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Nouvelles d’ailleurs : Délestages....

Nouvelles d’ailleurs : Délestages....Et voilà ! Notre Somelec nationale et inter sidérale a gâché la Saint Valentin... au grand dam des amoureux. Pour ceux qui s'aiment séparés, ce fut un grand moment de solitude, vu les coupures électriques...

Il y avait le choix : soit le téléphone, soit l'ordi, étaient à sec, à plat. Juste au moment où les amoureux se préparaient à se fêter tendrement leur sentiment réciproque (réciproque , c'est mieux).

Comme quoi... Entre un réseau téléphonique qui joue les filles de l'air, plus porté à prendre ses babouches à son cou et à filer, et le sempiternel « Jour / Nuit » qui est la marque de notre société « électrifiante », dur dur d'aimer, de se le dire, de se souhaiter toutes les jolies petites choses que les amoureux se souhaitent....

OK, la Somelec avait prévenu, se fendant d'un communiqué, suite d'une longue liste de communiqués, où nous était expliqué qu'il y aurait pendant 3 jours des coupures de courant.

Z'auraient pu s'épargner ce blabla, vu que nous vivons TOUJOURS dans l'ère « une fois tu me vois, une fois tu ne me vois plus ! Coucou ! ».

C'est même notre marque de fabrique : l'électricité bégayante, en pointillé... l'électricité rectifiée, pensée, fabriquée à la mode des Nous Z'Autres.

Chez nous l'électricité n'est pas une électricité normale. D'abord elle est génétiquement nomade, comme le peuple qu'elle est censée éclairer. Elle va de par le vaste monde des réseaux électriques, une fois entre tels poteaux, une autre fois ailleurs.. Elle court les sables notre électricité...Elle a les watts voyageurs, grand arpenteur de nos brousses et de nos villes.

Une vraie bougeotte.... L'hyper activité de ceux qui s'ennuient en restant à la même place et qui lèvent le nez aux nuages afin de décider de la route à prendre...

Dans le langage opaque des techniciens es- électricité à hoquets on appelle ça « délestages»....

Z'ont bien vu : nous sommes délestés de ce pourquoi nous payons...ça s'appelle le braquage de la banque, le grand hold up à la Nous Z'Autres, l'attaque de la diligence.... Et tout le monde y a droit, riches comme pauvres, pauvres comme « au milieu », avec quand même certaines nuances. Dans les quartiers riches les délestages se font brefs.... Dans les quartiers pauvres ils durent, ils durent....

Faut dire que les pauvres ne sont pas censés posséder des choses à recharger à la fée électricité...

Leur téléphone portable ? Qu'ils pédalent, Monsieur, qu'ils pédalent ! Un pauvre qui pédale est un pauvre qui ne pense pas à râler....

D'ailleurs manquerait plus que ça qu'il râle à cause des délestages.... C'est toujours plus marrant de prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches...Dans l'autre sens, c'est d'un commun !

Qu'y a-t-il de jouissif à délester les riches alors qu'il est plus simple de délester un pauvre ? Essayez, vous verrez....

En plus, les riches, ils s'en foutent royalement des délestages « électrifiés » : ils ont des groupes électrogènes... Vous voyez ? Pas marrant de délester des gens qui se fichent d'être délestés comme de leur premiers poil au menton.... En période, fort nombreuse, de délestages, un riche peut montrer au monde entier qu'il est riche en allumant son groupe électrogène...

Un citoyen lambda, c'est à dire, non riche, tendant plutôt vers la sobriété imposée et non heureuse, en cas de délestages, se contente de lever les bras au ciel et de s'armer du légendaire fatalisme qui nous anime dès lors que rien ne fonctionne....

On allume les bougies. On ferme son ordinateur (et tant pis pour les choses vachement intéressantes que nous racontions au même moment sur FB), on évite de téléphoner, on s'allonge sur le matelas et on attend que la lumière revienne....

Et on râle, on râle... On râle en rond. On râle dans toutes nos langues nationales. On promet à la Somelec toutes les représailles. On maudit ses descendants jusqu'à la millième génération.... On finit par s'assoupir pour se réveiller d'un coup en braillant « merde, merde, j'ai raté l'heure de la prière », vu , qu'évidemment, le muezzin d'une des milliards de mosquées qui nous entoure n'a pas pu appeler et que nous avons raté l'heure....

Parfois l'électricité revient....ça c'est quand nous sommes très gentils. Je ne sais pas comment la Somelec mesure la gentillesse des Nous Z'Autres et décide de nous récompenser, mais je suis sûre qu'il y a un bureau des « gentillesses et cadeaux». Peut- être que c'est à la tête du client....

Ou, alors , à la tête de celui qui décide quand il va ré appuyer sur le bouton afin de nous rendre la modernité.

Modernité, je le rappelle au passage, qui coûte un âne et un cheval et un chameau réunis. Car chez nous l'électricité coûte cher. Très cher. Tellement cher que les jours de remise de factures, les services des urgences sont remplis de cardiaques....

Pour les nouveaux habitants de notre pays, voici, en gros, à quoi ressemble le délesté local, et le rituel qu'il entreprend pour lire sa facture :

imaginez un papier / facture, tout propre, tout gentil, à l'apparence inoffensive. L'heureux délesté sait, troisième sens, que ce papier là n'est pas un papier comme un autre. Que ce papier là est un crocodile. Qu'il annonce une journée merdique et une grande catastrophe.

Alors, commençant à transpirer, il jette d'abord un regard rapide et en coin sur la facture.... A-t-il vraiment vu tous ces chiffres ? Tant que ça ? Pas possible....

Il jette un second coup d’œil , puis il se dit qu'en tenant le papier à l'envers il ne va pas voir l'inéluctable . Parfois il peut aussi se mettre la tête en bas, loucher, jeter le papier en l'air....Tout est bon pour amortir le choc « délestable »...

Mais, au bout de plusieurs efforts infructueux pour tenter de faire du truc à 5 chiffres minimum, avec de gros gros chiffres en premier, un truc sympathique et inoffensif, le malheureux est bien obligé d'admettre la dure réalité : il va devoir enrichir le riche....

Il tente de compter les heures où il fut « délesté », en vain. Il se rappelle toutes les fois où il n'a pas pu terminer son feuilleton à la télé... Il pense à la nourriture qui a pourri dans son frigidaire, redevenu simple objet d'ornement....

Il se souvient des fois où, de bien entendu, il y eut coupure au moment où il était plein de savon et de shampoing sur la tête et qu'il n'y a plus eu d'eau car le surpresseur, ne fonctionnant qu'à l'électricité, s'est mis aux abonnés absents au moment de la panne.... Il revoit avec émotion ce moment extraordinaire où son téléphone a affiché « batterie faible, 5 % démerde toi vieux sinon tu es cuit » et qu'il devait appeler, pour la Saint Valentin, par exemple son double amoureux....

Il sait, à ce moment là, qu'il vient d'entrer au purgatoire.

Qu'il va devoir payer cette fichue facture car, de bien entendu, la vitesse et la rapidité légendaire de notre Somelec à nous couper le courant est aussi de mise à exiger le paiement de ce même courant qu'elle nous offre au compte goutte.... Pas payé dans les temps, et, hop, coupure générale.

D’ailleurs je me demande quelle est la différence entre « je te coupe le courant, délestages techniques obligatoires » et « je te coupe le courant car tu n'as pas payé »...

Dans les deux cas c'est du pareil au même : tu paies, on te coupe le courant, tu ne paies pas on te coupe le courant.....

Délestages qu'ils disent.....

Mouais....

En tous cas, j'ai une pensée émue pour tous les Valentins et toutes les Valentines qui ont du faire ceinture et n'ont pas pu se parler.

Et même si certains viennent nous raconter que la Saint Valentin c'est haram, forts de cette propension à « haramiser » même ce qui' ne l'est pas, moi je proteste : Madame la Somelec, vous avez gâché ma Saint Valentin. Et tant que j'y suis, Messieurs les opérateurs téléphoniques aussi, vu que vous nous faites payer un service nomade et dont le réseau est la pire chose que je connaisse après les anchois sur la pizza....

A tous les « délestés », bien le bonjour !

Salut

Mariem Mint DERWICH


Source : Le Calame (Mauritanie)

Nouvelles d’ailleurs : Des pauvres, du gasoil, des ânes et des Nous Z'Autres...

Nouvelles d’ailleurs : Des pauvres, du gasoil, des ânes et des Nous Z'Autres...J'ai décidé de m'acheter un âne. Un vrai âne, un âne de compétition, un âne dans toute sa splendeur d'âne, un âne membre de la grande confrérie des Nous Z'Autres, ânes assermentés et rectifiés. Non pas que je ne puisse m'offrir autre chose qu'un âne.

Un chameau par exemple, animal presque « frère » de mes ancêtres et dont nous avons – le « nous » est pour les Nous Z'Autres du grand Nord – hérité du caractère sympathique et quelque peu querelleur. Je pourrais aussi décider de m'acheter une chèvre, ou une vache « Z'à cornes » et à mamelles. Et pourquoi pas un coq ?

Non. Je veux un âne. Un âne bien âne. Un âne qui serait chargé de me trimballer. Ok, j'entends d'ici les (rares) défenseurs des animaux qui crient déjà au drame national et dénonçant la maltraitance à animal. A cela, je rétorque qu'un âne de chez nous est habilité à transporter mes rondeurs...

Il n'est habilité qu'à ça, d'ailleurs, au vu de certaines matrones plus que pulpeuses que je vois transportées de ci, de là, de par les rues de notre capitale... Mes rondeurs à moi n'ayant, ni plus ni moins, le même charme et le tampon estampillé « pur produit féminin du bled, à consommer avant le … » que les autres rondeurs, je ne vois pas pourquoi je me passerais de m'acheter un âne.

Oui, je veux un âne ! C'est devenu l'urgence du moment. J'ai décidé ceci en écoutant notre ministre chargé des relations avec le Parlement nous expliquer le pourquoi du comment de la non-baisse du prix du gasoil. Exercice jouissif, truculent, bien à la sauce de chez nous, blédards festifs.

Quand il nous a expliqués que, non, le prix à la pompe ne baisserait pas ; que, non, notre république dattière ne se passerait pas de la manne des taxes sur l'essence, au moment où tout va mal ; que, oui, nous étions gonflés, nous les râleurs, de râler en rond devant la facture salée, gonflés alors que nous étions les « riches » car possédant une voiture ; je me suis dit : « La Derwichette, achète toi un âne ».
C'est la première fois qu'on me fait un truc pareil : m'expliquer, à moi simple quidame, que les « heureux » propriétaires de voitures sont des riches, donc à même de se payer le gasoil au prix où il est. Que les pauvres, ne possédant pas de voitures, ne râlent pas et qu'ils sont même très heureux d'être pauvres car ils bénéficient du programme social Emel ! Et, datte sur les niébés, qu'ils bénéficient des transports gratuits.

Mouais... Et re mouais... On ne nous l'avait jamais faite, celle là. Du moins, personne n'avait encore osé : « Les pauvres ne sont pas affectés par le prix élevé des hydrocarbures.... ». Une belle lapalissade, si l'on s'en tient à la pauvreté fantasmée, selon nos dirigeants qui veulent nous faire avaler qu'être pauvre, c'est ne pas avoir de voitures... Basique, d'une simplicité enfantine. Tellement simple qu'on se demande pourquoi nos économistes en herbe n'avaient jamais encore osé ce genre de raccourci.

Bref. Notre Ministre a illuminé ma semaine. Grand merci à lui et toutes les bénédictions sur lui. Devant tant d'à propos ministériel et de démonstration savante, je me demande si je vais oser gâcher la fête et émettre quelques petites remarques. Oh, des remarques insignifiantes, juste histoire de ne pas rester bouche bée, devant tant d'intelligence politique et sociale.

L'ânesse en moi ne peut s'empêcher de braire un peu, braire de rire d'abord, puis braire de désespoir. Car je suis une ânesse, à l'image de la majorité de mes compatriotes, vos administrés, soit « émelisés », soit « riches » ou, si vous préférez, « Z'A voitures » ou « Z'A sans voitures ».

Mais, toujours à l'image de mes compatriotes (très chères sœurs et très chers frères...), mon porte-monnaie prend ses babouches à son cou quand il passe à « l'essencerie ». Si vous avez déjà tenté d'ouvrir un porte-monnaie récalcitrant et en grève de paiement, vous savez de quoi je parle... Souvent le porte-monnaie n'abrite que de maigres billets bleus – au fait, bravo pour les billets en plastique, ça fait Monopoly des sables

! – Dans mes jours fastes je lance un royal « 5000 UM » au pompiste qui s'empresse d'abreuver ma machine auto mais, la plupart du temps, je me contente d'un « elfein » contrit... Et je vous prie de croire que ces 2000 UM de gas-oil, je les use jusqu'à la dernière goutte, avant de me représenter devant une pompe à gasoil !

Si tous ceux qui possèdent une voiture étaient riches, ça se saurait, Mheusieur le Miiinistre ! On peut être pauvre et avoir une voiture, du moins la version « carcasse » de ce que, sous d'autres latitudes, on appelle voiture. Chez nous, tant que ça roule, ça roule. Et quand ça ne roule plus, ça roule quand même !

Chaque Mauritanien fait sa prière rituelle, tous les jours, en regardant sa voiture ou autre objet roulant et à quatre pneus qui lui sert de véhicule : « Mon Dieu, Mon Dieu, Ya Rabbi, évite-moi le mécanicien et la panne ! ». Car aller chez le mécanicien, c'est un peu comme la roulette russe. Tu as plus de chance de te prendre la balle que de l'éviter. Et, après, tu dois rentrer chez toi annoncer à toute la famille que, ce mois-ci, ça sera pâtes et patates à tous les repas et la viande que le vendredi...

Bref. Ce Nous Z'Autres-là, qui est, quand même la grande majorité, est pauvre mais pas pauvre au point de bénéficier des boutiques Emel. Il se démerde comme il peut. Il zigzague entre sa carcasse à moteur, le prix de l'essence, les pots de vin aux autorités en uniforme censées nous protéger sur la voie publique, les amendes pour non assurance – ça coûte cher, une assurance… – ses factures, son loyer, les soins onéreux pour le petit dernier, ses crédits, sa famille qui pense qu'il est un arbre à ouguiyas, etc., etc.

Et ce péquin-là, toujours la grande majorité, je vous le rappelle respectueusement, Monsieur notre ministre des « Pauvres non affectés », il trouve, quand même, que l'essence coûte un bras, et une jambe, et la tête entière... Il trouve que tout augmente trop.

Que le riz qu'il mange, le midi, doit être en or, vu son prix ; que le sucre qu'il met dans son thé lui coûte les yeux de la tête ; que la viande est devenue produit de luxe ; que le poisson, le lait, le pain, l'huile, le beurre, etc., etc., que tout ça devient inabordable ; que les commerçants s'en mettent un peu trop dans les poches, quand ses poches, à lui, rétrécissent, elles.

Il trouve que ce qu'il met dans sa voiture, pour la faire avancer, est devenu produit de luxe. Et il trouve qu'il a le droit de protester et de s'indigner, quand il entend les propos tenus par votre grandeur gouvernante et ministrée.

Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, mon désir d'âne à quatre pattes (un âne à deux pattes ne me servirait à rien...) : un âne ne tète pas de gas-oil. Un âne ne passe pas à l'essencerie. Un âne n'enrichit pas mon mécanicien. Un âne, on lui donne à manger, on lui parle gentiment et il fait son boulot d'âne. Un âne à quatre pattes ne me raconte pas de sornettes.

Il n'en a que faire, des « pauvres » ou des « riches ». Et il n'en a que faire du prix de l'essence et des ministres chargés des relations avec le Parlement... C'est le propre des ânes à quatre pattes : ils ne font pas dans la sculpture sur les nuages, ils sont dans la vraie vie.

Je rejoins donc le cri de guerre des soi-disant « riches Z'à voitures », véritables vaches à lait du politique : « Maa ni chaari gas-oil ! », slogan des mécontents après la sortie peu éclairée de notre ministre... et je m'achète un âne. Serais-je, alors, assez pauvre pour être « Pauvre non affectée » ? Plus pauvre que pauvre ? Tellement pauvre que je serais l'argument ultime pour expliquer et cautionner une politique économique qui étrangle les Mauritaniens ? Tellement pauvre, encore plus bas que le tellement pauvre, que j'expliquerais, à moi toute seule, la non baisse des prix à la pompe ?

Nous n'avons pas édifié de pyramides, ni inventé le zéro, ni le fil à couper le beurre, mais nous inventons des concepts – chacun fait ce qu'il peut, hein ? – après celui du coup d'Etat permanent, le concept de la Rectification, le concept du Dialogue, nous voilà avec le concept du « pauvre riche, du riche pauvre, du pauvre, du riche et du Ministre » ou, si vous préférez, du « Manuel d'économie à usage des ânes ». Sur ce, je vous laisse. Je dois trouver un nom à mon futur âne. Les choix ne manquent pas… Salut.

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

Notre unique prédiction pour 2016

À chaque début d'année, ça ne rate pas : les astrologues, médiums et devins (plusieurs termes pour désigner le même phénomène : la charlatanerie) livrent leur pronostic pour les douze mois à venir. Ensuite on

Statistiquement, sur cent prédictions, au moins une se réalise, surtout quand elle est très vague (« des ennuis de santé pour une grande star… »). Elle permet à l’escroc de proclamer partout qu’il a eu raison et donc qu’il a vraiment le don de divination. Ce n’est pas la honte qui étouffera ces arnaqueurs.

C’est donc à un exercice de salubrité publique que nous nous livrons chaque année, tout aussi rituellement, dans ces colonnes : nous passons au crible les prédictions de quelques-uns de ces truqueurs pour prouver que la voyance, c’est bidon, totalement bidon.

Au Maroc, l’astrologue Abdelaziz El Kh. est le chef de file de cette forme lucrative de filouterie. Qu’avait-il prévu pour 2015 ? La troisième guerre mondiale, pas moinsse ! Et il a fourni tous les détails, le bougre : « La Russie envahira l’Ukraine et s’alliera avec l’Égypte et l’Otan. Les États-Unis devraient, eux, occuper la Turquie. 2015 devrait connaître le début de la grande guerre entre l’ours russe et l’aigle américain. » On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer… La Russie alliée de l’Otan contre les États-Unis !? L’homme est tellement ignare qu’il n’en peut plus. Il ne lui reste plus qu’à annoncer une guerre entre Barack et Obama.

Il avait aussi prédit, pour 2015, l’indépendance du Kurdistan (lequel ?) et le renversement du gouvernement d’Erdogan en Turquie par l’armée. Mais arrêtons là. Si après tous ces fiascos spectaculaires, des gens vont encore le consulter (il paraît que même des ministres…), c’est qu’ils sont tellement stupides qu’ils méritent d’être délestés de leurs économies par ce filou.

« Quant à Maud Voyance, elle faisait cette prédiction remarquable de précision : « Souci de santé pour Jean-Marie Le Pen, voire son décès.»

En France, la plus médiatique des astrologues, Élizabeth T., est aussi la plus maligne : elle fait des prédictions tellement vagues qu’il est quasiment impossible de lui mettre le nez dans son pipi. Que pensez-vous de celle-ci qui se trouve, au mot près, sur son site : « Pour cette année, Élizabeth T. annonce quelques changements dans le monde. » Évidemment, il suffit qu’un colibri change de branche quelque part dans la forêt pour qu’elle ait techniquement raison… Face à cette pusillanimité, on a presque envie de saluer « le fameux médium François Lambert », qui a eu quand même le courage (l’inconscience ?) de prévoir la mort de Barack Obama en 2015. Mort… de rire, peut-être ? Il avait aussi prédit la démission de Valls, la mort de Bouteflika (un classique) et l’apparition d’un nouveau virus (il parlait sans doute de lui-même). On a presque envie d’applaudir.

Quant à Maud Voyance, elle faisait cette prédiction remarquable de précision : « Souci de santé pour Jean-Marie Le Pen, voire son décès. » Pour Maud, s’enrhumer ou passer l’arme à gauche, c’est du pareil au même… On n’aimerait pas l’avoir pour infirmière.

Pour finir, voici une prédiction pour 2016 qui a toutes les chances, hélas, de se réaliser : les voyants, astrologues, devins, etc., continueront de débiter leurs âneries et trouveront toujours des gens assez niais pour les croire… Le combat continue. À l’année prochaine !

Fouad Laroui

Source : Jeuneafrique.com

 

 

 

 

 

Jihadisme africain…

Deux événements ont eu lieu presque simultanément, les 15 et 16 janvier. Le premier à Ouagadougou, au cœur de l'Afrique, le second à Vienne, au centre de l'Europe.

Je me propose de vous dire comment je les perçois et ce que j’en pense.

1) Les jihadistes ont frappé une nouvelle fois en Afrique ; le vendredi 15 janvier, ils ont tué trente personnes dans un hôtel d’Ouagadougou, capitale du Burkina.

Pratiqué par des hors-la-loi et des laissés-pour-compte du système, le jihadisme est avec nous depuis plus d’un quart de siècle. Réinventé et perfectionné par Al-Qaïda, qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre, il a été repris depuis peu par son rejeton, Daesh.

On a tendance à oublier que ce jihadisme est né en Afrique, plus précisément au Soudan, et que ses premiers faits d’armes, à la fin du siècle dernier, ont eu pour cibles des ambassades américaines en Afrique de l’Est.

Il a prospéré en Algérie dans les années 1990, puis en Somalie ; on l’a combattu dans ces deux pays sans jamais parvenir à l’éradiquer.

Des « émirs » ont remplacé ceux qui ont été tués ou qui ont renoncé. Ils ont maintenu la flamme, ou l’ont rallumée lorsqu’on la croyait éteinte et ont appris à franchir les frontières.

Le phénomène a ensuite gagné l’Afghanistan, a sévi au Moyen-Orient, a frappé l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Bref, il est devenu mondial.

J’ai cité ici même, la semaine dernière, la description juste qu’en a fait Barack Obama dans son discours sur l’état de l’Union :

« C’est une grave menace parce qu’il suffit d’une poignée de terroristes qui n’accordent aucune importance à la vie humaine, y compris à la leur, pour que le danger soit réel. […]

Les jihadistes essaient de se faire passer pour les représentants de l’une des plus grandes religions du monde. C’est un mensonge, car ils ne sont que des fanatiques et des tueurs qu’il faut traquer, déraciner et détruire. […]

L’instabilité et le tumulte qu’ils ont créés vont peut-être durer des décennies. »

*

Ce jihadisme est revenu en Afrique, et tout indique qu’il va gagner du terrain. En 2015, il a frappé plusieurs fois au Nigeria, en Tunisie et en Égypte, puis au Mali et, ce 15 janvier, au Burkina.

La base arrière libyenne où il est en train de s’installer, où il peut s’entraîner, trouver armes et refuge, va lui permettre d’acquérir une dimension nouvelle et d’embrasser une aire africaine plus large.

Attendons-nous à voir l’armée française prolonger son séjour dans les pays du Sahel ; elle mobilisera des moyens supplémentaires, français et européens.

Que Barack Obama le veuille ou non, lui-même, dès 2016 – ou, dans un an, son successeur -, engagera, lui aussi, plus de moyens dans la lutte contre le jihadisme en Afrique.

Les pays subsahariens de la zone sahélienne, Nigeria inclus, sont déjà sur le pied de guerre, guettant les allées et venues des chefs jihadistes, écoutant leurs échanges, s’efforçant de déjouer leurs prochains coups : le continent africain est en passe de devenir l’un des principaux théâtres des opérations jihadistes.

La rivalité et la surenchère entre Al-Qaïda et Daesh sont plus nettes en Afrique qu’ailleurs et se feront sentir de plus en plus. Le fait que les jihadistes soient souvent africains et qu’on puisse en recruter facilement sur le continent va compter chaque jour davantage.

*

Les meilleurs spécialistes assurent que le nombre total de jihadistes dans le monde (incluant ceux qui sont seulement des soutiens) n’atteint pas 70 000, hommes ou femmes, la plupart jeunes.

Sur les plus de 7 milliards d’êtres humains, il y aurait donc moins de 1 jihadiste ou sympathisant pour 100 000 personnes.

Mais, depuis près de trois décennies qu’ils évoluent parmi nous, leur nombre se maintient ou s’accroît. Ils représentent un danger de plus en plus grand parce qu’ils ont décidé de tuer d’une manière aveugle – et d’aller au-devant d’une mort probable, voire certaine.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais a acquis une dimension mondiale. À ce jour, nul n’a trouvé la manière d’en venir à bout.

2) L’Iran est de retour sur la scène mondiale. Quatorze ans se sont écoulés depuis ce jour de janvier 2002 où George W. Bush a placé l’Iran dans « l’axe du mal ». Ce 16 janvier 2016, Barack Obama l’en a fait sortir.

Pourquoi a-til pris le contre-pied de son prédécesseur ? Pour bien des raisons, dont celle-ci, jamais mise en avant, et que je vous dévoile. Elle est peu connue, mais elle a beaucoup compté.

Ceux qui connaissent le Moyen-Orient savent que les peuples arabes, majoritairement sunnites pour la plupart, n’aiment pas les Américains.

Ils accusent les dirigeants des États-Unis, à juste titre, de soutenir les pouvoirs dictatoriaux qui les oppriment et ils pensent que ces pouvoirs sont « vendus à Washington ».

En règle générale, les peuples arabes du Moyen-Orient se méfient de l’Amérique, lui prêtent l’habitude de conspirer avec leurs dirigeants contre eux.

C’est un fait que la plupart de ces dirigeants sont inféodés à l’Amérique, parce qu’elle les a installés au pouvoir et/ou les protège.

Ils tombent lorsqu’elle leur retire son soutien ou décide de les remplacer.

En Iran, depuis que le chah a été renversé par la révolution islamique et que son pouvoir a été remplacé par celui des mollahs, c’est exactement l’inverse.

Sauf exception, les dirigeants de la République islamique d’Iran, à commencer par le Guide Ali Khamenei, sont antiaméricains. Ils pensent que les États-Unis ne veulent pas d’eux au pouvoir et cherchent à les en écarter.

Le peuple, lui, est très proaméricain. Les élites et la jeunesse de ce pays admirent les États-Unis, connaissent et apprécient leurs arts, leur culture et leurs technologies.

Obama a voulu ignorer l’hostilité des dirigeants iraniens, dont il pense qu’ils ne seront plus là dans cinq ou dix ans, pour miser sur la nouvelle génération, qui sera au pouvoir dans dix ou quinze ans, lorsque l’accord sur le nucléaire iranien, conclu pour dix ans devra être renégocié.

Quoi qu’il en soit, l’Iran – un grand pays et un grand peuple de 80 millions d’habitants – est de retour sur la scène mondiale.

Israël excepté, c’est le mieux éduqué du Moyen-Orient.

Plus tôt les pays arabes et Israël accepteront ce fait important, mieux cela vaudra.

Pour eux et pour la région.

Béchir Ben Yahmed

Source : Jeuneafrique.com

 

Nouvelles d’ailleurs : Femme...

Nouvelles d’ailleurs : Femme...Être femme n'est pas une sinécure. Loin de moi l'idée ou la tentation de m'élever contre ce statut féminin : je suis femme et je vis avec. Mais ce fait d'être une femme n'est pas facile, chez nous, nonobstant toutes les arguties sur la place « privilégiée » que nous, femmes mauritaniennes, sommes supposées avoir.

A chaque fois qu'en tant que femme, je m'élève contre le regard que la société porte sur nous, je me vois opposer cet argument imparable : « Vous, femmes mauritaniennes, êtes libres, plus libres que vos consœurs du monde arabe, par exemple ». Une fois ceci balancé, qu'avons-nous dit ?

Que le fait d'être une femme mauritanienne plus privilégiée que ses consœurs devrait nous intimer le silence ? Que le fait qu'ailleurs, l'herbe est souvent moins verte doit nous rendre à une place là encore pré-supposée : « Tu as de la chance, ma fille, tais-toi et savoure… » Ben, non : être une femme, dans nos sociétés patriarcales et fortement religieuses, n'est pas une sinécure.

Le poids des traditions est si prégnant que vouloir sortir du cercle vicieux « supposées libres/supposées non-libres » demande, soit un état d'esprit suicidaire, soit une bonne dose de courage.

D'abord qu'est-ce qu'être une femme chez nous ? Un être apprécié mais à qui l’on offre en héritage, dès la naissance, la place de gardienne de la morale. On naît indifféremment sexué, on apprend à devenir petite fille, puis femme, puis mère et épouse. Et matrone, et référence, et pudeur, et piété et savoir vivre, savoir se tenir... Dans la construction de notre sexe féminin, nous apprenons la servitude féminine, le cliché où nous allons nous construire et être construites...

Car on nous « construit », comme des lego géants, pièce après pièce. On nous « construit » à la hauteur de ce que la société et sa morale exigent de nous et des hommes en général.

Femmes, nous sommes prisonnières de comment nos sociétés, nos groupes, nos clans, nos familles conçoivent la sexualité (à savoir l'apprentissage d'une féminité et d'une masculinité).

A l'homme, la toute puissance de la liberté et du courage. Et même si cette liberté est perverse et trompeuse, car l'homme, tout autant que sa sœur, vit dans un carcan fait de toutes les contraintes sociales : il a la liberté, il est tout-puissant, redoutable tyran domestique qui décide jusqu'aux choix de nos mariages... Sa parole compte. Il a le pouvoir du patriarche, même s'il n'a encore que deux poils au menton.

Il a la liberté. Pendant quelques années, il va côtoyer les filles, ses sœurs, ses cousines, en ce temps de l'enfance où filles et garçons n'ont pas encore été entièrement sexués : il joue avec ses cousines non encore voilées..... Arrive le moment des règles et la différenciation se fait : au garçon la liberté de continuer à jouer, aux filles le voile. Il est libre... Nous, on nous enferme. Se poursuit, alors, la longue négation de nos corps féminins.

« Couvre-toi », « Couvre tes cheveux », « Assieds-toi en serrant les genoux », « Ne te couche pas sur le dos », « Baisse les yeux », « Cache-moi tes jambes »... Aujourd'hui, il en est même certaines qui cachent tout, en portant le niqab intégral, fantômes asexués, oiseaux noirs et fragiles, forteresses de la pudeur... Dans certaine familles, on procède, consciencieusement, à la destruction du féminin, en pratiquant l'excision, geste ultime d'effacement, de négation.

En tant que femme, nous sommes porteuses d'un « péché originel », d'une « souillure » qui ferait de nous, si l’on ne l'enlevait pas, des êtres amoraux, maléfiques, femmes dites « légères ». Alors, on excise, dans la douleur et le sang. On excise la petite fille, pour qu'elle ne soit, plus tard, que réceptacle et utérus.

On lui ôte toute idée de sa sexualité. Elle est femme, qu'a-t-elle besoin de plaisir ? Le plaisir d'une femme n'est-il pas le début de la fin, le désordre ? Une femme excisée, selon la vox populi, n'ira pas courir à droite et à gauche. Elle se contentera de son corps morceau de bois et d'obéir à son mari.

Tout le fantasme du monde dans un morceau de chair situé entre les jambes des femmes...

On la marie, parfois, en polygamie, grande course à l'échalote du combat pour un homme. La femme, affublée d'une ou plusieurs coépouses, n'a de cesse que de survivre, d'attirer le regard de son homme... et d'attendre son tour.

Un homme papillonne. Une femme, alors, attend son tour. L'argument religieux est imparable et est brandi comme explication à tout. Et comme, chez nous, la religion prime sur tout, point de vraie réflexion sur ce phénomène. Pendant des siècles, des religieux ont légitimé l'excision, sans se faire des nœuds au cerveau, alors que ce n'est pas une obligation religieuse.

Mais, bon, l'homme sait fort bien s'arranger, entre religion, préceptes et coutumes... quand ça lui convient. Même si, après, il nous explique tous les hadiths de la Terre, tous les versets possibles et imaginables. Nos hommes ont très bien su faire le grand écart, entre religion et coutumes. Et nous en avons fait les frais, nous femmes...

Que dire du mariage précoce, propriété quasi-exclusive de nos religieux ? Quand notre pays ratifie toutes les conventions internationales à ce sujet, il se doit, aussi, histoire de ne pas fâcher les oulémas et les fuqahas, de permettre, par une série d'amendements, ce mariage précoce que, pourtant, il interdit. La loi et l'esprit de la loi, un autre grand écart qui permet toutes les dérives.

On nous dit que c'est permis par l'islam. Même si l’on mélange, allègrement, des époques différentes, des manières de vivre différentes : ce qui était valable, au VIIème siècle, n'a plus cours aujourd'hui : les sociétés évoluent, rien n'est jamais figé. Sinon, nous serions toujours, dans des cavernes, à graver des peintures rupestres sur les murs et à courser le mammouth !

Dans ce viol « rituel » et institutionnalisé qu'est le mariage d'une petite fille ou d'une pré-adolescente, sont condensés toutes nos contradictions et nos aveuglements. Je reste persuadée qu'il nous faut séparer le religieux du temporel. Et, dans le religieux, savoir faire la part des choses, remettre les choses en perspectives historiques. Il faut privilégier et entendre le fond ; non pas la forme. Sinon, nous continuerons à faire, de nous, femmes, des trophées, des butins de guerre, des proies...

Si une société, pour vivre, n'a rien trouvé de mieux que d'infantiliser une partie des siens, à savoir les femmes, que peut-on attendre d'elle face aux défis du Monde ? Que peut-on supposer de sa capacité à l'humanité ? Que peut-on espérer, en termes de créativité, d'avancées, de pensées, d'intelligence ?

Je suis femme. Fière de l'être mais je porte, en moi, ce fardeau de la sexualité dévoyée et imposée à mon entendement. Une société, un peuple, une culture, qui fait, de la femme, un péché, se prive d'espoir. Salut,

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

Nouvelles d’ailleurs : La faute au Chef

Nouvelles d’ailleurs : La faute au ChefSi notre Sultan n'existait pas, il faudrait sûrement lancer un concours géant afin de l'inventer. Non pas que cela aurait une utilité publique reconnue mais, au moins, cela occuperait la populace, notre pays aux trois millions et des poussières d'habitants, très poussiéreux habitants et très fatigués.

Et si les masses laborieuses refusaient de se prêter au jeu, on (Tiens, le revoilà, celui-là, cet « On » qui s'immisce dans tous mes textes !) mettrait au point un concours spécial opposition. Imaginez un peu notre opposition dialoguiste sans Aziz... Ça s'ennuierait ferme dans les états-majors.

Il y aurait des ateliers de réflexions intensives, afin de trouver de quoi tuer le temps, entre deux verres de thé et trois atomisations de mouches. Attention ! Loin de moi l'idée de dire du mal de nos oppositions ! Elles font leur job. Avec, peut-être, un peu plus de zèle qu'il n'en faut.

Regardez l'arrivée de galettes de fuel sur nos plages. Hé bien, c'est la faute à notre Sultan. Ben oui. Au cas où nous ne le saurions pas, notre Sultan est responsable de tout : des marées noires, de la course des étoiles, du réchauffement climatique, de la sexualité des cafards, du taux de divorces, des gastro, de la grippe, des moustiques, de la varicelle et j'en passe.

Je suis toujours ébahie de la vitesse à laquelle des communiqués sont pondus. Y a-t-il des cellules es-spéciales communiqués, bunkers invisibles remplis de militants guettant le moindre hoquet et élevés à l'art de la réaction réactive en temps de crise ? Kham...

Donc , je résume : la petite marée noire est de la faute à notre Président. Pas besoin d'enquête, pas besoin de gaspiller l’argent du contribuable. Nous avons le coupable. De là à ce que les oppositions demandent, en vertu du principe « pollueur/payeur », au Patron de rembourser, via des communiqués indignés, il n'y a qu'un pas.

A la lecture des communiqués, j'en suis même arrivée à la déduction suivante : notre Sultan a profité des délestages pour aller polluer les côtes. Nous avons donc et la cause de la pollution et le pourquoi des délestages ! Je m'aime : je suis trop forte...

Redevenons sérieux un moment, voulez-vous ? Affirmer que le Président est responsable de la marée noire est ridicule. Le tenir responsable des dégâts l'est encore plus. Aucun pays au monde n'est à l'abri et l'on a vu les plus grandes puissances impuissantes, devant des catastrophes pires que celles-ci. D'ailleurs, en ce moment, c'est la Californie qui est victime d'une marée noire, à Santa Barbara.
Pour être crédible, il faudrait un peu plus de logique et un peu moins d'opposition « pour s'opposer ». Ce n’est que récemment que notre pays a pris réellement conscience de son potentiel maritime. Il a eu du mal à quitter la « terre ferme » pour s'ouvrir à la mer. Le long de nos côtes passe un rail, une autoroute maritime, énorme, avec des centaines de bateaux qui longent les côtes ouest-africaines.

Depuis la fin des années soixante-dix et l'agrandissement progressif de nos eaux territoriales, qui sont passées de douze miles à soixante-dix, le domaine maritime a, petit à petit, retenu l'attention de nos gouvernements successifs.

Aux politiques de pêche et au maillage de nos zones en trois espaces – du Nord, du Centre et du Sud – s'est maladroitement juxtaposé, avec l'arrivée des entreprises extractives, un autre maillage : celui des exploitations pétrolières et des champs d'extraction. Notre économie rentière de location de nos sous-sols et des puits pétrolifères a camouflé cette réalité : qui dit offshore, dit risques accrus de pollutions maritimes.

Des poissons morts sur nos plages ? Ce n'est pas nouveau. J'ai souvenir de centaines de poissons retrouvés ainsi, victimes des filets et de certaines méthodes, comme la pêche à l'explosif. Sans que cela ne provoque la moindre indignation. J'ai vu, adolescente, des galettes de fuel, sûrement dues à des dégazages sauvages, à la limite de nos eaux territoriales.

Depuis des décennies, nous laissons tous les navires du monde venir pêcher, avec leurs filets qui peuvent aller jusqu'à 800 mètres de fond, dévastant la faune maritime... Depuis des décennies, nous entretenons un cimetière de navires à Nouadhibou, sans que cela ne semble gêner personne, chez les politiques de tout poil.

Entre les plates-formes offshore et les dégazages, nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe majeure. Dans la mini-marée noire qui nous concerne, il semblerait que ce soit la plateforme au large de Ndiago qui soit responsable des galettes de fuel.

Mais, quand je lis les communiqués, tant officiels que de l'opposition, j'ai envie de m'arracher les cheveux : nous voilà entre «tout est sous contrôle » et « catastrophe environnementale majeure » ! D'une esbroufe à une autre, tout est fait pour que les bonnes questions soient évitées. L’opposition parle de drame.

Je croise les doigts pour que n'arrive jamais une vraie marée noire. Que diraient alors les communiqués de notre opposition ? A quoi ça sert d'amplifier un problème, alors qu’aucune solution n’est avancée ?

Les frontières, entre politique et capital financier issu de la mer, sont minces et sans couleur politique : je ne suis pas sûre que nos opposants feraient réellement bouger les lignes... Mais les indignations populistes sont plus faciles. Tout le monde semble découvrir l'envers du décor d'un pays qui possède une immense façade maritime le long de laquelle tous les navires du monde passent.

Faire semblant de ne pas voir que certains de ces navires peuvent dégazer en haute mer est criminel. Faire semblant de découvrir que l'industrie offshore ne présage rien de bon, en matière de marées noires, est un déni politique.

Cette mini-marée noire n'est sûrement qu’un avertissement. Il nous faut une réelle autorité de régulation et non pas plusieurs ministères qui se retrouvent, en même temps mais tout aussi peu préparés les uns que les autres, à gérer une situation de crise.

Qui est responsable, réellement ? Le ministère de l'Environnement ? Celui de la Pêche ? Aujourd’hui, il semble que ce soit celui-ci... alors que ce devrait être celui-là ! Trop d'interférents. Trop d’intérêts contradictoires. Trop d'enjeux économiques. C'est en cela que ce gouvernement est responsable.

Et c'est en cela que l'opposition a aussi sa part de responsabilités, certains de ses membres ayant occupé, par le passé, des postes en différents gouvernements. Alors, faisons de la politique politicienne et passons à autre chose... jusqu'à la catastrophe majeure qui viendra forcément… un jour...

Salut !

Mariem Mint Derwich

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Iran : le rapprochement américain et la panique israélo-saoudienne

Le président Hassan Rohani arrivant à Shangaï, le 20 mai 2014.Ostracisée, sanctionnée, accusée de nourrir des ambitions hégémoniques, la République islamique s'est résolue à mettre de l'eau dans son thé pour assurer sa sécurité et retrouver sa place dans le concert des nations. Un objectif en passe d'être atteint à la faveur de l'accord-cadre de Lausanne sur le nucléaire.

Prises au leurre perse d'un compromis sur le nucléaire, les naïves colombes de la Maison Blanche ? Cris de faucons à Washington, Paris, Jérusalem et Riyad ! Derrière leur sourire affable et des concessions en trompe l’œil, les ayatollahs nourriraient de sombres desseins, attisant secrètement dans leur sein le feu de l'atome, ourdissant des projets d'hégémonie.

Déjà l'ombre de leurs longs manteaux s'étire de Beyrouth à Hérat, de Sanaa à Samarra : elle s'apprêterait à envelopper le monde. Gardiens de leur révolution combattant sur les sols d'Irak et de Syrie, armes convoyées au Hezbollah libanais, aux houthistes du Yémen et à la résistance islamique palestinienne : le croissant chiite, dont s'alarmait le roi Abdallah de Jordanie en 2004, deviendrait pleine lune.

Le président Rohani, saluant l'accord-cadre de Lausanne sur le nucléaire, déclarait-il, mielleux, le 3 avril, "certains pensent qu'il faut soit se battre avec le monde, soit capituler face aux grandes puissances. Nous croyons à une troisième option, nous pouvons coopérer avec le monde" ? Le Guide suprême, Ali Khamenei, commandait deux semaines plus tard : "Toutes les forces, l'armée, les Gardiens de la révolution, doivent augmenter leur préparation militaire et défensive jour après jour."

La langue fourchue du serpent dont feu le roi saoudien Abdallah appelait, en 2009, les diplomates américains à "couper la tête" émettrait-il un sifflement duplice ? En janvier dernier, le Premier ministre de l'État hébreu, Benyamin Netanyahou, s'affolait : "Les ayatollahs iraniens nient la réalité de l'Holocauste tout en préparant un nouveau génocide." Et de renchérir le 15 avril : "De même que les nazis ont voulu régner sur le monde en anéantissant le peuple juif, l'Iran cherche à contrôler la région et à détruire l'État juif."

Aux sénateurs français, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), déclarait récemment que "l'expansion politique de l'Iran, par le canal de milices, de groupes terroristes, d'assistance financière et armée, a été particulièrement importante au cours de la dernière décennie". Et quand le président américain Barack Obama tente de tricoter un délicat accord final pour s'assurer le cantonnement du programme nucléaire iranien à la sphère civile (date butoir le 30 juin), le sénateur républicain et vétéran de l'US Army Tom Cotton affirme, lui, ne pas vouloir faire dans la dentelle : "Quelques jours de bombardements aériens et navals" suffiraient pour régler cette question explosive, déclarait-il le 8 avril.

« Ceux qui font le plus grand vacarme sont toujours les mêmes, mais ils n'ont pas forcément la capacité d'influence qu'on leur prête »

"Il faut garder à l'esprit le signal to noise ratio, le rapport entre l'importance du signal et les décibels produits : ceux qui font le plus grand vacarme sont toujours les mêmes, mais ils n'ont pas forcément la capacité d'influence qu'on leur prête. L'essentiel des gens influents aux États-Unis est aujourd'hui composé de réalistes favorables à la démarche d'Obama", avertit Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Ostracisé depuis la révolution de 1979, le "régime des mollahs" est rarement considéré dans sa complexité, et son cas n'est souvent instruit qu'à charge. Le soutien iranien à des mouvements radicaux et les déclarations de Téhéran sur le grand et les petits Satan - les États-Unis, Israël et leurs alliés - n'ont certes pas travaillé pour sa réputation.

Sur tous les fronts

Et la présence iranienne se signale sur tous les fronts du Moyen-Orient embrasé. Depuis 2011, Téhéran et son protégé libanais le Hezbollah soutiennent à tous crins Bachar al-Assad dans sa guerre sauvage contre l'insurrection révolutionnaire et jihadiste, au point d'avoir presque pris le contrôle du régime de Damas.

En juillet 2014, lors de l'opération israélienne Bordure protectrice sur Gaza, le Jihad islamique s'était vanté d'avoir tiré des missiles Fajr 5, de fabrication iranienne, sur Tel-Aviv et Jérusalem, et la République islamique est fortement soupçonnée de former et d'armer la milice chiite houthiste, qui a pris depuis septembre de la même année le contrôle d'une grande partie du Yémen.

Auparavant réputé homme de l'ombre, le général Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, posait fièrement fin octobre en héros de guerre sur le front irakien contre l'État islamique (EI). Projection de puissance ?

Responsabilité de protéger les peuples, réplique Ali Ahani, ambassadeur d'Iran à Paris : "La politique raciste et inhumaine du régime sioniste à l'égard des Palestiniens est bien connue, et nous avons aidé avec constance les groupes palestiniens qui s'efforcent de défendre leur cause et leur territoire. Nous soutenons des principes basés sur la démocratie et, à Bahreïn, au Yémen comme au Liban, nous soutenons ceux qui tentent d'obtenir leurs droits légitimes, ce qui ne signifie pas que nous nous ingérons dans les affaires internes de ces pays. En Syrie et en Irak, notre assistance se fonde sur la demande des autorités locales légitimes et soyez sûrs que, sans la coopération de l'Iran et les efforts du Hezbollah, Daesh serait aujourd'hui à Bagdad, à Damas et sans doute à Beyrouth même."

Glacis protecteur

Ancien ambassadeur de France à Téhéran, François Nicoullaud exclut lui aussi l'accusation d'hubris hégémonique, mais il nuance : "Les Iraniens ne se sont pas lancés dans des guerres de conquête depuis le XVIIIe siècle, ils ont accepté leurs frontières actuelles et veulent s'y sentir chez eux. La révolution islamique a eu, comme toutes les grandes révolutions, une pulsion prosélyte, mais si un noyau dur d'idéologues s'y raccroche toujours, les milieux modérés et réformateurs l'ont complètement abandonnée depuis l'époque de Khatami [président de 1997 à 2005]. Et si l'on écoute bien les discours du Guide, ils parlent davantage d'un pays environné d'ennemis que d'un Iran à la conquête du monde. L'état d'esprit actuel consiste plutôt à se défendre contre tous ceux qui veulent détruire la République islamique et à éviter que les flammes des conflits qui l'environnent ne viennent lui lécher les pieds de trop près et ne déstabilisent le régime et le pays."

Ce n'est pas en effet la République islamique qui a pris l'initiative de la guerre civile syrienne, ni de la révolution bahreïnie, ni des conquêtes jihadistes en Irak, ni de la crise yéménite. Mais elle a pragmatiquement saisi ces occasions afin de préserver la continuité de son alliance avec les régimes de Bagdad, Damas et le Hezbollah libanais pour renforcer son influence régionale et se constituer un glacis protecteur contre l'établissement des jihadistes sunnites, de Mossoul, en Irak, à Lattaquié, sur la côte syrienne.

Anti-impérialisme

L'Iran parraine-t-il des groupes chiites dans toute la zone ? Rien à voir, souligne la diplomatie iranienne, avec l'ingérence militaire de l'Arabie saoudite, exportatrice d'un sunnisme wahhabite radical et qui a envoyé ses blindés mater la contestation bahreïnie, son aviation écraser le mouvement houthiste au Yémen, des tonnes d'armes et des centaines de combattants aux groupes jihadistes de Syrie et d'Irak et des milliards de dollars au régime réactionnaire du Caire au lieu de financer la lutte palestinienne.

"Le Hamas est-il chiite ?" s'exclame l'ambassadeur d'Iran à Paris lorsqu'on lui fait observer la forte teinte confessionnelle de la solidarité internationale iranienne. Quand Riyad joue ouvertement la carte communautaire, Téhéran préfère habiller son discours d'anti-impérialisme sioniste et américain.

Et "si les wahhabites saoudiens considèrent les chiites comme des mécréants à combattre, précise François Nicoullaud, les chiites ne partagent pas le même rejet pour les sunnites. Pour eux, la différence est plus rituelle que sectaire : le sunnisme est un rite de plus dans l'islam, et ils ne tracent pas une ligne d'exclusion. Par ailleurs, cette fracture sunnites-chiites n'est pas un affrontement spontané. S'il n'y avait pas des États qui, pour des raisons de politique internationale, soufflaient sur les braises, les deux confessions cohabiteraient pacifiquement comme elles l'ont fait longtemps de l'Irak au Liban".

Cette fracture, la politique néoconservatrice de l'administration Bush l'a également favorisée. Exportée par son hyperpuissante armée en Irak, sa volonté de regime change et de démocratisation de la région a livré Bagdad à la majorité chiite du pays qui, par la main de fer de l'ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, a cherché à prendre sa revanche sur les élites sunnites du régime de Saddam Hussein.

Promis par le candidat démocrate Obama, le retrait américain d'Irak fin 2011 a débridé les instincts sectaires et prédateurs de la nouvelle administration irakienne, poussant la forte minorité sunnite et de nombreux officiers congédiés dans les bras de l'organisation jihadiste qui allait devenir l'EI. Et celle-ci, quasi démantelée et reléguée dans les déserts de l'Ouest irakien par le surge américain de 2007-2008, de renaître de ses cendres dans le brasier syrien avant de s'emparer sans grande résistance de Fallouja et de Mossoul entre janvier et juin 2014.

Bagdad était alors encerclé et Samarra, lieu saint du chiisme au nord de la capitale, à portée d'artillerie. Appelé à l'aide comme ses ennemis occidentaux, Téhéran dépêchait ses Pasdaran contre l'EI plus promptement que Washington son aviation. Aujourd'hui combattant Daesh aux côtés d'une puissance de "l'axe du mal", les États-Unis se retrouvent enlisés dans leurs contradictions, forcés sans l'avouer de coordonner leurs bombardements avec les pouvoirs syrien et iranien.

« En cas d'accord final sur le nucléaire, la levée des sanctions internationales désentraverait une économie à fort potentiel mais très affaiblie »

Fin mars, l'ordre donné aux milices chiites et à ses troupes par le général Soleimani de se retirer du front de Tikrit qu'elles assiégeaient depuis trois semaines pour laisser l'aviation américaine "finir le travail" sonnait comme une victoire ironique pour Téhéran. "Au point de vue stratégique, l'Iran était endigué en 2003, mais la passivité de l'Occident en Syrie et son laxisme en Irak lui ont offert ces pays sur un plateau d'argent. Si la République islamique est aujourd'hui influente dans quatre capitales du Moyen-Orient, c'est bien parce qu'on lui a fait indirectement des cadeaux depuis les années 2000", observe Karim Bitar.

Et, en cas d'accord final sur le nucléaire, la levée des sanctions internationales désentraverait une économie à fort potentiel mais très affaiblie. L'Iran vise essentiellement aujourd'hui à être reconnu comme une grande puissance régionale et comme une puissance internationale moyenne. Mais la convergence de l'extension opportuniste de son influence avec le rapprochement irano-américain sur le dossier nucléaire engagé secrètement à Oman dès mars 2013 fait aujourd'hui souffler un vent de panique en Israël et, surtout, en Arabie saoudite.

"Les États-Unis se sont libérés de leur dépendance énergétique envers Riyad, poursuit Karim Bitar, ils constatent que la société iranienne est, malgré le régime religieux, beaucoup plus libérale et ouverte sur l'Occident qu'en Arabie saoudite et ils n'oublient pas que quinze des dix-neuf terroristes du 11 Septembre étaient saoudiens. Si le pacte du Quincy, qui garantit à Riyad la protection américaine, a été reconduit en 2005, il a perdu beaucoup de sa pertinence.

" L'Iran pourrait-il devenir, au-delà de l'allié de circonstance qu'il est aujourd'hui en Irak, le grand partenaire des États-Unis pour la stabilisation de la région ? "Toutes les prophéties finissent un jour par se réaliser, commente François Nicoullaud, il y aura une détente, mais avant qu'il y ait un axe États-Unis - Israël - Iran, de l'eau coulera sous les ponts !"


Source : Jeuneafrique.com

 

Impossible dialogue ?

Depuis le coup d’Etat du 6 Août 2008, les Mauritaniens de toutes les tendances ne parlent plus que de dialogue. Pour, dit-on, sortir le pays de la crise où les généraux et leur peloton de parlementaires l’ont plongé, en torpillant un processus démocratique qui venait juste de se mettre sur les rails. Juste un intermède de quinze mois et revoilà les militaires revenus à un pouvoir qu’ils avaient squatté depuis un certain 10 Juillet 1978. On ne lâche pas facilement les honneurs, l’argent et le pouvoir qui aurait, selon des propos attribués à feu Moktar ould Daddah, « une certaine petite saveur ».

Depuis, on ne parle plus que de dialogue. Il est partout, dans tout, au centre de tout. Dialogue de Dakar, entre les défenseurs de la démocratie et les putschistes. Puis dialogue entre une partie de l’opposition et le pouvoir. Mais ces deux dialogues ont si peu permis de décrisper la crise que des partis politiques relativement importants ont boycotté et les élections législatives et municipales de 2013, et l’élections présidentielle qui les a suivies, en 2014. D’où une confusion totale sur la scène politique nationale. Plusieurs oppositions. Plusieurs majorités. Un seul pouvoir.

Chaque partie jetant les anathèmes sur l’autre et lui faisant porter la responsabilité  de vouloir mener le pays à la dérive. Par l’improvisation, la mauvaise gestion et l’amateurisme, déclarent les opposants. Par le déni des grandes réalisations, le mensonge au peuple et l’incivisme, leur répondent le pouvoir et ses thuriféraires. C’est dans ce contexte que le président Mohamed ould Abdel Aziz manifeste sa disponibilité à engager un nouveau dialogue, avec l’opposition dans ses deux versions : Front National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU) qui regroupe une dizaine de partis (RFD, Tawassoul et UFP entre autres) et Convergence pour une Alternance Démocratique (CAP) composée de trois partis (APP, El Wiam et Sawab). Aussitôt, les manœuvres reprennent. Du côté du pouvoir comme du côté de l’opposition. Des réunions à n’en plus finir. Rencontres formelles et informelles. Des bas et des hauts.

Quelques écueils, sur fond d’incompréhensions. Puis, enfin, le pas ultime de la rencontre, au Palais des congrès, le samedi 18 Avril 2015, des deux délégations du FNDU et du pouvoir. Une plateforme, déclinée en plusieurs phases, est remise à « l’appréciation » du pouvoir via sa délégation. Dans ce document, le président Mohamed ould Abdel devra accepter dix engagements de nature à préparer le terrain aux pourparlers. Ce n’est pas impossible qu’il les accepte. Mais ce qui semble moins probable et qui pourrait constituer un véritable handicap est surtout lié à trois choses : d’abord à la demande du FNDU d’être éclairé sur certains dossiers, comme le marché de l’aéroport de Nouakchott, le montage des avions à Nouakchott, l’attribution de diverses parties du Domaine public, comme les abords du Stade olympique ou de l’Ecole de police, entre autres, et la scabreuse affaire du responsable libyen Senoussi.

Ensuite, à la normalisation de la situation du BAtaillon de SEcurité Présidentielle (le fameux BASEP) dont Mohamed ould Abdel Aziz fut longtemps le patron et qui lui servit à perpétrer, sans aucun risque et péril, ses deux coups d’Etat de 2005 et 2008. Le FNDU propose son reversement dans l’Armée nationale. Enfin, au maintien des forces armées et de sécurité en dehors du jeu politique, définitivement consacrées à seule mission régalienne. Or l’éclairage, sur les affaires précitées, peut mener loin. « Le BASEP, c’est nous ! », paraphraserait-on Maouiya ould Sid Ahmed Taya. Les forces armées et de sécurité, secret d’Etat ! Comme on dit : « Ton argument est très beau, s’il échappe à celui de ton adversaire ». L’opposition a parlé. Reste la majorité ou, plus exactement, le pouvoir. Impossible dialogue ? Attendons de voir.

Source : Sneïba El Kory

 

Rencontre : Jean-Marie Guichaoua, du culot dans le boulot.

JRencontre : Jean-Marie Guichaoua, du culot dans le boulot.ean-Marie Guichaoua, c’est cet acteur social et objecteur de conscience qui respecte l’humain, il refuse une certaine forme d’assistanat et prône plutôt la dignité des autres en les faisant participer à leurs propres projets. Cridem a rencontré un ingénieur doublé d’un sociologue.

Jean Marie, n’a rien du baba cool qui veut changer le monde. Ni du philanthrope qui donne sans rien attendre en retour. Dans la bergerie des humains, il est un loup et non un agneau. Lui, c’est plutôt l’efficacité dans la méthode du travail avec des résultats jugés sur pièce.

Si l’on devrait ranger Jean-Marie dans une catégorie, ce serait certainement, un homme « réfléchi » qui sait, même, si par souci de précision, on ajouterait les mentions suivantes : volubile, sympathique et attachant. Espérons ne pas blesser l’intéressé, rappelons que le journaliste, fourbe tombe parfois dans le fichu piège de la caricature pour accrocher son lecteur.

Il a papillonné talentueusement à Science Po, de l’ingénierie à la sociologie avant de débarquer dans nos murs pour la première fois en 1977 comme consultant d’EUREQUIP à la SNIM. « C’est la période où le front Polisario voulait stopper la production du fer (et par là faire céder la Mauritanie), par des actes de sabotage sur le train ». Une tentative vaine, du fait de la capacité des équipes de la SNIM à réparer les locomotives plus vite que les vagues d’attaques ; ce qui avec le temps a fini par dissuader le Polisario de ne pas « consommer du fer », car indigeste pour l’estomac se rappelle-t-il.

Sa satisfaction d’« avoir vu la SNIM relever le défi de ne pas arrêter l’exploitation de sa production jusqu’à nos jours », et le désengagement militaire d’un Polisario. La SNIM, il en a parlé surtout dans le cadre d’un changement d’organisation, par une approche sociologique, « c’était la période des contrats programmes de mauritanisation des emplois ».

Jean-Marie dissèque différents aspects de la vie économique du pays. Sans détours, il indique la voie à suivre, celle des hommes de bonne volonté. Il cite des amis mauritaniens avec lesquels il partage leur vision des choses, Ismail Ould Amar, Sidi Mohamed Cheiguer entre autres et bien sûr son compatriote Jean Perchet « celui qui a fait connaitre le potentiel du poisson aux mauritaniens », dont les retombées positives de l’engagement à l’étranger sur notre industrie sont indéniables.

Le CIMDET est une trouvaille pour stimuler la création d’entreprises qui se heurtent au « manque d’information technique et économique pour leur décollage ». Pour illustrer son propos, il cite le cas de MipFrigo qui a utilisé à fond le CIMDET pour réaliser une œuvre unique.

Les nationaux sont invités à apprécier les saveurs d’un produit de poisson, des eaux mauritaniennes, servi à une chaine gastronomique en France : « La Criée ». S’il n’est pas facile aux produits alimentaires africains d’être consommés en Europe, « La Mauritanie a fait ce miracle dans l’industrie du luxe, avec une usine aux normes européennes, çà c’est une fierté pour la Mauritanie» lâche-t-il avec un sourire.

Nouakchott, construit avec de l’eau minérale

Mais, à entendre l’homme, tout n’est pas rose chez nous. « Gérer, c’est prévoir » a-t-on l’habitude de dire. Plus qu’une simple déclaration, cette assertion constitue le fondement de toute politique de gestion, pour notre pays où « non-gérer c’est non-prévoir ». Il nous faut parfois rattraper le temps perdu et remettre les points sur les « i », estime Jean-Marie, qui souligne que « la Mauritanie s’auto-saccage !

L’eau d’Idini est pure, naturelle et pourtant tout ce que vous voyez comme construction en béton autour de vous, provient de cette eau. Comment peut-on construire avec de l’eau minérale ?»
S’est interrogé l’ingénieur, « alors qu’on pointe au club des pays les plus pauvres au monde. » A croire l’homme, le pays se met ridiculement, en marge de l’orthodoxie de préservation de certains acquis dont la nature l’a dotés.

Il fera observer d’autres phénomènes tous aussi renversants les uns que les autres et qui auront un impact sur le vécu du mauritanien si l’on n’y prend garde. « Le bois d’ébène est le troisième de par sa valeur au monde, on ne le trouve que dans le sahel, c’est avec lui que l’on fait le meilleur charbon de bois ici dans un pays qui a du gaz et si peu de forêts ». Mais le meilleur du luxe dérisoire mauritanien, selon notre homme se trouverait dans le Gorgol avec le barrage de Foumgleyta et dont la réserve d’eau est l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest.

« Le projet s’est achevé avec une turbine à l’envers ; elle a grillé et on ne l’a pas remplacée sans que cela ne semble gêner personne de ne pas utiliser l’énergie et l’eau disponibles alors qu’on pointe au club des pays les plus secs au monde. ». Jean-Marie c’est ça : une grande gueule, le cœur tendre, le verbe ardent.

Derrière cet humanitaire « réfléchi », se cache un désillusionné. Jean-Marie, c’est plusieurs vies en une, une force de la nature, un marathonien impétueux des causes perdues. Il dit militer pour « un service national pour la jeunesse avec un mélange de culture et d’action pour associer tout le monde à une réelle fraternité entre maures et noirs ». Il est habité par la haine du mensonge, de la dissimulation, de la petitesse. Prodigalité dans la créativité et l’imaginaire, dans l’amour des autres en général des mauritaniens en particulier.

Son bonheur ! La femme de sa vie, une mauritanienne et une fratrie de trois enfants, deux filles et un garçon. Nous avons trouvé l’homme derrière son ordinateur, certainement sur un énième projet de société. Cette disponibilité, il semble l’entretenir aussi dans son rapport aux choses : il voyage léger, s’habille fonctionnel et traditionnel. Précis, il répondait à nos questions, bras croisés. On a l’impression qu’il est seul face à la demande des autres.

ADN
Source : Rédaction Cridem