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Chronique en Mauritanie

L’art de se complaire dans la crise

L’art de se complaire dans la criseLes Mauritaniens semblent bien aimer les situations de crise. Quand on essaie de jeter un regard sur ce qu’ils entretiennent et ce qu’ils vivent, on arrive forcément à la conclusion que les Mauritaniens ne se sentent pas mieux ailleurs que dans une situation de crise !

La preuve, malgré les élections législatives, régionales et municipales, on ne cesse pas de s’embourber dans la crise politique et, comme pour nous rendre encore plus en phase avec ce qui est devenu notre nature, on ajoute à la crise politique, la crise économique et sociale, avec la flambée des prix, le chômage et les dysfonctionnements dans bon nombre de secteurs d’activité.

Ce qui étonne chez eux, c’est cette fatalité qui les poursuit. Tout se passe comme s’ils sont condamnés à vivre les crises, comme une sorte de « normalité ». Il n’y a pas autre chose à attendre de ceux qui les gouvernent et des autres qui s’opposent à eux. Car alors que les Mauritaniens souffrent au quotidien, voilà que tout le monde se projette déjà dans la perspective du « troisième mandat du président Ould Abdel Aziz ».

Malgré tout, l’un des plus grands problèmes auquel les Mauritaniens sont confrontés c’est cette indicible insouciance qui fait qu’ils regardent le temps et les choses passer. Le président, le ministre, le wali, le directeur ou n’importe quel quidam ou n’importe quel parvenu, peut agir à sa guise, en étant sûr qu’il n’aura en face de lui que des « Consentants » !

Ce n’est nullement un appel à la sédition, mais il faut, au moins, savoir exiger de ceux qui nous gouvernent – ou qui ont choisi de s’opposer au pouvoir – de mettre en priorité les problèmes du citoyen. Si une crise perturbe le fonctionnement de l’Etat ce sont les populations qui en subissent les conséquences.

Que le gouvernement cherche à se donner les moyens de sa politique, en augmentant les impôts et taxes sur les entreprises est chose normale mais qu’il prenne le malin plaisir à fermer des sociétés comme l’ENER, mettant dans la rue des dizaines d’employés, créant par ricochet des dysfonctionnements énormes au sein des familles d’employés mis au chômage, doit pousser à réagir. Ne serait-ce qu’au niveau de l’élite qui ne mérite ce nom que si elle fait preuve de courage et de responsabilité pour dire au pouvoir la vérité.

Il n‘y a pas de doute, pendant les mois qui nous séparent de la future présidentielle, la classe politique va mettre de côté les choses essentielles de la vie qui portent sur le bien être des populations, pour s’adonner à son sport favori, les querelles politiques.

Certes, une réforme constitutionnelle ne peut être acceptée. Les vrais démocrates ont le devoir de lutter pour que le président respecte la constitution et qu’il mette fin à son pouvoir au terme de son second mandat, comme l’exige la constitution.

Mais ce combat ne doit pas faire taire les revendications essentielles qui assurent la survie de l’espèce. Après près d’une décennie de crises multiformes, le temps est venu de jeter un regard attentionné sur le quotidien du peuple. Cela compte beaucoup pour les populations. Cela compte autant pour le pays.

N’Gaïdé Hamatt
Source : L'Authentique (Mauritanie)

Autour d’un thé: Têtes

Autour d’un thé: TêtesLe Calame - « Qui ne t’a préféré que sa tête, ne le ‘’vois’’ pas sur lui ». C’est si vrai que cela ne suscite aucun commentaire. Un peu comme la vache meuglant : « mon veau, mon veau » ; puis, tout à coup la voilant, : « ma tête, ma tête ». Ce n’est pas pour rien qu’anatomiquement, la tête est en haut.

Relativement, bien sûr – merci, Einstein ! – en haut par rapport, donc, aux jambes, au tronc et autres membres. La tête, le tronc, les membres, vieille leçon de sciences bien assimilée par les anciens élèves du cours primaire moyen première année (CM1).

La tête et le cou avaient leur histoire. Ils revenaient de droit aux forgerons. La tête, c’est la tête. Exactement comme le cou est le cou. Mais pourquoi, parfois, c’est comme ci et, parfois, c’est comme ça ? Pourquoi ne pas avoir donné la tête et le cou des listes nationales, régionales et des femmes aux « ayants droit » ? Histoire de rester fidèles à nous-mêmes : les chefs, d’abord ; les proches, ensuite ; les fidèles amis, enfin.

C’est quoi cette démocratie ? De moi d’abord et les autres ensuite. De moi toujours, tant que je tiens encore sur mes pieds chancelants. C’est quoi cette épicerie personnelle où les autres ne sont que des « toujours debout » taillables, corvéables et « renvoyables » à tout moment ? Les partis politiques nationaux et leurs pratiques rappellent, à bien des égards, les organisations de la Société civile.

Comme celle d’une proche parente (c’est très à la mode) dont le bureau exécutif se déclinait comme suit : présidente, elle-même ; vice-président, son fils aîné ; secrétaire général, son mari ; trésorière, sa fille ; commissaire aux comptes, sa fille cadette ; commissaire aux comptes adjointe, sa domestique ; chargé des relations extérieures, son chauffeur ; sa défunte maman, la présidente d’honneur ; chargée de communication, sa voisine perdue de vue depuis quelques années.

Qui dit mieux, en termes de rapprochement de l’administration des administrés ? Hé, il faut bien assurer ses arrières ! Et, comme on dit, « la tête ne peut pas être la queue ». Les présidents de parti veulent être des « têtes » pour leurs militants. Et la tête, si « elle devenait des yeux », elle ferait peur.

Alors, il faut bien qu’elle devienne député. On ne sait jamais. L’avenir est tellement incertain qu’il faut bien être là pour savoir quoi faire. Et puis, « voit le vieux, couché, ce que ne voit pas le jeune, debout ». Tout droit dans ses bottes, pantalon et boubou. Ah, ça, on n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Or c’est bien une affaire de service (dans le sens de « se » servir d’abord) et de servitude, pour les autres qui doivent être toujours prêts et agiles, comme des scouts, pour le parti. Le parti de Sidi. Le parti d’Oumar. Le parti de Diarra. Le parti de Moktar. Le parti de Fatimetou. Le parti de Mohamed. Le parti de M’bareck. Le parti d’Ifra.

Le parti de Sidna. Le parti de Kadiata. Le parti de Moustapha. Le parti de Dramé. Qui sème les partis récolte les têtes de liste. C’est normal. N’est-ce pas dans ma maison que se trouve le siège ? N’est-ce pas moi qui en paye le loyer ? Mon argent qui finance les banderoles, les portraits et les affiches ? Le parti, c’est moi.

Alors, c’est qui sème et qui récolte ? Normalement. Tout ce qui vient, tout ce qui tombe. Les faveurs, l’argent, les postes électifs et, éventuellement, les nominations et les subventions. Tout ça c’est pour bibi, dans ma poche. Directement. Comme disait un célèbre virtuose de notre tidinitt, directement dans la poche. Le chef, d’abord et les subordonnés, ensuite.

Communautairement : Hartani, Beidani, Kowri ou Hartaniya, Beidaniya, Kowriya ; c’est tout comme. Regardez le RFD, Tawassoul, l’UFP ou El Wiam : c’est la règle. L’UPR, l’APP et El Moustaqbal ont fait quelque chose qui ne sert pas l’unité nationale. Conférez les têtes de leurs listes nationales, régionales et des femmes. Où est la Constitution ? Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Autour d’un thé : Symboles

Autour d’un thé : SymbolesLa Mauritanie est très mélangée. Notamment élections parlant. Régionales. Municipales. Législatives. Présidentielle. Il faut bien qu’on en parle pour ne pas paraître un imbécile. Faire comme tout le monde, quoi.

De quoi parlerait-on, sinon ? Des tribus ? Des communautés ? Des régions ? Des ethnies ? Des femmes ? Des jeunes ? Des LGBI ? Lesbiennes, gays, transsexuels et autres ? Combien de tribus, chez nous ? Confusion totale, démocratie vraiment très atypique. Tout comment les listes de tel ou tel parti. Bon, allons voir quand même.

Un Beïdane à la tête de la liste nationale. Un Harratine à la tête de la liste régionale. Un Kowri à la tête de la liste des femmes. C’est comme ça que ça marche, en Mauritanie. C’est ça, son standard. Les alliances de toutes natures. Les alliances contre nature. Les mécontentements. Le nomadisme. La transhumance. Un homme d’affaires qui change son fusil au moins trois fois d’épaule.

Un parti de la majorité qui rabâche, au gré des humeurs partisanes et des rapports de force civils et militaires, plusieurs fois ses candidats. Le futur Parlement aura de tout et sera vraiment très panaché. Très coloré. Très savoureux. Toutes les idéologies.

Des nationalismes les plus ataviques aux extrémismes les plus primaires. Et des négationnismes les plus grégaires aux libéralismes les plus permissifs. Bref, un parlement de tout. Une véritable arche de Noé. «Ô mon fils, monte avec nous ! ».

C’est comme qui dirait que toute la Mauritanie est candidate à quelque chose, dans ces élections-là. Un peu comme dans les examens nationaux. Chaque famille a au moins quelqu’un candidat au concours d’entrée en sixième, BEPC ou BAC.

Pas une famille qui n’aura pas son représentant au Conseil régional, à la mairie ou au Parlement. Vraiment extraordinaire d’originalité. D’un million de poètes on devient un million trois cents candidats. D’un million de partis politiques. D’un million de sièges.

D’un million d’emblèmes. Eh oui, les sigles ! C’est à mourir de rire. Un verre de thé à moitié plein ou à moitié vide, par-ci. Pour dire qu’un parti n’ira pas jusqu’au bout, s’il n’obtient pas le 1% requis pour continuer à exister. Un bâton, par-là, pour rappeler un peu que la torture existe encore en Mauritanie.

Torture physique et psychologique. Une vache. Une chèvre. Un lièvre. Un baobab. Une calebasse. Un fusil. Une tablette. Une corne. Un tam-tam. Une plume. Un oiseau. Une étoile. Un soleil. Un arc-en-ciel. Une lune. Un cure-dents. Une bouteille. Un robinet.

Une margelle. Une marmite. Une corne. Un béret. Une cuillère. Un flambeau. Un âne. Un cheval. Une agrafeuse. Une roue. Un chapelet. Un tapis de prière. Une pièce de tissu. Une pièce de monnaie. Un poisson. Un chameau. Une carotte. Une orange. Un épi. Une botte. Une médaille. Un capuchon. Une théière. Une tortue. Une femme. Un homme.

Un garçon. Un livre. Tout ce qui passe par la tête peut servir de symbole. Pour ne rien dire. Puisque, réellement, on n’a rien dire à personne. C’est juste qu’il faille passer à la trappe, pour devenir conseiller régional, député ou maire et passer à autre chose. Une tortue, c’est généralement symbole de lenteur.

Un lapin, d’intelligence. Un arc en ciel, de diversité. Un fusil, c’est pour tuer ou, à la limite, faire peur. Une théière, pour dire que nous sommes des buveurs de thé. Un tam-tam, ça rappelle les cérémonies où les gens dansent, chantent, applaudissent. Une roue, ça roule. Un âne, ça braie. Un poisson, ça fume quand c’est mis au fourneau. C’est symbolique que tous les Nous z’autres soyons candidats à quelque chose.

C’est clair l’intérêt des Nous z’autres aux choses publiques. Dans la plus totale confusion. Les experts aux choses fortuites. Les badauds aux choses expertes. Les militaires aux choses civiles.

Les civils aux choses militaires. Les vieux aux choses des jeunes. Les jeunes aux choses des vieux. Mauritanie dans la confusion. Sens dessus-dessous. Vive la démocratie ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le saint homme et le président : Alpha Conde chez Mohand Baba

Dochliya, un petit village situé a quarante kilomètres au nord de Mederdra le Mardi 03 Juillet, vers dix heures. Un Hélicoptère de l’armée de l’air mauritanienne se pose sur un terrain situé au nord du village gardé par des éléments du Basep. Quatre personnes  descendent. Un homme de teint foncé portant des lunettes et qui semble être une éminente personnalité passe en revue tout en en saluant le groupe de personnes venues l’accueillir. Juste après, il s’engouffre dans une Toyota V8 qui fonce vers le sud-ouest du village. Un peu plus tard, la voiture s’arrête devant une petite et modeste maison en zinc entouré d’une clôture de grillage. Trois parmi ce groupe entrent dans la concession alors qu’on ordonne aux autres de rester dehors. On fit assoir les trois visiteurs sans aucun protocole dans une petite cabane de fortune sur une petite natte en plastique. C’est la qu’ils vont attendre d’être reçus par l’illustre personne  qu’ils se sont déplacés de Nouakchott pour rencontrer…

L’une de ces personnes qui attendent patiemment leur tour, n’est pas n’importe qui. Il s’agit du président guinéen Alpha Condé. Ce dernier a demandé aux autorités mauritaniennes de lui organiser un voyage afin de pouvoir rencontrer l’apôtre de Dochliya, Mohand Baba. Ce voyage a été organisé par les services de la présidence sans que les autorités locales ne soient avisées.

Rares sont ceux qui ne connaissent pas l’illustre Mohand Baba ould Meine. Le savant, médecin, poète, penseur, historien, sociologue, ethnologue pour ne citer que ceux-ci parmi ses nombreuses qualités. Ce modeste moine, pas du tout concerné par la vie d’ici bas, habite une contrée lointaine qui est devenue la destinée quotidienne de nombreuses personnes venues des différents coins du pays. La plupart de ces visiteurs cherchent a se faire soigner de maladies incurables. D’autres viennent chercher le savoir. D’autres sont tout simplement à la recherche de la Baraka du saint homme.

L’illustre hôte guinéen a attendu à peu prés vingt minutes en compagnie de l’homme d’affaires, Hassen ould Mouknass et  du point focal du marabout : Yacoub ould Mohamed Moussa. Ce sont ces derniers qui tout fait pour la réussite de cette rencontre. Finalement, la mince silhouette du Cheikh Mohand Baba est apparue. Il porte comme d’habitude une bouilloire et n’est habillé que d’un vieux boubou de «Chegga ». Lorsqu’il s’est approché, le groupe s’est levé. Il leur fait signe de la main et s’arrête pour dire asseyez-vous. S’ils n’avaient pas obéi, le saint savant aurait aussitôt rebroussé chemin car par modestie, il ne veut pas qu’on se lève pour le saluer…

Il s’assoie, souhaite la bienvenue au président et commence comme c’est toujours le cas à bombarder son visiteur de questions sur tous les sujets. Ils ont eu un entretien qui a duré près d’une heure de temps en présence des deux hommes déjà cités. Après avoir entendu la requête du président, il lui a demandé pourquoi l’avoir ciblé particulièrement car il y a beaucoup d’autres marabouts. Le président lui répond qu’il désire depuis longtemps le rencontrer spécialement. Mohand Baba lui a imploré Allah a lui accorder sa bénédiction et d’accomplir ses vœux. Il lui a aussi remis comme cadeau une bouteille de parfum. Pour le rassurer sur le plan sécuritaire, il s’en est parfumé et a demandé a Hassen et Yacoub d’en faire autant. Le président Condé lui répond que ce n’était pas la peine car il a une confiance totale en lui et a rappelé une sagesse qu’il lui avait confiée au début de la rencontre que rien ne peut se faire sans la volonté d’Allah. Ensuite, le président propose une « Hedia » (don) au Cheikh. Il s’agit de la bagatelle de cent milles dollars que Mohand Baba a refusés poliment, l’informant que durant toute sa vie, il n’avait pris quoi que ce soit avec quiconque. Il a demandé qu’on veuille bien expliquer cela à Monsieur le président pour qu’il ne s’en formalise pas.

A la fin de l’entretien, le saint homme octogénaire s’est retiré laissant le groupe dans la cabane. Une heure plus tard, le convoi rebrousse chemin vers le terrain d’aviation. Le président et sa suite reprennent aussitôt la route de Nouakchott au bord de l’Hélicoptère. Les militaires et les agents du protocole vont les suivre plus tard par voiture comme ils étaient venus. Le village va reprendre son calme et sa monotonie aussitôt après. Alors que Mohand Baba s’est retranché dans ses longues prières et méditations quand il ne professe pas  le savoir.

Auparavant, des voitures du Garim étaient venues dans ce village le Lundi 02 Juillet vers treize heures pour commencer à baliser le terrain où va se poser l’Hélicoptère. Vers quinze heures, des voitures du Basep en compagnie des quelques éléments du protocole de l’Etat viennent aussi sur place  avant cette visite. Ils ont été respectivement hébergés et pris en charge par les disciples du Mohand Baba dans trois différentes maisons. Après le départ du président, ce groupe a été reçu collectivement par le marabout.   L’aide de camp du président guinéen et son médecin particulier ont fait partie de ce voyage.

Mohamed ould SidiYaraf

 

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...Il ne faut pas être « né du vendredi », recommandent les Mauritaniens : c'est au plus proche puis au plus proche que tout ce que tu as ou peux avoir doit d’abord revenir. Et ce n’est pas nouveau, avant même que la Mauritanie existe, du temps déjà de la « Seïba », les émirs, les Almamy et autres Alboury, c’était comme ça.

Fils, proche, serviteur, esclave, griot ou forgeron du chef général, ce n’est pas n’importe qui que personne ne connaît, sans parent « quelqu’un », influence, interférence, ni omnipotence.

Soyons réalistes. Un frère, ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas n’importe quoi. Entre ton « même père et même mère » et tout autre, le parti ne compte pas. Même les cousins les plus proches. Même les femmes, les enfants, les amis. La fratrie, c’est sacré. Comment choisir un autre que son frère, pour un poste si juteux ? « Voir cela sur » quelqu’un, c’est vouloir « voir quelque chose sur lui ».

Ne pas être « né » du vendredi. Ne nous sommes-nous pas des musulmans ?« Le meilleur d’entre vous est le plus regardant et dont les biens est pour ses parents ». Vous oubliez tout ça et vous nous dites patati, patata, patatras. Cette fois, le frère est passé.

Si le parti trouve autre chose, ce sera la sœur, avant le neveu ou le cousin, eux-mêmes avant quelqu’un de la tribu puis de la communauté puis des autres membres du parti, selon leur rang. C’est tout comme le neveu fils de la sœur bien-aimée.

L’oncle ou la tante, c’est comme le père ou la mère. Impossible qu’un oncle présidant un parti de la majorité fasse rater une aussi belle opportunité de salaire confortable à son neveu, dites-vous ? Que me chantez-vous là ? Mettez-vous à leur place !

Accepteriez-vous, vous, d’être un « makhlooug El Joumou’a ». Vous savez, chez nous, oh, lalalalala, être le beau-frère de quelqu’un, c’est très complexe. Tu peux faire ce que tu veux : du plus simple au plus compliqué.

Un beau-frère peut porter le boubou, le pantalon ou la chemise ; arriver en retard et manger ton repas ; rentrer dans ta chambre, dormir sur ton lit, prendre, au réveil, la monnaie de ton armoire et s’en aller, sans rien dire à personne. On ne reproche rien à son beau-frère. Il peut même vendre ta maison.

C’est très exceptionnellement qu’on dit, chez nous : « Ton gendre, s’il ne te respecte pas, prends-lui ton gros bâton ». Comment donc ne pas penser à lui, quand il y a une commission en vue ou quoi que ce soit qui puisse l’aider à régler certains problèmes, contribuer ainsi grandement à ne pas fâcher Madame. Adieu, donc, boubou, pantalon, repas et petite monnaie ! Le temps d’une commission électorale.

Cette fois, quand même, personne ne peut dire que son Excellence Monsieur le Président a mis quelqu’un dans l’affaire. Parole du ministre porte-parole du gouvernement en qui nous ne « connaissons pas le mensonge » ! Pas un homme. Ni une femme. Ni un cousin.

Ni un homme d’affaires. Pas rien ni personne. PM, ministres, Généraux, de ceux-là, le porte-parole n’a dit s’ils ont mis quelqu’un ou pas. « Chaque main efface sa figure »... Le beau-frère du cousin du Président n’est pas le beau-frère du Président. Il ne faut pas tout confondre.

Et puis, c’est bon de n’avoir choisi que des gens que tout le monde connaît. On ne sait jamais. S’il faut les rechercher, un jour, au moins, ça ira vite : un cousin par-ci, un beau-frère par-là, un frère de père et de mère de là- bas, le beau-frère d’un cousin au Président, le neveu d’un chef de parti de la majorité. Deux gens du bord du Fleuve. Un harratine et un nationaliste.

C’est facile d’assembler les gens de la nouvelle commission électorale nationale indépendante ! Qui sème le vent ne récolte généralement pas une place à la CENI. Il faut bien que les gens du FNDU le sachent : les absents ont toujours tort ! Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ans

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ansLe 5 mars 1958, la première pierre de la capitale mauritanienne Nouakchott était posée. Une capitale coincée entre la mer et le désert, sortie des sables par la volonté du conseil de gouvernement qui décide de quitter Saint-Louis au Sénégal où il est installé.

Trois ans plus tard, l'indépendance sera proclamée dans un hangar faute d'infrastructures. Aujourd'hui, Nouakchott s'étend sur près de 30 kilomètres mais les anciens n'ont rien oublié de l'aventure des débuts, quand tout était à construire.

A sa création, Nouakchott n'est qu'un ancien poste militaire habité de quelques centaines d'âmes. « Une dune et quelques arbustes rabougris » se souvient le premier président mauritanien dans ses mémoires. Son épouse, Marième Daddah, n'a pas oublié son premier voyage.

« Quand nous sommes arrivés au-dessus de la ville de Nouakchott, le président m’a dit : "Nous sommes arrivés", avec beaucoup de satisfaction. Et moi, la fille de la grande ville, j’ai écarquillé mes yeux pour voir cette ville. Mais il n’y avait pas grand-chose. Je lui ai dit :"Mais, où sommes-nous ?" Il m’a dit : "Eh bien nous sommes arrivés". »

L'aventure ne fait alors que débuter. Mohamed Aly Cherif, l'ancien secrétaire général de la présidence, se rappelle que beaucoup de fonctionnaires ont d'ailleurs bien du mal à se décider à faire leur premier voyage.

« Il y a beaucoup de gens qui ont traîné les pieds, qui sont venus seulement un an et demi après. Ils ont dit : bon… Direction des douanes, direction des contributions… Il faut qu’ils restent à Saint-Louis, parce que les réseaux et les communications ne sont pas bons, etc… »

Georges Nassour, un des premiers commerçants à s'installer, ouvre sa boucherie sur ce qui n'était avant qu'une dune. Des années après, sa fascination pour la ville est restée la même. « La chance de cette ville c’est d’être dans cette immensité. Autour de Nouakchott il y a un recueillement. En face de vous il y a la mer, derrière vous il y a le désert. C’est quelque chose de captivant ».

Ville tentaculaire, Nouakchott s'étend aujourd'hui sur une trentaine de kilomètres. Ses plans d'urbanisme ont tous été dépassés avant d'être appliqués. Plus d'1 million d'habitants y vivent désormais, soit un tiers de la population mauritanienne.

Source : RFI

 

 

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » !

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » ! L’interview tant commentée avant sa parution dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dont de larges extraits sont parvenus à la presse locale et étrangère pendant que le journal était encore en pré-maquette suscite un grand intérêt tant dans les milieux de la communication que politiques.

Quoi de plus normal que d’accorder un entretien à un journal pour livrer ses idées et faire passer un discours à la face du monde ? Le choix du vieux et emblématique journal du continent semble trouver sa place dans ce qu’on pourrait qualifier de canal favori des présidents africains dont les rapports Avec JA sont symptomatiques d’une défiance voire d’un dédain à se confier d’abord à leurs propres médias.

Qui de JA ou de Aziz qui a cherché à joindre l’autre ? En temps normal , accorder ou s’accorder une sortie dans les colonnes d’un journal comme JA pourrait passer inaperçu.

Mais dans le contexte actuel où un président en fin de mandat voulant calmer le jeu politique dominé par les coups de colère de la rue aggravée par l’impasse politique, l’interview tient lieu d’un bon scoop pour JA. Surtout… surtout… les enregistreurs ont des oreilles.

Dans un exercice de communication laborieux, les détails ne sont que des habillages qui accompagnent l’idée clé consacrant le sujet principal de l’interview qui se résume en une phrase lapidaire : « Je ne me présenterai pas en 2019 ».

Et comme il fallait y mettre la forme, le grand invité de JA avait tout le loisir d’aborder d’autres sujets qui intéressent les mauritaniens en vue de nourrir la curiosité de ses concitoyens et de répondre éventuellement à des rumeurs sur sa personne et ses bonnes ou mauvaises relations avec des personnalités politiques et du monde des affaires ou encore le rôle de la Mauritanie dans le sahel.

C’est dire que le moment choisi n’est pas fortuit pour un dirigeant à la fois acculé par l’opposition qui investit la rue pour faire entendre sa voix que par ses soutiens et nombreux opportunistes battant campagne pour un troisième mandat quitte à recourir à la modification de la constitution. Ces sirènes du troisième mandat ont redoublé de zèle dès l’annonce de l’interview.

Si dans les rangs de l’opposition radicale on semble accorder le bénéfice du doute aux déclarations du Président Aziz, les mouvements de contestations des jeunes dans les réseaux sociaux restent sceptiques sur la sincérité des propos d’un président qui prétend avoir changé le pays durant ses deux mandats.

Le projet de restructuration du parti de la majorité présidentielle, l’UPR, les vagues des promotions des officiers supérieurs au grade de généraux , la prééminence dans la lutte contre le terrorisme , les trains de mesure sociales , économiques qui cachent mal le malaise général des ménages sont souvent évoques par le président à chaque fois que l’opposition met le pouvoir en difficulté .

Comme si toutes les promesses données par le président aux mauritaniens de ne pas briguer un troisième mandat n’ont pas suffi pour dissiper les doutes, la sortie « chevaleresque » pardon « camelidesque » dans JA va-t-elle mettre un terme à la polémique du troisième mandat qui turlupine les leaders de l’opposition, le peuple et le monde ?

La parution cette semaine du journal tant recherché dans les kiosques et en version électronique constituera au moins un témoignage indélébile difficile à renier. A moins d’un coup de théâtre auquel les monarques africains nous ont habitués. Gageons cette fois que ce message va sceller le destin politique d’un homme qui ne cache pas ses ambitions politiques même après son départ du pouvoir !

Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

«Terminal F» à la découverte de la Mauritanie

Vidéo. Revivez «Terminal F» à la découverte de la MauritanieLe magazine des voyages du Figaro vous fait découvrir un pays niché au cœur des dunes, avec un récit de voyage de journalistes qui en reviennent et l'expertise du PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure Lionel Habasque, ainsi que du spécialiste du Sahara, Michel Pierre.

Pour Le Figaro Magazine, le journaliste Stéphane Dugast et le photographe Stéphan Gladieu ont parcouru les oasis de l'Adrar, en Mauritanie.

Sur le plateau de «Terminal F», l'émission des voyages du Figaro Live, ils racontent leur expérience de ce «trésor caché au cœur des dunes», où se trouvent Chinguetti, «la Sorbonne du désert» et Ouadane, haut lieu historique du pays. Après une décennie de crise, le tourisme , sort des sables en Mauritanie, comme une arme de paix.

Sur le plateau également de ce numéro de «Terminal F», Lionel Habasque, PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure et Michel Pierre, spécialiste du Sahara.

Tous deux apportent leur expertise de ce joyau du Sahel, que les voyageurs peuvent redécouvrir avec la réouverture, après dix ans d'arrêt, des vols charters entre Paris et Atar, du Point Afrique, grâce à la pugnacité et l'obstination de Maurice Freund, son dirigeant passionné. La Mauritanie se positionne au top des destinations pour 2018.

Source : le Figaro

 

 

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder La mort d’un pécheur sénégalais tombé sous la gâchette facile d’un garde des côtes mauritaniennes loin d’être un fait divers, est un incident malheureux qui a affligé deux pays frères condamnés à vivre ensemble. Paix à l’âme du disparu.

Très vite les présidents Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall qui se trouvent à Adis Abeba ont pris la mesure de ce drame pour calmer la situation et parer à tout dérapage. Des émissaires seront dépêchés réciproquement pour jouer aux bons offices. Pour que ces genres d’incidents ne se reproduisent plus.

Entre voisins, la moindre étincelle peut réveiller les vieux démons. Eviter de jouer aux pyromanes pour agir en pompier est la seule conduite qui vaille pour fermer le passage aux sirènes de la discorde. Il appartient d’abord à la presse de faire preuve de mesure et de responsabilité.

Devants les faits, refuser de céder aux colportages de fausses nouvelles et dans la pratique ne pas se faire l’écho des chantres de la haine. A ce prix les médias auront rempli leurs engagements professionnels et honoré leur profession de foi.

Nous osons espérer que ce comportement sera le seul qui accompagnera le travail des chevaliers de la plume ainsi que celui de tous les autres de cette noble profession. Notre degré de responsabilité se mesure à l’aune de notre sens d’élévation devant de telles épreuves fâcheuses.

La presse est le miroir par lequel se reflètent les bons comme les mauvais comportements. C’est avec la presse que les événements dramatiques prennent ou non du relief, que réussissent ou échouent les médiations. Surtout c’est par son biais que les peuples arrivent à se comprendre ou se haïr.

Entre la Mauritanie et le Sénégal c ’est l’incontournable marche d’un destin commun où la frontière n’est qu’un artificiel héritage que l’absurdité des hommes a réduit en tristes territoires séparés par des lignes de démarcation fragilisées par des incidents sporadiques capables d’être évités par la raison humaine.

La sagesse des anciens a toujours pris le dessus sur les pulsions morbides promptes à enfumer les relations entre les peuples. Les conventions et autres accords politiques n’ont de sens que quand les hommes chargés de les mettre en œuvre sont animés des motivations sincères. Nos gouvernants sont la première colonne qui doit veiller à respecter et faire respecter de tels engagements.

Ceux qui au final en sont les garants n’ont pas droit à l’erreur. Mais encore faudrait-il qu’ils sont bien imprégnés de la mission qui leur est confiée. Qu’un garde côte tient une arme comme la seule réponse à la surveillance des eaux territoriales, c’est s’assimiler en robot de la violence et de la barbarie.

L’usage de l’arme a ses règles et ses limites que ceux qui s’en servent ne doivent pas en abuser tant qu’ils sont capables de recourir à des moyens civilisés. Pourvu que le calme et la raison imposent leur loi sur la violence aveugle et génératrice de l’hystérie collective. Qu’Allah nous en préserve !

CTD
Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : Faussaires

Autour d’un thé : FaussairesLe Calame - Nul ne meurt, dit-on, sans avoir eu son jour. De gloire s’entend. Et le doigt, aussi, ne fait pas comme ça, mais comme ci. Je commence à commencer à aimer les députés ou, du moins, certains d’entre eux, puisque « d’autres certains » ne traient pas le lait « sur leur tête » et se retrouvent, alors, difficilement « aimables ».

Qui veut le respect, ne dit-on pas encore, n’a qu’à monter avec, sur la « tête » d’un arbre… Pour une fois qui n’est pas coutume, les honorables ont discuté d’une bonne affaire. Ah ça, oui, Une vraie de vraie affaire, les faux diplômes ! Et toute la fausseté qui va avec.

Faux et usage de faux diplômes, « c’est un secret de Polichinelle », s’est écrié l’un de ces messieurs. Moi, je le savais depuis longtemps : pour rédiger une lettre de motivation en vue d’un poste de directeur central d’un ministère de souveraineté, tel postulant, docteur ès-Lettres, titulaire d’une agrégation en linguistique, agrémentée d’une licence en chimie et d’un master en langues étrangères, recourt aux services d’un nègre.

Or c’est bien connu : tout ce qui est fondé sur du faux est faux. Chamboulement total, véritable remise en cause de tout le processus : de 1978 à nos jours, tout l’édifice s’écroule. Car, en toute logique, faux diplôme signifie faux diplômé et faux diplômé, faux fonctionnaire.

C’est comme les faux billets de banque. Qui, non seulement, ne servent à rien mais peuvent, aussi, directement conduire en prison. Les faussaires de diplôme et leurs complices sont, à ce titre, plus dangereux que les faussaires d’argent.

Ceux-ci n’en usent que pour se payer des voyages, aller danser au Teroubi ou au Café de Rome, changer de mehlefa, séroual ou boubou, au féminin comme au masculin, et flamber au Casino, quelque part à Dakar, Abu Dhabi ou aux confins du Tiris Zemour, histoire de faire diversion et tenter d’effacer leurs traces.

Ce qu’on appelle « tirer les branches ». Mais ceux-là falsifient, eux, les diplômes, falsifient les fonctions, falsifient les nominations, falsifient l’administration, falsifient la démocratie, falsifient l’armée, falsifient la justice, falsifient le pays.

Mon ami, consultant international en « affaires et climatologie, changements de la stratosphère et marche sur la lune, vision approchée du soleil levant et études sécuritaires », polyglotte fort de huit langues (hassanya ancien et moderne, tamachek, bambara, wolof, pulaar, soninké, haoussa, amazigh).

Français, un pé ; arabe, choueiy choueiya ; anglais, small small ; gros mais vrai diplôme, donc ; me dit souvent : « C’est moi qui ‘’a’’ fait ça. C’est moi qui ‘’est’’ parti sur la lune avec Gagarine ». Mais, comme, chez nous, on ne va pas aller de sitôt sur la lune, comme les changements climatiques ne concernent que les autres et qu’il doit, lui, travailler, il a accepté la direction des mahadras, au ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement originel.

C’est, effectivement, assez original. Pour autant, les députés doivent pousser beaucoup plus loin leur courage car il n’y a pas que les faux diplômes. Il y a, aussi, les faux hommes. Les fausses femmes. Les fausses fortunes. Les fausses annonces. Les faux démocrates.

Les faux opposants. Les fausses intentions. Les fausses professions de foi. Le faux est presque partout. Envahissant. Etranglant. Réduisant. Jusqu’à, même, de faux présidents. De ceux qui trompent leur peuple. Volent leur peuple. Méprisent leur peuple. Anecdote.

Il y a fort longtemps, je dirai même jadis, au temps où les animaux parlaient encore, bref, il y a au moins quinze ans, avant, donc, l’avènement de la Mauritanie nouvelle ; en réalité, bien avant ; un wali – je dis bien, un wali – reçoit son relevé de compte bancaire, libellé en français. Un vrai casse-tête, du véritable chinois.

Après avoir beaucoup réfléchi, il se résout à appeler un de ses subordonnés : « Ya khouye [mon frère], j’ai oublié mes lunettes à la maison », lui dit-il, « ces gens de banque, leur français est mélangé et d’ailleurs, moi, je suis arabisant : regarde-moi combien j’ai sur mon compte ». Un wali bilingue, c'est-à-dire qui ne connaît ni le français ni l’arabe. Assurément, les faux diplômes ne sont pas un faux problème ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Qu’attendre de 2018 ? Par Béchir Ben Yahmed, fondeur de Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis, président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

« Prévoir est très difficile. Surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir. » On attribue cette saillie à l’humoriste et réalisateur américain Woody Allen. Elle me revient en mémoire alors que débute l’année 2018. Que nous réserve celle-ci ?

Essayons d’en avoir une idée en gardant à l’esprit que les événements les plus importants, ceux qui ont changé le monde, n’ont jamais été prévus par personne. Qui aurait cru que le mur de Berlin tomberait soudainement un jour de 1989, entraînant la dislocation de l’URSS l’année suivante ? Qui aurait pensé que le plus spectaculaire des actes terroristes, celui du 11 septembre 2001, frapperait New York et Washington, secouant l’Amérique et influant sur son comportement jusqu’aujourd’hui ?

Trump, l’usurpateur dangereux

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ?

Cette année commence mal, et c’est encore Donald Trump, inénarrable président des États-Unis depuis près d’un an, qui la traîne dans le caniveau. Au dictateur de la Corée du Nord, Kim Jong-un, qui se glorifiait d’avoir sur son bureau un bouton atomique qu’il pouvait actionner à tout moment pour défendre son régime, le président de la plus grande démocratie d’Occident a cru pouvoir rétorquer : « Moi aussi, j’ai un bouton atomique. Et beaucoup plus gros que le tien. »

A-t-on jamais vu, dans l’histoire contemporaine, des chefs d’État s’apostropher de manière aussi puérile ? Simultanément et publiquement, le même Donald Trump a claironné qu’il coupait l’aide financière au Pakistan « parce qu’il ne fait pas tout ce que les États-Unis lui demandent de faire ». Et, plus brutalement encore, il en fera de même avec la Palestine parce qu’elle rechigne à s’incliner devant la volonté du tandem Netanyahou-Trump.

Troisième sortie de la semaine, cette fois contre son ancien bras droit et stratège en chef, Steve Bannon, qui n’a quitté cette haute fonction à la Maison-Blanche qu’en août dernier : « Steve Bannon n’a rien à voir avec moi ou ma présidence. Lorsque je l’ai renvoyé, il a perdu non seulement son job, mais aussi sa raison. »

L’auteur de ces insultes et de ces menaces a, en un an, montré qu’il n’est pas digne de la fonction à laquelle il a été élu. Narcissique, faible devant les flagorneurs, il ne sera, pour le temps qui lui reste à passer à la Maison-Blanche, que l’usurpateur dangereux du poste qu’il occupe.

Cinquantenaire du traité de non-prolifération

L’année 2018 marquera le cinquantenaire du traité de non-prolifération (TNP) des armes nucléaires. Il en sera beaucoup question pour rappeler que tous les pays du monde l’ont signé bon gré mal gré. Tous sauf trois : l’Inde, le Pakistan et Israël, qui voulaient être des puissances dotées de la bombe, et le sont devenues.

Son régime se sentant menacé, la Corée du Nord a quitté le TNP pour se déclarer, dès qu’elle l’a pu, membre du club des puissances nucléaires.

Cinq grandes nations sont « membres de droit » de ce club : États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France ; quatre autres sont des outsiders : Inde, Pakistan, Israël et Corée du NordL’Iran a renoncé, en 2015, à porter à cinq le nombre des outsiders. On peut craindre que la coalition États-Unis - Arabie saoudite - Israël, qui rêve de renverser le régime iranien, ne contraigne ce dernier à se protéger par l’acquisition de l’arme nucléaire.

« Scandale géologique » et gouvernance en RDC

 

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non.

En Afrique, deux grands pays dont le sous-sol est très riche – on a parlé de « scandale géologique » – vont défrayer la chronique en 2018 : la République démocratique du Congo (86 millions d’habitants) et l’Afrique du Sud (56 millions).

Comparables par la démographie, elles totalisent à elles deux plus de 10 % de la population du continent, mais se distinguent l’une de l’autre par leur PIB (344 milliards de dollars seulement pour l’une, la moins peuplée, 40 milliards pour l’autre) et par le revenu par habitant : celui de l’Afrique du Sud, 6 000 dollars par an, est treize fois supérieur à celui de la RD Congo, qui n’est que de 466 dollars.

Inférieure à la croissance démographique, l’anémique croissance économique de la RD Congo a fait reculer ce pays mal gouverné et a appauvri ses citoyens.

L’énorme différence entre ces deux nations va- t-elle s’atténuer ? La RD Congo a-t-elle une chance de se développer ? Tout indique que non, car ses institutions fonctionnent mal, et sa Constitution n’est ni respectée ni appliquée.

La RD Congo suivra-t-elle le mauvais exemple du Burundi ? On espère que non. Mais elle a besoin d’aide pour s’en sortir et appelle au secours.

Et les dirigeants ?

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par anL’Afrique du Sud, dont les institutions fonctionnent assez bien, est en revanche sur le chemin du redressement. Mais il lui faut écourter le mandat de son président actuel, Jacob Zuma, qui aura dévoyé la fonction, et transmettre au plus vite le relais à Cyril Ramaphosa, dont on attend beaucoup. Vu ce que l’on sait de lui et ce que lui prêtent ceux qui l’ont vu et entendu, l’espoir est permis.

Passons aux dirigeants. La fonction de chef d’État est désirée par ceux et celles qui l’assument, enviée par ceux et celles qui regardent ou subissent ces derniers.Depuis l’assassinat de John F. Kennedy, il y a cinquante-quatre ans, ses homologues dans les pays où la démocratie est installée quittent le pouvoir à la date impartie et terminent leur vie paisiblement, dans leur pays.

Mais quid des chefs d’État des nations dites sous-développées ou émergentes ? Leur sort est plus incertain, comme le montre le tableau ci-contre.

Ils sont donc quatorze à avoir été renversés et, pour certains, tués, en dix ans, soit un à deux par an.Au cours de 2018, quels chefs d’État du Tiers Monde seront forcés au départ, victimes de vouloir s’éterniser dans une fonction à haut risque ?

Source : jeuneafrique.com

 

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès

Les deux Nouakchott, entre luxe, misère, rigorisme et excès La ville de Nouakchott frôle actuellement le million d’habitants. Il y a cinquante ans, elle abritait moins de cinq mille âmes. Tous les maux et contrastes s’y entassent aujourd’hui.

Des mauvaises influences, des mœurs en dépravation, du mimétisme et des comportements les plus extrêmes tapent aux portes de toutes les maisons et de tous les quartiers et communautés sans exception aucune. Meurtres, vols à l’arraché, cambriolages, prostitution, mendicité, adultère, trafic de drogue, gangstérisme, sont à l’assaut des quartiers riches ou pauvres.

Les couches les plus riches s’installent davantage dans l’opulence, tandis que les déshérités sombrent dans l’inconnu risqué et les contre-valeurs éthiques. Radioscopie d’une société urbaine en transformation. La ville compte plus d’une quarantaine de quartiers officiels et non officiels.

Toutes les composantes nationales s’y empilent : Beïdanes, Harratins, Poulars, Soninkés, Wolofs, non nationaux- maghré- bins, ouest-africains et subsahariens, etc. Suivant son origine, chaque communauté marque d’une pierre blanche son quartier ou son arrondissement par les couleurs de son terroir, un mode de vie qu’on peut qualifier de « rirurbanisation ».

Associations et activités culturelles aux couleurs du village s’installent, témoignant de l’attachement à la ville, au village ou campement d’origine. Comme toutes les capitales du sud, Nouakchott crée, hélas, une communauté d’habitants urbains en perte de valeurs du terroir.

Une bombe à retardement pour le pouvoir central. La capitale donne l’image d’une mégalopole, mais conçue avec le dessin d’une épée de Damoclès. Tel dans le film Blade Runner de Ridley Scott, dans sa croissance, Nouakchott devient le centre de tous les crimes, de dépravations des mœurs.

Pas un jour ne passe sans que la police n’enregistre des cas de viol, trafics de drogue, de vols, ou ne coffre de prostitués. Faits de société ou simple influence exogène, en traversant la capitale, on ne peut empêcher nos regards de se river sur des femmes tirant des paquets de cigarettes de leurs soutiens-gorges, ou de leurs voiles, des jeunes filles portant des pantalons serrés, mais également celles portant des pantalons sous des des voiles trop transparents.

Quand aux adolescents, leur modernité serait de tomber le pantalon au beau milieu des fesses, slip dehors. La ruée vers les smartphones de luxe, les belles voitures, serait une sorte de cache-sexe de la misère sociale.

La ville de Nouakchott n’est certes ni Brasilia, ni Mexico, ni non plus Los-Angeles, avec leurs dizaines de millions d’habitants et leurs cortèges de suicides, de cartels de drogue et de mafias, mais elle est sur la voie de reproduire la même typologie de phénomènes sociétaux des méga-villes de ce siècle.

Ville-carrefour des «grands maux sociologiques de notre temps», selon la belle formule d’Ignacio Ramonet, Nouakchott abrite des quartiers périphériques, devenus le berceau de la pauvreté, de la marginalité, de l’insécurité, de la pollution, du désarroi, etc.

Le conglomérat des quartiers périphériques tels Mellah, Hay Saken, PK, Kebba, Tarahil, Kouva, Kossovo, et bien d’autres cités, témoigne, à bien des égards, de la croissance démographique et de l’occupation spatiale hallucinante de la ville.

Drôle d’histoire ; ces cités foncièrement pauvres, réputées dangereuses et regorgeant de tous les comportements déviant implacablement les mœurs sociales et les valeurs du terroir, portent en leur sein, une nouvelle idéologie ; celle de l’anticapitalisme, de l’antirichissime et de l’anti-libertinage mais également les contrevaleurs traditionnelles, « les excès des mœurs légères ».

Raison pour laquelle, il est désormais facile de recruter dans ces quartiers des jeunes orthodoxes fanatiques islamistes « prêts à se faire exploser », comme des prostituées, de trafiquants de drogue, de gangs, de voleurs et de casseurs de biens publics, entre autres ; parce que la pauvreté fabrique des proies faciles pour les malfrats.

De l’autre coté, Tafragh Zeina, Ilot K, Socogim, Lixar…. constituent les quartiers luxueux où habitent des citoyens « aisés » ravitaillés régulièrement en eau et en électricité et dont la plupart des villas somptueuses sont protégés par les patrouilles de la police et surveillés par les vigiles. Le fossé entre les riches et les pauvres, entre quartiers chics et cités bâties dans des endroits squattés « Gazra», s’approfondit.

La liaison entre quartiers du centre-ville et ceux périurbains est quotidienne. Elle crée l’échange classique entre le poumon économique de la capitale et sa périphérie. Toutefois, elle ne permet pas le transfert des activités et des services sociaux de base vers les quartiers périphériques.

Ceux-ci abritent d’ailleurs les taux les plus élevés de la déperdition scolaire, de l’analphabétisme, le plus grand nombre de violence, de vols, de prostituées, d’escrocs, etc.

Tant que de vraies politiques sociales ne seront pas mises en place ou renforcées dans ces espaces périurbains, la ville de Nouakchott, continuera à souffrir de sa croissance informelle, à suffoquer, comme attaquée par une peste, de ses maux sociétaux et, enfin, à vomir les souffrances de ses habitants pauvres qui s’entrechoqueront avec les plus aisés et le pouvoir central. Tous les ingrédients d’un télescopage social et d’une révolte des « damnés urbains » sont plus que jamais réunis.

Dr Ousmane Wagué

Source : Les Mauritanies

 

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?

Contrepoint | Terrorisme, les wahhabites sont-ils parmi nous ?L’Union sacrée pour un islam radical, referait-elle surface en Mauritanie ? Les méfaits de quelques illuminés obstruent la quiétude des populations désormais en position d’alerte permanente. Nous l’avons vu il y a de cela quelques jours, avec le cas d’un jeune forgeron, étiqueté comme « agneau du sacrifice ».

On semble tâter le terrain devant un état hésitant, au discours pas clair face à une menace pourtant quasi mondiale. Le ton monte dans les lieux de cultes. Ce qui serait dommageable pour le pays, ce serait la présence du terrorisme chez nous. Ce qui n’est pas exclu, vu que dans le temps, quelqu’un qu’on a manipulé s’est déjà ôté la vie. Aussi, mieux prévenir que guérir.

Le front mondial contre le terrorisme que les grands dirigeants de ce monde tentent de former n’y fera rien. C’est sans distinguo que les terroristes tuent. De jour comme de nuit, quel que soit le temps ou le lieu, plus personne ne peut se sentir en sécurité. Les terroristes imposent la peur. En réponse, les gouvernants « civilisés » invitent à : « alerter et dénoncer ». Un monde de peur et de suspicion.

C’est le décorum de « 1984 », le fameux roman de George Orwell. Autant dire que ce double diktat va fragiliser l’humanité si on n’y prend garde. Si comme prédisent certains experts, il faudra 25 ans pour vaincre le terrorisme, soit une génération, quel sera le prix de la victoire ? L’essentiel n’est pas de vaincre les terroristes, il faut plutôt donner une autre chance à l’humanité. C’est cela le véritable combat à mener. Plus de juste, plus d’équité.

Les terroristes islamistes n’ont pas le soutien des bons musulmans. Ceux qui connaissent le livre saint, ne peuvent être en phase avec des assassins. L’islam dénonce cette manière d’être. La réponse aux turpitudes de l’occident ne saurait se traduire par des tueries aveugles, le massacre d’innocents. C’est l’occident qui a créé ses monstres, entendons nous dire.

Certes, oui. L’essayiste André Vltchek écrit dans « Terrorisme musulman : à qui la faute ?» : « D’une civilisation pacifique et créative, qui penchait vers le socialisme, les nations musulmanes et l’islam lui-même se sont retrouvés soudainement désorientés, dupés déjoués, infiltrés par des implants religieux et idéologiques étrangers et transformés par les idéologues et les propagandistes occidentaux en une « menace considérable », les summums et les symboles du terrorisme et de l’intolérance ».

Et tout part selon lui, du soutien des wahhabites car « presque tous les mouvements radicaux de l’islam d’aujourd’hui, partout dans le monde, sont liés au wahhabisme, une secte réactionnaire ultraconservatrice de l’islam et qui contrôle la vie politique de l’Arabie Saoudite, le Qatar et autres fidèles alliés de l’Occident dans le Golf ».

L’endoctrinement islamique de nos jeunes, vient de là ; de même que celui des jeunes occidentaux qui peuplent les camps de Daesh. Voici des jeunes que l’on bourre capta gon –une drogue qui entraine une résistance à la fatigue, une vigilance accrue et une perte de jugement- le mal pour ces gens, c’est l’occident. C’est à l’état mauritanien de ne pas se tromper de combat, face à un wahhabisme rampant qui peut causer sa perte. Le mal n’a jamais triomphé du bien.

ADN
Source : Rédaction Cridem

 

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?

Nouvelles d’ailleurs : Défense des femmes vous dites ?Pour un bon projet de loi, c'est un bon projet de loi que celui, présenté par le gouvernement, concernant la pénalisation, enfin, des violences faites aux femmes. Et qui reconnaît que ces violences sont multiformes.

Que l'imagination masculine n'a aucune limite, quand il s'agit de rabaisser une femme, d'en faire une victime, de lui manquer de respect, de lui faire du mal.

Mais, comme de bien entendu, la part la plus rétrograde de nos oulémas est montée au créneau pour dénoncer ce simple bon sens, à savoir la protection de la femme et ses droits face à la justice, inscrivant ainsi dans la durée et face au monde que femmes et hommes sont égaux devant les violences et face à la justice. Partout, on a entendu s'égosiller nos chers penseurs, clamant que ce projet de loi était anti- islamique... Comme si l’islam permet de faire du mal aux femmes et leur refuse le droit à la justice !

Ils s'égosillent tellement qu'ils arriveraient presque à faire croire, à ceux qui veulent bien les écouter, et ils sont nombreux malheureusement (nos parlementaires en font visiblement partie), qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour coups et blessures contre son mari, qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte contre son conjoint, pour attitudes rabaissantes et violentes.

Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour harcèlement et pressions diverses. Qu'il est anormal qu'une femme puisse voyager sans autorisation de son mari... Qu'il est anormal qu'une femme puisse porter plainte pour viol.

Dans leur islam fast food, ils ont réponse à tout, osent nous parler, dans le cas des violences physiques, de gradations dans les coups (!!!!), qu'une petite baffe de temps à autre n'est pas violence. J'aimerais leur demander quand commence la violence et quand finit-elle...

Et sur quelle échelle est inscrit le droit à massacrer sa femme ? Un plat trop cuit, une baffe ? Un boubou brûlé par le fer à repasser, deux baffes ? Tenir tête, on lance le poing ? Se refuser sexuellement à son mari, là, bastonnade en règle ?

Et comment conçoivent-ils le viol ? Zina pour la femme ? Toujours le bon vieux poncif meurtrier qui dit : « elle l'a bien cherché » ? Sans compter la graduation des insultes et ce qu'un mari peut se permettre : « salope », c'est un mot d'amour ? « Putain », une tendresse ? « Chienne », un aveu de désir ? Apparemment oui, pour nos savants à la barbe indignée qui sont, vent debout, contre le bon sens et leurs femmes.

Apparemment oui, vu que nos honorables parlementaires sont entrés dans la fronde à leur tour, le courage n'étant pas la première de leur qualité. Et tout le monde de polémiquer sans fin, oubliant les femmes, les sorts de certaines femmes, les droits des femmes, les violences dont elles sont victimes...

Remarquez, dans un pays où l'excision n'est pas pénalisable, où le mariage précoce se pratique à grande échelle, où la polygamie fait partie des meubles, où une victime de viol est, d'abord, accusée de zina, rien de bien étonnant que toute cette agitation sur les femmes.

Violences faites aux femmes ? Concept d'occidentaux dégénérés ! Qu'est-ce que la violence faite aux femmes, dans un pays où la naissance d'un garçon est plus fêtée que la naissance d'une fille... où le corps de la femme concentre tous les fantasmes, ce corps qu'il faut cacher absolument : une mèche de cheveux apparente et c'est la fin du monde !

Car j'aimerais demander, encore, à nos anti projet de loi, qu'est-ce que la violence faite aux femmes, pour eux ? Qu'est-ce que cela signifie ? C'est quoi d'être une femme, à part le réceptacle de toutes les misères, de toutes les barbaries, de tous les sévices ? Et je leur demanderais, aussi, où sont-ils, quand un homme jette sa femme à la porte ? Où sont-ils, quand des gamines se font violer ? Où sont-ils, quand une petite fille est mariée à douze ans ? Oui, où sont-ils, quand une pauvre fille mère célibataire se retrouve à la prison des femmes pour zina ?

Je sais que c'est un vœu pieux, que nos religieux vont gagner la partie, profitant de la lâcheté de nos politiques.

Mais je retiendrai que, pour la première fois, notre gouvernement a fait preuve d'audace, dans un pays qui n'aime rien tant que l'immobilisme, sous couvert de religion. Ce projet de loi sera amendé ad nauseam. Il sera vidé de tout son sens car l’État a toujours abandonné son rôle moteur, face aux religieux.

Nos parlementaires n'iront pas à l'encontre des oulémas, à l'encontre de ceux qui tiennent le pays en coupe, depuis des années, imposant, décrétant, menaçant ; ceux qui ont pris la République en otage, les mêmes qui appellent au meurtre tous les vendredis.

J'aurais aimé, aussi, que le gouvernement aille plus loin et décide de revoir l'amendement concernant l'âge légal du mariage (18 ans), une honte et un scandale, imposé par le prisme des oulémas, celui qui dit « sauf en cas de fille incapable », amendement qui permet les mariages précoces, la pédophilie institutionnalisée...

Interdire, tout simplement, les mariages précoces, oser envoyer en prison les parents qui donnent leurs filles mineures : voilà ce qui serait un geste fort, un geste historique. Ne pas plier devant les menaces et les interprétations. Ne pas céder un pouce de terrain.

Car nous parlons bien du corps de ces gamines-là. Nous parlons bien de sexe. De sang. De violences. Nous parlons de petites filles déflorées de force, déchirées, forcées. Nous parlons bien de grossesses très précoces.

Nous parlons bien de viols. Pas d'autres choses. Ceci n'est pas abstrait. C'est un fait. J'aimerais que nos chers députés aillent faire un tour dans les associations de femmes qui recueillent certaines de ces gamines. Ou à l'hôpital, à la maternité. J'aimerais bien que nos chers députés assistent, puisqu'il leur faut, apparemment, voir pour croire, à la nuit de noces d'une petite fille forcée par un homme plus âgé. Car c'est souvent ainsi, n'est-ce pas : une gamine mariée à un homme beaucoup plus vieux.

J'aimerais que nos chers députés se rappellent leurs cours de science et d'anatomie, si tant est qu'ils en aient eu, et se remémorent l'appareil génital d'une petite fille... et l'appareil génital d'un homme adulte.

Car il faut dire les choses, mettre un nom sur les pratiques, mettre un mot sur ces violences. Sinon, nous ne finirons jamais d'ergoter sur le sexe des anges. Leur rappeler que notre pays a signé toutes les conventions de protection des mineurs. Et que le mariage précoce est un crime contre mineures. Un crime contre les femmes.

Que l'atermoiement et les lâchetés ne sont que complicités de viols et d'actes pédophiles. Que s'ils décident et acceptent qu'une partie de notre citoyenneté passe par la pratique de la pédophilie, c'est que nous ne sommes pas dignes du monde. Qu'ils en profitent, tant qu'ils y seront, pour réfléchir, aussi, à la pénalisation de l'excision.

Au fait d'envoyer, enfin, des parents en prison, pour acte de torture sur humain. Qu'ils se souviennent de celles qui vivent et vont vivre la double peine : l'excision ET le mariage précoce, au nom de principes archaïques, machistes, misogynes.

J'espère qu'un député aura le courage de se lever et de dire que les temps ont changé. Que nous ne sommes plus au VII° siècle. Que les mœurs ont changé. Que le monde évolue. Et que si nous rattachons notre foi juste à la forme – et le mariage précoce en est une – nous avons oublié le fond.

Leur rappeler que les droits des femmes sont des droits inaliénables. Que les femmes demandent plus de protection que les hommes, dans nos sociétés qui se replient sur elles-mêmes, dans nos sociétés où les pétrodollars wahhabites laminent l'intelligence et les droits.

Qu'une nation qui laissent les mauvais instincts s'ériger en vertus est indigne. Devant ses citoyens et devant Dieu. Qu'ils sont là, dans l'hémicycle, pas simplement pour faire caisse de résonance du pouvoir mais, aussi, pour décider ce que nous serons demain. Et que même si une partie des oulémas est vent debout, même si une partie de la population est contre, il faut imposer.

Seule la loi fait force. Seule elle. Le reste les gens s'y plieront. Comme ils se sont pliés à d'autres lois. Alors, j'ose espérer que notre Assemblée va se grandir et décider de protéger, enfin, nos filles, nos femmes, contre tous les archaïques. J'ose espérer. Et je leur dis : courage, seul le premier pas coûte ! Soyez dignes de vos filles et femmes. Salut.

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Adieu 2016, bonjour 2017 !

Adieu 2016, bonjour 2017Vivement 2017. Le monde vient de dire adieu à l’année 2016 qui fut marquée par une crise internationale multiforme : terrorisme ravageur qui a fait des milliers de morts.

Implication sélective des grandes puissances dans les affaires internes des États souverains entrainant des destructions massives comme ce qui se passe en Syrie, en Lybie ou en Iraq sous couvert d’un droit international tronqué qui vaut pour les uns et qui ne veut rien dire pour les autres.

Sommets internationaux sur la très à la mode problématique du réchauffement climatique : COP 21 à Paris puis COP22 à Marrakech. L’année 2016, c’est aussi l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique et le départ de Ban Ki Moon qui sera remplacé par le Portugais Gutierrez aux Nations Unies. Chez nous, pas vraiment de choses particulièrement nouvelles. Le président a voyagé vers beaucoup de pays.

On ne demande pas à un homme combien de temps il a duré, mais qu’est ce qu’il a rapporté ? Allez savoir. Le rapport Forbes qui vient de placer la Mauritanie à la 137ème place/157 en termes de bonnes conditions pour le climat des affaires. Ce qui ne semble pas corroborer les tonitruances d’un certain ministre de l’économie et des finances.

Organisation du Sommet Arabe sous la tente. Pour cela, toujours selon le ministre de l’économie et des finances, la Mauritanie aurait reçu l’équivalent de 14 milliards d’ouguiyas en espèces et beaucoup d’autres dons dont voitures de luxe en nature.

Vous ne m’avez pas vu ça ? C’est passé où ? Dans un pays qui prétend être le chantre de la lutte contre la gabegie, la transparence de la gestion de la chose publique doit être la règle. Puis il y a eu le festival d’Ouadane puis il y a eu les vacances présidentielles.

Il y a eu aussi quelques visitations dont celle d’Atar fut la plus emblématique avec la sortie de Khdeija Mint Kleib devenue entre une soirée et sa matinée une héroïne nationale qui a démasqué les applaudisseurs et jeté le discrédit sur leurs allégations mensongères et démagogiques.

Puis il y a eu un dialogue prétendument national et inclusif auquel tous les partis du Forum National pour la Démocratie et l’Unité et autres comme l’Alliance pour la Justice et la Démocratie n’ont pas participé.

Trois semaines à l’issue desquelles, des amendements constitutionnels, notamment la dissolution de certains institutions nationales comme le Sénat, le changement du drapeau et de l’hymne ont été proposés. Parmi les conclusions du dialogue, il y avait aussi la possibilité d’organisation d’un référendum constitutionnel et d’élections législatives et municipales.

Pendant tout 2016, l’opposition radicale est restée à sa place. L’autre opposition et la majorité sont restées l’autre opposition et la majorité. ‘’Moi pas bouger’’. Vers la fin décembre, il y a eu la malheureuse déclaration de Chabaat du parti de l’Istiqlal marocain.

Les mécanismes de la courtoisie internationale et des traditions diplomatiques se sont mis en branle pour régler l’indélicatesse langagière de Chabaat : Entretien téléphonique entre sa Majesté Mohamed VI et le président Mohamed Ould Abdel Aziz puis déplacement du premier ministre Benkirane à Nouakchott. Ça ne pouvait se passer que comme ça. Contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire.

Personne n’a peur de personne ‘’tant que la main atteigne son pied’’. En 2016, l’Afrique est restée l’Afrique avec ses choses vraiment à elle. Un président (Denis Sassou Nguesso) qui est au pouvoir depuis quarante ans et qui compte encore se représenter.

Un autre (Robert Mugabe) de plus de quatre vingt treize ans et qui continue encore à avancer clopin clopan. Un troisième (Joseph Kabila) dont un ultime second mandat finit en décembre et qui refuse de lâcher le pouvoir. Ses manœuvres lui rapportent quand même un bonus d’un an de plus avec un gouvernement dirigé par son principal rival (EtienneTshisekedi) de l’opposition radicale. Ça peut inspirer la Mauritanie.

Sait-on jamais. Puis le comble du ridicule. Un président africain (Jammeh) qui reconnaît sa défaite, félicite son adversaire et après quelques jours, se rétracte, refuse de quitter le pouvoir et exige l’arbitrage d’une cour constitutionnelle.

Juste après le retour de ses congés, le président Ould Abdel Aziz devrait se rendre à Banjul pour convaincre Jammeh de quitter le pouvoir et de le céder au jeune président élu Adama Barrow.

Qu’est ce qu’Ould Abdel Aziz dira à Jammeh ? De respecter la démocratie, d’avoir plus d’égards pour le choix du peuple et de ne pas torpiller ce processus à peine naissant pour ne pas décevoir l’espoir des Gambiens. Souhaitons que Jammeh soit amnésique pour ne pas se rappeler ce qui s’est passé un certain 6 août 2008 en Mauritanie. Amine. Vraiment, l’Afrique à d’incroyables talents. A faire mourir de rire.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités

CalamitésCertains concepts semblent confus dans la tête de certains mauritaniens. Ceux-ci accomplissent ainsi la prouesse de dialoguer seul. La capacité de faire débat avec un unique invité. Le don de bâtir la démocratie sur un coup d’Etat. La bonne gouvernance par la promotion de la gabegie. Le développement par la langue. Les prouesses économiques via les chiffres.

Le tripatouillage « légalisé ». La rédemption des « grillés » et le rafistolage du vieux, pour en faire du neuf. En cela, la presse n’est pas en reste. Ni publique. Ni privée. C’est pourquoi, pour ceux dont les têtes sont « cassées sur » nos indigestes programmes nationaux de télévision, nous avons éternellement l’impression de quelque chose de déjà très vu.

Ce que l’expression populaire appelle des informations « mâchées par les veaux ». Sur tous les plateaux de télévisions publiques et privées, c’est quasiment toujours les mêmes personnes, rabâchant les mêmes sujets, avec les mêmes journalistes. Certes, les prestations des uns et des autres ne sont pas totalement uniformes.

Les efforts des uns faisant oublier les médiocrités des autres. La flagornerie prenant souvent le dessus, sur l’à peine imperceptible bonne foi. Depuis trois semaines, tous les écrans sont envahis, surtout à partir de vingt-deux heures, par les péripéties de ce dialogue qui n’en finit pas de finir, après n’avoir pas fini de commencer.

Toutes les émissions télévisuelles, radiophoniques ne parlent que de ça. Chacun y allant de son analyse, pour étayer des hypothèses parfois complètement erronées. Mais, comme le chien n’aime que son étrangleur, je suis là, accroché à mes TV.

Des TV qui me fâchent, tantôt, qui me font rire, parfois, à travers ce que leurs invités débitent de choses indécrottablement mélangées et confuses. Dimanche soir 16 Octobre 2016, je tombe sur une émission de la Wataniya, animée par le confrère Ahmed Ould El bou. Un débat. Avec un seul invité : Saad Ould Louleïd.

Un transfuge d’IRA dont le parti vient d’être officiellement reconnu. Saad parlait de tout. De lui. De son supposé combat de militant des droits de l’homme. De son combat politique. Un adage populaire dit que ton argument est bon s’il échappe à celui de ton ami.

Comme quoi, quand on est seul, on peut tout raconter. Habituellement, les journalistes ne secouent pas leurs invités. Amabilité ? Courtoisie ? Ou amateurisme ? Allez savoir. Un débat, c’est généralement très animé. C’est la juxtaposition d’au moins deux avis, généralement antagonistes, sur une problématique donnée.

Avec des rebondissements souvent sulfureux d’un talentueux journaliste, afin de relancer l’empoignade et lui donner encore plus de saveur et d’intérêt. Mais de là à laisser quelqu’un se raconter aussi aisément qu’il veut. Sans contradicteur. Sans modérateur. Sans vérificateur. C’est complètement désintéressant et fastidieux. Mais il est clair que, sur les media publics comme sur les media privés, il n’est pas permis de tout dire, même et peut-être surtout, rien. C’est pourquoi les invités sont « intelligemment » choisis. Ne vient pas à la Mauritanienne qui veut.

Les autres télévisions privées appartiennent, pour l’essentiel, à des personnalités ou groupes très inféodés au pouvoir. Comme ça, en haut en haut, elles sont indépendantes et, en bas en bas, elles ne font que ce qui plaît au système. L’Agence Mauritanienne d’Information, la Radio Mauritanie, La Mauritanienne ne sont, en fait, que de haut-parleurs officiels, alors que, sur le papier, ce sont des services publics auxquels devraient avoir accès tout le monde (majorité et opposition), dans les mêmes conditions et suivant les mêmes procédures.

Or, en réalité, ces organes ne sont que des outils de la propagande officielle dont le zèle dépasse, souvent, la limite de l’indécence et de la discourtoisie. La Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel devrait procéder aux réglages nécessaires et rappeler, si besoin, tout ce monde à l’ordre.

Normalement, c’est ça. Vous avez dit normalement ? Pourtant, nous rabâche-t-on, la Mauritanie est le premier pays arabe, en termes de liberté de presse. Comme quoi nul ne meurt sans avoir eu son jour.

El Kory Sneïba
Source : Le Calame (Mauritanie)

Calamités

Jamais de mémoire de mauritanien, la tribu n’a été aussi forte. Ainsi, l’éradication de cette organisation rétrograde, dont la Mauritanie semble être l’un des rares bastions au monde, semble être un combat perdu d’avance. Le grand espoir suscité par les propos de l’ancien président Maouiya Ould Sid ‘Ahmed Taya en 1985 à Néma ne sont plus qu’un lointain mauvais souvenir. Depuis lors, la tribu a servi à consolider les pouvoirs depuis la fin des années 70 à nos jours. C’est sur sa base que font et se défont les carrières. C’est grâce à elle que des va-nu-pieds ont été promus aux plus hautes fonctions civiles et militaires. Elle est partout. Inévitable qu’elle est aussi bien dans le monde des affaires que de la politique.

Même si jusqu’en 2008, ses apologistes en usaient et en abusaient avec encore un peu de retenue et de discrétion. Les dosages tribaux, régionaux et mêmes « points cardinaux » ne sont en fait que des manifestations de la prééminence de l’incontournable tribu. Au moment où certaines timides entreprises de quelques bonnes volontés essaient de défaire le pays de l’emprise massacrante de la tribu, les cercles militaro-politico-affairistes s’emploient à plein régime de l’ancrer profondément. Au point que ce n’est plus choquant que des médias officiels : télévisions et radios en fassent publiquement le panégyrique à travers de piètres émissions où les prétendument faits de guerre et d’héroïsme sont revisités sans honte. Et comble de l’ironie, au lieu que l’Etat prenne ses responsabilités en interdisant toute activité ou tout propos à caractère tribal, ses services les encouragent et les parrainent. Que de fois n’a-t-on pas  vu ces dernières années, telle ou telle tribu organiser une grande manifestation pour célébrer la mémoire de son aïeul avec force invitation des autorités officielles dont les représentants bénissent les anachroniques rencontres. Que de fois n’a-t-on pas vu les pouvoirs publics envoyer de grosses délégations pour aller assister à l’intronisation d’un chef de tribu ou aux obsèques d’un notable traditionnel ? C’est tellement évident que les organisations rétrogrades tirent leur force de la faiblesse de l’Etat. Il est bien entendu qu’en Mauritanie, la prééminence de la tribu ne dénote pas que de cela. Mais du rôle très important que cette organisation joue en politique depuis l’avènement du processus démocratique à maintenant. De 1991 à aujourd’hui, aucun système ne peut prendre le risque de ne pas « collaborer » au détriment de l’intérêt général avec la tribu pour se maintenir aux affaires.

Ce n’est pas un hasard que les grandes villes constituent les plus grands fiefs de l’opposition. Et que les plus grands réservoirs électoraux, dont profitent les détenteurs du pouvoir, se situent en zones rurales où les considérations tribales sont encore très fortement ancrées. De quel droit se prévaut certains dirigeants pour distribuer indument les biens publics aux notables tribaux ? Et de promouvoir honteusement leurs proches (fils, cousins, amis et autres) en ministres, hauts fonctionnaires sans aucune référence les prédisposant à cela ? Qu’est ce qui justifie cette générosité circonstancielle même s’il est connu que c’est très facile d’être gentil avec le bien des autres. La Mauritanie semble marcher à reculons. Pendant deux décennies (1960 à 1978), le pays a failli rompre avec la tribu. La volonté politique de ses bâtisseurs et le mouvement contestataire des Kadihines en sont certainement pour quelque chose. Le concept de tribu est tombé complètement en désuétude. Les jalons d’un Etat moderne se posaient  résolument. Malheureusement, depuis plus de trois décennies, c’est le recul. Les considérations anachroniques ont largement pris le pas sur les valeurs républicaines. La tribu, l’injustice sociale, l’appartenance identitaire et autres sectarisme, oligarchie militaire, dosages, affairisme ont pris en otage le pays à travers une succession de systèmes charriés au gré de circonstances dont coups d’état, parachutage, élections frauduleuses. Au point qu’après cinquante six ans d’indépendance, le pays est revenu aux pires moments de la « Seiba » où un seul chef régente les affaires selon ses humeurs et ses intérêts dans une cacophonie de petits groupes de tribus ou de communautés qui s’emploient hystériquement à qui mieux mieux à lui plaire en lui faisant croire faussement que sans lui rien ne peut aller.

Sneiba El Kory

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Nouvelles d’ailleurs : Z'avez dit Constitution ?

J'aime bien quand on nous chatouille les côtelettes comme ça, à coups de déclarations tests sur la possibilité ou pas que notre Sultan puisse se présenter pour un troisième mandat, pourquoi pas pour un quatrième et un cinquième...

OK, notre Rais n'a pas moufté...C'est pas son truc. Lui, son hobby ce sont les rencontres avec le populos, la fraternisation avec la masse, le discours auto suggestif dans lequel il tente de persuader tout ce beau peuple rassemblé que tout va bien chez nous... ça s'appelle de l'auto hypnose et, parfois, ça marche.

Il a laissé quelques ministres, barbes et moustaches en mode « innocence patriotique », nous expliquer que notre Chef n'a pas assez de deux mandats pour faire tout ce qu'il voulait faire pour nous, genre « électrification » pour tous, « bouffe » pour tous, « boulot » pour tous, « goudronnage » pour l'ensemble, « autoroute » pour certains petits pistonnés de la Guibla, « égalité » pour ceux qui en comprennent le sens, « rectification » économique, etc. etc....

Dans le camp des constitutionnalistes, on a ressorti l'artillerie lourde, envoyé au front les militants creuser des tranchées, astiqué les casques lourds, préparé l'intendance, sorti les pigeons voyageurs pour les communications par dessus les lignes ennemies, fait les provisions.... Bref, nous préparons notre Verdun à nous... Que dis-je, notre Char Bebbe contemporain... ou notre Oum Tounsi du XXI° siècle. Va y avoir du sport....

Pauvre, pauvre Constitution des Nous Z'Autres... Elle n'a pas choisi ce rôle difficile de tenter de donner une armature à notre gouvernance.

Depuis 1978, contre son gré, elle nous joue la danse des 7 voiles, effeuilleuse contrainte et forcée, reine du strip tease... Elle a déjà tellement été bafouée... tellement été revisitée à la mode militaire, tellement été contournée, tellement été vidée de son sens...

A chaque coup d'état, elle a perdu un vêtement. Même une partie de l'opposition qui crie au scandale aujourd'hui l'a déshabillée lors de la « rectification » de Sidioca...

Notre Constitution c'est un peu Open Bar, Happy hour, prix cassés, gigantesque brocante, tout à 10 UM....

C'est l'arlésienne des Nous Z'Autres. Mais c'est la seule que l'on ait....toute strip teaseuse qu'elle soit.

Elle fait son spectacle, gouvernements après gouvernements, militaires « civilisés » (devenus « civils » j'entends) après militaires « civilisés » et nous sommes, nous braves Nous Z'Autres, les spectateurs d'un spectacle qui dure, dure, dure....

En tous cas c'est bien parti pour une modification de notre Table de la Loi... Si un Ministre de la Justice le dit, 'est que ça va se faire... Au passage ce même ministre a inventé le concept de la « constitutionnalité justiciable ».... C'est un coup de génie... Aussi génial que l'invention du communiqué Numéro Un au moment d'un coup d’État (c’est le seul que l'on retient, les autres ne viennent après que pour combler le temps d'antenne à la radio prise par les putschistes et pour occuper le communicant des «  inverseurs de présidents »)... Il faut bien qu'un Ministre de la Justice s'occupe de constitutionnalité, à défaut de la Justice.

Taya l'avait déjà sérieusement remaniée. Aziz va sûrement la « bistouriser ».

Moi j'ai la solution depuis des années : instaurer chez nous une bonne vieille monarchie de derrière les fagots...

On désigne un Roi, on corrige notre appellation, on fait dans le royalisme « éclairé » en gardant quand même un Premier Ministre et un Parlement (ça aide à calmer la rue), on s'invente une généalogie royale, on briefe l'héritier et, hop, le tour est joué....

La TVM nous apprendra à brailler en chœur «  Le Roi est mort, vive le Roi » au moment où le monarque casse sa pipe et rejoint son Créateur, on tirera quelques coups de canons lors de l'intronisation du nouveau monarque, on offrira au peuple en transe royale quelques tonnes de yayeboy, on fera défiler nos valeureuses forces armées et même les non armées, on aura droit à un discours fleuve, à un match de foot de gala, aux courtisans pliés en deux, aux déclarations d'amour des chefs de tribus qui ont prêté allégeance, à l'adoubement de personnalités de l'opposition passées dans le camp de la Monarchie, aux youyous hystériques des femmes, etc., etc....

Euh...j'ai l'impression d'un déjà vu quand j'écris ça.... Attendez je me relis....

Bon. Je signale que toute ressemblance avec des personnages ou des événements passés et/ou actuels est involontaire de ma part.... Ce n'est pas ma faute si, de n'importe quel bout qu'on la prenne, la politique chez nous c'est, bizarrement, de la nouveauté dans la continuité....

Bref... D'une Constitution déjà fortement malmenée à une monarchie qui s'annonce, je pense que l'on va bien rire pendant cette campagne présidentielle qui n'a jamais cessé...

Rire jaune... Mais ça on y est habitué....

Et quand je dis que l'on nous prend pour des imbéciles......

 

Salut

Mariem mint DERWICH

 

 

Nouvelles d’ailleurs : La dèche...

Nouvelles d’ailleurs : La dèche...Dèche. Dèche par-ci, dèche par-là. Voici le nouveau mot à la mode chez les Nous Z'Autres. Il est partout, dans toutes les bouches, conjugué à toutes les sauces. Il est démocratique : les pauvres l'emploient, les classes moyennes le murmurent, mine affligée, les riches l'assènent, rageusement : dèche.

Pas de luttes des classes, un vrai vocable égalitaire. « Comment vas tu ? – Dèche. – Comment va ta famille ? – Dèche. – Comment va la grand-mère ? – Dèche. (Est-ce à dire que nous faisons face à un déficit de grands-mères ? Kham, a pensé la chroniqueuse qui vous pond cette chronique hebdomadaire) – Comment vont les rougeurs des fesses du petit dernier ? – Dèche. »

Et tutti quanti, jusqu’à la dèche totale. Là où notre politesse légendaire ou, plutôt, notre propension à manier le Verbe, avec amour et truculence, nous imposait de répondre par l'affirmative « El hamdou lillahi, el khaïr.... », nous voici soudain « uni-mot ». Pendant des siècles, nous répondions aux salutations par un optimisme quelque peu suspect.

Vous aviez la peste ? El hamdou lillahi, tout va bien ! Vous étiez à l'article de la mort ? El hamdou lillahi, tout va bien, macha Allah ! Nous avions instauré les salutations où, quoiqu'il se passe, el hamdou lillah, tout va bien !

Parfois un impoli tentait une diversion en répondant « Bouyye, tu vois bien que j'ai et la peste et le choléra et le botulisme et la dengue, wallahi rien ne va ! El hamdou lillah… » Ce quidam révolutionnaire était aussitôt inscrit à la case « n'a pas toute sa tête » et rentrait dans le rang.

Bref, el hamdou lillah, tout allait bien. D'accord, après ces échanges d'amabilité où nous faisions comprendre, à notre hôte, que, dans notre petit monde familial, tout un chacun était en bonne santé, que nous mangions tous les jours à notre faim, que tout était parfait, nous pouvions commencer à parler les choses sérieuses, autour d'un verre de thé, en disant la vérité, à savoir que la nièce avait la gale, que la femme connaissait des vapeurs, que les temps étaient durs, etc., etc.

Aujourd'hui, on saute la case départ. Plus le temps des départs. Nous nous adaptons au sur-place de notre situation économique. Notre Sultan avait, coup de génie de son staff « communication et autres manières de s'adresser aux Nous Z'Autres », inventé le fameux « Président des Pauvres ».

Chacun d'entre nous était très content de ne pas appartenir à cette classe de miséreux : il y avait les pauvres et nous. Cela ne nous empêchait pas de râler car, « intellos » que nous sommes, nous moquions le populisme éhonté de cette fonction présidentielle fièrement affichée.

Pourtant, force est de constater que notre Roi avait raison. Il est bien le Président des Pauvres. Il gouverne un pays peuplé quasi exclusivement de pauvres. Il y a toujours les pauvres traditionnels, variables d'ajustement de toutes campagnes politiques. Ceux là sont pauvres, pauvres parmi les pauvres.

Ils n'ont jamais connu la moindre opulence. Ils ont une fonction bien précise : justifier les distributions de yaye boy par des excités de la majorité politique, la ponction dans les caisses de la SNIM et autres « petits achats des consciences »... Ils doivent rester pauvres, ces pauvres-là. Riches, ils ne serviraient à rien.

Ils aiment les puissants qui viennent, parfois, leur rendre visite, la télévision qui les filme, le temps d'un déplacement de la grande caravane qui suit les « visitations présidentielles »... Le pauvre pauvre permet de magnifiques reportages.

Mais, situation économique oblige, notre République des Sables s'est réveillée, un matin, pauvre, plus que majoritairement pauvre, massivement, unanimement pauvre. Un monde de pauvres. Un monde de dèche. Un monde de diable tiré par la queue, d'angoisses, de survie primaire.

La dèche totale : pas d'argent, pas de travail... Rien ne bouge : nous sommes dans le temps de l'immobilité. L'argent est là, quelque part, mais il ne circule plus. Et une richesse qui ne circule pas est aussi ridicule qu'un pou sur la tête d'un chauve. C'est la dèche, le trou abyssal de la désespérance. Nous sommes entrés en agonie...

Et nous sommes bien obligés de constater que notre Raïss avait raison : il est bien le Président des Pauvres. Il ne dirige qu'un pays de pauvres. Pour résumer, pour nos amis occidentaux qui me lisent : en haut un Président des Pauvres, en bas des pauvres, des pauvres partout, rien que des pauvres. Comme ça, tout est simple. Pas de prises de tête. Nous sommes dans la dèche. Un pays de pauvres et.... d'experts.

Z'avez regardé le journal de notre télévision nationale ? Pendant 30 minutes, reportages à l'appui, nous sommes heureux de constater que, si nous ne sommes pas capables de faire bouillir nos marmites, des gens pensent et travaillent pour nous.

Nous sommes un pays de réunions, de comités, d'ateliers de travail, de ministres qui sont sur le terrain, de re-réunions, de re-comités, de re-ateliers de travail, de re-ministres ou de sous-ministres re-sur-le-terrain, à inaugurer des stades, des chantiers, des chantiers et encore des chantiers...

Le pouvoir travaille. Il nous le fait savoir. Notre administration travaille. Elle nous le fait savoir. Nos ministres travaillent. Ils nous le font savoir. Notre télévision nationale travaille. Elle nous le fait savoir. Nous sommes champions toute catégorie de l'atelier de travail.

De quoi nous plaignons nous, nous, pauvres dans la dèche ? Qu'on m'explique le but premier de l'atelier de travail qui ne sert à rien. Mais ce sont nos ateliers de travail. Ils nous appartiennent. Nous n'avons qu'eux, pour adoucir nos soucis et tracas de pauvres.

Nous sommes des pauvres heureux de nos ateliers de travail. Ils ne servent à rien ? Pas grave : ils nous permettent, au moins, un bonne tranche de rigolade pendant 30 minutes, tous les soirs au journal national et « international » (ça, c'est pour épater les quelques suicidaires du monde arabe et africain qui s'emmerderaient tellement qu'ils auraient envie de regarder nos chaînes de télé...).

Bref... Nous sommes dans la dèche. Nous n'avons jamais autant été dans la dèche, une bonne vieille crise économique de derrière les fagots, bien dure. Et, vous savez quoi ? Les vraies mauvaises nouvelles économiques ne sont pas encore arrivées ! Comme le dit, avec un humour désespéré, un ami : « Je me suis fait crédit à moi-même et je n'arrive pas à me faire payer ». La dèche... Salut

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Nouvelles d’ailleurs : Immobilismes...

Nouvelles d’ailleurs : Immobilismes...Et si tout, finalement, n'était que question de perspective, de points de vue « affectif », de regard et de liens si forts que nous ne saurions plus distinguer entre ce qui fait avancer et ce qui fait stagner ?

Dans cet entre-deux qu'est notre pays, cette entité à laquelle nous sommes tant attachés, que nous portons en nous avec ténacité, même au plus profond de la colère ou des interrogations, dans ces femmes et ces hommes qui en constituent le sang, dans ces passés qui s'entrechoquent, s'interpellent, parfois se rejettent, dans ces « bulles » politiques qui définissent une appartenance idéologique, dans ces amours quotidiennes, ces fantasmes, ces projections de soi, de l'autre et, donc, du monde tel que nous le concevons, la perception de soi est le dogme.

Et si notre surplace, coincés entre le monde extérieur et nos mondes, était la seule interrogation à avoir ? Face aux défis du Monde, de l'économie mondialisée, de la modernisation, de l'ouverture aux autres, de notre propension à pouvoir ou non offrir quelque chose, de participer à la marche, quelle que soit celle-ci, quelles réponses nous donnons- nous ?

Nous nous rêvons futurs, nous ne vivons que dans le passé, tous les passés que nous tétons dès nos naissances. Nous ne nous définissons, non pas en tant que vecteurs de demain, de l'avenir, mais en tant qu'héritiers. Nous vivons hier en respirant aujourd'hui.

Et plus le monde qui nous entoure nous semble dangereux pour nos identités, plus nous nous arc-boutons sur les siècles passés. Hommes contemporains qui ne se construisent et ne définissent le monde qu'à l'aune de passés maints fois ressassés. Nos identités, ou ce que nous percevons comme telles, sont nos boucliers.

Comment alors s'insérer dans le concert mondial, quand nous ne vivons qu'hier ? Comment définir une présence, un poids réel, quand nous vivons dans le culte des ancêtres ? Comme devenir, quand ce n'est pas l'avenir que nous désirons, mais la vie de nos aïeux ?

La tribu, mini-Etat dans l’État, n'est pas ce qu'elle se doit d'être, à savoir un corps vivant qui offre des racines. Elle est force de stagnation, définie, il y a fort longtemps, par des ancêtres qui bataillaient pour leur survie dans un environnement particulier.

Elle se perpétue et perpétue le schéma simpliste qu'elle est tout, modèle et aboutissement, vie, économie, lien social et lien intime. Elle a fait, du passé, un immuable autel des ancêtres... Elle est tout. Nous n'aimons pas le futur. Nous n'aimons que vivre dans l'ombre d'autres vies.

Dans notre « quand » à nous, dans ce « Où » actuel, dans ce « Comment », nous portons des instants devenus figés. Nous stagnons, non pas parce que tout va mal : nous stagnons, parce que nous n'avons pas avancé, incapables que nous sommes de nous entre-apercevoir vecteurs d'avenir...

Nous aimons plus nos ancêtres que nos enfants. Et nous faisons de ceux-ci, les futurs vieillards qui auront passé leur vie à perpétuer le souvenir des vieillards qui les ont précédés. Nous vivons le présent comme un remake d'un passé fantasmé. Nous n'aimons pas ce qui vient. Cela nous fait peur.

Dépasser nos passés demande de l'audace. Cette dernière nous fait défaut, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Nous définissons le monde à la couleur des autres, partant du principe que le Soi qui est notre groupe, est automatiquement la référence.

Nous absorbons nos siècles passés, les faisons absorber à nos modes de fonctionnements, les instituant règle absolue. Toutes les relations, tous nos comportements deviennent, ainsi, moyen de développement.

Les Pères fondateurs rêvaient un pays neuf, construction de l'improbable. Nous ne faisons que détricoter les ambitions premières, nous repliant, malgré une apparence de modernité, sur les âges anciens. Comment avancer dans le Monde, aux côtés du Monde, quand nous ne rêvons que nos passés ?

Comment se construire, comment émerger, comment être, si nos seuls modèles ne sont que ceux du passé ? Comment s'arrimer à la rapidité, à l'adaptation, quand, même pour la Foi, nous régressons, nous formatant aux sirènes pseudo-historiques d'un islam du 13ème siècle ? Comment être citoyen, quand nos seules références admises sont les siècles passés ?

Comment ne pouvons-nous pas arriver à un équilibre, salvateur, entre ce qui nous a précédé et ce qui vient ? Pourquoi tuons-nous l'avenir ? A cette question, universelle, du « Qui suis-je ? », nous répondons « Je fus », pas « Je serai ». Nous sommes des cimetières ambulants, pleureurs des morts, gardiens du Temple.

Oser est un verbe interdit. A nos enfants qui nous regardent, nous n'offrons que le poids de ces chaînes. Au lieu de leur dire que, grâce à leurs ancêtres, à nos histoires, ils peuvent comprendre le Monde, nous les formatons à la reproduction de schémas de pensée, qu'ils sont les héritiers, avenir devenu, soudain, maison de retraite...

Nous ne bougeons pas, même dans la fausse agitation de nos quotidiens. Nous réécrivons sans cesse nos mémoires ou ce que l'on nous en a racontés. Nous tuons nos enfants et les potentiels de vie qu'ils représentent. Nous étouffons en eux tout sens de l'avant. Nous sommes gardiens de cimetières, de générations en générations.

Nous faisons, de nos temps anciens, des modèles immobiles, niant, par là, la force de changement que furent nos ancêtres, à un moment donné. A force de n'être que passés, nous échappons au monde... et c'est cela que nous voulons, c’est cela qui nous rassure, qui nous semble nous protéger des soubresauts du Monde... Nous nous fossilisons. Nous ne créons rien. Nous imitons.

Et nous mourrons, si nous ne sommes pas capables de ranger nos passés là où ils devraient être et n'acceptons pas d'être des humains dans toute leur individualité, leur force créatrice, leur force de proposition. Nous sommes des momies radoteuses. Salut,

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

Nouvelles d’ailleurs : Délestages....

Nouvelles d’ailleurs : Délestages....Et voilà ! Notre Somelec nationale et inter sidérale a gâché la Saint Valentin... au grand dam des amoureux. Pour ceux qui s'aiment séparés, ce fut un grand moment de solitude, vu les coupures électriques...

Il y avait le choix : soit le téléphone, soit l'ordi, étaient à sec, à plat. Juste au moment où les amoureux se préparaient à se fêter tendrement leur sentiment réciproque (réciproque , c'est mieux).

Comme quoi... Entre un réseau téléphonique qui joue les filles de l'air, plus porté à prendre ses babouches à son cou et à filer, et le sempiternel « Jour / Nuit » qui est la marque de notre société « électrifiante », dur dur d'aimer, de se le dire, de se souhaiter toutes les jolies petites choses que les amoureux se souhaitent....

OK, la Somelec avait prévenu, se fendant d'un communiqué, suite d'une longue liste de communiqués, où nous était expliqué qu'il y aurait pendant 3 jours des coupures de courant.

Z'auraient pu s'épargner ce blabla, vu que nous vivons TOUJOURS dans l'ère « une fois tu me vois, une fois tu ne me vois plus ! Coucou ! ».

C'est même notre marque de fabrique : l'électricité bégayante, en pointillé... l'électricité rectifiée, pensée, fabriquée à la mode des Nous Z'Autres.

Chez nous l'électricité n'est pas une électricité normale. D'abord elle est génétiquement nomade, comme le peuple qu'elle est censée éclairer. Elle va de par le vaste monde des réseaux électriques, une fois entre tels poteaux, une autre fois ailleurs.. Elle court les sables notre électricité...Elle a les watts voyageurs, grand arpenteur de nos brousses et de nos villes.

Une vraie bougeotte.... L'hyper activité de ceux qui s'ennuient en restant à la même place et qui lèvent le nez aux nuages afin de décider de la route à prendre...

Dans le langage opaque des techniciens es- électricité à hoquets on appelle ça « délestages»....

Z'ont bien vu : nous sommes délestés de ce pourquoi nous payons...ça s'appelle le braquage de la banque, le grand hold up à la Nous Z'Autres, l'attaque de la diligence.... Et tout le monde y a droit, riches comme pauvres, pauvres comme « au milieu », avec quand même certaines nuances. Dans les quartiers riches les délestages se font brefs.... Dans les quartiers pauvres ils durent, ils durent....

Faut dire que les pauvres ne sont pas censés posséder des choses à recharger à la fée électricité...

Leur téléphone portable ? Qu'ils pédalent, Monsieur, qu'ils pédalent ! Un pauvre qui pédale est un pauvre qui ne pense pas à râler....

D'ailleurs manquerait plus que ça qu'il râle à cause des délestages.... C'est toujours plus marrant de prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches...Dans l'autre sens, c'est d'un commun !

Qu'y a-t-il de jouissif à délester les riches alors qu'il est plus simple de délester un pauvre ? Essayez, vous verrez....

En plus, les riches, ils s'en foutent royalement des délestages « électrifiés » : ils ont des groupes électrogènes... Vous voyez ? Pas marrant de délester des gens qui se fichent d'être délestés comme de leur premiers poil au menton.... En période, fort nombreuse, de délestages, un riche peut montrer au monde entier qu'il est riche en allumant son groupe électrogène...

Un citoyen lambda, c'est à dire, non riche, tendant plutôt vers la sobriété imposée et non heureuse, en cas de délestages, se contente de lever les bras au ciel et de s'armer du légendaire fatalisme qui nous anime dès lors que rien ne fonctionne....

On allume les bougies. On ferme son ordinateur (et tant pis pour les choses vachement intéressantes que nous racontions au même moment sur FB), on évite de téléphoner, on s'allonge sur le matelas et on attend que la lumière revienne....

Et on râle, on râle... On râle en rond. On râle dans toutes nos langues nationales. On promet à la Somelec toutes les représailles. On maudit ses descendants jusqu'à la millième génération.... On finit par s'assoupir pour se réveiller d'un coup en braillant « merde, merde, j'ai raté l'heure de la prière », vu , qu'évidemment, le muezzin d'une des milliards de mosquées qui nous entoure n'a pas pu appeler et que nous avons raté l'heure....

Parfois l'électricité revient....ça c'est quand nous sommes très gentils. Je ne sais pas comment la Somelec mesure la gentillesse des Nous Z'Autres et décide de nous récompenser, mais je suis sûre qu'il y a un bureau des « gentillesses et cadeaux». Peut- être que c'est à la tête du client....

Ou, alors , à la tête de celui qui décide quand il va ré appuyer sur le bouton afin de nous rendre la modernité.

Modernité, je le rappelle au passage, qui coûte un âne et un cheval et un chameau réunis. Car chez nous l'électricité coûte cher. Très cher. Tellement cher que les jours de remise de factures, les services des urgences sont remplis de cardiaques....

Pour les nouveaux habitants de notre pays, voici, en gros, à quoi ressemble le délesté local, et le rituel qu'il entreprend pour lire sa facture :

imaginez un papier / facture, tout propre, tout gentil, à l'apparence inoffensive. L'heureux délesté sait, troisième sens, que ce papier là n'est pas un papier comme un autre. Que ce papier là est un crocodile. Qu'il annonce une journée merdique et une grande catastrophe.

Alors, commençant à transpirer, il jette d'abord un regard rapide et en coin sur la facture.... A-t-il vraiment vu tous ces chiffres ? Tant que ça ? Pas possible....

Il jette un second coup d’œil , puis il se dit qu'en tenant le papier à l'envers il ne va pas voir l'inéluctable . Parfois il peut aussi se mettre la tête en bas, loucher, jeter le papier en l'air....Tout est bon pour amortir le choc « délestable »...

Mais, au bout de plusieurs efforts infructueux pour tenter de faire du truc à 5 chiffres minimum, avec de gros gros chiffres en premier, un truc sympathique et inoffensif, le malheureux est bien obligé d'admettre la dure réalité : il va devoir enrichir le riche....

Il tente de compter les heures où il fut « délesté », en vain. Il se rappelle toutes les fois où il n'a pas pu terminer son feuilleton à la télé... Il pense à la nourriture qui a pourri dans son frigidaire, redevenu simple objet d'ornement....

Il se souvient des fois où, de bien entendu, il y eut coupure au moment où il était plein de savon et de shampoing sur la tête et qu'il n'y a plus eu d'eau car le surpresseur, ne fonctionnant qu'à l'électricité, s'est mis aux abonnés absents au moment de la panne.... Il revoit avec émotion ce moment extraordinaire où son téléphone a affiché « batterie faible, 5 % démerde toi vieux sinon tu es cuit » et qu'il devait appeler, pour la Saint Valentin, par exemple son double amoureux....

Il sait, à ce moment là, qu'il vient d'entrer au purgatoire.

Qu'il va devoir payer cette fichue facture car, de bien entendu, la vitesse et la rapidité légendaire de notre Somelec à nous couper le courant est aussi de mise à exiger le paiement de ce même courant qu'elle nous offre au compte goutte.... Pas payé dans les temps, et, hop, coupure générale.

D’ailleurs je me demande quelle est la différence entre « je te coupe le courant, délestages techniques obligatoires » et « je te coupe le courant car tu n'as pas payé »...

Dans les deux cas c'est du pareil au même : tu paies, on te coupe le courant, tu ne paies pas on te coupe le courant.....

Délestages qu'ils disent.....

Mouais....

En tous cas, j'ai une pensée émue pour tous les Valentins et toutes les Valentines qui ont du faire ceinture et n'ont pas pu se parler.

Et même si certains viennent nous raconter que la Saint Valentin c'est haram, forts de cette propension à « haramiser » même ce qui' ne l'est pas, moi je proteste : Madame la Somelec, vous avez gâché ma Saint Valentin. Et tant que j'y suis, Messieurs les opérateurs téléphoniques aussi, vu que vous nous faites payer un service nomade et dont le réseau est la pire chose que je connaisse après les anchois sur la pizza....

A tous les « délestés », bien le bonjour !

Salut

Mariem Mint DERWICH


Source : Le Calame (Mauritanie)