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Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY Mustapha

Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

La Constitution française ne reconnait aucune autre langue officielle que le français, et elle fait depuis 2008, une simple référence aux langues régionales par l’insertion d’un nouvel article 75-1 mentionnant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». La France a signé mais non ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires de 1992.

Le Conseil constitutionnel ayant déjà par le passé considéré qu’elle est incompatible avec l’article 2 de la Constitution stipulant que « la langue de la République est le français ».

Et pourtant les langues régionales en France sont bien plus importantes en nombre qu’en Mauritanie. Les langues dites d’oïl, dans la moitié nord de la France et l’occitan, une mosaïque d’idiomes, d’une richesse territoriale infinie.

Allons-nous être plus royalistes que le roi ?

Pourquoi la France, dont nous revendiquons la langue pour nous servir de langue officielle, n’a-t-elle pas adopté le breton, le normand, le basque, le corse, ou même l’allemand standard, langue régionale d’Alsace-Moselle, comme langues officielles ?

Pour la simple raison que nous avions citée en début de cet article : « sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat ! »

En Mauritanie nous avons donné une place privilégiée à toutes nos langues. L’article 6 de la Constitution de Juillet 1991, telle que modifiée dispose que : « Les langues nationales sont l'Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof; la langue officielle est l'arabe. »

Qu’allons-nous donc chercher hors de ce patrimoine linguistique ? Une langue étrangère pour nous servir de langue officielle ?

La langue arabe, la quatrième langue la plus parlée dans le monde. L’une des quatre grandes familles de langues africaines, la langue la plus parlée sur le continent africain avec plus de 150 millions de locuteurs natifs. Langue de culture et de religion.

N’est-ce pas là, pour le commun des mortels, une question irrationnelle ?

Certes. Mais il y a des réticences. Et qui ne sont cependant pas une vue de l’esprit. Et elles trouvent nombre de justifications et s’expliquent par des craintes compréhensibles qui n’ont, hélas, pu trouver ni réponse ni solutions. Pour connaitre les effets, remontons aux causes.

Lorsque l’on parle, de réforme de tout système éducatif, les yeux sont braqués sur la langue.

C’est autant dire qu’ils ne peuvent la voir que si on la tire. Mieux encore on l’étale. "Uniglottes", "biglottes", "polyglottes" se font un devoir de penser que sans la langue, il n’y a pas de salut au palais de la connaissance. Mais quelle langue, faut-il tourner sept fois dans sa bouche avant d’en user ?

La langue est d’une importance capitale. Elle est le vecteur de la connaissance et du savoir.

Le débat actuel autour de la langue est biaisé par le fait que si la réponse recherchée est bien claire, les questions par contre sont très mal posées.

Ainsi la question : « Pourquoi ne veut-on pas du bilinguisme en Mauritanie dans l’éducation nationale » est extrêmement mal posée.

Et sa réponse pour la redresser ne peut-être que : « toute personne douée de raison et de culture ne peut nier que le bilinguisme se doit d’être institué dans l’éducation en Mauritanie. » Il y va de la survie et du développement même du pays. L’enfermement linguistique est aussi fatal aux civilisations que le papier à mouche, aux mouches.

L’Ecole mauritanienne se doit de former les générations mauritaniennes dans toutes les langues. Les langues sont les clefs fondamentales du renforcement et de la compréhension entre les peuples et les nations.

Que le législateur impose d’enseigner dans nos écoles, le français, l’anglais ou toute autre langue européenne ou asiatique est en soi une initiative à saisir au vol. Les seuls critères dans le choix prioritairement de l’enseignement de ces langues sont :

- Leur intérêt pour la coopération et le dialogue avec les autres pays et prioritairement avec-nos pays africains frères frontaliers ou lointains. Ainsi dans ce cas le français et l’anglais, d’abord, mais aussi l’espagnol et le portugais s’imposent d’eux-mêmes.

- L’apport pour le dialogue et la collaboration avec les autres nations du monde et surtout celles qui ont des relations historiques avec notre pays et auxquels lient des accords de coopération judiciaires, économiques et financiers. Le français et l’anglais s’imposent encore, à côté de langues de pays qui prennent une dimension exponentielle dans l’économie mondiale, telle que la Chine.

- L’apport pour la compréhension et la défense des intérêts du pays face aux institutions financières publiques, nationales et internationales (Système financier et monétaire international, institutions de Bretton Woods ). L’anglais est là une langue très importante.

- L’apport au rayonnement économique et culturel du pays, qui ne peut se faire qu’en passant d’abord par la langue et la culture des autres. On ne promeut pas sa culture en usant de sa propre langue. Dans cette optique, l’enseignement de toutes langues, notamment celles des Nations-Unies, s’impose par lui-même.

En définitive oui, l’école mauritanienne se doit d’être principalement bilingue. Accessoirement trilingue ou « polylingue », les limites ne doivent être que l’intérêt que revêt l’enseignement ou l’apprentissage de telle ou telle langue pour le pays, tel que souligné dans les points précédents.

Toutefois, il ne faut pas confondre bilinguisme (ou polylinguisme) de la nation et le monolinguisme officiel de l’Etat.

Le bilinguisme de la nation sauvegarde et développe les intérêts économiques, sociaux, culturels et internationaux spécifiés.

Le monologuisme officiel de l’Etat sauvegarde et protégé la cohésion et la continuité des institutions administratives de l’Etat. En assurant, l’uniformité de la langue de travail, de la langue de communication et la compréhension de tous de l’action des autorités publiques.

Lorsque la constitution dispose que la langue officielle de l’Etat mauritanien est la langue arabe. Cela signifie que les actes publics, les interventions publiques en sommes le vecteur de la communication de l’Etat avec ses citoyens est la langue arabe.

En effet, sans une langue officielle commune, c’est à la fois le dédoublement des actes, c’est l’incompréhension linguistique entre les acteurs publics. Celui-ci parlant le français ou l’anglais celui-là parlant l’arabe et personne ne peut émettre un acte matériel (documents administratifs et officiels) ou engager une communication compréhensible par l’autre.

Et la bonne justice impose que tous les citoyens soient traités également à travers les actes officiels qui les concernent dans une transparence que la pluralité des actes, leur traduction si elle est engagée mettra certainement en cause.

Aussi si pour arriver à l’unité du système administratif et d’information de l’Etat et pour désigner quelle sera la langue officielle de l’Etat mauritanien, ce sera incontestablement la langue arabe.

N’est-il pas curieux, en effet, que sur les plateaux dans nos médias officiels, le journaliste pose des questions en français au négromauritanien (ou au maure qui ne comprend pas l’arabe) qui répond en français et au maure (ou au négromauritanien qui ne comprend pas le français) des questions en arabe et réponde en arabe.

Le premier ne comprenant pas ce que dit le second et inversement et l’auditeur ne comprendra que la moitié du débat et peut-être moins. Mettons cela à l’échelle de l’Etat et l’on pourra saisir l’ampleur de la catastrophe pour la Nation.

Avoir une langue commune de dialogue à l’échelle officiel est un impératif. Il y va de la compréhension et de la cohésion de tous, mais aussi de la bonne gouvernance.

Et quelle langue s’impose le mieux dans le contexte mauritanien ? Il ne fait pas de doute que c’est la langue arabe pour des considérations multiples que l’on a développées dans un article précédent (voir : Pour une Mauritanie plurilingue : esquisse d’une solution. https://haut-et-fort.blogspot.com/2007/09/pour-une-mauritanie-plurilingue_6399.html )

Mais, si au vu des éléments évidents développés, l’arabe doit jouer son rôle de langue officielle, la question fondamentale est : pourquoi remet-on en cause de cette langue comme langue officielle de l’Etat mauritanien?

Si l’on simplifie, l’on peut dire que les raisons à cela peuvent être ramenées au rattachement de cette langue, consciemment ou inconsciemment, à :

- un courant politique

- un courant extrémiste

- une volonté d’assimilation

- un mouvement rétrograde

1.Le rattachement de l’arabe à un courant politique

Lorsque l’on examine les argumentaires de ceux qui rejettent la langue arabe, on y retrouve une référence explicite aux mouvements militants ou panarabes pour lesquels l’arabe est la langue du pays tout entier. Les Nasséristes, les Baathistes, pour ne citer que ceux-là placent l’adoption de la langue arabe au centre de leur lutte.

Les dernières années qu’à vécues le pays, notamment celle d’une arabisation à outrance et forcenée souvent appuyée par ces mouvements panarabes ou par ceux de leurs girons, a imprimé à ceux-là même qui refusaient l’arabe, un argumentaire supplémentaire pour la rejeter.

La violence avec laquelle cette langue a été introduite dans le système éducatif et les exclusions qu’elle a engendrées, n’ont pas été favorables à son acceptation.

Ceux qui ont mis en place ces réformes, l’ont fait loin de toutes considérations pour le pays et le respect des idéaux de la population. Ils ont mal servi la langue arabe sur une terre sur laquelle elle est, elle-même, un symbole de tolérance.

Ceux qui prônaient l’intolérance des « arabes » de Mauritanie et leur politique agressive dans la gestion de l’Etat ont trouvé un filon inépuisable qui leur a permis de s’inscrire en faux par rapport à cette politique, d’en faire un cheval de bataille par lequel souvent ils s’en sont servi pour émouvoir la communauté internationale.

Voici le premier tableau négatif. La stratégie d’enseignement de la langue arabe de ces dernières années a d’autant été rejetée qu’elle a encore ternie celles à venir.

2. Le rattachement de cette langue à un courant extrémiste

Ce n’est pas l’air du temps qui démentira. Tous ceux qui ont commis des attentats extrémistes sont souvent des arabes ou assimilés à des arabes. Les arabes et par assimilation, les « arabisants» sont donc dangereux.

La langue arabe serait la langue de l’extrémisme. C’est le 11 septembre de l’éducation.

Pourquoi apprendrions-nous à nos enfants une langue qui est celle des extrémistes. Ne serait-elle pas une langue qui développe en elle-même un syndrome d’intolérance et de violence?

Idées occidentales développées à la veille d’un certain attentat et qui inconsciemment peuplent le sommeil de ceux qui n’en sont pas encore réveillés.

Simplification hasardeuse des choses qui prend sa source dans une désinformation généralisée qui, malheureusement, est confortée par la réalité amère et violente de ces derniers jours.

Mais la langue arabe, n’a jamais été la langue de la violence. C’est une langue de paix et de tolérance. Et il n’est point ici utile de rapporter le flot infini des humanités de cette langue qui couvre des siècles et des siècles de ressources inépuisables.

Ce serait une offense aux esprits de la civilisation universelle. Ce serait en effet, un irrespect manifeste vis-à-vis de cette langue et des civilisations millénaires qu’elle a engendrées que de s’échiner à montrer ses vertus et ses richesses.

3. Le rattachement à une volonté d’assimilation

Ce que craint toute culture c’est qu’elle ne soit assimilée par une autre plus importante ou plus puissante dans son rayonnement humain ou géographique. La disparition d’une culture est toujours un drame pour l’humanité. Ceux qui rejette la langue arabe comme langue officielle, craignent cette assimilation qui est interprétée dans le sens de l’affaiblissement de leur culture et en fin de compte à sa disparition face à une culture dominante véhiculée par la langue arabe. Cette attitude est-elle justifiée, on pense bien-sûr que non.

En effet, les langues nationales se devant d’être enseignées et développées ne perdront ainsi ni leur place ni leur importance dans l’espace culturel national. Au contraire elles s’enrichiront mutuellement et rempliront le rôle qu’elles ont toujours joué : le dialogue. Et lorsque le dialogue existe, il n’y a point d’assimilation mais enrichissement par les différences.

Toute l’histoire de la sous-région a montré que les langues et les cultures ont toujours coexisté. Et cette affirmation d’assimilation n’a pris son essor que face à l’instrumentation de la langue arabe par des régimes et des groupes politiques qui en porté moralement, physiquement et matériellement préjudice à la constituante négro-africaine mauritanienne ont accrédité cette liaison entre langue arabe et assimilation. Or ni la langue arabe n’est véhiculatrice d’assimilation, ni les cultures des différentes communautés mauritaniennes n’en sont dans un situation d’assimilation les unes des autres mais, depuis toujours, dans un mouvement perpétuel d’enrichissement mutuel.

En faisant disparaître la crainte générée par des pratiques politiques récentes, on réajustera l’attitude des uns et des autres, face à la langue arabe.

4. La langue arabe engendrerait un mouvement rétrograde

S’il est une attitude des plus injustifiées et qui met dans le ridicule absolu ceux qui l’adoptent est celle de considérer que la langue arabe est une langue rétrograde. Une langue qui ne sied ni au développement ni à l’ouverture sur les sciences et le savoir modernes. Et par conséquent sont adoption dans le système éducatif ou en faire une langue officielle constituera un handicap au développement du pays et à son ouverture sur le monde. En somme la langue arabe est un frein au modernisme.

Le ridicule d’un tel raisonnement n’a d’équivalent que le degré d’ignorance, de la langue arabe elle-même et de la civilisation arabe, dans lequel se trouvent ceux qui le tiennent

Tout cet espace ne suffirait pas à démontrer l’amplitude de cette erreur, mais une chose est certaine, la langue arabe est un vecteur certain de développement, de modernisme et il ne tient qu’à ceux qui l’utilisent de rejeter toute volonté de réduire son rayonnement national et international.

Qu’on se le dise donc pour le salut de ce pays et l’entente des générations futures: sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

Et jusque-là nous avons un Etat, mais pas de Nation.

Pr. ELY Mustapha

 

Déclaration de politique générale du PM : 8/20, copie à revoir avec avertissements sévères !

Déclaration de politique générale du PM :  8/20, copie à revoir avec avertissements sévères ! Dahaba Djibril Diagana - Rien de concret, il saute du coq à l’âne.

Pas de chiffres, pas de prévisions, trop de littérature. En dehors de 1000km de construction et de réhabilitation de route, 300 km de voiries urbaines, 40 000 jeunes bénéficiaires de formations professionnelles, 20% du budget sera consacré à l’éducation à l’horizon 2024 (très subjectif), reboisement de 1 500 ha / an, 23 centres et 52 points de santé. Et quoi d’autre ? C’est tout !

- La cohésion sociale et la justice sociale très légèrement abordée.

- l’emploi de façon générale et celui des jeunes ne semble pas être une priorité comme le prétend le ministre de tutelle.

- Pas un mot sur la Diaspora !

- Pas un mot sur l’esclavage et le passif humanitaire (bombes à retardement)...!

Très décevant !

Il y a tout de même quelques bonnes idées mais trop faibles par rapport à la demande populaire.

Nous voulons du nouveau souffle, un pays moderne sur le chemin du développement et de la postérité économique et sociale, pour cela il faut une grande, bonne et réelle vision et beaucoup de courage adéquat aux attentes des citoyens...Hélas !

Source : Dahaba Djibril Diagana

 

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courte

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courteCire Ba - De l'Afrique du Sud, parviennent d'insoutenables vidéos et images actuelles de meurtres, de destructions de biens de travailleurs migrants africains établis sur son sol. Je m'abstiens de les publier. Les auteurs de ces violences filmées y apparaissent en état second, déterminés et soulagés d'avoir « débarrassé » leur pays de « sangsues ».

Des scènes de populations autochtones noires et pauvres se livrant à des pillages systématiques de commerces d'étrangers qui leur ressemblent , les pourchassant dans les rues et avenues, les mutilant et les tuant.

Cette chasse au migrant africain inquiète. Elle s'est étendue pour la première fois, depuis plusieurs années qu'elle se répète, à plusieurs villes du pays de Madiba qui doit se retourner mille fois dans sa tombe.

Ici naturellement, le mot racisme est remplacé par xénophobie de grande ampleur. Le résultat est le même. Ne fermons pas les yeux, il n'y a aucune gène à dénoncer la barbarie. Elle est incolore et rien ne peut justifier cette folie collective et sélective. Surtout pas le chômage (de locaux qui rechignent à occuper certains emplois pénibles) qui a souvent bon dos partout dans le monde.

Désigné comme bouc émissaire, le travailleur migrant venu de pays voisins et du reste de l'Afrique noire, parfois du Pakistan, sert d'exutoire et doit endosser la responsabilité de l'échec du pouvoir politique qui n'a pas pu ou su améliorer les conditions de vie de la majorité noire depuis la fin de l'Apartheid.

Pour ne rien arranger, différentes corporations avaient appelé à une grande manifestation le 1er septembre 2019 contre des étrangers accusés de prendre l'emploi, de commettre des crimes et de vendre de la drogue. Cet appel a été entendu. Une surenchère indigne d'un peuple qui a bénéficié de soutiens d'autres peuples pendant les heures sombres de son histoire récente.

En Angola voisin, un autre pays de l'ancienne ligne de front, la situation des migrants ouest africains n'est guère plus reluisante. Régulièrement, la presse guinéenne fait état de meurtres de ses compatriotes installés en nombre et travaillant dans ce pays.

Ciré Ba - Paris

 

Et si le Président Ghazouany réussissait son pari

Et si le Président Ghazouany réussissait son pariImam Cheikh : Je suis l’un des premiers mauritaniens à avoir appuyé avec force le processus qui aurait dû mener notre pays enfin à une alternance pacifique et démocratique réelle.

Depuis 2015 j’ai écrit une série d’articles appelant au dialogue inclusif avec l’opposition et soutenant sans réserve la décision du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas briguer un troisième mandat et de se conformer ainsi aux dispositions de la constitution.

Ce dernier acte posé par l’ancien président avait aiguisé mon appétit démocratique allant jusqu’à me faire croire que le cadre était déjà posé pour un dialogue décisif vers une transition réelle et un changement notoire dans notre système politique ouvrant ainsi la voie à une réorientation de notre système de gouvernance et une refondation de nos institutions démocratiques permettant une égalité de chances devant des urnes qui seront le seul arbitre dans un jeu démocratique sain.

A notre grand désespoir, le déroulement de l’élection présidentielle du 22 juin, entaché de fraudes et d’irrégularités multiples et criantes, a confirmé que la CENI, le Conseil constitutionnel, la HAPA ont été en dessous des attentes du peuple mauritanien ;

Les candidats qui se sont lancés dans l’arène de l’élection présidentielle, et dont j’ai soutenu et continue de soutenir l’un d’eux, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ont fait les frais de ce déficit institutionnel ;Ils ont beau crié gare dans un premier temps et ensuite crié haro sur le baudet à l’issue du scrutin, rien n’y fit, le rouleau compresseur déroulé par l’indécrottable force de l’alliance entre le pouvoir militaro affairiste, la ploutocratie, la féodalité, une élite avachie, un clergé opportuniste, et tous ceux qui les suivent consciemment ou inconsciemment depuis 1978, broya l’espoir d’un instant de voir naitre une autre Mauritanie.

Et pourtant la victoire pour cette naissance était là, à portée de main, si des mains occultes n’en avaient décidé autrement et à dessein. A l’aube du 23 juin, après une longue nuit qui gardera les traces indélébiles d’une fracture de la Mauritanie en deux, l’on s’est rendu compte que 48%, des mauritaniens, (le chiffre de la CENI et du Conseil constitutionnel en dépit des irrégularités et de la fraude), veulent autre chose…Le chiffre est symbolique et révélateur.

Il lance un signal fort: Les mauritaniens s’affranchissent de plus en plus des tutelles, des maitres penseurs, des objecteurs de conscience fourbes, des rabatteurs de voix et commencent à se forger leur propre opinion et leur propre décision ; Un acquis considérable dans la formation des nations démocratiques car la prise de conscience individuelle et le libre choix sont la quintessence et la sève nourricière de toute démocratie républicaine.

Il est clair, comme je l’avais souvent dit, que le paysage politique de la Mauritanie avant 2019, ne sera plus le même après 2019. La Mauritanie change, a changé et le mérite en revient à tous ces grands hommes politiques surtout de l’opposition qui ont abattu, durant des décennies, tant d’énergie, de temps et de moyens à leur propre détriment souvent, pour atteindre cet objectif. Dans le même sillage, le pouvoir, ses hommes politiques, ses élites…doivent changer. Le président de la République élu, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, a, devant le peuple et l’histoire, une lourde responsabilité.

Il est, de l’unanimité des mauritaniens, un homme posé, intelligent, doté d’un sens aigu du respect de l’autre et de la convivialité, patriote, et capable de rassembler…Ce n’est nullement de la flagornerie, ni de la complaisance, ni de la compromission, c’est une conviction fondée sur un constat réel, je connais l’homme personnellement depuis deux décennies.

Je fais la part entre l’homme et ses qualités intrinsèques et le système auquel il a appartenu et contre lequel j’ai voté pendant l’élection présidentielle. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce système à avoir gardé une hauteur de vue par rapport à certains errements de la gouvernance passée; Son premier ministre et son directeur de cabinet font partie de cette minorité de hauts commis de l’Etat et personnalités qui se distinguent du lot.

Espérons qu’ils fassent des émules dans le gouvernement en cours de formation. Par ailleurs, je crois personnellement que le nouveau président avait pris ses distances des écarts de toutes sortes constatés pendant la campagne électorale, et qu’il a tout fait pour être au-dessus de la mêlée. Ses discours ont toujours été de haute facture et ont constitué une source de fierté pour ses sympathisants et de rassurance pour ses adversaires. Cet état de grâce, appuyé par une reconnaissance de la communauté internationale, n’est pas sans fin, surtout qu’il gère depuis son arrivée à la tête de l’Etat, une situation confuse avec une administration désarticulée et des déséquilibres budgétaires dangereux. Le Président Ghazouany doit saisir la portée de cette élection.

Il doit se considérer à la tête d’un pays, coupé en deux courants d’opinion opposés et à peu près égaux, un pays en transition permanente vers une réelle démocratie. Sa promesse d’être le président de tous les mauritaniens n’est pas passée inaperçue. A cet effet il doit lancer de grands chantiers indispensables à la pérennité de la Mauritanie en tant que nation forte, respectée, libre et indépendante.

D’abord sauver notre économie nationale des conséquences désastreuses de l’improvisation et de l’amateurisme, et la rebâtir sur des bases solides en fonction des exigences de l’heure et des défis liés à l’exploitation très prochaine du gaz et du pétrole ; Deuxième défi, notre système éducatif est dans une situation de déliquescence et ne répond nullement aux demandes liées aussi bien au marché du travail actuel qu’à celui de la prospective ;

Ajoutons-y son impact dévastateur sur notre unité et notre cohésion nationales ; La Mauritanie souffre de plus en plus des fossés et des fractures sociales. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’on a malheureusement constaté combien le vote identitaire prend de plus en plus de place. Parallèlement il est impératif de procéder à la refondation de nos institutions et la réorganisation de l’espace démocratique ; Cela sous-entend la révision totale de la présente CENI, du Conseil Constitutionnel, de la HAPA, une dissolution et une réélection de l’assemblée nationale, des conseils régionaux, des communes dont il faut procéder à une relecture des prérogatives.

Ces grands projets ne pourront être soutenus et accompagnés que par des citoyens, civiquement responsables et en pleine possession des exigences de l’Etat citoyen. Dès lors s’imposent une « repersonnalisation » de l’homme mauritanien, une construction des esprits, une préparation et une habilitation des mauritaniens à affronter les défis qui nous assaillent de partout et que seuls des citoyens éduqués, émancipés, responsabilisés pourront relever.

Affronter ces défis et les gagner requiert l’apport de tous les acteurs politiques, de toutes les organisations non gouvernementales, de toute l’élite, de chaque citoyen, à quelque niveau qu’ils soient. Le slogan de sa campagne, la teneur de ses discours font penser que le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, pourrait être l’homme du consensus tant recherché par le peuple mauritanien ; Un consensus fondé sur la justice, l’équité, la fraternité, sur une volonté d’éviter la chasse aux sorcières, de ramener tous les fils de ce pays au bercail et de les remettre dans leurs droits et leur dignité. A défaut, les mauritaniens continueront de subir, subir et subir …..

Et le mythe de Sisyphe sera toujours là …... Le développement du pays, son indépendance, l’épanouissement de son peuple, sa fierté et son honneur, l’avenir des futures générations continueront à être hypothéqués en permanence. L’atmosphère de concertation, de dialogue et de compréhension réciproque tant souhaitée par le peuple s’éloignera tel un mirage une fois de trop…

Imam Cheikh

Source : Imam Cheikh

 

Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY Mustapha

Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Lorsque John Maynard Keynes, débarqua en Mauritanie, la première impression qu’il eût et qu’il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles...et la pauvreté des gens...en ressources élémentaires.

Ce fut pour lui un élément fondamental de réflexion et il passa de longs mois sous une khaima en méditation pour théoriser ce paradoxe. Il s’appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics ont joué dans cette misère. Lui, fervent défenseur de l’interventionnisme économique de l’Etat, voici que cela contredisait sa philosophie de l’Etat bienfaiteur.

Je l’ai rencontré par hasard, enturbanné debout à la lisière d’une kebba en profonde méditation devant un groupe de groupe de jeunes gens désœuvrés à l’ombre d’une baraque branlante.

Question : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir...

Q : Quel spectacle n’est-ce pas ?

Keynes : Oui, ça me rappelle les jeunes de Liverpool...

Q : Ce n’est pas le plein emploi ...

Keynes : tout-à-fait, nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de faible durée. Tout le monde ici chôme. Curieux n’est-ce pas ?

Q: Et pourtant, monsieur Keynes l’Etat mauritanien est plus qu’interventionniste.... Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C’est justement ce qui me fait réfléchir…je dois revoir mon multiplicateur !

Q : Vous pensez qu’il n’est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l’Etat investit et que la pauvreté est criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q : Qu’est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour compte « d'un cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu’il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective anticipée par les agents économiques...

Q : La demande effective est faible et l’anticipation par les agents économiques de cette demande est quasi-nulle...Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroitront leur offre aussitôt absorbée par cette demande qui générera une distribution de revenus par la relance de l’emploi et donc un accroissement des investissements des entreprises et donc distribution de richesses. Formation brute capital fixe d’où croissance économique.

Q : Cela doit être en principe le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors qu’est-ce qui passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l’Etat. Pourquoi cela ne marche pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible et l’offre l’est aussi.

Q : Et votre "multiplicateur" alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n’est pas forte l’état peut relancer l’économie à travers la dépense publique...

Q : depuis qu’il existe l’Etat mauritanien ne fait que dépenser...Est-ce à dire que les tenants de l’école classique qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. En fait lorsque j’ai préconisé l’interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyen de relancer l’économie, j’avais pensé ces solutions dans le contexte d’une économie occidentale où l’investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q : C’est intéressant ça. Cela veut dire?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur : lorsque l’Etat fait une relance budgétaire donc en investissant, les revenus vont augmenter donc la consommation va augmenter. Les entreprises, pour face à cette consommation, vont augmenter leur production d’un niveau équivalent à la part de revenu consacré à la consommation. D’où hausse de l’emploi et distribution de nouveaux revenus entrainant une nouvelle propension à consommer. D’un autre côté la part du revenu non consommé, à savoir l’épargne augmente dégageant ainsi d’importants capitaux permettant l’investissement. Après une certaine période, l’économie va s’autofinancer par l’épargne réalisée grâce à l’accroissement du revenu des agents économiques.

Q : Donc, si je comprends bien au bout d’un certain cycle (disons cinq ans, par exemple) la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c’est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique et qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de votre économie.

Ainsi mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie. Valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires répartis et en épargne. Ce n’est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu’il y a un effet que j’appellerai de « déperdition » dans mon multiplicateur quand on l’applique à votre pays.

Q : C’est probablement notre politique monétaire qui ne s’articule pas efficacement avec notre politique budgétaire...

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques....

Q : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci en termes de valeurs ajoutées est quasi-inexistante. Or toute détermination de l’accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l’élasticité de cette production nationale. Ainsi par exemple toute volonté d’accroître le pouvoir d’achat est forcément limitée par la faiblesse de l’appareil de production national mauritanien. Ainsi Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l’inflation, la résorption de monnaie par une offre marchande correspondante et donc par la consommation est théoriquement réduite. Aussi l’Etat se trouvera sous contrainte extérieure d’importation, d’endettement extérieur pour faire face à une demande à laquelle la production nationale ne peut faire face. Les conséquences en sont alors évidentes pour la politique monétaire qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes (contraintes extérieures).

Q : Cela signifie donc que l’on ne pas peut parler de politique monétaire que si l’Etat développe une politique industrielle et commerciale....

Keynes : On ne peut relancer l’investissement si l’Etat achète tout de l’Etranger y compris ses machines…Or c’est par l’investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l’on génère la croissance fondement du plein emploi et de l’accroissement des recettes publiques qui cycliquement rétabliront les équilibres budgétaires.

Q : Cela signifie-t-il qu’en Mauritanie nous ne sommes ni maître de notre politique budgétaire et encore moins de notre politique monétaire qui doit l’accompagner.

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l’économie et des finances publiques de votre pays. L’absence d’un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d’achat font que le déficit budgétaire ne peut être un moyen de relance de l’économie.

Q : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape à mon avis fondamentalement la croissance économique du pays et empêche les politiques de l’Etat (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c’est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l’Etat à long terme...

Q : Et à long terme on est tous morts !

Keynes : Non pas de précipitation. Ça je l’ai dit dans un autre contexte... Ce qu’il faut dire c’est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L’enlisement de l’Etat dans les projets de grande envergure financés à coup d’endettements internationaux hypothèque toute appréciation de l’efficacité des politiques budgétaires adoptées.

L’Etat Mauritanien n’est ni maître de la quasi-totalité de ses ressources (provenant de l’emprunt international) ni de ses investissements (monopolisés par des projets d’envergure). Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle, permettant de doter le pays de ses outils de production, aucune stratégie d’infrastructure de base immédiate, permettant aux populations d’améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, ne sont réalisées en continu.

Si aujourd’hui, les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout (de l’eau à l’électricité en passant par les produits alimentaires) et si le niveau de vie s’est considérablement dégradé suivi par la flambée des prix, le chômage et la crise des ménages, c’est que l’Etat Mauritanien investit ailleurs dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années... Et d’ici-là...

Q : On est tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l’investissement dans les projets prioritaires à moyen et court terme auraient mieux aidé à aller vers le développement...Ainsi le grand projet "d’Aftout Essahli" apportera probablement de l’eau jusqu’à Nouakchott mais il n’améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se serait d’ici là fortement dégradée...

Q : Est-ce à dire que l’Etat aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire ), dans l’amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines etc.), dans la création des institutions de développement (institut de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d’un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l’assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l’économie, avant d’entamer de tels projets d’envergure qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources, ni infrastructures ?

Keynes : D’autant plus qu’il faut savoir que ces grands projets, jusqu’à leur réalisation, vont réduire à néant toute velléité de l’Etat d’adopter une politique budgétaire visant à relancer l’investissement et la croissance.

En effet (outre qu’il accapare ses ressources), le financement de ces projets provenant de l’emprunt étranger va servir à financer des compagnies étrangères maître d’œuvre des projets qui fourniront les biens (machines, outils, etc.) et les services (ingénieurs, techniciens etc.) et tout cela de l’étranger ! Cela signifie que l’Etat ne réalisera pas grâce à ces investissements sur ces grands projets, une distribution de revenus à l’échelle nationale (la main d’œuvre étant étrangère) , ni ne participera à financer une industrie nationale (qui fournirait les machines et les outils).

Donc pas d’accroissement de revenus pas de création de valeur ajoutée par les entreprises nationales (inexistantes). L’Economie de votre Etat ne bénéficiera donc pas de l’investissement réalisé par l’Etat. Or je l’ai dit une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle... Il ne sert à rien de relancer l’investissement si on acquiert ses machines à l’étranger et de surcroit si on les acquiert par un endettement qui ne serait pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q : Vous me semblez très pessimiste, monsieur Keynes...

Keynes : Et vous, ne l’êtes-vous pas ?

Q : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes…ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d’un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou prit un air de philosophe (qui siérait bien à Hayek) et dit : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n’est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie, c’est l’intégrité des hommes qui la dirigent.

Q : L’intégrité ? M’écriais-je. Oui, je crois aussi. Mais n’aurions-nous dû pas commencer par-là, monsieur Keynes ?

Il eût un hochement de tête, et s’en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé pied ici c’est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pour quoi.

Pr ELY Mustapha
Source :
Pr ELY Mustapha

 

 

 

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar Yali

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar YaliOumar Yali - A moins des dix jours qui nous séparent encore du scrutin présidentiel prévu pour le 22 juin 2019,

il se précise et se confirme pour s’imposer comme réalité têtue, les signes augurant l’absence totale d’un minimum de clarté électorale de nature à placer les candidats de l’opposition et leurs électeurs dans un état d’esprit tel que vainqueurs ou vaincus ils se consolent de l’avoir été d’une manière plus ou moins transparente. En effet:

A) La CENI, pièce maîtresse de tout le processus électoral, pièce qui, statutairement est consensuelle et au sein de laquelle les parties prenantes devraient être représentées, n’est aujourd’hui, en son comité des onze sages, composée que d’éléments du camp de la majorité ou d’éléments de l’opposition jadis appelée opposition dialoguiste et qui ont rejoint la majorité soit en l’intégrant complètement avec armes et bagages, soit en soutenant Ghazwani, candidat de cette majorité et donc du pouvoir ;

L’on peut, compte tenu de la naissance et de ce qu’est devenue l’opposition dite dialoguiste conclure sans grand risque de se tromper que cette force n’est rien d’autre qu’un instrument créé et utilisé’ par Aziz à des fins politiques.

B) Aux questions relatives au choix des membres des bureaux de vote (choisis uniquement dans le camp du pouvoir ) au zèle démesuré et abus de pouvoir dont ces membres font preuve (refus de délivrer des PV de dépouillement aux représentants des candidats de l’opposition et même, renvoi de ces représentants en plein exercice de leur mandat) ; à ces questions importantes, les réponses données par les hautes autorités de la CENI sont évasives et loin d’être rassurantes ;

C) Le blocage de l’accord bipartite opposition/pouvoir que d’aucuns considèrent comme une ingérence de l’administration dans le choix libre de l’opposition en vue d’empêcher celle-ci de se faire dignement représenter dans le comité des sages, voire conserver, comme présentement c’est le cas, le caractère unilatéral de ce véritable organe de suivi, de contrôle, de supervision, d’impulsion et de régularité des élections. Ce blocage opéré par l’administration fait ressortir d’une façon on ne peut plus claire la volonté manifeste de gérer unilatéralement les prochaines échéances électorales et ouvrir la voie à toutes sortes de malversations.

D) Le refus d’accepter, sous prétexte d’une autosuffisance encore à prouver, l’absence de l’observation internationale de cette élection présidentielle intervenant au moment où l’opinion nationale est avide de changement démocratique issu d’élections transparentes n’est nullement de natures à rassurer. Au fait il y a lieu de s’inquiéter face à ce refus.

E) Le fait de confier la confection des bulletins de vote à un homme d’affaires intimement lié au Président sortant Aziz et donc ne pouvant qu’être naturellement très favorable à son dauphin Ghazwani, et ce au détriment des autres candidats à la Présidence de la République, ne peut en aucun cas gagner la confiance des électeurs et des candidats qu’ils soutiennent.

F) L’accompagnement de Ghazwani par Aziz durant la précampagne ainsi que la présence de ce second, côte à côte avec le premier pendant la cérémonie de lancement de la campagne ne dénote pas la neutralité qu’un Chef d’Etat devrait observer dans l’intérêt de la transparence des élections. Aux yeux du citoyen cette omniprésence de AZIZ n’a d’autre signification que la volonté de garder la main mise sur le pouvoir à défaut d’un troisième mandat.

Considérant ce qui précède, l’appréciation que je porte sur la transparence des consultations électorales du 22 juin 2019 est totalement contraire à l’optimisme que font miroiter les autorités mauritaniennes car face à la tendance au changement auquel aspire le peuple, s’oppose la volonté manifeste des généraux à conserver le pouvoir. Ainsi, si des mesures rectificatives ne sont pas prises pour minimiser les risques de débordements, le pays s’enfoncera dans la voie de l’inconnu. Pour éviter cette aventure aux conséquences à la fois incalculables, fâcheuses, lourdes et coûteuses, nous devons, pour le reste du présent processus, veiller scrupuleusement à l’expression libre de la volonté des électeurs et au respect de leur choix. Là intervient l’entière et pleine responsabilité de ceux qui nous gouvernent et celle de la CENI.

Nouakchott le, 12 juin 2019
Oumar YALI




 

 

[Tribune] Le rôle des multinationales dans les violences en Afrique

Par Nicolas Berman, Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU).

Qui fait quoi dans les conflits miniers en Afrique ? Traquer l’origine des minerais n’est pas chose aisée pour les multinationales. Pourtant, face à l’ampleur des dégâts humains et sociaux, leur responsabilité est fortement engagée.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de The Conversation.

Par Nicolas Berman Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU), coauteur, avec Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig d’un article scientifique montrant que la présence de firmes étrangères en Afrique augmente la violence des territoires miniers.

En février 2019, Apple s’est engagé à améliorer la traçabilité de ses matières premières. Dès 2017, la firme avait été saluée par l’ONG Amnesty International pour avoir publié les noms de ses fournisseurs de cobalt afin d’éviter d’alimenter le travail des enfants en République démocratique du Congo (RDC). La firme est membre de l’initiative RMI(Responsible minerals initiative), un organisme visant à faire respecter les droits de l’Homme dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces initiatives contrastent avec les pratiques actuelles de la plupart des entreprises. Souvent implantées en Afrique, là où les sous-sols regorgent de matières premières, elles contribuent à alimenter un terrain déjà très conflictuel. Leur rôle dans l’augmentation de la violence en Afrique a été détaillé par un article scientifique des économistes Nicolas Berman, Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig.

Les auteurs s’appuient sur une étude géolocalisée mettant en parallèle la présence des firmes et l’occurrence des conflits miniers. Ils ont quadrillé l’Afrique par zones de 55 sur 55 kilomètres pour analyser l’impact de l’augmentation du prix de 14 minerais. Leurs résultats suggèrent qu’une hausse des prix des matières premières augmente la violence uniquement dans les zones exploitées par des firmes étrangères.

Des pratiques douteuses

Là où règne le non-droit, les multinationales s’adaptent

Pourquoi une telle différence entre les entreprises domestiques et étrangères ? Une des explications avancées est celle de leur vulnérabilité par rapport aux extorsions rebelles. Alors que les entreprises domestiques disposent généralement de la protection de l’armée ou de l’État, les multinationales étrangères doivent faire sans.

Si elles s’implantent dans des zones instables, comme c’est le cas dans beaucoup de territoires miniers, elles doivent composer avec les pratiques des groupes en place. Là où règne le non-droit, elles s’adaptent.

C’est exactement ce qui s’est passé pour la firme chinoise Kun Hou Mining, de 2013 à 2015, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Pour extraire l’or de la rivière Ulindi, située au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, elle a su jouer du droit coutumier en place. Elle s’est appuyée sur la corruption des autorités locales et le soutien de milices opérant sur le territoire pour avoir accès aux mines.

En échange, elle leur a envoyé des liasses de billets, des armes et des rations alimentaires. Le butin récolté a pris le large vers Dubaï. Résultat : dans la province du Sud-Kivu, l’extraction de l’or n’a officiellement généré aucun revenu fiscal. Une histoire parmi tant d’autres pour ce pays de la région des Grands Lacs.

La richesse de son sous-sol et la faiblesse de ses institutions se conjuguent pour en faire un terrain d’affrontement où les droits de l’Homme sont bafoués. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Seconde Guerre du Congo (1998-2003) a été le conflit le plus meurtrier et ses répercussions n’ont pas cessé de secouer le pays.

L’influence des entreprises étrangères sur le sol africain est loin d’être négligeable quand on sait qu’elles représentent 60 % du total des firmes. Si elles ne sont pas tenues de rendre des comptes, elles deviennent des facteurs d’instabilité majeurs pour le continent. Mais toutes n’ont pas le même profil. Pour les firmes implantées dans les ex-colonies, les comportements sont différents.

Qui paye un tribut aux milices sur place ?

Certaines multinationales jouissent de la protection des États africains grâce aux liens historiques qui les unissent. Ici, le passé colonial imprègne encore le tissu économique. De nombreuses recherches scientifiques ont souligné la proximité qui persiste entre les firmes des anciens colons et les gouvernements des anciennes colonies.

Les entreprises reçoivent une attention toute particulière de la part de l’État et sont plus facilement protégées par l’armée. Cela leur offre une marge de manœuvre plus importante dans l’exploitation des ressources.

Les quatre économistes rejoignent ce consensus. Leurs estimations suggèrent que ces multinationales n’ont pas d’incidence significative sur l’augmentation de la violence. Toutefois, comme elles ne représentent qu’un cinquième de l’échantillon de firmes étrangères qu’ils étudient, ils invitent à continuer les analyses.

Les entreprises nord-américaines ou chinoises par exemple, doivent généralement faire face à l’insécurité sans bénéficier de protection externe. Pour l’obtenir, elles sont prêtes à payer le prix. Bien souvent, la rançon qu’elles payent alimente les activités rebelles et les trafics illégaux. Cet argent permet aux milices de se maintenir en place et d’étendre leur zone d’influence.

Les mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ?

Des initiatives visant à modifier les pratiques des entreprises se sont peu à peu mises en place. Parmi elles, la section 1502 de la loi Dodd-Franck de 2010 qui visait principalement le commerce avec la République démocratique du Congo. Bien que menacée par l’administration Trump, elle impose aux entreprises américaines de révéler l’origine des minerais qu’elles utilisent.

De telles mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ? Les auteurs se sont penchés sur les multinationales qui ont signé l’ICMN(International Council on Mining and Metals), pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises.

Pour vérifier l’efficacité de telles mesures, les quatre économistes localisent les entreprises signataires et étudient leur correspondance avec les conflits. Le résultat semble encourageant puisque les signataires n’ont aucun effet sur la violence. Une bonne nouvelle pour ces régions où de nombreuses initiatives fleurissent depuis quelques années. Mais les entreprises ne sont pas les seuls leviers.

De nouvelles initiatives de la part des États

Le 9 avril, le gouvernement nigérian a décidé de bannir toute activité minière dans la région de Zamfara, pour restaurer la paix. Le ministre des Mines et du Développement sidérurgique, Abubakar Bwari, a précisé « Lorsque nous visons le développement d’activités économiques, nous devons aussi penser aux aspects humains et aux pertes humaines dont nous sommes témoins ».

Pour ce faire, le gouvernement a donné 48 heures aux étrangers impliqués dans les activités minières pour quitter son territoire.

Comme le Nigeria, les États africains ont un rôle de premier plan dans la stabilisation de leur territoire. Ils doivent lutter contre la corruption qui gangrène leurs institutions et sert de caution aux activités illégales. Une Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), s’est créée en 2003 avec l’objectif de créer une norme pour respecter la traçabilité en matière de ressources pétrolières, gazières et minérales.

Elle s’applique aujourd’hui à 52 pays à travers le monde. Selon l’étude des auteurs, la participation des États africains à cette ITIE a des répercussions positives sur l’incidence des conflits (même si leur adhésion est relativement récente et que les calculs nécessiteraient davantage de données). L’exacerbation de la violence due à une hausse des prix en est amoindrie.

À travers la traçabilité des minerais, les États reprennent aussi la main sur leurs ressources. Le Niger et le Nigeria ont signé le 26 mars 2019 un mémorandum d’entente afin de mutualiser leurs efforts dans le secteur minier et ainsi augmenter sa contribution au PIB. De nouveaux codes miniers ont éclos pour renégocier la position des compagnies étrangères dans l’industrie minière.

Le dernier en date est celui de la République démocratique du Congo qui a imposé de nouvelles taxes en mars 2018. Le nouveau Président Félix Tshisekedi pourrait désormais aller plus loin, toujours avec le même objectif : permettre au pays de générer plus de revenus grâce à ces ressources.

La RDC ne fait que suivre une dynamique entamée par bien d’autres pays depuis déjà une dizaine d’années (l’Afrique du Sud, le Maroc, le Mali, le Sénégal, le Niger, la Guinée ou encore le Burkina Faso par exemple).

L’effet de telles mesures de traçabilité et de transparence est complexe : certaines recherches montrent par exemple que le Dodd-Frank Act, au lieu de réduire l’insécurité, a notamment incité les groupes armés à réorienter leurs actions vers des actes plus violents, comme le pillage des populations locales. Selon le contexte et l’application qui est faite de la mesure, les effets peuvent varier.

Ces mécanismes sont récents et encore peu étudiés, c’est pourquoi les auteurs appellent à de nouvelles analyses. Toutefois, ces premiers résultats encouragent les États à mettre en place des mesures pour contrer ces pratiques illicites. Surtout, ils intiment aux entreprises d’assumer leurs responsabilités lorsqu’elles s’installent dans un territoire minier.

Source : jeuneafrique.com