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[Édito] États-Unis, Israël et Arabie saoudite : l’axe du mal, par Béchir Ben Yahmed, PDG de Jeune Afrique

Encore et toujours le Moyen-Orient. Une terrible malédiction semble s’être abattue sur cette région du monde. Composée de nations fragiles, elle vient en tout cas de franchir un pas décisif vers une nouvelle guerre, dont nous avons annoncé ici même qu’elle était programmée.

Édito. Les trois premiers coups de canon de ce conflit ont été tirés : le raid de l’aviation israélienne sur des installations iraniennes en Syrie, la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale une et indivisible d’Israël, et la dénonciation par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien signé par son pays (et ses alliés) ainsi que par la Russie et par la Chine.

Nouveau pacte

Une dangereuse coalition s’est nouée l’an dernier pour modifier la carte du Moyen-Orient par la force et y imposer la volonté de trois pays riches et puissants : les États-Unis de Donald Trump, Israël de Benyamin Netanyahou et l’Arabie saoudite de Mohamed Ibn Salman.

Derrière ce trio se tiennent, au second rang, l’Égypte, les Émirats arabes unis et d’autres comparses moins voyants. La région a connu au XXe siècle d’étranges coalitions, qui ont toutes mal fini. On les appelait « pactes » ; le plus notoire a été le « pacte de Bagdad », de sinistre mémoire.

Il avait été pompeusement baptisé Traité d’organisation du Moyen-Orient, et a rassemblé autour des États-Unis et du Royaume-Uni des collaborateurs arabes, parmi lesquels Nouri Saïd, alors Premier ministre d’Irak, réputé pour son anglophilie. Il sera assassiné et son corps à demi putréfié traîné par la foule dans les rues de Bagdad.

Le pacte scellé entre Trump, Netanyahou et « MBS » n’a pas encore de nom. Qu’on l’appelle pacte de Washington, de Riyad ou de Jérusalem, il fera beaucoup de mal à la région avant d’être relégué, à son tour, dans les « poubelles de l’Histoire ».

Un agenda qui se lit dans les actes

Ce que veulent les coalisés et leurs comparses n’a pas été et ne sera jamais formulé. Mais il transparaît déjà dans leurs méfaits.

1) Bouter l’Iran hors des pays du Moyen-Orient où il a réussi à se faire une place, le « sortir » de la région pour le faire rentrer dans ses frontières ; obliger ses dirigeants à se tenir tranquilles et à désarmer.

Mais ces derniers refuseront probablement de se soumettre. La coalition ne reculera pas alors devant le « changement de régime ». Il s’agit, on le voit, d’un vaste programme qui implique l’utilisation de la force armée et dont aucune personne sensée n’estime qu’il a la moindre chance de se réaliser.

2) Concevoir, élaborer et mettre en œuvre un plan pour résoudre le conflit israélo-arabe (et d’abord, israélo-palestinien), vieux de soixante-dix ans, voire davantage.

Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’il avait confié cette mission à son gendre, Jared Kushner, dont il pense qu’il est le seul homme en mesure de sortir de son chapeau la solution miracle. L’actuel président des États-Unis a dit que ce plan était en cours d’élaboration et qu’il nous serait présenté dans les prochaines semaines.

L’ombre de Benyamin Netanyahou

En réalité, le « plan Kushner » n’a pas besoin d’être élaboré, puisqu’il existe déjà : c’est celui de Netanyahou, auquel s’est rallié Mohamed Ibn Salman.

Il est déjà en cours d’exécution ; la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale une et indivisible d’Israël et le transfert de leur ambassade dans cette ville en sont les mesures les plus récentes et les plus spectaculaires.

Les étapes suivantes seront le remplacement de Mahmoud Abbas par quelqu’un d’encore plus docile que lui – on a parlé de Mohammed Dahlan – et la création d’un « mini-État palestinien » à la souveraineté limitée, où seront parqués les quelques millions de Palestiniens pas encore « casés ».

MBS fera en sorte que l’ex-camp arabe, aujourd’hui démantelé, « avale la pilule ». Il unifiera les Arabes sunnites et s’alliera à Israël dans une « guerre sacrée » contre les Perses chiites ; et, pour faire bonne mesure, libérera l’Irak à majorité chiite de l’emprise iranienne.

3) La Russie ? Netanyahou et Ibn Salman conjugueront leurs efforts pour l’éloigner de l’Iran et obtenir qu’elle cesse de soutenir son régime.

En contrepartie, la présence de Moscou au Moyen-Orient et son influence sur certains pays seront tolérées. Mais contenues.

Il s’agit, comme on le voit, des fantasmes de trois hommes politiques qui se prennent pour des stratèges et disposent de moyens presque illimités. Mais aucun connaisseur sérieux de la région ne leur accorde la moindre chance de réussir.

S’ils ont le pouvoir de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang, ils n’ont pas les moyens de résoudre ses problèmes, a fortiori de redessiner sa carte.

L’ivresse de la victoire

On ne pourra malheureusement pas les empêcher de sévir tant qu’ils seront au pouvoir, on peut seulement leur résister. Et attendre que leurs erreurs et leurs excès retournent leurs peuples contre eux. Pour l’heure, ils vivent l’ivresse de la victoire. Ils ont l’impression – fausse – que rien ni personne n’est en mesure de s’opposer à leurs desseins.

Se rendent-ils seulement compte qu’ils sont en train d’humilier non seulement les Arabes, divisés et vaincus, mais tout autant les Européens, la Russie et la Chine ?

Source : jeuneafrique.com

 

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...Il ne faut pas être « né du vendredi », recommandent les Mauritaniens : c'est au plus proche puis au plus proche que tout ce que tu as ou peux avoir doit d’abord revenir. Et ce n’est pas nouveau, avant même que la Mauritanie existe, du temps déjà de la « Seïba », les émirs, les Almamy et autres Alboury, c’était comme ça.

Fils, proche, serviteur, esclave, griot ou forgeron du chef général, ce n’est pas n’importe qui que personne ne connaît, sans parent « quelqu’un », influence, interférence, ni omnipotence.

Soyons réalistes. Un frère, ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas n’importe quoi. Entre ton « même père et même mère » et tout autre, le parti ne compte pas. Même les cousins les plus proches. Même les femmes, les enfants, les amis. La fratrie, c’est sacré. Comment choisir un autre que son frère, pour un poste si juteux ? « Voir cela sur » quelqu’un, c’est vouloir « voir quelque chose sur lui ».

Ne pas être « né » du vendredi. Ne nous sommes-nous pas des musulmans ?« Le meilleur d’entre vous est le plus regardant et dont les biens est pour ses parents ». Vous oubliez tout ça et vous nous dites patati, patata, patatras. Cette fois, le frère est passé.

Si le parti trouve autre chose, ce sera la sœur, avant le neveu ou le cousin, eux-mêmes avant quelqu’un de la tribu puis de la communauté puis des autres membres du parti, selon leur rang. C’est tout comme le neveu fils de la sœur bien-aimée.

L’oncle ou la tante, c’est comme le père ou la mère. Impossible qu’un oncle présidant un parti de la majorité fasse rater une aussi belle opportunité de salaire confortable à son neveu, dites-vous ? Que me chantez-vous là ? Mettez-vous à leur place !

Accepteriez-vous, vous, d’être un « makhlooug El Joumou’a ». Vous savez, chez nous, oh, lalalalala, être le beau-frère de quelqu’un, c’est très complexe. Tu peux faire ce que tu veux : du plus simple au plus compliqué.

Un beau-frère peut porter le boubou, le pantalon ou la chemise ; arriver en retard et manger ton repas ; rentrer dans ta chambre, dormir sur ton lit, prendre, au réveil, la monnaie de ton armoire et s’en aller, sans rien dire à personne. On ne reproche rien à son beau-frère. Il peut même vendre ta maison.

C’est très exceptionnellement qu’on dit, chez nous : « Ton gendre, s’il ne te respecte pas, prends-lui ton gros bâton ». Comment donc ne pas penser à lui, quand il y a une commission en vue ou quoi que ce soit qui puisse l’aider à régler certains problèmes, contribuer ainsi grandement à ne pas fâcher Madame. Adieu, donc, boubou, pantalon, repas et petite monnaie ! Le temps d’une commission électorale.

Cette fois, quand même, personne ne peut dire que son Excellence Monsieur le Président a mis quelqu’un dans l’affaire. Parole du ministre porte-parole du gouvernement en qui nous ne « connaissons pas le mensonge » ! Pas un homme. Ni une femme. Ni un cousin.

Ni un homme d’affaires. Pas rien ni personne. PM, ministres, Généraux, de ceux-là, le porte-parole n’a dit s’ils ont mis quelqu’un ou pas. « Chaque main efface sa figure »... Le beau-frère du cousin du Président n’est pas le beau-frère du Président. Il ne faut pas tout confondre.

Et puis, c’est bon de n’avoir choisi que des gens que tout le monde connaît. On ne sait jamais. S’il faut les rechercher, un jour, au moins, ça ira vite : un cousin par-ci, un beau-frère par-là, un frère de père et de mère de là- bas, le beau-frère d’un cousin au Président, le neveu d’un chef de parti de la majorité. Deux gens du bord du Fleuve. Un harratine et un nationaliste.

C’est facile d’assembler les gens de la nouvelle commission électorale nationale indépendante ! Qui sème le vent ne récolte généralement pas une place à la CENI. Il faut bien que les gens du FNDU le sachent : les absents ont toujours tort ! Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Par Béchir Ben Yhmed : L’Afrique face à la menace saoudienne

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Les dirigeants saoudiens, qui s'appuient sur les hydrocarbures - le pays détient 20 % des réserves mondiales de pétrole -, pèsent de tout leur poids dans les relations internationales. Allié des États-Unis, le royaume s'emploie à propager le wahhabisme et multiplie les fronts contre l'Iran, le Qatar, Gaza ou le Yémen. Son influence grandissante en Afrique inquiète.

Édito. Arabie saoudite. L’énorme masse de dollars dont disposent ses dirigeants (et leurs coteries) a pour effet que, dans le monde entier, beaucoup rampent devant eux et que la plupart les ménagent. On n’ose (presque) rien dire de leurs méfaits alors qu’ils sont nombreux et de plus en plus nuisibles. Ce pays a le même régime depuis près d’un siècle et pèse vraiment depuis que le pétrole est devenu la principale source d’énergie planétaire. Son influence en Afrique et dans le reste du monde a été discrète et pernicieuse dans la seconde moitié du XXe siècle ; elle est en train de devenir patente et dangereuse. D’où la nécessité dans laquelle je me trouve de vous en parler.

Rôle néfaste

J’estime qu’il est de mon devoir de mettre en garde contre le rôle néfaste que vont jouer les dirigeants actuels de ce pays, assis sur les plus grandes réserves d’hydrocarbures du monde.

D’abord quelques chiffres : le produit intérieur brut (PIB) de l’Arabie saoudite, le plus important du Moyen-Orient, était, en 2015, de l’ordre de 670 milliards de dollars, pour une population de 30 millions d’habitants (dont le tiers sont étrangers et 75 % ont moins de 30 ans). Il y a peu de Saoudiens actifs ; la plupart de ceux qui le sont travaillent pour l’État et ses entreprises ou, plus exactement, font semblant.

Le pétrole, dont ce pays détient 20 % des réserves mondiales et dont il exporte plus de 10 millions de barils par jour, représente 90 % des recettes d’exportation et 80 % du budget de l’État. Ce budget est de 190 milliards de dollars ; depuis deux ou trois ans, il accuse un déficit de 15 %. C’est là un pourcentage très élevé.

Les dépenses militaires sont, elles aussi, les plus élevées du monde en pourcentage du budget : elles en absorbent le tiers. On évalue le nombre de « princes » et « princesses » à 20 000, dont 5 000 se disent de « sang royal », descendants du « roi » Saoud. Ils tiennent lieu de « famille régnante ». Pour mesurer ce que ses immenses réserves apportent à ce pays, quelques comparaisons.

Le PIB de l’Arabie saoudite est le double de celui de l’Égypte, trois fois plus peuplée, et plus de deux fois supérieur à celui du Maghreb central (Tunisie, Algérie et Maroc), qui est également trois fois plus peuplé. Il est vingt fois plus élevé que celui de la Côte d’Ivoire et plus de quarante fois celui du Sénégal ou du Mali. Si l’on compare les budgets de ces pays avec celui de l’Arabie, on retrouve les mêmes proportions.

Doctrine wahabite

Fondé sur la doctrine wahhabite, qui est un concentré d’intégrisme islamiste rétrograde, le « royaume » d’Arabie instauré par Saoud a inventé et propagé l’islamisme dans les pays musulmans. Antidémocratique, misogyne et ultraconservateur, il a financé et aidé les islamistes de son obédience et combattu les autres, comme les Frères musulmans d’Égypte (confrérie créée en 1928), introduisant ainsi une discorde au sein de l’islam.

Aujourd’hui même, il combat l’Iran (chiite), le Qatar (néowahhabite), les Frères musulmans de Tunisie, de Gaza, etc. Simultanément, il dirige une coalition qui mène depuis trois ans une guerre aveugle et meurtrière au Yémen ; une deuxième coalition conduite par la même Arabie saoudite a entrepris de détruire l’indépendance du Qatar.

En Syrie, le royaume wahhabite alimente le feu jihadiste ; en Irak, il projette de soutenir la minorité sunnite orpheline de Saddam Hussein contre la majorité chiite qui apprend (depuis quinze ans) à exercer le pouvoir ; au Liban, il manœuvre pour déstabiliser le pays.

Sous la (mauvaise) influence des États-Unis, qui le protègent, le régime saoudien a accepté, sans états d’âme et depuis un demi-siècle, qu’Israël détienne l’arme nucléaire, mais se réveille en 2018 pour la réclamer à son tour. Pour contrer Israël ? Non, pour, en alliance secrète avec lui, empêcher l’Iran de la posséder !

Une telle concentration de pouvoir et d’argent entre les mains d’un apprenti chef d’État est effrayante

L’islamisme saoudien et son allié américain ont, sans le vouloir ni le prévoir, poussé Oussama Ben Laden à la dissidence : il a émigré d’Arabie vers le Soudan puis l’Afghanistan, réinventé le jihadisme et créé son organisation mère : Al-Qaïda.

Celle-ci a conçu, élaboré et perpétré, le 11 septembre 2001, contre New York et Washington le plus grand acte terroriste de l’Histoire ; il a été exécuté pour l’essentiel par quinze dissidents saoudiens (sur dix-neuf terroristes au total), commandés depuis l’Afghanistan par un chef saoudien : Oussama Ben Laden.

Et, depuis ce jour, nous subissons les effets désastreux de « la guerre mondiale contre le terrorisme » déclarée dès le 12 septembre 2001 par un certain George W. Bush, alors président des États-Unis.

Le régime saoudien n’est pas directement responsable du terrorisme islamiste. Mais sans la doctrine sur laquelle il est fondé, sans ses financements et ses manigances, ce terrorisme aurait-il existé ? Aurait-il pris l’ampleur qu’il a prise ? Serait-il encore, dix-sept ans après ce fatidique 11 septembre 2001, le fléau qu’il est devenu ?

Un jeune dictateur incontrôlable

Aujourd’hui, c’est l’Arabie saoudite qui est, à mes yeux, la principale menace pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde. Intronisé il y a trois ans, le vieux roi Salman n’en est plus que le chef nominal, car il a délégué ses pouvoirs à son fils, Mohamed Ibn Salman.

Jeune, inexpérimenté, impétueux, ce dernier dispose donc, sans aucun contrepoids, d’une armée suréquipée et mal commandée, d’une réserve de plusieurs centaines de milliards de dollars et de l’appui inconsidéré de l’actuel président des États-Unis. Une telle concentration de pouvoir et d’argent entre les mains d’un apprenti chef d’État est effrayante.

Aucun autre dictateur de l’époque récente n’a rassemblé autant de moyens entre des mains aussi inexpérimentées, au cœur d’une région qui est une véritable poudrière. Le Moyen-Orient et le monde sont donc à la merci d’une nouvelle décision irréfléchie d’un jeune dictateur dont le pouvoir est aussi démesuré et illimité que les moyens financiers dont il dispose.

Il faudrait un miracle pour nous préserver de la frénésie de cet éléphant dans un magasin de porcelaine qu’est Mohamed Ibn Salman.

Source : jeunefrique.com

 

 

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ans

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ansLe 5 mars 1958, la première pierre de la capitale mauritanienne Nouakchott était posée. Une capitale coincée entre la mer et le désert, sortie des sables par la volonté du conseil de gouvernement qui décide de quitter Saint-Louis au Sénégal où il est installé.

Trois ans plus tard, l'indépendance sera proclamée dans un hangar faute d'infrastructures. Aujourd'hui, Nouakchott s'étend sur près de 30 kilomètres mais les anciens n'ont rien oublié de l'aventure des débuts, quand tout était à construire.

A sa création, Nouakchott n'est qu'un ancien poste militaire habité de quelques centaines d'âmes. « Une dune et quelques arbustes rabougris » se souvient le premier président mauritanien dans ses mémoires. Son épouse, Marième Daddah, n'a pas oublié son premier voyage.

« Quand nous sommes arrivés au-dessus de la ville de Nouakchott, le président m’a dit : "Nous sommes arrivés", avec beaucoup de satisfaction. Et moi, la fille de la grande ville, j’ai écarquillé mes yeux pour voir cette ville. Mais il n’y avait pas grand-chose. Je lui ai dit :"Mais, où sommes-nous ?" Il m’a dit : "Eh bien nous sommes arrivés". »

L'aventure ne fait alors que débuter. Mohamed Aly Cherif, l'ancien secrétaire général de la présidence, se rappelle que beaucoup de fonctionnaires ont d'ailleurs bien du mal à se décider à faire leur premier voyage.

« Il y a beaucoup de gens qui ont traîné les pieds, qui sont venus seulement un an et demi après. Ils ont dit : bon… Direction des douanes, direction des contributions… Il faut qu’ils restent à Saint-Louis, parce que les réseaux et les communications ne sont pas bons, etc… »

Georges Nassour, un des premiers commerçants à s'installer, ouvre sa boucherie sur ce qui n'était avant qu'une dune. Des années après, sa fascination pour la ville est restée la même. « La chance de cette ville c’est d’être dans cette immensité. Autour de Nouakchott il y a un recueillement. En face de vous il y a la mer, derrière vous il y a le désert. C’est quelque chose de captivant ».

Ville tentaculaire, Nouakchott s'étend aujourd'hui sur une trentaine de kilomètres. Ses plans d'urbanisme ont tous été dépassés avant d'être appliqués. Plus d'1 million d'habitants y vivent désormais, soit un tiers de la population mauritanienne.

Source : RFI

 

 

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » !

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » ! L’interview tant commentée avant sa parution dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dont de larges extraits sont parvenus à la presse locale et étrangère pendant que le journal était encore en pré-maquette suscite un grand intérêt tant dans les milieux de la communication que politiques.

Quoi de plus normal que d’accorder un entretien à un journal pour livrer ses idées et faire passer un discours à la face du monde ? Le choix du vieux et emblématique journal du continent semble trouver sa place dans ce qu’on pourrait qualifier de canal favori des présidents africains dont les rapports Avec JA sont symptomatiques d’une défiance voire d’un dédain à se confier d’abord à leurs propres médias.

Qui de JA ou de Aziz qui a cherché à joindre l’autre ? En temps normal , accorder ou s’accorder une sortie dans les colonnes d’un journal comme JA pourrait passer inaperçu.

Mais dans le contexte actuel où un président en fin de mandat voulant calmer le jeu politique dominé par les coups de colère de la rue aggravée par l’impasse politique, l’interview tient lieu d’un bon scoop pour JA. Surtout… surtout… les enregistreurs ont des oreilles.

Dans un exercice de communication laborieux, les détails ne sont que des habillages qui accompagnent l’idée clé consacrant le sujet principal de l’interview qui se résume en une phrase lapidaire : « Je ne me présenterai pas en 2019 ».

Et comme il fallait y mettre la forme, le grand invité de JA avait tout le loisir d’aborder d’autres sujets qui intéressent les mauritaniens en vue de nourrir la curiosité de ses concitoyens et de répondre éventuellement à des rumeurs sur sa personne et ses bonnes ou mauvaises relations avec des personnalités politiques et du monde des affaires ou encore le rôle de la Mauritanie dans le sahel.

C’est dire que le moment choisi n’est pas fortuit pour un dirigeant à la fois acculé par l’opposition qui investit la rue pour faire entendre sa voix que par ses soutiens et nombreux opportunistes battant campagne pour un troisième mandat quitte à recourir à la modification de la constitution. Ces sirènes du troisième mandat ont redoublé de zèle dès l’annonce de l’interview.

Si dans les rangs de l’opposition radicale on semble accorder le bénéfice du doute aux déclarations du Président Aziz, les mouvements de contestations des jeunes dans les réseaux sociaux restent sceptiques sur la sincérité des propos d’un président qui prétend avoir changé le pays durant ses deux mandats.

Le projet de restructuration du parti de la majorité présidentielle, l’UPR, les vagues des promotions des officiers supérieurs au grade de généraux , la prééminence dans la lutte contre le terrorisme , les trains de mesure sociales , économiques qui cachent mal le malaise général des ménages sont souvent évoques par le président à chaque fois que l’opposition met le pouvoir en difficulté .

Comme si toutes les promesses données par le président aux mauritaniens de ne pas briguer un troisième mandat n’ont pas suffi pour dissiper les doutes, la sortie « chevaleresque » pardon « camelidesque » dans JA va-t-elle mettre un terme à la polémique du troisième mandat qui turlupine les leaders de l’opposition, le peuple et le monde ?

La parution cette semaine du journal tant recherché dans les kiosques et en version électronique constituera au moins un témoignage indélébile difficile à renier. A moins d’un coup de théâtre auquel les monarques africains nous ont habitués. Gageons cette fois que ce message va sceller le destin politique d’un homme qui ne cache pas ses ambitions politiques même après son départ du pouvoir !

Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Par béchir Ben Yahmed : De Ben Barka à Arafat, un livre lève le voile sur les assassinats ciblés attribués aux services secrets israéliens

Dans un livre récemment traduit aux États-Unis, le journaliste Ronan Bergman revient sur les assassinats ciblés menés par les services secrets israéliens. Principale révélation de l'ouvrage : le rôle de premier plan prêté à l'État hébreu dans l’affaire Ben Barka.

Édito. Je me propose, cette semaine, d’attirer votre attention sur un livre qui vient de paraître aux États-Unis, traduit de l’hébreu. Il a pour titre Prends l’initiative et tue le premier (« Rise and Kill First », en anglais), et pour sous-titre L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël. Son auteur, un journaliste- écrivain de bonne réputation, Ronen Bergman, dit avoir enquêté pendant sept ans pour rassembler la moisson d’informations qu’il nous livre.

C’est un ouvrage volumineux de 750 pages (notes comprises) dont l’auteur est un Israélien dévoué à son pays mais opposé à certaines pratiques de ses gouvernants. Il confirme qu’Israël – 70 ans et douze Premiers ministres, dont trois généraux – a mis beaucoup d’énergie, fait preuve d’audace et d’inventivité pour assassiner des centaines de personnes, dont de hauts dirigeants civils et militaires, considérées par les dirigeants israéliens comme des ennemis réels ou potentiels de leur pays.

Mossad, Shin Beth et Aman

Ces assassinats ont été soit commandités, soit approuvés et autorisés sur une feuille rouge par le Premier ministre en place. Ils ont été ensuite exécutés par le Mossad, le Shin Beth ou Aman, le service de renseignements militaires. Ces trois agences disposent d’unités spécialisées aguerries, de techniques très avancées et de moyens financiers presque illimités.

Beaucoup de succès, mais aussi des erreurs et des échecs, des dommages collatéraux, inévitables malgré les précautions. Les Israéliens ont essayé d’éliminer Saddam Hussein et Ruhollah Khomeyni, en vain, ont raté plusieurs fois Yasser Arafat, avant de parvenir à leurs fins en l’empoisonnant. Ils ont assassiné son adjoint, Abou Jihad, à son domicile, près de Tunis, et ont utilisé pour cet exploit des moyens militaires et aériens considérables.

«  Si vous êtes un ennemi d’Israël, nous vous rechercherons, vous trouverons et vous tuerons où que vous soyez »

Ils ont liquidé des dizaines de combattants palestiniens considérés comme des terroristes, dont l’un en glissant du poison dans son dentifrice. Le monde entier, dont de grandes capitales européennes, sud-américaines ou arabes, a servi de théâtre d’opérations aux services israéliens.

500 assassinats ciblés, 1 000 personnes tuées

Ils ont assassiné des scientifiques et des fournisseurs d’armes, largement pratiqué la torture, utilisé des appâts féminins. Tous les moyens étaient bons pour atteindre le but recherché.

Les services israéliens agissaient sur la base d’une règle simpliste : « Si vous êtes un ennemi d’Israël, nous vous rechercherons, vous trouverons et vous tuerons où que vous soyez. »

Ronen Bergman atteste qu’Israël a assassiné plus de personnes que n’importe quel autre État et que ses dirigeants successifs ont estimé que c’était là le moyen le plus efficace d’assurer la sécurité du pays.

Il dénombre au XXe siècle, en cinquante ans, 500 assassinats ciblés et 1 000 personnes tuées. Depuis l’an 2000, pour faire face aux intifadas, plus de 800 opérations supplémentaires ont été exécutées.

Relations secrètes avec Hassan II

L’enlèvement puis l’assassinat de Mehdi Ben Barka étaient à ce jour « une énigme enveloppée de mystère ». Le 29 octobre 1965, un policier français avait accosté le leader marocain boulevard Saint-Germain, à Paris, à l’entrée de la brasserie Lipp, avant de l’inviter à monter avec lui dans sa voiture, lui faisant croire qu’il était attendu par une haute personnalité, qui pouvait même être le général de Gaulle.

Ben Barka, habituellement sur ses gardes, a mordu à l’hameçon et a suivi le policier. Aucun de ses proches ne l’a plus jamais revu, et son corps n’a pas été retrouvé.

"Mehdi Ben Barka, condamné à mort par nous, doit être exécuté. Nous n’arrivons pas à le coincer. Trouvez-le et tuez-le"

Le livre de Ronen Bergman révèle les tenants et les aboutissants de « l’affaire Ben Barka » : les services israéliens, qu’on supposait mêlés à l’affaire mais de façon périphérique, y sont en réalité engagés jusqu’au cou. Les historiens considéreront le récit qu’en donne Bergman comme le plus proche de la vérité.

Le chef du Mossad était alors Meir Amit, qui avait noué des relations secrètes avec les services du roi du Maroc, Hassan II. Hôte d’un sommet de la Ligue arabe, en septembre 1965, à Casablanca, ce dernier prend la lourde responsabilité de permettre au Mossad d’enregistrer les débats et les conversations des chefs d’État dans leurs suites d’hôtel ou leurs villas.

En Israël, les dirigeants sont comblés, considérant que c’était là le plus grand exploit du Mossad. Mais, dès le 30 septembre, l’homologue de Meir Amit, le colonel Ahmed Dlimi, demande, au nom du Maroc, une contrepartie. « Mehdi Ben Barka, condamné à mort par nous, doit être exécuté. Nous n’arrivons pas à le coincer. Trouvez-le et tuez-le. Rendez-nous ce service… »

Comment le leader de la gauche marocaine a été tué

Flattés d’être considérés comme des experts en assassinats ciblés, les Israéliens ne voulaient cependant pas aller jusqu’à agir pour le compte d’un autre pays. Mais ils repérèrent Ben Barka (il se faisait envoyer ses magazines et son courrier à un kiosque à journaux de Genève), organisèrent sa venue à Paris pour rencontrer un cinéaste censé faire un film à sa gloire, fournirent aux services marocains des faux passeports et une planque à Paris, ainsi que du poison.

« C’est fini, tout s’est bien passé »

Bergman révèle que le policier français qui a embarqué Ben Barka avait été corrompu par les Marocains. Après avoir, grâce aux Israéliens, capturé l’homme qu’ils voulaient exécuter, les agents des services marocains l’ont emmené dans la maison fournie par les services israéliens, l’ont humilié et torturé, plongeant sa tête longuement et à plusieurs reprises dans de l’eau très sale jusqu’à sa mort par asphyxie ou strangulation.

Des agents israéliens, dont Bergman donne les unités, ont ensuite transporté la dépouille jusqu’à la forêt de Saint-Germain. Ils la jetèrent dans un trou profond qu’ils recouvrirent de terre et d’un produit chimique destiné, dès la première pluie, à la dissoudre.

Le 25 novembre 1965, Meir Amit annonce à Levi Eshkol, Premier ministre :« C’est fini, tout s’est bien passé. »

Israël a puissamment aidé les services marocains à exécuter la condamnation (politique) à mort de Ben Barka et, ainsi, a payé sa dette envers Hassan II. Mais le général de Gaulle prit très mal cet assassinat perpétré dans sa capitale à l’instigation de Hassan II. Il rompit les relations diplomatiques avec le royaume chérifien, mais ne s’intéressa pas aux Israéliens, qui n’étaient à ses yeux que « des prestataires de services ».

Source : jeuneafrique.com

«Terminal F» à la découverte de la Mauritanie

Vidéo. Revivez «Terminal F» à la découverte de la MauritanieLe magazine des voyages du Figaro vous fait découvrir un pays niché au cœur des dunes, avec un récit de voyage de journalistes qui en reviennent et l'expertise du PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure Lionel Habasque, ainsi que du spécialiste du Sahara, Michel Pierre.

Pour Le Figaro Magazine, le journaliste Stéphane Dugast et le photographe Stéphan Gladieu ont parcouru les oasis de l'Adrar, en Mauritanie.

Sur le plateau de «Terminal F», l'émission des voyages du Figaro Live, ils racontent leur expérience de ce «trésor caché au cœur des dunes», où se trouvent Chinguetti, «la Sorbonne du désert» et Ouadane, haut lieu historique du pays. Après une décennie de crise, le tourisme , sort des sables en Mauritanie, comme une arme de paix.

Sur le plateau également de ce numéro de «Terminal F», Lionel Habasque, PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure et Michel Pierre, spécialiste du Sahara.

Tous deux apportent leur expertise de ce joyau du Sahel, que les voyageurs peuvent redécouvrir avec la réouverture, après dix ans d'arrêt, des vols charters entre Paris et Atar, du Point Afrique, grâce à la pugnacité et l'obstination de Maurice Freund, son dirigeant passionné. La Mauritanie se positionne au top des destinations pour 2018.

Source : le Figaro

 

 

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder La mort d’un pécheur sénégalais tombé sous la gâchette facile d’un garde des côtes mauritaniennes loin d’être un fait divers, est un incident malheureux qui a affligé deux pays frères condamnés à vivre ensemble. Paix à l’âme du disparu.

Très vite les présidents Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall qui se trouvent à Adis Abeba ont pris la mesure de ce drame pour calmer la situation et parer à tout dérapage. Des émissaires seront dépêchés réciproquement pour jouer aux bons offices. Pour que ces genres d’incidents ne se reproduisent plus.

Entre voisins, la moindre étincelle peut réveiller les vieux démons. Eviter de jouer aux pyromanes pour agir en pompier est la seule conduite qui vaille pour fermer le passage aux sirènes de la discorde. Il appartient d’abord à la presse de faire preuve de mesure et de responsabilité.

Devants les faits, refuser de céder aux colportages de fausses nouvelles et dans la pratique ne pas se faire l’écho des chantres de la haine. A ce prix les médias auront rempli leurs engagements professionnels et honoré leur profession de foi.

Nous osons espérer que ce comportement sera le seul qui accompagnera le travail des chevaliers de la plume ainsi que celui de tous les autres de cette noble profession. Notre degré de responsabilité se mesure à l’aune de notre sens d’élévation devant de telles épreuves fâcheuses.

La presse est le miroir par lequel se reflètent les bons comme les mauvais comportements. C’est avec la presse que les événements dramatiques prennent ou non du relief, que réussissent ou échouent les médiations. Surtout c’est par son biais que les peuples arrivent à se comprendre ou se haïr.

Entre la Mauritanie et le Sénégal c ’est l’incontournable marche d’un destin commun où la frontière n’est qu’un artificiel héritage que l’absurdité des hommes a réduit en tristes territoires séparés par des lignes de démarcation fragilisées par des incidents sporadiques capables d’être évités par la raison humaine.

La sagesse des anciens a toujours pris le dessus sur les pulsions morbides promptes à enfumer les relations entre les peuples. Les conventions et autres accords politiques n’ont de sens que quand les hommes chargés de les mettre en œuvre sont animés des motivations sincères. Nos gouvernants sont la première colonne qui doit veiller à respecter et faire respecter de tels engagements.

Ceux qui au final en sont les garants n’ont pas droit à l’erreur. Mais encore faudrait-il qu’ils sont bien imprégnés de la mission qui leur est confiée. Qu’un garde côte tient une arme comme la seule réponse à la surveillance des eaux territoriales, c’est s’assimiler en robot de la violence et de la barbarie.

L’usage de l’arme a ses règles et ses limites que ceux qui s’en servent ne doivent pas en abuser tant qu’ils sont capables de recourir à des moyens civilisés. Pourvu que le calme et la raison imposent leur loi sur la violence aveugle et génératrice de l’hystérie collective. Qu’Allah nous en préserve !

CTD
Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : Faussaires

Autour d’un thé : FaussairesLe Calame - Nul ne meurt, dit-on, sans avoir eu son jour. De gloire s’entend. Et le doigt, aussi, ne fait pas comme ça, mais comme ci. Je commence à commencer à aimer les députés ou, du moins, certains d’entre eux, puisque « d’autres certains » ne traient pas le lait « sur leur tête » et se retrouvent, alors, difficilement « aimables ».

Qui veut le respect, ne dit-on pas encore, n’a qu’à monter avec, sur la « tête » d’un arbre… Pour une fois qui n’est pas coutume, les honorables ont discuté d’une bonne affaire. Ah ça, oui, Une vraie de vraie affaire, les faux diplômes ! Et toute la fausseté qui va avec.

Faux et usage de faux diplômes, « c’est un secret de Polichinelle », s’est écrié l’un de ces messieurs. Moi, je le savais depuis longtemps : pour rédiger une lettre de motivation en vue d’un poste de directeur central d’un ministère de souveraineté, tel postulant, docteur ès-Lettres, titulaire d’une agrégation en linguistique, agrémentée d’une licence en chimie et d’un master en langues étrangères, recourt aux services d’un nègre.

Or c’est bien connu : tout ce qui est fondé sur du faux est faux. Chamboulement total, véritable remise en cause de tout le processus : de 1978 à nos jours, tout l’édifice s’écroule. Car, en toute logique, faux diplôme signifie faux diplômé et faux diplômé, faux fonctionnaire.

C’est comme les faux billets de banque. Qui, non seulement, ne servent à rien mais peuvent, aussi, directement conduire en prison. Les faussaires de diplôme et leurs complices sont, à ce titre, plus dangereux que les faussaires d’argent.

Ceux-ci n’en usent que pour se payer des voyages, aller danser au Teroubi ou au Café de Rome, changer de mehlefa, séroual ou boubou, au féminin comme au masculin, et flamber au Casino, quelque part à Dakar, Abu Dhabi ou aux confins du Tiris Zemour, histoire de faire diversion et tenter d’effacer leurs traces.

Ce qu’on appelle « tirer les branches ». Mais ceux-là falsifient, eux, les diplômes, falsifient les fonctions, falsifient les nominations, falsifient l’administration, falsifient la démocratie, falsifient l’armée, falsifient la justice, falsifient le pays.

Mon ami, consultant international en « affaires et climatologie, changements de la stratosphère et marche sur la lune, vision approchée du soleil levant et études sécuritaires », polyglotte fort de huit langues (hassanya ancien et moderne, tamachek, bambara, wolof, pulaar, soninké, haoussa, amazigh).

Français, un pé ; arabe, choueiy choueiya ; anglais, small small ; gros mais vrai diplôme, donc ; me dit souvent : « C’est moi qui ‘’a’’ fait ça. C’est moi qui ‘’est’’ parti sur la lune avec Gagarine ». Mais, comme, chez nous, on ne va pas aller de sitôt sur la lune, comme les changements climatiques ne concernent que les autres et qu’il doit, lui, travailler, il a accepté la direction des mahadras, au ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement originel.

C’est, effectivement, assez original. Pour autant, les députés doivent pousser beaucoup plus loin leur courage car il n’y a pas que les faux diplômes. Il y a, aussi, les faux hommes. Les fausses femmes. Les fausses fortunes. Les fausses annonces. Les faux démocrates.

Les faux opposants. Les fausses intentions. Les fausses professions de foi. Le faux est presque partout. Envahissant. Etranglant. Réduisant. Jusqu’à, même, de faux présidents. De ceux qui trompent leur peuple. Volent leur peuple. Méprisent leur peuple. Anecdote.

Il y a fort longtemps, je dirai même jadis, au temps où les animaux parlaient encore, bref, il y a au moins quinze ans, avant, donc, l’avènement de la Mauritanie nouvelle ; en réalité, bien avant ; un wali – je dis bien, un wali – reçoit son relevé de compte bancaire, libellé en français. Un vrai casse-tête, du véritable chinois.

Après avoir beaucoup réfléchi, il se résout à appeler un de ses subordonnés : « Ya khouye [mon frère], j’ai oublié mes lunettes à la maison », lui dit-il, « ces gens de banque, leur français est mélangé et d’ailleurs, moi, je suis arabisant : regarde-moi combien j’ai sur mon compte ». Un wali bilingue, c'est-à-dire qui ne connaît ni le français ni l’arabe. Assurément, les faux diplômes ne sont pas un faux problème ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)