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Autour d’un thé : Après moi, le déluge !

Autour d’un thé : Après moi, le délugeLe Calame - Les candidats ont fini de dire aux citoyens ce qu’ils avaient à dire pour les convaincre de les choisir à leur tête. Que vont-ils donc encore pouvoir leur baragouiner, durant la campagne présidentielle ?

Avec quel argent vont-ils encore pouvoir rouler, après en avoir tant dépensé, en ce lancement pré-électoral ? La Commission électorale nationale indépendante qui semble surtout « s’occuper d’elle-même » ne pipe mot. Le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation pas plus. La Présidence encore moins, occupée qu’elle est à faire « couper » les députés, les maires, les oulémas.

A bien les faire manger, sur le compte des contribuables. Hum, c’est bon et à leur faire dire, clairement, que si ça ne va pas, ça n’ira pas ou que, pire, ce sera le chaos. La fin du Monde. L’Apocalypse.

Ce sera mon alter ego ou rien. Sans moi ni lui qui n’est, en fait, que moi ou une partie de moi, ce sera la catastrophe. Alors, chers députés, chers maires, chers oulémas : mangez, buvez, dispersez-vous mais ne laissez nulle place, nul coin où quelqu’un ne passe ou repasse, sans expliquer que l’enfer, le néant, la peste, la catastrophe, ce sont les autres !

Dès qu’on aura fait la fête, les députés, les maires, les oulémas retourneront le pays de ci, de là, en tous sens, si bien qu’au bout de la campagne, ils en rapporteront davantage de votes, de fraudes et de mensonges .Ha !Que le Président fut sage de les instruire, avant son départ, que la seule garantie, c’est son choix à lui ! Coupe de ta lèvre et fais-lui avaler : c’est un peu comme ça que procèdent nos autorités qui sont, soit dit au passage, très gentilles avec l’argent du peuple. Me voilà obligé de revenir très loin, pour expliquer une chose pourtant très simple.

Chaque année, l’Etat distribue des centaines de billets gratuits pour la Mecque. Chaque département en dispose d’un certain nombre ; après, c’est selon que vous êtes puissants ou misérables. Tirage au sort, pour désigner les heureux élus ?

Dans la cagnotte, c’est tout le monde mélangé : ministre, secrétaire général, planton, secrétaire et autres gros responsables, directeurs centraux, chargés de mission et conseillers… Pour un ou deux billets SVP ! Résultat : rien. Ha ! Ce n’est pas joli-joli, pour de hauts responsables, que de chercher à grignoter l’argent public, via un billet qu’une de leurs indues indemnités pouvait acheter ! C’est quoi, vingt mille euros, pour ces gens-là ? Surtout quand on n’a en a pas besoin et qu’ils peuvent bien servir ailleurs, quelque part dans les kebbas où les citoyens meurent de faim, de maladie et de soif. Justement, c’est ce qui nous manque, cette capacité à dire : « ça, je n’en ai pas besoin ».

Que nos walis, hakems, commissaires de police, maires et autres annoncent qu’ils n’ont pas besoin de la viande de « Saoudiya » et qu’il faut la laisser aux autres ! Que nos notables, imams, responsables du ministère des Affaires islamiques lancent, haut et fort, qu’ils n’ont pas besoin de produits pour rompre le jeûne, qu’ils ont déjà largement ce leur qu’il faut et qu’il faut les laisser aux autres ! Que les généraux, colonels, administrateurs, hommes d’affaires, femmes influentes, déclarent qu’ils n’ont besoin ni de gazra ni de terrain de l’Agence du développement urbain et qu’il faut les laisser aux autres ! Il faut savoir refuser ce dont on n’a pas besoin. SVP.

Un ministre qui descend avec une rame de papier sous l’aisselle, trois carnets de gasoil, se fait réformer une vieille voiture de marque chinoise ou ne « dépasse » pas une chaise, un photocopieur, une agrafeuse... C’est ça qui a « tué » la Mauritanie.

Les ministres du gouvernement ne doivent pas oublier qu’ils sont en Ramadan. Dans trois semaines, ce sera juste le début de la campagne. Cela va coïncider, semble-t-il, avec le recrutement de plus de deux mille sept cents nouveaux fonctionnaires. En tout cas, le mois béni du Ramadan « n’aime pas le mensonge ».

Tout le contraire d’une campagne électorale où tout est permis. Maintenant, trois semaines, ce n’est pas beaucoup. Et celui qui se cache derrière les jours est nu. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un Thé : Chers compatriotes.....

Autour d’un Thé : Chers compatriotes.....Le Calame - Voilà que Ramadan est venu ! Bon Ramadan ! Mesdames et messieurs, il faut respecter votre Président.

Surtout que maintenant « il a, en lui, les os », puisqu’il va devoir quitter ses responsabilités, dans deux ou trois mois. Normalement. Le Président sortant a exhorté tout le monde à respecter les vertus cardinales du saint mois. Manger hallal. Parler hallal. Applaudir hallal. Danser hallal. Sinon, comme c’est dit dans le hadith, celui qui ne laisse pas le gros mensonge et l’action qui s’en suit, ferait mieux de ne pas laisser son manger et son boire.

En tout cas, Allah n’a pas besoin de son jeûne. Alors, à bon entendeur, salut ! Et, comme disent les autres, la première chose avec laquelle commence un certain quelqu’un, c’est sa tête. Le Président sortant dans deux ou trois mois n’a pas dit un mot de politique.

Sauf : « Mauritaniens, Mauritaniennes… ». Un peu comme quand une junte militaire prend le pouvoir. Ça commence toujours comme ça : drapeau flottant, hymne national, puis « Chers compatriotes… ». Ensuite tralalala, tralalala. Rien d’autre. Pas de politique. Pas de Ghazwani.

Candidaté ni par lui ni par sa tête. Ni par rien d’autre. Ni même pas de parrainages qui semblent faire problème. Comment ça ? Suivez-moi :le parti au pouvoir a fait preuve, en ce début de Ramadan, d’un esprit sans pareil de solidarité, partage et altruisme. Comme il dispose de milliers de conseillers et de centaines de maires titulaires, alors que certains de ses adversaires n’ont presque rien, Il a fait sien l’adage selon lequel celui qui « salit », sans que son voisin ne « salisse », est comme celui qui n’a pas « sali ».

Bref, il a pris, sans regarder, une poignée de conseillers et de maires et l’a fourrée dans la marmite de tel candidat. Une seconde, dans la gamelle d’un autre candidat, et une troisième enfoncée, jusqu’à pas possible, dans la casserole bouillonnante d’un encore autre dont la tête était nouée, ne sachant pas où trouver les incontournables parrains conseillers et maires. Mais c’est « inclair », tout ça !

Gens de l’opposition, attention, ne venez surtout pas nous raconter, demain, que telle lettre a sauté ou que telle autre a émigré vers la case Ghazwani ou la maison Aziz ! Pouah, c’est depuis ! Qu’est-ce que c’est ça ? Il ya, dans la majorité, un extraordinaire. Mais il ya, dans l’opposition, deux extraordinaires. Se faire parrainer par la majorité, ça veut dire quoi ?

Il ya des maires, au Hodh Chargui entrain de « frapper leur tête », ayant appris qu’ils ont parrainé la candidature d’un candidat candidaté par sa tête, en haut, et en bas, en bas en bas. C’est un peu ça que les Mauritaniens, Mauritaniennes n’ont pas compris lorsqu’Aziz déclara que Ghazwani avait candidaté sa tête.

En haut en haut. Mais, en fait, en bas en bas, il a été candidaté. Le parrainage, c’est un peu comme l’initiative. Parrainer Ghazwani, ce n’est pas comme parrainer non-Ghazwani. Lancer une initiative pour Ghazwani, ce n’est pas comme lancer une initiative pour non-Ghazouani. Si gouverner, c’est prévoir, il faut aussi savoir qu’applaudir, c’est prévoir. Savoir prendre le train en marche. Ne pas être un imbécile, puisqu’il n’ya que les imbéciles qui ne changent pas de camp. De fusil d’épaule. Et que mieux vaut tard que jamais.

Les choses ont changé, il faut changer avec, disait un certain Premier ministre, à une certaine députée de l’opposition. Vous savez, la politique, ça ne fait pas « tomber au Paradis ». Et puis, il n’ya pas de gens nés pour rester continuellement opposants. Surtout en ces temps de gare à ta mère, ô dernier ! Plus c’est vite, plus c’est mieux. Alors, il y aura bien d’autres qui prendront la relève pour faire de l’opposition. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’une stratégie pour bien faire la majorité. Qui aime bien châtie bien. C’est exactement qui insulte bien applaudit bien. Ramadan est le mois du Coran, de la Miséricorde et de la Bienfaisance.

En ce mois, Satan et ses collaborateurs prennent congé. C’est tant mieux. Comme ça, les initiateurs des initiatives vont baisser pavillon. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calam(ités)

Huit ans après une grosse vague de contestations qui  emporta d’aussi gros dictateurs que Ben Ali ou Hosni Moubarak, voilà qu’un vent nouveau vient de balayer, sans coup férir, deux autres gros potentats du monde arabe : Abdelaziz Bouteflika et Omar El Béchir, restés respectivement accrochés au pouvoir, pendant vingt et trente ans. Il n’aura fallu, aux Algériens, qu’à peine  cinq semaines de révolte non-violente pour dégager un homme malade, incapable de gouverner mais maintenu par une poignée de généraux obstinés à continuer d’user et abuser, sous couvert d’un président que les dispositions, on ne peut plus claires ; de l’article 102 de leur Constitution nationale auraient dû déclarer inapte, dès 2013, à assumer ses responsabilités, suite à AVC. Les Soudanais ont, eux, résisté quatre mois, pour venir à bout d’un intraitable général qui leur avait voir de toutes les couleurs, en termes d’emprisonnements abusifs, mal-gouvernance, musèlement de la presse et violations, intempestives et régulières, des fondamentaux des droits de l’homme. Grâce à leur détermination et à leur unité, les peuples algériens et soudanais, toutes tendances et générations confondues, ont maintenu la pression, jusqu’au déboulonnement – partiel, certes, mais déjà réel – des systèmes dont la gestion calamiteuse les avait tant meurtris. Imperturbables, les manifestants ne veulent pas s’arrêter à mi-chemin, ils veulent complètement rompre avec toutes les composantes des pouvoirs déchus. Autant les Algériens n’ont pas cédé aux tentatives de supercherie de leurs généraux, autant les Soudanais ont exigé le balayage de tous les proches de leur ancien bourreau.

En Mauritanie où la situation ressemble beaucoup au contexte de ces pays, le peuple continue à subir, sans réagir, les agissements et les politiques de dictatures militaires qui se succèdent, depuis le premier coup d’Etat du 10 Juillet 1978 qui renversa l’initial gouvernement civil du pays. Depuis, les populations nationales souffrent le martyr, entre le marteau impitoyable de militaires carrés et l’enclume d’une classe politique enrégimentée, divisée entre un camp allié apprivoisé et un camp opposé diabolisé et mis en quarantaine. Pour maintenir le statu quo et saper toutes les velléités, hautement improbables, de soulèvement, les régimes militaires ont ravivé, à des degrés différents, la flamme des appartenances tribales et produit la psychose des tensions intercommunautaires, via l’activation et le recrutement de groupes mis aux ordres, sous la tutelle des renseignements qui les manipule, conjoncturellement, suivant les intérêts du moment. Toutes les déferlantes de contestations, depuis  2011, ont épargné la Mauritanie. Paradoxalement, puisque toutes les causes objectives  qui ont conduit, ailleurs, à une révolution, sont toutes présentes en Mauritanie : dictature, mauvaise gestion, corruption, prestations bancales des secteurs sociaux, népotisme, violations des droits de l’homme, détournements des deniers publics, délabrement du secteur de la justice, torpillage des processus démocratiques, déplorables conditions de vie, chute de l’économie,  chômage, notamment des jeunes, insécurité, injustice sociale... Malgré tout cela, le peuple mauritanien paraît incapable d’entreprendre la moindre action, pour essayer de faire bouger les lignes et faire naître l’espoir de desserrer l’étau compresseur d’un pouvoir militaire qui se régénère indéfiniment. L’identification des Mauritaniens en tribus, communautés, gens de l’Est et de la Vallée, Guebla,  Nord et Sud, en ceci ou en cela, sert toujours l’agenda du pouvoir qui ne cherche, « justement », que continuer à davantage diviser pour continuer à mieux régner. La dernière « visitation » du candidat militaire à la présidentielle de 2019, dans tous les départements du pays, semble prouver, avec éloquence, que le soulèvement du « peuple » mauritanien n’est pas pour demain. Chacun est à sa propre soupe. Or, pour faire une révolution, il faut un peuple. La Mauritanie n’en a pas encore. Malheureusement.

El Kory Sneiba

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Autour d’un thé : Initiatives

Autour d’un thé : InitiativesLe Calame - Les déclarations de candidature se suivent et se ressemblent. D’abord celle du général Ould Ghazwani.

Stade de la capitale, versets coraniques, normal : nous sommes, quand même, une république islamique. Puis la mobilisation d’une maman assise, majestueusement, à la tribune. Entourée, de part et d’autre, de beaucoup de symboles de ce pouvoir crépusculaire. Puis l’évocation d’une certaine éducation. Pour dire quoi ? Surtout que chacun a été éduqué en rapport avec son milieu. Cela lui servira certainement à quelque chose.

Et puis, dans la vie, il y a les choses impromptues auxquelles rien ne prédestinait. La preuve, il suffit juste d’un concours de circonstances. Ce que n’importe quel candidat à n’importe quoi dira n’est pas important. Ce qui vaut, c’est ce qui viendra, après, quand il sera là.

Ce qui vaut, c’est ce qu’il était avant, quand il n’était pas encore là. Les déclarations d’intention et les vœux pieux ? Bon, ça, en tout cas, jusque-là, c’est la continuité. Les initiatives tombent de toutes parts. C’en est des rafales : Les dockers, les gros porteurs, les chars de combat, les tirailleurs, les anciens de ceci et les anciens de cela. Les tombés du ciel et les tombés de la terre. Les repris de justice, les récidivistes. Les marins, les sous-marins, les souterrains, les tout-terrain. Initiatives de soutien au candidat du consensus national. Pour la préservation des acquis nationaux.

Puis il y a eu Birame Dah Abeid. Ancienne maison des jeunes. Quelques gens de l’opposition. Des milliers de personnes. Tout un programme. Les Mauritaniens n’auront que l’embarras du choix. Continuer, virer à gauche ou à droite ; ou, même, vraiment foncer. Rec, tout droit, on ne sait où ! Les gens écoutent tout le monde. Les gens regardent tout le monde. Le gouvernement est ici.

Les oppositions sont là-bas. La Commission électorale nationale indépendante a le cœur refroidi, puisque les autorités ont déclaré qu’elles ne toucheront pas au moindre de ses cheveux. C’est normal, on ne change pas une équipe qui gagne ou… qui fait gagner. C’est pareil. La tête est ta tête, Ould Bellal : si tu veux, rase-la ou laisse-la, chevelure abondante. Surtout qu’abondance de disfonctionnements ne nuit pas. Du moins chez nous. Puis il y a eu Ould Boubacar. Un homme bilingue. C'est-à-dire à cheval sur plusieurs époques. Maouiste. Céemjidiste.

Hachecéiste. Aziziste. Ghazwaniste. Péerdéiste qui est le fils du Pépéemiste et ancêtre des Adilistes, des Upéristes et de ce qui viendra, juste après l’élection de 2019. Alors finalement, c’est vraiment une belle occasion de rencontres, entre beaucoup de monde. Des anciens, des jeunes, des moins jeunes, des fossiles, des clairs, des moins clairs, des ténébreux, des immortels qui sont là depuis « il était une fois », il y a très longtemps, vers la naissance de l’État en 1958.

Des personnes dont les têtes sont complètement « cassées » mais qui sont encore là, tout de même. Donc, celui-là connaît bien les choses et les choses le connaissent bien. Or, nous savons, par notre religion bénie, que ceux qui connaissent ne sont pas comme ceux qui ne connaissent pas. Exactement comme c’est venu dans le sujet « connaître ou ne pas connaître ». J’ai vu, de me propres yeux, le Président qui en a encore pour quelques mois, à l’avant du nouvel Embraer 157 que la Mauritania Airways vient d’acheter.

Le pilote lui disait quelque chose que personne n’a entendu. Certainement que le nouvel avion vient du Brésil et que sa capacité est de soixante-quatorze places dont cinquante assises et vingt-quatre « deboutes » et que, sur ses côtés, il y a l’emblème de la société et le drapeau national et qu’il va desservir Dakar, Casa, Las Palmas, Bamako, Conakry et que ça va, ça ça. Qu’avec six appareils dont deux Embraers 157 : un est là, l’autre en route ; notre flotte est une des meilleures d’Afrique, voire du Monde et que les Emirats, la Turquie, les Etats-Unis n’ont qu’à savoir à quoi s’en tenir.

Attention, pilote, on ne bourre pas un président comme on ne l’accuse pas sans preuve ! Sinon, bonjour la prison, à côté des deux bloggeurs et leurs deux milliards "fictifs" ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Calam(ités)

Calam(ités)Le Calame - Voilà maintenant six semaines que le peuple algérien manifeste, pacifiquement, pour protester contre un cinquième mandat que le président Aziz Bouteflika, cloué sur son fauteuil depuis six ans par un AVC, se « préparait » à engager.

Ayant compris la ferme détermination des millions d’Algériens de ne reculer devant rien, pour imposer le changement, le cercle de généraux qui prend en otage le pays a entrepris une série de manœuvres visant à juguler la contestation, à commencer par la renonciation à tout nouveau mandat, tout en maintenant Boutef au pouvoir, en attendant d’organiser des élections.

Une supercherie que le peuple a aussitôt refusée. Proposition, ensuite, de prolonger l’actuel mandat, de quatre mois, pour prendre les dispositions nécessaires au départ du président malade. Refus tout aussi catégorique et accentuation de la contestation.

Enfin, déclaration officielle, appuyée sur l’article 102 de la Constitution, déclarant l’incapacité du président en exercice àassumer ses responsabilités. La question n’est pas là, scandent les Algériens : l’équipe de généraux doit, tout simplement et complètement, quitter les affaires et retourner dans ses casernes. C’est qui qui disait : « tous les pays du monde ont une armée, sauf l’Algérie où les militaires ont un pays ».

Manière de dire combien les militaires, chez notre voisin, font et défont les hommes, au centre de tout ce qui se passe. Des militaires qui prennent en otage le pays depuis quasiment 1962, via Ben Bella, Boumedienne, Chadli, Boudiaf, Zeroual, Bouteflika. Des généraux immensément riches et qui tirent les ficelles pour continuer à maîtriser le pouvoir.

Exactement comme ce qui se passe chez nous, depuis le coup d’État militaire de 1978 qui renversa feu Moktar ould Daddah. 41 ans que ces militaires prennent en otage le pays, se le passant de l’un à l’autre, tantôt par coups d’État et tantôt par révolutions de palais, en attendant d’inaugurer, dans quelques mois, un nouveau mode opératoire qui consiste à organiser un simulacre d’élection à l’issue duquel un général héritera le pouvoir d’un autre général. Comme les militaires de l’Algérie, ceux de la Mauritanie sont exagérément riches. Comme eux, ils apprivoisent les élites et leur font marquer le pas, en les enrégimentant dans des organisations politiques de type casernement où le chef a toujours raison.

La honteuse manipulation des députés, en 2008, pour faire tomber un président démocratiquement élu en constitue une parfaite illustration. Comme en Algérie, les militaires mauritaniens sont très puissants. Omniprésents dans toutes les affaires, propriétaires des plus grosses fortunes : banques, sociétés, marchés, flottes, villas cossues et domaines fonciers…

Ils déterminent le choix des élus et orientent les nominations administratives. Secret de Polichinelle, les députés, les walis, les hakems, les ambassadeurs, les fonctionnaires de tel ou tel ministère et, même, les ministres eux-mêmes représentent, à l’ordinaire,la part réservée à tel général ou à tel autre, manifestation de sa volonté en rapport du rang qu’il occupe, dans le cercle très fermé des puissants lobbies militaires qui usent et abusent du pays et de ses ressources, depuis plus de quarante ans.

Comme en Algérie, les militaires mauritaniens useront de tous les stratagèmes et manœuvres les plus machiavéliques, pour ne pas lâcher un pouvoir dont ils ont goûté les délices, les honneurs et les privilèges. Mais beaucoup plus qu’en Algérie, la récupération du pouvoir des mains des militaires et le retour à un système civil et démocratique seront très difficiles en Mauritanie.

Autant toutes les composantes du peuple algérien sont capables de fédérer leur force, pour réaliser de grands objectifs, autant les tribus, groupuscules et lobbies mauritaniens sont corvéables, taillables et manipulables à merci, pour réaliser les plans d’une junte toute concentrée sur le projet, avoué, de maintenir un statu quo qui ne fait l’affaire que d’une poignée de personnes sans aucune foi en la démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance, l’égalité des chances, ni, encore moins, le partage équitable des ressources nationales.

El Kory Sneiba

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Calam(ités)

Après plusieurs mois au cours desquels tous les Mauritaniens ont retenu leur souffle, les partis de l’opposition ont encore une fois déçu, incapables d’accorder leurs violons sur un unique candidat susceptible de gêner – difficilement – le candidat de la majorité, à défaut de le battre et assurer, enfin, une transmission pacifique du pouvoir. Finalement et comme le présageaient beaucoup d’observateurs, cette opposition ira, en rangs dispersés, contre un candidat foncièrement puissant qui bénéficie du soutien de toute l’administration nationale et des lobbies d’affaires qui influencent et canalisent, d’habitude, les votes populaires, surtout en la Mauritanie des profondeurs, réservoirs électoraux qui ont toujours fait la différence, en toute consultation électorale. Comme le disait je ne sais plus qui, l’opposition se révèle, encore et toujours, le plus grand allié du pouvoir, par ses tergiversations et son incapacité à dépasser ses petites querelles de minarets, sur fond de mesquins calculs. Ses principales formations politiques, notamment le RFD et Tawassoul, idéologiquement presqu’aux antipodes l’une de l’autre, soutiendront respectivement, au premier tour, le docteur Mohamed Ould Mouloud,  président de l’UFP, et un ancien Premier ministre, Sidi Mohamed ould Boubacar.

Avec cette stratégie à peine commune de soutenir le candidat qui aurait éventuellement à croiser le fer avec celui du pouvoir, au cours d’un très improbable second tour. Comme si le spectre de l’élection de la présidentielle de 2009 avait disparu ou que ce qui vient de se passer, il y a moins d’un mois au Sénégal, ne devait pas nous alerter sur la volonté des pouvoirs sortants de ne prendre aucun risque. Entre l’enclenchement du processus démocratique (1992) et aujourd’hui, au moins cinq à six élections présidentielles furent organisées. Par deux fois, au moins (1992 et 2007), l’opposition  prétendit, à tort ou à raison, avoir été flouée. En un, par le refus du système à reconnaître sa défaite et, de deux, par la compromission d’un des imminents dirigeants de ladite opposition avec le candidat imposé par les généraux qui avaient conduit le coup d’Etat mettant fin aux vingt-et-un ans de règne de Maouiya ould Sid ‘Ahmed Taya.

Maintenant que l’opposition a échoué à s’entendre sur un candidat unique, il ne lui reste plusqu’à transformer ce retentissant et anéantissant fiasco, en une stratégie d’éparpillement proposant, aux électeurs, plusieurs profils au premier tour, dans l’espoir d’en communautariser les forces, en l’éventualité d’un second. Ainsi les militants et sympathisants de l’opposition et ceux de toutes les autres tendances qui aspirent enfin à un changement n’ont plus que l’embarras du choix : entre un cacique de l’opposition des premières heures aux pouvoirs qui se sont succédé, sans jamais tremper ni dans le compromis ni dans la compromission –un véritable progressiste dans l’âme qui a fondé, avec beaucoup d’autres, quasiment tous les mouvements de contestation, du PKM au MND, avant l’UFP – et un haut commis de l’Etat qui a gravi tous les échelons de l’administration, jusqu’au poste de Premier ministre qu’il a occupé deux fois, avec Maouiya– Vivent les nostalgiques ! – et avec les militaires de la Transition – Vivent les rectificateurs ! –sans oublier Birame Dah Abeid et deux autres candidats qui ne devraient plus tarder à se déclarer. Les contours de la liste des postulants au fauteuil présidentiel se précisent davantage. Si, comme l’ont dit Ould Abdel Aziz et sa majorité, à qui veut l’entendre, tout leur monde est bien rangé derrière leur candidat Mohamed ould Cheikh Ahmed Ghazwani, avec armes, bagages, infanterie, artillerie, BASEP, DGSN, ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, députés, notables, présidents des conseils régionaux, maires, conseils d’administration des entreprises publiques, administration centrale et régionale, tribus, gens de l’Est et autres organisations de la société civile… aucun des autres candidats « n’entendra la balle », dès le premier tour. Mohamed OuldG hazwani remplacera, sans coup férir, Mohamed ould Abdel Aziz à la tête de la magistrature suprême. Mais si, comme le supputent des rumeurs persistantes, ce qui se fait en haut n’est pas ce qui se mijote en bas, au sein des forces de la majorité, toutes les hypothèses sont envisageables et pourraient conduire à de grosses surprises… aux conséquences imprévisibles.

El Kory Sneiba

Source : lealame.info (Mauritanie)

 

[Chronique] Statue géante à Ouagadougou : Thomas Sankara se retourne dans sa tombe

L’hommage solennel à l'ancien président révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara (1983-1987) se révèle inopportun sur le plan politique, incongru sur le plan idéologique et raté sur le plan esthétique. Même le comité d’organisation s’excuse…

Ce samedi 2 mars, les autorités du Burkina Faso inauguraient une statue géante de Thomas Sankara – cinq mètres de haut sur un socle de quatre mètres – et les bustes de ses douze compagnons abattus avec lui le 15 octobre 1987. La cérémonie se tenait en présence de l’indéfectible ami ghanéen de Sankara, l’ancien président Jerry Rawlings. C’est par une aussi fidèle affection envers le capitaine burkinabè que nombre de citoyens s’enflamment depuis l’inauguration.

Les points de fixation de la polémique ne manquent pas. Dès le projet de mémorial dont la statue est un avant-goût, la veuve du président révolutionnaire désapprouvait, en octobre 2018, le lieu retenu : le « Conseil de l’Entente », où fut assassiné son époux. Par ailleurs, si le leader de la Révolution burkinabè a été étiqueté « marxiste », il ne prisait guère les excès bling-bling du culte de la personnalité. La statue kitsch inaugurée à Ouagadougou évoque davantage la démesure pompière d’un monument nord-coréen que la vie spartiate promue par Sankara.

Dépense somptuaire et récupération politique

Pour ce qui est du caractère somptuaire de la dépense liée au mémorial, c’est un appel à contribution qu’un groupe de la société civile avait lancé, dès 2017, pour un montant estimé à « plusieurs milliards de francs CFA ». Même si le budget n’est pas puisé dans la caisse publique, Thomas Sankara aurait sans doute préféré qu’une telle cagnotte soit utilisée au profit d’un centre de santé à son nom, d’écoles, voire de moyens qui font tant défaut aux forces armées aujourd’hui harcelées par les jihadistes.

Sur le plan politique, les aficionados du ‘Che Guevara africain’ réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse

Sur le plan politique, les aficionados du « Che Guevara africain » réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse de la part de politiciens dont les carrières ont fleuri sur le terreau de la « Rectification » anti-Sankara. Acte I : quelques années après avoir assis son pouvoir sur le drame du 15 octobre 1987, Blaise Compaoré décernait le titre de « héros national » à son prédécesseur déchu. Acte II : en 2019, la statue géante a été inaugurée par le chef de l’État Roch Marc Christian Kaboré, ancien Premier ministre, ex-président de l’Assemblée nationale et du parti majoritaire du régime de Compaoré. Quatre ans après l’insurrection populaire et les promesses de réouverture du dossier judiciaire de l’assassinat de Thomas Sankara, le procès, lui, ne s’est toujours pas tenu.

Après les polémiques, bientôt une V2

Au-delà des déclarations politiques passées et des incertitudes judiciaires futures, c’est l’esthétique même de la statue qui a choqué, samedi dernier, nombre de citoyens. Primo, dans un pays où l’usage de la main gauche est strictement réglementé – les enfants sont abondamment giflés pour cela – , un internaute affirme que le slogan « la patrie ou à la mort » ne saurait être mimé par un poing gauche levé.

Secundo, l’abréviation « Thom Sank », déjà triviale sur un uniforme militaire, ne saurait être calligraphiée comme l’anglicisme « Tom ». Tertio, c’est « avec des larmes aux yeux » qu’un autre forumiste a regardé cette statue qu’il qualifie de « sabotage » et d’ « escroquerie », tant l’ancien président est méconnaissable. Et les internautes de reconnaître – avec plus ou moins de cynisme – des personnalités burkinabè habituellement évoquées pour leur manque de joliesse. « L’artiste qui a fait cette statue doit changer de métier », tranche un citoyen meurtri.

Dès dimanche, le Comité international du mémorial Thomas Sankara (CIMTS) – dont Luc Damiba est secrétaire général – expliquait les imprécisions morphologiques par la précipitation liée à la tenue du Fespaco, le festival de cinéma dont il avait souhaité capter l’audience internationale. En présentant ses « excuses pour toutes les insuffisances constatées », il annonçait que « la statue sera recouverte, afin d’y apporter les corrections nécessaires en tenant compte des distances, volumes et angles de vision, mais aussi des observations et suggestions des populations ». Le martyre de Thomas Sankara n’a-t-il pas été assez cruel comme ça ?

Par Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Source : jeuneafrique.com

 

Autour d’un thé : Ridicule

Autour d’un thé : RidiculeEn réalité ou, plutôt, en fait, certaines choses ne viennent que comme ça : mine de rien.

Imaginez un peu ce que je veux dire, où veux-je en venir. Avec ce blabla, comme disait quelqu’un, de cette rubrique immonde qu’est « Autour d’un thé ». Ce qui me vient en tête, quand je regarde la télévision nationale. Les télévisions nationales. Toutes tendances confondues. Mais, surtout, quand je regarde la Mauritanienne.

Les rares fois où je m’y astreins. C'est-à-dire chaque jeudi soir, pour le communiqué du Conseil des ministres, suivi de la fameuse conférence de presse des commentaires du porte-parole et de certains ministres ;

ou quand la Mauritanienne sort feu Bleikhir, le virtuose d’El Hela et sa troupe de danseurs, chanteurs et flutistes extraordinaires, pour me replonger dans mon enfance de jeune garçon issu (attention au discours de haine et de racisme !) d’une famille de « l'unité nationale ».

Je n’en dis pas plus. Ce n’est pas moi qui inaugurerai la prison des propos racistes et haineux. Même si, en fait, on n’entend plus parler, ni de la marche du 9 Février, ni de la grosse campagne médiatique qui l’a précédée, ni de celle qui l’a suivie. Mais, mord ou ne mord pas j’y mets pas mon doigt ! Conférence de presse tout autant bourrée de montages que montée de bourrages.

Exemple, avec la dernière du ministre des Finances. Trente minutes de commentaires pour expliquer, aux journalistes, où sont passés des milliards égarés devenus œil blanc. Puis histoires de gaz. Puis histoires de l’administration et des administrés. Visites, dans toutes les wilayas, du ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, pour, dixit le ministre de la Communication, « rapprocher l’administration des administrés ». Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Sinon, on en serait tous morts. Depuis vraiment très longtemps. Le Président. Son candidat à la présidentielle de 2019. La presse. La Société civile. Les gouvernements successifs. Les députés. Les oppositions. Les majorités. Puisqu’il n’y en a plus qu’une, l’Armée, tout le monde serait « cadavéré » depuis très longtemps. Comme ça, on en aura fini avec cette grosse farce de très mauvais goût. Montage. Mensonge. Mauvaise foi.

Moquerie. Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation. Réunion avec les chefs de service et les élus, le jour. Retrouvailles avec les notables, chefs de tribus, groupes politiques et tendances, le soir. Heureusement que le mensonge et le ridicule ne tuent pas. Sinon, on en serait tous morts, deux fois, depuis très longtemps. Jonglage. Equilibrisme. Comme ça, ni la taditt (récipient où l’on trait les animaux) ne s’assèche, ni le veau ne meurt. Encore six mois de « réalisations extraordinaires depuis les dix dernières années ». Encore six mois de « tout le pays est en chantier ».

Dans tous les domaines. Les villes anciennes : Ouadane, Chinguetti, Oualata, Tichitt, leurs mosquées, leurs manuscrits, leurs mahadras et autres vestiges, tout ça, c’est depuis dix ans que ça a commencé à exister. Ah oui ! Juste depuis dix ans. C'est-à-dire, pile en 2009. Avant ? Bon, c’était là-bas mais personne ne le savait. Depuis, petit à petit, plus ça approche, plus ça s’éloigne : formatage en cours. Dans les têtes. Les cures d’adaptation, ça prend du temps. Attention aux lapsus compromettants ! Il faut aller doucement, en procédant par substitution.

Va doucement, celui qui a « en lui » de courir. Salutations. En tendant la main à Christine Lagarde ou en s’inclinant (trop à mâcher la terre) très poliment devant le Président. Ça fait quoi, tout ça, au point de ravir la vedette des réseaux sociaux ? Cette histoire des-hommes-qui-ne-doivent-pas-saluer-les-femmes. Ce n’est pas dans l’absolu. Mais il faut faire comme son chef.

Même s’il est admis, chez les militaires, que celui-ci a toujours raison, certains saluent les femmes. Comme le fait d’ailleurs souvent le Président. D’autres ne le font pas. Des femmes saluent des hommes. Des hommes saluent des femmes. Tout ça me rappelle la croustillante anecdote d’un célèbre artiste national à qui un présentateur TV demandait pourquoi il ne jeûnait pas le Ramadan. Il répondit par une logique de fou : « Si tous les Mauritaniens jeûnent, je vais jeûner. Mais comme il y en a qui jeûnent et d’autres pas, moi, je choisis d’être avec ceux qui ne jeûnent pas ».

Saluer ou pas, applaudir ou pas, il faut choisir son camp. Comme l’artiste. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

[Chronique] Jean-Yves Le Drian, promoteur de scabreux « compromis à l’africaine », par Damien Glez

Quand le ministre français des Affaires étrangères prend position sur la situation politique de la République démocratique du Congo, ça pédale, ça retropédale, puis ça pédale à nouveau dans la semoule…

Deux élections, deux poids, deux mesures ? C’est avec une position comparable que le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères avait accueilli les résultats des dernières présidentielles vénézuélienne et congolaise. Pour la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, la victoire de Nicolás Maduro était « une farce ». Pour son collègue des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, les résultats des élections en RDC ne semblaient pas « conformes aux résultats » que l’on avait « pu constater ici ou là ».

« Espèce de compromis à l’africaine »

4 février 2019. Matinale de la radio publique France Inter. Un auditeur souligne que Jean-Yves Le Drian ne reconnaît plus la légitimité de Maduro, alors qu’il valide celle de Tshisekedi. Pour le chef de la diplomatie française, l’investiture de Félix Tshisekedi serait acceptable en tant que fruit d’une « espèce de compromis à l’africaine » dont la configuration serait « très particulière et propre » à la RDC.

Peut-on parler de compromis lorsque l’arrangement a été conclu sans Martin Fayulu, celui-là même que Jean-Yves Le Drian considérait, il y a moins d’un mois, comme « a priori le leader sortant de ces élections » ?

De manière plus globale, l’expression « à l’africaine » permettrait-elle de distinguer les valeurs démocratiques universelles des aménagements démocratiques tropicalisés sur un continent de moindre enjeu ?

Si la négation de certaines particularités culturelles de l’Afrique est une insulte faite au continent, renvoyer ce dernier à de prétendues spécificités, en matière de choix populaires des destins politiques, n’est pas une marque de bienveillance. C’est aussi une injure.

Source : jeuneafrique.com