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Les opérations africaines de Carlos, le dandy de la terreur

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy, en France, avec l’ex-star du terrorisme international, Laszlo Liszkaï a tiré un ouvrage où l’on suit les traces sanglantes du « Chacal ». Jeune Afrique a choisi de revenir sur trois épisodes marquants de sa vie.

S’il avait pu écrire sa propre fin, le « Chacal » aurait mordu la poussière, Tokarev au poing, un trou sanglant à la boutonnière, plombé par un superflic ou un commando d’espions à la solde de l’Empire. La police française ne lui a pas laissé cette grâce. « Balancé » par ses protecteurs soudanais, Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, star internationale de l’ancienne scène terroriste, s’est retrouvé saucissonné dans un sac de jute à Khartoum, le 14 août 1994, pour un aller simple vers la case prison, où il moisit depuis vingt-trois ans.

Il n’est pas près d’en sortir : condamné deux fois à la perpétuité, en 1997 et en 2011, il l’a été une troisième fois en mars 2017 pour l’attaque qui a fait deux morts au Drugstore Publicis, en 1974. De profundis, le Vénézuélien a livré au journaliste Laszlo Liszkaï le souvenir de son parcours débridé, dans un monde coupé par le rideau de fer où l’hyperterrorisme d’Al-Qaïda n’existait pas, où la cause palestinienne se défendait encore à la dynamite.

Le monde de Carlos… selon Carlos !

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy avec le Chacal, Liszkaï a tiré un ouvrage, Le Monde selon Carlos, où l’on suit les traces sanglantes du desperado du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations extérieures (FPLP-OE). L’ouvrage se lit comme un roman policier, et l’auteur ne manque pas de souligner dans l’avant-propos qu’il y décrit « comment est le monde de Carlos… selon Carlos ! »

Loin de l’image du révolutionnaire hirsute en baskets des seventies, le Chacal y apparaît en dandy gominé aux costumes impeccables, voyageant exclusivement en première, se faisant livrer ses repas par les meilleurs restaurants dans de confortables villas, sillonnant Budapest la communiste en Mercedes dorée, puisant à pleines mains dans le butin révolutionnaire pour assurer son train de vie, multipliant les conquêtes féminines. On pourrait y voir un personnage de fiction, prince Malko de la révolution ou 007 au service de l’OLP, n’étaient les 1 500 victimes que le maître terroriste revendique sans remords. Extraits.

 


Décembre 1975 : vers La Mecque des révolutionnaires

Le « Guide » libyen, Mouammar Kadhafi, furieux contre le roi saoudien, qui a fait baisser les prix du pétrole, commande à Carlos la prise en otage des ministres de l’Opep, réunis à Vienne.

Le ministre saoudien Ahmed Zaki Yamani et l’Iranien, l’ancien patron de la redoutable Savak, Jamshid Amouzegar, ne savent pas qu’ils sont condamnés à mort. Carlos, dès le début de la planification de l’opération, se porte volontaire pour exécuter la sentence et être le bourreau s’il le faut. La peine de mort a été prononcée par les trois sponsors principaux de l’opération : la Libye de Kadhafi, l’OLP d’Arafat et le FPLP.

Les explications des commanditaires sur les raisons de ces mises à mort étaient assez confuses et contradictoires. Le cas de l’ancien chef de la Savak était plus évident. En réalité, Jamshid Amouzegar n’a jamais été le directeur de la Savak mais le ministre de l’Intérieur. En fait, il n’y a pas de contrat spécifique sur sa tête, mais il est là et il doit être liquidé juste pour la cause.

En ce qui concerne cheikh Yamani, le colonel Kadhafi lui reprochait de feindre son engagement envers la solidarité arabe. De fait, l’Arabie saoudite a largement bénéficié des contrats juteux venant des grandes compagnies occidentales. Par ailleurs, le Guide libyen, en accord avec le FPLP, ne lui pardonne pas d’avoir présenté Yasser Arafat au roi Fayçal. Il était convaincu que ce sont les pétrodollars saoudiens qui avaient boosté le Fatah et fait basculer l’OLP dans le camp anti-nassérien soutenu par la Libye.

Arafat, quant à lui, voulait la mort de Yamani, parce que c’est lui qui avait accompagné le prince Fayçal Al-Chammari au cabinet royal, où il a ensuite abattu son oncle, le roi Fayçal. Pour Arafat, le cheikh Yamani était responsable du changement de la politique antisioniste du royaume wahhabite après l’assassinat du roi Fayçal, l’inventeur de l’arme du pétrole. Tant de rancune pour une mise à mort. Cette commande ne sera pas non plus exécutée.

Négociations au téléphone

Revenons sur le pays de l’attentat, l’Autriche, pays neutre. Sa priorité est plutôt un départ des terroristes sans vague. Salem, qui, entre-temps, redevient Carlos, discute les modalités de départ avec le ministre de l’Intérieur. Karl Blecha les accompagne même en bas de la passerelle du DC-9 autrichien.

L’avion décolle le lendemain matin, le 22 décembre 1975, avec les pilotes autrichiens, les six membres du commando, dont Klein [membre des cellules révolutionnaires ouest-allemandes], blessé, avec son médecin et une soixantaine d’otages, dont onze ministres. Direction l’Algérie.

Aucun des pays amis, y compris le commanditaire libyen, ne veut laisser atterrir l’avion. L’OLP d’Arafat se désolidarise « officiellement » de l’action terroriste de l’organisation, jusqu’ici inconnue, nommée Bras de la révolution arabe. Le FPLP fait la même chose.

C’est une des règles du jeu, les sponsors sont les plus critiques en public. Le chancelier Kreisky, profitant de ses relations privilégiées avec les pays arabes, obtient l’accord du président algérien Houari Boumédiène pour faire atterrir l’avion avec les otages et leurs geôliers à Alger.

À Alger, Carlos quitte l’avion et entre en pourparlers avec ses hôtes dans une ambiance de plus en plus détendue. Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, le colonel Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, et le colonel Mohammed Benahmed Abdelghani, ministre de l’Intérieur, obtiennent la libération des otages non arabes. Hans-Joachim Klein est transféré dans un hôpital militaire algérien.

Nous devions refuser toute transaction financière pour ne pas mettre en danger l’opération

Carlos reste cinq heures avec les responsables algériens dans le salon VIP de l’aéroport. Bouteflika est en ligne avec le prince héritier saoudien Fahd, qui propose 50 millions de dollars pour la vie sauve de son ministre Yamani.

« Sur le coup, j’ai refusé l’offre. Au début Kamal Kheir-Beik [haut responsable du Parti social nationaliste syrien et coorganisateur de l’opération] a suggéré d’exiger une rançon, mais Abou Hani [nom de guerre de Wadi Haddad, fondateur et chef du FPLP-OE] était contre. Il a dit que nous devions refuser toute transaction financière pendant l’opération, pour ne pas mettre en danger son déroulement. Les États concernés devraient payer après et ça devait être comme ça. »

Pendant ce temps, sur l’autre téléphone, c’est le colonel Draia qui discute. Au bout de la ligne se trouve Abbas Ali Khalatbari, ministre iranien des Relations extérieures. « Pendant la négociation, il est appelé par le Chah, qui passe la communication à son Premier ministre, Abbas Amir Hoveida, qui accepte le principe de payer 25 millions de dollars. Mais j’ai appliqué la ligne de conduite demandée par Abou Hani et je n’ai pas accepté. »

À Tripoli, mauvaise surprise

Les Algériens obtiendront que les Saoudiens mettent à la disposition de Carlos un Boeing 707 plus puissant que le DC-9 autrichien. « L’opération devait durer, dans les conditions prévues, entre sept et dix jours, jusqu’à la fin d’une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, au Caire, pour dénoncer les « accords du kilomètre 101 du Sinaï » entre l’Égypte et Israël, qui avaient ouvert le chemin de la trahison. » Une fois de plus, rien ne se passe comme prévu.

Pour meubler le temps avec les otages restant, Carlos et les quatre autres terroristes partent en road show, après avoir passé dans une radio locale un long communiqué en arabe rédigé par Kamal Kheir-Bek au nom du Bras de la révolution arabe. Ils veulent « sautiller » d’aéroport en aéroport en prévoyant à chaque escale de libérer les délégués restants.

 

En arrivant à Tripoli, c’est la surprise et le désarroi. L’accueil est loin d’être chaleureux de la part d’un pays ami et surtout du commanditaire principal. Carlos est furieux car la tour de contrôle fait tourner l’avion pendant plus d’une heure au-dessus de l’aéroport. Ensuite, on ne laisse pas avancer l’appareil sur le tarmac vers l’aérogare. Ils débarquent les ministres libyen et algérien, ce dernier ayant refusé de rester à Alger par solidarité avec les autres membres de sa délégation.

Le Premier ministre libyen Abdel Salam Jalloud, à peine réveillé, monte dans l’avion. Il ne comprend rien et il ne sait même pas qui est Carlos. Khaled [alias d’Anis Naccache] descend de l’avion pour voir Abou Bakr Younis Jaber [ministre libyen de la Défense], qui était présent lors de la commande de cette opération passée entre Kadhafi et Kamal Kheir-Bek.

Retour à la case départ

Le Guide de la Jamahiriya est injoignable. Il boude le commando qui ne lui a pas amené sur un plateau la tête de Yamani. De plus la mort du délégué libyen [lors de la prise du siège de l’Opep à Vienne] a provoqué une tension intertribale. Il n’en peut plus. Il se retire pour méditer dans le désert. Par conséquent, Carlos et ses amis ne sont plus les bienvenus.

Les Libyens ne mettront pas à leur disposition un avion supérieur au DC-9. À partir de la tour de contrôle, via la radio, ils commencent à insulter Carlos et son commando. Le temps est arrivé de rebrousser chemin. Il est 2 heures du matin. Après une deuxième nuit blanche, les membres du commando commencent à craquer.

On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien

Carlos veut aller à Bagdad, mais le DC-9 n’est pas équipé pour cela. Alors, il décide d’attendre le Boeing 707 saoudien à l’aéroport de Carthage, en Tunisie. Encore une fois, les choses ne se passent pas comme prévu. Sur l’ordre du président tunisien Habib Bourguiba, on coupe l’électricité dans toute la région. On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien. Ils empêchent ainsi l’atterrissage nocturne. Changement de programme, avec un retour à la case départ, à Alger. […]

Lors de son interrogatoire, Anis Naccache, qui était du Fatah, reconnaît qu’il a voulu à tout prix abattre le ministre saoudien. « Vous deviez l’exécuter dans l’avion mais pas ici sur notre territoire, me chuchota Ahmed Draia à l’oreille, en me tirant à l’écart des autres. »

 


Juin 1976 : coup fourré à Entebbe

Les caisses du FPLP-OE sont vides et les prisons pleines de camarades. Depuis Alger, Carlos dirige le détournement, à Athènes, d’un Airbus de la compagnie israélienne El Al.

L’Airbus 300 se pose à l’aéroport de Benghazi, en Libye. « J’ai suggéré à Abou Hani de faire libérer les malades, y compris les Juifs, présenter aux autorités leurs revendications, éliminer les agents du Mossad s’il y en avait dans l’avion et jeter leurs corps sur le tarmac. Au moins, ça aurait fait chier Kadhafi. » Wadi Haddad sourit en imaginant la tête du Guide libyen, mais il ne suivra pas à la lettre les conseils de Carlos.

Le 28 juin à l’aube, l’avion quitte Benghazi pour Entebbe. Mahmoud [un membre du commando] remercie les otages pour leur patience. Ils sont tous transférés dans une salle de l’aéroport où le président ougandais, le maréchal Idi Amin Dada, vient les saluer et leur offre un petit-déjeuner copieux.

Toujours selon le plan prévu, le maréchal propose d’être l’intermédiaire. Le protégé de Kadhafi est complice de ce détournement. La proposition est acceptée par les pirates de l’air et par les Israéliens également. Ces derniers pensent pouvoir le manipuler. La suite va prouver qu’ils ont réussi.

Guet-apens à l’aéroport

Le général Barokh Bar Lev, ancien chef de mission militaire, a vécu jusqu’au 1972 en Ouganda et connaît bien le maréchal pétri d’orgueil. En appelant au téléphone, il feint de reconnaître son rôle important de médiateur et il en rajoute une couche disant qu’il peut recevoir le prix Nobel de la Paix en remplissant cette tâche. Idi Amin Dada, ego gonflé par la vanité humaine, tombe dans le piège et est convaincu que les Israéliens, désormais, ne feront rien sans lui. Il se trompe.

À l’aéroport d’Entebbe, Mahmoud présente les revendications du groupe terroriste. Il exige la libération d’une cinquantaine de leurs camarades détenus un peu partout en France, en Allemagne, en Angleterre ou en Israël, avant le 1er juillet à midi. Lors de la planification du détournement, Carlos, galant chevalier, glisse sur la liste des libérables les noms de ses trois copines sud-américaines arrêtées après la fusillade de la rue Toullier, à Paris.

 

Sauf qu’elles sont déjà en liberté. La France a payé une rançon de 5 millions de dollars en tant qu’impôt révolutionnaire. Air France règle ce montant sous une forme astucieuse comme taxe aéroportuaire à Alger qui sera récupéré à son tour par Wadi Haddad. À l’aéroport, les pirates de l’air séparent les otages. Les personnes d’origine israélienne doivent se rendre dans une salle à part. Les cent autres otages sont libérés. Les quatre pirates de l’air sont en communication avec Wadi Haddad.

Il est installé dans une villa au bord de la route qui mène à l’aéroport avec sa nièce Shushi. Six autres fedayins armés, dont trois venants du Fatah, sont dispersés dans les bâtiments de l’aéroport. Selon les écoutes des communications effectuées par les Israéliens entre les preneurs d’otages et Wadi Haddad, ce dernier demande d’exécuter les otages israéliens, même si Israël libère les prisonniers palestiniens. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin, opte pour la solution d’un sauvetage militaire.

 


Décembre 1978 : Hassan II dans la ligne de mire

Quand le Chacal affirme avoir reçu mission, du président algérien Houari Boumédiène, d’éliminer le roi du Maroc.

Le 27 décembre 1978, Carlos perd un autre protecteur très influent. Le président algérien Houari Boumédiène est mort à Alger. Le nouveau président Chadli Bendjedid place ses fidèles dans l’administration et vire les anciens hommes de main, comme Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, ou Saleh Hidjeb, « Vespa », patron du commissariat central d’Alger.

Avec ce dernier, ancien truand et tueur à gage du régime sous la présidence de Boumédiène, Carlos monte un projet pour assassiner le roi Hassan II au Maroc. Il envoie deux équipes séparées au Maroc, chacune de quatre personnes, mais sans qu’elles se connaissent.

Une seule personne pouvait nous indiquer

« Personne ne connaissait notre informateur. Il y avait une seule personne qui pouvait nous indiquer par quelle route le roi allait quitter Rabat. Chaque équipe devait se placer au bord d’une des deux routes. L’informateur, le moment venu, devait nous dire si Hassan II prendrait la route rouge ou la bleue. C’était seulement le contact direct à Rabat, moi et Saleh Hidjeb qui connaissions le nom de notre informateur, le général Ahmed Dlimi. »

La mort de Houari Boumédiène et le renvoi d’Ahmed Draia ont stoppé net la collaboration de Carlos avec ses amis algériens. Donc l’opération du roi de Maroc est annulée. Le 16 juillet 1979, Saddam Hussein prend le pouvoir en Irak et élimine ses adversaires les uns après les autres. Carlos a déjà quitté Bagdad en janvier. Beyrouth est en pleine guerre civile et Alger n’est plus attirante. La route vers l’Est est déjà bien tracée.

Source : Jeuneafrique.com

 

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?L’Union sacrée pour un islam radical, referait-elle surface en Mauritanie ? Les méfaits de quelques illuminés obstruent la quiétude des populations désormais en position d’alerte permanente. Nous l’avons vu il y a de cela quelques jours, avec le cas d’un jeune forgeron, étiqueté comme « agneau du sacrifice ».

On semble tâter le terrain devant un état hésitant, au discours pas clair face à une menace pourtant quasi mondiale. Le ton monte dans les lieux de cultes. Ce qui serait dommageable pour le pays, ce serait la présence du terrorisme chez nous. Ce qui n’est pas exclu, vu que dans le temps, quelqu’un qu’on a manipulé s’est déjà ôté la vie. Aussi, mieux prévenir que guérir.

Le front mondial contre le terrorisme que les grands dirigeants de ce monde tentent de former n’y fera rien. C’est sans distinguo que les terroristes tuent. De jour comme de nuit, quel que soit le temps ou le lieu, plus personne ne peut se sentir en sécurité. Les terroristes imposent la peur. En réponse, les gouvernants « civilisés » invitent à : « alerter et dénoncer ». Un monde de peur et de suspicion.

C’est le décorum de « 1984 », le fameux roman de George Orwell. Autant dire que ce double diktat va fragiliser l’humanité si on n’y prend garde. Si comme prédisent certains experts, il faudra 25 ans pour vaincre le terrorisme, soit une génération, quel sera le prix de la victoire ? L’essentiel n’est pas de vaincre les terroristes, il faut plutôt donner une autre chance à l’humanité. C’est cela le véritable combat à mener. Plus de juste, plus d’équité.

Les terroristes islamistes n’ont pas le soutien des bons musulmans. Ceux qui connaissent le livre saint, ne peuvent être en phase avec des assassins. L’islam dénonce cette manière d’être. La réponse aux turpitudes de l’occident ne saurait se traduire par des tueries aveugles, le massacre d’innocents. C’est l’occident qui a créé ses monstres, entendons nous dire.

Certes, oui. L’essayiste André Vltchek écrit dans « Terrorisme musulman : à qui la faute ?» : « D’une civilisation pacifique et créative, qui penchait vers le socialisme, les nations musulmanes et l’islam lui-même se sont retrouvés soudainement désorientés, dupés déjoués, infiltrés par des implants religieux et idéologiques étrangers et transformés par les idéologues et les propagandistes occidentaux en une « menace considérable », les summums et les symboles du terrorisme et de l’intolérance ».

Et tout part selon lui, du soutien des wahhabites car « presque tous les mouvements radicaux de l’islam d’aujourd’hui, partout dans le monde, sont liés au wahhabisme, une secte réactionnaire ultraconservatrice de l’islam et qui contrôle la vie politique de l’Arabie Saoudite, le Qatar et autres fidèles alliés de l’Occident dans le Golf ».

L’endoctrinement islamique de nos jeunes, vient de là ; de même que celui des jeunes occidentaux qui peuplent les camps de Daesh. Voici des jeunes que l’on bourre capta gon –une drogue qui entraine une résistance à la fatigue, une vigilance accrue et une perte de jugement- le mal pour ces gens, c’est l’occident. C’est à l’état mauritanien de ne pas se tromper de combat, face à un wahhabisme rampant qui peut causer sa perte. Le mal n’a jamais triomphé du bien.

ADN
Source : Rédaction Cridem

 

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?Pour un bon projet de loi, c'est un bon projet de loi que celui, présenté par le gouvernement, concernant la pénalisation, enfin, des violences faites aux femmes. Et qui reconnaît que ces violences sont multiformes.

Que l'imagination masculine n'a aucune limite, quand il s'agit de rabaisser une femme, d'en faire une victime, de lui manquer de respect, de lui faire du mal.

Mais, comme de bien entendu, la part la plus rétrograde de nos oulémas est montée au créneau pour dénoncer ce simple bon sens, à savoir la protection de la femme et ses droits face à la justice, inscrivant ainsi dans la durée et face au monde que femmes et hommes sont égaux devant les violences et face à la justice. Partout, on a entendu s'égosiller nos chers penseurs, clamant que ce projet de loi était anti- islamique... Comme si l’islam permet de faire du mal aux femmes et leur refuse le droit à la justice !

Ils s'égosillent tellement qu'ils arriveraient presque à faire croire, à ceux qui veulent bien les écouter, et ils sont nombreux malheureusement (nos parlementaires en font visiblement partie), qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour coups et blessures contre son mari, qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte contre son conjoint, pour attitudes rabaissantes et violentes.

Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour harcèlement et pressions diverses. Qu'il est anormal qu'une femme puisse voyager sans autorisation de son mari... Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour viol.

Dans leur islam fast food, ils ont réponse à tout, osent nous parler, dans le cas des violences physiques, de gradations dans les coups (!!!!), qu'une petite baffe de temps à autre n'est pas violence. J'aimerais leur demander quand commence la violence et quand finit-elle...

Et sur quelle échelle est inscrit le droit à massacrer sa femme ? Un plat trop cuit, une baffe ? Un boubou brûlé par le fer à repasser, deux baffes ? Tenir tête, on lance le poing ? Se refuser sexuellement à son mari, là, bastonnade en règle ?

Et comment conçoivent-ils le viol ? Zina pour la femme ? Toujours le bon vieux poncif meurtrier qui dit : « elle l'a bien cherché » ? Sans compter la graduation des insultes et ce qu'un mari peut se permettre : « salope », c'est un mot d'amour ? « Putain », une tendresse ? « Chienne », un aveu de désir ? Apparemment oui, pour nos savants à la barbe indignée qui sont, vent debout, contre le bon sens et leurs femmes.

Apparemment oui, vu que nos honorables parlementaires sont entrés dans la fronde à leur tour, le courage n'étant pas la première de leur qualité. Et tout le monde de polémiquer sans fin, oubliant les femmes, les sorts de certaines femmes, les droits des femmes, les violences dont elles sont victimes...

Remarquez, dans un pays où l'excision n'est pas pénalisable, où le mariage précoce se pratique à grande échelle, où la polygamie fait partie des meubles, où une victime de viol est, d'abord, accusée de zina, rien de bien étonnant que toute cette agitation sur les femmes.

Violences faites aux femmes ? Concept d'occidentaux dégénérés ! Qu'est-ce que la violence faite aux femmes, dans un pays où la naissance d'un garçon est plus fêtée que la naissance d'une fille... où le corps de la femme concentre tous les fantasmes, ce corps qu'il faut cacher absolument : une mèche de cheveux apparente et c'est la fin du monde !

Car j'aimerais demander, encore, à nos anti projet de loi, qu'est-ce que la violence faite aux femmes, pour eux ? Qu'est-ce que cela signifie ? C'est quoi d'être une femme, à part le réceptacle de toutes les misères, de toutes les barbaries, de tous les sévices ? Et je leur demanderais, aussi, où sont-ils, quand un homme jette sa femme à la porte ? Où sont-ils, quand des gamines se font violer ? Où sont-ils, quand une petite fille est mariée à douze ans ? Oui, où sont-ils, quand une pauvre fille mère célibataire se retrouve à la prison des femmes pour zina ?

Je sais que c'est un vœu pieux, que nos religieux vont gagner la partie, profitant de la lâcheté de nos politiques.

Mais je retiendrai que, pour la première fois, notre gouvernement a fait preuve d'audace, dans un pays qui n'aime rien tant que l'immobilisme, sous couvert de religion. Ce projet de loi sera amendé ad nauseam. Il sera vidé de tout son sens car l’État a toujours abandonné son rôle moteur, face aux religieux.

Nos parlementaires n'iront pas à l'encontre des oulémas, à l'encontre de ceux qui tiennent le pays en coupe, depuis des années, imposant, décrétant, menaçant ; ceux qui ont pris la République en otage, les mêmes qui appellent au meurtre tous les vendredis.

J'aurais aimé, aussi, que le gouvernement aille plus loin et décide de revoir l'amendement concernant l'âge légal du mariage (18 ans), une honte et un scandale, imposé par le prisme des oulémas, celui qui dit « sauf en cas de fille incapable », amendement qui permet les mariages précoces, la pédophilie institutionnalisée...

Interdire, tout simplement, les mariages précoces, oser envoyer en prison les parents qui donnent leurs filles mineures : voilà ce qui serait un geste fort, un geste historique. Ne pas plier devant les menaces et les interprétations. Ne pas céder un pouce de terrain.

Car nous parlons bien du corps de ces gamines-là. Nous parlons bien de sexe. De sang. De violences. Nous parlons de petites filles déflorées de force, déchirées, forcées. Nous parlons bien de grossesses très précoces.

Nous parlons bien de viols. Pas d'autres choses. Ceci n'est pas abstrait. C'est un fait. J'aimerais que nos chers députés aillent faire un tour dans les associations de femmes qui recueillent certaines de ces gamines. Ou à l'hôpital, à la maternité. J'aimerais bien que nos chers députés assistent, puisqu'il leur faut, apparemment, voir pour croire, à la nuit de noces d'une petite fille forcée par un homme plus âgé. Car c'est souvent ainsi, n'est-ce pas : une gamine mariée à un homme beaucoup plus vieux.

J'aimerais que nos chers députés se rappellent leurs cours de science et d'anatomie, si tant est qu'ils en aient eu, et se remémorent l'appareil génital d'une petite fille... et l'appareil génital d'un homme adulte.

Car il faut dire les choses, mettre un nom sur les pratiques, mettre un mot sur ces violences. Sinon, nous ne finirons jamais d'ergoter sur le sexe des anges. Leur rappeler que notre pays a signé toutes les conventions de protection des mineurs. Et que le mariage précoce est un crime contre mineures. Un crime contre les femmes.

Que l'atermoiement et les lâchetés ne sont que complicités de viols et d'actes pédophiles. Que s'ils décident et acceptent qu'une partie de notre citoyenneté passe par la pratique de la pédophilie, c'est que nous ne sommes pas dignes du monde. Qu'ils en profitent, tant qu'ils y seront, pour réfléchir, aussi, à la pénalisation de l'excision.

Au fait d'envoyer, enfin, des parents en prison, pour acte de torture sur humain. Qu'ils se souviennent de celles qui vivent et vont vivre la double peine : l'excision ET le mariage précoce, au nom de principes archaïques, machistes, misogynes.

J'espère qu'un député aura le courage de se lever et de dire que les temps ont changé. Que nous ne sommes plus au VII° siècle. Que les mœurs ont changé. Que le monde évolue. Et que si nous rattachons notre foi juste à la forme – et le mariage précoce en est une – nous avons oublié le fond.

Leur rappeler que les droits des femmes sont des droits inaliénables. Que les femmes demandent plus de protection que les hommes, dans nos sociétés qui se replient sur elles-mêmes, dans nos sociétés où les pétrodollars wahhabites laminent l'intelligence et les droits.

Qu'une nation qui laissent les mauvais instincts s'ériger en vertus est indigne. Devant ses citoyens et devant Dieu. Qu'ils sont là, dans l'hémicycle, pas simplement pour faire caisse de résonance du pouvoir mais, aussi, pour décider ce que nous serons demain. Et que même si une partie des oulémas est vent debout, même si une partie de la population est contre, il faut imposer.

Seule la loi fait force. Seule elle. Le reste les gens s'y plieront. Comme ils se sont pliés à d'autres lois. Alors, j'ose espérer que notre Assemblée va se grandir et décider de protéger, enfin, nos filles, nos femmes, contre tous les archaïques. J'ose espérer. Et je leur dis : courage, seul le premier pas coûte ! Soyez dignes de vos filles et femmes. Salut.

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Adieu 2016, bonjour 2017 !

Adieu 2016, bonjour 2017Vivement 2017. Le monde vient de dire adieu à l’année 2016 qui fut marquée par une crise internationale multiforme : terrorisme ravageur qui a fait des milliers de morts.

Implication sélective des grandes puissances dans les affaires internes des États souverains entrainant des destructions massives comme ce qui se passe en Syrie, en Lybie ou en Iraq sous couvert d’un droit international tronqué qui vaut pour les uns et qui ne veut rien dire pour les autres.

Sommets internationaux sur la très à la mode problématique du réchauffement climatique : COP 21 à Paris puis COP22 à Marrakech. L’année 2016, c’est aussi l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique et le départ de Ban Ki Moon qui sera remplacé par le Portugais Gutierrez aux Nations Unies. Chez nous, pas vraiment de choses particulièrement nouvelles. Le président a voyagé vers beaucoup de pays.

On ne demande pas à un homme combien de temps il a duré, mais qu’est ce qu’il a rapporté ? Allez savoir. Le rapport Forbes qui vient de placer la Mauritanie à la 137ème place/157 en termes de bonnes conditions pour le climat des affaires. Ce qui ne semble pas corroborer les tonitruances d’un certain ministre de l’économie et des finances.

Organisation du Sommet Arabe sous la tente. Pour cela, toujours selon le ministre de l’économie et des finances, la Mauritanie aurait reçu l’équivalent de 14 milliards d’ouguiyas en espèces et beaucoup d’autres dons dont voitures de luxe en nature.

Vous ne m’avez pas vu ça ? C’est passé où ? Dans un pays qui prétend être le chantre de la lutte contre la gabegie, la transparence de la gestion de la chose publique doit être la règle. Puis il y a eu le festival d’Ouadane puis il y a eu les vacances présidentielles.

Il y a eu aussi quelques visitations dont celle d’Atar fut la plus emblématique avec la sortie de Khdeija Mint Kleib devenue entre une soirée et sa matinée une héroïne nationale qui a démasqué les applaudisseurs et jeté le discrédit sur leurs allégations mensongères et démagogiques.

Puis il y a eu un dialogue prétendument national et inclusif auquel tous les partis du Forum National pour la Démocratie et l’Unité et autres comme l’Alliance pour la Justice et la Démocratie n’ont pas participé.

Trois semaines à l’issue desquelles, des amendements constitutionnels, notamment la dissolution de certains institutions nationales comme le Sénat, le changement du drapeau et de l’hymne ont été proposés. Parmi les conclusions du dialogue, il y avait aussi la possibilité d’organisation d’un référendum constitutionnel et d’élections législatives et municipales.

Pendant tout 2016, l’opposition radicale est restée à sa place. L’autre opposition et la majorité sont restées l’autre opposition et la majorité. ‘’Moi pas bouger’’. Vers la fin décembre, il y a eu la malheureuse déclaration de Chabaat du parti de l’Istiqlal marocain.

Les mécanismes de la courtoisie internationale et des traditions diplomatiques se sont mis en branle pour régler l’indélicatesse langagière de Chabaat : Entretien téléphonique entre sa Majesté Mohamed VI et le président Mohamed Ould Abdel Aziz puis déplacement du premier ministre Benkirane à Nouakchott. Ça ne pouvait se passer que comme ça. Contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire.

Personne n’a peur de personne ‘’tant que la main atteigne son pied’’. En 2016, l’Afrique est restée l’Afrique avec ses choses vraiment à elle. Un président (Denis Sassou Nguesso) qui est au pouvoir depuis quarante ans et qui compte encore se représenter.

Un autre (Robert Mugabe) de plus de quatre vingt treize ans et qui continue encore à avancer clopin clopan. Un troisième (Joseph Kabila) dont un ultime second mandat finit en décembre et qui refuse de lâcher le pouvoir. Ses manœuvres lui rapportent quand même un bonus d’un an de plus avec un gouvernement dirigé par son principal rival (EtienneTshisekedi) de l’opposition radicale. Ça peut inspirer la Mauritanie.

Sait-on jamais. Puis le comble du ridicule. Un président africain (Jammeh) qui reconnaît sa défaite, félicite son adversaire et après quelques jours, se rétracte, refuse de quitter le pouvoir et exige l’arbitrage d’une cour constitutionnelle.

Juste après le retour de ses congés, le président Ould Abdel Aziz devrait se rendre à Banjul pour convaincre Jammeh de quitter le pouvoir et de le céder au jeune président élu Adama Barrow.

Qu’est ce qu’Ould Abdel Aziz dira à Jammeh ? De respecter la démocratie, d’avoir plus d’égards pour le choix du peuple et de ne pas torpiller ce processus à peine naissant pour ne pas décevoir l’espoir des Gambiens. Souhaitons que Jammeh soit amnésique pour ne pas se rappeler ce qui s’est passé un certain 6 août 2008 en Mauritanie. Amine. Vraiment, l’Afrique à d’incroyables talents. A faire mourir de rire.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités

CalamitésCertains concepts semblent confus dans la tête de certains mauritaniens. Ceux-ci accomplissent ainsi la prouesse de dialoguer seul. La capacité de faire débat avec un unique invité. Le don de bâtir la démocratie sur un coup d’Etat. La bonne gouvernance par la promotion de la gabegie. Le développement par la langue. Les prouesses économiques via les chiffres.

Le tripatouillage « légalisé ». La rédemption des « grillés » et le rafistolage du vieux, pour en faire du neuf. En cela, la presse n’est pas en reste. Ni publique. Ni privée. C’est pourquoi, pour ceux dont les têtes sont « cassées sur » nos indigestes programmes nationaux de télévision, nous avons éternellement l’impression de quelque chose de déjà très vu.

Ce que l’expression populaire appelle des informations « mâchées par les veaux ». Sur tous les plateaux de télévisions publiques et privées, c’est quasiment toujours les mêmes personnes, rabâchant les mêmes sujets, avec les mêmes journalistes. Certes, les prestations des uns et des autres ne sont pas totalement uniformes.

Les efforts des uns faisant oublier les médiocrités des autres. La flagornerie prenant souvent le dessus, sur l’à peine imperceptible bonne foi. Depuis trois semaines, tous les écrans sont envahis, surtout à partir de vingt-deux heures, par les péripéties de ce dialogue qui n’en finit pas de finir, après n’avoir pas fini de commencer.

Toutes les émissions télévisuelles, radiophoniques ne parlent que de ça. Chacun y allant de son analyse, pour étayer des hypothèses parfois complètement erronées. Mais, comme le chien n’aime que son étrangleur, je suis là, accroché à mes TV.

Des TV qui me fâchent, tantôt, qui me font rire, parfois, à travers ce que leurs invités débitent de choses indécrottablement mélangées et confuses. Dimanche soir 16 Octobre 2016, je tombe sur une émission de la Wataniya, animée par le confrère Ahmed Ould El bou. Un débat. Avec un seul invité : Saad Ould Louleïd.

Un transfuge d’IRA dont le parti vient d’être officiellement reconnu. Saad parlait de tout. De lui. De son supposé combat de militant des droits de l’homme. De son combat politique. Un adage populaire dit que ton argument est bon s’il échappe à celui de ton ami.

Comme quoi, quand on est seul, on peut tout raconter. Habituellement, les journalistes ne secouent pas leurs invités. Amabilité ? Courtoisie ? Ou amateurisme ? Allez savoir. Un débat, c’est généralement très animé. C’est la juxtaposition d’au moins deux avis, généralement antagonistes, sur une problématique donnée.

Avec des rebondissements souvent sulfureux d’un talentueux journaliste, afin de relancer l’empoignade et lui donner encore plus de saveur et d’intérêt. Mais de là à laisser quelqu’un se raconter aussi aisément qu’il veut. Sans contradicteur. Sans modérateur. Sans vérificateur. C’est complètement désintéressant et fastidieux. Mais il est clair que, sur les media publics comme sur les media privés, il n’est pas permis de tout dire, même et peut-être surtout, rien. C’est pourquoi les invités sont « intelligemment » choisis. Ne vient pas à la Mauritanienne qui veut.

Les autres télévisions privées appartiennent, pour l’essentiel, à des personnalités ou groupes très inféodés au pouvoir. Comme ça, en haut en haut, elles sont indépendantes et, en bas en bas, elles ne font que ce qui plaît au système. L’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio Mauritanie, La Mauritanienne ne sont, en fait, que de haut-parleurs officiels, alors que, sur le papier, ce sont des services publics auxquels devraient avoir accès tout le monde (majorité et opposition), dans les mêmes conditions et suivant les mêmes procédures.

Or, en réalité, ces organes ne sont que des outils de la propagande officielle dont le zèle dépasse, souvent, la limite de l’indécence et de la discourtoisie. La Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel devrait procéder aux réglages nécessaires et rappeler, si besoin, tout ce monde à l’ordre.

Normalement, c’est ça. Vous avez dit normalement ? Pourtant, nous rabâche-t-on, la Mauritanie est le premier pays arabe, en termes de liberté de presse. Comme quoi nul ne meurt sans avoir eu son jour.

El Kory Sneïba
Source : Le Calame (Mauritanie)

Algérie : problèmes de succession

Abdelaziz Bouteflika est-il vraiment en état d'exercer la lourde charge de président de la République algérienne dès lors que sa santé lui interdit de circuler dans le pays, de s'adresser à son peuple et de voyager à l'étranger - hormis pour des contrôles médicaux périodiques ?

Il a été élu le 17 avril 2014 pour un quatrième mandat de cinq ans à la tête de l’Algérie.

Depuis, on se pose la question, et certains, postulant que je connais la réponse, me la soumettent.

Je connais effectivement la réponse : sans avoir vu moi-même le président algérien, j’ai reçu les confidences de plusieurs personnes qu’il a rencontrées en 2014 et en 2015.

Je ne pouvais évidemment pas en faire état, mais je savais que Bouteflika, quoique diminué, demeurait bien informé, en état de décider de l’essentiel.

Dans un livre qui vient de paraître sous le titre éloquent de Ce que je ne pouvais pas dire, un homme politique français de premier plan, Jean-Louis Debré, écrit noir sur blanc ce qu’il a vu et entendu le 9 décembre 2015, il y a donc cinq mois, lorsqu’il a été reçu par le président algérien.

Son auteur avait-il le droit de rendre publics ses impressions et le contenu de son entretien ? Sans doute pas, mais il l’a fait, et son témoignage répond aux questions que l’on se pose sur l’état de santé du président algérien. Jugez-en.

« Il m’accueille dans son palais, situé un peu en dehors du centre d’Alger, très fortement et visiblement protégé. Une résidence médicalisée, me dit-on.

Il est tassé dans son fauteuil, très essoufflé, la voix faible. Un petit micro collé contre sa bouche permet de mieux entendre ce qu’il dit. Il a bien des difficultés pour s’exprimer. À plusieurs reprises, il doit s’interrompre pour boire une gorgée d’eau. Il me faut être particulièrement attentif pour réussir à le comprendre. Il m’indique avoir toujours eu beaucoup d’estime pour mon grand-père et aussi pour mon père. Évoquant ses nombreux désaccords avec ce dernier, il me précise qu’il respectait « l’homme de convictions et de loyauté : quand il disait oui c’était oui et non c’était non ».

Il m’avait déjà raconté cela lors de notre rencontre de 2007.

Il me demande des nouvelles de Jacques Chirac. Il souligne alors combien ses relations avec « le président Chirac » avaient été approfondies, « amicales et positives ». Il me rappelle qu’ils avaient su, ensemble, « ouvrir une nouvelle page amicale des relations entre l’Algérie et la France« .

Concernant François Hollande, Bouteflika souligne qu’il ne le connaissait pas « avant son élection », mais qu’il a été « très agréablement surpris par son esprit d’ouverture, d’amitié et d’imagination » et « par sa volonté de fortifier les relations franco-algériennes ».

Il tient à me préciser que le général de Gaulle fut à ses yeux celui qui marqua le plus fort intérêt pour l’Algérie, tandis que Jacques Chirac et François Hollande sont pour lui ceux qui auront le plus contribué au développement des relations entre les deux pays. « Ils doivent, devant l’Histoire, en être remerciés », me dit-il d’un ton solennel.

*

À propos de la situation au Mali, il insiste sur le soutien de l’Algérie à l’engagement français sur le terrain. « Sans l’intervention de la France, il n’y aurait sans doute plus de Mali. » Et il ajoute : « Je sais que cette intervention a été critiquée, mais elle est salutaire, non seulement pour le Mali, mais pour tous les pays voisins dont l’Algérie. »

Il pense en revanche qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit syrien, que la France ne doit pas prendre le risque de s’y enliser et d’envoyer des troupes au sol. Pour lui, il n’y a pas d’autre solution que de rechercher une issue politique qui doit associer Bachar al-Assad, et naturellement l’Iran. « Pays avec lequel, souligne-t-il, il faut dialoguer. »

Il rappelle que c’est bien l’intervention américaine de 2003 en Irak qui a déstabilisé la région et déclenché toutes les crises qui ont suivi.

Il est aussi question dans notre échange des rapports entre l’Algérie et le Maroc, qu’il qualifie de « déplorables ». Bouteflika se demande devant moi pourquoi les responsables marocains ne cessent pas d' »insulter l’Algérie et son chef « …

Tandis que notre entretien se termine, je constate qu’il a de plus en plus de mal à parler. Sa respiration est hachée, il est fatigué. »

En conclusion de sa visite, Jean-Louis Debré se demande : « Bouteflika est-il encore en capacité de diriger l’Algérie ? C’est la question que je me pose tout au long de cette soirée. Il est à l’évidence bien informé des affaires internationales. Mais cet homme épuisé après moins d’une heure d’entretien, à l’élocution difficile, n’est-il qu’un paravent derrière lequel se cachent des hommes ou des clans soucieux de garder le pouvoir le plus longtemps possible ? »

*

C’est la question que beaucoup se posent depuis deux ans à propos de l’Algérie. Comme si Abdelaziz Bouteflika était le premier chef d’État à se maintenir à la tête de son pays bien que diminué par la maladie !

Démocratie établie, la France elle-même a été dirigée en 1973 par un Georges Pompidou très malade, sans que l’on sache si son état le lui permettait. Son mal l’a emporté, et il est mort au pouvoir le 2 avril 1974.

En 1988, François Mitterrand a brigué un second mandat de sept ans alors qu’il se savait très malade (et protégeait ce « secret d’État »). Il a mis un point d’honneur à achever son septennat, et presque personne n’a trouvé à y redire.

En Afrique, où la démocratie et l’alternance peinent à s’instaurer, la Tunisie a vécu plusieurs années avec comme président un Habib Bourguiba qui n’avait plus toute sa tête, tandis que la Côte d’Ivoire se souvient que dans les années 1990 Félix Houphouët-Boigny était resté président tout en se soignant des mois durant en Europe ; il n’était rentré dans son pays que pour y mourir.

Ces cas, et d’autres qu’on pourrait égrener à l’infini, posent le problème de la succession des détenteurs du pouvoir suprême.

*

La plupart d’entre eux veulent aller jusqu’aux limites de leurs forces et ne se préoccupent guère de préparer leur succession.

Tout se passe comme s’ils souhaitaient au fond d’eux-mêmes qu’elle soit compliquée, voire inextricable.

Raison de plus pour saluer les très rares chefs d’État africains qui ont eu le courage de quitter volontairement le pouvoir, alors qu’ils pouvaient s’y maintenir. Les noms de Léopold Sédar Senghor et de Nelson Mandela viennent spontanément à l’esprit.

Mais revenons à l’Algérie : Abdelaziz Bouteflika sera bientôt à la moitié du mandat commencé il y a deux ans. Son pays a pris son temps pour préparer sa relève et celle de sa génération.

Ce répit sera-t-il utilisé à cette fin ? Dans ce cas, et seulement dans ce cas, ce ne sera pas du temps perdu.

Par Béchir Ben Yahmed

Source : JeueAfrique.com

 

 

Calamités

Jamais de mémoire de mauritanien, la tribu n’a été aussi forte. Ainsi, l’éradication de cette organisation rétrograde, dont la Mauritanie semble être l’un des rares bastions au monde, semble être un combat perdu d’avance. Le grand espoir suscité par les propos de l’ancien président Maouiya Ould Sid ‘Ahmed Taya en 1985 à Néma ne sont plus qu’un lointain mauvais souvenir. Depuis lors, la tribu a servi à consolider les pouvoirs depuis la fin des années 70 à nos jours. C’est sur sa base que font et se défont les carrières. C’est grâce à elle que des va-nu-pieds ont été promus aux plus hautes fonctions civiles et militaires. Elle est partout. Inévitable qu’elle est aussi bien dans le monde des affaires que de la politique.

Même si jusqu’en 2008, ses apologistes en usaient et en abusaient avec encore un peu de retenue et de discrétion. Les dosages tribaux, régionaux et mêmes « points cardinaux » ne sont en fait que des manifestations de la prééminence de l’incontournable tribu. Au moment où certaines timides entreprises de quelques bonnes volontés essaient de défaire le pays de l’emprise massacrante de la tribu, les cercles militaro-politico-affairistes s’emploient à plein régime de l’ancrer profondément. Au point que ce n’est plus choquant que des médias officiels : télévisions et radios en fassent publiquement le panégyrique à travers de piètres émissions où les prétendument faits de guerre et d’héroïsme sont revisités sans honte. Et comble de l’ironie, au lieu que l’Etat prenne ses responsabilités en interdisant toute activité ou tout propos à caractère tribal, ses services les encouragent et les parrainent. Que de fois n’a-t-on pas  vu ces dernières années, telle ou telle tribu organiser une grande manifestation pour célébrer la mémoire de son aïeul avec force invitation des autorités officielles dont les représentants bénissent les anachroniques rencontres. Que de fois n’a-t-on pas vu les pouvoirs publics envoyer de grosses délégations pour aller assister à l’intronisation d’un chef de tribu ou aux obsèques d’un notable traditionnel ? C’est tellement évident que les organisations rétrogrades tirent leur force de la faiblesse de l’Etat. Il est bien entendu qu’en Mauritanie, la prééminence de la tribu ne dénote pas que de cela. Mais du rôle très important que cette organisation joue en politique depuis l’avènement du processus démocratique à maintenant. De 1991 à aujourd’hui, aucun système ne peut prendre le risque de ne pas « collaborer » au détriment de l’intérêt général avec la tribu pour se maintenir aux affaires.

Ce n’est pas un hasard que les grandes villes constituent les plus grands fiefs de l’opposition. Et que les plus grands réservoirs électoraux, dont profitent les détenteurs du pouvoir, se situent en zones rurales où les considérations tribales sont encore très fortement ancrées. De quel droit se prévaut certains dirigeants pour distribuer indument les biens publics aux notables tribaux ? Et de promouvoir honteusement leurs proches (fils, cousins, amis et autres) en ministres, hauts fonctionnaires sans aucune référence les prédisposant à cela ? Qu’est ce qui justifie cette générosité circonstancielle même s’il est connu que c’est très facile d’être gentil avec le bien des autres. La Mauritanie semble marcher à reculons. Pendant deux décennies (1960 à 1978), le pays a failli rompre avec la tribu. La volonté politique de ses bâtisseurs et le mouvement contestataire des Kadihines en sont certainement pour quelque chose. Le concept de tribu est tombé complètement en désuétude. Les jalons d’un Etat moderne se posaient  résolument. Malheureusement, depuis plus de trois décennies, c’est le recul. Les considérations anachroniques ont largement pris le pas sur les valeurs républicaines. La tribu, l’injustice sociale, l’appartenance identitaire et autres sectarisme, oligarchie militaire, dosages, affairisme ont pris en otage le pays à travers une succession de systèmes charriés au gré de circonstances dont coups d’état, parachutage, élections frauduleuses. Au point qu’après cinquante six ans d’indépendance, le pays est revenu aux pires moments de la « Seiba » où un seul chef régente les affaires selon ses humeurs et ses intérêts dans une cacophonie de petits groupes de tribus ou de communautés qui s’emploient hystériquement à qui mieux mieux à lui plaire en lui faisant croire faussement que sans lui rien ne peut aller.

Sneiba El Kory

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Nouvelles d’ailleurs : Z'avez dit Constitution ?

J'aime bien quand on nous chatouille les côtelettes comme ça, à coups de déclarations tests sur la possibilité ou pas que notre Sultan puisse se présenter pour un troisième mandat, pourquoi pas pour un quatrième et un cinquième...

OK, notre Rais n'a pas moufté...C'est pas son truc. Lui, son hobby ce sont les rencontres avec le populos, la fraternisation avec la masse, le discours auto suggestif dans lequel il tente de persuader tout ce beau peuple rassemblé que tout va bien chez nous... ça s'appelle de l'auto hypnose et, parfois, ça marche.

Il a laissé quelques ministres, barbes et moustaches en mode « innocence patriotique », nous expliquer que notre Chef n'a pas assez de deux mandats pour faire tout ce qu'il voulait faire pour nous, genre « électrification » pour tous, « bouffe » pour tous, « boulot » pour tous, « goudronnage » pour l'ensemble, « autoroute » pour certains petits pistonnés de la Guibla, « égalité » pour ceux qui en comprennent le sens, « rectification » économique, etc. etc....

Dans le camp des constitutionnalistes, on a ressorti l'artillerie lourde, envoyé au front les militants creuser des tranchées, astiqué les casques lourds, préparé l'intendance, sorti les pigeons voyageurs pour les communications par dessus les lignes ennemies, fait les provisions.... Bref, nous préparons notre Verdun à nous... Que dis-je, notre Char Bebbe contemporain... ou notre Oum Tounsi du XXI° siècle. Va y avoir du sport....

Pauvre, pauvre Constitution des Nous Z'Autres... Elle n'a pas choisi ce rôle difficile de tenter de donner une armature à notre gouvernance.

Depuis 1978, contre son gré, elle nous joue la danse des 7 voiles, effeuilleuse contrainte et forcée, reine du strip tease... Elle a déjà tellement été bafouée... tellement été revisitée à la mode militaire, tellement été contournée, tellement été vidée de son sens...

A chaque coup d'état, elle a perdu un vêtement. Même une partie de l'opposition qui crie au scandale aujourd'hui l'a déshabillée lors de la « rectification » de Sidioca...

Notre Constitution c'est un peu Open Bar, Happy hour, prix cassés, gigantesque brocante, tout à 10 UM....

C'est l'arlésienne des Nous Z'Autres. Mais c'est la seule que l'on ait....toute strip teaseuse qu'elle soit.

Elle fait son spectacle, gouvernements après gouvernements, militaires « civilisés » (devenus « civils » j'entends) après militaires « civilisés » et nous sommes, nous braves Nous Z'Autres, les spectateurs d'un spectacle qui dure, dure, dure....

En tous cas c'est bien parti pour une modification de notre Table de la Loi... Si un Ministre de la Justice le dit, 'est que ça va se faire... Au passage ce même ministre a inventé le concept de la « constitutionnalité justiciable ».... C'est un coup de génie... Aussi génial que l'invention du communiqué Numéro Un au moment d'un coup d’État (c’est le seul que l'on retient, les autres ne viennent après que pour combler le temps d'antenne à la radio prise par les putschistes et pour occuper le communicant des «  inverseurs de présidents »)... Il faut bien qu'un Ministre de la Justice s'occupe de constitutionnalité, à défaut de la Justice.

Taya l'avait déjà sérieusement remaniée. Aziz va sûrement la « bistouriser ».

Moi j'ai la solution depuis des années : instaurer chez nous une bonne vieille monarchie de derrière les fagots...

On désigne un Roi, on corrige notre appellation, on fait dans le royalisme « éclairé » en gardant quand même un Premier Ministre et un Parlement (ça aide à calmer la rue), on s'invente une généalogie royale, on briefe l'héritier et, hop, le tour est joué....

La TVM nous apprendra à brailler en chœur «  Le Roi est mort, vive le Roi » au moment où le monarque casse sa pipe et rejoint son Créateur, on tirera quelques coups de canons lors de l'intronisation du nouveau monarque, on offrira au peuple en transe royale quelques tonnes de yayeboy, on fera défiler nos valeureuses forces armées et même les non armées, on aura droit à un discours fleuve, à un match de foot de gala, aux courtisans pliés en deux, aux déclarations d'amour des chefs de tribus qui ont prêté allégeance, à l'adoubement de personnalités de l'opposition passées dans le camp de la Monarchie, aux youyous hystériques des femmes, etc., etc....

Euh...j'ai l'impression d'un déjà vu quand j'écris ça.... Attendez je me relis....

Bon. Je signale que toute ressemblance avec des personnages ou des événements passés et/ou actuels est involontaire de ma part.... Ce n'est pas ma faute si, de n'importe quel bout qu'on la prenne, la politique chez nous c'est, bizarrement, de la nouveauté dans la continuité....

Bref... D'une Constitution déjà fortement malmenée à une monarchie qui s'annonce, je pense que l'on va bien rire pendant cette campagne présidentielle qui n'a jamais cessé...

Rire jaune... Mais ça on y est habitué....

Et quand je dis que l'on nous prend pour des imbéciles......

 

Salut

Mariem mint DERWICH

 

 

Nouvelles d’ailleurs : La dèche...

Nouvelles d’ailleurs : La dèche...Dèche. Dèche par-ci, dèche par-là. Voici le nouveau mot à la mode chez les Nous Z'Autres. Il est partout, dans toutes les bouches, conjugué à toutes les sauces. Il est démocratique : les pauvres l'emploient, les classes moyennes le murmurent, mine affligée, les riches l'assènent, rageusement : dèche.

Pas de luttes des classes, un vrai vocable égalitaire. « Comment vas tu ? – Dèche. – Comment va ta famille ? – Dèche. – Comment va la grand-mère ? – Dèche. (Est-ce à dire que nous faisons face à un déficit de grands-mères ? Kham, a pensé la chroniqueuse qui vous pond cette chronique hebdomadaire) – Comment vont les rougeurs des fesses du petit dernier ? – Dèche. »

Et tutti quanti, jusqu’à la dèche totale. Là où notre politesse légendaire ou, plutôt, notre propension à manier le Verbe, avec amour et truculence, nous imposait de répondre par l'affirmative « El hamdou lillahi, el khaïr.... », nous voici soudain « uni-mot ». Pendant des siècles, nous répondions aux salutations par un optimisme quelque peu suspect.

Vous aviez la peste ? El hamdou lillahi, tout va bien ! Vous étiez à l'article de la mort ? El hamdou lillahi, tout va bien, macha Allah ! Nous avions instauré les salutations où, quoiqu'il se passe, el hamdou lillah, tout va bien !

Parfois un impoli tentait une diversion en répondant « Bouyye, tu vois bien que j'ai et la peste et le choléra et le botulisme et la dengue, wallahi rien ne va ! El hamdou lillah… » Ce quidam révolutionnaire était aussitôt inscrit à la case « n'a pas toute sa tête » et rentrait dans le rang.

Bref, el hamdou lillah, tout allait bien. D'accord, après ces échanges d'amabilité où nous faisions comprendre, à notre hôte, que, dans notre petit monde familial, tout un chacun était en bonne santé, que nous mangions tous les jours à notre faim, que tout était parfait, nous pouvions commencer à parler les choses sérieuses, autour d'un verre de thé, en disant la vérité, à savoir que la nièce avait la gale, que la femme connaissait des vapeurs, que les temps étaient durs, etc., etc.

Aujourd'hui, on saute la case départ. Plus le temps des départs. Nous nous adaptons au sur-place de notre situation économique. Notre Sultan avait, coup de génie de son staff « communication et autres manières de s'adresser aux Nous Z'Autres », inventé le fameux « Président des Pauvres ».

Chacun d'entre nous était très content de ne pas appartenir à cette classe de miséreux : il y avait les pauvres et nous. Cela ne nous empêchait pas de râler car, « intellos » que nous sommes, nous moquions le populisme éhonté de cette fonction présidentielle fièrement affichée.

Pourtant, force est de constater que notre Roi avait raison. Il est bien le Président des Pauvres. Il gouverne un pays peuplé quasi exclusivement de pauvres. Il y a toujours les pauvres traditionnels, variables d'ajustement de toutes campagnes politiques. Ceux là sont pauvres, pauvres parmi les pauvres.

Ils n'ont jamais connu la moindre opulence. Ils ont une fonction bien précise : justifier les distributions de yaye boy par des excités de la majorité politique, la ponction dans les caisses de la SNIM et autres « petits achats des consciences »... Ils doivent rester pauvres, ces pauvres-là. Riches, ils ne serviraient à rien.

Ils aiment les puissants qui viennent, parfois, leur rendre visite, la télévision qui les filme, le temps d'un déplacement de la grande caravane qui suit les « visitations présidentielles »... Le pauvre pauvre permet de magnifiques reportages.

Mais, situation économique oblige, notre République des Sables s'est réveillée, un matin, pauvre, plus que majoritairement pauvre, massivement, unanimement pauvre. Un monde de pauvres. Un monde de dèche. Un monde de diable tiré par la queue, d'angoisses, de survie primaire.

La dèche totale : pas d'argent, pas de travail... Rien ne bouge : nous sommes dans le temps de l'immobilité. L'argent est là, quelque part, mais il ne circule plus. Et une richesse qui ne circule pas est aussi ridicule qu'un pou sur la tête d'un chauve. C'est la dèche, le trou abyssal de la désespérance. Nous sommes entrés en agonie...

Et nous sommes bien obligés de constater que notre Raïss avait raison : il est bien le Président des Pauvres. Il ne dirige qu'un pays de pauvres. Pour résumer, pour nos amis occidentaux qui me lisent : en haut un Président des Pauvres, en bas des pauvres, des pauvres partout, rien que des pauvres. Comme ça, tout est simple. Pas de prises de tête. Nous sommes dans la dèche. Un pays de pauvres et.... d'experts.

Z'avez regardé le journal de notre télévision nationale ? Pendant 30 minutes, reportages à l'appui, nous sommes heureux de constater que, si nous ne sommes pas capables de faire bouillir nos marmites, des gens pensent et travaillent pour nous.

Nous sommes un pays de réunions, de comités, d'ateliers de travail, de ministres qui sont sur le terrain, de re-réunions, de re-comités, de re-ateliers de travail, de re-ministres ou de sous-ministres re-sur-le-terrain, à inaugurer des stades, des chantiers, des chantiers et encore des chantiers...

Le pouvoir travaille. Il nous le fait savoir. Notre administration travaille. Elle nous le fait savoir. Nos ministres travaillent. Ils nous le font savoir. Notre télévision nationale travaille. Elle nous le fait savoir. Nous sommes champions toute catégorie de l'atelier de travail.

De quoi nous plaignons nous, nous, pauvres dans la dèche ? Qu'on m'explique le but premier de l'atelier de travail qui ne sert à rien. Mais ce sont nos ateliers de travail. Ils nous appartiennent. Nous n'avons qu'eux, pour adoucir nos soucis et tracas de pauvres.

Nous sommes des pauvres heureux de nos ateliers de travail. Ils ne servent à rien ? Pas grave : ils nous permettent, au moins, un bonne tranche de rigolade pendant 30 minutes, tous les soirs au journal national et « international » (ça, c'est pour épater les quelques suicidaires du monde arabe et africain qui s'emmerderaient tellement qu'ils auraient envie de regarder nos chaînes de télé...).

Bref... Nous sommes dans la dèche. Nous n'avons jamais autant été dans la dèche, une bonne vieille crise économique de derrière les fagots, bien dure. Et, vous savez quoi ? Les vraies mauvaises nouvelles économiques ne sont pas encore arrivées ! Comme le dit, avec un humour désespéré, un ami : « Je me suis fait crédit à moi-même et je n'arrive pas à me faire payer ». La dèche... Salut

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)