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Pourquoi pas les islamo-démocrates ? / Par Isselmou ould Abdel Kader

Nous n’avons malheureusement ni la compétence scientifique ni le temps d’engager une polémique sur l’existence d’un État normatif selon l’islam. Qu’il nous soit au moins permis de penser comme Ali Abelderrazigh dont l’essai sur la nature de l'autorité politique dans le monde islamique suscite, depuis1925, un débat houleux sur la question. Cet éminent jurisconsulte et théologien estime envisageable la séparation du spirituel et du temporel, en s’appuyant sur l’argument péremptoire selon lequel, selon lui, le Prophète Mohamed (PSL) fut un guide spirituel et moral et non un roi de ce monde. Le débat au sein de la nébuleuse sunnite entre les tenants de cette conception et les courants salafistes ou wahhabites qui empoisonnent actuellement le monde a abouti à la formation de deux grandes mouvances politiques opposées, en l’occurrence celle des Frères musulmans et celle de l’Etat Islamique (DAECH).

Forcé de schématiser, mais sans vouloir dénoncer certains pays musulmans connus, pour avoir la même source d’inspiration que cette dernière mouvance extrémiste, on peut souligner que la première se reconnaît à travers le modèle étatique de la Turquie actuelle, la conduite du parti de la Nahda tunisienne et la gestion du présent gouvernement du Maroc.

Dans ces trois pays, le Mouvement des Frères musulmans tutoie de très près le modèle de démocratie classique en tirant le plus possible sur le fil trop élastique –quand on veut- de la chariaa islamique. L’habileté et l’intelligence de ce mouvement ne sont pas tant d’avoir accepté le jeu démocratique et le mode d‘accès au pouvoir par des urnes exprimant parfois la volonté de personnes n’ayant pas nécessairement la capacité juridique entière au regard de l’islam, mais d’avoir entériné le principe de la séparation des pouvoirs. Or, accepter ce principe qui est le fondement essentiel de la démocratie, c’est frapper à la porte de la laïcité en courant le risque d’être pointé du doigt par une grande majorité d’exégètes de la chariaa. Ne peut-on pas en conclure que le mouvement des Frères musulmans est, jusqu’ici, l’unique obédience islamique à offrir à l’Umma la possibilité d’accéder à la modernité et à participer à l’harmonie universelle sans se renier ni rompre avec ses racines spirituelles et culturelles ?

Montée inexorable

Retenons-nous cependant de parier sur le caractère inexorablede la montée de ce mouvement, même s’il donne l’impression d’être voué à régenter la plus grande partie du monde musulman, en particulier l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, en dépit de la force montante de l’obédience chiite qui semble avoir de beaux jours devant elle.

En Mauritanie, de nombreuses voies ont exprimé leur inquiétude face à la remontée spectaculaire du mouvement islamiste se regroupant principalement au sein d’une formation politique et noyautant par d’insoupçonnables ramifications de nombreux autres partis. L’on est obligé, en observant cette ascension, de se demander s’il était possible de l’endiguer et quel sacrifice il faudrait consentir pour y arriver. La réponse à ces deux questions interactives nécessite de formuler quelques observations d’ordre logique. Il convient de souligner d’abord que l’éradication d’un mouvement islamique qui accepte les règles du jeu démocratique ne saurait se concevoir autrement que par la voie des urnes, car l’utilisation de la force n’est ni acceptable ni opérante. Si c’était le cas, les partis nazis et fascistes n’auraient pas plongé le monde dans l’horreur pendant plusieurs années et leurs vestiges n’auraient pas perturbé actuellement le sommeil des leaders des démocraties occidentales. On aurait même éliminé les démocrates chrétiens et autres courants cherchant une légitimité dans l’attachement aux valeurs de la chrétienté. L’on ne peut donc arrêter l’ascension des démocrates islamistes que par des arguments et lorsqu’ils auront prouvé leur incapacité à accompagner l’évolution de la société ou réussi à convaincre de leur efficacité. Dans le premier cas, ils seront mis définitivement hors jeu à cause du caractère anachronique de leur référentiel méthodologique par rapport aux aspirations d’une société qui souffre principalement de l’obscurantisme. Dans le second, comme ce qui semble jusqu’ici le cas au Maroc, leur réussite sera dans l’intérêt de tout le pays. Quels seront alors les opportunités dont ils bénéficieront et les obstacles auxquels ils pourront se heurter ?

Le mouvement islamiste évolue grâce à l’attachement à l’islam, les Mauritaniens qui perçoivent cette religion comme un toit commun pouvant résister aux menaces pesant sur leur unité et leur diversité culturelle. S’ajoute à cet attachement le goût de la revanche sur le déclin précipité du mouvement des Almoravides et, probablement, de l’échec du mouvement réformiste de l’Imam Nacer Eddine au milieu du 16e siècle dans la principale région du pays. Ce sont là, certes, de simples réminiscences qui ont, cependant, dans la mémoire des hommes du désert une trace indélébile.

La crise morale qui secoue la société mauritanienne depuis le début du cycle de la sécheresse et l’avènement du régime militaire, ont engendré une criminalité revêtant un caractère inédit et multiforme qui restitue à l’islam son rôle historique de refuge pour les victimes de l‘oppression, de l’exclusion et de l’épouvante, comme au début de la Rissala. C’est, à peu de chose près, comme maintenant où les Mauritaniens tiennent à survivre au règne de l’immoralité, à la misère et aux dangers économiques et culturels d’une modernité envahissante.

Les islamistes peuvent exploiter ce contexte dont ils ont une bonne connaissance en tant que produit tellurique du tissu social et culturel du pays. Ils peuvent obtenir facilement, et ils en ont le droit, des soutiens multiformes grâce à une solidarité agissante entre nébuleuses idéologiques et religieuses.

Contrairement aux autres mouvements qui demeurent emprisonnés sous les décombres des idéologies classiques et se limitent à un discours scolastique, les démocrates islamistes (ou Frères musulmans) compensent la vétusté apparente de leur référentiel par un élan d’enthousiasme exceptionnel et une imagination  fertile en matière d’expression et de réponse, quand c’est possible, aux besoins de populations nécessiteuses.

Cordes sensibles

En évoquant ces opportunités, on touche des cordes sensibles qui risquent à tort ou à raison de susciter davantage de crainte de voir s’accélérer la montée du mouvement islamiste, particulièrement en Mauritanie où pourrait se manifester, dans le subconscient collectif, le souvenir du clivage entre la hiérarchie du Livre et celle  de l’Étrier. Aussi, pourrait-on soupçonner ce mouvement d’avoir une faible marge d’évolution entre les besoins de rénovation sociale et la limite de tolérance que permet son interprétation des enseignements islamiques. L’on sait que tôt ou tard, cette marge aura besoin d’être élargie pour tenir compte de toute l’aspiration à la liberté. Or, il a été constaté que les questions relatives à l’émancipation des groupes sociaux vulnérables et à l’équité de genre ne sont pas encore bien traitées là où les islamistes assurent la gestion des affaires d’État.

Est-il vrai enfin qu’il existe un lien entre l’islamisme modéré et les groupes terroristes comme certains analystes le pensent ? D’aucuns affirment, en effet, que la galaxie islamiste est un labyrinthe à trois compartiments, à savoir le mouvement des Frères musulmans qui occupe la scène politique et accepte les règles du jeu démocratique, le mouvement salafiste fondé sur la vision wahhabite qui rejette la démocratie et donne raison à la seule voie des armes et enfin le mouvement des « Douatt » ou la djamaa-tabligh, une association pour la Prédication, fondée dans les années 1920 en Inde par Muhammad Ilyas Al-Kandhlawi. Selon des spécialistes, ce groupe aurait pour tâche de pourvoir les deux autres en militants selon les capacités de ceux qu’ils forment.

Force est de reconnaître, toutefois que, contrairement à une telle analyse, le mouvement islamiste mauritanien a prouvé sa capacité de rassembler autour de l’aversion pour la violence et de la pertinence de sa stratégie. Il a un capital humain auquel on peut faire confiance et capable de savoir que l’histoire ne doit être utilisée que pour en cautériser adroitement les plaies, que la modernité a des vertus et que l’État mauritanien a besoin d’une force politique disposée à en revisiter les fondements avec une grande dextérité et d’en rénover la charpente.

Quoi qu’il en soit, aucune mouvance politique autre que les islamistes ne semble, dans le contexte actuel, pouvoir rassembler les Mauritaniens autour d’un projet de société largement partagé en rassurant les autres formations politiques qu’elles ne seront pas laissées sur le trottoir comme dans d’autres pays.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould Ebnou

Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould EbnouLe Calame - La Mauritanie a pu relever un grand défi en organisant les élections législatives, régionales et municipales du 1er septembre 2018. Ce scrutin a mis en concurrence un nombre record de participants : 502 listes aux couleurs de 98 partis politiques représentant la majorité et opposition.

Malheureusement, ces élections ont été entachées de graves irrégularités, notamment l’utilisation abusive des moyens de l’État par le Président de la république -devenu directeur de campagne de l’un des partis rivaux - l’utilisation d’argent sale dans tout le pays pour acheter les consciences des électeurs, le bourrage des urnes et l’annonce de résultats inattendus pour certains candidats...

Le scrutin a été caractérisé par le manque de transparence et les nombreuses violations graves ont mis en cause la crédibilité des résultats, ce qui peut entraîner la réticence des citoyens à participer à la vie politique et nuire à leur confiance dans la politique et les institutions élues.

Le déroulement de ces élections a constitué un revers majeur dans le processus démocratique, qui a choqué l'opinion publique, amenant les Mauritaniens à douter de l’indépendance de la Commission électorale et à s’interroger sur sa capacité à organiser les échéances électorales à venir.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Une exigence de justice

Une exigence de justiceDe l’islam dit politique : m’est souvent reprochée (quand ça n’atteint pas les insultes et les menaces) une pseudo » haine » de l’Islam. Je ne reviendrai pas sur les multiples injonctions à prouver ma » musulmanité ».

Mais je continue à penser que l’Islam des telefatawistes, vendu aujourd’hui sous la forme barbare d’une » purification » par la violence, par les attentats, par ces jeux pervers et assassins d’alliances et de contre alliances avec certaines puissances occidentales n’a rien de politique.

C’est une création neuve. Souvenons nous des grandes années de lutte contre l’impérialisme et les occupations occidentales dans les pays arabes. Elles ont produit des vrais courants de pensée, de vrais débats mais jamais l’Islam n’y fut présenté et utilisé comme tremplin d’un califat fantasmé. En ces temps qui vont des années 40 aux années 70 il n’y a pas eu de revendications d’un Islam politique et/où radical.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de Foi mais du commerce du takfirisme à la sauce chaînes satellitaires utilisant sans vergogne le rapt de l’islam des Lumières pour renvoyer la pensée et donc la foi au rang de culte dogmatique qui a inversé le message : on ne part plus du cœur et de la Justice et de. L’Amour, on part du modèle autocratique et autoritaire des régimes politiques pour éradiquer la justice, ou s’en servir, pour instaurer, tout compte fait, le même pouvoir combattu. Et les mêmes méthodes.

Il n’y a pas d’Islam politique. Et donc pas de partis politiques islamistes.

Si nous voulons revenir aux fondements de l’Islam il ne devrait n’y avoir qu’une exigence de justice, sans compromis, sans baise mains et dévotions face à certaines stars hyper telefatawistes.

Une exigence de justice.

Mariem Derwich

Facebook – Le 27 août 2018)

Source : Kassataya (France)

Mariem Mint Derwich : Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

Je crois profondément aux valeurs que sont le partage, l’égalité, la justice sociale, élevée que je fus dans cette gauche que le politiquement correct appelle aujourd’hui « extrême gauche»…
Je crois profondément en la redistribution des richesses, en la mixité sociale, en la vertu et la morale en politique. Je crois profondément que la politique est le lieu de la mise à disposition au profit du bien de tous et non pas d’une élite.

Je crois profondément en l’école comme creuset citoyen, en construction d’une pensée commune, en outil de libération… Nous avions l’occasion, petit pays né de nulle part, de construire un modèle social qui profite à tous.

Nous ne sommes pas nombreux, nous sommes forces vives, nous sommes hommes. Nous pouvions décider d’être. Mais nous avons choisi de ne pas nous penser, de ne pas nous construire. Nous avons choisi la déconstruction d’un idéal…

Nous avons favorisé les élites, le mensonge, la corruption, le détournement, l’exclusion communautaire, les politiques de « saupoudrage », l’arrogance en lieu de l’action, le maintien dans un imaginaire fantasmé…

Nous avons découpé notre sous sol, bradé nos richesses, fait de notre seule entreprise, la SNIM, un outil à alimenter les campagnes électorales, atomisé le monde rural traditionnel, dépossédant les paysans au profit de commerçants..

Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

Nous avons menti à nos enfants, nous continuons à leur mentir et à les effacer de la carte du monde par une Education dite Nationale catastrophique et génératrice d’inculture…

Nous avons bradé nos valeurs islamiques, notre tolérance, notre savoir, notre intelligence au profit d’une » nouvelle » religion, le wahhabisme.

Nous avons fait de l’armée un outil d’asservissement de l’Etat.

Nous avons fait du mépris de l’humain une vertu cardinale…

Nous avons fait de la jalousie, de la méchanceté, une manière de vivre…

Nous nous sommes oubliés en chemin…

Nous sommes fantômes dans la survie….

Nos politiques ne nous méritent pas, nous peuple de Mauritanie…

Mariem Mint Derwich
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi Deuxième échelon de la décentralisation en Mauritanie, les Conseils Régionaux constituent l’une des principales réformes qu’a connue le pays suite au référendum organisé en 2017.

Ainsi, les premiers conseils régionaux de l’histoire de la Mauritanie seront investis dans environ deux mois, et ce une fois connus les résultats des prochaines échéances électorales dont les campagnes démarreront d’ici une quinzaine de jours.

Les Mauritaniens auront à choisir leurs représentants aussi bien au niveau du parlement, qu’au niveau local et régional. Un exercice un peu particulier pour une population qui, malgré l’importance qu’elle accorde à ce genre de rendez-vous, continue a faire le lien entre la suppression du Sénat et la création de nouvelles collectivités territoriales qui s’ajouteront aux communes déjà en place, et dont l’efficacité est remise en cause par une partie des Mauritaniens.

Le bilan des communes est peut être mitigé, seulement l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation est à capitaliser. Cette décentralisation qui, depuis 1986, mettait l’accent sur le développement des communes en vue de les aider à rendre un service public local de meilleure qualité à la population à majorité rurale.

Le présent article n’a pas l’ambition de faire la lumière sur les points forts et points faibles de l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation, ni de développer les raisons de la création des conseils régionaux ou ceux de la suppression du Senat.

Il a pour objectif de contribuer à la compréhension du rôle des futurs conseils régionaux, leur place dans l’organisation institutionnelle, le mécanisme de financement de la décentralisation et enfin leur éventuel rôle dans le développement de l’auto-emploi au niveau régional et par conséquence la lutte contre la pauvreté.

1. Missions des conseils régionaux

La loi créant les conseils régionaux définit leur mission par l’article 3, qui stipule que ”La région a pour mission, de promouvoir le développement économique, social, culturel et scientifique dans son ressort territorial dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des autres collectivités territoriales. Elle a une fonction de mise en cohérence des stratégies de développement et d’aménagement du territoire.’‘

Ils ont compétence en matière de :

– Planification et aménagement du territoire de la région ;

– Promotion et encouragement des activités et des investissements commerciaux,

industriels et touristiques dans la région ;

– Environnement et gestion des ressources naturelles ;

– Education, alphabétisation et formation professionnelle ;

– Santé et action sociale ;

– Jeunesse, sports et loisirs ; et

– culture

Les conseils régionaux doivent remplir leur mission dans la limite de leurs compétences avec le respect strict de l’unité de la Nation et celui des compétences dévolues aux autres collectivités territoriales et services déconcentrés de l’Etat.

Si on considère que la mise en place de ces conseils régionaux n’aura pas d’incidence sur l’unité de la Nation par ailleurs garantie par d’autres textes en vigueur, elle n’en sera pas sans difficultés au regard des éventuels chevauchement de responsabilités par rapport aux autres structures déconcentrées ou décentralisées de l’Etat.

En effet, parmi les défis majeurs auxquels ces conseils feront face, c’est celui de la difficile mise en pratique de la loi sur la régionalisation dans un environnement caractérisé, jusqu’a aujourd’hui, par une certaine faiblesse des collectivités territoriales face aux autres services de l’Etat, laquelle faiblesse trouve sa raison d’être dans celle des ressources humaines et ressources financières des dites collectivités.

Malgré l’engagement important de l’Etat pour la réussite de la décentralisation et le développement de services de proximité à travers l’action des communes, celles ci sont restées presque absentes au niveau décisionnel et ont continué, dans la plupart des cas, à subir la loi des services déconcentrés qui disposent de ressources humaines plus compétentes, de ressources financières de loin plus importantes et d’une plus grande expérience dans la conduite et gestion de projets.

L’expérience de la Mauritanie en matière de décentralisation ne date pas d’aujourd’hui, et le pays dispose d’un arsenal juridique important permettant a tout un chacun de remplir sa mission pour un meilleur développement local, régional et national.

Les conseil régionaux sont appelés à être plus présents au niveau décisionnel, à faire appel à des ressources humaines compétentes et surtout à mobiliser des ressources propres stables, seul vrai levier à travers lequel ils arriveront à remplir leur mission dans le respect de la législation en vigueur.

Au même titre que les communes, les conseils régionaux seront soumis à la tutelle du représentant de l’Etat au niveau de la région, leurs actes seront soumis à un contrôle de la légalité et auront l’obligation et l’intérêt de collaborer étroitement avec l’ensemble des structures déconcentrées de l’Etat.

2. Mécanisme de financement de la décentralisation en Mauritanie

Le fonds régional de développement constitue le transfert le plus important effectué sur le budget de l’Etat en direction des collectivités territoriales. Il a connu une importante évolution en terme de montant et mode de gestion. Il s’élève aujourd’hui à 350 Millions de MRU (3,5 milliards de MRO).

A côté de ce fonds, l’Etat Mauritanien investit annuellement environ 400 Millions de MRU (4 milliards de MRO) dans la gestion des déchets municipaux, et participe annuellement à hauteur de 250 Millions de MRU (2,5 Milliards de MRO) dans le financement du programme PNIDDLE sur une période de 5 ans. Ainsi, un milliards de MRU (10 milliards de MRO), sur un budget d’environ 44 Milliards de MRU, est alloué annuellement et de façon direct au financement de la décentralisation.

A cela s’ajouteraient les fonds dédiés aux différents départements ministériels et agences de lutte contre la pauvreté pour les opérations réalisées au niveau régional et local, et qui sont de nature à favoriser le développement durable. On rappelle a ce niveau que, malgré le fait que les centres de santés et écoles primaires, à titre d’exemple, dont la gestion relève des compétences des communes, ces infrastructures de base continuent à être construits et gérés par les autres départements techniques et agences de lutte contre la pauvreté.

Les conseils régionaux risqueraient de se confronter à ce genre de difficultés, s’ils ne mettent pas rapidement en place les moyens humains nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de leurs structures techniques.

Cependant, les moyens humains ne sont pas suffisants à eux seuls, c’est pourquoi la loi sur la région par son article 55, définit les ressources de fonctionnement de la région : ”Les recettes de fonctionnement de la Région proviennent des dotations de fonctionnement accordées par la loi des finances, et des redevances du domaine, des produits de l’exploitation de son patrimoine et des redevances pour services rendus”.

A ce niveau, il conviendrait de rappeler que la fiscalité locale gérée par ou pour le compte des communes est jugée peu rentable. Ainsi, sans le concourt de l’Etat via le FRD ou toute autre subvention, la plupart des communes n’arriveraient pas à satisfaire leurs engagements en terme de fonctionnement.

Le niveau de mobilisation de ressources propres est resté faible, et ce malgré les multiples actions de renforcement de capacités réalisées à travers l’appui de la part de l’Etat et des partenaires techniques et financiers tels que la GIZ, l’AFD, le PNUD, la Banque Mondiale pour ne citer que ceux ci.

Ainsi, il est suggéré de procéder dans les plus brefs délais à une reforme de la fiscalité locale par l’introduction d’une fiscalité régionale permettant aux deux collectivités territoriales de disposer de ressources propres plus importantes et de niveau garantissant une certaine autonomie financière.

3. Régionalisation et développement de l’auto emploi

L’introduction du nouvel échelon de la décentralisation est de nature à promouvoir un développement économique local et de favoriser la création d’emplois durables. La aussi, les leçons devront être tirées des différentes expériences connues avec les communes en matière de création d’emplois.

Les communes n’ont, jusqu’a présent, pas réussi à créer des emplois au niveau local et ce malgré l’existence de ressources compétentes dans le domaine, et le besoin des mairies en matière de ressources. Ce manque de réussite est la résultante de plusieurs facteurs dont la rareté des ressources de fonctionnement au niveau des communes, le non engagement des partenaire au développement dans la prise en charge des coûts de fonctionnement liés au personnel, mais surtout le caractère non permanant des emplois crées au sein des communes du fait qu’ils sont étroitement liés aux élus dont le mandat est limité à 5 ans.

Les emplois temporaires créés suite aux activités et projets réalisés au niveau des communes restent de courtes durées et prennent fin généralement avec la clôture des projets ou réception d’infrastructures.

La solution idéale a cette situation est l’auto – emploi des jeunes. La création de petites et moyennes entreprises constitue une solution à cette équation à multiples inconnus qu’est l’emploi durable des jeunes.

Les régions auront un rôle historique à jouer dans ce domaine, et ce à travers l’encouragement d’initiatives privées émanant de jeunes désirant s’aventurier dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Il est possible pour les régions de proposer la création d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs au niveau régional. Ce régime simplifié pourra bénéficier à toutes les parties concernées par le développement économique à travers la petite entreprise ;

La région tirera des bénéfices à travers la création d’une fiscalité rentable basée sur la création de la richesse et s’éviter ainsi de se retrouver avec des redevances et taxes peu rentables et dont le recouvrement est quasi impossible vu la nature des sanctions à mettre en place.

Les jeunes entrepreneurs bénéficieront d’exonérations fiscales sur certaines rubriques de la fiscalité de l’entreprise Mauritanienne et seront en mesure de créer des emplois durables, avec l’obligation pour eux de s’enregistrer et d’appliquer les règles de transparence en matière de comptabilité et d’informations financières.

Le régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs permettant à la région de promouvoir un développement économique durable, et fera son chemin sur la démarche d’entreprendre à zéro Franc testée dans quelques pays de la sous région et soutenue par plusieurs partenaires au développement dont notamment la Banque Africaine de Développement.

La petite et moyenne entreprise pourra jouer un rôle économique important et historique au niveau régional, local et rural. La petite entreprise permettra au système monétaire d’être plus efficace, aux banques présentes au niveau régional de contribuer au financement du développement du pays et à la lutte contre la pauvreté.

Il est fortement conseillé d’encourager les jeunes entrepreneurs a investir à l’intérieur du pays et ce à travers des avantages fiscaux importants. S’inspirer du régime particulier de la zone franche de Nouadhibou, du régime fiscal simplifié appliqué aux sociétés pétrolières ainsi que celui des entreprises étrangères non résidentes en Mauritanie.

En guise de conclusion, on peut dire que la création des régions en Mauritanie est une action à saluer et à soutenir. Cependant, il est nécessaire de capitaliser l’expérience des communes en ce qui concerne la mise à disposition de moyens humains compétents, de mise en place d’une fiscalité régionale basée sur la création de la richesse et d’encourager l’auto emploi à travers l’adoption d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs.

Des collectivités territoriales fortes, dotées de ressources financières stables et disposant de moyens humains à la hauteur, garantiront l’atteinte des objectifs de développement visés par le Gouvernement à travers la politique de décentralisation des services de proximité de base.

Par Youssouf El Yedaly.
Source : Financial Afrik

 

 

Sahel : Le règne d'un hitlérisme

Sahel : Le règne d'un hitlérismeIl y a un vent mauvais, très mauvais qui souffle en ce moment dans tout le Sahel : celui de la haine interethnique.
En arrière fond : la "lutte contre l'insécurité et le terrorisme" et l’électoralisme carnassier. Le centre de gravité de ce chaos est clairement le Mali où s'applique la théorie du "nid de frelons". Tous les extrémismes s'y sont donnés rendez vous. Et toutes les erreurs d'analyse des stratèges de l'anti-terrorisme s'y épanouissent.

Les contre-mesures et les frappes aveugles contre des groupes "djihadistes" vite identifiés à l'appartenance ethnolinguiste de leurs chefs ou de leurs combattants, fait basculer la région dans la spirale de la guerre de tous contre tous, des petites gens contre d'autres petites gens, alimentée par des opérations spéciales de mains invisibles mais identifiables.

La haine contre les peuls ou les arabes ou les touarègues déchaine celle contre les dogons ou les bambaras...et, encore une fois, les réseaux sociaux ont la part belle, pour exciter les passions aveugles par la brutalité insoutenable des images et l'impunité scandaleuse des commentaires haineux qui les accompagnent. Il n'y a plus aucun frein, aucune limite, verbale ou symbolique, juridique ou morale. Tout se dit et s'expose.

C'est le règne d'un hitlérisme diffus qui s'empare rapidement des esprits et rend obsolètes toute logique et tout bon sens. Le sahel bascule dans la violence et ses dirigeants aiment se la raconter pour plaire à d'autres, tandis que meurt l'esprit de nos peuples sous la violence de la bêtise.

Par Gourmo Abdoul Lô
Source : Alakhbar (Mauritanie)

 

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (6)/Par Ahmedou Ould Moustapha

La donne a changé

Ce genre de sanctions économiques, ainsi que le levier financier dont ils disposent à travers le système monétaire international sus-évoqué, constituent, pour les Etats Unis, un outil de politique étrangère contre leurs concurrents directs comme la Chine au plan économique et la Russie au plan militaire.

Mais la donne commence à changer. Elle a même déjà changé pour ce qui est du plus important, c’est-à-dire sur le plan économique.

En effet, au cours de l’année 2011, le Fonds Monétaire International (FMI) avait prédit que les Etats Unis ne seront plus la première puissance économique en 2016 et qu’ils seront détrônés par la Chine. Mais au terme de l’année 2016, le FMI a changé d’avis, pour ne pas dire d’approche : ‘’les Etats Unis sont toujours première puissance économique mondiale et le resteront encore dans le futur immédiat’’.

Est-ce parce que la mesure d’évaluation du FMI a changé ?  Car si l’évaluation de la production des biens et services était établie non pas seulement en termes relatifs (PIB/Nombre d’habitants) mais aussi et surtout en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA), autrement dit si l’instrument de mesure du PIB était fonction de la PPA, alors la Chine est déjà première puissance économique mondiale depuis 2014. D’autant plus que tous les grands analystes  en la matière considèrent que le critère de la PPA était plus juste et font consensus sur sa pertinence pour faire des comparaisons de ce genre, puisqu’il est basé sur les pouvoirs d’achat des monnaies par rapport à un ensemble ou panier de produits…

Encore que des institutions américaines de réputation notable, tels que l’Institut Peterson et l’Université de Pennsylvanie, venaient de publier des études qui faisaient ressortir que « la Chine était, depuis 2014, la première puissance économique mondiale, après avoir été la première puissance commerciale l’année précédente », en se fondant sur les indicateurs ci-dessous :

  • En 2014, l’économie américaine avait produit un peu plus de 17 000 milliards de dollars contre 18 000 milliards de dollars pour la Chine
  • la moyenne annuelle de l’augmentation des recettes fiscales de la Chine est de 35%  depuis 2011 alors que les recettes fiscales des Etats Unis baissent considérablement d’année en année
  • l’échange quotidien des titres sur le marché financier chinois est estimé à près de 7000 milliards de dollars, dépassant largement celui du marché américain
  • la chine est le premier pays qui bénéficie du plus grand flux financier étranger au monde, c’est-à-dire l’investissement direct étranger (IDE), très loin devant les Etats Unis, comme destinataire favorite des investisseurs internationaux.
  • la Chine est aussi le premier pays qui investit le plus à l’étranger (rien qu’en Afrique, elle a investi plus de 100 milliards de dollars à la fin de l’année 2017).
  • la Chine est désormais le premier exploitant de mine au monde.
  • elle est le premier fabricant d’automobile au monde.
  • la Chine est le premier pays producteur industriel du monde.
  • elle est le premier pays exportateur dans le monde.

Puis ceci également : Market Watch, une référence américaine en matière d’analyse et d’information financière, s’appuyant sur les derniers chiffres du FMI même, a récemment annoncé : ‘’ les Etats Unis sont désormais la deuxième puissance économique mondiale’’… La Chine vient de les doubler après plus d’un siècle d’hégémonie américaine’’. ‘’ Et cette tendance ne devrait pas s’inverser de sitôt’’.

S’ajoute à tout cela, l’érosion continue de la valeur du dollar. Et beaucoup d’experts prédisent la fin toute prochaine du dollar comme première monnaie d’échanges et comme devise de réserve. C’est d’autant plus vrai que la Chine et la Russie, en partenaires stratégiques, ont déjà franchi les premières étapes pour sortir du dollar.

Ce faisant, avec d’autres membres de l’Union Economique Eurasiatique (UEE), elles ont décidé de réduire leur dépendance envers le dollar et considèrent que c’est une question de survie ; car les Etats Unis ne cesseront jamais de manipuler les flux monétaires et exercer ainsi une pression économique et politique sur leurs deux principaux concurrents.

Mais pour mieux comprendre ce rapport de force ainsi que le poids du dollar qui bascule à l’avantage des Etats Unis et constitue le tendon d’Achille desdits concurrents, il est utile de revenir un petit peu  en arrière.

En 1971, le président Nixon avait mis fin à l’étalon-or pour les Etats Unis, ce qui signifiait que le dollar n’était plus coté ou adossé à l’or, foulant ainsi au pied, unilatéralement, les Accords de Bretton Woods qui avaient établi les règles du système monétaire international en 1944.

Depuis lors, le nombre de papiers fiduciaires ou de billets de la monnaie américaine, en circulation dans le monde, s’est multiplié de façon illimitée, sans aucun autre soutien tangible qu’une fiction soigneusement entretenue, selon laquelle la banque centrale des Etats Unis, plus connue sous le nom de la Réserve fédérale des Etats Unis (ou FED en abréviation), avait encore dans ses chambres fortes la plus grande quantité de réserves d’or au monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, la confiance au dollar, qui reste toujours la devise de réserve mondiale, allait être renforcée par une autre tricherie, se traduisant par un simple concept : le « pétrodollar ».

En effet, vu que l’économie mondiale avait subi une grande inflation provoquée par cette décision de Nixon, que le dollar n’était plus convertible à l’or et que le choc pétrolier de 1973  venait s’y ajouter pour constituer un tout plus que contraignant, alors les pays industrialisés annoncèrent à leurs fournisseurs de pétrole (OPEP) qu’ils voulaient désormais payer leurs factures avec leurs propres monnaies nationales. Mais c’était sans compter avec les américains qui firent en sorte que les pays de l’OPEP, l’Arabie Saoudite en tête, n’acceptent que des dollars en échange de leur or noir…

Le concept du  pétrodollar, soutenant fictivement le billet vert, était ainsi né, de sorte que  toutes les matières premières seront désormais cotées en dollars ; de même que toutes les statistiques économiques internationales seront données en dollars.

Il y a encore plus : cette décision de Nixon permettait également à la FED de pouvoir mettre en marche la planche à billet dès qu’elle le souhaitait sans garantie en or. Il se trouve qu’elle le souhaita en 2012, lorsque son président, Ben Bernanke, décida d’émettre, sans contrepartie, une somme faramineuse du billet vert en promettant de poursuivre une émission supplémentaire mensuelle de 85 milliards de dollars pendant une durée indéterminée.

La planche à billet venait ainsi de se remettre en marche. Or c’est mécanique, plus il y a d’unités d’une devise, moins elle a de valeur. C’est ce qu’il s’est passé, en effet, et cela continue toujours avec la dépréciation irréversible et sans fin de la valeur du dollar.

La Chine et la Russie s’inquiétèrent donc, comme tout autre pays souverain et soucieux de ses intérêts, devant cette évaporation littérale de la valeur de leurs réserves en dollars. D’autant plus que la seule alternative crédible, l’Euro, se trouvait et demeure toujours dans une crise qui, selon beaucoup d’experts, montre tous les signes d’une perspective de longue durée.

C’est pourquoi, dès 2012, la Chine et la Russie avaient décidé de diminuer progressivement la proportion d’actifs de leurs réserves en papier dollars pour les transformer en or physique qui constitue un actif sûr, tangible, qu’aucun gouvernement ne pourrait dévaloriser par une  simple manipulation monétaire.

La Chine retira ainsi, en juin 2012, 54 % de ses réserves en dollars en vue de se prémunir, au moins partiellement, contre cette dévalorisation de la valeur du dollar et s’engagea alors dans une politique d’acquisition massive du métal jaune.

Elle est aujourd’hui le premier pays producteur d’or, et toute sa production aurifère passe directement, par acquisition, dans les réserves de la Banque Centrale de Chine.

Parallèlement, elle s’adressa au marché international de l’or avec une discrétion d’autant plus raisonnable qu’elle n’avait aucun intérêt à provoquer une hausse brutale et inquiétante pour tout le monde.

Aussi, de 2012 à 2015, elle a été le pays qui aura acheté annuellement la plus grande quantité d’or sur le marché international, devant la…Russie (qui l’a détrônée depuis 2016).

Mais la Chine ne s’arrêta pas là : après l’accaparement de sa production nationale, elle s’attaqua à la production mondiale de l’or par l’intermédiaire de ses deux plus grands groupes exploitants de métal jaune, China Gold et un autre, qui ont pu devenir propriétaire ou actionnaire majoritaire de cinq compagnies de production d’or éparpillées dans le monde, du Brésil à l’Australie et de l’Afrique au Kazakhstan. Et à défaut de pouvoir vendre leurs parts, pour une raison ou une autre, en tout cas pas par manque de volonté de la partie chinoise, plusieurs autres compagnies internationales de production aurifère ont signé des contrats d’achat de production à long terme avec la Chine, ce qui représente pour elles un filet de sécurité pour les cours.

D’aucuns pourraient se demander pourquoi la chine procède-t-elle ainsi, avec un tel engouement ?

La plus simple des raisons est celle-ci : à cause de son retard industriel, donc pour une raison purement économique, la Chine n’avait pas intérêt à un Yuan (sa monnaie nationale) fort, garanti par l’or, et donc à immobiliser une grande quantité de ses avoirs en stock physique d’or qui n’avait pas vocation à remplir, comme le dollar, la double fonction de monnaie d’échanges et de devise de réserves. Mais cela comportait un risque qui se traduisit d’ailleurs par ce qui arriva : des taux de change du dollar qui baissent et qui continuent encore de baisser. Selon des analyses qui se réfèrent à des sources de la Banque Centrale Européenne, avant 2002, le dollar était à une moyenne de 0, 81 par rapport à l’Euro.

Mais depuis 2012, il n’a jamais été en dessous de 1,15 ; il est en ce moment à 1,23  par rapport à l’Euro, ce qui signifie qu’il a perdu environ 43 % de sa valeur durant cette période. D’autres analyses plus poussées font ressortir qu’il a perdu près de 50% de sa valeur pour la même période.

Aussi, avant la fameuse décision susvisée, prise en 2012 par le président de la FED, les réserves physiques en or de la Banque Centrale de Chine était de 1,6 % du total de ses réserves, ce qui explique que presque tous ses avoirs étaient constituées de réserves de change libellées en dollars et, dans une moindre mesure, en d’autres devises.

Mais cette nouvelle politique de renforcement de ses réserves physiques en or se dessine clairement à présent. Avec l’accélération de sa production nationale, les achats gigantesques et soutenus depuis 2012, sur les marchés intérieur et international  ainsi que l’entrée en force dans le capital des compagnies minières étrangères ou encore les contrats d’achats de production, la Chine se positionne déjà pour bien peser dans le contrôle de l’or mondial et se placer parmi les plus grands détenteurs de stocks physiques du métal jaune. De quoi soutenir la demande de son économie pendant longtemps et passer sans problèmes à la deuxième étape stratégique qu’elle semble avoir préconisée avec la Russie, à savoir la sortie du dollar ou, si l’on veut, la dédollarisation de ses réserves et – autant que possible – de ses échanges.

On peut imaginer que le but ultime de la Chine serait de remplacer le dollar américain  par le yuan chinois. Ce n’est pas impossible ! Elle pourrait bien mobiliser toute la quantité physique d’or qu’elle aura accumulée pour s’en servir afin de garantir le yuan qui deviendrait alors la monnaie la plus solide qui soit. Un Yuan solidement adossé à l’or, et non plus à un panier de devises, deviendrait effectivement plus crédible que le dollar.

Cela d’autant plus vrai que celui-ci est tributaire d’un gouvernement fortement endetté et qui n’a plus de choix que de continuer à utiliser la planche à billet comme recours ou se déclarer en défaut de paiement ; ce qui serait, dans les deux cas, une véritable mise à mort du dollar. On assistera alors au retour de l’étalon or et le précieux métal ne s’en porterait que mieux. Et le système monétaire international sera plus équitable, parce qu’il ne dépendrait plus d’un seul pays qui l’utilise en position de force, qui ne se fonde au demeurant sur aucune réalité physique requise, comme outil de politique étrangère ou de pression économique.

On peut admettre aussi, pour différentes raisons, que nous n’en sommes pas encore là et que la dette chinoise semble également être importante ...

Seulement voilà :

-    Le remplacement du dollar en tant que monnaie étalon se discute déjà au niveau du FMI.

-   La dette chinoise a servi hier comme aujourd’hui au développement des infrastructures du pays pour combler son retard dans ce domaine, il s’agit donc d’investissements productifs ; elle est différente de nature et de volume en comparaison à la dette américaine qui, elle,  est gonflée essentiellement par les budgets de fonctionnement et de la défense ; encore que ce n’est pas une dette sortie des limites du remboursable comme celle des Etas Unis.

-  Tous les grands acteurs économiques occidentaux le disent : « on ne peut pas gagner de     compétitivité dans nos entreprises européennes et avoir un dollar qui perd 50 % de sa valeur ; le monde est multipolaire, le système monétaire doit être multimonétaire », déclare un ancien chef d’Etat Européen.

- Un autre grand patron d’un groupe industriel américain, John Hathaway, a déclaré : «  nous sommes au cœur de la transformation du système monétaire international ; nous allons probablement voir le dollar perdre beaucoup de son avantage en tant que principale devise de réserve, voire même perdre ce statut ».

- Caterpillar et McDonald’s ont récemment financé de grands projets en Chine avec des offres d’obligations en Yuan et non en dollar.

- Le commerce entre la Chine et la Russie ainsi que la plupart des pays membres de l’Union Economique Eurasiatique (les pays de l’Ex URRS en Asie mineure, le Vietnam, la Thaïlande et autres pays comme l’Iran et le Pakistan), se règle désormais en Yuan chinois et non plus en dollar américain.

- La Chine et la Russie prévoient de créer une Banque de développent et des systèmes de paiement qui vont concurrencer MasterCard et Visa

- Les contrats à terme sur le pétrole brut libellés en Yuan ont commencé à se négocier sur la place de Shanghai depuis le 26 du mois de mars passé, et cela était une réussite surprenante avec plus de 10 milliards de Yuan négociés dès la première heure de la journée d’ouverture des opérations.

Mais pour qu’elle soit plus efficace encore, cette dédollarisation devrait s’opérer également  avec les autres membres du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

D’ailleurs le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré l’année dernière, pendant le Sommet des BRICS en Chine, que « la Russie est prête à s’éloigner du dollar avec la Chine » et que « la Russie partageait les préoccupations des BRICS concernant l’emprise du dollar sur les opérations commerciales internationales ».

En revanche, ce que le président Poutine n’avait pas dit ce jour là, c’est que la Russie, elle aussi, a reçu un choc qui ne s’oublie jamais : c’était en 2014 lorsque le Trésor américain et la bourse de New York , Wall Street, avaient décidé de se délester de leurs roubles suite à un accord américano-saoudien visant à faire chuter les prix mondiaux du pétrole, rien que pour punir la Russie de son soutien à Bachar El Assad, sachant que le budget de l’Etat russe dépend fortement de l’exportation des hydrocarbures.

C’est pourquoi, dans cette même année, la Russie et la Chine ont signé deux contrats de trente ans sur le gaz russe pour la Chine. Et ces contrats stipulent que les échanges qui en découleraient se feraient en Yuans et en roubles, pas en dollars.

Aussi, en novembre 2014, la Banque Centrale de la Fédération de Russie (BCFR) avait annoncé, pour la première fois, qu’elle venait d’intégrer le yuan chinois dans ses réserves de devises. Cette décision d’inclure le yuan dans les réserves officielles de la BCFR a pu développer son usage dans les marchés financiers russes au détriment du dollar, si bien qu’ils enregistrèrent, en 2015, un total d’achats record de 18 milliards de yuans soit une hausse de 400 % par rapport à l’année précédente.

Parallèlement à cela, et à l’instar de la Chine, la Russie a considérablement augmenté le volume de ses réserves d’or, notamment suite aux sanctions des Etats Unis et de l’Union Européenne, consécutivement à la position russe dans le conflit Ukrainien, en 2014.

Ainsi, en une seule année, entre 2014 et 2015, les réserves russes en or physique ont augmenté de 129 %. Et la BCFR achète en roubles chaque once d’or extraite des mines russes à un prix attrayant et garanti, en plus des achats qu’elle effectue sur le marché mondial, exactement comme la Chine, afin de gonfler les avoirs d’or de l’Etat russe.

C’est ainsi qu’elle a pu acheter une quantité de métal jaune très importante, au point de dépasser les réserves de la Chine en termes de volume d’actifs physiques.

Voilà qui explique que les réserves en dollars de la Russie ont baissé en 2016 de 140 milliards par rapport à 2014 et que, depuis lors, le stock physique d’or de la BCFR ne cesse de grossir au détriment de ses réserves en dollar.

Et au-delà de ce qui précède, la Russie a réglé toute la dette de l’Ex URSS et renoncé aux prêts que celle-ci avait accordés aux pays du tiers monde soit une remise gracieuse totale de 100 milliards de dollars.

Ensuite, la dette publique de la Fédération de Russie s’élève, en fin 2017, à 16 % de son PIB. De quoi faire pâlir de jalousie les pays occidentaux. De quoi également énerver les banques internationales qui aiment bien voir les Etats s’agenouiller devant elles pour leur demander plus d’emprunts ou pour négocier un échéancier de remboursements plus souple, car c’est l’occasion pour elles d’imposer leurs conditions visant à prendre une emprise sur ces Etats et à les piller davantage.

Tout cela pour dire que, partant des manipulations que le gouvernement américain opère sur le dollar en tant que devise de réserve mondiale, considérant qu’il utilise le système monétaire international comme outil de pression politique et tandis qu’il tentait et tente encore d’imposer sa volonté en Syrie avec l’appui financier des pays arabes du Golfe, pour changer le cours de l’histoire au Moyen Orient, qui est le cœur même de la géopolitique mondiale, la Russie et la Chine ont été ainsi poussées à s’entendre pour définir une stratégie commune dans le but de dédollariser les opérations commerciales au sein de l’Eurasie d’abord et, à court terme, avec leurs autres partenaires. Leurs achats massifs du métal jaune semblent bien vouloir réduire le poids du dollar dans l’économie mondiale. Et l’intense activité de la Chine pour peser dans le contrôle de la production mondiale de l’or ne semble traduire qu’une seule volonté, celle  de transformer le yuan en devise de réserve principale.

S’y ajoute qu’une alternative du dollar par le yuan soutenu par le rouble, adossés tous les deux à l’or, pourrait effectivement déclencher la sortie rapide du dollar et, avec elle, une incapacité certaine des Etats Unis à continuer de dévoyer le rôle du dollar en tant que devise de réserve pour financer leurs guerres de domination avec l’argent des autres pays.

De toute façon le processus de la dédollarisation est déjà entamé, peut être avec le consentement passif du gouvernement américain qui a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi et même à ‘’couler’’ sa propre monnaie.

C’est une question de bon sens : la dette publique américaine ‘’officielle’’ est tellement démesurée (plus de 20 000 milliards de dollars) qu’elle n’est plus contrôlable. En 2017, elle dépassait de 36 % la dette de tous les pays réunis de la zone Euro. Or avec le président Donald Trump, les  experts prédisent qu’elle pourrait s’approcher des 30 000 milliards de dollars à la fin de son mandat.

Il s’agit d’une dette que le gouvernement américain ne pourrait jamais régler, d’autant moins avec sa méthode actuelle qui ressemble par bien d’égards à celle du grand escroc Bernard Madoff et qui consiste à rembourser partiellement et à emprunter davantage : c’est le système infernal du ‘’Shipéco’’ que l’on connait bien chez nous.

Donc, pour éviter l’effondrement économique et la banqueroute, il ne restera plus au gouvernement américain que de dévaluer considérablement sa monnaie puis de rembourser avec des dollars qui ne valent plus qu’une fraction de ce qu’ils valaient autrefois.

Mais il est fort probable que les Etas Unis, quelles que soient leurs difficultés économiques et contradictions internes ou autre obstacles auxquelles ils seraient confrontés, arriveront sûrement à les surmonter, vu le degré de leur savoir technologique et scientifique que leur culture créative et entreprenante peut bien maîtriser et orienter vers d’autres perspectives plus porteuses d’espoir. Encore que si, par hypothèse, cet effondrement économique se produisait, les ondes de choc d’un tel séisme auraient des conséquences incalculables sur le reste de la planète, et elles seraient loin d’être partout bénéfiques.

(A suivre)