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Ockrent : « Le meurtre de Jamal Khashoggi porte la marque de MBS »

Christine Ockrent ©  DRINTERVIEW. Auteure d'une enquête sur le prince héritier d'Arabie saoudite, la journaliste Christine Ockrent décrypte ses méthodes radicales.

Propos recueillis par Armin Arefi

Depuis le 7 octobre et l'annonce par la police turque du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, pas un jour ne passe sans que des détails sordides fuitent dans la presse, accentuant la pression sur Riyad, et son nouvel homme fort : le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce mercredi, c'est le quotidien turc Yeni Safak qui affirme avoir eu accès à un enregistrement sonore révélant que le collaborateur du Washington Post a été torturé avant d'être « décapité » dans l'enceinte diplomatique saoudienne, tandis que le New York Times indique que des proches de MBS seraient liés à ce qui semble aujourd'hui être un assassinat. La journaliste Christine Ockrent vient de publier Le Prince mystère de l'Arabie (Éditions Robert Laffont). Elle explique au Point pourquoi Jamal Khashoggi était si dérangeant pour MBS. Entretien.

Le Point : Pensez-vous que le meurtre probable de l'opposant saoudien Jamal Khashoggi porte la marque du prince héritier, Mohammed ben Salmane ?

Christine Ockrent : Oui. Pour plusieurs raisons. Tout d'abord par ce que l'on sait de son tempérament. Mohammed ben Salmane est un garçon qui a maintenant 33 ans, qui a très peu voyagé, et qui n'est pas l'aîné des fils du roi Salmane, mais le préféré. Contrairement à ses frères, il n'a pas fait ses études ni aux États-Unis, ni en Grande-Bretagne, mais à Riyad. Il y a étudié le droit, ce qui signifie qu'il s'est penché sur l'étude du Coran, car on oublie toujours que l'éducation en Arabie saoudite est entièrement aux mains des religieux. Par ailleurs, on sait que MBS est un homme dont ses familiers et certains visiteurs, non pas du soir mais de la nuit – car il vit la nuit –, évoquent avec plus ou moins de précaution le tempérament impétueux, sinon violent, ainsi que ses emportements : des manifestations d'impatience, y compris physiques.

Il est souvent décrit comme le « prince tout-puissant »…

Il bénéficie en effet d'une concentration des pouvoirs tout à fait exceptionnelle dans ce système jusqu'à présent très opaque où, au niveau supérieur, tous les rois se transmettaient le « sceptre », si j'ose dire, de frère en frère. Or, l'actuel roi Salmane, qui a aujourd'hui 83 ans, a brisé ce système, dit adelphique, pour instaurer une monarchie héréditaire. MBS est donc le premier petit-fils du roi fondateur (Ibn Séoud, NDLR) arrivé aux marches du trône. Ses pouvoirs vont du ministère de la Défense jusqu'à la supervision de l'économie et de la compagnie nationale de pétrole (Aramco), en passant, bien évidemment, par tout l'appareillage des services et des systèmes de surveillance et d'information. Enfin, le pouvoir a compris l'usage qu'il pouvait faire des réseaux sociaux, en sachant que les Saoudiens demeurent, contre toute attente, parmi les plus connectés au monde. Le prince, qui est un homme de cette (jeune) génération, a créé une sorte de direction de la communication, qui n'existait absolument pas auparavant et qui a le souci de construire une image.

Celle-ci n'est-elle pas aujourd'hui écornée ?

C'est le troisième volet de ce personnage : l'extraordinaire personnalisation du pouvoir qui accompagne cette concentration. Cela se voit, par exemple, à Riyad, où vous apercevez d'énormes portraits du roi Salmane, bien sûr, mais aussi de son fils Mohammed. Ceci est nouveau. Auparavant, les luttes d'influence au sein du pouvoir étaient à la fois beaucoup plus lentes, car il s'agissait de vieillards cacochymes, et beaucoup plus souterraines, parce que tout le jeu, depuis le pacte fondateur conclu au XVIIIe siècle entre le prédicateur Mohammed ben Abdelwahhab et la famille Al Saoud, était de composer entre le pouvoir « séculier » et les religieux. À chaque grosse crise, le régime avait pour habitude de mettre en prison mais aussi de coopter, de récompenser et de promettre aux religieux ultraconservateurs des prébendes. Or, tout à coup, MBS a rendu public un mode de fonctionnement d'une brutalité nouvelle. Cette personnalisation consiste à dire que toutes les réformes, qui nous semblent en Occident aller dans le sens d'une ouverture de cette société complètement ankylosée, c'est MBS, et seulement MBS. Pas l'Occident, ni les ONG, ni les Saoudiens progressistes, qu'il met en prison à tour de bras depuis un an, en compagnie des oulémas ultraconservateurs. MBS montre tout de suite les muscles et dit : « C'est moi le patron. » C'est lui qui, « dans son immense clairvoyance et générosité », doit permettre toutes ces réformes qui vont faire entrer les jeunes Saoudiens, enfin, dans le XXIe siècle.

Jamal Khashoggi était-il un opposant saoudien comme les autres ?

Jamal Khashoggi est issu d'une grande famille de Djeddah. Son grand-père était le médecin personnel du grand-père de MBS, le roi Ibn Séoud. Il était dérangeant parce qu'il connaît le système de l'intérieur. Il a lui-même travaillé au cœur du réacteur. Il a été journaliste assez jeune, directeur du quotidien saoudien El Watan à deux reprises. Cela est lourd de sens, dans un pays qui demeure avant-dernier en termes de liberté de la presse. Jamal Khashoggi a surtout été un très proche conseiller de l'un des princes éliminés par MBS dans sa course au pouvoir : Tourki al-Fayçal, qui a été pendant 22 ans patron des services de renseignements saoudiens. Il était son conseiller et a suivi le prince Tourki lorsque celui-ci est devenu ambassadeur à Londres, puis à Washington. C'est dans la capitale fédérale américaine que Khashoggi s'achète à l'époque un appartement. Le journaliste était également un proche d'Al-Walid ben Talal, le richissime prince qui a été emprisonné au Ritz Carlton (lorsque des dizaines de princes et d'hommes d'affaires saoudiens ont été retenus pour corruption en 2017, NDLR). Et il y a un an et demi, Jamal Khashoggi a vu un grand nombre de ses amis emprisonnés, car soupçonnés de sympathie pour l'organisation des Frères musulmans (considérée comme terroriste en Arabie saoudite depuis 2004, NDLR).

Jamal Khashoggi était-il lui-même un Frère musulman ?

Oui, c'est un Frère musulman, et il ne s'est jamais caché de cette obédience. Jusqu'ici, les Frères musulmans étaient très présents dans l'appareillage économique et politique de l'Arabie saoudite, depuis qu'ils avaient été chassés d'Égypte par Nasser dans les années 1950. Sentant ce raidissement du pouvoir ultra-personnalisé de MBS, Jamal Khashoggi a préféré se mettre à l'abri. De lui-même, il décide alors de s'exiler aux États-Unis. Très vite, il devient un habitué des chaînes de télévision et obtient cette collaboration avec le Washington Post. Aux États-Unis, qui considèrent l'Arabie saoudite comme un partenaire crucial pour l'industrie d'armement américaine, Khashoggi apporte aux médias américains à Washington, au cœur du pouvoir, des clés de compréhension, de description, d'analyse, de ce système jusque-là parfaitement opaque, et cela, dans une ville où l'Arabie saoudite paie des millions des sociétés de relations publiques pour construire l'image de MBS.

En quoi Jamal Khashoggi était-il dérangeant ?

Jamal Khashoggi est plus qu'un journaliste. C'est encore une fois quelqu'un qui a une épaisseur politique au sens saoudien du terme. Ce qui m'a interpellée, c'est qu'il continuait à dire du bien du prince Tourki, et prenait le contrepoint de MBS, en particulier de sa vision idyllique de l'Arabe saoudite d'avant les années 1970 (où l'islam était, selon lui, « modéré », NDLR). Kashoggi lui répondait qu'il était jeune à cette époque et que tout ce discours était du révisionnisme historique. Il critiquait de plus en plus ouvertement les méthodes de MBS. Il applaudissait les réformes annoncées par le prince héritier, mais jugeait ses méthodes indignes. Pour lui, ce n'était pas ainsi que l'Arabie saoudite pouvait évoluer. Dans ses écrits, il dénonçait les emprisonnements massifs et la brutalité du prince.

Ces méthodes ont-elles eu raison de lui ?

Ces méthodes ont empiré par rapport à ce que l'on en connaissait jusque-là : les emprisonnements tous azimuts, les pressions faites dans les cercles saoudiens à l'étranger. J'ai été moi-même très frappée par la peur ressentie par les gens. À Paris, Londres ou Riyad, ils ne veulent pas être cités, car ils craignent des représailles. Pour eux et leur famille. On voit ces méthodes à l'œuvre en Chine. On les a vues en Union soviétique. Cela illustre cette brutalité croissante des méthodes de MBS jusqu'à cet épisode granguignolesque de Khashoggi.

Source : Le Point.fr (France)

 

Entretien avec Ahmed Ould BAH, Candidat à la mairie de Tevragh Zena

Dans le cadre de la campagne électorale pour les élections municipales, GPS a rencontré Ahmed Ould Bah, candidat à la mairie de Tevragh- Zeina, qui a bien voulu lui accorder cet entretien exclusif très intéressant et instructif.

 

« Cette ville est d’abord mienne et je lui dois, à elle et à ses habitants, un engagement réel, pour la correction du cadre de vie général, l’émancipation de sa jeunesse, le réaménagement de l’esthétique urbaine, la réhabilitation d’un certain savoir-vivre…»

 

GPS : Monsieur Ahmed Ould Bah, vous êtes candidat à la mairie de Tevragh Zeina. Présentez-vous aux lecteurs et aux électeurs.

Ahmed Ould Bah : Je m’appelle Ahmed Ould Bah, natif de Tevragh Zeina, universitaire, homme d’affaires, citoyen de ma commune et homme d’idées. Je suis tout pétri aux valeurs de la démocratie vraie, particulièrement enclin à la défense des droits de l’homme, et porté à la promotion d’une société juste, où mes compatriotes et citoyens jouissent du bien-être et de la paix commune. Je cultive l’esprit de partage, m’attache aux valeurs islamiques, et croit fort en cette Mauritanie invincible, condamnée par sa beauté actuelle et par son rayonnement passé à se forger, inexorablement, un futur merveilleux.

GPS : Pouvez-vous nous expliquer ce qui a motivé votre décision à briguer la mairie de Tevragh-Zeina?

Ahmed Ould Bah :Il y a des motivations subtiles, qui sont du ressort de l’âme profonde et qui, pour  s’exprimer, s’appuient sur un faisceau de valeurs, de principes de base, de challenges personnels, d’ambitions spécifiques. Et, si je vous dis que tout cet éventail, fonderait dans son ensemble mon engagement politique pour la mairie de Tevragh Zenia (rires !) ? Certes, j’y suis né. J’y ai grandi. Mais je me suis surtout habité par des desseins majeurs de servir la communauté, de servir les autres et d’apporter, tel que je le peux, et comme je le conçois, mon concours personnel à l’édification de la nation. Je professe, de par mon éducation, des idées de partage et rêve de vivre, et de voir vivre les miens, dans un cadre citoyen moderne, où sont réunies toutes les conditions de bien-être, d’entente générale, de propreté physique et morale. Dans un premier temps, je me dis que le travail municipal constituerait un cadre adapté, pour l’affirmation de mon énergie citoyenne et pour la concrétisation de tous ces rêves, nourris depuis toujours.A Tevragh-Zeina, je suis d’abord chez moi. Et je me sens personnellement concerné, par devoir et par proximité, par les soucis quotidiens, les insuffisances générales, la gestion des affaires communes, les petits blocages, etc.Cette ville est d’abord mienne et je lui dois, à elle et à ses habitants, un engagement réel, pour la correction du cadre de vie général, l’émancipation de sa jeunesse, le réaménagement de l’esthétique urbaine, la réhabilitation d’un certain savoir-vivre et l’organisation, ferme et réfléchie, du mouvement des gens et du trafic routier.Comme vous voyez, je suis donc animé par un gros rêve qui ne sera pas impossible mais qui nous coûtera, à mon équipe municipale et à moi, beaucoup de sacrifice.Nous en sommes conscients mais devons surtout, dans un premier temps, rompre ce rapport négatif, longtemps entretenu entre des populations négligées et des mairies négligentes.

Je suis là pour instaurer la confiance, réhabiliter la dignité du citoyen et promouvoir une approche neuve de la gestion de la cité.

GPS : A en juger de vos grands rêves pour la commune, votre programme électoral, sans doute multidimensionnel, doit être particulièrement dense. Avez-vous la certitude d’y avoir tout prévu et de pouvoir le mettre, une fois élu, en application ?

Ahmed Ould Bah : Je ne saurai m’engager sur un programme que je ne peux exécuter. Cela aurait gravement écorché mon engagement partisan et préjudicié à l’amour que je porte, sincèrement, à Tevragh Zeina et à ses habitants. Bref, notre programme de mandat ressort d’une vision panoramique des affaires de la cité. Il égrène, au problème près, l’ensemble des préoccupations de la ville, aussi bien ce qui touche la vie immédiate des gens que ce qui se rapporte à l’organisation globale des façades urbaines, des voiries, de l’hygiène publique, etc.

Notre programme réserve une place de choix à la jeunesse, considérée comme le gisement des futurs talents et le relève incontournable de l’élite locale. Pour cela, nous comptons poser des passerelles durables de communication et d’écoute. L’idée d’un conseil local de la jeunesse, issu de la mairie, serait à notre avis un beau repère structurel, pouvant être amélioré plus tard, afin d’épouser les contours d’une spécifique mission, axée sur la défense des doléances et préoccupations des jeunes.

En parallèle, nous devons interpeller les pouvoirs publics en constance et servir de relai durable aux voix de nos jeunes. Cet engagement pour la jeunesse s’exprimera aussi sous d’autres angles. Ainsi, à la base, voudrons-nous initier, en collaboration avec les écoles, un accompagnement précoce de nos petits talents, à travers la supervision mutuelle des aptitudes exceptionnelles et des facultés particulières.

La femme constitue une priorité à nos yeux et comptons lui rendre un hommage actif, en l’impliquant davantage dans les affaires de la commune. En fait, nous cherchons à mettre en place un esprit modèle de gestion et d’organisation, où la femme, érigée en symbole de générosité et de compétence, conquiert tous les rouages et s’affirme dans tous les domaines.

L’un de nos grands défis reste la préservation d’un cadre de vie sain où l’immobilier s’élève en symbiose avec l’esthétique du cadre et la propreté de l’espace. Tevragh Zeina se transforme rapidement et requiert une prise en charge conséquente de son esthétique et de sa salubrité. Le pari de la propreté de ville nous interpelle et devance nos priorités. Beaucoup de choses manquent à Tevragh Zeina ; tels que les espaces verts, les jardins d’agrément, les circuits de jogging, les parkings pour les voitures, les piscines municipales, les parcs d’attraction, les parcs zoologiques…. Mais nous savons par où commencer !

L’une de nos plus grandes préoccupations est aussi, et surtout, de pouvoir rouler sûrement à Tevragh Zeina. Il est nécessaire de réfléchir à des solutions durables pour une circulation automobile à la fois fluide, évoluée et civique. Nous sommes pour le confort de l’automobiliste mais aussi, plus que tout, pour sa sécurité et son respect à lui-même. Un travail de profondeur doit être mis en œuvre pour briser la culture du désordre, instaurer « la confiance de la chaussée » entre le chauffeur et l’agent public, entre les usagers et la commune…. Cela se fait par l’équité, la fermeté et l’écoute citoyenne.

D’autres questions, et pas des moindres, accaparent toute notre attention, comme la valorisation de la culture, la promotion du sport, le respect de la diversité et la préservation de la concorde. Nous sommes pour une cité de la diversité et de l’entente.

Notre cité doit rester celle de la diversité harmonieuse, riche de nos couleurs, de nos traditions et de nos mœurs. La qualité de la vie à notre sens dépend aussi de nos capacités de communion, de notre passion du partage et de notre respect imperturbable de la différence et de la pluralité.

Il faut aussi préciser que notre commune abrite des universités, des écoles professionnelles et de nombreux instituts. Elle doit alors, dans la limite de ses vacations, valoriser l’élément humain, suivre l’élite prochaine, se concerter avec les structures d’enseignement et capitaliser de manière étudiée les fruits de l’éducation. Un tel pari nécessite l’engagement continu d’acteurs multiples et le recours constant à des méthodes de programmation, de concertation et d’interaction. C’est notre conviction !

Pour ce qui est du sport, nous comptons pouvoir parrainer plus d’un club dans la cité à l’image du FC Tevragh Zeina qui se maintient toujours dans de belles postures de saison. Nous comptons aussi asseoir, avec le concours des responsables de la jeunesse, les bases d’une activité sportive plurielle. Il faudrait que tous les talents, dans toutes les disciplines, trouvent l’occasion de s’exprimer et soient reconnus. Pour ce faire, nous envisageons l’organisation d’un forum des sports où les participants, issus de Tevragh Zeina, auront à produire, sur tous les sujets, des échanges pertinents.

Nous envisageons aussi d’initier et de faire appliquer une stratégie de lutte contre la mendicité. Aussi, pensons-nous organiser un recensement méthodique des foyers de pauvreté et dresser, si possible, une liste nominative des personnes éligibles à l’assistance sociale. Cela facilitera l’organisation de campagnes d’aide, de distribution de vivres et d’assistance générale aux personnes démunies.

Voici donc les grandes lignes de notre programme. Le programme détaillé est disponible dans notre siège et sur notre page Facebook.

GPS : Et votre campagne ? Comment est-ce que vous la menez ?

Ahmed Ould Bah : Elle battait son plein. Aujourd’hui, nous abordons la ligne de sprint. Nous estimons avoir répondu aux attentes de nos électeurs par des échanges directs, transparents et sincères.

Nous avons organisé durant cette campagne des soirées électorales à notre siège en face de l’hôtel Monotel Tfeila, où nous avons expliqué à nos membres et sympathisants notre programme. Par notre discours politique, nous avons drainé de nouveaux sympathisants qui adhèrent à notre discours et à notre programme.

En parallèle, nous procédons à un travail de terrain qui consiste à faire le porte-à-porte et qui s’avère extrêmement bénéfique. Une jeunesse enthousiaste et engagée grossit chaque jour nos rangs, et nous permet d’envisager le scrutin du 1er septembre avec beaucoup de sérénité.

GPS : Etes-vous confiant ?

Ahmed Ould Bah :Tout à fait confiant ! Sinon j’aurais jeté le manche et jeté la cognée (rires). J’ai surtout confiance en la maturité de nos électeurs, et je suis rassuré quant à l’effet de notre programme, fédérateur et convaincant.

Mon énergie est aujourd’hui focalisée sur les rencontres, les meetings, les débats et le travail de terrain. Je veux rester efficace !

Je lance un appel aux électeurs pour voter en faveur du fils de Tevragh Zeina, qui y va avec le cœur, muni de sa confiance en eux, et motivé par l’idée d’une commune, fondée sur la sincérité, le plaisir de servir et l’amour du citoyen.

Entretien réalisé par gps.mr

 

 

Côte d’Ivoire: «Simone Gbagbo ne peut pas symboliser le renouveau du FPI»

L'ex-première dame ivoirienne Simone Gbagbo, condamnée à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'Etat, a été libérée ce mercredi. Deux jours après l'amnistie proclamée par le président Alassane Ouattara pour favoriser la réconciliation en Côte d'Ivoire, elle a pu regagner sa résidence du quartier de Cocody à Abidjan. Un millier de sympathisants en liesse l'y attendait. Mais Simone Gbagbo est loin de faire l'unanimité dans le pays, selon Thomas Hofnung, journaliste pour le site «The conversation» et auteur de plusieurs ouvrages, dont « La Crise en Côte d'Ivoire » et « Le scandale des biens mal acquis ».

RFI: Thomas Hofnung, quelle image les Ivoiriens ont actuellement de Simone Gbagbo ?

Thomas Hofnung: Il y a une partie de la population qui l’admire et une autre qui la craint. Sa personne reflète un peu les divisions de ce pays, de la Côte d’Ivoire. Elle a été accueillie dans la liesse par une partie de ses partisans mais il faut se souvenir qu’à l’époque où son mari Laurent Gbagbo dirigeait la Côte d’Ivoire, de 2000 à 2010, elle était très redoutée par une partie de la population et on lui prêtait même une influence quasi maléfique sur son mari.

Est-ce que c'est une influence qu’elle a réellement eue sur son mari ?

C’est difficile à savoir, c’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’analyses contradictoires sur le rôle qu’elle a joué exactement durant les deux mandats de Laurent Gbagbo mais, ce qui est sûr, c’est qu’elle avait une influence politique importante sur le parti, sur le Front populaire ivoirien, puisqu’elle l’a dirigé. Et aussi, il faut se souvenir que quand Laurent Gbagbo était en exil en France dans les années 80, c’est Simone Gbagbo qui «tenait la baraque». Politiquement, elle a eu un rôle très important. Une fois que Laurent Gbagbo a été élu président, on a entendu des choses un peu contradictoires sur le rôle exact joué par Simone Gbagbo.

Alors que va faire Simone Gbagbo désormais ? Va-t-elle rebondir en politique ?

Très honnêtement, j’aurais tendance à dire, au jour d’aujourd’hui, que l’eau a coulé sous les ponts et qu’elle ne retrouvera sans doute pas le rôle d’influence importante et les pouvoirs prépondérants qu’elle avait sur le parti. Dans le sens où il y a sept années qui se sont écoulées, il y a Pascal Affi N’Guessan qui dirige le FPI, et le FPI est très divisé. Peut-être qu’elle va prendre la tête, qu’elle va redevenir la figure de proue de l’aile la plus dure, la plus «radicale»’ du FPI, mais elle ne peut pas symboliser le renouveau du Front populaire ivoirien, ni un renouveau tout simplement de la politique ivoirienne. Je pense qu’elle aura sans doute un rôle moral important mais dans la politique quotidienne, je n’en suis pas sûr.

Source : RFI

 

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans "le monde arabe"

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, analyse les rapports de force dans Dans son récent ouvrage, "Géopolitique des mondes arabes", Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris (l’Institut des relations internationales et stratégiques), analyse en 40 fiches illustrées les rapports de force dans ce qui est communément appelé "le monde arabe".

Le politologue réfute la notion d’un monde arabe uni et propose une grille de lecture contrastée d’une région qui s’étend de la Mauritanie, le long de l’Atlantique à Oman, sur l’Océan indien.

Les Etats-Unis ont ouvert, le 14 mai, leur ambassade à Jérusalem. Quel signal cette décision américaine envoie-t-elle à la région?

Nous savons que le statut de Jérusalem est extrêmement délicat pour les trois grandes religions monothéistes. En prenant cette décision unilatérale, le président des Etats-Unis Donald Trump foule totalement au pied le droit international et toute idée de multilatéralisme. Cette décision exprime la volonté du plus fort, au mépris des Palestiniens, ceux-ci étant par ailleurs incapables de s’entendre au vu de la désunion qui existe entre l’autorité palestinienne et le Hamas. Cette décision de choisir Jérusalem comme capitale d’Israël par les Etats-Unis est à mettre en corrélation avec l’avancée irrépressible du mouvement de colonisation des Israéliens sur des terres palestiniennes, mouvement qui rend de plus en plus difficile les perspectives de la création d’un État palestinien souverain et viable.

Autre dossier d’actualité, celui du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Quelles peuvent en être les répercussions?

M. Trump suit une logique similaire: il se contrefout du droit international, de ce qui régit difficilement les accords entre les différents états constituant l’échiquier international. La seule chose que je puisse souhaiter, c’est que les autres États qui avaient signé l’accord avec les Iraniens trouvent, dans les meilleurs délais, des solutions de contre-feu par rapport à la décision de M. Trump. Il n’y a aucune raison à ce que nous acceptions les décisions unilatérales de M. Trump. Si nous n’y parvenons pas, nous, les Européens, avec les Chinois, avec les Russes, et avec bien d’autres, alors les règles du droit international se dissoudront pour quelque temps et seul comptera la loi du plus fort.

Y a-t-il, suite à ces deux décisions, des risques d’embrasement dans la région?

Nous avons vu, il y a quelques semaines, des bombardements iraniens sur des positions israéliennes, mais surtout des bombardements israéliens sur des positions iraniennes en Syrie. Je ne crois pas que cela va se généraliser, car Israéliens et Iraniens et leurs alliés savent jusqu’où ne pas aller. Je n’ai pas de certitude absolue, car la situation est tellement délétère et volatile que tout peut déraper très rapidement. Malheureusement, il y a quelques pousses au crime, Donald Trump étant le premier d’entre eux. À moins que ce ne soit Benjamin Netanyahu. Pour le coup, Netanyahu et Trump sont strictement sur la même longueur d’ondes sur les deux dossiers que l’on vient d’évoquer. Je ne sais pas quel est celui qui conseille l’autre.

Quel est le rôle de l’Iran aujourd’hui?

L’Iran est et restera incontournable, car c’est un grand pays de plus de 80 millions d’habitants, qui a une longue histoire, qui a une place géostratégique d’une importance considérable, et qui a parfaitement conscience de son rôle et de sa puissance potentielle. Pour autant, est-ce une menace? De mon point de vue, non. C’est un pays qui veut étendre son influence, mais ce n’est pas un pays qui veut exporter son régime. Beaucoup d’analystes sont encore à raisonner sur l’Iran comme ils auraient pu le faire au début de la révolution iranienne. Il est vrai que Khomeini, en son temps, avait eu des discours enflammés en disant qu’il voulait exporter la révolution islamique dans toute la région. Mais il est mort depuis longtemps. En réalité, il n’y a plus de volonté d’exportation de la révolution islamique depuis 1980, très précisément depuis la tentative d’invasion de l’Iran par l’Irak.

Le 12 mai, les élections législatives en Irak ont sanctionné le parti du Premier ministre sortant Haider al-Abadi, donnant la victoire à deux nouvelles alliances. Qu’en déduisez-vous?

L’Irak est une société très décomposée, atomisée et, malheureusement, les citoyens n’ont plus guère confiance en une bonne partie des dirigeants. Ceux qui ont voté ont visiblement reporté leur vote vers des partis qui n’ont pas eu de responsabilité gouvernementale directe au cours des dernières années. Ce qui est très intéressant, c’est l’alliance entre le vainqueur Moqtada Al-Sadr et le parti communiste irakien, qui indique la volonté non seulement de favoriser les plus pauvres, mais aussi de transcender les divisions communautaires et religieuses qui existent en Irak. S’ils parviennent à cela, ce sera une bonne nouvelle.

Qui est Moqtada Al-Sadr, qui sort victorieux du scrutin?

Moktada Al-Sadr est un chiite assumé, à la fois très proche de l’Iran pour des raisons théologiques, mais qui incarne aussi le nationalisme irakien. Ce n’est pas quelqu’un qui fera allégeance à l’Iran. C’est l’homme de 44 ans qui a toujours lutté contre l’occupation des Etats-Unis et qui se pare d’une sagesse théologique, ce qui compte beaucoup dans la perception des citoyens irakiens. C’est aussi un homme qui est issu d’une très grande famille. Son père était un opposant qui avait été assassiné par Saddam Hussein.

Le titre de votre livre fait référence aux "mondes arabes", au pluriel. Pourquoi?

Par commodité de langage, les uns et les autres parlent encore du monde arabe, mais c’est un mythe. Le monde arabe n’existe plus. Je reconnais qu’il y a un sentiment d’arabité qui traverse les 21 pays de la Ligue des États arabes. Mais ce sentiment d’arabité est très subjectif et difficile à définir scientifiquement. D’un point de vue géopolitique, il n’y a pas de monde arabe au singulier, il y a des mondes arabes. Entre le pays le plus riche de la Ligue arabe, le Qatar, et le plus pauvre, le Yémen, l’hétérogénéité de développement est abyssale. Deuxième chose, il n’y a pas de logique de solidarité entre ces pays. C’est la règle du chacun pour soi. En réalité, chaque état constituant les mondes arabes défend ses propres intérêts nationaux. On voit bien que la Ligue des États arabes, qui a été constituée en 1945, n’est pas un organisme susceptible de défendre les intérêts des États arabes. On le voit dans les jeux d’alliances et de contre-alliances. Par exemple, l’Arabie saoudite impose un blocus au Qatar, et pourtant ce sont deux états voisins où la religion majoritaire est identique. Je pourrais évoquer la guerre de l’Arabie saoudite contre le Yémen, les rivalités vives entre le Maroc et l’Algérie. Nous avons encore en tête de vieux schémas qui datent de la période qui suit les indépendances arabes, dans les années 50 et 60. À ce moment-là de l’histoire, il y avait, en effet, une profonde aspiration à l’unité du monde arabe, portée par le parti Baas et par le chef d’état égyptien Gamal Abdel Nasser, qui incarnait cette unité. Mais Nasser est mort en 1970. Ceux qui continuent à parler de monde arabe au singulier le font par habitude ou par incompétence.

Vous dites aussi que l’opposition systématique entre Sunnites et Chiites est obsolète?

Le facteur religieux n’est pas le facteur explicatif de tous les maux de la région, même s’il ne faut pas le négliger. L’opposition entre l’Arabie saoudite et l’Iran est présentée comme l’opposition irréductible entre Sunnisme et Chiisme. Je n’y crois pas une seconde. Je pense qu’il y a des oppositions fortes car l’Iran veut s’affirmer comme une puissance régionale influente et les Saoudiens veulent faire la même chose. L’opposition sunnisme contre chiisme est instrumentalisée au service d’intérêts géopolitiques. C’est un vernis que l’on met sur des questions politiques classiques. Regardez, il y a une crise aiguë entre l’Arabie saoudite et le Qatar. Pourtant, ce sont deux pays sunnites et wahhabites. Par contre, entre le Hezbollah libanais chiite et le Hamas palestinien sunnite les relations sont très bonnes. On pourrait multiplier les exemples.

Quel est le rôle de l’Occident dans les équilibres de la région?

Il faut prendre en compte la totalité des facteurs: religieux, économiques, politiques et extérieurs. La Syrie est un exemple absolument tragique de l’influence néfaste des puissances extérieures, notamment occidentales. La politique des Occidentaux a concouru à aggraver la crise syrienne. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne se sont mis, dans un premier temps, du côté de ce que l’on a appelé les rebelles pour virer Bachar el-Assad. Nous n’avions pas, nous, Occidentaux, me semble-t-il, à prendre parti pour l’un ou l’autre. Notre propos aurait dû se tenir à essayer de parvenir à une solution politique. Je vais plus loin. Je pense que la première puissance internationale, les Etats-Unis, a largement concouru à accroître le désordre dans la région. La guerre unilatérale de George Bush contre l’Irak à partir de 2003 a mis non seulement l’Irak, mais aussi une partie des États de la région à feu et à sang. Les décisions de Donald Trump sur Jérusalem et sur l’Iran risquent d’envenimer les tensions. J’espère que les États arabes parviendront, dans les meilleurs délais, à défendre leurs propres intérêts en fonction de leurs intérêts nationaux et non pas seulement en fonction de ceux des états occidentaux.

Stéphanie Fontenoy
Source : L'Echo (Belgique)

 

 

France-Rwanda : un ancien officier brise l’omerta malgré « des menaces émanant de services de l’État »

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sort en librairie le 16 mars, l'ancien officier français Guillaume Ancel lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies : l'opération Turquoise menée en plein génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994.

« C’est se moquer des Français que de leur mentir sur la nature d’une opération qui a été menée en leur nom. Et c’est tout aussi indécent, vis-à-vis du million de victimes du génocide, d’occulter le rôle inquiétant que la France y a joué. En taisant cette réalité, on s’autorise à ce qu’une telle horreur puisse se répéter. » Longtemps, Guillaume Ancel fut un spécialiste du guidage au sol des frappes aériennes. Ancien TACP (prononcer : « TacPi », pour Tactical Air Control Party Specialist), ce lieutenant-colonel diplômé de Saint-Cyr guidait les avions de chasse de l’armée française vers leur cible, sur différents terrains d’opération.

Depuis quelques années, revenu à la vie civile, il est passé aux « frappes littéraires ». Dans Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres), qui sort en librairie le 16 mars, cet ancien artilleur lève le voile sur l’une des interventions les plus controversées conduites par la France en Afrique au cours des dernières décennies. En mai 2017, déjà, il décryptait, chez le même éditeur, les manquements de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie, à travers un récit décapant : Vent glacial sur Sarajevo.

A la veille de la sortie de son ouvrage sur l’opération Turquoise, basé sur un témoignage dont Jeune Afrique a rendu compte dès 2014, Guillaume Ancel revient sur la culture du secret au sein de la Grande Muette, et sur le paravent humanitaire déployé autour d’une intervention militaire politiquement sensible.

Jeune Afrique : À quel moment avez-vous pris conscience des dissonances entre la version officielle française sur l’opération Turquoise et votre propre expérience sur le terrain ?

Guillaume Ancel : Comme je le raconte dans mon livre, l’ordre d’opération préparatoire que j’ai reçu dès mon arrivée sur place ne correspondait pas à l’opération humanitaire que les médias présentaient vers la fin juin 1994. Il s’agissait en réalité d’une opération de guerre classique, visant à remettre au pouvoir le gouvernement rwandais, alors en difficulté. Quand on déploie sur le terrain des avions de chasse et les meilleures unités de la Force d’action rapide, c’est rarement pour une mission humanitaire.

Les forces gouvernementales ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres

Ce que j’ai trouvé le plus gênant, c’est de constater que les forces gouvernementales – les militaires des ex-Forces armées rwandaises [FAR], les gendarmes, les miliciens hutus – ne se cachaient pas une seconde d’être les auteurs des massacres. Bien sûr, ils s’abstenaient de les commettre sous nos yeux, mais à aucun moment ils ne niaient avoir exterminé les Tutsis.

Comment l’armée française s’est-elle comportée vis-à-vis des forces gouvernementales ?

Avec une certaine bienveillance. Lorsque nous avons été amenés à créer une zone humanitaire sûre [ZHS], son effet consistait clairement à protéger leur fuite devant l’avancée du FPR [Front patriotique rwandais, la rébellion essentiellement tutsie commandée par Paul Kagame]. Au passage, on les a laissées organiser l’exode de la population vers l’ex-Zaïre, ce qui s’est traduit par une crise humanitaire dont le bilan s’est chiffré à près de 100 000 morts.

Durant la seconde quinzaine de juillet, dans un camp de réfugiés au Zaïre, j’ai par ailleurs assisté à une livraison d’armes par la France à ces mêmes forces gouvernementales, alors qu’on savait pertinemment qu’elles avaient commis le génocide.

Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité

Comment vos compagnons d’armes ressentaient-ils cette situation ? En parliez-vous entre vous ?

J’ai ressenti chez eux un profond malaise. Mais comme souvent dans l’armée, quand on est gêné par un sujet on s’abstient d’en parler. Je relate par exemple une discussion que j’ai eue avec un officier français qui avait été, par le passé, le conseiller militaire du gouvernement rwandais. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait perçu des signes préparatoires du génocide, il s’est fermé comme une huître. J’ai bien senti qu’il ne fallait pas mettre ce sujet sur la table. Dès le début de l’opération Turquoise, on assistait à un véritable déni de réalité.

De nombreux militaires de Turquoise n’avaient jamais servi au Rwanda entre 1990 et 1993. Se sentaient-ils plus libres d’exprimer leur malaise ?

J’ai perçu une différence d’approche entre, d’un côté, certains camarades qui avaient soutenu les forces armées rwandaises durant cette période et qui ne comprenaient pas pourquoi on ne recommençait pas ; et, de l’autre, des militaires qui faisaient preuve de plus de discernement et qui leur rétorquaient que les choses avaient changé. Car entre-temps, l’armée rwandaise avait directement participé à un génocide.

Avez-vous un exemple précis d’une confrontation entre ces deux camps ?

Cela s’est manifesté, par exemple, quand nous avons dû parler du désarmement des forces hutues. Nous avions installé une zone humanitaire sûre, donc la question se posait avec acuité. Or, on sentait bien qu’une décision avait été prise en haut lieu et qu’il ne fallait surtout par désarmer les FAR.

Il y avait une ambiguïté permanente entre notre mission officielle et une mission occulte, non assumée

Nos supérieurs nous expliquaient alors que cela serait pris par les militaires rwandais – qui étaient beaucoup plus nombreux que nous – comme une forme de défiance. Donc il ne fallait pas prendre le risque de les contrarier. Comme si un soldat armé était moins dangereux qu’un soldat désarmé !

Des tensions se sont manifestées du fait de cette ambiguïté permanente entre notre mission officielle – protéger les personnes menacées – et une mission occulte, non assumée, visant à soutenir jusqu’au bout les forces gouvernementales à l’origine du génocide.

Après le Rwanda, il vous faudra vingt ans avant de vous exprimer publiquement. Votre expérience à Sarajevo semble avoir représenté un premier déclic…

Là aussi, en ex-Yougoslavie, nous étions censés intervenir dans le cadre d’une mission humanitaire pour empêcher les canons serbes de tirer sur la ville. Mais la réalité, c’est que notre commandement nous a empêchés de nous en prendre aux agresseurs. Nous avons donc assisté au massacre de Srebrenica avec l’interdiction de nous interposer.

Avec les légionnaires qui m’entouraient, dont certains avaient, eux aussi, fait le Rwanda, nous en ressentions de la colère : accepter, au nom de la France, de mener des missions qui s’avèrent indécentes.

En 1998, vous envisagez de témoigner devant la Mission parlementaire d’information sur le rôle de la France au Rwanda…

Naïvement, j’ai alors fait savoir à mon commandement que je voulais expliquer aux parlementaires le malaise que nous avions ressenti pendant Turquoise. Le cabinet du ministre de la Défense de l’époque m’a alors envoyé une émissaire qui m’a dit, en substance : « D’abord, ce n’est pas à vous de décider si vous témoignerez devant les parlementaires. Et même si le ministre devait donner son accord, c’est lui qui déciderait de ce que vous devez leur dire. » On m’a donc clairement fait comprendre que les militaires français n’avaient pas à raconter la vérité devant les élus de la nation…

A quel moment avez-vous décidé de passer outre ?

En 2012, sept ans après avoir quitté l’armée, je me suis trouvé en phase de transition professionnelle, ce qui m’a laissé le temps d’écrire un roman tiré de mon expérience au Rwanda. Début 2014, à quelques semaines de la 20e commémoration du génocide,  j’ai été invité à un colloque destiné à faire le point sur le rôle de la France au Rwanda, réunissant diplomates, historiens, hommes politiques, juristes… Il était organisé par un grand parti français et présidé par un homme politique qui avait participé très activement à la Mission parlementaire d’information, en 1998 – je ne peux donner davantage de précisions car cet événement faisait l’objet de règles de confidentialité. [Organisé par le parti socialiste, le colloque était présidé par un ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, Paul Quilès, par ailleurs ancien président de la Mission parlementaire sur le Rwanda.]

Lorsque j’ai livré mon témoignage, j’ai vu, aux quarante mâchoires qui se décrochaient autour de la table, que mon témoignage n’arrangeait pas du tout la plupart des participants.

Comment ont-ils réagi ?

Le président du colloque s’est levé, il a pointé son index dans ma direction et m’a dit d’un ton comminatoire : « Je vous demande de ne pas témoigner sur ce sujet car vous risqueriez de créer de la confusion quant à l’image que se font les Français du rôle qu’a joué leur pays dans le génocide du Rwanda ! » C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais bien trop attendu et que mon témoignage aurait dû être mis sur la place publique depuis longtemps.

« Les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner »

À partir d’avril 2014, vous allez donc témoigner dans plusieurs médias ou lors de conférences. Pourquoi ce livre, quatre ans plus tard ?

Parce que j’ai  constaté que ces témoignages oraux n’étaient pas suffisants. Avec Rwanda, la fin du silence, je voulais être sûr que mon témoignage serait intégralement retranscrit et qu’il ne serait plus jamais effaçable.

En agissant ainsi, vous avez rompu l’omerta qu’on vous intimait l’ordre de respecter. À quelles réactions avez-vous été confronté ?

Du côté de mes compagnons d’armes, la plupart restent emmurés dans la culture du silence propre à l’armée française. Ils n’ont donc réagi ni positivement ni négativement, mais j’imagine que beaucoup ont été choqués que je rompe cette servitude institutionnalisée qui est pourtant, selon moi, en totale contradiction avec l’exigence démocratique d’une société comme la nôtre.

D’autres militaires, qui ont quitté l’armée, ont répandu publiquement, notamment dans des livres, la fable officielle d’une opération Turquoise humanitaire. Lorsque j’ai livré ma version, ils se sont retrouvés en porte-à-faux et ont cherché à me discréditer. Enfin, les décideurs politiques de l’époque, qui sont toujours dans le déni, font de leur mieux pour m’empêcher de témoigner.

Y compris en vous menaçant ?

Ils ont exercé sur moi, via des intermédiaires, des pressions d’un autre âge. J’ai, par exemple, été menacé dans mon boulot en des termes qui rappelaient étrangement ceux prononcés par le président du colloque que j’évoquais précédemment. Si je n’avais pas bénéficié du soutien de réseaux soucieux de la transparence démocratique, il est clair que j’aurais alors perdu mon emploi.

J’ai aussi été menacé par quelqu’un qui m’a été envoyé par un ancien lieutenant-colonel de la Légion étrangère, qui est intervenu au Rwanda – l’un des défenseurs du “village Potemkine” que je viens de mentionner. Cette fois, il s’agissait de menaces physiques. Enfin, j’ai reçu des menaces très claires émanant de services de l’État, que je préfère ne pas détailler.

Le silence devient amnésie

Avez-vous violé l’obligation de réserve ou le secret-défense en livrant ainsi votre récit ?

Lorsqu’on a eu accès à des informations ou qu’on a participé à des interventions classifiées, le fait de quitter l’armée ne change rien à l’obligation de confidentialité, qui continue de s’exercer. Ce qui veut dire que si l’opération Turquoise avait été classifiée « secret défense » ou « très secret défense », je ne pourrais pas en parler aujourd’hui sous peine de commettre un délit, voire un crime.

Le problème, c’est qu’en alimentant cette fable d’une opération humanitaire, les autorités de l’époque ont oublié de classifier toute une partie de cette opération. C’est ce qui me donne la possibilité légale d’en parler sans trahir un secret.

Pourquoi, dans ce cas, êtes-vous le seul à oser le faire ?

L’un de mes camarades, qui appartenait à l’armée de l’air, a voulu s’exprimer, en appui de mon témoignage, sur les opérations qu’il a menées en coordination avec moi durant Turquoise. Mais il a été rattrapé par l’armée de l’air. On lui a assuré que toutes les opérations aériennes étaient désormais classifiées confidentiel défense, y compris rétroactivement, et que par conséquent il ne pouvait en parler sans une autorisation du ministre de la Défense. Y compris quand un juge français l’a convoqué pour l’auditionner dans une procédure relative à l’opération Turquoise. En contrepartie, il a été assuré de périodes de réserve dont il avait financièrement besoin. C’est en procédant ainsi que le silence devient amnésie…

Source : jeuneafrique.com

 

Tentative de rapt à Teyaret

Le nord de Nouakchott n’est plus en reste, pour ce qui est du crime et de la délinquance. Certains quartiers en constituent même des points chauds. Des bandes de malfaiteurs circulent la nuit et, parfois, le jour, pour braquer, agresser et violer. Le fameux bandit « El Eidhadh » et sa bande écument notamment M’geizira, El Hay Sakin et Dar El Barka. Au cours des huit mois passés, plusieurs enlèvements de jeunes filles y ont été déclarés.

Vendredi 10 Novembre, vers dix-neuf heures, une Toyota Avensis de couleur grise, aux verres teintés de noir, s’arrête soudain dans une ruelle de Pikine. Trois jeunes hommes en descendent précipitamment et entoure un tout aussi jeune piéton. Ils tentent de le charger dans le véhicule dont le moteur tourne, avec son chauffeur toujours au volant. En vain car l’agressé résiste vaillamment, l’un des assaillants lui assène deux coups de couteau, sans plus de résultats, les assaillants dépités n’ont plus qu’à réembarquer et fuir, sous les yeux des passants. Agé de vingt ans, le jeune Abderrahmane ne souffre, heureusement, que de deux légères blessures au bras. Il déclare, à la police, connaître l’un de ses agresseurs. Une fois celui-ci appréhendé, ses trois complices sont vite appréhendés et interrogés. Il s’avère alors que la bande voulait régler un compte avec Abderrahmane, accusé, par l’un d’eux, de détourner sa sœur mineure. Aux dernières nouvelles, un arrangement à l’amiable entre familles est en cours.

Le cerveau de la bande de Dar Al Beidha coffré

Dans les colonnes de notre précédente édition, nous faisions état d’une bande qui avait cambriolé un domicile et violé une de ses occupantes. La majeure partie de ses membres avaient été rapidement arrêtés par le commissariat de police El Mina 3 qui mène l’enquête. Mais Brahim ould Ahmed, le repris de justice qui les commande, restait en cavale, en compagnie du dernier de ses comparses en liberté. Dirigés par le brigadier-chef Ould Boudida, les limiers du commissariat n’ont cessé de les traquer dans tout Nouakchott, tandis que leurs complices, déférés au parquet de la wilaya-sud de la capitale, il y a dix jours de cela, étaient écroués à la prison civile de Dar Naïm…

Boudida et ses hommes ont fini par aboutir à une maison du quartier El Mensiya, PK 13 de Riyad, qu’ils cernent sans tarder. Un peu plus tard, deux hommes en sont délogés, menottes aux poings, et conduits illico au commissariat. Il s’agit de Brahim ould Ahmed, dit « Kurios » et de son complice Khaiyi. Après deux jours de garde à vue, ils ont rejoint leurs collègues à la maison d’arrêt.

Les émeutes, une occasion d’or

Toute grande ville supporte son lot de délinquants. Les plus dangereux ne sortent que rarement de prison pour y revenir au plus vite, généralement. Juste le temps de commettre un nouveau délit et de reprendre la piste classique : commissariat, palais de justice et pénitencier. Les exemples abondent. Citons-en quelques-uns. Dahi ould Varwi, le tueur de la commerçante Khaddouj, au marché Capitale, en 2015, venait juste d’achever une peine de prison, quelques jours à peine avant son crime. Tout comme celui qui assassina sa propre femme en 2012. Quant au défunt Brahim « Legos », c’est au lendemain même de sa libération de la maison d’arrêt de Nouadhibou, en 2011, qu’il tua un boutiquier de Riyad.

Les plus petits délinquants, pickpockets et autres, passent quelques jours dans les violons des commissariats et sont souvent relâchés, sans déferrement. Ils continuent donc à circuler dans les marchés et les banques, guettant la moindre occasion de vol… La plus rêvée, c’est, de loin, les grands rassemblements. Fêtes, meetings, grandes cérémonies, réceptions et, bien sûr, manifestations en tout genre les voient accourir, profitant, à qui mieux mieux, des bousculades, pour voler, braquer ou même violer, parfois. Le désordre est leur meilleur allié qui leur permet d’agir à leur guise et de piller, sans risques, les commerces et autres biens d’autrui.

A la moindre émeute, les bandits affluent ainsi de leurs repaires vers les manifestants et se lancent dans le pillage et le vandalisme. Lors des troubles du 1er Mai dernier, des récidivistes connus ont été repérés dans la foule. Certains ont carrément dirigé les pillages, d’autres se sont postés sur les grands axes, pour arrêter et braquer les conducteurs. Les autorités en ont arrêté cent-soixante dont beaucoup de ressortissants étrangers, ouest-africains généralement. On les a de nouveau vus à l’œuvre, lors des émeutes des jours derniers. A Nouakchott comme à Nouadhibou, ils se sont constitués en petits groupes mobiles, mettant le feu à de vieux pneus, en divers points stratégiques de la ville, pour distraire les forces de l’ordre, avant de se déplacer rapidement vers les quartiers ainsi délestés de présence sécuritaire, pour piller, braquer et agresser.

Cette fois, c’est une trentaine de suspects qui ont été arrêtés, à Nouakchott, par la police, la garde et la gendarmerie. A Nouadhibou qui a connu plus de désordres que la capitale, l’addition s’élève à plus de cent flagrants délits de pillage et/ou de vandalisme ; certains, même, en des domiciles des quartiers riches.

Source : lecalame.info

 

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»Avec les compliments du guide, un livre d'enquête écrit par Fabrice Arfi et et Karl Laske, deux journalistes de Mediapart, revient sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par le colonel libyen Mouammar Kadhafi. En s'appuyant sur des centaines de documents et d'indices matériels, ce livre extrêmement documenté revient sur cette affaire, inédite sous la Ve République. Fabrice Arfi, l'un de deux auteurs, répond aux questions de Houda Ibrahim.

RFI : Dans votre livre « Avec les complimentes du guide », une enquête coécrite avec Karl Laske,vous rendez plausible l’histoire du financement libyen de l’UMP en 2007 ?

Fabrice Arfi : Oui, plus que plausible. Nous la documentons. C’est-à-dire que nous avons enquêté pendant six années, pour simplement ne pas se contenter des paroles des uns et des autres dans ce dossier, mais d’apporter des preuves d’une corruption gigantesque, à l’échelle d’une démocratie par une dictature en 2007, avec plusieurs jets d’argent sale parti de Tripoli de diverses poches de dignitaires libyens, pour arriver dans les poches de responsables politiques ou d’intermédiaires français. Et c’est cette histoire que nous avons voulu raconter - documents à l’appui - au ras du réel et que nous considérons aujourd’hui probablement comme la plus grave des affaires que la Vème République, et peut-être celles qui l’ont précédé, aient connue.

Vous apportez des documents importants, parfois inédits, concernant cette affaire dans votre livre. Croyez-vous que ce dossier qui est d’avant la justice pourra encore évoluer ?

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en France dans un pays où, dans une affaire comme celle-là, qui est pourtant une affaire mondiale, absolument gigantesque, il n’y a même pas un juge d’instruction détaché à temps plein sur le dossier. Il n’y a même pas un procureur détaché à temps plein sur le dossier et il n’y a même pas un policier détaché à temps plein sur le dossier. Pourtant, parce qu’il y a des fonctionnaires qui sont courageux, indépendants, le dossier avance. Nous nous attendons à ce que la justice fasse son travail, puisque déjà en quatre ans, malgré un manque de moyens qui est absolument scandaleux pour une démocratie comme la France, elle a réussi à énormément documenter ce que nous racontons et avons commencé à raconter il y a six ans.

Il y a les aveux des médiateurs devant les enquêteurs sur le transport des valises d’argent au ministère français de l’Intérieur, comme Ziad Takieddine, par exemple. Vous essayez également de démontrer l’existence des virements bancaires ?

Nous démontrons que derrière l’achat de l’appartement de Claude Guéant en mars 2008, quelques semaines après la visite de Kadhafi à Paris, il y a des versements bancaires qui passent par l’Arabie saoudite, la Malaisie, et derrière lesquels se cache en réalité l’intermédiaire Alexandre Djouhri, et le gestionnaire des comptes de Béchir Saleh, avec une compensation, d’ailleurs, par l’un des fonds souverains libyens. Donc là, il y a des traces monétaires, bancaires, financières, des versements dont nous parlons.Vous évoquez par exemple, le témoignage de Ziad Takieddine. Le témoignage de Ziad Takieddine, évidemment seul, il ne suffit pas, ce témoignage. Mais il est intéressant à plusieurs égards. D’abord, parce que pour la première fois Ziad Takieddine s’auto-incrimine. Il a donné des éléments circonstanciés extrêmement précis, qui lui valent d’ailleurs aujourd’hui d’être inculpé dans ce dossier. Nous avons publié ce témoignage parce qu’il est conforté par des documents extérieurs. Par exemple, le journal intime, manuscrit de l’ancien Premier ministre et ministre du Pétrole libyen, Choukri Ghanem, qui, dès 2007 – donc quatre ans avant la guerre, il ne pouvait pas savoir que quatre ans plus tard il y aurait la guerre – consignait par écrit de sa main, et les documents sont authentifiés, les versements pour la campagne de monsieur Sarkozy. Il y a un procès-verbal de la Cour pénale internationale qui donne exactement les mêmes montants, les mêmes intermédiaires et les mêmes destinataires que dans le témoignage de Ziad Takieddine. Et puis, en aval, on a trouvé énormément d’espèces dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Des espèces qui n’avaient pas été déclarées aux autorités de contrôle, avec un Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur et directeur de campagne de monsieur Sarkozy, qui, le temps de la campagne présidentielle de 2007, avait loué dans le plus secret une chambre forte dans une agence bancaire à Paris, pour y dissimuler, dit-il aux policiers, des discours de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les soupçons de financements libyens sont matérialisés par des documents. Soit par des virements bancaires, qui font des sauts de puce de paradis fiscaux en paradis fiscaux, soit par des trajectoires d’espèces.

Vous vous posez des questions sur la nature de la mort de Kadhafi. Plusieurs témoignages que vous mentionnez indiquent l’implication des services français ?

Evidemment, concernant la mort de Mouammar Kadhafi, il y a un certain nombre de questions aujourd’hui qui se posent, puisque personne ne sait comment précisément il est mort. On sait qu’il a été exécuté. Et tous nos interlocuteurs dans ce dossier, qu’ils aient été militaires, barbouzes, diplomates, agents des services de renseignements, nous ont dit la même chose. C’est que Kadhafi n’avait que deux façons de terminer dans cette histoire. C’était : mort ou mort. Et nous apportons des témoignages, pas des Kadhafistes, d’anti-Kadhafistes, de gens qui étaient membres du Conseil national de transition libyen, qui aujourd’hui disent que peut-être la France serait derrière l’exécution de Mouammar Kadhafi. Nous, nous disons que nous ne savons pas. Nous ne savons pas qui a tiré pour tuer Kadhafi. Mais une chose est certaine, en revanche, c’est que sur le lieu de sa mort il y avait beaucoup de forces spéciales françaises qui étaient au sol et que rien n’a été fait pour le garder vivant. Et au final, qu’on ait laissé la foule des insurgés le tuer ou que nous l’ayons abattu nous-mêmes, ça ne change rien. Il ne peut plus témoigner aujourd’hui.

Dans le livre aussi, il y a le témoignage de l’ancien chef des services de renseignements extérieurs en Libye. Il raconte que dans ce rapport les Libyens ont constaté que c’est des agents français qui ont tué Kadhafi.

Source : RFI

 

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»Ce week-end, à l'occasion de la visite de l'Américain Donald Trump, le roi Salmane d'Arabie saoudite a fait venir une dizaine de chefs d'Etat africains dans son palais de Ryad. Mais de quel partenariat s'agit-il ? Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire du ministère français de la Défense. Il vient de publier aux éditions Robert Laffont, « Docteur Saoud et Mister Djihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite ». Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Lors du sommet de Riyad, le roi Salmane d’Arabie saoudite a été encore plus direct que Donald Trump contre l’Iran. Il a accusé ce pays d’être « le fer-de-lance du terrorisme mondial ». Qu’en pensez-vous ?

Alain Conesa :C’est de la pure langue de bois. Le terrorisme qui nous frappe nous, en tout cas Européens, ne fait aucun doute : c’est du terrorisme salafiste jihadiste. C’est-à-dire, c’est une branche du sunnisme qui se raccroche au wahhabisme, à l’idéologie religieuse qui est celle de l’Arabie saoudite.

Dans son discours de ce week-end, le roi Salmane d’Arabie s’est dit déterminé à éliminer le groupe Etat islamique et toutes les organisations terroristes, quelles que soient leur religion, leur confession ou leur idéologie ?

C’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Il avait dit sept avions contre Daech, c’est-à-dire autant que le Danemark et la Hollande réunis, en fait, il les a retirés pour en mettre une centaine contre les Houthis au Yémen. Je veux bien qu’il explique qu’il soit décidé à combattre Daech, mais je ne le crois pas.

Et pour montrer que ce ne sont pas que des mots, le roi Salmane, les cinq autres chefs d’Etat du Golfe et des Etats-Unis ont annoncé ce week-end la création d’un centre de contrôle contre les sources de financement du terrorisme ?

Ce qui caractérise l’argent du terrorisme, c’est que c’est de l’argent propre qui devient sale. Ce n’est pas comme l’argent criminel, ce n’est pas de l’argent sale gagné avec du trafic de drogue ou de la prostitution qu’il faut blanchir. L’argent du terrorisme, c’est le contraire. C’est-à-dire que des gens de bonne volonté donnent de l’argent à des ONG qui se constituent, par exemple, au moment du pèlerinage. Les gens donnent parce que c’est à la fois une obligation religieuse et c’est un geste humanitaire. Simplement, on ne sait que cet argent va vers le terrorisme que quand on sait qui est le destinataire final. C’est un vœu pieux.

Est-ce que le roi n’a pas enfin compris qu’il fallait que son entourage cesse de soutenir financièrement un certain nombre d’ONG proches des réseaux terroristes ?

Peut-être qu’effectivement, il faut lui accorder le bénéfice du doute. Mais enfin, quand les Américains ont identifié après le 11 septembre à la fois la fondation al-Haramain qui finançait directement al-Qaïda, plus je crois d’équivalents de 357 ONG qu’ils ont identifiées comme sources du terrorisme, vous prouvez qu’on avait un pays qui était profondément vérolé. Et l’Arabie saoudite n’a pas supprimé toutes ses associations. Elle a supprimé al-Haramain et effectivement, il reste aujourd’hui des ONG qui peuvent se créer à façon et qu’il est extrêmement difficile de contrôler.

Y compris en Afrique de l’Ouest ?

Alors le cas de l’Afrique de l’Ouest à mon avis est un peu d’une autre nature. C’est-à-dire que là, on a une politique ancienne de diplomatie religieuse dans les pays d’Afrique sahélienne et d’Afrique de l’Ouest qui remonte à l’époque de la lutte contre Nasser, ça remonte à loin. Et cette diplomatie religieuse visait depuis longtemps à ouvrir des écoles coraniques, à attirer les meilleurs vers l’université islamique de Médine et ensuite à renvoyer ses commissaires politiques faire de la prédication dans tous ces pays de la zone sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Donc aujourd’hui, ce qu’on constate au Mali, mais aussi en RCA et aussi au Niger, c’est la présence de ces anciens de l’université de Médine qui tiennent toutes les structures représentatives des musulmans et qui prêchent un islam salafiste.

Vous pensez à qui par exemple ?

Par exemple [l'imam Mahmoud] Dicko, le président de l’Association des musulmans du Mali qui a, par exemple, à l’occasion de l’attentat contre le Radisson Blu [le 20 novembre 2015], a fait un communiqué extrêmement ambigu en refusant de condamner l’acte terroriste. De temps en temps, c’est l’explication par l’homosexualité, de temps en temps c’est l’explication par le colonialisme. Je pense à des gens comme ça. Puis d’autre part, on constate que dans toute cette zone sahélienne, le salafisme qu’on pourrait appeler l’idéologie révolutionnaire parce que ces gens diplômés arrivent dans un pays en expliquant que tous les dignitaires religieux ne sont pas de vrais musulmans parce qu’ils ne parlent pas l’arabe, parce qu’ils ne sont pas capables de lire le Coran, parce qu’ils sont compromis par tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance. Donc eux, les salafistes sont les véritables tenants d’une société juste, égalitaire, non corrompue, etc. Le Sénégal étant d’ailleurs un de ces pays directement aujourd’hui pénétrés par cette idéologie salafiste.

Mais quand on écoute le roi Salmane dans son discours de ce week-end, on a vraiment le sentiment qu’il a renoncé à cette diplomatie religieuse ?

Non, je n’en crois pas un mot. Cette diplomatie religieuse, il faut bien comprendre que le régime saoudien est appuyé sur deux piliers qui sont évidemment la dynastie des Saoud, qui représente le pouvoir politique, mais aussi la dynastie des Hashem, c’est-à-dire les défendant d’ Abdel Wahhab, c’est-à-dire le fondateur du wahhabisme. Vous regarderez le pouvoir du grand mufti en Arabie saoudite, il tient l’éducation, le système judiciaire. Et à chaque fois que ce régime est pris dans ces contradictions, à chaque fois que la dynastie des Saoud a besoin des Occidentaux pour sauver sa tête -91, guerre du Golfe, 79 occupation de la Grande mosquée-, à chaque fois, il est obligé de demander l’accord, l’aval, le quitus des religieux. Donc les religieux qui sont quand même aussi habiles que nos jésuites trouvent toujours une bonne raison de justifier cet appel aux mécréants, mais en échange, le roi est obligé de leur concéder plus de pouvoir. C’est-à-dire qu’à chaque crise, la crise s’est traduite par plus de religion en Arabie saoudite. Et donc prétendre aujourd’hui que les Saoud à eux seuls sont capables de soumettre les Hashem à une ouverture politique et religieuse, ce n’est pas possible. La meilleure traduction, c’est justement qu’ils ne combattent Daech.

Alpha condé, Macky Sall, Alassane Ouattara, Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Faure Ngassimbé, Mamadou Issoufou, Idriss Déby, Ali Bongo, il y avait de nombreux Africains ce week-end parmi les quelque 50 chefs d’Etat du monde arabe, musulman et africain, réunis à Riyad. Est-ce que ce n’est pas un joli coup diplomatique de la part du roi Salmane d’Arabie ?

Tout à fait. Effectivement, l’Arabie saoudite est un tiroir-caisse qui est beaucoup plus abondant que ne le sont les pays occidentaux en crise depuis déjà un certain nombre d’années, oui bien sûr. Mais aller chez le pays géniteur de ce salafisme qui s’est propagé sur la planète et qui est à l’origine de tous les attentats que nous avons connus nous, mais qui sont aussi en Afrique, cela a quelque chose d’un peu paradoxal quand même. Si le géniteur lui-même ne change pas dans sa propre société, tous les mécanismes qui ont donné naissance à ce salafisme, qui le propagent, qui l’aident, qui le forment, etc., je ne vois pas comment on peut imaginer que c’est en Arabie saoudite que va se résoudre la question.

Source : AFP

 

Interview / Ahmedou Ould Abdallah : « La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe»

Mauritanie : Les changements des symboles du pays critiquésNotre compatriote Ahmedou Ould Abdallah, qui s’est illustré dans la diplomatie internationale, vient de boucler, pour le compte de la Francophonie, une assez longue mission au Gabon où s’y déroulait un scrutin présidentiel pour le moins compliqué.

Il se trouve actuellement à l’étranger où nous l’avons accroché pour le plonger dans notre univers politique peu brillant avec cette question lancinante de tripatouillage de la constitution… Et bien d’autres sujets de chez nous : la réforme de l’état civil, la question du drapeau, de l’hymne national…

Il a accepté de répondre, comme toujours, avec élégance et franchise, aux questions de Biladi.

Biladi : Depuis quelques semaines l’actualité nationale est dominée par les points proposés à l’ordre du jour du dialogue politique. Les sujets de discussion ont porté, entre autres questions, sur la modification du drapeau national ainsi que de l’hymne national. Qu’en pensez-vous ?

Ahmedou Ould Abdallah
(AOA) : Face aux difficultés quotidiennes rencontrées par les citoyens ainsi qu’aux défis sécuritaires qui s’accumulent, chez nous et dans la région, parler de la modification du format du drapeau national et de la reformulation de l’hymne national sont-elles vraiment prioritaires ou même nécessaires?

Les mauritaniens, comme tous ceux qui suivent l’actualité régionale du Maghreb/Sahel, en tombent des nues et se demandent si nous ne somment pas sur une autre planète.

Une élite nationale responsable doit pouvoir trouver un consensus sur les problèmes prioritaires du pays, c’est-à-dire ceux qui déterminent sa pérennité. Elle ne peut continuer à promouvoir ce qui distrait des problèmes fondamentaux ou divise les populations.

Face à d’immenses besoins nationaux, les priorités sont connues. Les dépenses doivent être affectées au renforcement des institutions, la lutte contre le chômage, en particulier celui des jeunes, l’éducation technique, la santé publique, l’urbanisation de la capitale où sont concentrés près de 30 % de la population, la lutte contre la corruption et le soutien à la compétitivité de nos hommes d’affaires en Afrique de l’Ouest, au port de Nouakchott et aux routes vers ces pays, pour l’accès à leurs marchés.

Un gouvernement qui ignore ces priorités a des problèmes qui relèvent, ou de l’irresponsabilité ou de l’incompétence.

A cet égard, les symboles de l’Etat font partie de leurs identités et doivent, à ce titre, être protégés. S’ingénier à vouloir les modifier, outre qu’elle n’est nullement prioritaire, une telle intervention n’a pas de sens. Par ailleurs, leur modification a souvent engendré des malheurs et une revanche de l’Histoire. On l’a vu avec le maréchal Mobutu et la colonel Kadhafi dont les drapeaux n’ont pas survécu à leurs règnes. Il faut tout faire pour éviter le ridicule avec de faux débats d’un autre temps: changer les emblèmes nationaux, les noms de familles, celui du pays ou le transfert de capitale.

Je ne peux comprendre que le président Ould Abdel Aziz se laisse fourvoyer dans ce genre d’exercice.

Biladi : Ce genre "de réforme" a-t-il un lien avec celui qui a proposé de mettre fin à notre fameux "Ould" comme composante des noms de familles ?

AOA :
D’abord une anecdote. Il y a environ deux ans, un haut responsable de notre pays annonçait fièrement, à un officiel d’un pays du Golfe, ceci: "désormais, le Ould va disparaître de nos papiers d’identité". Son interlocuteur, dont le pays n’a aucune intention de supprimer le si caractéristique "Al" de son patrimoine, lui répondit sèchement : "que vous restera-t-il alors" ?

Sur le fond, à l’époque où, de par le monde, les peuples luttent pour préserver leurs identités et leurs images, cet acharnement à gommer tout ce qui nous caractérise - drapeau, hymne national et le Ould si Mauritanien - est pour le moins sidérant.

Comme nous, de nombreux autres peuples ont des particules attachés à leurs noms de familles : justement le "Al" du Golfe, le Oglu des Turcs, le Van des Néerlandais, etc. En 2001 et 2010, de jeunes Mauritaniens, interpellés par la police aux Etas-Unis et en Belgique, ont été libérés grâce à leur identité avec Ould, alors non associée au terrorisme ou à la criminalité.

Enfin, au-delà de ce propos, cette particularité, le Ould, est commune à tous les Maures du Sud Maroc aux confins septentrionaux du Niger en passant par le Azaouad du Mali et de villes algériennes dont Tindouf. N’avons-nous pas, en Mauritanie, seul pays ou ce groupe exerce le pouvoir, d’autres priorités à mettre en œuvre que cet acharnement à nous éloigner de cet héritage Hassanophone ?

Il se dit que c’est souvent par manque de recul historique que nous adaptons ces comportements si nuisibles à notre image dans la région et au-delà. Mais cette manie de vouloir tout changer, y compris de capitale, outre son côté puéril et financièrement irresponsable, est un dangereux exercice de dépossession d’identité.

Biladi : Dans l’esprit de bien des gens, le véritable objectif du dialogue national portait essentiellement sur la réforme de la constitution ou, en d’autres termes, la révision de la constitution pour mettre fin à la limitation du nombre des mandats présidentiels. Mais le président vient d’affirmer qu’il ne sollicitera aucun nouveau mandat. Votre opinion sur ce sujet ?

AOA :
A cette question, mon premier réflexe est d’y répondre par une autre : troisième mandat, ou pas, mais pourquoi faire ? Cette question de troisième mandat est un faux débat, non parce qu’elle ne devrait pas être posée, bien au contraire, mais parce qu’elle en occulte une autre question, véritable celle-là, et qui se trouve en panne depuis bien longtemps.

Comment, avec ou sans un troisième mandat, mettre fin à la dérive politique qui dure depuis plusieurs décennies. Elle a "informalisé" l’administration, puis l’économie nationale et, aujourd’hui, elle ne produit plus que ce qui, à l’intérieur, comme à l’extérieur, divise davantage nos compatriotes et affaiblit l’Etat ? Comment mettre le pays sur le bon chemin et l’y amarrer est la toute première exigence pour gérer le lancinant problème de l’unité nationale. Une autre question est comment être plus réaliste et travailler, plus et mieux, en particulier avec le Maghreb et le Sahel.

De fait, si l’actuel président, comme il l’a juré solennellement, et confirmé ces jours - ci, ne se présentait effectivement pas, le règlement des problèmes structurels nationaux serait- il, pour autant en bonne voie?

Avec un focus uniquement sur le troisième mandat, la classe politique, toutes appartenances confondues, et une partie de la société civile, ont exposé leurs projets et le pays à plusieurs risques.

Le premier est celui de voir le président trouver la méthode et la procédure légales qui lui permettent de garder le pouvoir et même d’y revenir formellement au bout de cinq ans. A cet effet, il lui suffira de choisir un successeur et de s’assurer, les choses étant ce qu’elles sont chez nous, de son élection à la présidence. Le statu quo actuel, c’est-à-dire la gestion patrimoniale du pouvoir, en place depuis des décennies, se poursuivra. Le sujet du troisième mandat a fait oublier bien des choses. De fait, pour ne citer que ces cas, qui pense encore à Poly Hondone pour la pêche ou au prêt accordée par la SNIM pour l’aéroport de Nouakchott, ou aux projets en cours ?

Le second risque, encore plus sérieux, parce que non conjoncturel, est celui de fragiliser davantage une classe politique déjà très éclatée par la faiblesse des solidarités entre ses membres. Les contradictions internes entre leurs différentes composantes, dans la majorité comme au sein de l’opposition, vont s’exacerber bien davantage au détriment des questions de fond.

Les acteurs politiques doivent faire une pause pour évaluer la situation du pays. Elle servira à organiser un véritable débat national dans le but d’aider les dirigeants, actuels et futurs, à atteindre un consensus autour des grandes orientations stratégiques : diplomatiques, sécuritaires et économiques. L’établissement d’un Conseil National de Sécurité, ou son équivalent, évitera la privatisation des intérêts fondamentaux du pays.

Enfin et surtout, le trop grand focus sur la prochaine présidentielle, au plus tard en 2019, retardera la recherche de solutions durables à nos véritables problèmes nationaux : la cohabitation, désormais difficile, entre les différentes composantes nationales.

Biladi : Compte tenu de votre expérience, ici et ailleurs, que suggérez-vous aux différents acteurs nationaux pour éviter un dérapage fatal à notre pays ?

AOA :
D’abord deux observations. Diriger un pays au jour le jour par une série de coups politiques – débaucher des opposants, prendre des mesures démagogiques, boycotter des pays ou des organisations internationales – n’est ni suffisant ni acceptable de nos jours. Ces pratiques ne renforcent pas les structures étatiques et ne garantissent pas la paix. Par ailleurs, et contrairement à ce qui se dit dans notre pays, la pérennité des Etats mal gérés n’est pas assurée.

La Yougoslavie, naguère leader des pays non alignés, s’est effondrée, remplacée par plusieurs nouveaux Etats. La Somalie, jadis un état unitaire peuplé d’une population homogène, pratiquant la même religion et parlant la même langue, est aujourd’hui un pays déchiré par les rivalités tribales. Depuis 2010, le Soudan, indépendant depuis 1956, est coupé en deux Etats souverains et une guerre civile se poursuit dans ces deux composantes.

Un Etat moderne, qui vit dans la réalité du monde actuel, doit faciliter la cohabitation de ses citoyens au-delà de leurs rivalités politiques, ou appartenances sociales, ethniques, tribales et régionales. Sur ce plan, l’élite dirigeante doit se montrer plus inclusive, plus tolérante, bref plus de son temps.

Partout où elles ont sévi - Afrique, Asie et Europe - les idéologies raciales du siècle dernier, ont échoué. Et toujours au détriment de leurs premiers promoteurs. Devrons-nous continuer à encourager nos compatriotes dans la voie de la division et de la séparation, puis évoquer un complot international dirigé contre notre pays? Certainement pas.

Comme dans la plupart des Etats du Maghreb et du Sahel, notre pays connait un système de castes et d’ethnies qui vivent sur le même espace territorial. Cette diversité, au lieu d’évoluer pour nous enrichir, s’est cristallisée en menace pour tous.

Précisément, le rôle du groupe dirigeant est d’être ouvert. La priorité, aujourd’hui est d’arrêter, au plus vite, la spirale suicidaire qui nous entraîne vers une catastrophe. Les responsables doivent revenir à l’esprit traditionnel de détachement qui est en fait une pratique de tolérance sociale. Celle-ci existe dans la région Maghreb Sahel. Sur ce point, chacun sait ou devrait savoir que, contrairement à un individu, un Etat ne peut pas déménager. Nous devons vivre avec notre situation géographique.

Dans ce contexte Maghreb / Sahel, pour ne pas continuer à nous singulariser, trois urgences doivent être définitivement résolues.

D’abord les populations de la Vallée, traumatisées par les évènements des années 1987 – 91, doivent être pleinement rassurées, et se rassurer, quant à leur appartenance à la Nation. Ensuite, la question Haratine, un exemple de notre incompétence politique, doit rester ce qu’elle est, un problème de liberté, de droits de l’homme, d’inclusion économique et non une crise ethnique. Enfin, il est urgent de cesser de se créer de nouvelles fissures dans le tissu social. Ainsi, l’application de la rigueur de la loi – la peine de mort – prononcée uniquement à l’encontre d’un jeune de Nouadhibou, issu d’un milieu dit de castes, aggrave notre situation. Dans l’intérêt du pays, sa libération est un impératif.

Propos recueillis par Moussa O. Hamed
Source : Rmibiladi (Mauritanie)