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ENTRETIEN AVEC MOUHAMMAD BOUN ABDALLAH DIONNE : « Au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491.000 emplois net »

ENTRETIEN  AVEC MOUHAMMAD BOUN ABDALLAH DIONNE : « Au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491.000 emplois net »L’As : Monsieur le Premier ministre, vous êtes coordonnateur du pôle programme du Président Sall, a deux jours du scrutin, quelles sont vos impressions sur cette fin campagne ?

Mohammad Bon Abdallah Dionne :

Je pense que le peuple a montré sa grande adhésion à la perspective de développement proposée par le président Macky Sall : le Plan Sénégal émergent. Depuis le début de la campagne, on a vu des témoignages de sympathies et d’adhésion à l’homme Macky Sall en ce qu’il représente comme sagesse comme stabilité pour le Sénégal. On a vu également de grands témoignages par rapport à sa vision du développement, une vision dont le caractère distinctif passe par sa grande volonté d’embarquer tous les Sénégalais, de ne laisser personne à bord sur la voie de l’émergence. Cela s’appelle l’inclusion sociale, c’est l’axe 2 du Plan Sénégal émergent.

On sait que l’emploi de jeunes a été un de ventre mou du régime. Comment envisagez-vous d’inverser la tendance, en cas de réélection ?

Mais non, il n’y a  pas de problème avec l’emploi des jeunes. Aujourd’hui, le problème structurel que nous avons, c’est que par génération de 200 000 chercheurs d’emploi qui arrive sur le marché  chaque année. 45%de cette génération sort de l’école ou des daaras sans formation, sans métier. C’est pourquoi, le président de la République, même au cours de son premier mandat, a mis l’accent sur la formation professionnelle. Quand on veut régler le problème de l’emploi, nous avons deux leviers : Le premier, c’est l’offrede travail, c’est à dire les jeunes. Si vous avez 45% de jeunes qui investissent le marché de l’emploi, il faut investir massivement sur le marché du travail. Quand le président Macky Sall est arrivé au pouvoir à peine 5% de cette génération étaient orientée vers le système de la formation professionnelle. Tout le reste était dans l’enseignement général. Le président a donc investi massivement dans la création partout sur le territorial national, de centres de formation professionnelle. Vous l’avez vu inaugurer à Nioro, un centre doté de tous les équipements techniques nécessaires pour un investissement de 1,4 milliard. Vous m’avez vu inaugurer, au nom du chef de l’Etat, un centre de formation professionnelle à Gossas pour un investissement de 1,2 milliard. Partout le Président a mis en place de telles structures pour arriver justement à 15% au moins par génération orientée vers la formation professionnelle. L’objectif qu’il fixe à travers le Pse,   c’est que 30% des jeunes de chaque génération de jeunes, puissent être orientés vers la formation professionnelle. C’est comme cela que nous allons résoudre le problème de l’employabilité des jeunes. C’est la première mesure sur l’offre du marché. Un marché, c’est une offre, mais c’est aussi une demande. La demande vient du système productif. Le système de production, ce n’est pas que l’administration, c’est aussi le secteur privé. Je pense que le secteur privé a joué sa partition. Sur le premier mandat, nous pouvons dire que le secteur privé a investi et c’est ce qui nous vaut la croissance et elle a créé beaucoup d’emplois. Avec le Pse, dés 2015, nous avons créé avec le secteur formel, 70 0000 emplois par an. Aujourd’hui, nous tournons autour de 80 000 emplois par an. C’est pourquoi au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491 000 emplois nets. Ce qui veut dire que les 500 000 emplois promis est un objectif atteint. Mais l’ambition du président est de faire plus. Sur le côté offre de travail, il dit : « Je mettrai dans chaque département grâce à un programme d’investissement public de 50 milliards, un centre de formation professionnelle pour les jeunes garçons et les jeunes filles du pays».

A Pikine, Macky Sall a fait une promesse de 1 million d’emplois pour les 5 ans à venir…

L’objectif est que chaque élève ait un métier et soit prêt à être employé. Et du côté de l’offre avec tout ce que nous faisons, en matière derenforcement de capacité que cela soit dans le secteur de l’agriculture, la pêche, de  l’élevage, de l’artisanat, que cela soit les industries qui arrivent avec les Zones économiques spéciales,   que cela soit avec les emplois verts, nous pensons que l’objectif d’un million d’emplois que s’est fixé le président est largement à notre portée. Je vous donne quelques exemples : Le Président vient de mettre en place le Pse vert pour s’occuperde la reforestation durable du territoire national.  Cela, c’est 50 000 emplois nouveaux, c’est du concret à travers l’Agence sénégalaise de la protection des forêts, nous perdons 40 000 ha par an du fait de l’homme. Pour ce qui est des Domaines agricolescommunautaire, il y a quatre nouveaux Dac, en construction avec la Banque islamique de développent.  C’est 30 000 emplois. Il y a également la Zone économique spéciale au niveau de Diamniadio  avec  un investissement  de 25 milliards  pour héberger des industries dont une qui a délocalisé ses activités du Rwanda, c’est environ  1000 emplois par an.  Le chef de l’Etat a signé avec son homologue chinois pour la phase 2. Ce qui permettra auparc industriel de s’étendre sur 50 hectares pour permettre  à des entreprises de s’y installer. Chaque entreprise, c’est au moins  dix mille emplois. Rien que sur Diamniadio ce sera 250 000 emplois dans la ZES de Diamniadio.

A vous entendre, on a comme l’impression  que le deuxième mandat est déjà plié alors qu’on est en campagne …

Mais, non ce sont des projets. Permettez-moi de conclure pour montrer la pertinence de ces idées. Pour le deuxième mandat, le Président a prévu dans son programme, « le programme sectoriel, Zéro bidonville », c’est 100 0000 logement, par an, c’est 20 0000 logements par an, soit 200 00000 jeunes qui seront employés. Compte non tenu des 80 000 emplois du secteur privé et des emplois générés par l’administration. Ce n’est pas du rêve, tout a été calculé et travaillé. Là nous sommes dans le concret, je ne parle même pas de l’impact que l’exploitation du pétrole et du gaz aura sur l’économie notamment avec la loi sur local content.

Les autres candidats ont aussi des programmes aussi alléchants…

Mais non, ils n’ont pas de programme. Une liste de vœux pieux, ce n’est pas un programme. Un programme, il doit être articulé. C est pourquoi, je tenais à vous livrer des détails précis sur notre programme. Regardez ce qui se dit. Mais, ils n’ont fait que du plagiat. Certains veulent même créer le pôle de développement de la Casamance que nous avons déjà créée. Les pôles territoires c’est l’acte 3 de la décentralisation. J’ai entendu un autre candidat parler de l‘introduction de l’anglais, mais cela c’est du plagiat.  Le programme du président Macky Sall, c’est le rendez-vous avec avec l’avenir : «Liggeeyal euleuk ». Il est dans le temps de l’action, mais il est aussi dans le temps du futur. Le Pse l’horizon c’est 2035. Il transcende le mandat du Président. Les trois piliers qui vont être intégrés dans le quantum horaire, c’est l’anglais. Aujourd’hui, l’espace numérique est dominé par l’anglais. Il dit : «Je mettrai l’anglais depuis le primaire».  Le deuxième pilier c’est l’informatique. Et enfin, le président a commandé la réécriture de l’histoire du Sénégal par nos meilleurs historiens, nos meilleurs historiens. Parce que pour le président après l’anglais et l’information, le troisième pilier, c’est l’histoire.  Ce qui nous permettra de nous connaître.

Vous avez qualifié Idrissa Seck de faussaire. Sur quoi fondez-vous vos accusations.

J’ai taquiné Idrissa Seck. Mais quoi que l’on dise, Idrissa Seck doit des explications aux Sénégalais. Il a été Premier ministre. Dites-moi ce qu’il a fait dans ce pays. Son bilan se régime aux chantiers de Thiès et à leurs conséquences. Mais les diplômes, je n’en parlerai pas. Mon oncle me disait : «Méfie-toi de deux personnes : celui qui a redoublé la terminale et celui qui a repris le Cm2 parce qu’ils ont le complexe de leur génération».

Vous parlez de Idrissa Seck qui est devenu quand même brillant après Hec.

On peut tout dire, je ne taquine personne, mais on se connaît tous. On sait qui est qui.  On se connaît bien.  Il se dit aussi qu’il a fait Hec. C’est ce qu’il a mis dans son CV, mais la classe préparatoire, ce n’est pas Hec.

Vous pronostiquez une victoire au premier tour. Cela est-il possible, à la lumière des foules drainées de part et d’autre des camps dans cette campagne?

Je sûr que le Président va passer au premier tour.  Vous voyez ce qu’il a fait. Personne ne discute de son bilan.  Lorsque j ai annoncé que 5 candidats seulement allaient passer le tamis du parrainage, je fondais cela sur le fait que n’eut été le plus fort reste, certains candidats qui parlent n’auraient pas siégé à l’Assemblée.

Ousmane Sonko en fait partie, mais là son poids électoral a flambé. Il ne vous inquiète pas…

Personne ne nous inquiète. Nous avons un candidat qui incarne la stabilité nationale. Vous savez là où nous sommes, c’était le bureau de Modibo Keïta, Président de la Fédération qui nous liait au Mali.  Vous voyez ce qui se passe dans ce pays frère agressé par de forces obscurantistes, salafistes qui déstabilisent le Mali et veulent avoir un débouché sur la mer, c’est à dire Dakar. Rendons donc hommage à l’action sécuritaire et diplomatique du Président Macky Sall qui nous a préservé jusque-là de ce type de menaces présentes à nos frontières. Aujourd’hui, le discours que j’entends de certains candidats montre qu’ils ne méritent pas le suffrage des Sénégalais, parce qu’ils portent en eux les germes de l’instabilité. J’ai écouté avec tristesse un candidat dire, à partir de Richard Toll, que le fleuve Sénégal est un fleuve 100% sénégalais, parce que de l’autre côté, il y a des Sénégalais.  Et que lui n’a pas peur de l’occident à plus forte raison de la Mauritanie.

Il s’agit de Ousmane Sonko ….

C’est lui qui l’a dit. Vous l’avez tous entendu. C’est facile d’être belliqueux, mais si c’est pour déstabiliser son pays, déstabiliser la paix dans la sous-région, menacer les frontières qui existent, cela devient de la paranoïa. Il faut dénoncer avec vigueur ce discours, parce qu’il n’a pas sa place dans un pays. Nous avons des ressources en commun avec la Mauritanie. Nous avons un peuple frère et ami avec la Mauritanie.  Vous n’êtes même président de groupe parlementaire, vous menacez. Que se passera-t-il le jour où vous deviendrez chef suprême des armées ? Heureusement, les Sénégalais ne sont pas dupes. Ils savent distinguer la bonne graine de l’ivraie.   Et c’est comme cela qu’ils vont réélire le Président Macky Sall qui incarne la stabilité de la sous-région et du pays.

Sur les questions de bonne gouvernance, votre régime est constamment critiqué. On vous accuse également d’instrumentaliser la justice avec notamment le cas Khalifa Sall ?

(Il nous coupe) Ecoutez, ce sont les juges qui jugent en toute conscience et en toute liberté. En tant que Premier ministre, je ne connais pas les juges, je ne les reçois pas et je n’ose leur parler. Vous voyez un chef d’Etat appeler un juge pour lui donner des instructions ? Non, mais à la minute qui suit, il convoque une conférence de presse. L’Exécutif travaille avec le procureur qui est l’avocat de la société. Et le justiciable a ses avocats. Le Président ne met personne en prison, c’est la loi qui met les gens en prison. Le Prison n’acquitte personne.

Me Wade menace d’empêcher la tenue de la présidentielle…

Nous sommes à quelques heures de la fin de la campagne, je voudrais appeler à l’apaisement.  Le Sénégal est un et indivisible. Nous aimons tous notre pays, il nous faut des plages de convergence. Le Président est un homme de dialogue et bien éduqué. Aujourd’hui, le Conseil Constitutionnel a validé cinq candidats. La campagne est en train de se dérouler, nous regrettons l’incident à Tambacounda. Nous le déplorons tous, maintenant il appartient à la justice d’en tirer les conclusions. Ce dont il s’agit, c’est d’aller à la rencontre du peuple sénégalais et pour l’Etat de faire respecter le droit du peuple à choisir ses dirigeants. C’est un rendez-vous par cinq.  Je pense que le Sénégal qui vote depuis les années 1840 ne mérite pas certains propos qui ne sont plus de cette ère. La démocratie sera respectée. Les suffrages seront protégés par l’Etat. Le vote aura lieu et Macky Sall va continuer à servir le pays Inchallah

Entretien conduit par Amadou BA

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

L'homme d'affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d'Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s'est rendu avec l'ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

Source : jeuneafrique.com

 

Ould Sidi Babe : le renoncement des comploteurs en 1979, au Sahara occidental est inacceptable...

Vidéo. Ould Sidi Babe : le renoncement des comploteurs en 1979, au Sahara occidental est inacceptable...L’ancien ministre Ahmed Ould Sidi Babe a déclaré, que la renonciation des officiers de l’armée, qui ont comploté contre l’ancien président Mokhtar Ould Daddah, au Sahara occidental est inacceptable car il a cédé une partie du territoire national, dont les raisons de sa défense se justifient clairement.

Il est donc inacceptable que les comploteurs viennent sceller un accord qui change les données. Ould Sidi Babe, qui s’exprimait dans le cinquième épisode de l’émission "carnets nationaux", a ajouté que cette concession du territoire est contraire à ses positions lui et ses collègues du gouvernement renversé.

Ceci m’a poussé d’ailleurs – à l’époque- a dénoncé une lettre (de soutien) adressée par mon groupe social (tribu), au comité militaire d’antan, dans laquelle, certains y ont inséré mon nom. Je suis allé rencontrer le Wali de l’Adrar pour m’assurer que mon nom ne figure pas dans cette lettre.

Source : http://nawafedh.com/
Traduit par adrar.info




 

Selon le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, « contrairement à ce que pense Donald Trump la souveraineté n’exclut pas le multilatéralisme »

Donald Trump, guerre en Syrie, relations entre le Maroc et l'Algérie... L'ex-ministre algérien des Affaires étrangères (1991-93) livre sa vision de diplomate averti sur les grands dossiers qui agitent le monde et le Maghreb-Moyen-Orient.

Même s’il a été relevé en mai 2014 de ses fonctions de médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie, Lakhdar Brahimi, 84 ans, est toujours membre de trois centres de recherches – l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), le Global Leadership Foundation (GLF) de Frederik De Klerk et les Global Elders, fondés par Nelson Mandela. Dans cette interview, prélude à un entretien fleuve à paraître dimanche 9 décembre dans le numéro 3022 de Jeune Afrique, l’Algérien se livre.

Jeune Afrique : Pensez-vous, à l’instar d’Emmanuel Macron, que l’ONU peut finir comme la SDN, c’est-à-dire comme un symbole d’impuissance ?

Lakhdar Brahimi : Elle a vécu quand même un peu plus longtemps que la SDN, déjà. Il faut espérer que Monsieur Macron et les autres ont compris quand même les leçons de l’échec de la SDN, et qu’ils feront en sorte que la même chose n’arrive pas à l’ONU. Cela dépend d’eux. C’est leur organisation, ce n’est pas celle du secrétaire général.

En septembre dernier, la dernière Assemblée générale de l’ONU a été marquée par un discours du président américain Donald Trump contre « le globalisme » et pour « la souveraineté des États ». Au vu des derniers événements, les faits ne lui donnent-ils pas raison ?

(Rires). Je ris parce que Monsieur Trump semble parler le même langage que nous, les gens du Sud, qui avons parlé souvent de l’importance du respect de la souveraineté des États. Mais je crois que ce n’est pas tout à fait la même chose, car notre idée de la souveraineté n’exclut absolument pas, au contraire, le multilatéralisme.

Monsieur Trump parle de souveraineté, mais je crois que personne ne menace sérieusement la souveraineté des États-Unis. Dans sa bouche, le mot « souveraineté » veut dire « Non au multilatéralisme ». Cela veut dire : « Moi, la grande puissance, je veux parler à chacun tout seul. »

Lors de la même Assemblée générale, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a été assez alarmiste en déclarant : « L’ordre mondial est de plus en plus chaotique. Le monde multipolaire n’est pas une garantie contre la guerre. Regardez ce qu’il s’est passé en 1914… »

Oui, j’ai vu deux ou trois fois Monsieur Guterres depuis qu’il a pris ses fonctions. Et effectivement, il est un peu alarmé – je ne dis pas alarmiste – par ce qui se passe, et je partage absolument ce qu’il dit au sujet de 1914. En janvier 1914, il paraît que personne ne prédisait qu’il y aurait une guerre au mois d’août suivant. Ici, nous sommes dans cette situation.

Nous ne sommes pas à l’abri d’une erreur de calcul, d’un événement qui puisse déclencher quelque chose qu’on ne pourra pas arrêter

Nous voyons un tas de dangers qui s’accumulent, mais nous pensons quand même qu’il n’y aura pas de guerre mondiale. Or moi je dis, comme Guterres, que les devins doivent faire attention à ce qu’ils lisent dans le marc de café. Nous ne sommes pas à l’abri d’une erreur de calcul, d’un événement qui puisse déclencher quelque chose qu’on ne pourra pas arrêter. C’est le devoir de Monsieur Guterres de sonner l’alarme de cette manière-là.

Voulez-vous dire que la situation est plus dangereuse aujourd’hui qu’il y a quelques années ?

Il y a beaucoup plus d’imprédictabilité avec le président des États-Unis. Ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas Idi Amin Dada. Il lance des tweets à 2 heures ou 6 heures du matin et la diplomatie n’est pas efficace quand il n’y a pas… non pas un minimum, mais un maximum de prédictabilité. Or, avec le comportement de l’un des personnages les plus puissants de la terre, c’est un peu difficile de prévoir. C’est dans ce sens qu’on a plus de raisons d’être nerveux cette année que l’année dernière ou il y a deux ans.

Mais cela fait déjà quelques années que des dangers existent. À la fin de la guerre froide, nous avons tous applaudi et prévu un monde bien meilleur et plus facile à gérer, et je crois que beaucoup de gens ont dit : « C’est le début d’une transition, nous allons construire un ordre nouveau ». Mais on ne l’a pas fait. Cette transition a duré longtemps. Maintenant, il y a plusieurs signes qui font dire à certains que la guerre froide est revenue ou qu’une nouvelle forme de guerre froide est en train de s’installer.

Vous évoquez Idi Amin Dada, l’ancien président ougandais. Un matin, il a déclaré : « J’ai fait un mauvais rêve. Il faut expulser tous les Indiens d’Ouganda. » Vous vous en souvenez ?

Oui, bien sûr. Et je me souviens du jour où le Britannique Carrington a été envoyé de Londres pour lui dire : « OK, nous allons prendre tous les Indiens, mais donnez-nous un peu de temps. » Idi Amin a refusé de le recevoir. « Non, non, je ne veux pas discuter », a-t-il dit. Du coup, Carrington, qui était à l’escale de Nairobi, a dû rentrer à Londres.

Amin Dada, c’était donc l’imprévisibilité. Il se levait un matin, il avait fait un beau ou un mauvais rêve…

Quelques jours après, les Anglais ont reçu une lettre cachetée de Monsieur Amin Dada, adressée à Sa Majesté la reine. Surprise : dans cette lettre, il écrivait qu’il serait très heureux d’accueillir Sa Majesté pour l’anniversaire de l’indépendance de l’Ouganda. Et les Anglais m’ont dit : « Quand on ne peut pas prévoir une telle lettre, on ne peut pas faire de diplomatie. » Amin Dada, c’était donc l’imprévisibilité. Il se levait un matin, il avait fait un beau ou un mauvais rêve…

Y a-t-il un côté Amin Dada chez Donald Trump ?

Il y a cette imprévisibilité qui fait que c’est difficile, quand même. Dire aux Anglais que c’est magnifique parce qu’on va retrouver la relation spéciale, et ensuite déclarer à propos de Theresa May : « Elle ne sait pas ce qu’elle est en train de faire. Son accord avec l’UE va nous empêcher de faire du commerce… »

En Syrie, qu’est ce qui n’a pas fonctionné dans les différentes médiations de l’ONU ?

Ce qui n’a pas fonctionné, c’est que le pouvoir était tout à fait convaincu qu’il finirait par l’emporter et que le prix que le peuple paierait n’avait pas d’importance. Et les pays étrangers qui sont intervenus avaient des objectifs nationaux divergents et limités. Et ils ne se souciaient pas vraiment des besoins ou des intérêts des Syriens.

Quel est le processus qui a le plus d’avenir à vos yeux ? Celui de l’ONU ou celui d’Astana, au terme duquel il n’y aura pas de changement de régime ?

Pour l’instant, les services de l’ONU à Genève ne sont pas utilisés. Le processus d’Astana-Sotchi, ça marche. Les trois pays qui sont dans ce processus – l’Iran, la Russie et la Turquie – travaillent, mais ont des positions divergentes.

Un moment, votre compatriote Ramtane Lamamra a été pressenti pour succéder à Stefan de Mistoura au poste d’envoyé spécial de l’ONU. Finalement, il sera appelé à faire d’autres missions ?

Oui, il fait déjà partie du comité stratégique qu’Antonio Guterres a créé l’an dernier à l’ONU sur les grandes questions internationales. Il travaille aussi beaucoup avec l’Union africaine et il suit en ce moment la présidentielle à Madagascar. Le travail qu’il fait là-bas jouit de l’estime de tout le monde, non seulement des différentes parties malgaches, mais aussi des ambassadeurs sur place.

À propos des relations entre l’Algérie et le Maroc, vous avez estimé à plusieurs reprises que la situation à la frontière n’était pas admissible. Qu’est ce qui peut réchauffer ces relations ?

Moi, cela fait vingt ans que je dis qu’il n’y a pas de raison que les relations entre l’Algérie et le Maroc soient dans cet état. Vous savez, maintenant, il y a eu cette initiative du roi. Il y a eu aussi un message très chaleureux du président Bouteflika au roi il y a quelques jours…

D’accord. Simplement, le roi a fait à l’Algérie une offre de dialogue direct et franc sur tous les sujets qui fâchent. Et pour l’instant, il n’y a pas eu de réponse d’Alger…

Oui, mais ce n’est pas moi qui vais répondre à la place d’Alger (sourire).

Source : jeuneafrique.com

 

Ockrent : « Le meurtre de Jamal Khashoggi porte la marque de MBS »

Christine Ockrent ©  DRINTERVIEW. Auteure d'une enquête sur le prince héritier d'Arabie saoudite, la journaliste Christine Ockrent décrypte ses méthodes radicales.

Propos recueillis par Armin Arefi

Depuis le 7 octobre et l'annonce par la police turque du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, pas un jour ne passe sans que des détails sordides fuitent dans la presse, accentuant la pression sur Riyad, et son nouvel homme fort : le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce mercredi, c'est le quotidien turc Yeni Safak qui affirme avoir eu accès à un enregistrement sonore révélant que le collaborateur du Washington Post a été torturé avant d'être « décapité » dans l'enceinte diplomatique saoudienne, tandis que le New York Times indique que des proches de MBS seraient liés à ce qui semble aujourd'hui être un assassinat. La journaliste Christine Ockrent vient de publier Le Prince mystère de l'Arabie (Éditions Robert Laffont). Elle explique au Point pourquoi Jamal Khashoggi était si dérangeant pour MBS. Entretien.

Le Point : Pensez-vous que le meurtre probable de l'opposant saoudien Jamal Khashoggi porte la marque du prince héritier, Mohammed ben Salmane ?

Christine Ockrent : Oui. Pour plusieurs raisons. Tout d'abord par ce que l'on sait de son tempérament. Mohammed ben Salmane est un garçon qui a maintenant 33 ans, qui a très peu voyagé, et qui n'est pas l'aîné des fils du roi Salmane, mais le préféré. Contrairement à ses frères, il n'a pas fait ses études ni aux États-Unis, ni en Grande-Bretagne, mais à Riyad. Il y a étudié le droit, ce qui signifie qu'il s'est penché sur l'étude du Coran, car on oublie toujours que l'éducation en Arabie saoudite est entièrement aux mains des religieux. Par ailleurs, on sait que MBS est un homme dont ses familiers et certains visiteurs, non pas du soir mais de la nuit – car il vit la nuit –, évoquent avec plus ou moins de précaution le tempérament impétueux, sinon violent, ainsi que ses emportements : des manifestations d'impatience, y compris physiques.

Il est souvent décrit comme le « prince tout-puissant »…

Il bénéficie en effet d'une concentration des pouvoirs tout à fait exceptionnelle dans ce système jusqu'à présent très opaque où, au niveau supérieur, tous les rois se transmettaient le « sceptre », si j'ose dire, de frère en frère. Or, l'actuel roi Salmane, qui a aujourd'hui 83 ans, a brisé ce système, dit adelphique, pour instaurer une monarchie héréditaire. MBS est donc le premier petit-fils du roi fondateur (Ibn Séoud, NDLR) arrivé aux marches du trône. Ses pouvoirs vont du ministère de la Défense jusqu'à la supervision de l'économie et de la compagnie nationale de pétrole (Aramco), en passant, bien évidemment, par tout l'appareillage des services et des systèmes de surveillance et d'information. Enfin, le pouvoir a compris l'usage qu'il pouvait faire des réseaux sociaux, en sachant que les Saoudiens demeurent, contre toute attente, parmi les plus connectés au monde. Le prince, qui est un homme de cette (jeune) génération, a créé une sorte de direction de la communication, qui n'existait absolument pas auparavant et qui a le souci de construire une image.

Celle-ci n'est-elle pas aujourd'hui écornée ?

C'est le troisième volet de ce personnage : l'extraordinaire personnalisation du pouvoir qui accompagne cette concentration. Cela se voit, par exemple, à Riyad, où vous apercevez d'énormes portraits du roi Salmane, bien sûr, mais aussi de son fils Mohammed. Ceci est nouveau. Auparavant, les luttes d'influence au sein du pouvoir étaient à la fois beaucoup plus lentes, car il s'agissait de vieillards cacochymes, et beaucoup plus souterraines, parce que tout le jeu, depuis le pacte fondateur conclu au XVIIIe siècle entre le prédicateur Mohammed ben Abdelwahhab et la famille Al Saoud, était de composer entre le pouvoir « séculier » et les religieux. À chaque grosse crise, le régime avait pour habitude de mettre en prison mais aussi de coopter, de récompenser et de promettre aux religieux ultraconservateurs des prébendes. Or, tout à coup, MBS a rendu public un mode de fonctionnement d'une brutalité nouvelle. Cette personnalisation consiste à dire que toutes les réformes, qui nous semblent en Occident aller dans le sens d'une ouverture de cette société complètement ankylosée, c'est MBS, et seulement MBS. Pas l'Occident, ni les ONG, ni les Saoudiens progressistes, qu'il met en prison à tour de bras depuis un an, en compagnie des oulémas ultraconservateurs. MBS montre tout de suite les muscles et dit : « C'est moi le patron. » C'est lui qui, « dans son immense clairvoyance et générosité », doit permettre toutes ces réformes qui vont faire entrer les jeunes Saoudiens, enfin, dans le XXIe siècle.

Jamal Khashoggi était-il un opposant saoudien comme les autres ?

Jamal Khashoggi est issu d'une grande famille de Djeddah. Son grand-père était le médecin personnel du grand-père de MBS, le roi Ibn Séoud. Il était dérangeant parce qu'il connaît le système de l'intérieur. Il a lui-même travaillé au cœur du réacteur. Il a été journaliste assez jeune, directeur du quotidien saoudien El Watan à deux reprises. Cela est lourd de sens, dans un pays qui demeure avant-dernier en termes de liberté de la presse. Jamal Khashoggi a surtout été un très proche conseiller de l'un des princes éliminés par MBS dans sa course au pouvoir : Tourki al-Fayçal, qui a été pendant 22 ans patron des services de renseignements saoudiens. Il était son conseiller et a suivi le prince Tourki lorsque celui-ci est devenu ambassadeur à Londres, puis à Washington. C'est dans la capitale fédérale américaine que Khashoggi s'achète à l'époque un appartement. Le journaliste était également un proche d'Al-Walid ben Talal, le richissime prince qui a été emprisonné au Ritz Carlton (lorsque des dizaines de princes et d'hommes d'affaires saoudiens ont été retenus pour corruption en 2017, NDLR). Et il y a un an et demi, Jamal Khashoggi a vu un grand nombre de ses amis emprisonnés, car soupçonnés de sympathie pour l'organisation des Frères musulmans (considérée comme terroriste en Arabie saoudite depuis 2004, NDLR).

Jamal Khashoggi était-il lui-même un Frère musulman ?

Oui, c'est un Frère musulman, et il ne s'est jamais caché de cette obédience. Jusqu'ici, les Frères musulmans étaient très présents dans l'appareillage économique et politique de l'Arabie saoudite, depuis qu'ils avaient été chassés d'Égypte par Nasser dans les années 1950. Sentant ce raidissement du pouvoir ultra-personnalisé de MBS, Jamal Khashoggi a préféré se mettre à l'abri. De lui-même, il décide alors de s'exiler aux États-Unis. Très vite, il devient un habitué des chaînes de télévision et obtient cette collaboration avec le Washington Post. Aux États-Unis, qui considèrent l'Arabie saoudite comme un partenaire crucial pour l'industrie d'armement américaine, Khashoggi apporte aux médias américains à Washington, au cœur du pouvoir, des clés de compréhension, de description, d'analyse, de ce système jusque-là parfaitement opaque, et cela, dans une ville où l'Arabie saoudite paie des millions des sociétés de relations publiques pour construire l'image de MBS.

En quoi Jamal Khashoggi était-il dérangeant ?

Jamal Khashoggi est plus qu'un journaliste. C'est encore une fois quelqu'un qui a une épaisseur politique au sens saoudien du terme. Ce qui m'a interpellée, c'est qu'il continuait à dire du bien du prince Tourki, et prenait le contrepoint de MBS, en particulier de sa vision idyllique de l'Arabe saoudite d'avant les années 1970 (où l'islam était, selon lui, « modéré », NDLR). Kashoggi lui répondait qu'il était jeune à cette époque et que tout ce discours était du révisionnisme historique. Il critiquait de plus en plus ouvertement les méthodes de MBS. Il applaudissait les réformes annoncées par le prince héritier, mais jugeait ses méthodes indignes. Pour lui, ce n'était pas ainsi que l'Arabie saoudite pouvait évoluer. Dans ses écrits, il dénonçait les emprisonnements massifs et la brutalité du prince.

Ces méthodes ont-elles eu raison de lui ?

Ces méthodes ont empiré par rapport à ce que l'on en connaissait jusque-là : les emprisonnements tous azimuts, les pressions faites dans les cercles saoudiens à l'étranger. J'ai été moi-même très frappée par la peur ressentie par les gens. À Paris, Londres ou Riyad, ils ne veulent pas être cités, car ils craignent des représailles. Pour eux et leur famille. On voit ces méthodes à l'œuvre en Chine. On les a vues en Union soviétique. Cela illustre cette brutalité croissante des méthodes de MBS jusqu'à cet épisode granguignolesque de Khashoggi.

Source : Le Point.fr (France)

 

Entretien avec Ahmed Ould BAH, Candidat à la mairie de Tevragh Zena

Dans le cadre de la campagne électorale pour les élections municipales, GPS a rencontré Ahmed Ould Bah, candidat à la mairie de Tevragh- Zeina, qui a bien voulu lui accorder cet entretien exclusif très intéressant et instructif.

 

« Cette ville est d’abord mienne et je lui dois, à elle et à ses habitants, un engagement réel, pour la correction du cadre de vie général, l’émancipation de sa jeunesse, le réaménagement de l’esthétique urbaine, la réhabilitation d’un certain savoir-vivre…»

 

GPS : Monsieur Ahmed Ould Bah, vous êtes candidat à la mairie de Tevragh Zeina. Présentez-vous aux lecteurs et aux électeurs.

Ahmed Ould Bah : Je m’appelle Ahmed Ould Bah, natif de Tevragh Zeina, universitaire, homme d’affaires, citoyen de ma commune et homme d’idées. Je suis tout pétri aux valeurs de la démocratie vraie, particulièrement enclin à la défense des droits de l’homme, et porté à la promotion d’une société juste, où mes compatriotes et citoyens jouissent du bien-être et de la paix commune. Je cultive l’esprit de partage, m’attache aux valeurs islamiques, et croit fort en cette Mauritanie invincible, condamnée par sa beauté actuelle et par son rayonnement passé à se forger, inexorablement, un futur merveilleux.

GPS : Pouvez-vous nous expliquer ce qui a motivé votre décision à briguer la mairie de Tevragh-Zeina?

Ahmed Ould Bah :Il y a des motivations subtiles, qui sont du ressort de l’âme profonde et qui, pour  s’exprimer, s’appuient sur un faisceau de valeurs, de principes de base, de challenges personnels, d’ambitions spécifiques. Et, si je vous dis que tout cet éventail, fonderait dans son ensemble mon engagement politique pour la mairie de Tevragh Zenia (rires !) ? Certes, j’y suis né. J’y ai grandi. Mais je me suis surtout habité par des desseins majeurs de servir la communauté, de servir les autres et d’apporter, tel que je le peux, et comme je le conçois, mon concours personnel à l’édification de la nation. Je professe, de par mon éducation, des idées de partage et rêve de vivre, et de voir vivre les miens, dans un cadre citoyen moderne, où sont réunies toutes les conditions de bien-être, d’entente générale, de propreté physique et morale. Dans un premier temps, je me dis que le travail municipal constituerait un cadre adapté, pour l’affirmation de mon énergie citoyenne et pour la concrétisation de tous ces rêves, nourris depuis toujours.A Tevragh-Zeina, je suis d’abord chez moi. Et je me sens personnellement concerné, par devoir et par proximité, par les soucis quotidiens, les insuffisances générales, la gestion des affaires communes, les petits blocages, etc.Cette ville est d’abord mienne et je lui dois, à elle et à ses habitants, un engagement réel, pour la correction du cadre de vie général, l’émancipation de sa jeunesse, le réaménagement de l’esthétique urbaine, la réhabilitation d’un certain savoir-vivre et l’organisation, ferme et réfléchie, du mouvement des gens et du trafic routier.Comme vous voyez, je suis donc animé par un gros rêve qui ne sera pas impossible mais qui nous coûtera, à mon équipe municipale et à moi, beaucoup de sacrifice.Nous en sommes conscients mais devons surtout, dans un premier temps, rompre ce rapport négatif, longtemps entretenu entre des populations négligées et des mairies négligentes.

Je suis là pour instaurer la confiance, réhabiliter la dignité du citoyen et promouvoir une approche neuve de la gestion de la cité.

GPS : A en juger de vos grands rêves pour la commune, votre programme électoral, sans doute multidimensionnel, doit être particulièrement dense. Avez-vous la certitude d’y avoir tout prévu et de pouvoir le mettre, une fois élu, en application ?

Ahmed Ould Bah : Je ne saurai m’engager sur un programme que je ne peux exécuter. Cela aurait gravement écorché mon engagement partisan et préjudicié à l’amour que je porte, sincèrement, à Tevragh Zeina et à ses habitants. Bref, notre programme de mandat ressort d’une vision panoramique des affaires de la cité. Il égrène, au problème près, l’ensemble des préoccupations de la ville, aussi bien ce qui touche la vie immédiate des gens que ce qui se rapporte à l’organisation globale des façades urbaines, des voiries, de l’hygiène publique, etc.

Notre programme réserve une place de choix à la jeunesse, considérée comme le gisement des futurs talents et le relève incontournable de l’élite locale. Pour cela, nous comptons poser des passerelles durables de communication et d’écoute. L’idée d’un conseil local de la jeunesse, issu de la mairie, serait à notre avis un beau repère structurel, pouvant être amélioré plus tard, afin d’épouser les contours d’une spécifique mission, axée sur la défense des doléances et préoccupations des jeunes.

En parallèle, nous devons interpeller les pouvoirs publics en constance et servir de relai durable aux voix de nos jeunes. Cet engagement pour la jeunesse s’exprimera aussi sous d’autres angles. Ainsi, à la base, voudrons-nous initier, en collaboration avec les écoles, un accompagnement précoce de nos petits talents, à travers la supervision mutuelle des aptitudes exceptionnelles et des facultés particulières.

La femme constitue une priorité à nos yeux et comptons lui rendre un hommage actif, en l’impliquant davantage dans les affaires de la commune. En fait, nous cherchons à mettre en place un esprit modèle de gestion et d’organisation, où la femme, érigée en symbole de générosité et de compétence, conquiert tous les rouages et s’affirme dans tous les domaines.

L’un de nos grands défis reste la préservation d’un cadre de vie sain où l’immobilier s’élève en symbiose avec l’esthétique du cadre et la propreté de l’espace. Tevragh Zeina se transforme rapidement et requiert une prise en charge conséquente de son esthétique et de sa salubrité. Le pari de la propreté de ville nous interpelle et devance nos priorités. Beaucoup de choses manquent à Tevragh Zeina ; tels que les espaces verts, les jardins d’agrément, les circuits de jogging, les parkings pour les voitures, les piscines municipales, les parcs d’attraction, les parcs zoologiques…. Mais nous savons par où commencer !

L’une de nos plus grandes préoccupations est aussi, et surtout, de pouvoir rouler sûrement à Tevragh Zeina. Il est nécessaire de réfléchir à des solutions durables pour une circulation automobile à la fois fluide, évoluée et civique. Nous sommes pour le confort de l’automobiliste mais aussi, plus que tout, pour sa sécurité et son respect à lui-même. Un travail de profondeur doit être mis en œuvre pour briser la culture du désordre, instaurer « la confiance de la chaussée » entre le chauffeur et l’agent public, entre les usagers et la commune…. Cela se fait par l’équité, la fermeté et l’écoute citoyenne.

D’autres questions, et pas des moindres, accaparent toute notre attention, comme la valorisation de la culture, la promotion du sport, le respect de la diversité et la préservation de la concorde. Nous sommes pour une cité de la diversité et de l’entente.

Notre cité doit rester celle de la diversité harmonieuse, riche de nos couleurs, de nos traditions et de nos mœurs. La qualité de la vie à notre sens dépend aussi de nos capacités de communion, de notre passion du partage et de notre respect imperturbable de la différence et de la pluralité.

Il faut aussi préciser que notre commune abrite des universités, des écoles professionnelles et de nombreux instituts. Elle doit alors, dans la limite de ses vacations, valoriser l’élément humain, suivre l’élite prochaine, se concerter avec les structures d’enseignement et capitaliser de manière étudiée les fruits de l’éducation. Un tel pari nécessite l’engagement continu d’acteurs multiples et le recours constant à des méthodes de programmation, de concertation et d’interaction. C’est notre conviction !

Pour ce qui est du sport, nous comptons pouvoir parrainer plus d’un club dans la cité à l’image du FC Tevragh Zeina qui se maintient toujours dans de belles postures de saison. Nous comptons aussi asseoir, avec le concours des responsables de la jeunesse, les bases d’une activité sportive plurielle. Il faudrait que tous les talents, dans toutes les disciplines, trouvent l’occasion de s’exprimer et soient reconnus. Pour ce faire, nous envisageons l’organisation d’un forum des sports où les participants, issus de Tevragh Zeina, auront à produire, sur tous les sujets, des échanges pertinents.

Nous envisageons aussi d’initier et de faire appliquer une stratégie de lutte contre la mendicité. Aussi, pensons-nous organiser un recensement méthodique des foyers de pauvreté et dresser, si possible, une liste nominative des personnes éligibles à l’assistance sociale. Cela facilitera l’organisation de campagnes d’aide, de distribution de vivres et d’assistance générale aux personnes démunies.

Voici donc les grandes lignes de notre programme. Le programme détaillé est disponible dans notre siège et sur notre page Facebook.

GPS : Et votre campagne ? Comment est-ce que vous la menez ?

Ahmed Ould Bah : Elle battait son plein. Aujourd’hui, nous abordons la ligne de sprint. Nous estimons avoir répondu aux attentes de nos électeurs par des échanges directs, transparents et sincères.

Nous avons organisé durant cette campagne des soirées électorales à notre siège en face de l’hôtel Monotel Tfeila, où nous avons expliqué à nos membres et sympathisants notre programme. Par notre discours politique, nous avons drainé de nouveaux sympathisants qui adhèrent à notre discours et à notre programme.

En parallèle, nous procédons à un travail de terrain qui consiste à faire le porte-à-porte et qui s’avère extrêmement bénéfique. Une jeunesse enthousiaste et engagée grossit chaque jour nos rangs, et nous permet d’envisager le scrutin du 1er septembre avec beaucoup de sérénité.

GPS : Etes-vous confiant ?

Ahmed Ould Bah :Tout à fait confiant ! Sinon j’aurais jeté le manche et jeté la cognée (rires). J’ai surtout confiance en la maturité de nos électeurs, et je suis rassuré quant à l’effet de notre programme, fédérateur et convaincant.

Mon énergie est aujourd’hui focalisée sur les rencontres, les meetings, les débats et le travail de terrain. Je veux rester efficace !

Je lance un appel aux électeurs pour voter en faveur du fils de Tevragh Zeina, qui y va avec le cœur, muni de sa confiance en eux, et motivé par l’idée d’une commune, fondée sur la sincérité, le plaisir de servir et l’amour du citoyen.

Entretien réalisé par gps.mr

 

 

Côte d’Ivoire: «Simone Gbagbo ne peut pas symboliser le renouveau du FPI»

L'ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo, condamnée à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'Etat, a été libérée ce mercredi. Deux jours après l'amnistie proclamée par le président Alassane Ouattara pour favoriser la réconciliation en Côte d'Ivoire, elle a pu regagner sa résidence du quartier de Cocody à Abidjan. Un millier de sympathisants en liesse l'y attendait. Mais Simone Gbagbo est loin de faire l'unanimité dans le pays, selon Thomas Hofnung, journaliste pour le site «The conversation» et auteur de plusieurs ouvrages, dont « La Crise en Côte d'Ivoire » et « Le scandale des biens mal acquis ».

RFI: Thomas Hofnung, quelle image les Ivoiriens ont actuellement de Simone Gbagbo ?

Thomas Hofnung: Il y a une partie de la population qui l’admire et une autre qui la craint. Sa personne reflète un peu les divisions de ce pays, de la Côte d’Ivoire. Elle a été accueillie dans la liesse par une partie de ses partisans mais il faut se souvenir qu’à l’époque où son mari Laurent Gbagbo dirigeait la Côte d’Ivoire, de 2000 à 2010, elle était très redoutée par une partie de la population et on lui prêtait même une influence quasi maléfique sur son mari.

Est-ce que c'est une influence qu’elle a réellement eue sur son mari ?

C’est difficile à savoir, c’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’analyses contradictoires sur le rôle qu’elle a joué exactement durant les deux mandats de Laurent Gbagbo mais, ce qui est sûr, c’est qu’elle avait une influence politique importante sur le parti, sur le Front populaire ivoirien, puisqu’elle l’a dirigé. Et aussi, il faut se souvenir que quand Laurent Gbagbo était en exil en France dans les années 80, c’est Simone Gbagbo qui «tenait la baraque». Politiquement, elle a eu un rôle très important. Une fois que Laurent Gbagbo a été élu président, on a entendu des choses un peu contradictoires sur le rôle exact joué par Simone Gbagbo.

Alors que va faire Simone Gbagbo désormais ? Va-t-elle rebondir en politique ?

Très honnêtement, j’aurais tendance à dire, au jour d’aujourd’hui, que l’eau a coulé sous les ponts et qu’elle ne retrouvera sans doute pas le rôle d’influence importante et les pouvoirs prépondérants qu’elle avait sur le parti. Dans le sens où il y a sept années qui se sont écoulées, il y a Pascal Affi N’Guessan qui dirige le FPI, et le FPI est très divisé. Peut-être qu’elle va prendre la tête, qu’elle va redevenir la figure de proue de l’aile la plus dure, la plus «radicale»’ du FPI, mais elle ne peut pas symboliser le renouveau du Front populaire ivoirien, ni un renouveau tout simplement de la politique ivoirienne. Je pense qu’elle aura sans doute un rôle moral important mais dans la politique quotidienne, je n’en suis pas sûr.

Source : RFI

 

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans "le monde arabe"

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans Dans son récent ouvrage, "Géopolitique des mondes arabes", Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (l’Institut des relations internationales et stratégiques), analyse en 40 fiches illustrées les rapports de force dans ce qui est communément appelé "le monde arabe".

Le politologue réfute la notion d’un monde arabe uni et propose une grille de lecture contrastée d’une région qui s’étend de la Mauritanie, le long de l’Atlantique à Oman, sur l’Océan indien.

Les Etats-Unis ont ouvert, le 14 mai, leur ambassade à Jérusalem. Quel signal cette décision américaine envoie-t-elle à la région?

Nous savons que le statut de Jérusalem est extrêmement délicat pour les trois grandes religions monothéistes. En prenant cette décision unilatérale, le président des Etats-Unis Donald Trump foule totalement au pied le droit international et toute idée de multilatéralisme. Cette décision exprime la volonté du plus fort, au mépris des Palestiniens, ceux-ci étant par ailleurs incapables de s’entendre au vu de la désunion qui existe entre l’autorité palestinienne et le Hamas. Cette décision de choisir Jérusalem comme capitale d’Israël par les Etats-Unis est à mettre en corrélation avec l’avancée irrépressible du mouvement de colonisation des Israéliens sur des terres palestiniennes, mouvement qui rend de plus en plus difficile les perspectives de la création d’un État palestinien souverain et viable.

Autre dossier d’actualité, celui du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Quelles peuvent en être les répercussions?

M. Trump suit une logique similaire: il se contrefout du droit international, de ce qui régit difficilement les accords entre les différents états constituant l’échiquier international. La seule chose que je puisse souhaiter, c’est que les autres États qui avaient signé l’accord avec les Iraniens trouvent, dans les meilleurs délais, des solutions de contre-feu par rapport à la décision de M. Trump. Il n’y a aucune raison à ce que nous acceptions les décisions unilatérales de M. Trump. Si nous n’y parvenons pas, nous, les Européens, avec les Chinois, avec les Russes, et avec bien d’autres, alors les règles du droit international se dissoudront pour quelque temps et seul comptera la loi du plus fort.

Y a-t-il, suite à ces deux décisions, des risques d’embrasement dans la région?

Nous avons vu, il y a quelques semaines, des bombardements iraniens sur des positions israéliennes, mais surtout des bombardements israéliens sur des positions iraniennes en Syrie. Je ne crois pas que cela va se généraliser, car Israéliens et Iraniens et leurs alliés savent jusqu’où ne pas aller. Je n’ai pas de certitude absolue, car la situation est tellement délétère et volatile que tout peut déraper très rapidement. Malheureusement, il y a quelques pousses au crime, Donald Trump étant le premier d’entre eux. À moins que ce ne soit Benjamin Netanyahu. Pour le coup, Netanyahu et Trump sont strictement sur la même longueur d’ondes sur les deux dossiers que l’on vient d’évoquer. Je ne sais pas quel est celui qui conseille l’autre.

Quel est le rôle de l’Iran aujourd’hui?

L’Iran est et restera incontournable, car c’est un grand pays de plus de 80 millions d’habitants, qui a une longue histoire, qui a une place géostratégique d’une importance considérable, et qui a parfaitement conscience de son rôle et de sa puissance potentielle. Pour autant, est-ce une menace? De mon point de vue, non. C’est un pays qui veut étendre son influence, mais ce n’est pas un pays qui veut exporter son régime. Beaucoup d’analystes sont encore à raisonner sur l’Iran comme ils auraient pu le faire au début de la révolution iranienne. Il est vrai que Khomeini, en son temps, avait eu des discours enflammés en disant qu’il voulait exporter la révolution islamique dans toute la région. Mais il est mort depuis longtemps. En réalité, il n’y a plus de volonté d’exportation de la révolution islamique depuis 1980, très précisément depuis la tentative d’invasion de l’Iran par l’Irak.

Le 12 mai, les élections législatives en Irak ont sanctionné le parti du Premier ministre sortant Haider al-Abadi, donnant la victoire à deux nouvelles alliances. Qu’en déduisez-vous?

L’Irak est une société très décomposée, atomisée et, malheureusement, les citoyens n’ont plus guère confiance en une bonne partie des dirigeants. Ceux qui ont voté ont visiblement reporté leur vote vers des partis qui n’ont pas eu de responsabilité gouvernementale directe au cours des dernières années. Ce qui est très intéressant, c’est l’alliance entre le vainqueur Moqtada Al-Sadr et le parti communiste irakien, qui indique la volonté non seulement de favoriser les plus pauvres, mais aussi de transcender les divisions communautaires et religieuses qui existent en Irak. S’ils parviennent à cela, ce sera une bonne nouvelle.

Qui est Moqtada Al-Sadr, qui sort victorieux du scrutin?

Moktada Al-Sadr est un chiite assumé, à la fois très proche de l’Iran pour des raisons théologiques, mais qui incarne aussi le nationalisme irakien. Ce n’est pas quelqu’un qui fera allégeance à l’Iran. C’est l’homme de 44 ans qui a toujours lutté contre l’occupation des Etats-Unis et qui se pare d’une sagesse théologique, ce qui compte beaucoup dans la perception des citoyens irakiens. C’est aussi un homme qui est issu d’une très grande famille. Son père était un opposant qui avait été assassiné par Saddam Hussein.

Le titre de votre livre fait référence aux "mondes arabes", au pluriel. Pourquoi?

Par commodité de langage, les uns et les autres parlent encore du monde arabe, mais c’est un mythe. Le monde arabe n’existe plus. Je reconnais qu’il y a un sentiment d’arabité qui traverse les 21 pays de la Ligue des États arabes. Mais ce sentiment d’arabité est très subjectif et difficile à définir scientifiquement. D’un point de vue géopolitique, il n’y a pas de monde arabe au singulier, il y a des mondes arabes. Entre le pays le plus riche de la Ligue arabe, le Qatar, et le plus pauvre, le Yémen, l’hétérogénéité de développement est abyssale. Deuxième chose, il n’y a pas de logique de solidarité entre ces pays. C’est la règle du chacun pour soi. En réalité, chaque état constituant les mondes arabes défend ses propres intérêts nationaux. On voit bien que la Ligue des États arabes, qui a été constituée en 1945, n’est pas un organisme susceptible de défendre les intérêts des États arabes. On le voit dans les jeux d’alliances et de contre-alliances. Par exemple, l’Arabie saoudite impose un blocus au Qatar, et pourtant ce sont deux états voisins où la religion majoritaire est identique. Je pourrais évoquer la guerre de l’Arabie saoudite contre le Yémen, les rivalités vives entre le Maroc et l’Algérie. Nous avons encore en tête de vieux schémas qui datent de la période qui suit les indépendances arabes, dans les années 50 et 60. À ce moment-là de l’histoire, il y avait, en effet, une profonde aspiration à l’unité du monde arabe, portée par le parti Baas et par le chef d’état égyptien Gamal Abdel Nasser, qui incarnait cette unité. Mais Nasser est mort en 1970. Ceux qui continuent à parler de monde arabe au singulier le font par habitude ou par incompétence.

Vous dites aussi que l’opposition systématique entre Sunnites et Chiites est obsolète?

Le facteur religieux n’est pas le facteur explicatif de tous les maux de la région, même s’il ne faut pas le négliger. L’opposition entre l’Arabie saoudite et l’Iran est présentée comme l’opposition irréductible entre Sunnisme et Chiisme. Je n’y crois pas une seconde. Je pense qu’il y a des oppositions fortes car l’Iran veut s’affirmer comme une puissance régionale influente et les Saoudiens veulent faire la même chose. L’opposition sunnisme contre chiisme est instrumentalisée au service d’intérêts géopolitiques. C’est un vernis que l’on met sur des questions politiques classiques. Regardez, il y a une crise aiguë entre l’Arabie saoudite et le Qatar. Pourtant, ce sont deux pays sunnites et wahhabites. Par contre, entre le Hezbollah libanais chiite et le Hamas palestinien sunnite les relations sont très bonnes. On pourrait multiplier les exemples.

Quel est le rôle de l’Occident dans les équilibres de la région?

Il faut prendre en compte la totalité des facteurs: religieux, économiques, politiques et extérieurs. La Syrie est un exemple absolument tragique de l’influence néfaste des puissances extérieures, notamment occidentales. La politique des Occidentaux a concouru à aggraver la crise syrienne. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne se sont mis, dans un premier temps, du côté de ce que l’on a appelé les rebelles pour virer Bachar el-Assad. Nous n’avions pas, nous, Occidentaux, me semble-t-il, à prendre parti pour l’un ou l’autre. Notre propos aurait dû se tenir à essayer de parvenir à une solution politique. Je vais plus loin. Je pense que la première puissance internationale, les Etats-Unis, a largement concouru à accroître le désordre dans la région. La guerre unilatérale de George Bush contre l’Irak à partir de 2003 a mis non seulement l’Irak, mais aussi une partie des États de la région à feu et à sang. Les décisions de Donald Trump sur Jérusalem et sur l’Iran risquent d’envenimer les tensions. J’espère que les États arabes parviendront, dans les meilleurs délais, à défendre leurs propres intérêts en fonction de leurs intérêts nationaux et non pas seulement en fonction de ceux des états occidentaux.

Stéphanie Fontenoy
Source : L'Echo (Belgique)

 

 

France-Rwanda : un ancien officier brise l’omerta malgré « des menaces émanant de services de l’État »

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sort en librairie le 16 mars, l'ancien officier français Guillaume Ancel lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies : l'opération Turquoise menée en plein génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994.

« C’est se moquer des Français que de leur mentir sur la nature d’une opération qui a été menée en leur nom. Et c’est tout aussi indécent, vis-à-vis du million de victimes du génocide, d’occulter le rôle inquiétant que la France y a joué. En taisant cette réalité, on s’autorise à ce qu’une telle horreur puisse se répéter. » Longtemps, Guillaume Ancel fut un spécialiste du guidage au sol des frappes aériennes. Ancien TACP (prononcer : « TacPi », pour Tactical Air Control Party Specialist), ce lieutenant-colonel diplômé de Saint-Cyr guidait les avions de chasse de l’armée française vers leur cible, sur différents terrains d’opération.

Depuis quelques années, revenu à la vie civile, il est passé aux « frappes littéraires ». Dans Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres), qui sort en librairie le 16 mars, cet ancien artilleur lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies. En mai 2017, déjà, il décryptait, chez le même éditeur, les manquements de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie, à travers un récit décapant : Vent glacial sur Sarajevo.

A la veille de la sortie de son ouvrage sur l’opération Turquoise, basé sur un témoignage dont Jeune Afrique a rendu compte dès 2014, Guillaume Ancel revient sur la culture du secret au sein de la Grande Muette, et sur le paravent humanitaire déployé autour d’une intervention militaire politiquement sensible.

Jeune Afrique : À quel moment avez-vous pris conscience des dissonances entre la version officielle française sur l’opération Turquoise et votre propre expérience sur le terrain ?

Guillaume Ancel : Comme je le raconte dans mon livre, l’ordre d’opération préparatoire que j’ai reçu dès mon arrivée sur place ne correspondait pas à l’opération humanitaire que les médias présentaient vers la fin juin 1994. Il s’agissait en réalité d’une opération de guerre classique, visant à remettre au pouvoir le gouvernement rwandais, alors en difficulté. Quand on déploie sur le terrain des avions de chasse et les meilleures unités de la Force d’action rapide, c’est rarement pour une mission humanitaire.

Les forces gouvernementales ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres

Ce que j’ai trouvé le plus gênant, c’est de constater que les forces gouvernementales – les militaires des ex-Forces armées rwandaises [FAR], les gendarmes, les miliciens hutus – ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres. Bien sûr, ils s’abstenaient de les commettre sous nos yeux, mais à aucun moment ils ne niaient avoir exterminé les Tutsis.

Comment l’armée française s’est-elle comportée vis-à-vis des forces gouvernementales ?

Avec une certaine bienveillance. Lorsque nous avons été amenés à créer une zone humanitaire sûre [ZHS], son effet consistait clairement à protéger leur fuite devant l’avancée du FPR [Front patriotique rwandais, la rébellion essentiellement tutsie commandée par Paul Kagame]. Au passage, on les a laissées organiser l’exode de la population vers l’ex-Zaïre, ce qui s’est traduit par une crise humanitaire dont le bilan s’est chiffré à près de 100 000 morts.

Durant la seconde quinzaine de juillet, dans un camp de réfugiés au Zaïre, j’ai par ailleurs assisté à une livraison d’armes par la France à ces mêmes forces gouvernementales, alors qu’on savait pertinemment qu’elles avaient commis le génocide.

Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité

Comment vos compagnons d’armes ressentaient-ils cette situation ? En parliez-vous entre vous ?

J’ai ressenti chez eux un profond malaise. Mais comme souvent dans l’armée, quand on est gêné par un sujet on s’abstient d’en parler. Je relate par exemple une discussion que j’ai eue avec un officier français qui avait été, par le passé, le conseiller militaire du gouvernement rwandais. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait perçu des signes préparatoires du génocide, il s’est fermé comme une huître. J’ai bien senti qu’il ne fallait pas mettre ce sujet sur la table. Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité.

De nombreux militaires de Turquoise n’avaient jamais servi au Rwanda entre 1990 et 1993. Se sentaient-ils plus libres d’exprimer leur malaise ?

J’ai perçu une différence d’approche entre, d’un côté, certains camarades qui avaient soutenu les forces armées rwandaises durant cette période et qui ne comprenaient pas pourquoi on ne recommençait pas ; et, de l’autre, des militaires qui faisaient preuve de plus de discernement et qui leur rétorquaient que les choses avaient changé. Car entre-temps, l’armée rwandaise avait directement participé à un génocide.

Avez-vous un exemple précis d’une confrontation entre ces deux camps ?

Cela s’est manifesté, par exemple, quand nous avons dû parler du désarmement des forces hutues. Nous avions installé une zone humanitaire sûre, donc la question se posait avec acuité. Or, on sentait bien qu’une décision avait été prise en haut lieu et qu’il ne fallait surtout par désarmer les FAR.

Il y avait une ambiguïté permanente entre notre mission officielle et une mission occulte, non assumée

Nos supérieurs nous expliquaient alors que cela serait pris par les militaires rwandais – qui étaient beaucoup plus nombreux que nous – comme une forme de défiance. Donc il ne fallait pas prendre le risque de les contrarier. Comme si un soldat armé était moins dangereux qu’un soldat désarmé !

Des tensions se sont manifestées du fait de cette ambiguïté permanente entre notre mission officielle – protéger les personnes menacées – et une mission occulte, non assumée, visant à soutenir jusqu’au bout les forces gouvernementales à l’origine du génocide.

Après le Rwanda, il vous faudra vingt ans avant de vous exprimer publiquement. Votre expérience à Sarajevo semble avoir représenté un premier déclic…

Là aussi, en ex-Yougoslavie, nous étions censés intervenir dans le cadre d’une mission humanitaire pour empêcher les canons serbes de tirer sur la ville. Mais la réalité, c’est que notre commandement nous a empêchés de nous en prendre aux agresseurs. Nous avons donc assisté au massacre de Srebrenica avec l’interdiction de nous interposer.

Avec les légionnaires qui m’entouraient, dont certains avaient, eux aussi, fait le Rwanda, nous en ressentions de la colère : accepter, au nom de la France, de mener des missions qui s’avèrent indécentes.

En 1998, vous envisagez de témoigner devant la Mission parlementaire d’information sur le rôle de la France au Rwanda…

Naïvement, j’ai alors fait savoir à mon commandement que je voulais expliquer aux parlementaires le malaise que nous avions ressenti pendant Turquoise. Le cabinet du ministre de la Défense de l’époque m’a alors envoyé une émissaire qui m’a dit, en substance : « D’abord, ce n’est pas à vous de décider si vous témoignerez devant les parlementaires. Et même si le ministre devait donner son accord, c’est lui qui déciderait de ce que vous devez leur dire. » On m’a donc clairement fait comprendre que les militaires français n’avaient pas à raconter la vérité devant les élus de la nation…

A quel moment avez-vous décidé de passer outre ?

En 2012, sept ans après avoir quitté l’armée, je me suis trouvé en phase de transition professionnelle, ce qui m’a laissé le temps d’écrire un roman tiré de mon expérience au Rwanda. Début 2014, à quelques semaines de la 20e commémoration du génocide,  j’ai été invité à un colloque destiné à faire le point sur le rôle de la France au Rwanda, réunissant diplomates, historiens, hommes politiques, juristes… Il était organisé par un grand parti français et présidé par un homme politique qui avait participé très activement à la Mission parlementaire d’information, en 1998 – je ne peux donner davantage de précisions car cet événement faisait l’objet de règles de confidentialité. [Organisé par le parti socialiste, le colloque était présidé par un ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, Paul Quilès, par ailleurs ancien président de la Mission parlementaire sur le Rwanda.]

Lorsque j’ai livré mon témoignage, j’ai vu, aux quarante mâchoires qui se décrochaient autour de la table, que mon témoignage n’arrangeait pas du tout la plupart des participants.

Comment ont-ils réagi ?

Le président du colloque s’est levé, il a pointé son index dans ma direction et m’a dit d’un ton comminatoire : « Je vous demande de ne pas témoigner sur ce sujet car vous risqueriez de créer de la confusion quant à l’image que se font les Français du rôle qu’a joué leur pays dans le génocide du Rwanda ! » C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais bien trop attendu et que mon témoignage aurait dû être mis sur la place publique depuis longtemps.

« Les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner »

À partir d’avril 2014, vous allez donc témoigner dans plusieurs médias ou lors de conférences. Pourquoi ce livre, quatre ans plus tard ?

Parce que j’ai  constaté que ces témoignages oraux n’étaient pas suffisants. Avec Rwanda, la fin du silence, je voulais être sûr que mon témoignage serait intégralement retranscrit et qu’il ne serait plus jamais effaçable.

En agissant ainsi, vous avez rompu l’omerta qu’on vous intimait l’ordre de respecter. À quelles réactions avez-vous été confronté ?

Du côté de mes compagnons d’armes, la plupart restent emmurés dans la culture du silence propre à l’armée française. Ils n’ont donc réagi ni positivement ni négativement, mais j’imagine que beaucoup ont été choqués que je rompe cette servitude institutionnalisée qui est pourtant, selon moi, en totale contradiction avec l’exigence démocratique d’une société comme la nôtre.

D’autres militaires, qui ont quitté l’armée, ont répandu publiquement, notamment dans des livres, la fable officielle d’une opération Turquoise humanitaire. Lorsque j’ai livré ma version, ils se sont retrouvés en porte-à-faux et ont cherché à me discréditer. Enfin, les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner.

Y compris en vous menaçant ?

Ils ont exercé sur moi, via des intermédiaires, des pressions d’un autre âge. J’ai, par exemple, été menacé dans mon boulot en des termes qui rappelaient étrangement ceux prononcés par le président du colloque que j’évoquais précédemment. Si je n’avais pas bénéficié du soutien de réseaux soucieux de la transparence démocratique, il est clair que j’aurais alors perdu mon emploi.

J’ai aussi été menacé par quelqu’un qui m’a été envoyé par un ancien lieutenant-colonel de la Légion étrangère, qui est intervenu au Rwanda – l’un des défenseurs du “village Potemkine” que je viens de mentionner. Cette fois, il s’agissait de menaces physiques. Enfin, j’ai reçu des menaces très claires émanant de services de l’État, que je préfère ne pas détailler.

Le silence devient amnésie

Avez-vous violé l’obligation de réserve ou le secret-défense en livrant ainsi votre récit ?

Lorsqu’on a eu accès à des informations ou qu’on a participé à des interventions classifiées, le fait de quitter l’armée ne change rien à l’obligation de confidentialité, qui continue de s’exercer. Ce qui veut dire que si l’opération Turquoise avait été classifiée « secret défense » ou « très secret défense », je ne pourrais pas en parler aujourd’hui sous peine de commettre un délit, voire un crime.

Le problème, c’est qu’en alimentant cette fable d’une opération humanitaire, les autorités de l’époque ont oublié de classifier toute une partie de cette opération. C’est ce qui me donne la possibilité légale d’en parler sans trahir un secret.

Pourquoi, dans ce cas, êtes-vous le seul à oser le faire ?

L’un de mes camarades, qui appartenait à l’armée de l’air, a voulu s’exprimer, en appui de mon témoignage, sur les opérations qu’il a menées en coordination avec moi durant Turquoise. Mais il a été rattrapé par l’armée de l’air. On lui a assuré que toutes les opérations aériennes étaient désormais classifiées confidentiel défense, y compris rétroactivement, et que par conséquent il ne pouvait en parler sans une autorisation du ministre de la Défense. Y compris quand un juge français l’a convoqué pour l’auditionner dans une procédure relative à l’opération Turquoise. En contrepartie, il a été assuré de périodes de réserve dont il avait financièrement besoin. C’est en procédant ainsi que le silence devient amnésie…

Source : jeuneafrique.com