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Le pouvoir judiciaire et l’occasion en or

Le pouvoir judiciaire et l’occasion en orLe Calame - La Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) a remis son rapport à l'Assemblée nationale qui, comme à son accoutumée, l'a «instantanément» transmis au ministère de la justice, sans même en corriger les coquilles et autres fautes de syntaxe, et ce pour engager, au plus vite, les poursuites judiciaires contre les personnes « impliquées » dans les dossiers de corruption présumée.

De nombreuses incongruités ébranlent la crédibilité dudit rapport:

1. Au départ, la CEPfut proposée par l’opposition aiguillonnée par les « Frères musulmans » (14 députés sur les 24 qui avaient parrainé cette initiative). En démocratie, ce type de manœuvre politique est assez « standard », il relève d’une tactique de harcèlement médiatique et populaire du pouvoir, régulièrement réactivée par l'opposition pour rappeler qu’elle existe et tester, au passage, la cohésion politique de ses adversaires.

En général, de telles manœuvres ne font pas long feu, vite oubliées à la faveur d’un échange de vaines salves oratoires. On comprend alors que la création de la CEP ne visait nullement un objectif d’enquête sérieuse et n’avait –a priori- aucune chance de réussir.

Si la CEP avait été «naturellement» proposée par la majorité parlementaire, les choses auraient été complètement différentes...

2. L’aval de la majorité en faveur de la CEP, est venu alors que cette majorité était empêtrée dans le débat acrimonieux, au sein du parti au pouvoir, au sujet de la « référence ». On peut ainsi estimer que cet aval faisait partie intégrante de la panoplie de mesures visant à trancher, dans le vif et au plus vite, un tel débat,

3. La plupart des parlementaires qui ont soutenu, sur le tard, l'initiative de la CEP, avait défendu –mordicus- les projets autour desquels planent aujourd’hui des soupçons de corruption, et avait unanimement légiféré dans ce sens,

4. La majorité des parlementaires actuels a pathétiquement milité (hier par écrit)en faveur du renouvellement du mandat présidentiel, en violation des dispositions pertinentes de la Constitution du pays ; en somme, ils ont tenté d’octroyer une nouvelle « décennie de gabegie », en sus de celle qu’ils critiquent en chœur aujourd’hui et de manière si véhémente!

5. La commission parlementaire comprenait des membres connus pour leur hostilité déclarée à l’endroit de l'ex-président de la République; bien entendu cette observation confirme à nouveau le point n°2,

6. C’est notoire, certains membres de la CEP elle-même, disposent de lourds « dossiers » en matière de corruption et de gabegie, du temps où ils exerçaient des charges publiques,

7. Les dossiers d'inspection ont été choisis de manière sélective, visant principalement à incriminer l’ex-président de la République et certains de ses anciens collaborateurs, en épargnant d’autres, et ce parfois de manière vulgaire, invraisemblable et sur la base de calomnies vite démenties par leurs auteurs,

8. La CEP a fait appel à trois bureaux d'études (tous étrangers) pour contrôler des faits, en rapport avec la souveraineté du pays, sans expliquer nulle part les précautions techniques en matière de sécurité politique. La probabilité d’une « influence intelligente» (extérieure ou intérieure) ne peut plus être entièrement écartée,

9. Dans son rapport, la CEP a critiqué « vertement » tous les organes officiels de contrôle, à l’exception notable du parlement, dont la plupart des membres actuels avait approuvé les projets et accords «suspects» et dont est issue la commission,

10. On est fondé de s'inquiéter du nombre limité de dossiers arbitrairement sélectionnés par la CEP, car cela pourrait consister en une tentative par les adeptes de le corruption et de la gabegie, durant la «décennie», «la vingtaine» et la «trentaine», visant à incriminer un nombre limité de responsables, en victimes expiatoires, au moindre coût, d’un profond problème de société, permettant ainsi à ces adeptes de s’adonner sans risque à leur activité nocive favorite, du moins sur le court terme.

Acteurs politiques partiaux

Contrairement au pouvoir exécutif au sein duquel un « PNP », n’ayant jamais travaillé pour l’Etat, peut miraculeusement occuper les postes les plus prestigieux de l’administration publique, et agir, à son tour, dans cet esprit sur le double plan financier et administratif, ou au pouvoir législatif dont l’accès n'exige que moins de deux semaines de campagne électorale, au cours desquelles, en plus de l’argent sale, les « leviers » sordides de tous les particularismes (tribalisme, régionalisme, « ethnicisme », sectarisme …) sont actionnés à tout bout de champ, contrairement donc aux deux pouvoirs précédents, le pouvoir judiciaire n'est accessible que via des concours en bonne et due forme, exigeant de vraies qualifications professionnelles. Ce pouvoir est, fort heureusement, indépendant des deux pouvoirs exécutif et législatif.

Il me semble que ce pouvoir judiciaire dispose, aujourd’hui, d’une occasion en or susceptible d’aider le pays à porter un coup décisif à la culture de la corruption et de la gabegie, une culture qui a régulièrement freiné les efforts publics en faveur de la lutte contre la misère et l’atténuation significative des écarts sociaux. Ce pouvoir peut considérer le rapport remis par le parlement et rédigé par trois bureaux d’études étrangers, sous l’influence d’acteurs politiques partiaux, comme une notification formelle au sujet d’une présomption d’existence d’actes illicites dans la gestion publique, et procéder, sur cette base, au prélèvement d’un nouvel échantillon aléatoire parmi les départements ministériels, les institutions publiques et les grands projets de développement, conforme aux procédés statistiques rigoureux en matière de contrôle et de vérification, « lissant » ainsi les données comprises dans un rapport notoirement politique et donc subjectif. Ceci aura l’avantage de mesurer avec une grande précision l’ampleur du phénomène au sein de l’appareil de l’Etat, sur une base professionnelle, impartiale et donc indiscutable ; ceci serait en phase avec les méthodes et procédures d’investigation judiciaire, étroitement encadrées par les textes légaux et déontologiques. Ceci aura enfin l’avantage de rassurer, demain, les coupables éventuels à propos des raisons de leur condamnation, de préserver l’image extérieure du pays et la dignité de ses fonctionnaires.

Si, en plus, le pouvoir judiciaire pouvait éclairer, à titre comparatif et en respectant naturellement les normes juridiques de prescription, les lanternes des citoyens mauritaniens sur la manière dont les affaires publiques étaient gérées avant la « décennie », ce serait, sans nul doute, «le gâteau sous la cerise»…

Dr IsselkouOuld Ahmed Izidbih

Source : lecalame.info (Mauritanie)

Objection, M. le Président ! par Nana Mint Cheikhna

Objection, M. le Président ! par Nana Mint CheikhnaLe Calame - Visiblement pétri d'une tradition bien ancrée, le président de la République a, dès son élection, apposé une empreinte de grande aménité à son auguste magistère. Il a en effet reçu et écouté, l'un après l'autre les leaders de l'opposition jadis voués aux gémonies par son prédécesseur.

Puis ils sont invités et reçus avec les honneurs pour glorifier dans la ferveur Chinguetti l'une des plus prestigieuses et des plus emblématiques villes anciennes. Et, cerise sur le gâteau, ils sont conviés et reçus à Akjoujt avec les mêmes égards pour célébrer dans la communion la commémoration de notre liberté, notre éclosion commune au monde, l'indépendance du pays.

Outre une volonté de civiliser ce rapport, cette amabilité constitue la housse dont les Zewayas et de surcroit s'ils sont " Echyakhs" revêtent le piédestal sur lequel les hissent la naissance et le pouvoir spirituel que leur attribue une multitude d'adeptes et une aura qui s'étend bien au delà de ceux-ci.

Cependant cette attitude a été aussitôt interprétée par l'ensemble des observateurs comme un prélude louable et jugé incontournable par un grand pan de l'opinion, à la programmation d'une concertation, un dialogue entre le pouvoir et l'ensemble des protagonistes politiques et sociaux afin de venir à bout d'une crise - il faut appeler les choses par leur nom - une crise politique, sociale, économique qui mine tous les aspects de la vie de la nation.

Une unité nationale dangereusement disloquée, une éducation qui produit de plus en plus l'ignorance et dont les règles renforcent l'exclusion et la division, une gouvernance économique désastreuse qui a mis à genoux la presque totalité des entreprises nationales, une forme de redistribution injuste creusant dangereusement le fossé entre les classes et les composantes sociales, des opposants poursuivis, exilés pour des raisons tenant à la haine d'un homme qui a mis le pays en coupe réglée, une démocratie bancale foulant au pied les règles élémentaires indispensables à l'organisation d'élections transparentes et crédibles.

Cette situation, encore en l'état, comporte évidemment des risques pour un pays cerné par une insécurité chronique dont les germes de déstabilisation et de contagion sont indéniables et à la veille d'exploitation de gisements importants.

Un moment qui requiert plus que jamais la résolution de tous ces problèmes devenus chroniques et qui couvent le danger en dépit d'un calme superficiel.

Mais à la surprise générale, dans son interview accordée au journal le Monde, le Président a tenu des propos au sujet du dialogue qui sont tombés comme une réplique parallèle à l'orientation insinuée par les gestes d'ouverture ainsi entamée.

En effet en répondant par ces mots à une question relative au dialogue: "ce n'est pas opportun, on se parle, on se rencontre, ils peuvent faire des propositions. Nous ne sommes pas dans une situation qui nécessite une un dialogue inclusif." Et plus loin : " par la suite nous pourrons définir une autre forme d'ouverture. "

Ceci laisse entendre qu'il suffit de se parler, de se rencontrer et faire des suggestions unilatérales demeurées sans répondant, pour que les problèmes s'estompent à la faveur de quelques Salamalecs.

Comment peut-on imaginer que des partis politiques, des mouvements, des leaders qui ont enduré durant des décennies l'exclusion, l'exil, la prison pour avoir défendu l'idéal supérieur d'une Mauritanie démocratique, juste, unie et égalitaire pourraient se suffire d'inaugurer les chrysanthèmes avec le président de la Républiques.

Résoudre les problèmes du pays ne peut se faire par le replâtrage et quelques politiques sectorielles. Les questions sont plus profondes que cela.

Le dialogue est urgent et incontournable pour des solutions consensuelles et apaisées.

Monsieur le Président, vous avez mis une semence de qualité dans le sillon, elle ne doit pas produire l'ivraie ou des nielles de blé qui viendront pourrir une moisson que nous souhaitons heureuse pour la Mauritanie.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publics

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publicsInitiatives News - La publication en début de semaine des rapports compromettant de la cour des comptes a fait l’effet d’une bombe. Ces malversations qui mettent en cause plusieurs manitous de l’ancien régime de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz mettent en exergue la dilapidation systématique des biens publics.

Les six rapports en question couvrent la période 2007/2017, sont marqués par des manquements graves caractérisés par des malversations financières qui font s’écrouler comme un château de cartes, le fameux slogan de la lutte contre la gabegie, un mythe brandi une décennie durant par le chantre de l’ancien régime.

Des contrats mirobolants et des marchés douteux, ont été passés ça et là dans différents départements ministériels, des entreprises publiques et au sein de certaines communes.

Un petit exemple avec ce véhicule de marque Renault Kango acquis par la mairie de Téyaret au prix de un million six cents mille de nos anciennes ouguiyas et dont la facture pour les réparations, en moins d’un an, s’élève à deux millions huit cent quatre vingt cinq mille ouguiyas. Et ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt car des dépassements surréalistes sont notés un peu partout, à une grande échelle. Et pour enfoncer le clou, l’Assemblée Nationale est entrée dans la danse et une motion demandant la constitution d’une commission d’enquête parlementaire, est à l’étude.

C’est donc apparemment le coup de grâce qui vient d’être asséné à l’ex président Ould Abdel Aziz. Et le tout dernier éditorial au vitriol de Radio-Mauritanie, diffusé lundi soir, est un signe qui ne trompe pas. La rupture avec l’ancien régime semble bien être consommée.

Reste à savoir comment le président Ghazwani va gérer cette patate chaude que vient de lui balancer la cour des Comptes.

Bakari Guèye
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Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

 

L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar Sneiba

L’effet El Ghazouani /par Brahim Bakar SneibaLe Calame - Cent jours. C’est très peu pour la croissance d’un poulet, voire pour la rémission d’une maladie, même bénigne. Alors pourquoi -comment s’impatienter quand il s’agit de croissance et de pathologies de l’Etat ?

Pour certains, le tout –nouveau président ne fait qu’atermoyer, faisant languir une population éprise de changement ; d’un changement rapide, profond, aussi bien nécessaire que durable.

La méthode et la façon de communiquer de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, semble trancher avec celle des autres chefs d’Etat ; tous, sans exception, déroulent le one man show trivial : irruption en fracas, voire en éléphant dans un magasin de porcelaine, dans l’Espace politique ; discours tonitruants, promettant monts et merveilles dès potion minet ; exhumation des dossiers fumants et nauséabonds, aptes à l’empêtrer lui-même dans un brouillamini l’empêchant de se gratter le genou.

Poli à l’envi, patient à décourager plus d’un soufi, un silence olympien et une capacité d’écoute à toute épreuve, sont quasiment les réactions du Président à tout stimuli extérieur. C’est très bien, d’autant plus que ce n’est pas donné à tout le monde.

Mais ça peut troubler des populations habituées à des leaders par trop réactifs et à l’autorité cassante. Chacun a son style, De Gaulle disait : « Il y a deux façons de dire une chose ; la douce et la patibulaire, je préfère la dernière » Le Président El Ghazouani, quant à lui, opte résolument pour la douce.

Même si certains désapprouvent sa méthode, celle-là a déjà son effet positif : depuis son avènement, l’espace politique est plutôt calme et les revendications sociales et communautaires moins véhémentes.

Coquilles sporadiques

De l’argent, il semble en manquer pour dérouler son programme. Une expérience quasi-éternelle nous apprend que les Etats vivent d’argent, mais ne meurent jamais par la mouise. A titre d’exemple : au Congo, en 1972, un zaïre valait deux dollars ; en 1991, un dollars en valait 4 millions.

La monnaie puissante du Congo mua en monnaie de singe, réduisant à la déliquescence l’Economie du pays qualifié de « scandale géologique » D’après le RAMSES 2018 (Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les stratégies, émis par l’Institut Français des Relations internationales), la RDC affiche un taux de croissance du PIB de 6,92, en 2015 ; un taux d’inflation de 0, 96 ; et un taux de corruption de 21, tandis que la Mauritanie est à 0,58 de croissance de PIB (données 2015), avec un taux d’inflation de 3,77 et 27 de corruption.

Ce n’est pas là un hymne à la prévarication, mais c’est dire que les Etats ont plus besoin d’autres choses. Par exemple, les Ressources humaines : moteur et promoteur de l’Etat. Après le léopard de Kinshasa, les cadres formés dans de grandes écoles ont su faire renaitre le Zaïre et sa monnaie de leurs cendres.

Nommer n’importe qui n’importe où est le pire des actes de commandement et de management. Imaginons le capitaine confiant la chaudière à un matelot carent puisqu’il est parent, tandis que le navire dérive vers le récif a vitalement besoin d’un ingénieur capable ?

Avec le Président Mohamed Ould Cheikh, on note une amélioration en la matière : moins de jouvenceaux ou de jouvencelles néophytes à des postes stratégiques de la haute administration ; moins de vieillards analphabètes parvenus à la faveur des méandres de l’Histoire. Mais, force est de constater de petites coquilles sporadiques résiduelles. De nouveaux promus à de grands postes parlent un arabe et /ou un français approximatif.

Nous comptons sur l’homme du nouvel espoir pour séparer le bon grain de l’ivraie. Les écuries d’Augias nécessitent une très longue haleine.

Fidele à son caractère et à sa méthode, nous l’avons entendu dire : « je vais y aller à mon rythme » Peu importe le rythme, l’essentiel est de continuer à filer du bon coton.

Brahim Bakar Sneiba, écrivain-journaliste
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

[Tribune] Émirats arabes unis : le meilleur des mondes, Par François Mattei, Journaliste indépendant

Le prince héritier des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, le 24 août 2019 à Abou Dhabi (image d'illustration).Prenant le contre-pied de l'image de « tolérance » prônée par les Émirats arabes unis, plusieurs enquêtes récentes dénoncent les conditions de travail sur les chantiers et la prostitution organisée dans le pays.

La découverte récente de trente-neuf cadavres de migrants vietnamiens dans un camion frigorifique, à Londres, rappelle que le commerce d’êtres humains sévit toujours, jusqu’au cœur même de l’Occident. L’épisode, exceptionnel et tragique, est venu comme en écho à la dénonciation par The Guardian des conditions de travail quotidiennes des immigrés aux Émirats arabes unis.

Dans cette longue enquête, le très sérieux quotidien britannique prouve que des milliers de travailleurs sont morts et continuent de mourir à Dubaï, sur le chantier pharaonique de l’exposition universelle de 2020, à laquelle participeront pas moins de cent quatre-vingt-dix pays. Et qui aura donc lieu, dans le faste que l’on imagine, au milieu des fantômes d’âmes sacrifiées pour le seul prestige d’Abou Dhabi.

Plus de 5 000 victimes indiennes en cinq ans

Venus du Népal, d’Inde, du Bangladesh, du Pakistan, des centaines de jeunes hommes s’éteignent chaque année, victimes pour la plupart d’attaques cardiaques, car exposés à des conditions de travail inhumaines : chaleurs insupportables, pollution, poussières, et aucune protection…

S’il est difficile de recenser exactement le nombre de victimes, le gouvernement indien a, lui, mené des investigations sur ses propres ressortissants. Le décompte est macabre : de 2012 à 2017, 5 185 Indiens employés sur les chantiers des Émirats ont succombé à des arrêts cardiaques ou à des problèmes pulmonaires aigus. Faute de diagnostic précis, certains morts, en dépit de leur jeune âge, ont même été classés dans la catégorie des « décès naturels ».

Les autorités émiraties ont toujours prétendu avoir fixé des règles pour protéger les travailleurs

Les autorités émiraties ont toujours prétendu avoir fixé des règles pour protéger les travailleurs. Un exemple : entre les mois de juin et d’août, toute activité physique sur les chantiers, dans les zones exposées au soleil, est interdite entre 12 h 30 et 15 heures. Les experts consultés par le Guardian jugent toutefois ces mesures insuffisantes.

« Toutes les sociétés en construction engagées aux Émirats opèrent en exposant les travailleurs à un degré inacceptable de risques », tranche Diana Eltahawy, d’Amnesty International. Le gouvernement émirati n’a pas souhaité répondre au Guardian. Côté britannique, le ministère du Commerce extérieur a assuré avoir exigé des mesures pour garantir la sécurité des ouvriers engagés dans la construction du pavillon de Grande-Bretagne.

Prostitution forcée

L’autre aspect le plus voyant de la traite humaine aux Émirats a trait à la prostitution forcée, tout spécialement à Dubaï. Un phénomène dénoncé par celles qui ont réussi à échapper aux trafiquants, ainsi que par plusieurs organisations européennes, dont l’ONG La Strada – et services de polices spécialisés dans le trafic d’êtres humains.

Elle n’est pas à vendre, un film documentaire diffusé il y a peu par la télévision officielle du Parlement grec et disponible sur YouTube, plonge avec force détails dans les réseaux de prostitution à destination du marché émirati. C’est la première fois qu’un constat aussi documenté est livré à l’opinion publique.

L’enquête démontre que ces esclaves modernes sont « prélevées » en grande partie dans les pays est-européens, essentiellement en Moldavie, par des mafias très organisées qui emploient tous les moyens – promesses mensongères ou contraintes violentes – pour acheminer des milliers de jeunes filles pauvres et vulnérables. Arrivées sur place, elles sont livrées à leurs employeurs et prisonnières d’un système de prostitution implacable. Des témoignages inédits révèlent que les trafiquants sont parfaitement organisés à Dubaï et qu’ils agissent en toute impunité.

Contradiction flagrante

Ana Revenco, autrice du film, explique aussi que « [son] attention a été attirée par l’existence de nombreuses femmes des Philippines et d’Afrique vivant à Dubaï sous le régime de l’apartheid. Ces endroits ne semblent faire l’objet d’aucune surveillance et ne semblent offrir aucune protection à ces filles contre l’exploitation. Notre propre observation est étayée par le rapport annuel du département d’État américain sur la traite des êtres humains aux Émirats arabes unis. Le rapport accuse le gouvernement des Émirats de ne pas même faire le minimum requis pour mettre un terme à cette traite ».

Et de poser la question de « l’implication des autorités émiraties, individuellement ou institutionnellement, dans la dissimulation des crimes liés à la traite des êtres humains ». En effet, les organisations gouvernementales émiraties publient régulièrement des informations et des chiffres sur l’esclavage sexuel dans leur pays, en contradiction flagrante avec tous les résultats des enquêtes menées par des gouvernements ou des organisations étrangères. La promotion internationale des Émirats en 2019 se fait, il est vrai, sur le thème de la « tolérance ».

Source : jeuneafrique.com

 

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution)

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution) Senego - L’édition 2019 du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité retiendra encore pour longtemps la prestation de très haute facture du président de la République islamique de Mauritanie Mohamed Ould Ghazouani.

Je connais personnellement l’homme depuis très longtemps (plus de 15 ans), un brillant militaire efficace et effacé. Cependant, j’ignorais totalement la puissance du verbe de l’homme, son audace, mais surtout sa vision claire de la question de lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Invité d’honneur de l’édition 2019, il en sera aussi la surprise inattendue. Outre le président Macky Sall, Mohamed Ould Ghazouani a été largement ovationné par une salle qui s’est reconnue dans le discours de l’homme. Devant le président Macky Sall, le Premier ministre de France Edouard Philippe, Mohamed Ould Ghazouani a asséné ses vérités à l’Organisation des Nations-Unies.

« Les activités terroristes de groupes armés ont généré des milliers de morts, des centaines de déplacés, la fermeture de centaines d’écoles et des millions de déplacés. Nous saluons les initiatives de gestion de crises émanant de nos Etats et de nos partenaires. Des initiatives qui se sont multipliées ces dernières années, mais qui ont connu des limites. Nous assistons depuis quelques années des rationalismes qui mettent en cause les mécanismes Onusiens. L’ONU de par sa capacité de neutralité vis-à-vis des tendances politico-régionales et de partenaires par excellence doit jouer en bon catalyseur dans la coopération multilatérale. Mais pour cela, l’Onu doit se réformer », conseille-t-il.

Il propose un vaste changement dans la procédure onusienne de lutter contre le terrorisme au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de sécurité mais également dans sa politique de maintien de la paix qui n’est pas en adéquation avec le temps des autres. Selon lui, il faut des forces plus mobiles et connaissant mieux le terrain qu’une force lourde avec un mandat souvent limité et coûteux.

« Aujourd’hui, nous devons promouvoir la bonne gouvernance, nous devons garantir l’accès à la justice, renforcer l’arsenal juridique pour l’adapter aux évolutions, assurer un accès inclusif aux services de base de qualités, lutter contre l’ignorance et l’analphabétisme, adopter des politiques économiques créatrices d’emploi, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat surtout des jeunes, mener des politiques de déradicalisation auprès des érudits religieux et enfin renforcer le mécanisme de coopération régionale et internationale et surtout renforcer la coopération multilatérale », soutient le président de la Mauritanie.

Un discours de très haute facture qu’on n’a jamais attendu d’un président de la Mauritanie. Un discours d’un homme de poigne, mais surtout courageux pour appeler à la réforme du système onusien. Notre conviction est que le président Macky Sall a trouvé un véritable interlocuteur avec qui il peut partager les problèmes entre nos deux pays. Parce que Mohamed Ould Ghazouani n’est pas un homme versatile.

Il donne à espérer un nouveau départ dans les relations fécondes et séculaires qui lient le Sénégal et la Mauritanie, surtout que les mauritaniens ont enfin un Président capable de faire cette réunification de ses composantes ethniques tant souhaitée.

* Baba TANDIAN
Président Groupe Tandian Multimedia

 

 

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel Kader

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel KaderInitiatives News - Les Mauritaniens, du moins ceux qui ont encore des yeux, savourent le plaisir d’observer la lueur d’un jour prometteur. Illusion ou vérité, cette lueur réconforte en attendant qu’elle s’avère légitime ou, qu’à Dieu ne plaise, s’éteigne dans l’amère réalité d’une fatale déception.

Dans le pays, les effets accumulés des erreurs du passé sont arrivés à un stade où la société, boiteuse au départ à cause de ses anachronismes, campe depuis quelques années aux abords de la dislocation.

Le fossé s’est notablement élargi entre le discours des acteurs politiques, y compris l’Etat et la réalité économique, culturelle et sociale, entre les riches et les pauvres, entre anciens maitres et anciens esclaves, entre le Nord et le Sud du pays, entre les hommes et les femmes, entre la génération du couscous et celle du hamburger.

Le sable mouvant menace à tout moment de dévoiler tant d’amertume et d’horreurs, de disparitions « arrangeantes » et mystérieuses, de privations et de pratiques indicibles que notre insouciance et notre naïve et pusillanime complaisance ont permis d’ensevelir.

40 ans de pillage…

Durant les quarante dernières années, les richesses du pays ont été pillées tantôt pour être rapatriées à l’extérieur par les gouvernants, les sociétés étrangères et leurs compradores, tantôt pour financer notre pseudo démocratie qui constitue désormais la source idéologique de la consécration de l’impunité et de l’usage du faux dans tous les domaines.

Les nouveaux gouvernants doivent avoir sous les yeux ce tableau sombre que personne ne doit, cependant, évoquer pour remuer le couteau dans la plaie. Ils se rendront ainsi à l’évidence que le pays est arrivé au seuil de l’intolérable et que le silence devant cet effroyable paysage n’est une bonne chose que lorsque derrière le rideau, une main sure se met à changer réellement l’essentiel.

Aussi, comprendront-ils que pour produire ce nécessaire changement, il est impérieux de créer les conditions d’une unanimité sans faille des Mauritaniens autour de principes cardinaux qui paraissent évidents et sans le respect desquels aucun obstacle ne sera surmonté sur le chemin du salut national.

Juste répartition des richesses, dissolution des écoles d’excellence…

Toute entreprise de refondation de l’Etat sur des bases pérennes doit commencer par une juste répartition des richesses nationales entre les citoyens et une mise en œuvre concertée de mécanismes concrets et efficaces garantissant, entre eux et sans aucune forme de discrimination, l’égalité absolue des chances.

C’est la condition la plus importante et, malheureusement, la plus difficile à réaliser, car elle suppose entre autres leviers, une politique d’aménagement du territoire pertinente, une maitrise de la politique de l’Emploi restaurant l’ancien service de placement, une suppression de l’enseignement privé fondamental et secondaire, une dissolution des écoles d’excellences qui sont devenues un instrument ségrégatif pour perpétuer la hiérarchie sociale et militaire et, enfin, une instauration d’un système assurant la gratuité de la santé pour tous.

Par le respect de ces options, on aura prévenu la plupart des conflits et comblé les schismes tant verticaux qu’horizontaux qui ont pour sources l’inégalité, la vénalité des charges publiques, la privatisation des services sociaux et le détournement de la rente du pouvoir à tous les niveaux.

« Une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale »

C’est, diront certains, un système socialiste que l’on nous propose ici et que Histoire aurait mis en cause. Mais qu’avons-nous d’autre à suggérer lorsque les privatisations au titre d’un ajustement structurel visant à instaurer un système soi-disant libéral aboutissent à enrichir ceux que la rente esclavagiste et féodale a déjà enrichis, lorsqu’au versant de ce système, une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale et lorsqu’il n’existe aucune cloison entre les entreprises privées et les institutions de gestion des ressources publiques ?

Restitution des biens pillés

La plus difficile des actions à entreprendre dans ce domaine sera l’indispensable restitution des biens pillés depuis l’indépendance par des personnes militaires et surtout civiles bien connues, dont il est facile d’établir la liste.

Pour assurer le succès de cette action plus que salutaire, il serait nécessaire de promulguer une loi qualifiant de crimes imprescriptibles les infractions de détournement des biens publics de toutes natures.

Il est également utile de créer une juridiction spéciale pour la restitution de ces biens suivant des instruments procéduraux et processuels s’appuyant sur une commission d’enquêté formée d’anciens commissaires de Police et officiers de Gendarmerie nationale.

Tous les anciens hauts responsables et leurs épouses, en l’occurrence les présidents, les premiers ministres, les ministres, les ambassadeurs, les gouverneurs de la Banque Centrale de Mauritanie et leurs adjoints, les Commissaires à la Sécurité Alimentaire, les Directeurs de cabinet du Président ou du Premier ministre, les Secrétaires généraux des ministères, les directeurs d’établissement publics, les chefs d’Etat major de l’Armée, de la Garde nationale, de la Gendarmerie nationale, les directeurs des Douanes, du Budget, du Trésor, les walis, ainsi que les principaux hommes d’affaires, devront envoyer la liste de leurs biens et se tenir prêts à les justifier devant la commission d’enquête.

C’est une tâche immense et d’autant plus difficile qu’elle pourrait inquiéter de nombreuses personnes craignant d’être l’objet de règlement de comptes ou ayant créé une base sociale grâce au vol des biens publics, alors qu’elles sont sans racine dans leur propre milieu.

Elle est également difficile parce qu’elle semble contraire au tempérament d’un Président détestant le sensationnel et pouvant se réfugier derrière le proverbe guerrier selon lequel « la dignité est un mauvais sort ».

Mais Monsieur le Président devra interroger les derniers arbis d’une époque révolue où la magnanimité avait un sens, pour s’assurer que ce proverbe ne signifie nullement que la dignité doive voler au secours de l’ignominie, du vol au grand jour et du viol manifeste des consciences. Elle signifie qu’on doit se résigner parfois à perdre la vie au lieu d’abandonner un ami sur le champ de bataille.

Or, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un ami qu’on abandonnerait, mais d’un peuple tout entier qu’on laisserait gésir sur le champ du mépris et de la famine, après avoir été spolié au grand jour de toutes ses richesses.

Peur de la déception

Les Mauritaniens dont une grande majorité se voit dans le miroir du nouveau régime après avoir perdu l’espoir d’un retour aux sources de leur pays, ont peur d’être déçus et surtout d’être obligés d’imposer par la force, comme d’autres peuples l’ont fait ailleurs, la restitution de leurs richesses spoliées.

Il est certes désagréable et douloureux de s’affronter à un régime dirigé par des hommes dignes d’estime et de confiance, mais hélas, on ne peut que choisir la survie de tout un peuple plutôt que celle d’un régime lorsqu’il s’entête à couvrir de son propre manteau, la trace des voleurs de grands chemins.

Faut-il alors oublier que notre passé est bien devant nous et qu’il demeure aussi incontournable qu’impitoyable ? Doit-on laisser aux assauts de la colère le soin de défoncer notre porte au lieu de l’ouvrir, nous-mêmes, sagement en nous mettant à l’abri des éclats imprévisibles de l’anarchie ? Faut-il continuer à se fier au repos des écumes, comme l’ont fait, en leur temps, les dirigeants algériens, tunisiens, iraquiens et libanais en pariant sur l’hypothétique insensibilité sans limite de leur peuple ?

Nous n’avons pas besoin de réponse à ces questions en laissant le soin de le faire au tsunami universel qui secoue déjà l’Amérique Latine, l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Isselmou Ould Abdel Kader
Source : Initiatives News (Mauritanie)