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Groupe 5 du Sahel : Le Conseil de sécurité pourrait réviser sa position

G5 Sahel: «Le Conseil de sécurité peut peut-être réviser sa position»Au Mali, le représentant spécial de l'ONU a présenté le contenu de la nouvelle résolution de l'ONU qui prolonge le mandat de la mission onusienne dans le pays, la Minusma.

La résolution évoque, notamment, une collaboration renforcée avec la force antiterroriste du G5 Sahel. Lancée il y a quelques semaines, cette armée transnationale a bien du mal à trouver les financements nécessaires.

Un peu plus de 420 millions d'euros par an, c'est ce que va coûter cette force transnationale du G5 Sahel, qui, sur le papier, a tout pour être un outil efficace de lutte contre le terrorisme.

Mais l'ONU, sous la pression des Etats-Unis, ne donnera pas un sous à cette nouvelle armée. La résolution 23 59 ne fait que saluer la création de cette force et ne lui concède, en aucun cas, un mandat onusien.

Pour le représentant de l'ONU au Mali, Mahamat Saleh Annadif, tout n'est pas perdu et le Conseil de sécurité pourrait réviser sa position. « En lisant la résolution, le paragraphe 8 demande au secrétaire général des Nations unies de lui faire rapport dans les quatre mois qui suivent pour lui dire quelles sont les difficultés et quels correctifs est-il possible de faire pour que cette force puisse réellement répondre à ses objectifs. C’est vrai que, jusque-là, ce qu’on a dit aux pays du G5 Sahel, c’est de commencer avec ce qu’ils ont. Après les quatre mois, le Conseil de sécurité peut peut-être réviser sa position. Je reste optimiste », a-t-il déclaré.

Le Conseil de sécurité réexaminera donc le cas de la force du G5 Sahel avant la fin de l'année. Avant cela, une conférence des donateurs aura lieu, les dates restent à préciser. Pour l'instant, il reste 90 % du budget du G5 Sahel à financer.

Source : RFI

 

Sur la piste des armes de Daech

De nombreuses armes utilisées par Daech proviennent des Balkans.ENQUETE - Des experts européens inventorient le matériel abandonné par le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie. Ce travail met en lumière le rôle trouble joué par l’Arabie saoudite, qui a acquis une partie de cet arsenal dans les Balkans.

Berlin, quartier de Wedding, refuge de nombreuses familles venues du Moyen-Orient. Au coin d’une rue, dans un immeuble des années 1970, plusieurs dissidents des forces de Damas sont réunis ce lundi 19 juin. Dans l’appartement, une carte de Syrie ainsi que des photos de sites archéologiques ont été scotchées aux murs et la télévision diffuse les chaînes d’information arabes. Autour d’une table, nous retrouvons ces anciens militaires, exfiltrés ici, en Allemagne : Montasser Darwish, ex-général de l’armée de l’air syrienne ; Mohamed Al-Kasim, chef de l’Armée syrienne libre pour la zone sud du pays ; et Mahmoud Saudi, ancien patron des services de sécurité pour la ville de Hama. Tous trois connaissent le régime de Bachar El-Assad de l’intérieur et souhaitent ardemment le départ du président syrien mais aussi la défaite de Daech. Ces jours-ci, les forces démocratiques syriennes arabo-kurdes participent à l’offensive pour libérer Raqqa, fief de l’organisation islamiste dans le pays. Au détour de la conversation, le trio évoque la crise entre l’Arabie saoudite et le Qatar, la première accusant avec solennité son rival d’avoir équipé, et peut- être armé, l’organisation Etat islamique (EI). Des éclats de rire résonnent, renvoyant ces deux États dos à dos, à leurs stratégies, à leur cynisme.

Sur les armes, une histoire indélébile

Les armes trouvées sur les champs de bataille sont comme des livres ouverts. Elles portent, inscrites dans l’acier, une histoire indélébile. Laquelle contredit les versions simplistes, en révèle parfois une autre, plus complexe, et ici, plus embarrassante pour les Saoudiens. Depuis des mois, les légions de Daech perdent du terrain, évacuent des faubourgs, des villages. Dans leur précipitation, les combattants abandonnent des caisses de munitions, encombrantes, impossibles à transporter dans l’urgence. Alors, en Irak comme en Syrie, les Kurdes de la milice YPG ou les forces antiterroristes du gouvernement de Bagdad les saisissent dans des caches improvisées, des caves, des garages, des cuisines. Le grand public l’ignore : les fusils d’assaut, les lance-missiles portatifs ou les obus possèdent un numéro de série frappé dans le métal, un pedigree, une signature riche de significations.

Pour faire parler cet ADN, des enquêteurs sont dépêchés sur le terrain au gré de l’évolution des combats et des stocks abandonnés par le groupe djihadiste. Ces experts en équipements militaires et en balistique identifient avec minutie les matériels, les évaluent et les inventorient, reconstituent leur parcours, sollicitent les fabricants et les gouvernements des pays dans lesquels ils sont produits. Leur but : mieux connaître Daech et dévoiler les trafics grâce auxquels l’organisation a prospéré sur le plan militaire, au point de longtemps tenir en échec la coalition internationale. Depuis juillet 2014, la société Conflict Armament Research alimente ainsi une base de données spécialisée. Ou comment ficher les armes utilisées par l’EI. Cette plateforme baptisée iTrace a été créée à l’initiative de l’Union européenne. James Bevan, le fondateur de Conflict Armament Research, s’intéresse plus particulièrement aux conditions dans lesquelles ces engins ont pu passer à l’ennemi. Ses onze experts en balistique écument l’Irak, la Syrie ou la Libye. En trois ans, ils ont déjà étudié et indexé 75.000 armes appartenant aux terroristes.

Des armes venues des Balkans

Partout, leur constat est le même. Certes, une partie de cet arsenal date des années 1980 et de la guerre Iran-Irak. Plus surprenant, les soldats de l’organisation terroriste manient aussi du matériel performant produit entre les années 2004 et 2015 par des industriels de la défense installés dans les Balkans. Au moment où l’agglomération de Mossoul est progressivement libérée, le général Yahya Rasool, porte-parole du ministère de la Défense à Bagdad, explique au JDD que les forces spéciales irakiennes n’ont pas achevé de lister les armes prises à Daech depuis le début de la bataille. Cependant, "il y en a une grande quantité, de toutes les origines", confirme-t-il, avant de préciser : "Et parmi elles, certaines sont de fabrication très récente." Dans la cité même, un journaliste de la chaîne libanaise AlMayadeen signale la présence de matériel en bon état, venant d’Europe centrale, dans les immeubles et les pâtés de maisons abandonnés depuis peu. À 3.000 kilomètres de là, en Libye, où les groupes de l’EI reculent, les observations ne varient guère. Les adjoints du général Abdulraziq Nadori, commandant les troupes du gouvernement de Tobrouk, assurent avoir fait de pareilles trouvailles, en particulier lors de la bataille pour la libération de Benghazi. Avec le temps, l’histoire des engins de mort se révèle aux experts.

« Il y a une grande quantité d'armes, de toutes les origines »

Selon des données de la base iTrace, près de la ville de Baqr, en Irak, ce sont des roquettes antichars PG-7VM qu’utilisaient les soldats du califat. De manière certaine, ces projectiles modernes capables de percer le blindage des véhicules de la coalition ont été produits en 2010 en Bulgarie, à 250 kilomètres de Sofia. Leur numéro de série a permis de remonter jusqu’à l’usine du groupe Arsenal JSCo, près de la ville de Kazanlak. Dans les environs de Tikrit, en Irak, les armureries désertées par Daech recèlent des balles confectionnées en Serbie. Un poinçon atteste qu’elles proviennent de l’entreprise serbe Prvi Partizan AD, basée à Uzice, à 200 kilomètres au sud de Belgrade, et ont été fabriquées en 2009. Ces munitions-là, de type 7,62 X 54 mm R, imaginées au temps de l’Union soviétique, sont prisées des snipers en raison de leur longue portée et peuvent également approvisionner des mitrailleuses.

Ailleurs, les forces de la coalition ont confisqué des centaines d’AK-47, l’arme la plus répandue au monde. Depuis des décennies, l’entreprise russe Kalachnikov Group, à l’origine de sa mise au point en 1947, n’en produit plus. Mais nombre de sociétés la copient, en proposent des versions améliorées. Certains de ces fusils d’assaut pris à Daech, en particulier dans le nord de l’Irak, ont été assemblés dans les ateliers d’Arsenal JSCo, la société bulgare, en 2004. Sollicité par le JDD, son responsable, Hristo Ibouchev, un entrepreneur formé à HEC en région parisienne, n’a pas donné suite. L’un de ses cadres nous a cependant confié qu’il avait une grande habitude des commandes de Riyad à acheminer, "officiellement", en Arabie saoudite, même si personne n’était dupe de leur destination finale.

Des contrats saoudiens, des intermédiaires du Qatar

La présence de ces équipements récents entre les mains des terroristes n’étonne pas les spécialistes. La société britannique Armament Research Services emploie des experts en matériel de guerre et effectue régulièrement des missions pour le compte des Nations unies ou d’Amnesty International. Son directeur, Nic Jenzen-Jones, atteste lui aussi l’utilisation par Daech d’armes récentes fabriquées en Europe centrale. La plupart du temps, celles-ci arrivent jusqu’aux frontières des zones de guerre à la faveur de contrats signés entre les entreprises des Balkans et des représentants de l’Arabie saoudite, pour la majorité d’entre eux, mais aussi, dans une moindre mesure, d’intermédiaires venus du Qatar. Dans les pays d’Europe de l’Est, les proportions prises par ce commerce inquiètent. En Bosnie Herzégovine, les journalistes du site Organized Crime and Corruption Reporting Project se sont les premiers penchés sur ces activités générées par Riyad et portant sur des engins aux normes des armées du pacte de Varsovie, tels les AK-47. Jamais auparavant les monarchies du Golfe n’avaient pris l’habitude de faire leurs emplettes dans ces contrées en sélectionnant ce type de produits. Les régiments réguliers d’Arabie saoudite et du Qatar s’entraînent et se battent, en effet, avec des systèmes différents, aux normes de l’Otan.

« Les délais sont trop courts et les quantités trop spécifiques entre le moment où ces stocks quittent des entrepôts d’Europe centrale et celui où ils sont identifiés sur le terrain entre les mains de Daech »

Sur leur site, les investigateurs de Sarajevo ont mis en ligne un reçu signé du ministère saoudien de la Défense, daté du 28 mai 2013, qui valide la réception de plusieurs tonnes de ces armes confectionnées en Serbie – on y voit notamment transiter deux millions de cartouches de type 7,62 X 54 mm R, semblables à celles utilisées par les snipers de Daech près de Tikrit. Pour les organismes chargés de surveiller les transferts d’armes au niveau mondial, la multiplication des contrats entre l’Europe de l’Est et le Golfe relève d’une tendance de fond. Le 6 mars, à Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne publiait ses traditionnels tableaux des exportations de matériels de guerre pour chaque pays membre. À cause du délai de certification des chiffres, ce document aride de 505 pages fournit des données validées jusqu’en 2015 seulement. Mais avec un souci d’exhaustivité. À sa lecture, on note, au chapitre de la Bulgarie, une hausse spectaculaire des ventes vers les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête.

Les commandes de Riyad à Sofia, qui plafonnaient en 2013 à 1,2 million d’euros, ont grimpé à 85 millions d’euros en 2014, pour atteindre 92 millions en 2015. Soit une hausse de 7.500 % en trois ans, pour les seuls échanges saoudo-bulgares. Les achats portent sur des armes légères, fusils d’assaut, fusils longue portée, lance-grenades, lance-roquettes personnels. Globalement, entre 2014 et 2015, le ministère de la Défense bulgare a enregistré une croissance de 59 %, en lien avec le conflit en Irak et en Syrie. Sur la même période, la Serbie, qui ne compte pas parmi les membres de l’Union, n’a pas communiqué de données aussi précises. Mais les autorités de Belgrade ont reconnu un essor des ordres d’achats de Riyad, à travers 35 contrats passés en 2015.

Des stocks d'armes qui posent question

Ces transactions épousent la logique de la politique prônée par Washington. En 2009, un ancien militaire et ex-ambassadeur des États-Unis en Bulgarie, James Pardew, coordonnait auprès de l’Otan les programmes d’assistance pour l’Irak. À cette période, il suggérait déjà de se tourner vers les entreprises bulgares pour outiller les milices adoubées par la coalition. Dans un télégramme diplomatique confidentiel dévoilé par WikiLeaks, il invitait à prendre attache avec Arsenal JSCo et transmettait même les coordonnées téléphoniques des bureaux. Parce que "la société est reconnue pour la production des fusils d’assaut de type kalachnikov", écrivait-il. Les monarchies pétrolières du Golfe, en passant massivement des ordres d’achats en Bulgarie et dans les Balkans, ont, semble-t-il, suivi le conseil. Mais la possession par les soldats de Daech d’armes provenant de ces transactions soulève la question de leur distribution sur le terrain, et de leur suivi, à partir des localités proches des postes-frontières turcs, jordaniens et saoudiens, où elles sont transmises. Affrontements, embuscades, braquages sur la frontière turque, saisie d’arsenaux de l’armée irakienne ou des milices chiites… On songe naturellement à du matériel tombé accidentellement entre de mauvaises mains, à la faveur du chaos régnant sur place. Mais pour certains chargements, un autre scénario prévaut.

James Bevan confirme que ses experts de terrain réussissent à retrouver un grand nombre de documents contractuels, dès lors qu’il s’agit de produits fabriqués à partir des années 2000. "Nous avons commencé à voir des choses étranges il y a environ deux ans, avec des armes récentes provenant de pays d’Europe centrale et commandées par des agences saoudiennes." Le spécialiste exclut, dans plusieurs cas, des transferts accidentels ou des prises de guerre au coup par coup : "Les délais sont trop courts et les quantités trop spécifiques entre le moment où ces stocks quittent des entrepôts d’Europe centrale et celui où ils sont identifiés sur le terrain entre les mains de Daech." À Berlin, dans le quartier de Wedding, les militaires proches de l’Armée syrienne libre ne sont pas surpris. Mohamed Al-Kasim a personnellement assisté à des livraisons sur la route qui relie la frontière jordanienne à la région de la Ghouta, près de Damas. Il balaie l’éventualité d’une responsabilité de la famille royale saoudienne. Mais ses compagnons nuancent : "Au sommet de l’État saoudien, dans le premier cercle de pouvoir, les responsables veulent vraiment écraser Daech, c’est net. En revanche, au-dessous, il y a des soutiens. Certaines tribus ainsi que des hommes d’affaires considèrent ces gens comme des frères. Ils interviennent pour les aider et leur envoient de l’argent."

« Nous avons besoin d’exercer des pressions sur l’Arabie saoudite et le Qatar qui continuent à apporter un soutien financier et logistique à l’État islamique »

Voici résumé, en quelques mots, le paradoxe des accusations de l’Arabie saoudite envers le Qatar. Ces deux pays sont les seuls à adhérer au wahhabisme, version archaïque d’un islam prétendument pur, adepte d’une application stricte de la charia, diffusé dans la péninsule arabique par un extrémiste religieux du XVIIIe siècle, Abd El-Wahhab. Mais depuis 2013, une autre organisation, aux velléités étatiques, se réclame également du wahhabisme : Daech. Faisant planer le risque d’une sécession à l’intérieur de cette branche de l’islam radical. Dans une interview télévisée en janvier 2016, Adel Al-Kalbani, une personnalité religieuse saoudienne, imam de la mosquée du roi Khaled à Riyad, a reconnu la nécessité d’un examen de conscience : "Ces terroristes ont défini leur idéologie à partir de ce qu’il y a écrit dans nos propres manuels, à partir de nos propres principes." Ses déclarations suivaient de quelques jours la publication du n° 13 de Dabiq, l’organe de propagande de Daech, qui appelait les wahhabites à se détourner de la monarchie saoudienne. De quoi séduire des chefs de tribu et des personnalités du monde des affaires, critiques à l’égard de la famille régnante. Sur les champs de bataille, ces subtilités expliquent comment des groupuscules djihadistes, tel le Front Fatah Al-Cham composé d’anciens d’Al-Qaida, ont pu obtenir quantité d’armes récentes, avant de rejoindre plus tard les rangs de l’État islamique. Au point d’être mieux équipés que les légions de l’Armée syrienne libre ou des milices kurdes YPG, pourtant alliés des Occidentaux au sol.

La légèreté coupable des Américains

Lors de la dernière campagne présidentielle américaine, à l’automne 2016, le piratage de la messagerie de Hillary Clinton avait dévoilé des e-mails dans lesquels ces dangereuses accointances étaient mises en question. Dans un mémo privé consacré à la situation au Moyen-Orient, John Podesta, ex-chef de cabinet de Bill Clinton et ancien conseiller de Barack Obama à la Maison-Blanche, écrivait à l’ancienne secrétaire d’État : "Nous avons besoin d’utiliser notre diplomatie et aussi les moyens plus classiques des services de renseignement pour exercer des pressions sur l’Arabie saoudite et le Qatar, qui continuent à apporter un soutien financier et logistique à l’État islamique." À Washington, le 6 juin, au  lendemain des contrats faramineux (400 milliards de dollars) annoncés entre Donald Trump et le roi Salman et quelques jours avant les accusations de Riyad contre le Qatar, le service de recherche du Congrès a rendu un rapport de 42 pages sur l’allié saoudien. Citant des sources diplomatiques américaines, l’auteur note que, en dépit des efforts sérieux de la famille Al Saoud, "l’Arabie saoudite abrite encore des individus et des entités qui servent de soutiens financiers aux groupes extrémistes sunnites". Mais le royaume n’est pas le seul fautif.

Dans son rôle de chef d’orchestre des opérations alliées contre l’EI, le département américain de la Défense fait preuve, lui-même, d’une coupable légèreté. Ainsi, un audit parlementaire du 25 mai attire l’attention des élus sur la gestion peu scrupuleuse de l’aide militaire aux Irakiens et aux Kurdes. Au cours des années budgétaires 2015 et 2016, le Pentagone a dépensé 2,3 milliards de dollars à ce titre, alloués par la Chambre des représentants et le Sénat. Or, si la plupart des acquisitions de matériel militaire sont correctement renseignées, leur livraison et leur répartition sur le terrain, en Irak ou au Kurdistan, demeurent pour l’essentiel inconnues. Un portail Web créé pour la circonstance, dont l’accès est restreint, a pourtant été mis en fonction afin que les élus américains puissent avoir une visibilité sur ces transports. Sans résultat. Au Pentagone, les responsables des opérations en Irak s’en sont excusés, invoquant la complexité d’utilisation de la plateforme Internet. Avec le plus grand sérieux, ils reconnaissent leur difficulté à en comprendre le mode d’emploi.

Par Guillaume Dasquié

Source : JDD (France)

 

L'armée russe affirme avoir probablement tué le chef de l'EI

L'armée russe affirme avoir probablement tué le chef de l'EIL'armée russe a affirmé vendredi avoir probablement tué en Syrie le chef du groupe État islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, lors de bombardements fin mai par son aviation visant une réunion de hauts dirigeants de l'organisation jihadiste près de Raqa.

Un porte-parole de la coalition internationale menée par les États-Unis, le colonel Ryan Dillon, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer pour le moment la mort du chef de l'EI.

Aussi puissant que discret et déjà donné pour mort dans le passé par les Américains, al-Baghdadi a fait de l’État islamique une organisation redoutée et responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde.

L'annonce de Moscou intervient alors que l'organisation jihadiste est en passe d'être chassée de Mossoul, son principal fief en Irak, et que l'étau se resserre autour de sa "capitale", la ville de Raqa en Syrie.

Des bombardiers et des avions d'attaque au sol russes ont visé une réunion à laquelle "se trouvait le dirigeant de l’État islamique Abou Bakr al-Baghdadi", qui aurait été éliminé dans le bombardement, a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué, en précisant que les Américains avaient été prévenus de l'opération.

Selon le communiqué de Moscou, le commandement du contingent militaire russe en Syrie, basé à Hmeimim, a "reçu fin mai des informations sur la tenue dans la banlieue sud de Raqa d'une réunion de dirigeants de l'organisation terroriste État islamique".

"La vérification des informations a permis d'établir que le but de cette rencontre était l'organisation de convois de sortie pour les combattants de Raqa via le +corridor sud+", indique l'armée russe.

Après un vol de reconnaissance d'un drone, des avions Su-34 et Su-35 ont effectué des frappes le 28 mai entre 0H35 et 0H45 heure de Moscou (soit le 27 mai entre 21H35 et 21H45 GMT).

Au total, l'armée russe affirme avoir tué une "trentaine de chefs de guerre et jusqu'à 300 combattants" et plusieurs "hauts dirigeants" de l'EI. Elle évoque notamment Souleimane al-Chawakh, le "chef de la sécurité" d'al-Baghdadi, l'"émir" de Raqa Abou al-Hajji al-Masri et l'"émir" Ibrahim Nayef al-Hajj.

- Déjà donné pour mort -

Cette annonce intervient alors que l'étau se resserre sur les combattants de l'EI à Raqa, leur bastion en Syrie, contre lequel ont lancé une offensive les forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde antijihadiste soutenue par les États-Unis.

Les combats s'y poursuivent sur les fronts nord, ouest et est de la ville, mais l'avance des forces antijihadistes a été freinée ces derniers jours par des contre-offensives de l'EI. Les affrontements continuaient vendredi dans plusieurs quartiers.

L'armée syrienne est également entrée dans la région de Raqa le 6 juin, gagnant depuis du terrain face aux jihadistes dans l'ouest et le sud-ouest, soutenue par d'intenses bombardements russes.

L'armée russe avait déjà annoncé avoir frappé les 25, 29 et 30 mai des unités de l'EI tentant de fuir la ville par le Sud en direction de la cité antique de Palmyre, sous contrôle des forces du gouvernement syrien. Elle avait également frappé l'organisation par des missiles de croisière Kalibr, une première depuis novembre 2016.

La coalition internationale anti-jihadistes avait promis en mars lors d'une réunion d'éradiquer la "menace planétaire" du groupe État islamique et de son chef Abou Bakr al-Baghdadi, pour la capture duquel Washington offre 25 millions de dollars.

Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson avait alors prédit la "mort" prochaine d'al-Baghdadi, assurant que ce n'était "qu'une question de temps".

Abou Bakr al-Baghdadi a fait sa seule apparition publique connue en juillet 2014 à Mossoul en Irak. En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait proclamé le "califat" sur les vastes territoires conquis par l'EI.

De son vrai nom Ibrahim Awad al-Badri, le discret chef de l'EI serait né en 1971 dans une famille pauvre de la région de Bagdad. Passionné de football, il a échoué à devenir avocat puis militaire avant d'étudier la théologie.

C'est lors de l'invasion américaine de l'Irak en 2003 qu'il créé un groupuscule jihadiste sans grand rayonnement avant d'être arrêté et emprisonné dans la gigantesque prison de Bucca.

Libéré faute de preuves, il rejoint un groupe de guérilla sunnite sous tutelle d'Al-Qaïda et en prend la tête quelques années plus tard. Profitant du chaos de la guerre civile, ses combattants s'installent en Syrie en 2013 avant une offensive fulgurante en Irak.

Le groupe, rebaptisé État islamique, supplante Al-Qaïda, et ses succès militaires initiaux et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.

Déjà donné pour mort par les Américains, il n'a plus donné signe de vie depuis un enregistrement audio diffusé en novembre 2016, peu après le lancement de l'offensive de l'armée irakienne sur le bastion des jihadistes à Mossoul.

Source : Romandie News (Suisse)

 

Afghanistan: les talibans sèment la mort dans un camp militaire

mediaLe bilan s'est alourdit dans le nord de l'Afghanistan, près de Mazar-e-Charif, après l'attaque d'une base militaire afghane, revendiquée par un commando taliban. Il y aurait plus de 100 morts - jusqu'à 140 selon Reuters - et de nombreux blessés selon les autorités. Cette attaque est l'une des plus meurtrière qu'a connu le pays et intervient plus d'un mois et demi après celle perpétrée contre l'hôpital militaire de Kaboul, attaque revendiqué par l'organisation Etat islamique.

Des murs de béton criblés de balles, couverts de grandes traces de sang... Ces images de la base militaire de Balkh sont rediffusées depuis ce matin sur les chaines de télévisions afghanes.

Depuis l'attaque perpétrée hier par un commando taliban, les réactions se multiplient ainsi que les condamnations. « Cette attaque contre le 209e corps d'armée montre la nature barbare des talibans », a réagi vendredi le général américain John Nicholson, commandant des forces de la mission Resolute Support de l'Otan en Afghanistan.

Les premiers témoignages cités par les médias donnent quelques détails sur le déroulement de l'attentat. Selon certains, des hommes lourdement armés, en uniforme, dans des humvees, véhicules de transport militaires, arrivent à la base de Balkh en début d'après-midi et lancent l'assaut. A l'intérieur, comme chaque vendredi à cette heure-ci, la plupart des soldats finissent de déjeuner au réfectoire ou sont en train de prier à la mosquée. C'est là que les assaillants ouvrent le feu. Un officier afghan blessé dans l'attaque a raconté que les soldats avaient été saisis par la confusion, ignorant qui les attaquaient. « C'était le chaos et je ne savais pas quoi faire. On entendait partout des coups de feu et des explosions », a-t-il dit.

L'attaque va durer près de cinq heures. Les forces armées afghanes en viendront à bout abattant sept des insurgés, deux autres se font exploser, un homme est arrêté selon les autorités.

Cette attaque est l'une des plus meurtrières perpétrées dans le pays. Le 8 mars dernier, l'hôpital militaire de Kaboul avait été ciblé par les jihadistes de l'OEI et avait fait près de 50 morts. En visant la base de Balkh, et son 209e corps d'armée, l'un des plus importants du pays, les talibans ont une nouvelle fois montré leur capacité à porter des coups majeurs aux emblèmes du gouvernement afghan.

Source : rfi.fr

 

Expulsion des Etats Unis Rapatriement de Mauritaniens des USA

Expulsion des Etats Unis Rapatriement de Mauritaniens des USAIls sont plusieurs dizaines de citoyens mauritaniens résidant jusque-là aux USA, qui devraient se retrouver dans les prochains jours en Mauritanie. Il s’agit de personnes qui tombent subitement sous le durcissement des critères d’expulsion d’étrangers de la nouvelle administration Trump.

Plusieurs dizaines de mauritaniens attendent d’être rapatriés au pays. Les Mauritaniens tombent comme tous les autres immigrés aux USA, sous le durcissement de la nouvelle administration américaine qui a décidé de bouter hors de son pays, non seulement, les sans papiers en situation irrégulière ou ceux ayant commis des crimes mais aussi les auteurs de petits délits.

Si les Mauritaniens sont autant concernés par ces opérations de refoulement, c’est que la nouvelle administration américaine, ne fait plus de différence dans les choix des personnes ciblées.

Sont désormais visés par les expulsions, les étrangers qui sont en détention ou même ceux qui sont en liberté provisoire, ceux qui ont postulé pour avoir des titres de séjour, (comme par exemple dans la catégorie asile, après examen de leur dossier s’il y a des gens qui sont déboutés, ils sont versés dans la catégorie des illégaux).

Et ils seraient très nombreux les Mauritaniens qui tomberaient dans cette dernière grille. Toutefois, de sources dignes de foi, la Mauritanie compterait beaucoup moins de personnes ciblées par cette opération que tous les pays d’Afrique. Il faut dire que le Nigeria devrait accueillir 600 de ses ressortissants, la Côte d’Ivoire, 1475, le Mali 863 et le Sénégal, 530.

Il faut dire que ces dernières années, les Mauritaniens ont été très nombreux à se rendre aux USA, qui pour suivre des études, qu’ils abandonnent finalement pour du travail, qui pour l’aventure, et qui pour la recherche d’un cadre de vie meilleur que celui du pays.

Les Mauritaniens constitueraient la communauté africaine la moins nombreuse aux Etats Unis avec près de 3000 personnes ! Nombreuses sont les familles restées en Mauritanie qui sont ainsi entièrement prises en charge par leur fils parti aux USA. La question qui se pose est de savoir comment elles vivront le retour de ce fils au pays.

Selon ces mêmes sources, parmi les Mauritaniens expulsés des USA, figure une bonne partie qui n’aurait jamais vu la Mauritanie. La question qui se pose alors est de savoir s’il s’agit de Mauritaniens authentiques ou de citoyens qui se seraient procuré la nationalité mauritanienne pour se rendre aux États-Unis.

On sait que pendant les moments de braise, quelques étrangers avaient largement profité de la situation en Mauritanie pour se procurer des papiers qui leur permettaient d’obtenir le statut de réfugié politique ou de droit de l’homme à l’étranger. Il faut dire que les personnes ciblées sont d’abord conviées à prendre l’avion et au cas où elles refuseraient d’obtempérer, l’usage de la force n’est pas exclu.

C’est ce qui s’est produit hier dimanche pour des Sénégalais expulsés des USA et qui ont refusé de s’exécuter. De sources dignes de foi, ces derniers ont été rapatriés dans des conditions particulièrement difficiles, après qu’ils eurent été mis dans des sacs et jetés à l’intérieur de l’avion qui les a reconduits à Dakar.

Dans un tweet de fin de semaine dernière, Donald Trump se réjouit de cette vague d’arrestations, conséquence du traité qu’il a signé il y a trois semaines.

Source : L’Authentique (Mauritanie)

Climat: des chefs d'Etat à la tribune de la COP22, une semaine après l'élection américaine

Climat: des chefs d'Etat à la tribune de la COP22, une semaine après l'élection américainePrès de 180 responsables - chefs d'Etat et ministres - des pays signataires de l'accord de Paris viennent à partir de mardi à la tribune de la conférence de l'ONU sur le climat, une semaine après l'élection de Donald Trump, futur président climato-sceptique.

Nous attendons qu'ils rappellent qu'ils sont prêts à continuer l'action et à l'accélérer, et qu'ils envoient un message fort à Trump et au reste du monde, a déclaré Célia Gautier, du Réseau Action Climat (900 ONG).

Sont attendus le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le roi du Maroc Mohammed VI, puis François Hollande, président de la France où se scella fin 2015 l'accord de Paris contre le réchauffement planétaire.

Se succèderont une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, dont de nombreux leaders africains comme le Soudanais Omar El-Béchir réclamé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre au Darfour.

La présidente chilienne Michelle Bachelet ou l'émir du Koweit sont aussi annoncés. Les interventions de tous les pays continueront jusqu'à mercredi.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry fera un discours soulignant l'urgence de l'action climatique, a dit son négociateur climat Jonathan Pershing.

Il est peut-être encore plus important d'être à Marrakech maintenant, avait dit M. Kerry à la presse, après l'élection de Trump à la tête du 2e pollueur mondial.

Le magnat new-yorkais, qui pendant sa campagne avait qualifié le réchauffement de canular et promis de relancer la production américaine de charbon, n'a depuis son élection encore rien dit sur ce thème.

M. Pershing a dit ignorer quand l'équipe chargée d'assurer la transition dans les prochaines semaines, allait arriver.

Ce que je sais en revanche, c'est (...) la puissance du mouvement (pour le climat) et l'élan énorme créé à Paris, a-t-il dit à la presse lundi, convaincu que cet effort mondial va perdurer, quels que soient les gouvernants.

- 'Une question de survie' -

L'élection surprise de Donald Trump, au 2e jour de la COP22, a plongé dans la stupeur les participants, qui depuis attendent de voir ce que le républicain compte faire.

A ce stade 109 Etats, dont les Etats-Unis, l'UE, l'Inde, le Japon, ont ratifié l'accord qui a vu la communauté internationale s'engager à réduire les émissions de gaz à effet de serre, sources du dérèglement. Une dizaine l'ont fait depuis l'élection de Trump, dont l'Australie.

Parmi les grands émetteurs, la Russie manque encore à l'appel.

Intervenant lundi à la COP22, le négociateur chinois Xie Zhenhua, a de nouveau rappelé l'engagement de son pays: Répondre au défi du changement climatique est notre responsabilité commune et partagée.

Premier émetteur mondial, la Chine a, en lien avec les Etats-Unis de Barack Obama, largement contribué à permettre l'accord de Paris, et est aujourd'hui le premier investisseur dans les énergies renouvelables.

La communauté internationale s'est engagée à limiter sous 2° la hausse du réchauffement, prometteur, au-delà, d'impacts désastreux et irréversibles pour les hommes comme pour les écosystèmes.

Mais à ce stade les engagements pris par chaque Etat pour limiter les émissions sont insuffisants.

Les représentants de la communauté internationale sont réunis à Marrakech jusqu'à vendredi, pour tenter d'avancer sur les procédures permettant de suivre et renforcer ces actions nationales.

Pays développés et en développement doivent en outre encore s'accorder à Marrakech sur la feuille de route garantissant que les premiers verseront bien aux seconds l'aide promise pour soutenir leurs politiques climatiques.

Les financements climatiques sont une question de survie pour nous, a redit lundi le président du groupe des pays les moins avancés, Tosi Mpanu-Mpanu, insistant sur l'aide permettant d'affronter les impacts du réchauffement. Sur ce point aussi, les chefs d'Etat et de gouvernement seront attendus pendant ces deux jours.

Source : Romandie News

 

 

Les terroristes d’AQMI ne sont pas tous de ânes

Les terroristes d’AQMI ne sont pas tous de ânesLes spécialistes du terrorisme qui prennent les allumés du djihad pour des débiles mentaux devraient renouveler leurs grilles de lecture.

En surfant sur l’effroi provoqué par les attentats à répétition des deux principales enseignes du terrorisme mondial, Daech et AQMI, les politiques, mal conseillés par les services anti terroristes, servent trop souvent une vision caricaturale du djihadiste.

Les néo conservateurs américains des années Bush avaient déjà popularisé le concept de « guerre au terrorisme », ce néologisme qui permet de ne pas réfléchir. Sans doute François Hollande a compris l’avantage d’user et d’abuser de cette rhétorique guerrière. Histoire de mettre un peu de viagra dans ses courbes de sondages, mais pour si peu de temps….

Buté, analphabète et demain « apatride », le djihadiste se battrait avant tout pour une meilleure part du marché local. Cette vision a pu avoir une part de pertinence, voici quinze ans, quand les leaders du GSPC, pourchassés par l’armée algérienne, avaient migré vers le désert sahélien, épicentre des trafics. Ces islamistes aguerris ne disposaient que de peu de ressources, il leur fallut, sans prendre de gants, se faire une place au sein des filières locales, souvent avec la bénédiction d’Alger qui savait offrir quelques gâteries aux plus conciliants.

Changer de logiciel

Face à la progression foudroyante d’un idéologie djihadiste tous terrains, du Moyen Orient aux banlieues françaises en passant par Bamako, Abidjan, Niamey, il faudrait mieux changer de logiciel. A moins de croire comme le Premier ministre français, Manuel Valls, entre deux effets de manche, que comprendre la violence djihadiste, c’est déjà l’excuser.

La violence djihadiste ne se situe plus seulement, tant s’en faut, au seul croisement de la criminalité et du terrorisme. Après l’attaque dimanche dernier contre les touristes qui se reposaient en toute tranquillité sur les plages ivoiriennes, nos ennemis d’AQMI ont pondu un communiqué. C’est le signe qu’ils savent écrire et qu’ils ont un message à faire passer.

Ce qu’ils dénoncent, avec leurs méthodes barbares, ce sont les "interventions armées" de la France; d’autres qui ont lieu en Palestine, au Yémen, en Somalie; la « colonisation » des terres; la complicité enfin de l’armée tricolore avec « le Mali raciste », leur façon de dénoncer certains exactions commises par une population majoritairement noire contre les touaregs et les arabes.

Le propos, hélas, trouve un certain écho. Hors de question, naturellement, d’y répondre avec un revolver dans les reins. Mais François Hollande et les ministres qu’il envoie à Abidjan ne doivent plus seulement parler sécurité. Ils doivent aussi se placer sur ce terrain proprement politique et trouver les mots pour expliquer à l’opinion publique mondiale les raisons des interventions militaires que la France mène sur cinq théâtres d’opération (1).

Sans être djihadiste, on commence à ne pas en comprendre toute la logique vertueuse.

(1) Ces intervenions militaires supposent que 35000 militaires soient mobilisés, et non 10000 comme on le lit souvent, si l’on compte aussi tous les soldats qui sont en repos, ou qui s’occupent en amont de la logistique ou de la gestion

Source : Mondafrique

 

Les Emirats annoncent la mort de 22 de leurs soldats au Yémen

Les Emirats annoncent la mort de 22 de leurs soldats au YémenLes Emirats arabes unis ont annoncé vendredi la mort de 22 de leurs soldats au Yémen, où ils font partie de la coalition arabe soutenant les forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles chiites Houthis.

Il s'agit du bilan le plus lourd annoncé par le commandement des forces armées émiraties qui ne précise cependant pas les circonstances exactes de la mort des soldats.

Mais selon des sources militaires yéménites, une explosion accidentelle a fait vendredi matin plusieurs victimes, dont des soldats de la coalition arabe, dans un entrepôt de munitions de la province de Marib, à l'est de la capitale Sanaa.

Une source militaire sur place, interrogée par l'AFP, a fait état aussi de plusieurs victimes parmi les Yéménites.

L'explosion est survenue sur une base militaire dans la région pétrolière de Safer, à quelque 250 km à l'est de Sanaa, selon les sources militaires.

Les Emirats sont l'un des piliers de la coalition mise en place en mars par l'Arabie saoudite qui a lancé notamment une campagne aérienne pour empêcher les rebelles chiites de prendre le contrôle de l'ensemble du Yémen voisin.

En août, ils ont révélé leur implication directe dans le théâtre des opérations au Yémen alors qu'ils étaient restés évasifs sur le déploiement de soldats au sol.

Source : Romandie News (Suisse)

 

L’Etat Islamique (DAECH) contre AQMI : Une féroce lutte d’influence en Mauritanie

L’Etat Islamique (DAECH) contre AQMI : Une féroce lutte d’influence en MauritanieUne longue étude réalisée par Mohamed Mahmoud Ould Sidi, chercheur spécialiste des questions du terrorisme islamiste au Sahel, vient de publier une enquête sur la féroce lutte d’influence que se livreraient actuellement l’organisation de l’Etat Islamique (DAECH) et Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) pour imposer leur influence sur le courant djihadiste en Mauritanie.

Il ressort de la longue investigation réalisée par Mohamed Mahmoud Sidi, que l’organisation « Tabligh Wa Daewa » connue pour ses activités de prêche loin de toute violence armée, serait le noyau embryonnaire d’où sortiraient la plupart des recrues mauritaniennes au sein des organisations terroristes, telles que Daech ou Aqmi.

Ainsi, l’information qui avait circulé il y a quelques mois sur le démantèlement par la gendarmerie nationale à Zouerate d’une cellule de Daech constituerait la preuve que l’Etat Islamique s’intéresse à la Mauritanie.

Elle ferait suite à l’apologie lancée il y a quelques temps par l’organisation envers ceux qu’elle nomma les « Jihadiste sunnites de Mauritanie et du Maghreb » diffusée sur les ondes d’une radio contrôlée par l’organisation en Irak.

Ainsi, pour Mohamed Sidi, il existerait en Mauritanie deux courants islamistes qui se distinguent. La première est l’organisation « Tabligh Wa Daewa » proche du courant soufiste à la philosophie spirituelle entièrement tournée vers la conquête de la félicité par l’adoration, l’éducation et la dévotion.

Mais ce discours lénifiant aurait radicalement changé aujourd’hui laissant place à un discours faisant l’apologie du Jihad, n’hésitant plus à en parler publiquement dans les prêches développés par ses leaders. Résultat, la plupart des Mauritaniens membres d’Aqmi seraient issus de cette école pourtant connue dans le passé pour ses actions non violentes.

Le deuxième courant islamiste fort en Mauritanie est celui des Salafistes qui peuplent aujourd’hui les mosquées et contrôlent de plus en plus le discours religieux en Mauritanie. Il s’agit de discours radicaux où le Jihad occupe une place prégnante et prépondérante, au point qu’il serait même devenu sujet d’enseignement dispensé aux jeunes.

Pour Mohamed Mahmoud Sidi, l’incapacité de l’Etat mauritanien à catalyser le courant salafiste, résulterait du fait qu’elle lui a permis d’évoluer presque en clandestinité, ce qui renforce son aura auprès des jeunes toujours assoiffés d’interdits et de sensations à enfreindre le permissible.

Reconnaître à ce courant le droit d’œuvrer au grand jour ou lui accorder une reconnaissance politique, aurait brisé son illusoire discours. Et dans un tel cadre d’évolution au noir, Daech pourrait s’infiltrer et s’implanter avec force en Mauritanie, trouve le chercheur.

Daech évolue vite au Sahel

La menace que constitue l’organisation de l’Etat Islamique pour la Mauritanie serait d’autant plus réelle selon Ould Sidi, que les allégeances à son Emir, Baghdadi se multiplient au Sahel et au Maghreb.

Il en serait ainsi pour certains éléments leaders du mouvement jihadiste, comme le Mauritanien Hamahou Ould Mohamed Khaïry, l’ancien porte-parole d’Ançar Dine au Nord Mali qui aurait recruté des dizaines de jeunes jihadistes mauritaniens et qui a exprimé son allégeance à l’Emir Baghdadi, Chef de Daech.

Parmi les élèves de Hamahou Ould Mohamed Khairy, figure le jeune Mohamed Ould Breihmatt, titulaire d’un Master en communication en 2007 puis d’un diplôme supérieur en réseaux informatiques en 2012 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il aurait écrit à ses parents pour leur annoncer qu’il a rejoint les rangs de l’EI.

Au cours de cette étude sur le mouvement jihadiste mauritanien, le chercheur Mohamed Sidi a recueilli l’avis de certains spécialistes mauritaniens de la question. L’un d’eux lui scindera l’histoire du mouvement jihadiste en Mauritanie entre deux périodes. La première vague de jeunes mauritaniens ayant rejoint les mouvements jihadistes serait intervenue en 2003 avec l’invasion de l’Irak par l’armée américaine.

Puis, le mouvement jihadiste prendra de l’ampleur dans les années 2006 avec la naissance d’AQMI des cendres du GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat). Ces spécialistes mauritaniens, dont certains ont approché les chefs d’Aqmi au cours de missions de presse dans l’Azawad, fixent la deuxième période du mouvement jihadiste en Mauritanie en 2012, avec l’occupation du Nord Mali par les forces jihadistes.

Plusieurs dizaines de jeunes Mauritaniens avaient rejoint à cette période ces mouvements, certains d’entre eux parvenant même à se hisser à des postes de sous-commandement.

Mais avec la réoccupation du Nord Mali par les armées françaises et africaines, les mouvements jihadistes tels qu’Ançar Dine et Aqmi seront dispersés et leurs actions sévèrement entravées.

C’est alors qu’apparut l’Etat Islamique en Irak et au Cham (DAECH) avec à sa tête l’Emir Abou Bakar Al Baghdadi, autoproclamé Khalifa des Musulmans. Cette question de Khalifa des Musulmans aurait entraîné un vif débat au sein des mouvements islamistes armés dans le monde et semé de profondes dissensions au sein du mouvement Al Qaïda qui se considérait jusque-là comme la plus grande et la plus forte organisation jihadiste, donc la plus menacée par la naissance de Daech.

En effet, les spécialistes trouvent que l’influence de Daech sur la popularité d’Al Qaïda était bien réelle notamment sur sa branche au Sahel et au Maghreb, AQMI.

La raison serait que Daech venait de réaliser l’objectif ultime que beaucoup d’organisations islamistes armées rêvaient d’atteindre, à savoir la restauration du Khalifat musulman.

L’idée d’un Khalif des Musulmans en la personne d’Abou Bakar Al Baghdadi fut ainsi le catalyseur qui allait attirer des centaines de jeunes jihadistes éblouis par ce rêve, même si selon les spécialistes, une telle perspective est loin de la réalité.

Dès lors qu’il existe un Khalif des musulmans, la légitimité des autres organisations islamiques s’en trouvait poser avec acuité. D’où les scissions que connaîtra Aqmi. Plusieurs régions contrôlées par l’organisation firent ainsi défection pour prêter allégeance à Baghdadi.

Il en fut ainsi de la région centrale qui se renomma « Jundoul Khalifa » ou les « soldats du Khalifat », bientôt rejoint par unepartie de la Katiba des Mourabitounes qui se scinda en deux, une partie rejoignit Daech sous le commandement de Abou Waled Sahraoui et l’autre resta fidèle à Ayman Zawahari, successeur de Ben Laden, sous le leadership de Mokhtar Belmokhtar dit Belawar ».

La naissance de Daech aura une autre influence sur Aqmi. Il s’agit de sa présence sur les plus grands terrains d’opération et principaux centres d’accueil des jihadistes du monde, notamment en Irak, en Syrie, en Egypte, en Libye

La présence de Daech dans la région de Cham, entre la Syrie, le Liban et la Jordanie, entrait surtout dans le bréviaire des jihadistes qui voient dans cette vaste région le centre névralgique d’où partira « la fin du monde ». En même temps, Al Qaïda avait faibli et perdu du terrain depuis la mort de son chef, Oussama Ben Laden.

La Mauritanie dans le planisphère de Daech

Mohamed Mahmoud Sidi rappelle qu’il y a quelques mois, l’Etat Islamique avait publié dans son magazine « DABEGH » une carte de son futur empire et cette carte englobe la Mauritanie. Ainsi, Daech a divisé son Etat en treize grandes régions. Il s’agit de l’Irak, Cham, Hijaz, Yémen, Khorassan, Kurdistan, Caucasie, Anadole, Europe, Andalousie, le Pays des Cananéens, l’Ethiopie et le Maghreb.

L’EI utilise ainsi des dénominations géographiques usuelles dans les siècles précédents. Ainsi, le Khorassan est une vaste région située dans le Nord est de l’Iran, alors que le Caucase comprend le Caucase du Sud encore appelé Transcaucasie qui englobe la Georgie, l’Arménie, Azerbaïdjan et la région de Kars en Turquie, et le Caucase du Nord dénommé Ciscaucasie, situé en Russie et incluant les républiques de Karachaïévo-Tcherkessie, Kabardino-Balkanie, Ossétie du Nord, Ingouchie, Tchétchénie et Daguestan. Quant au Bilad el-Cham, c’est une région qui englobe la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Palestine. Le Hidjaz est la région ouest de l’Arabie Saoudite.

Cette carte fixe ainsi définitivement les visées de Daech en Mauritanie, selon les spécialistes, qui estiment que le débat sur cette question est donc réglé. En attesterait également le démantèlement annoncé d’une cellule de Daech à Zouerate et l’arrestation de trois jeunes accusés par la justice mauritanienne d’appartenance à une organisation terroriste.

Il s’agit de Sidi Mohamed Ould Ely Lesvar, Yacoub Ould Moya et Boukhari Ould Dahane. Malgré le démenti des prévenus qui ont rejeté toutes les accusations, le parquet aurait projeté un film qui montre les trois jeunes faisant allégeance à Daech et à son Emir, Abou Bakara Al Baghdadi. Ils ont été condamnés à des peines allant de 5, 7 et 10 ans.

La question qui se pose aujourd’hui selon les spécialistes est de savoir si Daech va commettre des actes terroristes en Mauritanie ou dans les zones proches de ses frontières pour affirmer réellement son implantation dans la zone du Sahel.

Cheikh Aïdara
Source : L'Authentique (Mauritanie)

 

 

Les témoignages glaçants de soldats israéliens sur la guerre à Gaza

mediaL’ONG israélienne Breaking The Silence (Brisons le silence) publie les témoignages de plus de 60 officiers et soldats engagés dans la guerre à Gaza durant l’été 2014. Ils racontent comment l’armée israélienne a mené des attaques de manière indiscriminée sur le territoire palestinien, tuant des centaines d’innocents. Une réalité encore peu rapportée au public israélien.

Avec notre correspondante à Jérusalem,

« Si vous voyez quelqu’un, tirez ! ». C’est l’ordre qu’ont reçu des soldats israéliens envoyés dans la bande de Gaza, durant la guerre de l’été 2014, selon plusieurs témoignages recueillis par l’ONG Breaking The Silence. « Les ordres étaient de tirer pour tuer, même si la personne n’était pas identifiée », rapporte un sergent. Autrement dit, même s’il s’agissait d’un civil innocent.

Avant d’entrer à Gaza, les soldats israéliens ont été briefés par leurs supérieurs. « Vous ne trouverez pas de civils dans les zones d’intervention. Si c’est le cas, ils sont forcément suspects », leur ont-ils affirmé. Un militaire raconte que deux Palestiniennes marchaient et discutaient dans un jardin lorsqu’elles ont été repérées par un drone. Elles ont été tuées, aucune arme n’a pourtant été retrouvée sur elles. « Si elles ont été tuées, c’est forcément qu’elles étaient terroristes… »

D’autres témoignages font état d’attaques délibérées contre des civils, comme ce vieil homme palestinien abattu par un soldat israélien alors qu’il ne représentait apparemment aucun danger. Des troupes avaient été prises pour cibles quelques heures avant, et les soldats étaient apparemment sur les nerfs.

« On bombardait tout »

Les destructions durant la guerre à Gaza ont aussi marqué les soldats israéliens. « Il y avait un sentiment de folie par rapport au nombre de bombardements », raconte un militaire. « 900 obus ont été tirés en une nuit à Chajaya », affirme un autre. Le but n’étant pas seulement de détruire des infrastructures du Hamas, mais de porter un coup au moral de la population, suggèrent plusieurs témoignages.

Les militaires qui témoignent remettent aussi en cause la fameuse politique du « knocking at the roof », les tirs d’avertissement de l’armée israélienne avant de bombarder un bâtiment. « Les militants du Hamas avaient le temps de sortir, déclare un soldat, les civils pas forcément. Lorsqu’il s’agit de bouger toute une famille avec une grand-mère, c’est difficile ».

L’armée avait aussi fait la liste des bâtiments sensibles, comme des écoles de l’ONU par exemple, à ne pas viser, sauf accord préalable du haut commandement. Mais la provenance des tirs des combattants palestiniens n’était pas toujours claire et « au final, on bombardait tout », raconte un commandant d’infanterie. Tant pis pour les dommages collatéraux.

« Si vous tuez quelqu’un à Gaza, c’est cool, ce n’est pas grave »

Certains officiers parlent aussi d’une atmosphère délétère durant cette guerre, incomparable aux guerres précédentes. « Le discours était vraiment d’extrème droite, un discours raciste et nationaliste », selon un lieutenant. « Il y avait beaucoup de gens qui haïssaient les Arabes, vous pouviez le voir dans leurs yeux », témoigne un autre. Un discours qui encourage la violence: « [nos supérieurs] nous ont dit : si vous tuez quelqu’un à Gaza, c’est cool, ce n’est pas grave », rapporte un sergent.

En publiant ces témoignages de militaires, tous anonymes, l’ONG Breaking The Silence, espère faire bouger les consciences des Israéliens qui, pendant la guerre, ont été surtout informés des pertes israéliennes, 73 morts dont six civils, et pratiquement pas du drame qui se déroulait côté palestinien, à Gaza, où 2 200 personnes ont été tuées, dont 1 500 civils.

« Ce qu’il ressort de ces témoignages, c’est un échec éthique énorme de la part de l’armée israélienne », déclare Yuli Novak, le directeur de Breaking The Silence, qui réclame une enquête indépendante. Dans un communiqué, l’armée se dite prête à « examiner toute plainte crédible », mais affirme ne pas avoir eu accès aux témoignages de l’ONG, avant publication.

Plusieurs enquêtes internationales ont par ailleurs été lancées sur la guerre à Gaza, toutes dénoncées par le gouvernement israélien qui prétend avoir « l’armée la plus morale au monde ».

Source : Reuters

 

Un mauritanien prisonnier de Guantanamo témoigne

Le prisonnier Mohamedou Ould Slahi.Détenu depuis treize ans, Mohamedou Ould Slahi raconte dans un livre les tortures qu'il a subies.

«Mes pieds étaient engourdis à cause des chaînes qui coupaient la circulation du sang vers mes mains et mes pieds. J'étais content à chaque coup que je recevais parce que cela me permettait de changer de position. “Bouge pas fils de p.!” dit… [nom censuré]. Mais parfois, je ne pouvais m'empêcher de bouger. Cela valait bien le coup de pied reçu.» Humiliations, mauvais traitements, tortures, menaces de mort… La vie quotidienne à Guantanamo est racontée pour la première fois à la première personne par un prisonnier qui y croupit toujours depuis treize ans. Mohamedou Ould Slahi, arrêté après le 11 septembre 2001 en Mauritanie pour son affiliation à al-Qaida, a été emprisonné en Jordanie, puis en Afghanistan avant d'être transféré en août 2002 dans le camp américain basé à Cuba, sous le matricule 760.

Publiés simultanément dans vingt pays,Les Carnets de Guantanamo, dont le Guardian a reproduit de larges extraits ce week-end, paraîtront jeudi chez Michel Lafon en France. L'histoire de ce récit elle-même est extraordinaire. Le prisonnier entreprend d'écrire ce journal dans sa cellule à l'été et l'automne 2005, alors qu'il vient de se faire assigner des avocats. Chaque page est saisie par les autorités américaines. Le manuscrit est classifié «secret» et mis sous clé dans un bâtiment sécurisé près de Washington. Au bout de six ans de recours judiciaires de ses avocats, le texte de Slahi est enfin autorisé à la publication au prix de 2500 amendements et oblitérations. Jamais inculpé, le prisonnier a fait l'objet d'une décision de remise en liberté en 2010 mais il figure toujours parmi les 122 prisonniers encore détenus à Guantanamo en raison d'un appel du gouvernement américain.

Faux aveux

Amnesty International l'a adopté comme prisonnier de conscience. Il a reconnu ses liens avec al-Qaida pour lutter contre le régime soutenu par l'Union soviétique en Afghanistan mais dit avoir renoncé à son combat en 1992. Il a été arrêté à Nouakchott en 2001, soupçonné d'être impliqué dans un projet d'attentat contre l'aéroport de Los Angeles. Dans son livre, il dit avoir livré de faux aveux de complot contre une tour à Toronto pour faire cesser ses tortures. Lorsque l'un de ses interrogateurs lui demande si c'est la vérité, il répond: «Ça m'est égal, du moment que vous êtes satisfaits.»

Il raconte l'enfer de son transfert en avion d'Afghanistan à Guantanamo, convoyé comme un «mort vivant» par ses gardes. Entravé, bâillonné, la tête dans un sac. Lorsqu'il arrive à alerter un militaire de sa difficulté à respirer à cause de ses entraves, celui-ci resserre encore la ceinture qui lui compresse l'abdomen.

À partir de 2003, il dit avoir été soumis à des «techniques d'interrogatoire additionnelles» approuvées par le secrétaire à la Défense américain de l'époque, Donald Rumsfeld. Il est forcé à boire de l'eau salée, emmené en mer où il est roué de coups pendant trois heures puis recouvert de glaçons. Ses traitements entraînent chez lui des hallucinations dont ses geôliers auraient profité pour lui suggérer de s'attaquer à eux ou de tenter de s'évader.

Dès 2008, ses avocats avaient dénoncé les «tortures sévères» subies par leur client, qui avaient conduit à l'abandon de poursuites contre lui. «Je n'ai raconté que ce que j'ai vécu, ce que j'ai vu et appris directement, assure Mohamedou Ould Slahi. J'ai essayé de ne pas exagérer ni d'édulcorer, et d'être aussi juste que possible envers le gouvernement américain, envers mes frères et envers moi-même.»

Source : Le Figaro (France)

 

Qui sont les groupes djihadistes à travers le monde?

Qui sont les groupes djihadistes à travers le monde?Aqmi, Boko Haram, Al-Nosra, Front islamique ou Ansar Dine, différents groupes djihadistes demeurent actifs dans le monde, alors que l'Etat islamique autoproclamé a gagné une influence prépondérante.

L'Etat islamique (EI) est un groupe terroriste créé en 2006 en Irak, devenu depuis lors une véritable armée qui pille, massacre, viole et s'empare de territoires de plus en plus importants - en Irak comme en Syrie.

Qu'est-ce que l'Etat islamique (EI)?

Ce groupe de djihadistes n'est toutefois pas unique au Proche-Orient, ainsi que sur le continent africain. Certains de ces groupes sont en compétition avec l'EI, d'autres s'y rallient, d'autres encore refusent de le reconnaître et le combattent.

Aqmi, le ralliement de la dernière heure

Al-Qaïda au Maghreb islamique est un groupe djihadiste algérien qui s'est déclaré en 2007, anciennement connu sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat. Aqmi opère au Sahel, le plus souvent en Mauritanie, au Mali et au Niger.

Une scission s'est opérée au sein d'Aqmi en 2011 pour constituer un deuxième groupe : le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest).

Discours évolutif

Depuis l'apparition de l'Etat islamique autoproclamé, deux tendances s'affrontent au sein d'Aqmi. Certains groupes, dont le chef d'Aqmi Abdelmalek Droukdel, considèrent qu'il vaut mieux combattre localement contre le gouvernement algérien et les intérêts français, alors que d'autres veulent rallier l'Etat islamique.

C'est notamment le cas du groupe Jund Al-Khilafa (les soldats du califat), dirigé par Khaled Abou Slimane, qui a déclaré son allégeance à l'organisation Etat islamique le 16 septembre. Quelques jours plus tard, ces djihadistes ont capturé un Français dans les montagnes de Kabylie.

Depuis ce ralliement, le discours évolue au sein d'Aqmi qui commence à défendre l'idée d'une alliance entre djihadistes pour contrer l'intervention américaine en Syrie.

Ansar Dine: instaurer la charia au Mali

Ce groupe islamiste, soutenu par Aqmi s'est déclaré en 2012 au Mali. Les exactions des membres d'Ansar Dine ont déclenché l'opération militaire française Serval. L'objectif annoncé d'Ansar Dine est d'imposer la Charia, son nom signifiant "défenseurs de la religion".

Le groupe de djihadiste d'Ansar Dine s'est déclaré allié d'Aqmi depuis le début de ses actions armées pour établir une "république islamiste" au Mali.

Boko Haram
: récent soutien

Boko Haram, ou "groupe pour la prédication et le djihad", est une organisation religieuse terroriste du Nigeria qui a pour objectif de faire appliquer la charia dans tout le pays. Fondée en 2002, l'organisation Boko Haram se revendique des Talibans d'Afghanistan. Les exactions de la secte djihadiste sont multiples, dont la dernière en date étant l'enlèvement de 276 lycéennes.

Une branche dissidente de l'organisation s'est constituée dans le nord du Nigeria, appelée Ansaru, soit l'Avant-garde pour la protection des musulmans en Afrique noire.

En juillet 2014, Aboubakar Shekau, le chef de Boko Haram a déclaré son soutien à l'Etat islamique, à Al-Qaida et aux talibans afghans.

Le Front Al-Nosra : rivalité avec l'EI

Le Front Al-Nosra est un groupe djihadiste issu d'Al-Qaïda en Irak bien que constitué en Syrie depuis 2012 pour s'opposer à Bachar el-Assad. Ce groupe de rebelles djihadistes a pour objectif la constitution d'un "émirat au Levant", un Etat islamique appliquant la charia.

Le Front Al-Nosra ne reconnaît toutefois pas l'EI et s'impose comme la branche unique d'Al-Qaïda en Syrie. C'est ce mouvement qu'a rallié le groupuscule islamiste Khorassan, composé de combattants auparavant postés en Afghanistan, au Pakistan ou en Iran.

Ces combattants sont considérés comme une menace par Washington selon qui ils préparaient des attaques "majeures" contre des cibles occidentales et sur le sol américain.

Le Front islamique

Sous cette appellation sont réunis sept groupes armés rebelles syriens depuis la fin 2013. Le Front islamique est la principale force d'opposition armée à Bachar el-Assad, et son objectif est identique à celui du groupe de l'Etat islamique: créer un Etat islamique dicté par la charia. S'il prétend vouloir protéger les minorités, le Front islamique n'en est pas moins hostile au principe de démocratie, qu'il rejette.

Le Front islamique, qui serait financé par l'Arabie saoudite, dispose du contingent le plus important de tous les groupes islamistes avec 50 à 80'000 combattants et il combat tant l'Etat islamique que le pouvoir syrien.

Source : RTS (Suisse)

 

Proche Orient : Israël utiliserait le DIME, une arme particulièrement effroyable

Israël utiliserait le DIME, une arme particulièrement effroyable

Exclusif. Selon un chirurgien norvégien venu aider ses confrères à Gaza, l’armée israélienne lance des bombes DIME. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation. Nous l’avons constaté à l’hôpital al-Chifa de Gaza.

Gaza (Territoires palestiniens), envoyé spécial.

L’aviation israélienne pilonne sans relâche la bande de Gaza depuis bientôt une semaine. Le bilan s’alourdit de jour. Dimanche, à la mi-journée, 166 Palestiniens avaient été tués dont plus de la moitié serait des civils, selon l’Office de coordination des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA).

Un déluge de feu sans précédent. Comme si cela ne suffisait pas, Israël utiliserait à nouveau – comme cela a été le cas au Liban Sud en 2006 et à Gaza lors de l’offensive menée fin 2008 début 2009 – une arme redoutable, baptisée DIME pour Dense Inert Metal Explosive.

C’est ce qu’a affirmé ce dimanche une équipe de chirurgiens qui travaillent et opèrent sans relâche à l’hôpital al-Chifa de Gaza city. Parmi eux, un praticien norvégien, professeur à Oslo, Erik Fosse, arrivé vendredi. « Nous opérons jour et nuit, souligne-t-il. Beaucoup de bombardements sur les maisons ont lieu durant la nuit.

Nous avons beaucoup de familles qui arrivent ici, avec des blessés beaucoup touchés par des éclats ou parce qu’ils ont été ensevelis sous les décombres. Nous avons également des patients qui présentent des blessures dues à l’utilisation d’armes anti-personnels. Nous en avons vu touchés par des armes conventionnelles, qui présentaient des lésions provenant d’éclats. C’est ce que l’on voit dans toutes les guerres.

Il faut souligner qu’à Gaza les gens sont très affaiblis par sept ans de blocus et quand ils sont blessés les effets sont plus graves. Mais il y aussi, comme en 2008/2009, des patients touchés par les bombes DIME qui sont tirées par des drones. Ils transportent ces petites bombes qui ont un effet spécial sur les victimes.
»

Devant le lit d’un blessé lors d’une attaque visant semble-t-il le chef de la police de Gaza lui aussi gravement blessé - alors que 18 autres personnes ont trouvé la mort à la sortie d’une mosquée et 15 ont été blessées, samedi soir -, le professeur Fosse montre les brûlures caractéristiques de cette arme qui marquent le corps.

« En général, les membres inférieurs sont touchés, ce qui est le cas ici », insiste-t-il en soulevant le drap. L’homme a perdu la jambe droite et se trouve entre la vie et la mort. Son visage est en partie brûlé. Il respire difficilement. « Nous vivons une énorme catastrophe humanitaire. Une catastrophe qui n’est pas naturelle mais créée par des hommes. »

Mis au point au début des années 2000 par les laboratoires de l’US Air Force, le DIME est une munition à base d’une enveloppe en fibres de carbone contenant un explosif mélangé à un alliage de métaux lourds et de poudre de tungstène avec du cobalt, du nickel ou du fer. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation.

Le DIME provoque des dommages très importants sur la matière vivante et les tissus mous (le derme, les muscles et les os). Une arme particulièrement utilisée lors des guerres asymétriques officiellement pour éviter les dommages collatéraux. Une arme qui n’est pas interdite mais dont les effets sont atroces. Samedi soir, à Gaza, on a malheureusement vérifié qu’entre la théorie d’une « bombe propre » (quel oxymore) et la pratique il y a un gouffre qui s’appelle la mort de civils.

Erik Fosse sait de quoi il parle. Lors de l’offensive « Plomb durci » en 2008/2009, il était déjà venu, avec d’autres médecins étrangers, prêter main forte à ses collègues palestiniens à qui il tient à rendre hommage pour le dévouement sans faille. A l’époque, il avait courageusement dénoncé l’utilisation du DIME.

« Peu de gens survivent, rappelle-t-il. Cet homme devait être un peu éloigné du point d’impact, c’est ce qui l’a sauvé. Mais si un enfant est touché par ce type de bombe, vous pouvez être sûr qu’il a été visé. J’ai vu personnellement deux enfants ces derniers jours touchés de cette manière. » Et Erik Fosse de lancer un cri d’alarme : « Nous vivons une énorme catastrophe humanitaire. Une catastrophe qui n’est pas naturelle mais créée par des hommes. »

Source : L’Humanité (France)

 

 

La justice sur la piste du « parrain des parrains »

La justice sur la piste du « parrain des parrains »

Deux juges et des dizaines d'enquêteurs sont à ses trousses depuis de longs mois. Pour eux, pas de doutes possibles : l'homme d'affaires corse Michel Tomi, 66 ans, à la tête d'un empire industriel en Afrique, serait le dernier « parrain des parrains » français.

L'affaire inquiète jusqu'à l'Elysée, elle risque même de provoquer de forts remous dans les milieux diplomatiques, avec la mise en cause pour corruption du président malien, Ibrahim Boubacar Keita, dit « IBK ».

Selon les informations du Monde, depuis le 25 juillet 2013, date de l'ouverture d'une information judiciaire par le parquet de Paris pour « blanchiment aggravé en bande organisée », « abus de biens sociaux » et « faux en écriture privée », les juges Serge Tournaire et Hervé Robert enquêtent en toute discrétion sur Michel Tomi, son groupe industriel Kabi, mais également sur ses réseaux politiques.

L'homme est soupçonné de blanchir en France une partie de l'argent gagné en Afrique. Et de financer des présidents africains. Plusieurs chefs d'Etat seraient impliqués dans le « système Tomi » : IBK, donc, mais aussi le président gabonais, Ali Bongo, et les présidents tchadien ou camerounais.

Deux enquêtes financières ouvertes à Ajaccio et Marseille, ainsi que des rapports de Tracfin (l'organisme anti-blanchiment de Bercy), visant M. Tomi, ont été centralisés à Paris à l'automne 2013, et joints au dossier.

En mars, les magistrats ont frappé fort : ils ont demandé un réquisitoire supplétif au parquet, afin d'étendre leurs investigations à des faits de « corruption d'agent public étranger ». Leur cible : Ibrahim Boubacar Keita, président du Mali depuis septembre 2013, activement soutenu par la France. C'est dire si l'affaire gêne la diplomatie française.

Les présidences malienne et gabonaise n'ont pas répondu aux sollicitations réitérées du Monde. Une autre piste est examinée par les policiers : celle des soutiens dont bénéficierait M. Tomi (condamné en 2008 pour « corruption active » pour avoir financé illégalement la campagne du Rassemblement pour la France de Charles Pasqua aux élections européennes) dans la classe politique française.

Cette enquête hyper-sensible démarre en 2011, dans le prolongement de l'affaire du cercle Wagram. La police découvre qu'un clan corse tente de mettre la main sur l'établissement de jeux parisien. Trois hommes, réputés dangereux, prennent la fuite : Frédéric Federici, Stéphane Luciani et Jean-Luc Germani. La direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris s'empare du dossier. Et tombe sur M. Tomi, suspecté de subvenir aux besoins du trio en Afrique. Dès lors, les policiers prennent en filature l'homme d'affaires. Et découvrent l'étendue de ses relations.

AMITIÉS

Avril 2012. Par un bel après-midi printanier, un homme en costume azur sort du restaurant parisien huppé La Maison de la truffe, escorté par ses gorilles. C'est IBK. Il serre dans ses bras un Michel Tomi en petite forme. Atteint d'une sclérose en plaques, il se déplace en fauteuil roulant. Son lieutenant, Jean-Luc Codaccioni, dit « Johnny », est également présent. Les trois hommes ne sont pas seuls : les policiers, en planque, mitraillent la scène au téléobjectif. M. Tomi sait entretenir ses amitiés. Il fournit des vêtements de marque au futur président malien, paie ses séjours à l'hôtel parisien La Réserve, met à sa disposition des avions pour sa campagne présidentielle – M. Tomi possède deux compagnies aériennes, Afrijet et Gabon Airlines.

Fin juillet 2013, la police judiciaire est saisie par les juges Tournaire et Robert. Une petite équipe travaille dans le secret. Au sein de la direction centrale de la PJ, l'enquête provoque des dissensions : le clan Tomi a des amis dans la maison, comme dans le monde politique. Placé sur écoute, M. Tomi est bavard au téléphone. Il discute avec ses hommes de main, chargés de rapatrier l'argent en France. Le nom d'IBK revient souvent. M. Tomi est d'ailleurs présent à la cérémonie d'intronisation du nouveau chef d'Etat malien, à Bamako, en septembre 2013. Dans un coin, pour ne pas se faire remarquer.

En décembre 2013, en marge d'un sommet africain qui se tient à Paris, IBK effectue un déplacement privé à Marseille, où il est pris en main par les hommes de M. Tomi. Celui-ci multiplie les séjours dans la cité phocéenne : il se rend deux fois par mois à l'hôpital de la Timone. Plus récemment, du 8 au 10 février, M. Tomi héberge son ami, tous frais payés, dans une suite du palace parisien le Royal Monceau. Il lui procure aussi des véhicules haut de gamme. Il s'occupe même de sa sécurité.

« JE NE FAIS PAS D'AFFAIRES AVEC TOMI ! »

Fin 2013, il contacte ainsi Bernard Squarcini, l'ancien patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), proche de Nicolas Sarkozy et débarqué par le pouvoir socialiste mi-2012. M. Squarcini est désormais consultant en sécurité dans le privé. M. Tomi, qui connaît bien l'ex-chef du contre-espionnage, le sollicite pour organiser la protection de son ami IBK. Les enquêteurs s'interrogent sur les relations entre M. Tomi et M. Squarcini. Le demi-frère de M. Tomi travaille d'ailleurs à la DCRI – il a été recalé par la PJ en raison de son patronyme sulfureux…

« Il fallait sauver le soldat IBK, protégé par la France, justifie M. Squarcini auMonde. Mais je ne fais pas d'affaires avec Tomi ! Ce n'est pas un ami. En revanche, il a des liens privilégiés avec un commandant de la police judiciaire… »

L'enquête va maintenant conduire les policiers à plonger au coeur de l'empire Tomi. Selon les services de renseignement, il est depuis 2009 l'unique détenteur d'une autorisation d'ouverture de casinos à Bamako, où il a créé la salle de jeux Fortune's club. D'après les enquêteurs, IBK y détiendrait des parts. M. Tomi reproduit partout le modus operandi qui lui a si bien réussi au Gabon, où son groupe est basé et emploie… 40 000 personnes !

Fort de ses relations privilégiées avec l'ex-président Omar Bongo, mort en 2012, il a su faire fructifier ses intérêts. Il possède le PMU local, a empoché, en 2010, 10 % de la vente à l'Etat gabonais pour 16 millions d'euros de quatre vedettes de surveillance maritime, sanscompter des milliers de logements en construction. Son notaire au Gabon ? Le propre frère du président Bongo…

INTOUCHABLE

Aux yeux des autorités gabonaises, M. Tomi est intouchable. D'ailleurs, en novembre 2013, elles ont refusé d'accorder un visa aux journalistes du Mondedésireux d'enquêter à Libreville. Très proche d'Alexandre Rodriguez, un homme d'affaires qui loue des yachts de luxe, il permet au couple présidentiel Ali et Sylvia Bongo de passer de bonnes vacances à Corfou, en juillet 2013, sur le yachtGrazia Dio. Il joue aussi les intermédiaires avec des investisseurs chinois, opère au Tchad, au Cameroun, au Bénin, au Niger, au Sénégal ou au Togo, et vise des marchés en Serbie, dans le golfe persique, en Asie… Les secteurs sont nombreux : BTP, centrales hydrauliques, sécurité, textile…

Une expansion commerciale qui en a fait un milliardaire… sous surveillance : le 2 juin 2013, les enquêteurs surprennent une conversation entre M. Tomi et Edgard Ngo'o, ministre camerounais de la défense. Ce dernier demande à son interlocuteur que les cadeaux offerts par le clan Tomi ne « laissent pas de traces ».

Car son argent, Michel Tomi le redistribue. Il subvient aux besoins de Sandra Germani, la veuve de Richard Casanova, membre du gang de la Brise de mer. Il supervise la réunion, toujours sur le Grazia Dio, de Sandra Germani, Felix Antonietti ou encore Dominique Pasqualetti, tous sous surveillance policière. Car s'il étend son empire en Afrique, Michel Tomi semble aussi, selon les enquêteurs,garder des liens avec le milieu corse, tout en soignant ses relations haut placées en France. L'enquête ne fait donc que débuter…

Gérard Davet
Journaliste au Monde

Fabrice Lhomme
Journaliste au Monde

 

PHILIPPINES. Plus de 10.000 morts et 2.000 disparus après le passage du typhon

 

 

Après avoir semé la désolation aux Philippines, Haiyan, un des plus violents typhons de l'histoire, vole vers le Vietnam. 600.000 personnes ont été évacuées.

Le bilan d'un des plus violents typhons à avoir touché terre s'est brusquement aggravé dimanche 10 novembre, les autorités philippines évoquant désormais plus de 10.000 morts et 2.000 disparus, faisant de Haiyan la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l'histoire récente du pays.

 Deux îles du centre de l'archipel, qui se trouvaient pile dans la trajectoire de Haiyan quand il a frappé vendredi à l'aube, sont particulièrement affectées.

 Un haut responsable de la police à Tacloban, une des villes les plus touchées, a ainsi évoqué le chiffre de 10.000 morts sur Leyte. "Nous avons eu une réunion avec le gouverneur la nuit dernière, et en nous basant sur les estimations du gouvernement, il y a 10.000 victimes (décès)", a déclaré à la presse Elmer Soria.

 Et sur Samar, point d'entrée du typhon dans le pays vendredi, 300 personnes sont confirmées mortes dans la petite ville de Basey, et 2.000 sont portées disparues dans toute l'île, a indiqué Leo Dacaynos, membre du conseil de gestion des catastrophes, à la radio DZBB.

 La mort de dizaines d'autres personnes a été confirmée dans d'autres villes et provinces ravagées par le super typhon sur un front de 600 kilomètres.

 Aide internationale

 Et de nombreuses localités restaient coupées du monde, alors que les autorités semblaient dépasser par l'ampleur de la catastrophe et le nombre de survivants à secourir.

 Maisons rasées, pylônes électriques arrachés, voitures renversées et survivants hébétés dans les rues: après le passage de Haiyan, accompagné de vagues de plusieurs mètres et de vents atteignant des pointes à 315 km/h, le paysage évoquait pour certains les destructions causées par le tsunami en Asie en décembre 2004.

 "Ce sont des destructions massives (...) La dernière fois que j'ai vu quelque chose de cette ampleur, c'était à la suite du tsunami dans l'océan Indien" qui avait fait 220.000 morts, a déclaré à Tacloban Sebastian Rhodes Stampa, chef de l'équipe de l'ONU chargée de la gestion des désastres.

 Face à l'ampleur de la catastrophe, plusieurs pays ont proposé leur aide.

 Les Etats-Unis vont fournir des hélicoptères, des avions, des navires et des équipements destinés à la recherche et au sauvetage, après une demande de Manille, a annoncé le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagels.

 "Les gens deviennent violents"

 L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont accordé dimanche une aide de près d'un demi-million de dollars US (370.000 euros), alloués à la Croix Rouge de l'archipel.

 De son côté, l'Unicef a déjà préparé 60 tonnes de matériels de santé et de survie qui partiront d'un de ses centres de logistique à Copenhague et devraient arriver aux Philippines mardi. Et le Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) est en train d'organiser le transfert de 40 tonnes d'aide alimentaire.

 La police a d'ailleurs annoncé avoir déployé des hommes à Tacloban pour prévenir les pillages, liés notamment au risque de manque de nourriture.

 "Les gens deviennent violents. Ils pillent les entreprises, les centres commerciaux, juste pour trouver de la nourriture, du riz et du lait (...). J'ai peur que dans une semaine, les gens s'entretuent à cause de la faim", a commenté Andrew Pomeda, professeur de lycée de 36 ans.

 Le pape François a appelé dans un tweet les catholiques à prier pour les victimes et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est dit "profondément attristé par l'ampleur des pertes humaines".

 Typhons, séismes, volcans...

 Chaque année, les Philippines sont touchées par une vingtaine de grosses tempêtes ou de typhons, entre juin et octobre. L'archipel est la première terre que rencontrent ces phénomènes météorologiques qui se forment au-dessus du Pacifique.

 Typhon, séismes, volcans... le pays subit régulièrement les foudres de la nature, avec presque à chaque fois un bilan d'autant plus meurtrier que la nation est pauvre et gangrénée par la corruption.

 Si le bilan des 10.000 morts se vérifie, Haiyan sera la catastrophe naturelle la plus grave de l'histoire récente des Philippines. La précédente date de 1976, lors qu'un séisme et un tsunami avaient causé la mort d'entre 5 et 8.000 personnes sur Mindanao, une île du sud.

 Après avoir semé la désolation aux Philippines, Haiyan volait vers le Vietnam, qu'il devrait atteindre lundi matin. Mais le typhon s'est affaibli au-dessus de la mer de Chine du Sud et pourrait être rétrogradé en niveau 1 avant son arrivée.

 Le Vietnam n'en a pas moins évacué plusieurs centaines de milliers de personnes, dans le centre du pays, puis plus au nord dimanche après une changement de trajectoire de la tempête qui pourrait également provoquer pluies diluviennes et inondations dans la capitale.

nouvelobs

 

«La communauté musulmane est aujourd'hui en danger»

Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, dénonce l'augmentation des attaques contre les musulmans après la découverte du projet d'attentat contre une mosquée de Vénissieux.

Un militaire de 23 ans a été arrêté pour avoir fomenté une attaque contre une mosquée de Vénissieux lors de la fin du ramadan. Le recteur de la grande mosquée de Lyon, Kamel kabtane réagit à cette annonce.

Que vous inspire l'arrestation de ce militaire qui aurait eu un projet d'attentat contre une mosquée de Vénissieux, et «aurait par ailleurs violemment porté atteinte l’an dernier à une autre mosquée située dans la région bordelaise», d'après le ministère de l'Intérieur ?

Nous sommes d'autant plus inquiets qu'il s'agit justement d'un militaire qui a dû passer des tas de tests, rencontrer des tas de psys. Et chez qui on n'a rien détecté alors qu'il était, d'après le ministère de l'Intérieur, coutumier du fait.

Mais nous saluons la réaction de Manuel Valls qui a été de tout de suite mettre cette affaire sur la place publique, de façon à montrer que le gouvernement ne transigera pas devant des situations de la sorte.

Avez-vous une idée de la raison pour laquelle cette mosquée en particulier était visée ?

Le militaire concerné n'est pas originaire de la région, donc on ne sait pas quelle connaissance il a de cette mosquée. Elle a été inaugurée il y a très peu de temps et ses responsables sont des gens tout à fait normaux.

Peut être que pour ce militaire, Vénissieux est une ville emblématique, où la communauté musulmane est importante. C'est de là aussi où est partie la Marche des beurs en 1982.

Vous dénoncez un climat d'islamophobie en France, sur quelles bases ?

Selon le ministère de l'Intérieur, les attaques antimusulmanes ont augmenté de 50% depuis un an. Mais cela fait des années que le climat se dégrade, que la parole islamophobe se libère, et que l'on observe des mosquées vandalisées ou taguées, des agressions contre des femmes voilées. L'une d'elle a perdu son bébé après avoir été attaquée. Et ces actes ne sont pas suffisamment sanctionnés. Les personnes arrêtées sont condamnées à des peines symboliques ou relâchées.

Que réclamez-vous ?

L'arsenal juridique existe, il faut l'appliquer. Nous appelons également à la création d'une commission parlementaire afin de pouvoir mesurer cette situation et trouver les moyens d'y faire face.

La demande de la création d'une telle commission est ancienne, mais le précédent gouvernement ne l'a pas fait. Le regrettez-vous ?

Tous les gouvernements ont, face à cette situation, la même attitude : «Moins on en dit, mieux ce sera.» Ils préfèrent se voiler la face. Or, la communauté musulmane est aujourd'hui en danger.

liberation.fr

Syrie : le grand malaise maghrébin

Réfugiés syriens au square Port-Saïd dans le centre d'Alger.Face à l'horreur et à l'extrême complexité d'une interminable guerre civile, l'opinion, de Tunis à Nouakchott, semble totalement déboussolée. Enquête sur un cruel dilemme.

De l'Orient à l'Occident, le cauchemar syrien, monstrueux avatar d'un rêve de liberté, déchire les consciences et déchaîne les passions. La fragile unanimité des sociétés arabes, révélée par la magie des révolutions de 2011, est en train de voler en éclats sur la dernière d'entre elles. En Afrique du Nord, la question confronte les anciens régimes toujours en place (Soudan, Algérie et Mauritanie) aux gouvernements issus des révolutions (Égypte, Tunisie, Libye), dresse les défenseurs de la laïcité contre les partisans de l'islam politique, divise les gauches et radicalise les engagements, les uns dénonçant un fantasmatique complot impérialiste pendant que d'autres prennent les armes pour aller défendre la foi en danger...

La Ligue arabe, hier club atone pour autocrates vermoulus, s'est soudain muée en terrain de lutte entre anciens et modernes. « Arrêtez de défendre la Syrie, parce que votre tour viendra », lançait, menaçant, le Premier ministre qatari, Hamad Ibn Jassem, au représentant de l'Algérie, qui refuse de reconnaître l'opposition syrienne comme représentante légitime du peuple. Mais comment l'immuable État-FLN pourrait-il soutenir une révolution sans se condamner lui-même ? Pour Alger, le Damas des Assad reste le phare de la résistance arabe au sionisme et à l'impérialisme occidental, et le dernier bastion séculier du Moyen-Orient contre la contagion islamiste.

Révélée par la magie des révolutions de 2011, la fragile unanimité des sociétés arabes a volé en éclats

« Complot ! » a répliqué l'Algérien au parrain qatari du Printemps arabe. Car beaucoup, au Maghreb, ne voient plus dans la crise syrienne une révolution nationale, mais une guerre sale pour les autres, où Turcs, Iraniens, Saoudiens, Américains, Russes se disputeraient à l'arme lourde le contrôle du Moyen-Orient. Victime d'un « axe wahhabo-takfiro-occidentalo-sioniste » pour les gauches panarabes anti-impérialistes, Assad est pour leurs adversaires islamistes le chien de garde de l'alliance chiite qui s'étend de Téhéran aux fiefs libanais du Hezbollah. Du Caire à Nouakchott, les adversaires les plus farouches de l'islam politique ont fini par faire leur le combat d'Assad contre une insurrection aux teintes jihadistes de plus en plus prononcées.

TUNISIE

Un problème national

« Comment la gauche tunisienne, qui assure être révolutionnaire, peut-elle soutenir un dictateur ? Pourquoi des jeunes s'engagent-ils aux côtés de Jabhat al-Nosra ? » maugrée Wael Noumair, Damascène réfugié, comme une centaine de ses compatriotes, à Tunis. La position tunisienne laisse perplexes les Tunisiens eux-mêmes. Certains groupuscules nationalistes arabes soutiennent le régime syrien, comme l'a montré l'importante manifestation pro-Bachar qui s'est déroulée en marge du Forum social mondial, en mars. L'extrême gauche, incarnée par le Front populaire, souhaite « le départ de Bachar » mais appelle de ses voeux « l'établissement d'un régime national capable de faire face à Israël et de libérer le plateau du Golan ».

Une grande partie de la classe politique a en tout cas fustigé la réaction précipitée et tranchée de l'actuel exécutif, qui, à peine entré en fonction, s'était empressé, devançant tous les pays arabes, de rompre les relations avec Damas dès février 2012, allant jusqu'à proposer l'asile à Bachar pour qu'il quitte le pouvoir. Initiatrice, avec le Qatar, de la première rencontre des Amis de la Syrie, la Tunisie a soutenu la création d'une force armée au sein de la Ligue arabe, voté la suspension de la Syrie de cette instance ainsi que de l'Organisation de la coopération islamique (OCI). « C'est une dérive complète par rapport aux traditions de la diplomatie tunisienne, connue pour sa modération, son indépendance et son respect des principes et valeurs qui fondent les relations internationales », estime Ahmed Manaï, membre de l'Instance des observateurs arabes pour la Syrie.

En outre, le bourbier syrien est devenu un problème national avec la présence aux côtés des rebelles de quelque 3 000 jeunes Tunisiens enrôlés par des réseaux islamistes pour mener le jihad contre Assad « l'impie ». Selon Ahmed Manaï, l'envoi de ces derniers aurait été avalisé, en décembre 2011, à Tripoli, par Rached Ghannouchi, président d'Ennahdha, Youssef al-Qaradawi, président de l'Union internationale des savants musulmans, Borhane Ghalioune, numéro deux des Frères musulmans syriens, Hamad Ibn Jassem, le Premier ministre qatari, et Abdelhakim Belhaj, ancien d'Afghanistan et fondateur du Parti national libyen (PNL). Mais la colère des familles a contraint l'exécutif à démanteler les filières de recrutement. Le président Moncef Marzouki s'est même alarmé, redoutant que « ces Tunisiens ne constituent une menace pour leur propre pays ». Peut-être à raison, Abou Iyadh, chef des salafistes d'Ansar el-Charia, attendant le retour des combattants pour porter le jihad dans le pays. Aujourd'hui, une délégation tunisienne se trouve à Damas pour tenter d'obtenir de Bachar qu'il étende aux Tunisiens l'amnistie qu'il a proposée aux rebelles faits prisonniers. Reçue par le président syrien, cette délégation se compose de représentants de plusieurs partis, dont Al-Joumhouri, Nida Tounes, Al-Thawabet (nationalistes arabes), les Unionistes libres, le Mouvement du peuple, et d'une kyrielle d'associations pro-Bachar, ainsi que de militants de la société civile comme Dalila Mbarek du mouvement Doustourna. Frida Dahmani.

MAROC

Antichiisme

L'euphorie révolutionnaire qui avait saisi l'ensemble du monde arabe inclinait à prendre la défense des peuples contre les dictatures. Au Maroc aussi, il semblait naturel de défendre les civils contre le régime. Dans les cortèges du Mouvement du 20-Février, la solidarité était de mise. Faux nez du mouvement de contestation local, la cause syrienne bénéficiait de la même « compréhension » de la part de la police. Parfois tolérés, les sit-in pouvaient être dispersés sans ménagement.

En accueillant à Marrakech en décembre 2012 la 4e conférence du groupe des Amis de la Syrie, le royaume, qui siège actuellement au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent, prenait clairement position en faveur de l'opposition syrienne. Faire endosser par le royaume les positions des puissances occidentales - l'axe Washington-Londres-Berlin - est bien commode. En 2011, le premier projet de condamnation présenté par Washington n'avait pas été soutenu par le Liban, qui siégeait alors au Conseil.

À Rabat, l'hostilité à Bachar se nourrit de la méfiance à l'égard du Hezbollah et de l'Iran

Atlantiste par choix et membre revendiqué du club des monarchies antirévolutionnaires, le Maroc officiel ne s'est jamais embarrassé de « solidarité panarabe », ni de « front du refus ». Bien sûr, le ministre islamiste des Affaires étrangères, Saadeddine El Othmani, n'a pas hésité à mouiller le costume, s'attirant les critiques acerbes de l'ambassadeur syrien à l'ONU. Parmi les islamistes marocains, l'hostilité au régime de Bachar se nourrit depuis peu de la méfiance vis-à-vis du Hezbollah et de l'Iran. L'idéologue en chef du Mouvement Unicité et Réforme, Ahmed Raïssouni, exprime ce schisme en termes clairs : « La position de l'Iran et du Hezbollah - qui fait partie du système iranien - les isole de plus en plus et donne des arguments à leurs adversaires : même s'ils refaisaient leurs calculs et changeaient de politique, je crois qu'il leur faudrait plusieurs générations pour retrouver crédibilité et prestige. » Mais au-delà du contentieux opposant sunnites et chiites, la confessionnalisation du conflit inquiète aussi bien les islamistes que les libéraux.

La Syrie, une cause consensuelle ? Pas autant que la Palestine ou l'Irak, deux sujets qui ont longtemps réuni sous la même bannière militants d'extrême gauche, islamistes et nostalgiques du nationalisme arabe. Certes, peu de voix s'élèvent pour soutenir sans réserve le pouvoir syrien, resté, malgré sa rhétorique de la résistance (à Israël), un mauvais élève du Moyen-Orient. Au Maroc, il est vrai, le baasisme a eu moins d'influence que dans d'autres pays arabes. Même l'avocat Khalid Sefiani, un ancien socialiste devenu néobaasiste, ne défend pas l'option éradicatrice du régime syrien. Cet homme de réseaux, chef d'orchestre des grandes mobilisations pour la Palestine des dix dernières années, se fait discret. Son Groupe d'action national de soutien à l'Irak et à la Palestine s'est récemment mué en Observatoire marocain de lutte contre la normalisation avec Israël. Tout un programme. Youssef Aït Akdim.

ALGÉRIE

Terre d'asile

Fuyant par vagues successives la guerre civile, des milliers de Syriens ont trouvé refuge en Algérie dès le début de l'été 2012. L'opposition syrienne et la presse avaient alors avancé le chiffre de 25 000 personnes, avant que le ministère algérien de l'Intérieur n'indique officiellement en juillet de la même année que le nombre de réfugiés était de 12 000.

Installées provisoirement square Port-Saïd et place des Martyrs, dans le centre d'Alger, ainsi qu'à Bab Ezzouar, à l'est de la capitale, des centaines de familles ont été ensuite évacuées par les pouvoirs publics vers un centre d'accueil aménagé à leur intention à Sidi Fredj, à 25 km à l'ouest d'Alger. Les enfants en âge d'être scolarisés ont été admis dans les établissements de la région, tandis que d'autres structures similaires étaient ouvertes dans plusieurs autres wilayas du pays.

12 000 : le nombre de réfugiés syriens accueillis par Alger, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur publiés en juillet 2012

Sans doute marqués par les années de guerre et de terreur qu'ils ont vécues au cours de la décennie 1990, des Algériens ont lancé des opérations de solidarité en faveur des exilés, leur distribuant vêtements, nourriture, argent, leur offrant même parfois le gîte. Cet élan de sympathie s'explique d'abord par la position des autorités algériennes, qui soutiennent résolument le président Bachar al-Assad, dont le père, Hafez, fut un fidèle allié du président Boumédiène puis de son successeur, Chadli Bendjedid. Depuis le début de la révolution syrienne, Alger est l'une des rares capitales du monde arabe à ne pas appeler au départ ou au renversement de Bachar. En retour, ce dernier n'a pas manqué d'envoyer, en mai, un message officiel au président Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé à Paris, pour lui souhaiter un prompt rétablissement.

L'afflux de réfugiés est également facilité par un accord algéro-syrien permettant la circulation entre les deux pays sans visa et par le maintien des liaisons aériennes Alger-Damas assurées par Air Algérie en dépit de la guerre. Pour tenter de freiner cet exode, les autorités syriennes ont réduit de trois à un les vols hebdomadaires de la compagnie algérienne. En outre, les Syriens qui souhaitent rallier l'Algérie sont désormais tenus de présenter un certificat d'hébergement, ainsi qu'un billet retour.

Enfin, en leur offrant l'asile, les Algériens s'acquittent d'une sorte de dette historique à l'égard des Syriens. Car c'est à Damas que l'émir Abdelkader, grande figure de la résistance contre l'occupation française, a choisi de s'installer en 1852 après avoir été incarcéré au château d'Amboise. Il y a été rejoint par sa famille, sa suite et quelque 12 000 fidèles algériens. Personnage charismatique auréolé de prestige, l'émir a dû intervenir avec ses hommes pour éviter le massacre des chrétiens par les sunnites lors des conflits confessionnels qui embrasèrent Damas en juillet 1860. Farid Alilat.

LIBYE

Catéchisme révolutionnaire

Sur Facebook, la page des Martyrs libyens en Syrie compte plus de 26 000 fans. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos de combattants libyens, pour la plupart engagés au sein de brigades révolutionnaires à forte connotation islamiste. L'arbre qui cache la forêt est Mehdi Harati, ancien chef des révolutionnaires de Tripoli, qui a vite écourté sa carrière de chef de milice. Après avoir joué un rôle déterminant dans la prise de la capitale libyenne, en août 2011, il accède au rôle de vice-commandant militaire de Tripoli. Ses désaccords avec son « chef », Abdelhakim Belhaj, le poussent rapidement à changer d'employeur. Il s'envole pour la Syrie, où les forces rebelles veulent tirer parti de son expérience. En entrepreneur du jihad, ce binational libyen et irlandais prospecte. Fin 2011, il finit par créer son propre groupe, Liwa' el-Umma (la « brigade de la Oumma »).

Sous ses ordres, quelques milliers d'hommes, dont une écrasante majorité de Syriens. Le financement vient d'abord de riches donateurs du Golfe, dont les très influents cheikhs koweïtiens Hajaj Al Ajmi et Irshid Al Hajri. Auréolé du prestige d'avoir contribué à la chute de Kaddafi, Harati semble en mesure de mobiliser des réseaux internationaux. Lors des combats féroces autour de la ville d'Idlib, en 2012, Harati est apparu comme un meneur d'unité, capable de monter au front, prêtant le flanc à la critique du pouvoir syrien, lequel a toujours dénoncé le rôle des bandes criminelles étrangères.

Mehdi Harati a dû, en tout cas, quitter la Syrie, officiellement pour des raisons médicales, en septembre 2012. Dans une interview datant de cette époque au journal Acharq al-Awsat, le combattant reconnaît que la guerre syrienne est plus dure que la guerre en Libye, où les rebelles ont rapidement bénéficié du soutien aérien de l'Otan. Entre-temps, il apprend que les autorités turques l'ont placé sur liste noire. Beaucoup d'encre a coulé pour savoir si Harati et ses compagnons d'armes étaient de dangereux jihadistes. Revendiquant une piété à toute épreuve, le Libyen n'a jamais été suspecté de liens avec des terroristes. Même en Irlande, son deuxième pays, il intéresse plus les journalistes que les services de police. En Libye, l'ancien professeur d'arabe à Dublin s'apprête à convertir sa notoriété en capital politique. Il vient ainsi d'annoncer la création d'un parti, après avoir laissé entendre que le Premier ministre, Ali Zeidan, l'avait approché pour le poste de ministre de l'Intérieur. Même les anciens d'Afghanistan les plus carriéristes n'avaient pas réussi une conversion aussi rapide. Youssef Aït Akdim.

Mauritanie

Realpolitik

Dans la droite ligne d'Alger et de Khartoum, dernières capitales arabes à soutenir Bachar, le président mauritanien avait superbement ignoré l'opposition syrienne lors du 24e sommet de la Ligue arabe, les 26 et 27 mars à Doha, avant d'assouplir sa position et de prôner une solution politique au conflit. Fer de lance de la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la région, le numéro un mauritanien ne voit naturellement pas d'un bon oeil la tournure jihadiste prise par la rébellion syrienne. Mais il ne peut s'offrir le luxe ni de se mettre à dos le Qatar, principal soutien des insurgés syriens, ni de froisser ses alliés occidentaux, résolument anti-Bachar. En outre, il doit tenir compte d'une opinion partagée, qui au départ nourrissait de la sympathie pour la rébellion syrienne avant de se raviser face à ce qu'elle considère de plus en plus comme une fitna (« guerre fratricide entre musulmans ») dont elle redoute qu'elle ne s'étende à leur pays. Surtout depuis la mort, fin mai, de quatre Mauritaniens partis faire le jihad en Syrie. Même les islamistes locaux se font discrets, de peur qu'on ne leur oppose un jour l'échec des gouvernements islamistes nés du Printemps arabe. « Une majorité non politisée est neutre, analyse un journaliste mauritanien, tandis qu'une partie de l'opposition appuie les rebelles en réaction au soutien des partis laïques à Bachar et à la neutralité de circonstance d'Ould Abdelaziz. » Michael Pauron.


Source : Jeune Afrique

 

Parti combattre en Syrie au nom de l’Islam : Les révélations du djihadiste tunisien Abou Kousay

Le djihadiste tunisien Abou Kousay, parti combattre en Syrie au nom de l’islam, est rentré au pays. Il s’est exprimé, lors d’une interview accordée au journal arabophone tunisien Assarih, sur son aventure dans ce pays rongé par la guerre civile et le rôle des Tunisiens dans cette guerre.

Abou Koussay révèle que 2 000 jeunes Tunisiens, travailleurs et chômeurs, jeunes et adultes, combattent, actuellement, en Syrie avec les rebelles islamistes. Il avoue, dans la foulée, que 13 jeunes filles Tunisiennes ont rejoint la Syrie où elles s’y trouvent actuellement dans le but de faire le “djihad de nikah” qui consiste à satisfaire aux désirs sexuels des combattants de l’opposition.

Celle qui les supervise n’est autre qu’une danseuse de la chaîne Ghinwa portant le nom d’Oum Jaafar. Abou Kousay indique qu’il y a une ligne directe pour envoyer les djihadistes à partir de la Libye. Ensuite, ils rejoignent les combattants syriens via la Turquie.

C’est un voyage qu’Abou Kousay regrette, du fait d’avoir découvert les Tunisiens maltraités et exploités pour renverser le régime syrien. C’est ce qui a poussé Abou Kousay tunisien à s’échapper de ce calvaire et rentrer au pays. C’est un témoignage qui doit être pris en considération par ceux qui prêchent l’unité entre les pays arabo-musulmans, et ceux qui croient à leurs fatwas, en vue de justifier la participation des combattants étrangers dans des guerres civiles.

En fait, on remarque que même si les combattants multinationaux de l’opposition, qui se dit syrienne, sont réunis par un sentiment de nationalisme sunnite et anti-chiite, il semble que le sentiment de l’appartenance à une patrie est toujours présent dans leurs esprits, aux moins dans les esprits des combattants syriens et orientaux qui se méfient de leurs “frères” maghrébins.

Ali Karbousi, un journaliste tunisien, qui était en Syrie, avait déclaré, il y a quelques semaines que les cadavres des combattants non syriens, notamment des combattants libyens et tunisiens, sont souvent brûlés. Il donne l’exemple d’un incident qui a eu lieu à Homs, où 140 Tunisiens et Libyens ont été brûlés vifs, et ensuite, ils ont été représentés, dans les médias, comme des civils tués par le régime syrien.

“Les Tunisiens sont de la chair à canon”, a-t-il avoué à la chaîne Al-Watanya. Les blessés tunisiens et libyens ne sont pas soignés, et parfois ils sont tués pour que le régime ne les prenne pas en otages. Ce témoignage a été confirmé par un combattant libyen qui s’est échappé de la guerre civile syrienne. Le djihadiste libyen a précisé que l'exploitation des guerriers libyens et tunisiens, ainsi que les scènes traumatisantes des viols et des “brûlés vifs” sont derrière sa “démission” de son devoir djihadiste.

Des radios tunisiennes ont affirmé que le djihadiste handicapé, Hamza Ben Rejab, est rentré en Tunisie, traumatisé par ce qu’il a vu en Syrie. Hamza Ben Rejab croyait aller à la terre du djihad. Mais, comme d’autres combattants tunisiens et maghrébins, il a rencontré une réalité différente. D’autre part, Al-Qaïda au Maghreb islamique semble être consciente de la situation. Le mouvement a appelé, dans un communiqué, au djihad dans les pays du Maghreb contre la

Mali: la guerre de la cocaïne

Depuis dix ans, le nord du pays est une plaque tournante de l'acheminement de la poudre blanche sud-américaine vers l'Europe. Militaires, politiques, ethnies... Le trafic a trouvé des relais dans tous les camps, djihadistes inclus. L'intervention française a coupé la route. Jusqu'à quand?

Parmi les multiples racines de la crise que traverse le Mali, en voie d'être sauvé par l'intervention militaire, le trafic international de drogue a joué un rôle important. En moins de dix ans, le pays est devenu l'une des principales zones de transit de la coke sud-américaine vers l'Europe. Une montée en puissance orchestrée par les cartels colombiens et vénézuéliens.

Au début des années 2000, ceux-ci décident de contourner les routes maritimes et aériennes directes, trop surveillées à leur goût, pour faire de l'Afrique de l'Ouest la plaque tournante du trafic destiné au marché européen.

Les cargaisons, acheminées à travers l'Atlantique par bateau ou avion, seront désormais débarquées dans les pays côtiers: Guinée-Bissau, Gambie, Ghana... A partir de là, les immensités désertiques du nord du Mali, frontalières de la Mauritanie, de l'Algérie et du Niger, offrent un "boulevard" pour convoyer les chargements jusqu'aux rives de la Méditerranée.

"Au fil des années, la présence de l'Etat n'a cessé de se réduire dans le nord du territoire, déplore un ancien ministre, originaire de Gao. Le pouvoir de Bamako y était déjà fragilisé par la rébellion touareg, les rivalités ethniques, la contrebande ''traditionnelle'' et la présence d'Aqmi, et les narcotrafiquants se sont engouffrés dans cette brèche."

15 milliards d'euros depuis dix ans

Selon le dernier rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Unodc), 18 tonnes de cocaïne auraient transité par l'Afrique de l'Ouest en 2010, après un pic de 47 tonnes en 2007. D'autres sources avancent une moyenne annuelle oscillant entre 40 et 80 tonnes. "Un flou absolu règne sur les quantités, mais elles sont forcément sous-estimées car toutes les filières ne sont pas connues", estime pour sa part Mathieu Pellerin, spécialiste des questions de sécurité au Sahel.
La valeur totale de la cocaïne ayant traversé depuis dix ans le Sahara avoisinerait les 15 milliards d'euros. De quoi s'assurer bien des complicités... Les narcos graissent la patte de douaniers, policiers, militaires, mais aussi de chefs de milices communautaires. Sans oublier les politiciens, toutes ethnies confondues, dont certains proches d'Amadou Toumani Touré, alias ATT, l'ex-président de la République, déposé par un coup d'Etat le 22 mars 2012 et actuellement réfugié au Sénégal.

 


Cette chaîne de corruption est indispensable pour assurer le transit des cargaisons de drogue sur des milliers de kilomètres de piste. Il faut recruter des guides et des chauffeurs de 4x4 chevronnés, souvent des Touareg, ainsi que des gardes armés. A chaque portion de territoire traversée, chefs de tribu et de milice réclament un droit de passage. Ils se font aussi payer pour assurer la sécurité du convoi jusqu'à l'étape suivante. 

Parfois, la marchandise change plusieurs fois de mains en cours de route: les sacs de coke sont alors déposés dans une maison abandonnée ou enterrés en plein désert, à un endroit identifié par sa position GPS. Pour une livraison acheminée à bon port, un chauffeur peut percevoir 2500 euros. Après deux ou trois allers-retours réussis, le véhicule lui est offert. Une vraie fortune à l'échelle locale: beaucoup de jeunes désoeuvrés se pressent pour jouer les "petites mains" des réseaux.

Un temps en retrait, les terroristes d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) ont fini par entrer à leur tour dans le circuit. Avant la guerre, ils prélevaient une dîme équivalant à 10 % de la valeur des convois pour les escorter de l'extrême nord du Mali vers le Maroc, la Libye ou le Tchad. "Ce n'était pas leur revenu principal", précise toutefois, au téléphone, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, un cadre du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), groupe touareg séparatiste qui a déclenché la dernière rébellion en janvier 2012.

Cet ancien député de la région de Gao, poursuivi par la justice malienne pour "sédition" et "atteinte à l'intégrité du territoire national", a observé de près les connexions entre narcos et djihadistes. "Les terroristes d'Aqmi reversaient aux trafiquants de drogue une partie des rançons reçues pour libérer les otages occidentaux, poursuit-il. En retour, ils se faisaient ravitailler en logistique: véhicules, armes, médicaments, matériel électronique..."

De juteuses commissions à chaque libération d'otage

Dans cette "Mali connection", quelques personnages ont joué sur tous les tableaux. Parmi eux, Baba Ould Cheikh, 45 ans, maire de la commune de Tarkint. Issu de la communauté Lamhar, "Baba", comme on le surnomme, dirige depuis les années 2000, à Gao, deux entreprises de bâtiment et de transport. Grâce à sa flotte de camions, il importe illégalement d'Algérie tous les produits de consommation courante qui alimentent le nord-est malien. Autant dire qu'il connaît du monde...

Dès 2003, il devient ainsi l'un des négociateurs officieux chargés par les autorités de Bamako d'obtenir la libération des premiers otages enlevés par Aqmi. Il noue des liens de confiance avec les Algériens Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, deux des principaux chefs djihadistes (qui auraient été tués les 22 février et 2 mars derniers). A chaque libération obtenue, Baba Ould Cheikh s'octroie de juteuses commissions.

Il est dans les petits papiers du président ATT, qu'il peut joindre directement sur son portable. Mais Baba fait aussi dans la "poudre". Avec des "hommes d'affaires" espagnols, latino-américains et libanais bien établis à Bamako, il organise en 2009 un coup énorme. Trop, peut-être... L'affaire est si incroyable qu'elle va attirer l'attention des services secrets occidentaux et de la presse internationale.

Nous voici en novembre 2009, en plein désert. Un Boeing 727-200 atterrit près de Tarkint, après avoir coupé ses systèmes de communication. En provenance du Venezuela, cet avion transporte au moins 5 tonnes de cocaïne. Quelques jours plus tard, la sécurité d'Etat malienne "découvre" son épave, calcinée. En fait, l'appareil n'a pas pu redécoller: les narcos l'ont incendié après avoir transbordé la cargaison sur des 4x4. Durant trois semaines, les autorités tentent d'étouffer le scandale d'"Air Cocaïne". L'enquête débouchera un an plus tard sur l'arrestation, à Bamako, de neuf personnes.

Dans le lot, un Français, mais également un proche du fameux Baba: Mohamed Ould Awainat, un entrepreneur de Gao, l'homme qui avait fait aménager la piste d'atterrissage du Boeing. Depuis, tous ces suspects ont bénéficié d'un non-lieu et d'une remise en liberté, en janvier et en août 2012. Entre-temps, plusieurs sources ont certifié que le même avion avait déjà atterri, et à plusieurs reprises, à Tarkint...

Au-delà de l'enrichissement personnel, ce business a nourri bien des intérêts politiques. "Les narcos achetaient les élections locales et faisaient élire certains députés", raconte Mohamed Ould Mahmoud, consultant pour des ONG. Drapé d'un boubou blanc, ce membre d'une grande famille berabiche (arabe) de Tombouctou, poursuit: "Le régime d'ATT a laissé certains clans, liés au trafic, armer des milices pour combattre les rebelles touareg. Quitte à attiser les rivalités entre communautés et à faire du Nord une "narco région''..."

Ainsi, les tribus nobles touareg des Ifoghas, acteurs majeurs de la rébellion, ont trouvé face à elles l'armée régulière malienne mais aussi deux groupes paramilitaires: l'un recrutant chez des clans touareg de rang inférieur; l'autre parmi les Arabes de Gao (voir encadré ci-dessous). Ces milices, commandées par deux officiers de haut rang toujours en activité, agissent aussi bien sous les couleurs de l'armée malienne que pour leur propre compte.

Quand, au printemps 2012, les groupes islamistes armés s'emparent des villes du Nord, le trafic de drogue connaît une nouvelle embellie. Un autre avion suspect atterrit près de Gao. Baba Ould Cheikh et son ami Mohamed Ould Awainat s'associent au Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), lié à Aqmi. D'autres narcos locaux, dont un ancien député et le beau-fils d'un ex-ministre, pactisent avec le chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar...

"Dans ces groupes hybrides, chaque partie a trouvé son avantage: un ancrage local pour les djihadistes, un "parapluie'' en remplacement de l'Etat malien pour les trafiquants", commente le chercheur Mathieu Pellerin. Le 4 février dernier, sur le marché de Gao, ville libérée, le maire, Sadou Diallo, se promenait en compagnie d'un invité encombrant: Baba en personne...  Menacé d'être lynché, ce dernier a été remis à la gendarmerie malienne. Il est parvenu à s'enfuir, la nuit suivante. Contre une enveloppe, semble-t-il, de 750 000 francs. Soit 1 150 euros.

"Une culture de l'impunité a longtemps régné sur ces affaires de trafic, tempête Daniel Tessougué, le nouveau procureur général de la cour d'appel de Bamako. J'ai demandé que l'on me transmette le dossier d'Air Cocaïne, je l'attends toujours..." Précédé d'une réputation d'incorruptible, ce magistrat de 54 ans a rendu publics, en février, 28 mandats d'arrêt lancés contre des ressortissants maliens, dont huit pour "trafic international de drogue". D'autres poursuites sont en cours.

A ce jour, toutes les personnes recherchées sont dispersées dans la nature. Certes, depuis l'intervention militaire dans le nord du Mali, les routes de la cocaïne sont paralysées. Mais les narcos planchent déjà sur d'autres itinéraires, en particulier via le nord du Niger. La poudre et le sable n'ont pas fini de voisiner.




Cocaïne: tensions ethniques, le nerf du trafic

Pour enraciner leur business, les narcotrafiquants et leurs alliés politiques ont joué délibérément sur les tensions ethniques et les rivalités à l'intérieur même des communautés du nord du Mali. Depuis 2006, afin de contrer la rébellion touareg menée essentiellement par les lignées nobles du massif des Ifoghas, deux milices communautaires ont ainsi été formées et armées grâce à l'argent de la cocaïne. La première recrute parmi les Imghad, des tribus touareg vassales, autrement dit considérées de rang "inférieur".

La seconde milice regroupe certains membres des clans Lamhar (arabes), originaires de la vallée du Tilemsi, dans la région de Gao. Ces derniers ont aussi profité de leur nouvelle puissance pour contester la suprématie des Kountas, autre tribu arabe réputée pour son savoir religieux.

"L'argent de la drogue a déstructuré la société traditionnelle au profit d'intérêts personnels et d'arrières pensées politiques, explique un fin connaisseur des chefferies du nord malien. D'autant plus que les djihadistes se sont appuyés sur ces manoeuvres pour instaurer leur nouvel ordre politico-religieux." Le même phénomène s'est déroulé dans la région de Tombouctou, entre différents clans berabiche (arabes) dont certains, impliqués dans le trafic de cocaïne, se sont alliés à Aqmi.

Source L’Express