la façon dont des relations s’établissent et se développent en fonction d’objectifs conscients ou inconscients. Pour y arriver, cela demande beaucoup d'observation, une riche expérience de vie, avec l'assimilation de connaissances dans le vaste domaine des sciences humaines et sociales.

Pourquoi aller voir un coach ?

Je pense qu'il est sain de se demander comment s'adapter dans une société malade sans le devenir soi-même. Les personnes qui consultent ont un certain besoin d'évolution et d'équilibre. La démarche est totalement personnelle. Trouver sa place, mieux se connaitre pour se réaliser, exploiter ses dons, se sentir plus heureux, en paix avec ses choix et ses principes sont autant de raisons qui amènent des personnes à me contacter. Il n'y a pas de honte à chercher de l'aide face à des choix difficiles, lorsqu'un enfant est en échec scolaire, lorsque l'on ne s'adapte pas à une situation, lorsque l'on souffre et que l'on avance plus, ou lorsque l'on a besoin d'appui dans la concrétisation d'un projet ou d'un rêve.

Qui peut aller voir un coach ?

Tout le monde. Je travaille avec des enfants, des adolescents et des adultes de tous âges en ce qui concerne les particuliers. Aussi, les chefs d'entreprises, les ONG, les associations et les bailleurs de fonds ont besoin de fédérer des équipes multiculturelles au sein même de leurs propres établissements d'une part, et d'autre part s'appuyer sur des structures partenaires proposant des projets novateurs et structurés. Ce type de coaching s'adresse aux dirigeants, managers qui souhaitent mieux fédérer leurs équipes en pratiquant un leadership gagnant-gagnant. Le coaching d'équipes permet d'identifier les potentiels individuels et les mutualiser, maitriser le stress et gagner en efficacité, optimiser l'organisation, créer des projets ambitieux et à hauts-potentiels entre autres.

Comment vous contacter ?

J'ai une page Facebook, « Magali Boivert - Coach de vie & d'entreprise », il suffit de m'envoyer un message.

Combien coûte une séance ?

Je m'adapte au niveau de vie de chacun cela varie de 2 000 à 10 000 UM la séance, avec les entreprises, les associations, ce sont des forfaits établis selon les besoins et les budgets.

Nous souhaitons à Magali une belle réussite pour ce projet utile et ambitieux pour la Mauritanie.

Propos recueillis par Hindou Baba pour gps.mr

Trois questions à Souleimane Breihim

Nous avons rencontré Souleimane Breihim, responsable de l'antenne de TADAMOUN au Trarza, dans le cadre des problèmes survenus  à Rosso, suite à la caravane de l'ONG "Agir". Nous vous livrons ses réponses.

Gps: Les  médias relaient ces derniers jours des informations selon lesquelles des heurts entre les forces de l'ordre et les sympathisants de Birame ont eu lieu à Rosso. Que s'est il passé au juste?

 

Souleimane Breihim:  En effet des heurts ont opposé les forces de l'ordre et quelques sympathisants de Birame. Dans un premier temps à l'entrée EST de Rosso, suite au refus des autorités locales de laisser la caravane rentrer dans la ville pour organiser un meeting et une marche non autorisés. Et le lendemain aussi devant la willaya pour réclamer la libération de Birame et de ses compagnons qui avaient été arrêtes la veille.

 

Gps: On raconte que Birame est venu prêter main forte à l'ONG, organisatrice de la caravane. Sur quelle base cette ONG a-t-elle organisé la caravane? Est-elle réellement mandatée par les cultivateurs?

Souleimane Breihim: Je ne pense pas que cette ONG ait été mandatée par qui que ce soit. C'est une initiative personnelle qui, dans son énoncé, se propose de "sensibiliser en éducation citoyenne sur les problèmes relatifs au développement communautaire rural (code pastoral,  législations foncières...)". Seulement, sur le terrain le discours a changé et s'est transformé en des termes plus radicaux et incitateurs à des comportements peu citoyens.

 

Gps: En tant que directeur régional de l'agence TADAMOUN au Trarza, quelles rectifications pouvez-vous apporter aux revendications de la caravane. Et quel rôle a joué l'agence sur la question "d'expropriation" des terres, aujourd'hui et du temps de l'ANAIR ?

 

Souleimane Breihim: L'agence que je représente au Trarza depuis 2009 a fait beaucoup et continue, à travers TADAMOUN, à œuvrer pour l'insertion des rapatriés par l'acquisition et l'aménagement de périmètres qui leur sont attribués. On a attribué près de 400ha déjà, depuis 2012 et plus de 200ha en cours de réalisation, seulement au Trarza. Le même programme est réalisé au Brakna. Au Trarza ce sont près  de 20 sites sur 33 (2/3) qui sont concernés. Nous avons toujours résolu les litiges fonciers sans tambours ni trompettes. Un seul persiste aujourd'hui et les pourparlers et négociations sont toujours maintenus.

Gps

Patrick Hickey Vice-Président Régional de Kinross en Afrique décide de quitter son poste

Patrick Hickey Vice-Président Régional de Kinross en Afrique décide de quitter son poste

Kinross a annoncé aujourd’hui que Patrik Hickey, vice-président régional pour l’Afrique de l’Ouest et président de TMLSA (Tasiast Mauritania, Limited SA), va quitter la société en Septembre prochain. Dans l’entretien, les raison du depart de M. Hickey.

Cridem : Pourquoi décidez-vous de quitter Kinross?

La raison est toute simple: je désire passer davantage de temps avec ma famille. Cela fait maintenant 4 ans que je suis loin d’elle, dans cette position, et c’est quand même beaucoup de temps. Ma femme et mes enfants se trouvent aux Etats-Unis et nous sentons, tous, que le moment est venu pour nous de passer plus de temps ensemble.

Cridem : Pourquoi avez-vous décidé de quitter à ce moment ?

Le timing est tout à fait approprié pour Kinross Tasiast. Je souhaitais voir certains projets achevés, comme par exemple l’étude de faisabilité, avant d’envisager mon départ. Nous avons pu mettre en œuvre certains processus, notre performance en matière de sécurité est excellente et nous avons pu réaliser un meilleur contrôle des coûts.

Plus important encore, comme je l’ai mentionné, j’ai pu accompagner l’étude de faisabilité du début jusqu’à la fin. Cette l’étude que nous avons publiée le 1er Mars a analysé les avantages et les risques potentiels que présente l’expansion de Tasiast. La décision relative à l’expansion sera prise dans le courant de l’année prochaine au plus tôt.

Cridem : Votre départ effectif est prévu pour quand exactement et qui sera votre remplaçant ?

Je continuerai à travailler jusqu’au mois de Septembre. Cette longue période permettra de conduire une transition en douceur. Pour ce qui est de mon remplaçant, la décision n’a pas encore été prise. Kinross mènera une recherche au niveau mondial pour trouver quelqu’un.

Cridem : Quel impact votre départ aura-t-il sur Tasiast ?

Nos opérations et notre stratégie au quotidien resteront les mêmes. L’équipe continuera de travailler sur les mêmes objectifs. Cela a été un réel plaisir pour moi de travailler avec une telle bonne équipe en Mauritanie. Je voudrais les remercier tous pour leur dévouement. Sans leur travail persévérant, nous n’aurions pas été capables de réaliser d’aussi nombreux succès au cours des 4 dernières années ni d’envisager avec optimisme des lendemains rayonnants pour Tasiast.

Cela a été un plaisir pour moi de voir l’impact positif que Tasiast a eu sur l’économie du pays et la vie des populations. Il est clair que Tasiast et d’autres projets miniers ont un rôle important à jouerr dans l’avenir de la Mauritanie.

Propos recueillis par Khalilou Diagana
Pour Cridem

 

 

Guillaume Ancel : "L'histoire mythique de l'opération Turquoise ne correspond pas à la réalité"

Guillaume Ancel, chevalier de la Légion d'honneur décoré à titre militaire en opérations.

Pour la première fois depuis 1994, l’opération Turquoise au Rwanda s'éclaire d'un jour nouveau grâce au témoignage d'un officier français de l’armée de terre. Selon lui, l'objectif "humanitaire" officiellement affiché par Paris se confond avec un autre, beaucoup moins avouable : celui de freiner ou de stopper l’avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR), tout en ménageant les forces gouvernementales génocidaires.

Lancée le 22 juin 1994, l’opération française Turquoise aurait eu pour objectif initial de faire le coup de feu contre le Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion – essentiellement tutsie – qui se battait contre les forces gouvernementales hutues à l’origine du génocide. Ce n’est pas le président Paul Kagamé qui le dit, mais un ancien officier français, chevalier de la Légion d'honneur et décoré à titre militaire en opérations. Dans un long entretien accordé à “Jeune Afrique”, Guillaume Ancel, 48 ans, à l’époque capitaine au 68e régiment de l’artillerie d’Afrique, évoque sans détour le décalage entre la version officielle française et ce qu’il a vécu il y a vingt ans sur les collines du Rwanda. Si lui et ses compagnons d’arme ont effectivement mené, à partir du début juillet 1994, des missions de protection et d’extraction au bénéfice de rescapés tutsis, ils avaient auparavant, selon lui, reçu l’ordre de stopper l’avancée du FPR au moment où la victoire militaire de celui-ci devenait inexorable. Interview.

Nous avons reçu l'ordre de préparer un raid sur la capitale rwandaise, Kigali.

JEUNE AFRIQUE : Quelle était votre mission au moment de rejoindre l’opération Turquoise ?

Guillaume Ancel : L’ordre initial, que j’ai reçu autour du 24 juin, était très clair : préparer un raid sur la capitale rwandaise, Kigali, alors passée en quasi-totalité sous le contrôle du FPR. La spécialité de mon unité était le guidage des frappes aériennes [Tactical Air Control Party - TACP, NDLR]. Infiltrés à proximité de la cible pour guider les avions de chasse, notre rôle était de dégager un couloir pour permettre aux troupes de s’emparer de leur objectif avant que quiconque ait eu le temps de réagir. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que lorsqu’on cherche à reprendre la capitale d’un pays en guerre passée aux mains d’une rébellion, c’est pour remettre en place les autorités officielles.

Aucun raid de l’armée française sur Kigali n’a pourtant eu lieu à l’époque…

La confirmation de l’ordre de mission n’est jamais arrivé. Peut-être était-ce lié aux problèmes logistiques que nous rencontrions, nos équipements ayant été acheminés avec retard jusqu’à Goma [en RDC, NDLR]. D’autre part je sentais un certain flottement au niveau de la hiérarchie. Puis, entre le 29 juin et le 1er juillet, nous avons reçu un ordre qui s’est substitué au premier. Nous devions stopper par la force l’avancée du FPR à l’est de la forêt de Nyungwe, dans le sud-ouest du Rwanda. Le lendemain matin à l’aube, nous avons décollé dans des hélicoptères Super-Puma afin d’aller déclencher les frappes aériennes sur les colonnes du FPR. L’essentiel de l’unité était déjà partie la veille par la route. Mais au moment où les hélicoptères décollaient de l’aéroport Bukavu, nous avons reçu un contre-ordre. L’officier en charge des opérations nous a expliqué qu’un accord avait été passé avec le FPR. Désormais nous devions protéger une "zone humanitaire sûre" (ZHS) dont la rébellion de Paul Kagamé avait accepté qu’elle échappe provisoirement à son contrôle. C’est à ce moment-là que la nature de notre mission a changé pour devenir humanitaire. Jusque-là, il était clair qu’il s’agissait de combattre le FPR.

En quoi a consisté cette mission humanitaire ?

Nous nous sommes déployés autour de Cyangugu, au sud du lac Kivu. Le commandant de compagnie a décidé d’installer notre camp au-dessus du camp de Nyarushishi, où s’étaient réfugiés des milliers de Tutsis et de Hutus modérés. Il avait été alerté par le médecin-chef du camp, un Suisse travaillant pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), sur le risque d’une attaque massive des miliciens Interahamwe. Cette dimension de Turquoise ne doit pas être oubliée : même si les ordres que nous recevions étaient ambigus, les soldats français ont sauvé plusieurs milliers de vie. Pour moi, chacune d’entre elle était une victoire.

Quels étaient vos relations avec les forces armées gouvernementales qui avaient orchestré le génocide ?

Dès que nous avons traversé la frontière entre l’ex-Zaïre [actuelle RDC] et le Rwanda, nous avons constaté que les militaires rwandais étaient consternés en réalisant que les soldats français n’allaient pas remettre en selle le gouvernement intérimaire à l’origine du génocide. Ils nous regardaient avec une réticence et une inquiétude évidentes. À l’inverse, quand les réfugiés de Nyarushishi ont réalisé que nous venions réellement pour les protéger, ils nous ont accueilli avec des cris et des chants de joie.

Étant un spécialiste des frappes aériennes et des missions spéciales, quand la compagnie s’est installée pour protéger le camp de Nyarushishi, on m’a détaché auprès du colonel Hoggard, de la Légion étrangère, et je suis devenu responsable des extractions. Pendant un mois, avec des légionnaires, à chaque fois que nous recevions une information sur des personnes menacées dans la zone humanitaire sûre, j’étais chargé de conduire les opérations se sauvetage.

J’ai reçu l’instruction de charger les conteneurs d’armes sur ces camions, qui les ont emmenées ensuite au Zaïre pour les remettre aux forces gouvernementales rwandaises.

On sait que l’armée française a, par ailleurs, montré une certaine complaisance face aux forces génocidaires fuyant vers l’ex-Zaïre…

Pendant cette période, nous avons confisqué des dizaines de milliers d’armes légères aux Hutus qui traversaient la frontières, essentiellement des pistolets, des fusils d’assaut et des grenades. Toutes ces armes étaient stockées dans des conteneurs maritimes sur la base de la Légion étrangère à l’aéroport de Cyangugu. Vers la mi-juillet, nous avons vu arriver une colonne de camions civils et j’ai reçu l’instruction de charger les conteneurs d’armes sur ces camions, qui les ont emmenées ensuite au Zaïre pour les remettre aux forces gouvernementales rwandaises. On m’a même suggéré d’occuper les journalistes pendant ce temps pour éviter qu’ils s’en rendent compte. Quand je lui ai fait part de ma désapprobation, le commandant de la Légion m’a répondu que l’état-major avait estimé qu’il fallait montrer à l’armée rwandaise que nous n’étions pas devenus ses ennemis, afin qu’elle ne se retourne pas contre nous. La France a même payé leur solde aux soldats rwandais.


Guillaume Ancel en opération

Vous confirmez donc que la France a réarmé les ex-Forces armée rwandaises en exil alors que celles-ci venaient d’encadrer le génocide des Tutsis ?

En leur livrant des dizaines de milliers d’armes, nous avons transformé les camps de réfugiés du Zaïre en base militaire. Il était évident que Paul Kagamé n’allait pas tolérer, après avoir pris le pouvoir, qu’une position armée du régime génocidaire s’installe de l’autre côté du lac Kivu. Cette décision a joué un rôle important dans ce qui allait se passer deux ans plus tard dans l’est du Congo.

Que vous inspire la version officielle française sur l’opération Turquoise ?

Personnellement, je ne fais que relater ce que j’ai vécu à l’époque. Si cela ne colle pas avec leur version, cela pose un problème. Ils ont construit une histoire mythique de l’opération Turquoise qui ne correspond pas à la réalité. Or si l’on veut éviter qu’une telle chose se reproduise, il faut mettre les cartes sur la table, pas les dissimuler sous le tapis.

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Propos recueillis par Mehdi Ba


Source : Jeuneafrique.com

 

 

Interiew:PATRICK HICKEY, Président de Tasiast Mauritanie

 

« La réduction des effectifs est une décision économique… »

Aujourd'hui Kinross, l'un des plus grands employeurs en Mauritanie à travers sa filiale Tasiast Mauritanie, a parachevé un processus de réduction de ses effectifs dans le pays. Processus ayant duré deux mois.

Le Président de Tasiast Mauritanie, M. Patrick Hickey parle dans l’entretien qui suit des raisons de la réduction des effectifs en Mauritanie.

Aujourd'hui Tasiast Mauritanie a compressé 272 personnes à la mine de Tasiast et 21 personnes à Nouakchott. Pourquoi était-ce nécessaire ?

Les décisions concernant les réductions d'effectifs ne sont jamais prises à la légère, elles ne sont prises que lorsque c'est absolument nécessaire. Et celles-ci n’ont pas été uniquement prises par Kinross ou par Tasiast Mauritanie.

Au cours des douze derniers mois, le prix de l'or a chuté d'environ trente pour cent. Les entreprises minières sont amenées à prendre des décisions difficiles. Nous devons tous être en mesure de prendre les décisions de sorte à garantir la pérennité de nos activités dans nos mines pour les années à venir.

En Juillet, Kinross a effectué un examen global de coûts pour faire face aux aléas résultant de la chute du prix de l'or. En conséquence, Kinross a réduit les coûts de ses activités, notamment une réduction de 200 millions de dollars des dépenses sur les immobilisations pour 2013, des coupures dans son programme d'exploration, l’unification des deux régions d’Amériques du Nord et du Sud en une seule région, et des réductions de personnel dans l'entreprise.

Cela inclut également les réductions de personnel dans notre région de l’Afrique de l'Ouest qui ont été annoncées, touchant aussi bien notre bureau régional de Las Palmas, la mine de Tasiast que notre bureau Nouakchott.

La pression sur le secteur aurifère a entraîné un dépassement significatif des dépenses de Tasiast Mauritanie par rapport à son chiffre d'affaires. En même temps, la construction d'infrastructures sur le site est maintenant en grande partie achevée, et la société a également reporté à 2015 sa décision sur l’expansion de l'usine de Tasiast. En conséquence, le niveau d'activité et de travail requis à Tasiast a considérablement diminué, et nous n'avons plus besoin d'autant de personnes qu’auparavant.

Sur la base de ces facteurs, Kinross et Tasiast Mauritanie devaient prendre des mesures pour s'assurer que la taille de la main-d'œuvre correspond à nos besoins réels, et, plus important encore, que nos activités en Mauritanie restent viables pour le long terme.

Il est question du remplacement des employés mauritaniens licenciés par des employés d'autres pays?

Absolument pas. Il s'agit d'une réduction des effectifs pour aligner le nombre d'employés avec l’activité. En fait, Kinross a réduit le nombre de ses employés partout à travers le monde, y compris d'environ 10% à Las Palmas, Espagne, où se trouve le siège régional de Kinross.

Kinross ne fait pas venir des employés d'autres pays en Mauritanie pour combler les postes supprimés, et nous ne cherchons pas non plus à embaucher d’autres mauritaniens pour ces postes. Les postes ont été supprimés en fonction de leur nécessité ou pas par rapport à l’activité actuelle. La réduction des effectifs est une décision économique basée sur l'activité actuelle à Tasiast, sur le report à 2015 de sa décision sur l'expansion de l’usine, et sur​​la baisse du prix de l'or.

Comment les employés concernés ont-ils été choisis ?

Ces décisions sont basées sur la réalité actuelle de nos activités et la nécessité de s'assurer que les niveaux d’effectifs correspondent au niveau d'activité dans les différents domaines. Les effectifs ont été choisis sur la base de la nécessité ou pas d’une fonction particulière par rapport à l'activité actuelle de la mine. Dans cette optique, nous voulions également nous assurer que les employés ayant la meilleure assiduité et les meilleures performances ont été protégés. Tasiast Mauritanie a travaillé avec le ministère mauritanien du Travail et d'autres représentants du gouvernement tout au long du processus afin de s'assurer que ce dernier a été équitable et transparent.

Bien évidemment, la suppression de postes signifie une perte d’emploi pour des gens, et je ne cesserai de le dire, ce n'est pas une décision que Tasiast Mauritanie a pris à la légère. Nous sommes reconnaissants envers les employés pour leur travail et leur dévouement, et nous leur souhaitons le meilleur.

Comment la réduction d'effectifs des locaux influe-t-elle sur les perspectives d’affaires de Kinross en Mauritanie ?

La réduction d’effectifs de cette année est le résultat de deux facteurs : premièrement, la réalisation de l'infrastructure du site cette année, et deuxièmement, le report à 2015 de la décision sur l'expansion de notre usine.

Elle n'affecte pas les opérations ou la production actuelle. Tasiast Mauritanie continuera à produire de l'or à la mine existante de Tasiast avec les installations de traitement existantes.

Tasiast Mauritanie envisage de finaliser son étude de faisabilité sur une éventuelle expansion de l'usine de Tasiast au premier trimestre de 2014. Cependant, quels que soient les résultats de l'étude de faisabilité, la société ne prévoit pas de prendre une décision sur l'opportunité ou non de procéder à un agrandissement de l'usine avant 2015. La société a reporté toute décision d’approbation suite à la chute du prix de l'or et à la nécessité de se concentrer sur la préservation de la trésorerie en 2014.

Pendant ce temps, la société continue également de forer à la recherche d’autres cibles prioritaires en dehors du corps de minerai principal ; à savoir l’or, et les résultats à ce jour sont encourageants.

La Mauritanie demeure très importante pour Kinross. Tasiast Mauritanie est l'une des plus grandes entreprises et l’un des plus grands employeurs du pays. Nous avons fait un investissement conséquent à Tasiast, identifié une ressource aurifère significative, et croyons qu’aussi bien la mine que ses alentours constituent un grand potentiel à long terme.

En plus de notre investissement, notre activité minière a généré une importante valeur économique pour les employés, les entreprises

locales et le gouvernement. De 2010 à nos jours, Tasiast Mauritanie a versé près de 120 millions de US dollars en salaires, créé plus de 3300 emplois, payé environ 750 millions de US dollars aux fournisseurs en Mauritanie, et environ 175 millions de US dollars ont été versés au gouvernement en impôts et taxes. Sans parler du capital total investi qui a été de 2.3 milliards de US dollars.

Notre investissement s'étend au-delà de la mine. Ainsi, au travers de nos engagements à soutenir les communautés, nous avons investi plus de 12 millions de US dollars. Tasiast Mauritanie continuera de soutenir de nombreuses initiatives de développement communautaire, y compris les projets locaux, visant à développer des compétences pouvant mener à des moyens de subsistance et des revenus durables.

D’autres réductions d'effectifs sont-elles prévues ?

Nous ne pouvons pas spéculer sur ce que l'avenir nous réserve, et comme toute entreprise, nous devons rester flexibles pour répondre aux réalités changeantes du marché. Les perspectives pour le secteur de l'extraction de l'or demeurent difficiles, et de toutes les façons, les pressions sur le secteur ne connaîtront pas de sitôt un assouplissement. Ce qui signifie que les entreprises vont devoir prendre des décisions difficiles. Mais, toujours dans une perspective de long terme, Kinross reste fermement engagée à développer une entreprise durable en Mauritanie.

Propos recueillis par

Khalilou Diagana