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Dossiers dans le Monde

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Proche Orient : Israël utiliserait le DIME, une arme particulièrement effroyable

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Israël utiliserait le DIME, une arme particulièrement effroyable

Exclusif. Selon un chirurgien norvégien venu aider ses confrères à Gaza, l’armée israélienne lance des bombes DIME. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation. Nous l’avons constaté à l’hôpital al-Chifa de Gaza.

Gaza (Territoires palestiniens), envoyé spécial.

L’aviation israélienne pilonne sans relâche la bande de Gaza depuis bientôt une semaine. Le bilan s’alourdit de jour. Dimanche, à la mi-journée, 166 Palestiniens avaient été tués dont plus de la moitié serait des civils, selon l’Office de coordination des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA).

Un déluge de feu sans précédent. Comme si cela ne suffisait pas, Israël utiliserait à nouveau – comme cela a été le cas au Liban Sud en 2006 et à Gaza lors de l’offensive menée fin 2008 début 2009 – une arme redoutable, baptisée DIME pour Dense Inert Metal Explosive.

C’est ce qu’a affirmé ce dimanche une équipe de chirurgiens qui travaillent et opèrent sans relâche à l’hôpital al-Chifa de Gaza city. Parmi eux, un praticien norvégien, professeur à Oslo, Erik Fosse, arrivé vendredi. « Nous opérons jour et nuit, souligne-t-il. Beaucoup de bombardements sur les maisons ont lieu durant la nuit.

Nous avons beaucoup de familles qui arrivent ici, avec des blessés beaucoup touchés par des éclats ou parce qu’ils ont été ensevelis sous les décombres. Nous avons également des patients qui présentent des blessures dues à l’utilisation d’armes anti-personnels. Nous en avons vu touchés par des armes conventionnelles, qui présentaient des lésions provenant d’éclats. C’est ce que l’on voit dans toutes les guerres.

Il faut souligner qu’à Gaza les gens sont très affaiblis par sept ans de blocus et quand ils sont blessés les effets sont plus graves. Mais il y aussi, comme en 2008/2009, des patients touchés par les bombes DIME qui sont tirées par des drones. Ils transportent ces petites bombes qui ont un effet spécial sur les victimes.
»

Devant le lit d’un blessé lors d’une attaque visant semble-t-il le chef de la police de Gaza lui aussi gravement blessé - alors que 18 autres personnes ont trouvé la mort à la sortie d’une mosquée et 15 ont été blessées, samedi soir -, le professeur Fosse montre les brûlures caractéristiques de cette arme qui marquent le corps.

« En général, les membres inférieurs sont touchés, ce qui est le cas ici », insiste-t-il en soulevant le drap. L’homme a perdu la jambe droite et se trouve entre la vie et la mort. Son visage est en partie brûlé. Il respire difficilement. « Nous vivons une énorme catastrophe humanitaire. Une catastrophe qui n’est pas naturelle mais créée par des hommes. »

Mis au point au début des années 2000 par les laboratoires de l’US Air Force, le DIME est une munition à base d’une enveloppe en fibres de carbone contenant un explosif mélangé à un alliage de métaux lourds et de poudre de tungstène avec du cobalt, du nickel ou du fer. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation.

Le DIME provoque des dommages très importants sur la matière vivante et les tissus mous (le derme, les muscles et les os). Une arme particulièrement utilisée lors des guerres asymétriques officiellement pour éviter les dommages collatéraux. Une arme qui n’est pas interdite mais dont les effets sont atroces. Samedi soir, à Gaza, on a malheureusement vérifié qu’entre la théorie d’une « bombe propre » (quel oxymore) et la pratique il y a un gouffre qui s’appelle la mort de civils.

Erik Fosse sait de quoi il parle. Lors de l’offensive « Plomb durci » en 2008/2009, il était déjà venu, avec d’autres médecins étrangers, prêter main forte à ses collègues palestiniens à qui il tient à rendre hommage pour le dévouement sans faille. A l’époque, il avait courageusement dénoncé l’utilisation du DIME.

« Peu de gens survivent, rappelle-t-il. Cet homme devait être un peu éloigné du point d’impact, c’est ce qui l’a sauvé. Mais si un enfant est touché par ce type de bombe, vous pouvez être sûr qu’il a été visé. J’ai vu personnellement deux enfants ces derniers jours touchés de cette manière. » Et Erik Fosse de lancer un cri d’alarme : « Nous vivons une énorme catastrophe humanitaire. Une catastrophe qui n’est pas naturelle mais créée par des hommes. »

Source : L’Humanité (France)

 

 

La justice sur la piste du « parrain des parrains »

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La justice sur la piste du « parrain des parrains »

Deux juges et des dizaines d'enquêteurs sont à ses trousses depuis de longs mois. Pour eux, pas de doutes possibles : l'homme d'affaires corse Michel Tomi, 66 ans, à la tête d'un empire industriel en Afrique, serait le dernier « parrain des parrains » français.

L'affaire inquiète jusqu'à l'Elysée, elle risque même de provoquer de forts remous dans les milieux diplomatiques, avec la mise en cause pour corruption du président malien, Ibrahim Boubacar Keita, dit « IBK ».

Selon les informations du Monde, depuis le 25 juillet 2013, date de l'ouverture d'une information judiciaire par le parquet de Paris pour « blanchiment aggravé en bande organisée », « abus de biens sociaux » et « faux en écriture privée », les juges Serge Tournaire et Hervé Robert enquêtent en toute discrétion sur Michel Tomi, son groupe industriel Kabi, mais également sur ses réseaux politiques.

L'homme est soupçonné de blanchir en France une partie de l'argent gagné en Afrique. Et de financer des présidents africains. Plusieurs chefs d'Etat seraient impliqués dans le « système Tomi » : IBK, donc, mais aussi le président gabonais, Ali Bongo, et les présidents tchadien ou camerounais.

Deux enquêtes financières ouvertes à Ajaccio et Marseille, ainsi que des rapports de Tracfin (l'organisme anti-blanchiment de Bercy), visant M. Tomi, ont été centralisés à Paris à l'automne 2013, et joints au dossier.

En mars, les magistrats ont frappé fort : ils ont demandé un réquisitoire supplétif au parquet, afin d'étendre leurs investigations à des faits de « corruption d'agent public étranger ». Leur cible : Ibrahim Boubacar Keita, président du Mali depuis septembre 2013, activement soutenu par la France. C'est dire si l'affaire gêne la diplomatie française.

Les présidences malienne et gabonaise n'ont pas répondu aux sollicitations réitérées du Monde. Une autre piste est examinée par les policiers : celle des soutiens dont bénéficierait M. Tomi (condamné en 2008 pour « corruption active » pour avoir financé illégalement la campagne du Rassemblement pour la France de Charles Pasqua aux élections européennes) dans la classe politique française.

Cette enquête hyper-sensible démarre en 2011, dans le prolongement de l'affaire du cercle Wagram. La police découvre qu'un clan corse tente de mettre la main sur l'établissement de jeux parisien. Trois hommes, réputés dangereux, prennent la fuite : Frédéric Federici, Stéphane Luciani et Jean-Luc Germani. La direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris s'empare du dossier. Et tombe sur M. Tomi, suspecté de subvenir aux besoins du trio en Afrique. Dès lors, les policiers prennent en filature l'homme d'affaires. Et découvrent l'étendue de ses relations.

AMITIÉS

Avril 2012. Par un bel après-midi printanier, un homme en costume azur sort du restaurant parisien huppé La Maison de la truffe, escorté par ses gorilles. C'est IBK. Il serre dans ses bras un Michel Tomi en petite forme. Atteint d'une sclérose en plaques, il se déplace en fauteuil roulant. Son lieutenant, Jean-Luc Codaccioni, dit « Johnny », est également présent. Les trois hommes ne sont pas seuls : les policiers, en planque, mitraillent la scène au téléobjectif. M. Tomi sait entretenir ses amitiés. Il fournit des vêtements de marque au futur président malien, paie ses séjours à l'hôtel parisien La Réserve, met à sa disposition des avions pour sa campagne présidentielle – M. Tomi possède deux compagnies aériennes, Afrijet et Gabon Airlines.

Fin juillet 2013, la police judiciaire est saisie par les juges Tournaire et Robert. Une petite équipe travaille dans le secret. Au sein de la direction centrale de la PJ, l'enquête provoque des dissensions : le clan Tomi a des amis dans la maison, comme dans le monde politique. Placé sur écoute, M. Tomi est bavard au téléphone. Il discute avec ses hommes de main, chargés de rapatrier l'argent en France. Le nom d'IBK revient souvent. M. Tomi est d'ailleurs présent à la cérémonie d'intronisation du nouveau chef d'Etat malien, à Bamako, en septembre 2013. Dans un coin, pour ne pas se faire remarquer.

En décembre 2013, en marge d'un sommet africain qui se tient à Paris, IBK effectue un déplacement privé à Marseille, où il est pris en main par les hommes de M. Tomi. Celui-ci multiplie les séjours dans la cité phocéenne : il se rend deux fois par mois à l'hôpital de la Timone. Plus récemment, du 8 au 10 février, M. Tomi héberge son ami, tous frais payés, dans une suite du palace parisien le Royal Monceau. Il lui procure aussi des véhicules haut de gamme. Il s'occupe même de sa sécurité.

« JE NE FAIS PAS D'AFFAIRES AVEC TOMI ! »

Fin 2013, il contacte ainsi Bernard Squarcini, l'ancien patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), proche de Nicolas Sarkozy et débarqué par le pouvoir socialiste mi-2012. M. Squarcini est désormais consultant en sécurité dans le privé. M. Tomi, qui connaît bien l'ex-chef du contre-espionnage, le sollicite pour organiser la protection de son ami IBK. Les enquêteurs s'interrogent sur les relations entre M. Tomi et M. Squarcini. Le demi-frère de M. Tomi travaille d'ailleurs à la DCRI – il a été recalé par la PJ en raison de son patronyme sulfureux…

« Il fallait sauver le soldat IBK, protégé par la France, justifie M. Squarcini auMonde. Mais je ne fais pas d'affaires avec Tomi ! Ce n'est pas un ami. En revanche, il a des liens privilégiés avec un commandant de la police judiciaire… »

L'enquête va maintenant conduire les policiers à plonger au coeur de l'empire Tomi. Selon les services de renseignement, il est depuis 2009 l'unique détenteur d'une autorisation d'ouverture de casinos à Bamako, où il a créé la salle de jeux Fortune's club. D'après les enquêteurs, IBK y détiendrait des parts. M. Tomi reproduit partout le modus operandi qui lui a si bien réussi au Gabon, où son groupe est basé et emploie… 40 000 personnes !

Fort de ses relations privilégiées avec l'ex-président Omar Bongo, mort en 2012, il a su faire fructifier ses intérêts. Il possède le PMU local, a empoché, en 2010, 10 % de la vente à l'Etat gabonais pour 16 millions d'euros de quatre vedettes de surveillance maritime, sanscompter des milliers de logements en construction. Son notaire au Gabon ? Le propre frère du président Bongo…

INTOUCHABLE

Aux yeux des autorités gabonaises, M. Tomi est intouchable. D'ailleurs, en novembre 2013, elles ont refusé d'accorder un visa aux journalistes du Mondedésireux d'enquêter à Libreville. Très proche d'Alexandre Rodriguez, un homme d'affaires qui loue des yachts de luxe, il permet au couple présidentiel Ali et Sylvia Bongo de passer de bonnes vacances à Corfou, en juillet 2013, sur le yachtGrazia Dio. Il joue aussi les intermédiaires avec des investisseurs chinois, opère au Tchad, au Cameroun, au Bénin, au Niger, au Sénégal ou au Togo, et vise des marchés en Serbie, dans le golfe persique, en Asie… Les secteurs sont nombreux : BTP, centrales hydrauliques, sécurité, textile…

Une expansion commerciale qui en a fait un milliardaire… sous surveillance : le 2 juin 2013, les enquêteurs surprennent une conversation entre M. Tomi et Edgard Ngo'o, ministre camerounais de la défense. Ce dernier demande à son interlocuteur que les cadeaux offerts par le clan Tomi ne « laissent pas de traces ».

Car son argent, Michel Tomi le redistribue. Il subvient aux besoins de Sandra Germani, la veuve de Richard Casanova, membre du gang de la Brise de mer. Il supervise la réunion, toujours sur le Grazia Dio, de Sandra Germani, Felix Antonietti ou encore Dominique Pasqualetti, tous sous surveillance policière. Car s'il étend son empire en Afrique, Michel Tomi semble aussi, selon les enquêteurs,garder des liens avec le milieu corse, tout en soignant ses relations haut placées en France. L'enquête ne fait donc que débuter…

Gérard Davet
Journaliste au Monde

Fabrice Lhomme
Journaliste au Monde

 

PHILIPPINES. Plus de 10.000 morts et 2.000 disparus après le passage du typhon

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Après avoir semé la désolation aux Philippines, Haiyan, un des plus violents typhons de l'histoire, vole vers le Vietnam. 600.000 personnes ont été évacuées.

Le bilan d'un des plus violents typhons à avoir touché terre s'est brusquement aggravé dimanche 10 novembre, les autorités philippines évoquant désormais plus de 10.000 morts et 2.000 disparus, faisant de Haiyan la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l'histoire récente du pays.

 Deux îles du centre de l'archipel, qui se trouvaient pile dans la trajectoire de Haiyan quand il a frappé vendredi à l'aube, sont particulièrement affectées.

 Un haut responsable de la police à Tacloban, une des villes les plus touchées, a ainsi évoqué le chiffre de 10.000 morts sur Leyte. "Nous avons eu une réunion avec le gouverneur la nuit dernière, et en nous basant sur les estimations du gouvernement, il y a 10.000 victimes (décès)", a déclaré à la presse Elmer Soria.

 Et sur Samar, point d'entrée du typhon dans le pays vendredi, 300 personnes sont confirmées mortes dans la petite ville de Basey, et 2.000 sont portées disparues dans toute l'île, a indiqué Leo Dacaynos, membre du conseil de gestion des catastrophes, à la radio DZBB.

 La mort de dizaines d'autres personnes a été confirmée dans d'autres villes et provinces ravagées par le super typhon sur un front de 600 kilomètres.

 Aide internationale

 Et de nombreuses localités restaient coupées du monde, alors que les autorités semblaient dépasser par l'ampleur de la catastrophe et le nombre de survivants à secourir.

 Maisons rasées, pylônes électriques arrachés, voitures renversées et survivants hébétés dans les rues: après le passage de Haiyan, accompagné de vagues de plusieurs mètres et de vents atteignant des pointes à 315 km/h, le paysage évoquait pour certains les destructions causées par le tsunami en Asie en décembre 2004.

 "Ce sont des destructions massives (...) La dernière fois que j'ai vu quelque chose de cette ampleur, c'était à la suite du tsunami dans l'océan Indien" qui avait fait 220.000 morts, a déclaré à Tacloban Sebastian Rhodes Stampa, chef de l'équipe de l'ONU chargée de la gestion des désastres.

 Face à l'ampleur de la catastrophe, plusieurs pays ont proposé leur aide.

 Les Etats-Unis vont fournir des hélicoptères, des avions, des navires et des équipements destinés à la recherche et au sauvetage, après une demande de Manille, a annoncé le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagels.

 "Les gens deviennent violents"

 L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont accordé dimanche une aide de près d'un demi-million de dollars US (370.000 euros), alloués à la Croix Rouge de l'archipel.

 De son côté, l'Unicef a déjà préparé 60 tonnes de matériels de santé et de survie qui partiront d'un de ses centres de logistique à Copenhague et devraient arriver aux Philippines mardi. Et le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) est en train d'organiser le transfert de 40 tonnes d'aide alimentaire.

 La police a d'ailleurs annoncé avoir déployé des hommes à Tacloban pour prévenir les pillages, liés notamment au risque de manque de nourriture.

 "Les gens deviennent violents. Ils pillent les entreprises, les centres commerciaux, juste pour trouver de la nourriture, du riz et du lait (...). J'ai peur que dans une semaine, les gens s'entretuent à cause de la faim", a commenté Andrew Pomeda, professeur de lycée de 36 ans.

 Le pape François a appelé dans un tweet les catholiques à prier pour les victimes et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est dit "profondément attristé par l'ampleur des pertes humaines".

 Typhons, séismes, volcans...

 Chaque année, les Philippines sont touchées par une vingtaine de grosses tempêtes ou de typhons, entre juin et octobre. L'archipel est la première terre que rencontrent ces phénomènes météorologiques qui se forment au-dessus du Pacifique.

 Typhon, séismes, volcans... le pays subit régulièrement les foudres de la nature, avec presque à chaque fois un bilan d'autant plus meurtrier que la nation est pauvre et gangrénée par la corruption.

 Si le bilan des 10.000 morts se vérifie, Haiyan sera la catastrophe naturelle la plus grave de l'histoire récente des Philippines. La précédente date de 1976, lors qu'un séisme et un tsunami avaient causé la mort d'entre 5 et 8.000 personnes sur Mindanao, une île du sud.

 Après avoir semé la désolation aux Philippines, Haiyan volait vers le Vietnam, qu'il devrait atteindre lundi matin. Mais le typhon s'est affaibli au-dessus de la mer de Chine du Sud et pourrait être rétrogradé en niveau 1 avant son arrivée.

 Le Vietnam n'en a pas moins évacué plusieurs centaines de milliers de personnes, dans le centre du pays, puis plus au nord dimanche après une changement de trajectoire de la tempête qui pourrait également provoquer pluies diluviennes et inondations dans la capitale.

nouvelobs

 

«La communauté musulmane est aujourd'hui en danger»

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Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, dénonce l'augmentation des attaques contre les musulmans après la découverte du projet d'attentat contre une mosquée de Vénissieux.

Un militaire de 23 ans a été arrêté pour avoir fomenté une attaque contre une mosquée de Vénissieux lors de la fin du ramadan. Le recteur de la grande mosquée de Lyon, Kamel kabtane réagit à cette annonce.

Que vous inspire l'arrestation de ce militaire qui aurait eu un projet d'attentat contre une mosquée de Vénissieux, et «aurait par ailleurs violemment porté atteinte l’an dernier à une autre mosquée située dans la région bordelaise», d'après le ministère de l'Intérieur ?

Nous sommes d'autant plus inquiets qu'il s'agit justement d'un militaire qui a dû passer des tas de tests, rencontrer des tas de psys. Et chez qui on n'a rien détecté alors qu'il était, d'après le ministère de l'Intérieur, coutumier du fait.

Mais nous saluons la réaction de Manuel Valls qui a été de tout de suite mettre cette affaire sur la place publique, de façon à montrer que le gouvernement ne transigera pas devant des situations de la sorte.

Avez-vous une idée de la raison pour laquelle cette mosquée en particulier était visée ?

Le militaire concerné n'est pas originaire de la région, donc on ne sait pas quelle connaissance il a de cette mosquée. Elle a été inaugurée il y a très peu de temps et ses responsables sont des gens tout à fait normaux.

Peut être que pour ce militaire, Vénissieux est une ville emblématique, où la communauté musulmane est importante. C'est de là aussi où est partie la Marche des beurs en 1982.

Vous dénoncez un climat d'islamophobie en France, sur quelles bases ?

Selon le ministère de l'Intérieur, les attaques antimusulmanes ont augmenté de 50% depuis un an. Mais cela fait des années que le climat se dégrade, que la parole islamophobe se libère, et que l'on observe des mosquées vandalisées ou taguées, des agressions contre des femmes voilées. L'une d'elle a perdu son bébé après avoir été attaquée. Et ces actes ne sont pas suffisamment sanctionnés. Les personnes arrêtées sont condamnées à des peines symboliques ou relâchées.

Que réclamez-vous ?

L'arsenal juridique existe, il faut l'appliquer. Nous appelons également à la création d'une commission parlementaire afin de pouvoir mesurer cette situation et trouver les moyens d'y faire face.

La demande de la création d'une telle commission est ancienne, mais le précédent gouvernement ne l'a pas fait. Le regrettez-vous ?

Tous les gouvernements ont, face à cette situation, la même attitude : «Moins on en dit, mieux ce sera.» Ils préfèrent se voiler la face. Or, la communauté musulmane est aujourd'hui en danger.

liberation.fr

Syrie : le grand malaise maghrébin

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Réfugiés syriens au square Port-Saïd dans le centre d'Alger.Face à l'horreur et à l'extrême complexité d'une interminable guerre civile, l'opinion, de Tunis à Nouakchott, semble totalement déboussolée. Enquête sur un cruel dilemme.

De l'Orient à l'Occident, le cauchemar syrien, monstrueux avatar d'un rêve de liberté, déchire les consciences et déchaîne les passions. La fragile unanimité des sociétés arabes, révélée par la magie des révolutions de 2011, est en train de voler en éclats sur la dernière d'entre elles. En Afrique du Nord, la question confronte les anciens régimes toujours en place (Soudan, Algérie et Mauritanie) aux gouvernements issus des révolutions (Égypte, Tunisie, Libye), dresse les défenseurs de la laïcité contre les partisans de l'islam politique, divise les gauches et radicalise les engagements, les uns dénonçant un fantasmatique complot impérialiste pendant que d'autres prennent les armes pour aller défendre la foi en danger...

La Ligue arabe, hier club atone pour autocrates vermoulus, s'est soudain muée en terrain de lutte entre anciens et modernes. « Arrêtez de défendre la Syrie, parce que votre tour viendra », lançait, menaçant, le Premier ministre qatari, Hamad Ibn Jassem, au représentant de l'Algérie, qui refuse de reconnaître l'opposition syrienne comme représentante légitime du peuple. Mais comment l'immuable État-FLN pourrait-il soutenir une révolution sans se condamner lui-même ? Pour Alger, le Damas des Assad reste le phare de la résistance arabe au sionisme et à l'impérialisme occidental, et le dernier bastion séculier du Moyen-Orient contre la contagion islamiste.

Révélée par la magie des révolutions de 2011, la fragile unanimité des sociétés arabes a volé en éclats

« Complot ! » a répliqué l'Algérien au parrain qatari du Printemps arabe. Car beaucoup, au Maghreb, ne voient plus dans la crise syrienne une révolution nationale, mais une guerre sale pour les autres, où Turcs, Iraniens, Saoudiens, Américains, Russes se disputeraient à l'arme lourde le contrôle du Moyen-Orient. Victime d'un « axe wahhabo-takfiro-occidentalo-sioniste » pour les gauches panarabes anti-impérialistes, Assad est pour leurs adversaires islamistes le chien de garde de l'alliance chiite qui s'étend de Téhéran aux fiefs libanais du Hezbollah. Du Caire à Nouakchott, les adversaires les plus farouches de l'islam politique ont fini par faire leur le combat d'Assad contre une insurrection aux teintes jihadistes de plus en plus prononcées.

TUNISIE

Un problème national

« Comment la gauche tunisienne, qui assure être révolutionnaire, peut-elle soutenir un dictateur ? Pourquoi des jeunes s'engagent-ils aux côtés de Jabhat al-Nosra ? » maugrée Wael Noumair, Damascène réfugié, comme une centaine de ses compatriotes, à Tunis. La position tunisienne laisse perplexes les Tunisiens eux-mêmes. Certains groupuscules nationalistes arabes soutiennent le régime syrien, comme l'a montré l'importante manifestation pro-Bachar qui s'est déroulée en marge du Forum social mondial, en mars. L'extrême gauche, incarnée par le Front populaire, souhaite « le départ de Bachar » mais appelle de ses voeux « l'établissement d'un régime national capable de faire face à Israël et de libérer le plateau du Golan ».

Une grande partie de la classe politique a en tout cas fustigé la réaction précipitée et tranchée de l'actuel exécutif, qui, à peine entré en fonction, s'était empressé, devançant tous les pays arabes, de rompre les relations avec Damas dès février 2012, allant jusqu'à proposer l'asile à Bachar pour qu'il quitte le pouvoir. Initiatrice, avec le Qatar, de la première rencontre des Amis de la Syrie, la Tunisie a soutenu la création d'une force armée au sein de la Ligue arabe, voté la suspension de la Syrie de cette instance ainsi que de l'Organisation de la coopération islamique (OCI). « C'est une dérive complète par rapport aux traditions de la diplomatie tunisienne, connue pour sa modération, son indépendance et son respect des principes et valeurs qui fondent les relations internationales », estime Ahmed Manaï, membre de l'Instance des observateurs arabes pour la Syrie.

En outre, le bourbier syrien est devenu un problème national avec la présence aux côtés des rebelles de quelque 3 000 jeunes Tunisiens enrôlés par des réseaux islamistes pour mener le jihad contre Assad « l'impie ». Selon Ahmed Manaï, l'envoi de ces derniers aurait été avalisé, en décembre 2011, à Tripoli, par Rached Ghannouchi, président d'Ennahdha, Youssef al-Qaradawi, président de l'Union internationale des savants musulmans, Borhane Ghalioune, numéro deux des Frères musulmans syriens, Hamad Ibn Jassem, le Premier ministre qatari, et Abdelhakim Belhaj, ancien d'Afghanistan et fondateur du Parti national libyen (PNL). Mais la colère des familles a contraint l'exécutif à démanteler les filières de recrutement. Le président Moncef Marzouki s'est même alarmé, redoutant que « ces Tunisiens ne constituent une menace pour leur propre pays ». Peut-être à raison, Abou Iyadh, chef des salafistes d'Ansar el-Charia, attendant le retour des combattants pour porter le jihad dans le pays. Aujourd'hui, une délégation tunisienne se trouve à Damas pour tenter d'obtenir de Bachar qu'il étende aux Tunisiens l'amnistie qu'il a proposée aux rebelles faits prisonniers. Reçue par le président syrien, cette délégation se compose de représentants de plusieurs partis, dont Al-Joumhouri, Nida Tounes, Al-Thawabet (nationalistes arabes), les Unionistes libres, le Mouvement du peuple, et d'une kyrielle d'associations pro-Bachar, ainsi que de militants de la société civile comme Dalila Mbarek du mouvement Doustourna. Frida Dahmani.

MAROC

Antichiisme

L'euphorie révolutionnaire qui avait saisi l'ensemble du monde arabe inclinait à prendre la défense des peuples contre les dictatures. Au Maroc aussi, il semblait naturel de défendre les civils contre le régime. Dans les cortèges du Mouvement du 20-Février, la solidarité était de mise. Faux nez du mouvement de contestation local, la cause syrienne bénéficiait de la même « compréhension » de la part de la police. Parfois tolérés, les sit-in pouvaient être dispersés sans ménagement.

En accueillant à Marrakech en décembre 2012 la 4e conférence du groupe des Amis de la Syrie, le royaume, qui siège actuellement au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent, prenait clairement position en faveur de l'opposition syrienne. Faire endosser par le royaume les positions des puissances occidentales - l'axe Washington-Londres-Berlin - est bien commode. En 2011, le premier projet de condamnation présenté par Washington n'avait pas été soutenu par le Liban, qui siégeait alors au Conseil.

À Rabat, l'hostilité à Bachar se nourrit de la méfiance à l'égard du Hezbollah et de l'Iran

Atlantiste par choix et membre revendiqué du club des monarchies antirévolutionnaires, le Maroc officiel ne s'est jamais embarrassé de « solidarité panarabe », ni de « front du refus ». Bien sûr, le ministre islamiste des Affaires étrangères, Saadeddine El Othmani, n'a pas hésité à mouiller le costume, s'attirant les critiques acerbes de l'ambassadeur syrien à l'ONU. Parmi les islamistes marocains, l'hostilité au régime de Bachar se nourrit depuis peu de la méfiance vis-à-vis du Hezbollah et de l'Iran. L'idéologue en chef du Mouvement Unicité et Réforme, Ahmed Raïssouni, exprime ce schisme en termes clairs : « La position de l'Iran et du Hezbollah - qui fait partie du système iranien - les isole de plus en plus et donne des arguments à leurs adversaires : même s'ils refaisaient leurs calculs et changeaient de politique, je crois qu'il leur faudrait plusieurs générations pour retrouver crédibilité et prestige. » Mais au-delà du contentieux opposant sunnites et chiites, la confessionnalisation du conflit inquiète aussi bien les islamistes que les libéraux.

La Syrie, une cause consensuelle ? Pas autant que la Palestine ou l'Irak, deux sujets qui ont longtemps réuni sous la même bannière militants d'extrême gauche, islamistes et nostalgiques du nationalisme arabe. Certes, peu de voix s'élèvent pour soutenir sans réserve le pouvoir syrien, resté, malgré sa rhétorique de la résistance (à Israël), un mauvais élève du Moyen-Orient. Au Maroc, il est vrai, le baasisme a eu moins d'influence que dans d'autres pays arabes. Même l'avocat Khalid Sefiani, un ancien socialiste devenu néobaasiste, ne défend pas l'option éradicatrice du régime syrien. Cet homme de réseaux, chef d'orchestre des grandes mobilisations pour la Palestine des dix dernières années, se fait discret. Son Groupe d'action national de soutien à l'Irak et à la Palestine s'est récemment mué en Observatoire marocain de lutte contre la normalisation avec Israël. Tout un programme. Youssef Aït Akdim.

ALGÉRIE

Terre d'asile

Fuyant par vagues successives la guerre civile, des milliers de Syriens ont trouvé refuge en Algérie dès le début de l'été 2012. L'opposition syrienne et la presse avaient alors avancé le chiffre de 25 000 personnes, avant que le ministère algérien de l'Intérieur n'indique officiellement en juillet de la même année que le nombre de réfugiés était de 12 000.

Installées provisoirement square Port-Saïd et place des Martyrs, dans le centre d'Alger, ainsi qu'à Bab Ezzouar, à l'est de la capitale, des centaines de familles ont été ensuite évacuées par les pouvoirs publics vers un centre d'accueil aménagé à leur intention à Sidi Fredj, à 25 km à l'ouest d'Alger. Les enfants en âge d'être scolarisés ont été admis dans les établissements de la région, tandis que d'autres structures similaires étaient ouvertes dans plusieurs autres wilayas du pays.

12 000 : le nombre de réfugiés syriens accueillis par Alger, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur publiés en juillet 2012

Sans doute marqués par les années de guerre et de terreur qu'ils ont vécues au cours de la décennie 1990, des Algériens ont lancé des opérations de solidarité en faveur des exilés, leur distribuant vêtements, nourriture, argent, leur offrant même parfois le gîte. Cet élan de sympathie s'explique d'abord par la position des autorités algériennes, qui soutiennent résolument le président Bachar al-Assad, dont le père, Hafez, fut un fidèle allié du président Boumédiène puis de son successeur, Chadli Bendjedid. Depuis le début de la révolution syrienne, Alger est l'une des rares capitales du monde arabe à ne pas appeler au départ ou au renversement de Bachar. En retour, ce dernier n'a pas manqué d'envoyer, en mai, un message officiel au président Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé à Paris, pour lui souhaiter un prompt rétablissement.

L'afflux de réfugiés est également facilité par un accord algéro-syrien permettant la circulation entre les deux pays sans visa et par le maintien des liaisons aériennes Alger-Damas assurées par Air Algérie en dépit de la guerre. Pour tenter de freiner cet exode, les autorités syriennes ont réduit de trois à un les vols hebdomadaires de la compagnie algérienne. En outre, les Syriens qui souhaitent rallier l'Algérie sont désormais tenus de présenter un certificat d'hébergement, ainsi qu'un billet retour.

Enfin, en leur offrant l'asile, les Algériens s'acquittent d'une sorte de dette historique à l'égard des Syriens. Car c'est à Damas que l'émir Abdelkader, grande figure de la résistance contre l'occupation française, a choisi de s'installer en 1852 après avoir été incarcéré au château d'Amboise. Il y a été rejoint par sa famille, sa suite et quelque 12 000 fidèles algériens. Personnage charismatique auréolé de prestige, l'émir a dû intervenir avec ses hommes pour éviter le massacre des chrétiens par les sunnites lors des conflits confessionnels qui embrasèrent Damas en juillet 1860. Farid Alilat.

LIBYE

Catéchisme révolutionnaire

Sur Facebook, la page des Martyrs libyens en Syrie compte plus de 26 000 fans. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos de combattants libyens, pour la plupart engagés au sein de brigades révolutionnaires à forte connotation islamiste. L'arbre qui cache la forêt est Mehdi Harati, ancien chef des révolutionnaires de Tripoli, qui a vite écourté sa carrière de chef de milice. Après avoir joué un rôle déterminant dans la prise de la capitale libyenne, en août 2011, il accède au rôle de vice-commandant militaire de Tripoli. Ses désaccords avec son « chef », Abdelhakim Belhaj, le poussent rapidement à changer d'employeur. Il s'envole pour la Syrie, où les forces rebelles veulent tirer parti de son expérience. En entrepreneur du jihad, ce binational libyen et irlandais prospecte. Fin 2011, il finit par créer son propre groupe, Liwa' el-Umma (la « brigade de la Oumma »).

Sous ses ordres, quelques milliers d'hommes, dont une écrasante majorité de Syriens. Le financement vient d'abord de riches donateurs du Golfe, dont les très influents cheikhs koweïtiens Hajaj Al Ajmi et Irshid Al Hajri. Auréolé du prestige d'avoir contribué à la chute de Kaddafi, Harati semble en mesure de mobiliser des réseaux internationaux. Lors des combats féroces autour de la ville d'Idlib, en 2012, Harati est apparu comme un meneur d'unité, capable de monter au front, prêtant le flanc à la critique du pouvoir syrien, lequel a toujours dénoncé le rôle des bandes criminelles étrangères.

Mehdi Harati a dû, en tout cas, quitter la Syrie, officiellement pour des raisons médicales, en septembre 2012. Dans une interview datant de cette époque au journal Acharq al-Awsat, le combattant reconnaît que la guerre syrienne est plus dure que la guerre en Libye, où les rebelles ont rapidement bénéficié du soutien aérien de l'Otan. Entre-temps, il apprend que les autorités turques l'ont placé sur liste noire. Beaucoup d'encre a coulé pour savoir si Harati et ses compagnons d'armes étaient de dangereux jihadistes. Revendiquant une piété à toute épreuve, le Libyen n'a jamais été suspecté de liens avec des terroristes. Même en Irlande, son deuxième pays, il intéresse plus les journalistes que les services de police. En Libye, l'ancien professeur d'arabe à Dublin s'apprête à convertir sa notoriété en capital politique. Il vient ainsi d'annoncer la création d'un parti, après avoir laissé entendre que le Premier ministre, Ali Zeidan, l'avait approché pour le poste de ministre de l'Intérieur. Même les anciens d'Afghanistan les plus carriéristes n'avaient pas réussi une conversion aussi rapide. Youssef Aït Akdim.

Mauritanie

Realpolitik

Dans la droite ligne d'Alger et de Khartoum, dernières capitales arabes à soutenir Bachar, le président mauritanien avait superbement ignoré l'opposition syrienne lors du 24e sommet de la Ligue arabe, les 26 et 27 mars à Doha, avant d'assouplir sa position et de prôner une solution politique au conflit. Fer de lance de la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la région, le numéro un mauritanien ne voit naturellement pas d'un bon oeil la tournure jihadiste prise par la rébellion syrienne. Mais il ne peut s'offrir le luxe ni de se mettre à dos le Qatar, principal soutien des insurgés syriens, ni de froisser ses alliés occidentaux, résolument anti-Bachar. En outre, il doit tenir compte d'une opinion partagée, qui au départ nourrissait de la sympathie pour la rébellion syrienne avant de se raviser face à ce qu'elle considère de plus en plus comme une fitna (« guerre fratricide entre musulmans ») dont elle redoute qu'elle ne s'étende à leur pays. Surtout depuis la mort, fin mai, de quatre Mauritaniens partis faire le jihad en Syrie. Même les islamistes locaux se font discrets, de peur qu'on ne leur oppose un jour l'échec des gouvernements islamistes nés du Printemps arabe. « Une majorité non politisée est neutre, analyse un journaliste mauritanien, tandis qu'une partie de l'opposition appuie les rebelles en réaction au soutien des partis laïques à Bachar et à la neutralité de circonstance d'Ould Abdelaziz. » Michael Pauron.


Source : Jeune Afrique