Sun01212018

Last update04:18:43 PM GMT

Back Economie

Economie

Autour d’un thé : Faussaires

Autour d’un thé : FaussairesLe Calame - Nul ne meurt, dit-on, sans avoir eu son jour. De gloire s’entend. Et le doigt, aussi, ne fait pas comme ça, mais comme ci. Je commence à commencer à aimer les députés ou, du moins, certains d’entre eux, puisque « d’autres certains » ne traient pas le lait « sur leur tête » et se retrouvent, alors, difficilement « aimables ».

Qui veut le respect, ne dit-on pas encore, n’a qu’à monter avec, sur la « tête » d’un arbre… Pour une fois qui n’est pas coutume, les honorables ont discuté d’une bonne affaire. Ah ça, oui, Une vraie de vraie affaire, les faux diplômes ! Et toute la fausseté qui va avec.

Faux et usage de faux diplômes, « c’est un secret de Polichinelle », s’est écrié l’un de ces messieurs. Moi, je le savais depuis longtemps : pour rédiger une lettre de motivation en vue d’un poste de directeur central d’un ministère de souveraineté, tel postulant, docteur ès-Lettres, titulaire d’une agrégation en linguistique, agrémentée d’une licence en chimie et d’un master en langues étrangères, recourt aux services d’un nègre.

Or c’est bien connu : tout ce qui est fondé sur du faux est faux. Chamboulement total, véritable remise en cause de tout le processus : de 1978 à nos jours, tout l’édifice s’écroule. Car, en toute logique, faux diplôme signifie faux diplômé et faux diplômé, faux fonctionnaire.

C’est comme les faux billets de banque. Qui, non seulement, ne servent à rien mais peuvent, aussi, directement conduire en prison. Les faussaires de diplôme et leurs complices sont, à ce titre, plus dangereux que les faussaires d’argent.

Ceux-ci n’en usent que pour se payer des voyages, aller danser au Teroubi ou au Café de Rome, changer de mehlefa, séroual ou boubou, au féminin comme au masculin, et flamber au Casino, quelque part à Dakar, Abu Dhabi ou aux confins du Tiris Zemour, histoire de faire diversion et tenter d’effacer leurs traces.

Ce qu’on appelle « tirer les branches ». Mais ceux-là falsifient, eux, les diplômes, falsifient les fonctions, falsifient les nominations, falsifient l’administration, falsifient la démocratie, falsifient l’armée, falsifient la justice, falsifient le pays.

Mon ami, consultant international en « affaires et climatologie, changements de la stratosphère et marche sur la lune, vision approchée du soleil levant et études sécuritaires », polyglotte fort de huit langues (hassanya ancien et moderne, tamachek, bambara, wolof, pulaar, soninké, haoussa, amazigh).

Français, un pé ; arabe, choueiy choueiya ; anglais, small small ; gros mais vrai diplôme, donc ; me dit souvent : « C’est moi qui ‘’a’’ fait ça. C’est moi qui ‘’est’’ parti sur la lune avec Gagarine ». Mais, comme, chez nous, on ne va pas aller de sitôt sur la lune, comme les changements climatiques ne concernent que les autres et qu’il doit, lui, travailler, il a accepté la direction des mahadras, au ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement originel.

C’est, effectivement, assez original. Pour autant, les députés doivent pousser beaucoup plus loin leur courage car il n’y a pas que les faux diplômes. Il y a, aussi, les faux hommes. Les fausses femmes. Les fausses fortunes. Les fausses annonces. Les faux démocrates.

Les faux opposants. Les fausses intentions. Les fausses professions de foi. Le faux est presque partout. Envahissant. Etranglant. Réduisant. Jusqu’à, même, de faux présidents. De ceux qui trompent leur peuple. Volent leur peuple. Méprisent leur peuple. Anecdote.

Il y a fort longtemps, je dirai même jadis, au temps où les animaux parlaient encore, bref, il y a au moins quinze ans, avant, donc, l’avènement de la Mauritanie nouvelle ; en réalité, bien avant ; un wali – je dis bien, un wali – reçoit son relevé de compte bancaire, libellé en français. Un vrai casse-tête, du véritable chinois.

Après avoir beaucoup réfléchi, il se résout à appeler un de ses subordonnés : « Ya khouye [mon frère], j’ai oublié mes lunettes à la maison », lui dit-il, « ces gens de banque, leur français est mélangé et d’ailleurs, moi, je suis arabisant : regarde-moi combien j’ai sur mon compte ». Un wali bilingue, c'est-à-dire qui ne connaît ni le français ni l’arabe. Assurément, les faux diplômes ne sont pas un faux problème ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Qu’attendre de 2018 ? Par Béchir Ben Yahmed, fondeur de Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis, président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

« Prévoir est très difficile. Surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir. » On attribue cette saillie à l’humoriste et réalisateur américain Woody Allen. Elle me revient en mémoire alors que débute l’année 2018. Que nous réserve celle-ci ?

Essayons d’en avoir une idée en gardant à l’esprit que les événements les plus importants, ceux qui ont changé le monde, n’ont jamais été prévus par personne. Qui aurait cru que le mur de Berlin tomberait soudainement un jour de 1989, entraînant la dislocation de l’URSS l’année suivante ? Qui aurait pensé que le plus spectaculaire des actes terroristes, celui du 11 septembre 2001, frapperait New York et Washington, secouant l’Amérique et influant sur son comportement jusqu’aujourd’hui ?

Trump, l’usurpateur dangereux

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ?

Cette année commence mal, et c’est encore Donald Trump, inénarrable président des États-Unis depuis près d’un an, qui la traîne dans le caniveau. Au dictateur de la Corée du Nord, Kim Jong-un, qui se glorifiait d’avoir sur son bureau un bouton atomique qu’il pouvait actionner à tout moment pour défendre son régime, le président de la plus grande démocratie d’Occident a cru pouvoir rétorquer : « Moi aussi, j’ai un bouton atomique. Et beaucoup plus gros que le tien. »

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ? Simultanément et publiquement, le même Donald Trump a claironné qu’il coupait l’aide financière au Pakistan « parce qu’il ne fait pas tout ce que les États-Unis lui demandent de faire ». Et, plus brutalement encore, il en fera de même avec la Palestine parce qu’elle rechigne à s’incliner devant la volonté du tandem Netanyahou-Trump.

Troisième sortie de la semaine, cette fois contre son ancien bras droit et stratège en chef, Steve Bannon, qui n’a quitté cette haute fonction à la Maison-Blanche qu’en août dernier : « Steve Bannon n’a rien à voir avec moi ou ma présidence. Lorsque je l’ai renvoyé, il a perdu non seulement son job, mais aussi sa raison. »

L’auteur de ces insultes et de ces menaces a, en un an, montré qu’il n’est pas digne de la fonction à laquelle il a été élu. Narcissique, faible devant les flagorneurs, il ne sera, pour le temps qui lui reste à passer à la Maison-Blanche, que l’usurpateur dangereux du poste qu’il occupe.

Cinquantenaire du traité de non-prolifération

L’année 2018 marquera le cinquantenaire du traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires. Il en sera beaucoup question pour rappeler que tous les pays du monde l’ont signé bon gré mal gré. Tous sauf trois : l’Inde, le Pakistan et Israël, qui voulaient être des puissances dotées de la bombe, et le sont devenues.

Son régime se sentant menacé, la Corée du Nord a quitté le TNP pour se déclarer, dès qu’elle l’a pu, membre du club des puissances nucléaires.

Cinq grandes nations sont « membres de droit » de ce club : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France ; quatre autres sont des outsiders : Inde, Pakistan, Israël et Corée du NordL’Iran a renoncé, en 2015, à porter à cinq le nombre des outsiders. On peut craindre que la coalition États-Unis - Arabie saoudite - Israël, qui rêve de renverser le régime iranien, ne contraigne ce dernier à se protéger par l’acquisition de l’arme nucléaire.

« Scandale géologique » et gouvernance en RDC

 

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non.

En Afrique, deux grands pays dont le sous-sol est très riche – on a parlé de « scandale géologique » – vont défrayer la chronique en 2018 : la République démocratique du Congo (86 millions d’habitants) et l’Afrique du Sud (56 millions).

Comparables par la démographie, elles totalisent à elles deux plus de 10 % de la population du continent, mais se distinguent l’une de l’autre par leur PIB (344 milliards de dollars seulement pour l’une, la moins peuplée, 40 milliards pour l’autre) et par le revenu par habitant : celui de l’Afrique du Sud, 6 000 dollars par an, est treize fois supérieur à celui de la RD Congo, qui n’est que de 466 dollars.

Inférieure à la croissance démographique, l’anémique croissance économique de la RD Congo a fait reculer ce pays mal gouverné et a appauvri ses citoyens.

L’énorme différence entre ces deux nations va- t-elle s’atténuer ? La RD Congo a-t-elle une chance de se développer ? Tout indique que non, car ses institutions fonctionnent mal, et sa Constitution n’est ni respectée ni appliquée.

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non. Mais elle a besoin d’aide pour s’en sortir et appelle au secours.

Et les dirigeants ?

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par anL’Afrique du Sud, dont les institutions fonctionnent assez bien, est en revanche sur le chemin du redressement. Mais il lui faut écourter le mandat de son président actuel, Jacob Zuma, qui aura dévoyé la fonction, et transmettre au plus vite le relais à Cyril Ramaphosa, dont on attend beaucoup. Vu ce que l’on sait de lui et ce que lui prêtent ceux qui l’ont vu et entendu, l’espoir est permis.

Passons aux dirigeants. La fonction de chef d’État est désirée par ceux et celles qui l’assument, enviée par ceux et celles qui regardent ou subissent ces derniers.Depuis l’assassinat de John F. Kennedy, il y a cinquante-quatre ans, ses homologues dans les pays où la démocratie est installée quittent le pouvoir à la date impartie et terminent leur vie paisiblement, dans leur pays.

Mais quid des chefs d’État des nations dites sous-développées ou émergentes ? Leur sort est plus incertain, comme le montre le tableau ci-contre.

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par an.Au cours de 2018, quels chefs d’État du Tiers Monde seront forcés au départ, victimes de vouloir s’éterniser dans une fonction à haut risque ?

Source : jeuneafrique.com

 

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès La ville de Nouakchott frôle actuellement le million d’habitants. Il y a cinquante ans, elle abritait moins de cinq mille âmes. Tous les maux et contrastes s’y entassent aujourd’hui.

Des mauvaises influences, des mœurs en dépravation, du mimétisme et des comportements les plus extrêmes tapent aux portes de toutes les maisons et de tous les quartiers et communautés sans exception aucune. Meurtres, vols à l’arraché, cambriolages, prostitution, mendicité, adultère, trafic de drogue, gangstérisme, sont à l’assaut des quartiers riches ou pauvres.

Les couches les plus riches s’installent davantage dans l’opulence, tandis que les déshérités sombrent dans l’inconnu risqué et les contre-valeurs éthiques. Radioscopie d’une société urbaine en transformation. La ville compte plus d’une quarantaine de quartiers officiels et non officiels.

Toutes les composantes nationales s’y empilent : Beïdanes, Harratins, Poulars, Soninkés, Wolofs, non nationaux- maghré- bins, ouest-africains et subsahariens, etc. Suivant son origine, chaque communauté marque d’une pierre blanche son quartier ou son arrondissement par les couleurs de son terroir, un mode de vie qu’on peut qualifier de « rirurbanisation ».

Associations et activités culturelles aux couleurs du village s’installent, témoignant de l’attachement à la ville, au village ou campement d’origine. Comme toutes les capitales du sud, Nouakchott crée, hélas, une communauté d’habitants urbains en perte de valeurs du terroir.

Une bombe à retardement pour le pouvoir central. La capitale donne l’image d’une mégalopole, mais conçue avec le dessin d’une épée de Damoclès. Tel dans le film Blade Runner de Ridley Scott, dans sa croissance, Nouakchott devient le centre de tous les crimes, de dépravations des mœurs.

Pas un jour ne passe sans que la police n’enregistre des cas de viol, trafics de drogue, de vols, ou ne coffre de prostitués. Faits de société ou simple influence exogène, en traversant la capitale, on ne peut empêcher nos regards de se river sur des femmes tirant des paquets de cigarettes de leurs soutiens-gorges, ou de leurs voiles, des jeunes filles portant des pantalons serrés, mais également celles portant des pantalons sous des des voiles trop transparents.

Quand aux adolescents, leur modernité serait de tomber le pantalon au beau milieu des fesses, slip dehors. La ruée vers les smartphones de luxe, les belles voitures, serait une sorte de cache-sexe de la misère sociale.

La ville de Nouakchott n’est certes ni Brasilia, ni Mexico, ni non plus Los-Angeles, avec leurs dizaines de millions d’habitants et leurs cortèges de suicides, de cartels de drogue et de mafias, mais elle est sur la voie de reproduire la même typologie de phénomènes sociétaux des méga-villes de ce siècle.

Ville-carrefour des «grands maux sociologiques de notre temps», selon la belle formule d’Ignacio Ramonet, Nouakchott abrite des quartiers périphériques, devenus le berceau de la pauvreté, de la marginalité, de l’insécurité, de la pollution, du désarroi, etc.

Le conglomérat des quartiers périphériques tels Mellah, Hay Saken, PK, Kebba, Tarahil, Kouva, Kossovo, et bien d’autres cités, témoigne, à bien des égards, de la croissance démographique et de l’occupation spatiale hallucinante de la ville.

Drôle d’histoire ; ces cités foncièrement pauvres, réputées dangereuses et regorgeant de tous les comportements déviant implacablement les mœurs sociales et les valeurs du terroir, portent en leur sein, une nouvelle idéologie ; celle de l’anticapitalisme, de l’antirichissime et de l’anti-libertinage mais également les contrevaleurs traditionnelles, « les excès des mœurs légères ».

Raison pour laquelle, il est désormais facile de recruter dans ces quartiers des jeunes orthodoxes fanatiques islamistes « prêts à se faire exploser », comme des prostituées, de trafiquants de drogue, de gangs, de voleurs et de casseurs de biens publics, entre autres ; parce que la pauvreté fabrique des proies faciles pour les malfrats.

De l’autre coté, Tafragh Zeina, Ilot K, Socogim, Lixar…. constituent les quartiers luxueux où habitent des citoyens « aisés » ravitaillés régulièrement en eau et en électricité et dont la plupart des villas somptueuses sont protégés par les patrouilles de la police et surveillés par les vigiles. Le fossé entre les riches et les pauvres, entre quartiers chics et cités bâties dans des endroits squattés « Gazra», s’approfondit.

La liaison entre quartiers du centre-ville et ceux périurbains est quotidienne. Elle crée l’échange classique entre le poumon économique de la capitale et sa périphérie. Toutefois, elle ne permet pas le transfert des activités et des services sociaux de base vers les quartiers périphériques.

Ceux-ci abritent d’ailleurs les taux les plus élevés de la déperdition scolaire, de l’analphabétisme, le plus grand nombre de violence, de vols, de prostituées, d’escrocs, etc.

Tant que de vraies politiques sociales ne seront pas mises en place ou renforcées dans ces espaces périurbains, la ville de Nouakchott, continuera à souffrir de sa croissance informelle, à suffoquer, comme attaquée par une peste, de ses maux sociétaux et, enfin, à vomir les souffrances de ses habitants pauvres qui s’entrechoqueront avec les plus aisés et le pouvoir central. Tous les ingrédients d’un télescopage social et d’une révolte des « damnés urbains » sont plus que jamais réunis.

Dr Ousmane Wagué

Source : Les Mauritanies

 

Les opérations africaines de Carlos, le dandy de la terreur

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy, en France, avec l’ex-star du terrorisme international, Laszlo Liszkaï a tiré un ouvrage où l’on suit les traces sanglantes du « Chacal ». Jeune Afrique a choisi de revenir sur trois épisodes marquants de sa vie.

S’il avait pu écrire sa propre fin, le « Chacal » aurait mordu la poussière, Tokarev au poing, un trou sanglant à la boutonnière, plombé par un superflic ou un commando d’espions à la solde de l’Empire. La police française ne lui a pas laissé cette grâce. « Balancé » par ses protecteurs soudanais, Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, star internationale de l’ancienne scène terroriste, s’est retrouvé saucissonné dans un sac de jute à Khartoum, le 14 août 1994, pour un aller simple vers la case prison, où il moisit depuis vingt-trois ans.

Il n’est pas près d’en sortir : condamné deux fois à la perpétuité, en 1997 et en 2011, il l’a été une troisième fois en mars 2017 pour l’attaque qui a fait deux morts au Drugstore Publicis, en 1974. De profundis, le Vénézuélien a livré au journaliste Laszlo Liszkaï le souvenir de son parcours débridé, dans un monde coupé par le rideau de fer où l’hyperterrorisme d’Al-Qaïda n’existait pas, où la cause palestinienne se défendait encore à la dynamite.

Le monde de Carlos… selon Carlos !

De la vingtaine d’entretiens réalisés à la centrale de Poissy avec le Chacal, Liszkaï a tiré un ouvrage, Le Monde selon Carlos, où l’on suit les traces sanglantes du desperado du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations extérieures (FPLP-OE). L’ouvrage se lit comme un roman policier, et l’auteur ne manque pas de souligner dans l’avant-propos qu’il y décrit « comment est le monde de Carlos… selon Carlos ! »

Loin de l’image du révolutionnaire hirsute en baskets des seventies, le Chacal y apparaît en dandy gominé aux costumes impeccables, voyageant exclusivement en première, se faisant livrer ses repas par les meilleurs restaurants dans de confortables villas, sillonnant Budapest la communiste en Mercedes dorée, puisant à pleines mains dans le butin révolutionnaire pour assurer son train de vie, multipliant les conquêtes féminines. On pourrait y voir un personnage de fiction, prince Malko de la révolution ou 007 au service de l’OLP, n’étaient les 1 500 victimes que le maître terroriste revendique sans remords. Extraits.

 


Décembre 1975 : vers La Mecque des révolutionnaires

Le « Guide » libyen, Mouammar Kadhafi, furieux contre le roi saoudien, qui a fait baisser les prix du pétrole, commande à Carlos la prise en otage des ministres de l’Opep, réunis à Vienne.

Le ministre saoudien Ahmed Zaki Yamani et l’Iranien, l’ancien patron de la redoutable Savak, Jamshid Amouzegar, ne savent pas qu’ils sont condamnés à mort. Carlos, dès le début de la planification de l’opération, se porte volontaire pour exécuter la sentence et être le bourreau s’il le faut. La peine de mort a été prononcée par les trois sponsors principaux de l’opération : la Libye de Kadhafi, l’OLP d’Arafat et le FPLP.

Les explications des commanditaires sur les raisons de ces mises à mort étaient assez confuses et contradictoires. Le cas de l’ancien chef de la Savak était plus évident. En réalité, Jamshid Amouzegar n’a jamais été le directeur de la Savak mais le ministre de l’Intérieur. En fait, il n’y a pas de contrat spécifique sur sa tête, mais il est là et il doit être liquidé juste pour la cause.

En ce qui concerne cheikh Yamani, le colonel Kadhafi lui reprochait de feindre son engagement envers la solidarité arabe. De fait, l’Arabie saoudite a largement bénéficié des contrats juteux venant des grandes compagnies occidentales. Par ailleurs, le Guide libyen, en accord avec le FPLP, ne lui pardonne pas d’avoir présenté Yasser Arafat au roi Fayçal. Il était convaincu que ce sont les pétrodollars saoudiens qui avaient boosté le Fatah et fait basculer l’OLP dans le camp anti-nassérien soutenu par la Libye.

Arafat, quant à lui, voulait la mort de Yamani, parce que c’est lui qui avait accompagné le prince Fayçal Al-Chammari au cabinet royal, où il a ensuite abattu son oncle, le roi Fayçal. Pour Arafat, le cheikh Yamani était responsable du changement de la politique antisioniste du royaume wahhabite après l’assassinat du roi Fayçal, l’inventeur de l’arme du pétrole. Tant de rancune pour une mise à mort. Cette commande ne sera pas non plus exécutée.

Négociations au téléphone

Revenons sur le pays de l’attentat, l’Autriche, pays neutre. Sa priorité est plutôt un départ des terroristes sans vague. Salem, qui, entre-temps, redevient Carlos, discute les modalités de départ avec le ministre de l’Intérieur. Karl Blecha les accompagne même en bas de la passerelle du DC-9 autrichien.

L’avion décolle le lendemain matin, le 22 décembre 1975, avec les pilotes autrichiens, les six membres du commando, dont Klein [membre des cellules révolutionnaires ouest-allemandes], blessé, avec son médecin et une soixantaine d’otages, dont onze ministres. Direction l’Algérie.

Aucun des pays amis, y compris le commanditaire libyen, ne veut laisser atterrir l’avion. L’OLP d’Arafat se désolidarise « officiellement » de l’action terroriste de l’organisation, jusqu’ici inconnue, nommée Bras de la révolution arabe. Le FPLP fait la même chose.

C’est une des règles du jeu, les sponsors sont les plus critiques en public. Le chancelier Kreisky, profitant de ses relations privilégiées avec les pays arabes, obtient l’accord du président algérien Houari Boumédiène pour faire atterrir l’avion avec les otages et leurs geôliers à Alger.

À Alger, Carlos quitte l’avion et entre en pourparlers avec ses hôtes dans une ambiance de plus en plus détendue. Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, le colonel Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, et le colonel Mohammed Benahmed Abdelghani, ministre de l’Intérieur, obtiennent la libération des otages non arabes. Hans-Joachim Klein est transféré dans un hôpital militaire algérien.

Nous devions refuser toute transaction financière pour ne pas mettre en danger l’opération

Carlos reste cinq heures avec les responsables algériens dans le salon VIP de l’aéroport. Bouteflika est en ligne avec le prince héritier saoudien Fahd, qui propose 50 millions de dollars pour la vie sauve de son ministre Yamani.

« Sur le coup, j’ai refusé l’offre. Au début Kamal Kheir-Beik [haut responsable du Parti social nationaliste syrien et coorganisateur de l’opération] a suggéré d’exiger une rançon, mais Abou Hani [nom de guerre de Wadi Haddad, fondateur et chef du FPLP-OE] était contre. Il a dit que nous devions refuser toute transaction financière pendant l’opération, pour ne pas mettre en danger son déroulement. Les États concernés devraient payer après et ça devait être comme ça. »

Pendant ce temps, sur l’autre téléphone, c’est le colonel Draia qui discute. Au bout de la ligne se trouve Abbas Ali Khalatbari, ministre iranien des Relations extérieures. « Pendant la négociation, il est appelé par le Chah, qui passe la communication à son Premier ministre, Abbas Amir Hoveida, qui accepte le principe de payer 25 millions de dollars. Mais j’ai appliqué la ligne de conduite demandée par Abou Hani et je n’ai pas accepté. »

À Tripoli, mauvaise surprise

Les Algériens obtiendront que les Saoudiens mettent à la disposition de Carlos un Boeing 707 plus puissant que le DC-9 autrichien. « L’opération devait durer, dans les conditions prévues, entre sept et dix jours, jusqu’à la fin d’une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, au Caire, pour dénoncer les « accords du kilomètre 101 du Sinaï » entre l’Égypte et Israël, qui avaient ouvert le chemin de la trahison. » Une fois de plus, rien ne se passe comme prévu.

Pour meubler le temps avec les otages restant, Carlos et les quatre autres terroristes partent en road show, après avoir passé dans une radio locale un long communiqué en arabe rédigé par Kamal Kheir-Bek au nom du Bras de la révolution arabe. Ils veulent « sautiller » d’aéroport en aéroport en prévoyant à chaque escale de libérer les délégués restants.

 

En arrivant à Tripoli, c’est la surprise et le désarroi. L’accueil est loin d’être chaleureux de la part d’un pays ami et surtout du commanditaire principal. Carlos est furieux car la tour de contrôle fait tourner l’avion pendant plus d’une heure au-dessus de l’aéroport. Ensuite, on ne laisse pas avancer l’appareil sur le tarmac vers l’aérogare. Ils débarquent les ministres libyen et algérien, ce dernier ayant refusé de rester à Alger par solidarité avec les autres membres de sa délégation.

Le Premier ministre libyen Abdel Salam Jalloud, à peine réveillé, monte dans l’avion. Il ne comprend rien et il ne sait même pas qui est Carlos. Khaled [alias d’Anis Naccache] descend de l’avion pour voir Abou Bakr Younis Jaber [ministre libyen de la Défense], qui était présent lors de la commande de cette opération passée entre Kadhafi et Kamal Kheir-Bek.

Retour à la case départ

Le Guide de la Jamahiriya est injoignable. Il boude le commando qui ne lui a pas amené sur un plateau la tête de Yamani. De plus la mort du délégué libyen [lors de la prise du siège de l’Opep à Vienne] a provoqué une tension intertribale. Il n’en peut plus. Il se retire pour méditer dans le désert. Par conséquent, Carlos et ses amis ne sont plus les bienvenus.

Les Libyens ne mettront pas à leur disposition un avion supérieur au DC-9. À partir de la tour de contrôle, via la radio, ils commencent à insulter Carlos et son commando. Le temps est arrivé de rebrousser chemin. Il est 2 heures du matin. Après une deuxième nuit blanche, les membres du commando commencent à craquer.

On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien

Carlos veut aller à Bagdad, mais le DC-9 n’est pas équipé pour cela. Alors, il décide d’attendre le Boeing 707 saoudien à l’aéroport de Carthage, en Tunisie. Encore une fois, les choses ne se passent pas comme prévu. Sur l’ordre du président tunisien Habib Bourguiba, on coupe l’électricité dans toute la région. On ne veut pas du Bras de la révolution arabe sur le sol tunisien. Ils empêchent ainsi l’atterrissage nocturne. Changement de programme, avec un retour à la case départ, à Alger. […]

Lors de son interrogatoire, Anis Naccache, qui était du Fatah, reconnaît qu’il a voulu à tout prix abattre le ministre saoudien. « Vous deviez l’exécuter dans l’avion mais pas ici sur notre territoire, me chuchota Ahmed Draia à l’oreille, en me tirant à l’écart des autres. »

 


Juin 1976 : coup fourré à Entebbe

Les caisses du FPLP-OE sont vides et les prisons pleines de camarades. Depuis Alger, Carlos dirige le détournement, à Athènes, d’un Airbus de la compagnie israélienne El Al.

L’Airbus 300 se pose à l’aéroport de Benghazi, en Libye. « J’ai suggéré à Abou Hani de faire libérer les malades, y compris les Juifs, présenter aux autorités leurs revendications, éliminer les agents du Mossad s’il y en avait dans l’avion et jeter leurs corps sur le tarmac. Au moins, ça aurait fait chier Kadhafi. » Wadi Haddad sourit en imaginant la tête du Guide libyen, mais il ne suivra pas à la lettre les conseils de Carlos.

Le 28 juin à l’aube, l’avion quitte Benghazi pour Entebbe. Mahmoud [un membre du commando] remercie les otages pour leur patience. Ils sont tous transférés dans une salle de l’aéroport où le président ougandais, le maréchal Idi Amin Dada, vient les saluer et leur offre un petit-déjeuner copieux.

Toujours selon le plan prévu, le maréchal propose d’être l’intermédiaire. Le protégé de Kadhafi est complice de ce détournement. La proposition est acceptée par les pirates de l’air et par les Israéliens également. Ces derniers pensent pouvoir le manipuler. La suite va prouver qu’ils ont réussi.

Guet-apens à l’aéroport

Le général Barokh Bar Lev, ancien chef de mission militaire, a vécu jusqu’au 1972 en Ouganda et connaît bien le maréchal pétri d’orgueil. En appelant au téléphone, il feint de reconnaître son rôle important de médiateur et il en rajoute une couche disant qu’il peut recevoir le prix Nobel de la Paix en remplissant cette tâche. Idi Amin Dada, ego gonflé par la vanité humaine, tombe dans le piège et est convaincu que les Israéliens, désormais, ne feront rien sans lui. Il se trompe.

À l’aéroport d’Entebbe, Mahmoud présente les revendications du groupe terroriste. Il exige la libération d’une cinquantaine de leurs camarades détenus un peu partout en France, en Allemagne, en Angleterre ou en Israël, avant le 1er juillet à midi. Lors de la planification du détournement, Carlos, galant chevalier, glisse sur la liste des libérables les noms de ses trois copines sud-américaines arrêtées après la fusillade de la rue Toullier, à Paris.

 

Sauf qu’elles sont déjà en liberté. La France a payé une rançon de 5 millions de dollars en tant qu’impôt révolutionnaire. Air France règle ce montant sous une forme astucieuse comme taxe aéroportuaire à Alger qui sera récupéré à son tour par Wadi Haddad. À l’aéroport, les pirates de l’air séparent les otages. Les personnes d’origine israélienne doivent se rendre dans une salle à part. Les cent autres otages sont libérés. Les quatre pirates de l’air sont en communication avec Wadi Haddad.

Il est installé dans une villa au bord de la route qui mène à l’aéroport avec sa nièce Shushi. Six autres fedayins armés, dont trois venants du Fatah, sont dispersés dans les bâtiments de l’aéroport. Selon les écoutes des communications effectuées par les Israéliens entre les preneurs d’otages et Wadi Haddad, ce dernier demande d’exécuter les otages israéliens, même si Israël libère les prisonniers palestiniens. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin, opte pour la solution d’un sauvetage militaire.

 


Décembre 1978 : Hassan II dans la ligne de mire

Quand le Chacal affirme avoir reçu mission, du président algérien Houari Boumédiène, d’éliminer le roi du Maroc.

Le 27 décembre 1978, Carlos perd un autre protecteur très influent. Le président algérien Houari Boumédiène est mort à Alger. Le nouveau président Chadli Bendjedid place ses fidèles dans l’administration et vire les anciens hommes de main, comme Ahmed Draia, directeur de la Sûreté générale, ou Saleh Hidjeb, « Vespa », patron du commissariat central d’Alger.

Avec ce dernier, ancien truand et tueur à gage du régime sous la présidence de Boumédiène, Carlos monte un projet pour assassiner le roi Hassan II au Maroc. Il envoie deux équipes séparées au Maroc, chacune de quatre personnes, mais sans qu’elles se connaissent.

Une seule personne pouvait nous indiquer

« Personne ne connaissait notre informateur. Il y avait une seule personne qui pouvait nous indiquer par quelle route le roi allait quitter Rabat. Chaque équipe devait se placer au bord d’une des deux routes. L’informateur, le moment venu, devait nous dire si Hassan II prendrait la route rouge ou la bleue. C’était seulement le contact direct à Rabat, moi et Saleh Hidjeb qui connaissions le nom de notre informateur, le général Ahmed Dlimi. »

La mort de Houari Boumédiène et le renvoi d’Ahmed Draia ont stoppé net la collaboration de Carlos avec ses amis algériens. Donc l’opération du roi de Maroc est annulée. Le 16 juillet 1979, Saddam Hussein prend le pouvoir en Irak et élimine ses adversaires les uns après les autres. Carlos a déjà quitté Bagdad en janvier. Beyrouth est en pleine guerre civile et Alger n’est plus attirante. La route vers l’Est est déjà bien tracée.

Source : Jeuneafrique.com

 

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?L’Union sacrée pour un islam radical, referait-elle surface en Mauritanie ? Les méfaits de quelques illuminés obstruent la quiétude des populations désormais en position d’alerte permanente. Nous l’avons vu il y a de cela quelques jours, avec le cas d’un jeune forgeron, étiqueté comme « agneau du sacrifice ».

On semble tâter le terrain devant un état hésitant, au discours pas clair face à une menace pourtant quasi mondiale. Le ton monte dans les lieux de cultes. Ce qui serait dommageable pour le pays, ce serait la présence du terrorisme chez nous. Ce qui n’est pas exclu, vu que dans le temps, quelqu’un qu’on a manipulé s’est déjà ôté la vie. Aussi, mieux prévenir que guérir.

Le front mondial contre le terrorisme que les grands dirigeants de ce monde tentent de former n’y fera rien. C’est sans distinguo que les terroristes tuent. De jour comme de nuit, quel que soit le temps ou le lieu, plus personne ne peut se sentir en sécurité. Les terroristes imposent la peur. En réponse, les gouvernants « civilisés » invitent à : « alerter et dénoncer ». Un monde de peur et de suspicion.

C’est le décorum de « 1984 », le fameux roman de George Orwell. Autant dire que ce double diktat va fragiliser l’humanité si on n’y prend garde. Si comme prédisent certains experts, il faudra 25 ans pour vaincre le terrorisme, soit une génération, quel sera le prix de la victoire ? L’essentiel n’est pas de vaincre les terroristes, il faut plutôt donner une autre chance à l’humanité. C’est cela le véritable combat à mener. Plus de juste, plus d’équité.

Les terroristes islamistes n’ont pas le soutien des bons musulmans. Ceux qui connaissent le livre saint, ne peuvent être en phase avec des assassins. L’islam dénonce cette manière d’être. La réponse aux turpitudes de l’occident ne saurait se traduire par des tueries aveugles, le massacre d’innocents. C’est l’occident qui a créé ses monstres, entendons nous dire.

Certes, oui. L’essayiste André Vltchek écrit dans « Terrorisme musulman : à qui la faute ?» : « D’une civilisation pacifique et créative, qui penchait vers le socialisme, les nations musulmanes et l’islam lui-même se sont retrouvés soudainement désorientés, dupés déjoués, infiltrés par des implants religieux et idéologiques étrangers et transformés par les idéologues et les propagandistes occidentaux en une « menace considérable », les summums et les symboles du terrorisme et de l’intolérance ».

Et tout part selon lui, du soutien des wahhabites car « presque tous les mouvements radicaux de l’islam d’aujourd’hui, partout dans le monde, sont liés au wahhabisme, une secte réactionnaire ultraconservatrice de l’islam et qui contrôle la vie politique de l’Arabie Saoudite, le Qatar et autres fidèles alliés de l’Occident dans le Golf ».

L’endoctrinement islamique de nos jeunes, vient de là ; de même que celui des jeunes occidentaux qui peuplent les camps de Daesh. Voici des jeunes que l’on bourre capta gon –une drogue qui entraine une résistance à la fatigue, une vigilance accrue et une perte de jugement- le mal pour ces gens, c’est l’occident. C’est à l’état mauritanien de ne pas se tromper de combat, face à un wahhabisme rampant qui peut causer sa perte. Le mal n’a jamais triomphé du bien.

ADN
Source : Rédaction Cridem

 

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?Pour un bon projet de loi, c'est un bon projet de loi que celui, présenté par le gouvernement, concernant la pénalisation, enfin, des violences faites aux femmes. Et qui reconnaît que ces violences sont multiformes.

Que l'imagination masculine n'a aucune limite, quand il s'agit de rabaisser une femme, d'en faire une victime, de lui manquer de respect, de lui faire du mal.

Mais, comme de bien entendu, la part la plus rétrograde de nos oulémas est montée au créneau pour dénoncer ce simple bon sens, à savoir la protection de la femme et ses droits face à la justice, inscrivant ainsi dans la durée et face au monde que femmes et hommes sont égaux devant les violences et face à la justice. Partout, on a entendu s'égosiller nos chers penseurs, clamant que ce projet de loi était anti- islamique... Comme si l’islam permet de faire du mal aux femmes et leur refuse le droit à la justice !

Ils s'égosillent tellement qu'ils arriveraient presque à faire croire, à ceux qui veulent bien les écouter, et ils sont nombreux malheureusement (nos parlementaires en font visiblement partie), qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour coups et blessures contre son mari, qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte contre son conjoint, pour attitudes rabaissantes et violentes.

Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour harcèlement et pressions diverses. Qu'il est anormal qu'une femme puisse voyager sans autorisation de son mari... Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour viol.

Dans leur islam fast food, ils ont réponse à tout, osent nous parler, dans le cas des violences physiques, de gradations dans les coups (!!!!), qu'une petite baffe de temps à autre n'est pas violence. J'aimerais leur demander quand commence la violence et quand finit-elle...

Et sur quelle échelle est inscrit le droit à massacrer sa femme ? Un plat trop cuit, une baffe ? Un boubou brûlé par le fer à repasser, deux baffes ? Tenir tête, on lance le poing ? Se refuser sexuellement à son mari, là, bastonnade en règle ?

Et comment conçoivent-ils le viol ? Zina pour la femme ? Toujours le bon vieux poncif meurtrier qui dit : « elle l'a bien cherché » ? Sans compter la graduation des insultes et ce qu'un mari peut se permettre : « salope », c'est un mot d'amour ? « Putain », une tendresse ? « Chienne », un aveu de désir ? Apparemment oui, pour nos savants à la barbe indignée qui sont, vent debout, contre le bon sens et leurs femmes.

Apparemment oui, vu que nos honorables parlementaires sont entrés dans la fronde à leur tour, le courage n'étant pas la première de leur qualité. Et tout le monde de polémiquer sans fin, oubliant les femmes, les sorts de certaines femmes, les droits des femmes, les violences dont elles sont victimes...

Remarquez, dans un pays où l'excision n'est pas pénalisable, où le mariage précoce se pratique à grande échelle, où la polygamie fait partie des meubles, où une victime de viol est, d'abord, accusée de zina, rien de bien étonnant que toute cette agitation sur les femmes.

Violences faites aux femmes ? Concept d'occidentaux dégénérés ! Qu'est-ce que la violence faite aux femmes, dans un pays où la naissance d'un garçon est plus fêtée que la naissance d'une fille... où le corps de la femme concentre tous les fantasmes, ce corps qu'il faut cacher absolument : une mèche de cheveux apparente et c'est la fin du monde !

Car j'aimerais demander, encore, à nos anti projet de loi, qu'est-ce que la violence faite aux femmes, pour eux ? Qu'est-ce que cela signifie ? C'est quoi d'être une femme, à part le réceptacle de toutes les misères, de toutes les barbaries, de tous les sévices ? Et je leur demanderais, aussi, où sont-ils, quand un homme jette sa femme à la porte ? Où sont-ils, quand des gamines se font violer ? Où sont-ils, quand une petite fille est mariée à douze ans ? Oui, où sont-ils, quand une pauvre fille mère célibataire se retrouve à la prison des femmes pour zina ?

Je sais que c'est un vœu pieux, que nos religieux vont gagner la partie, profitant de la lâcheté de nos politiques.

Mais je retiendrai que, pour la première fois, notre gouvernement a fait preuve d'audace, dans un pays qui n'aime rien tant que l'immobilisme, sous couvert de religion. Ce projet de loi sera amendé ad nauseam. Il sera vidé de tout son sens car l’État a toujours abandonné son rôle moteur, face aux religieux.

Nos parlementaires n'iront pas à l'encontre des oulémas, à l'encontre de ceux qui tiennent le pays en coupe, depuis des années, imposant, décrétant, menaçant ; ceux qui ont pris la République en otage, les mêmes qui appellent au meurtre tous les vendredis.

J'aurais aimé, aussi, que le gouvernement aille plus loin et décide de revoir l'amendement concernant l'âge légal du mariage (18 ans), une honte et un scandale, imposé par le prisme des oulémas, celui qui dit « sauf en cas de fille incapable », amendement qui permet les mariages précoces, la pédophilie institutionnalisée...

Interdire, tout simplement, les mariages précoces, oser envoyer en prison les parents qui donnent leurs filles mineures : voilà ce qui serait un geste fort, un geste historique. Ne pas plier devant les menaces et les interprétations. Ne pas céder un pouce de terrain.

Car nous parlons bien du corps de ces gamines-là. Nous parlons bien de sexe. De sang. De violences. Nous parlons de petites filles déflorées de force, déchirées, forcées. Nous parlons bien de grossesses très précoces.

Nous parlons bien de viols. Pas d'autres choses. Ceci n'est pas abstrait. C'est un fait. J'aimerais que nos chers députés aillent faire un tour dans les associations de femmes qui recueillent certaines de ces gamines. Ou à l'hôpital, à la maternité. J'aimerais bien que nos chers députés assistent, puisqu'il leur faut, apparemment, voir pour croire, à la nuit de noces d'une petite fille forcée par un homme plus âgé. Car c'est souvent ainsi, n'est-ce pas : une gamine mariée à un homme beaucoup plus vieux.

J'aimerais que nos chers députés se rappellent leurs cours de science et d'anatomie, si tant est qu'ils en aient eu, et se remémorent l'appareil génital d'une petite fille... et l'appareil génital d'un homme adulte.

Car il faut dire les choses, mettre un nom sur les pratiques, mettre un mot sur ces violences. Sinon, nous ne finirons jamais d'ergoter sur le sexe des anges. Leur rappeler que notre pays a signé toutes les conventions de protection des mineurs. Et que le mariage précoce est un crime contre mineures. Un crime contre les femmes.

Que l'atermoiement et les lâchetés ne sont que complicités de viols et d'actes pédophiles. Que s'ils décident et acceptent qu'une partie de notre citoyenneté passe par la pratique de la pédophilie, c'est que nous ne sommes pas dignes du monde. Qu'ils en profitent, tant qu'ils y seront, pour réfléchir, aussi, à la pénalisation de l'excision.

Au fait d'envoyer, enfin, des parents en prison, pour acte de torture sur humain. Qu'ils se souviennent de celles qui vivent et vont vivre la double peine : l'excision ET le mariage précoce, au nom de principes archaïques, machistes, misogynes.

J'espère qu'un député aura le courage de se lever et de dire que les temps ont changé. Que nous ne sommes plus au VII° siècle. Que les mœurs ont changé. Que le monde évolue. Et que si nous rattachons notre foi juste à la forme – et le mariage précoce en est une – nous avons oublié le fond.

Leur rappeler que les droits des femmes sont des droits inaliénables. Que les femmes demandent plus de protection que les hommes, dans nos sociétés qui se replient sur elles-mêmes, dans nos sociétés où les pétrodollars wahhabites laminent l'intelligence et les droits.

Qu'une nation qui laissent les mauvais instincts s'ériger en vertus est indigne. Devant ses citoyens et devant Dieu. Qu'ils sont là, dans l'hémicycle, pas simplement pour faire caisse de résonance du pouvoir mais, aussi, pour décider ce que nous serons demain. Et que même si une partie des oulémas est vent debout, même si une partie de la population est contre, il faut imposer.

Seule la loi fait force. Seule elle. Le reste les gens s'y plieront. Comme ils se sont pliés à d'autres lois. Alors, j'ose espérer que notre Assemblée va se grandir et décider de protéger, enfin, nos filles, nos femmes, contre tous les archaïques. J'ose espérer. Et je leur dis : courage, seul le premier pas coûte ! Soyez dignes de vos filles et femmes. Salut.

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Adieu 2016, bonjour 2017 !

Adieu 2016, bonjour 2017Vivement 2017. Le monde vient de dire adieu à l’année 2016 qui fut marquée par une crise internationale multiforme : terrorisme ravageur qui a fait des milliers de morts.

Implication sélective des grandes puissances dans les affaires internes des États souverains entrainant des destructions massives comme ce qui se passe en Syrie, en Lybie ou en Iraq sous couvert d’un droit international tronqué qui vaut pour les uns et qui ne veut rien dire pour les autres.

Sommets internationaux sur la très à la mode problématique du réchauffement climatique : COP 21 à Paris puis COP22 à Marrakech. L’année 2016, c’est aussi l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique et le départ de Ban Ki Moon qui sera remplacé par le Portugais Gutierrez aux Nations Unies. Chez nous, pas vraiment de choses particulièrement nouvelles. Le président a voyagé vers beaucoup de pays.

On ne demande pas à un homme combien de temps il a duré, mais qu’est ce qu’il a rapporté ? Allez savoir. Le rapport Forbes qui vient de placer la Mauritanie à la 137ème place/157 en termes de bonnes conditions pour le climat des affaires. Ce qui ne semble pas corroborer les tonitruances d’un certain ministre de l’économie et des finances.

Organisation du Sommet Arabe sous la tente. Pour cela, toujours selon le ministre de l’économie et des finances, la Mauritanie aurait reçu l’équivalent de 14 milliards d’ouguiyas en espèces et beaucoup d’autres dons dont voitures de luxe en nature.

Vous ne m’avez pas vu ça ? C’est passé où ? Dans un pays qui prétend être le chantre de la lutte contre la gabegie, la transparence de la gestion de la chose publique doit être la règle. Puis il y a eu le festival d’Ouadane puis il y a eu les vacances présidentielles.

Il y a eu aussi quelques visitations dont celle d’Atar fut la plus emblématique avec la sortie de Khdeija Mint Kleib devenue entre une soirée et sa matinée une héroïne nationale qui a démasqué les applaudisseurs et jeté le discrédit sur leurs allégations mensongères et démagogiques.

Puis il y a eu un dialogue prétendument national et inclusif auquel tous les partis du Forum National pour la Démocratie et l’Unité et autres comme l’Alliance pour la Justice et la Démocratie n’ont pas participé.

Trois semaines à l’issue desquelles, des amendements constitutionnels, notamment la dissolution de certains institutions nationales comme le Sénat, le changement du drapeau et de l’hymne ont été proposés. Parmi les conclusions du dialogue, il y avait aussi la possibilité d’organisation d’un référendum constitutionnel et d’élections législatives et municipales.

Pendant tout 2016, l’opposition radicale est restée à sa place. L’autre opposition et la majorité sont restées l’autre opposition et la majorité. ‘’Moi pas bouger’’. Vers la fin décembre, il y a eu la malheureuse déclaration de Chabaat du parti de l’Istiqlal marocain.

Les mécanismes de la courtoisie internationale et des traditions diplomatiques se sont mis en branle pour régler l’indélicatesse langagière de Chabaat : Entretien téléphonique entre sa Majesté Mohamed VI et le président Mohamed Ould Abdel Aziz puis déplacement du premier ministre Benkirane à Nouakchott. Ça ne pouvait se passer que comme ça. Contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire.

Personne n’a peur de personne ‘’tant que la main atteigne son pied’’. En 2016, l’Afrique est restée l’Afrique avec ses choses vraiment à elle. Un président (Denis Sassou Nguesso) qui est au pouvoir depuis quarante ans et qui compte encore se représenter.

Un autre (Robert Mugabe) de plus de quatre vingt treize ans et qui continue encore à avancer clopin clopan. Un troisième (Joseph Kabila) dont un ultime second mandat finit en décembre et qui refuse de lâcher le pouvoir. Ses manœuvres lui rapportent quand même un bonus d’un an de plus avec un gouvernement dirigé par son principal rival (EtienneTshisekedi) de l’opposition radicale. Ça peut inspirer la Mauritanie.

Sait-on jamais. Puis le comble du ridicule. Un président africain (Jammeh) qui reconnaît sa défaite, félicite son adversaire et après quelques jours, se rétracte, refuse de quitter le pouvoir et exige l’arbitrage d’une cour constitutionnelle.

Juste après le retour de ses congés, le président Ould Abdel Aziz devrait se rendre à Banjul pour convaincre Jammeh de quitter le pouvoir et de le céder au jeune président élu Adama Barrow.

Qu’est ce qu’Ould Abdel Aziz dira à Jammeh ? De respecter la démocratie, d’avoir plus d’égards pour le choix du peuple et de ne pas torpiller ce processus à peine naissant pour ne pas décevoir l’espoir des Gambiens. Souhaitons que Jammeh soit amnésique pour ne pas se rappeler ce qui s’est passé un certain 6 août 2008 en Mauritanie. Amine. Vraiment, l’Afrique à d’incroyables talents. A faire mourir de rire.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités

CalamitésCertains concepts semblent confus dans la tête de certains mauritaniens. Ceux-ci accomplissent ainsi la prouesse de dialoguer seul. La capacité de faire débat avec un unique invité. Le don de bâtir la démocratie sur un coup d’Etat. La bonne gouvernance par la promotion de la gabegie. Le développement par la langue. Les prouesses économiques via les chiffres.

Le tripatouillage « légalisé ». La rédemption des « grillés » et le rafistolage du vieux, pour en faire du neuf. En cela, la presse n’est pas en reste. Ni publique. Ni privée. C’est pourquoi, pour ceux dont les têtes sont « cassées sur » nos indigestes programmes nationaux de télévision, nous avons éternellement l’impression de quelque chose de déjà très vu.

Ce que l’expression populaire appelle des informations « mâchées par les veaux ». Sur tous les plateaux de télévisions publiques et privées, c’est quasiment toujours les mêmes personnes, rabâchant les mêmes sujets, avec les mêmes journalistes. Certes, les prestations des uns et des autres ne sont pas totalement uniformes.

Les efforts des uns faisant oublier les médiocrités des autres. La flagornerie prenant souvent le dessus, sur l’à peine imperceptible bonne foi. Depuis trois semaines, tous les écrans sont envahis, surtout à partir de vingt-deux heures, par les péripéties de ce dialogue qui n’en finit pas de finir, après n’avoir pas fini de commencer.

Toutes les émissions télévisuelles, radiophoniques ne parlent que de ça. Chacun y allant de son analyse, pour étayer des hypothèses parfois complètement erronées. Mais, comme le chien n’aime que son étrangleur, je suis là, accroché à mes TV.

Des TV qui me fâchent, tantôt, qui me font rire, parfois, à travers ce que leurs invités débitent de choses indécrottablement mélangées et confuses. Dimanche soir 16 Octobre 2016, je tombe sur une émission de la Wataniya, animée par le confrère Ahmed Ould El bou. Un débat. Avec un seul invité : Saad Ould Louleïd.

Un transfuge d’IRA dont le parti vient d’être officiellement reconnu. Saad parlait de tout. De lui. De son supposé combat de militant des droits de l’homme. De son combat politique. Un adage populaire dit que ton argument est bon s’il échappe à celui de ton ami.

Comme quoi, quand on est seul, on peut tout raconter. Habituellement, les journalistes ne secouent pas leurs invités. Amabilité ? Courtoisie ? Ou amateurisme ? Allez savoir. Un débat, c’est généralement très animé. C’est la juxtaposition d’au moins deux avis, généralement antagonistes, sur une problématique donnée.

Avec des rebondissements souvent sulfureux d’un talentueux journaliste, afin de relancer l’empoignade et lui donner encore plus de saveur et d’intérêt. Mais de là à laisser quelqu’un se raconter aussi aisément qu’il veut. Sans contradicteur. Sans modérateur. Sans vérificateur. C’est complètement désintéressant et fastidieux. Mais il est clair que, sur les media publics comme sur les media privés, il n’est pas permis de tout dire, même et peut-être surtout, rien. C’est pourquoi les invités sont « intelligemment » choisis. Ne vient pas à la Mauritanienne qui veut.

Les autres télévisions privées appartiennent, pour l’essentiel, à des personnalités ou groupes très inféodés au pouvoir. Comme ça, en haut en haut, elles sont indépendantes et, en bas en bas, elles ne font que ce qui plaît au système. L’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio Mauritanie, La Mauritanienne ne sont, en fait, que de haut-parleurs officiels, alors que, sur le papier, ce sont des services publics auxquels devraient avoir accès tout le monde (majorité et opposition), dans les mêmes conditions et suivant les mêmes procédures.

Or, en réalité, ces organes ne sont que des outils de la propagande officielle dont le zèle dépasse, souvent, la limite de l’indécence et de la discourtoisie. La Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel devrait procéder aux réglages nécessaires et rappeler, si besoin, tout ce monde à l’ordre.

Normalement, c’est ça. Vous avez dit normalement ? Pourtant, nous rabâche-t-on, la Mauritanie est le premier pays arabe, en termes de liberté de presse. Comme quoi nul ne meurt sans avoir eu son jour.

El Kory Sneïba
Source : Le Calame (Mauritanie)

Algérie : problèmes de succession

Abdelaziz Bouteflika est-il vraiment en état d'exercer la lourde charge de président de la République algérienne dès lors que sa santé lui interdit de circuler dans le pays, de s'adresser à son peuple et de voyager à l'étranger - hormis pour des contrôles médicaux périodiques ?

Il a été élu le 17 avril 2014 pour un quatrième mandat de cinq ans à la tête de l’Algérie.

Depuis, on se pose la question, et certains, postulant que je connais la réponse, me la soumettent.

Je connais effectivement la réponse : sans avoir vu moi-même le président algérien, j’ai reçu les confidences de plusieurs personnes qu’il a rencontrées en 2014 et en 2015.

Je ne pouvais évidemment pas en faire état, mais je savais que Bouteflika, quoique diminué, demeurait bien informé, en état de décider de l’essentiel.

Dans un livre qui vient de paraître sous le titre éloquent de Ce que je ne pouvais pas dire, un homme politique français de premier plan, Jean-Louis Debré, écrit noir sur blanc ce qu’il a vu et entendu le 9 décembre 2015, il y a donc cinq mois, lorsqu’il a été reçu par le président algérien.

Son auteur avait-il le droit de rendre publics ses impressions et le contenu de son entretien ? Sans doute pas, mais il l’a fait, et son témoignage répond aux questions que l’on se pose sur l’état de santé du président algérien. Jugez-en.

« Il m’accueille dans son palais, situé un peu en dehors du centre d’Alger, très fortement et visiblement protégé. Une résidence médicalisée, me dit-on.

Il est tassé dans son fauteuil, très essoufflé, la voix faible. Un petit micro collé contre sa bouche permet de mieux entendre ce qu’il dit. Il a bien des difficultés pour s’exprimer. À plusieurs reprises, il doit s’interrompre pour boire une gorgée d’eau. Il me faut être particulièrement attentif pour réussir à le comprendre. Il m’indique avoir toujours eu beaucoup d’estime pour mon grand-père et aussi pour mon père. Évoquant ses nombreux désaccords avec ce dernier, il me précise qu’il respectait « l’homme de convictions et de loyauté : quand il disait oui c’était oui et non c’était non ».

Il m’avait déjà raconté cela lors de notre rencontre de 2007.

Il me demande des nouvelles de Jacques Chirac. Il souligne alors combien ses relations avec « le président Chirac » avaient été approfondies, « amicales et positives ». Il me rappelle qu’ils avaient su, ensemble, « ouvrir une nouvelle page amicale des relations entre l’Algérie et la France« .

Concernant François Hollande, Bouteflika souligne qu’il ne le connaissait pas « avant son élection », mais qu’il a été « très agréablement surpris par son esprit d’ouverture, d’amitié et d’imagination » et « par sa volonté de fortifier les relations franco-algériennes ».

Il tient à me préciser que le général de Gaulle fut à ses yeux celui qui marqua le plus fort intérêt pour l’Algérie, tandis que Jacques Chirac et François Hollande sont pour lui ceux qui auront le plus contribué au développement des relations entre les deux pays. « Ils doivent, devant l’Histoire, en être remerciés », me dit-il d’un ton solennel.

*

À propos de la situation au Mali, il insiste sur le soutien de l’Algérie à l’engagement français sur le terrain. « Sans l’intervention de la France, il n’y aurait sans doute plus de Mali. » Et il ajoute : « Je sais que cette intervention a été critiquée, mais elle est salutaire, non seulement pour le Mali, mais pour tous les pays voisins dont l’Algérie. »

Il pense en revanche qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit syrien, que la France ne doit pas prendre le risque de s’y enliser et d’envoyer des troupes au sol. Pour lui, il n’y a pas d’autre solution que de rechercher une issue politique qui doit associer Bachar al-Assad, et naturellement l’Iran. « Pays avec lequel, souligne-t-il, il faut dialoguer. »

Il rappelle que c’est bien l’intervention américaine de 2003 en Irak qui a déstabilisé la région et déclenché toutes les crises qui ont suivi.

Il est aussi question dans notre échange des rapports entre l’Algérie et le Maroc, qu’il qualifie de « déplorables ». Bouteflika se demande devant moi pourquoi les responsables marocains ne cessent pas d' »insulter l’Algérie et son chef « …

Tandis que notre entretien se termine, je constate qu’il a de plus en plus de mal à parler. Sa respiration est hachée, il est fatigué. »

En conclusion de sa visite, Jean-Louis Debré se demande : « Bouteflika est-il encore en capacité de diriger l’Algérie ? C’est la question que je me pose tout au long de cette soirée. Il est à l’évidence bien informé des affaires internationales. Mais cet homme épuisé après moins d’une heure d’entretien, à l’élocution difficile, n’est-il qu’un paravent derrière lequel se cachent des hommes ou des clans soucieux de garder le pouvoir le plus longtemps possible ? »

*

C’est la question que beaucoup se posent depuis deux ans à propos de l’Algérie. Comme si Abdelaziz Bouteflika était le premier chef d’État à se maintenir à la tête de son pays bien que diminué par la maladie !

Démocratie établie, la France elle-même a été dirigée en 1973 par un Georges Pompidou très malade, sans que l’on sache si son état le lui permettait. Son mal l’a emporté, et il est mort au pouvoir le 2 avril 1974.

En 1988, François Mitterrand a brigué un second mandat de sept ans alors qu’il se savait très malade (et protégeait ce « secret d’État »). Il a mis un point d’honneur à achever son septennat, et presque personne n’a trouvé à y redire.

En Afrique, où la démocratie et l’alternance peinent à s’instaurer, la Tunisie a vécu plusieurs années avec comme président un Habib Bourguiba qui n’avait plus toute sa tête, tandis que la Côte d’Ivoire se souvient que dans les années 1990 Félix Houphouët-Boigny était resté président tout en se soignant des mois durant en Europe ; il n’était rentré dans son pays que pour y mourir.

Ces cas, et d’autres qu’on pourrait égrener à l’infini, posent le problème de la succession des détenteurs du pouvoir suprême.

*

La plupart d’entre eux veulent aller jusqu’aux limites de leurs forces et ne se préoccupent guère de préparer leur succession.

Tout se passe comme s’ils souhaitaient au fond d’eux-mêmes qu’elle soit compliquée, voire inextricable.

Raison de plus pour saluer les très rares chefs d’État africains qui ont eu le courage de quitter volontairement le pouvoir, alors qu’ils pouvaient s’y maintenir. Les noms de Léopold Sédar Senghor et de Nelson Mandela viennent spontanément à l’esprit.

Mais revenons à l’Algérie : Abdelaziz Bouteflika sera bientôt à la moitié du mandat commencé il y a deux ans. Son pays a pris son temps pour préparer sa relève et celle de sa génération.

Ce répit sera-t-il utilisé à cette fin ? Dans ce cas, et seulement dans ce cas, ce ne sera pas du temps perdu.

Par Béchir Ben Yahmed

Source : JeueAfrique.com