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Chronique dans le Monde

Algérie : problèmes de succession

Abdelaziz Bouteflika est-il vraiment en état d'exercer la lourde charge de président de la République algérienne dès lors que sa santé lui interdit de circuler dans le pays, de s'adresser à son peuple et de voyager à l'étranger - hormis pour des contrôles médicaux périodiques ?

Il a été élu le 17 avril 2014 pour un quatrième mandat de cinq ans à la tête de l’Algérie.

Depuis, on se pose la question, et certains, postulant que je connais la réponse, me la soumettent.

Je connais effectivement la réponse : sans avoir vu moi-même le président algérien, j’ai reçu les confidences de plusieurs personnes qu’il a rencontrées en 2014 et en 2015.

Je ne pouvais évidemment pas en faire état, mais je savais que Bouteflika, quoique diminué, demeurait bien informé, en état de décider de l’essentiel.

Dans un livre qui vient de paraître sous le titre éloquent de Ce que je ne pouvais pas dire, un homme politique français de premier plan, Jean-Louis Debré, écrit noir sur blanc ce qu’il a vu et entendu le 9 décembre 2015, il y a donc cinq mois, lorsqu’il a été reçu par le président algérien.

Son auteur avait-il le droit de rendre publics ses impressions et le contenu de son entretien ? Sans doute pas, mais il l’a fait, et son témoignage répond aux questions que l’on se pose sur l’état de santé du président algérien. Jugez-en.

« Il m’accueille dans son palais, situé un peu en dehors du centre d’Alger, très fortement et visiblement protégé. Une résidence médicalisée, me dit-on.

Il est tassé dans son fauteuil, très essoufflé, la voix faible. Un petit micro collé contre sa bouche permet de mieux entendre ce qu’il dit. Il a bien des difficultés pour s’exprimer. À plusieurs reprises, il doit s’interrompre pour boire une gorgée d’eau. Il me faut être particulièrement attentif pour réussir à le comprendre. Il m’indique avoir toujours eu beaucoup d’estime pour mon grand-père et aussi pour mon père. Évoquant ses nombreux désaccords avec ce dernier, il me précise qu’il respectait « l’homme de convictions et de loyauté : quand il disait oui c’était oui et non c’était non ».

Il m’avait déjà raconté cela lors de notre rencontre de 2007.

Il me demande des nouvelles de Jacques Chirac. Il souligne alors combien ses relations avec « le président Chirac » avaient été approfondies, « amicales et positives ». Il me rappelle qu’ils avaient su, ensemble, « ouvrir une nouvelle page amicale des relations entre l’Algérie et la France« .

Concernant François Hollande, Bouteflika souligne qu’il ne le connaissait pas « avant son élection », mais qu’il a été « très agréablement surpris par son esprit d’ouverture, d’amitié et d’imagination » et « par sa volonté de fortifier les relations franco-algériennes ».

Il tient à me préciser que le général de Gaulle fut à ses yeux celui qui marqua le plus fort intérêt pour l’Algérie, tandis que Jacques Chirac et François Hollande sont pour lui ceux qui auront le plus contribué au développement des relations entre les deux pays. « Ils doivent, devant l’Histoire, en être remerciés », me dit-il d’un ton solennel.

*

À propos de la situation au Mali, il insiste sur le soutien de l’Algérie à l’engagement français sur le terrain. « Sans l’intervention de la France, il n’y aurait sans doute plus de Mali. » Et il ajoute : « Je sais que cette intervention a été critiquée, mais elle est salutaire, non seulement pour le Mali, mais pour tous les pays voisins dont l’Algérie. »

Il pense en revanche qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit syrien, que la France ne doit pas prendre le risque de s’y enliser et d’envoyer des troupes au sol. Pour lui, il n’y a pas d’autre solution que de rechercher une issue politique qui doit associer Bachar al-Assad, et naturellement l’Iran. « Pays avec lequel, souligne-t-il, il faut dialoguer. »

Il rappelle que c’est bien l’intervention américaine de 2003 en Irak qui a déstabilisé la région et déclenché toutes les crises qui ont suivi.

Il est aussi question dans notre échange des rapports entre l’Algérie et le Maroc, qu’il qualifie de « déplorables ». Bouteflika se demande devant moi pourquoi les responsables marocains ne cessent pas d' »insulter l’Algérie et son chef « …

Tandis que notre entretien se termine, je constate qu’il a de plus en plus de mal à parler. Sa respiration est hachée, il est fatigué. »

En conclusion de sa visite, Jean-Louis Debré se demande : « Bouteflika est-il encore en capacité de diriger l’Algérie ? C’est la question que je me pose tout au long de cette soirée. Il est à l’évidence bien informé des affaires internationales. Mais cet homme épuisé après moins d’une heure d’entretien, à l’élocution difficile, n’est-il qu’un paravent derrière lequel se cachent des hommes ou des clans soucieux de garder le pouvoir le plus longtemps possible ? »

*

C’est la question que beaucoup se posent depuis deux ans à propos de l’Algérie. Comme si Abdelaziz Bouteflika était le premier chef d’État à se maintenir à la tête de son pays bien que diminué par la maladie !

Démocratie établie, la France elle-même a été dirigée en 1973 par un Georges Pompidou très malade, sans que l’on sache si son état le lui permettait. Son mal l’a emporté, et il est mort au pouvoir le 2 avril 1974.

En 1988, François Mitterrand a brigué un second mandat de sept ans alors qu’il se savait très malade (et protégeait ce « secret d’État »). Il a mis un point d’honneur à achever son septennat, et presque personne n’a trouvé à y redire.

En Afrique, où la démocratie et l’alternance peinent à s’instaurer, la Tunisie a vécu plusieurs années avec comme président un Habib Bourguiba qui n’avait plus toute sa tête, tandis que la Côte d’Ivoire se souvient que dans les années 1990 Félix Houphouët-Boigny était resté président tout en se soignant des mois durant en Europe ; il n’était rentré dans son pays que pour y mourir.

Ces cas, et d’autres qu’on pourrait égrener à l’infini, posent le problème de la succession des détenteurs du pouvoir suprême.

*

La plupart d’entre eux veulent aller jusqu’aux limites de leurs forces et ne se préoccupent guère de préparer leur succession.

Tout se passe comme s’ils souhaitaient au fond d’eux-mêmes qu’elle soit compliquée, voire inextricable.

Raison de plus pour saluer les très rares chefs d’État africains qui ont eu le courage de quitter volontairement le pouvoir, alors qu’ils pouvaient s’y maintenir. Les noms de Léopold Sédar Senghor et de Nelson Mandela viennent spontanément à l’esprit.

Mais revenons à l’Algérie : Abdelaziz Bouteflika sera bientôt à la moitié du mandat commencé il y a deux ans. Son pays a pris son temps pour préparer sa relève et celle de sa génération.

Ce répit sera-t-il utilisé à cette fin ? Dans ce cas, et seulement dans ce cas, ce ne sera pas du temps perdu.

Par Béchir Ben Yahmed

Source : JeueAfrique.com

 

 

Jihadisme africain…

Deux événements ont eu lieu presque simultanément, les 15 et 16 janvier. Le premier à Ouagadougou, au cœur de l'Afrique, le second à Vienne, au centre de l'Europe.

Je me propose de vous dire comment je les perçois et ce que j’en pense.

1) Les jihadistes ont frappé une nouvelle fois en Afrique ; le vendredi 15 janvier, ils ont tué trente personnes dans un hôtel d’Ouagadougou, capitale du Burkina.

Pratiqué par des hors-la-loi et des laissés-pour-compte du système, le jihadisme est avec nous depuis plus d’un quart de siècle. Réinventé et perfectionné par Al-Qaïda, qui fait aujourd’hui figure d’ancêtre, il a été repris depuis peu par son rejeton, Daesh.

On a tendance à oublier que ce jihadisme est né en Afrique, plus précisément au Soudan, et que ses premiers faits d’armes, à la fin du siècle dernier, ont eu pour cibles des ambassades américaines en Afrique de l’Est.

Il a prospéré en Algérie dans les années 1990, puis en Somalie ; on l’a combattu dans ces deux pays sans jamais parvenir à l’éradiquer.

Des « émirs » ont remplacé ceux qui ont été tués ou qui ont renoncé. Ils ont maintenu la flamme, ou l’ont rallumée lorsqu’on la croyait éteinte et ont appris à franchir les frontières.

Le phénomène a ensuite gagné l’Afghanistan, a sévi au Moyen-Orient, a frappé l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Bref, il est devenu mondial.

J’ai cité ici même, la semaine dernière, la description juste qu’en a fait Barack Obama dans son discours sur l’état de l’Union :

« C’est une grave menace parce qu’il suffit d’une poignée de terroristes qui n’accordent aucune importance à la vie humaine, y compris à la leur, pour que le danger soit réel. […]

Les jihadistes essaient de se faire passer pour les représentants de l’une des plus grandes religions du monde. C’est un mensonge, car ils ne sont que des fanatiques et des tueurs qu’il faut traquer, déraciner et détruire. […]

L’instabilité et le tumulte qu’ils ont créés vont peut-être durer des décennies. »

*

Ce jihadisme est revenu en Afrique, et tout indique qu’il va gagner du terrain. En 2015, il a frappé plusieurs fois au Nigeria, en Tunisie et en Égypte, puis au Mali et, ce 15 janvier, au Burkina.

La base arrière libyenne où il est en train de s’installer, où il peut s’entraîner, trouver armes et refuge, va lui permettre d’acquérir une dimension nouvelle et d’embrasser une aire africaine plus large.

Attendons-nous à voir l’armée française prolonger son séjour dans les pays du Sahel ; elle mobilisera des moyens supplémentaires, français et européens.

Que Barack Obama le veuille ou non, lui-même, dès 2016 – ou, dans un an, son successeur -, engagera, lui aussi, plus de moyens dans la lutte contre le jihadisme en Afrique.

Les pays subsahariens de la zone sahélienne, Nigeria inclus, sont déjà sur le pied de guerre, guettant les allées et venues des chefs jihadistes, écoutant leurs échanges, s’efforçant de déjouer leurs prochains coups : le continent africain est en passe de devenir l’un des principaux théâtres des opérations jihadistes.

La rivalité et la surenchère entre Al-Qaïda et Daesh sont plus nettes en Afrique qu’ailleurs et se feront sentir de plus en plus. Le fait que les jihadistes soient souvent africains et qu’on puisse en recruter facilement sur le continent va compter chaque jour davantage.

*

Les meilleurs spécialistes assurent que le nombre total de jihadistes dans le monde (incluant ceux qui sont seulement des soutiens) n’atteint pas 70 000, hommes ou femmes, la plupart jeunes.

Sur les plus de 7 milliards d’êtres humains, il y aurait donc moins de 1 jihadiste ou sympathisant pour 100 000 personnes.

Mais, depuis près de trois décennies qu’ils évoluent parmi nous, leur nombre se maintient ou s’accroît. Ils représentent un danger de plus en plus grand parce qu’ils ont décidé de tuer d’une manière aveugle – et d’aller au-devant d’une mort probable, voire certaine.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais a acquis une dimension mondiale. À ce jour, nul n’a trouvé la manière d’en venir à bout.

2) L’Iran est de retour sur la scène mondiale. Quatorze ans se sont écoulés depuis ce jour de janvier 2002 où George W. Bush a placé l’Iran dans « l’axe du mal ». Ce 16 janvier 2016, Barack Obama l’en a fait sortir.

Pourquoi a-til pris le contre-pied de son prédécesseur ? Pour bien des raisons, dont celle-ci, jamais mise en avant, et que je vous dévoile. Elle est peu connue, mais elle a beaucoup compté.

Ceux qui connaissent le Moyen-Orient savent que les peuples arabes, majoritairement sunnites pour la plupart, n’aiment pas les Américains.

Ils accusent les dirigeants des États-Unis, à juste titre, de soutenir les pouvoirs dictatoriaux qui les oppriment et ils pensent que ces pouvoirs sont « vendus à Washington ».

En règle générale, les peuples arabes du Moyen-Orient se méfient de l’Amérique, lui prêtent l’habitude de conspirer avec leurs dirigeants contre eux.

C’est un fait que la plupart de ces dirigeants sont inféodés à l’Amérique, parce qu’elle les a installés au pouvoir et/ou les protège.

Ils tombent lorsqu’elle leur retire son soutien ou décide de les remplacer.

En Iran, depuis que le chah a été renversé par la révolution islamique et que son pouvoir a été remplacé par celui des mollahs, c’est exactement l’inverse.

Sauf exception, les dirigeants de la République islamique d’Iran, à commencer par le Guide Ali Khamenei, sont antiaméricains. Ils pensent que les États-Unis ne veulent pas d’eux au pouvoir et cherchent à les en écarter.

Le peuple, lui, est très proaméricain. Les élites et la jeunesse de ce pays admirent les États-Unis, connaissent et apprécient leurs arts, leur culture et leurs technologies.

Obama a voulu ignorer l’hostilité des dirigeants iraniens, dont il pense qu’ils ne seront plus là dans cinq ou dix ans, pour miser sur la nouvelle génération, qui sera au pouvoir dans dix ou quinze ans, lorsque l’accord sur le nucléaire iranien, conclu pour dix ans devra être renégocié.

Quoi qu’il en soit, l’Iran – un grand pays et un grand peuple de 80 millions d’habitants – est de retour sur la scène mondiale.

Israël excepté, c’est le mieux éduqué du Moyen-Orient.

Plus tôt les pays arabes et Israël accepteront ce fait important, mieux cela vaudra.

Pour eux et pour la région.

Béchir Ben Yahmed

Source : Jeuneafrique.com

 

Iran : le rapprochement américain et la panique israélo-saoudienne

Le président Hassan Rohani arrivant à Shangaï, le 20 mai 2014.Ostracisée, sanctionnée, accusée de nourrir des ambitions hégémoniques, la République islamique s'est résolue à mettre de l'eau dans son thé pour assurer sa sécurité et retrouver sa place dans le concert des nations. Un objectif en passe d'être atteint à la faveur de l'accord-cadre de Lausanne sur le nucléaire.

Prises au leurre perse d'un compromis sur le nucléaire, les naïves colombes de la Maison Blanche ? Cris de faucons à Washington, Paris, Jérusalem et Riyad ! Derrière leur sourire affable et des concessions en trompe l’œil, les ayatollahs nourriraient de sombres desseins, attisant secrètement dans leur sein le feu de l'atome, ourdissant des projets d'hégémonie.

Déjà l'ombre de leurs longs manteaux s'étire de Beyrouth à Hérat, de Sanaa à Samarra : elle s'apprêterait à envelopper le monde. Gardiens de leur révolution combattant sur les sols d'Irak et de Syrie, armes convoyées au Hezbollah libanais, aux houthistes du Yémen et à la résistance islamique palestinienne : le croissant chiite, dont s'alarmait le roi Abdallah de Jordanie en 2004, deviendrait pleine lune.

Le président Rohani, saluant l'accord-cadre de Lausanne sur le nucléaire, déclarait-il, mielleux, le 3 avril, "certains pensent qu'il faut soit se battre avec le monde, soit capituler face aux grandes puissances. Nous croyons à une troisième option, nous pouvons coopérer avec le monde" ? Le Guide suprême, Ali Khamenei, commandait deux semaines plus tard : "Toutes les forces, l'armée, les Gardiens de la révolution, doivent augmenter leur préparation militaire et défensive jour après jour."

La langue fourchue du serpent dont feu le roi saoudien Abdallah appelait, en 2009, les diplomates américains à "couper la tête" émettrait-il un sifflement duplice ? En janvier dernier, le Premier ministre de l'État hébreu, Benyamin Netanyahou, s'affolait : "Les ayatollahs iraniens nient la réalité de l'Holocauste tout en préparant un nouveau génocide." Et de renchérir le 15 avril : "De même que les nazis ont voulu régner sur le monde en anéantissant le peuple juif, l'Iran cherche à contrôler la région et à détruire l'État juif."

Aux sénateurs français, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), déclarait récemment que "l'expansion politique de l'Iran, par le canal de milices, de groupes terroristes, d'assistance financière et armée, a été particulièrement importante au cours de la dernière décennie". Et quand le président américain Barack Obama tente de tricoter un délicat accord final pour s'assurer le cantonnement du programme nucléaire iranien à la sphère civile (date butoir le 30 juin), le sénateur républicain et vétéran de l'US Army Tom Cotton affirme, lui, ne pas vouloir faire dans la dentelle : "Quelques jours de bombardements aériens et navals" suffiraient pour régler cette question explosive, déclarait-il le 8 avril.

« Ceux qui font le plus grand vacarme sont toujours les mêmes, mais ils n'ont pas forcément la capacité d'influence qu'on leur prête »

"Il faut garder à l'esprit le signal to noise ratio, le rapport entre l'importance du signal et les décibels produits : ceux qui font le plus grand vacarme sont toujours les mêmes, mais ils n'ont pas forcément la capacité d'influence qu'on leur prête. L'essentiel des gens influents aux États-Unis est aujourd'hui composé de réalistes favorables à la démarche d'Obama", avertit Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Ostracisé depuis la révolution de 1979, le "régime des mollahs" est rarement considéré dans sa complexité, et son cas n'est souvent instruit qu'à charge. Le soutien iranien à des mouvements radicaux et les déclarations de Téhéran sur le grand et les petits Satan - les États-Unis, Israël et leurs alliés - n'ont certes pas travaillé pour sa réputation.

Sur tous les fronts

Et la présence iranienne se signale sur tous les fronts du Moyen-Orient embrasé. Depuis 2011, Téhéran et son protégé libanais le Hezbollah soutiennent à tous crins Bachar al-Assad dans sa guerre sauvage contre l'insurrection révolutionnaire et jihadiste, au point d'avoir presque pris le contrôle du régime de Damas.

En juillet 2014, lors de l'opération israélienne Bordure protectrice sur Gaza, le Jihad islamique s'était vanté d'avoir tiré des missiles Fajr 5, de fabrication iranienne, sur Tel-Aviv et Jérusalem, et la République islamique est fortement soupçonnée de former et d'armer la milice chiite houthiste, qui a pris depuis septembre de la même année le contrôle d'une grande partie du Yémen.

Auparavant réputé homme de l'ombre, le général Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, posait fièrement fin octobre en héros de guerre sur le front irakien contre l'État islamique (EI). Projection de puissance ?

Responsabilité de protéger les peuples, réplique Ali Ahani, ambassadeur d'Iran à Paris : "La politique raciste et inhumaine du régime sioniste à l'égard des Palestiniens est bien connue, et nous avons aidé avec constance les groupes palestiniens qui s'efforcent de défendre leur cause et leur territoire. Nous soutenons des principes basés sur la démocratie et, à Bahreïn, au Yémen comme au Liban, nous soutenons ceux qui tentent d'obtenir leurs droits légitimes, ce qui ne signifie pas que nous nous ingérons dans les affaires internes de ces pays. En Syrie et en Irak, notre assistance se fonde sur la demande des autorités locales légitimes et soyez sûrs que, sans la coopération de l'Iran et les efforts du Hezbollah, Daesh serait aujourd'hui à Bagdad, à Damas et sans doute à Beyrouth même."

Glacis protecteur

Ancien ambassadeur de France à Téhéran, François Nicoullaud exclut lui aussi l'accusation d'hubris hégémonique, mais il nuance : "Les Iraniens ne se sont pas lancés dans des guerres de conquête depuis le XVIIIe siècle, ils ont accepté leurs frontières actuelles et veulent s'y sentir chez eux. La révolution islamique a eu, comme toutes les grandes révolutions, une pulsion prosélyte, mais si un noyau dur d'idéologues s'y raccroche toujours, les milieux modérés et réformateurs l'ont complètement abandonnée depuis l'époque de Khatami [président de 1997 à 2005]. Et si l'on écoute bien les discours du Guide, ils parlent davantage d'un pays environné d'ennemis que d'un Iran à la conquête du monde. L'état d'esprit actuel consiste plutôt à se défendre contre tous ceux qui veulent détruire la République islamique et à éviter que les flammes des conflits qui l'environnent ne viennent lui lécher les pieds de trop près et ne déstabilisent le régime et le pays."

Ce n'est pas en effet la République islamique qui a pris l'initiative de la guerre civile syrienne, ni de la révolution bahreïnie, ni des conquêtes jihadistes en Irak, ni de la crise yéménite. Mais elle a pragmatiquement saisi ces occasions afin de préserver la continuité de son alliance avec les régimes de Bagdad, Damas et le Hezbollah libanais pour renforcer son influence régionale et se constituer un glacis protecteur contre l'établissement des jihadistes sunnites, de Mossoul, en Irak, à Lattaquié, sur la côte syrienne.

Anti-impérialisme

L'Iran parraine-t-il des groupes chiites dans toute la zone ? Rien à voir, souligne la diplomatie iranienne, avec l'ingérence militaire de l'Arabie saoudite, exportatrice d'un sunnisme wahhabite radical et qui a envoyé ses blindés mater la contestation bahreïnie, son aviation écraser le mouvement houthiste au Yémen, des tonnes d'armes et des centaines de combattants aux groupes jihadistes de Syrie et d'Irak et des milliards de dollars au régime réactionnaire du Caire au lieu de financer la lutte palestinienne.

"Le Hamas est-il chiite ?" s'exclame l'ambassadeur d'Iran à Paris lorsqu'on lui fait observer la forte teinte confessionnelle de la solidarité internationale iranienne. Quand Riyad joue ouvertement la carte communautaire, Téhéran préfère habiller son discours d'anti-impérialisme sioniste et américain.

Et "si les wahhabites saoudiens considèrent les chiites comme des mécréants à combattre, précise François Nicoullaud, les chiites ne partagent pas le même rejet pour les sunnites. Pour eux, la différence est plus rituelle que sectaire : le sunnisme est un rite de plus dans l'islam, et ils ne tracent pas une ligne d'exclusion. Par ailleurs, cette fracture sunnites-chiites n'est pas un affrontement spontané. S'il n'y avait pas des États qui, pour des raisons de politique internationale, soufflaient sur les braises, les deux confessions cohabiteraient pacifiquement comme elles l'ont fait longtemps de l'Irak au Liban".

Cette fracture, la politique néoconservatrice de l'administration Bush l'a également favorisée. Exportée par son hyperpuissante armée en Irak, sa volonté de regime change et de démocratisation de la région a livré Bagdad à la majorité chiite du pays qui, par la main de fer de l'ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, a cherché à prendre sa revanche sur les élites sunnites du régime de Saddam Hussein.

Promis par le candidat démocrate Obama, le retrait américain d'Irak fin 2011 a débridé les instincts sectaires et prédateurs de la nouvelle administration irakienne, poussant la forte minorité sunnite et de nombreux officiers congédiés dans les bras de l'organisation jihadiste qui allait devenir l'EI. Et celle-ci, quasi démantelée et reléguée dans les déserts de l'Ouest irakien par le surge américain de 2007-2008, de renaître de ses cendres dans le brasier syrien avant de s'emparer sans grande résistance de Fallouja et de Mossoul entre janvier et juin 2014.

Bagdad était alors encerclé et Samarra, lieu saint du chiisme au nord de la capitale, à portée d'artillerie. Appelé à l'aide comme ses ennemis occidentaux, Téhéran dépêchait ses Pasdaran contre l'EI plus promptement que Washington son aviation. Aujourd'hui combattant Daesh aux côtés d'une puissance de "l'axe du mal", les États-Unis se retrouvent enlisés dans leurs contradictions, forcés sans l'avouer de coordonner leurs bombardements avec les pouvoirs syrien et iranien.

« En cas d'accord final sur le nucléaire, la levée des sanctions internationales désentraverait une économie à fort potentiel mais très affaiblie »

Fin mars, l'ordre donné aux milices chiites et à ses troupes par le général Soleimani de se retirer du front de Tikrit qu'elles assiégeaient depuis trois semaines pour laisser l'aviation américaine "finir le travail" sonnait comme une victoire ironique pour Téhéran. "Au point de vue stratégique, l'Iran était endigué en 2003, mais la passivité de l'Occident en Syrie et son laxisme en Irak lui ont offert ces pays sur un plateau d'argent. Si la République islamique est aujourd'hui influente dans quatre capitales du Moyen-Orient, c'est bien parce qu'on lui a fait indirectement des cadeaux depuis les années 2000", observe Karim Bitar.

Et, en cas d'accord final sur le nucléaire, la levée des sanctions internationales désentraverait une économie à fort potentiel mais très affaiblie. L'Iran vise essentiellement aujourd'hui à être reconnu comme une grande puissance régionale et comme une puissance internationale moyenne. Mais la convergence de l'extension opportuniste de son influence avec le rapprochement irano-américain sur le dossier nucléaire engagé secrètement à Oman dès mars 2013 fait aujourd'hui souffler un vent de panique en Israël et, surtout, en Arabie saoudite.

"Les États-Unis se sont libérés de leur dépendance énergétique envers Riyad, poursuit Karim Bitar, ils constatent que la société iranienne est, malgré le régime religieux, beaucoup plus libérale et ouverte sur l'Occident qu'en Arabie saoudite et ils n'oublient pas que quinze des dix-neuf terroristes du 11 Septembre étaient saoudiens. Si le pacte du Quincy, qui garantit à Riyad la protection américaine, a été reconduit en 2005, il a perdu beaucoup de sa pertinence.

" L'Iran pourrait-il devenir, au-delà de l'allié de circonstance qu'il est aujourd'hui en Irak, le grand partenaire des États-Unis pour la stabilisation de la région ? "Toutes les prophéties finissent un jour par se réaliser, commente François Nicoullaud, il y aura une détente, mais avant qu'il y ait un axe États-Unis - Israël - Iran, de l'eau coulera sous les ponts !"


Source : Jeuneafrique.com

 

Attention : dangers

Ce que je croisJ'ai la curieuse et désagréable impression que notre pauvre monde ressemble en ce moment à un avion sans pilote, alors qu'il est entré dans une zone de turbulences. Comment ne pas en être inquiet et ne pas scruter l'avenir avec la plus profonde appréhension ?

Où que vous portiez le regard, vous apercevez les signes inquiétants d'une désarticulation des structures sociopolitiques sur lesquelles était fondé l'équilibre de nos continents.

Je sais que beaucoup d'entre vous partagent mon sentiment et s'alarment de voir l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe elle-même, qui se vantait d'être une oasis de paix, secoués par un mal nouveau porteur, sous une forme ou une autre, de déstabilisation.

Parlons-en :

*

1) L'Afrique Première puissance économique du continent et son pays le plus peuplé, le Nigeria perdra, en 2015, la moitié des revenus annuels provenant de l'exportation de ses hydrocarbures. Et le voici, depuis plusieurs semaines, frappé de plus en plus fort par la violence d'une rébellion qui, loin de se résorber, déborde sur les pays voisins l'un après l'autre : Cameroun, Niger, Tchad...

Il en est réduit à appeler au secours, au point que l'on s'interroge : pourra-t-il, dans cinq semaines, tenir son élection présidentielle, déjà reportée ?

L'Afrique du Sud, deuxième puissance économique du continent et sa démocratie la plus flamboyante, est, elle aussi, en grave danger.

Son économie est frappée de langueur, son Parlement n'est plus ce qu'il a été et son président, dont l'intégrité est de plus en plus gravement mise en cause, a cessé d'être respecté.

S'il se porte vers le nord du continent, notre regard s'arrête sur un immense pays au sous-sol gorgé de pétrole et de gaz, situé sur les rives de la Méditerranée : la Libye.

En 2011, il a secoué le joug d'une dictature kleptomane, mais le voici, moins de trois ans après ce qu'on a pensé être une délivrance, en état d'inquiétante désintégration. La déliquescence de l'État et de la nation est si avancée que la malheureuse Libye est en passe de devenir, à court terme et pour très longtemps, une nouvelle Somalie.

Laquelle sera, n'en doutez pas, une grave menace pour la stabilité des six pays africains qui lui sont limitrophes.

Et pour celle de l'Europe, qui lui fait face de l'autre côté de la Méditerranée.

*

2) Cette Europe est, elle-même, en proie à des démons dont elle se croyait libérée pour toujours.

Nul ne sait si la Grèce, en "rébellion démocratique" contre l'austérité qui lui a été infligée depuis cinq ans, sera encore, à la fin de 2015, dans la zone euro ou même dans l'Union européenne. Ou si, ayant fait défaut, elle aura dû les quitter, à ses risques et périls...

Mais plus grave encore pour l'Europe est le conflit armé qui secoue l'Ukraine. Alimenté depuis Washington, il menace de s'envenimer pour se transformer en une guerre civile, un abcès de fixation et un facteur de division de l'Union européenne.

Il est avéré que les États-Unis ont décidé de faire de la Russie leur adversaire. L'Otan sera leur arme pour former autour de cette grande nation un cordon de pays hostiles et l'Europe elle-même sera entraînée, bon gré mal gré, dans cette résurgence de "la guerre froide".

Nul n'est en mesure de prévoir où et quand ce nouveau conflit armé s'arrêtera.

*

3) Le Moyen-Orient ? Il n'a pas connu de longue période de paix et de stabilité depuis près d'un siècle. Mais il n'a jamais été autant secoué qu'il l'est aujourd'hui par des insurrections armées qui ne respectent ni les régimes en place ni des frontières artificiellement tracées.

Ses trois puissances non arabes - Turquie, Iran, Israël - sont elles aussi entrées dans la danse ; désormais, chacune à sa manière, toutes les trois sont des facteurs de désordre.

Je pourrais parler du Venezuela, au bord de l'explosion sociale et de la faillite financière. Ou de l'Argentine, dont l'institution présidentielle elle-même paraît menacée.

Je pourrais citer Gérard Chaliand et évoquer cet autre facteur de désordre et de violence qu'est l'idéologie jihadiste. "Bien que condamnée à l'échec de façon certaine, écrit Chaliand, elle continue de séduire des jeunes souvent désoeuvrés, en mal d'identité et, pour certains, d'aventure, où les frustrations se débondent à travers la violence, le viol, les crimes et les délits étant impunis sinon même encouragés et justifiés.

Ce quartier libre peut fasciner mais l'impasse du jihadisme est inscrite dans son absence de projet économique et social. L'unique projet de cette idéologie, hors le pouvoir, reste la réglementation des moeurs. Beaucoup de bruit et de fureur en vain."

*

Si l'on passe à l'économie, on découvre que le virus de la déstabilisation ne l'a pas épargnée.

Souvenez-vous des Brics, dont on a pensé qu'ils allaient structurer la planète : rassemblés sous cet acronyme en 2001 par la banque Goldman Sachs, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud se sont constitués en un ensemble économique rival de la zone euro et des États-Unis.

À partir d'un rythme de croissance enviable, les "cinq grands émergents" - chaque continent est représenté par au moins un pays - ont tenu des réunions annuelles et créé une grande banque d'investissement.

On présentait les Brics, il y a peu, comme la force montante du XXIe siècle, mais cet ensemble vient de se disloquer sous le poids de ses contradictions internes : deux pays, l'Inde et la Chine, continuent d'afficher des taux de croissance positifs ; deux autres sont dans le rouge ou presque : la Russie est en proie à une sévère récession, tandis que le Brésil table sur une croissance inférieure à 1 %.

En outre, parmi ces quatre mastodontes, deux sont producteurs de matières premières (la Russie et le Brésil), tandis que les deux autres sont importateurs...

*

Ce vieux routier américain de l'investissement qu'est Warren Buffett a l'habitude de rappeler que "c'est seulement quand la mer se retire que l'on découvre qui ne porte pas de maillot de bain".

Par cet axiome de sagesse qui, à l'origine, visait les investisseurs, il nous dit d'attendre la fin de la tempête pour savoir qui y a succombé et qui a réussi à sauver sa peau.

Nous ne tarderons pas à être fixés.


Source : Jeuneafrique.com

 

 

Le "cas" saoudien (Par Béchir Ben Yahmed)

Béchir Ben Yahmed, directeur de Jeune AfriqueL'Arabie saoudite retient l'attention des chancelleries, de la presse et de l'opinion publique ; tout au long de ces derniers jours, elle a vu défiler dans sa capitale, par dizaines, des monarques, des présidents et des Premiers ministres. À l'occasion du changement de roi qui y est survenu il y a une semaine, ce pays, l'un des plus rétrogrades du monde et de l'islam, a été submergé de marques de sympathie et de solidarité. Voyons pourquoi l'Arabie saoudite est un "cas" et penchons-nous sur les raisons du traitement de faveur dont ce pays est l'objet.

Le roi Abdallah, 90 ans, est donc décédé le vendredi 23 janvier. L'événement était attendu. Son demi-frère Salman, 79 ans, lui a succédé, comme prévu. La monarchie fondée par Abdelaziz Ibn Saoud en 1932 - il a eu une vingtaine d'épouses, plusieurs dizaines de garçons et un nombre indéterminé de filles - en était à sa septième succession et a donné l'impression d'une gérontocratie relativement bien huilée : on connaît déjà le premier prince héritier (Moqren, 69 ans) et même le deuxième (Mohamed Ibn Nayef, 55 ans). S'il accède au trône, ce dernier inaugurerait l'arrivée au pouvoir suprême d'une nouvelle génération, celle des petits fils du fondateur du royaume.

>> Bien qu'attendu et se déroulant sans imprévu, le changement de monarque à la tête de ce pays de 30 millions d'habitants au sous-sol exceptionnellement riche mais qui demeure moyennement développé a fait figure d'événement mondial. Non sans étonnement, nous avons vu les dirigeants de tous les continents bouleverser leurs programmes et leurs emplois du temps pour, toutes affaires cessantes, aller "présenter leurs condoléances au nouveau roi". Des drapeaux ont été mis en berne et, ici ou là, dans plusieurs pays, on a décrété sept ou même quarante jours de deuil.

Plus étonnant encore a été d'observer que les plus empressés ont été les chefs de l'exécutif occidentaux, notamment ceux de France et du Royaume-Uni. Et que le président des États-Unis, Barack Obama, qui ne s'était jamais rendu à des obsèques hormis celles de Nelson Mandela, a écourté sa visite officielle en Inde pour, à son tour, accomplir à Riyad son "devoir de condoléances".

Il y a conduit une délégation bipartisane et l'on a entendu, de bouches américaines, beaucoup d'éloges hypocrites de la monarchie saoudienne qui n'ont été surpassés que par ceux, plus outranciers et obséquieux encore, de Tony Blair. Au Forum économique de Davos, temple du capitalisme mondial, tout le monde y est allé de son couplet, même la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pourtant féministe déclarée, qui a vanté "le courage réformiste du roi défunt", mais sans évoquer, fût-ce d'un mot, le sort peu enviable des Saoudiennes.

Question à 1 milliard de dollars : pourquoi ce pays de moyenne importance et dont la population subit, depuis près d'un siècle, une idéologie obscurantiste appelée wahhabisme (du nom de son fondateur Mohammed Ibn Abdelwahhab, mort en 1792), bénéficie-t-il d'une telle indulgence ? Que les Arabes, les musulmans et les Africains le ménagent, le considèrent, acceptent de lui ce qu'ils n'acceptent pas des autres fait à mes yeux problème : ayant besoin de ses largesses, ils s'inclinent devant le poids de sa richesse... Mais les Occidentaux, puissants et si prompts par ailleurs à se présenter comme les champions des droits de l'homme et de la femme ? Pourquoi traitent-ils l'Arabie saoudite et son détestable régime avec autant de considération apparente ?

J'ai eu pour ami, il y a vingt ans, un Saoudien, ambassadeur de son pays, dont il défendait loyalement la politique. Il écoutait mes critiques de l'idéologie wahhabite et des pratiques du régime et, au fond de lui-même, les partageait pour l'essentiel. Lorsqu'il a quitté son poste, il m'a recommandé en guise de testament : - "Cesse de mouliner comme un don Quichotte contre le régime saoudien. Nous serons morts toi et moi depuis longtemps qu'il sera encore là, tout-puissant."

Là est l'explication du comportement des uns et des autres à l'égard de ce régime : tous le croient puissant, solidement installé, protégé qu'il est par les centaines de milliards de dollars qu'il brasse, indestructible. Je suis persuadé, pour ma part, que ce régime, hautement nocif pour l'islam et pour le monde, est désormais sur la pente descendante. Il me survivra peut-être, mais ne fêtera probablement pas son centenaire en 2032.

Sa vraie puissance et sa longévité nuisible, il les tient d'un pacte conclu à bord du croiseur américain Quincy le 14 février 1945 entre Ibn Saoud et le président Franklin Roosevelt. D'une durée de soixante ans, cet accord a été renouvelé en 2005 par le président George W. Bush. Il garantit la sécurité du royaume et, par conséquent, le maintien de la famille Saoud au pouvoir ; en contrepartie, celle-ci assure aux États-Unis leur sécurité énergétique.

L'Arabie recelant dans son sous-sol les principales réserves mondiales de pétrole et ce dernier étant devenu la première source d'énergie de la planète, la progéniture d'Ibn Saoud, plusieurs centaines de princes, n'avait plus qu'à se donner un peu de mal pour se maintenir au pouvoir. Comme Israël, qui bénéficie lui aussi du soutien inconditionnel des Américains, ils ont tenu tête ou vaincu Nasser, Saddam Hussein et tous ceux qui ont voulu leur disputer leur prééminence.

Année après année, ils ont acheté des armes aux États-Unis, mais également au Royaume-Uni et à la France, qui les considèrent à ce jour, selon le mot de François Hollande, comme "d'excellents partenaires politiques, économiques et financiers". Ils sont devenus l'un des maîtres du monde et, au sein de l'islam, une puissance idéologique et financière incontournable. Mais, effet pervers de leur alliance avec les États-Unis et du wahhabisme devenu la doctrine d'un État qu'on ménage, ils ont produit Oussama Ben Laden ; la dissidence de ce dernier a conduit à la naissance d'Al-Qaïda, au 11 septembre 2001, au terrorisme, à la guerre contre le terrorisme et à leurs avatars actuels : le jihadisme, qui se propage en Afrique, et l'État islamique, qui gangrène le Moyen-Orient.

L'exploitation intensive par les États-Unis de leur pétrole et de leur gaz de schiste et la stagnation de la consommation d'hydrocarbures ont ôté à l'Arabie saoudite et à l'Opep leur rôle de régulateur de la production.

Les États-Unis vont donc pouvoir se libérer des obligations que leur imposait le pacte qu'ils ont signé il y a soixante-dix ans avec Ibn Saoud. Quant à leurs simagrées de ce mois à l'égard des gérontes de l'Arabie saoudite, elles n'ont d'autre fonction que de gagner du temps.

Source : Jeuneafrique.com

 

Par François Soudan : Questions simples sur l'Orient compliqué

ÉditorialLa pensée unique a toujours accompagné la bataille, comme un poisson parasite sur le dos d'une baleine. Dans le contexte actuel de guerre ouverte entre l'Occident et l'hydre jihadiste, les interrogations - voire les évidences - qui suivent seront donc jugées politiquement incorrectes. Raison de plus pour les énoncer.

Depuis trois mois, les Américains et leurs alliés de la coalition anti-Daesh ont mené quelque 600 frappes aériennes en Irak, puis en Syrie. Comme tous les habitants du pseudo-califat de Baghdadi sont a priori considérés comme des combattants en civil, et que les bombes made in USA sont réputées intelligentes (elles épargnent les femmes et les enfants !), il n'y a aucune victime civile.

Une fable grossière, bien sûr, moult fois servie depuis la guerre du Golfe, mais qui fonctionne. À preuve : nulle ONG droit-de-l'hommiste ne se pose la moindre question, comme si le degré de leur indignation variait en fonction de la pilosité des victimes, barbues ou non. (À l'exception de l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, qui a, dans un communiqué du 23 octobre, publié un premier bilan approximatif. Les frappes de la coalition avaient tué "au moins" 520 jihadistes et une trentaine de civils en Syrie. Le nombre de victimes en Irak, où les bombardements ont commencé près de deux mois plus tôt est, lui, inconnu)

Daesh, c'est un fait acquis, est une organisation terroriste. Or c'est faux. Il s'agit d'un groupe militaro-religieux particulièrement barbare qui n'a pas vocation à s'exporter, contrairement à Al-Qaïda. Mais d'où vient Daesh ? Du ciel ? Non. Baghdadi et ses sectateurs ont deux géniteurs : l'Amérique tout d'abord, qui a créé, il y a onze ans, les conditions d'un chaos quasi irréversible en Irak, l'Arabie saoudite ensuite.

Décapitations, tribunaux islamiques, persécution des minorités, références constantes au hanbalisme - l'école la plus conservatrice de l'islam sunnite : c'est le modèle saoudien qui s'applique avec zèle de Raqqa à Mossoul. Les clés de Daesh sont donc à Riyad autant qu'à Washington. Mais puisque la pétromonarchie participe à la coalition, on ne le dira pas.

Les Kurdes sont plus que jamais les héros des médias et de Bernard-Henri Lévy, qui, le contraire nous aurait déçus, a sauté sur Kobané. Kobané menacée d'urbicide et dont on nous vante la stupéfiante résistance face aux hordes d'islamistes le cimeterre entre les dents, comme hier Guernica, Stalingrad, Sarajevo et Jérusalem assiégée par Saladin. Or qui se bat à Kobané ? Les "Unités de protection du peuple", clone et filiale syrienne du PKK turc, parti dictatorial, hyper­nationaliste, considéré comme terroriste et narco­trafiquant par l'Europe et les États-Unis. Mais ses combattantes cheveux au vent sont si photogéniques que l'on s'abstiendra de gâcher le film.

La Turquie, elle, est la couarde de l'histoire. La puissance munichoise prête à laisser massacrer les Kurdes, par veulerie et par complaisance à l'égard des jihadistes. Qui osera dire pourtant que les dirigeants d'Ankara ont quelques raisons de se méfier de ceux qui veulent les pousser à intervenir au sol, afin de leur permettre de poursuivre dans les airs leur guerre zéro morts ?

Les Turcs ont de la mémoire : ils ont dû faire face, seuls, à la marée des réfugiés kurdes après la première guerre du Golfe et ont assisté, impuissants, à la désintégration de l'Irak après l'invasion américaine. Leur faire la leçon depuis Paris, Londres ou Washington a donc quelque chose d'indécent. On ne s'en prive pourtant pas.

La palme de l'incorrection politique revient à une personnalité dont il faut saluer le courage : John Kerry. Oui, le secrétaire d'État américain. En évoquant la situation dans l'ensemble du Proche-Orient, cet homme honnête a eu le courage, il y a quelques jours, d'établir un lien entre le conflit israélo-palestinien et l'irrésistible progression du cancer jihadiste. Le terrorisme, a-t-il dit, "plonge ses racines dans l'humiliation et le déni de toute dignité".

Benyamin Netanyahou, dont c'est précisément la politique, a aussitôt décroché son téléphone pour se plaindre auprès de la Maison Blanche. Du coup, la petite phrase iconoclaste est passée à la trappe médiatique. Sur l'autoroute des idées reçues, aucune sortie n'est tolérée.

Source : Jeuneafrique.com

 

Un ancien agent double au service d'Al-Qaida et des occidentaux passe aux aveux

Un ancien agent double au service d'Al-Qaida et des occidentaux passe aux aveux

« Ramzi », l’ancien messager d’Al-Qaida, dévoile les secrets de Ben Laden. Dans un entretien au quotidien arabophone Al Hayat, un ancien combattant d'Al-Qaida ayant également travaillé pour l'occident revient sur neuf ans d'histoire en tant qu'agent double.

A travers ses expériences, il livre des informations cruciales sur l'organisation terroriste et sur plusieurs attentats menés en Europe et aux Etats-Unis.

C’est sous le pseudonyme de « Ramzi » que l'ancien moudjahid dévoué à Oussama Ben Laden accorde sa très longue confession au journal Al Hayat. «Ramzi» a été l’un des rouages d’Al Qaïda avant de devenir un agent double, travaillant à la fois pour Ben Laden et pour un service occidental, dont l’ancien guerrier n’a pas révélé l’identité. Quand on accuse « Ramzi » d’avoir trahi, il répond : « non, je me suis retourné »...

« Ramzi » a commencé sa carrière en combattant dans les rangs des moudjahidines arabo-afghans. Il va ainsi faire le coup de feu pendant 18 mois avant d’accepter de collaborer avec l’Occident. Un espionnage intime qui va durer 9 ans avant que l’agent double ne soit grillé. Voyage sur la planète Ben Laden.

Le facteur de Ben Laden

« Ramzi » est d’abord formé par les guerriers d’Al Qaïda qui font figure de vétérans. Tous, appuyés par la CIA, ont combattus les soviétiques en Afghanistan. C’est donc sous la férule d’Ayman al Zawahiri celui qui, après la disparition de Ben Laden, va devenir le numéro un d’Al Qaïda. Né en 1951, Al Zawahiri, lui même médecin, est le fils d’un pharmacien du Caire. « Ramzi » est d’autant à bonne école que son autre « maître » est Abou Hamza Al Ghamidi, le chef de la garde personnelle de Ben Laden.

Dans le panel des enseignants où se mélange l’art de la guerre à l’interprétation du Coran, « Ramzi » est également pris en main par Abou Zoubeida Al Falastini et Abou Moussa’ab Al Zarkaoui, des experts en sabotage qui initient leur jeune disciple à la pose de mines mais aussi à la balistique. Pour faire image, « Ramzi » est le conscrit d’une sorte de West Point façon Ben Laden.

C’est en 1994, à 16 ans, que « Ramzi » dont on ignore la nationalité, rejoint le jihad en Bosnie Herzégovine. Là il est sous la gouverne de Khaled Cheikh Mohamad, celui qui va devenir le maitre d’œuvre des raids du 11 septembre 2001 à New York. Mais, signés sous l’égide américaine, les accords de Dayton entre les parties du conflit yougoslave désappointent les combattants d’Allah puisque les jihadistes sont, d’entrée persona non gratta.

En Bosnie, «Les accords de Dayton nous ont placé hors-jeu, nous les djihadistes arabo afghans. Khaled Ben Cheikh nous a alors promis de nous venger des Américains. Furieux, nous avons tout de suite cherché à renverser le président bosniaque Alija Izetbegovićh, pour empêcher la signature de l’accord. Mais ça ne c’est pas fait».

« Ramzi » fait donc son paquetage pour l’Afghanistan et s’enrôle sous la bannière de Gulbuddin Hekmatyar. Dans l’histoire de l’humanité Hekmatyar restera comme une « ordure absolue », dixit un diplomate qui l’a bien connu à Kaboul. D’un côté il appelle les jeunes musulmans à la guerre sainte contre les USA, de l’autre il a empoché plus de trois milliards de la CIA pour lutter contre les soviétiques… Puis Hekmatyar expédie son jeune soldat au Haut Karabagh pour, aux côtés du chef tchétchène Khattab, lutter contre les Arméniens qui sont des chrétiens.

En Azerbaïdjan « Ramzi » est Incarcéré pour « immigration clandestine », mais il est vite libéré sur intervention d‘Ayman Al-Zawahiri l’ancien médecin du Caire. Libre, « Ramzi » est désigné comme le messager de Ben Laden. Aussi bien auprès de ses interlocuteurs du Pakistan et des autres pays arabes et que de ses correspondants européens.

Atteint d’une grave maladie, une typhoïde doublée d’un paludisme, le facteur d’Al Qaïda est soigné aux frais de Ben Laden qui lui a promis le paradis. Cette prodigalité ne l’empêche pas de virer sa cuti, de passer symboliquement à l’ouest en 1998. Le repenti explique que les attentats anti américains de Nairobi et de Dar es Salam lui « ont ouvert les yeux ».

Initié aux techniques du renseignement par ses nouveaux maîtres occidentaux, il va désormais infiltrer le cœur d’Al Qaida. Désormais, c’est du moins ce qu’il affirme, « Ramzi » va « s’appliquer à déjouer de nombreux attentats »… avant d’être démasqué et d’être condamné à mort par une fatwa d’Abou Yahya Al Libye. Trop tard, le messager a eu le temps de s’enfuir et peut maintenant raconter ses aventures de jihadiste pas comme les autres.

Aujourd’hui, tenu au secret avec une fausse identité, le terroriste en retraite revient sur sa « carrière :

L’attentat du RER B à Paris en 1995

« Suis-je traitre? Traitre à qui ? Je n’ai ni trahi mon pays, ni espionné contre lui. Je n’ai pas trahi mon organisation, mais mon organisation a dévoyé sa mission. J’étais atteint de typhoïde et de paludisme. J’emprunte alors le téléphone d’Abou Zoubeida Al Falastini pour prendre un rendez-vous avec un médecin. Le premier décembre 1998 je quitte l’Afghanistan pour me rendre dans le pays où j’avais été précédemment soigné. En fait, j’avais été suivi pas à pas par à travers le téléphone d’Abou Zoubeida qui était écouté. Les gens du renseignement n’avaient plus qu’à me cueillir.

Je peux vous révéler que, contrairement à ce qui a été affirmé, c’est bien Al-Qaïda qui est derrière les attentats de Paris en 1995. L'attentat du RER B s'est déroulé le 25 juillet vers 17 heures, faisant 8 morts et 117 blessés à la gare Saint Michel. Il a été revendiqué par le GIA algérien (Groupe Islamique Armé). Deux poseurs de bombes ont été identifiés grâce à leurs empreintes digitales: Khaled Kelkal et Boualem Bensaïd. Mais, je le réaffirme, c’est bien Al Qaïda qui est derrière cette action.

Après avoir été incorporé dans l’organigramme du service occidental, mes nouveaux interlocuteurs voulaient absolument que je leur livre Abou Zoubeida, celui qui, dans notre organisation a géré cette affaire de Paris avec ses relais algériens. C’est lui qui a donné l’argent. Si je n’ai pas pu coincer Abou Zoubeida, je les ai aidés à démasquer un autre réseau, celui d’Abou Qtada le patron d’Abou Zoubeida Al Falastini, une organisation responsable de la mort d’innocents… Jadis j’étais un élément du problème, je suis devenu un élément de la solution... Je n’avais pas d’état d’âme, ces attentats desservaient l’islam.

J’ai été interpellé et au terme de longues interrogations, mon aide a été sollicitée. J’ai fait l’objet d’un transfert médical vers un pays européen pour soigner une hépatite.

J’ai été pris en main par un service de lutte contre le terrorisme qui m’a initié à l’observation de l’environnement, à l’analyse de la gestuelle un art qui permet l’identification des gens. J’ai appris à observer et à ne jamais poser des questions… Une fois par mois je rendais compte à mon officier traitant, en dehors du Pakistan. Ma cible restait Abou Abdel Aziz Al Maghrébi, le spécialiste des explosifs.

Chronique d'un retournement

« En Bosnie, nous étions au nombre de 480 combattants d’origine arabe, des «Ansars» (partisans), un chiffre qui connaissait une inflation considérable en été, du fait du «djihad touristique», un afflux considérable de ressortissants des pétromonarchies et autres pays musulmans ou pas, venus «faire le coup de feu pendant la saison estivale».

Rendu en Afghanistan, les choses ont commencé à changer. Nous ne faisions plus la guerre avec des fusils contre des soldats. Notre entrainement a dévié vers les cibles civiles, (sabotage des barrages de retenue d’eau, empoisonnement des cours d’eau, dynamitage des salles de cinéma). C’est là que les attentats contre les ambassades des Etats Unis au Kenya et en Tanzanie, en 1995, m’ont fortement secoué.

Le fait de se donner la mort soi-même, dans un attentat suicide, équivaut à un suicide. Un acte pourtant formellement prohibé par la religion musulmane. Mais pour justifier les attentats suicide, les dirigeants d’Al Qaida invoquaient le précédent de la bataille d’Al Yammama, en Arabie Saoudite juste après la mort du Prophète, et l’exploit de Barrak Ben Malek qui s’était lancé, en solitaire, dans une opération commando.

Pour justifier sur le plan religieux ces suicides et ces attaques contre des civils, Ben Laden avait créé la « Faculté de la Législation Islamique d’Al Qaida », confiant son programme d’enseignement à Abou Abdallah Al Mouhajer. En fait c’était un instrument de propagande chargé de déculpabiliser à bon compte les djihadistes qui se lançaient dans ces projets criminels.

Je me posais la question : quelle est notre légitimité ? Qui sommes-nous, nous, 400 combattants d’Al Qaida en Afghanistan, pour décider de la guerre et de la paix et engager, par délégation, le destin d’un milliard et demi de musulmans? Nous ne dispositions dans nos rangs d’aucun véritable savant religieux (faqih). Les justifications que l’on nous donnait ne relevaient que de l’interprétation personnelle de chacun des responsables.

Après l’attentat de Nairobi, qui a couté la vie à 12 américains et 250 africains, dont le quart était de confession musulmane, j’ai interrogé Abou Abdallah Al Mouhajer, le responsable de la « faculté »:

«Est-il licite de tuer des musulmans et des africains qui n’ont aucun rapport avec nos guerre?

«Oui, répondit-il, en vertu de la jurisprudence «Al Tataross» qui absout le meurtre accidentel de musulmans (le dégât collatéral) lorsqu’il est fait usage de musulmans en guise de boucliers humains ».

Face à mon air dubitatif, il a écourté la conversation en ces termes : Ies diplomates n’étaient rien d’autre que des espions ».

J’étais hésitant à poursuivre dans cette voie. Au camp Farouk frappé d’une nouvelle crise de paludisme, cette nuit-là, pris de malaise, je sortis de ma tente pour prendre l’air et me soulager Quelle ne fut ma surprise de constater que des boules de feu s’abattaient sur le camp. Il s’agissait en fait de missiles Cruse, qui ont tué six personnes. Ce raid fut mon point de basculement. J’ai quitté l’Afghanistan et Al Qaida. »

Les néoconservateurs, Clinton et la guerre en Irak

« La fréquentation des responsables d’Al Qaida m’a permis d’entendre pas mal de secrets. Ainsi, dès 1999 je savais que les Américains voulaient faire la guerre en Irak. Un soir, lors d’un dîner regroupant une quarantaine de personnes, Abou Mousa’ab Al Soury, un syrien né à Alep, théoricien du « djihad global » et qui est aujourd’hui le vrai successeur de Ben Laden, tire de sa poche un texte en arabe intitulé «American Century Project» et nous annonce à voix haute:

«Les Américains préparent une invasion de l’Irak et le renversement de Saddam Hussein pour faire de l’Irak un exemple de démocratie et assurer l’expansion des intérêts américains dans la zone ». Le texte de cette lettre, adressée à Bill Clinton président des États Unis, portait la signature de George Bush jr, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Condoleeza Rice et Paul Wolfowitz . C’est dire que de hauts responsables politiques, ceux qui allaient succéder à Clinton, préparent déjà la guerre contre l’Irak.

Et Abou Mousa’ab Al Soury avait aussi dans sa poche la réponse de Clinton. Il disait « Je ne saurais me lancer dans de telles opérations, sauf en cas d’attaque similaire à celle de Pearl Harbour. »

Abou Fahs Al Masry
enchaîne alors: « C’est vrai, alors nous leur assénerons un nouveau Pearl Harbour »…

En septembre 2001, j’ai compris ce dont il était question à l’époque. Al Qaida songeait de longue date à une grande opération. En juillet 2001, j’étais au Kandahar. Abou Fahs al Masry me réclame et me charge d’une mission: «Je te charge de faire parvenir ce message à quatre personnes de Londres et de Birmingham: « quittez le Royaume Uni et revenez en Afghanistan, avant début septembre. Sinon restez sur place et ne bougez plus ».

Surpris je pose cette question à Abou Hafs: « Cette attaque sera plus forte que celle des missiles Cruse qui nous ont touché l’an dernier ? »

Il m’à répondu : « Rien à voir. Ce sera un théâtre de guerre. L’évènement sera énorme. Toi tu resteras en Europe».

Le Pearl Harbour, ce fut le raid du 11 septembre 2001 ».

Ben Laden, « un lion entouré d'ânes »

A la fin de son entretien avec Al Hayat, Ramzi revient sur une partie des aventures de Ben Laden au Soudan : « Hassan Tourabi et Omar Al-Bachir (actuel président du Soudan) ont trahi Ben Laden. D’ailleurs il les qualifiait de «Frérots caméléons». Oussama Ben Laden disposait d’une forte escorte égyptienne. Ils ont été à l’origine de tous ses maux. C’est eux qui lui ont soufflé l’idée de s’installer au Soudan pour y fomenter un coup d’état. Or, il n’a pas pris le pouvoir et perdu 165 millions de dollars d’investissements.

Le tandem Tourabi-Bachir a mis la main sur ses plantations et l’a roulé dans la farine. Ben Laden n’était pas fait pour la politique quotidienne, politicienne. Il vivait en compagnie de trois de ses épouses et de leurs enfants, menant une vie frugale, chasse, natation et équitation, se réservant le prêche du vendredi. Comment pouvait-il monter un coup d’état ? Autour de lui ses amis Ayman Al Zawahiri et Abou Fahs Al Masri, manquaient tout autant de bon sens. En fait, Ben Laden n’était qu’un lion entouré d’ânes».

Ses passionnantes confessions de Ramzi, avec leur part d’omission et de mensonge, nous conduisent à tenter de comprendre le nouveau rapport de forces qui traverse le Al Qaïda de l’après Ben Laden. L’organisation djihadiste se débat maintenant dans des conflits internes en raison des difficultés qu’ont ces guerriers d’Allah à trouver un incontestable successeur à leur maître disparu, à former une nouvelle génération de djihadistes. Ce qui est certain c’est qu’Al Zawahiri, qui se veut le nouveau calife, est en but à une solide opposition et à de la surenchère.

Pour se remettre en selle, Zawahiri a décidé de tourner son haut parleur vers l’Occident et d’éditer une revue en langue anglaise «Resurgence». Cette publication s’adresse aux musulmans qui résident ou sont nés des pays occidentaux. La raison de cette croisade de recrutement lancée en Europe ?

Le fait que les djihadistes venus de pays arabes soient de moins en moins nombreux et motivés. Ce nouveau marketing explique que Zawahiri, dans ses interventions, emprunte maintenant de longs passages des discours de Malcolm X, le leader des «Black Muslims», assassiné il y a quarante ans. Même avec Al Qaida, l’histoire tourne en rond.

Source : MondAfrique

 

 

Dubaï ou le royaume de la démesure

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Vue du Dubaï du haut de Burj Khalifa, le building le plus haut du monde

 

 

Dubaï surprend même le voyageur qui la visite régulièrement. Plongée au cœur d'une ville à nulle autre pareille.

Un cinquième séjour à Dubaï m'a permis de prendre la mesure de la métamorphose de la ville, devenue une quasi-mégapole. De jour en jour, cet émirat caméléon ne cesse de changer de visage, subissant un lifting continu telle une starlette à la conquête de Hollywood. Voici la tour dite Burj Khalifa, qui tutoie les cimes : c'est le gratte-ciel le plus haut du monde (828 mètres), soit deux fois et demie la tour Eiffel, où Giorgio Armani s'est taillé la part du lion avec ses boutiques, ses appartements (griffés) et son hôtel cinq étoiles aux tarifs exorbitants. Tout comme les Kenzo, Hermès, Versace, etc. Ce building pourrait pourtant être bientôt dépassé par Sky City One, construite en Chine par le milliardaire Zhang Yue.

Au pied de la tour, à partir de 19 heures, une fontaine musicale géante offre un spectacle gratuit et hallucinant fait d'eau, de lumière et de musique. On peut y accéder par le (nouveau) métro ultramoderne, dont le réseau se compose de deux lignes. Automatisé à la japonaise, propre comme un miroir chinois, il dessert toute la ville, de Jebel Ali jusqu'à l'aéroport en passant par tous les points névralgiques. Y boire ou y manger vous coûtera une amende de 100 dirhams (20 euros). Y fumer une clope, 200 DH. Aux heures de pointe, pour éviter les "corps à corps", des rames sont réservées aux femmes sous l'oeil vigilant de policiers qui veillent au grain. Le métro est géré par le jeune prince Hamdan Al Maktoum, frère de la belle Meriem, cavalière émérite qui organise chaque année le Festival international d'équitation sous le regard d'aigle de son père, l'émir de Dubaï.

Tous ces princes, voire certains roturiers de l'émirat, mènent grand train : palaces, bijoux, bolides rutilants dont le coût pourrait couvrir les besoins en nourriture du Yémen et du Niger réunis. Tout est démesuré dans cette ville en quête permanente de superlatifs. À titre d'exemple, le Dubai Mall, plus grand centre commercial de la planète, et son aquarium géant, le plus vaste au monde, qui abrite 300 requins (dont 30 requins taureaux) et une faune de 33 000 animaux marins ! Autre record : d'après le Global Property Guide, Dubaï est le premier marché immobilier (d'habitations) au monde.

 

L'aquarium du centre commercial Dubaï Mall, abritant des milliers d'espèces

 

Avec 39 millions de personnes transportées à travers le globe, Emirates Airlines annonce, de son côté, pour l'exercice écoulé, des bénéfices de l'ordre de 2,3 milliards de dirhams. Quand cette compagnie, chère aux Maktoum (famille régnante), est née, en 1985, sa flotte ne comptait que deux avions utilisés en leasing. Que de chemin parcouru !

 

Dire de Dubaï que c'est une ville arabe, c'est se tromper d'adresse. On n'y entend guère parler arabe mais bengali, indu, anglais en raison de la présence massive d'ouvriers venus de Bombay, Lahore, Manille, Sanaa ou Kuala Lumpur. Ils s'y accrochent malgré des conditions de vie déplorables, parfois inhumaines. Les tours et les palaces de Dubaï, ils les ont construits presque à la force du poignet par un taux d'humidité unique au monde et sous un soleil de plomb. Ici, c'est la fournaise continue. Et pour y échapper, le touriste doit se terrer dans sa chambre d'hôtel jusqu'à 18 heures. Accomplir de longues distances à pied relève de la gageure.

Les avenues sont larges, rectilignes et très propres. Çà et là jaillissent des jets d'eau, des fontaines, des plans d'eau. Jardins avec bancs publics et plantes aromatiques embellissent cette ville aux allures à la fois de Singapour et de Miami. Tel Monaco, Dubaï est entièrement surveillé par des caméras de sécurité. Seule ombre à la carte postale, la présence envahissante et permanente de grues et de bulldozers, rançon d'un émirat en éternel chantier.

Source : Jeune Afrique