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La nouvelle guerre du Moyen-Orient , par Béchir Ben YAHMED

L’actualité m'oblige à vous parler cette semaine d’un État archaïque et intégriste : l’Arabie saoudite.

Il ne devrait intéresser que peu de gens. Mais il exporte depuis des décennies plus de 10 % du pétrole qui se consomme dans le monde, ce qui a scandaleusement enrichi la famille « royale » qui le régit et l’oligarchie dont elle s’est entourée.

Son sous-sol recèle de grandes réserves de cette source d’énergie et, régnant sur les lieux saints de l’islam, le régime des Saoud a acquis de la considération sur tous les continents.

Les pouvoirs le ménagent en dépit de sa mauvaise réputation et ses dirigeants sont reçus partout avec un maximum d’égards : l’argent dont les Saoudiens disposent et qu’il leur arrive de dispenser abondamment leur ouvre toutes les portes.

Une révolution de palais

Le roi Salman, 82 ans, intronisé il y a près de trois ans, et son fils Mohamed Ibn Salman, 32 ans, dont il est parvenu à faire son prince héritier, ont décidé, il y a tout juste une semaine, de perpétrer une forme de coup d’État.

Le samedi 4 novembre au soir, sans crier gare, en une révolution de palais dont le pays n’a pas connu de précédent, ils ont fait arrêter une centaine de personnes, membres de leur propre famille, ministres, hauts fonctionnaires, têtes pensantes du régime.

Tous ceux qui ont contesté ou pouvaient discuter leurs décisions ont été écartés sans jugement, ni explication, ni préavis. Ils ont été assignés à résidence dans un hôtel de luxe.

Le roi et son fils ont placé partout des hommes qui leur sont inféodés et ont accaparé les pouvoirs civil, religieux et militaire du royaume.

Pourquoi ce coup de force et que vont-ils en faire ?

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une péripétie politique prêtant à sourire : la famille qui règne sur le pays depuis près d’un siècle a fini par se désunir et, pour monopoliser tous les pouvoirs, deux de ses membres ont éliminé tous ceux qui pourraient devenir des rivaux.

Le roi Salman, son fils et leurs complices ont donc écarté le reste de la famille et ses affidés pour confisquer tout le pouvoir et mener à leur guise la politique qu’ils ont arrêtée.

Ils ont d’ailleurs commencé à la mettre en œuvre.

La guerre au Yémen

Il y a deux ans, ils ont déclenché une guerre dont le théâtre est le Yémen voisin. Elle leur a déjà coûté plusieurs milliards de dollars, leur armée y a montré ses limites, la population civile en souffre horriblement et l’ONU réclame à cor et à cri la fin du carnage.

Le roi et son fils n’en ont cure et poursuivent imperturbablement leurs bombardements désordonnés.

En juin dernier, le roi et son fils ont ouvert un nouveau front en s’attaquant à un autre voisin : le Qatar.

Il ne s’agit, pour le moment, que d’un conflit politique et diplomatique avec un riche émirat qui résiste aux injonctions saoudiennes et refuse de composer, voire de baisser le ton.

Une nouvelle guerre au Moyen-Orient

Mais ce ne sont là que les premières escarmouches de la vraie guerre que le roi et son fils, nommé commandant en chef, ont décidé d’engager et pour laquelle ils auront besoin des pleins pouvoirs qu’ils se sont arrogés ce 4 novembre.

Selon les informations qui me parviennent, ils en sont arrivés à la décision hasardeuse de se lancer dans une nouvelle guerre du Moyen-Orient. Elle est d’ailleurs commencée et tournera à une guerre civile entre musulmans sunnites – l’Arabie saoudite et ses alliés – et musulmans chiites – l’Iran et les chiites de la région.

La Syrie/le Liban : l’Arabie saoudite et les rebelles syriens qu’elle a armés et financés viennent d’être défaits et expulsés de Syrie par les troupes de Bachar al-Assad, soutenues par l’Iran.

Démission de Saad Hariri

Pour faire pièce à ces derniers, l’Arabie saoudite a convoqué à Riyad le Premier ministre du Liban, Saad Hariri, et l’a obligé à démissionner. Il l’a même fait depuis la capitale saoudienne, ce qui est sans précédent.

Le royaume a ainsi fait entrer le Liban dans la nouvelle guerre. Le Hezbollah, allié de l’Iran, est spécifiquement nommé et menacé : on déclenchera contre lui, avec l’aide d’Israël et des États-Unis, au moment choisi, une guerre qui visera à le défaire, à le désarmer et à le sortir du jeu.

L’Irak restera-t-il dirigé par les chiites ? L’Amérique essaiera-t-elle d’y remettre en selle les sunnites qu’elle a elle-même écartés du pouvoir en 2003 lorsque George W. Bush a éliminé Saddam Hussein ? Cela dépendra de l’évolution de cette guerre, dont on peut craindre que personne ne soit plus en mesure de la prévenir ni de l’arrêter.

Alliance secrète contre l’Iran

Pourquoi Salman père et fils se sont-ils engagés dans cette voie ? Parce qu’ils ont réussi à nouer une alliance secrète, contre l’Iran, avec l’Israël de Netanyahou et qu’ils ont eu la divine surprise de voir élu à la Maison-Blanche, il y a un an, Donald Trump.

Salman et son fils, Netanyahou et Trump, quatre hommes d’extrême droite au pouvoir suprême dans trois pays riches, armés jusqu’aux dents et qui ont le même ennemi : l’Iran.

Mais les Saoudiens savent que Trump n’est assuré de rester à la Maison-Blanche que trois ans de plus et que Netanyahou ne peut se maintenir au pouvoir que si son pays est en guerre contre l’Iran et le Hezbollah.

Alors, pour bénéficier de cette incroyable conjoncture et pressés par le temps, le roi Salman et son fils ont sauté le pas.

Feu vert de Washington

Le 4 novembre, ils ont pris le pouvoir après s’être assuré auprès de Jared Kushner, gendre de Trump et qui était à Riyad fin octobre, qu’ils avaient le feu vert de Washington.

D’Asie, où il se trouvait, Donald Trump a confirmé son accord d’une phrase : « Le roi Salman et le prince héritier d’Arabie savent très exactement ce qu’ils font. »

Ils ont ouvert les hostilités avec l’Iran après avoir considéré un tir de missile des rebelles yéménites sur Riyad comme « un acte de guerre décidé à Téhéran ».

Sommes-nous déjà en guerre, comme je le crois ? Moins pessimiste que moi, un commentateur qui réside dans la région a dit : « En ce mois de novembre, nous sommes passés de zéro à un risque de 30 % de confrontation armée d’ici à la fin de 2017. »

Source : jeuneafrique.com

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français/Par Ahmedou Ould Moustapha (troisième partie)

  1. La nature politique du Wahabisme

Donc vraiment rien à voir avec le Wahabisme dont le fondateur Cheikh Mohamed Ibn Abdel Wahab n’était au plus qu’un bon prédicateur qui récitait certes le Coran et peut-être aussi beaucoup de Hadiths, mais sûrement pas un penseur de grande envergure. De surcroit, il n’est réputé avoir produit qu’un seul ouvrage intitulé Kitâb Tawhid où il exposa les grandes lignes de ce qui allait tenir pour sa doctrine. D’autres livres portent son nom, tels que Tajwid Al Qour’an ou encore Qhazou’el Fikri, sans parler de plusieurs autres, mais d’insistantes assertions font croire qu’il n’en était pas l’auteur et qu’ils furent commandités bien après sa mort. Toutefois, pour une raison d’objectivité, il vaut mieux douter de ces assertions…

En revanche, une chose est généralement admise : à son retour de la Syrie où il avait reçu une formation de ‘’mémorisation et de lecture du coran’’, il fut choqué par le comportement des populations de sa région du Nejd. Pour lui, le Message du Prophète avait été perverti et même si Allah continuait à être adoré, d’autres cultes apparaissaient et provoquèrent même de l’engouement, comme le culte des étoiles ou la science occulte des signes astrologiques et celui des Machâyikh ou des saints à qui on attribuait des pouvoirs ou dons surnaturels.

Il en déduisit que la société glissait de nouveau dans l’idolâtrie et il se mit alors à prêcher  une forme d’Islam pure et dure pour empêcher la population de sombrer à nouveau dans l’erreur. C’est ainsi qu’il développa dans ses prêches une lecture littéraliste du Coran ; de sorte qu’avec lui, la Charia devint un sacerdoce que l’on devrait faire appliquer avec autorité, sans accommodement et sans discernement. Comme quoi la rencontre du désert et des prêches solitaires peut parfois générer de l’inspiration…

Une autre chose est également incontestable : l’engagement religieux du Cheikh Mohamed Abdel Wahab est suspecté par nombre de ses critiques, en considération d’une entente politique de départ, parce qu’il fut effectivement le co-fondateur de la dynastie des Al Saoud, sur la base d’un pacte convenu en 1747 avec Mohamed Ibn Saoud, un sombre chef de tribu dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était ambitieux. Car il comprit rapidement qu’il pouvait assouvir son ambition de pouvoir par l’instrumentalisation du Cheikh, en appliquant la double alternative du célèbre historien Ibn Khaldoun (lui aussi Ach’arite) qui avait écrit’ : « on ne gouverne les arabes que par la religion ou le sabre ».

Ils allièrent donc les deux, en scellant ce pacte par le mariage de la fille du Cheikh avec le fils de ce dernier ; ils se sont alors entendus pour unir leurs efforts et se partager les rôles, l’un devenant le référentiel religieux de la vie sociale et l’autre se chargeant des affaires  politiques, non pas du pays tout entier, ils n’en avaient pas encore les moyens, mais seulement dans les limites géographiques de  leur zone d’influence – dans la région du Nejd...

C’est ainsi que, près de deux siècles plus tard, à l’issue de multiples péripéties qui ne méritent pas que l’on s’y attarde ici, l’un de leurs arrières petits fils, Abdel Aziz Ibn Saoud, s’autoproclama roi d’Arabie en 1932, après avoir vaincu ses rivaux des Béni Hachem du Hedjaz, alliés des turques, avec l’aide des anglais…

Les Béni Hachem, la tribu du Prophète Mohamed (PSL), furent donc repoussés vers le Yémen par l’armée Wahabite qui saccagea leurs maisons et détruisit leurs cimetières pour ne leur laisser plus aucune trace

Même les tombes de la propre famille du Prophète (PSL) et celles de ses compagnons ne furent épargnées, elles ont été rendues complément anonymes, sous prétexte qu’il fallait éviter qu’elles soient idolâtrées. De sorte qu’aujourd’hui on ne trouve aucun lieu où reposent les corps des membres de cette famille, ni à la Mecque ni à Médine : tous leurs lieux connus sont en Irak et en Syrie ou ailleurs, comme au Yémen où resta une branche  au sein de ses cousins Hachemites dont les descendants y vivent toujours[1].

Il en fut de même pour la tombe de l’Imam Malik, connu pour l’amour et le respect qu’il  témoignait à la famille du Prophète, elle n’est plus identifiable dans le cimetière d’Al Baqui’h à Médine, alors que celles du Cheikh Mohamed Abdel Wahab et de ses descendants ainsi que celles des Al Saoud sont bien connues dans leur Nejd natal.

Les Wahabites sont donc les précurseurs des terroristes en matière de destruction de sépultures des grandes figures historiques ou de leurs symboles : on se rappelle de ceux  du  Bouddha à Tora Bora en Afghanistan et des symboles de la civilisation Babylonienne et Sumérienne en Irak, des sites antiques ou archéologiques comme Palmyre en Syrie et du lieu symbolique des 313 saints de Tombouctou au Mali.

Selon leur doctrine, aucun être humain, et encore moins sa mémoire, ne mérite d’être célébré, à plus forte raison d’être porté au ‘’sacre’’. Pourtant, curieusement, ils ne s’interdisent pas de se livrer au culte de la personnalité du roi et des princes ainsi que de la famille ‘’Al Cheikh’’ à laquelle ils ont même attribué le titre de « famille de la demeure » en lieu et place des descendants du Prophète Mohamed (PSL).

N’est-ce pas là une insigne hypocrisie et en même temps un bel exemple de sophisme ?

Quant à la famille Al Saoud, elle s’attribua tout le pays en le faisant appeler par son propre nom. Et l’on ne peut s’empêcher ici de se rappeler du verset de la Sourate des Fourmis : « En vérité, lorsque les rois pénètrent dans une cité, ils y apportent la corruption et transforment ses citoyens responsables en personnes viles. C’est ainsi qu’ils agissent ».

Et c’est ainsi que le Wahabisme fut imposé à la société saoudienne à travers un rigorisme impétueux élevé au rang de dogme, ne tenant pas compte du caractère rationnel des enseignements du Coran et des Hadiths du Prophète, ne tenant pas compte non plus des contextes changeants et des conditions d’existence nouvelles ainsi que des aspirations des hommes et femmes vivant dans cette société.

En observant la vie de tous les jours dans ce pays, la première impression qui se dégage est que sa police religieuse n’avait jamais entendu  ‘’Lâ Ikra’h fi dine’’ ou pas de contrainte en religion. Comme si elle voulait rappeler quotidiennement à la population que sa fonction de prédilection était de maintenir avec force et vigueur ‘’l’alliance du sabre et de la religion’’ ; quoi qu’elle commence à s’ébranler avec le nouveau prince héritier Mohamed Ibn Salman.

D’ailleurs, pour la perspective de cette nouvelle donne, il serait tout à fait utile de la replacer dans son contexte historique : déjà, au début de la seconde moitié du siècle passé, les  dignitaires religieux Wahabites firent semblant de s’opposer à la mise en fonctionnement de la première station de radio du pays ; puis du temps de Fayçal, au lancement d’une chaîne de télévision couvrant l’espace nationale et plus tard à son ouverture aux chaînes étrangères ; ensuite, à la mise en place de l’internet et à son accès libre ; et à présent, pour berner leur propre conscience, ils ont promulgué une Fatwa de nature à légitimer la décision du roi permettant aux femmes de conduire les voitures. Mais le prince héritier semble vouloir aller dorénavant plus vite et plus loin dans ses réformes et affiche une volonté assez bien visible de ne plus les consulter que pour les faire acquiescer docilement ses décisions. S’y ajoute la réforme des programmes scolaires au contenu religieux déplaisant pour Israël et l’Occident, engagée en catimini, cette année même, sous la pression des Etats Unis.

Est-ce les prémisses du déclin de la doctrine Wahabite ? (A suivre)

[1] Le mouvement des Ansar Allah, plus connu au Yémen et ailleurs sous le nom des Houthi, a pour leaders Abdel Malik Al Houthi, petit fils d’un dignitaire religieux descendant de la famille du Prophète, comme quoi l’histoire ne finit jamais de se répéter vu la rage déployée aujourd’hui par ce mouvement pour combattre les ‘’coalisés’’ dirigés par les forces Wahabites des Al Saoud

Ahmedou ould Moustapha

Suite : Les enseignements du Coran

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français (deuxième partie) /par Ahmedou ould Moustapha

Cheminement théologique d’Abou Hassan Al Ach’ari

En revanche, disons le tout de suite, pour l’imam Abou Hassan, il y eut bien un avant et un après : il fut autrefois l’une des têtes pensantes de la secte scolastique des Moutezalines, dite l’Itizal,  dont le maître n’était autre que son propre beau père, Abou Ali Al Jubâ’i, dans laquelle il passa au moins plus de trente ans. La doctrine de cette secte s’appuyait, entre autres, sur ce principe controversé que le Coran était non pas la Parole d’Allah mais sa création, posant ainsi une question à double terme : sémantique et philosophique, suscitant alors une vive polémique d’ordre  théologique...

C’est d’ailleurs dans cette secte qu’il se forgea la réputation de polémiste redoutable, parce qu’il avait étudié, profondément, la jurisprudence Chafi’ite et disposait de ressources dialectiques exceptionnelles.

Mais, subitement, il prît un jour conscience de la dangerosité de cette secte pour l’Islam et il l’a quitta donc publiquement, dans une mosquée, après la prière du vendredi, où il l’abjura formellement en mettant au pilori  l’infamie et la turpitude des Moutazilites «  qui nagent dans des illusions graves et criminelles ». Il tint alors un discours vibrant, démontant point par point leur doctrine, utilisant leurs propres mécanismes intellectuels ou outils de raisonnement, puis se déshabilla et jeta ses habits devant un public médusé pour montrer, symboliquement, combien il avait complètement et définitivement rompu avec eux.

Débuta alors une nouvelle et prodigieuse trajectoire dans l’école sunnite qu’il influença indéniablement et de façon indélébile, son passé de théosophe (théologien et philosophe)  engagé et son talent éclatant dans le commentaire argumentatif l’ayant bien aidé en cela.

Doctrine Ach’arite

C’est ainsi qu’il commença  à construire sa doctrine  dans un ouvrage encyclopédique intitulé « Maqâlât Al islamiyyine wakhtillafât Al moussaline » dans lequel il passa en revue toutes les sectes qu’il recensa minutieusement, en expliquant en premier lieu leurs contenus idéologiques ainsi que leurs divergences internes et par rapport à chacune d’elles.

Ensuite, il les regroupa en plusieurs familles doctrinales au vu des idées qui les rapprochaient et du contexte historique marqué par la question de la succession du Prophète (PSL) qui déboucha sur leur apparition. Puis, dans un autre chapitre, il démonta un à un tous les éléments constitutifs de leurs théories.

Vient ensuite un volume particulièrement instructif, celui consacré aux quatre grande écoles (les 4 Medhahib) indiquées plus haut où il décrivit méthodiquement : (i) les  règles et méthodes sur lesquelles elles se reposent respectivement ; (ii) les principes qu’elles partagent ; (iii) leurs points de divergence.

Un autre volume aussi prodigieux et plus instructif encore est celui où il procéda à la synthèse des quatre formes de jurisprudence qui distinguent lesdites écoles et où il exposa les fondements de sa doctrine se caractérisant par l’Islam de la première génération, celui de la tolérance et de l’ouverture culturelle féconde, conformément au Hadith du Prophète recommandant aux croyants d’aller jusqu’en Chine pour acquérir la science, c’est-à-dire un Islam de changement social, de progrès régulé et non débridé.

C’est l’ouvrage qui marqua vraiment une étape décisive de sa vie, au regard de sa rupture radicale avec ses anciens écrits et du point de vue de son nouveau combat théologique qu’il mena désormais contre les sectes déviantes dont celle qui fut la sienne. Combat qui se poursuivit avec acharnement à travers d’autres ouvrages et qu’il finira par remporter, puisqu’il ne restait plus beaucoup de monde dans son ancienne secte, si bien que l’Imam Abdel Madjid’el Khatib Al Baghdâdi (mort en 1071) écrivît dans son célèbre ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Baghdad : « Les Moutazilites avaient levé la tête jusqu’au jour où Allah fît apparaître Abou Hassan Al Al’ach’ari qui les relégua dans les profondeurs des abysses ».

Autrement dit, la majorité des membres de cette secte et bon nombre d’autres finirent en effet par le rejoindre dans sa nouvelle doctrine qui puise sa source dans le simple crédo des musulmans de la première heure, les compagnons du Prophète (PS), c’est-à-dire le crédo de la ‘’Sunna et la Djama’a’’, celui de la modération et du ‘’juste milieu’’.

Il contribua ainsi, de manière décisive, à éteindre un feu qui se répandait dangereusement au sein de la communauté musulmane, encore que quelques noyaux durs de sectes insignifiantes demeurèrent pendant un temps mais disparurent au fur et à mesure.

Quant aux chiites, au delà de leur croyance sur la résurrection de l’Imam Al Mahdi, rejetée par le Wahabisme avec virulence et cependant partagée par bon nombre de sunnites, ils campèrent sur leur position trop marquée par la réminiscence des vicissitudes d’une histoire certes douloureuse et même très affligeante, mais qui restait avant tout une question de lutte de pouvoir, donc une question plus politique que fondamentalement théologique.

Et n’eût été l’inimitié habitant les hommes qui ne partagent pas la même doctrine, cette histoire se serait estompée d’elle-même ou se présenterait tout au plus dans un clivage moins aigu ; mais voilà qu’elle s’exacerbe aujourd’hui encore par cette lutte d’influence que se livrent l’Arabie Saoudite et l’Iran en se faisant passer pour être les deux représentants respectifs des sunnites et chiites qu’ils ont bien réussi, par médias interposés, à façonner en deux pôles qui se regardent maintenant en chiens de faïence, avec hostilité ; et on sait aussi qu’au fond de cette tension régionale, le Royaume joue le rôle du simple pion des Etats Unis.

C’est dire que la morale de cette histoire fut au départ politique et elle reste toujours politique. Donc ni Abou Hassan ni quelqu’un d’autre ne pouvait apporter une réponse théologique à une question politique alors très vivace dans les esprits des deux camps (celui des Chiites partisans d’Ali et ses enfants donc la famille du Prophète, d’une part, et celui des partisans de Maaouya et ses enfants donc les Oumewyines ou Omeyades, d’autre part).

Il n’en demeure pas moins que l’Imam Abou Hassan Al Ach’ari rassembla autour de ses thèses plusieurs courants alors réfractaires à l’orthodoxie sunnite, soutenu en cela par beaucoup de ses pairs, de son vivant même, au point qu’on le surnommât   «  l’imam des sunnites ».

Après quoi, ses écrits influencèrent toutes les générations qui l’ont suivi, dans toutes les régions du monde musulman : (i) d’abord à Samarkand avec l’immense théologien Abou Mansour Al Matouridi (mort en 944 ) qui appartient à sa génération et qui  avait fondé une grande école théologique de tendance Hanafite en Asie mineure, à travers laquelle il transmit les thèses de la doctrine Ach’arite, qui n’était en rien contraire à son école Hanafite, finissant par convaincre la majeure partie des musulmans de cette contrée à adopter cette doctrine purement sunnite ; malheureusement les mérites et le statut d’Imam sunnite d’Al Matouridi n’ont été reconnus que tout dernièrement au cours d’un congrès d’Oulémas sunnites tenu en octobre 2016 au Caire ;

(ii) ensuite à Damas avec Ibn Asâkir (mort en 1175), célèbre pour son prodigieux ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Dimashk (L’histoire de Damas) comprenant plus de 70 volumes et qui est également une anthologie de la poésie arabe, il était Ach’arite et comptait parmi ses élèves et disciples le non moins célèbre général Salah Dine Al Ayoubi, il publia un ouvrage aussi important sur la doctrine de son maître :  Tab’yine  kedhb’el  Moufteri alâ Abou Hassan Al Ach’ari (qui peut se traduire par mise en évidence du mensonge proféré sur Abou Hassan Al Ach’ari) ;

(iii) enfin en Andalousie avec l’éminent théologien Al Qortoubi ou le grand Châtibi que nos Oulémas contemporains d’ici et d’ailleurs aiment tant citer dans leurs discours ou conférences, ainsi que d’autres encore plus ou moins célèbres qui vulgarisèrent la doctrine Ach’arite sans doute plus proche à leur goût et à leur merveilleuse culture maure.

La liste ne se limite pas à ces seules grandes figures, l’œuvre de l’Imam Abou Hassan  a influencé beaucoup de grands noms. Sa pensée fut puissante, car il savait développer ses thèses dans un raisonnement de pure logique à la lumière de l’enseignement coranique.

En témoigne son Traité philosophique sur le destin de l’homme intitulé : Moukhtassar fi Tawhid wal Qadar où Il posa son concept philosophique du Kasb que l’on peut approximativement expliquer par ce postulat qu’Allah est maître du destin de l’homme aussi bien dans les actions volontaires de celui-ci que dans son pouvoir d’agir en toutes circonstances. Il fut prolixe dans ses écrits et nombreux sont les ouvrages qu’il a laissé à la postérité, mais ceux qui construisirent vraiment sa doctrine sont celui cité plus haut et le remarquable ‘’Al Oumad ‘’ (communément appelé ainsi mais réellement intitulé Al Oumadou fi Rou’ya)  et  son ouvrage Tafsir Al Qour’an où il commenta le Coran en posant   son concept de Te’wil ou l’interprétation intuitive qui répond à une question philosophique que posèrent les Moutazilites.

En effet, pour ceux-ci, dans le Coran, les expressions ‘’ main’’ et ‘’visage’’ de Dieu  ont le sens de ‘’grâce’’ et ‘’essence’’.

Pour l’Imam Abou Al Hassan, ces expressions étaient des attributs de Dieu dont la nature exacte demeure inconnue, comme tous ses autres attributs, on ne peut donc que les imaginer par intuition.

Et de son immense œuvre, c’est ce seul concept qui provoqua la polémique entourant sa doctrine, polémique entretenue hier par ses adversaires qui ne voulurent ou ne purent rien y comprendre et aujourd’hui par ceux qui n’étudient le Coran qu’à travers une lecture littéraliste, c’est-à-dire les Wahabites et leurs acolytes.

Il écrivît en outre ‘’Er’Rad alâ Al Moujassimâ’’, un ouvrage qui se caractérise par un raisonnement implacable répondant aux adeptes d’une doctrine qui attribue à Dieu des caractéristiques humaines. Il produisit beaucoup d’autres ouvrages sur l’Islam pur et contre les idées à vocation d’entacher son essence.

A tout cela s’ajoute que l’Imam Abou Hassan n’avait pas le goût du pouvoir et n’aimait vraiment pas la compagnie des princes, il se plaisait plutôt dans la vie modeste des ascètes, si bien qu’on lui prêtât des penchants soufis.

Ahemdou ould Moustapha

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français (Première partie)

Monsieur

Le sujet de ce propos, déjà annoncé dans ma précédente correspondance, porte sur la pensée profane, mère de l’athéisme qui vous guide, et l’herméneutique musulmane qui partage avec la philosophie le même fondement : le rationalisme, l’une des principales caractéristiques du théisme de l’Islam.

Entendons-nous bien : le rationalisme, ici, c’est la force de la raison alliée à l’autorité suprême de la Parole divine, exprimée dans le Coran, dont l’Omniscience infinie transcende la connaissance humaine.

Cela mérite explication, étant entendu qu’il ne serait pas nécessaire de trop nous appesantir sur le premier aspect du sujet, tout le monde connait son crédo, la simple référence à un grand maître de cette pensée devrait donc suffire :

Raison  et Religion

Déjà, au XI ème siècle, l’une des plus grandes figures de la littérature arabe, Abou Ala Al Maari, immense poète et libre penseur, mort en 1057, avait osé s’en prendre aux religions monothéistes, sans égard pour les interdits, affirmant qu’elles se valent toutes les trois dans l’égarement. Voici ce qu’il dit dans sa poésie :

« Réveillez-vous, réveillez-vous, Ô égarés !

Vos religions sont subterfuges des anciens

Ils disent que le temps mourra bientôt

Que les jours sont à bout de souffle

Ils ont menti, ils ignorent son échéance

N’écoutez pas ces maîtres de fourberie ».

Il dira ensuite :

« La raison ne peut que s’étonner des lois

Qu’elles soient musulmanes, juives ou chrétiennes ».

Et il ajoute :

« Les gens voudraient qu’un imam se lève et prenne la parole devant une foule muette

Illusion trompeuse, il n’est d’imam que la raison

Notre guide de jour comme de nuit ».

Mais les adeptes de l’athéisme ont surtout célébré ce libre penseur parce qu’il à écrit :

« Les habitants de la terre se divisent en deux

Ceux qui ont un cerveau, mais pas de religion

Ceux qui ont une religion, mais pas de cerveau ».

Qu’il me soit permis d’ouvrir ici une parenthèse pour souligner qu’il est tout de même étonnant, voire incroyable, qu’une telle personne, presque pauvre et à peine voyante donc handicapée, vivant alors dans la capitale de l’Islam, ait pu critiquer aussi violement les religions monothéistes sans distinction et sans être inquiétée outre mesure.

C’est parce que Baghdad était, à cette époque abbasside, le centre culturel du monde, une ville où régnait une tolérance presque complète et où les savants et les hommes de lettres étaient bien accueillis et bien traités. En somme tout le contraire des intégrismes intolérants d’aujourd’hui, aussi nombreux dans le rang des adeptes de la laïcité que dans celui des défenseurs de la religion qui se comptent à la fois chez les juifs, les musulmans et les chrétiens. Encore que l’intolérance des laïcs est maintenant beaucoup plus affichée en Europe, notamment à l’égard des musulmans, parce qu’elle s’est constituée désormais en mouvement d’esprits ‘’décomplexé’’ et virulent qui s’étend dans tout le vieux continent et qui entretient délibérément l’amalgame où l’essentiel est masqué par l’événement et l’important par le futile. Mais c’est là un autre sujet, fermons donc la parenthèse.

Et comme pour répondre au libre penseur Al Maari, dans un remarquable ouvrage intitulé Fasl el-maqâl (que l’on peut traduire par Discours décisif), Mohamed Ibn Rushd – un esprit supérieur, à la fois théologien, philosophe, astronome, mathématicien et médecin, né à Cordoba en Andalousie et mort à Séville en 1198 – connu en Occident sous le nom d’Averroès, avait alors tranché la question en ces termes : « le rationalisme, fondement de la philosophie, n’est pas en contradiction avec la religion et ne peut constituer un danger pour elle ».

C’est plutôt la prétention de détenir la vérité à tout propos qui trace le chemin des dogmatismes et des fanatismes, car on ne peut contraindre le raisonnement, d’autant qu’il n’y a jamais eu de parfaits consensus sur les questions théoriques, aussi bien entre les philosophes qu’entre les théologiens ou érudits de la religion appelés Oulémas en arabe.

Aussi, un grand poète persan soufi disait : « la soif de rencontrer Dieu ne s’étanche pas dans le faste des dignitaires ni dans l’austérité des magistères mais dans le jardin de la raison ».

Il parlait du cheminement graduel de la foi qui conduit vers  la certitude herméneutique et  exige du croyant, musulman en tout cas, un dépassement perpétuel de soi, un effort individuel de raisonnement et de méditation : d’abord sur la lecture du Coran, méditation ensuite sur la création des êtres et de la nature qui nous entourent. C’est une affaire personnelle qui exclut par là même tout magistère et tout clergé.

C’est dire que l’herméneutique musulmane postule la relativité de la connaissance et, du coup, l’humilité comme attitude dans le domaine de la recherche de la vérité et de l’épanouissement intérieur ou la sérénité du moi. Elle fait de la foi non pas le résultat d’une adhésion aveugle ou par mimétisme, un acte de paresse intellectuelle, mais une conquête incessante de l’esprit, le fruit d’un effort personnel et libre.

Mais cette liberté, où la pensée se meut en l’absence d’une autorité cléricale, trouve son contrepoids et donc son équilibre dans la Charia : la Loi prescrite par l’Islam, qui pose les règles de vie et codifie les obligations de l’homme vis-à-vis de son Créateur, de son entourage et des autres. Elle est fondée sur les  deux sources originelles (Oussoul) de l’Islam : le Coran qui en est la principale et la Sunna qui se trouve compilée dans des recueils de Hadiths du Prophète (PSL), c’est-à-dire les propos ou discours qu’il a tenus et les décisions qu’il a prises dans telle situation ou tel cas.

Parmi ces recueils, les deux principaux qui font vraiment l’unanimité dans le monde musulman, sunnite en particulier, sont le Sahih Al Boukhari et le Sahih  Muslim, éponymes de leurs auteurs et réputés les plus fiables en comparaison à d’autres, tels que celui de Abou Dawoud et celui de Tirmidhi, même s’il ne faut pas oublier l’incontournable Al Mouwatâ de Malik Ibn Enass et d’autres encore.

Les deux premiers font effectivement autorité, ils sortent du lot, car plus que les autres, ils avaient la vocation d’historiens et prirent l’initiative de rassembler ces Hadiths dans des textes après avoir mené personnellement des enquêtes minutieuses. Le souci de la précision et de l‘exactitude qu’ils eurent dans leur tâche ardue est illustré par le fait qu’ils aient mentionné les noms de ceux qui ont rapporté le récit, pour chaque épisode de la vie du Prophète (PSL) et pour chacun de ses propos cités, en remontant jusqu’au premier qui recueillit l’information au sein de la famille même du Prophète ou parmi ses compagnons et en éliminant systématiquement toute information qui n’était pas recoupée ou confirmée par d’autres sources.

C’est ainsi que naquît la Sunna en tant que deuxième source originelle de législation en Islam.

Viennent ensuite les éléments de jurisprudence ayant fait l’objet d’Ijmâ, c’est-à-dire d’unanimité au sein des quatre grandes écoles de jurisprudence (les quatre Medhaheb)  dont l’enseignement est reconnu dans tout le monde musulman, sunnite notamment, comme le plus conforme aux deux sources originelles sus évoquées. Il s’agit des quatre écoles portant les noms de leurs fondateurs : l’imam Malik, l’imam Chafi’i, l’imam Ahmed Ibn Hambal et l’imam Abou Hanifa.

Il y a enfin, subsidiairement, les Fatawi (pluriel de Fatwa) ou avis juridiques qui s’appliquent parfois mais qui ne peuvent être prononcés par n’importe quel jurisconsulte ou érudit, réservés en principe aux rares Oulémas capables de faire la synthèse ou la corrélation argumentée entre les Hadiths du Prophète (tenant compte de leur contexte) et l’exégèse coranique qui, elle, repose sur le Mantik ou l’interprétation démonstrative par la logique comparative et la science du Bayâne ou la linguistique.

Cette méthode d’interprétation est généralement retenue comme la plus raisonnable et la plus pertinente : certains croient qu’elle l’est plus que le Te’wil ou l’interprétation intuitive de la doctrine Ach’arite, leur croyance s’appuyant sur une sorte de confusion d’idées qui entoure cette doctrine ; d’autres pensent qu’elle l’est encore plus que l’interprétation littéraliste du Wahabisme dont les principes et idées rigoristes nourrissent, disent-ils, nombre de courants fondamentalistes qui se transforment souvent en mouvements plus politiques que religieux, extrémistes dans leur discours et violents dans leur action[1]

Ici, une précision est nécessaire, et quand bien même elle pourrait paraître un peu hors sujet, elle est néanmoins utile pour mieux comprendre la trame de ce propos : la doctrine Ach’arite et le Wahabisme ne sont comparables en rien, tant dans leur nature que dans leur fondement.

En effet, par sa prodigieuse pensée, Abou Hassan Al Ach’ari (mort en 913) a beaucoup apporté à l’Islam sunnite, tandis que la doctrine de Cheikh Mohamed Abdel Wahab (mort en 1792), qui se réclame de la même école sunnite, n’a jamais pu dépasser les frontières de l’Arabie Saoudite ; encore qu’elle fut imposée à la société de ce pays plus par le zèle d’une police religieuse que par un enseignement convaincant ou une pensée lumineuse qui  emporte l’adhésion. Le Wahabisme s’est fait connaître dans le monde grâce à sa police religieuse, et c’est d’autant plus vrai qu’on ne peut citer un seul théologien Wahabite dont l’influence avait franchi les frontières du royaume… (A suivre)

AHMEDOU  Ould  MOUSTAPHA

 

[1] Tels que DAEICH, AL QAÏDA, JEBHET NOUSRA, BOKO HARAM , etc.

 

 

Droits des femmes en Arabie Saoudite : circulez, y a rien à voir !

Par Fawzia Zouari. Le monde entier s’est félicité de la nouvelle, on a entendu des youyous sur toutes les chaînes, des bravos émus sur les ondes, des films programmés à l’occasion, la planète entière fut rameutée au cri d’« Oyez ! Oyez ! le gouvernement saoudien vient d’accorder l’autorisation de conduire à ses “citoyennes” ! ».

Quel événement extraordinaire ! Quelle avancée pour les femmes ! On eût dit que le roi Salman venait de supprimer le patriarcat ; ou de léguer la moitié de son royaume aux filles. Laissez-moi rire : à l’heure où le deuxième sexe s’affranchit partout et dans tous les domaines, voilà qu’on nous présente comme un scoop le fait que la Saoudienne soit sur le point de faire joujou avec une auto.

À l’heure où, sous d’autres cieux, la gent féminine met un pied sur la lune, on s’époumone sur la Bédouine qui pose un pied sur une pédale. À l’heure des véhicules sans conducteurs, on nous vante une mesure qui sera bientôt tombée en désuétude. On aurait continué à priver les Saoudiennes de volant, franchement, ça aurait fait du bien à la planète et rien changé à la condition des femmes.

Des effets de diversion

Ça nous fait quoi que les filles de Riyad conduisent, en effet ? Personnellement, je m’en fiche. Et je refuse d’oublier que ce sont là des effets de manches pour faire diversion sur les mille et une autres humiliations infligées aux femmes de ce pays, sans compter les décapitations, les atteintes aux droits de l’homme, la guerre au Yémen, bref, le wahhabisme dans toute son horreur.

Ça m’indiffère que ces dames – forcément les plus riches – sortent leurs bolides pour aller dépenser leur argent dans les malls ou raccompagner leurs bonnes, alors même qu’elles continuent à être considérées comme des objets et que leurs cheikhs jugent qu’elles ont seulement « un quart de la matière grise des hommes ».

Une offre fallacieuse

Si j’étais le gouvernement saoudien, j’aurais été gêné qu’on fasse tant de tapage autour de cette affaire. C’est comme un mari qui irait fanfaronner devant le tribunal en disant qu’il a renoncé à tabasser son épouse sur toutes les parties du corps, il épargnera désormais les bras ou les fesses. Ou bien un esclavagiste qui concéderait publiquement à son esclave une chaîne en moins, oubliant qu’il confirme par là même son statut d’esclavagiste.

Si j’étais saoudienne, je refuserais une offre aussi fallacieuse. Non seulement parce qu’elle n’a rien à voir avec une liberté ou un besoin essentiels, mais aussi parce qu’elle est assortie d’un règlement qui frise le ridicule.

« Mesdames, si vous voulez conduire, sachez que c’est à partir de 30 ans, pas avant »

Voici ce que dit à peu près le législateur local aux candidates à ce permis de dupes (et je ne caricature même pas) : « Mesdames, si vous voulez conduire, sachez que c’est à partir de 30 ans, pas avant. Dans la mesure où vous êtes considérées comme des mineures à vie, il vous faudra l’autorisation de vos tuteurs. Sachez aussi que le périmètre de vos déplacements est limité : interdiction de s’aventurer à l’extérieur de la ville, sauf si vos sidis sont vissés à vos côtés. Votre qualité de femme restreint vos heures de conduite, il vous revient moitié moins d’heures que les hommes, comme pour l’héritage. Vous ne circulerez donc que de 7 heures à 20 heures du samedi au mercredi et de 12 heures à 20 heures du jeudi au vendredi. N’oubliez pas de vous couvrir un maximum, tant pis pour la visibilité, et ne mettez pas un brin de maquillage, ça risque de dissiper l’attention des conducteurs masculins, vous les connaissez, déjà qu’à pied ils trébuchent à la vue d’une houri. Maintenant, vous pouvez toujours rouler ! »

Une révolution ?

Et dire que mes collègues occidentaux veulent faire passer « ça » pour une révolution ! Moi, je me demande si ce n’est pas une façon insidieuse de désigner l’arriération des Arabes que nous sommes et de rire de notre bêtise, dont le lauréat, comme à chaque concours, est la fameuse et non moins heureuse Arabie…

Source : Jeuneafrique.com

 

’Gabegie transfrontalière’’ : Un test pour la justice et son indépendance

‘’Gabegie transfrontalière’’ : Un test pour la justice et son indépendanceEn même temps que les mandats d’arrêt lancé contre Ould Bouamatou et son bras droit Ould Debagh, la justice a déclaré poursuivre aussi des entreprises appartenant à cet homme d’affaires qui, par les faits du régime, est en passe de devenir une icône de l’opposition en Mauritanie.

Les sénateurs, les journalistes et les syndicalistes arrêtés et poursuivis le sont parce qu’ils ont eu ou ont des relations avec Bouamatou ou qu’ils ont bénéficié de son capital, réputé immense, de générosité.

En fait, tout ce que le ministère public avait appelé «crimes de gabegie transfrontalière » tournait autour de ce richissime homme d’affaires qui –comble du paradoxe– fut l’un des artisans de la «Rectification » qui a porté le général Abdelaziz au pouvoir en Août 2008 !

On dit qu’il avait alors mobilisé son réseau de relations nationales et internationales dans le cadre d’un large plaidoyer visant à «faire passer » le putsch. Sans compter son généreux soutien en espèces sonnantes et trébuchantes au général qu’il avait accompagné, de bout en bout, durant la campagne présidentielle de Juillet 2009.

Aujourd’hui, c’est cet homme d’affaires là qui est voué aux gémonies, c’est à lui qu’est imputé l’impardonnable vote-rejet des amendements constitutionnels par le sénat et c’est aussi à lui qu’on prête le pouvoir exceptionnel –qu’il n’a jamais revendiqué– de s’immiscer dans les détails de politiques rédactionnelles de certains médias.

Pour ces griefs « rédhibitoires » et certainement pour d’autres, l’homme est à l’heure actuelle dans le collimateur du pouvoir et il semble que celui-ci ait la ferme volonté de le punir. Va-t-il pouvoir le faire dans le respect de l’indépendance de la justice ?

La justice va-t-elle demeurer à équidistance entre les deux parties ? Va-t-elle avoir son propre camp qui l’instrumentalisera pour des règlements de comptes avec ceux qui ne sont pas de son bord ? C’est de cela en réalité que dépendront les développements futurs de ce dossier qui occupe les devants de l’actualité dans le pays.

Même si rien n’et joué jusqu’ici, il y a déjà à s’inquiéter pour la suite car tous les signes déjà perceptibles n’incitent guère à l’optimisme. Les interpellations de personnalités, les interrogatoires et mises en examen opérées depuis le début des poursuites engagées dans le cadre du dossier connu sous le vocable «gabegie transfrontalière » vont crescendo.

L’escalade y atteindra son paroxysme avec la décision prise par le gouvernement, jeudi 14 septembre 2017, de créer un établissement public à caractère administratif dénommé l’Office de Gestion des Biens Gelés, Saisis et Confisqués et du Recouvrement des Avoirs Criminels, destiné, disent certains observateurs, à préparer le terrain à la saisie de quelques entreprises Bouamatou, qui font déjà l’objet de poursuites.

La création de cet établissement, qui rappelle de sombres pratiques ayant fleuri ici en période d’exception, permettra, selon le gouvernement, de prendre les dispositions utiles pour éviter la dépréciation des biens saisis «en attendant l’issue de la procédure qui en détermine la confiscation définitive ou la restitution à leurs propriétaires ».

On peut en déduire qu’au simple palier de l’accusation et même avant que la justice ne se prononce, des biens de particuliers peuvent déjà, figurez-vous, être confisqués !

Voilà qui ne peut rassurer, surtout dans un pays où des hommes d’affaires ont eu à être injustement dépouillés de leurs biens parce qu’ils ont eu, à un moment donné, maille à partir avec le pouvoir.

Rien à faire, c’est à ça, à cette période-là dont des dossiers demeurent pendants devant l’Administration, que renvoie la création du nouvel établissement public. Naturellement, le contexte n’est plus le même, les acteurs, le système politique et judiciaire, non plus.

Mais les risques de dérive existent toujours et c’est cela qui est redouté. On verra comment la justice s’en sortira de ce qui, tout compte fait, a valeur de test pour elle et pour les valeurs démocratiques. On verra !

Ely Abdellah
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ?

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ? Saidou Diallo - Il n’est un secret pour personne, que dans le cadre d’une opération référendaire, le libellé de la question a une incidence sur le choix de la réponse.

D’où l’intérêt d’une question avec des termes clairs et précis, ce qui malheureusement n’était pas le cas lors du référendum de ce 5 août 2017. Le projet de réformes constitutionnelles initié par le président Mohamed Ould Abdel Aziz portait sur deux séries de questions distinctes. Mais, on peut se demander la question de savoir, si les mauritaniens étaient au fait de ce pour quoi ils s’exprimaient ?

La commission électorale nationale indépendante (CENI) à laquelle revient l’organisation et la supervision des opérations électorales, a mis à la disposition des électeurs des spécimens en vue de se préparer à l’opération de vote.

Les mauritaniens qui se sont rendus aux urnes, soit 53 % des inscrits sur les listes électorales (1.389 092 personnes) devaient répondre à une première question relative au changement du drapeau national.

Cependant, si on peut lire sur le spécimen de la CENI, qui doit préparer les électeurs au vote : Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle des modifications à l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991.

Elle est relative notamment au drapeau national. L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile de couleur or sur fond vert, portant, sur chaque coté une bande horizontale, rectangulaire de couleur rouge, on ne retrouve pas les deux dernières phrases précitées sur les bulletins de vote. Car sur le bulletin bleu, correspondant à ce point du projet de réformes constitutionnelle, il est écrit : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991 ?

Or cette formulation, contrairement à celle du spécimen, inclut à la lecture de la constitution, aussi bien le drapeau national, que le sceau national et l’hymne, même si ces deux derniers symboles sont fixés par la loi. Pour rappel, l’article 8 de la constitution est libellé comme suit - Article 8 : L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile d’or sur fond vert. Le sceau de l’Etat et l’hymne national sont fixés par la loi.

Force est de constater que pour un néophyte en droit constitutionnel, l’absence de ces deux phrases précisant le périmètre et l’objet de la sollicitation est susceptible d’impacter le choix des électeurs. Ces différentes zones d’ombre précitées sont susceptibles de remettre en cause l’ensemble de l’opération référendaire.

Mieux encore, l’entourloupe résiderait davantage, sur la seconde question posée aux électeurs tant elle manque de clarté. Le libellé de cette question est capital car durant le vote, il y a un face-à-face solitaire entre le citoyen-votant et la question référendaire. D’où l’exigence de clarté, afin de savoir sur quoi exactement portera le choix du votant.

Ainsi, sur la seconde série de question relative à la reforme institutionnelle, le spécimen a le mérite d’être plutôt très clair avec une question où on énumère les dispositions soumises au référendum. Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle de certaines dispositions de la constitution du 20 juillet 1991. Elle est relative à certaines institutions de la République :

- Suppression du sénat et transfert de ses attributions à l’assemblée nationale

- Création de Conseils régionaux élus pour la promotion du développement local

- Institution aux lieux et place du Haut Conseil Islamique, du Médiateur de la République et du haut conseil de la Fatwa et des recours gracieux, d’un Haut Conseil de la Fatwa et des recours gracieux.

Ce libellé contenu dans le spécimen détaille les dispositions constitutionnelles faisant l’objet de la consultation référendaire. La question liste les institutions à supprimer et celles qui seront créées. Donc elle nous dit les différents articles de la constitution qui sont soumis au projet de réforme. Cependant, cette énumération exhaustive des dispositions constitutionnelles sur lesquelles devrait se pencher le citoyen-votant, disparaît miraculeusement dans le bulletin jaune à introduire dans l’urne le jour du vote.

En lieu et place de la question précitée on retrouve celle-ci : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de certaines dispositions de la Constitution du 20 juillet 1991 ? De ce fait, on retrouve dans le bulletin de vote qu’une question aux contours vagues, sans objet précis, ouvrant la voie à toute forme d’interprétation.

Le problème se trouve ici dans le terme DE CERTAINES DISPOSITIONS DE LA CONSTITUTION. Ce pronom indéfini peut faire englober des dispositions constitutionnelles plus larges que celles énumérées auparavant. Ainsi l’objet exact et réel de la consultation disparaît. Cette disparition mystérieuse de l’élément explicatif de ce point du référendum fausse inéluctablement le choix de l’électeur.

Dès cet instant, le projet de loi référendaire n’est plus respecté. D’autant plus que l’objet du projet de révision constitutionnelle a changé de meeting en meeting, au gré des humeurs du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Car si la suppression de la Haute Cour était actée dans le projet de référendum, on a vu un Président de la République en pleine campagne revenir sur ce point. Or, une consultation référendaire qui ne veut souffrir d’aucune irrégularité, doit avoir un objet précis, claire et définitif sous peine de nullité. Le danger de ce pronom indéfini (certaines dispositions constitutionnelles) est qu’il peut faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels (article 26 et 28 de la constitution) ainsi que d’autres dispositions importantes.

D’autant plus qu’il nous est promis d’autres réformes à venir pour modifier et compléter la nouvelle constitution.

Ainsi, il suffirait qu’on élargisse le terme « Certaines dispositions constitutionnelles » à l’article 99 de la constitution relative à la procédure de révision constitutionnelle et de modifier l’alinéa 2 de cet article. Un amendement de l’article 99 alinéa 2 ou sa suppression contribuerait à faire sauter le verrou de la limitation des mandats, car c’est cette dernière qui détermine les limites matérielles de la révision constitutionnelle.

Diallo Saidou dit Thierno, juriste
Source : Cridem.org