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Chronique

Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyen

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Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyenCe papier parle du calvaire quotidien vécu par de nombreux citoyens mauritaniens tentant de rencontrer nos hauts responsables, pour leurs soumettre leurs nombreux problèmes. « L’administration au service du citoyen » ? Parlons donc de ce fameux thème, si cher aux pouvoirs publics.

Six heures du matin à Nouakchott, dans les locaux, les agents de sécurité en faction devant la porte d’entrée de l’une de nos grandes institutions sont en train prier, quand des gens se présentent. « Les bureaux sont encore fermés », lance un des gardiens. « Nous voulons être les premiers enregistrés pour l’unique journée d’audience de ce responsable », répond l’un des visiteurs.

« Nous n’avons cessé, depuis trois semaines, d’aller et venir, sans jamais être reçus. La première fois, on nous a dit que ledit responsable était en voyage ; la deuxième, qu’il était en campagne électorale pour le compte du parti-État.

La semaine dernière, nous sommes arrivés, comme aujourd’hui, à la même heure, pour être informés qu’il était encore parti, en permission, pour contrôler son cheptel en brousse », ajoute un autre. « Attendez l’heure, pour qu’on puisse vous laisser entrer», répondent les agents de sécurité.

Attente interminable

Vers sept heures et demie, les plantons arrivent. Ils ouvrent les portes et commencent le balayage des bureaux. A huit heures, on permet enfin au groupe, maintenant grossi de nouveaux venus, d’entrer pour faire le rang, en l’attente de la secrétaire qui va enregistrer la liste des audiences de son patron.

Divers sujets d’actualité politique et sociale se voient débattus, comme le troisième tour des élections a Nouakchott, la disparition du journaliste saoudien, le prochain gouvernement, etc. Vers huit heures quarante cinq, une jolie poupée, bien habillée et parfumée, fait son entrée sans saluer. Visage crispé, elle ordonne à tout le monde de sortir faire le rang dans les couloirs car, dit-elle, « la salle d’attente est étroite ».

Ce qui provoque pas mal de contestations. On sort cependant en rang, pour qu’il n’y ait pas de désordre. La secrétaire entre, en suivant, dans le bureau du haut responsable, pour passer une demi-heure au téléphone fixe international, après quoi elle se donne le temps d’une douche et d’une séance de maquillage.

La voilà enfin à appeler les gens, un à un, pour les enregistrer. Le premier dans le rang a la surprise de voir son nom enregistré à la sixième place. La secrétaire réserve, d’habitude, les premières audiences à ses proches restés avec elle dans son bureau, tandis que les autres attendent dans la salle ou dehors.

Vers dix heures, l’arrivée d’un colossal planton à la porte du bureau fait savoir que le haut responsable y est entré, par la porte de derrière. Une sonnerie retentit et la secrétaire va voir son patron, parapheur à la main. Un quart d’heure plus tard, elle ressort pour s’asseoir derrière son ordinateur et imprime divers documents. Elle informe les personnes en attente qu’elles vont commencer bientôt à être reçues. Ce qui les soulage un peu.

Un peu plus tard, des collaborateurs du directeur le rejoignent pour une réunion qui ne prend fin que vers midi. Lorsqu’ils en sont tous sortis, la secrétaire entre à son tour. Morts d’impatience, les demandeurs d’audience pensent être enfin reçus.

Las ! La secrétaire les informe que le haut responsable ne peut plus recevoir quiconque car il attend une délégation étrangère de bailleurs de fonds qu’il doit recevoir sur le champ. Dix minutes plus tard, les étrangers arrivent pour une longue discussion, arrosée de boissons et de thé.

Deux personnes entrent soudain et la secrétaire les fait assoir. « Je vous ferai entrer juste après la sortie des étrangers » leur dit-elle. Les personnes en attente protestent. « Ils sont envoyés par un général et sont attendus », souffle la bonne dame.

Priorité aux ‘’pistonnés’’

Les deux envoyés du général vont passer plus d’une demi-heure avec le responsable. Leur sortie est une sorte de délivrance pour les gens en attente. La secrétaire leur annonce qu’ils vont commencer à entrer, deux par deux.

Certains n’acceptent pas cette proposition. Avant que les deux premières personnes choisies n’entrent, un homme d’apparence nantie se présente, porte-documents en main. La secrétaire se lève, lui souhaite la bienvenue et le salue chaleureusement, à l’instar des plantons rassemblés autour de lui.

Et le voilà à leur distribuer des billets. On lui ouvre aussitôt la porte du bureau du responsable. Nouvelles vagues de protestations. « Il s’agit de notre principal fournisseur. Il est gentil et généreux. Nous avons instruction de le faire entrer sans l’annoncer », répond la secrétaire. Nouvelle commande de thé et boissons pour le visiteur qui restera à peu près deux heures en compagnie du patron.

Au départ du fournisseur, nouvelle sonnerie qui semble indiquer que les gens sont enfin sur le point d’être reçus. Nouvelle grande déception ! Des députés du parti au pouvoir ont annoncé leur arrivée imminente ! « Il est très désolé et vous recevra dès leur départ », leur dit la secrétaire. Protestations et chaudes discussions. Quelques personnes décident de se retirer en injuriant le responsable ainsi que tout le système.

Avant la fin de l’audience des élus, une créature de rêve, joliment vêtue et parfumée, fait son entrée au secrétariat en compagnie d’un quidam assez efféminé qui fait ses éloges et chante sa beauté. « Annonce-moi vite », demande-t-elle à la secrétaire. Cette dernière répond qu’elle ne peut point annoncer quelqu’un sans rendez-vous.

Le griot de la dame profère toutes sortes de menaces. « Si tu savais de qui s’agit-il, tu l’aurait fait entrer directement ». La fonctionnaire cède et promet de les annoncer à la sortie des députés. Ce qui ne manque évidemment pas d’exaspérer les personnes en attente.

Le boss fait entrer la beauté sans hésiter. L’accompagnateur de celle-ci reste avec eux cinq minutes avant de ressortir, comptant les liasses que le responsable lui a données. Il a fait les éloges du haut responsable, exhibant, à tous, l’argent reçu. La bonne dame restera plus d’une demi-heure avec le responsable…

« Ouf, nous allons enfin être reçus ! », commentent les infortunés requérants. Il est aux environs de dix-sept heures, la secrétaire explique c’est tous ensemble que les gens seront reçus car le temps presse. On est au bout de l’impatience, de la faim et de la soif, sans manger ni boire depuis le petit matin. Nouvelle sonnerie, soudain.

La secrétaire entre voir son patron et revient avec un sourire jaune : le haut responsable a été appelé d’urgence par son ministre. Les pauvres personnes n’ont plus qu’à attendre le jour d’audience de la semaine prochaine… pour suivre le même scénario.

Mosy
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : La Maslaha

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Autour d’un thé : La MaslahaComme c’est la démocratie – La preuve : cent-cinq partis ; dont des terroristes et des racistes – Chacun a droit de dire ce qu’il veut. Librement. De soutenir celui qu’il veut. Librement. De changer de position. Librement. Dire quelque chose pendant la campagne. Et changer diamétralement d’avis, quelques jours plus tard.

Le premier tour est une chose. Le second en est une autre. C’est comme ça que, moi, j’analyse ces scrutins. Hé, c’est la démocratie : les analyses sont libres ! Les mauritaniens ont inventé quatre mots. Qui se disent de la même façon, dans toutes nos langues nationales. Pas besoin de les traduire. Des « mots-intersections », nouveau concept que les experts en linguistique doivent intégrer. Rapidement. Démocratiquement.

Exactement. Ces mots, les voici : El maslaha (intérêt), dakhalchi (Aboule l’oseille !), gazra (occupation illégale du domaine public), wakhyert (intraduisible). Des mots que chacun connait. Du citoyen lambda au Président. Par exemple, au second tour de ces élections, pour ne pas aller remonter l’histoire vers 2007, les partis politiques ,les hommes politiques, les femmes politiques, les enfants politiques, tout ce monde-là, il court pourquoi ? C’est la maslaha.

Directe ou indirecte. « Personne ne peut voir ça sur quiconque ». Entre nous. « Le plus mauvais est qu’on se connaît ». Très bien. Et puis, « chaque main efface son visage ». L’APP, ce n’est ni l’UFP, ni le RFD, ni ce parti-ci, ni ce parti-là. Évidemment que Messoud n’est pas plus Ahmed que Mohamed, Moktar ou Ibrahima.

Chacun réfléchit avec sa tête. Pas avec celle de quelqu’un d’autre. Sinon, on aurait pu éviter beaucoup de choses très graves qui nous ont causé beaucoup de dégâts. Imaginez que Maouiya ait su ce qui tournait dans la tête des gens qui l’ont fait tomber et exiler. Il n’allait pas partir présenter des condoléances à quiconque.

Si Sidi avait ce qui se nouait dans la tête de ces mêmes personnes, il n’allait pas les descendre de leur piédestal. Si Aziz avait su ce qui remuait dans la tête de ces criminels nationaux et transfrontaliers de sénateurs, il n’allait même penser à leur soumettre ces maudits amendements constitutionnels dont le rejet lui complique tant la vie. « Celui qui n’est pas dans la bataille est un héros ». La maslaha vient arbitrairement. La politique est affaire de maslaha disait quelqu’un. Surtout quand cette maslaha permet de faire rentrer quelque chose ou de l’apporter.

C’est tout comme. La politique de dakhalchi. Comme les bandits qui ont fait souffrir les pauvres populations de certains quartiers de Nouakchott. « Celui qui te donne un avis, regarde le cou de son étable ». Tout ça pour dire que la maslaha s’accommode très mal à l’ordinaire, avec les principes, la moralité, l’éthique. Pas de pitié pour les salopards.

C’est le titre d’un film cow-boy que j’ai beaucoup aimé, du temps des cinémas El Mouna, Oasis, Lejwad, Sahara et autres, en soirées et matinées. « Celui qui te mord sans que tu ne le mordes croit que tu n’as pas de dents ».

Entre l’APP et les autres partis de l’opposition, comme Tawassoul et ses « amis », toute une histoire, semée d’incompréhensions et de défiances. Ould Baya, c’est la maslaha des citoyens de Zouérate. Soixante-dix partis ont « gazré » c'est-à-dire établi gazra, pour obtenir un récépissé.

Sinon comment, comme disait le regretté Habib, n’ont-ils pas pu recevoir le 1% de pommade ophtalmologique ? Les cent cinq partis et les trois mille cinq cent quatre-vingt-trois organisations de la Société civile, c’est de la maslaha.

Les milliers d’écoles privées, de cliniques, de dépôts pharmaceutiques, d’universités privées, de mahadras, mosquées, bourses de vente de voitures, marchés, licences de pêches, quotas de poulpes, hommes d’affaires, commissions de ceci ou de cela : tout ça, c’est de la maslaha, du dakhal chi, de la gazra.

Les voleurs : wakhyert ! Les racistes : wakhyert ! Les terroristes : wakhyert ! Les fraudeurs : wakhyert ! Les conspirateurs : wakhyert ! Les infidèles : wakhyert ! Les assassins : wakhyert ! La maslaha, la gazra, dakhal chi, wakhyert se disent exactement de la même façon, en hassanya, en pulaar, en wolof et en soninké. Pas besoin de traduire. Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

L’art de se complaire dans la crise

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L’art de se complaire dans la criseLes Mauritaniens semblent bien aimer les situations de crise. Quand on essaie de jeter un regard sur ce qu’ils entretiennent et ce qu’ils vivent, on arrive forcément à la conclusion que les Mauritaniens ne se sentent pas mieux ailleurs que dans une situation de crise !

La preuve, malgré les élections législatives, régionales et municipales, on ne cesse pas de s’embourber dans la crise politique et, comme pour nous rendre encore plus en phase avec ce qui est devenu notre nature, on ajoute à la crise politique, la crise économique et sociale, avec la flambée des prix, le chômage et les dysfonctionnements dans bon nombre de secteurs d’activité.

Ce qui étonne chez eux, c’est cette fatalité qui les poursuit. Tout se passe comme s’ils sont condamnés à vivre les crises, comme une sorte de « normalité ». Il n’y a pas autre chose à attendre de ceux qui les gouvernent et des autres qui s’opposent à eux. Car alors que les Mauritaniens souffrent au quotidien, voilà que tout le monde se projette déjà dans la perspective du « troisième mandat du président Ould Abdel Aziz ».

Malgré tout, l’un des plus grands problèmes auquel les Mauritaniens sont confrontés c’est cette indicible insouciance qui fait qu’ils regardent le temps et les choses passer. Le président, le ministre, le wali, le directeur ou n’importe quel quidam ou n’importe quel parvenu, peut agir à sa guise, en étant sûr qu’il n’aura en face de lui que des « Consentants » !

Ce n’est nullement un appel à la sédition, mais il faut, au moins, savoir exiger de ceux qui nous gouvernent – ou qui ont choisi de s’opposer au pouvoir – de mettre en priorité les problèmes du citoyen. Si une crise perturbe le fonctionnement de l’Etat ce sont les populations qui en subissent les conséquences.

Que le gouvernement cherche à se donner les moyens de sa politique, en augmentant les impôts et taxes sur les entreprises est chose normale mais qu’il prenne le malin plaisir à fermer des sociétés comme l’ENER, mettant dans la rue des dizaines d’employés, créant par ricochet des dysfonctionnements énormes au sein des familles d’employés mis au chômage, doit pousser à réagir. Ne serait-ce qu’au niveau de l’élite qui ne mérite ce nom que si elle fait preuve de courage et de responsabilité pour dire au pouvoir la vérité.

Il n‘y a pas de doute, pendant les mois qui nous séparent de la future présidentielle, la classe politique va mettre de côté les choses essentielles de la vie qui portent sur le bien être des populations, pour s’adonner à son sport favori, les querelles politiques.

Certes, une réforme constitutionnelle ne peut être acceptée. Les vrais démocrates ont le devoir de lutter pour que le président respecte la constitution et qu’il mette fin à son pouvoir au terme de son second mandat, comme l’exige la constitution.

Mais ce combat ne doit pas faire taire les revendications essentielles qui assurent la survie de l’espèce. Après près d’une décennie de crises multiformes, le temps est venu de jeter un regard attentionné sur le quotidien du peuple. Cela compte beaucoup pour les populations. Cela compte autant pour le pays.

N’Gaïdé Hamatt
Source : L'Authentique (Mauritanie)

Autour d’un thé: Têtes

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Autour d’un thé: TêtesLe Calame - « Qui ne t’a préféré que sa tête, ne le ‘’vois’’ pas sur lui ». C’est si vrai que cela ne suscite aucun commentaire. Un peu comme la vache meuglant : « mon veau, mon veau » ; puis, tout à coup la voilant, : « ma tête, ma tête ». Ce n’est pas pour rien qu’anatomiquement, la tête est en haut.

Relativement, bien sûr – merci, Einstein ! – en haut par rapport, donc, aux jambes, au tronc et autres membres. La tête, le tronc, les membres, vieille leçon de sciences bien assimilée par les anciens élèves du cours primaire moyen première année (CM1).

La tête et le cou avaient leur histoire. Ils revenaient de droit aux forgerons. La tête, c’est la tête. Exactement comme le cou est le cou. Mais pourquoi, parfois, c’est comme ci et, parfois, c’est comme ça ? Pourquoi ne pas avoir donné la tête et le cou des listes nationales, régionales et des femmes aux « ayants droit » ? Histoire de rester fidèles à nous-mêmes : les chefs, d’abord ; les proches, ensuite ; les fidèles amis, enfin.

C’est quoi cette démocratie ? De moi d’abord et les autres ensuite. De moi toujours, tant que je tiens encore sur mes pieds chancelants. C’est quoi cette épicerie personnelle où les autres ne sont que des « toujours debout » taillables, corvéables et « renvoyables » à tout moment ? Les partis politiques nationaux et leurs pratiques rappellent, à bien des égards, les organisations de la Société civile.

Comme celle d’une proche parente (c’est très à la mode) dont le bureau exécutif se déclinait comme suit : présidente, elle-même ; vice-président, son fils aîné ; secrétaire général, son mari ; trésorière, sa fille ; commissaire aux comptes, sa fille cadette ; commissaire aux comptes adjointe, sa domestique ; chargé des relations extérieures, son chauffeur ; sa défunte maman, la présidente d’honneur ; chargée de communication, sa voisine perdue de vue depuis quelques années.

Qui dit mieux, en termes de rapprochement de l’administration des administrés ? Hé, il faut bien assurer ses arrières ! Et, comme on dit, « la tête ne peut pas être la queue ». Les présidents de parti veulent être des « têtes » pour leurs militants. Et la tête, si « elle devenait des yeux », elle ferait peur.

Alors, il faut bien qu’elle devienne député. On ne sait jamais. L’avenir est tellement incertain qu’il faut bien être là pour savoir quoi faire. Et puis, « voit le vieux, couché, ce que ne voit pas le jeune, debout ». Tout droit dans ses bottes, pantalon et boubou. Ah, ça, on n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Or c’est bien une affaire de service (dans le sens de « se » servir d’abord) et de servitude, pour les autres qui doivent être toujours prêts et agiles, comme des scouts, pour le parti. Le parti de Sidi. Le parti d’Oumar. Le parti de Diarra. Le parti de Moktar. Le parti de Fatimetou. Le parti de Mohamed. Le parti de M’bareck. Le parti d’Ifra.

Le parti de Sidna. Le parti de Kadiata. Le parti de Moustapha. Le parti de Dramé. Qui sème les partis récolte les têtes de liste. C’est normal. N’est-ce pas dans ma maison que se trouve le siège ? N’est-ce pas moi qui en paye le loyer ? Mon argent qui finance les banderoles, les portraits et les affiches ? Le parti, c’est moi.

Alors, c’est qui sème et qui récolte ? Normalement. Tout ce qui vient, tout ce qui tombe. Les faveurs, l’argent, les postes électifs et, éventuellement, les nominations et les subventions. Tout ça c’est pour bibi, dans ma poche. Directement. Comme disait un célèbre virtuose de notre tidinitt, directement dans la poche. Le chef, d’abord et les subordonnés, ensuite.

Communautairement : Hartani, Beidani, Kowri ou Hartaniya, Beidaniya, Kowriya ; c’est tout comme. Regardez le RFD, Tawassoul, l’UFP ou El Wiam : c’est la règle. L’UPR, l’APP et El Moustaqbal ont fait quelque chose qui ne sert pas l’unité nationale. Conférez les têtes de leurs listes nationales, régionales et des femmes. Où est la Constitution ? Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Autour d’un thé : Symboles

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Autour d’un thé : SymbolesLa Mauritanie est très mélangée. Notamment élections parlant. Régionales. Municipales. Législatives. Présidentielle. Il faut bien qu’on en parle pour ne pas paraître un imbécile. Faire comme tout le monde, quoi.

De quoi parlerait-on, sinon ? Des tribus ? Des communautés ? Des régions ? Des ethnies ? Des femmes ? Des jeunes ? Des LGBI ? Lesbiennes, gays, transsexuels et autres ? Combien de tribus, chez nous ? Confusion totale, démocratie vraiment très atypique. Tout comment les listes de tel ou tel parti. Bon, allons voir quand même.

Un Beïdane à la tête de la liste nationale. Un Harratine à la tête de la liste régionale. Un Kowri à la tête de la liste des femmes. C’est comme ça que ça marche, en Mauritanie. C’est ça, son standard. Les alliances de toutes natures. Les alliances contre nature. Les mécontentements. Le nomadisme. La transhumance. Un homme d’affaires qui change son fusil au moins trois fois d’épaule.

Un parti de la majorité qui rabâche, au gré des humeurs partisanes et des rapports de force civils et militaires, plusieurs fois ses candidats. Le futur Parlement aura de tout et sera vraiment très panaché. Très coloré. Très savoureux. Toutes les idéologies.

Des nationalismes les plus ataviques aux extrémismes les plus primaires. Et des négationnismes les plus grégaires aux libéralismes les plus permissifs. Bref, un parlement de tout. Une véritable arche de Noé. «Ô mon fils, monte avec nous ! ».

C’est comme qui dirait que toute la Mauritanie est candidate à quelque chose, dans ces élections-là. Un peu comme dans les examens nationaux. Chaque famille a au moins quelqu’un candidat au concours d’entrée en sixième, BEPC ou BAC.

Pas une famille qui n’aura pas son représentant au Conseil régional, à la mairie ou au Parlement. Vraiment extraordinaire d’originalité. D’un million de poètes on devient un million trois cents candidats. D’un million de partis politiques. D’un million de sièges.

D’un million d’emblèmes. Eh oui, les sigles ! C’est à mourir de rire. Un verre de thé à moitié plein ou à moitié vide, par-ci. Pour dire qu’un parti n’ira pas jusqu’au bout, s’il n’obtient pas le 1% requis pour continuer à exister. Un bâton, par-là, pour rappeler un peu que la torture existe encore en Mauritanie.

Torture physique et psychologique. Une vache. Une chèvre. Un lièvre. Un baobab. Une calebasse. Un fusil. Une tablette. Une corne. Un tam-tam. Une plume. Un oiseau. Une étoile. Un soleil. Un arc-en-ciel. Une lune. Un cure-dents. Une bouteille. Un robinet.

Une margelle. Une marmite. Une corne. Un béret. Une cuillère. Un flambeau. Un âne. Un cheval. Une agrafeuse. Une roue. Un chapelet. Un tapis de prière. Une pièce de tissu. Une pièce de monnaie. Un poisson. Un chameau. Une carotte. Une orange. Un épi. Une botte. Une médaille. Un capuchon. Une théière. Une tortue. Une femme. Un homme.

Un garçon. Un livre. Tout ce qui passe par la tête peut servir de symbole. Pour ne rien dire. Puisque, réellement, on n’a rien dire à personne. C’est juste qu’il faille passer à la trappe, pour devenir conseiller régional, député ou maire et passer à autre chose. Une tortue, c’est généralement symbole de lenteur.

Un lapin, d’intelligence. Un arc en ciel, de diversité. Un fusil, c’est pour tuer ou, à la limite, faire peur. Une théière, pour dire que nous sommes des buveurs de thé. Un tam-tam, ça rappelle les cérémonies où les gens dansent, chantent, applaudissent. Une roue, ça roule. Un âne, ça braie. Un poisson, ça fume quand c’est mis au fourneau. C’est symbolique que tous les Nous z’autres soyons candidats à quelque chose.

C’est clair l’intérêt des Nous z’autres aux choses publiques. Dans la plus totale confusion. Les experts aux choses fortuites. Les badauds aux choses expertes. Les militaires aux choses civiles.

Les civils aux choses militaires. Les vieux aux choses des jeunes. Les jeunes aux choses des vieux. Mauritanie dans la confusion. Sens dessus-dessous. Vive la démocratie ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le saint homme et le président : Alpha Conde chez Mohand Baba

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Dochliya, un petit village situé a quarante kilomètres au nord de Mederdra le Mardi 03 Juillet, vers dix heures. Un Hélicoptère de l’armée de l’air mauritanienne se pose sur un terrain situé au nord du village gardé par des éléments du Basep. Quatre personnes  descendent. Un homme de teint foncé portant des lunettes et qui semble être une éminente personnalité passe en revue tout en en saluant le groupe de personnes venues l’accueillir. Juste après, il s’engouffre dans une Toyota V8 qui fonce vers le sud-ouest du village. Un peu plus tard, la voiture s’arrête devant une petite et modeste maison en zinc entouré d’une clôture de grillage. Trois parmi ce groupe entrent dans la concession alors qu’on ordonne aux autres de rester dehors. On fit assoir les trois visiteurs sans aucun protocole dans une petite cabane de fortune sur une petite natte en plastique. C’est la qu’ils vont attendre d’être reçus par l’illustre personne  qu’ils se sont déplacés de Nouakchott pour rencontrer…

L’une de ces personnes qui attendent patiemment leur tour, n’est pas n’importe qui. Il s’agit du président guinéen Alpha Condé. Ce dernier a demandé aux autorités mauritaniennes de lui organiser un voyage afin de pouvoir rencontrer l’apôtre de Dochliya, Mohand Baba. Ce voyage a été organisé par les services de la présidence sans que les autorités locales ne soient avisées.

Rares sont ceux qui ne connaissent pas l’illustre Mohand Baba ould Meine. Le savant, médecin, poète, penseur, historien, sociologue, ethnologue pour ne citer que ceux-ci parmi ses nombreuses qualités. Ce modeste moine, pas du tout concerné par la vie d’ici bas, habite une contrée lointaine qui est devenue la destinée quotidienne de nombreuses personnes venues des différents coins du pays. La plupart de ces visiteurs cherchent a se faire soigner de maladies incurables. D’autres viennent chercher le savoir. D’autres sont tout simplement à la recherche de la Baraka du saint homme.

L’illustre hôte guinéen a attendu à peu prés vingt minutes en compagnie de l’homme d’affaires, Hassen ould Mouknass et  du point focal du marabout : Yacoub ould Mohamed Moussa. Ce sont ces derniers qui tout fait pour la réussite de cette rencontre. Finalement, la mince silhouette du Cheikh Mohand Baba est apparue. Il porte comme d’habitude une bouilloire et n’est habillé que d’un vieux boubou de «Chegga ». Lorsqu’il s’est approché, le groupe s’est levé. Il leur fait signe de la main et s’arrête pour dire asseyez-vous. S’ils n’avaient pas obéi, le saint savant aurait aussitôt rebroussé chemin car par modestie, il ne veut pas qu’on se lève pour le saluer…

Il s’assoie, souhaite la bienvenue au président et commence comme c’est toujours le cas à bombarder son visiteur de questions sur tous les sujets. Ils ont eu un entretien qui a duré près d’une heure de temps en présence des deux hommes déjà cités. Après avoir entendu la requête du président, il lui a demandé pourquoi l’avoir ciblé particulièrement car il y a beaucoup d’autres marabouts. Le président lui répond qu’il désire depuis longtemps le rencontrer spécialement. Mohand Baba lui a imploré Allah a lui accorder sa bénédiction et d’accomplir ses vœux. Il lui a aussi remis comme cadeau une bouteille de parfum. Pour le rassurer sur le plan sécuritaire, il s’en est parfumé et a demandé a Hassen et Yacoub d’en faire autant. Le président Condé lui répond que ce n’était pas la peine car il a une confiance totale en lui et a rappelé une sagesse qu’il lui avait confiée au début de la rencontre que rien ne peut se faire sans la volonté d’Allah. Ensuite, le président propose une « Hedia » (don) au Cheikh. Il s’agit de la bagatelle de cent milles dollars que Mohand Baba a refusés poliment, l’informant que durant toute sa vie, il n’avait pris quoi que ce soit avec quiconque. Il a demandé qu’on veuille bien expliquer cela à Monsieur le président pour qu’il ne s’en formalise pas.

A la fin de l’entretien, le saint homme octogénaire s’est retiré laissant le groupe dans la cabane. Une heure plus tard, le convoi rebrousse chemin vers le terrain d’aviation. Le président et sa suite reprennent aussitôt la route de Nouakchott au bord de l’Hélicoptère. Les militaires et les agents du protocole vont les suivre plus tard par voiture comme ils étaient venus. Le village va reprendre son calme et sa monotonie aussitôt après. Alors que Mohand Baba s’est retranché dans ses longues prières et méditations quand il ne professe pas  le savoir.

Auparavant, des voitures du Garim étaient venues dans ce village le Lundi 02 Juillet vers treize heures pour commencer à baliser le terrain où va se poser l’Hélicoptère. Vers quinze heures, des voitures du Basep en compagnie des quelques éléments du protocole de l’Etat viennent aussi sur place  avant cette visite. Ils ont été respectivement hébergés et pris en charge par les disciples du Mohand Baba dans trois différentes maisons. Après le départ du président, ce groupe a été reçu collectivement par le marabout.   L’aide de camp du président guinéen et son médecin particulier ont fait partie de ce voyage.

Mohamed ould SidiYaraf

 

[Édito] États-Unis, Israël et Arabie saoudite : l’axe du mal, par Béchir Ben Yahmed, PDG de Jeune Afrique

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Encore et toujours le Moyen-Orient. Une terrible malédiction semble s’être abattue sur cette région du monde. Composée de nations fragiles, elle vient en tout cas de franchir un pas décisif vers une nouvelle guerre, dont nous avons annoncé ici même qu’elle était programmée.

Édito. Les trois premiers coups de canon de ce conflit ont été tirés : le raid de l’aviation israélienne sur des installations iraniennes en Syrie, la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale une et indivisible d’Israël, et la dénonciation par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien signé par son pays (et ses alliés) ainsi que par la Russie et par la Chine.

Nouveau pacte

Une dangereuse coalition s’est nouée l’an dernier pour modifier la carte du Moyen-Orient par la force et y imposer la volonté de trois pays riches et puissants : les États-Unis de Donald Trump, Israël de Benyamin Netanyahou et l’Arabie saoudite de Mohamed Ibn Salman.

Derrière ce trio se tiennent, au second rang, l’Égypte, les Émirats arabes unis et d’autres comparses moins voyants. La région a connu au XXe siècle d’étranges coalitions, qui ont toutes mal fini. On les appelait « pactes » ; le plus notoire a été le « pacte de Bagdad », de sinistre mémoire.

Il avait été pompeusement baptisé Traité d’organisation du Moyen-Orient, et a rassemblé autour des États-Unis et du Royaume-Uni des collaborateurs arabes, parmi lesquels Nouri Saïd, alors Premier ministre d’Irak, réputé pour son anglophilie. Il sera assassiné et son corps à demi putréfié traîné par la foule dans les rues de Bagdad.

Le pacte scellé entre Trump, Netanyahou et « MBS » n’a pas encore de nom. Qu’on l’appelle pacte de Washington, de Riyad ou de Jérusalem, il fera beaucoup de mal à la région avant d’être relégué, à son tour, dans les « poubelles de l’Histoire ».

Un agenda qui se lit dans les actes

Ce que veulent les coalisés et leurs comparses n’a pas été et ne sera jamais formulé. Mais il transparaît déjà dans leurs méfaits.

1) Bouter l’Iran hors des pays du Moyen-Orient où il a réussi à se faire une place, le « sortir » de la région pour le faire rentrer dans ses frontières ; obliger ses dirigeants à se tenir tranquilles et à désarmer.

Mais ces derniers refuseront probablement de se soumettre. La coalition ne reculera pas alors devant le « changement de régime ». Il s’agit, on le voit, d’un vaste programme qui implique l’utilisation de la force armée et dont aucune personne sensée n’estime qu’il a la moindre chance de se réaliser.

2) Concevoir, élaborer et mettre en œuvre un plan pour résoudre le conflit israélo-arabe (et d’abord, israélo-palestinien), vieux de soixante-dix ans, voire davantage.

Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’il avait confié cette mission à son gendre, Jared Kushner, dont il pense qu’il est le seul homme en mesure de sortir de son chapeau la solution miracle. L’actuel président des États-Unis a dit que ce plan était en cours d’élaboration et qu’il nous serait présenté dans les prochaines semaines.

L’ombre de Benyamin Netanyahou

En réalité, le « plan Kushner » n’a pas besoin d’être élaboré, puisqu’il existe déjà : c’est celui de Netanyahou, auquel s’est rallié Mohamed Ibn Salman.

Il est déjà en cours d’exécution ; la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale une et indivisible d’Israël et le transfert de leur ambassade dans cette ville en sont les mesures les plus récentes et les plus spectaculaires.

Les étapes suivantes seront le remplacement de Mahmoud Abbas par quelqu’un d’encore plus docile que lui – on a parlé de Mohammed Dahlan – et la création d’un « mini-État palestinien » à la souveraineté limitée, où seront parqués les quelques millions de Palestiniens pas encore « casés ».

MBS fera en sorte que l’ex-camp arabe, aujourd’hui démantelé, « avale la pilule ». Il unifiera les Arabes sunnites et s’alliera à Israël dans une « guerre sacrée » contre les Perses chiites ; et, pour faire bonne mesure, libérera l’Irak à majorité chiite de l’emprise iranienne.

3) La Russie ? Netanyahou et Ibn Salman conjugueront leurs efforts pour l’éloigner de l’Iran et obtenir qu’elle cesse de soutenir son régime.

En contrepartie, la présence de Moscou au Moyen-Orient et son influence sur certains pays seront tolérées. Mais contenues.

Il s’agit, comme on le voit, des fantasmes de trois hommes politiques qui se prennent pour des stratèges et disposent de moyens presque illimités. Mais aucun connaisseur sérieux de la région ne leur accorde la moindre chance de réussir.

S’ils ont le pouvoir de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang, ils n’ont pas les moyens de résoudre ses problèmes, a fortiori de redessiner sa carte.

L’ivresse de la victoire

On ne pourra malheureusement pas les empêcher de sévir tant qu’ils seront au pouvoir, on peut seulement leur résister. Et attendre que leurs erreurs et leurs excès retournent leurs peuples contre eux. Pour l’heure, ils vivent l’ivresse de la victoire. Ils ont l’impression – fausse – que rien ni personne n’est en mesure de s’opposer à leurs desseins.

Se rendent-ils seulement compte qu’ils sont en train d’humilier non seulement les Arabes, divisés et vaincus, mais tout autant les Européens, la Russie et la Chine ?

Source : jeuneafrique.com

 

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...

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Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...Il ne faut pas être « né du vendredi », recommandent les Mauritaniens : c'est au plus proche puis au plus proche que tout ce que tu as ou peux avoir doit d’abord revenir. Et ce n’est pas nouveau, avant même que la Mauritanie existe, du temps déjà de la « Seïba », les émirs, les Almamy et autres Alboury, c’était comme ça.

Fils, proche, serviteur, esclave, griot ou forgeron du chef général, ce n’est pas n’importe qui que personne ne connaît, sans parent « quelqu’un », influence, interférence, ni omnipotence.

Soyons réalistes. Un frère, ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas n’importe quoi. Entre ton « même père et même mère » et tout autre, le parti ne compte pas. Même les cousins les plus proches. Même les femmes, les enfants, les amis. La fratrie, c’est sacré. Comment choisir un autre que son frère, pour un poste si juteux ? « Voir cela sur » quelqu’un, c’est vouloir « voir quelque chose sur lui ».

Ne pas être « né » du vendredi. Ne nous sommes-nous pas des musulmans ?« Le meilleur d’entre vous est le plus regardant et dont les biens est pour ses parents ». Vous oubliez tout ça et vous nous dites patati, patata, patatras. Cette fois, le frère est passé.

Si le parti trouve autre chose, ce sera la sœur, avant le neveu ou le cousin, eux-mêmes avant quelqu’un de la tribu puis de la communauté puis des autres membres du parti, selon leur rang. C’est tout comme le neveu fils de la sœur bien-aimée.

L’oncle ou la tante, c’est comme le père ou la mère. Impossible qu’un oncle présidant un parti de la majorité fasse rater une aussi belle opportunité de salaire confortable à son neveu, dites-vous ? Que me chantez-vous là ? Mettez-vous à leur place !

Accepteriez-vous, vous, d’être un « makhlooug El Joumou’a ». Vous savez, chez nous, oh, lalalalala, être le beau-frère de quelqu’un, c’est très complexe. Tu peux faire ce que tu veux : du plus simple au plus compliqué.

Un beau-frère peut porter le boubou, le pantalon ou la chemise ; arriver en retard et manger ton repas ; rentrer dans ta chambre, dormir sur ton lit, prendre, au réveil, la monnaie de ton armoire et s’en aller, sans rien dire à personne. On ne reproche rien à son beau-frère. Il peut même vendre ta maison.

C’est très exceptionnellement qu’on dit, chez nous : « Ton gendre, s’il ne te respecte pas, prends-lui ton gros bâton ». Comment donc ne pas penser à lui, quand il y a une commission en vue ou quoi que ce soit qui puisse l’aider à régler certains problèmes, contribuer ainsi grandement à ne pas fâcher Madame. Adieu, donc, boubou, pantalon, repas et petite monnaie ! Le temps d’une commission électorale.

Cette fois, quand même, personne ne peut dire que son Excellence Monsieur le Président a mis quelqu’un dans l’affaire. Parole du ministre porte-parole du gouvernement en qui nous ne « connaissons pas le mensonge » ! Pas un homme. Ni une femme. Ni un cousin.

Ni un homme d’affaires. Pas rien ni personne. PM, ministres, Généraux, de ceux-là, le porte-parole n’a dit s’ils ont mis quelqu’un ou pas. « Chaque main efface sa figure »... Le beau-frère du cousin du Président n’est pas le beau-frère du Président. Il ne faut pas tout confondre.

Et puis, c’est bon de n’avoir choisi que des gens que tout le monde connaît. On ne sait jamais. S’il faut les rechercher, un jour, au moins, ça ira vite : un cousin par-ci, un beau-frère par-là, un frère de père et de mère de là- bas, le beau-frère d’un cousin au Président, le neveu d’un chef de parti de la majorité. Deux gens du bord du Fleuve. Un harratine et un nationaliste.

C’est facile d’assembler les gens de la nouvelle commission électorale nationale indépendante ! Qui sème le vent ne récolte généralement pas une place à la CENI. Il faut bien que les gens du FNDU le sachent : les absents ont toujours tort ! Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Par Béchir Ben Yhmed : L’Afrique face à la menace saoudienne

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Les dirigeants saoudiens, qui s'appuient sur les hydrocarbures - le pays détient 20 % des réserves mondiales de pétrole -, pèsent de tout leur poids dans les relations internationales. Allié des États-Unis, le royaume s'emploie à propager le wahhabisme et multiplie les fronts contre l'Iran, le Qatar, Gaza ou le Yémen. Son influence grandissante en Afrique inquiète.

Édito. Arabie saoudite. L’énorme masse de dollars dont disposent ses dirigeants (et leurs coteries) a pour effet que, dans le monde entier, beaucoup rampent devant eux et que la plupart les ménagent. On n’ose (presque) rien dire de leurs méfaits alors qu’ils sont nombreux et de plus en plus nuisibles. Ce pays a le même régime depuis près d’un siècle et pèse vraiment depuis que le pétrole est devenu la principale source d’énergie planétaire. Son influence en Afrique et dans le reste du monde a été discrète et pernicieuse dans la seconde moitié du XXe siècle ; elle est en train de devenir patente et dangereuse. D’où la nécessité dans laquelle je me trouve de vous en parler.

Rôle néfaste

J’estime qu’il est de mon devoir de mettre en garde contre le rôle néfaste que vont jouer les dirigeants actuels de ce pays, assis sur les plus grandes réserves d’hydrocarbures du monde.

D’abord quelques chiffres : le produit intérieur brut (PIB) de l’Arabie saoudite, le plus important du Moyen-Orient, était, en 2015, de l’ordre de 670 milliards de dollars, pour une population de 30 millions d’habitants (dont le tiers sont étrangers et 75 % ont moins de 30 ans). Il y a peu de Saoudiens actifs ; la plupart de ceux qui le sont travaillent pour l’État et ses entreprises ou, plus exactement, font semblant.

Le pétrole, dont ce pays détient 20 % des réserves mondiales et dont il exporte plus de 10 millions de barils par jour, représente 90 % des recettes d’exportation et 80 % du budget de l’État. Ce budget est de 190 milliards de dollars ; depuis deux ou trois ans, il accuse un déficit de 15 %. C’est là un pourcentage très élevé.

Les dépenses militaires sont, elles aussi, les plus élevées du monde en pourcentage du budget : elles en absorbent le tiers. On évalue le nombre de « princes » et « princesses » à 20 000, dont 5 000 se disent de « sang royal », descendants du « roi » Saoud. Ils tiennent lieu de « famille régnante ». Pour mesurer ce que ses immenses réserves apportent à ce pays, quelques comparaisons.

Le PIB de l’Arabie saoudite est le double de celui de l’Égypte, trois fois plus peuplée, et plus de deux fois supérieur à celui du Maghreb central (Tunisie, Algérie et Maroc), qui est également trois fois plus peuplé. Il est vingt fois plus élevé que celui de la Côte d’Ivoire et plus de quarante fois celui du Sénégal ou du Mali. Si l’on compare les budgets de ces pays avec celui de l’Arabie, on retrouve les mêmes proportions.

Doctrine wahabite

Fondé sur la doctrine wahhabite, qui est un concentré d’intégrisme islamiste rétrograde, le « royaume » d’Arabie instauré par Saoud a inventé et propagé l’islamisme dans les pays musulmans. Antidémocratique, misogyne et ultraconservateur, il a financé et aidé les islamistes de son obédience et combattu les autres, comme les Frères musulmans d’Égypte (confrérie créée en 1928), introduisant ainsi une discorde au sein de l’islam.

Aujourd’hui même, il combat l’Iran (chiite), le Qatar (néowahhabite), les Frères musulmans de Tunisie, de Gaza, etc. Simultanément, il dirige une coalition qui mène depuis trois ans une guerre aveugle et meurtrière au Yémen ; une deuxième coalition conduite par la même Arabie saoudite a entrepris de détruire l’indépendance du Qatar.

En Syrie, le royaume wahhabite alimente le feu jihadiste ; en Irak, il projette de soutenir la minorité sunnite orpheline de Saddam Hussein contre la majorité chiite qui apprend (depuis quinze ans) à exercer le pouvoir ; au Liban, il manœuvre pour déstabiliser le pays.

Sous la (mauvaise) influence des États-Unis, qui le protègent, le régime saoudien a accepté, sans états d’âme et depuis un demi-siècle, qu’Israël détienne l’arme nucléaire, mais se réveille en 2018 pour la réclamer à son tour. Pour contrer Israël ? Non, pour, en alliance secrète avec lui, empêcher l’Iran de la posséder !

Une telle concentration de pouvoir et d’argent entre les mains d’un apprenti chef d’État est effrayante

L’islamisme saoudien et son allié américain ont, sans le vouloir ni le prévoir, poussé Oussama Ben Laden à la dissidence : il a émigré d’Arabie vers le Soudan puis l’Afghanistan, réinventé le jihadisme et créé son organisation mère : Al-Qaïda.

Celle-ci a conçu, élaboré et perpétré, le 11 septembre 2001, contre New York et Washington le plus grand acte terroriste de l’Histoire ; il a été exécuté pour l’essentiel par quinze dissidents saoudiens (sur dix-neuf terroristes au total), commandés depuis l’Afghanistan par un chef saoudien : Oussama Ben Laden.

Et, depuis ce jour, nous subissons les effets désastreux de « la guerre mondiale contre le terrorisme » déclarée dès le 12 septembre 2001 par un certain George W. Bush, alors président des États-Unis.

Le régime saoudien n’est pas directement responsable du terrorisme islamiste. Mais sans la doctrine sur laquelle il est fondé, sans ses financements et ses manigances, ce terrorisme aurait-il existé ? Aurait-il pris l’ampleur qu’il a prise ? Serait-il encore, dix-sept ans après ce fatidique 11 septembre 2001, le fléau qu’il est devenu ?

Un jeune dictateur incontrôlable

Aujourd’hui, c’est l’Arabie saoudite qui est, à mes yeux, la principale menace pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde. Intronisé il y a trois ans, le vieux roi Salman n’en est plus que le chef nominal, car il a délégué ses pouvoirs à son fils, Mohamed Ibn Salman.

Jeune, inexpérimenté, impétueux, ce dernier dispose donc, sans aucun contrepoids, d’une armée suréquipée et mal commandée, d’une réserve de plusieurs centaines de milliards de dollars et de l’appui inconsidéré de l’actuel président des États-Unis. Une telle concentration de pouvoir et d’argent entre les mains d’un apprenti chef d’État est effrayante.

Aucun autre dictateur de l’époque récente n’a rassemblé autant de moyens entre des mains aussi inexpérimentées, au cœur d’une région qui est une véritable poudrière. Le Moyen-Orient et le monde sont donc à la merci d’une nouvelle décision irréfléchie d’un jeune dictateur dont le pouvoir est aussi démesuré et illimité que les moyens financiers dont il dispose.

Il faudrait un miracle pour nous préserver de la frénésie de cet éléphant dans un magasin de porcelaine qu’est Mohamed Ibn Salman.

Source : jeunefrique.com