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Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 )

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 ) L’ évènement fondateur du Mouvement National Démocratique ( MND) fut la tuerie des ouvriers de Zoueratt le 29 mai 1968. Ces ouvriers de la MIFERMA, ancêtre de la SNIM actuelle, avaient organisé une marche pour faire valoir leurs revendications et protester contre les pratiques de discrimination vis à vis des nationaux, de la part de la direction de cette entreprise alors entièrement à capitaux privés étrangers.

La répression de la manifestation pacifique sera féroce et le » massacre du 29 mai » entrera dans l’histoire sociale et politique comme le point de départ d’une opposition de type nouveau en Mauritanie.

Sous la direction d’un jeune étudiant d’ à peine 25 ans, Sidi Mohamed Soumeyda, la contestation du régime de Mokhtar Ould Daddah, prend de l’ ampleur et balaye tout le pays à partir de cette date.

Née dans le contexte mondial d’un anti-impérialisme virulent, la contestation politique unifie des courants et sensibilités politiques divers, en particulier les mouvements politiques nationalistes arabes et négro- africains, respectivement panarabistes et panafricanistes.

A quelques exceptions, leurs principaux leaders engagent un processus de rapprochement puis de fusion autour d’un idéal désormais commun: la lutte contre l’impérialisme ( domination étrangère) et le féodalisme-esclavagisme ( domination interne) qu’ incarnaient à leurs yeux, le régime de Mokhtar Ould Daddah.

La nouvelle opposition, rompt radicalement avec toutes les approches politiques antérieures, et ne se reconnaît que dans les mouvements de résistance anti-coloniaux qui avaient surgi dans le pays et dans la sous région, tout au long du processus de colonisation de la Mauritanie, au Nord comme au Sud, au sein de toutes les communautés du pays.

Pour le jeune mouvement, l’unité du peuple est la condition de la libération nationale et sociale qui constitue son objectif fondamental. Pour cette raison, il reconnaît et proclame pour la première fois dans l’histoire politique du pays, l’existence de » quatre nationalités » comme composantes fondamentales de la nation mauritanienne en gestation, unie chacune par son histoire particulière, et se traduisant par la réalité d’une langue propre et d’une culture spécifique.

Le MND reconnaît donc l’existence d’une problématique majeure dans l’édification et la pérennité d’un Etat moderne en Mauritanie: la » Question nationale ». Le concept est d’emprunt marxiste-leniniste, doctrine phare à l »époque, dans le monde entier, en particulier dans un Tiers-Monde en pleine émergence.

Sur cette question, comme sur la plupart des autres, la confrontation avec les thèses du régime est totale. Pour ce dernier, les ethnies n’existent pas et l’ État est placé au dessus des réalités sociales.

Toute politique menée par l’État, doit donc être considérée uniquement sous l’angle de son objectif d’ utilité publique. Peu importe que certaines parties de la population doivent faire un effort bien supérieure à d’autres pour en bénéficier.

Peu importe même qu’elles en soient exclues à défaut d’être assimilées et de perdre leur singularité.

Dans cette approche utilitariste, l’usage de la langue arabe comme langue nationale exclusive rejoint la doctrine classique francaise en la matiere. Pour le MND, cette approche est inacceptable et débouche fatalement sur le chauvinisme de l’Etat au nom de la recherche utilitariste de l’uniformité.

C’est cette approche qui explique la crise identitaire qui secoue périodiquement le pays comme en 1966-67, fragilise et corrode peu à peu l’unité du peuple. L’un des tous premiers combats du Mouvement sera mené sur le front culturel.

Il consistera à revendiquer la reconnaissance des langues nationales des minorités négro-africaines jusqu’alors considérées ( comme d’ailleurs encore dans nombre de pays africains) comme des » dialectes » ou, au mieux, comme des « langues vernaculaires ».

Cette reconnaissance est placée sous l’angle de l’unité nationale et jugée à l’aune de l’ égalité de ces composantes du pays. Une forte mobilisation est organisée autour de cette question qui, pour la première fois, est envisagée dans une perspective autre que celle du partage de pouvoir entre les fractions dominantes ( » bourgeoisies bureaucratiques et compradores ») au sein du pouvoir d’État.

En imposant le débat public sur la question, le Mouvement articule sa propre conception autour de l’exigence de dépasser toute approche particulariste, arabe ( nationalisme chauvin majoritaire) ou négro-africaine ( nationalisme étroit minoritaire) fondée sur la mise en avant exclusive de sa seule nationalitè ( ethnie) à l’exclusion des autres.

Pour le MND, tout nationalisme doit être patriotique, c’est-à dire guidé par le souci de préserver l’unité du pays, dans l’intérêt de chacune de ses composantes et dans l’intérêt de tous.

Il considère comme nécessaire que la lutte pour les intérêts de chaque communauté ethno-linguistique soit intégrée dans le cadre plus vaste du combat pour l’émancipation du peuple mauritanien.

Sur le plan pratique, le Mouvement considérera comme une exigence de l’État, la promotion et le développement de toutes les langues nationales, comme langues d’enseignement et d’administration publique.

Pour cette raison, il défendra fermement, l’usage des caractères latins pour la transcription des langues pular, Wolof et soninke au moment où les nationalistes arabes voulaient leur imposer les caractères arabes, sans tenir compte des besoins d’ouverture extérieure de ces langues dont nombre de leurs locuteurs utilisaient déjà les caractères latins officialisés par les organisations internationales comme l’Unesco.

Au debut des années 70, dans le sillage des puissantes luttes politico-syndicales dirigées par le MND, naît et se développe également, un vaste courant culturel patriotique au sein des communautés négro-africaines dans le cadre duquel émergeront des figures emblématiques et pionnières comme Diop Mourtodo, Kane Saidou, Sarr Ibrahima, Dia Amadou Oumar etc…., qui furent à des degrés divers des militants et même des cadres supérieurs de ce mouvement, en ces temps là.

Un des apports décisifs du MND dans l »histoire politique de la Mauritanie est d’avoir pu apporter une autre perspective d’analyse et d’action politique dans ce pays, qui rompe avec ce qui avait cours jusqu’alors et qui, au final, a pu tracer, même à grands traits, les principaux termes de réponse viable à cette question nationale si évolutive et si prompte à faire l’objet des pires manipulations. Et donc si potentiellement dangereuse.

Gourmo Abdoul Lo

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3)

Gourmo Abdoul Lo :Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3) La Mauritanie s’est créée au sud. Littéralement. Saint-Louis était encore sa capitale administrative lors de son accession à l’ indépendance.

Au plan politique et diplomatique, comme au plan économique et social, la densité de nos rapports avec le Mali à l’est et le Sénégal au sud n’ a d’égale que la maigreur de ces mêmes rapports avec son flanc nord. En 1960-61, l’Algérie est dans sa grande guerre de libération nationale et, envers et contre tout, le Président Mokhtar Ould Daddah soutient la lutte du peuple algérien au risque de déplaire à la France du Général de Gaulle.

Le Maroc, auréolé du prestige du Roi progressiste Mohamed V, fait de la revendication d’annexion de la Mauritanie, une grande cause nationale que reprendra et amplifiera le redoutable Hassan II.

Politiquement fermé par ces circonstances, la géographie accentue notre isolement par rapport aux frères du Nord. Le grand Sahara isole le pays et même l’enclave par rapport à un monde arabe en pleine ébullition notamment sur la question de Palestine, et qui fondamentalement, donne acte à la revendication marocaine.

Seule la voix du Combattant Suprême fait dissidence. Une voix forte, certes, une voix qui porte, une voix qui fut salutaire pour notre peuple et dont devraient toujours se souvenir les générations qui succèderont aux générations dans ce pays. Il résulte de cette double occurrence contraignante, diplomatique et géophysique, que la Mauritanie, née au sud du pays, était ouest africain, dans sa réalité géopolitique.

Les conditions même de sa survie quotidienne dictaient les orientations internationales en ces temps là, en plus de la vision diplomatique étonnamment progressiste du Premier Président de la République.

Ami presque naturel de Senghor ( même s’il l’ agaçait un peu, me confia-t-il un jour, à Nice, avant la sortie de ses Mémoires), il se sentait autrement plus proche de Ahmed Sékou Touré, Modibo Keïta ou Gamal Abdel Nasser dont il admirait leur nationalisme intransigeant.

Cependant, très vite, Mokhtar Ould Daddah entendît sortir du huis-clos ouest africain auquel pouvaient le condamner, les circonstances précitées.

Il joua donc au Chef d’orchestre d’une diplomatie tous azimuts, fortement marquée par une sensibilité de "gauche" malgré ( ou à cause de) la forte influence économique et culturelle de la France.

Il énonça sa doctrine de la Mauritanie, "pont entre le Nord et le Sud du continent" et en obtînt des résultats auxquels nul autre Chef d’État ne parviendra ( hormis la parenthèse de son ancien jeune ministre, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah).

Toute l’Afrique reconnaîtra très vite le leadership de la Mauritanie et même au-delà. L’Ouest par la France respecte ce pays sorti de nulle part et qui joue très tôt un rôle marquant dans un Tiers Monde en pleine offensive anti-impérialiste.

L’Est reconnaît le courage, voire le culot de ses engagements: Kim Il Sung le leader nord coréen, Chef d’ État ermite, fait une visite exceptionnelle à Nouakchott -encore dans les limbes.

Deng Xiao Ping, en pleine ascension politique peu avant la Révolution Culturelle est envoyé par Mao Tsè Toung en personne à Nouakchott pour plaider la cause de la Chine aux Nations Unies où le régime communiste tente de déloger celui de Taïpeh ( Taïwan). De telles prouesses qui portent notre diplomatie au firmament a une explication simple: la Mauritanie joue à plein régime sa partition de pays charnière, de pont, entre un monde arabe polarisé autour de la question palestinienne et une Afrique noire admirative de ce maure discret, efficace, qui réussit le tour de force de résister au Maroc, de soutenir l’Indépendance de l’Algérie, que le Général De Gaulle respecte malgré tout, sympathisant de Sékou Touré et ami, presque cousin à plaisanterie au futé Président Senghor.

Donc, jusqu’au début des années 70, la diplomatie mauritanienne est plutôt apaisante et équidistante, sur le front de la question nationale, au grand dam des nationalistes arabes radicaux de plus en plus mécontents de ce qu’ils pensent être des lenteurs dans les reformes d’arabisation tous azimuts qu’ils prônent, y compris sur le plan de l’environnement diplomatique du pays et dont ils savent l’enjeu qu’il représente dans la question de l’identité profonde de la Mauritanie.

Ces nationalistes arabes radicaux montent au créneau et passent à l’offensive à partir de 1966 et prônent ouvertement la rupture avec ce qu’ils disent être les tergiversations et l’esprit de compromis voire de capitulation du régime de Mokhtar Ould Daddah face aux "exigences nationales", c’est à dire leur propre projet de Grand chauvinisme parallèle au nationalisme arabe, soft, rampant d’un pouvoir qui se tourne de plus en plus au Nord et de moins en moins au Sud.

D’un État «ni maure ni noir, ni Nord ni sud mais mauritanien» que portait la vision identitaire officielle, le pays va basculer au début des années 70, à l’ère de la "repersonnalisation de l’homme mauritanien" vers une autre conception des rapports de l’État avec les communautés qui composent le pays, et pour lequel un nouveau venu sur la scène politique, le MND ( Mouvement National Démocratique) trouvera le qualificatif qui sied: chauvine.

( à suive)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.

L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.

Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.

Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.

Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des « réalités profondes du pays » et par tempérament.

Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).

Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.

D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.

Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.

Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).

Il faut constater que les rédacteurs de la « lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).

Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère (le français) que d’une langue nationale (l’arabe).

L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut « repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.

La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français. Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.

L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.

La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.

( à suivre).

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie…

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie… La dénonciation du chauvinisme, désormais organiquement associé au racisme du régime, par les forces démocratiques et patriotiques, a suivi la courbe d’intensité des politiques identitaires suivies depuis l’accession de notre pays à l’indépendance formelle en 1960.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, héritier certes toujours récalcitrant du colonialisme, a mis en œuvre la vision française dominante en matière d’identité de l’Etat : uniformité, unicité, assimilation.

C’est la même idéologie française qui va s’implanter partout, dans la quasi-totalité des États anciennement sous domination française: refus systématique de reconnaissance du multiculturalisme, rejet parfois brutal de la diversité, déni éhonté des réalités communautaires ethnolinguistiques.

Dans nombre de ces pays, pour ne pas dire, partout, cette approche assimilationniste ira jusqu’ à la négation pure et simple des langues africaines qualifiées dans le meilleur des cas, de « langues vernaculaires » (c’est- à dire folkloriques) au profit du français, langue de l’élite en grande partie néo-colonisée, au service d’États structurellement soumis et dédiés à une emprise étrangère multiforme.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, pour sa part, dés avant même l’indépendance, sera soumis à une logique spécifique, imposée par l’exigence de « partage du gâteau » entre les membres d’une élite multiculturelle, aspirant chacun, au nom de » sa » communauté, à accéder à la rente étatique que consistent les hauts postes de l’administration publique.

C’est le début de la course à l’échalote, où les candidats à ces postes juteux (prestige, biens matériels) se bousculent pour » représenter » leurs communautés, leurs tribus et/ ou castes sans être mandatés par aucune de ces communautés, étant donné que le système politique nouveau n’était pas démocratique mais au contraire de type autoritaire classique.

Pour s’en sortir et éviter les problèmes sans fin de » cohabitation » au sein du groupe dominant multi- ethnique, les hommes politiques de l’époque vont finir par instaurer une règle non écrite de » partage » du pouvoir, suivant des quotas, entre les arabes ( à l’exclusion des hrattines socialement rejetés par tous) et les négro- africains (3/4 pour les uns et 1/4 pour les autres) avec bien sûr une fluctuence plus ou moins grande suivant les circonstances.

Mais cette politique de partage du pouvoir de l’élite sera constamment sous surveillance des uns et des autres puisqu’il s’agit d’une alliance globalement instable, dominée par une sourde rivalité de type hégémonique.

Alliance et rivalité: telle sont les deux formes essentielles des rapports entre les membres des communautés ethniques auto- cooptés et auto-proclamés représentants de ces communautés.

La fameuse » Question Nationale » fut donc à l’origine (Congrès d’Aleg, etc ) une question posée par les rapports de partage de pouvoir au sein de l’élite dominante du pays.

Voilà la raison pour laquelle elle va d’abord revêtir une forme bureaucratique (quels postes et à qui) et culturelle (en quelle langue l’État devrait- elle s’exprimer?). On comprend, dans ces conditions, quel enjeu central va représenter le problème de la langue officielle et de son usage dans la vie publique.

Dans les autres pays voisins, le français. En Mauritanie, la question sera au cœur de la problématique de la coexistence nationale et alimentera peu à peu, la dynamique de crise de l’unité nationale du pays qui ira en s’amplifiant, du milieu des années 60 à nos jours.

( à suivre)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-Allah

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-AllahLe Calame entame à partir d’aujourd’hui, en exclusivité, la publication des bonnes feuilles du nouveau livre de M. Moussa Hormat-Allah, intitulé :

«Conflit du Sahara : Dans le premier cercle de Driss Basri, l’ancien ministre marocain de l’Intérieur ».
Ce livre sortira très prochainement.

Note de l’auteur

L’étude qui suit a été adressée concomitamment à SM le Roi Mohamed VI par le biais de M. Mohamed Yassine Mansouri, directeur général de la DGED et à SEM Mohamed ould Abdelaziz, président de la République par l’intermédiaire de M. Moulaye ould Mohamed Laghdaf, alors ministre, secrétaire général de la Présidence.

Ce rendez-vous avec l’ancien premier ministre a été pris par mon frère et ami, M. Mohamed Yehdhih ould Mokhtar El Hassan, ancien ministre de l’Intérieur. Dans l’intérêt bien compris des pays de la sous-région, d’autres études stratégiques ont été adressées, par la suite, aux deux chefs d’Etat précités.

L’ETUDE

Dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. Car la prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’un évènement donné. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet évènement. Ceci est d’autant plus important si cet évènement peut menacer l’avenir ou le devenir d’un ou plusieurs Etats.

Dans cette optique, et au-delà des contingences du présent, il est permis de réfléchir sur ce que seront, demain, les rapports de l’Algérie avec ses voisins.

Cette projection dans le futur doit, naturellement, se faire sur la base d’éléments d’appréciation géopolitiques et géostratégiques précis ou prévisibles. Dans le cas d’espèce, c’est-à-dire celui de l’Algérie, on devra prendre en compte tous les paramètres présents ou à venir à partir de la vision que l’on s’en fait à Alger.

L’hégémonisme algérien : une revanche sur l’adversité

Est-il besoin de rappeler cette vérité élémentaire : tout Etat a, en principe, une stratégie pour conduire sa politique étrangère et assurer, le cas échéant, sa présence et son rayonnement dans sa zone d’influence.

Du reste, la volonté d’hégémonisme de l’Algérie est revendiquée et assumée officiellement. A ce sujet, on se rappelle le fameux discours du président Boumediene où il a martelé avec vigueur : « Tout ce qui se passe entre Le Cap et Le Caire doit avoir l’aval d’Alger ».

En clair, Boumediene assigne à l’Algérie un objectif précis : le leadership panafricain.

Il va sans dire, que si on est animé par une telle volonté de leadership continental, on doit, en toute bonne logique, avoir la même ambition sur le plan sous-régional.

Par-delà les longues et douloureuses périodes d’occupation notamment turque et française, les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont, probablement, nées de deux événements qui ont marqué l’histoire récente de ce pays. Ces événements ont traumatisé les Algériens et ont forgé, dans la douleur, la conscience collective de ce peuple.

Au premier chef, les massacres de Sétif dans le Constantinois algérien en 1945 où les forces françaises ont exécuté de sang-froid plus de quarante-cinq mille algériens (45.000) à la suite d’une manifestation pacifique pour réclamer l’indépendance du pays.

Traumatisé par la vue de ce spectacle macabre, l’écrivain algérien Kateb Yacine, alors lycéen témoigne : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que j’ai ressenti devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme(…) ».

Au lendemain de ces massacres, les chefs historiques du FLN entrèrent en dissidence et prirent le maquis. D’abord Krim Belkacem, suivi peu après par Aït Ahmed, Ben Bella

Le deuxième évènement marquant, est la débâcle de la jeune armée algérienne en 1963 lors de la guerre des sables qui l’opposa à l’armée marocaine.

Pour conjurer ce passé traumatisant, l’ANP (l’Armée Nationale Populaire) s’est assignée pour mission de s’ériger en rempart pour que les Algériens ne revivent jamais plus Sétif ou Hassi Beïda. Ce qu’ils appellent communément la « Hougra ».

Source de fierté nationale et symbole d’une revanche sur l’adversité, l’ANP est une institution vénérée où se reconnaissent tous les Algériens.

L’Etat lui a accordé une priorité absolue pour la mettre dans des conditions optimales de combat en cas de conflit.

On a calculé qu’entre 2000 et 2015, ses seuls achats d’armement se sont élevés à 150 milliards de dollars et ce, à raison d’une moyenne de 10 milliards de dollars par an.

Selon le rapport publié le 18 mars 2013 par l’institut d’études stratégiques de Stockholm, l’Algérie a fait son entrée parmi les 6 pays importateurs majeurs d’armes au monde.

Bien qu’elle ait diversifiée ses sources d’approvisionnement, l’Algérie est restée, par ailleurs, le leader en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière d’acquisition d’armement russe.

Nous donnerons plus loin, un aperçu sur cet impressionnant arsenal militaire algérien. Mais déjà une double question vient tout de suite à l’esprit : L’Algérie veut-elle se défendre contre qui ? Ou, à l’inverse, l’Algérie veut-elle attaquer qui ?

A la première question la réponse est aisée. L’Algérie pourrait vouloir se défendre contre ses voisins.

On conviendra facilement que ni la Tunisie, ni la Mauritanie, ni le Mali, ni le Niger, ni la Libye ne peuvent constituer pour elle aucune sorte de menace. Chacun de ces États a déjà procédé avec elle à la ratification et au bornage des frontières communes. Ce sont, de surcroit, des pays qui se trouvent, pour la plupart, dans la mouvance d’Alger.

Reste le Maroc. Alger est bien conscient que les rapports de force militaire –sur le papier – avec Rabat sont largement en sa faveur bien que le Maroc dispose d’une puissante armée avec des officiers de grande valeur. Du reste, Hassan II a déjà répondu, sous forme de boutade, à cette question : « On n’a jamais vu une Monarchie menacer une République ».

Il faut souligner que les deux pays n’ont pas accordé le même intérêt à leur armement. En schématisant, on peut dire que le Maroc s’est occupé de son développement économique sans se soucier outre mesure de la protection de son territoire. L’Algérie, pour sa part, s’est occupée de la protection de son territoire sans se soucier outre mesure de son développement économique.

Pas de méprise. Par sa puissance militaire inconsidérée, l’Algérie vise un double objectif : s’imposer certes comme une superpuissance africaine mais surtout imposer, dans la foulée, son diktat au Maroc en vue d’une nouvelle redistribution des cartes sur le plan géopolitique. Pour ce faire, la stratégie d’Alger est simple : affaiblir durablement le royaume chérifien, son rival potentiel et, accessoirement, fragiliser ses autres voisins notamment la Mauritanie et le Mali. Mais au fait, l’Algérie a-t-elle les moyens militaires de son ambition ?

L’ANP : des moyens humains et matériels qui dépassent largement les besoins de défense de l’Algérie

Selon le très sérieux Global Fire Power, le site spécialisé dans l’armement des grandes puissances militaires mondiales, l’Algérie possède la deuxième armée la plus puissante d’Afrique et du monde arabe, juste derrière l’Egypte et avant l’Afrique du Sud. Dans son classement de 2015, le Global Fire Power détaille l’arsenal militaire algérien : 448 avions de combat (dernière génération), 975 chars de combat (neufs), 60 navires de guerre…

Global Fire Power révèle aussi que l’Algérie dépense en moyenne, 10 milliards de dollars par an pour ses achats d’armement.

Si l’arsenal militaire algérien est impressionnant, les effectifs de l’ANP le sont tout autant. Selon cette même publication de référence citée plus haut, l’armée algérienne compte 512.000 militaires de carrière et 400.000 réservistes. En gros, un million de soldats entre actifs et réservistes. Les 512.000 militaires de carrière sont répartis comme suit :

- Les effectifs des 3 armées (terre, air et mer) (255.000)

- Les effectifs de la Gendarmerie nationale (180.000) ;

- Les effectifs des forces autonomes dites de « Défense aérienne du territoire » auxquels s’ajoutent les effectifs du Département du renseignement et de la sécurité et ceux de la Garde républicaine (77.000).

Rappelons, au passage, que la population totale de l’Algérie avoisine les 40 millions. L’Algérie est le deuxième pays arabe le plus peuplé après l’Egypte. Par ailleurs, avec la partition du Soudan, l’Algérie est devenue le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et de tout le bassin méditerranéen.

Ces effectifs de l’armée algérienne sont d’autant plus impressionnants que l’ANP ne compte plus dans ses rangs que des soldats de métier. En effet, depuis le début des années 2000, l’Algérie a opté pour la professionnalisation des armées et l’abandon de la conscription. L’Algérie a remédié ainsi à ce qui était naguère le talon d’Achille de l’ANP. Il est bien loin le temps où celle-ci était constituée de maquisards sans grande expérience du combat, avec un armement rudimentaire.

Il n’est pas question ici de faire une étude exhaustive de l’arsenal militaire algérien. Des centaines de pages ne suffiraient pas pour le détailler. Aussi, nous nous contenterons d’en donner un aperçu, à titre indicatif.

L’armée de l’air :

Avions de combat :

Tous les instituts d’études stratégiques : Stockholm, Londres, Washington…sont unanimes pour dire que l’Algérie dispose de plus de 450 avions de combat dernière génération. L’armée de l’air algérienne est équipée d’avions de combat essentiellement russes : SU-34, SU-30MK, SU-30 MS, MIG 29, MIG 31, …

Ces aéronefs, fleurons de l’aviation russe, ont été achetés pour remplacer les vieux SU-24 et autres MIG déclassés.

L’armée de l’air algérienne dispose aussi d’avions espions (rayon 3000 kms), de drones et de stations d’écoutes et de détection très sophistiquées pour la surveillance du territoire national avec un système d’alerte qui prévient de toute violation des frontières.

Hélicoptères et avions militaires de transport :

L’armée de l’air algérienne dispose de centaines – je dis bien de centaines – d’hélicoptères de combat et d’hélicoptères de transport lourd. Elle dispose, par ailleurs, d’une cinquantaine d’avions de transport gros porteurs de matériel et de troupes de divers types…

L’Algérie possède aussi des avions ravitailleurs…

Missiles balistiques :

L’Algérie dispose d’un grand nombre de rampes de lancement de missiles balistiques SCUD (mobiles ou fixes) d’une portée de 1000 kms.

Certains responsables algériens affirment, en privé, qu’ils ont les moyens militaires de mettre le Maroc à genou sans qu’aucun soldat de l’ANP n’ait franchi la frontière commune. Ils expliquent ainsi que toutes les grandes villes marocaines de Tanger à Laayoune en passant par Fès, Rabat, Casablanca, Marrakech ou Agadir sont à la portée de leurs missiles balistiques SCUD (mobiles et fixes), sans parler de l’appoint de leurs sous-marins, tapis dans les profondeurs de la Méditerranée et de l’Océan atlantique.

En dehors de cette menace potentielle sur les grandes agglomérations, ces responsables algériens affirment aussi être en mesure de détruire l’économie marocaine en attaquant toujours à partir de l’Algérie et par les mêmes moyens les principaux sites stratégiques du royaume : barrages, ports, aéroports, centrales électriques, dépôts de carburants, etc.

Dans la foulée, on affirme aussi à Alger qu’en cas de conflit avec le Maroc, la psychose qui s’emparera ainsi des populations marocaines sera leur principal allié. Avec l’espoir d’une fragilisation du régime provoquée notamment, selon eux, par des troubles sociaux, une montée probable de certains périls qui couvent : intégrisme religieux, velléités sécessionnistes de certaines régions du royaume et autres menaces internes diffuses.

Missiles de défense aérienne :

Outre toute la panoplie classique de missiles conventionnels de défense anti-aérienne, l’Algérie s’est dotée de nouveaux missiles russes d’une efficacité redoutable. Il s’agit des S-300 et des S-400. Après les S-300 acquis en 2011, l’Algérie a acheté à la Russie des missiles S-400.

«Le S-400 est un système de défense antiaérienne et antimissiles mobiles. Ces systèmes sont composés de missiles de défense aérienne de moyenne portée qui peuvent être déployés à une large échelle. Ils sont capables de guider 72 missiles engagés contre 36 cibles simultanées dans un rayon de 400 kms et d’abattre toutes cibles aériennes, avions, missiles de croisière ou de drones jusqu’à une altitude de 30 kms.

Pour les Occidentaux, le S-400 est le meilleur missile de défense aérienne au monde. Il est largement supérieur à son concurrent américain, le fameux missile anti-missile Patriot PAC3. On le surnomme le super-Patriot russe.

La portée du S-400 est de 400kms (soit le double du Patriot américain) et peut atteindre une altitude de 30kms.

Le S-400 peut intercepter des missiles d’une portée de 3.500 kms, jusqu’à des vitesses de plus de Mach 15. Le système S-400 peut également tirer un missile plus léger, conçu pour l’interception des missiles de croisière, volant à basse altitude. »


Pour montrer la redoutable efficacité des S-400, il faut se rappeler qu’au moment où la Russie s’apprêtait à vendre ces missiles à l’Iran, les Etats-Unis ont tout fait pour faire échouer cette transaction. Ils sont même allés jusqu’à faire, en guise de compensation, d’importantes concessions en faveur de Moscou.

Car Washington est bien consciente qu’avec les S-400, les espaces aérien, terrestre et maritime de l’Iran deviendront inviolables. Et le programme nucléaire iranien pourra alors se poursuivre en toute impunité et les menaces récurrentes israéliennes de détruire les sites nucléaires iraniens relèveraient alors du domaine des vœux pieux.

Il faut rappeler que la ville de Moscou et les sites stratégiques en Russie sont protégés par des batteries de missiles S-400.

Outre, les S-300 et les S-400, l’Algérie dispose aussi de missiles TOR-M2 et BUK-M2, lesquels sont tout aussi redoutables que les S-400.

« Le système tactique TOR-M2 assure la protection des sites d’importance stratégiques contre les frappes de missiles antiradars, de croisière, de drones, de bombes guidées, d’avions et d’hélicoptères. Le système TOR-M2 n’a pas d’équivalent au monde.

Une batterie de missiles TOR-M2 comprend quatre rampes de lancement mobiles capables d’abattre 16 cibles évoluant de tous côtés à une vitesse de plus de Mach 2 à une distance de 12 kms et à une altitude de 10 kms. Ce système est opérationnel par tout temps, de jour comme de nuit ».


Avec les systèmes, S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire national algérien, villes et sites stratégiques, est complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

A ce sujet, Menadéfense écrit : « La défense aérienne du territoire algérien a connu une véritable révolution ces dix dernières années, propulsant l’Algérie dans la catégorie des pays les plus en avance dans le domaine ».

Tous ces missiles y compris les missiles balistiques SCUD sont déployés essentiellement dans la 2ième région militaire (Oran) et la 3ième région militaire (Béchar) qui abrite la 250e compagnie de missiles de défense anti-aérienne longue portée. En d’autres termes, ces missiles sont pointés vers le Maroc, le Sahara et la Mauritanie, théâtres potentiels d’un conflit armé.

La marine de guerre :

L’Algérie possède 60 navires de guerre et attend la livraison prochaine de 26 autres. Soit au total une armada de près de 100 navires de guerre.

La marine algérienne dispose d’un navire-amiral – ce qui est rare pour un pays en développement avec toute son escorte habituelle de sécurité et de ravitaillement.

Elle dispose aussi d’un porte-hélicoptères, de dizaines de frégates, de corvettes équipées de missiles SS-N, de vedettes, de lance-missiles (SSM Styx), de lance-torpilles, de dizaines de patrouilleurs de tous types, de dragueurs de mines, etc.

Les bâtiments de la marine de guerre algérienne sont équipés de missiles antimissiles.

L’Algérie a acheté à l’Italie un bâtiment de projection de type San Giorgio. Ce bâtiment peut mener des opérations amphibies, de soutien logistique et pourra même servir de plate-forme anti-sous-marins.

La marine algérienne dispose aussi de :

6 sous-marins de type Kilo :

2 Class Kilo 877 EKM

4 Classe Kilo 636 M

D’embarcations de débarquement ;

De bombardiers SU-24 MK pour les missions de soutien

De SU-30 et B-200 T pour les missions de reconnaissance ;

D’hélicoptères Ka-32, utilisés notamment pour la détection de sous-marins ;

La défense côtière est équipée de batteries mobiles CSS-C-2 et de batteries mobiles Kh-35 E.

La marine de guerre algérienne dispose de systèmes IFF permettant de différencier les appareils amis et ennemis, qu’il s’agisse de navires ou d’avions de combat…

Parlant de la marine de guerre algérienne, les experts de l’OTAN affirment à l’unisson que la « La flotte algérienne devra être prise au sérieux en Méditerranée ».

L’armée de terre :

L’armée de terre algérienne dispose d’une panoplie d’armements qui va du simple fusil d’assaut au missile le plus sophistiqué et du simple transport de troupes blindé aux chars de combat les plus performants.

Bien qu’officiels, les chiffres qui suivent datent de 2011 et sont probablement bien en deçà de la réalité car les États, secret défense oblige, ont une propension à minorer leur arsenal militaire.

En dehors des 975 chars neufs cités plus haut, l’armée de terre algérienne possède d’autres chars de combat de différents types :

6OO chars T-90

500 chars T-72

300 chars T-62

200 chars T-55…

L’Algérie a fait don au Polisario de beaucoup de matériel militaire reformé comme les chars T-52, T-62, pièces d’artillerie…

L’armée de terre algérienne possède 685 véhicules de transport de troupes de type BM P-1 et plus de 1200 autres véhicules de transport de troupes de différents types.

Elle possède aussi des milliers d’automitrailleuses, de lance-roquettes multiples, de pièces d’artillerie, de mortiers de différents types et de différents calibres. Elle possède également 500 blindés anti-aériens ZSU-23-3 et autres.

L’armée algérienne a passé, par ailleurs, en août 2013 deux commandes, l’une pour l’acquisition du fameux BMPT Terminator et l’autre pour l’acquisition de chars T-90 SA.

« Le BMPT (Terminator) est le premier blindé destiné uniquement à la protection des blindés. Aucun autre blindé au monde n’est spécifiquement conçu pour assurer ce type de mission ».

Le Terminator est appelé : « garde du corps des chars ». Il est doté d’un blindage spécial et est armé notamment de lasers.

Enfin, il faut noter que le génie militaire algérien possède d’énormes moyens logistiques.

L’Algérie crée sa propre industrie d’armement pour faire face à tout éventuel embargo sur les armes

Nous venons de faire une énumération non exhaustive de l’armement algérien. Mais le point le plus important à souligner, c’est que l’Algérie a créé sa propre industrie nationale d’armement.

En effet, dès 1980, l’Algérie a élaboré une stratégie pour assurer l’autonomie de l’ANP par rapport à l’étranger. Alger veut ainsi éviter toute dépendance de l’étranger notamment en cas d’embargo sur les armes comme ce fut le cas lors de la guerre civile en Algérie en 1991 après que la victoire électorale du FIS fut annulée par l’armée.

Avant 2000, l’industrie militaire algérienne était modeste et non concurrente. L’ANP produisait sur place des équipements militaires légers sous licence russe et chinoise. Depuis, les choses ont bien changé. La production locale de l’armement est assurée par la Direction des Fabrications Militaires (DFM).

Dans les usines de la DFM, on produit différents types de matériel et d’équipements militaires :

« Pistolets mitrailleurs, fusils à pompe, fusils mitrailleurs, pistolets automatiques, pièces de rechange et d’outillages…

Paratonnerres, groupes électroniques, stands de tirs, matériel d’intendance, matériel paramédical,…

Grenades, mines antichars…

Véhicules de transport de troupes (BCL M-5), véhicules blindés de combat d’infanterie qui sont fabriqués à la Base centrale de logistique dans la ville de Blida.

Remorques porte-engins, camions-ateliers, camions frigorifiques, moyens d’emport et de stockage d’eau et de carburant, camions anti-incendie…

Avions légers biplace (FErnas-142), avions légers quadriplace (Safir-43),…fabriqués par l’entreprise aéronautique non loin de la ville d’Oran.

Drones. Les drones algériens sont du type HALE (haute altitude, longue endurance). Ils peuvent voler à une altitude de 7000 mètres avec une autonomie de 36 heures.

Corvettes Classe Djebel Chenoua et patrouilleurs Classe Kébir, fabriqués pour les besoins de la Marine nationale algérienne à la base navale de Mers el-Kébir, dans la banlieue d’Oran. Mers el-Kébir, il faut le rappeler, est la plus grande base aéronavale de la Méditerranée.

Matériel électronique de dernière génération, à usage sécuritaire et militaire, des appareils de communication tactiques et des radars de détection et de surveillance, fabriqués par l’usine de la Société Commune Algérienne de fabrication de Systèmes Electroniques (Scafse) basée à Sidi Bel Abbés. »


Pour promouvoir davantage son industrie militaire, l’Algérie a signé des accords de partenariat avec plusieurs pays…

Pour l’observateur averti, Alger prépare déjà la guerre

Avec les développements qui précèdent, on a pu se faire une idée sur l’imposant arsenal militaire dont dispose l’ANP. Il va sans dire que cet arsenal dépasse largement les besoins de défense de l’Algérie. Dès lors, une question s’impose tout naturellement : Pourquoi tant d’armes ?

Nous avons déjà, au début de cette étude, donné un commencement d’explication à ce phénomène.

Quand on consent tant de sacrifices et qu’on investit tant d’argent dans une affaire déterminée, c’est qu’on a bien un objectif précis à atteindre. Cet objectif est du reste connu. Pourquoi alors continuer à tourner autour du pot ? D’autant que les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont désormais un secret de polichinelle.

Les gouvernements algériens eux-mêmes ne s’en cachent plus. Tout l’arsenal militaire algérien est mis au service d’un seul objectif : la grandeur et le rayonnement de l’Algérie.

L’Algérie cherche ainsi à imposer son diktat à l’ensemble des pays de la sous-région. Pour Alger, ces pays doivent se placer, bon gré, mal gré, dans sa mouvance.

Dans cette optique, le Maroc, la Mauritanie, le Mali….sont voués à devenir de simples wilayas où tout ce qui est important doit être décidé à partir d’Alger, la nouvelle métropole.

L’affaire du Sahara pourra être la carte maîtresse dans la stratégie de l’Algérie. Cette stratégie est, probablement, axée autour de deux points :

Affaiblir durablement le Maroc d’une part et, d’autre part, fragiliser la Mauritanie et le Mali.

Par Polisario interposé, fédérer sous la bannière de l’Algérie tous les Maures de la sous-région. On verra plus loin comment.

Mais avant de poursuivre, une brève digression. L’auteur de ces lignes n’a aucune animosité ni envers l’Algérie ni envers le Polisario. Il a une immense admiration pour la lutte héroïque menée par le valeureux peuple algérien pour son indépendance.

Quant au Polisario, il y compte certains amis dont des membres fondateurs de ce mouvement. Il a même un lien de parenté avec son chef, M. Brahim Ghali dont la grand-mère est une cousine, issue de la tribu des Oulad Ebeïri.

Sur un plan personnel, on peut être pour ou contre la cause sahraouie. Mais là n’est pas la question. C’est dire que l’unique objet de cette étude et de celles qui suivront n’est rien d’autre que de mettre en exergue toutes les données du conflit du Sahara pour l’appréhender dans ses multiples dimensions : militaire, politique, sociologique et culturelle afin de lui trouver une solution consensuelle qui agrée toutes les parties. Cette parenthèse refermée, reprenons le cours de nos développements.

Installer le Polisario au Sahara est, probablement, le point focal dans la stratégie d’Alger

S’agissant du Maroc, les stratèges algériens pensent que la situation au Sahara de « ni paix ni guerre » qui dure depuis 40 ans, a rendu exsangue l’économie marocaine. La course effrénée à l’armement qu’ils ont imposé à coups de milliards de dollars, ne permet pas au royaume chérifien de suivre. Pour eux, la situation est à présent propice à un dénouement en leur faveur. Comment ?

En provoquant directement ou indirectement une étincelle qui pourra mettre le feu aux poudres. Cette étincelle pourra venir, soit à la suite d’un incident frontalier entre le Maroc et l’Algérie où chaque partie rejetterait la responsabilité sur l’autre, soit par une reprise des hostilités entre le Maroc et le Polisario au Sahara avec, comme à Amgala en 1976, l’engagement de l’ANP aux côtés des Sahraouis.

La perte éventuelle du Sahara constituerait alors une nouvelle donne géopolitique qui servira de fer de lance à la stratégie d’Alger dans la sous-région.

D’autant que les Algériens pensent qu’une fois le Polisario installé au Sahara à la faveur d’une victoire militaire algérienne sur le terrain, le Maroc se retrouverait alors en porte-à-faux avec le Droit international, car pour l’ONU, le Sahara n’est pas une partie intégrante du royaume.

D’autre part, les Algériens sont aussi conscients qu’en cas de conflit armé entre le Maroc et l’Algérie au Sahara, les risques d’une intervention étrangère française, américaine ou autre en soutien à Rabat, sont quasi nuls. Pourquoi ?

Cette intervention – si tant est qu’elle puisse être envisagée – ne pourra se faire que de deux façons : soit à la suite d’une résolution du Conseil de sécurité dans le cadre du chapitre 7 de la charte de l’ONU, soit à la suite d’une action militaire unilatérale qui transgresserait la légalité internationale. Dans un cas comme dans l’autre, elle a de faibles chances d’aboutir.

Dans le premier cas, celui du Conseil de sécurité, le véto russe en faveur de l’Algérie sera acquis d’office. Car l’Algérie est le premier acheteur d’armes russes en Afrique et au Moyen-Orient et l’on sait que l’acquisition d’armement équivaut, dans la pratique, à un soutien politique et diplomatique, au pays client. Surtout, s’il s’agit d’un client, en l’occurrence l’Algérie, qui a déjà acheté chez son fournisseur russe pour des centaines de milliards de dollars d’armes.

Dans le deuxième cas, celui d’une éventuelle intervention armée menée de l’étranger, il faut tout de suite dire que celle-ci est peu probable pour deux raisons : d’abord, il n’y a aucun enjeu stratégique majeur pour l’Occident ; deuxièmement et surtout, son prix en vies humaines sera très élevé.

Car avec les systèmes S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire algérien, villes et sites stratégiques, est en principe, complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

Enfin, il faut noter que l’accord de défense qui lie le Maroc et la France ne pourra pas être mis en œuvre car Paris se retrouvera en porte-à-faux avec la légalité internationale mais aussi et surtout, son coût en vie humaines sera très élevé pour la partie française.

C’est dire que les belligérants – Maroc et Algérie – seront livrés à eux-mêmes et seul le rapport des forces sur le terrain déterminera l’issue de la guerre.

Les Algériens affirment, en privé, qu’en cas de conflit armé avec le Maroc, la monarchie sera fortement ébranlée. Car le consensus national autour de l’affaire du Sahara est le ciment de l’unité autour du Roi.

Pour les Algériens, le Maroc a annexé le Sahara au mépris du Droit international et quelques grands que soient les investissements et les infrastructures qu’il a réalisés dans l’ancienne colonie espagnole, ou le nombre de Marocains qu’il a installés sur place, cela ne lui confère nullement un titre de propriété sur ce territoire.

Pour les Algériens, le Sahara appartient aux Sahraouis et ils ont la ferme intention, le moment venu, de les y installer même au prix d’une deuxième guerre des sables qu’ils pensent remporter facilement.

Le plan algérien ?

Mais pas de méprise. En installant le Polisario au Sahara, il va sans dire que les Algériens cherchent à instrumentaliser les indépendantistes sahraouis pour servir leur propre dessein dans la sous-région. Avec un objectif : reléguer le Maroc au second plan et fédérer, à terme, les Maures des pays voisins et les placer dans le sillage d’Alger.

Au Nord, on expliquera aux Maures de Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag – provinces sous souveraineté marocaine incontestée – que leur avenir est indissociablement lié avec celui de leurs frères du Sud. Et que le chamboulement géopolitique qui vient d’avoir lieu dans la sous-région leur ouvre de nouvelles perspectives…

Par ailleurs, il n’est pas exclu, que le Polisario fort du soutien militaire et diplomatique de l’Algérie, aille jusqu’à revendiquer ces provinces arguant que le Sahara s’arrête aux contreforts de l’Atlas, c’est-à-dire à Bizakaren et que, par conséquent, Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag sont des entités sahraouies.

Au sud, c’est-à-dire en Mauritanie, les Algériens pensent que les choses pourront aller beaucoup plus vite. L’Algérie, par Polisario interposé, installera, vraisemblablement, à Nouakchott un régime pro-indépendantiste sahraoui.

D’autant, qu’il y a déjà un douloureux précédent. Dans ses mémoires, l’ancien président Haïdalla révèle que si les plans de El Ouali, le leadeur sahraoui qui attaqua Nouakchott à la tête d’une puissante colonne du Polisario en 1976 avaient réussi, le Polisario et l’Algérie allaient placer un mauritano-sahraoui – dont il a cité le nom –, à la tête de l’Etat mauritanien.

Ce personnage, - Ahmed Baba Miské – cité nommément par Haïdalla, jouera, plus tard, selon plusieurs témoins un rôle de premier plan dans la préparation du coup d’Etat de juillet 1978.

Alger cherchera, probablement, par ailleurs, à soudoyer à coups de millions de dollars tous les responsables mauritaniens qui l’accepteront : officiers de l’armée, notables, hommes d’affaires, membres de la société civile, médias…

L’Algérie pourra aussi procéder à des investissements colossaux sans précédent en Mauritanie, probablement, 5 à 10 milliards de dollars. Ce qui ne manquera pas d’avoir un impact sur la vie de tous les jours : baisse des prix, amélioration sensible du pouvoir d’achat…dans l’espoir que cela pourra lui conférer une certaine adhésion populaire.

Mais la pérennité de ce régime pro-sahraoui installé à Nouakchott sera assurée, in fine, grâce à un rapport de force militaire. Car les nouveaux « gouvernants » mauritaniens pourront à tout moment, faire appel au soutien militaire de leurs frères sahraouis. Ce background revêt, déjà à lui seul, une importance psychologique capitale. Sans oublier l’épée de Damoclès que constituent, pour la Mauritanie les mouvements islamistes qui, au-delà des apparences, restent proches d’Alger et peuvent, à tout moment, déstabiliser le pays.

L’Algérie pourra aussi chercher à exacerber les facteurs de discorde et de division qui menacent l’unité nationale…Elle n’a pas hésité d’user de tels moyens par le passé.

A ce sujet, il faut se rappeler, les propos particulièrement menaçants que tint alors le président Boumedienne au président Mokhtar Ould Daddah lors de leur houleuse entrevue le 10 novembre 1975 à Béchar. C’était à la veille de la signature des accords de Madrid sur le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie.

Boumedienne somma alors Mokhtar de retirer sa délégation de Madrid et de ne pas signer l’accord en préparation. Et le président algérien d’ajouter : « Sinon les conséquences seraient graves et pour ton pays et pour toi-même ».

« Méfie-toi, Mokhtar ! La Mauritanie est un pays fragile. Elle a des problèmes intérieurs graves. Elle a plusieurs milliers de kilomètres de frontières qu’elle ne peut défendre seule en cas de conflit armé… »

La suite est connue. L’Algérie par Polisario interposé, a mis ses menaces à exécution. Mokhtar a été destitué et la Mauritanie durablement déstabilisée. Le Mali, un autre voisin de l’Algérie, pourra connaître les mêmes velléités de déstabilisation, s’il venait à contrarier la stratégie d’Alger dans la sous-région.

Mais tout laisse à penser que le ralliement des tribus de l’Azawad à ce grand regroupement des maures se fera, probablement, sans grande difficulté. Car la proximité géographique, les moyens financiers et militaires et les relations personnelles entre les autorités algériennes et les leadeurs de l’Azawad sont autant de facteurs qui peuvent faciliter la tâche.

Sans oublier que beaucoup de combattants du Polisario sont issus des tribus de l’Azawad.

Il faut rappeler à ce sujet, qu’Alger a abrité récemment plusieurs rounds de négociations entre les différents mouvements maliens. Ces pourparlers ont permis la signature des accords de paix de Bamako. Mais un point crucial, peu connu du grand public, mérite d’être souligné : les exactions et les crimes commis par les Maliens, notamment contre les Touaregs, ont créé une haine viscérale entre les deux parties, au point que beaucoup d’experts de la sous-région estiment que toute cohabitation pacifique entre ces deux parties est devenue très difficile, voire impossible.

Si cette stratégie présumée de l’Algérie porte ses fruits, elle aura d’importantes implications géopolitiques pour Alger :

L’Algérie sera plus que jamais perçue comme la locomotive du Maghreb ;

Cette nouvelle configuration géopolitique, lui permettra notamment l’exploitation des énormes gisements de fer de Grarat Jbeïlat avec les plus grandes réserves de fer au monde.

Parallèlement, avec une fenêtre sur l'Atlantique, elle pourra aussi construire des oléoducs et des gazoducs pour acheminer son pétrole et son gaz notamment vers le marché nord-américain ;

Le Maroc, son rival de toujours, sera isolé, encerclé…On se rappellera alors de la mise en garde prémonitoire du Sultan marocain Mansour Eddehbi. Ce monarque réunit un jour ses conseillers et leur tint ces propos : « Nous avons au Nord un ennemi héréditaire (l’Espagne), à l’Est, nous avons un autre ennemi, les Ottomans (en Algérie), à l’Ouest, nous avons la mer et nous n’avons pas de culture maritime, nous respirons par le Sud, notre profondeur stratégique ».

Outre toutes ces considérations géopolitiques, un point important mérite d’être mis davantage en exergue : Tous les experts sont unanimes pour dire que les réserves pétrolières actuelles de l’Algérie seront épuisées, au plus tard, dans une trentaine d’années.

Pour le moment, et malgré des campagnes soutenues de prospection, on n’a pas encore découvert de nouvelles réserves de pétrole et de gaz significatives en Algérie.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que le prix du pétrole est en constante baisse. Plus inquiétant encore, les grands pays consommateurs de pétrole comme les Etats-Unis et certains pays européens trouvent déjà, sur place, chez eux, une nouvelle source d’énergie alternative avec l’exploitation des gaz de schiste.

Sans parler du développement ultra rapide des autres sources d’énergie de substitution au pétrole.

C’est dire que « l’après pétrole » pointe déjà à l’horizon. Pour faire face aux nombreux problèmes démographiques, économiques, sociaux qui les assaillent de tous les côtés, les gouvernants algériens sont à la recherche d’un substitut à l’or noir. Pour eux, ce substitut à l’or noir porte un nom : le fer de Grarat Jbeïlat dans la région de Tindouf avec les plus grandes réserves de fer au monde.

D’une teneur exceptionnelle (hématite/oxyde ferrique Fe203 de couleur rouge), ces fabuleux gisements n’ont pas pu être exploités jusqu’ici en raison de leur éloignement de la côte méditerranéenne algérienne. Un gigantesque trésor inexploité, faute de débouché.

En revanche, leur proximité des ports sahraouis (quelques 400 kms contre près de 2000 kms vers les ports algériens de la Méditerranée) et le relief particulièrement plat du Sahara sont autant de facteurs qui créent les conditions optimales d’une exploitation aisée et peu coûteuse.

Le sous-sol du Sahara algérien notamment dans la région de Tindouf recèle, par ailleurs, d’autres richesses minières très importantes. Mais ces minerais, une fois de plus, comme ceux de Grarat Jbeïlat se trouvent enclavés et très éloignés des ports algériens de la Méditerranée.

Avec tels enjeux géoéconomiques et géopolitiques on comprend mieux les raisons qui sous-tendent l’implication de l’Algérie dans l’affaire du Sahara. Et l’on comprend aussi les raisons qui la poussent à se doter d’un arsenal militaire sans rapport avec ses besoins réels de défense.

On entend souvent, ici ou là, que l’affaire du Sahara se réglera d’elle-même avec la disparition des dernières figures emblématiques du FLN/canal historique.

Il s’agit là de propos simplistes, distillés à dessein par certains milieux impuissants et résignés qui, pour se donner bonne conscience, recourent consciemment ou inconsciemment, à la politique de l’autruche.

Car les pères fondateurs de l’Algérie moderne et leurs compagnons de lutte sont soit morts, soit retirés de la vie publique en raison de leur âge avancé. Ceux qui restent aux affaires comme le président Bouteflika peuvent se compter sur les doigts d’une seule main.

La quasi-totalité de la classe politique algérienne actuelle à l’instar de Ouyahya Benflis, Hamrouche…jusqu’au premier ministre Sellal et les généraux de l’ANP n’appartiennent pas au FLN/Canal/historique.

On oublie que trois générations d’universitaires et d’officiers se sont succédé au pouvoir depuis de la création du FLN. Ces générations sont imprégnées du même esprit nationaliste que leurs aînés qui ont mené la lutte pour la libération nationale.

On leur a passé un flambeau qui doit être porté bien haut sur fond d’une ardente ferveur patriotique.

C’est dire qu’il serait puéril de croire qu’avec la disparition de Bouteflika, l’affaire du Sahara va se régler comme par enchantement. Seules une guerre civile ou une révolution islamique pourront contrarier, momentanément, la stratégie guerrière de l’Algérie dans la sous-région.

Au terme de ces développements, une mise au point s’impose. L’auteur de cette étude est bien conscient qu’il est difficile de prévoir l’avenir. Le scénario décrit plus haut sur la probable stratégie de l’Algérie, pourra se réaliser comme il peut, naturellement, ne pas se réaliser.

Ce travail est une analyse prospective faite sur la base de données concrètes et sur la base d’un faisceau d’indices prévisibles et concordants.

Compte tenu de tous les éléments de l’équation et compte tenu de ma modeste connaissance des acteurs et du terrain, je pense qu’il y a une forte probabilité pour que les choses se passent comme indiqué ci-dessus.

VII. Début des hostilités : le compte à rebours a-t-il déjà commencé ?

Ce chamboulement géopolitique annoncé, commencera, probablement, à prendre forme à l’horizon 2020.

Toutefois, des facteurs internes, à l’Algérie peuvent accélérer son déroulement :

L’incertitude qui pèse sur la succession de Bouteflika et l’absence d’un consensus politique, peuvent pousser à une surenchère entre les différents clans en lutte pour le pouvoir à Alger. Dans cette optique, une guerre avec le Maroc n’est pas exclue. Loin s’en faut.

Ce conflit armé avec le royaume chérifien, pourra aussi servir de prétexte pour bloquer la démocratisation en Algérie et en même temps conférer une « légitimité » à des militaires en quête d’un second souffle.

Pour les généraux algériens, une guerre avec le Maroc pourra, par ailleurs, occuper les esprits et servir d’antidote pour se prémunir, même temporairement, contre la lame de fond jihadiste qui peut déferler à tout moment.

Bref, quelque incertaine que soit la situation politique en Algérie, force est de reconnaître que les nuages de la discorde, des ressentiments et de la division s’amoncellent dans le ciel maghrébin.

On entend déjà, les sons encore lointains mais parfaitement audibles des bruits de bottes et des tambours de guerre.

Que faire alors ? Prendre les devants pour désamorcer une situation qui peut mettre à feu et à sang toute la sous-région. Comment ? Trouver une solution consensuelle à l’affaire du Sahara qui reste plus que jamais le détonateur qui peut mettre le feu aux poudres.

Dans cette optique, l’auteur de ces lignes a élaboré, aux fins utiles, une étude : « Esquisse d’un plan du règlement du conflit du Sahara » qui pourra être l’une des pistes à explorer.

Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du PRIX CHINGUITT
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis….

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis…. Après treize jours de tergiversations et de contradictions, le Royaume d’Arabie saoudite a finalement reconnu l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’enceinte de son consulat d’Istanbul.

Mais ce n’est qu’après avoir assimilé sa tablette que les États-Unis ont ânonné, via leur ministre des Affaires étrangères, Mike Pompéo que l’État saoudien avouait ce qui restera, dans l’histoire contemporaine, comme un des actes les plus barbares, dans le sinistre registre des exécutions extrajudiciaires.

La version d’une bagarre qui aurait conduit au décès du journaliste est tout simplement ridicule. Surtout qu’il y a encore quelques jours, le consul d’Arabie saoudite affirmait que Khashoggi était bien sorti de leur représentation consulaire, après avoir accompli des formalités administratives. Une autre version parle de mort par strangulation.

Mais au bout du compte et malgré la sauvagerie et la bestialité de cet acte ignoble, il aurait au moins servi à démontrer combien cette fameuse Communauté internationale et les grands États qui la manipulent n’est fondée que sur une honteuse logique d’intérêts que les uns et les autres négocient secrètement, pendant que les récriminations et les condamnations mises en scène assourdissent les horizons, envahissant les media et les réseaux sociaux.

Le refus des hauts responsables de pays ou d’institutions internationales de participer à une réunion en Arabie saoudite ne signifie absolument rien. Pour les États-Unis et leur Trompette, la mort de Jamal Khashoggi constitue un événement providentiel qui va leur permettre d’engranger des centaines de milliards additionnels, en sus des montants phénoménaux payés, rubis sur ongles, dans le cadre d’accords de vente d’armes aux responsables de l’assassinat du journaliste, promus, comme par enchantement, enquêteurs en chef de ses tenants et aboutissants.

Les services de renseignements américains ne sont certainement pas étrangers, par Département d’État interposé, à la fameuse et ridicule version de la bagarre. Une thèse qui fait son petit bout de chemin et que chacune des grandes puissances « comprendra » proportionnellement au degré de négociations secrètes consenti, par l’Arabie saoudite, sur le corps en lambeaux du pauvre journaliste Jamal Khashoggi, pur produit, pourtant, du sérail royal qu’il servait de l’intérieur après avoir voulu le redresser, de l’extérieur.

Seules les âmes puériles ignorent que les intérêts des nations ont toujours supplanté les droits de l’homme et la morale. Les principes démocratiques, conventions, chartes, traités et autres droits internationaux, valeurs morales, n’engagent que ceux qui y croient. L’affaire Khashoggi en est une preuve éloquente.

Quelques semaines de matraque médiatique et l’on en parlera plus. Même si le contexte fluctue, les intérêts des pays sont toujours à la base des coups d’État, par exemple, de la protection, à peine voilée, des prédateurs internationaux ou des mauvais gouvernants qui pillent leurs pays, via bien mal acquis et paradis fiscaux.

Les gros pays sont les faiseurs des rois. Les promoteurs, parrains et protecteurs de ces torpilleurs de processus démocratiques, assassins et violeurs tout terrain des législations nationales et internationales.

En contrepartie, ces malfaiteurs reversent, par contrats juteux et commissions occultes, les dividendes des ressources nationales, aux pays qui les maintiennent dans leurs arlequinades, au détriment de leur peuple qui souffre de maladies, sous-développement, manque d’éducation et dénuement.

Qu’est-ce que cela fait, à la France, que la Mauritanie organise une élection présidentielle transparente, au cours de laquelle les Mauritaniens choisiront librement leur président véritablement bien élu ? Autant aller au Cameroun où l’enjeu est certainement plus intéressant et faire avaler, aux Camerounais, toutes sortes de couleuvres, en leur imposant un octogénaire « solvable et généreux », pour un septième mandat et coulée douce, avec ses valets et maîtresses, dans les hôtels de luxe parisiens.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZID

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZIDUn ex-militaire vient d’être élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Il devient du coup le deuxième personnage de l’Etat, juste derrière le président de la République.

Ce dernier est lui aussi un militaire, arrivé au pouvoir par coup d’Etat et maintenu par deux fois par les urnes. Ses sympathisants voudraient bien le voir rempiler pour un troisième mandat. Lui-même caresserait l’idée avec un certain amour.

Mais la contre-rumeur, qui le dit partant, place l’un de ses plus fidèles alliés comme remplaçant désigné - un autre militaire. Notre horizon politique est plus que jamais constellé d’étoiles. Les militaires nous avaient habitués à la méthode cavalière des coups d’Etat.

Les seuls militaires élus dans l’histoire de notre pays (Ould Taya et Ould Abdel Aziz) se sont présentés au suffrage alors qu’ils étaient déjà arrivés au pouvoir par la voie d’un coup d’Etat. Chacun s’était succédé à lui-même, passant pour ainsi dire d’une présidence de force à une présidence de droit.

Par une sorte de nouvelle mutation du système, nous assistons aujourd’hui à un scénario inédit : des militaires qui empruntent la voie des urnes.

Est-ce à dire que nos militaires se sont convertis aux vertus de la démocratie (versant optimiste de la question) ? Ou, au contraire, qu’ils ont définitivement pris en otage notre démocratie (versant pessimiste) ?

Cela pose en tous cas le problème de l’arrivée et du maintien des militaires au pouvoir. Au-delà, se pose la grande question, permanente, lancinante, incontournable, de la place du droit dans notre société.

Militaires et banqueroute

Rappelons pour nous rafraîchir la mémoire quelques vérités historiques : en tous temps et en tous lieux, tous les pays dirigés par des militaires ont couru à la banqueroute, sous toutes les latitudes.

L’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili, etc.) n’a connu la voie du progrès (de l’émergence, comme on dit aujourd’hui) que lorsqu’elle a tourné définitivement la page des généraux au pouvoir.

L’Espagne du général Franco, le Portugal et la Grèce des colonels sont restés à la traîne, dans l’ancienne Europe de l’Ouest : des pays essentiellement agricoles, arriérés et liberticides. Ces pays n’ont connu la démocratie et le développement qu’avec l’arrivée des civils au pouvoir et l’arrimage à la CEE.

Et que dire de l’Afrique et du monde arabe ? Le développement humain a été lourdement hypothéqué dans ces contrées du fait de leurs armées au pouvoir. Que dire de l’Algérie, de la Libye, du Zaire pour ne citer que ceux-là ? Quel vent contraire a pu propulser au pouvoir les capitaines Sanogho et Dadis Camara, le lieutenant Yahya Jammeh et tant d’autres ?

Que penser d’un pouvoir sans légitimité, sans projet et sans charisme ?

Dirigé par les militaires depuis 1978, notre pays constitue une ligne de plus sur la longue liste des pays martyrisés.

Pour rester honnête, il faut reconnaître, à la décharge de nos militaires, que bien des civils, et particulièrement ceux qu’on qualifie d’ « intellectuels », ont concouru à justifier et perpétuer cette situation.

En effet, les serviteurs civils des hommes en armes n’ont jamais manqué. A chaque fois que la question du pouvoir s’est posée, ils se sont bousculé sur les plateaux de télévision, dans les colonnes des journaux, sur les ondes de la radio, pour expliquer que l’armée est la gardienne de la stabilité du pays et la dépositaire naturelle du pouvoir, que tel officier est plus apte à l’exercice du pouvoir que ceux qui l’ont précédé, etc.

Dans ces conditions, on peut raisonnablement se demander si les militaires peuvent se persuader de la nécessité d’un pouvoir civil, tant les civils eux-mêmes, et au premier chef leurs élites, justifient, consolident et perpétuent le pouvoir militaire.

Comment s’attendre, en effet, à ce que quelqu’un vous reconnaisse, de lui-même, ne pas être à sa place si vous continuez vous-même à le persuader du contraire ?

J’ai entendu plus d’une fois certains de nos intellectuels de service sortir les exemples d’Eisenhower et de Gaulle pour nous dire que les militaires ont dirigé avec bonheur de grandes nations démocratiques.

Ils oublient que ces deux généraux ont été forgés et pétris dans le moule de la plus grande guerre que le monde ait connue (la seconde guerre mondiale), qu’ils ont combattu au nom de la démocratie et de la liberté, qu’ils ont été les enfants victorieux de cette guerre qui les a propulsés immédiatement dans le monde à reconstruire de l’après-guerre.

De quelle guerre nos généraux sont-ils sortis victorieux ? De quel ennemi nous ont-ils préservés ? A quoi ont servi leurs armes, si ce n’est, à l’occasion, à apeurer et asservir leurs concitoyens ?

Paternité tutélaire

Lorsque le débat devient plus sérieux, on nous sert alors la vieille litanie selon laquelle la Mauritanie est un pays fragile qui ne saurait être dirigé que par un homme fort, que seul un président militaire peut empêcher les mauritaniens de se dresser les uns contre les autres, etc., etc. autrement dit, nous ne serions que de grands enfants qui ne savent pas où réside leur intérêt, seule la paternité tutélaire de l’armée pouvant nous y conduire.

Des esprits apocalyptiques nous prédisent même toutes sortes de catastrophes qui planeraient au-dessus de nos têtes et que seule la présence sécurisante de l’armée au pouvoir serait de nature à juguler.

Tout porte à croire du reste que l’armée entretient savamment cette situation, sinon comment expliquer la faiblesse si caractéristique de nos partis politiques et de nos institutions dans lesquels le citoyen ne semble pas se retrouver ni trouver la sécurité indispensable à son adhésion.

En tenue de camouflage (comme il se doit), l’armée semble faire le vide autour d’elle, pour mieux occuper le terrain et les esprits.

Quelqu’un m’a rapporté les propos tenus par un général qui résumerait ainsi l’état d’esprit de ses pairs : ‘’nous ne pouvons plus confier le pouvoir à un civil ; les deux expériences avec Moctar Ould Daddah et Sidi Ould Cheikh Abdallahi ont été catastrophiques ; il n’y aura pas de troisième fois’’.

Notre fameux général a peut-être oublié que nous avons aussi subi, enduré, souffert (etc.) une dizaine de dirigeants militaires depuis 1978 tous plus catastrophiques les uns que les autres.

A-t-il oublié, notre général, que pour nombre de citoyens, la seule lueur d’espoir démocratique des quarante dernières années fut l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007 ? Que tout « candidat de militaires » qu’il était, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a constitué malgré tout un réel motif d’espoir pour la majorité des mauritaniens qui commençaient à avoir enfin foi en l’avenir ? Que, même marqué de près par son gardien en chef le colonel devenu général, il symbolisait quand même la promesse d’un éloignement de l’armée, progressif mais inéluctable, de la sphère politique ?

Au registre des idées reçues sur l’armée, on pense généralement qu’un militaire est quelqu’un d’obtus ; « un bidasse » dit-on souvent, sur un ton péjoratif. Cela expliquerait, pour certains, qu’une fois au pouvoir, l’armée ne s’en séparera plus.

Rien n’est moins sûr, pourtant. Les militaires cultivent, avant tout, un grand sens pratique avec une certaine idée des rapports de force. Cela fait partie de leur formation. Certes, de par leur nature guerrière, ils font des offensives et gagnent des guerres, mais aussi, quand il le faut, ils battent en retraite, signent des redditions et des armistices.

Ils font usage de la force, cela est indéniable, mais lorsque la force est au service du droit, ils respectent ce dernier. La plupart des plus grandes armées du monde sont dans des Etats de droit.

Mais ces Etats échappent à la grande contradiction que nous vivons chez nous, à savoir d’un côté une organisation constitutionnelle de l’Etat, autour d’institutions républicaines et sur la base de la séparation des pouvoirs, et de l’autre, une pratique totalement différente qui repose sur un quatrième pouvoir, voire un supra pouvoir non écrit incarné par l’Armée.

Un paravent érigé en dogme

On dénonce assez rapidement aujourd’hui l’islam politique au motif que la religion ne devrait pas servir de référentiel politique puisqu’elle appartiendrait à tous et devrait souder les citoyens et non les diviser.

Mais n’oublions pas qu’il en va de même pour l’armée. L’armée ne devrait en aucun cas constituer une force politique puisqu’elle est au service de la nation tout entière. En tous les cas, l’arsenal et la force de feu dont elle dispose ne devrait d’aucune façon être utilisés à des fins politiques internes, sinon, c’en serait fini et de la politique, et de la démocratie évidemment.

C’est pourquoi, du reste, la constitution n’aménage, au plan formel, aucun pouvoir politique pour l’armée.

Pour résoudre cette contradiction, un subterfuge a été utilisé à l’occasion du coup d’Etat du 10 juillet 1978, pour justifier l’intrusion de l’armée au niveau politique. Elle serait ainsi la « dépositaire en dernier recours de la légitimité populaire ». Ce paravent constitutionnel a été érigé en dogme et aujourd’hui encore, nombre de nos concitoyens pensent que l’armée est la « gardienne » de la constitution et des institutions. Mais, nous savons qu’il s’agit tout simplement d’une fable. En dehors de la constitution (et du peuple qui est le constituant), aucune entité ne peut prétendre, encore moins d’elle-même, être dépositaire d’un pouvoir politique quelconque.

Pour ne rien arranger, la situation se complique d’un autre niveau de contradiction, avec le constat d’une autre réalité sous-jacente, encore plus pernicieuse : en fait, depuis de nombreuses années, ce n’est pas l’Armée, en tant qu’institution, qui détient le pouvoir, mais des individus issus de l’armée.

L’armée se trouve de ce fait instrumentalisée politiquement pour donner une légitimité, à tous le moins une force, à un ou plusieurs individus qui exerceraient le pouvoir in fine en son nom.

Dans la réalité, l’armée reste dans les casernes, mais on laisse s’installer de façon diffuse l’impression qu’elle veille au grain, sans besoin d’en donner des signes ostensibles. Ne l’appelle-t-on pas, pour désigner ce sommeil trompeur de batracien, « la grande muette » ?

La grande majorité de nos officiers sont conscients de ces contradictions et nous disposons à n’en pas douter du socle indispensable à une armée républicaine.

D’ailleurs, il convient de rendre hommage à l’immense majorité des membres de nos forces armées qui vaquent à leur stricte mission, avec abnégation et sens du devoir.

Mais, cela n’empêche pas de rappeler, chaque fois que cela est nécessaire, le rôle et les missions de l’armée, de notre armée, telles qu’ils sont fixés par la loi dans le cadre de notre système juridique.

Dans une précédente tribune consacrée à la constitution, j’avais constaté l’oscillation permanente en Mauritanie entre la force et le droit. Il faut se résoudre à cette évidence que la question imprègne tous les aspects de notre vie, car les données du problème sont exactement les mêmes ici aussi.

Un tournant en 2005….

Nous sortons d’élections législatives où le débat politique est resté malheureusement en deçà de ses promesses. Mais nous abordons une année d’élections présidentielles où tous les espoirs sont permis. Mettons à profit cette étape de notre histoire pour tirer des leçons et corriger les erreurs du passé. Ne répétons pas le scénario des occasions manquées.

Lors des élections présidentielles de 1992, le pays était divisé en deux camps : le camp du pouvoir traditionnel incarné par Ould Taya opposé aux forces de progrès dont le porte-drapeau était Ahmed Ould Daddah. C’est Ould Taya qui avait gagné à l’époque, mais une dynamique s’était quand même mise en branle, un vent nouveau avait soufflé et semé l’espoir de la démocratie et de l’Etat de droit.

Après plus d’une décennie de déception, marquée à son apogée par la tentative sanglante de coup d’Etat de juin 2003, vint un nouveau tournant en 2005.

La période de transition 2005-2007 annonçait l’arrivée d’un monde nouveau. Elle ouvrait de larges portes sur l’avenir. Un avenir radieux et démocratique, pensions-nous.

Les élections parlementaires puis présidentielles qui suivirent furent un sommet d’exercice démocratique et l’élection du Président Ould Cheikh Abdallahi semblait ouvrir la voie à toutes les potentialités.

Mais le rêve ne dura pas longtemps. L’année 2008 fut un cauchemar politique dont le paroxysme fut atteint un certain 6 août avec un énième coup d’Etat militaire et un retour à la case départ.

1992, 2005, 2007…, à chaque fois, tels Goethe à Valmy, nous nous sommes écrié que « rien ne sera plus comme avant ». Nous vivions chaque évènement comme une rupture historique entre un avant et un après. En fait, nous découvrions vite, immanquablement, que les périodes s’emboîtent les unes dans les autres et que le futur ressemble étrangement au passé.

Aujourd’hui, pour nous prémunir de ces déceptions sans cesse renouvelées, c’est peut-être à une action de fond que nous devrions nous atteler. Sans prétendre aucunement vouloir donner des leçons et loin de tout moralisme de bon aloi, je pense que notre action devrait viser les mentalités, agir sur le fond (la culture) pour mieux déterminer la forme (les évènements).

A cet égard, s’il est une question qu’il faut trancher, c’est bien celle de la place du droit dans notre société et de son bon usage. Pas seulement le droit qui régit les rapports entre individus, ou le droit processuel tel qu’il se déroule devant les tribunaux, mais l’idée même du droit, le substrat juridique sur lequel reposent l’Etat et les Institutions.

Ces règles plus ou moins pratiques, édictées par des textes épars (la constitution, les lois et les règlements...), qu'on applique ou qu'on n'applique pas, où est leur esprit? Où se situe leur cohésion ? Dans quelle source première puisent-elles leur rationalité ? Vers quel idéal tendent-elles ? A quel moment la légalité rejoint la légitimité ? En un mot, quelle est la place du droit dans notre société et à quoi sert-il ?

Lorsqu’on banalise un texte essentiel et fondateur comme la constitution, ou qu’on laisse des lois inappliquées, ou qu’on les applique à certains et pas à d’autres, on dévalorise le système juridique tout entier et on favorise le mépris des lois. Cela entraîne, même dans un système autoritaire comme le nôtre, une désobéissance générale au droit, ouverte ou cachée, préjudiciable à la construction de l’Etat de droit et même de l’Etat tout court.

Or, nous ne devons pas nous voiler la face : notre Etat n’est pas sorti de nulle part. Nous appartenons à un monde qui évolue, qui se perfectionne, dont l’histoire à un sens. Nous ne vivons pas en marge de l’humanité. Avec la mondialisation, chaque pays est au cœur du monde et nous sommes, qu’on le veuille ou non, les héritiers des autres.

…Et un cauchemar en 2008

L’héritage des Lumières nous appartient, à nous aussi. Nous appartient ainsi « De l'esprit des lois », essai écrit par Montesquieu il y a presque trois siècles et qui a fondé la philosophie juridique du siècle des Lumières et qui est à l’origine du concept de la séparation des pouvoirs. Reprises et approfondie par Jean-Jacques Rousseau, les idées de Montesquieu sont à l’origine de la notion essentielle de « contrat social » qui fonde la légitimité et la légalité de l’Etat moderne. Nous appartient aussi la théorie de la hiérarchie des normes (la loi fondamentale, les lois, les règlements etc.), formulée au XXème siècle par des juristes allemands (Hans Kelsen et d’autres...) et qui enfantera un concept nouveau : l'Etat de droit.

Aujourd'hui, l’Etat de droit est sorti de la terminologie juridique technique pour s’ériger en dogme démocratique. L’expression s’est mondialisée, tout le monde s’en réclame, y compris en Mauritanie. Il constitue la meilleure preuve de l’universalité de la culture juridique.

Des retours en arrière sont, certes, possibles. Les soubresauts des nations sont là pour en témoigner. N’oublions pas le travail du grand juriste allemand du XIXème Jhering, qui exhortait ses compatriotes allemands à un combat pour le droit (Kampf umsRecht), suivi de peu par Hitler, le militariste, qui les exhortait à un nouveau type de combat (Mein Kampf) autrement plus funeste.

Plus près de nous, l’exemple de l’Egypte reste à méditer : une vieille nation fière et forte, où les juristes et les hommes de culture faisaient la fierté de la nation arabe, où les européens émigraient en masse à la recherche d’emploi et qui a basculé, avec l’arrivée des militaires au pouvoir au milieu du XXème, dans un cauchemar de pauvreté et d’arriération où elle se débat encore aujourd’hui.

On pourrait multiplier à l’envi les exemples du droit glorifié et du droit bafoué. Pour notre part, nous hésitons encore à emboiter le pas à la marche du monde.

Prisonniers de nos traditions anté-étatiques, héritiers de nos vieilles interprétations du malékisme qui nous dicteraient un conformisme politique de rigueur, nous nous complaisons encore dans l'allégeance au chef intronisé. Nous nous laissons hypnotiser par la force tranquille du statu quo et, dans une espèce de fatalité séculaire, nous regardons les chefs défiler.

Sans nous poser les questions essentielles : que vaut le droit sans raison ordonnatrice ? Que valent les règles juridiques sans leur rationalité ? Le droit doit-il être l’expression formelle du contrat social, autrement dit exprimer la volonté commune, ou au contraire rester un instrument normatif entre les mains des dirigeants du moment ?

Nous évitons ces questions même si de leur réponse dépend notre avenir.

La plus grande avancée de l'homme depuis la nuit des temps est certainement d'avoir forgé des institutions, entités abstraites dans leur existence mais ô combien réelles dans leur influence, et d'avoir ainsi extériorisé et rendu impersonnelles les règles contraignantes qui régissent la vie de chacun.

L’Etat et ses fondements juridiques en sont l’exemple le plus abouti. Combien d'hommes et de femmes, sous d’autres cieux, ont donné leur vie juste pour une idée, juste pour défendre un droit ou une institution ? Or, en Mauritanie, et nous le constatons de jour en jour à notre corps défendant, nous ne croyons pas à nos institutions.

Jeu de miroirs

Nous nous comportons comme dans un jeu de miroirs qui nous renvoie une image de nous-mêmes que nous savons fausse mais dans laquelle nous nous complaisons malgré tout.

Aujourd’hui, nous ne sécrétons pas des textes juridiques supérieurs (constitution, lois) pour organiser et réglementer le pouvoir ; nous les sécrétons pour protéger ce pouvoir et le perpétuer là où il est.

Pourquoi ?

Pour combien de temps encore accepterons-nous de rester en dehors de l'histoire ?

La démocratie, si jamais elle constitue un objectif pour nous, ne peut se fonder sur un pouvoir ou un privilège accaparé par quelques uns et s’exerçant contre tous, mais au contraire sur la place et le droit reconnus à chacun.

Comment faire en sorte que notre pays sorte de cette situation et trouve enfin une vie politique et institutionnelle normale ? C’est toute la question. Nous ne devrions pas en tous cas nous imaginer qu’une solution nous tombera du ciel.

Le temps des révélations et des miracles est révolu. Le futur n’est habité que par la dure réalité des enchaînements logiques. Demain découlera implacablement d’aujourd’hui et ainsi de suite.

La question est donc plus que jamais posée : continuer à vivre sous l’emprise irrationnelle de la Force ou au contraire faire en sorte que ce soit le Droit qui nous gouverne.

Nos experts en matière de sécurité nous assurent que nous avons une excellente armée. Tant mieux !

Garder nos frontières, assurer la sécurité intérieure lorsque cela est nécessaire, constituer une force de dissuasion suffisante contre les ennemis potentiels, c’est déjà un vaste chantier - et un réel exploit, si notre armée y réussissait.

Tant qu’elle se réservera à sa mission naturelle, nous resterons fiers de notre armée.

La pousser à aller au-delà de ces missions, l’encourager à gérer et régenter le pays tout entier, c’est mettre en péril sa mission première et maintenir notre pays sur de mauvais sentiers dont il doit sortir au plus vite.

Notre première bataille est celle du développement, de la justice, de la démocratie. Il va de soi que l’armée doit y jouer son rôle, tout son rôle, mais rien que son rôle.

Et ce rôle commence évidemment par un retour à ses missions naturelles en dehors de toute velléité de prise du pouvoir. Il arrive, dans des circonstances historiques exceptionnelles, que l’armée prenne le pouvoir.

Dans la vie constitutionnelle d’une nation, il s’agit alors d’un accident, qui peut arriver, qui peut même être souhaité dans certains cas, mais qui devrait rester l’exception, pas la règle.

La conjonction entre le politique et le militaire est exceptionnelle, et doit le rester. Instaurer une confusion entre ces deux grands pôles de puissance aboutit à les corrompre tous les deux, comme on y assiste depuis quarante ans chez nous.

N’est-il pas temps de fermer cette longue et regrettable parenthèse et de revenir, enfin, à un bon usage du droit, qui seul permettrait d’accéder au développement tant espéré ?

Source : Le Calame (Mauritanie)