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Chronique en Mauritanie

Autour d’un thé : Après moi, le déluge !

Autour d’un thé : Après moi, le délugeLe Calame - Les candidats ont fini de dire aux citoyens ce qu’ils avaient à dire pour les convaincre de les choisir à leur tête. Que vont-ils donc encore pouvoir leur baragouiner, durant la campagne présidentielle ?

Avec quel argent vont-ils encore pouvoir rouler, après en avoir tant dépensé, en ce lancement pré-électoral ? La Commission électorale nationale indépendante qui semble surtout « s’occuper d’elle-même » ne pipe mot. Le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation pas plus. La Présidence encore moins, occupée qu’elle est à faire « couper » les députés, les maires, les oulémas.

A bien les faire manger, sur le compte des contribuables. Hum, c’est bon et à leur faire dire, clairement, que si ça ne va pas, ça n’ira pas ou que, pire, ce sera le chaos. La fin du Monde. L’Apocalypse.

Ce sera mon alter ego ou rien. Sans moi ni lui qui n’est, en fait, que moi ou une partie de moi, ce sera la catastrophe. Alors, chers députés, chers maires, chers oulémas : mangez, buvez, dispersez-vous mais ne laissez nulle place, nul coin où quelqu’un ne passe ou repasse, sans expliquer que l’enfer, le néant, la peste, la catastrophe, ce sont les autres !

Dès qu’on aura fait la fête, les députés, les maires, les oulémas retourneront le pays de ci, de là, en tous sens, si bien qu’au bout de la campagne, ils en rapporteront davantage de votes, de fraudes et de mensonges .Ha !Que le Président fut sage de les instruire, avant son départ, que la seule garantie, c’est son choix à lui ! Coupe de ta lèvre et fais-lui avaler : c’est un peu comme ça que procèdent nos autorités qui sont, soit dit au passage, très gentilles avec l’argent du peuple. Me voilà obligé de revenir très loin, pour expliquer une chose pourtant très simple.

Chaque année, l’Etat distribue des centaines de billets gratuits pour la Mecque. Chaque département en dispose d’un certain nombre ; après, c’est selon que vous êtes puissants ou misérables. Tirage au sort, pour désigner les heureux élus ?

Dans la cagnotte, c’est tout le monde mélangé : ministre, secrétaire général, planton, secrétaire et autres gros responsables, directeurs centraux, chargés de mission et conseillers… Pour un ou deux billets SVP ! Résultat : rien. Ha ! Ce n’est pas joli-joli, pour de hauts responsables, que de chercher à grignoter l’argent public, via un billet qu’une de leurs indues indemnités pouvait acheter ! C’est quoi, vingt mille euros, pour ces gens-là ? Surtout quand on n’a en a pas besoin et qu’ils peuvent bien servir ailleurs, quelque part dans les kebbas où les citoyens meurent de faim, de maladie et de soif. Justement, c’est ce qui nous manque, cette capacité à dire : « ça, je n’en ai pas besoin ».

Que nos walis, hakems, commissaires de police, maires et autres annoncent qu’ils n’ont pas besoin de la viande de « Saoudiya » et qu’il faut la laisser aux autres ! Que nos notables, imams, responsables du ministère des Affaires islamiques lancent, haut et fort, qu’ils n’ont pas besoin de produits pour rompre le jeûne, qu’ils ont déjà largement ce leur qu’il faut et qu’il faut les laisser aux autres ! Que les généraux, colonels, administrateurs, hommes d’affaires, femmes influentes, déclarent qu’ils n’ont besoin ni de gazra ni de terrain de l’Agence du développement urbain et qu’il faut les laisser aux autres ! Il faut savoir refuser ce dont on n’a pas besoin. SVP.

Un ministre qui descend avec une rame de papier sous l’aisselle, trois carnets de gasoil, se fait réformer une vieille voiture de marque chinoise ou ne « dépasse » pas une chaise, un photocopieur, une agrafeuse... C’est ça qui a « tué » la Mauritanie.

Les ministres du gouvernement ne doivent pas oublier qu’ils sont en Ramadan. Dans trois semaines, ce sera juste le début de la campagne. Cela va coïncider, semble-t-il, avec le recrutement de plus de deux mille sept cents nouveaux fonctionnaires. En tout cas, le mois béni du Ramadan « n’aime pas le mensonge ».

Tout le contraire d’une campagne électorale où tout est permis. Maintenant, trois semaines, ce n’est pas beaucoup. Et celui qui se cache derrière les jours est nu. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un Thé : Chers compatriotes.....

Autour d’un Thé : Chers compatriotes.....Le Calame - Voilà que Ramadan est venu ! Bon Ramadan ! Mesdames et messieurs, il faut respecter votre Président.

Surtout que maintenant « il a, en lui, les os », puisqu’il va devoir quitter ses responsabilités, dans deux ou trois mois. Normalement. Le Président sortant a exhorté tout le monde à respecter les vertus cardinales du saint mois. Manger hallal. Parler hallal. Applaudir hallal. Danser hallal. Sinon, comme c’est dit dans le hadith, celui qui ne laisse pas le gros mensonge et l’action qui s’en suit, ferait mieux de ne pas laisser son manger et son boire.

En tout cas, Allah n’a pas besoin de son jeûne. Alors, à bon entendeur, salut ! Et, comme disent les autres, la première chose avec laquelle commence un certain quelqu’un, c’est sa tête. Le Président sortant dans deux ou trois mois n’a pas dit un mot de politique.

Sauf : « Mauritaniens, Mauritaniennes… ». Un peu comme quand une junte militaire prend le pouvoir. Ça commence toujours comme ça : drapeau flottant, hymne national, puis « Chers compatriotes… ». Ensuite tralalala, tralalala. Rien d’autre. Pas de politique. Pas de Ghazwani.

Candidaté ni par lui ni par sa tête. Ni par rien d’autre. Ni même pas de parrainages qui semblent faire problème. Comment ça ? Suivez-moi :le parti au pouvoir a fait preuve, en ce début de Ramadan, d’un esprit sans pareil de solidarité, partage et altruisme. Comme il dispose de milliers de conseillers et de centaines de maires titulaires, alors que certains de ses adversaires n’ont presque rien, Il a fait sien l’adage selon lequel celui qui « salit », sans que son voisin ne « salisse », est comme celui qui n’a pas « sali ».

Bref, il a pris, sans regarder, une poignée de conseillers et de maires et l’a fourrée dans la marmite de tel candidat. Une seconde, dans la gamelle d’un autre candidat, et une troisième enfoncée, jusqu’à pas possible, dans la casserole bouillonnante d’un encore autre dont la tête était nouée, ne sachant pas où trouver les incontournables parrains conseillers et maires. Mais c’est « inclair », tout ça !

Gens de l’opposition, attention, ne venez surtout pas nous raconter, demain, que telle lettre a sauté ou que telle autre a émigré vers la case Ghazwani ou la maison Aziz ! Pouah, c’est depuis ! Qu’est-ce que c’est ça ? Il ya, dans la majorité, un extraordinaire. Mais il ya, dans l’opposition, deux extraordinaires. Se faire parrainer par la majorité, ça veut dire quoi ?

Il ya des maires, au Hodh Chargui entrain de « frapper leur tête », ayant appris qu’ils ont parrainé la candidature d’un candidat candidaté par sa tête, en haut, et en bas, en bas en bas. C’est un peu ça que les Mauritaniens, Mauritaniennes n’ont pas compris lorsqu’Aziz déclara que Ghazwani avait candidaté sa tête.

En haut en haut. Mais, en fait, en bas en bas, il a été candidaté. Le parrainage, c’est un peu comme l’initiative. Parrainer Ghazwani, ce n’est pas comme parrainer non-Ghazwani. Lancer une initiative pour Ghazwani, ce n’est pas comme lancer une initiative pour non-Ghazouani. Si gouverner, c’est prévoir, il faut aussi savoir qu’applaudir, c’est prévoir. Savoir prendre le train en marche. Ne pas être un imbécile, puisqu’il n’ya que les imbéciles qui ne changent pas de camp. De fusil d’épaule. Et que mieux vaut tard que jamais.

Les choses ont changé, il faut changer avec, disait un certain Premier ministre, à une certaine députée de l’opposition. Vous savez, la politique, ça ne fait pas « tomber au Paradis ». Et puis, il n’ya pas de gens nés pour rester continuellement opposants. Surtout en ces temps de gare à ta mère, ô dernier ! Plus c’est vite, plus c’est mieux. Alors, il y aura bien d’autres qui prendront la relève pour faire de l’opposition. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’une stratégie pour bien faire la majorité. Qui aime bien châtie bien. C’est exactement qui insulte bien applaudit bien. Ramadan est le mois du Coran, de la Miséricorde et de la Bienfaisance.

En ce mois, Satan et ses collaborateurs prennent congé. C’est tant mieux. Comme ça, les initiateurs des initiatives vont baisser pavillon. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calam(ités)

Huit ans après une grosse vague de contestations qui  emporta d’aussi gros dictateurs que Ben Ali ou Hosni Moubarak, voilà qu’un vent nouveau vient de balayer, sans coup férir, deux autres gros potentats du monde arabe : Abdelaziz Bouteflika et Omar El Béchir, restés respectivement accrochés au pouvoir, pendant vingt et trente ans. Il n’aura fallu, aux Algériens, qu’à peine  cinq semaines de révolte non-violente pour dégager un homme malade, incapable de gouverner mais maintenu par une poignée de généraux obstinés à continuer d’user et abuser, sous couvert d’un président que les dispositions, on ne peut plus claires ; de l’article 102 de leur Constitution nationale auraient dû déclarer inapte, dès 2013, à assumer ses responsabilités, suite à AVC. Les Soudanais ont, eux, résisté quatre mois, pour venir à bout d’un intraitable général qui leur avait voir de toutes les couleurs, en termes d’emprisonnements abusifs, mal-gouvernance, musèlement de la presse et violations, intempestives et régulières, des fondamentaux des droits de l’homme. Grâce à leur détermination et à leur unité, les peuples algériens et soudanais, toutes tendances et générations confondues, ont maintenu la pression, jusqu’au déboulonnement – partiel, certes, mais déjà réel – des systèmes dont la gestion calamiteuse les avait tant meurtris. Imperturbables, les manifestants ne veulent pas s’arrêter à mi-chemin, ils veulent complètement rompre avec toutes les composantes des pouvoirs déchus. Autant les Algériens n’ont pas cédé aux tentatives de supercherie de leurs généraux, autant les Soudanais ont exigé le balayage de tous les proches de leur ancien bourreau.

En Mauritanie où la situation ressemble beaucoup au contexte de ces pays, le peuple continue à subir, sans réagir, les agissements et les politiques de dictatures militaires qui se succèdent, depuis le premier coup d’Etat du 10 Juillet 1978 qui renversa l’initial gouvernement civil du pays. Depuis, les populations nationales souffrent le martyr, entre le marteau impitoyable de militaires carrés et l’enclume d’une classe politique enrégimentée, divisée entre un camp allié apprivoisé et un camp opposé diabolisé et mis en quarantaine. Pour maintenir le statu quo et saper toutes les velléités, hautement improbables, de soulèvement, les régimes militaires ont ravivé, à des degrés différents, la flamme des appartenances tribales et produit la psychose des tensions intercommunautaires, via l’activation et le recrutement de groupes mis aux ordres, sous la tutelle des renseignements qui les manipule, conjoncturellement, suivant les intérêts du moment. Toutes les déferlantes de contestations, depuis  2011, ont épargné la Mauritanie. Paradoxalement, puisque toutes les causes objectives  qui ont conduit, ailleurs, à une révolution, sont toutes présentes en Mauritanie : dictature, mauvaise gestion, corruption, prestations bancales des secteurs sociaux, népotisme, violations des droits de l’homme, détournements des deniers publics, délabrement du secteur de la justice, torpillage des processus démocratiques, déplorables conditions de vie, chute de l’économie,  chômage, notamment des jeunes, insécurité, injustice sociale... Malgré tout cela, le peuple mauritanien paraît incapable d’entreprendre la moindre action, pour essayer de faire bouger les lignes et faire naître l’espoir de desserrer l’étau compresseur d’un pouvoir militaire qui se régénère indéfiniment. L’identification des Mauritaniens en tribus, communautés, gens de l’Est et de la Vallée, Guebla,  Nord et Sud, en ceci ou en cela, sert toujours l’agenda du pouvoir qui ne cherche, « justement », que continuer à davantage diviser pour continuer à mieux régner. La dernière « visitation » du candidat militaire à la présidentielle de 2019, dans tous les départements du pays, semble prouver, avec éloquence, que le soulèvement du « peuple » mauritanien n’est pas pour demain. Chacun est à sa propre soupe. Or, pour faire une révolution, il faut un peuple. La Mauritanie n’en a pas encore. Malheureusement.

El Kory Sneiba

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Autour d’un thé : Initiatives

Autour d’un thé : InitiativesLe Calame - Les déclarations de candidature se suivent et se ressemblent. D’abord celle du général Ould Ghazwani.

Stade de la capitale, versets coraniques, normal : nous sommes, quand même, une république islamique. Puis la mobilisation d’une maman assise, majestueusement, à la tribune. Entourée, de part et d’autre, de beaucoup de symboles de ce pouvoir crépusculaire. Puis l’évocation d’une certaine éducation. Pour dire quoi ? Surtout que chacun a été éduqué en rapport avec son milieu. Cela lui servira certainement à quelque chose.

Et puis, dans la vie, il y a les choses impromptues auxquelles rien ne prédestinait. La preuve, il suffit juste d’un concours de circonstances. Ce que n’importe quel candidat à n’importe quoi dira n’est pas important. Ce qui vaut, c’est ce qui viendra, après, quand il sera là.

Ce qui vaut, c’est ce qu’il était avant, quand il n’était pas encore là. Les déclarations d’intention et les vœux pieux ? Bon, ça, en tout cas, jusque-là, c’est la continuité. Les initiatives tombent de toutes parts. C’en est des rafales : Les dockers, les gros porteurs, les chars de combat, les tirailleurs, les anciens de ceci et les anciens de cela. Les tombés du ciel et les tombés de la terre. Les repris de justice, les récidivistes. Les marins, les sous-marins, les souterrains, les tout-terrain. Initiatives de soutien au candidat du consensus national. Pour la préservation des acquis nationaux.

Puis il y a eu Birame Dah Abeid. Ancienne maison des jeunes. Quelques gens de l’opposition. Des milliers de personnes. Tout un programme. Les Mauritaniens n’auront que l’embarras du choix. Continuer, virer à gauche ou à droite ; ou, même, vraiment foncer. Rec, tout droit, on ne sait où ! Les gens écoutent tout le monde. Les gens regardent tout le monde. Le gouvernement est ici.

Les oppositions sont là-bas. La Commission électorale nationale indépendante a le cœur refroidi, puisque les autorités ont déclaré qu’elles ne toucheront pas au moindre de ses cheveux. C’est normal, on ne change pas une équipe qui gagne ou… qui fait gagner. C’est pareil. La tête est ta tête, Ould Bellal : si tu veux, rase-la ou laisse-la, chevelure abondante. Surtout qu’abondance de disfonctionnements ne nuit pas. Du moins chez nous. Puis il y a eu Ould Boubacar. Un homme bilingue. C'est-à-dire à cheval sur plusieurs époques. Maouiste. Céemjidiste.

Hachecéiste. Aziziste. Ghazwaniste. Péerdéiste qui est le fils du Pépéemiste et ancêtre des Adilistes, des Upéristes et de ce qui viendra, juste après l’élection de 2019. Alors finalement, c’est vraiment une belle occasion de rencontres, entre beaucoup de monde. Des anciens, des jeunes, des moins jeunes, des fossiles, des clairs, des moins clairs, des ténébreux, des immortels qui sont là depuis « il était une fois », il y a très longtemps, vers la naissance de l’État en 1958.

Des personnes dont les têtes sont complètement « cassées » mais qui sont encore là, tout de même. Donc, celui-là connaît bien les choses et les choses le connaissent bien. Or, nous savons, par notre religion bénie, que ceux qui connaissent ne sont pas comme ceux qui ne connaissent pas. Exactement comme c’est venu dans le sujet « connaître ou ne pas connaître ». J’ai vu, de me propres yeux, le Président qui en a encore pour quelques mois, à l’avant du nouvel Embraer 157 que la Mauritania Airways vient d’acheter.

Le pilote lui disait quelque chose que personne n’a entendu. Certainement que le nouvel avion vient du Brésil et que sa capacité est de soixante-quatorze places dont cinquante assises et vingt-quatre « deboutes » et que, sur ses côtés, il y a l’emblème de la société et le drapeau national et qu’il va desservir Dakar, Casa, Las Palmas, Bamako, Conakry et que ça va, ça ça. Qu’avec six appareils dont deux Embraers 157 : un est là, l’autre en route ; notre flotte est une des meilleures d’Afrique, voire du Monde et que les Emirats, la Turquie, les Etats-Unis n’ont qu’à savoir à quoi s’en tenir.

Attention, pilote, on ne bourre pas un président comme on ne l’accuse pas sans preuve ! Sinon, bonjour la prison, à côté des deux bloggeurs et leurs deux milliards "fictifs" ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Calam(ités)

Calam(ités)Le Calame - Voilà maintenant six semaines que le peuple algérien manifeste, pacifiquement, pour protester contre un cinquième mandat que le président Aziz Bouteflika, cloué sur son fauteuil depuis six ans par un AVC, se « préparait » à engager.

Ayant compris la ferme détermination des millions d’Algériens de ne reculer devant rien, pour imposer le changement, le cercle de généraux qui prend en otage le pays a entrepris une série de manœuvres visant à juguler la contestation, à commencer par la renonciation à tout nouveau mandat, tout en maintenant Boutef au pouvoir, en attendant d’organiser des élections.

Une supercherie que le peuple a aussitôt refusée. Proposition, ensuite, de prolonger l’actuel mandat, de quatre mois, pour prendre les dispositions nécessaires au départ du président malade. Refus tout aussi catégorique et accentuation de la contestation.

Enfin, déclaration officielle, appuyée sur l’article 102 de la Constitution, déclarant l’incapacité du président en exercice àassumer ses responsabilités. La question n’est pas là, scandent les Algériens : l’équipe de généraux doit, tout simplement et complètement, quitter les affaires et retourner dans ses casernes. C’est qui qui disait : « tous les pays du monde ont une armée, sauf l’Algérie où les militaires ont un pays ».

Manière de dire combien les militaires, chez notre voisin, font et défont les hommes, au centre de tout ce qui se passe. Des militaires qui prennent en otage le pays depuis quasiment 1962, via Ben Bella, Boumedienne, Chadli, Boudiaf, Zeroual, Bouteflika. Des généraux immensément riches et qui tirent les ficelles pour continuer à maîtriser le pouvoir.

Exactement comme ce qui se passe chez nous, depuis le coup d’État militaire de 1978 qui renversa feu Moktar ould Daddah. 41 ans que ces militaires prennent en otage le pays, se le passant de l’un à l’autre, tantôt par coups d’État et tantôt par révolutions de palais, en attendant d’inaugurer, dans quelques mois, un nouveau mode opératoire qui consiste à organiser un simulacre d’élection à l’issue duquel un général héritera le pouvoir d’un autre général. Comme les militaires de l’Algérie, ceux de la Mauritanie sont exagérément riches. Comme eux, ils apprivoisent les élites et leur font marquer le pas, en les enrégimentant dans des organisations politiques de type casernement où le chef a toujours raison.

La honteuse manipulation des députés, en 2008, pour faire tomber un président démocratiquement élu en constitue une parfaite illustration. Comme en Algérie, les militaires mauritaniens sont très puissants. Omniprésents dans toutes les affaires, propriétaires des plus grosses fortunes : banques, sociétés, marchés, flottes, villas cossues et domaines fonciers…

Ils déterminent le choix des élus et orientent les nominations administratives. Secret de Polichinelle, les députés, les walis, les hakems, les ambassadeurs, les fonctionnaires de tel ou tel ministère et, même, les ministres eux-mêmes représentent, à l’ordinaire,la part réservée à tel général ou à tel autre, manifestation de sa volonté en rapport du rang qu’il occupe, dans le cercle très fermé des puissants lobbies militaires qui usent et abusent du pays et de ses ressources, depuis plus de quarante ans.

Comme en Algérie, les militaires mauritaniens useront de tous les stratagèmes et manœuvres les plus machiavéliques, pour ne pas lâcher un pouvoir dont ils ont goûté les délices, les honneurs et les privilèges. Mais beaucoup plus qu’en Algérie, la récupération du pouvoir des mains des militaires et le retour à un système civil et démocratique seront très difficiles en Mauritanie.

Autant toutes les composantes du peuple algérien sont capables de fédérer leur force, pour réaliser de grands objectifs, autant les tribus, groupuscules et lobbies mauritaniens sont corvéables, taillables et manipulables à merci, pour réaliser les plans d’une junte toute concentrée sur le projet, avoué, de maintenir un statu quo qui ne fait l’affaire que d’une poignée de personnes sans aucune foi en la démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance, l’égalité des chances, ni, encore moins, le partage équitable des ressources nationales.

El Kory Sneiba

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Calam(ités)

Après plusieurs mois au cours desquels tous les Mauritaniens ont retenu leur souffle, les partis de l’opposition ont encore une fois déçu, incapables d’accorder leurs violons sur un unique candidat susceptible de gêner – difficilement – le candidat de la majorité, à défaut de le battre et assurer, enfin, une transmission pacifique du pouvoir. Finalement et comme le présageaient beaucoup d’observateurs, cette opposition ira, en rangs dispersés, contre un candidat foncièrement puissant qui bénéficie du soutien de toute l’administration nationale et des lobbies d’affaires qui influencent et canalisent, d’habitude, les votes populaires, surtout en la Mauritanie des profondeurs, réservoirs électoraux qui ont toujours fait la différence, en toute consultation électorale. Comme le disait je ne sais plus qui, l’opposition se révèle, encore et toujours, le plus grand allié du pouvoir, par ses tergiversations et son incapacité à dépasser ses petites querelles de minarets, sur fond de mesquins calculs. Ses principales formations politiques, notamment le RFD et Tawassoul, idéologiquement presqu’aux antipodes l’une de l’autre, soutiendront respectivement, au premier tour, le docteur Mohamed Ould Mouloud,  président de l’UFP, et un ancien Premier ministre, Sidi Mohamed ould Boubacar.

Avec cette stratégie à peine commune de soutenir le candidat qui aurait éventuellement à croiser le fer avec celui du pouvoir, au cours d’un très improbable second tour. Comme si le spectre de l’élection de la présidentielle de 2009 avait disparu ou que ce qui vient de se passer, il y a moins d’un mois au Sénégal, ne devait pas nous alerter sur la volonté des pouvoirs sortants de ne prendre aucun risque. Entre l’enclenchement du processus démocratique (1992) et aujourd’hui, au moins cinq à six élections présidentielles furent organisées. Par deux fois, au moins (1992 et 2007), l’opposition  prétendit, à tort ou à raison, avoir été flouée. En un, par le refus du système à reconnaître sa défaite et, de deux, par la compromission d’un des imminents dirigeants de ladite opposition avec le candidat imposé par les généraux qui avaient conduit le coup d’Etat mettant fin aux vingt-et-un ans de règne de Maouiya ould Sid ‘Ahmed Taya.

Maintenant que l’opposition a échoué à s’entendre sur un candidat unique, il ne lui reste plusqu’à transformer ce retentissant et anéantissant fiasco, en une stratégie d’éparpillement proposant, aux électeurs, plusieurs profils au premier tour, dans l’espoir d’en communautariser les forces, en l’éventualité d’un second. Ainsi les militants et sympathisants de l’opposition et ceux de toutes les autres tendances qui aspirent enfin à un changement n’ont plus que l’embarras du choix : entre un cacique de l’opposition des premières heures aux pouvoirs qui se sont succédé, sans jamais tremper ni dans le compromis ni dans la compromission –un véritable progressiste dans l’âme qui a fondé, avec beaucoup d’autres, quasiment tous les mouvements de contestation, du PKM au MND, avant l’UFP – et un haut commis de l’Etat qui a gravi tous les échelons de l’administration, jusqu’au poste de Premier ministre qu’il a occupé deux fois, avec Maouiya– Vivent les nostalgiques ! – et avec les militaires de la Transition – Vivent les rectificateurs ! –sans oublier Birame Dah Abeid et deux autres candidats qui ne devraient plus tarder à se déclarer. Les contours de la liste des postulants au fauteuil présidentiel se précisent davantage. Si, comme l’ont dit Ould Abdel Aziz et sa majorité, à qui veut l’entendre, tout leur monde est bien rangé derrière leur candidat Mohamed ould Cheikh Ahmed Ghazwani, avec armes, bagages, infanterie, artillerie, BASEP, DGSN, ministère de l’Intérieur et de la décentralisation, députés, notables, présidents des conseils régionaux, maires, conseils d’administration des entreprises publiques, administration centrale et régionale, tribus, gens de l’Est et autres organisations de la société civile… aucun des autres candidats « n’entendra la balle », dès le premier tour. Mohamed OuldG hazwani remplacera, sans coup férir, Mohamed ould Abdel Aziz à la tête de la magistrature suprême. Mais si, comme le supputent des rumeurs persistantes, ce qui se fait en haut n’est pas ce qui se mijote en bas, au sein des forces de la majorité, toutes les hypothèses sont envisageables et pourraient conduire à de grosses surprises… aux conséquences imprévisibles.

El Kory Sneiba

Source : lealame.info (Mauritanie)

 

[Chronique] Statue géante à Ouagadougou : Thomas Sankara se retourne dans sa tombe

L’hommage solennel à l'ancien président révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara (1983-1987) se révèle inopportun sur le plan politique, incongru sur le plan idéologique et raté sur le plan esthétique. Même le comité d’organisation s’excuse…

Ce samedi 2 mars, les autorités du Burkina Faso inauguraient une statue géante de Thomas Sankara – cinq mètres de haut sur un socle de quatre mètres – et les bustes de ses douze compagnons abattus avec lui le 15 octobre 1987. La cérémonie se tenait en présence de l’indéfectible ami ghanéen de Sankara, l’ancien président Jerry Rawlings. C’est par une aussi fidèle affection envers le capitaine burkinabè que nombre de citoyens s’enflamment depuis l’inauguration.

Les points de fixation de la polémique ne manquent pas. Dès le projet de mémorial dont la statue est un avant-goût, la veuve du président révolutionnaire désapprouvait, en octobre 2018, le lieu retenu : le « Conseil de l’Entente », où fut assassiné son époux. Par ailleurs, si le leader de la Révolution burkinabè a été étiqueté « marxiste », il ne prisait guère les excès bling-bling du culte de la personnalité. La statue kitsch inaugurée à Ouagadougou évoque davantage la démesure pompière d’un monument nord-coréen que la vie spartiate promue par Sankara.

Dépense somptuaire et récupération politique

Pour ce qui est du caractère somptuaire de la dépense liée au mémorial, c’est un appel à contribution qu’un groupe de la société civile avait lancé, dès 2017, pour un montant estimé à « plusieurs milliards de francs CFA ». Même si le budget n’est pas puisé dans la caisse publique, Thomas Sankara aurait sans doute préféré qu’une telle cagnotte soit utilisée au profit d’un centre de santé à son nom, d’écoles, voire de moyens qui font tant défaut aux forces armées aujourd’hui harcelées par les jihadistes.

Sur le plan politique, les aficionados du ‘Che Guevara africain’ réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse

Sur le plan politique, les aficionados du « Che Guevara africain » réclament davantage la justice que la vénération sirupeuse de la part de politiciens dont les carrières ont fleuri sur le terreau de la « Rectification » anti-Sankara. Acte I : quelques années après avoir assis son pouvoir sur le drame du 15 octobre 1987, Blaise Compaoré décernait le titre de « héros national » à son prédécesseur déchu. Acte II : en 2019, la statue géante a été inaugurée par le chef de l’État Roch Marc Christian Kaboré, ancien Premier ministre, ex-président de l’Assemblée nationale et du parti majoritaire du régime de Compaoré. Quatre ans après l’insurrection populaire et les promesses de réouverture du dossier judiciaire de l’assassinat de Thomas Sankara, le procès, lui, ne s’est toujours pas tenu.

Après les polémiques, bientôt une V2

Au-delà des déclarations politiques passées et des incertitudes judiciaires futures, c’est l’esthétique même de la statue qui a choqué, samedi dernier, nombre de citoyens. Primo, dans un pays où l’usage de la main gauche est strictement réglementé – les enfants sont abondamment giflés pour cela – , un internaute affirme que le slogan « la patrie ou à la mort » ne saurait être mimé par un poing gauche levé.

Secundo, l’abréviation « Thom Sank », déjà triviale sur un uniforme militaire, ne saurait être calligraphiée comme l’anglicisme « Tom ». Tertio, c’est « avec des larmes aux yeux » qu’un autre forumiste a regardé cette statue qu’il qualifie de « sabotage » et d’ « escroquerie », tant l’ancien président est méconnaissable. Et les internautes de reconnaître – avec plus ou moins de cynisme – des personnalités burkinabè habituellement évoquées pour leur manque de joliesse. « L’artiste qui a fait cette statue doit changer de métier », tranche un citoyen meurtri.

Dès dimanche, le Comité international du mémorial Thomas Sankara (CIMTS) – dont Luc Damiba est secrétaire général – expliquait les imprécisions morphologiques par la précipitation liée à la tenue du Fespaco, le festival de cinéma dont il avait souhaité capter l’audience internationale. En présentant ses « excuses pour toutes les insuffisances constatées », il annonçait que « la statue sera recouverte, afin d’y apporter les corrections nécessaires en tenant compte des distances, volumes et angles de vision, mais aussi des observations et suggestions des populations ». Le martyre de Thomas Sankara n’a-t-il pas été assez cruel comme ça ?

Par Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Source : jeuneafrique.com

 

Autour d’un thé : Ridicule

Autour d’un thé : RidiculeEn réalité ou, plutôt, en fait, certaines choses ne viennent que comme ça : mine de rien.

Imaginez un peu ce que je veux dire, où veux-je en venir. Avec ce blabla, comme disait quelqu’un, de cette rubrique immonde qu’est « Autour d’un thé ». Ce qui me vient en tête, quand je regarde la télévision nationale. Les télévisions nationales. Toutes tendances confondues. Mais, surtout, quand je regarde la Mauritanienne.

Les rares fois où je m’y astreins. C'est-à-dire chaque jeudi soir, pour le communiqué du Conseil des ministres, suivi de la fameuse conférence de presse des commentaires du porte-parole et de certains ministres ;

ou quand la Mauritanienne sort feu Bleikhir, le virtuose d’El Hela et sa troupe de danseurs, chanteurs et flutistes extraordinaires, pour me replonger dans mon enfance de jeune garçon issu (attention au discours de haine et de racisme !) d’une famille de « l'unité nationale ».

Je n’en dis pas plus. Ce n’est pas moi qui inaugurerai la prison des propos racistes et haineux. Même si, en fait, on n’entend plus parler, ni de la marche du 9 Février, ni de la grosse campagne médiatique qui l’a précédée, ni de celle qui l’a suivie. Mais, mord ou ne mord pas j’y mets pas mon doigt ! Conférence de presse tout autant bourrée de montages que montée de bourrages.

Exemple, avec la dernière du ministre des Finances. Trente minutes de commentaires pour expliquer, aux journalistes, où sont passés des milliards égarés devenus œil blanc. Puis histoires de gaz. Puis histoires de l’administration et des administrés. Visites, dans toutes les wilayas, du ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, pour, dixit le ministre de la Communication, « rapprocher l’administration des administrés ». Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Sinon, on en serait tous morts. Depuis vraiment très longtemps. Le Président. Son candidat à la présidentielle de 2019. La presse. La Société civile. Les gouvernements successifs. Les députés. Les oppositions. Les majorités. Puisqu’il n’y en a plus qu’une, l’Armée, tout le monde serait « cadavéré » depuis très longtemps. Comme ça, on en aura fini avec cette grosse farce de très mauvais goût. Montage. Mensonge. Mauvaise foi.

Moquerie. Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation. Réunion avec les chefs de service et les élus, le jour. Retrouvailles avec les notables, chefs de tribus, groupes politiques et tendances, le soir. Heureusement que le mensonge et le ridicule ne tuent pas. Sinon, on en serait tous morts, deux fois, depuis très longtemps. Jonglage. Equilibrisme. Comme ça, ni la taditt (récipient où l’on trait les animaux) ne s’assèche, ni le veau ne meurt. Encore six mois de « réalisations extraordinaires depuis les dix dernières années ». Encore six mois de « tout le pays est en chantier ».

Dans tous les domaines. Les villes anciennes : Ouadane, Chinguetti, Oualata, Tichitt, leurs mosquées, leurs manuscrits, leurs mahadras et autres vestiges, tout ça, c’est depuis dix ans que ça a commencé à exister. Ah oui ! Juste depuis dix ans. C'est-à-dire, pile en 2009. Avant ? Bon, c’était là-bas mais personne ne le savait. Depuis, petit à petit, plus ça approche, plus ça s’éloigne : formatage en cours. Dans les têtes. Les cures d’adaptation, ça prend du temps. Attention aux lapsus compromettants ! Il faut aller doucement, en procédant par substitution.

Va doucement, celui qui a « en lui » de courir. Salutations. En tendant la main à Christine Lagarde ou en s’inclinant (trop à mâcher la terre) très poliment devant le Président. Ça fait quoi, tout ça, au point de ravir la vedette des réseaux sociaux ? Cette histoire des-hommes-qui-ne-doivent-pas-saluer-les-femmes. Ce n’est pas dans l’absolu. Mais il faut faire comme son chef.

Même s’il est admis, chez les militaires, que celui-ci a toujours raison, certains saluent les femmes. Comme le fait d’ailleurs souvent le Président. D’autres ne le font pas. Des femmes saluent des hommes. Des hommes saluent des femmes. Tout ça me rappelle la croustillante anecdote d’un célèbre artiste national à qui un présentateur TV demandait pourquoi il ne jeûnait pas le Ramadan. Il répondit par une logique de fou : « Si tous les Mauritaniens jeûnent, je vais jeûner. Mais comme il y en a qui jeûnent et d’autres pas, moi, je choisis d’être avec ceux qui ne jeûnent pas ».

Saluer ou pas, applaudir ou pas, il faut choisir son camp. Comme l’artiste. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités ...

Calamités ...Dans quatre mois – en principe… – la Mauritanie va amorcer un tournant décisif de son histoire contemporaine, à travers une alternance qui devrait permettre le passage de témoin entre un président démocratiquement élu et Mohamed Ould Abdel Aziz qui aura épuisé les deux mandats autorisés par notre Constitution.

Cette élection intervient dans un contexte chargé. D’abord, par l’espoir de tous les Mauritaniens de remettre leur pays sur la voie du processus démocratique normal, avec l’organisation d’élections justes et transparentes, égalisant les chances entre tous les protagonistes.

Il est évident que des dysfonctionnements, liés à beaucoup de facteurs, endogènes et exogènes, sont inévitables pour une démocratie d’à peine vingt ans. Même dans les pays où des pratiques séculaires les assoient, il reste toujours à améliorer les choses.

Ensuite, par la complexité de l’organisation, dans un pays majoritairement analphabète, avec des populations encore facilement manipulables, via les systèmes traditionnels d’encadrement, encore très fortement maîtrisés par des cercles féodaux intraitables et calculateurs. Enfin, par une exacerbation sociale portée par de vives revendications où s’enchevêtre et s’interpose la légitimité des causes à la surenchère et à la surexcitation de ceux qui les portent.

Dans ce genre de contexte, la force de l’Etat est plus que nécessaire : impérative et urgente ; pour parer à tous les dérapages éventuels dont les ingrédients sont nettement et partout perceptibles. On constate, sur les réseaux sociaux, combien les tensions intercommunautaires, via posts des plus dangereux, sont très avivées.

Pour on ne sait quelle raison, les autorités administratives, sécuritaires et judiciaires ont laissé s’installer une cybercriminalité très préjudiciable aux fondements de l’unité nationale. Les incidents, répétitifs, de ces derniers mois ont motivé la fameuse marche du mercredi 9 Janvier contre la haine et le racisme.

Louable, en son principe, cette initiative ne permet pas, en son fond, de creuser la réflexion sur les causes de ces que l’Etat prétend combattre. Il faut avoir le courage, même au risque de « choquer » certains, de dire clairement la vérité : beaucoup d’autres Mauritaniens se sentent complètement marginalisés, à tous les niveaux des administrations nationales. C’est insupportable.

Les arguments avancés, par les tenants du statu quo, ne sont qu’« une vérité pour corroborer le faux ». Ce qui engendre la haine et le racisme, ce sont la marginalisation et l’exclusion. Il faut vraiment être aveugle, pour ne pas voir ce qui se passe aujourd’hui, en Mauritanie, en termes de marginalisation et d’exclusion de certaines communautés nationales, à quasiment tous les niveaux.

Voyez, par exemple, la composition du bureau du patronat… Il ne sert à rien de se voiler la face, pour ne pas voir la très dangereuse réalité qui prévaut dans le pays. Les illustrations des disfonctionnements structurels, dans le partage des ressources et des fonctions, affluent de toutes parts.

Mais, selon Ould Maham, le pays est démocratique et la politique des quotas n’est pas d’à-propos. Cette politique vaut pourtant mieux que les promotions indues, sur la base de diplômes falsifiés ou de considérations népotistes, tribalistes ou régionalistes qui ont permis de mettre hors-jeu des populations en faveur desquelles ne jouent, ni la tribu, ni l’influence, ni la paternité.

Les réajustements convenables relèvent de la responsabilité d’un Etat puissant, décidé à couper l’herbe sous les pieds de tous les malveillants et les hypocrites qui lui « embellissent » les choses, alors qu’ils ne lui seront d’aucun secours, le jour où celles-ci n’iraient plus comme ils le souhaitent.

La peur de lendemains qui déchantent justifie toutes leurs turpitudes. Si l’Etat était fort et conséquent, les parrains des derniers mouvements appelant à violer la Constitution seraient, aujourd’hui, en prison, comme ils l’ont été au Niger. Si l’Etat était fort, les initiateurs des initiatives tribales n’iraient pas à qui mieux mieux, ouvertement, pour mobiliser en faveur d’on ne sait quelle forfaiture.

Si l’Etat était fort, il ne permettrait à personne de s’exhiber dans une vidéo, largement partagée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, mitraillant à la kalachnikov, dans une parade digne d’un western dans un no man’s land où la loi est en éclipse. Le futur président qui sera élu, dans quatre mois, aura du pain sur la planche.

De grands chantiers l’attendent dont la refondation de l’Etat sur des bases démocratiques n’est certainement pas le moindre. Ce sont de véritables écuries d’Augias et leur nettoyage sera très laborieux.

Les questions nationales de fond dépendent de la capacité du nouveau président à gérer les tribus, les communautés, les hypocrites et les multicolores. 2019 est un tournant très abrupt, il faudra bien manœuvrer, pour prendre la route qui mène à l’espoir et à la réconciliation d’un peuple en souffrance, depuis plus de quatre décennies.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyen

Reportage : L’administration aux « sévices » du citoyenCe papier parle du calvaire quotidien vécu par de nombreux citoyens mauritaniens tentant de rencontrer nos hauts responsables, pour leurs soumettre leurs nombreux problèmes. « L’administration au service du citoyen » ? Parlons donc de ce fameux thème, si cher aux pouvoirs publics.

Six heures du matin à Nouakchott, dans les locaux, les agents de sécurité en faction devant la porte d’entrée de l’une de nos grandes institutions sont en train prier, quand des gens se présentent. « Les bureaux sont encore fermés », lance un des gardiens. « Nous voulons être les premiers enregistrés pour l’unique journée d’audience de ce responsable », répond l’un des visiteurs.

« Nous n’avons cessé, depuis trois semaines, d’aller et venir, sans jamais être reçus. La première fois, on nous a dit que ledit responsable était en voyage ; la deuxième, qu’il était en campagne électorale pour le compte du parti-État.

La semaine dernière, nous sommes arrivés, comme aujourd’hui, à la même heure, pour être informés qu’il était encore parti, en permission, pour contrôler son cheptel en brousse », ajoute un autre. « Attendez l’heure, pour qu’on puisse vous laisser entrer», répondent les agents de sécurité.

Attente interminable

Vers sept heures et demie, les plantons arrivent. Ils ouvrent les portes et commencent le balayage des bureaux. A huit heures, on permet enfin au groupe, maintenant grossi de nouveaux venus, d’entrer pour faire le rang, en l’attente de la secrétaire qui va enregistrer la liste des audiences de son patron.

Divers sujets d’actualité politique et sociale se voient débattus, comme le troisième tour des élections a Nouakchott, la disparition du journaliste saoudien, le prochain gouvernement, etc. Vers huit heures quarante cinq, une jolie poupée, bien habillée et parfumée, fait son entrée sans saluer. Visage crispé, elle ordonne à tout le monde de sortir faire le rang dans les couloirs car, dit-elle, « la salle d’attente est étroite ».

Ce qui provoque pas mal de contestations. On sort cependant en rang, pour qu’il n’y ait pas de désordre. La secrétaire entre, en suivant, dans le bureau du haut responsable, pour passer une demi-heure au téléphone fixe international, après quoi elle se donne le temps d’une douche et d’une séance de maquillage.

La voilà enfin à appeler les gens, un à un, pour les enregistrer. Le premier dans le rang a la surprise de voir son nom enregistré à la sixième place. La secrétaire réserve, d’habitude, les premières audiences à ses proches restés avec elle dans son bureau, tandis que les autres attendent dans la salle ou dehors.

Vers dix heures, l’arrivée d’un colossal planton à la porte du bureau fait savoir que le haut responsable y est entré, par la porte de derrière. Une sonnerie retentit et la secrétaire va voir son patron, parapheur à la main. Un quart d’heure plus tard, elle ressort pour s’asseoir derrière son ordinateur et imprime divers documents. Elle informe les personnes en attente qu’elles vont commencer bientôt à être reçues. Ce qui les soulage un peu.

Un peu plus tard, des collaborateurs du directeur le rejoignent pour une réunion qui ne prend fin que vers midi. Lorsqu’ils en sont tous sortis, la secrétaire entre à son tour. Morts d’impatience, les demandeurs d’audience pensent être enfin reçus.

Las ! La secrétaire les informe que le haut responsable ne peut plus recevoir quiconque car il attend une délégation étrangère de bailleurs de fonds qu’il doit recevoir sur le champ. Dix minutes plus tard, les étrangers arrivent pour une longue discussion, arrosée de boissons et de thé.

Deux personnes entrent soudain et la secrétaire les fait assoir. « Je vous ferai entrer juste après la sortie des étrangers » leur dit-elle. Les personnes en attente protestent. « Ils sont envoyés par un général et sont attendus », souffle la bonne dame.

Priorité aux ‘’pistonnés’’

Les deux envoyés du général vont passer plus d’une demi-heure avec le responsable. Leur sortie est une sorte de délivrance pour les gens en attente. La secrétaire leur annonce qu’ils vont commencer à entrer, deux par deux.

Certains n’acceptent pas cette proposition. Avant que les deux premières personnes choisies n’entrent, un homme d’apparence nantie se présente, porte-documents en main. La secrétaire se lève, lui souhaite la bienvenue et le salue chaleureusement, à l’instar des plantons rassemblés autour de lui.

Et le voilà à leur distribuer des billets. On lui ouvre aussitôt la porte du bureau du responsable. Nouvelles vagues de protestations. « Il s’agit de notre principal fournisseur. Il est gentil et généreux. Nous avons instruction de le faire entrer sans l’annoncer », répond la secrétaire. Nouvelle commande de thé et boissons pour le visiteur qui restera à peu près deux heures en compagnie du patron.

Au départ du fournisseur, nouvelle sonnerie qui semble indiquer que les gens sont enfin sur le point d’être reçus. Nouvelle grande déception ! Des députés du parti au pouvoir ont annoncé leur arrivée imminente ! « Il est très désolé et vous recevra dès leur départ », leur dit la secrétaire. Protestations et chaudes discussions. Quelques personnes décident de se retirer en injuriant le responsable ainsi que tout le système.

Avant la fin de l’audience des élus, une créature de rêve, joliment vêtue et parfumée, fait son entrée au secrétariat en compagnie d’un quidam assez efféminé qui fait ses éloges et chante sa beauté. « Annonce-moi vite », demande-t-elle à la secrétaire. Cette dernière répond qu’elle ne peut point annoncer quelqu’un sans rendez-vous.

Le griot de la dame profère toutes sortes de menaces. « Si tu savais de qui s’agit-il, tu l’aurait fait entrer directement ». La fonctionnaire cède et promet de les annoncer à la sortie des députés. Ce qui ne manque évidemment pas d’exaspérer les personnes en attente.

Le boss fait entrer la beauté sans hésiter. L’accompagnateur de celle-ci reste avec eux cinq minutes avant de ressortir, comptant les liasses que le responsable lui a données. Il a fait les éloges du haut responsable, exhibant, à tous, l’argent reçu. La bonne dame restera plus d’une demi-heure avec le responsable…

« Ouf, nous allons enfin être reçus ! », commentent les infortunés requérants. Il est aux environs de dix-sept heures, la secrétaire explique c’est tous ensemble que les gens seront reçus car le temps presse. On est au bout de l’impatience, de la faim et de la soif, sans manger ni boire depuis le petit matin. Nouvelle sonnerie, soudain.

La secrétaire entre voir son patron et revient avec un sourire jaune : le haut responsable a été appelé d’urgence par son ministre. Les pauvres personnes n’ont plus qu’à attendre le jour d’audience de la semaine prochaine… pour suivre le même scénario.

Mosy
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : La Maslaha

Autour d’un thé : La MaslahaComme c’est la démocratie – La preuve : cent-cinq partis ; dont des terroristes et des racistes – Chacun a droit de dire ce qu’il veut. Librement. De soutenir celui qu’il veut. Librement. De changer de position. Librement. Dire quelque chose pendant la campagne. Et changer diamétralement d’avis, quelques jours plus tard.

Le premier tour est une chose. Le second en est une autre. C’est comme ça que, moi, j’analyse ces scrutins. Hé, c’est la démocratie : les analyses sont libres ! Les mauritaniens ont inventé quatre mots. Qui se disent de la même façon, dans toutes nos langues nationales. Pas besoin de les traduire. Des « mots-intersections », nouveau concept que les experts en linguistique doivent intégrer. Rapidement. Démocratiquement.

Exactement. Ces mots, les voici : El maslaha (intérêt), dakhalchi (Aboule l’oseille !), gazra (occupation illégale du domaine public), wakhyert (intraduisible). Des mots que chacun connait. Du citoyen lambda au Président. Par exemple, au second tour de ces élections, pour ne pas aller remonter l’histoire vers 2007, les partis politiques ,les hommes politiques, les femmes politiques, les enfants politiques, tout ce monde-là, il court pourquoi ? C’est la maslaha.

Directe ou indirecte. « Personne ne peut voir ça sur quiconque ». Entre nous. « Le plus mauvais est qu’on se connaît ». Très bien. Et puis, « chaque main efface son visage ». L’APP, ce n’est ni l’UFP, ni le RFD, ni ce parti-ci, ni ce parti-là. Évidemment que Messoud n’est pas plus Ahmed que Mohamed, Moktar ou Ibrahima.

Chacun réfléchit avec sa tête. Pas avec celle de quelqu’un d’autre. Sinon, on aurait pu éviter beaucoup de choses très graves qui nous ont causé beaucoup de dégâts. Imaginez que Maouiya ait su ce qui tournait dans la tête des gens qui l’ont fait tomber et exiler. Il n’allait pas partir présenter des condoléances à quiconque.

Si Sidi avait ce qui se nouait dans la tête de ces mêmes personnes, il n’allait pas les descendre de leur piédestal. Si Aziz avait su ce qui remuait dans la tête de ces criminels nationaux et transfrontaliers de sénateurs, il n’allait même penser à leur soumettre ces maudits amendements constitutionnels dont le rejet lui complique tant la vie. « Celui qui n’est pas dans la bataille est un héros ». La maslaha vient arbitrairement. La politique est affaire de maslaha disait quelqu’un. Surtout quand cette maslaha permet de faire rentrer quelque chose ou de l’apporter.

C’est tout comme. La politique de dakhalchi. Comme les bandits qui ont fait souffrir les pauvres populations de certains quartiers de Nouakchott. « Celui qui te donne un avis, regarde le cou de son étable ». Tout ça pour dire que la maslaha s’accommode très mal à l’ordinaire, avec les principes, la moralité, l’éthique. Pas de pitié pour les salopards.

C’est le titre d’un film cow-boy que j’ai beaucoup aimé, du temps des cinémas El Mouna, Oasis, Lejwad, Sahara et autres, en soirées et matinées. « Celui qui te mord sans que tu ne le mordes croit que tu n’as pas de dents ».

Entre l’APP et les autres partis de l’opposition, comme Tawassoul et ses « amis », toute une histoire, semée d’incompréhensions et de défiances. Ould Baya, c’est la maslaha des citoyens de Zouérate. Soixante-dix partis ont « gazré » c'est-à-dire établi gazra, pour obtenir un récépissé.

Sinon comment, comme disait le regretté Habib, n’ont-ils pas pu recevoir le 1% de pommade ophtalmologique ? Les cent cinq partis et les trois mille cinq cent quatre-vingt-trois organisations de la Société civile, c’est de la maslaha.

Les milliers d’écoles privées, de cliniques, de dépôts pharmaceutiques, d’universités privées, de mahadras, mosquées, bourses de vente de voitures, marchés, licences de pêches, quotas de poulpes, hommes d’affaires, commissions de ceci ou de cela : tout ça, c’est de la maslaha, du dakhal chi, de la gazra.

Les voleurs : wakhyert ! Les racistes : wakhyert ! Les terroristes : wakhyert ! Les fraudeurs : wakhyert ! Les conspirateurs : wakhyert ! Les infidèles : wakhyert ! Les assassins : wakhyert ! La maslaha, la gazra, dakhal chi, wakhyert se disent exactement de la même façon, en hassanya, en pulaar, en wolof et en soninké. Pas besoin de traduire. Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

L’art de se complaire dans la crise

L’art de se complaire dans la criseLes Mauritaniens semblent bien aimer les situations de crise. Quand on essaie de jeter un regard sur ce qu’ils entretiennent et ce qu’ils vivent, on arrive forcément à la conclusion que les Mauritaniens ne se sentent pas mieux ailleurs que dans une situation de crise !

La preuve, malgré les élections législatives, régionales et municipales, on ne cesse pas de s’embourber dans la crise politique et, comme pour nous rendre encore plus en phase avec ce qui est devenu notre nature, on ajoute à la crise politique, la crise économique et sociale, avec la flambée des prix, le chômage et les dysfonctionnements dans bon nombre de secteurs d’activité.

Ce qui étonne chez eux, c’est cette fatalité qui les poursuit. Tout se passe comme s’ils sont condamnés à vivre les crises, comme une sorte de « normalité ». Il n’y a pas autre chose à attendre de ceux qui les gouvernent et des autres qui s’opposent à eux. Car alors que les Mauritaniens souffrent au quotidien, voilà que tout le monde se projette déjà dans la perspective du « troisième mandat du président Ould Abdel Aziz ».

Malgré tout, l’un des plus grands problèmes auquel les Mauritaniens sont confrontés c’est cette indicible insouciance qui fait qu’ils regardent le temps et les choses passer. Le président, le ministre, le wali, le directeur ou n’importe quel quidam ou n’importe quel parvenu, peut agir à sa guise, en étant sûr qu’il n’aura en face de lui que des « Consentants » !

Ce n’est nullement un appel à la sédition, mais il faut, au moins, savoir exiger de ceux qui nous gouvernent – ou qui ont choisi de s’opposer au pouvoir – de mettre en priorité les problèmes du citoyen. Si une crise perturbe le fonctionnement de l’Etat ce sont les populations qui en subissent les conséquences.

Que le gouvernement cherche à se donner les moyens de sa politique, en augmentant les impôts et taxes sur les entreprises est chose normale mais qu’il prenne le malin plaisir à fermer des sociétés comme l’ENER, mettant dans la rue des dizaines d’employés, créant par ricochet des dysfonctionnements énormes au sein des familles d’employés mis au chômage, doit pousser à réagir. Ne serait-ce qu’au niveau de l’élite qui ne mérite ce nom que si elle fait preuve de courage et de responsabilité pour dire au pouvoir la vérité.

Il n‘y a pas de doute, pendant les mois qui nous séparent de la future présidentielle, la classe politique va mettre de côté les choses essentielles de la vie qui portent sur le bien être des populations, pour s’adonner à son sport favori, les querelles politiques.

Certes, une réforme constitutionnelle ne peut être acceptée. Les vrais démocrates ont le devoir de lutter pour que le président respecte la constitution et qu’il mette fin à son pouvoir au terme de son second mandat, comme l’exige la constitution.

Mais ce combat ne doit pas faire taire les revendications essentielles qui assurent la survie de l’espèce. Après près d’une décennie de crises multiformes, le temps est venu de jeter un regard attentionné sur le quotidien du peuple. Cela compte beaucoup pour les populations. Cela compte autant pour le pays.

N’Gaïdé Hamatt
Source : L'Authentique (Mauritanie)

Autour d’un thé: Têtes

Autour d’un thé: TêtesLe Calame - « Qui ne t’a préféré que sa tête, ne le ‘’vois’’ pas sur lui ». C’est si vrai que cela ne suscite aucun commentaire. Un peu comme la vache meuglant : « mon veau, mon veau » ; puis, tout à coup la voilant, : « ma tête, ma tête ». Ce n’est pas pour rien qu’anatomiquement, la tête est en haut.

Relativement, bien sûr – merci, Einstein ! – en haut par rapport, donc, aux jambes, au tronc et autres membres. La tête, le tronc, les membres, vieille leçon de sciences bien assimilée par les anciens élèves du cours primaire moyen première année (CM1).

La tête et le cou avaient leur histoire. Ils revenaient de droit aux forgerons. La tête, c’est la tête. Exactement comme le cou est le cou. Mais pourquoi, parfois, c’est comme ci et, parfois, c’est comme ça ? Pourquoi ne pas avoir donné la tête et le cou des listes nationales, régionales et des femmes aux « ayants droit » ? Histoire de rester fidèles à nous-mêmes : les chefs, d’abord ; les proches, ensuite ; les fidèles amis, enfin.

C’est quoi cette démocratie ? De moi d’abord et les autres ensuite. De moi toujours, tant que je tiens encore sur mes pieds chancelants. C’est quoi cette épicerie personnelle où les autres ne sont que des « toujours debout » taillables, corvéables et « renvoyables » à tout moment ? Les partis politiques nationaux et leurs pratiques rappellent, à bien des égards, les organisations de la Société civile.

Comme celle d’une proche parente (c’est très à la mode) dont le bureau exécutif se déclinait comme suit : présidente, elle-même ; vice-président, son fils aîné ; secrétaire général, son mari ; trésorière, sa fille ; commissaire aux comptes, sa fille cadette ; commissaire aux comptes adjointe, sa domestique ; chargé des relations extérieures, son chauffeur ; sa défunte maman, la présidente d’honneur ; chargée de communication, sa voisine perdue de vue depuis quelques années.

Qui dit mieux, en termes de rapprochement de l’administration des administrés ? Hé, il faut bien assurer ses arrières ! Et, comme on dit, « la tête ne peut pas être la queue ». Les présidents de parti veulent être des « têtes » pour leurs militants. Et la tête, si « elle devenait des yeux », elle ferait peur.

Alors, il faut bien qu’elle devienne député. On ne sait jamais. L’avenir est tellement incertain qu’il faut bien être là pour savoir quoi faire. Et puis, « voit le vieux, couché, ce que ne voit pas le jeune, debout ». Tout droit dans ses bottes, pantalon et boubou. Ah, ça, on n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Or c’est bien une affaire de service (dans le sens de « se » servir d’abord) et de servitude, pour les autres qui doivent être toujours prêts et agiles, comme des scouts, pour le parti. Le parti de Sidi. Le parti d’Oumar. Le parti de Diarra. Le parti de Moktar. Le parti de Fatimetou. Le parti de Mohamed. Le parti de M’bareck. Le parti d’Ifra.

Le parti de Sidna. Le parti de Kadiata. Le parti de Moustapha. Le parti de Dramé. Qui sème les partis récolte les têtes de liste. C’est normal. N’est-ce pas dans ma maison que se trouve le siège ? N’est-ce pas moi qui en paye le loyer ? Mon argent qui finance les banderoles, les portraits et les affiches ? Le parti, c’est moi.

Alors, c’est qui sème et qui récolte ? Normalement. Tout ce qui vient, tout ce qui tombe. Les faveurs, l’argent, les postes électifs et, éventuellement, les nominations et les subventions. Tout ça c’est pour bibi, dans ma poche. Directement. Comme disait un célèbre virtuose de notre tidinitt, directement dans la poche. Le chef, d’abord et les subordonnés, ensuite.

Communautairement : Hartani, Beidani, Kowri ou Hartaniya, Beidaniya, Kowriya ; c’est tout comme. Regardez le RFD, Tawassoul, l’UFP ou El Wiam : c’est la règle. L’UPR, l’APP et El Moustaqbal ont fait quelque chose qui ne sert pas l’unité nationale. Conférez les têtes de leurs listes nationales, régionales et des femmes. Où est la Constitution ? Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Autour d’un thé : Symboles

Autour d’un thé : SymbolesLa Mauritanie est très mélangée. Notamment élections parlant. Régionales. Municipales. Législatives. Présidentielle. Il faut bien qu’on en parle pour ne pas paraître un imbécile. Faire comme tout le monde, quoi.

De quoi parlerait-on, sinon ? Des tribus ? Des communautés ? Des régions ? Des ethnies ? Des femmes ? Des jeunes ? Des LGBI ? Lesbiennes, gays, transsexuels et autres ? Combien de tribus, chez nous ? Confusion totale, démocratie vraiment très atypique. Tout comment les listes de tel ou tel parti. Bon, allons voir quand même.

Un Beïdane à la tête de la liste nationale. Un Harratine à la tête de la liste régionale. Un Kowri à la tête de la liste des femmes. C’est comme ça que ça marche, en Mauritanie. C’est ça, son standard. Les alliances de toutes natures. Les alliances contre nature. Les mécontentements. Le nomadisme. La transhumance. Un homme d’affaires qui change son fusil au moins trois fois d’épaule.

Un parti de la majorité qui rabâche, au gré des humeurs partisanes et des rapports de force civils et militaires, plusieurs fois ses candidats. Le futur Parlement aura de tout et sera vraiment très panaché. Très coloré. Très savoureux. Toutes les idéologies.

Des nationalismes les plus ataviques aux extrémismes les plus primaires. Et des négationnismes les plus grégaires aux libéralismes les plus permissifs. Bref, un parlement de tout. Une véritable arche de Noé. «Ô mon fils, monte avec nous ! ».

C’est comme qui dirait que toute la Mauritanie est candidate à quelque chose, dans ces élections-là. Un peu comme dans les examens nationaux. Chaque famille a au moins quelqu’un candidat au concours d’entrée en sixième, BEPC ou BAC.

Pas une famille qui n’aura pas son représentant au Conseil régional, à la mairie ou au Parlement. Vraiment extraordinaire d’originalité. D’un million de poètes on devient un million trois cents candidats. D’un million de partis politiques. D’un million de sièges.

D’un million d’emblèmes. Eh oui, les sigles ! C’est à mourir de rire. Un verre de thé à moitié plein ou à moitié vide, par-ci. Pour dire qu’un parti n’ira pas jusqu’au bout, s’il n’obtient pas le 1% requis pour continuer à exister. Un bâton, par-là, pour rappeler un peu que la torture existe encore en Mauritanie.

Torture physique et psychologique. Une vache. Une chèvre. Un lièvre. Un baobab. Une calebasse. Un fusil. Une tablette. Une corne. Un tam-tam. Une plume. Un oiseau. Une étoile. Un soleil. Un arc-en-ciel. Une lune. Un cure-dents. Une bouteille. Un robinet.

Une margelle. Une marmite. Une corne. Un béret. Une cuillère. Un flambeau. Un âne. Un cheval. Une agrafeuse. Une roue. Un chapelet. Un tapis de prière. Une pièce de tissu. Une pièce de monnaie. Un poisson. Un chameau. Une carotte. Une orange. Un épi. Une botte. Une médaille. Un capuchon. Une théière. Une tortue. Une femme. Un homme.

Un garçon. Un livre. Tout ce qui passe par la tête peut servir de symbole. Pour ne rien dire. Puisque, réellement, on n’a rien dire à personne. C’est juste qu’il faille passer à la trappe, pour devenir conseiller régional, député ou maire et passer à autre chose. Une tortue, c’est généralement symbole de lenteur.

Un lapin, d’intelligence. Un arc en ciel, de diversité. Un fusil, c’est pour tuer ou, à la limite, faire peur. Une théière, pour dire que nous sommes des buveurs de thé. Un tam-tam, ça rappelle les cérémonies où les gens dansent, chantent, applaudissent. Une roue, ça roule. Un âne, ça braie. Un poisson, ça fume quand c’est mis au fourneau. C’est symbolique que tous les Nous z’autres soyons candidats à quelque chose.

C’est clair l’intérêt des Nous z’autres aux choses publiques. Dans la plus totale confusion. Les experts aux choses fortuites. Les badauds aux choses expertes. Les militaires aux choses civiles.

Les civils aux choses militaires. Les vieux aux choses des jeunes. Les jeunes aux choses des vieux. Mauritanie dans la confusion. Sens dessus-dessous. Vive la démocratie ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le saint homme et le président : Alpha Conde chez Mohand Baba

Dochliya, un petit village situé a quarante kilomètres au nord de Mederdra le Mardi 03 Juillet, vers dix heures. Un Hélicoptère de l’armée de l’air mauritanienne se pose sur un terrain situé au nord du village gardé par des éléments du Basep. Quatre personnes  descendent. Un homme de teint foncé portant des lunettes et qui semble être une éminente personnalité passe en revue tout en en saluant le groupe de personnes venues l’accueillir. Juste après, il s’engouffre dans une Toyota V8 qui fonce vers le sud-ouest du village. Un peu plus tard, la voiture s’arrête devant une petite et modeste maison en zinc entouré d’une clôture de grillage. Trois parmi ce groupe entrent dans la concession alors qu’on ordonne aux autres de rester dehors. On fit assoir les trois visiteurs sans aucun protocole dans une petite cabane de fortune sur une petite natte en plastique. C’est la qu’ils vont attendre d’être reçus par l’illustre personne  qu’ils se sont déplacés de Nouakchott pour rencontrer…

L’une de ces personnes qui attendent patiemment leur tour, n’est pas n’importe qui. Il s’agit du président guinéen Alpha Condé. Ce dernier a demandé aux autorités mauritaniennes de lui organiser un voyage afin de pouvoir rencontrer l’apôtre de Dochliya, Mohand Baba. Ce voyage a été organisé par les services de la présidence sans que les autorités locales ne soient avisées.

Rares sont ceux qui ne connaissent pas l’illustre Mohand Baba ould Meine. Le savant, médecin, poète, penseur, historien, sociologue, ethnologue pour ne citer que ceux-ci parmi ses nombreuses qualités. Ce modeste moine, pas du tout concerné par la vie d’ici bas, habite une contrée lointaine qui est devenue la destinée quotidienne de nombreuses personnes venues des différents coins du pays. La plupart de ces visiteurs cherchent a se faire soigner de maladies incurables. D’autres viennent chercher le savoir. D’autres sont tout simplement à la recherche de la Baraka du saint homme.

L’illustre hôte guinéen a attendu à peu prés vingt minutes en compagnie de l’homme d’affaires, Hassen ould Mouknass et  du point focal du marabout : Yacoub ould Mohamed Moussa. Ce sont ces derniers qui tout fait pour la réussite de cette rencontre. Finalement, la mince silhouette du Cheikh Mohand Baba est apparue. Il porte comme d’habitude une bouilloire et n’est habillé que d’un vieux boubou de «Chegga ». Lorsqu’il s’est approché, le groupe s’est levé. Il leur fait signe de la main et s’arrête pour dire asseyez-vous. S’ils n’avaient pas obéi, le saint savant aurait aussitôt rebroussé chemin car par modestie, il ne veut pas qu’on se lève pour le saluer…

Il s’assoie, souhaite la bienvenue au président et commence comme c’est toujours le cas à bombarder son visiteur de questions sur tous les sujets. Ils ont eu un entretien qui a duré près d’une heure de temps en présence des deux hommes déjà cités. Après avoir entendu la requête du président, il lui a demandé pourquoi l’avoir ciblé particulièrement car il y a beaucoup d’autres marabouts. Le président lui répond qu’il désire depuis longtemps le rencontrer spécialement. Mohand Baba lui a imploré Allah a lui accorder sa bénédiction et d’accomplir ses vœux. Il lui a aussi remis comme cadeau une bouteille de parfum. Pour le rassurer sur le plan sécuritaire, il s’en est parfumé et a demandé a Hassen et Yacoub d’en faire autant. Le président Condé lui répond que ce n’était pas la peine car il a une confiance totale en lui et a rappelé une sagesse qu’il lui avait confiée au début de la rencontre que rien ne peut se faire sans la volonté d’Allah. Ensuite, le président propose une « Hedia » (don) au Cheikh. Il s’agit de la bagatelle de cent milles dollars que Mohand Baba a refusés poliment, l’informant que durant toute sa vie, il n’avait pris quoi que ce soit avec quiconque. Il a demandé qu’on veuille bien expliquer cela à Monsieur le président pour qu’il ne s’en formalise pas.

A la fin de l’entretien, le saint homme octogénaire s’est retiré laissant le groupe dans la cabane. Une heure plus tard, le convoi rebrousse chemin vers le terrain d’aviation. Le président et sa suite reprennent aussitôt la route de Nouakchott au bord de l’Hélicoptère. Les militaires et les agents du protocole vont les suivre plus tard par voiture comme ils étaient venus. Le village va reprendre son calme et sa monotonie aussitôt après. Alors que Mohand Baba s’est retranché dans ses longues prières et méditations quand il ne professe pas  le savoir.

Auparavant, des voitures du Garim étaient venues dans ce village le Lundi 02 Juillet vers treize heures pour commencer à baliser le terrain où va se poser l’Hélicoptère. Vers quinze heures, des voitures du Basep en compagnie des quelques éléments du protocole de l’Etat viennent aussi sur place  avant cette visite. Ils ont été respectivement hébergés et pris en charge par les disciples du Mohand Baba dans trois différentes maisons. Après le départ du président, ce groupe a été reçu collectivement par le marabout.   L’aide de camp du président guinéen et son médecin particulier ont fait partie de ce voyage.

Mohamed ould SidiYaraf

 

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...

Autour d’un thé: Charité bien ordonnée...Il ne faut pas être « né du vendredi », recommandent les Mauritaniens : c'est au plus proche puis au plus proche que tout ce que tu as ou peux avoir doit d’abord revenir. Et ce n’est pas nouveau, avant même que la Mauritanie existe, du temps déjà de la « Seïba », les émirs, les Almamy et autres Alboury, c’était comme ça.

Fils, proche, serviteur, esclave, griot ou forgeron du chef général, ce n’est pas n’importe qui que personne ne connaît, sans parent « quelqu’un », influence, interférence, ni omnipotence.

Soyons réalistes. Un frère, ce n’est pas n’importe qui, ce n’est pas n’importe quoi. Entre ton « même père et même mère » et tout autre, le parti ne compte pas. Même les cousins les plus proches. Même les femmes, les enfants, les amis. La fratrie, c’est sacré. Comment choisir un autre que son frère, pour un poste si juteux ? « Voir cela sur » quelqu’un, c’est vouloir « voir quelque chose sur lui ».

Ne pas être « né » du vendredi. Ne nous sommes-nous pas des musulmans ?« Le meilleur d’entre vous est le plus regardant et dont les biens est pour ses parents ». Vous oubliez tout ça et vous nous dites patati, patata, patatras. Cette fois, le frère est passé.

Si le parti trouve autre chose, ce sera la sœur, avant le neveu ou le cousin, eux-mêmes avant quelqu’un de la tribu puis de la communauté puis des autres membres du parti, selon leur rang. C’est tout comme le neveu fils de la sœur bien-aimée.

L’oncle ou la tante, c’est comme le père ou la mère. Impossible qu’un oncle présidant un parti de la majorité fasse rater une aussi belle opportunité de salaire confortable à son neveu, dites-vous ? Que me chantez-vous là ? Mettez-vous à leur place !

Accepteriez-vous, vous, d’être un « makhlooug El Joumou’a ». Vous savez, chez nous, oh, lalalalala, être le beau-frère de quelqu’un, c’est très complexe. Tu peux faire ce que tu veux : du plus simple au plus compliqué.

Un beau-frère peut porter le boubou, le pantalon ou la chemise ; arriver en retard et manger ton repas ; rentrer dans ta chambre, dormir sur ton lit, prendre, au réveil, la monnaie de ton armoire et s’en aller, sans rien dire à personne. On ne reproche rien à son beau-frère. Il peut même vendre ta maison.

C’est très exceptionnellement qu’on dit, chez nous : « Ton gendre, s’il ne te respecte pas, prends-lui ton gros bâton ». Comment donc ne pas penser à lui, quand il y a une commission en vue ou quoi que ce soit qui puisse l’aider à régler certains problèmes, contribuer ainsi grandement à ne pas fâcher Madame. Adieu, donc, boubou, pantalon, repas et petite monnaie ! Le temps d’une commission électorale.

Cette fois, quand même, personne ne peut dire que son Excellence Monsieur le Président a mis quelqu’un dans l’affaire. Parole du ministre porte-parole du gouvernement en qui nous ne « connaissons pas le mensonge » ! Pas un homme. Ni une femme. Ni un cousin.

Ni un homme d’affaires. Pas rien ni personne. PM, ministres, Généraux, de ceux-là, le porte-parole n’a dit s’ils ont mis quelqu’un ou pas. « Chaque main efface sa figure »... Le beau-frère du cousin du Président n’est pas le beau-frère du Président. Il ne faut pas tout confondre.

Et puis, c’est bon de n’avoir choisi que des gens que tout le monde connaît. On ne sait jamais. S’il faut les rechercher, un jour, au moins, ça ira vite : un cousin par-ci, un beau-frère par-là, un frère de père et de mère de là- bas, le beau-frère d’un cousin au Président, le neveu d’un chef de parti de la majorité. Deux gens du bord du Fleuve. Un harratine et un nationaliste.

C’est facile d’assembler les gens de la nouvelle commission électorale nationale indépendante ! Qui sème le vent ne récolte généralement pas une place à la CENI. Il faut bien que les gens du FNDU le sachent : les absents ont toujours tort ! Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ans

Mauritanie: souvenirs de Nouakchott, une capitale fondée il y a 60 ansLe 5 mars 1958, la première pierre de la capitale mauritanienne Nouakchott était posée. Une capitale coincée entre la mer et le désert, sortie des sables par la volonté du conseil de gouvernement qui décide de quitter Saint-Louis au Sénégal où il est installé.

Trois ans plus tard, l'indépendance sera proclamée dans un hangar faute d'infrastructures. Aujourd'hui, Nouakchott s'étend sur près de 30 kilomètres mais les anciens n'ont rien oublié de l'aventure des débuts, quand tout était à construire.

A sa création, Nouakchott n'est qu'un ancien poste militaire habité de quelques centaines d'âmes. « Une dune et quelques arbustes rabougris » se souvient le premier président mauritanien dans ses mémoires. Son épouse, Marième Daddah, n'a pas oublié son premier voyage.

« Quand nous sommes arrivés au-dessus de la ville de Nouakchott, le président m’a dit : "Nous sommes arrivés", avec beaucoup de satisfaction. Et moi, la fille de la grande ville, j’ai écarquillé mes yeux pour voir cette ville. Mais il n’y avait pas grand-chose. Je lui ai dit :"Mais, où sommes-nous ?" Il m’a dit : "Eh bien nous sommes arrivés". »

L'aventure ne fait alors que débuter. Mohamed Aly Cherif, l'ancien secrétaire général de la présidence, se rappelle que beaucoup de fonctionnaires ont d'ailleurs bien du mal à se décider à faire leur premier voyage.

« Il y a beaucoup de gens qui ont traîné les pieds, qui sont venus seulement un an et demi après. Ils ont dit : bon… Direction des douanes, direction des contributions… Il faut qu’ils restent à Saint-Louis, parce que les réseaux et les communications ne sont pas bons, etc… »

Georges Nassour, un des premiers commerçants à s'installer, ouvre sa boucherie sur ce qui n'était avant qu'une dune. Des années après, sa fascination pour la ville est restée la même. « La chance de cette ville c’est d’être dans cette immensité. Autour de Nouakchott il y a un recueillement. En face de vous il y a la mer, derrière vous il y a le désert. C’est quelque chose de captivant ».

Ville tentaculaire, Nouakchott s'étend aujourd'hui sur une trentaine de kilomètres. Ses plans d'urbanisme ont tous été dépassés avant d'être appliqués. Plus d'1 million d'habitants y vivent désormais, soit un tiers de la population mauritanienne.

Source : RFI

 

 

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » !

Loupe : Aziz « Devant le peuple et devant l’histoire » ! L’interview tant commentée avant sa parution dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dont de larges extraits sont parvenus à la presse locale et étrangère pendant que le journal était encore en pré-maquette suscite un grand intérêt tant dans les milieux de la communication que politiques.

Quoi de plus normal que d’accorder un entretien à un journal pour livrer ses idées et faire passer un discours à la face du monde ? Le choix du vieux et emblématique journal du continent semble trouver sa place dans ce qu’on pourrait qualifier de canal favori des présidents africains dont les rapports Avec JA sont symptomatiques d’une défiance voire d’un dédain à se confier d’abord à leurs propres médias.

Qui de JA ou de Aziz qui a cherché à joindre l’autre ? En temps normal , accorder ou s’accorder une sortie dans les colonnes d’un journal comme JA pourrait passer inaperçu.

Mais dans le contexte actuel où un président en fin de mandat voulant calmer le jeu politique dominé par les coups de colère de la rue aggravée par l’impasse politique, l’interview tient lieu d’un bon scoop pour JA. Surtout… surtout… les enregistreurs ont des oreilles.

Dans un exercice de communication laborieux, les détails ne sont que des habillages qui accompagnent l’idée clé consacrant le sujet principal de l’interview qui se résume en une phrase lapidaire : « Je ne me présenterai pas en 2019 ».

Et comme il fallait y mettre la forme, le grand invité de JA avait tout le loisir d’aborder d’autres sujets qui intéressent les mauritaniens en vue de nourrir la curiosité de ses concitoyens et de répondre éventuellement à des rumeurs sur sa personne et ses bonnes ou mauvaises relations avec des personnalités politiques et du monde des affaires ou encore le rôle de la Mauritanie dans le sahel.

C’est dire que le moment choisi n’est pas fortuit pour un dirigeant à la fois acculé par l’opposition qui investit la rue pour faire entendre sa voix que par ses soutiens et nombreux opportunistes battant campagne pour un troisième mandat quitte à recourir à la modification de la constitution. Ces sirènes du troisième mandat ont redoublé de zèle dès l’annonce de l’interview.

Si dans les rangs de l’opposition radicale on semble accorder le bénéfice du doute aux déclarations du Président Aziz, les mouvements de contestations des jeunes dans les réseaux sociaux restent sceptiques sur la sincérité des propos d’un président qui prétend avoir changé le pays durant ses deux mandats.

Le projet de restructuration du parti de la majorité présidentielle, l’UPR, les vagues des promotions des officiers supérieurs au grade de généraux , la prééminence dans la lutte contre le terrorisme , les trains de mesure sociales , économiques qui cachent mal le malaise général des ménages sont souvent évoques par le président à chaque fois que l’opposition met le pouvoir en difficulté .

Comme si toutes les promesses données par le président aux mauritaniens de ne pas briguer un troisième mandat n’ont pas suffi pour dissiper les doutes, la sortie « chevaleresque » pardon « camelidesque » dans JA va-t-elle mettre un terme à la polémique du troisième mandat qui turlupine les leaders de l’opposition, le peuple et le monde ?

La parution cette semaine du journal tant recherché dans les kiosques et en version électronique constituera au moins un témoignage indélébile difficile à renier. A moins d’un coup de théâtre auquel les monarques africains nous ont habitués. Gageons cette fois que ce message va sceller le destin politique d’un homme qui ne cache pas ses ambitions politiques même après son départ du pouvoir !

Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

«Terminal F» à la découverte de la Mauritanie

Vidéo. Revivez «Terminal F» à la découverte de la MauritanieLe magazine des voyages du Figaro vous fait découvrir un pays niché au cœur des dunes, avec un récit de voyage de journalistes qui en reviennent et l'expertise du PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure Lionel Habasque, ainsi que du spécialiste du Sahara, Michel Pierre.

Pour Le Figaro Magazine, le journaliste Stéphane Dugast et le photographe Stéphan Gladieu ont parcouru les oasis de l'Adrar, en Mauritanie.

Sur le plateau de «Terminal F», l'émission des voyages du Figaro Live, ils racontent leur expérience de ce «trésor caché au cœur des dunes», où se trouvent Chinguetti, «la Sorbonne du désert» et Ouadane, haut lieu historique du pays. Après une décennie de crise, le tourisme , sort des sables en Mauritanie, comme une arme de paix.

Sur le plateau également de ce numéro de «Terminal F», Lionel Habasque, PDG du tour-opérateur Terres d'Aventure et Michel Pierre, spécialiste du Sahara.

Tous deux apportent leur expertise de ce joyau du Sahel, que les voyageurs peuvent redécouvrir avec la réouverture, après dix ans d'arrêt, des vols charters entre Paris et Atar, du Point Afrique, grâce à la pugnacité et l'obstination de Maurice Freund, son dirigeant passionné. La Mauritanie se positionne au top des destinations pour 2018.

Source : le Figaro

 

 

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder

Loupe : Mauritanie/ Sénégal : il faut savoir raison garder La mort d’un pécheur sénégalais tombé sous la gâchette facile d’un garde des côtes mauritaniennes loin d’être un fait divers, est un incident malheureux qui a affligé deux pays frères condamnés à vivre ensemble. Paix à l’âme du disparu.

Très vite les présidents Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall qui se trouvent à Adis Abeba ont pris la mesure de ce drame pour calmer la situation et parer à tout dérapage. Des émissaires seront dépêchés réciproquement pour jouer aux bons offices. Pour que ces genres d’incidents ne se reproduisent plus.

Entre voisins, la moindre étincelle peut réveiller les vieux démons. Eviter de jouer aux pyromanes pour agir en pompier est la seule conduite qui vaille pour fermer le passage aux sirènes de la discorde. Il appartient d’abord à la presse de faire preuve de mesure et de responsabilité.

Devants les faits, refuser de céder aux colportages de fausses nouvelles et dans la pratique ne pas se faire l’écho des chantres de la haine. A ce prix les médias auront rempli leurs engagements professionnels et honoré leur profession de foi.

Nous osons espérer que ce comportement sera le seul qui accompagnera le travail des chevaliers de la plume ainsi que celui de tous les autres de cette noble profession. Notre degré de responsabilité se mesure à l’aune de notre sens d’élévation devant de telles épreuves fâcheuses.

La presse est le miroir par lequel se reflètent les bons comme les mauvais comportements. C’est avec la presse que les événements dramatiques prennent ou non du relief, que réussissent ou échouent les médiations. Surtout c’est par son biais que les peuples arrivent à se comprendre ou se haïr.

Entre la Mauritanie et le Sénégal c ’est l’incontournable marche d’un destin commun où la frontière n’est qu’un artificiel héritage que l’absurdité des hommes a réduit en tristes territoires séparés par des lignes de démarcation fragilisées par des incidents sporadiques capables d’être évités par la raison humaine.

La sagesse des anciens a toujours pris le dessus sur les pulsions morbides promptes à enfumer les relations entre les peuples. Les conventions et autres accords politiques n’ont de sens que quand les hommes chargés de les mettre en œuvre sont animés des motivations sincères. Nos gouvernants sont la première colonne qui doit veiller à respecter et faire respecter de tels engagements.

Ceux qui au final en sont les garants n’ont pas droit à l’erreur. Mais encore faudrait-il qu’ils sont bien imprégnés de la mission qui leur est confiée. Qu’un garde côte tient une arme comme la seule réponse à la surveillance des eaux territoriales, c’est s’assimiler en robot de la violence et de la barbarie.

L’usage de l’arme a ses règles et ses limites que ceux qui s’en servent ne doivent pas en abuser tant qu’ils sont capables de recourir à des moyens civilisés. Pourvu que le calme et la raison imposent leur loi sur la violence aveugle et génératrice de l’hystérie collective. Qu’Allah nous en préserve !

CTD
Source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)

 

 

Autour d’un thé : Faussaires

Autour d’un thé : FaussairesLe Calame - Nul ne meurt, dit-on, sans avoir eu son jour. De gloire s’entend. Et le doigt, aussi, ne fait pas comme ça, mais comme ci. Je commence à commencer à aimer les députés ou, du moins, certains d’entre eux, puisque « d’autres certains » ne traient pas le lait « sur leur tête » et se retrouvent, alors, difficilement « aimables ».

Qui veut le respect, ne dit-on pas encore, n’a qu’à monter avec, sur la « tête » d’un arbre… Pour une fois qui n’est pas coutume, les honorables ont discuté d’une bonne affaire. Ah ça, oui, Une vraie de vraie affaire, les faux diplômes ! Et toute la fausseté qui va avec.

Faux et usage de faux diplômes, « c’est un secret de Polichinelle », s’est écrié l’un de ces messieurs. Moi, je le savais depuis longtemps : pour rédiger une lettre de motivation en vue d’un poste de directeur central d’un ministère de souveraineté, tel postulant, docteur ès-Lettres, titulaire d’une agrégation en linguistique, agrémentée d’une licence en chimie et d’un master en langues étrangères, recourt aux services d’un nègre.

Or c’est bien connu : tout ce qui est fondé sur du faux est faux. Chamboulement total, véritable remise en cause de tout le processus : de 1978 à nos jours, tout l’édifice s’écroule. Car, en toute logique, faux diplôme signifie faux diplômé et faux diplômé, faux fonctionnaire.

C’est comme les faux billets de banque. Qui, non seulement, ne servent à rien mais peuvent, aussi, directement conduire en prison. Les faussaires de diplôme et leurs complices sont, à ce titre, plus dangereux que les faussaires d’argent.

Ceux-ci n’en usent que pour se payer des voyages, aller danser au Teroubi ou au Café de Rome, changer de mehlefa, séroual ou boubou, au féminin comme au masculin, et flamber au Casino, quelque part à Dakar, Abu Dhabi ou aux confins du Tiris Zemour, histoire de faire diversion et tenter d’effacer leurs traces.

Ce qu’on appelle « tirer les branches ». Mais ceux-là falsifient, eux, les diplômes, falsifient les fonctions, falsifient les nominations, falsifient l’administration, falsifient la démocratie, falsifient l’armée, falsifient la justice, falsifient le pays.

Mon ami, consultant international en « affaires et climatologie, changements de la stratosphère et marche sur la lune, vision approchée du soleil levant et études sécuritaires », polyglotte fort de huit langues (hassanya ancien et moderne, tamachek, bambara, wolof, pulaar, soninké, haoussa, amazigh).

Français, un pé ; arabe, choueiy choueiya ; anglais, small small ; gros mais vrai diplôme, donc ; me dit souvent : « C’est moi qui ‘’a’’ fait ça. C’est moi qui ‘’est’’ parti sur la lune avec Gagarine ». Mais, comme, chez nous, on ne va pas aller de sitôt sur la lune, comme les changements climatiques ne concernent que les autres et qu’il doit, lui, travailler, il a accepté la direction des mahadras, au ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement originel.

C’est, effectivement, assez original. Pour autant, les députés doivent pousser beaucoup plus loin leur courage car il n’y a pas que les faux diplômes. Il y a, aussi, les faux hommes. Les fausses femmes. Les fausses fortunes. Les fausses annonces. Les faux démocrates.

Les faux opposants. Les fausses intentions. Les fausses professions de foi. Le faux est presque partout. Envahissant. Etranglant. Réduisant. Jusqu’à, même, de faux présidents. De ceux qui trompent leur peuple. Volent leur peuple. Méprisent leur peuple. Anecdote.

Il y a fort longtemps, je dirai même jadis, au temps où les animaux parlaient encore, bref, il y a au moins quinze ans, avant, donc, l’avènement de la Mauritanie nouvelle ; en réalité, bien avant ; un wali – je dis bien, un wali – reçoit son relevé de compte bancaire, libellé en français. Un vrai casse-tête, du véritable chinois.

Après avoir beaucoup réfléchi, il se résout à appeler un de ses subordonnés : « Ya khouye [mon frère], j’ai oublié mes lunettes à la maison », lui dit-il, « ces gens de banque, leur français est mélangé et d’ailleurs, moi, je suis arabisant : regarde-moi combien j’ai sur mon compte ». Un wali bilingue, c'est-à-dire qui ne connaît ni le français ni l’arabe. Assurément, les faux diplômes ne sont pas un faux problème ! Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)