Sun01192020

Last update05:40:21 PM GMT

Back Economie Economie Economie en Mauritanie

Chronique en Mauritanie

Mauritanie: Ould Ghazouani à l’épreuve du pouvoir

Mauritanie: Ould Ghazouani à l’épreuve du pouvoirKassataya - Depuis 6 mois seulement à la tête du pays le président mauritanien envoie des signaux positifs d’une gouvernance plus lisible et plus dynamique que son prédécesseur. Son gouvernement a pris à cœur les secteurs porteurs d’emploi comme la santé l’éducation les mines et la pêche pour redresser une économie en état de dégradation avancée.

D’autant plus que cet objectif semble rencontrer un terrain favorable de feux verts avec une croissance attendue cette année a plus de 6 pour cent et une inflation soutenue à 3,5 pour cent. Seuls bémols une dette publique avoisinant plus de 80 pour cent du PIB et un chômage visible de plus en plus de jeunes diplômés.

Un quinquennat peut paraître long comme court. Pour l’instant Ould Ghazouani n’y prête pas attention. L’équipe gouvernementale formée de technocrates est à l’oeuvre depuis 6 mois.

La santé semble avoir pris de l’avance par rapport aux autres avec des réformes en profondeur pour lutter contre la pratique médicale illicite. Des pharmacies et des cabinets médicaux sont fermés. Des médicaments périmés et drogues sont incinérés.

Désormais les mauritaniens pourront savoir ce qu’ils mangent grâce à un contrôle systématique des étiquettes. Pour la première fois les déserts médicaux sont pris à bras le corps avec l’affectation de plus de 600 cadres à l’intérieur du pays. En définitive c’est la santé proche des citoyens.

Un autre secteur qui essaie de sortir la tête sous l’eau c’est l’éducation nationale avec la création de deux départements. Le fondamental et la réforme de l’éducation nationale et enseignement secondaire professionnel et technique dont le recrutement de 2000 prestataires éducatifs va combler en partie le déficit d’enseignants dans ce secteur resté longtemps paralysé par une politique d’approximation et de bradage de l’école publique.

Le plus dur reste à venir parce qu’il s’agit d’une refonte d’un système éducatif dont les résultats catastrophiques demandent des concertations techniques à la hauteur de l’ambition gouvernementale.

La pêche et les mines sont les deux secteurs dont les pillages des ressources ont véritablement impacté sur l’économie du pays. Plus de la moitié des ressources halieutiques sont revenues aux chinois depuis de longues années.Beaucoup de bateaux de pêche étrangers continuent de naviguer dans les zones interdites.

Un manque à gagner dans ce secteur qui emploie près de 60000 personnes et dont les recettes en 2018 ont atteint un milliard de dollars avec une production annuelle de plus de 400000 tonnes. La remise en cause des accords de pêche sous Ould Aziz permettra de corriger tous les abus de clientélisme.

Quant au secteur minier en première ligne la SNIM, véritable poumon de l’économie et en même temps vache laitière de l’ État quand il contribue largement au budget, a perdu ses recettes d’exportation à cause d’une mauvaise gestion et d’un bradage au sommet de l’Etat sous Ould Aziz qui a vendu le fleuron de l’industrie mauritanienne à une société australienne et à son gendre.

Un accord qui a été remis en cause et qui va permettre à la nouvelle direction de relever les exportations de ce minerai cher aux mauritaniens avec une production qui pourrait atteindre 12 millions de tonnes cette année.

Et ce vent de changement souffle dans tous les départements. Les observateurs y voient presque un mirage dans un pays fondamentalement miné par la gabegie et la corruption.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

Mauritanie : Ould Ghazouani en danger face à la montée de l’intégrisme arabe

Mauritanie : Ould Ghazouani en danger face à la montée de l’intégrisme arabeLe 2ème congrès de l’UPR qui vient de s’achever cette semaine à Nouakchott a mis en place ses nouvelles instances avec un bureau exécutif composé de 31 membres dont un noyau dur de nationalistes arabes. Cette percée d’intégristes nasséro-baathiste est un danger pour la république.

Les signes ne trompent pas. Des députés de la majorité qui demandent l’exclusion du français avec une traduction simultanée de l’arabe aux langues nationales pour la session du budget 2020. Et une semaine après c’est une centaine de militants de l’UPR qui réclament la traduction de la séance inaugurale du congrès seulement dans les langues nationales. Deux faits gravissimes qui risquent de replonger le pays dans l’obscurantisme idéologique panarabe qui a déjà fait ses preuves sous le régime de Ould Taya.

Hier ces mêmes intégristes arabes avaient réussi à étendre leur influence dans tous les rouages de l’Etat et poussé ainsi Ould Taya à fermer l’institut des langues nationales pour arrêter le processus de leur enseignement dans le système éducatif mauritanien.

Aujourd’hui ils réclament à hue et à dia la traduction de l’arabe dans ces langues à la place du français. Un retournement de veste qui cache une nouvelle stratégie d’enfermement des locuteurs de ces langues pour la plupart des francophones.

Cette demande d’exclusion de la langue de Molière est un danger pour la stabilité politique du pays. Pour le président Ould Ghazouani dans un contexte de crise avec Ould Aziz qui n’a pas dit son dernier mot. Cette résurgence intégriste arabe est un danger pour la république.

La montée surtout des nasséristes au sein de l’UPR est un frein au multiculturalisme par conséquent un retour au statu quo la négation culturelle des négro-mauritaniens et Haratines. En brandissant l’étendard arabe-langues nationales les nationalistes arabo-berbères veulent parachever l’arabité de la Mauritanie. L’exclusion du français est un tremplin.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

Autour d’un thé : Peuple de braves

Autour d’un thé : Peuple de bravesLe Calame - Qui vole un œuf, volera un bœuf. Et qui vole un budget, volera quoi ? Certainement une société, une démocratie ou même un État entier. Mais, c’est aussi connu que celui qui n’a rien englouti n’avalera pas un os de travers et qui n’a pas volé n’a pas peur des pisteurs.

De là à dire que nous avons tous peur des pisteurs ou que nous risquons tous avaler un squelette en entier de travers, il n’y a qu’un pas. Un peuple de preneurs de ce qui ne lui appartient pas. Un peuple de braves. Une certaine bravoure qui fait prendre, au planton, des ramettes de papier, quelques paquets de stylos et de registres à revendre au papetier du coin.

Une bravoure qui fait prendre, au comptable, des machines, photocopieurs, agrafeuses ; lui fait détourner une imprimante toute neuve ou surfacturer des dépenses au profit d’un indicible fournisseur qui s’enrichit entre une soirée et sa matinée.

Une bravoure de hauts officiers d’une normalement Grande Muette venus apprendre la nage chez les civils au point d’en devenir capables de les noyauter. Des militaires qui sont partout, sauf là où ils devraient normalement être.

Braves dans les affaires. Braves en investissements dans les secteurs des pêches, des bâtiments, des divers. Braves en avancements intempestifs aux grades militaires jusqu’à la clochardisation d’une si respectable institution. Braves dans la justification de l’injustifiable.

Qui n’a pas encore en tête ces images ridicules et catastrophiques de « nos chefs de guerre » en grosse campagne de dénigrement contre un vieil homme débarqué sans foi ni loi par un chef de bande aujourd’hui voué aux gémonies tant par ses soutiens que par ses détracteurs.

Bravoure d’indélicats députés collaborant au torpillage d’un processus démocratique via débarquement intempestif et sans appel d’un président démocratiquement élu. Et qui manigancent affreusement les budgets, au cours de sessions à huis clos des ministères et institutions, pour on ne sait quelle complicité ?

Bravoure de ministres carnivores, herbivores, dilapidateurs. Qui sans vergogne détournent honteusement l’argent public. Des braves. Des héros. Des audacieux. Qui osent parler. Rire. Danser.

Et même demander des comptes aux autres ! Que serait le procès de Maouiya Sid ‘Ahmed Taya ? Qui n’aura pas la corde à son cou, si un certain ex-dernier Président devrait répondre de ses actes ? Les quotas de poulpe, les attributions foncières, les autorisations de change, les soins à l’étranger, les grosses commissions occultes perçues de conventions et accords avec des sociétés comme Poly Hondong ou des multinationales comme MCM, Tasiast ou autre…

C’est qui dans tous ces coups ? Qui n’est pas dedans ? Qui a mis à genoux la SNIM ? Dans quelles poches ou dans quels comptes sont allées se fourrer les grosses fortunes engendrées du temps où les choses allaient encore excellemment pour ce fleuron de notre économie nationale ? La forêt ne suffit pas pour cacher le poltron.

Frémissez, bande de bandits et de receleurs ! Il faut faire bouger les dossiers de la décennie. Rien à vous voir remuer comme ça, comme cela suffit à comprendre que quelque chose ne va pas ou ne doit plus très bien aller ! Bravoure d’un Président qui comprend que la meilleure façon de se défendre est d’attaquer.

D’aller au fond du camp de l’ennemi, pour se prémunir contre ses potentielles agressions. Qui comprend qu’il faut mener la bataille sur un front loin de ses bases. Très loin de ses bases, pour résoudre les belligérants à rester dans leurs limites. Une stratégie qui a payé contre les groupes islamistes du Nord-Mali (c’est tellement d’actualité !).

Une stratégie qui a payé contre les voraces dévastateurs de la république, complètement affolés par les irrégulières incartades et les imprévisibles sorties d’un président-fondateur permissif à la limite de l’insolence.

Après la Mauritanie nouvelle, une autre Mauritanie nouvelle. Après le Président- fondateur, un autre Président-fondateur. Après la décennie des « réalisations », une autre décennie dont on ne sait encore de quoi sera-t-elle qualifiée. Applaudisseurs, soutiens, majorité et autres initiatives de soutien, groupes et que sais-je encore : Debout, on appareille ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Mauritanie : l’exclusion du français à l’assemblée nationale fait polémique

Mauritanie : l’exclusion du français à l’assemblée nationale fait polémiqueKassataya - La décision de traduire l’arabe dans les langues nationales sans le français au sein de l’assemblée nationale ouvre le débat sur la place de cette grande langue de communication en Mauritanie. L’histoire retiendra que le français est un acquis pour la Mauritanie.

Son usage dans l’enseignement et dans l’administration est une réalité depuis l’indépendance en 60 mais depuis la mise en place d’une politique d’arabisation à outrance la langue de Molière est en perte de vitesse dans tous les rouages de l’Etat.

Ce statut de seconde langue après l’arabe semble être remis en cause à l’assemblée nationale qui abrite depuis cette semaine une session plénière sur le budget 2020. Désormais le Pulaar, le Sooninke et le Ouolof auront droit de droit de cité dans l’hémicycle avec la création d’un service de traduction simultanée de l’arabe pour les sessions parlementaires excluant ainsi le français.

Ce choix politique ouvre le débat sur la place du français en Mauritanie. Ce qui semble être un acquis historique est entrain de perdre du terrain au profit des langues nationales qui avaient été longtemps reléguées aux oubliettes. Cette nouvelle orientation pourrait remettre au troisième plan la langue de Molière.

Cette aspiration des autorités de Nouakchott confirme l’inquiétude grandissante de l’ambassadeur français à Nouakchott qui comprends que certains mauritaniens n’apprécient pas cette réalité historique pour des raisons identitaires ou politiques selon les propres termes du diplomate français.

Cette crainte de la disparition du français relance le débat sur le plurilinguisme. C’est du moins pour les observateurs la seule voie pour la Mauritanie de sortir de l’extrémisme arabe pour renouer avec son histoire et sa position géo politique de trait d’union entre le monde arabe et africain.

La coexistence de l’arabe, des langues nationales et du français est possible dans le cadre d’une nouvelle politique d’indépendance culturelle qui passe par l’enseignement des langues nationales et l’utilisation de l’arabe et le français comme grandes langues de communication.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

L'Editorial du Calame: Gabegistes sous tous rapports

L'Editorial du Calame: Gabegistes sous tous rapportsLe Calame - Accablants. Et fort révélateurs, les derniers rapports de la Cour des comptes qui ont fuité (à dessein?). Ils ont remis sur terre ceux, très peu nombreux, estimant encore que les slogans de lutte contre la gabegie et les détournements de deniers publics, si galvaudés au cours de la dernière décennie, étaient autre chose que de la poudre aux yeux.

L’étude a révélé, à la face du Monde, que malgré les « bonnes » intentions, aucun ministère ou société publique n’a échappé à cette entreprise de prévarication à ciel ouvert. Tout y est passé : surfacturations outrancières, dépenses incongrues, contrats léonins, marchés de gré à gré injustifiées...

Les contrôleurs de la Cour des comptes en sont restés bouche bée. Seules la Présidence et la Primature ont été épargnées. Savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles n’ont pas été contrôlées. Rien n’indique pourtant qu’elles se révèleraient des îlots de bonne gestion dans un océan de forfaitures.

Le mal est beaucoup plus profond qu’on ne le pense. Certes, la presse et les réseaux sociaux n’ont cessé de lancer des alertes sur tel ou tel cas de mauvaise gestion ou de marchés de complaisance mais personne ne pouvait imaginer l’ampleur du gâchis.

Il en serait ainsi resté, si la Cour des comptes n’avait pas publié (par inadvertance ?) ses rapports couvrant dix ans (2007-2017) de gabegie sans nom. La preuve ? Ils ne sont plus accessibles. Comme si l’on voulait réparer une faute, en donnant l’impression qu’elle fut involontaire.

Mais en tout état de cause, elle a douché les ardeurs des plus convaincus partisans de l’ex-Président Ould Abdel Aziz et sans doute de ce dernier qui, après trois mois d’absence, commençait à se faire un peu trop bruyant.

Il fallait bien lui envoyer un signal fort pour lui rappeler qui était aux commandes lorsque les maigres ressources du pays étaient dilapidées par ceux-là mêmes qu’il avait choisis.

Et, à part quelques malchanceux qui ont été épinglés sous son magistère (avant d’être rapidement réhabilités), rien ne donnait l’impression que sa démarche dans la lutte contre la gabegie était empreinte de sérieux. Elle était même très sélective.

Le clan avait droit à tout et ceux qui servaient ses intérêts étaient intouchables. Les rapports de la Cour des comptes ou de l’IGE qui les épinglaient étaient mis sous le boisseau. Certains d’entre eux gardent même (haut) pignon sur rue. D’autres sont encore aux commandes.

Dans n’importe quel autre pays du Monde, de telles révélations donneraient lieu à un branlebas de combat, démissions en cascade, procès à la pelle, peines de prison et fortes amendes.

Mais nous sommes en Mauritanie. Où la superbe, aussi cynique soit-elle, suffit à balayer toute objection. Ainsi le clan d’Ould Abdel Aziz se targue-t-il aujourd’hui d’avoir fondé et dynamisé la Cour des comptes afin d’éradiquer la mauvaise gestion ; mais il omet « naturellement » de citer ce qui s’est passé et se passe autour de son chef.

La réalité était que les « commissions et la corruption furent l’exclusivité d’Ould Abdel Aziz et du clan » : le marché de l’aéroport, les ventes des écoles, celles du stade olympique et de l’école de police, la caserne de la gendarmerie d’escorte, la cite fanfare et... cie, en passant par Polyhondone, Sunrise, sans oublier, bien sûr, les comptes bloqués par les Américains à Dubaï et le pactole caché au Swaziland avec lequel nos rapports se sont subitement réchauffés, alors que rien ne nous lie : ni l’histoire, ni la géographie, encore moins l’économie…

Des « placements » négociables, donc, à l’heure des comptes en Cour ? On en est probablement là.

Ahmed Ould Cheikh
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : Ex-président

Autour d’un thé : Ex-présidentLe Calame - Au pays des Nou’z’autres, les gens vivent de rien. De futilités. Sinon comment comprendre que depuis maintenant tout ce temps – je ne sais pas combien – tout le monde : le Président, les ministres, les hauts fonctionnaires, les militaires, les civils, les opposants, les « majoritants », les petits et les grands, les malhonnêtes et les honnêtes, les hommes et les femmes d’affaires, les agriculteurs, les éleveurs, les gens des quatre points cardinaux, les diables et les diablesses et tout ce que chacun de nous peut imaginer ; en sont toujours à parler d’un ex-président ?

Pour dire quoi de lui ? Que c’est un démocrate qui a accepté de faire passer pacifiquement le pouvoir…. « Ya khouti » (Ô mes frères), vous êtes morts de mensonge ! Et vous savez pourquoi ? À blatérer sur cette histoire de décennie qui ne finit pas.

On sait, chez nous, que les retraités passent leurs premiers mois de retraite à radoter, à délirer, à raconter n’importe quoi. Mais que toute une république radote, délire, déraisonne, ha ! Un peuple fatigué qui s’occupe de choses à ce point inutiles !

Le nouveau Président parle bien français : cela ne règle pas les problèmes. Il est bien poli et bien éduqué : est-ce justement cela qu’il nous faut ? Ni la politesse, ni l’éducation, ni encore moins l’intelligence n’ont jamais construit les États. Laissez l’ex-Président dire et faire ce qu’il veut.

Le temps lui apprendra rapidement qu’il n’est qu’un ex-Président. Laissez-le faire ses dîners avec qui il veut et passer ses fins de semaine là où il veut. Laissez-le faire la politique comme il veut. Il saura, à ses dépens, que la fin justifie les moyens et qu’il n’est, en réalité, qu’un ex-Président.

N’insultez pas l’histoire, s’il vous plaît. Les « gens » qui appellent à une commission d’enquête sur la gestion des dossiers de la décennie sont, à quelques personnes près, ceux-là mêmes qui faisaient le panégyrique du Président-fondateur, après avoir appelé à la formation de plusieurs autres commissions, pour éplucher les gestions de bien d’autres ex-Présidents.

Allah fasse que nos connaisseurs meurent ou oublient ! Les « gens de Toueimirtt » se connaissent. Taisez-vous et laissez le temps faire entendre à l’ex-Président qu’il n’est plus qu’un ex- Président. « Ghazouani la twelli » : Ghazouani ne recule pas.

Nos Présidents se suivent et se ressemblent. Moi, je ne comprends pas pourquoi préfèrent-ils toujours réserver leur première sortie médiatique à des organes de presse étrangers. Comme si nos journalistes nationaux étaient comme nos médicaments nationaux : périmés et contrefaits.

Si un peuple n’a confiance ni en sa presse, ni en son système de santé, ni en son système d’éducation, comment cela peut-il aller ? Je ne comprends pas pourquoi faille-t-il appeler un journaliste du Monde pour lui dire que les derniers mouvements au sein de notre armée sont une mesure de routine, qu’il y a effectivement une petite divergence de points de vue entre un nouveau et un ex-président, que l’opposition doit rester l’opposition ou qu’un dialogue politique n’est pas d’actualité et pas si opportun que le pensent certains.

Moi, je suis poli et bien éduqué, si tant est que cela soit important. Je n’irai donc pas jusqu’à dire que nos Présidents sont complexés. Mais, en tout cas, il y a problème. Certes, l’opposition existe, jusque dans la presse.

Tous comme les ennemis, nationaux et internationaux. Ceux-là qui peuvent augmenter, diminuer ou même carrément détourner. Mais il y a, quand même, l’AMI, la Mauritanienne, Radio-Mauritanie. Et c’est avec tambours et trompettes qu’on a fêté, voici à peine quelques jours, notre indépendance ! Souveraineté, souveraineté…

A-t-on jamais vu un Président français annoncer des choses françaises via Le Calame ou Al Akhbar ? Voilà tout un programme, monsieur l’ex-Président : reviens, ils sont en train de nous brader à l’Occident ! Recrutement de quatre cents imams et de quatre cents muezzins ! C’est depuis quand qu’on est payé pour appeler à la prière ou la diriger, dans une République islamique ? Signe des temps… Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

De plus en plus isolé, Aziz refuse de rendre les armes…

De plus en plus isolé, Aziz refuse de rendre les armes…Le Rénovateur Quotidien - L’ex- président Mohamed Ould Abdel Aziz est de plus en plus éloigné de l’épicentre de son Parti faute d’avoir réussi à maitriser la situation.

Refusant de se résoudre à l’évidente réalité du jeu politique et de se ranger sans orgueil, en bon perdant, il s’obstine à engager une bataille perdue d’avance et qui risque de précipiter son naufrage politique.

Seul abandonné comme un caïman loin des eaux, il ne doit son salut qu’à la soumission à la sagesse qui commande aux hommes de raison convaincus que le pouvoir est périssable et qu’une fois qu’on le quitte, on doit tourner la page et s’occuper d’autres affaires plus personnelles.

Autrement c’est courir à sa perte. Quand le virus politique hante un président qui vient de quitter fraichement le palais, soit il a des remords prématurés, soit il se croit toujours dépositaire de « l’ordre national du changement ». L’histoire ne bégaiera pas cette fois au sommet.

Les deux hommes qui se sont fait passer le flambeau se connaissent bien. Ils ont ensemble échafaudé des plans réussis pour présider aux destinées du pays. Le deal a marché jusqu’au jour où l’un ne trouva pas meilleur successeur que l’autre. Ce tandem allait-il rompre les amarres quelques mois seulement après la passation du pouvoir fêtée en grande pompe comme pour immortaliser une fidélité réciproque. Qui a semé les germes de la discorde ?

Quand un homme décide de quitter paisiblement le pouvoir même avec amertume, il doit éviter de tomber dans les travers de la tentation d’y revenir sans moyens pour ne pas s’exposer au ridicule. Mieux serait alors de s’y agripper fatalement pendant qu’il régnait en seigneur sachant bien que la chute n’était pas loin que de se cabrer sur une scène politique où les laudateurs d’hier deviennent les snipeurs impitoyables.

Le dernier carré des fidèles de l’ancien président n’a que quelques jours pour se rendre armes et bagages chez Ghazouani devenu maitre de la situation. Aziz est-il aussi impertinent pour croire qu’il a toujours la même autorité sur les cercles du pouvoir qu’il a laissés à son successeur ? C’est tout comme…

Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Mauritanie : Ould Ghazouani rate l’occasion de réconcilier tous les mauritaniens

Mauritanie : Ould Ghazouani rate l’occasion de réconcilier tous les mauritaniensKassataya - C’est un président mauritanien retranché dans le traditionnel message à la nation à l’occasion de la fête de l’indépendance et derrière lequel les observateurs pointent une absence de geste politique sur le règlement du passif humanitaire qui empoisonne la vie des mauritaniens depuis presque 30 ans.

Ould Ghazouani s’est contenté de lancer la locomotive de mise en œuvre de son programme électoral selon ses propres termes.

Les observateurs tout comme l’opposition mauritanienne, les organisations de la société civile, des droits de l’homme n’ont pas apprécié sur le fond le premier discours de Ould Ghazouani pour souffler les 59 bougies de l’accession du pays à la souveraineté nationale.

Un message au peuple mauritanien qui ne rompt pas fondamentalement avec les habitudes manœuvrières de son prédécesseur sur le règlement du passif humanitaire comme l’a reconnu auparavant l’UFP dans sa déclaration à l’occasion de l’anniversaire des crimes commis contre les 28 soldats noirs en 90 à Inal au Nord du pays pour célébrer le 28 novembre. Un silence révélateur de deux commémorations.

L’indépendance et une journée de deuil national pour la communauté négro-africaine dont les blessures profondes n’ont pas trouvé un écho dans le message à la nation. Ould Ghazouani se contentant de lancer la locomotive de mise en œuvre de son programme électoral comme en témoignent les 100 premiers jours de sa mandature.

Pas de geste politique mais le changement dans la continuité d’une gouvernance plus technocratique donc de résultats.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

Édito - Présidentielle en Algérie : comment sortir de l’impasse ?

Édito - Présidentielle en Algérie : comment sortir de l’impasse ?Jeune Afrique - Obstination et aveuglement, côté pouvoir. Intransigeance et mobilisation, côté population. Alors que la campagne pour l'élection présidentielle du 12 décembre a débuté depuis plus d'une semaine, la situation ressemble fort à une impasse, que le pays n’a guère le loisir de s’offrir.

« Notre peuple, toutes catégories confondues – hommes, femmes, étudiants et vieux [sic] – , est sorti dans la cohésion et la solidarité avec son armée pour exprimer sa volonté de voter massivement le 12 décembre. » Chef d’état-major de l’armée et véritable homme fort de l’Algérie, Ahmed Gaïd Salah est passé maître dans l’art du dithyrambe quand il s’agit du peuple algérien.

À moins qu’il ne soit un fervent sectateur d’Émile Coué de la Châtaigneraie (1857-1926) et de sa célèbre méthode.

À force de seriner qu’un formidable « élan populaire » en faveur de la présidentielle balaie le pays, que se multiplient spontanément à travers tout le territoire « les marches populaires » (la répétition est capitale dans le registre de l’autosuggestion) pour soutenir l’armée, sans doute finira-t-il par s’en convaincre lui-même. Quant à la rue, la vraie, c’est une autre affaire…

Situation alarmante

Vendredi 15 novembre, pour la trente-neuvième fois d’affilée, des millions d’Algériens ont défilé pour réaffirmer leur détermination absolue. Ils exigent la fin du système politique en vigueur depuis l’indépendance, le départ de tous ceux qui en sont issus – parmi lesquels Gaïd Salah lui-même, Abdelkader Bensalah, le président par intérim, et toute l’équipe gouvernementale – , la mise en place d’un régime civil et d’une transition gérée par des personnalités indépendantes.

Autant dire un reset total, à la vérité peu probable. Et ne parlons même pas, dans le peuple algérien, du rejet absolu de la présidentielle du 12 décembre ! Obstination et aveuglement, côté pouvoir. Intransigeance et mobilisation, côté population. Cela ressemble fort à une impasse, que le pays n’a guère le loisir de s’offrir, tant la situation économique est alarmante.

Défiance générale

Cinq prétendants sont pourtant entrés en campagne ce 17 novembre. Avec les moyens du bord et dans un climat de défiance générale. On a rêvé meilleure séquence démocratique, pour un pays qui traverse une période charnière et aspire à repenser de fond en comble son modèle politique et son projet de société. Aucun ne vient de la société civile. Encore moins des rangs des contestataires. De près ou de loin, tous sont liés à Abdelaziz Bouteflika.

Comment aurait-il pu en être autrement, dans un pays dirigé, vingt ans durant, par le même zaïm ? Ali Benflis et Abdelmajid Tebboune font figure de favoris. L’un et l’autre ont été les Premiers ministres de « Boutef ». Mais le premier a au moins eu le mérite de claquer la porte dès 2003. Il a même été, à cette époque, le seul à alerter l’opinion sur les dérives monarchiques du pouvoir.

Depuis, il est un opposant constant, qui en est à sa troisième candidature présidentielle. Inutile de préciser qu’en 2004 et en 2014 ses campagnes n’eurent rien d’une sinécure. Benflis dut se mesurer à la machine infernale d’un système tout entier dévoué à sa propre survie.

Les autres, Azzedine Mihoubi (ex-ministre de la Culture), Abdelkader Bengrina (ancien ministre du Tourisme) et Abdelaziz Belaïd (ex-membre du comité central du FLN), partent de – beaucoup – plus loin. Sauf coup de théâtre (mieux vaut rester prudent avec les Algériens : jamais au cours de leur histoire ils n’ont cédé un pouce de terrain à un ennemi intérieur ou extérieur), l’un de ces deux-là sera élu président. Mal élu, sans doute, contesté, probablement, mais élu tout de même.

Stratégie des petits pas

Dans l’interview qu’il nous a accordée, Ali Benflis explique les raisons qui l’ont amené à participer à ce scrutin voué aux gémonies par tous les acteurs du Hirak (mouvement de contestation) qui secoue l’Algérie depuis neuf mois. Elles peuvent se résumer à un mot : urgence !

Rien ne semblant pouvoir réconcilier les deux camps, aucune troisième voie ne se profilant, Benflis a fait un choix logique : se lancer à la conquête d’El-Mouradia pour, ensuite, être en position d’agir, de réformer, d’influer sur le cours des événements et, espérons-le, de répondre aux attentes des Algériens, ceux qui occupent la rue comme les autres.

Une stratégie des petits pas, en somme, en lieu et place de l’immobilisme prôné par les uns (pouvoir) et du « blitzkrieg (“guerre éclair”) institutionnel et humain » souhaité par les autres (la rue). Une sorte de transition qui ne dirait pas son nom.

Ce n’est sans doute pas la panacée, mais peut-être la moins mauvaise solution. Le choix de la raison plutôt que de la passion.

Par Marwane Ben Yahmed
Source : Jeune Afrique

 

 

Mauritanie : Ould Aziz sur le banc des accusés

Mauritanie : Ould Aziz sur le banc des accusésKassataya - A peine rentré en Mauritanie après un séjour de 3 mois à l’étranger, Ould Aziz est dans le viseur des forces démocratiques pour le changement qui montent au créneau cette semaine à Nouakchott pour capitaliser sur le caractère controversé de la mal gouvernance de l’ancien chef d’Etat et relancer le dialogue politique inclusif.

Les mauritaniens ne sont pas amnésiques. Ils gardent toujours en mémoire ce départ suspect de leur ancien président avec 300 valises dans les soutes de la compagnie internationale mauritanienne considéré par les observateurs comme une fuite au lendemain de l’investiture de son successeur.

Tout le monde avait crié scandale et l’opposition remontée contre le silence de Ould Ghazouani sur les conséquences de cette mal gouvernance. Secret de polichinelle.

Le retour à Nouakchott cette semaine de Ould Aziz est mal accueilli par les Forces démocratiques du changement qui regroupent l’UFP, le RFD et l’INAD et qui réclament toute la justice contre celui qui a gouverné le pays pendant 11 ans en faisant des biens de l’Etat une propriété privée comme en témoignent le bradage de l’école publique au privé, le bradage des terres agricoles du Sud au profit des investisseurs étrangers, le bradage de la SNIM à son gendre et à une société australienne.

Ould Aziz devra répondre également à la faillite des sociétés d’Etat responsable du trou des finances publiques.

La coalition présidentielle de l’opposition ne rate pas l’occasion pour remettre à l’ordre du jour la corruption du régime de Ould Aziz et l’impunité des responsables. Une sortie médiatique qui permet au front de relancer le dialogue politique avec le pouvoir après les récentes concertations du président mauritanien avec l’ensemble de la classe politique mauritanienne.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

L'Editorial de RMI Biladi

L'Editorial de RMI BiladiRMI Biladi - Le président Ghazouani ne cesse de charmer et de marquer des points. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Invité d’honneur de la sixième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, Ghazouani a prononcé, avec force et humilité, un discours qui a été bien apprécié et très applaudi par une assistance composée de centaines de personnalités venues de tous les coins de la planète.

A tel point qu’il a été sans conteste la vedette de cette réunion internationale de Dakar. Son nom était sur toutes les lèvres après ce baptême de feu réussi de sa carrière internationale.

Sur le plan sous régional, il a marqué plus d’un point dans le renforcement de la relation vitale de la Mauritanie avec le voisin sénégalais. Cela s’est révélé dans son discours et dans celui de son hôte le président Macky Sall.

La presse sénégalaise, généralement pas très tendre vis à vis des pouvoirs de Nouakchott, paraissait être, elle aussi, séduite par ce ‘’Nar Guénnar’’ courtois et pertinent. Le journal Le Soleil, qui a publié, mardi, un long entretien avec lui, lui a consacré un édito élogieux…

Avec de simples propos et une certaine ouverture d’esprit, Ould Ghazouani est en train de réussir là ou ses prédécesseurs ont échoué : normaliser nos rapports avec le Sénégal. Un pays avec lequel la Mauritanie est liée par le sang, l’histoire, la géographie, l’OMVS et, tout dernièrement, par l’exploitation en perspective du gaz.

En attendant de voir cette bonne et généreuse attitude s’élargir aux autres voisins, il serait opportun pour Ghazouani, qui bénéficie encore de beaucoup d’indulgence et de compréhension au sein du camp de l’opposition, de faire un peu plus vite que son rythme habituel dans la concrétisation de cette entente nationale par des actes palpables : le lancement d’un véritable dialogue entre les différences forces politiques afin de s’entendre sur l’essentiel vital pour raffermir notre système de gouvernance et nous prémunir des dangers sécuritaires qui irritent et déstabilisent déjà notre région.

Cela est d’autant faisable qu’il ne requiert pas de lourds financements de l’extérieur. Tout juste une initiative politique du président ardemment réclamée par tout le monde politique.

Source : RMI Biladi (Mauritanie)

 

Calam(ités) | El Kory Sneiba

Calam(ités) | El Kory SneibaLe Calame - Les Mauritaniens se préparent à célébrer cinquante-neuf ans d’indépendance dans quelques jours. Il va sans dire que six décennies, c’est a priori bien peu dans la vie d’une nation. Mais, pour des pays comme la Mauritanie, c’est tout de même le temps qu’il a fallu pour poser les jalons essentiels à la construction d’un État moderne départi des préjugés et anachronismes sources de tensions et animosités tous azimuts.

Et qui détournent les peuples et les gouvernants des véritables défis à relever ensemble pour lancer un développement harmonieux et durable au profit équitable de tous les citoyens. Parole « réitérée » que ces propos de circonstances ? Certes mais elle servira au moins à démontrer que les déclarations d’intention et les vœux pieux n’ont jamais servi à grand-chose.

Il est vraiment largement temps de comprendre que « si l'on ment, on ne doit pas mentir aux gens ». Toutes les réformes possibles et imaginables ne servent à rien si les dysfonctionnements structurels ne sont pas corrigés. Il faut des mesures et des actes très forts qui requièrent volonté ferme et grand courage.

Disons-nous la vérité. Arrêtons de nous voiler la face et de nous laisser endormir par de merlinesques enchanteurs aux discours exquis et raffinés tout juste bons à amuser la galerie.

Ce que nous constatons aujourd’hui, à chaque cérémonie officielle, ne sert pas l’intérêt supérieur de la Nation. Les rencontres publiques devraient refléter l’image d’une Mauritanie plurielle, fière de ses différences et riche de sa diversité.

Or ce qui est présenté, lors de ces évènements, me semblent bien plutôt de nature à rougir de honte et d’irresponsabilité.

Loin de raffermir l’unité nationale, les derniers mouvements des officiers de l’armée nationale, des responsables de la police, des hauts fonctionnaires de l’administration civile et autre gradés du Groupement général de la sécurité routière donnent, une fois encore, des arguments providentiels à ceux qui estiment, à variablement juste raison, que la Mauritanie est aux mains d’une seule communauté.

J’étais, un de ces jours derniers, à la fac pour en ramener mon fils. Un jeune étudiant négro-africain me fit la remarque suivante : « Il n’y a pas beaucoup de ‘’nous’’, ici. C’est à peine si tu y croises un négro ».

Et mon fils à qui je rapportais cet avis : « Oui, il n’y sont pas admis », reconnaissait-il, « Comment faire ? Les prendre de la rue, comme ça, au hasard, et les faire asseoir dans les amphis ? » Tout cela pour dire que personne n’est comptable de cette vilaine situation mais nous sommes, tous ensemble, tenus à lui trouver une solution.

Et commencer déjà par éviter, tant que peut se faire, d’offrir au monde tant d’images de marginalisation, exclusion et iniquité. « Évoquer de telles choses menacent la cohésion sociale ! », glapissez-vous ? Vous n’avez donc absolument rien compris.

Le vrai danger, c’est justement de ne pas en parler. L’égalité entre les citoyens et la consolidation de la justice sociale ne se décrètent pas. Elles sont la conséquence de politiques et de programmes bien élaborés qui ne souffrent ni du tempérament des uns ni des humeurs partisanes et frileuses des autres.

Les discours ne suffisent pas. Seuls les actes comptent et c’est eux seuls qui valent la peine d’être entrepris. Du premier discours fondateur, fin des années cinquante, de feu Moktar ould Daddah, à celui du président Mohamed ould Cheikh El Ghazwani, prononcé il ya quelques jours à Chinguetti lors du festival des villes anciennes, rien n’a véritablement bougé.

Les réalités sont d’autant plus têtues que rien n’est fait pour les modifier. Les changements structurels sont tributaires de la volonté de ceux qui ont la légitimité de les entreprendre.

Sans s’embarrasser des caprices de ceux qui veulent entretenir le statu quo on ne sait à quel dessein. Soixante ans: il est vraiment temps que la Mauritanie démarre sur des chapeaux de justice, d’égalité et de fraternité.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Mauritanie-Sénégal : ce que cache la participation de Ould Ghazouani au forum sur la paix à Dakar

Mauritanie-Sénégal : ce que cache la participation de Ould Ghazouani au forum sur la paix à DakarKassataya - Le président mauritanien est l’invité d’honneur du président sénégalais Macky Sall au forum sur la paix et la sécurité en Afrique les 18 et 19 novembre prochain à Dakar. Un déplacement de Ould Ghazouani très attendu par les observateurs et notamment par la France qui abrite à partir d’aujourd’hui à Paris la deuxième édition de ce forum.

Le forum de Dakar auquel participeront les chefs d’Etat africains, de hauts gradé militaires français et africains et des chercheurs, vient à point nommé au moment où le Mali connaît une spirale d’attaques meurtrières contre des camps militaires par les Jihadistes.

Le bilan de la dernière attaque est très lourd. 49 soldats maliens tués et un soldat français et pour la première fois revendiquée par l’EI. Ajouter à cela la dernière attaque au Burkina Faso qui a fait plus d’une trentaine de morts.

Cette situation grave qui menace le Sahel et au-delà toute l’Afrique occidentale sera au centre des discussions les 18 et 19 novembre prochain à Dakar qui accueillera les chefs d’Etat africain dont le président mauritanien très attendu dans la capitale sénégalaise.

Ould Ghazouani qui vient d’être élu est avant tout un invité d’honneur mais il est plus que ça compte tenu du fait que la Mauritanie est leader du G5 dans la lutte contre le terrorisme.

Pour la première fois Nouakchott vient d’abriter le comité de pilotage Interpol du G5 Sahel. Ce partenariat fait suite à un deal passé entre les deux organisations pour le partage de renseignements sur le terrain et l’échange d’outils de surveillance ultra sophistiqués.

Par ailleurs la première promotion d’officiers supérieurs des armées du G5 Sahel est sortie le 27 septembre dernier à Nouakchott. En outre la Mauritanie c’est le seul pays dans cette bande sahélo-saharienne qui a signé un pacte de non -agression avec la nébuleuse Al Qaïda.

Nouakchott également joue un rôle important dans la paix au Nord du Mali comme en témoigne l’accord récent de cessez-le feu de deux factions rivales incluant une démilitarisation de la zone du Lemeb près de la frontière mauritanienne.

Et enfin la Mauritanie pourrait jouer un grand rôle dans la résolution de l’irrédentisme des touareg au Mali avec le projet de protectorat de l’AZAWAD entre le Mali l’Algérie et la France et sous tutelle de Nouakchott. Ould Ghazouani détient ainsi plusieurs cartes sous régionales qui font de lui un négociateur incontournable.

La présence mauritanienne est importante pour la France qui soutient ce genre de rendez-vous très utile pour la sécurité de ses soldats de la force Barkhane. Paris qui abrite à partir d’aujourd’hui la deuxième édition de ce forum est la cible principale au Sahel des Jihadistes par ricochet le Mali et le Burkina Faso, les deux maillons faibles du G5 Sahel.

Ce forum permet également à Paris de vendre ses armes. C’est l’autre face de la puissance militaire française dont l’appétit dans ce domaine n’est plus à démontrer.

Enfin pour le président sénégalais qui accueille ses homologues africains c’est une belle occasion de redorer son blason pour l’élargissement du G5 Sahel à son pays et le Maghreb pour des raisons évidentes géopolitiques et ensuite la Libye et la Tunisie d’où partent les jihadistes disséminés dans le sahel et dans l’EI.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

Autour d’un thé : Bilan

Autour d’un thé : BilanLe Calame - Si tu vois que les gens sont aveugles, dit l’adage populaire, « épingle » ton œil. Un autre nous dit encore que la mort parmi les dix est un plaisir. Alors, moi, je vais épingler mon œil et mourir parmi les dix, en réclamant le bilan des cent jours du président Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, sans même savoir pourquoi cent et pas deux cents, quatre cents ou mille, voire carrément attendre la fin du mandat, pour savoir où sommes-nous allés, si jamais l’on soit parti.

Bref, c’est juste pour faire comme les autres : les Français, les Américains, les Anglais, les Sénégalais, les Burundais. Oui, oui, faire comme les autres…mais pas exactement. Il paraît que le Président a demandé à ses ministres de lui dresser le bilan.

Un peu comme dans une partie de belote, quand un joueur te demande : c’est quoi le bilan ? Vous savez, entre le jeu et le sérieux ; il n’y a pas grande frontière. Ou l’on est dans l’un ou l’on est dans l’autre. C’est comme ça.

Cent jours après départ de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz et l’arrivée de Mohamed Ould Cheikh Ghazwani. L’un est parti. L’autre est venu. Il y a eu quelques conseils de ministres. Une centaine de nominations.

Le nouveau boss a voyagé deux fois à l’étranger. Deux à trois pluies à Nouakchott, les Mourabitounes locaux disqualifiés de la CHAN, des dizaines d’accidents mortels sur les routes nationales.

L’année scolaire a commencé il y a un peu moins d’un mois. Un défilé de quelques personnalités de l’opposition et de la société civile à la Présidence. Certains venant après les autres. Il y a eu le changement du siège de l’UPR d’une maison à une autre.

Le G5 Sahel a chèrement payé le sien à cinq cents millions d’anciennes ouguiyas dont cent millions sont encore wanted, quelque part en balade dans quelques poches occultes. Il y a eu le remplacement du vice-président de l’Assemblée Nationale, le limogeage de l’administrateur directeur général de la SNIM, beaucoup de vols et de viols.

Les ministres continuent à « ministrer », Le Président à « présider ». Les états-majors toujours à leur place, tout comme le BASEP et la Banque centrale. Il y a eu des mouvements dans la police et dans le Groupement général de la sécurité routière.

Les résultats de certains concours nationaux ont été publiés, d’autres pas encore. Il y a eu la sortie d’une promotion de la Garde nationale, de fortes inondations au Guidimakha, les manifestations des bacheliers de plus de vingt-cinq ans se poursuivent. Certains ministres ont voyagé.

D’autres pas encore. Un petit groupe du ministère des Finances et de la Banque mondiale sont allés « cravacher » soixante millions à Washington. Cent jours après le départ de l’un et l’arrivée de l’autre, les vendeurs ambulants des marchés de Nouakchott sont toujours là. Les voituriers stationnent toujours abusivement.

Les faux-médicaments toujours dans les rayons des officines. Les aliments et boissons périmés toujours achalandés dans les épiceries. Les délestages intempestifs n’ont pas encore diminué. Les amoncellements d’immondices croissent dans tous les quartiers de Nouakchott.

C’est à ne pas oublier que certains ministères ont changé leur écriteau et la direction de quelques-unes des portes de leurs bureaux. Les ânes, les chèvres et les badauds se promènent toujours « fièrement » en plein centre-ville.

La commission lunaire a changé de tutelle : adieu le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation et bonjour celui des Affaires islamiques ! Dans le bilan des cent jours, il y aura la célébration du Mawloud à Chinguetti et celle de l’Indépendance à Akjoujt. Respectivement pour un budget de quelques centaines de millions et de deux milliards.

C’est quand même quelque chose. Petite anecdote : à quelques encablures de l’école fondamentale où le président a donné le coup d’envoi de l’année scolaire en cours, des centaines de petits enfants ânonnent sous les toits croulants et vétustes de quelques baraquements d’infortune. Mais c’est vrai : cent jours, ce n’est pas beaucoup. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

L'Editorial du Calame : Lettre ouverte à Ghazwani

L'Editorial du Calame : Lettre ouverte à GhazwaniLe Calame - Monsieur le Président, vous fêterez très bientôt vos cent premiers jours à la magistrature suprême.

Un délai communément admis dans le Monde pour dresser le premier bilan d’un nouveau chef d’Etat. Pourquoi cent ? Un seuil psychologique choisi probablement au hasard et qui ne représente pas grand-chose des cinq ans (ou plus) que vous passerez à la tête de notre république.

Mais je sacrifierai, moi aussi, à ce rituel, même si je reste persuadé qu’il faudra beaucoup plus de cent jours pour seulement avoir une idée du gâchis dont vous avez hérité.

Choisir les hommes, mettre de l’ordre, redresser sont au moins trois paires de manches. Vous ne savez sans doute pas par où commencer, tant la tâche paraît ardue. Mais vous devez d’abord surmonter une difficulté et non des moindres. Ould Abdel Aziz est votre ami, pour ne pas dire alter ego, vous avez longtemps cheminé ensemble, il a contribué à votre élection et vous ne pouvez pas, d’un revers de main et malgré l’extrêmement lourd passif, jeter le bébé avec l’eau du bain.

Vous aurez donc besoin de tout votre talent de stratège pour naviguer entre des eaux tumultueuses et éviter les écueils que ne manqueront pas de poser, sur votre chemin, ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la roue tourne. Vous avez commencé timidement : personne ne peut vous le reprocher. Votre culture tout en retenue vous empêche de faire des vagues. Mais, monsieur le Président, il y a urgence en certains domaines.

Certes, vous n’avez pas de baguette magique ; pourtant il en faut une. Votre prédécesseur a commis tant de dégâts qu’il faut se révéler sorcier pour voir clair en une situation si ambigüe, opaque, (que dire ?). En voici des exemples et la liste n’est pas exhaustive.

L’école a été laissée pour compte pendant plus de dix ans. Que dire de la santé, infectée par les mauvaises pratiques et intoxiquée par les médicaments périmés ? La justice ? Inféodée à l’Exécutif. L’eau et l’électricité qui ont englouti des milliards ? Elles ne sont pas assurées à tout le monde. Les infrastructures routières ? Malgré tout l’argent dépensé, elles sont dans un état déplorable. L’économie ? Vous héritez d’une dette de cinq milliards de dollars, soit près de 94% du PIB, 1132 dollars par tête d’habitant. Les marchés publics ? Toujours attribués aux mêmes. Le secteur privé ?

Plus que l’ombre de lui-même : au lieu de l’encourager, l’Etat lui a fait la guerre, dix lourdes années durant. Les exemples de gabegie et de malversations ne manquent pas, il serait fastidieux de les citer un à un. Vous en avez été certainement informés. Une chaîne qu’il faut briser au plus vite. Comme vous avez brisé une barrière psychologique, en recevant les leaders de l’opposition et les hommes avec qui vous avez croisé le fer lors de la dernière présidentielle.

Un premier pas non négligeable sur la voie de la décrispation de la scène politique. Mais beaucoup de choses restent à faire. On attend tous le Messie. Il vous faudra sans doute commencer par mettre les choses au clair à ce sujet. Au plus vite, pour éviter des quiproquos et d’incongrus reproches. Vous n’aurez donc jamais à nous décevoir de ne pas être un autre.

Et plutôt, je vous l’espère sincèrement, à nous réjouir de vous constater, dans vos œuvres et services, tout simplement vous-même.

Ahmed Ould Cheikh
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Mauritanie : les faux diplômes étrangers refont surface à Nouakchott

Mauritanie : les faux diplômes étrangers refont surface à NouakchottKassataya - L’arrestation d’un faux médecin étranger cette semaine à Nouakchott relance le débat sur les faux diplômes en Mauritanie. Un véritable danger pour la fonction publique d’un pays où se vendent des écoles, des pharmacies et des cliniques.

C’est l’ancienne ministre de la fonction publique sous le régime de Ould Aziz qui avait révélé le scandale des faux diplômes dans son département. Coumba Bâ avait brisé le tabou en indexant que 70 pour cent des fonctionnaires sont titulaires de faux diplômes.

C’est une situation grave dont les causes remontent à 89 où des centaines de hauts fonctionnaires sont déportés au Sénégal et au Mali libérant ainsi plusieurs postes. Et c’est durant le deuxième mandat de Ould Aziz que ce fléau est sorti de l’ombre.

Une commission d’authentification et d’équivalence a été mise en place. Et sur 110 diplômés 30 seulement sont authentifiés. Une triste réalité dans un pays où se vendent facilement des écoles encouragées par l’ancien président, des pharmacies et des cliniques comme des boutiques.

Ils sont aujourd’hui nombreux des docteurs dans tous les domaines détenteurs de masters et d’autres troisièmes cycles occupant de hautes fonctions dans l’administration en grande partie.

Dans le privé ce phénomène est plus visible dans les cliniques et concernerait les médecins étrangers comme c’est le cas de ce faux médecin étranger arrêté cette semaine dans un quartier périphérique de Nouakchott.

Cette traque ne doit pas viser que les étrangers. Une alerte pour le nouveau gouvernement à passer au peigne fin tous les diplômés de la fonction publique en activant la commission d’authentification.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

L'Editorial du Calame: Partis en fumée

L'Editorial du Calame: Partis en fuméeIl est, en Mauritanie, une règle immuable depuis la nuit des temps républicains. Chaque fois qu’un président se fait remplacer, de gré ou de force, le parti qu’il a fondé ex nihilo est convulsé de spasmes ; autrefois nombreux et disciplinés, ses militants se raréfient puis disparaissent ;

jusqu’alors aux premières loges, ravis des grâces du Seigneur, ses chefs se font de plus en plus petits ; son siège qui ne désemplissait pas ressemble désormais à une maison hantée où personne ne veut poser pied ; même ses élus n’en revendiquent plus l’obédience.

On connut tel scénario avec le Parti du peuple mauritanien du père fondateur, les Structures d’Education des masses de Haïdalla, le PRDS de Maaouya et, dans une moindre mesure, l’ADIL du président Sidioca. Et le voilà en notre quotidien contemporain, avec l’UPR, le parti qu’Ould Abdel Aziz porta sur les fonts baptismaux. Premier à porter l’estocade, un transfuge d’APP, ancien député UPR.

Avec un énorme pavé dans la mare, en déclarant ouvertement que ce parti doit « se tourner vers l’avenir ». Au moment même où l’on évoquait, avec insistance, l’imminent retour d’Aziz pour présider le congrès de l’UPR et en prendre la tête ! Petit tollé rapidement étouffé.

Les partisans du comeback – ils ne sont pas nombreux… – mettent de l’eau dans leur zrig. Le président du comité provisoire de gestion du parti, qui a hérité d’un ‘’bon’’ morceau, ne pipe plus un mot.

Pire, chacun peut constater, lors de la dernière réunion de ce comité, la disparation, comme par enchantement, de la grande photo du « président-fondateur » qui ornait le mur de la salle de conférence. Un fait dont les réseaux sociaux et la presse se sont fait largement l’écho.

Les Mauritaniens, vous dis-je, ont la mémoire courte et la reconnaissance n’est pas leur qualité première. Aziz, qui se retourna, dès son élection, contre ceux qui l’avaient fait roi, est en train de périr à son tour par l’épée de l’opportunisme.

A ce rythme, quelques mois suffiront à ne plus laisser, de ce parti, que le nom et le souvenir de « plus d’un million d’adhérents » fictifs. Tout comme un certain PRDS dont « tous les Mauritaniens étaient membres » et qui, au soir d’un certain 3 Août 2005, entama sa descente aux enfers, avant d’être enterré dans les oubliettes de l’Histoire.

Ould Abdel Aziz aura-t-il plus de chances que ses prédécesseurs ? Saura-t-il maintenir son parti en vie après son départ du pouvoir ? Ses soutiens entretenir la flamme ? Rien n’est moins sûr, au vu du lourd héritage qu’a laissé l’homme derrière lui.

Et des frais diluviens d’entretien d’une telle cour de courtisans si sensibles aux faveurs sonnantes et trébuchantes…

Il dispose certes d’un épais matelas de devises méthodiquement glanées sur le dos du pays et ce ne serait pas superflu qu’une partie de ces revenus indus circule un tant soit peu en Mauritanie mais, bon, chaque jour qui passe réduit inexorablement l’hypothétique rendement d’un tel investissement. Dieu merci!

Ahmed Ould Cheikh
Source : Le Calame (Mauritanie)

Mauritanie : les rivalités politiques renaissent au sein de la CVE

Mauritanie : les rivalités politiques renaissent au sein de la CVEKassataya - Les thèses complotistes au sein de la CVE relayées cette semaine par les réseaux sociaux inquiètent les observateurs qui pointent des rivalités politiques anciennes entre les différents leaders des partis afro-mauritaniens. Cette renaissance risque de compromettre le dialogue politique de l’opposition avec le pouvoir.

Les mauritaniens sont abreuvés ces dernières semaines de feuilletons politiques sur la crise politique des partis de l’opposition mauritanienne après les présidentielles du 22 juin dernier. Après l’UFP c’est la coalition VE qui met au grand jour des rivalités politiques internes. C’est l’une des conséquences néfastes après la crise post-électorale.

Les leçons que la CVE livre deux mois après ne sont pas bonnes pour une opposition qui vient de révéler tous ses secrets d’une union bien négociée par ses comploteurs. Leurs thèses sont relayées à cœur joie cette semaine par les réseaux sociaux pour désigner coupable l’aile radicale représentée par l’AJD-MR et les FPC opposés à la création d’un parti.

La réponse de Ibrahima Sarr est catégorique. Son parti ne fera pas partie d’une CVE nouvelle version structurée préférant l’ancienne formule qui a permis à la CVE d’aller aux dernières présidentielles.

C’est une prise de position qui prône ainsi l’indépendance de l’AJD-MR et son implantation sérieuse dans la capitale et à l’intérieur du pays. La gravité de cette crise ouverte entre ceux qui se réclament la paternité de la CVE et les frondeurs de l’union réside dans le cynisme des premiers qui avaient caché leur agenda.

Les FPC abondent également dans ce sens en s’opposant à ce projet considéré comme une manœuvre astucieuse de l’implantation de la CVE dans un communiqué diffusé cette fin de semaine.

L’autre enseignement fait peser les inquiétudes des observateurs sur la crédibilité des leaders de la vallée qui ont encore cinq ans pour montrer autre chose que des contradictions internes.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

 

Mauritanie : Ould Ghazouani zappe les leaders de la vallée

Mauritanie : Ould Ghazouani zappe les leaders de la valléeKassataya - Les observateurs sont surpris du silence abasourdissant qui entoure l’invitation au moins d’un leader de la vallée par le président mauritanien.

Plus d’une semaine après ses entretiens avec Ould Boubacar ce zapping présidentiel est considéré par l’opinion publique comme une atteinte à l’unité nationale et à la cohésion sociale. En tournant le dos aux partis afro-mauritaniens le président mauritanien compromet le dialogue politique en perspective avec l’opposition durant son quinquennat. La normalisation en cours apparaît ainsi comme un saupoudrage à l’unité nationale et une fuite en avant dans la résolution de la cohabitation.

C’est un retour à la diabolisation du leader Ibrahima Sarr qui dirige aujourd’hui le seul parti reconnu parmi les leaders de la coalition VE, l’AJD-MR qui s’est rapproché ces deux dernières années avec les FPC de Samba Thiam.

Sans doute cette union de forces patriotiques de la vallée est mal vue par l’entourage panarabe extrémiste du nouvel homme fort de Nouakchott.

L’initiative de recevoir les leaders des partis de l’opposition n’est pas mise en cause mais c’est la discrimination qui en découle. Pour preuve l’ancien premier ministre et candidat Ould Boubacar n’a pas de parti.

Deux poids deux mesures qui cachent une volonté du nouveau président à suivre les traces de ses prédécesseurs. La stigmatisation de la coalition VE durant la crise post-électorale est édifiante à cet égard.

Les observateurs s’interrogent sur l’absence de jugement de plus d’une dizaine de militants et sympathisants prisonniers dans la vallée dont en première ligne l’instituteur Ghali Sall originaire de Lixeiba.

Alors que le dossier de la poursuite judiciaire de l’opposant exilé Bouamatou sera définitivement levée avant le 28 novembre prochain. Une grande tache noire sur les premiers mois de gouvernance qui risque d’aggraver la double fracture nationale et sociale.

En zappant les leaders de la coalition VE Ould Ghazouani s’attire davantage d’ennemis. Et cette posture est en contradiction avec la déclaration qu’il est le président de tous les mauritaniens. Une atteinte à la cohésion sociale qui ne présagera rien de bon pour le pays d’ici 5 ans.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

Mauritanie : le recrutement de prestataires enseignants fait polémique

Kassataya - L’annonce cette semaine par le gouvernement d’un recrutement de 5030 enseignants et professeurs focalise l’attention des observateurs. Le libellé d’un recrutement de prestataires individuels de services d’enseignement en dit long des besoins pressants de l’éducation nationale en matière d’enseignants et de professeurs.

En première ligne deux départements enseignement fondamental et de la réforme de l’éducation nationale, enseignement secondaire et la formation technique et professionnelle et un partenaire l’emploi, la jeunesse et Sports.

Cette synergie gouvernementale vise à réduire le chômage de 60000 jeunes diplômés chaque année. Une mesure d’urgence pour 3000 enseignants pour le fondamental et 2030 professeurs pour les collèges et lycées.

Pour les observateurs ce nouveau bataillon éducatif n’est pas armé pédagogiquement pour transmettre le savoir aux élèves faute d’une véritable formation. Il s’agit de prestataires de services pour combler le déficit d’enseignants dans un secteur où c’est le système qui est malade.

Une maladie congénitale qui nécessite une réponse structurelle pour corriger une arabisation à outrance responsable de la déperdition scolaire et des mauvais résultats dans tous les cycles en particulier les hécatombes chaque année des résultats du Bac.

La deuxième faiblesse de ce système qui perdure depuis des années c’est le complexe de l’enseignement général au détriment de l’enseignement professionnel. Il s’agira donc pour le gouvernement d’une refonte de l’éducation nationale la seule réponse pour dégraisser ce Mammouth vieillissant et qui coûte cher aux contribuables.

Cherif Kane
Source : Kassataya (France)

 

Calam(ités) | El Kory Sneiba

Calam(ités) | El Kory SneibaLe Calame - Comme avant lui tant d’autres de notre planète commune, le peuple tunisien vient d’envoyer un message fort et éloquent, au premier tour de son élection présidentielle, le dimanche 15 Septembre dernier.

Vingt- six candidats y participaient et ce sont deux profils atypiques qui recroiseront le fer au second tour, dans quelques semaines : Kaïs Saed, un homme simple, usant de phrases simplistes pour se faire comprendre et écouter ; Nabil Karoui, un homme d’affaires en prison, accusé d’institutionnaliser la fraude fiscale, faire fuir les capitaux, user de contrebande et de blanchiment d’argent.

Deux hommes sans aucun ancrage politique ni théorie idéologique prometteuse de lendemains qui chantent mais ne semblent plus en chanter aucun peuple. Déjà l’élection d’un homme comme Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique ou d’Emmanuel Macron, en France, élu sans coup férir grâce à son Mouvement En Marche, a mis en évidence la déroute sans appel des partis historiques dont les discours généralement démagogiques ne font plus recette.

Les gens sont de plus en plus enclins à tendre l’oreille au spectaculaire populisme qui semble mieux prendre en charge leurs diverses et multiples revendications.

Ce vent de « dégagisme » et de ras- le-bol avait déjà soufflé à quelques encablures de la Mauritanie (l’élection en 2012 du président Macky Sall en est une parfaite illustration) sans que personne ici, pas plus en notre soi-disant élite politique que de nos fameuses personnalités indépendantes n’y ait pris garde.

Nos partis préférant continuer à s’enfoncer davantage dans leurs inextricables insuffisances et sempiternelles querelles de minaret et à s’engager, diaboliquement et sans aucune logique, en des pseudo-compétitions électorales dont ils se savent pertinemment sans aucune chance, ni de gagner, ni même de sortir honorablement.

Des participations répétitives qui ne servent, finalement, qu’à légitimer des mascarades en forme de satisfecits du système militarisé dont les chefs ont l’outrecuidance de se passer la main, sans vergogne ni crainte.

Un pays sans peuple. Sans élite. Sans opposition. Des trivialités que les gouvernements successifs ont très tôt comprises. Les Mauritaniens se « mangent » sur fond d’exacerbations intercommunautaires et débats idéologiques superflus… alors que leur pays se meurt.

De prétendues élites étalent leurs comportements et petits calculs mesquins jusqu’à faire déchanter tous ceux qui avaient cru, un jour, en leur capacité d’animer le moindre changement. Les rares éclaircies qui purent entretenir le mirage ne sont plus que de vagues souvenirs ordinairement rapportés avec beaucoup d’imprécisions. Les deux présidentielles de 1992 et de 2007 ont embrumé les plus légitimes espoirs.

Notre histoire contemporaine ne retiendra que de très graves et démocratiquement indéfendables positions de certains hommes sur lesquels beaucoup d’espérances étaient fondées. Dix ans durant, le régime de Mohamed ould Abdel Aziz a copieusement méprisé l’opposition démocratique et son institution.

Complètement découragés, plusieurs de ses chefs « emblématiques » ont fini par répondre aux sirènes tentantes des fauteuils moelleux dont ils étaient privés, depuis des décennies.

Ceux qui sont encore restés dans l’opposition (pour combien de temps encore ?) font du « gare à ta mère, ô dernier ! », vers le nouveau pouvoir de Mohamed ould Cheikh Ghazwani, et se télescopent, à la porte de la présidence et en ses salons, avec divers de leurs anciens camarades « convertis » depuis longtemps. On papote, on papote, et, presque deux mois après l’investiture du nouveau Président, rien de vraiment essentiel n’a été entrepris.

Comme l’a déclaré le tonitruant porte-parole du gouvernement, c’est quasiment la continuité du système azizien. Et ce n’est pas la nomination de son très controversé ministre de l’Economie et des finances à un poste aussi important que celui d’administrateur directeur général de la SNIM qui démentira celui-là.

Ghazwani a commencé à parler, voyage, nomme, reçoit à tort et à travers. Cela ne suffit évidemment pas : les Mauritaniens attendent encore et toujours le changement.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)