Mon12172018

Last update04:14:38 PM GMT

Back Economie Economie

Chronique

Attention : dangers

  • PDF

Ce que je croisJ'ai la curieuse et désagréable impression que notre pauvre monde ressemble en ce moment à un avion sans pilote, alors qu'il est entré dans une zone de turbulences. Comment ne pas en être inquiet et ne pas scruter l'avenir avec la plus profonde appréhension ?

Où que vous portiez le regard, vous apercevez les signes inquiétants d'une désarticulation des structures sociopolitiques sur lesquelles était fondé l'équilibre de nos continents.

Je sais que beaucoup d'entre vous partagent mon sentiment et s'alarment de voir l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe elle-même, qui se vantait d'être une oasis de paix, secoués par un mal nouveau porteur, sous une forme ou une autre, de déstabilisation.

Parlons-en :

*

1) L'Afrique Première puissance économique du continent et son pays le plus peuplé, le Nigeria perdra, en 2015, la moitié des revenus annuels provenant de l'exportation de ses hydrocarbures. Et le voici, depuis plusieurs semaines, frappé de plus en plus fort par la violence d'une rébellion qui, loin de se résorber, déborde sur les pays voisins l'un après l'autre : Cameroun, Niger, Tchad...

Il en est réduit à appeler au secours, au point que l'on s'interroge : pourra-t-il, dans cinq semaines, tenir son élection présidentielle, déjà reportée ?

L'Afrique du Sud, deuxième puissance économique du continent et sa démocratie la plus flamboyante, est, elle aussi, en grave danger.

Son économie est frappée de langueur, son Parlement n'est plus ce qu'il a été et son président, dont l'intégrité est de plus en plus gravement mise en cause, a cessé d'être respecté.

S'il se porte vers le nord du continent, notre regard s'arrête sur un immense pays au sous-sol gorgé de pétrole et de gaz, situé sur les rives de la Méditerranée : la Libye.

En 2011, il a secoué le joug d'une dictature kleptomane, mais le voici, moins de trois ans après ce qu'on a pensé être une délivrance, en état d'inquiétante désintégration. La déliquescence de l'État et de la nation est si avancée que la malheureuse Libye est en passe de devenir, à court terme et pour très longtemps, une nouvelle Somalie.

Laquelle sera, n'en doutez pas, une grave menace pour la stabilité des six pays africains qui lui sont limitrophes.

Et pour celle de l'Europe, qui lui fait face de l'autre côté de la Méditerranée.

*

2) Cette Europe est, elle-même, en proie à des démons dont elle se croyait libérée pour toujours.

Nul ne sait si la Grèce, en "rébellion démocratique" contre l'austérité qui lui a été infligée depuis cinq ans, sera encore, à la fin de 2015, dans la zone euro ou même dans l'Union européenne. Ou si, ayant fait défaut, elle aura dû les quitter, à ses risques et périls...

Mais plus grave encore pour l'Europe est le conflit armé qui secoue l'Ukraine. Alimenté depuis Washington, il menace de s'envenimer pour se transformer en une guerre civile, un abcès de fixation et un facteur de division de l'Union européenne.

Il est avéré que les États-Unis ont décidé de faire de la Russie leur adversaire. L'Otan sera leur arme pour former autour de cette grande nation un cordon de pays hostiles et l'Europe elle-même sera entraînée, bon gré mal gré, dans cette résurgence de "la guerre froide".

Nul n'est en mesure de prévoir où et quand ce nouveau conflit armé s'arrêtera.

*

3) Le Moyen-Orient ? Il n'a pas connu de longue période de paix et de stabilité depuis près d'un siècle. Mais il n'a jamais été autant secoué qu'il l'est aujourd'hui par des insurrections armées qui ne respectent ni les régimes en place ni des frontières artificiellement tracées.

Ses trois puissances non arabes - Turquie, Iran, Israël - sont elles aussi entrées dans la danse ; désormais, chacune à sa manière, toutes les trois sont des facteurs de désordre.

Je pourrais parler du Venezuela, au bord de l'explosion sociale et de la faillite financière. Ou de l'Argentine, dont l'institution présidentielle elle-même paraît menacée.

Je pourrais citer Gérard Chaliand et évoquer cet autre facteur de désordre et de violence qu'est l'idéologie jihadiste. "Bien que condamnée à l'échec de façon certaine, écrit Chaliand, elle continue de séduire des jeunes souvent désoeuvrés, en mal d'identité et, pour certains, d'aventure, où les frustrations se débondent à travers la violence, le viol, les crimes et les délits étant impunis sinon même encouragés et justifiés.

Ce quartier libre peut fasciner mais l'impasse du jihadisme est inscrite dans son absence de projet économique et social. L'unique projet de cette idéologie, hors le pouvoir, reste la réglementation des moeurs. Beaucoup de bruit et de fureur en vain."

*

Si l'on passe à l'économie, on découvre que le virus de la déstabilisation ne l'a pas épargnée.

Souvenez-vous des Brics, dont on a pensé qu'ils allaient structurer la planète : rassemblés sous cet acronyme en 2001 par la banque Goldman Sachs, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud se sont constitués en un ensemble économique rival de la zone euro et des États-Unis.

À partir d'un rythme de croissance enviable, les "cinq grands émergents" - chaque continent est représenté par au moins un pays - ont tenu des réunions annuelles et créé une grande banque d'investissement.

On présentait les Brics, il y a peu, comme la force montante du XXIe siècle, mais cet ensemble vient de se disloquer sous le poids de ses contradictions internes : deux pays, l'Inde et la Chine, continuent d'afficher des taux de croissance positifs ; deux autres sont dans le rouge ou presque : la Russie est en proie à une sévère récession, tandis que le Brésil table sur une croissance inférieure à 1 %.

En outre, parmi ces quatre mastodontes, deux sont producteurs de matières premières (la Russie et le Brésil), tandis que les deux autres sont importateurs...

*

Ce vieux routier américain de l'investissement qu'est Warren Buffett a l'habitude de rappeler que "c'est seulement quand la mer se retire que l'on découvre qui ne porte pas de maillot de bain".

Par cet axiome de sagesse qui, à l'origine, visait les investisseurs, il nous dit d'attendre la fin de la tempête pour savoir qui y a succombé et qui a réussi à sauver sa peau.

Nous ne tarderons pas à être fixés.


Source : Jeuneafrique.com

 

 

Le "cas" saoudien (Par Béchir Ben Yahmed)

  • PDF

Béchir Ben Yahmed, directeur de Jeune AfriqueL'Arabie saoudite retient l'attention des chancelleries, de la presse et de l'opinion publique ; tout au long de ces derniers jours, elle a vu défiler dans sa capitale, par dizaines, des monarques, des présidents et des Premiers ministres. À l'occasion du changement de roi qui y est survenu il y a une semaine, ce pays, l'un des plus rétrogrades du monde et de l'islam, a été submergé de marques de sympathie et de solidarité. Voyons pourquoi l'Arabie saoudite est un "cas" et penchons-nous sur les raisons du traitement de faveur dont ce pays est l'objet.

Le roi Abdallah, 90 ans, est donc décédé le vendredi 23 janvier. L'événement était attendu. Son demi-frère Salman, 79 ans, lui a succédé, comme prévu. La monarchie fondée par Abdelaziz Ibn Saoud en 1932 - il a eu une vingtaine d'épouses, plusieurs dizaines de garçons et un nombre indéterminé de filles - en était à sa septième succession et a donné l'impression d'une gérontocratie relativement bien huilée : on connaît déjà le premier prince héritier (Moqren, 69 ans) et même le deuxième (Mohamed Ibn Nayef, 55 ans). S'il accède au trône, ce dernier inaugurerait l'arrivée au pouvoir suprême d'une nouvelle génération, celle des petits fils du fondateur du royaume.

>> Bien qu'attendu et se déroulant sans imprévu, le changement de monarque à la tête de ce pays de 30 millions d'habitants au sous-sol exceptionnellement riche mais qui demeure moyennement développé a fait figure d'événement mondial. Non sans étonnement, nous avons vu les dirigeants de tous les continents bouleverser leurs programmes et leurs emplois du temps pour, toutes affaires cessantes, aller "présenter leurs condoléances au nouveau roi". Des drapeaux ont été mis en berne et, ici ou là, dans plusieurs pays, on a décrété sept ou même quarante jours de deuil.

Plus étonnant encore a été d'observer que les plus empressés ont été les chefs de l'exécutif occidentaux, notamment ceux de France et du Royaume-Uni. Et que le président des États-Unis, Barack Obama, qui ne s'était jamais rendu à des obsèques hormis celles de Nelson Mandela, a écourté sa visite officielle en Inde pour, à son tour, accomplir à Riyad son "devoir de condoléances".

Il y a conduit une délégation bipartisane et l'on a entendu, de bouches américaines, beaucoup d'éloges hypocrites de la monarchie saoudienne qui n'ont été surpassés que par ceux, plus outranciers et obséquieux encore, de Tony Blair. Au Forum économique de Davos, temple du capitalisme mondial, tout le monde y est allé de son couplet, même la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pourtant féministe déclarée, qui a vanté "le courage réformiste du roi défunt", mais sans évoquer, fût-ce d'un mot, le sort peu enviable des Saoudiennes.

Question à 1 milliard de dollars : pourquoi ce pays de moyenne importance et dont la population subit, depuis près d'un siècle, une idéologie obscurantiste appelée wahhabisme (du nom de son fondateur Mohammed Ibn Abdelwahhab, mort en 1792), bénéficie-t-il d'une telle indulgence ? Que les Arabes, les musulmans et les Africains le ménagent, le considèrent, acceptent de lui ce qu'ils n'acceptent pas des autres fait à mes yeux problème : ayant besoin de ses largesses, ils s'inclinent devant le poids de sa richesse... Mais les Occidentaux, puissants et si prompts par ailleurs à se présenter comme les champions des droits de l'homme et de la femme ? Pourquoi traitent-ils l'Arabie saoudite et son détestable régime avec autant de considération apparente ?

J'ai eu pour ami, il y a vingt ans, un Saoudien, ambassadeur de son pays, dont il défendait loyalement la politique. Il écoutait mes critiques de l'idéologie wahhabite et des pratiques du régime et, au fond de lui-même, les partageait pour l'essentiel. Lorsqu'il a quitté son poste, il m'a recommandé en guise de testament : - "Cesse de mouliner comme un don Quichotte contre le régime saoudien. Nous serons morts toi et moi depuis longtemps qu'il sera encore là, tout-puissant."

Là est l'explication du comportement des uns et des autres à l'égard de ce régime : tous le croient puissant, solidement installé, protégé qu'il est par les centaines de milliards de dollars qu'il brasse, indestructible. Je suis persuadé, pour ma part, que ce régime, hautement nocif pour l'islam et pour le monde, est désormais sur la pente descendante. Il me survivra peut-être, mais ne fêtera probablement pas son centenaire en 2032.

Sa vraie puissance et sa longévité nuisible, il les tient d'un pacte conclu à bord du croiseur américain Quincy le 14 février 1945 entre Ibn Saoud et le président Franklin Roosevelt. D'une durée de soixante ans, cet accord a été renouvelé en 2005 par le président George W. Bush. Il garantit la sécurité du royaume et, par conséquent, le maintien de la famille Saoud au pouvoir ; en contrepartie, celle-ci assure aux États-Unis leur sécurité énergétique.

L'Arabie recelant dans son sous-sol les principales réserves mondiales de pétrole et ce dernier étant devenu la première source d'énergie de la planète, la progéniture d'Ibn Saoud, plusieurs centaines de princes, n'avait plus qu'à se donner un peu de mal pour se maintenir au pouvoir. Comme Israël, qui bénéficie lui aussi du soutien inconditionnel des Américains, ils ont tenu tête ou vaincu Nasser, Saddam Hussein et tous ceux qui ont voulu leur disputer leur prééminence.

Année après année, ils ont acheté des armes aux États-Unis, mais également au Royaume-Uni et à la France, qui les considèrent à ce jour, selon le mot de François Hollande, comme "d'excellents partenaires politiques, économiques et financiers". Ils sont devenus l'un des maîtres du monde et, au sein de l'islam, une puissance idéologique et financière incontournable. Mais, effet pervers de leur alliance avec les États-Unis et du wahhabisme devenu la doctrine d'un État qu'on ménage, ils ont produit Oussama Ben Laden ; la dissidence de ce dernier a conduit à la naissance d'Al-Qaïda, au 11 septembre 2001, au terrorisme, à la guerre contre le terrorisme et à leurs avatars actuels : le jihadisme, qui se propage en Afrique, et l'État islamique, qui gangrène le Moyen-Orient.

L'exploitation intensive par les États-Unis de leur pétrole et de leur gaz de schiste et la stagnation de la consommation d'hydrocarbures ont ôté à l'Arabie saoudite et à l'Opep leur rôle de régulateur de la production.

Les États-Unis vont donc pouvoir se libérer des obligations que leur imposait le pacte qu'ils ont signé il y a soixante-dix ans avec Ibn Saoud. Quant à leurs simagrées de ce mois à l'égard des gérontes de l'Arabie saoudite, elles n'ont d'autre fonction que de gagner du temps.

Source : Jeuneafrique.com

 

Nouvelles d’ailleurs : Nous avons oublié Dieu...

  • PDF

Nouvelles d’ailleurs : Nous avons oublié Dieu...

L'onde de choc provoquée par Charlie Hebdo n'en finit pas d'embraser les mondes musulmans. La vague de violences et de pillages qu'a connue le Niger est une des faces de « l'indignation » ressentie par des millions de croyants dans le monde.

A la bêtise, à la stupidité, à la provocation de la dernière Une de Charlie Hebdo, ont répondu nos bêtises, nos stupidités, nos provocations... Comme si tout n'était que questions de guerres de tranchées, de rigidités contre rigidités, de pensées contre pensées, faisant croire que se dresseraient face à face 2 mondes antinomiques, qui seraient incapables de vivre ensemble, de se respecter, de s'écouter.

Comme si, et l'exemple nigérien est clair, tout n'était question que de guerres de religions, tout un chacun braillant à tous les vents que seule sa religion est. Je refuse, quant à moi, le piège de la pensée unique qui voudrait que chacun choisisse un camp précis, sous le coup de l'émotion.

Cela ne veut pas dire que je n'ai pas été touchée par certaines caricatures de Charlie Hebdo. Touchée. C'est tout. Les unes du journal ne me plaisaient pas : je n'ai pas acheté le journal. Je n'ai pas commencé à hurler. Je n'ai pas commencé à courir dans tous les sens.

J'ai estimé qu'elles ne touchaient pas ma Foi, ne me reconnaissant pas, d'abord, dans ce « Mahomet » représenté. Moi je ne connais pas de Mahomet. Mon Prophète s'appelle Mohamed (PSSL). Il est loin de ces caricatures blessantes. En regardant ces images, je ne voyais pas l'Homme lumineux qu'il fut. Je ne voyais qu'une vision et un entendement tronqués des sensibilités des autres, c'est à dire de ceux qui ne sont pas athées ou chrétiens.

C'est en cela que je ne me suis pas sentie blessée.

En quoi un dessin sur un papier pouvait-il toucher ma Foi ?

Ma Foi a-t-elle besoin que je la proclame à tout bout de champ, la brandissant comme un étendard, que j'en fasse la preuve ?

Ma Foi est intime, profondément intime, tout en étant reliée à la vaste Oumma.

Suis-je une Egarée en disant cela ?

Et ma Foi, nonobstant ce que disent certains islamophobes, est compatible avec la démocratie, avec la laïcité, en vigueur dans certains pays.

Je sais aussi que Notre Prophète (PSSL) fut représenté, en particulier, entre le XII° siècle et le XV° siècle, représenté dans des miniatures persanes ou arabes, que ces représentations n'ont pas soulevé d'oppositions virulentes de la part des penseurs, des oulémas de ces siècles passés.

Nier ceci serait faire abstraction de l'histoire de l'Islam, de notre passé.

Mais cela, on ne nous l'apprend pas, on ne nous l'apprend plus, effaçant tout un pan de notre histoire commune, manière commode de censurer ce qui n'est pas ce que nous croyons aujourd'hui.

Passons...

Je suis musulmane, croyante, dans le monde. Ma religion est partie de mon identité, elle n'est pas que mon identité. Et, en tant que femme musulmane du XXI° siècle, je ne peux que m'affliger de ce que je vois.

Il n'y a pas un Musulman, Un Islam. Il y a des Islams...

Le hadith rapporté par Awf Ibn Malick annonçait ces divisions que nous connaissons : « « Les Juifs se sont divisés en 71 groupes : un de ces groupes entrera au Paradis et 70 entreront en Enfer. Les Chrétiens se sont divisés en 72 groupes : 71 entreront enfer et un entrera au Paradis. Par Celui qui détient mon âme en Sa Main, ma Oummah se divisera en 73 groupes : l'une entrera au Paradis et 72 entreront en Enfer. "Quelqu'un a demandé : " Ô Messager d'Allah , qui seront-ils? " Il a répondu : « Le corps principal des musulmans (Al-Jamaah) » .

Chacun d'entre nous, selon son école de pensée, regarde l'autre avec méfiance. Chacun d'entre nous soupçonne l'autre, d'école différente, de quasi hérésie. Les Sunnites détestent les Chiites et vice et versa.

Les wahhabites sont les ennemis des Chaafites, l'Ibadite est honni par le Malékite, etc etc.... Chacun est persuadé qu'il sera ce 73 ° groupe qui entrera au Paradis.

Le malheur de notre religion est qu'elle est profondément divisée. Cette division, malgré les arguties de certains qui voient la main de « l'Occident/laïco/sioniste », est apparue dès la mort de Notre Prophète (PSSL).

Et, au cours des siècles, les fractures n'ont fait que se renforcer, chacune avec ses oulémas, ses lois, ses visions, ses interprétations.

Le monde musulman est mort de sa propre main. L'Occident n'a fait que profiter de nos différences, de nos guerres idéologiques, de nos divisions. Et il continue à le faire, tout en les renforçant.

C'est cela la politique : diviser pour mieux régner et quand les divisions existent déjà, la tâche est encore plus facile.

Quand je vois des manifestants déchirer la Bible ( qui est pourtant citée dans le Coran comme étant Livre Révélé), quand je vois des manifestants brûler des Eglises, quand j'entends, dans des mosquées dans le monde, insulter les Juifs, les Chrétiens ( oublieux que nous sommes...), quand je vois des barbares décapiter, pendre, lapider, tuer, en notre nom, quand je vois les dizaines de milliers de musulmans assassinés par d'autres musulmans...je me dis que nous sommes bien loin du Message et de Notre Prophète (PSSL)...

Comme si tous ces actes pouvaient laver l'indignation, comme si seul le sang, seule la violence pouvaient être des actes de Foi... Comme si le fanatisme et l'ignorance n'étaient que le seul enseignement.... Nous sommes bien, nous musulmans, les première victimes de toutes ces guerres fratricides.

Chacun a mis Dieu à son service et a oublié de se mettre au service de Dieu... Nous avons tous oublié Dieu, tout pressés que nous sommes à défendre Notre Prophète (PSSL), mais, aussi, tout oublieux de Son Enseignement. Lui qui nous parlait de Dieu, Lui dont toute la vie n'a été qu'obéissance à Dieu, Lui que Dieu a choisi comme Son Messager, pour apporter la lumière.

Nous avons oublié Dieu....

Nous brandissons comme des étendards Notre Prophète (PSSL) mais nous oublions le modèle qu'Il fut et qu'Il doit être. Lui qui fut pauvre, Lui qui fut Juste, Lui qui fut tolérance, Lui qui fut Pardon, Lui qui s'est battu contre les inégalités, Lui qui n'a pas cherché la gloire...Lui qui fut insulté, chassé, moqué et qui, à chaque fois, a répondu par l'humour ou le pardon, jamais par le sang et les punitions collectives. Lui qui a pardonné à ceux qui L'ont renié...

Nous brandissons Son Nom mais nous vivons tellement loin de Lui, oublieux de la Foi. Le vrai sens de l'amour que Nous lui devons, que nous Lui portons, serait d'essayer, au moins, de vivre comme Il nous l'a enseigné : dans la simplicité, dans l'aumône, dans le partage, dans l'amour des hommes, dans l'obéissance à Dieu, dans la justice, dans l'équité....

Dans le pardon, dans la tolérance.... Mais nous vivons dans le contraire de ce qu'Il a apporté : nous sommes sociétés castées, nous oublions ceux qui n'ont rien, pensant qu'une aumône donnée à un feu rouge, par la fenêtre d'une voiture, fait de nous des musulmans, .nous amassons des richesses, nous faisons de nos inégalités des manières de vivre, nous nous contentons de réciter nos prières sans en entendre la profondeur, nous jugeons, nous décidons qui doit vivre, qui doit mourir, nous oublions la dimension du Pardon, le sens des mots pour ne nous attacher qu'à la forme, nous oublions notre intelligence, don de Dieu, pour n'être que robots....

Nous sommes dans les temps de l'idolâtrie et non plus de la Foi. Et, surtout, nous avons oublié Dieu, Le Seul Maître, Celui qui est Tout, Celui par qui tout est, Celui par qui tout vient... Nous avons oublié Dieu, enfermés que nous sommes dans nos certitudes. Nous avons oublié Dieu.... Que Dieu ait pitié de nous...

Mariem mint Derwich

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Nouvelles d’ailleurs : Pas en mon nom…

  • PDF

Nouvelles d’ailleurs : Pas en mon nom..Non. Je ne pas vais suivre la foule assoiffée de sang qui a applaudi, klaxonné, laissé éclater sa « joie » quand le verdict de peine de mort a été prononcé par le tribunal de Nouadhibou dans le jugement de Mohamed Cheikh Ould Mohamed dit Mkheïtir pour apostasie.

Non, je ne vais pas me réjouir de cette sentence.
Non, je ne vais pas me féliciter d'un «procès juste et équitable ».
Non, je ne vais pas invoquer Dieu pour justifier la mort d'un homme.
Et, en disant cela, je refuse absolument à quiconque le droit de me désigner comme « mauvaise » musulmane, quasi « mécréante », « ignorante » de la Loi, celle des hommes et celle de Dieu.

Je dénie ce droit là et me rappelle la Parole d'Allah : Sourate 28, Al Qasas, (Le Récit), verset 56 « Tu ne guides pas celui que tu aimes, mais c'est Dieu qui Guide qui Il veut ».... Je me demande juste, moi simple croyante, comment nous en sommes arrivés à ce qu vient de se passer ?

Comment avons-nous perdu tout sens de la réflexion autre que celle prise dans l'urgence, comment avons-nous oublié d'être bons, emplis de compassion, du sens du Pardon ?

J'ai été élevée dans l'amour de Dieu, dans l'Amour et le respect de notre Prophète Mohamed ( PSSL), dans l’obéissance au Livre Sacré, le Coran,...

Chaque fois que je m'interrogeais sur le sens du monde, mon vieux maître coranique ( ya rahmou) me disait : « Lis Notre Saint Coran : tout y est dit, tout y est annoncé, toute réponse est en Lui ».

J'ai été élevée dans l'Amour du Message, dans ce qu'Il a apporté de lumineux au monde et aux hommes. On m'a enseignée que l'Islam a libéré l'Homme de la Jahilliya, de l'obscurité et de l'obscurantisme, qu'Il nous a offert une communauté, une Foi inébranlable, une ouverture aux autres, une leçon de Pardon, de compassion, d'Amour.

On m'a appris que notre Saint Prophète (PSL) a été un homme profondément bon, profondément simple, qui a toujours privilégié l'écoute, le dialogue et le pardon, qui a aimé l'Humain, qui a été Lumière au milieu des ténèbres.

Je fais mienne ce texte magnifique de Tariq Ramadan : « Le prophète (PBDL) est venu aux Hommes avec un message de foi, d'éthique et d'espérance. L'Unique y rappelle à l'humanité entière Sa Présence, Ses exigences, et le Jour ultime du Retour et de la Rencontre.

Il est venu avec un Message et pourtant, tout au long de sa vie, il n'a eu de cesse d'écouter les femmes, les enfants, les hommes, les esclaves, les riches, les pauvres et les exclus.

Il écoutait, accueillait, et réconfortait. Elu parmi les Hommes, il ne cachait ni ses fragilités ni ses doutes. Au demeurant, Dieu l'a fait douter très tôt de lui-même afin qu'il ne doutât point ensuite de son besoin de Lui, et Il lui montra la réalité de ses imperfections afin qu'il se mette en quête de Sa parfaite Grâce et demeure indulgent à l'égard de ses semblables.

Je fais mienne, aussi, ces Paroles de notre Saint Prophète (PSSL) « les actions sont jugées d'après les intentions et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention »....

Alors, je dis que cette indignité qu'est la sanction de la peine de mort, je la refuse, moi, croyante.

Je ne reviendrai pas sur un procès où la justice n'a pas montré son meilleur visage, où elle a obéi à la foule et à la rue et non pas au droit, où un Procureur a tout mélangé, son rôle et celui de pseudo porte-parole d'une communauté, les zwaya et qui, donc, n'a pas parlé au nom du peuple mais d'une partie du peuple.

Comme si, seuls les zwaya, se devaient de ressentir de l'indignation ou avoir des interrogations au sujet des écrits du jeune Mkheïtir.

Il est indéniable que les propos tenus au début de l'année par le jeune homme de Nouadhibou ont été plus que maladroits et quelque peu empreints de bêtise. Et je comprends qu'ils aient pu choquer, dans leur image réductrice et peu étoffée. Il faut une solide culture et un solide savoir pour aborder les thèmes qu'il a abordés dans ses écrits, ce qu'il ne possède visiblement pas.

Là fut son erreur. Là est son erreur.

Mais je comprends aussi le message qu'il a voulu passer. Si nous refusons de voir cet aspect là du désespoir et de la colère de ses écrits, nous ne comprendrons jamais rien, n'évoluerons jamais.

Et nous laisserons croire au monde entier que, oui, le système des castes et des inégalités est musulman, est religieux, ce qui est une contre vérité aberrante.

L'accusation d'Ar-Riddah ( littéralement «le retour en arrière ») est trop grave pour que l'on laisse des foules chauffées à blanc par des gens qui ont d'autres desseins que la sauvegarde de la communauté des croyants décider, imposer à la Loi de la République ses désidérata.

La justice est et se doit d'être au dessus de tout cela.

La question des sanctions en cas d'apostasie n'a pas de réponse unanime et équivoque, encore moins en ce qui concerne le repentir.

Pour certains jurisconsultes la peine de mort ne doit pas être appliquée en cas d'apostasie, pour d'autres si.

Pour le repentir certaines écoles de pensée affirment que le repentir doit être exprimé dans les 3 jours qui ont suivi l'apostasie supposée ou réelle, pour d'autres dans les mois qui suivent, pour d'autres, encore, ce repentir peut être exprimé jusqu'à la mort naturelle de l'apostat. Et rien que ces divergences devraient faire réfléchir...Qui a raison, qui n'a pas raison... ?

Autant il existe dans notre Saint Coran plusieurs versets qui parlent de l'apostasie, autant, contrairement à ce qui est prédit pour les voleurs et les meurtriers, il n'est fait nulle part mention d'un châtiment terrestre pour celui qui apostasie, hormis le châtiment divin, la colère divine.

L'accusé a exprimé son repentir, cela est reconnu. Mais celui ci n'a pas été jugé sincère et vrai...

Qui donc est dans le cœur d'un homme hormis Dieu ? Qui peut prétendre à se substituer à Dieu pour décider ce qu'il y a dans le cœur d'un homme ?

Ceux qui ont entendu ce repentir doivent se rappeler les propos tenus par notre Saint Prophète ( PSSL) : « Les actions sont jugées d'après les intentions et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention ».....

Si de simples hommes, tout bardés qu'ils soient de diplômes de juristes, prétendent quantifier le repentir, que sommes-nous devenus ?

Alors, non, je dis « pas en mon nom » que cette sentence indigne.

Je dis pas en mon nom que ce jugement basé sur l'ignorance et le goût du sang.

Je dis que je ne me reconnais pas et refuse le droit que l'on condamne à mort en mon nom, moi simple croyante, peu savante certes, mais sincère dans ma Foi, soucieuse du Message, empreinte de ce Message.

Que Dieu ait pitié de nous, nous qui invoquons Son Nom mais qui oublions Ses mots d'amour, de paix, de compassion, nous qui ne faisons de La Parole Divine qu'anathèmes, imprécations, peurs, punitions.

Nous qui oublions qu'Il a envoyé sur terre un Prophète immense, Mohamed (PSL), un homme dont tout le monde loue la piété, la simplicité, le sens du Pardon, Lui qui n'a jamais aimé les exécutions, Lui qui a pardonné envers et contre son entourage parfois et l'opinion publique, Lui qui été Juste, profondément juste et bon.

Que Dieu ait pitié de Nous qui oublions La Révélation et Le Saint Coran.

Que Dieu ait pitié de nous qui avons effacé de notre cœur tout sentiment divin et qui nous pensons supérieurs à tout.

Que Dieu ait pitié de nous qui avons oublié d'aimer Dieu et qui avons oublié que Dieu nous aime.

Alors, Pas En Mon Nom....

Salut

Mariem mint Derwich

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Mauritanie : Editorial commun à toute la Presse écrite

  • PDF

La presse écrite mauritanienne se meurt. Elle rendra son dernier soupir sous peu, si des mesures salvatrices urgentes ne sont pas prises pour lui venir en aide. Fleuron des media, celle qui lutte, depuis son avènement, pour une Mauritanie juste, libre et égalitaire et que ni censures, ni saisies, ni brimades, ni privations n'ont fait plier, est en train de disparaître.

Face à la concurrence de l’audiovisuel, du Net et son corollaire, la chute drastique des ventes, l'exiguïté du marché publicitaire, l'absence de soutien des pouvoirs publics qui ne lui accordent que la portion congrue d'un fonds d'aide plus qu'insignifiant alors qu’elle devait lui être destinée en totalité, la presse écrite vit les heures les plus sombres de son histoire.

Réunis en « comité de crise », la semaine dernière, des éditeurs ont tiré la sonnette d'alarme. Espérant trouver une oreille attentive à leurs doléances, ils ont décidé de prendre le taureau par les cornes.

Cet éditorial, commun à toute la presse écrite, est un premier jalon d'une vaste opération de sensibilisation sur les difficultés en tous genres que vit la corporation. Lorsqu'en 2006, les nouvelles autorités ont décidé d'abroger la loi sur la presse et d'en promulguer une nouvelle proscrivant désormais la censure, nous nous en sommes, évidemment, tous félicités, sans manquer, cependant, de clamer que la presse avait besoin de beaucoup plus, pour seulement survivre.

Sans un soutien de l'Etat, elle est vouée à disparaître. Au Sénégal, au Maroc et en France, la presse est subventionnée, au même titre que les syndicats et les partis politiques. En Mauritanie, très faiblement. Certes, nous n'avons pas une culture démocratique et ceux qui nous dirigent admettent toujours très mal la critique, partant du principe de «qui n'est pas avec moi est nécessairement contre moi », variante guère plus sophistiquée du fameux « le chef a toujours raison»…

Mais nous l’avons dit et répété aux autorités : une démocratie n'a pas besoin d'un Quotidien national, les ressources et publicités qui lui sont allouées doivent être orientées, plutôt, vers la presse écrite privée. Celle-ci joue un rôle irremplaçable et garantit, à notre pays, une place autrement honorable, dans le concert des nations consacrant ainsi le principe de la liberté d'expression.

Nous l’avons dit et répété, de même, aux partenaires extérieurs du développement démocratique de notre nation, notamment à ceux qui œuvrent pour l’ancrage d’une culture démocratique universelle: la presse indépendante est le poumon du débat républicain. Or, les uns et les autres n’agissent pas pour lui donner de l’air et du volume. Pilier incontournable de la démocratie et solide levier contre les entorses au développement, la presse écrite doit conserver la place qui est la sienne dans la consolidation des acquis démocratiques, notamment son rôle dans l’édification d’un Etat de droit.

Pour ce faire, les pouvoirs publics, les partenaires au développement ; en somme l’ensemble des acteurs de la démocratie doivent au plus tôt assumer leurs responsabilités.

Source : Rapide Info (Mauritanie)

 

 

Mauritanie : drôle de stratégie

  • PDF

ÉditorialPlus puissant que jamais au sortir de deux années électorales qui auront vu son parti remporter haut la main, fin 2013, les scrutins législatifs et municipaux, avant que lui-même se fasse plébisciter à la présidentielle, Mohamed Ould Abdelaziz peut remercier ses opposants. En pratiquant de manière quasi unanime la politique de la chaise vide, les détracteurs du chef de l'État n'ont réussi qu'à conforter son assise. Et à faire oublier un peu plus son passé sulfureux d'ancien putschiste, déjà légitimé par sa première élection en 2009.

La posture atypique adoptée par l'ensemble des partis de l'opposition mauritanienne, désormais réunis au sein du Forum national pour la démocratie et l'unité (FNDU), ne manque pas de paradoxes. Lors des trois scrutins présidentiels organisés sous le règne de Maaouiya Ould Taya, entre 1992 et 2005, l'opposition a toujours fait acte de présence, même pour quelques miettes électorales.

Mais alors que la libéralisation - certes imparfaite - du régime semble lui offrir de plus grandes chances de succès, surtout en cas de candidature unique, elle déserte le champ électoral. Prétextant que sa participation reviendrait à cautionner une partie jouée d'avance, elle se prive pourtant de la possibilité de compter ses troupes et de modifier à son profit le rapport des forces avec le pouvoir.

Drôle de stratégie, qui aboutit à consolider le mal dénoncé, à savoir la mainmise d'Abdelaziz sur l'ensemble des rouages de l'État.

Drôle de stratégie, qui aboutit à consolider le mal dénoncé, à savoir la mainmise d'Abdelaziz sur l'ensemble des rouages de l'État. Désormais réélu et disposant d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale, le président mauritanien sort renforcé. Aux élections locales de 2013, la percée du parti islamiste Tawassoul, qui avait fait cavalier seul au sein de la coalition de l'opposition, avait pourtant permis de démontrer que, malgré les imperfections des opérations de vote, l'opposition aurait pu espérer renforcer son influence et faire entendre ses revendications.

Tandis que Mohamed Ould Abdelaziz, président en exercice de l'Union africaine, est cautionné par la communauté internationale pour son rôle pivot dans la lutte contre la menace jihadiste, le message de l'opposition mauritanienne hors des frontières de la République islamique est plus confus que jamais. D'autant qu'en 2009 les missions d'observation déployées par la communauté internationale s'étaient félicitées "du déroulement satisfaisant des procédures de vote".

Trop légaliste pour revendiquer dans la rue une destitution qui, contrairement au Burkina Faso, ne pourrait s'appuyer sur le prétexte d'un tripatouillage constitutionnel, l'opposition est également trop échaudée par les coups d'État militaires à répétition pour souhaiter un renversement du chef de l'État. Convaincue d'avoir choisi la meilleure option en refusant, par défiance envers le pouvoir, de participer aux élections, elle semble s'être aventurée dans une impasse, pendant que son principal adversaire file sur une autoroute dégagée de toute contestation.

Mehdi Bâ

Source : Jeuneafrique.com

 

Par François Soudan : Questions simples sur l'Orient compliqué

  • PDF

ÉditorialLa pensée unique a toujours accompagné la bataille, comme un poisson parasite sur le dos d'une baleine. Dans le contexte actuel de guerre ouverte entre l'Occident et l'hydre jihadiste, les interrogations - voire les évidences - qui suivent seront donc jugées politiquement incorrectes. Raison de plus pour les énoncer.

Depuis trois mois, les Américains et leurs alliés de la coalition anti-Daesh ont mené quelque 600 frappes aériennes en Irak, puis en Syrie. Comme tous les habitants du pseudo-califat de Baghdadi sont a priori considérés comme des combattants en civil, et que les bombes made in USA sont réputées intelligentes (elles épargnent les femmes et les enfants !), il n'y a aucune victime civile.

Une fable grossière, bien sûr, moult fois servie depuis la guerre du Golfe, mais qui fonctionne. À preuve : nulle ONG droit-de-l'hommiste ne se pose la moindre question, comme si le degré de leur indignation variait en fonction de la pilosité des victimes, barbues ou non. (À l'exception de l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, qui a, dans un communiqué du 23 octobre, publié un premier bilan approximatif. Les frappes de la coalition avaient tué "au moins" 520 jihadistes et une trentaine de civils en Syrie. Le nombre de victimes en Irak, où les bombardements ont commencé près de deux mois plus tôt est, lui, inconnu)

Daesh, c'est un fait acquis, est une organisation terroriste. Or c'est faux. Il s'agit d'un groupe militaro-religieux particulièrement barbare qui n'a pas vocation à s'exporter, contrairement à Al-Qaïda. Mais d'où vient Daesh ? Du ciel ? Non. Baghdadi et ses sectateurs ont deux géniteurs : l'Amérique tout d'abord, qui a créé, il y a onze ans, les conditions d'un chaos quasi irréversible en Irak, l'Arabie saoudite ensuite.

Décapitations, tribunaux islamiques, persécution des minorités, références constantes au hanbalisme - l'école la plus conservatrice de l'islam sunnite : c'est le modèle saoudien qui s'applique avec zèle de Raqqa à Mossoul. Les clés de Daesh sont donc à Riyad autant qu'à Washington. Mais puisque la pétromonarchie participe à la coalition, on ne le dira pas.

Les Kurdes sont plus que jamais les héros des médias et de Bernard-Henri Lévy, qui, le contraire nous aurait déçus, a sauté sur Kobané. Kobané menacée d'urbicide et dont on nous vante la stupéfiante résistance face aux hordes d'islamistes le cimeterre entre les dents, comme hier Guernica, Stalingrad, Sarajevo et Jérusalem assiégée par Saladin. Or qui se bat à Kobané ? Les "Unités de protection du peuple", clone et filiale syrienne du PKK turc, parti dictatorial, hyper­nationaliste, considéré comme terroriste et narco­trafiquant par l'Europe et les États-Unis. Mais ses combattantes cheveux au vent sont si photogéniques que l'on s'abstiendra de gâcher le film.

La Turquie, elle, est la couarde de l'histoire. La puissance munichoise prête à laisser massacrer les Kurdes, par veulerie et par complaisance à l'égard des jihadistes. Qui osera dire pourtant que les dirigeants d'Ankara ont quelques raisons de se méfier de ceux qui veulent les pousser à intervenir au sol, afin de leur permettre de poursuivre dans les airs leur guerre zéro morts ?

Les Turcs ont de la mémoire : ils ont dû faire face, seuls, à la marée des réfugiés kurdes après la première guerre du Golfe et ont assisté, impuissants, à la désintégration de l'Irak après l'invasion américaine. Leur faire la leçon depuis Paris, Londres ou Washington a donc quelque chose d'indécent. On ne s'en prive pourtant pas.

La palme de l'incorrection politique revient à une personnalité dont il faut saluer le courage : John Kerry. Oui, le secrétaire d'État américain. En évoquant la situation dans l'ensemble du Proche-Orient, cet homme honnête a eu le courage, il y a quelques jours, d'établir un lien entre le conflit israélo-palestinien et l'irrésistible progression du cancer jihadiste. Le terrorisme, a-t-il dit, "plonge ses racines dans l'humiliation et le déni de toute dignité".

Benyamin Netanyahou, dont c'est précisément la politique, a aussitôt décroché son téléphone pour se plaindre auprès de la Maison Blanche. Du coup, la petite phrase iconoclaste est passée à la trappe médiatique. Sur l'autoroute des idées reçues, aucune sortie n'est tolérée.

Source : Jeuneafrique.com

 

Nouvelles d’ailleurs : Astaghfiroullah !

  • PDF

Nouvelles d’ailleurs : Astaghfiroullah !

Je ne veux pas plomber l'ambiance mais il se passe apparemment des choses bizarres à Nouadhibou. Et quand je dis bizarres, entendez Vraiment  bizarres, des choses qui effrayeraient le plus courageux des Tartatin de Mauritanie. Franchement bizarres ; bizarres à tel point que voilà emballée la machine à « investiguer ».

Et comme le dit une amie : « Nous sommes le pays au million de détectives » ; attendons-nous, donc, à, un million de résultats d'enquêtes, au moins, menées t'bol battant. C'est pas rien, ça, cette propension à donner dans la « police technique et scientifique ».

Ok, chez les Nous Z'Autres, enlevons et « technique » et « scientifique », dès lors que nous parlons du mauritanien soudain devenu Tintin détective au pays des mille et une rumeurs... En l'espace de quelques jours, la belle et douce capitale économique s'est réveillée avec une histoire de castration et de meurtres, une autre, encore plus croustillante, de pénis coincé, d'amants « collés », de partie de jambes en l'air mal engagée et mal terminée...

A peine « l'info » diffusée, partagée à coups de « Oh ! » et de « Ah ! » et d'« Astaghfiroullah ! », voilà notre million de détectives en branle. Les premiers résultats des enquêtes à la sauce Nous Z'Autres donnent, dans le désordre, comme au tiercé : il s'agirait – là, c'est moi qui emploie le conditionnel.

Ok, ça casse le film mais, ça, c'est moi – d'une histoire d'adultère – Astaghfiroullah, astaghfiroullah…

– entre un encore jeune et guilleret amant et une jeune et non moins guillerette amante

– la rumeur nous dit trente et trente-trois ans

– pris soudain de désir de « fornication »

– Astaghfiroullah, astaghfiroullah…

– et « punis », de leur partie de jambes en l'air, par une expérience fort douloureuse et inconfortable pour le couple d'amoureux : un pénis

– Astaghfiroullah, astaghfiroullah…

– refusant, catégoriquement, de sortir d'un vagin– Astaghfiroullah, astaghfiroullah, tfou, tfou, tfou, tfou...

– Direction l'hôpital mais « on » ne nous dit pas de quelle manière le jeune couple amoureusement lié a pu être exfiltré de l'appartement. En tous les cas, astaghfiroullah, astaghfiroullah, et re-astaghfiroullah..... Et tfou, re-ettfou, et re-re-re-ettfou...

Vous vous demandez le pourquoi de ce nombre impressionnant d'astaghfiroullah ? C'est que je me mets à la couleur locale qui veut que tout ce qui touche au sexe et, surtout, au sexe adultère, provoque, chez ceux qui ouïssent ces mots, des crises subites de moralisme.

Comme quoi vous voyez que je peux être sage et bon-chic-bon-genre, moi Z'aussi… De là à ce que je me mette à brailler, comme la vox populi émoustillée par cette croustillante affaire de pénis, vagin, « coinçage » et d'adultère : « Bien faiiiiiiit ! » ou « Ils [les affreux fornicateurs] ont été punis par là où ils ont péché ! » ; il n'y a qu'un pas.

Mais qu'est-ce qu'ils ont donc mangé nos Stéphanois ? On passe d'une affaire qui a tout de l'affaire d'honneur avec castration à un Penis Captivus. Moi, je vois un lien, entre toutes ces affaires de pénis parti et de pénis caché...

Sûrement que le second a dû entendre parler de ce qui est arrivé à son malheureux confrère et qu'il a, catégoriquement, refusé de sortir...Vous seriez lui, vous feriez quoi ? Ok, j'exagère, vous n'êtes pas lui...Mais, avec un peu d'empathie et si vous étiez lui ?

De là à ce que Nouadhibou, auparavant fort tranquille, devienne Sodome et Gomorrhe, notre lieu à nous de tous les péchés et fornications, il n'y a qu'un pas... On finira, faites confiance à notre million de détectives, par connaître les dessous de ces deux affaires.

Vu que, chez nous, rien ne reste secret, que tout est sujet à débats, interprétations, argumentations et contre

-argumentations, nous en saurons le fin mot. A coup de « Wallahi, je te juuuuure ! Ce que je te dis est la vérité vraie, la seule, l'unique. Je la tiens du beau-frère du cousin de l'oncle du grand-père de la tata de mon frère

-même-mère mais pas même-père »
et de « Wallahi, mon imam a dit que... », « mon boutiquier... », « mon policier du carrefour X.... », « mon oncle planton à l'Hydraulique... », « ma sœur qui connaît la sœur de la sœur de la sœur de la fille de la bonne de telle... », nous arriverons, non seulement, à connaître les noms des deux « coincés », leur généalogie, la couleur du dentier de leur arrière-grand-père et les péchés de gourmandise de leurs mamans... mais, aussi, avec un peu de patience – et ça viendra, croyez-moi

– la taille de l'objet du délit, lui qui ne demandait rien à personne et qui voulait juste rester tranquille et au chaud... Bref, soyez sûrs d'une chose : rien, chez nous, n'échappe à rien. Rien. Car, en plus d'être le pays au million de détectives, nous sommes, aussi, le pays au million de bavards, rois du commérage, du cancan, du scandaleux, du jugement express de valeurs. Notre credo : ce qui se passe chez le voisin m'appartient. Nous sommes le pays qui ne possède qu'un œil immense et des oreilles encore plus grandes. Tout cela assorti à une langue fort bien pendue.

Un gigantesque service de « renseignements à tous les étages, coquillages et dattes, expertises jour et nuit, moralité en prime ».

C'est à ça qu'on nous reconnaît. En attendant les résultats du million d'enquêtes, je ne peux que déconseiller, au vu des mauvaises mœurs des Stéphanois, d'éviter cette ville apparemment saisie par le diable, ville de la fornication

– Astaghfiroullah, astaghfiroullah

– et de la dépravation. Si vous ne me croyez pas au sujet de la morale, pensez, au moins, à vos attributs. Salut !

Mariem mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Interventions armées : l’Afrique de papa revient, vive l’ingérence ?

  • PDF

De la Mauritanie à Djibouti, leur présence ne fait plus grincer des dents. Américains, Français ou Britanniques, on se les arrache au nom de la lutte contre le terrorisme. Résultat : les soldats étrangers n'ont sans doute jamais été aussi nombreux en Afrique depuis les indépendances.

La scène se déroule le 19 juillet dans la fournaise de N'Djamena, quelques minutes après un entretien aussi long que fructueux avec Idriss Déby Itno. Dans l'un des hangars surchauffés de la base aérienne Adji-Kosseï, François Hollande, devant ses troupes et au milieu de quelques-uns des fleurons de la force de frappe française (avions de chasse Rafale, hélicoptères Puma, chars Sagaie et VAB), refait l'histoire de la présence militaire française au Tchad et énonce une vérité qui, pour certains, n'en est pas vraiment une : "Nous ne sommes pas ici chez nous."

Un peu tout de même. Dans ce pays qui a été le théâtre d'opérations gravées dans les annales de son armée, la France compte depuis le mois d'août 1 200 à 1 300 de ses soldats, parmi lesquels quelques-uns de ses officiers les plus chevronnés.

C'est d'ici, désormais, que seront conduites l'ensemble des opérations menées dans le Sahel, des côtes atlantiques de la Mauritanie aux dunes roses du désert libyen, dans le cadre du dispositif Barkhane : 3 000 hommes répartis dans cinq pays et une dizaine de bases, 400 véhicules, 20 hélicoptères, 6 avions de chasse, 3 à 4 drones... "Un truc énorme !" glisse un officier en poste dans la région. Qu'on se le dise : avec une douzaine de bases plus ou moins tenues secrètes, la France est de retour en Afrique.

Officiellement, il n'y a aucun soldat américain au Tchad. En réalité, on en dénombre quelques dizaines...

Elle n'est pas la seule. Ce 19 juillet sur la base Kosseï, quatre treillis gris attirent l'oeil dans la forêt des treillis vert kaki. Quatre Américains. Des agents de liaison, nous dit-on, qui font le lien avec Vicence, en Italie, la base de l'US Air Force qui "chapeaute" l'Afrique. Officiellement, il n'y a aucun soldat américain au Tchad. En réalité, on en dénombre quelques dizaines : récemment, l'US Army s'est mise en quête d'un contractant pouvant assurer le soutien de 35 personnes pendant six mois, "près de N'Djamena", indique l'appel d'offres. Aujourd'hui, la capitale tchadienne, c'est the place to be pour les armées étrangères.

On est certes encore loin du hub militaire que représente Djibouti. À elle seule, la capitale du pays compte près de 7 000 soldats étrangers - soit presque 1 pour 100 habitants. Il y a là les Français, bien sûr, qui font partie du paysage. La France y possède une base considérée comme essentielle depuis l'indépendance, en 1977. Il y a les Américains, plus nombreux mais plus discrets : ils ne sortent quasiment jamais, et toujours avec les plus grandes précautions.

Aux États-Unis, le camp Lemonnier revêt une importance particulière : il s'agit de la seule base officielle dont dispose la première puissance mondiale sur le continent (si l'on excepte celle de Diego Garcia, dans l'océan Indien). Mais quelle base ! Quatre mille hommes, des avions de chasse, des drones, une surface multipliée par six en quelques années et des travaux faramineux depuis que les Américains en ont pris possession, en 2002. Le Pentagone prévoit de dépenser 1 milliard de dollars sur les vingt-cinq prochaines années pour l'agrandir. En mai dernier, Washington et Djibouti ont signé un nouveau bail de dix ans renouvelable qui satisfait tout le monde.

Bientôt des Chinois et des Russes ?

Dans la ville, il y a aussi des Japonais (les premiers déployés hors de leur pays depuis... 1945), des Italiens, des Allemands (quelques dizaines) et, qui sait, peut-être y croisera-t-on un jour des Chinois et des Russes. Pékin en a fait la demande l'année dernière. Moscou aussi. Ce qui n'est pas vraiment du goût des Américains...

Rien à voir avec l'époque de la guerre froide, quand les deux blocs, Est et Ouest, se disputaient les alliés sur le continent. Mais jamais peut-être depuis ce temps-là l'Afrique n'avait été à ce point convoitée par les états-majors des puissances de ce monde. Le Tchad et Djibouti donc, mais aussi le Mali, le Niger, le Sénégal, l'Éthiopie, le Kenya ou encore les Seychelles - liste non exhaustive et en perpétuelle évolution (voir carte).

Pour la France, il s'agit en quelque sorte d'un retour vers le passé. Paris disposait, aux indépendances, de 30 000 soldats sur le continent. Ils n'étaient plus que 15 000 en 1980 et 5 000 en 2012. Mais après une vaine tentative de désengagement impulsée en 2008 par Nicolas Sarkozy, l'armée a retrouvé le chemin de l'Afrique, son terrain de jeu préféré. Ils sont aujourd'hui près de 9 000 soldats tricolores sur le continent à pouvoir reprendre le célèbre chant des légionnaires : "Sous le soleil brûlant d'Afrique / Cochinchine, Madagascar / Une phalange magnifique / A fait flotter nos étendards..."

Lutter contre les trafics et le terrorisme

Cependant, il est fini le temps des bases imposantes qui trônaient au milieu des "autochtones" telles des miasmes hérités de l'époque coloniale. La mode est à la base discrète et sans prétention, souvent nichée dans un coin d'aéroport, parfois même perdue au fin fond d'un désert. Les bases historiques (Dakar, Libreville, Djibouti) ont perdu de leur superbe et de leurs effectifs.

"Notre mission a évolué, note un officier basé à Paris. Nous n'avons plus pour fonction de soutenir un État ou un régime contre des agressions extérieures ou intérieures, mais de lutter contre les trafics et le terrorisme. Pour cela, on n'a pas besoin de grosses bases." Certaines, que l'on appelle à Paris des "postes avancés" et qui se situent au plus près du front jihadiste, n'abritent pas plus de 50 hommes, pour la plupart des "forces spéciales". Plus discrètes, plus efficaces.

La réflexion est la même à Washington. Longtemps, les États-Unis ont ignoré le continent, jusqu'à ce que l'administration Bush l'intègre en 2002 dans sa "guerre globale contre la terreur". "Cette importance stratégique nouvelle est entérinée en 2007 par la création d'un commandement militaire régional pour l'Afrique : l'Africom", indique Maya Kandel, spécialiste de la politique étrangère des États-Unis et chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Paris). Un chiffre illustre la nouvelle donne : entre 2009 et 2012, l'aide militaire aux pays africains a doublé, passant de 8 à 16 milliards de dollars. L'Afrique, "c'est le champ de bataille de demain", affirme le général James Linder, qui commande les "forces spéciales" affectées à Africom.

Aujourd'hui, on compte sur le continent entre 5 000 et 6 000 soldats américains. "Du nord au sud, de l'est à l'ouest, de la Corne de l'Afrique au Sahel, du coeur du continent aux îles situées au large de ses côtes, l'armée américaine est à l'oeuvre", constate Nick Turse, un journaliste américain qui a fait de l'Africom sa spécialité. Mais hormis à Djibouti et bientôt au Liberia, où l'arrivée de 3 000 soldats pour lutter contre l'épidémie Ebola ne devrait pas passer inaperçue, les troupes se font discrètes.

Les hommes se comptent par dizaines seulement sur la douzaine de bases qu'a investies l'US Army ces dernières années. Baptisés lilypads ("nénuphars"), il s'agit de dispositifs de petite taille qui se résument à un hangar, quelques tentes et une flotte de petits avions de tourisme truffés d'électronique ou de drones décollant la nuit...

L'Afrique est ainsi devenue, selon Maya Kandel, le laboratoire de la nouvelle approche dite d'empreinte légère - light footprint - et de leadership en retrait chère à Obama.

L'Afrique est ainsi devenue, selon Maya Kandel, "le laboratoire de la nouvelle approche dite d'empreinte légère - light footprint - et de leadership en retrait" chère à Obama, qui repose sur l'usage des drones et de forces spéciales. "Une présence directe et manifeste des forces américaines sur le continent africain peut être source de contestation", expliquait récemment un colonel dans Special Warfare, une revue de l'armée américaine.

Le cas burkinabè illustre la discrétion dont font preuve les armées étrangères, souvent à la demande de leurs hôtes. Longtemps, la présence d'éléments commandos français et américains a été tenue secrète à Ouagadougou, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de nier l'évidence. L'installation américaine remonte à 2008, après le coup d'État, à Nouakchott, de Mohamed Ould Abdelaziz. "Les Américains ne pouvaient plus mener leurs opérations depuis la Mauritanie, explique un officier burkinabè. Ils se sont rabattus sur le Burkina." À l'époque, le ministre de la Défense, Yéro Boly, avait proposé une zone retirée de la base aérienne de Ouagadougou pour rendre discrète la présence des avions américains. "Le problème, avait-il expliqué aux Américains, n'est pas la présence de ces avions, mais la publicité qui pourrait être faite autour."

Le même dilemme se pose deux ans plus tard, quand la France cherche une base dans la région pour y faire stationner une force d'intervention rapide - celle-là même qui, début 2013, mettra un frein à l'offensive des jihadistes au Nord-Mali. Le Niger et le Mali ayant poliment refusé, Paris se tourne vers Blaise Compaoré. Celui-ci accepte, à trois conditions : que cela reste secret, que les Français forment l'unité antiterroriste burkinabè et qu'ils s'installent dans un camp situé à l'abri des regards, à dix kilomètres de la capitale.

Le président ivoirien s'est montré soulagé

Qu'il est loin, cependant, le temps où l'on jurait, la main sur la Bible ou sur le Coran, qu'aucune armée étrangère ne s'installerait dans le pays. "Il y a trois ans, témoigne un conseiller de Hollande, Mahamadou Issoufou ne voulait pas entendre parler d'une présence étrangère sur le sol nigérien malgré des demandes répétées. Aujourd'hui, il s'en félicite." La base aérienne 101 de Niamey, où l'on compte près de 300 soldats français, trois à quatre drones, des avions de chasse de passage et des ravitailleurs, est un pion essentiel dans le dispositif Barkhane. C'est du Niger également que décollent les drones américains volant au-dessus du Sahel. Mais, comme au Burkina, les autorités nigériennes ont exigé que les effectifs déployés soient peu nombreux et peu visibles.

"Aujourd'hui, témoigne un proche de Jean-Yves Le Drian, nombreux sont les chefs d'État qui veulent "leur" contingent de soldats français." Quand, le 9 mai dernier, le ministre français de la Défense a confirmé à Alassane Ouattara que les soldats tricolores ne quitteraient pas le camp de Port-Bouët et que leur effectif serait gonflé (800 en 2016, contre 450 aujourd'hui), le président ivoirien s'est montré soulagé.

Deux jours plus tard, Macky Sall était tout aussi radieux : la France venait de lui promettre qu'elle ne toucherait pas aux effectifs des éléments français au Sénégal (EFS) basés à Dakar. Il y a trois ans, son prédécesseur, Abdoulaye Wade, se vantait avec des accents anticolonialistes d'avoir obtenu le départ des deux tiers du contingent.

Même le Nigeria, jadis si jaloux de sa souveraineté, accueille depuis cinq mois (et à sa demande) quelques dizaines d'agents de renseignements et de forces spéciales américains, britanniques et français, dans le cadre de la lutte contre Boko Haram et de la quête des lycéennes enlevées à Chibok. Et Africom, dont aucun État africain n'avait voulu accueillir le siège en 2007 (ce qui avait contraint son état-major à se rabattre sur la ville de Stuttgart, en Allemagne), ne fait plus office d'épouvantail.

À tel point que, comme l'a mentionné l'ancien commandant de la force, le général Carter Ham, "certains pays africains ont discrètement fait savoir que si les États-Unis voulaient établir une base en Afrique, ils seraient sans doute disposés à leur faire une place".

Les griefs de ceux qui dénoncent cette présence, comme l'association Survie en France ou des franges de la société civile en Afrique, et qui jouent sur la dialectique anticolonialiste pour se faire entendre sont nombreux : flou juridique, opacité autour des accords militaires, perte de souveraineté... Comme le souffle un officier français : "Une base, c'est comme une guerre : on sait quand ça commence, mais on ne sait jamais quand ça s'arrêtera." Malgré tout, constate un proche de Le Drian, la plupart des chefs d'État se sont débarrassés de leurs réticences.

D'autres enjeux moins avouables

Il y a plusieurs raisons à ce phénomène. En premier lieu, l'aspect sécuritaire. "Nous avons besoin de cette présence militaire étrangère, ne serait-ce que pour assurer notre sécurité. C'est indispensable. Il y a quelques années, nous ne voulions pas en entendre parler, mais l'effondrement du Mali en 2012 a changé la donne", admet le chef d'état-major particulier du président d'un État sahélien. "Nos armées ont été laissées à l'abandon ces vingt dernières années, notamment en raison des ajustements structurels imposés par le FMI, ajoute le ministre de la Défense d'un pays voisin. Et elles n'ont jamais été formées pour combattre le terrorisme. Il nous faut du temps et de l'aide pour les y préparer."

Mais il y a d'autres enjeux, parfois moins avouables, qui poussent les États africains à brader un pan de leur souveraineté, notamment un enjeu financier : les bases sont bénéfiques pour l'économie nationale. Les Sénégalais s'en sont rendu compte en 2011 : quand 800 des 1 200 soldats français ont quitté le territoire, ce sont des milliers d'emplois directs et indirects qui ont disparu. À Djibouti, la manne est plus importante encore. Américains, Français et Japonais paient en effet un loyer (pratique peu répandue dans les autres pays) qui représente en tout près de 120 millions d'euros par an...

Un enjeu politique, enfin. Comme le note un officier français en poste en Afrique : "Certains régimes sont tentés d'utiliser cette présence pour anéantir des rébellions qu'ils présentent comme terroristes." D'autres peuvent être tentés de "monnayer" une "base" contre, sinon un soutien, du moins le silence de Paris ou de Washington sur des cas de politique intérieure gênants.

Au Tchad, des leaders de l'opposition se désolent de voir l'aspect militaire primer sur les droits de l'homme. Ils s'en plaignent régulièrement aux diplomates français. Il est vrai que Déby, qui était persona non grata à l'Élysée juste après l'élection de Hollande, est aujourd'hui perçu comme un intouchable à Paris. "Il est au cœur de notre dispositif", explique simplement un diplomate français.

Source : Jeuneafrique.com