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Chronique

Calam(ités)

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Calam(ités)Le Calame - Voilà maintenant six semaines que le peuple algérien manifeste, pacifiquement, pour protester contre un cinquième mandat que le président Aziz Bouteflika, cloué sur son fauteuil depuis six ans par un AVC, se « préparait » à engager.

Ayant compris la ferme détermination des millions d’Algériens de ne reculer devant rien, pour imposer le changement, le cercle de généraux qui prend en otage le pays a entrepris une série de manœuvres visant à juguler la contestation, à commencer par la renonciation à tout nouveau mandat, tout en maintenant Boutef au pouvoir, en attendant d’organiser des élections.

Une supercherie que le peuple a aussitôt refusée. Proposition, ensuite, de prolonger l’actuel mandat, de quatre mois, pour prendre les dispositions nécessaires au départ du président malade. Refus tout aussi catégorique et accentuation de la contestation.

Enfin, déclaration officielle, appuyée sur l’article 102 de la Constitution, déclarant l’incapacité du président en exercice àassumer ses responsabilités. La question n’est pas là, scandent les Algériens : l’équipe de généraux doit, tout simplement et complètement, quitter les affaires et retourner dans ses casernes. C’est qui qui disait : « tous les pays du monde ont une armée, sauf l’Algérie où les militaires ont un pays ».

Manière de dire combien les militaires, chez notre voisin, font et défont les hommes, au centre de tout ce qui se passe. Des militaires qui prennent en otage le pays depuis quasiment 1962, via Ben Bella, Boumedienne, Chadli, Boudiaf, Zeroual, Bouteflika. Des généraux immensément riches et qui tirent les ficelles pour continuer à maîtriser le pouvoir.

Exactement comme ce qui se passe chez nous, depuis le coup d’État militaire de 1978 qui renversa feu Moktar ould Daddah. 41 ans que ces militaires prennent en otage le pays, se le passant de l’un à l’autre, tantôt par coups d’État et tantôt par révolutions de palais, en attendant d’inaugurer, dans quelques mois, un nouveau mode opératoire qui consiste à organiser un simulacre d’élection à l’issue duquel un général héritera le pouvoir d’un autre général. Comme les militaires de l’Algérie, ceux de la Mauritanie sont exagérément riches. Comme eux, ils apprivoisent les élites et leur font marquer le pas, en les enrégimentant dans des organisations politiques de type casernement où le chef a toujours raison.

La honteuse manipulation des députés, en 2008, pour faire tomber un président démocratiquement élu en constitue une parfaite illustration. Comme en Algérie, les militaires mauritaniens sont très puissants. Omniprésents dans toutes les affaires, propriétaires des plus grosses fortunes : banques, sociétés, marchés, flottes, villas cossues et domaines fonciers…

Ils déterminent le choix des élus et orientent les nominations administratives. Secret de Polichinelle, les députés, les walis, les hakems, les ambassadeurs, les fonctionnaires de tel ou tel ministère et, même, les ministres eux-mêmes représentent, à l’ordinaire,la part réservée à tel général ou à tel autre, manifestation de sa volonté en rapport du rang qu’il occupe, dans le cercle très fermé des puissants lobbies militaires qui usent et abusent du pays et de ses ressources, depuis plus de quarante ans.

Comme en Algérie, les militaires mauritaniens useront de tous les stratagèmes et manœuvres les plus machiavéliques, pour ne pas lâcher un pouvoir dont ils ont goûté les délices, les honneurs et les privilèges. Mais beaucoup plus qu’en Algérie, la récupération du pouvoir des mains des militaires et le retour à un système civil et démocratique seront très difficiles en Mauritanie.

Autant toutes les composantes du peuple algérien sont capables de fédérer leur force, pour réaliser de grands objectifs, autant les tribus, groupuscules et lobbies mauritaniens sont corvéables, taillables et manipulables à merci, pour réaliser les plans d’une junte toute concentrée sur le projet, avoué, de maintenir un statu quo qui ne fait l’affaire que d’une poignée de personnes sans aucune foi en la démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance, l’égalité des chances, ni, encore moins, le partage équitable des ressources nationales.

El Kory Sneiba

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Calam(ités)

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Après plusieurs mois au cours desquels tous les Mauritaniens ont retenu leur souffle, les partis de l’opposition ont encore une fois déçu, incapables d’accorder leurs violons sur un unique candidat susceptible de gêner – difficilement – le candidat de la majorité, à défaut de le battre et assurer, enfin, une transmission pacifique du pouvoir. Finalement et comme le présageaient beaucoup d’observateurs, cette opposition ira, en rangs dispersés, contre un candidat foncièrement puissant qui bénéficie du soutien de toute l’administration nationale et des lobbies d’affaires qui influencent et canalisent, d’habitude, les votes populaires, surtout en la Mauritanie des profondeurs, réservoirs électoraux qui ont toujours fait la différence, en toute consultation électorale. Comme le disait je ne sais plus qui, l’opposition se révèle, encore et toujours, le plus grand allié du pouvoir, par ses tergiversations et son incapacité à dépasser ses petites querelles de minarets, sur fond de mesquins calculs. Ses principales formations politiques, notamment le RFD et Tawassoul, idéologiquement presqu’aux antipodes l’une de l’autre, soutiendront respectivement, au premier tour, le docteur Mohamed Ould Mouloud,  président de l’UFP, et un ancien Premier ministre, Sidi Mohamed ould Boubacar.

Avec cette stratégie à peine commune de soutenir le candidat qui aurait éventuellement à croiser le fer avec celui du pouvoir, au cours d’un très improbable second tour. Comme si le spectre de l’élection de la présidentielle de 2009 avait disparu ou que ce qui vient de se passer, il y a moins d’un mois au Sénégal, ne devait pas nous alerter sur la volonté des pouvoirs sortants de ne prendre aucun risque. Entre l’enclenchement du processus démocratique (1992) et aujourd’hui, au moins cinq à six élections présidentielles furent organisées. Par deux fois, au moins (1992 et 2007), l’opposition  prétendit, à tort ou à raison, avoir été flouée. En un, par le refus du système à reconnaître sa défaite et, de deux, par la compromission d’un des imminents dirigeants de ladite opposition avec le candidat imposé par les généraux qui avaient conduit le coup d’Etat mettant fin aux vingt-et-un ans de règne de Maouiya ould Sid ‘Ahmed Taya.

Maintenant que l’opposition a échoué à s’entendre sur un candidat unique, il ne lui reste plusqu’à transformer ce retentissant et anéantissant fiasco, en une stratégie d’éparpillement proposant, aux électeurs, plusieurs profils au premier tour, dans l’espoir d’en communautariser les forces, en l’éventualité d’un second. Ainsi les militants et sympathisants de l’opposition et ceux de toutes les autres tendances qui aspirent enfin à un changement n’ont plus que l’embarras du choix : entre un cacique de l’opposition des premières heures aux pouvoirs qui se sont succédé, sans jamais tremper ni dans le compromis ni dans la compromission –un véritable progressiste dans l’âme qui a fondé, avec beaucoup d’autres, quasiment tous les mouvements de contestation, du PKM au MND, avant l’UFP – et un haut commis de l’Etat qui a gravi tous les échelons de l’administration, jusqu’au poste de Premier ministre qu’il a occupé deux fois, avec Maouiya– Vivent les nostalgiques ! – et avec les militaires de la Transition – Vivent les rectificateurs ! –sans oublier Birame Dah Abeid et deux autres candidats qui ne devraient plus tarder à se déclarer. Les contours de la liste des postulants au fauteuil présidentiel se précisent davantage. Si, comme l’ont dit Ould Abdel Aziz et sa majorité, à qui veut l’entendre, tout leur monde est bien rangé derrière leur candidat Mohamed ould Cheikh Ahmed Ghazwani, avec armes, bagages, infanterie, artillerie, BASEP, DGSN, ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, députés, notables, présidents des conseils régionaux, maires, conseils d’administration des entreprises publiques, administration centrale et régionale, tribus, gens de l’Est et autres organisations de la société civile… aucun des autres candidats « n’entendra la balle », dès le premier tour. Mohamed OuldG hazwani remplacera, sans coup férir, Mohamed ould Abdel Aziz à la tête de la magistrature suprême. Mais si, comme le supputent des rumeurs persistantes, ce qui se fait en haut n’est pas ce qui se mijote en bas, au sein des forces de la majorité, toutes les hypothèses sont envisageables et pourraient conduire à de grosses surprises… aux conséquences imprévisibles.

El Kory Sneiba

Source : lealame.info (Mauritanie)

 

[Chronique] Statue géante à Ouagadougou : Thomas Sankara se retourne dans sa tombe

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L’hommage solennel à l'ancien président révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara (1983-1987) se révèle inopportun sur le plan politique, incongru sur le plan idéologique et raté sur le plan esthétique. Même le comité d’organisation s’excuse…

Ce samedi 2 mars, les autorités du Burkina Faso inauguraient une statue géante de Thomas Sankara – cinq mètres de haut sur un socle de quatre mètres – et les bustes de ses douze compagnons abattus avec lui le 15 octobre 1987. La cérémonie se tenait en présence de l’indéfectible ami ghanéen de Sankara, l’ancien président Jerry Rawlings. C’est par une aussi fidèle affection envers le capitaine burkinabè que nombre de citoyens s’enflamment depuis l’inauguration.

Les points de fixation de la polémique ne manquent pas. Dès le projet de mémorial dont la statue est un avant-goût, la veuve du président révolutionnaire désapprouvait, en octobre 2018, le lieu retenu : le « Conseil de l’Entente », où fut assassiné son époux. Par ailleurs, si le leader de la Révolution burkinabè a été étiqueté « marxiste », il ne prisait guère les excès bling-bling du culte de la personnalité. La statue kitsch inaugurée à Ouagadougou évoque davantage la démesure pompière d’un monument nord-coréen que la vie spartiate promue par Sankara.

Dépense somptuaire et récupération politique

Pour ce qui est du caractère somptuaire de la dépense liée au mémorial, c’est un appel à contribution qu’un groupe de la société civile avait lancé, dès 2017, pour un montant estimé à « plusieurs milliards de francs CFA ». Même si le budget n’est pas puisé dans la caisse publique, Thomas Sankara aurait sans doute préféré qu’une telle cagnotte soit utilisée au profit d’un centre de santé à son nom, d’écoles, voire de moyens qui font tant défaut aux forces armées aujourd’hui harcelées par les jihadistes.

Sur le plan politique, les aficionados du ‘Che Guevara africain’ réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse

Sur le plan politique, les aficionados du « Che Guevara africain » réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse de la part de politiciens dont les carrières ont fleuri sur le terreau de la « Rectification » anti-Sankara. Acte I : quelques années après avoir assis son pouvoir sur le drame du 15 octobre 1987, Blaise Compaoré décernait le titre de « héros national » à son prédécesseur déchu. Acte II : en 2019, la statue géante a été inaugurée par le chef de l’État Roch Marc Christian Kaboré, ancien Premier ministre, ex-président de l’Assemblée nationale et du parti majoritaire du régime de Compaoré. Quatre ans après l’insurrection populaire et les promesses de réouverture du dossier judiciaire de l’assassinat de Thomas Sankara, le procès, lui, ne s’est toujours pas tenu.

Après les polémiques, bientôt une V2

Au-delà des déclarations politiques passées et des incertitudes judiciaires futures, c’est l’esthétique même de la statue qui a choqué, samedi dernier, nombre de citoyens. Primo, dans un pays où l’usage de la main gauche est strictement réglementé – les enfants sont abondamment giflés pour cela – , un internaute affirme que le slogan « la patrie ou à la mort » ne saurait être mimé par un poing gauche levé.

Secundo, l’abréviation « Thom Sank », déjà triviale sur un uniforme militaire, ne saurait être calligraphiée comme l’anglicisme « Tom ». Tertio, c’est « avec des larmes aux yeux » qu’un autre forumiste a regardé cette statue qu’il qualifie de « sabotage » et d’ « escroquerie », tant l’ancien président est méconnaissable. Et les internautes de reconnaître – avec plus ou moins de cynisme – des personnalités burkinabè habituellement évoquées pour leur manque de joliesse. « L’artiste qui a fait cette statue doit changer de métier », tranche un citoyen meurtri.

Dès dimanche, le Comité international du mémorial Thomas Sankara (CIMTS) – dont Luc Damiba est secrétaire général – expliquait les imprécisions morphologiques par la précipitation liée à la tenue du Fespaco, le festival de cinéma dont il avait souhaité capter l’audience internationale. En présentant ses « excuses pour toutes les insuffisances constatées », il annonçait que « la statue sera recouverte, afin d’y apporter les corrections nécessaires en tenant compte des distances, volumes et angles de vision, mais aussi des observations et suggestions des populations ». Le martyre de Thomas Sankara n’a-t-il pas été assez cruel comme ça ?

Par Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Source : jeuneafrique.com

 

Autour d’un thé : Ridicule

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Autour d’un thé : RidiculeEn réalité ou, plutôt, en fait, certaines choses ne viennent que comme ça : mine de rien.

Imaginez un peu ce que je veux dire, où veux-je en venir. Avec ce blabla, comme disait quelqu’un, de cette rubrique immonde qu’est « Autour d’un thé ». Ce qui me vient en tête, quand je regarde la télévision nationale. Les télévisions nationales. Toutes tendances confondues. Mais, surtout, quand je regarde la Mauritanienne.

Les rares fois où je m’y astreins. C'est-à-dire chaque jeudi soir, pour le communiqué du Conseil des ministres, suivi de la fameuse conférence de presse des commentaires du porte-parole et de certains ministres ;

ou quand la Mauritanienne sort feu Bleikhir, le virtuose d’El Hela et sa troupe de danseurs, chanteurs et flutistes extraordinaires, pour me replonger dans mon enfance de jeune garçon issu (attention au discours de haine et de racisme !) d’une famille de « l'unité nationale ».

Je n’en dis pas plus. Ce n’est pas moi qui inaugurerai la prison des propos racistes et haineux. Même si, en fait, on n’entend plus parler, ni de la marche du 9 Février, ni de la grosse campagne médiatique qui l’a précédée, ni de celle qui l’a suivie. Mais, mord ou ne mord pas j’y mets pas mon doigt ! Conférence de presse tout autant bourrée de montages que montée de bourrages.

Exemple, avec la dernière du ministre des Finances. Trente minutes de commentaires pour expliquer, aux journalistes, où sont passés des milliards égarés devenus œil blanc. Puis histoires de gaz. Puis histoires de l’administration et des administrés. Visites, dans toutes les wilayas, du ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, pour, dixit le ministre de la Communication, « rapprocher l’administration des administrés ». Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Sinon, on en serait tous morts. Depuis vraiment très longtemps. Le Président. Son candidat à la présidentielle de 2019. La presse. La Société civile. Les gouvernements successifs. Les députés. Les oppositions. Les majorités. Puisqu’il n’y en a plus qu’une, l’Armée, tout le monde serait « cadavéré » depuis très longtemps. Comme ça, on en aura fini avec cette grosse farce de très mauvais goût. Montage. Mensonge. Mauvaise foi.

Moquerie. Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation. Réunion avec les chefs de service et les élus, le jour. Retrouvailles avec les notables, chefs de tribus, groupes politiques et tendances, le soir. Heureusement que le mensonge et le ridicule ne tuent pas. Sinon, on en serait tous morts, deux fois, depuis très longtemps. Jonglage. Equilibrisme. Comme ça, ni la taditt (récipient où l’on trait les animaux) ne s’assèche, ni le veau ne meurt. Encore six mois de « réalisations extraordinaires depuis les dix dernières années ». Encore six mois de « tout le pays est en chantier ».

Dans tous les domaines. Les villes anciennes : Ouadane, Chinguetti, Oualata, Tichitt, leurs mosquées, leurs manuscrits, leurs mahadras et autres vestiges, tout ça, c’est depuis dix ans que ça a commencé à exister. Ah oui ! Juste depuis dix ans. C'est-à-dire, pile en 2009. Avant ? Bon, c’était là-bas mais personne ne le savait. Depuis, petit à petit, plus ça approche, plus ça s’éloigne : formatage en cours. Dans les têtes. Les cures d’adaptation, ça prend du temps. Attention aux lapsus compromettants ! Il faut aller doucement, en procédant par substitution.

Va doucement, celui qui a « en lui » de courir. Salutations. En tendant la main à Christine Lagarde ou en s’inclinant (trop à mâcher la terre) très poliment devant le Président. Ça fait quoi, tout ça, au point de ravir la vedette des réseaux sociaux ? Cette histoire des-hommes-qui-ne-doivent-pas-saluer-les-femmes. Ce n’est pas dans l’absolu. Mais il faut faire comme son chef.

Même s’il est admis, chez les militaires, que celui-ci a toujours raison, certains saluent les femmes. Comme le fait d’ailleurs souvent le Président. D’autres ne le font pas. Des femmes saluent des hommes. Des hommes saluent des femmes. Tout ça me rappelle la croustillante anecdote d’un célèbre artiste national à qui un présentateur TV demandait pourquoi il ne jeûnait pas le Ramadan. Il répondit par une logique de fou : « Si tous les Mauritaniens jeûnent, je vais jeûner. Mais comme il y en a qui jeûnent et d’autres pas, moi, je choisis d’être avec ceux qui ne jeûnent pas ».

Saluer ou pas, applaudir ou pas, il faut choisir son camp. Comme l’artiste. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

[Chronique] Jean-Yves Le Drian, promoteur de scabreux « compromis à l’africaine », par Damien Glez

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Quand le ministre français des Affaires étrangères prend position sur la situation politique de la République démocratique du Congo, ça pédale, ça retropédale, puis ça pédale à nouveau dans la semoule…

Deux élections, deux poids, deux mesures ? C’est avec une position comparable que le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères avait accueilli les résultats des dernières présidentielles vénézuélienne et congolaise. Pour la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, la victoire de Nicolás Maduro était « une farce ». Pour son collègue des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, les résultats des élections en RDC ne semblaient pas « conformes aux résultats » que l’on avait « pu constater ici ou là ».

« Espèce de compromis à l’africaine »

4 février 2019. Matinale de la radio publique France Inter. Un auditeur souligne que Jean-Yves Le Drian ne reconnaît plus la légitimité de Maduro, alors qu’il valide celle de Tshisekedi. Pour le chef de la diplomatie française, l’investiture de Félix Tshisekedi serait acceptable en tant que fruit d’une « espèce de compromis à l’africaine » dont la configuration serait « très particulière et propre » à la RDC.

Peut-on parler de compromis lorsque l’arrangement a été conclu sans Martin Fayulu, celui-là même que Jean-Yves Le Drian considérait, il y a moins d’un mois, comme « a priori le leader sortant de ces élections » ?

De manière plus globale, l’expression « à l’africaine » permettrait-elle de distinguer les valeurs démocratiques universelles des aménagements démocratiques tropicalisés sur un continent de moindre enjeu ?

Si la négation de certaines particularités culturelles de l’Afrique est une insulte faite au continent, renvoyer ce dernier à de prétendues spécificités, en matière de choix populaires des destins politiques, n’est pas une marque de bienveillance. C’est aussi une injure.

Source : jeuneafrique.com

 

Calamités ...

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Calamités ...Dans quatre mois – en principe… – la Mauritanie va amorcer un tournant décisif de son histoire contemporaine, à travers une alternance qui devrait permettre le passage de témoin entre un président démocratiquement élu et Mohamed Ould Abdel Aziz qui aura épuisé les deux mandats autorisés par notre Constitution.

Cette élection intervient dans un contexte chargé. D’abord, par l’espoir de tous les Mauritaniens de remettre leur pays sur la voie du processus démocratique normal, avec l’organisation d’élections justes et transparentes, égalisant les chances entre tous les protagonistes.

Il est évident que des dysfonctionnements, liés à beaucoup de facteurs, endogènes et exogènes, sont inévitables pour une démocratie d’à peine vingt ans. Même dans les pays où des pratiques séculaires les assoient, il reste toujours à améliorer les choses.

Ensuite, par la complexité de l’organisation, dans un pays majoritairement analphabète, avec des populations encore facilement manipulables, via les systèmes traditionnels d’encadrement, encore très fortement maîtrisés par des cercles féodaux intraitables et calculateurs. Enfin, par une exacerbation sociale portée par de vives revendications où s’enchevêtre et s’interpose la légitimité des causes à la surenchère et à la surexcitation de ceux qui les portent.

Dans ce genre de contexte, la force de l’Etat est plus que nécessaire : impérative et urgente ; pour parer à tous les dérapages éventuels dont les ingrédients sont nettement et partout perceptibles. On constate, sur les réseaux sociaux, combien les tensions intercommunautaires, via posts des plus dangereux, sont très avivées.

Pour on ne sait quelle raison, les autorités administratives, sécuritaires et judiciaires ont laissé s’installer une cybercriminalité très préjudiciable aux fondements de l’unité nationale. Les incidents, répétitifs, de ces derniers mois ont motivé la fameuse marche du mercredi 9 Janvier contre la haine et le racisme.

Louable, en son principe, cette initiative ne permet pas, en son fond, de creuser la réflexion sur les causes de ces que l’Etat prétend combattre. Il faut avoir le courage, même au risque de « choquer » certains, de dire clairement la vérité : beaucoup d’autres Mauritaniens se sentent complètement marginalisés, à tous les niveaux des administrations nationales. C’est insupportable.

Les arguments avancés, par les tenants du statu quo, ne sont qu’« une vérité pour corroborer le faux ». Ce qui engendre la haine et le racisme, ce sont la marginalisation et l’exclusion. Il faut vraiment être aveugle, pour ne pas voir ce qui se passe aujourd’hui, en Mauritanie, en termes de marginalisation et d’exclusion de certaines communautés nationales, à quasiment tous les niveaux.

Voyez, par exemple, la composition du bureau du patronat… Il ne sert à rien de se voiler la face, pour ne pas voir la très dangereuse réalité qui prévaut dans le pays. Les illustrations des disfonctionnements structurels, dans le partage des ressources et des fonctions, affluent de toutes parts.

Mais, selon Ould Maham, le pays est démocratique et la politique des quotas n’est pas d’à-propos. Cette politique vaut pourtant mieux que les promotions indues, sur la base de diplômes falsifiés ou de considérations népotistes, tribalistes ou régionalistes qui ont permis de mettre hors-jeu des populations en faveur desquelles ne jouent, ni la tribu, ni l’influence, ni la paternité.

Les réajustements convenables relèvent de la responsabilité d’un Etat puissant, décidé à couper l’herbe sous les pieds de tous les malveillants et les hypocrites qui lui « embellissent » les choses, alors qu’ils ne lui seront d’aucun secours, le jour où celles-ci n’iraient plus comme ils le souhaitent.

La peur de lendemains qui déchantent justifie toutes leurs turpitudes. Si l’Etat était fort et conséquent, les parrains des derniers mouvements appelant à violer la Constitution seraient, aujourd’hui, en prison, comme ils l’ont été au Niger. Si l’Etat était fort, les initiateurs des initiatives tribales n’iraient pas à qui mieux mieux, ouvertement, pour mobiliser en faveur d’on ne sait quelle forfaiture.

Si l’Etat était fort, il ne permettrait à personne de s’exhiber dans une vidéo, largement partagée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, mitraillant à la kalachnikov, dans une parade digne d’un western dans un no man’s land où la loi est en éclipse. Le futur président qui sera élu, dans quatre mois, aura du pain sur la planche.

De grands chantiers l’attendent dont la refondation de l’Etat sur des bases démocratiques n’est certainement pas le moindre. Ce sont de véritables écuries d’Augias et leur nettoyage sera très laborieux.

Les questions nationales de fond dépendent de la capacité du nouveau président à gérer les tribus, les communautés, les hypocrites et les multicolores. 2019 est un tournant très abrupt, il faudra bien manœuvrer, pour prendre la route qui mène à l’espoir et à la réconciliation d’un peuple en souffrance, depuis plus de quatre décennies.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyen

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Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyenCe papier parle du calvaire quotidien vécu par de nombreux citoyens mauritaniens tentant de rencontrer nos hauts responsables, pour leurs soumettre leurs nombreux problèmes. « L’administration au service du citoyen » ? Parlons donc de ce fameux thème, si cher aux pouvoirs publics.

Six heures du matin à Nouakchott, dans les locaux, les agents de sécurité en faction devant la porte d’entrée de l’une de nos grandes institutions sont en train prier, quand des gens se présentent. « Les bureaux sont encore fermés », lance un des gardiens. « Nous voulons être les premiers enregistrés pour l’unique journée d’audience de ce responsable », répond l’un des visiteurs.

« Nous n’avons cessé, depuis trois semaines, d’aller et venir, sans jamais être reçus. La première fois, on nous a dit que ledit responsable était en voyage ; la deuxième, qu’il était en campagne électorale pour le compte du parti-État.

La semaine dernière, nous sommes arrivés, comme aujourd’hui, à la même heure, pour être informés qu’il était encore parti, en permission, pour contrôler son cheptel en brousse », ajoute un autre. « Attendez l’heure, pour qu’on puisse vous laisser entrer», répondent les agents de sécurité.

Attente interminable

Vers sept heures et demie, les plantons arrivent. Ils ouvrent les portes et commencent le balayage des bureaux. A huit heures, on permet enfin au groupe, maintenant grossi de nouveaux venus, d’entrer pour faire le rang, en l’attente de la secrétaire qui va enregistrer la liste des audiences de son patron.

Divers sujets d’actualité politique et sociale se voient débattus, comme le troisième tour des élections a Nouakchott, la disparition du journaliste saoudien, le prochain gouvernement, etc. Vers huit heures quarante cinq, une jolie poupée, bien habillée et parfumée, fait son entrée sans saluer. Visage crispé, elle ordonne à tout le monde de sortir faire le rang dans les couloirs car, dit-elle, « la salle d’attente est étroite ».

Ce qui provoque pas mal de contestations. On sort cependant en rang, pour qu’il n’y ait pas de désordre. La secrétaire entre, en suivant, dans le bureau du haut responsable, pour passer une demi-heure au téléphone fixe international, après quoi elle se donne le temps d’une douche et d’une séance de maquillage.

La voilà enfin à appeler les gens, un à un, pour les enregistrer. Le premier dans le rang a la surprise de voir son nom enregistré à la sixième place. La secrétaire réserve, d’habitude, les premières audiences à ses proches restés avec elle dans son bureau, tandis que les autres attendent dans la salle ou dehors.

Vers dix heures, l’arrivée d’un colossal planton à la porte du bureau fait savoir que le haut responsable y est entré, par la porte de derrière. Une sonnerie retentit et la secrétaire va voir son patron, parapheur à la main. Un quart d’heure plus tard, elle ressort pour s’asseoir derrière son ordinateur et imprime divers documents. Elle informe les personnes en attente qu’elles vont commencer bientôt à être reçues. Ce qui les soulage un peu.

Un peu plus tard, des collaborateurs du directeur le rejoignent pour une réunion qui ne prend fin que vers midi. Lorsqu’ils en sont tous sortis, la secrétaire entre à son tour. Morts d’impatience, les demandeurs d’audience pensent être enfin reçus.

Las ! La secrétaire les informe que le haut responsable ne peut plus recevoir quiconque car il attend une délégation étrangère de bailleurs de fonds qu’il doit recevoir sur le champ. Dix minutes plus tard, les étrangers arrivent pour une longue discussion, arrosée de boissons et de thé.

Deux personnes entrent soudain et la secrétaire les fait assoir. « Je vous ferai entrer juste après la sortie des étrangers » leur dit-elle. Les personnes en attente protestent. « Ils sont envoyés par un général et sont attendus », souffle la bonne dame.

Priorité aux ‘’pistonnés’’

Les deux envoyés du général vont passer plus d’une demi-heure avec le responsable. Leur sortie est une sorte de délivrance pour les gens en attente. La secrétaire leur annonce qu’ils vont commencer à entrer, deux par deux.

Certains n’acceptent pas cette proposition. Avant que les deux premières personnes choisies n’entrent, un homme d’apparence nantie se présente, porte-documents en main. La secrétaire se lève, lui souhaite la bienvenue et le salue chaleureusement, à l’instar des plantons rassemblés autour de lui.

Et le voilà à leur distribuer des billets. On lui ouvre aussitôt la porte du bureau du responsable. Nouvelles vagues de protestations. « Il s’agit de notre principal fournisseur. Il est gentil et généreux. Nous avons instruction de le faire entrer sans l’annoncer », répond la secrétaire. Nouvelle commande de thé et boissons pour le visiteur qui restera à peu près deux heures en compagnie du patron.

Au départ du fournisseur, nouvelle sonnerie qui semble indiquer que les gens sont enfin sur le point d’être reçus. Nouvelle grande déception ! Des députés du parti au pouvoir ont annoncé leur arrivée imminente ! « Il est très désolé et vous recevra dès leur départ », leur dit la secrétaire. Protestations et chaudes discussions. Quelques personnes décident de se retirer en injuriant le responsable ainsi que tout le système.

Avant la fin de l’audience des élus, une créature de rêve, joliment vêtue et parfumée, fait son entrée au secrétariat en compagnie d’un quidam assez efféminé qui fait ses éloges et chante sa beauté. « Annonce-moi vite », demande-t-elle à la secrétaire. Cette dernière répond qu’elle ne peut point annoncer quelqu’un sans rendez-vous.

Le griot de la dame profère toutes sortes de menaces. « Si tu savais de qui s’agit-il, tu l’aurait fait entrer directement ». La fonctionnaire cède et promet de les annoncer à la sortie des députés. Ce qui ne manque évidemment pas d’exaspérer les personnes en attente.

Le boss fait entrer la beauté sans hésiter. L’accompagnateur de celle-ci reste avec eux cinq minutes avant de ressortir, comptant les liasses que le responsable lui a données. Il a fait les éloges du haut responsable, exhibant, à tous, l’argent reçu. La bonne dame restera plus d’une demi-heure avec le responsable…

« Ouf, nous allons enfin être reçus ! », commentent les infortunés requérants. Il est aux environs de dix-sept heures, la secrétaire explique c’est tous ensemble que les gens seront reçus car le temps presse. On est au bout de l’impatience, de la faim et de la soif, sans manger ni boire depuis le petit matin. Nouvelle sonnerie, soudain.

La secrétaire entre voir son patron et revient avec un sourire jaune : le haut responsable a été appelé d’urgence par son ministre. Les pauvres personnes n’ont plus qu’à attendre le jour d’audience de la semaine prochaine… pour suivre le même scénario.

Mosy
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : La Maslaha

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Autour d’un thé : La MaslahaComme c’est la démocratie – La preuve : cent-cinq partis ; dont des terroristes et des racistes – Chacun a droit de dire ce qu’il veut. Librement. De soutenir celui qu’il veut. Librement. De changer de position. Librement. Dire quelque chose pendant la campagne. Et changer diamétralement d’avis, quelques jours plus tard.

Le premier tour est une chose. Le second en est une autre. C’est comme ça que, moi, j’analyse ces scrutins. Hé, c’est la démocratie : les analyses sont libres ! Les mauritaniens ont inventé quatre mots. Qui se disent de la même façon, dans toutes nos langues nationales. Pas besoin de les traduire. Des « mots-intersections », nouveau concept que les experts en linguistique doivent intégrer. Rapidement. Démocratiquement.

Exactement. Ces mots, les voici : El maslaha (intérêt), dakhalchi (Aboule l’oseille !), gazra (occupation illégale du domaine public), wakhyert (intraduisible). Des mots que chacun connait. Du citoyen lambda au Président. Par exemple, au second tour de ces élections, pour ne pas aller remonter l’histoire vers 2007, les partis politiques ,les hommes politiques, les femmes politiques, les enfants politiques, tout ce monde-là, il court pourquoi ? C’est la maslaha.

Directe ou indirecte. « Personne ne peut voir ça sur quiconque ». Entre nous. « Le plus mauvais est qu’on se connaît ». Très bien. Et puis, « chaque main efface son visage ». L’APP, ce n’est ni l’UFP, ni le RFD, ni ce parti-ci, ni ce parti-là. Évidemment que Messoud n’est pas plus Ahmed que Mohamed, Moktar ou Ibrahima.

Chacun réfléchit avec sa tête. Pas avec celle de quelqu’un d’autre. Sinon, on aurait pu éviter beaucoup de choses très graves qui nous ont causé beaucoup de dégâts. Imaginez que Maouiya ait su ce qui tournait dans la tête des gens qui l’ont fait tomber et exiler. Il n’allait pas partir présenter des condoléances à quiconque.

Si Sidi avait ce qui se nouait dans la tête de ces mêmes personnes, il n’allait pas les descendre de leur piédestal. Si Aziz avait su ce qui remuait dans la tête de ces criminels nationaux et transfrontaliers de sénateurs, il n’allait même penser à leur soumettre ces maudits amendements constitutionnels dont le rejet lui complique tant la vie. « Celui qui n’est pas dans la bataille est un héros ». La maslaha vient arbitrairement. La politique est affaire de maslaha disait quelqu’un. Surtout quand cette maslaha permet de faire rentrer quelque chose ou de l’apporter.

C’est tout comme. La politique de dakhalchi. Comme les bandits qui ont fait souffrir les pauvres populations de certains quartiers de Nouakchott. « Celui qui te donne un avis, regarde le cou de son étable ». Tout ça pour dire que la maslaha s’accommode très mal à l’ordinaire, avec les principes, la moralité, l’éthique. Pas de pitié pour les salopards.

C’est le titre d’un film cow-boy que j’ai beaucoup aimé, du temps des cinémas El Mouna, Oasis, Lejwad, Sahara et autres, en soirées et matinées. « Celui qui te mord sans que tu ne le mordes croit que tu n’as pas de dents ».

Entre l’APP et les autres partis de l’opposition, comme Tawassoul et ses « amis », toute une histoire, semée d’incompréhensions et de défiances. Ould Baya, c’est la maslaha des citoyens de Zouérate. Soixante-dix partis ont « gazré » c'est-à-dire établi gazra, pour obtenir un récépissé.

Sinon comment, comme disait le regretté Habib, n’ont-ils pas pu recevoir le 1% de pommade ophtalmologique ? Les cent cinq partis et les trois mille cinq cent quatre-vingt-trois organisations de la Société civile, c’est de la maslaha.

Les milliers d’écoles privées, de cliniques, de dépôts pharmaceutiques, d’universités privées, de mahadras, mosquées, bourses de vente de voitures, marchés, licences de pêches, quotas de poulpes, hommes d’affaires, commissions de ceci ou de cela : tout ça, c’est de la maslaha, du dakhal chi, de la gazra.

Les voleurs : wakhyert ! Les racistes : wakhyert ! Les terroristes : wakhyert ! Les fraudeurs : wakhyert ! Les conspirateurs : wakhyert ! Les infidèles : wakhyert ! Les assassins : wakhyert ! La maslaha, la gazra, dakhal chi, wakhyert se disent exactement de la même façon, en hassanya, en pulaar, en wolof et en soninké. Pas besoin de traduire. Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

L’art de se complaire dans la crise

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L’art de se complaire dans la criseLes Mauritaniens semblent bien aimer les situations de crise. Quand on essaie de jeter un regard sur ce qu’ils entretiennent et ce qu’ils vivent, on arrive forcément à la conclusion que les Mauritaniens ne se sentent pas mieux ailleurs que dans une situation de crise !

La preuve, malgré les élections législatives, régionales et municipales, on ne cesse pas de s’embourber dans la crise politique et, comme pour nous rendre encore plus en phase avec ce qui est devenu notre nature, on ajoute à la crise politique, la crise économique et sociale, avec la flambée des prix, le chômage et les dysfonctionnements dans bon nombre de secteurs d’activité.

Ce qui étonne chez eux, c’est cette fatalité qui les poursuit. Tout se passe comme s’ils sont condamnés à vivre les crises, comme une sorte de « normalité ». Il n’y a pas autre chose à attendre de ceux qui les gouvernent et des autres qui s’opposent à eux. Car alors que les Mauritaniens souffrent au quotidien, voilà que tout le monde se projette déjà dans la perspective du « troisième mandat du président Ould Abdel Aziz ».

Malgré tout, l’un des plus grands problèmes auquel les Mauritaniens sont confrontés c’est cette indicible insouciance qui fait qu’ils regardent le temps et les choses passer. Le président, le ministre, le wali, le directeur ou n’importe quel quidam ou n’importe quel parvenu, peut agir à sa guise, en étant sûr qu’il n’aura en face de lui que des « Consentants » !

Ce n’est nullement un appel à la sédition, mais il faut, au moins, savoir exiger de ceux qui nous gouvernent – ou qui ont choisi de s’opposer au pouvoir – de mettre en priorité les problèmes du citoyen. Si une crise perturbe le fonctionnement de l’Etat ce sont les populations qui en subissent les conséquences.

Que le gouvernement cherche à se donner les moyens de sa politique, en augmentant les impôts et taxes sur les entreprises est chose normale mais qu’il prenne le malin plaisir à fermer des sociétés comme l’ENER, mettant dans la rue des dizaines d’employés, créant par ricochet des dysfonctionnements énormes au sein des familles d’employés mis au chômage, doit pousser à réagir. Ne serait-ce qu’au niveau de l’élite qui ne mérite ce nom que si elle fait preuve de courage et de responsabilité pour dire au pouvoir la vérité.

Il n‘y a pas de doute, pendant les mois qui nous séparent de la future présidentielle, la classe politique va mettre de côté les choses essentielles de la vie qui portent sur le bien être des populations, pour s’adonner à son sport favori, les querelles politiques.

Certes, une réforme constitutionnelle ne peut être acceptée. Les vrais démocrates ont le devoir de lutter pour que le président respecte la constitution et qu’il mette fin à son pouvoir au terme de son second mandat, comme l’exige la constitution.

Mais ce combat ne doit pas faire taire les revendications essentielles qui assurent la survie de l’espèce. Après près d’une décennie de crises multiformes, le temps est venu de jeter un regard attentionné sur le quotidien du peuple. Cela compte beaucoup pour les populations. Cela compte autant pour le pays.

N’Gaïdé Hamatt
Source : L'Authentique (Mauritanie)