Sun01202019

Last update05:17:59 PM GMT

Back Tribune Libre

Tribune Libre

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : quand les médias lisent dans les cauris la date du retour de Karim Wade

Mehdi Ba est rédacteur en chef du site internet de J.A. Anciennement correspondant à Dakar, il continue de couvrir l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Il est un autre sport national au Sénégal que la lutte avec frappe : la prédiction compulsive quant à la date du retour à Dakar de Karim Wade, le candidat à la présidentielle du principal parti d’opposition…

Au Sénégal, on n’a pas de sondages politiques mais on a les cauris. Ces petits coquillages, dont la légende prétend qu’ils proviennent des îles Maldives et auraient été importés sur les côtes orientales du continent, avant de se frayer un chemin jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, y servent de support à la divination – comme, ailleurs, les tarots ou le marc de café. Pratiqué majoritairement par les femmes, l’art des cauris permet à la voyante, sur la base d’un jet de coquillages semblable à un jet de dés, de prédire l’avenir à son interlocuteur.

Or, s’il est un secret que chacun, à Dakar, aimerait percer – outre les estimations du premier tour de la présidentielle, en l’absence d’enquêtes d’opinion, interdites par la loi – , c’est bien celui-ci : à quelle date Karim Wade remettra-t-il le pied au Sénégal ? Escamoté en pleine nuit de la prison dakaroise de Rebeuss pour gagner le Qatar, en juin 2016, le fils de l’ancien président sénégalais reste mutique depuis deux ans et demi sur cette échéance cruciale, alors même qu’il entend défier dans les urnes, en février, le président Macky Sall.

Prédictions hasardeuses

Adepte du secret et du « off the record », Karim Wade n’a en effet jamais livré, depuis son départ en exil, la moindre indication précise sur la date de son retour. La nature ayant horreur du vide, les quotidiens et sites Internet sénégalais se livrent donc, depuis plus de deux ans, à des prédictions hasardeuses.

Dernier en date à se jeter à l’eau, le 24 décembre, un quotidien local se montrait catégorique : « Le président de la coalition “Karim Président 2019” est attendu à Dakar mercredi [26 décembre]. Nos sources, qui sont formelles, nous signalent qu’il a quitté la capitale française pour un point de chute tenu pour le moment secret. »

Le 18 décembre déjà, le même journal livrait à ses lecteurs une « exclu » valant son pesant d’arachides : « Karim Wade a quitté Doha pour Versailles, où il réside au moins depuis vendredi [14 décembre] ». Plus étonnant, poursuivait-il : à Paris, « [Karim Wade] aurait, de source sûre, rencontré le président Macky Sall ce lundi [17 décembre] dans l’après-midi. Même si rien n’a filtré de leur rencontre, il est clair qu’il s’agit de négociations liées à son retour à Dakar… »

Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar

Le quotidien cité ici est loin de représenter une exception : à la grande loterie où l’on mise sur la date du retour de Karim Wade, chacun ou presque a eu l’occasion de parier un jour, à ses risques et périls, comme le montre ce florilège.

Dès juillet 2016, un site Internet se référait déjà à « certaines sources dignes de foi qui jurent, la main sur le cœur, que le pape du Sopi [Abdoulaye Wade] pourrait bien devancer Karim Wade à Dakar ». À l’époque, la date est encore floue… Mais en décembre 2016, un site saint-louisien entrevoit l’avenir de manière plus nette, après l’avoir lu lui-même dans les cauris d’une autre publication : « Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar. […] La décision du retour de Wade fils a été prise ce dimanche 25 décembre, lors d’un conclave de 48 heures avec l’ancien président Abdoulaye Wade, qui est à Dubaï depuis plus de cinq jours. »

Dernière ligne droite

Pourtant, le 15 janvier suivant, toujours pas de Karim en vue au pays de la Teranga… Qu’à cela ne tienne ! En mars 2017, un autre site web rend compte de la prophétie livrée, dans une célèbre émission radio, par un cador du PDS : « [Karim] m’a dit au téléphone qu’il sera là quand nous arriverons dans la dernière ligne droite des élections législatives [prévues le 30 juillet suivant], et qu’il participera à la campagne. La dernière ligne droite des élections législatives, c’est, pour lui, les trois mois qui précèdent la tenue des élections. »

Alhamdoulilah ! Karim Wade ne saurait tarder, se disent alors ses partisans – et les journalistes. Tous en seront pour leurs frais. En septembre de la même année, un confrère online convoque jusqu’aux mânes d’un ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qui lui livre une énième « révélation » : « Karim Wade sera à Dakar en juin 2018 ». L’échéance approcherait-elle ?

Ses bagages atterrissent… mais pas lui !

La présidentielle, elle, se rapproche à grands pas. Le 8 septembre 2018, le même site se montre à nouveau sûr de son fait : « Le candidat déclaré du PDS, Karim Wade, est attendu en novembre à Dakar. Cette information vient des militants libéraux de la diaspora, qui se disent, cette fois-ci,  »catégoriques » sur son retour. » L’information est détaillée par un autre portail : « Karim Meïssa Wade et son père Gorgui Wade seront à Dakar dans la nuit du dimanche 18 novembre. Ce sera la veille [paradoxalement, pour ces talibés mourides revendiqués] du Gamou de Tivaouane. »

Puisque Karim tarde à rentrer, les oracles improvisés ont alors une idée de génie : à défaut de faire revenir au pays, par incantations interposées, le candidat du PDS, commençons par ses bagages ! Mi-novembre, un quotidien annonce donc en exclusivité qu’un vol de la compagnie Emirates a déchargé à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à proximité de Dakar, les valises et autres malles d’un Karim Wade qui ne saurait tarder à les y rejoindre. Un convoi qui ne constituerait, selon ces sources, que « le premier lot des bagages lourds du fils de l’ancien Président », lesquels auraient été déposés dans la maison familiale du Point E.

Encore raté ! Novembre tire sa révérence sans que Karim Meïssa Wade montre le bout de son nez. Un nouvel oracle sort alors de son silence pour livrer la date que tout le monde, au Sénégal, attend : « Karim Wade annoncé à Dakar le 11 décembre prochain », titre-t-il.

Moralité : lui seul connaît la date…

La leçon à tirer de cette logorrhée prédictive n’est guère difficile à énoncer. Depuis deux ans et demi, malgré de multiples assurances formulées par le « syndicat des proches – anonymes ou non – de Karim Wade », il semble clair que nul ne connaît la date de son retour au Sénégal, à part lui-même.

D’où cette double prédiction qui évitera à JA, on l’espère, un camouflet brutal début 2019 : Karim Wade reviendra un jour prochain au Sénégal. Et ce jour-là, les médias l’apprendront vraisemblablement après son atterrissage, et non avant.

Source : jeuneafrique.com

 

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies se souvient de ce jour béni où la Mauritanie accédait à l’indépendance, voici cinquante huit ans. Souvenirs….

A Nouakchott en construction, ce lundi 28 novembre était une très belle journée, sans vent de sable…. Exceptionnelle aussi car agrémentée des plus beaux noms de la société Mauritanienne de l’époque, du défilé des troupes nationales à chameaux et de la présence de nombreux invités étrangers dont la présence exprimait le soutien international à la souveraineté du jeune état naissant.

Avec trois amis du lycée van Vollenvohen (aujourd’hui Lamine Gueye) de Dakar, où nous préparons le baccalauréat, je suis à Nouakchott pour servir de guide à l’un de ces invités officiels venus de l’extérieur.

Ferveur, enthousiasme et solennité marquaient cette première célébration de notre indépendance. Dans cette atmosphère de joie, sobre comme l’exige l’éthique de l’époque qui privilégie la modestie, régnait la certitude de réussir rapidement et l’indépendance politique et le développement économique. Une conviction intime bien partagée rendait notre enthousiasme contagieux. Les officiels – ministres, députés, administrateurs – se sentaient responsables du présent et de la préparation de l’avenir du pays.

Le président Moktar Ould Daddah symbolisait cette intime conviction. Il portait en lui une modestie qui à l’époque, et encore aujourd’hui dans certains milieux, était synonyme de probité et de rigueur. Du reste, ses premiers successeurs pétris dans ce solide moule de rigueur, les colonels Moustapha Ould Mohamed Saleck, Ahmed Ould Bousseif et Khouna Ould Haidallah étaient, comme lui, simples par éducation sociale, et sur le plan matériel, d’une grande probité.

Naturellement, peu de choses restent immuables. Les vicissitudes de l’histoire faisant évoluer la vie des nations et des hommes, la Mauritanie ne fait pas exception. Les valeurs et codes sociaux bougent comme les ambitions des dirigeants pour leurs pays. Mais le socle historique est éternel.

Aujourd’hui, en 2018, les priorités nationales se trouvent bouleversées. Devenues de simples raccourcis pour ceux qui se servent avec aplomb dans le domaine public. Bâtir et consolider une économie nationale, ambition des années de l’indépendance, ne tient plus face aux appétits insatiables de certains des dirigeants quand bien même les mauritaniens disent que "discrétion et avidité ne peuvent s’associer".

Apprécier et valoriser le passé n’est pas nécessairement une remise en cause du présent et encore moins du futur. Nous devons tous nous rappeler qu’il n’existe pas de fatalité dans la vie des hommes ou des états. Et nous rappeler aussi que les codes éthiques sont des exigences des sociétés parce qu’elles constituent une part essentielle de leur patrimoine immatériel. Comme tels, ils doivent être défendus par tous et en particulier par les dirigeants.

Au-delà des errements, mais grâce aux progrès réalisés et à la résilience de mes compatriotes, je n’ai pas de doute que ce pays se retrouvera. Réconcilié avec lui-même et fort du retour aux valeurs éthiques, celles qui abhorrent l’exclusion raciale et sociale, l’arrogance et son corollaire, la corruption.

C’est bien pour cela que ce lundi 28 novembre 1960 est encore présent dans mon esprit.

Source : Mondafrique

En attendant la présidentielle de 2019

En attendant la présidentielle de 2019Les contours restent flous autour des candidatures à la présidentielle de 2019. Ni le pouvoir, ni l’opposition ne veulent dévoiler les noms de ces hommes ou femmes qui brigueront le suffrage universel ;

Les mauritaniens se languissent de cette attente et de ce vide et ne savent point comment préparer leur engagement d’un coté ou de l’autre... Est-ce par tactique ou par pure incapacité de le faire ? La seule quasi certitude que les mauritaniens ont, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré une énième fois à la presse étrangère qu’il ne sera pas candidat.

Et cette fois, sa déclaration a été assez explicite, pour signifier à tous ces partisans du troisième mandat qu’il les a écoutés de même qu’il a écouté les défenseurs de la limitation et qu’en définitive il a pris fait et cause pour ces derniers.

Mais le hic c’est qu’en habile manœuvrier il a jeté un nouveau pavé dans la marre en précisant que rien ne l’empêche de se représenter à l’issue du prochain mandat quinquennal. Vaste programme pour les constitutionnalistes. Ce n’est point mon propos.

L’échéance de 2019 approche à grands pas et la Mauritanie va vivre un tournant de son histoire politique. Pour la première fois, un président mauritanien va céder un pouvoir non pas par les contingences d’un coup d’Etat ou d’une défaite électorale mais sous le coup d’un article de la constitution difficile à enfreindre à moins de subterfuges et de contournements peu orthodoxes et couteux que Mohamed Ould Abdel Aziz a eu l’intelligence d’éviter et dans l’intérêt général et dans son propre intérêt.

Pour la première fois également, le changement à la tête du pays peut ne pas signifier nécessairement un changement total de cap politique, ni de style de gouvernance, à moins qu’une alternance politique effective permette à un nouveau président élu de ne point appartenir à la famille politique du pouvoir en place ou d’être le protégé sponsorisé par l’actuel président et sa mouvance politique. Tout porte à croire que les mauritaniens, malgré l’acte posé par l’article de la constitution visant justement à favoriser une alternance politique, vont devoir ne pas se méprendre et être en mesure de comprendre certains faits et certains échafaudages politiques.

En quittant le pouvoir par astreinte constitutionnelle, donc à contre cœur, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a conservé des atouts qui peuvent lui permettre de mener en maestro, les joutes politiques à venir. D’abord, l’homme a visiblement les moyens financiers suffisants pour sponsoriser une candidature qu’il voudra, deuxièmement, les hommes qu’il a mis en avant pour d’éventuelles candidatures sont ses inconditionnels ; Je vois difficilement comment ils vont s’écarter d’un iota de son giron et de sa prédominance. Le Général Mohamed Ould Ghazounay est qualifié d’alter égo et de l’ami de la première heure et de la dernière heure ; Moulaye Ould Mohamed Laghdaf est un ami sûr, serviable et n’a jamais affiché d’ambitions personnelles à contre courant de celle du Président et Mohamed Ould Baya est l’homme à tout faire. Toute autre personnalité notamment hors de ce cercle restreint pourrait difficilement bénéficier de la confiance de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Néanmoins et en bémol à tout cela, depuis quelque temps selon les salons de Nouakchott, le général Ghazouany ferait face à une fronde silencieuse de l’entourage immédiat du Président visant à le discréditer et à lui barrer le chemin de la candidature. L’homme serait pourtant crédité d’une bonne aura au niveau de l’opinion nationale, des officiers de l’armée nationale et bénéficierait de l’aval tacite des capitales occidentales.

Mêmes certains pans de l’opposition ne feraient point la moue suite à sa candidature bien au contraire. Connu pour ses civilités, son calme et sa perspicacité, n’ayant jamais fait de vagues, il ne déplait pas aux mauritaniens ; seul couac, il prolongerait la main mise de l’armée sur le paysage politique, ce que pourtant d’aucuns pensent qu’il rectifiera très tôt dans le cadre de mesures décisives vers une alternance politique réelle. Quant à Ould Mohamed Laghdaf, jeté aux orties pendant quelques mois, suite aux manœuvres machiavéliques de l’ancien premier ministre Yahya Ould Hademine auprès du palais, il serait le joker de dernière minute après la subite supposée disgrâce de Ghazouani.

Ould Baya lui reste en réserve au cas où. Ces tergiversations au plus haut niveau pourraient expliquer le flou qui subsiste autour de l’annonce de ces candidatures. L’opposition, elle, se cherche toujours, et craint tellement le retour de Aziz, qu’elle se concentre sur le seul et unique objectif de le faire déguerpir, car à ses yeux, le mal c’est lui et lui seul ; qu’il tienne sa parole de quitter le pouvoir et n’importe qui sera le bienvenu. Courte vue, il faut en convenir.

Dans tous les cas et quel que sera le choix définitif de Mohamed Ould Abdel Aziz, la question est de savoir comment et jusqu’à quelle limite, chacun de ces présumés dauphins, pourra être capable, en cas de victoire et une fois assis sur le fauteuil présidentiel, de tenir dans une situation de président virtuel ? Les contingences de gouvernance seront si pressantes et si pesantes que l’imprévisible n’est pas à exclure. La question se pose de la même manière de savoir quelle marge de manœuvre pourra garder Mohamed Ould Abdel Aziz pour conserver un pouvoir d’influence une fois hors du circuit du pouvoir exécutif, parlementaire et législatif ;

Cela d’autant plus que l’homme malgré ses efforts évidents de laisser un bilan palpable, ( beaucoup d’infrastructures, de centrales électriques, de routes, modernisation de la capitale, renforcement des libertés surtout d’expression) a fait des erreurs qui le poursuivent, notamment le conflit avec Bouamatou, la mauvaise gestion du cas Biram, le choix d’un des plus contestés premiers ministre de l’histoire Yayha Ould Hademine, et de ministres peu acceptés par l’opinion tels Ould Diay et Mohamed Lemine Ould Cheikh entre autres, l’opacité qui a entouré certains grands dossiers économiques et financiers, et certains grands projets, et la non déclaration de son patrimoine qui a ouvert la voix à toutes sortes de rumeurs sur l’enrichissement personnel du Président Aziz et de son entourage immédiat.

Les deux principaux protagonistes de notre arène politique, le pouvoir comme l’opposition, focalisent donc leurs préoccupations sur le choix de l’homme providentiel qui pourrait non pas redresser la Mauritanie et la mettre sur la bonne voie, mais qui pourrait plutôt représenter le moindre mal pour sauvegarder et protéger les intérêts des uns grâce à la perpétuation d’un système ou alors pour nous débarrasser d’un encombrant et indécrottable Aziz pour les autres. N’auraient-ils pas pu s’entendre dans le cadre d’un consensus national sur une alternance politique concertée, porteuse de paix, de stabilité et d’épanouissement pour le peuple mauritanien ? Certes la part du pouvoir est largement plus grande dans cette responsabilité partagée.

Mais il faut aussi reconnaitre que ce même peuple qui a porté les uns au pouvoir et qui a confié aux opposants de ce pouvoir l’expression de leur paroles indignées sans jamais leur donner son soutien pour une quelconque alternance, est complice de la situation que vit la Mauritanie.

Les élites démissionnaires, auxquelles se sont substitués troubadours, flagorneurs et hypocrites de tous genres, ont achevé la tache que des ploutocrates, des tribalistes et arrivistes de tous bords ont entreprise depuis des décennies pour faire de la Mauritanie un pays du chacun pour soi Dieu pour tous, de la déliquescence des mœurs et des valeurs, de l’insouciance et de l’irresponsabilité, du clientélisme politique, du mercantilisme, de l’hypocrisie, de l’arrivisme, de la cassure du tissu social, de l’exacerbation des replis identitaires, du non respect de la chose publique, de l’instrumentalisation des institutions et de l’Etat, de la disparition des normes, des repères et des critères et de l’approfondissement du fossé entre riches et pauvres.

2019 sera une année test pour jauger la capacité des mauritaniens surtout des élites, qui ne sont pas seulement les diplômés, mais tous ceux qui ont la capacité de prendre conscience, de comprendre, d’agir sur leur environnement, à se ressaisir, oublier les intérêts étroits, les contradictions secondaires et pour une fois mettre en place la rampe de lancement d’une nouvelle Mauritanie, celle des institutions républicaines, des valeurs démocratiques, d’un partage des ressources, celle d’un homme une voix, celle du respect de l’égalité des chances, celle de la transparence des élections, de la transparence tout court, celle de la neutralité de l’administration, celle d’une CENI réellement indépendante et renforcée dans ses capacités, celle où chaque citoyen entreprend une prise de conscience réelle sur les enjeux futurs pour lui, sa survie, son avenir, ceux de sa famille, de ses enfants et des générations futures.

Mohamed Ould Abdel Aziz a pris une décision historique, celle de ne pas braver la constitution, il donne l’exemple ainsi à bien de dirigeants à travers le monde ; Son œuvre sera plus complète s’il accepte de se tenir à l’écart de tout ce qui peut de manière, illégitime, illégale ou immorale perturber les élections de 2019. Le peuple mauritanien lui en saura gré.


Source : Abou Moussa Pandel

 

Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nom

Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nomNovembre historique. Le dimanche 18, l’équipe nationale de football se qualifie pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu l’année prochaine au Cameroun.

En Mauritanie, dans les rues, les ménages, à l’étranger et sur les réseaux sociaux, la communion est euphorique. Mais la joie est par moments entachée d’expressions partisanes et peu amènes. Comme un écho au « malaise » que décriait Hanna Cheikh Malainine la veille à la 3e édition de WikiStage sous le thème de la diversité.

La jeune cadre bancaire, économiste, avait pour sujet : « Diversité et discrimination ». A chaque génération sa conscience.

Hanna Cheikh Malainine : Malaise je dis ton nom

Je m'appelle Hanna.

Je suis une jeune femme mauritanienne ambitieuse. Maman d'une adorable petite fille de 3 ans. Économiste de formation. Têtue. Parfois drôle et souvent maladroite.

Cette juxtaposition d'adjectifs me qualifie. Vous renseigne sur la personne que je suis. Cependant, aucun de ces qualificatifs pris séparément ne pourrait vous dresser un portrait exhaustif de ma personne. Je ne suis pas seulement femme. Ni uniquement économiste. Pas même seulement mère. Je suis la somme de toutes ces choses et toutes ces choses, c'est moi !

L'analogie vous paraîtra sans doute prétentieuse, mais je suis semblable à la Mauritanie. À ma Mauritanie ! Ma Mauritanie est multiple. Définie par sa pluralité. Bien plus qu'une simple juxtaposition, de toutes les parties qui la composent, elle est la somme heureuse d'une diversité assumée.

Le caractère hybride de notre pays pris entre une arabo-berberité revendiquée et une africanité assumée en fait un pays trait d'union. Le trait d'union, pour rappel, est ce Vecteur de rapprochement entre deux entités parallèles.

Nous sommes ainsi ce pays où se mêlent la fausse pudeur d'une melahfa et l'explosion des couleurs du bazin. Où les chants de griots s'entremêlent aux appels du muezzin. Où l'on sert un thiéboudiène au déjeuner et, bien que trop calorique, un couscous au dîner.

Nous sommes riches. Riches en poissons, en minerais. Paraît-il même que nous sommes riches en poètes. Mais nous sommes d'abord et surtout riches de nous-mêmes : 3,8 millions d'individus, 3,8 millions d'individualités. Différentes. Singulières. Et si semblables. Quand il s'agit de se prosterner, front à terre, nous le faisons tous dans la même direction.

Et s'il venait que notre intégrité territoriale soit bafouée, c'est d'une seule voix que nous dirions NON !

Nous sommes nés un 28 novembre, 1960, il y'a de cela une soixantaine d'années ! Nous sommes si jeunes. Souvent immatures. Des bêtises, ma Mauritanie en a faites et trop peu assumé. Ma Mauritanie doit se regarder dans la glace et embrasser sa réalité. Car notre Histoire n'a parfois pas été glorieuse. Nos écoles ont failli dans leur rôle de ciment social. Et nos politiques d'unité nationale désastreuses.

Résultat : Ma Mauritanie melting-pot ne serait que vœu pieux ! Ce mythe d'une fusion heureuse des populations ne résiste que peu à l'analyse de la distribution économique des richesses et politique du pouvoir. J'ai souvent mal à mon pays. Mal, quand en regardant le journal télévisé je me rends compte qu'il manque la mélanine aux postes de décision.

J'ai mal en visitant les écoles publiques qui ne sont malheureusement plus le terreau de la mixité sociale. J'ai mal lorsque le principe méritocratique est tordu au nom d'une pseudo-représentativité tribale. J'ai davantage mal lorsque l'Occident, manipulé par une main invisible mal intentionnée, ne voit en moi - Maure Blanche issue des beaux quartiers - qu'une misérable esclavagiste !

Ceci est mon cri. Il n'est pas seulement le cri d'une jeune fille, entre 17h et 19h, dans une salle du palais des congrès nouakchottois. Ce cri se veut l'écho des frustrations d'une génération. De celles et ceux qui, au-delà des principes familiaux, tribaux, régionaux et monochromatiques, souhaitent une Mauritanie d'opportunités. Une Mauritanie émergente.

Qui, au lieu de crispations identitaires vaines, s'arme de sa diversité pour une entrée confiante dans la marche du développement. Et le développement, parlons-en. Puisque celui-ci nécessite la croissance. La croissance nécessite l'énergie. Et l'énergie se puisera en chacun d'entre nous. La Mauritanie, simplement.

Mesdames, Messieurs, 1+1 n'ont jamais fait 2. Soyons unis et forts. Je vous remercie.

Source : Traversees-Mauritanides

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 )

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 ) L’ évènement fondateur du Mouvement National Démocratique ( MND) fut la tuerie des ouvriers de Zoueratt le 29 mai 1968. Ces ouvriers de la MIFERMA, ancêtre de la SNIM actuelle, avaient organisé une marche pour faire valoir leurs revendications et protester contre les pratiques de discrimination vis à vis des nationaux, de la part de la direction de cette entreprise alors entièrement à capitaux privés étrangers.

La répression de la manifestation pacifique sera féroce et le » massacre du 29 mai » entrera dans l’histoire sociale et politique comme le point de départ d’une opposition de type nouveau en Mauritanie.

Sous la direction d’un jeune étudiant d’ à peine 25 ans, Sidi Mohamed Soumeyda, la contestation du régime de Mokhtar Ould Daddah, prend de l’ ampleur et balaye tout le pays à partir de cette date.

Née dans le contexte mondial d’un anti-impérialisme virulent, la contestation politique unifie des courants et sensibilités politiques divers, en particulier les mouvements politiques nationalistes arabes et négro- africains, respectivement panarabistes et panafricanistes.

A quelques exceptions, leurs principaux leaders engagent un processus de rapprochement puis de fusion autour d’un idéal désormais commun: la lutte contre l’impérialisme ( domination étrangère) et le féodalisme-esclavagisme ( domination interne) qu’ incarnaient à leurs yeux, le régime de Mokhtar Ould Daddah.

La nouvelle opposition, rompt radicalement avec toutes les approches politiques antérieures, et ne se reconnaît que dans les mouvements de résistance anti-coloniaux qui avaient surgi dans le pays et dans la sous région, tout au long du processus de colonisation de la Mauritanie, au Nord comme au Sud, au sein de toutes les communautés du pays.

Pour le jeune mouvement, l’unité du peuple est la condition de la libération nationale et sociale qui constitue son objectif fondamental. Pour cette raison, il reconnaît et proclame pour la première fois dans l’histoire politique du pays, l’existence de » quatre nationalités » comme composantes fondamentales de la nation mauritanienne en gestation, unie chacune par son histoire particulière, et se traduisant par la réalité d’une langue propre et d’une culture spécifique.

Le MND reconnaît donc l’existence d’une problématique majeure dans l’édification et la pérennité d’un Etat moderne en Mauritanie: la » Question nationale ». Le concept est d’emprunt marxiste-leniniste, doctrine phare à l »époque, dans le monde entier, en particulier dans un Tiers-Monde en pleine émergence.

Sur cette question, comme sur la plupart des autres, la confrontation avec les thèses du régime est totale. Pour ce dernier, les ethnies n’existent pas et l’ État est placé au dessus des réalités sociales.

Toute politique menée par l’État, doit donc être considérée uniquement sous l’angle de son objectif d’ utilité publique. Peu importe que certaines parties de la population doivent faire un effort bien supérieure à d’autres pour en bénéficier.

Peu importe même qu’elles en soient exclues à défaut d’être assimilées et de perdre leur singularité.

Dans cette approche utilitariste, l’usage de la langue arabe comme langue nationale exclusive rejoint la doctrine classique francaise en la matiere. Pour le MND, cette approche est inacceptable et débouche fatalement sur le chauvinisme de l’Etat au nom de la recherche utilitariste de l’uniformité.

C’est cette approche qui explique la crise identitaire qui secoue périodiquement le pays comme en 1966-67, fragilise et corrode peu à peu l’unité du peuple. L’un des tous premiers combats du Mouvement sera mené sur le front culturel.

Il consistera à revendiquer la reconnaissance des langues nationales des minorités négro-africaines jusqu’alors considérées ( comme d’ailleurs encore dans nombre de pays africains) comme des » dialectes » ou, au mieux, comme des « langues vernaculaires ».

Cette reconnaissance est placée sous l’angle de l’unité nationale et jugée à l’aune de l’ égalité de ces composantes du pays. Une forte mobilisation est organisée autour de cette question qui, pour la première fois, est envisagée dans une perspective autre que celle du partage de pouvoir entre les fractions dominantes ( » bourgeoisies bureaucratiques et compradores ») au sein du pouvoir d’État.

En imposant le débat public sur la question, le Mouvement articule sa propre conception autour de l’exigence de dépasser toute approche particulariste, arabe ( nationalisme chauvin majoritaire) ou négro-africaine ( nationalisme étroit minoritaire) fondée sur la mise en avant exclusive de sa seule nationalitè ( ethnie) à l’exclusion des autres.

Pour le MND, tout nationalisme doit être patriotique, c’est-à dire guidé par le souci de préserver l’unité du pays, dans l’intérêt de chacune de ses composantes et dans l’intérêt de tous.

Il considère comme nécessaire que la lutte pour les intérêts de chaque communauté ethno-linguistique soit intégrée dans le cadre plus vaste du combat pour l’émancipation du peuple mauritanien.

Sur le plan pratique, le Mouvement considérera comme une exigence de l’État, la promotion et le développement de toutes les langues nationales, comme langues d’enseignement et d’administration publique.

Pour cette raison, il défendra fermement, l’usage des caractères latins pour la transcription des langues pular, Wolof et soninke au moment où les nationalistes arabes voulaient leur imposer les caractères arabes, sans tenir compte des besoins d’ouverture extérieure de ces langues dont nombre de leurs locuteurs utilisaient déjà les caractères latins officialisés par les organisations internationales comme l’Unesco.

Au debut des années 70, dans le sillage des puissantes luttes politico-syndicales dirigées par le MND, naît et se développe également, un vaste courant culturel patriotique au sein des communautés négro-africaines dans le cadre duquel émergeront des figures emblématiques et pionnières comme Diop Mourtodo, Kane Saidou, Sarr Ibrahima, Dia Amadou Oumar etc…., qui furent à des degrés divers des militants et même des cadres supérieurs de ce mouvement, en ces temps là.

Un des apports décisifs du MND dans l »histoire politique de la Mauritanie est d’avoir pu apporter une autre perspective d’analyse et d’action politique dans ce pays, qui rompe avec ce qui avait cours jusqu’alors et qui, au final, a pu tracer, même à grands traits, les principaux termes de réponse viable à cette question nationale si évolutive et si prompte à faire l’objet des pires manipulations. Et donc si potentiellement dangereuse.

Gourmo Abdoul Lo

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3)

Gourmo Abdoul Lo :Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3) La Mauritanie s’est créée au sud. Littéralement. Saint-Louis était encore sa capitale administrative lors de son accession à l’ indépendance.

Au plan politique et diplomatique, comme au plan économique et social, la densité de nos rapports avec le Mali à l’est et le Sénégal au sud n’ a d’égale que la maigreur de ces mêmes rapports avec son flanc nord. En 1960-61, l’Algérie est dans sa grande guerre de libération nationale et, envers et contre tout, le Président Mokhtar Ould Daddah soutient la lutte du peuple algérien au risque de déplaire à la France du Général de Gaulle.

Le Maroc, auréolé du prestige du Roi progressiste Mohamed V, fait de la revendication d’annexion de la Mauritanie, une grande cause nationale que reprendra et amplifiera le redoutable Hassan II.

Politiquement fermé par ces circonstances, la géographie accentue notre isolement par rapport aux frères du Nord. Le grand Sahara isole le pays et même l’enclave par rapport à un monde arabe en pleine ébullition notamment sur la question de Palestine, et qui fondamentalement, donne acte à la revendication marocaine.

Seule la voix du Combattant Suprême fait dissidence. Une voix forte, certes, une voix qui porte, une voix qui fut salutaire pour notre peuple et dont devraient toujours se souvenir les générations qui succèderont aux générations dans ce pays. Il résulte de cette double occurrence contraignante, diplomatique et géophysique, que la Mauritanie, née au sud du pays, était ouest africain, dans sa réalité géopolitique.

Les conditions même de sa survie quotidienne dictaient les orientations internationales en ces temps là, en plus de la vision diplomatique étonnamment progressiste du Premier Président de la République.

Ami presque naturel de Senghor ( même s’il l’ agaçait un peu, me confia-t-il un jour, à Nice, avant la sortie de ses Mémoires), il se sentait autrement plus proche de Ahmed Sékou Touré, Modibo Keïta ou Gamal Abdel Nasser dont il admirait leur nationalisme intransigeant.

Cependant, très vite, Mokhtar Ould Daddah entendît sortir du huis-clos ouest africain auquel pouvaient le condamner, les circonstances précitées.

Il joua donc au Chef d’orchestre d’une diplomatie tous azimuts, fortement marquée par une sensibilité de "gauche" malgré ( ou à cause de) la forte influence économique et culturelle de la France.

Il énonça sa doctrine de la Mauritanie, "pont entre le Nord et le Sud du continent" et en obtînt des résultats auxquels nul autre Chef d’État ne parviendra ( hormis la parenthèse de son ancien jeune ministre, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah).

Toute l’Afrique reconnaîtra très vite le leadership de la Mauritanie et même au-delà. L’Ouest par la France respecte ce pays sorti de nulle part et qui joue très tôt un rôle marquant dans un Tiers Monde en pleine offensive anti-impérialiste.

L’Est reconnaît le courage, voire le culot de ses engagements: Kim Il Sung le leader nord coréen, Chef d’ État ermite, fait une visite exceptionnelle à Nouakchott -encore dans les limbes.

Deng Xiao Ping, en pleine ascension politique peu avant la Révolution Culturelle est envoyé par Mao Tsè Toung en personne à Nouakchott pour plaider la cause de la Chine aux Nations Unies où le régime communiste tente de déloger celui de Taïpeh ( Taïwan). De telles prouesses qui portent notre diplomatie au firmament a une explication simple: la Mauritanie joue à plein régime sa partition de pays charnière, de pont, entre un monde arabe polarisé autour de la question palestinienne et une Afrique noire admirative de ce maure discret, efficace, qui réussit le tour de force de résister au Maroc, de soutenir l’Indépendance de l’Algérie, que le Général De Gaulle respecte malgré tout, sympathisant de Sékou Touré et ami, presque cousin à plaisanterie au futé Président Senghor.

Donc, jusqu’au début des années 70, la diplomatie mauritanienne est plutôt apaisante et équidistante, sur le front de la question nationale, au grand dam des nationalistes arabes radicaux de plus en plus mécontents de ce qu’ils pensent être des lenteurs dans les reformes d’arabisation tous azimuts qu’ils prônent, y compris sur le plan de l’environnement diplomatique du pays et dont ils savent l’enjeu qu’il représente dans la question de l’identité profonde de la Mauritanie.

Ces nationalistes arabes radicaux montent au créneau et passent à l’offensive à partir de 1966 et prônent ouvertement la rupture avec ce qu’ils disent être les tergiversations et l’esprit de compromis voire de capitulation du régime de Mokhtar Ould Daddah face aux "exigences nationales", c’est à dire leur propre projet de Grand chauvinisme parallèle au nationalisme arabe, soft, rampant d’un pouvoir qui se tourne de plus en plus au Nord et de moins en moins au Sud.

D’un État «ni maure ni noir, ni Nord ni sud mais mauritanien» que portait la vision identitaire officielle, le pays va basculer au début des années 70, à l’ère de la "repersonnalisation de l’homme mauritanien" vers une autre conception des rapports de l’État avec les communautés qui composent le pays, et pour lequel un nouveau venu sur la scène politique, le MND ( Mouvement National Démocratique) trouvera le qualificatif qui sied: chauvine.

( à suive)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.

L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.

Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.

Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.

Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des « réalités profondes du pays » et par tempérament.

Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).

Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.

D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.

Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.

Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).

Il faut constater que les rédacteurs de la « lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).

Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère (le français) que d’une langue nationale (l’arabe).

L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut « repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.

La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français. Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.

L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.

La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.

( à suivre).

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)