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Chronique

Nouvelles d’ailleurs : Immobilismes...

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Nouvelles d’ailleurs : Immobilismes...Et si tout, finalement, n'était que question de perspective, de points de vue « affectif », de regard et de liens si forts que nous ne saurions plus distinguer entre ce qui fait avancer et ce qui fait stagner ?

Dans cet entre-deux qu'est notre pays, cette entité à laquelle nous sommes tant attachés, que nous portons en nous avec ténacité, même au plus profond de la colère ou des interrogations, dans ces femmes et ces hommes qui en constituent le sang, dans ces passés qui s'entrechoquent, s'interpellent, parfois se rejettent, dans ces « bulles » politiques qui définissent une appartenance idéologique, dans ces amours quotidiennes, ces fantasmes, ces projections de soi, de l'autre et, donc, du monde tel que nous le concevons, la perception de soi est le dogme.

Et si notre surplace, coincés entre le monde extérieur et nos mondes, était la seule interrogation à avoir ? Face aux défis du Monde, de l'économie mondialisée, de la modernisation, de l'ouverture aux autres, de notre propension à pouvoir ou non offrir quelque chose, de participer à la marche, quelle que soit celle-ci, quelles réponses nous donnons- nous ?

Nous nous rêvons futurs, nous ne vivons que dans le passé, tous les passés que nous tétons dès nos naissances. Nous ne nous définissons, non pas en tant que vecteurs de demain, de l'avenir, mais en tant qu'héritiers. Nous vivons hier en respirant aujourd'hui.

Et plus le monde qui nous entoure nous semble dangereux pour nos identités, plus nous nous arc-boutons sur les siècles passés. Hommes contemporains qui ne se construisent et ne définissent le monde qu'à l'aune de passés maints fois ressassés. Nos identités, ou ce que nous percevons comme telles, sont nos boucliers.

Comment alors s'insérer dans le concert mondial, quand nous ne vivons qu'hier ? Comment définir une présence, un poids réel, quand nous vivons dans le culte des ancêtres ? Comme devenir, quand ce n'est pas l'avenir que nous désirons, mais la vie de nos aïeux ?

La tribu, mini-Etat dans l’État, n'est pas ce qu'elle se doit d'être, à savoir un corps vivant qui offre des racines. Elle est force de stagnation, définie, il y a fort longtemps, par des ancêtres qui bataillaient pour leur survie dans un environnement particulier.

Elle se perpétue et perpétue le schéma simpliste qu'elle est tout, modèle et aboutissement, vie, économie, lien social et lien intime. Elle a fait, du passé, un immuable autel des ancêtres... Elle est tout. Nous n'aimons pas le futur. Nous n'aimons que vivre dans l'ombre d'autres vies.

Dans notre « quand » à nous, dans ce « Où » actuel, dans ce « Comment », nous portons des instants devenus figés. Nous stagnons, non pas parce que tout va mal : nous stagnons, parce que nous n'avons pas avancé, incapables que nous sommes de nous entre-apercevoir vecteurs d'avenir...

Nous aimons plus nos ancêtres que nos enfants. Et nous faisons de ceux-ci, les futurs vieillards qui auront passé leur vie à perpétuer le souvenir des vieillards qui les ont précédés. Nous vivons le présent comme un remake d'un passé fantasmé. Nous n'aimons pas ce qui vient. Cela nous fait peur.

Dépasser nos passés demande de l'audace. Cette dernière nous fait défaut, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Nous définissons le monde à la couleur des autres, partant du principe que le Soi qui est notre groupe, est automatiquement la référence.

Nous absorbons nos siècles passés, les faisons absorber à nos modes de fonctionnements, les instituant règle absolue. Toutes les relations, tous nos comportements deviennent, ainsi, moyen de développement.

Les Pères fondateurs rêvaient un pays neuf, construction de l'improbable. Nous ne faisons que détricoter les ambitions premières, nous repliant, malgré une apparence de modernité, sur les âges anciens. Comment avancer dans le Monde, aux côtés du Monde, quand nous ne rêvons que nos passés ?

Comment se construire, comment émerger, comment être, si nos seuls modèles ne sont que ceux du passé ? Comment s'arrimer à la rapidité, à l'adaptation, quand, même pour la Foi, nous régressons, nous formatant aux sirènes pseudo-historiques d'un islam du 13ème siècle ? Comment être citoyen, quand nos seules références admises sont les siècles passés ?

Comment ne pouvons-nous pas arriver à un équilibre, salvateur, entre ce qui nous a précédé et ce qui vient ? Pourquoi tuons-nous l'avenir ? A cette question, universelle, du « Qui suis-je ? », nous répondons « Je fus », pas « Je serai ». Nous sommes des cimetières ambulants, pleureurs des morts, gardiens du Temple.

Oser est un verbe interdit. A nos enfants qui nous regardent, nous n'offrons que le poids de ces chaînes. Au lieu de leur dire que, grâce à leurs ancêtres, à nos histoires, ils peuvent comprendre le Monde, nous les formatons à la reproduction de schémas de pensée, qu'ils sont les héritiers, avenir devenu, soudain, maison de retraite...

Nous ne bougeons pas, même dans la fausse agitation de nos quotidiens. Nous réécrivons sans cesse nos mémoires ou ce que l'on nous en a racontés. Nous tuons nos enfants et les potentiels de vie qu'ils représentent. Nous étouffons en eux tout sens de l'avant. Nous sommes gardiens de cimetières, de générations en générations.

Nous faisons, de nos temps anciens, des modèles immobiles, niant, par là, la force de changement que furent nos ancêtres, à un moment donné. A force de n'être que passés, nous échappons au monde... et c'est cela que nous voulons, c’est cela qui nous rassure, qui nous semble nous protéger des soubresauts du Monde... Nous nous fossilisons. Nous ne créons rien. Nous imitons.

Et nous mourrons, si nous ne sommes pas capables de ranger nos passés là où ils devraient être et n'acceptons pas d'être des humains dans toute leur individualité, leur force créatrice, leur force de proposition. Nous sommes des momies radoteuses. Salut,

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

Nouvelles d’ailleurs : Délestages....

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Nouvelles d’ailleurs : Délestages....Et voilà ! Notre Somelec nationale et inter sidérale a gâché la Saint Valentin... au grand dam des amoureux. Pour ceux qui s'aiment séparés, ce fut un grand moment de solitude, vu les coupures électriques...

Il y avait le choix : soit le téléphone, soit l'ordi, étaient à sec, à plat. Juste au moment où les amoureux se préparaient à se fêter tendrement leur sentiment réciproque (réciproque , c'est mieux).

Comme quoi... Entre un réseau téléphonique qui joue les filles de l'air, plus porté à prendre ses babouches à son cou et à filer, et le sempiternel « Jour / Nuit » qui est la marque de notre société « électrifiante », dur dur d'aimer, de se le dire, de se souhaiter toutes les jolies petites choses que les amoureux se souhaitent....

OK, la Somelec avait prévenu, se fendant d'un communiqué, suite d'une longue liste de communiqués, où nous était expliqué qu'il y aurait pendant 3 jours des coupures de courant.

Z'auraient pu s'épargner ce blabla, vu que nous vivons TOUJOURS dans l'ère « une fois tu me vois, une fois tu ne me vois plus ! Coucou ! ».

C'est même notre marque de fabrique : l'électricité bégayante, en pointillé... l'électricité rectifiée, pensée, fabriquée à la mode des Nous Z'Autres.

Chez nous l'électricité n'est pas une électricité normale. D'abord elle est génétiquement nomade, comme le peuple qu'elle est censée éclairer. Elle va de par le vaste monde des réseaux électriques, une fois entre tels poteaux, une autre fois ailleurs.. Elle court les sables notre électricité...Elle a les watts voyageurs, grand arpenteur de nos brousses et de nos villes.

Une vraie bougeotte.... L'hyper activité de ceux qui s'ennuient en restant à la même place et qui lèvent le nez aux nuages afin de décider de la route à prendre...

Dans le langage opaque des techniciens es- électricité à hoquets on appelle ça « délestages»....

Z'ont bien vu : nous sommes délestés de ce pourquoi nous payons...ça s'appelle le braquage de la banque, le grand hold up à la Nous Z'Autres, l'attaque de la diligence.... Et tout le monde y a droit, riches comme pauvres, pauvres comme « au milieu », avec quand même certaines nuances. Dans les quartiers riches les délestages se font brefs.... Dans les quartiers pauvres ils durent, ils durent....

Faut dire que les pauvres ne sont pas censés posséder des choses à recharger à la fée électricité...

Leur téléphone portable ? Qu'ils pédalent, Monsieur, qu'ils pédalent ! Un pauvre qui pédale est un pauvre qui ne pense pas à râler....

D'ailleurs manquerait plus que ça qu'il râle à cause des délestages.... C'est toujours plus marrant de prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches...Dans l'autre sens, c'est d'un commun !

Qu'y a-t-il de jouissif à délester les riches alors qu'il est plus simple de délester un pauvre ? Essayez, vous verrez....

En plus, les riches, ils s'en foutent royalement des délestages « électrifiés » : ils ont des groupes électrogènes... Vous voyez ? Pas marrant de délester des gens qui se fichent d'être délestés comme de leur premiers poil au menton.... En période, fort nombreuse, de délestages, un riche peut montrer au monde entier qu'il est riche en allumant son groupe électrogène...

Un citoyen lambda, c'est à dire, non riche, tendant plutôt vers la sobriété imposée et non heureuse, en cas de délestages, se contente de lever les bras au ciel et de s'armer du légendaire fatalisme qui nous anime dès lors que rien ne fonctionne....

On allume les bougies. On ferme son ordinateur (et tant pis pour les choses vachement intéressantes que nous racontions au même moment sur FB), on évite de téléphoner, on s'allonge sur le matelas et on attend que la lumière revienne....

Et on râle, on râle... On râle en rond. On râle dans toutes nos langues nationales. On promet à la Somelec toutes les représailles. On maudit ses descendants jusqu'à la millième génération.... On finit par s'assoupir pour se réveiller d'un coup en braillant « merde, merde, j'ai raté l'heure de la prière », vu , qu'évidemment, le muezzin d'une des milliards de mosquées qui nous entoure n'a pas pu appeler et que nous avons raté l'heure....

Parfois l'électricité revient....ça c'est quand nous sommes très gentils. Je ne sais pas comment la Somelec mesure la gentillesse des Nous Z'Autres et décide de nous récompenser, mais je suis sûre qu'il y a un bureau des « gentillesses et cadeaux». Peut- être que c'est à la tête du client....

Ou, alors , à la tête de celui qui décide quand il va ré appuyer sur le bouton afin de nous rendre la modernité.

Modernité, je le rappelle au passage, qui coûte un âne et un cheval et un chameau réunis. Car chez nous l'électricité coûte cher. Très cher. Tellement cher que les jours de remise de factures, les services des urgences sont remplis de cardiaques....

Pour les nouveaux habitants de notre pays, voici, en gros, à quoi ressemble le délesté local, et le rituel qu'il entreprend pour lire sa facture :

imaginez un papier / facture, tout propre, tout gentil, à l'apparence inoffensive. L'heureux délesté sait, troisième sens, que ce papier là n'est pas un papier comme un autre. Que ce papier là est un crocodile. Qu'il annonce une journée merdique et une grande catastrophe.

Alors, commençant à transpirer, il jette d'abord un regard rapide et en coin sur la facture.... A-t-il vraiment vu tous ces chiffres ? Tant que ça ? Pas possible....

Il jette un second coup d’œil , puis il se dit qu'en tenant le papier à l'envers il ne va pas voir l'inéluctable . Parfois il peut aussi se mettre la tête en bas, loucher, jeter le papier en l'air....Tout est bon pour amortir le choc « délestable »...

Mais, au bout de plusieurs efforts infructueux pour tenter de faire du truc à 5 chiffres minimum, avec de gros gros chiffres en premier, un truc sympathique et inoffensif, le malheureux est bien obligé d'admettre la dure réalité : il va devoir enrichir le riche....

Il tente de compter les heures où il fut « délesté », en vain. Il se rappelle toutes les fois où il n'a pas pu terminer son feuilleton à la télé... Il pense à la nourriture qui a pourri dans son frigidaire, redevenu simple objet d'ornement....

Il se souvient des fois où, de bien entendu, il y eut coupure au moment où il était plein de savon et de shampoing sur la tête et qu'il n'y a plus eu d'eau car le surpresseur, ne fonctionnant qu'à l'électricité, s'est mis aux abonnés absents au moment de la panne.... Il revoit avec émotion ce moment extraordinaire où son téléphone a affiché « batterie faible, 5 % démerde toi vieux sinon tu es cuit » et qu'il devait appeler, pour la Saint Valentin, par exemple son double amoureux....

Il sait, à ce moment là, qu'il vient d'entrer au purgatoire.

Qu'il va devoir payer cette fichue facture car, de bien entendu, la vitesse et la rapidité légendaire de notre Somelec à nous couper le courant est aussi de mise à exiger le paiement de ce même courant qu'elle nous offre au compte goutte.... Pas payé dans les temps, et, hop, coupure générale.

D’ailleurs je me demande quelle est la différence entre « je te coupe le courant, délestages techniques obligatoires » et « je te coupe le courant car tu n'as pas payé »...

Dans les deux cas c'est du pareil au même : tu paies, on te coupe le courant, tu ne paies pas on te coupe le courant.....

Délestages qu'ils disent.....

Mouais....

En tous cas, j'ai une pensée émue pour tous les Valentins et toutes les Valentines qui ont du faire ceinture et n'ont pas pu se parler.

Et même si certains viennent nous raconter que la Saint Valentin c'est haram, forts de cette propension à « haramiser » même ce qui' ne l'est pas, moi je proteste : Madame la Somelec, vous avez gâché ma Saint Valentin. Et tant que j'y suis, Messieurs les opérateurs téléphoniques aussi, vu que vous nous faites payer un service nomade et dont le réseau est la pire chose que je connaisse après les anchois sur la pizza....

A tous les « délestés », bien le bonjour !

Salut

Mariem Mint DERWICH


Source : Le Calame (Mauritanie)

Nouvelles d’ailleurs : Des pauvres, du gasoil, des ânes et des Nous Z'Autres...

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Nouvelles d’ailleurs : Des pauvres, du gasoil, des ânes et des Nous Z'Autres...J'ai décidé de m'acheter un âne. Un vrai âne, un âne de compétition, un âne dans toute sa splendeur d'âne, un âne membre de la grande confrérie des Nous Z'Autres, ânes assermentés et rectifiés. Non pas que je ne puisse m'offrir autre chose qu'un âne.

Un chameau par exemple, animal presque « frère » de mes ancêtres et dont nous avons – le « nous » est pour les Nous Z'Autres du grand Nord – hérité du caractère sympathique et quelque peu querelleur. Je pourrais aussi décider de m'acheter une chèvre, ou une vache « Z'à cornes » et à mamelles. Et pourquoi pas un coq ?

Non. Je veux un âne. Un âne bien âne. Un âne qui serait chargé de me trimballer. Ok, j'entends d'ici les (rares) défenseurs des animaux qui crient déjà au drame national et dénonçant la maltraitance à animal. A cela, je rétorque qu'un âne de chez nous est habilité à transporter mes rondeurs...

Il n'est habilité qu'à ça, d'ailleurs, au vu de certaines matrones plus que pulpeuses que je vois transportées de ci, de là, de par les rues de notre capitale... Mes rondeurs à moi n'ayant, ni plus ni moins, le même charme et le tampon estampillé « pur produit féminin du bled, à consommer avant le … » que les autres rondeurs, je ne vois pas pourquoi je me passerais de m'acheter un âne.

Oui, je veux un âne ! C'est devenu l'urgence du moment. J'ai décidé ceci en écoutant notre ministre chargé des relations avec le Parlement nous expliquer le pourquoi du comment de la non-baisse du prix du gasoil. Exercice jouissif, truculent, bien à la sauce de chez nous, blédards festifs.

Quand il nous a expliqués que, non, le prix à la pompe ne baisserait pas ; que, non, notre république dattière ne se passerait pas de la manne des taxes sur l'essence, au moment où tout va mal ; que, oui, nous étions gonflés, nous les râleurs, de râler en rond devant la facture salée, gonflés alors que nous étions les « riches » car possédant une voiture ; je me suis dit : « La Derwichette, achète toi un âne ».
C'est la première fois qu'on me fait un truc pareil : m'expliquer, à moi simple quidame, que les « heureux » propriétaires de voitures sont des riches, donc à même de se payer le gasoil au prix où il est. Que les pauvres, ne possédant pas de voitures, ne râlent pas et qu'ils sont même très heureux d'être pauvres car ils bénéficient du programme social Emel ! Et, datte sur les niébés, qu'ils bénéficient des transports gratuits.

Mouais... Et re mouais... On ne nous l'avait jamais faite, celle là. Du moins, personne n'avait encore osé : « Les pauvres ne sont pas affectés par le prix élevé des hydrocarbures.... ». Une belle lapalissade, si l'on s'en tient à la pauvreté fantasmée, selon nos dirigeants qui veulent nous faire avaler qu'être pauvre, c'est ne pas avoir de voitures... Basique, d'une simplicité enfantine. Tellement simple qu'on se demande pourquoi nos économistes en herbe n'avaient jamais encore osé ce genre de raccourci.

Bref. Notre Ministre a illuminé ma semaine. Grand merci à lui et toutes les bénédictions sur lui. Devant tant d'à propos ministériel et de démonstration savante, je me demande si je vais oser gâcher la fête et émettre quelques petites remarques. Oh, des remarques insignifiantes, juste histoire de ne pas rester bouche bée, devant tant d'intelligence politique et sociale.

L'ânesse en moi ne peut s'empêcher de braire un peu, braire de rire d'abord, puis braire de désespoir. Car je suis une ânesse, à l'image de la majorité de mes compatriotes, vos administrés, soit « émelisés », soit « riches » ou, si vous préférez, « Z'A voitures » ou « Z'A sans voitures ».

Mais, toujours à l'image de mes compatriotes (très chères sœurs et très chers frères...), mon porte-monnaie prend ses babouches à son cou quand il passe à « l'essencerie ». Si vous avez déjà tenté d'ouvrir un porte-monnaie récalcitrant et en grève de paiement, vous savez de quoi je parle... Souvent le porte-monnaie n'abrite que de maigres billets bleus – au fait, bravo pour les billets en plastique, ça fait Monopoly des sables

! – Dans mes jours fastes je lance un royal « 5000 UM » au pompiste qui s'empresse d'abreuver ma machine auto mais, la plupart du temps, je me contente d'un « elfein » contrit... Et je vous prie de croire que ces 2000 UM de gas-oil, je les use jusqu'à la dernière goutte, avant de me représenter devant une pompe à gasoil !

Si tous ceux qui possèdent une voiture étaient riches, ça se saurait, Mheusieur le Miiinistre ! On peut être pauvre et avoir une voiture, du moins la version « carcasse » de ce que, sous d'autres latitudes, on appelle voiture. Chez nous, tant que ça roule, ça roule. Et quand ça ne roule plus, ça roule quand même !

Chaque Mauritanien fait sa prière rituelle, tous les jours, en regardant sa voiture ou autre objet roulant et à quatre pneus qui lui sert de véhicule : « Mon Dieu, Mon Dieu, Ya Rabbi, évite-moi le mécanicien et la panne ! ». Car aller chez le mécanicien, c'est un peu comme la roulette russe. Tu as plus de chance de te prendre la balle que de l'éviter. Et, après, tu dois rentrer chez toi annoncer à toute la famille que, ce mois-ci, ça sera pâtes et patates à tous les repas et la viande que le vendredi...

Bref. Ce Nous Z'Autres-là, qui est, quand même la grande majorité, est pauvre mais pas pauvre au point de bénéficier des boutiques Emel. Il se démerde comme il peut. Il zigzague entre sa carcasse à moteur, le prix de l'essence, les pots de vin aux autorités en uniforme censées nous protéger sur la voie publique, les amendes pour non assurance – ça coûte cher, une assurance… – ses factures, son loyer, les soins onéreux pour le petit dernier, ses crédits, sa famille qui pense qu'il est un arbre à ouguiyas, etc., etc.

Et ce péquin-là, toujours la grande majorité, je vous le rappelle respectueusement, Monsieur notre ministre des « Pauvres non affectés », il trouve, quand même, que l'essence coûte un bras, et une jambe, et la tête entière... Il trouve que tout augmente trop.

Que le riz qu'il mange, le midi, doit être en or, vu son prix ; que le sucre qu'il met dans son thé lui coûte les yeux de la tête ; que la viande est devenue produit de luxe ; que le poisson, le lait, le pain, l'huile, le beurre, etc., etc., que tout ça devient inabordable ; que les commerçants s'en mettent un peu trop dans les poches, quand ses poches, à lui, rétrécissent, elles.

Il trouve que ce qu'il met dans sa voiture, pour la faire avancer, est devenu produit de luxe. Et il trouve qu'il a le droit de protester et de s'indigner, quand il entend les propos tenus par votre grandeur gouvernante et ministrée.

Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, mon désir d'âne à quatre pattes (un âne à deux pattes ne me servirait à rien...) : un âne ne tète pas de gas-oil. Un âne ne passe pas à l'essencerie. Un âne n'enrichit pas mon mécanicien. Un âne, on lui donne à manger, on lui parle gentiment et il fait son boulot d'âne. Un âne à quatre pattes ne me raconte pas de sornettes.

Il n'en a que faire, des « pauvres » ou des « riches ». Et il n'en a que faire du prix de l'essence et des ministres chargés des relations avec le Parlement... C'est le propre des ânes à quatre pattes : ils ne font pas dans la sculpture sur les nuages, ils sont dans la vraie vie.

Je rejoins donc le cri de guerre des soi-disant « riches Z'à voitures », véritables vaches à lait du politique : « Maa ni chaari gas-oil ! », slogan des mécontents après la sortie peu éclairée de notre ministre... et je m'achète un âne. Serais-je, alors, assez pauvre pour être « Pauvre non affectée » ? Plus pauvre que pauvre ? Tellement pauvre que je serais l'argument ultime pour expliquer et cautionner une politique économique qui étrangle les Mauritaniens ? Tellement pauvre, encore plus bas que le tellement pauvre, que j'expliquerais, à moi toute seule, la non baisse des prix à la pompe ?

Nous n'avons pas édifié de pyramides, ni inventé le zéro, ni le fil à couper le beurre, mais nous inventons des concepts – chacun fait ce qu'il peut, hein ? – après celui du coup d'Etat permanent, le concept de la Rectification, le concept du Dialogue, nous voilà avec le concept du « pauvre riche, du riche pauvre, du pauvre, du riche et du Ministre » ou, si vous préférez, du « Manuel d'économie à usage des ânes ». Sur ce, je vous laisse. Je dois trouver un nom à mon futur âne. Les choix ne manquent pas… Salut.

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

Notre unique prédiction pour 2016

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À chaque début d'année, ça ne rate pas : les astrologues, médiums et devins (plusieurs termes pour désigner le même phénomène : la charlatanerie) livrent leur pronostic pour les douze mois à venir. Ensuite on

Statistiquement, sur cent prédictions, au moins une se réalise, surtout quand elle est très vague (« des ennuis de santé pour une grande star… »). Elle permet à l’escroc de proclamer partout qu’il a eu raison et donc qu’il a vraiment le don de divination. Ce n’est pas la honte qui étouffera ces arnaqueurs.

C’est donc à un exercice de salubrité publique que nous nous livrons chaque année, tout aussi rituellement, dans ces colonnes : nous passons au crible les prédictions de quelques-uns de ces truqueurs pour prouver que la voyance, c’est bidon, totalement bidon.

Au Maroc, l’astrologue Abdelaziz El Kh. est le chef de file de cette forme lucrative de filouterie. Qu’avait-il prévu pour 2015 ? La troisième guerre mondiale, pas moinsse ! Et il a fourni tous les détails, le bougre : « La Russie envahira l’Ukraine et s’alliera avec l’Égypte et l’Otan. Les États-Unis devraient, eux, occuper la Turquie. 2015 devrait connaître le début de la grande guerre entre l’ours russe et l’aigle américain. » On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer… La Russie alliée de l’Otan contre les États-Unis !? L’homme est tellement ignare qu’il n’en peut plus. Il ne lui reste plus qu’à annoncer une guerre entre Barack et Obama.

Il avait aussi prédit, pour 2015, l’indépendance du Kurdistan (lequel ?) et le renversement du gouvernement d’Erdogan en Turquie par l’armée. Mais arrêtons là. Si après tous ces fiascos spectaculaires, des gens vont encore le consulter (il paraît que même des ministres…), c’est qu’ils sont tellement stupides qu’ils méritent d’être délestés de leurs économies par ce filou.

« Quant à Maud Voyance, elle faisait cette prédiction remarquable de précision : « Souci de santé pour Jean-Marie Le Pen, voire son décès.»

En France, la plus médiatique des astrologues, Élizabeth T., est aussi la plus maligne : elle fait des prédictions tellement vagues qu’il est quasiment impossible de lui mettre le nez dans son pipi. Que pensez-vous de celle-ci qui se trouve, au mot près, sur son site : « Pour cette année, Élizabeth T. annonce quelques changements dans le monde. » Évidemment, il suffit qu’un colibri change de branche quelque part dans la forêt pour qu’elle ait techniquement raison… Face à cette pusillanimité, on a presque envie de saluer « le fameux médium François Lambert », qui a eu quand même le courage (l’inconscience ?) de prévoir la mort de Barack Obama en 2015. Mort… de rire, peut-être ? Il avait aussi prédit la démission de Valls, la mort de Bouteflika (un classique) et l’apparition d’un nouveau virus (il parlait sans doute de lui-même). On a presque envie d’applaudir.

Quant à Maud Voyance, elle faisait cette prédiction remarquable de précision : « Souci de santé pour Jean-Marie Le Pen, voire son décès. » Pour Maud, s’enrhumer ou passer l’arme à gauche, c’est du pareil au même… On n’aimerait pas l’avoir pour infirmière.

Pour finir, voici une prédiction pour 2016 qui a toutes les chances, hélas, de se réaliser : les voyants, astrologues, devins, etc., continueront de débiter leurs âneries et trouveront toujours des gens assez niais pour les croire… Le combat continue. À l’année prochaine !

Fouad Laroui

Source : Jeuneafrique.com

 

 

 

 

 

Jihadisme africain…

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Deux événements ont eu lieu presque simultanément, les 15 et 16 janvier. Le premier à Ouagadougou, au cœur de l'Afrique, le second à Vienne, au centre de l'Europe.

Je me propose de vous dire comment je les perçois et ce que j’en pense.

1) Les jihadistes ont frappé une nouvelle fois en Afrique ; le vendredi 15 janvier, ils ont tué trente personnes dans un hôtel d’Ouagadougou, capitale du Burkina.

Pratiqué par des hors-la-loi et des laissés-pour-compte du système, le jihadisme est avec nous depuis plus d’un quart de siècle. Réinventé et perfectionné par Al-Qaïda, qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre, il a été repris depuis peu par son rejeton, Daesh.

On a tendance à oublier que ce jihadisme est né en Afrique, plus précisément au Soudan, et que ses premiers faits d’armes, à la fin du siècle dernier, ont eu pour cibles des ambassades américaines en Afrique de l’Est.

Il a prospéré en Algérie dans les années 1990, puis en Somalie ; on l’a combattu dans ces deux pays sans jamais parvenir à l’éradiquer.

Des « émirs » ont remplacé ceux qui ont été tués ou qui ont renoncé. Ils ont maintenu la flamme, ou l’ont rallumée lorsqu’on la croyait éteinte et ont appris à franchir les frontières.

Le phénomène a ensuite gagné l’Afghanistan, a sévi au Moyen-Orient, a frappé l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Bref, il est devenu mondial.

J’ai cité ici même, la semaine dernière, la description juste qu’en a fait Barack Obama dans son discours sur l’état de l’Union :

« C’est une grave menace parce qu’il suffit d’une poignée de terroristes qui n’accordent aucune importance à la vie humaine, y compris à la leur, pour que le danger soit réel. […]

Les jihadistes essaient de se faire passer pour les représentants de l’une des plus grandes religions du monde. C’est un mensonge, car ils ne sont que des fanatiques et des tueurs qu’il faut traquer, déraciner et détruire. […]

L’instabilité et le tumulte qu’ils ont créés vont peut-être durer des décennies. »

*

Ce jihadisme est revenu en Afrique, et tout indique qu’il va gagner du terrain. En 2015, il a frappé plusieurs fois au Nigeria, en Tunisie et en Égypte, puis au Mali et, ce 15 janvier, au Burkina.

La base arrière libyenne où il est en train de s’installer, où il peut s’entraîner, trouver armes et refuge, va lui permettre d’acquérir une dimension nouvelle et d’embrasser une aire africaine plus large.

Attendons-nous à voir l’armée française prolonger son séjour dans les pays du Sahel ; elle mobilisera des moyens supplémentaires, français et européens.

Que Barack Obama le veuille ou non, lui-même, dès 2016 – ou, dans un an, son successeur -, engagera, lui aussi, plus de moyens dans la lutte contre le jihadisme en Afrique.

Les pays subsahariens de la zone sahélienne, Nigeria inclus, sont déjà sur le pied de guerre, guettant les allées et venues des chefs jihadistes, écoutant leurs échanges, s’efforçant de déjouer leurs prochains coups : le continent africain est en passe de devenir l’un des principaux théâtres des opérations jihadistes.

La rivalité et la surenchère entre Al-Qaïda et Daesh sont plus nettes en Afrique qu’ailleurs et se feront sentir de plus en plus. Le fait que les jihadistes soient souvent africains et qu’on puisse en recruter facilement sur le continent va compter chaque jour davantage.

*

Les meilleurs spécialistes assurent que le nombre total de jihadistes dans le monde (incluant ceux qui sont seulement des soutiens) n’atteint pas 70 000, hommes ou femmes, la plupart jeunes.

Sur les plus de 7 milliards d’êtres humains, il y aurait donc moins de 1 jihadiste ou sympathisant pour 100 000 personnes.

Mais, depuis près de trois décennies qu’ils évoluent parmi nous, leur nombre se maintient ou s’accroît. Ils représentent un danger de plus en plus grand parce qu’ils ont décidé de tuer d’une manière aveugle – et d’aller au-devant d’une mort probable, voire certaine.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais a acquis une dimension mondiale. À ce jour, nul n’a trouvé la manière d’en venir à bout.

2) L’Iran est de retour sur la scène mondiale. Quatorze ans se sont écoulés depuis ce jour de janvier 2002 où George W. Bush a placé l’Iran dans « l’axe du mal ». Ce 16 janvier 2016, Barack Obama l’en a fait sortir.

Pourquoi a-til pris le contre-pied de son prédécesseur ? Pour bien des raisons, dont celle-ci, jamais mise en avant, et que je vous dévoile. Elle est peu connue, mais elle a beaucoup compté.

Ceux qui connaissent le Moyen-Orient savent que les peuples arabes, majoritairement sunnites pour la plupart, n’aiment pas les Américains.

Ils accusent les dirigeants des États-Unis, à juste titre, de soutenir les pouvoirs dictatoriaux qui les oppriment et ils pensent que ces pouvoirs sont « vendus à Washington ».

En règle générale, les peuples arabes du Moyen-Orient se méfient de l’Amérique, lui prêtent l’habitude de conspirer avec leurs dirigeants contre eux.

C’est un fait que la plupart de ces dirigeants sont inféodés à l’Amérique, parce qu’elle les a installés au pouvoir et/ou les protège.

Ils tombent lorsqu’elle leur retire son soutien ou décide de les remplacer.

En Iran, depuis que le chah a été renversé par la révolution islamique et que son pouvoir a été remplacé par celui des mollahs, c’est exactement l’inverse.

Sauf exception, les dirigeants de la République islamique d’Iran, à commencer par le Guide Ali Khamenei, sont antiaméricains. Ils pensent que les États-Unis ne veulent pas d’eux au pouvoir et cherchent à les en écarter.

Le peuple, lui, est très proaméricain. Les élites et la jeunesse de ce pays admirent les États-Unis, connaissent et apprécient leurs arts, leur culture et leurs technologies.

Obama a voulu ignorer l’hostilité des dirigeants iraniens, dont il pense qu’ils ne seront plus là dans cinq ou dix ans, pour miser sur la nouvelle génération, qui sera au pouvoir dans dix ou quinze ans, lorsque l’accord sur le nucléaire iranien, conclu pour dix ans devra être renégocié.

Quoi qu’il en soit, l’Iran – un grand pays et un grand peuple de 80 millions d’habitants – est de retour sur la scène mondiale.

Israël excepté, c’est le mieux éduqué du Moyen-Orient.

Plus tôt les pays arabes et Israël accepteront ce fait important, mieux cela vaudra.

Pour eux et pour la région.

Béchir Ben Yahmed

Source : Jeuneafrique.com