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Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ans

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ansLe 5 mars 1958, la première pierre de la capitale mauritanienne Nouakchott était posée. Une capitale coincée entre la mer et le désert, sortie des sables par la volonté du conseil de gouvernement qui décide de quitter Saint-Louis au Sénégal où il est installé.

Trois ans plus tard, l'indépendance sera proclamée dans un hangar faute d'infrastructures. Aujourd'hui, Nouakchott s'étend sur près de 30 kilomètres mais les anciens n'ont rien oublié de l'aventure des débuts, quand tout était à construire.

A sa création, Nouakchott n'est qu'un ancien poste militaire habité de quelques centaines d'âmes. « Une dune et quelques arbustes rabougris » se souvient le premier président mauritanien dans ses mémoires. Son épouse, Marième Daddah, n'a pas oublié son premier voyage.

« Quand nous sommes arrivés au-dessus de la ville de Nouakchott, le président m’a dit : "Nous sommes arrivés", avec beaucoup de satisfaction. Et moi, la fille de la grande ville, j’ai écarquillé mes yeux pour voir cette ville. Mais il n’y avait pas grand-chose. Je lui ai dit :"Mais, où sommes-nous ?" Il m’a dit : "Eh bien nous sommes arrivés". »

L'aventure ne fait alors que débuter. Mohamed Aly Cherif, l'ancien secrétaire général de la présidence, se rappelle que beaucoup de fonctionnaires ont d'ailleurs bien du mal à se décider à faire leur premier voyage.

« Il y a beaucoup de gens qui ont traîné les pieds, qui sont venus seulement un an et demi après. Ils ont dit : bon… Direction des douanes, direction des contributions… Il faut qu’ils restent à Saint-Louis, parce que les réseaux et les communications ne sont pas bons, etc… »

Georges Nassour, un des premiers commerçants à s'installer, ouvre sa boucherie sur ce qui n'était avant qu'une dune. Des années après, sa fascination pour la ville est restée la même. « La chance de cette ville c’est d’être dans cette immensité. Autour de Nouakchott il y a un recueillement. En face de vous il y a la mer, derrière vous il y a le désert. C’est quelque chose de captivant ».

Ville tentaculaire, Nouakchott s'étend aujourd'hui sur une trentaine de kilomètres. Ses plans d'urbanisme ont tous été dépassés avant d'être appliqués. Plus d'1 million d'habitants y vivent désormais, soit un tiers de la population mauritanienne.

Source : RFI

 

 

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » !

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » ! L’interview tant commentée avant sa parution dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dont de larges extraits sont parvenus à la presse locale et étrangère pendant que le journal était encore en pré-maquette suscite un grand intérêt tant dans les milieux de la communication que politiques.

Quoi de plus normal que d’accorder un entretien à un journal pour livrer ses idées et faire passer un discours à la face du monde ? Le choix du vieux et emblématique journal du continent semble trouver sa place dans ce qu’on pourrait qualifier de canal favori des présidents africains dont les rapports Avec JA sont symptomatiques d’une défiance voire d’un dédain à se confier d’abord à leurs propres médias.

Qui de JA ou de Aziz qui a cherché à joindre l’autre ? En temps normal , accorder ou s’accorder une sortie dans les colonnes d’un journal comme JA pourrait passer inaperçu.

Mais dans le contexte actuel où un président en fin de mandat voulant calmer le jeu politique dominé par les coups de colère de la rue aggravée par l’impasse politique, l’interview tient lieu d’un bon scoop pour JA. Surtout… surtout… les enregistreurs ont des oreilles.

Dans un exercice de communication laborieux, les détails ne sont que des habillages qui accompagnent l’idée clé consacrant le sujet principal de l’interview qui se résume en une phrase lapidaire : « Je ne me présenterai pas en 2019 ».

Et comme il fallait y mettre la forme, le grand invité de JA avait tout le loisir d’aborder d’autres sujets qui intéressent les mauritaniens en vue de nourrir la curiosité de ses concitoyens et de répondre éventuellement à des rumeurs sur sa personne et ses bonnes ou mauvaises relations avec des personnalités politiques et du monde des affaires ou encore le rôle de la Mauritanie dans le sahel.

C’est dire que le moment choisi n’est pas fortuit pour un dirigeant à la fois acculé par l’opposition qui investit la rue pour faire entendre sa voix que par ses soutiens et nombreux opportunistes battant campagne pour un troisième mandat quitte à recourir à la modification de la constitution. Ces sirènes du troisième mandat ont redoublé de zèle dès l’annonce de l’interview.

Si dans les rangs de l’opposition radicale on semble accorder le bénéfice du doute aux déclarations du Président Aziz, les mouvements de contestations des jeunes dans les réseaux sociaux restent sceptiques sur la sincérité des propos d’un président qui prétend avoir changé le pays durant ses deux mandats.

Le projet de restructuration du parti de la majorité présidentielle, l’UPR, les vagues des promotions des officiers supérieurs au grade de généraux , la prééminence dans la lutte contre le terrorisme , les trains de mesure sociales , économiques qui cachent mal le malaise général des ménages sont souvent évoques par le président à chaque fois que l’opposition met le pouvoir en difficulté .

Comme si toutes les promesses données par le président aux mauritaniens de ne pas briguer un troisième mandat n’ont pas suffi pour dissiper les doutes, la sortie « chevaleresque » pardon « camelidesque » dans JA va-t-elle mettre un terme à la polémique du troisième mandat qui turlupine les leaders de l’opposition, le peuple et le monde ?

La parution cette semaine du journal tant recherché dans les kiosques et en version électronique constituera au moins un témoignage indélébile difficile à renier. A moins d’un coup de théâtre auquel les monarques africains nous ont habitués. Gageons cette fois que ce message va sceller le destin politique d’un homme qui ne cache pas ses ambitions politiques même après son départ du pouvoir !

Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Par béchir Ben Yahmed : De Ben Barka à Arafat, un livre lève le voile sur les assassinats ciblés attribués aux services secrets israéliens

Dans un livre récemment traduit aux États-Unis, le journaliste Ronan Bergman revient sur les assassinats ciblés menés par les services secrets israéliens. Principale révélation de l'ouvrage : le rôle de premier plan prêté à l'État hébreu dans l’affaire Ben Barka.

Édito. Je me propose, cette semaine, d’attirer votre attention sur un livre qui vient de paraître aux États-Unis, traduit de l’hébreu. Il a pour titre Prends l’initiative et tue le premier (« Rise and Kill First », en anglais), et pour sous-titre L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël. Son auteur, un journaliste- écrivain de bonne réputation, Ronen Bergman, dit avoir enquêté pendant sept ans pour rassembler la moisson d’informations qu’il nous livre.

C’est un ouvrage volumineux de 750 pages (notes comprises) dont l’auteur est un Israélien dévoué à son pays mais opposé à certaines pratiques de ses gouvernants. Il confirme qu’Israël – 70 ans et douze Premiers ministres, dont trois généraux – a mis beaucoup d’énergie, fait preuve d’audace et d’inventivité pour assassiner des centaines de personnes, dont de hauts dirigeants civils et militaires, considérées par les dirigeants israéliens comme des ennemis réels ou potentiels de leur pays.

Mossad, Shin Beth et Aman

Ces assassinats ont été soit commandités, soit approuvés et autorisés sur une feuille rouge par le Premier ministre en place. Ils ont été ensuite exécutés par le Mossad, le Shin Beth ou Aman, le service de renseignements militaires. Ces trois agences disposent d’unités spécialisées aguerries, de techniques très avancées et de moyens financiers presque illimités.

Beaucoup de succès, mais aussi des erreurs et des échecs, des dommages collatéraux, inévitables malgré les précautions. Les Israéliens ont essayé d’éliminer Saddam Hussein et Ruhollah Khomeyni, en vain, ont raté plusieurs fois Yasser Arafat, avant de parvenir à leurs fins en l’empoisonnant. Ils ont assassiné son adjoint, Abou Jihad, à son domicile, près de Tunis, et ont utilisé pour cet exploit des moyens militaires et aériens considérables.

«  Si vous êtes un ennemi d’Israël, nous vous rechercherons, vous trouverons et vous tuerons où que vous soyez »

Ils ont liquidé des dizaines de combattants palestiniens considérés comme des terroristes, dont l’un en glissant du poison dans son dentifrice. Le monde entier, dont de grandes capitales européennes, sud-américaines ou arabes, a servi de théâtre d’opérations aux services israéliens.

500 assassinats ciblés, 1 000 personnes tuées

Ils ont assassiné des scientifiques et des fournisseurs d’armes, largement pratiqué la torture, utilisé des appâts féminins. Tous les moyens étaient bons pour atteindre le but recherché.

Les services israéliens agissaient sur la base d’une règle simpliste : « Si vous êtes un ennemi d’Israël, nous vous rechercherons, vous trouverons et vous tuerons où que vous soyez. »

Ronen Bergman atteste qu’Israël a assassiné plus de personnes que n’importe quel autre État et que ses dirigeants successifs ont estimé que c’était là le moyen le plus efficace d’assurer la sécurité du pays.

Il dénombre au XXe siècle, en cinquante ans, 500 assassinats ciblés et 1 000 personnes tuées. Depuis l’an 2000, pour faire face aux intifadas, plus de 800 opérations supplémentaires ont été exécutées.

Relations secrètes avec Hassan II

L’enlèvement puis l’assassinat de Mehdi Ben Barka étaient à ce jour « une énigme enveloppée de mystère ». Le 29 octobre 1965, un policier français avait accosté le leader marocain boulevard Saint-Germain, à Paris, à l’entrée de la brasserie Lipp, avant de l’inviter à monter avec lui dans sa voiture, lui faisant croire qu’il était attendu par une haute personnalité, qui pouvait même être le général de Gaulle.

Ben Barka, habituellement sur ses gardes, a mordu à l’hameçon et a suivi le policier. Aucun de ses proches ne l’a plus jamais revu, et son corps n’a pas été retrouvé.

"Mehdi Ben Barka, condamné à mort par nous, doit être exécuté. Nous n’arrivons pas à le coincer. Trouvez-le et tuez-le"

Le livre de Ronen Bergman révèle les tenants et les aboutissants de « l’affaire Ben Barka » : les services israéliens, qu’on supposait mêlés à l’affaire mais de façon périphérique, y sont en réalité engagés jusqu’au cou. Les historiens considéreront le récit qu’en donne Bergman comme le plus proche de la vérité.

Le chef du Mossad était alors Meir Amit, qui avait noué des relations secrètes avec les services du roi du Maroc, Hassan II. Hôte d’un sommet de la Ligue arabe, en septembre 1965, à Casablanca, ce dernier prend la lourde responsabilité de permettre au Mossad d’enregistrer les débats et les conversations des chefs d’État dans leurs suites d’hôtel ou leurs villas.

En Israël, les dirigeants sont comblés, considérant que c’était là le plus grand exploit du Mossad. Mais, dès le 30 septembre, l’homologue de Meir Amit, le colonel Ahmed Dlimi, demande, au nom du Maroc, une contrepartie. « Mehdi Ben Barka, condamné à mort par nous, doit être exécuté. Nous n’arrivons pas à le coincer. Trouvez-le et tuez-le. Rendez-nous ce service… »

Comment le leader de la gauche marocaine a été tué

Flattés d’être considérés comme des experts en assassinats ciblés, les Israéliens ne voulaient cependant pas aller jusqu’à agir pour le compte d’un autre pays. Mais ils repérèrent Ben Barka (il se faisait envoyer ses magazines et son courrier à un kiosque à journaux de Genève), organisèrent sa venue à Paris pour rencontrer un cinéaste censé faire un film à sa gloire, fournirent aux services marocains des faux passeports et une planque à Paris, ainsi que du poison.

« C’est fini, tout s’est bien passé »

Bergman révèle que le policier français qui a embarqué Ben Barka avait été corrompu par les Marocains. Après avoir, grâce aux Israéliens, capturé l’homme qu’ils voulaient exécuter, les agents des services marocains l’ont emmené dans la maison fournie par les services israéliens, l’ont humilié et torturé, plongeant sa tête longuement et à plusieurs reprises dans de l’eau très sale jusqu’à sa mort par asphyxie ou strangulation.

Des agents israéliens, dont Bergman donne les unités, ont ensuite transporté la dépouille jusqu’à la forêt de Saint-Germain. Ils la jetèrent dans un trou profond qu’ils recouvrirent de terre et d’un produit chimique destiné, dès la première pluie, à la dissoudre.

Le 25 novembre 1965, Meir Amit annonce à Levi Eshkol, Premier ministre :« C’est fini, tout s’est bien passé. »

Israël a puissamment aidé les services marocains à exécuter la condamnation (politique) à mort de Ben Barka et, ainsi, a payé sa dette envers Hassan II. Mais le général de Gaulle prit très mal cet assassinat perpétré dans sa capitale à l’instigation de Hassan II. Il rompit les relations diplomatiques avec le royaume chérifien, mais ne s’intéressa pas aux Israéliens, qui n’étaient à ses yeux que « des prestataires de services ».

Source : jeuneafrique.com

«Terminal F» à la découverte de la Mauritanie

Vidéo. Revivez «Terminal F» à la découverte de la MauritanieLe magazine des voyages du Figaro vous fait découvrir un pays niché au cœur des dunes, avec un récit de voyage de journalistes qui en reviennent et l'expertise du PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure Lionel Habasque, ainsi que du spécialiste du Sahara, Michel Pierre.

Pour Le Figaro Magazine, le journaliste Stéphane Dugast et le photographe Stéphan Gladieu ont parcouru les oasis de l'Adrar, en Mauritanie.

Sur le plateau de «Terminal F», l'émission des voyages du Figaro Live, ils racontent leur expérience de ce «trésor caché au cœur des dunes», où se trouvent Chinguetti, «la Sorbonne du désert» et Ouadane, haut lieu historique du pays. Après une décennie de crise, le tourisme , sort des sables en Mauritanie, comme une arme de paix.

Sur le plateau également de ce numéro de «Terminal F», Lionel Habasque, PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure et Michel Pierre, spécialiste du Sahara.

Tous deux apportent leur expertise de ce joyau du Sahel, que les voyageurs peuvent redécouvrir avec la réouverture, après dix ans d'arrêt, des vols charters entre Paris et Atar, du Point Afrique, grâce à la pugnacité et l'obstination de Maurice Freund, son dirigeant passionné. La Mauritanie se positionne au top des destinations pour 2018.

Source : le Figaro

 

 

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder La mort d’un pécheur sénégalais tombé sous la gâchette facile d’un garde des côtes mauritaniennes loin d’être un fait divers, est un incident malheureux qui a affligé deux pays frères condamnés à vivre ensemble. Paix à l’âme du disparu.

Très vite les présidents Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall qui se trouvent à Adis Abeba ont pris la mesure de ce drame pour calmer la situation et parer à tout dérapage. Des émissaires seront dépêchés réciproquement pour jouer aux bons offices. Pour que ces genres d’incidents ne se reproduisent plus.

Entre voisins, la moindre étincelle peut réveiller les vieux démons. Eviter de jouer aux pyromanes pour agir en pompier est la seule conduite qui vaille pour fermer le passage aux sirènes de la discorde. Il appartient d’abord à la presse de faire preuve de mesure et de responsabilité.

Devants les faits, refuser de céder aux colportages de fausses nouvelles et dans la pratique ne pas se faire l’écho des chantres de la haine. A ce prix les médias auront rempli leurs engagements professionnels et honoré leur profession de foi.

Nous osons espérer que ce comportement sera le seul qui accompagnera le travail des chevaliers de la plume ainsi que celui de tous les autres de cette noble profession. Notre degré de responsabilité se mesure à l’aune de notre sens d’élévation devant de telles épreuves fâcheuses.

La presse est le miroir par lequel se reflètent les bons comme les mauvais comportements. C’est avec la presse que les événements dramatiques prennent ou non du relief, que réussissent ou échouent les médiations. Surtout c’est par son biais que les peuples arrivent à se comprendre ou se haïr.

Entre la Mauritanie et le Sénégal c ’est l’incontournable marche d’un destin commun où la frontière n’est qu’un artificiel héritage que l’absurdité des hommes a réduit en tristes territoires séparés par des lignes de démarcation fragilisées par des incidents sporadiques capables d’être évités par la raison humaine.

La sagesse des anciens a toujours pris le dessus sur les pulsions morbides promptes à enfumer les relations entre les peuples. Les conventions et autres accords politiques n’ont de sens que quand les hommes chargés de les mettre en œuvre sont animés des motivations sincères. Nos gouvernants sont la première colonne qui doit veiller à respecter et faire respecter de tels engagements.

Ceux qui au final en sont les garants n’ont pas droit à l’erreur. Mais encore faudrait-il qu’ils sont bien imprégnés de la mission qui leur est confiée. Qu’un garde côte tient une arme comme la seule réponse à la surveillance des eaux territoriales, c’est s’assimiler en robot de la violence et de la barbarie.

L’usage de l’arme a ses règles et ses limites que ceux qui s’en servent ne doivent pas en abuser tant qu’ils sont capables de recourir à des moyens civilisés. Pourvu que le calme et la raison imposent leur loi sur la violence aveugle et génératrice de l’hystérie collective. Qu’Allah nous en préserve !

CTD
Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : Faussaires

Autour d’un thé : FaussairesLe Calame - Nul ne meurt, dit-on, sans avoir eu son jour. De gloire s’entend. Et le doigt, aussi, ne fait pas comme ça, mais comme ci. Je commence à commencer à aimer les députés ou, du moins, certains d’entre eux, puisque « d’autres certains » ne traient pas le lait « sur leur tête » et se retrouvent, alors, difficilement « aimables ».

Qui veut le respect, ne dit-on pas encore, n’a qu’à monter avec, sur la « tête » d’un arbre… Pour une fois qui n’est pas coutume, les honorables ont discuté d’une bonne affaire. Ah ça, oui, Une vraie de vraie affaire, les faux diplômes ! Et toute la fausseté qui va avec.

Faux et usage de faux diplômes, « c’est un secret de Polichinelle », s’est écrié l’un de ces messieurs. Moi, je le savais depuis longtemps : pour rédiger une lettre de motivation en vue d’un poste de directeur central d’un ministère de souveraineté, tel postulant, docteur ès-Lettres, titulaire d’une agrégation en linguistique, agrémentée d’une licence en chimie et d’un master en langues étrangères, recourt aux services d’un nègre.

Or c’est bien connu : tout ce qui est fondé sur du faux est faux. Chamboulement total, véritable remise en cause de tout le processus : de 1978 à nos jours, tout l’édifice s’écroule. Car, en toute logique, faux diplôme signifie faux diplômé et faux diplômé, faux fonctionnaire.

C’est comme les faux billets de banque. Qui, non seulement, ne servent à rien mais peuvent, aussi, directement conduire en prison. Les faussaires de diplôme et leurs complices sont, à ce titre, plus dangereux que les faussaires d’argent.

Ceux-ci n’en usent que pour se payer des voyages, aller danser au Teroubi ou au Café de Rome, changer de mehlefa, séroual ou boubou, au féminin comme au masculin, et flamber au Casino, quelque part à Dakar, Abu Dhabi ou aux confins du Tiris Zemour, histoire de faire diversion et tenter d’effacer leurs traces.

Ce qu’on appelle « tirer les branches ». Mais ceux-là falsifient, eux, les diplômes, falsifient les fonctions, falsifient les nominations, falsifient l’administration, falsifient la démocratie, falsifient l’armée, falsifient la justice, falsifient le pays.

Mon ami, consultant international en « affaires et climatologie, changements de la stratosphère et marche sur la lune, vision approchée du soleil levant et études sécuritaires », polyglotte fort de huit langues (hassanya ancien et moderne, tamachek, bambara, wolof, pulaar, soninké, haoussa, amazigh).

Français, un pé ; arabe, choueiy choueiya ; anglais, small small ; gros mais vrai diplôme, donc ; me dit souvent : « C’est moi qui ‘’a’’ fait ça. C’est moi qui ‘’est’’ parti sur la lune avec Gagarine ». Mais, comme, chez nous, on ne va pas aller de sitôt sur la lune, comme les changements climatiques ne concernent que les autres et qu’il doit, lui, travailler, il a accepté la direction des mahadras, au ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement originel.

C’est, effectivement, assez original. Pour autant, les députés doivent pousser beaucoup plus loin leur courage car il n’y a pas que les faux diplômes. Il y a, aussi, les faux hommes. Les fausses femmes. Les fausses fortunes. Les fausses annonces. Les faux démocrates.

Les faux opposants. Les fausses intentions. Les fausses professions de foi. Le faux est presque partout. Envahissant. Etranglant. Réduisant. Jusqu’à, même, de faux présidents. De ceux qui trompent leur peuple. Volent leur peuple. Méprisent leur peuple. Anecdote.

Il y a fort longtemps, je dirai même jadis, au temps où les animaux parlaient encore, bref, il y a au moins quinze ans, avant, donc, l’avènement de la Mauritanie nouvelle ; en réalité, bien avant ; un wali – je dis bien, un wali – reçoit son relevé de compte bancaire, libellé en français. Un vrai casse-tête, du véritable chinois.

Après avoir beaucoup réfléchi, il se résout à appeler un de ses subordonnés : « Ya khouye [mon frère], j’ai oublié mes lunettes à la maison », lui dit-il, « ces gens de banque, leur français est mélangé et d’ailleurs, moi, je suis arabisant : regarde-moi combien j’ai sur mon compte ». Un wali bilingue, c'est-à-dire qui ne connaît ni le français ni l’arabe. Assurément, les faux diplômes ne sont pas un faux problème ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Qu’attendre de 2018 ? Par Béchir Ben Yahmed, fondeur de Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis, président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

« Prévoir est très difficile. Surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir. » On attribue cette saillie à l’humoriste et réalisateur américain Woody Allen. Elle me revient en mémoire alors que débute l’année 2018. Que nous réserve celle-ci ?

Essayons d’en avoir une idée en gardant à l’esprit que les événements les plus importants, ceux qui ont changé le monde, n’ont jamais été prévus par personne. Qui aurait cru que le mur de Berlin tomberait soudainement un jour de 1989, entraînant la dislocation de l’URSS l’année suivante ? Qui aurait pensé que le plus spectaculaire des actes terroristes, celui du 11 septembre 2001, frapperait New York et Washington, secouant l’Amérique et influant sur son comportement jusqu’aujourd’hui ?

Trump, l’usurpateur dangereux

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ?

Cette année commence mal, et c’est encore Donald Trump, inénarrable président des États-Unis depuis près d’un an, qui la traîne dans le caniveau. Au dictateur de la Corée du Nord, Kim Jong-un, qui se glorifiait d’avoir sur son bureau un bouton atomique qu’il pouvait actionner à tout moment pour défendre son régime, le président de la plus grande démocratie d’Occident a cru pouvoir rétorquer : « Moi aussi, j’ai un bouton atomique. Et beaucoup plus gros que le tien. »

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ? Simultanément et publiquement, le même Donald Trump a claironné qu’il coupait l’aide financière au Pakistan « parce qu’il ne fait pas tout ce que les États-Unis lui demandent de faire ». Et, plus brutalement encore, il en fera de même avec la Palestine parce qu’elle rechigne à s’incliner devant la volonté du tandem Netanyahou-Trump.

Troisième sortie de la semaine, cette fois contre son ancien bras droit et stratège en chef, Steve Bannon, qui n’a quitté cette haute fonction à la Maison-Blanche qu’en août dernier : « Steve Bannon n’a rien à voir avec moi ou ma présidence. Lorsque je l’ai renvoyé, il a perdu non seulement son job, mais aussi sa raison. »

L’auteur de ces insultes et de ces menaces a, en un an, montré qu’il n’est pas digne de la fonction à laquelle il a été élu. Narcissique, faible devant les flagorneurs, il ne sera, pour le temps qui lui reste à passer à la Maison-Blanche, que l’usurpateur dangereux du poste qu’il occupe.

Cinquantenaire du traité de non-prolifération

L’année 2018 marquera le cinquantenaire du traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires. Il en sera beaucoup question pour rappeler que tous les pays du monde l’ont signé bon gré mal gré. Tous sauf trois : l’Inde, le Pakistan et Israël, qui voulaient être des puissances dotées de la bombe, et le sont devenues.

Son régime se sentant menacé, la Corée du Nord a quitté le TNP pour se déclarer, dès qu’elle l’a pu, membre du club des puissances nucléaires.

Cinq grandes nations sont « membres de droit » de ce club : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France ; quatre autres sont des outsiders : Inde, Pakistan, Israël et Corée du NordL’Iran a renoncé, en 2015, à porter à cinq le nombre des outsiders. On peut craindre que la coalition États-Unis - Arabie saoudite - Israël, qui rêve de renverser le régime iranien, ne contraigne ce dernier à se protéger par l’acquisition de l’arme nucléaire.

« Scandale géologique » et gouvernance en RDC

 

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non.

En Afrique, deux grands pays dont le sous-sol est très riche – on a parlé de « scandale géologique » – vont défrayer la chronique en 2018 : la République démocratique du Congo (86 millions d’habitants) et l’Afrique du Sud (56 millions).

Comparables par la démographie, elles totalisent à elles deux plus de 10 % de la population du continent, mais se distinguent l’une de l’autre par leur PIB (344 milliards de dollars seulement pour l’une, la moins peuplée, 40 milliards pour l’autre) et par le revenu par habitant : celui de l’Afrique du Sud, 6 000 dollars par an, est treize fois supérieur à celui de la RD Congo, qui n’est que de 466 dollars.

Inférieure à la croissance démographique, l’anémique croissance économique de la RD Congo a fait reculer ce pays mal gouverné et a appauvri ses citoyens.

L’énorme différence entre ces deux nations va- t-elle s’atténuer ? La RD Congo a-t-elle une chance de se développer ? Tout indique que non, car ses institutions fonctionnent mal, et sa Constitution n’est ni respectée ni appliquée.

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non. Mais elle a besoin d’aide pour s’en sortir et appelle au secours.

Et les dirigeants ?

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par anL’Afrique du Sud, dont les institutions fonctionnent assez bien, est en revanche sur le chemin du redressement. Mais il lui faut écourter le mandat de son président actuel, Jacob Zuma, qui aura dévoyé la fonction, et transmettre au plus vite le relais à Cyril Ramaphosa, dont on attend beaucoup. Vu ce que l’on sait de lui et ce que lui prêtent ceux qui l’ont vu et entendu, l’espoir est permis.

Passons aux dirigeants. La fonction de chef d’État est désirée par ceux et celles qui l’assument, enviée par ceux et celles qui regardent ou subissent ces derniers.Depuis l’assassinat de John F. Kennedy, il y a cinquante-quatre ans, ses homologues dans les pays où la démocratie est installée quittent le pouvoir à la date impartie et terminent leur vie paisiblement, dans leur pays.

Mais quid des chefs d’État des nations dites sous-développées ou émergentes ? Leur sort est plus incertain, comme le montre le tableau ci-contre.

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par an.Au cours de 2018, quels chefs d’État du Tiers Monde seront forcés au départ, victimes de vouloir s’éterniser dans une fonction à haut risque ?

Source : jeuneafrique.com

 

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès La ville de Nouakchott frôle actuellement le million d’habitants. Il y a cinquante ans, elle abritait moins de cinq mille âmes. Tous les maux et contrastes s’y entassent aujourd’hui.

Des mauvaises influences, des mœurs en dépravation, du mimétisme et des comportements les plus extrêmes tapent aux portes de toutes les maisons et de tous les quartiers et communautés sans exception aucune. Meurtres, vols à l’arraché, cambriolages, prostitution, mendicité, adultère, trafic de drogue, gangstérisme, sont à l’assaut des quartiers riches ou pauvres.

Les couches les plus riches s’installent davantage dans l’opulence, tandis que les déshérités sombrent dans l’inconnu risqué et les contre-valeurs éthiques. Radioscopie d’une société urbaine en transformation. La ville compte plus d’une quarantaine de quartiers officiels et non officiels.

Toutes les composantes nationales s’y empilent : Beïdanes, Harratins, Poulars, Soninkés, Wolofs, non nationaux- maghré- bins, ouest-africains et subsahariens, etc. Suivant son origine, chaque communauté marque d’une pierre blanche son quartier ou son arrondissement par les couleurs de son terroir, un mode de vie qu’on peut qualifier de « rirurbanisation ».

Associations et activités culturelles aux couleurs du village s’installent, témoignant de l’attachement à la ville, au village ou campement d’origine. Comme toutes les capitales du sud, Nouakchott crée, hélas, une communauté d’habitants urbains en perte de valeurs du terroir.

Une bombe à retardement pour le pouvoir central. La capitale donne l’image d’une mégalopole, mais conçue avec le dessin d’une épée de Damoclès. Tel dans le film Blade Runner de Ridley Scott, dans sa croissance, Nouakchott devient le centre de tous les crimes, de dépravations des mœurs.

Pas un jour ne passe sans que la police n’enregistre des cas de viol, trafics de drogue, de vols, ou ne coffre de prostitués. Faits de société ou simple influence exogène, en traversant la capitale, on ne peut empêcher nos regards de se river sur des femmes tirant des paquets de cigarettes de leurs soutiens-gorges, ou de leurs voiles, des jeunes filles portant des pantalons serrés, mais également celles portant des pantalons sous des des voiles trop transparents.

Quand aux adolescents, leur modernité serait de tomber le pantalon au beau milieu des fesses, slip dehors. La ruée vers les smartphones de luxe, les belles voitures, serait une sorte de cache-sexe de la misère sociale.

La ville de Nouakchott n’est certes ni Brasilia, ni Mexico, ni non plus Los-Angeles, avec leurs dizaines de millions d’habitants et leurs cortèges de suicides, de cartels de drogue et de mafias, mais elle est sur la voie de reproduire la même typologie de phénomènes sociétaux des méga-villes de ce siècle.

Ville-carrefour des «grands maux sociologiques de notre temps», selon la belle formule d’Ignacio Ramonet, Nouakchott abrite des quartiers périphériques, devenus le berceau de la pauvreté, de la marginalité, de l’insécurité, de la pollution, du désarroi, etc.

Le conglomérat des quartiers périphériques tels Mellah, Hay Saken, PK, Kebba, Tarahil, Kouva, Kossovo, et bien d’autres cités, témoigne, à bien des égards, de la croissance démographique et de l’occupation spatiale hallucinante de la ville.

Drôle d’histoire ; ces cités foncièrement pauvres, réputées dangereuses et regorgeant de tous les comportements déviant implacablement les mœurs sociales et les valeurs du terroir, portent en leur sein, une nouvelle idéologie ; celle de l’anticapitalisme, de l’antirichissime et de l’anti-libertinage mais également les contrevaleurs traditionnelles, « les excès des mœurs légères ».

Raison pour laquelle, il est désormais facile de recruter dans ces quartiers des jeunes orthodoxes fanatiques islamistes « prêts à se faire exploser », comme des prostituées, de trafiquants de drogue, de gangs, de voleurs et de casseurs de biens publics, entre autres ; parce que la pauvreté fabrique des proies faciles pour les malfrats.

De l’autre coté, Tafragh Zeina, Ilot K, Socogim, Lixar…. constituent les quartiers luxueux où habitent des citoyens « aisés » ravitaillés régulièrement en eau et en électricité et dont la plupart des villas somptueuses sont protégés par les patrouilles de la police et surveillés par les vigiles. Le fossé entre les riches et les pauvres, entre quartiers chics et cités bâties dans des endroits squattés « Gazra», s’approfondit.

La liaison entre quartiers du centre-ville et ceux périurbains est quotidienne. Elle crée l’échange classique entre le poumon économique de la capitale et sa périphérie. Toutefois, elle ne permet pas le transfert des activités et des services sociaux de base vers les quartiers périphériques.

Ceux-ci abritent d’ailleurs les taux les plus élevés de la déperdition scolaire, de l’analphabétisme, le plus grand nombre de violence, de vols, de prostituées, d’escrocs, etc.

Tant que de vraies politiques sociales ne seront pas mises en place ou renforcées dans ces espaces périurbains, la ville de Nouakchott, continuera à souffrir de sa croissance informelle, à suffoquer, comme attaquée par une peste, de ses maux sociétaux et, enfin, à vomir les souffrances de ses habitants pauvres qui s’entrechoqueront avec les plus aisés et le pouvoir central. Tous les ingrédients d’un télescopage social et d’une révolte des « damnés urbains » sont plus que jamais réunis.

Dr Ousmane Wagué

Source : Les Mauritanies

 

Les opérations africaines de Carlos, le dandy de la terreur

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy, en France, avec l’ex-star du terrorisme international, Laszlo Liszkaï a tiré un ouvrage où l’on suit les traces sanglantes du « Chacal ». Jeune Afrique a choisi de revenir sur trois épisodes marquants de sa vie.

S’il avait pu écrire sa propre fin, le « Chacal » aurait mordu la poussière, Tokarev au poing, un trou sanglant à la boutonnière, plombé par un superflic ou un commando d’espions à la solde de l’Empire. La police française ne lui a pas laissé cette grâce. « Balancé » par ses protecteurs soudanais, Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, star internationale de l’ancienne scène terroriste, s’est retrouvé saucissonné dans un sac de jute à Khartoum, le 14 août 1994, pour un aller simple vers la case prison, où il moisit depuis vingt-trois ans.

Il n’est pas près d’en sortir : condamné deux fois à la perpétuité, en 1997 et en 2011, il l’a été une troisième fois en mars 2017 pour l’attaque qui a fait deux morts au Drugstore Publicis, en 1974. De profundis, le Vénézuélien a livré au journaliste Laszlo Liszkaï le souvenir de son parcours débridé, dans un monde coupé par le rideau de fer où l’hyperterrorisme d’Al-Qaïda n’existait pas, où la cause palestinienne se défendait encore à la dynamite.

Le monde de Carlos… selon Carlos !

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy avec le Chacal, Liszkaï a tiré un ouvrage, Le Monde selon Carlos, où l’on suit les traces sanglantes du desperado du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations extérieures (FPLP-OE). L’ouvrage se lit comme un roman policier, et l’auteur ne manque pas de souligner dans l’avant-propos qu’il y décrit « comment est le monde de Carlos… selon Carlos ! »

Loin de l’image du révolutionnaire hirsute en baskets des seventies, le Chacal y apparaît en dandy gominé aux costumes impeccables, voyageant exclusivement en première, se faisant livrer ses repas par les meilleurs restaurants dans de confortables villas, sillonnant Budapest la communiste en Mercedes dorée, puisant à pleines mains dans le butin révolutionnaire pour assurer son train de vie, multipliant les conquêtes féminines. On pourrait y voir un personnage de fiction, prince Malko de la révolution ou 007 au service de l’OLP, n’étaient les 1 500 victimes que le maître terroriste revendique sans remords. Extraits.

 


Décembre 1975 : vers La Mecque des révolutionnaires

Le « Guide » libyen, Mouammar Kadhafi, furieux contre le roi saoudien, qui a fait baisser les prix du pétrole, commande à Carlos la prise en otage des ministres de l’Opep, réunis à Vienne.

Le ministre saoudien Ahmed Zaki Yamani et l’Iranien, l’ancien patron de la redoutable Savak, Jamshid Amouzegar, ne savent pas qu’ils sont condamnés à mort. Carlos, dès le début de la planification de l’opération, se porte volontaire pour exécuter la sentence et être le bourreau s’il le faut. La peine de mort a été prononcée par les trois sponsors principaux de l’opération : la Libye de Kadhafi, l’OLP d’Arafat et le FPLP.

Les explications des commanditaires sur les raisons de ces mises à mort étaient assez confuses et contradictoires. Le cas de l’ancien chef de la Savak était plus évident. En réalité, Jamshid Amouzegar n’a jamais été le directeur de la Savak mais le ministre de l’Intérieur. En fait, il n’y a pas de contrat spécifique sur sa tête, mais il est là et il doit être liquidé juste pour la cause.

En ce qui concerne cheikh Yamani, le colonel Kadhafi lui reprochait de feindre son engagement envers la solidarité arabe. De fait, l’Arabie saoudite a largement bénéficié des contrats juteux venant des grandes compagnies occidentales. Par ailleurs, le Guide libyen, en accord avec le FPLP, ne lui pardonne pas d’avoir présenté Yasser Arafat au roi Fayçal. Il était convaincu que ce sont les pétrodollars saoudiens qui avaient boosté le Fatah et fait basculer l’OLP dans le camp anti-nassérien soutenu par la Libye.

Arafat, quant à lui, voulait la mort de Yamani, parce que c’est lui qui avait accompagné le prince Fayçal Al-Chammari au cabinet royal, où il a ensuite abattu son oncle, le roi Fayçal. Pour Arafat, le cheikh Yamani était responsable du changement de la politique antisioniste du royaume wahhabite après l’assassinat du roi Fayçal, l’inventeur de l’arme du pétrole. Tant de rancune pour une mise à mort. Cette commande ne sera pas non plus exécutée.

Négociations au téléphone

Revenons sur le pays de l’attentat, l’Autriche, pays neutre. Sa priorité est plutôt un départ des terroristes sans vague. Salem, qui, entre-temps, redevient Carlos, discute les modalités de départ avec le ministre de l’Intérieur. Karl Blecha les accompagne même en bas de la passerelle du DC-9 autrichien.

L’avion décolle le lendemain matin, le 22 décembre 1975, avec les pilotes autrichiens, les six membres du commando, dont Klein [membre des cellules révolutionnaires ouest-allemandes], blessé, avec son médecin et une soixantaine d’otages, dont onze ministres. Direction l’Algérie.

Aucun des pays amis, y compris le commanditaire libyen, ne veut laisser atterrir l’avion. L’OLP d’Arafat se désolidarise « officiellement » de l’action terroriste de l’organisation, jusqu’ici inconnue, nommée Bras de la révolution arabe. Le FPLP fait la même chose.

C’est une des règles du jeu, les sponsors sont les plus critiques en public. Le chancelier Kreisky, profitant de ses relations privilégiées avec les pays arabes, obtient l’accord du président algérien Houari Boumédiène pour faire atterrir l’avion avec les otages et leurs geôliers à Alger.

À Alger, Carlos quitte l’avion et entre en pourparlers avec ses hôtes dans une ambiance de plus en plus détendue. Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, le colonel Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, et le colonel Mohammed Benahmed Abdelghani, ministre de l’Intérieur, obtiennent la libération des otages non arabes. Hans-Joachim Klein est transféré dans un hôpital militaire algérien.

Nous devions refuser toute transaction financière pour ne pas mettre en danger l’opération

Carlos reste cinq heures avec les responsables algériens dans le salon VIP de l’aéroport. Bouteflika est en ligne avec le prince héritier saoudien Fahd, qui propose 50 millions de dollars pour la vie sauve de son ministre Yamani.

« Sur le coup, j’ai refusé l’offre. Au début Kamal Kheir-Beik [haut responsable du Parti social nationaliste syrien et coorganisateur de l’opération] a suggéré d’exiger une rançon, mais Abou Hani [nom de guerre de Wadi Haddad, fondateur et chef du FPLP-OE] était contre. Il a dit que nous devions refuser toute transaction financière pendant l’opération, pour ne pas mettre en danger son déroulement. Les États concernés devraient payer après et ça devait être comme ça. »

Pendant ce temps, sur l’autre téléphone, c’est le colonel Draia qui discute. Au bout de la ligne se trouve Abbas Ali Khalatbari, ministre iranien des Relations extérieures. « Pendant la négociation, il est appelé par le Chah, qui passe la communication à son Premier ministre, Abbas Amir Hoveida, qui accepte le principe de payer 25 millions de dollars. Mais j’ai appliqué la ligne de conduite demandée par Abou Hani et je n’ai pas accepté. »

À Tripoli, mauvaise surprise

Les Algériens obtiendront que les Saoudiens mettent à la disposition de Carlos un Boeing 707 plus puissant que le DC-9 autrichien. « L’opération devait durer, dans les conditions prévues, entre sept et dix jours, jusqu’à la fin d’une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, au Caire, pour dénoncer les « accords du kilomètre 101 du Sinaï » entre l’Égypte et Israël, qui avaient ouvert le chemin de la trahison. » Une fois de plus, rien ne se passe comme prévu.

Pour meubler le temps avec les otages restant, Carlos et les quatre autres terroristes partent en road show, après avoir passé dans une radio locale un long communiqué en arabe rédigé par Kamal Kheir-Bek au nom du Bras de la révolution arabe. Ils veulent « sautiller » d’aéroport en aéroport en prévoyant à chaque escale de libérer les délégués restants.

 

En arrivant à Tripoli, c’est la surprise et le désarroi. L’accueil est loin d’être chaleureux de la part d’un pays ami et surtout du commanditaire principal. Carlos est furieux car la tour de contrôle fait tourner l’avion pendant plus d’une heure au-dessus de l’aéroport. Ensuite, on ne laisse pas avancer l’appareil sur le tarmac vers l’aérogare. Ils débarquent les ministres libyen et algérien, ce dernier ayant refusé de rester à Alger par solidarité avec les autres membres de sa délégation.

Le Premier ministre libyen Abdel Salam Jalloud, à peine réveillé, monte dans l’avion. Il ne comprend rien et il ne sait même pas qui est Carlos. Khaled [alias d’Anis Naccache] descend de l’avion pour voir Abou Bakr Younis Jaber [ministre libyen de la Défense], qui était présent lors de la commande de cette opération passée entre Kadhafi et Kamal Kheir-Bek.

Retour à la case départ

Le Guide de la Jamahiriya est injoignable. Il boude le commando qui ne lui a pas amené sur un plateau la tête de Yamani. De plus la mort du délégué libyen [lors de la prise du siège de l’Opep à Vienne] a provoqué une tension intertribale. Il n’en peut plus. Il se retire pour méditer dans le désert. Par conséquent, Carlos et ses amis ne sont plus les bienvenus.

Les Libyens ne mettront pas à leur disposition un avion supérieur au DC-9. À partir de la tour de contrôle, via la radio, ils commencent à insulter Carlos et son commando. Le temps est arrivé de rebrousser chemin. Il est 2 heures du matin. Après une deuxième nuit blanche, les membres du commando commencent à craquer.

On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien

Carlos veut aller à Bagdad, mais le DC-9 n’est pas équipé pour cela. Alors, il décide d’attendre le Boeing 707 saoudien à l’aéroport de Carthage, en Tunisie. Encore une fois, les choses ne se passent pas comme prévu. Sur l’ordre du président tunisien Habib Bourguiba, on coupe l’électricité dans toute la région. On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien. Ils empêchent ainsi l’atterrissage nocturne. Changement de programme, avec un retour à la case départ, à Alger. […]

Lors de son interrogatoire, Anis Naccache, qui était du Fatah, reconnaît qu’il a voulu à tout prix abattre le ministre saoudien. « Vous deviez l’exécuter dans l’avion mais pas ici sur notre territoire, me chuchota Ahmed Draia à l’oreille, en me tirant à l’écart des autres. »

 


Juin 1976 : coup fourré à Entebbe

Les caisses du FPLP-OE sont vides et les prisons pleines de camarades. Depuis Alger, Carlos dirige le détournement, à Athènes, d’un Airbus de la compagnie israélienne El Al.

L’Airbus 300 se pose à l’aéroport de Benghazi, en Libye. « J’ai suggéré à Abou Hani de faire libérer les malades, y compris les Juifs, présenter aux autorités leurs revendications, éliminer les agents du Mossad s’il y en avait dans l’avion et jeter leurs corps sur le tarmac. Au moins, ça aurait fait chier Kadhafi. » Wadi Haddad sourit en imaginant la tête du Guide libyen, mais il ne suivra pas à la lettre les conseils de Carlos.

Le 28 juin à l’aube, l’avion quitte Benghazi pour Entebbe. Mahmoud [un membre du commando] remercie les otages pour leur patience. Ils sont tous transférés dans une salle de l’aéroport où le président ougandais, le maréchal Idi Amin Dada, vient les saluer et leur offre un petit-déjeuner copieux.

Toujours selon le plan prévu, le maréchal propose d’être l’intermédiaire. Le protégé de Kadhafi est complice de ce détournement. La proposition est acceptée par les pirates de l’air et par les Israéliens également. Ces derniers pensent pouvoir le manipuler. La suite va prouver qu’ils ont réussi.

Guet-apens à l’aéroport

Le général Barokh Bar Lev, ancien chef de mission militaire, a vécu jusqu’au 1972 en Ouganda et connaît bien le maréchal pétri d’orgueil. En appelant au téléphone, il feint de reconnaître son rôle important de médiateur et il en rajoute une couche disant qu’il peut recevoir le prix Nobel de la Paix en remplissant cette tâche. Idi Amin Dada, ego gonflé par la vanité humaine, tombe dans le piège et est convaincu que les Israéliens, désormais, ne feront rien sans lui. Il se trompe.

À l’aéroport d’Entebbe, Mahmoud présente les revendications du groupe terroriste. Il exige la libération d’une cinquantaine de leurs camarades détenus un peu partout en France, en Allemagne, en Angleterre ou en Israël, avant le 1er juillet à midi. Lors de la planification du détournement, Carlos, galant chevalier, glisse sur la liste des libérables les noms de ses trois copines sud-américaines arrêtées après la fusillade de la rue Toullier, à Paris.

 

Sauf qu’elles sont déjà en liberté. La France a payé une rançon de 5 millions de dollars en tant qu’impôt révolutionnaire. Air France règle ce montant sous une forme astucieuse comme taxe aéroportuaire à Alger qui sera récupéré à son tour par Wadi Haddad. À l’aéroport, les pirates de l’air séparent les otages. Les personnes d’origine israélienne doivent se rendre dans une salle à part. Les cent autres otages sont libérés. Les quatre pirates de l’air sont en communication avec Wadi Haddad.

Il est installé dans une villa au bord de la route qui mène à l’aéroport avec sa nièce Shushi. Six autres fedayins armés, dont trois venants du Fatah, sont dispersés dans les bâtiments de l’aéroport. Selon les écoutes des communications effectuées par les Israéliens entre les preneurs d’otages et Wadi Haddad, ce dernier demande d’exécuter les otages israéliens, même si Israël libère les prisonniers palestiniens. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin, opte pour la solution d’un sauvetage militaire.

 


Décembre 1978 : Hassan II dans la ligne de mire

Quand le Chacal affirme avoir reçu mission, du président algérien Houari Boumédiène, d’éliminer le roi du Maroc.

Le 27 décembre 1978, Carlos perd un autre protecteur très influent. Le président algérien Houari Boumédiène est mort à Alger. Le nouveau président Chadli Bendjedid place ses fidèles dans l’administration et vire les anciens hommes de main, comme Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, ou Saleh Hidjeb, « Vespa », patron du commissariat central d’Alger.

Avec ce dernier, ancien truand et tueur à gage du régime sous la présidence de Boumédiène, Carlos monte un projet pour assassiner le roi Hassan II au Maroc. Il envoie deux équipes séparées au Maroc, chacune de quatre personnes, mais sans qu’elles se connaissent.

Une seule personne pouvait nous indiquer

« Personne ne connaissait notre informateur. Il y avait une seule personne qui pouvait nous indiquer par quelle route le roi allait quitter Rabat. Chaque équipe devait se placer au bord d’une des deux routes. L’informateur, le moment venu, devait nous dire si Hassan II prendrait la route rouge ou la bleue. C’était seulement le contact direct à Rabat, moi et Saleh Hidjeb qui connaissions le nom de notre informateur, le général Ahmed Dlimi. »

La mort de Houari Boumédiène et le renvoi d’Ahmed Draia ont stoppé net la collaboration de Carlos avec ses amis algériens. Donc l’opération du roi de Maroc est annulée. Le 16 juillet 1979, Saddam Hussein prend le pouvoir en Irak et élimine ses adversaires les uns après les autres. Carlos a déjà quitté Bagdad en janvier. Beyrouth est en pleine guerre civile et Alger n’est plus attirante. La route vers l’Est est déjà bien tracée.

Source : Jeuneafrique.com