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Personne n'évoque la responsabilité constitutionnelle des Premiers ministres / Par Béchir Fall, juriste

Personne n'évoque la responsabilité constitutionnelle des Premiers ministres / Par Béchir Fall, juristeBéchir Fall - Pourtant, les Premiers ministres sont des acteurs décisifs de la politique générale de l'État. La constitution est à cet égard formelle.

"Le Premier ministre définit, sous l'autorité du Président de la République, la politique du Gouvernement. Il répartit les tâches entre les ministres. Il dirige et coordonne l'action du Gouvernement et dispose à cet effet de l'administration et de la force armée."

Par ailleurs selon toujours la constitution, "le Premier ministre est, solidairement avec les ministres, responsable devant l'Assemblée Nationale. La mise en jeu de la responsabilité politique résulte de la question de confiance ou de la motion de censure."

Dois-je aussi rappeler qu'aux termes de la constitution "le Premier ministre veille à la publication et (surtout) à l'exécution des lois et règlements de la République".Ces lignes ont-elles jamais été lues par les différents PM ? J'en douterais toujours. Pourquoi certains PM mis en cause et même inculpés dans une présumée violation répétée des textes n'auraient-ils pas pris connaissance, au départ, de leur responsabilité vis-à-vis des obligations constitutionnelles qui leur incombent ? Personne ne pose cette exigence juridique. Toutes les critiques sont concentrées sur la personne de l'ancien raïs. Pourquoi pas les PM qui sont, en vertu de la constitution, des acteurs clés du bicéphalisme qui caractérise nos institutions ?

Dès que le Président de la République définit ses grandes orientations et fixe ses options, les PM doivent mettre tout son programme en œuvre. On voit bien que le succès de la politique du Président dépend grandement de leur capacité à se rendre à la fois dynamiques et efficaces sur le terrain pour coordonner toute l'action gouvernementale. On ne peut pas dire que les Premiers ministres, depuis 2009, aient été de bons chefs d'orchestre. Au contraire ! En témoigne l'accumulation des déboires ci-après : un défaut d'investissement social flagrant, une école publique à la traîne avec des résultats scolaires catastrophiques, une politique de santé qui ne s'améliore guère, des produits halieutiques laissés aux navires étrangers et le poisson devenu rare, extrêmement cher et inaccessible aux citoyens. Sans parler de la flambée des prix, cette année, atteignant des sommets paroxystiques. La Bérézina, en somme, sur tous les plans économiques et sociaux.

Revenons au type de gouvernance de la dernière décennie. L'ancien président ne semblait pas porter dans son cœur les juristes. Sans doute, les considère-t-il comme des empêcheurs de tourner en rond en prévision de la présumée entreprise machiavélique projetée. Je n'en avais pas remarqué dans ses gouvernements successifs. Excepté le ministre de la Justice. Qui a fini par démissionner. Mais, des ingénieurs et des universitaires matheux, souvent peu au fait de la chose publique, ont reçu grâce à ses yeux. Les conséquences ont été dramatiques et jamais le niveau de la corruption et des détournements des deniers publics n'ont été si massifs, en référence au document de la commission d'enquête parlementaire. En d'autres termes, un recours abusif aux ingénieurs et matheux et une chasse implicite aux juristes ont généré les pires gouvernements de la République.

Et, jusqu'à présent, je ne vois pas des juristes chevronnés et réputés dans le gouvernement actuel. C'est du jamais vu ! À mon avis, quelques juristes, dont le talent est de commune renommé, auraient pu être utiles pour rappeler souvent certains principes de droit, notamment pendant les séances des conseils de ministres, et ainsi éviter les nombreux dérapages qui ont marqué la décennie passée. Et qui risqueraient de se répéter si l'on n'y prend garde. Pour le moment, c'est "l'arbre qui cache la forêt". Laquelle pourrait nous révéler d'autres dérapages dans le futur.

Est-il besoin de faire de l'histoire comparée pour admettre que les gouvernements des grands pays sont majoritairement dirigés par des juristes. Et dans les pays où la démocratie est la mieux appliquée, USA et pays européens, les Chefs d'Etat et de Gouvernement sont très souvent des juristes ou des économistes. Notre pays, la Mauritanie, semble faire exception à la règle.

Je rappelle que les PM ne bénéficient d'aucune immunité pendant l'exercice de leur fonction. Et sont pleinement responsables de leurs actes. L'idée de recevoir de prétendues instructions de la part du Président de la République ne les absout jamais. Étant tenus par la constitution de "veiller à l'exécution des lois et règlements", les PM ne sont pas fondés à invoquer une quelconque excuse ou des circonstances atténuantes vis-à-vis d'instructions ou d'ordres venant du chef de l'État susceptibles de violer les lois et règlements. Dans aucune république digne du nom, un PM n'ose se prévaloir d'instructions du chef de l'État pour justifier une mesure illégale.

Les prescriptions de la constitution concernant les PM sont nettement au-dessus du Chef de l'État. Mais en sont-ils conscients ? Je ne crois pas. N'ayant aucune compétence juridique dans la gouvernance publique, ils ne paraissent pas apprécier le poids de leur responsabilité. Ceux de la dernière décennie auraient dû mettre plutôt leur démission sur la table au lieu de déférer aux instructions présumées illégales du Chef de l'État. Ils sont dès lors directement fautifs, en cas d'application d'instructions jugées illégales, pour violation aux règles législatives et réglementaires auxquelles ils sont tenus de veiller, aux termes de l'article 43 de la constitution.

Par Béchir Fall, juriste, expert international en stratégies sociales

La dérogation délivrée au navire Turc … est un acte patriotique et courageux !»

« La dérogation délivrée au navire Turc … est un acte patriotique et courageux !»Maïmouna Abdallahi SALECK - « Vous savez qu’il est aberrant et honteux pour nous en tant que mauritaniens, de ne pas fournir aux populations vulnérables du poisson dans leurs plats ? … Aujourd’hui, les mauritaniens n’ont plus de poissons dans leurs plats.

Les prix sont devenus exorbitants. Je vous donne un exemple : le mulet qui se vendait à 150 ouguiyas, est aujourd’hui à 700 ouguiyas – la sardine qui se vendait à 100 ouguiyas, est aujourd’hui à 400 UM….

Ça c’est aberrant … le marché à Nouakchott reçoit 15 à 20 tonnes par jour, qui font l’objet d’une spéculation à des prix exorbitants …»


Devinez qui parle ainsi ?

Le Président de la République ? …. Non, non !

Le Ministre des Pêches et de l’Économie Maritime ? …. Non plus !

La Directrice de la Société Nationale de Distribution du Poisson ?? …. Que Nenni !

Le Commissaire à la Sécurité Alimentaire ? … même pas !!

C’est le Secrétaire Général des Usiniers et Exportateurs de Poisson à Nouakchott !

Le porte-parole de ceux qui sont responsables de la fuite de nos Thiofs vers l’étranger et de la flambée du Seugh … le porte-parole de ceux qui n’hésitent pas à rafler tous les Yayboy - en mer, sur terre et même au fond des bassines des mareyeuses aux aguets - pour les réduire en farine, afin de nourrir les poulets et les porcs d’Asie !

Monsieur Abidine Sidaty déclare, dans une interview accordée au site web Le360 (https://cridem.org/C_Info.php?article=748334), que cette décision patriotique et courageuse du Ministère des Pêches va donner « l’opportunité aux mauritaniens de gouter à leur poisson » – car il s’engage à baisser les prix du marché de 60% ! (bien évidemment, puisqu’il est seul maître à bord !)

Retenez bien tous ces chiffres !

Il explique que grâce à la dérogation octroyée par le Ministère, à leur navire (exclusivement dédié à la pêche des pélagiques, d’une capacité de pêche de 150 à 200 tonnes par jour) d’opérer dans une zone riche en poissons, les usiniers vont pouvoir débarquer 160 tonnes environ par jour.

Sur ces 160 tonnes, 50 tonnes alimenteront immédiatement le marché local – «vont dans toutes les maisons des mauritaniens avec des prix très raisonnables (sic)» - le reste sera congelé et «éventuellement » mis à la disposition du marché. Il revient pour dire qu’ils ont même prévu un stock de sécurité: « 10 tonnes seront stockés par jour et au bout de 10 jours on aura un stock de 100 Tonnes de poissons traités et stockés pour les éventuelles pénuries. » dit-il.

« Ainsi, nos usines pourront reprendre leurs activités et nos employés « pères de famille » auront un espoir de garder leurs emplois et ne seront pas licenciés… » conclut Mr Sidaty (avec un brin de menace dans l’air… dirait-on ?)

Avant la prise de parole du Secrétaire Général, le Président des Usiniers et Exportateurs de Poissons déclarait que cette dérogation était vitale et courageuse car la quarantaine d’usines, pratiquement à l’arrêt depuis 2 ans, étaient sur le point de fermer par manque de « production » (production de quoi ?)

Les questions qui me viennent à l’esprit en écoutant ces deux hommes d’affaires, soudainement devenus, philanthropes :

- Dans son élan de patriotisme et d’altruisme, Mr Sidaty n’explique pas tout : sur les 160T pêchés (seulement ? alors qu’il peut faire 200T, hum?) 50T iront sur le marché local, 10T congelés pour la réserve … et le reste … 100T, on en fait quoi ?

- Comment expliquez-vous que la Mauritanie, avec ses côtes, parmi les plus poissonneuses au monde, n’arrive pas à approvisionner un marché local, alors que 50 Tonnes couvrent largement ses besoins ?

Ce n’est certainement pas parce que ces messieurs n’arrivent pas à trouver du poisson en mer !

Le Ministère des Pêches et de l’Économie Maritime déclare sur son site internet que la Mauritanie aurait exporté entre le 1er janvier et le 11 mars 2021 :

- 36.751 tonnes de poissons pour une valeur de 2.739.592.662 MRU – dont 23.587 tonnes de pélagiques, soit 212 tonnes de pélagiques exportés par jour ;

- 36.781 tonnes de nouveaux produits (PP, farines et huiles de poissons) pour une valeur de 1.429.264.297 MRU – dont 26.282 tonnes de farine de poissons (dont la production nécessiterait 130.000 tonnes de produits de pêche, soit 1.180 tonnes chaque jour).

en 2020, les exportations étaient de :

762.156 Tonnes de poissons (dont 32.900T de pélagiques) pour une valeur de 30.591.082.908 MRU et dont 128.472T de farine de poisson (que la production nécessiterait 642.360 Tonnes de produits de poissons) ;

Toujours selon le site du Ministère des Pêches, les pêches artisanales, côtières et piroguières auraient capturé, en 2020, 316.347 tonnes de poissons, dont 93.374 tonnes à Nouakchott.

Et enfin, le Port Autonome de Nouadhibou recense pour l’année 2020, 577.237 tonnes de poissons frais et congelés, débarqués – soit 1.577 tonnes par jour.

Maintenant, messieurs, expliquez-nous votre incapacité (et celle du gouvernement mauritanien) – après tous ces chiffres - à trouver, les misérables 50 tonnes de poissons nécessaires pour alimenter le marché local des mauritaniens ?

Ou est-ce uniquement un « bon prétexte » pour accéder à cette zone A, tant convoitée, qui va renflouer vos 42 usines (qui ne remplissent, suffisamment pas à votre goût, vos congélateurs et vos comptes en banques) ? Et vos autres 40 usines – que vous ne citez pas - elles sont « bien remplies » ?

Comment pouvez-vous nous menacer avec le licenciement des employés de vos 42 usines - alors que vous allez priver 33.387 pères de familles (source IMROP) de leurs maigres ressources, déjà largement impactées par les pêches illégales et non réglementées, la surpêche, les changements climatiques, les pollutions, les engins et filets fantômes en plus des manœuvres des pétroliers, gaziers, transporteurs, … ?

Messieurs, sachez que cette petite zone que vous convoitez avec une si forte et émouvante énergie, est vitale (Oh OUI !) pour l’avenir de cette ressource que vous avez surexploité avec un si grand appétit ! Cette zone très riche (vous l’avez bien dit) abrite des espèces vitales pour la chaîne alimentaire de la biodiversité qui existe en mer.

Mais tout cela vous le savez ! et le Ministère des Pêches le sait aussi !

Et vous savez aussi que si jamais votre senneur - avec ses 40m de longueur, ses 930 tonnes, ses 4.260 chevaux et sa vitesse de 14,5 miles – « par accident ou par négligence », venait à franchir la frontière interdite du Parc National du Banc d’Arguin – on pourra dire Adieu à notre dernière et exceptionnelle ressource naturelle renouvelable et durable !

J’imagine aisément que vous avez négocié sur la table au Ministère, non pas au nom de ces mauritaniens affamés par votre appétit, mais bien au titre des retenues sur vos exportations pour l’année 2020 : 3.074.293.400 d’Ouguiyas (trois milliards soixante-quatorze millions deux cent quatre-vingt-treize mille quatre cent ouguiyas) !

On comprend mieux que vous ayez plus d’écoute que 5 fédérations de Pêche Artisanales réunies.

A eux, on retire l’accès légitime de cette zone, et à vous, on donne une dérogation spéciale de pêche, « opérant dans le cadre d’une pêche expérimentale, ayant pour but d’améliorer et de renforcer l’accès des populations aux produits halieutiques à des prix raisonnables et destinés uniquement à la consommation humaine » (message n°00095 du 19 Août 2021 du MPEM).

Et tant pis pour l’avenir de la pêche, de la biodiversité marine, du poisson, de la sécurité alimentaire, … on oublie tout cela, car bientôt on va remplacer nos bateaux par des pipelines pour pomper tout le gaz et le pétrole que vont sortir nos autres « amis philanthropes » de BP, Total, Exxon mobil, Kosmoss, Eiffage… les poissons, les tortues, les oiseaux iront chercher ailleurs pour se reproduire, et les mauritaniens pourront à ce moment mettre, directement, dans leurs assiettes du mercure, du plomb, cadmium, sélénium et du polystyrène !

Maïmouna Abdallahi SALECK

"Si vous pensez que l'éducation est Chère, essayez l'ignorance"

Bakary Tandia - Avec 83% d'échecs et 8% d' admis sur 46587 candidats au baccalauréat de 2021 en Mauritanie, de tels résultats devaient motiver la tenue immédiate d' un conseil des ministres extraordinaire pour examiner le problème comme une urgence nationale.

Malheureusement á la grande surprise du public, les autorités compétentes ne semblent pas appréhender le degré de la magnitude du séisme qui vient de secouer énergiquement la nation, particulièrement le système éducatif qui est son pilier central.

Autrefois le système éducatif était une priorité nationale, non seulement pour former des cadres compétents, mais aussi forger l'esprit de nation en servant de creuset de brassage social et culturel dans lequel tous les enfants pays se côtoyaient dans une ambiance de fraternité.

Ce système a fait ses preuves en produisant des cadres compétents qui ont brillamment servi le pays malgré ses multiples défis. Mais depuis que le système est devenu politisé pour servir des idéaux qui n' ont rien á avoir avec les objectifs de développement du pays, nous assistons á une détérioration vertigineuse de la qualité de l'éducation. A cause de cette politisation, contrairement á sa mission de consolider l'unité nationale, le système éducatif est devenu -- une source de préjugés et de méfiance qui éloigne les communautés les unes des autres chaque jour qui passe.

Au lieu de développer un système éducatif cohérent qui répond adéquatement aux besoins du pays, et rend nos élèves et étudiants plus compétitifs sur le plan international, l'Etat a laissé -- la politisation éroder le tissu éducatif au point qu'il est devenu méconnaissable. Le gouvernement doit comprendre que l'éducation constitue les yeux de la nation. C'est grâce á elle que nous pouvons identifier le chemin qui nous mène vers nos objectifs. Autrement ce serait le tâtonnement interminable dans l'obscurité sans lendemain. Il est également important que l' Etat comprenne que le futur du pays dépend essentiellement de la qualité de l'éducation qu'il offre á ses enfants.

Car, comme le dit une affiche publicitaire dans le métro de New York City (qui est plein d'enseignement), "la jeunesse représente 50% (cinquante pour cent) de notre population, et 100% (cent pour cent) de notre futur. Il est clair que compromettre la qualité de l'éducations c' est saper le pilier central de l'Etat. Alors la sagesse nous recommande de ne jamais scier la branche sur laquelle on est assis. En plus il est á rappeler -- qu'il n'y a aucun investissement plus rentable que l'éducation. Sinon, "si vous pensez que l'éducations est chère, essayez l'ignorance," comme l' a fait remarquer Derek Bok, Président de l'Université de Harvard. Je suis convaincu que les conséquences seront incalculables.

C' est ce que certains pays tels que la Corée du Sud ont compris et mis en pratique. Grâce un leadership éclairé, ils n'ont pas hésité á investir prioritairement dans leur système éducatif pour en faire l'un des top systèmes du monde. C' est avec fierté qu' ils le considèrent comme leur joyau national comparativement aux autres professions. Par exemple il est plus difficile d'accéder á l'école des professeurs qu'á la faculté de droit. Ce qui leur a permis d' entamer leur décollage économique en trombe qui constitue un modèle de développement exemplaire qui fait leur fierté nationale. Une telle réalisation n'aurait jamais été possible sans un système d'éducation compétitif.

Si les dirigeants de la Mauritanie veulent sauver le pays, ils doivent d'abord commencer par restaurer la dignité du système éducatif en mettant fin á sa politisation et la corruption. C'est maintenant ou jamais. Car notre système éducatif est actuellement titubant et au bord du précipice. Nous avons besoin d' un leader courageux, alerte et éclairé pour prendre le problème á bras le corps car il y va de la survie et de l'honneur du pays.

Par ailleurs les autorités compétentes du pays, á commencer par le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Chef de l'Etat, doivent cesser d'ignorer les problèmes dont elles ont la charge de régler en prétendant qu' il n'y a pas de crise dans le pays. Pour y arriver Elles doivent commencer par les reconnaitre, ensuite adopter des mesures effectives contre l'esclavage et ses séquelles et en prêter une oreille attentive aux appels stridents de justice des veuves, des rescapés et des refugiés Mauritaniens au Sénégal et au Mali depuis une trentaine d' années.

Enfin ces questions doivent être traitées comme une urgence dans le cadre d'un dialogue national inclusif. Compte tenu de leur complexité, leur règlement demande la participation -- des victimes et des ayants droit, et de toutes les forces vives du pays -- pour une solution juste , satisfaisante et durable.

Comme partout ailleurs, en pareille situation, il relève du leadership du Président de donner au processus l'autorité politique et morale nécessaire pour qu'il puisse atteindre ses objectifs.

Bakary Tandia, Human Rights Advocate

New York

 

Tous coupables, au nom de son innocence

Tous coupables, au nom de son innocenceDiop Moustapha - Je pense qu'il faudrait, souvent, savoir raison garder. Et arrêter, à mon humble avis, de se pâmer devant des exploits, des réussites sportive, technique scientifique, professionnelle, personnelle qui nous sont to-ta-le-ment lointaines.

J'ai lu le flot de posts, à la limite de l'extase, lorsque mademoiselle Myriam Soumare, Française, native de Paris, a été sacrée championne d'Europe. Puisqu'il est dit qu'elle est de parents d'origine mauritanienne, les hérauts courent les rues et les campagnes pour annoncer "l'honneur" qu'elle aurait fait à la Mauritanie !

Mille millions de mille sabords et de cornues alambiquées, que vient faire la Mauritanie dans cette galère. Elle qui n'a participé, ni de près ni de loin, à la préparation, à l'accompagnement de cette jeune dame qui, peut-être, n'a qu'un vague souvenir de ce qu'on lui a dit de son pays d'origine et dont elle se tamponne d'ailleurs (désolé pour le terme un peu trop militaire) puisque, semble-t-il, à certaine occasion, l'ambassade n'a pas daigné la recevoir malgré l'entregent de certains de nos compatriotes !

Se glorifier d'un trophée que l'on n'a ni remporté, ni contribué au triomphe serait tout simplement un recel moral indécent et insupportable.

A mon sens, la fierté devrait résider dans la réussite de toute compétition, tout acte d'élévation, dans tous les domaines d'activité auxquels on a participé.

Dans ces cas-là, seulement, l'exigence de partage du triomphe....ou de la défaite, devient légitime. Une Nation ne célèbre que la consécration de ses actes mais se contentera seulement, si elle y consent, de féliciter les victoires ou les réussites des autres.

Même si celles-ci devaient lui être profitables, dans un sens ou dans un autre.

A ce niveau, j'aimerais aborder le cas de cette jeune et courageuse athlète mauritanienne, mademoiselle Houlèye Ba, qui a compéti aux JO de Tokyo de 2021, sur 100 m.

Oui, son chrono fut de plus de 15 secondes ! Mais elle passa la ligne d'arrivée. Et elle fût moquée, avec violence, par certains internautes qui, je suis sûr, tout comme moi, ne connaissent ni les tenants, ni les aboutissants de la course de cette jeune et brave demoiselle. Certes, son chrono, à ce sommet de la compétition mondiale, n'est pas bon. Il est mauvais. Il est ridicule. Il a déclenché l'hilarité. Je le confesse, rien que pour ses contempteurs !

Mais, messieurs, qui n'est pas bon ? Qui est mauvais ? Qui est ridicule ? Qui a fait déclencher l'hilarité ?

Sans aucun doute, tous ceux qui l'ont envoyée combattre sans préparation adéquate, sans intendance efficace ! Et pour couronner le tout, sans armure, sans bouclier et sans destrier, en rase campagne. Alors, elle a paisiblement fait, ce que, seule, au moins, elle a su faire, avec courage : nouer son foulard autour de la tête et arpenter le tartan de l'Olympe. Un foulard que tous les spécialistes vous assureront qu'il freine la course de quelques centièmes ou dixièmes de seconde ! Avec ses 15 secondes, c'est un argument d'aérodynamisme dont, je crois, que c’est surement le cadet de leurs soucis, elle et ses préparateurs !

On a urgence à déterminer les responsabilités et désigner les responsables de cette défaite ! Cette demoiselle est volontaire. Oser accepter d'aller défier les meilleures du monde, dans sa spécialité, sachant que sa préparation n'est guère à niveau, qu'elle n'a surement pas satisfait aux minimas. Elle a courageusement accepté de jouer sa partition. Futile partition, certes, mais pour laquelle, nous devrions la consoler et l'honorer. Lui tresser des lauriers pour, seulement, avoir osé. Tout simplement.

Déterminer maintenant les responsabilités et désigner les responsables.

Ceux qui ne furent pas bons, ceux qui furent réellement mauvais, ceux qui furent réellement ridicules, ceux qui réellement ont déclenché l'hilarité. On n'ira pas chercher trop loin ; car le coupable, pour tous, est le seul ordonnateur des choses : l'État avec ses démembrements.

L'Etat étant une continuité, j'ose affirmer, es qualité, que depuis notre CMSN, le sport a été considéré comme une activité quasi indigne d'adultes. Nos anciens ministres en charge des sports, Feu Ba Mahmoud, Docteur Diagana Youssouf, ont guerroyé ferme autour de la table des Kakis sans jamais réussir à "nous" convaincre de l'importance de ce secteur, déjà en montée partout dans le monde.

Nos vaillants lobbies de "soutien indéfectible et inconditionnel", toujours tapis dans les couloirs et les ruelles poudreuses, en embuscade, sapaient toute idée contraire à leur projet. C'est ce qu'on appelait les groupuscules. Même si certains étaient aussi gros qu'un éléphant. Et ils ont la particularité de survivre à tous les régimes et à être immortels !

Aujourd'hui, il n'est guère besoin de démontrer ce qu'est devenu le sport. Au-delà de préserver notre santé, il est devenu un immense outil de développement économique. La célèbre devise du baron Pierre de Coubertin "l'important c'est de participer" a pris du plomb dans l'aile et rangée aux oubliettes. Aujourd'hui, on participe pour gagner. Sponsoring oblige.

Certains clubs de football européens alignent, me chuchote-t-on, des budgets supérieurs à ceux de bien de pays de nos contrées !

Donc coupables, nous le fûmes bien, pour avoir méprisé ce secteur et manqué de vision. Il est vrai, sans que cela ne constitue le moindre début de justifications, les esprits ont souvent été ailleurs, les militaires étant, entre eux, de fieffés "coquins violents".

Coupables aussi, tous les pouvoirs successifs, pour n'avoir pas redresser la barre, alors qu'ils étaient sensés venus rectifier les choses ! Elles furent souvent bien rectifiées...et à la tronçonneuse, pardi.

Aujourd'hui, dans le programme du nouveau PR, il y serait, semble-t-il dit, comme profession de foi, que : "le candidat accorde une grande importance et priorité au domaine du sport, etc, etc.....". La même rhétorique, le même intitulé depuis 41 ans ! Et pour le malheur de notre ouvrage de Sisyphe, ce ne furent que des militaires ou des militaires démissionnaire ou retraité qui se sont succédé.

Ce qui alimente bien l'éternelle ritournelle des civils que ce ne sont que des régimes militaires qui se succèdent. C'est agaçant mais accordons-leur ce plaisir, même si le propos est contestable mais il n'autorise plus le débat.

Revenons à mademoiselle Houleye Ba qui, en acceptant de s’aligner sur ce 100 m, a levé le voile et braqué les projecteurs du Stade Olympique National de Tokyo sur les insuffisances et carences officielles, à toutes les étapes. Sa prestation, que l'on moque, a mis des visages sur toute une chaîne de responsables-courtisans, de la bien lointaine CMSN à aujourd'hui qui, en privilégiant les beaux discours démagogiques, rapports pompeux, pour mieux cacher des carences, ont aussi contribué à perpétuer le mensonge, au seul profit de leurs intérêts.

Et ces intérêts perdurent depuis 41 ans ! Si les services de communication officielle pouvait faire visionner la prestation de notre jeune compatriote à Tokyo aux décideurs, alors, s'ils la voient, je pense qu'ils sauront lui faire rendre justice et la réhabiliter.

La magnanimité autoriserait même, là, un simple coup de téléphone, de monsieur le Président de la République à notre malheureuse athlète. Geste significatif que de féliciter une "perdante" ! Cela, dans le même esprit de réhabilitation dans tous les domaines de l'État. dont il est, sûrement, mieux informé.

Réhabiliter, dans ce cas précis, ne serait, d’abord, que perspicacité et vision économique, avant tout prestige.

La Jamaïque attire, aujourd'hui, les 3/4 de ses investisseurs, parce que "des femmes adultes et des hommes adultes, en culottes" ont couru sur tous les stades du monde et cueilli des lauriers. Simplement.

L’on sait aussi que ce secteur du sport est peuplé de jeunes, dont la majorité de femmes et de filles. Les ¾ de l’électorat. Si l'on ne s'en tient qu’à l’aspect caricaturalement électoraliste. Cette jeunesse est celle de l’âge du numérique, celle de l’âge où on accède maintenant à la Présidence des Républiques et où on "Snapchat", en tee-shirt. C'est la jeunesse qui redresse la tête, refuse tous les préjugés, sortis de nulle part et surtout anachroniques.

Les ressources humaines sont pourtant foison pour concrétiser ces engagements, comme dans tous les autres domaines nécessitant, peut-être, des réformes profondes (politique, économique, social) et/ou surement de restauration plus grave (droits humains, Justice) et j'en passe pour y revenir à d’autres occasions.

Ces ressources, ne demandent qu’à être mises en ordre de bataille. Elles seraient surement plus utile que les psalmodies des éternels et inusables recyclés thuriféraires.

Pour l'heure, je ne m'en tiens qu'à ce merveilleux secteur que mademoiselle Ba vient de secouer, dans ma conscience momifiée. Puisqu'en tant que CMSN, nous avons contribué au délitement du sport. Et à ce titre, je plaide coupable.

Pour exorciser les esprits qui hantent depuis si longtemps.

Coupable pour n’avoir pas pu éviter au pays le triste sort, sportif et humain, infligé à Tokyo.

Faisons alors en sorte qu’aux JO de Paris, en 2024, Inchallah, mademoiselle Houleye Ba éblouisse les spectateurs, de retour dans les gradins. Elle le peut.

Et que son foulard soit revu et corrigé par nos grandes stylistes.

On en a aussi et qu'il faudra bien que le ministère, en charge de la culture, fasse sortir à la lumière. Pour éviter le syndrome de Tokyo.

Nous jouions aux tournois nationaux sur l'aire du lycée national. Il y'a 48 ans.

Houleye Ba s'entraine surement au vétuste Stade Olympique.

Myriam Soumare doit avoir ses quartiers dans plusieurs lieux dédiés, selon les exercices.

Diop Moustapha

Facebook, le 03/08/2021

 

À propos du Président

À propos du PrésidentAl-akhbar- 1. Du respect

Au moment où le débat sur “la protection des symboles” semble -fort heureusement- marquer le pas, je voudrais attirer l’attention de certains de ses inspirateurs, sur le fait que le respect du président de la République consiste à ne pas le tromper aujourd’hui, pour le vilipender demain...

Le respect du premier magistrat du pays consiste, dans mon entendement, à lui dire ce que l’on pense de sa gestion du pays, sans jamais aller au-delà... Le respect du garant de la souveraineté du pays et de la dignité de ses citoyens prévoit d’attirer son attention sur toute brèche susceptible d’attenter à cette souveraineté ou à cette dignité.

Le respect du défenseur des symboles nationaux exige de le convaincre de ne pas accepter la vanité des “titres” et des “qualificatifs” dont la finalité ultime est de compromettre sa stature morale.

Le respect du vainqueur du scrutin au suffrage universel passe par le rappel permanent de cette lapalissade: l’unique source du pouvoir présidentiel est populaire... Le respect du vrai patron de la diplomatie de notre pays ne peut être intégral sans la nécessaire exigence intellectuelle et morale (dans cet ordre!) à son endroit, spécialement en ces temps critiques de vive compétition régionale et internationale.

2. Remarque légitime

Je souhaiterais anticiper une remarque légitime: pourquoi n’avoir pas édicté et mis en œuvre ces principes lorsque “tu” étais aux côtés de l’ex-président du pays? La réponse est simple et je l’ai déjà mentionnée à maintes reprises sur ce “mur”: l’ex-président m’a toujours offert la latitude de m’exprimer de manière libre et honnête; j’en veux pour preuve sa remarque télévisée concernant le “troisième mandat”... Ayant, à l’époque, usé librement (donc) de mon droit d’appréciation des affaires publiques, je n’émettrai pas de critique, sauf exception, au sujet de la “décennie”, aujourd’hui ou demain ; car, au risque de se contredire piteusement, ce droit ne peut, à mon sens, s’exercer qu’une seule fois! En terme d’efficacité, l’éthique de responsabilité (au pouvoir) et l’éthique de contestation (dans l’opposition) ont ceci de différent : la première se conjugue mieux avec la discrétion et la seconde se décline plutôt dans la “vocalité” écrite ou orale, c’est connu!...

3. L’interview

Le timing de la dernière interview du président de la République dans des médias étrangers m’a surpris car, au moment où les citoyens de ce pays ploient sous une double contrainte sanitaire et économique, le président aurait pu reculer l’heure de la “communication politique”, en attendant de meilleurs auspices. Sur un autre plan, voir le président si disert à propos de la situation politique d’un pays frère certes, mais étranger tout de même, tout en adoptant une circonspection stricte au sujet de la situation politique nationale (le sort de l’ami et du compagnon de 40 ans!), m’a honnêtement interloqué.

Le refus du président de reconnaître (Interview en arabe) la situation de misère dans laquelle vit une grande partie des Mauritaniens, en dépit des ressources économiques significatives du pays et de la taille réduite de la population, m’a paru un tantinet désinvolte, particulièrement en ces moments éprouvants pour la plupart des citoyens de ce pays.

Le comble du choc pour moi, et j’avoue l’avoir vu venir, ce fut lorsque l’un des journalistes étrangers osa s’adresser si familièrement au Président pour lui parler de ses “yeux” qui “parlent”, une insinuation chargée d’inconvenables sous-entendus...

Une interview présidentielle se prépare minutieusement à tous les niveaux, car elle s’apparente à une corrida ; les “pauses”, à titre d’exemple, encouragent le “taureau” à attaquer toutes cornes déployées! Une solennité excessive peut s’apparenter à un déploiement inapproprié, par le matador, de la muleta, provoquant instinctivement l’attaque de la part du ‘’taureau”, avec le risque de prendre un coup de corne d’une redoutable létalité...

En réalité, j’ai modérément apprécié cette interview; le Président devra, pour le coup, évaluer son staff de communication, car il y va de la dignité du pays...

Isselkou Ahmed Izid Bih Néyé

La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix Chinguitt

La Mauritanie dans l’œil du cyclone ? Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du Prix ChinguittLe Calame - En fin stratège, Macarthur, disait : « Toutes les défaites se résument en deux mots : trop tard ». Le célèbre général américain voulait dire par là, qu’il faut toujours anticiper les événements sous peine de perdre la partie.

Au-delà du domaine militaire, cette affirmation s’applique, naturellement, à tous les domaines de l’activité humaine. Transposés à la Mauritanie, ces propos prennent encore plus de relief. Dans cette optique, les gouvernants mauritaniens – sous peine de perdre la partie – devront, sans tarder, sortir de la torpeur et de la léthargie dans lesquelles baigne le pays depuis plusieurs décennies déjà. Et ce dans l’indifférence quasi générale.

Pour se faire, ils devront fendre l’armure et prendre à bras le corps les problèmes gravissimes pendants qu’affronte, en sourdine, la nation avant qu’il ne soit, irrémédiablement, trop tard.

Pour l’analyste averti, de multiples dangers se profilent à l’horizon. Face à ces menaces, on a le sentiment, à tort ou à raison, qu’on continue à se complaire dans le confort du moment, sans se soucier, outre mesure, de ce qui pourra advenir demain. Pourtant, le tableau de bord est devant nous et les voyants ne sont pas loin de passer au rouge : Une sous-alimentation chronique qui tend vers le spectre de la famine, une flambée sans précédent des prix des denrées alimentaires de première nécessité, et un pouvoir d’achat de plus en plus faible, avec comme corollaire des conditions de vie très précaires. Sans parler d’énormes déficits structurels en matière, notamment, de santé et d’éducation.

En somme une vraie détresse sociale qui, de surcroît, va crescendo. Ajouter à cela un chômage endémique qui frappe en particulier la jeunesse. Une insécurité galopante, une immigration incontrôlée, une monnaie nationale qui se déprécie alors que nos fabuleuses ressources naturelles avérées ou potentielles : minières, pastorales, agricoles, halieutiques…auraient dû, en toute bonne logique, raffermir le cours de l’ouguiya. Autres handicaps : une administration largement corrompue, une classe politique timorée qui semble en hibernation, une économie exsangue, une sécurité alimentaire soumise aux aléas de la géopolitique, une dette extérieure abyssale, un dialogue national poussif….

Problèmes existentiels

En plus de tout cela, la Mauritanie fait face à des problèmes encore plus inquiétants, lesquels engagent son avenir et son devenir. Ces problèmes existentiels, inhérents à la sécurité nationale mettent, plus que jamais, en péril la pérennité de l’Etat et, au-delà, l’existence même du pays.

Il s’agit d’une superposition de problèmes, à terme, explosifs, qu’on feint, pour le moment, de ne pas considérer outre mesure :

* Problèmes intérieurs épineux, avec le feu qui couve sous la cendre ;

* Contexte géopolitique, particulièrement alarmant à toutes nos frontières ;

* Visées impérialistes, géoéconomiques et géostratégiques de certaines grandes puissances sur la Mauritanie. Une menace angoissante qui pointe, déjà, à l’horizon.

Autant de bombes à retardement qui obstruent, à terme, toute perspective d’avenir. Ces problèmes qu’on a jugés inopportun de développer ici devront, sans tarder, être recensés, examinés, décryptés, étudiés et analysés pour leur trouver les parades appropriées.

Ce travail sera d’autant plus facilité si on adopte la démarche adéquate : anticiper les événements en ayant recours à la prospective. Bannir l’approche tactique qui consiste à naviguer à vue pour surmonter, au jour le jour, les difficultés du moment. En revanche, adopter une vision d’ensemble avec une approche stratégique sur fond d’une adhésion de toutes les composantes de la communauté nationale. Une telle approche transcende, naturellement, les contingences politiques et les intérêts sectaires. Une fois de plus, c’est le recours à la prospective qui pourra servir de planche de salut.

Car dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. La prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’une situation donnée. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet événement. Ceci est d’autant plus important si l’enjeu est l’avenir ou le devenir d’un Etat.

L’heure est grave

Sans jouer au Cassandre, on peut dire que l’heure est grave. On entend déjà, le son encore lointain mais parfaitement audible des sirènes d’alarme qui se rapproche dangereusement. Pour la survie du pays, les Mauritaniens devront, une fois de plus, faire front commun face à toutes ces menaces.

Pour raffermir davantage l’approche proposée plus haut, on devra faire table rase de certains lieux communs, faits et comportements qui sont autant de sentiers battus et rebattus qui figent la réflexion et atrophient l’esprit. Lesquels sont, malheureusement, encore monnaie courante dans nombre de pays en développement :

* Se départir du ton cotonneux et convenu sur fond d’une complaisance coupable quand on aborde une question sensible. De même, l’attitude pleutre et intéressée quand on est sollicité pour un conseil sur un dossier stratégique.

* La cupidité et l’avidité matérielle ambiante ne doivent pas prendre le pas sur l’intérêt supérieur de l’Etat.

* Le pouvoir devra s’ouvrir davantage à la société civile et particulièrement aux intellectuels. Un vivier d’universitaires dont certains, de par leur formation académique pourront, chacun dans son domaine, explorer des pistes de réflexion à même de solutionner nombre de problèmes. Ne jamais perdre de vue un constat : Ce sont les idées qui gouvernent le monde.

* Se rendre à une évidence : la fonction ne confère pas nécessairement la connaissance des dossiers.

Pas de méprise : Au-delà du discours émollient des thuriféraires de tout poil, la Mauritanie est bel et bien dans l’œil du cyclone. Les facultés de discernement les plus élémentaires l’attestent. Le ciel s’assombrit et les signes avant-coureurs de ce phénomène angoissant sont là, à notre porte. Il appartient, désormais, aux Mauritaniens, à tous les niveaux, d’y faire face.

D’aucuns pourront trouver les développements qui précèdent un peu excessifs, voire alarmistes. On leur répondra avec l’historien Ernest Renan : « Dans les moments graves, seul le pessimisme est fécond ».

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicité

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicitéLe Calame - Le 25 avril 2021, à 22h, la police de Nouadhibou (capitale économique) procédait à l’arrestation de jeunes activistes de gauche, au motif d’avoir animé une émission de débat virtuel, grâce à la plateforme Facebook, sous le titre « Elmetrouch », littéralement, « l’intrusif ».

Le programme visait à préserver, l’individu, des empiètements de la société, sur la sphère de l’intimité; les organisateurs voulaient provoquer la controverse, démontrer l’importance de la vie privée et dénoncer, en priorité, le contrôle de la sexualité des jeunes et l’ingérence dans les choix de vie d’adultes consentants.

Les détenus se retrouvèrent au Commissariat de police, curieusement dénommé Redouane (le satisfecit pieux).

I. Faits

Le forum, lancé au début du jeûne rituel, suscitera l’indignation acerbe parmi les sympathisants du parti islamiste Tawassoul et de la part de son ex-président, Mohamed Jemil Ould Mansour, surtout après le cinquième et le sixième épisode. Le leader féministe Aïchetou Mint Isselmou Mbareck y exprime son opinion, en substance : « quiconque peut jouir du sexe avant, après et dans le mariage ; le sujet ne concerne personne d’autre, c’est la liberté de chacun. La femme et l’homme sont égaux en droit et devoirs. Les gens selon qui toute femme est une nudité indécente ‘’ عورة” (Awara) sont eux, les borgnes »(1) ; A la seconde séquence en cause, Yehdhih Ould Mohamed, un membre fondateur du mouvement non-autorisé « Pour une Mauritanie Laïque » explique et argumente la séparation du religieux et du politique.

Le propos ayant fortement déplu aux milieux de la conservation, ces derniers organisèrent une vaste campagne de réseaux sociaux, pour susciter une réaction de la populace excitée, contre les promoteurs du programme, avant de les assigner, en justice. La plainte accuse, les participants à la discussion, de détruite les valeurs de la société islamique, d’où le devoir collectif de les faire juger en vertu de la chariaa, aux griefs de « non-reconnaissance des obligations religieuses », un crime selon l’article 306 nouveau du code pénal(2), d’inspiration jihadiste.

https://www.facebook.com/100065598150527/videos/116348243895114/

II. Implications

Durant la garde-à-vue, les jeunes devaient produire des aveux, en présence du procureur de la République, du directeur régional de la sûreté et d'un membre des services de sécurité et de renseignements : les questions tournaient autour du forum Elmetrouche, de ses initiateurs, des objectifs, des convictions et de la pratique cultuelle de chacun ; les interrogateurs trahissaient une fixation monomaniaque, sur les financements reçus ou escomptés, de l’extérieur.

Devant la fragilité des charges invoquées aux dépens des prévenus, une décision invisible ordonna leur libération, le 28/04/2021, à 1h du matin. Comme lors des incidents récents entre notables féodaux et paysans descendants d’esclaves, ils reçurent injonction de ne plus aborder le thème, de s’abstenir de voyager sans en informer la police et de ne plus commettre une parole ou acte susceptible d’être interprété comme « outrage public à la religion ». Le terme, vague et non défini par la loi et la jurisprudence, relève de l’idéologie de la contrainte, désormais en vigueur dans le pays. Le système y verse, à présent, la moindre velléité d’émancipation ou de critique sociale. Le chef d’inculpation reflètele réflexe d’autodéfense de la domination face aux demandes d’équité : encore une fois, depuis l’institution de l’esclavage sur le sol de la future Mauritanie, la religion sert de bouclier à l’injustice, s’éloignant, alors, de sa vocation, durant la geste prophétique.

III. Protagonistes

A. Les réalisateurs

1. Bilal Varajou Beikrou, né le 16/10/1989 à Elmina, marin et activiste de la société civile ; interpelé.

2. Mohamed Sid’Ahmed Mahmoud, né le 21/11/1989 à Nbeika, enseignant de philosophie et d’Arabe, activiste de la société civile ; interpelé.

3. Ahmed M’bareck Lethneine, né le 24/05/1991 en Libye. Ouvrier des mines et activiste de la société civile ; recherché.

4. Aïchetou Isselmou M’bareck, née le 25/05/1993 à Nouadhibou, secrétaire dans une école et activiste de la société civile ; interpelée.

B. Les invités

5. Aïchetou Isselmou M’Bareck, précitée

6. Mohamed Yehdhih Sidi Brahim Mohamed Mahmoud, né le 31/12/1985, enseignant de philosophie et d’éducation civique, activiste de « Pour une Mauritanie Laïque » ; interpelé.

7. Mourad Soueilim et d’autres membres, entendus et relâchés.

IV. Epilogue provisoire

A la fin de la détention, une entité proche de Tawassoul organise une manifestation de rue, sous le slogan «لا للإباحية»(3), à la sortie de la prière du vendredi, 30 avril 2021. Les marcheurs obtiennent l’agrément légal, en dépit des mots d’ordre de haine et d’appel au meurtre que ce genre de rassemblement charrie. De l’anathème aux menaces d’atteinte à l’intégrité physique, ils réclament une peine sévère, à l’endroit des jeunes, en vue de « sauvegarder les valeurs islamiques ». D’autres clubs d’obédience salafie, en particulier (4)شبيبة بناء الوط, ont promis de conduire davantage de protestations, la semaine suivante.

Aïchetou M’Bareck a été séquestrée par sa famille et licenciée de son travail. Les autres subissent, sans protection, la persécution de l’entourage et jusque dans la rue ; la plupart ont perdu leur gagne-pain. Aucun n’a pu récupérer son téléphone.

V. Leçons

Ainsi régresse la République islamique de Mauritanie, d’Etat naguère en chantier sur des assises de mérite et de compétence, vers un syncrétisme des modèles de gouvernance anti-démocratique de l’Orient, à équidistance du wahhabisme et de la talibanie pakistano-afghane.

A titre d’anecdote, révélatrice de la dérive en cours que nos alliés du Monde libre ne souhaitent regarder, le ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement, publiait, en catimini, le 12 avril, au travers de sa page Facebook, un communiqué où il réprouve les conclusions d’un séminaire, tenu l’avant-veille, à Nouakchott, la capitale. A l’occasion du Ramadan, une association des Emirats arabes unis (Eau) basée à Paris, tentait de promouvoir la paix et le dialogue, au nom de l’Islam(5).

Certains intervenants y appelaient à une révision des légendes, des attitudes sectaires et du recours à la terreur, comme outils de prosélytisme ; d’autres revisitaient les sources du droit musulman afin d’en extirper les mythes, la contrefaçon et les récits fabriqués. Aussitôt, les intérêts étrangers, en concurrence avec les Emirats, pourtant alliés et tuteurs du gouvernement de la Mauritanie, se sont empressés de dicter une réaction hostile, à une instance du même l’Etat.

Les acteurs locaux de la manœuvre semblent accorder une confiance excessive au succès de leur ruse : à quelques jours d’intervalle, l’autorité officielle entérinait l’évènement, y participait puis le dénonçait….

https://alakhbar.info/?q=node/32204

http://cfaes.org/?p=12839

(1)Ici, l’invitée se moque en recourant au jeu de mots « aoura » et le mot « a’awar », qui désigne la cécité d’un seul œil.

(2)Texte présenté par le gouvernement, adopté au Parlement, le 27 avril 2018 et promulgué depuis :

« Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d’une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 50.000 à 600.000 ouguiya ( soit 1428 euros). Chaque musulman, homme ou femme, qui se moque ou outrage Allah ou Son Messager (Mahomet) – Paix et Salut sur Lui – ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes est passible de la peine de mort, sans être appelé à se repentir. Il encourt la peine capitale même en cas de repentir. Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. Toute personne coupable du crime d’apostasie (Zendagha) sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l’obligation de la prière sera invité à s’en acquitter jusqu’à la limite du temps prescrit pour l’accomplissement de la prière obligatoire concernée. S’il persiste dans son refus jusqu’à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort. S’il ne reconnaît pas l’obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l’office consacré par le rite musulman

(3)« Non au laxisme envers les attitudes déviantes »

(4)« Jeunesse des bâtisseurs de la Nation »

(5)Sous l’égide du Centre France-Afrique d’études stratégiques (Cfaes), de plus en plus actif en Mauritanie : http://cfaes.org/?p=12839