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Tribune Libre en Mauritanie

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3)

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Gourmo Abdoul Lo :Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (3) La Mauritanie s’est créée au sud. Littéralement. Saint-Louis était encore sa capitale administrative lors de son accession à l’ indépendance.

Au plan politique et diplomatique, comme au plan économique et social, la densité de nos rapports avec le Mali à l’est et le Sénégal au sud n’ a d’égale que la maigreur de ces mêmes rapports avec son flanc nord. En 1960-61, l’Algérie est dans sa grande guerre de libération nationale et, envers et contre tout, le Président Mokhtar Ould Daddah soutient la lutte du peuple algérien au risque de déplaire à la France du Général de Gaulle.

Le Maroc, auréolé du prestige du Roi progressiste Mohamed V, fait de la revendication d’annexion de la Mauritanie, une grande cause nationale que reprendra et amplifiera le redoutable Hassan II.

Politiquement fermé par ces circonstances, la géographie accentue notre isolement par rapport aux frères du Nord. Le grand Sahara isole le pays et même l’enclave par rapport à un monde arabe en pleine ébullition notamment sur la question de Palestine, et qui fondamentalement, donne acte à la revendication marocaine.

Seule la voix du Combattant Suprême fait dissidence. Une voix forte, certes, une voix qui porte, une voix qui fut salutaire pour notre peuple et dont devraient toujours se souvenir les générations qui succèderont aux générations dans ce pays. Il résulte de cette double occurrence contraignante, diplomatique et géophysique, que la Mauritanie, née au sud du pays, était ouest africain, dans sa réalité géopolitique.

Les conditions même de sa survie quotidienne dictaient les orientations internationales en ces temps là, en plus de la vision diplomatique étonnamment progressiste du Premier Président de la République.

Ami presque naturel de Senghor ( même s’il l’ agaçait un peu, me confia-t-il un jour, à Nice, avant la sortie de ses Mémoires), il se sentait autrement plus proche de Ahmed Sékou Touré, Modibo Keïta ou Gamal Abdel Nasser dont il admirait leur nationalisme intransigeant.

Cependant, très vite, Mokhtar Ould Daddah entendît sortir du huis-clos ouest africain auquel pouvaient le condamner, les circonstances précitées.

Il joua donc au Chef d’orchestre d’une diplomatie tous azimuts, fortement marquée par une sensibilité de "gauche" malgré ( ou à cause de) la forte influence économique et culturelle de la France.

Il énonça sa doctrine de la Mauritanie, "pont entre le Nord et le Sud du continent" et en obtînt des résultats auxquels nul autre Chef d’État ne parviendra ( hormis la parenthèse de son ancien jeune ministre, le Président Sidi Ould Cheikh Abdallah).

Toute l’Afrique reconnaîtra très vite le leadership de la Mauritanie et même au-delà. L’Ouest par la France respecte ce pays sorti de nulle part et qui joue très tôt un rôle marquant dans un Tiers Monde en pleine offensive anti-impérialiste.

L’Est reconnaît le courage, voire le culot de ses engagements: Kim Il Sung le leader nord coréen, Chef d’ État ermite, fait une visite exceptionnelle à Nouakchott -encore dans les limbes.

Deng Xiao Ping, en pleine ascension politique peu avant la Révolution Culturelle est envoyé par Mao Tsè Toung en personne à Nouakchott pour plaider la cause de la Chine aux Nations Unies où le régime communiste tente de déloger celui de Taïpeh ( Taïwan). De telles prouesses qui portent notre diplomatie au firmament a une explication simple: la Mauritanie joue à plein régime sa partition de pays charnière, de pont, entre un monde arabe polarisé autour de la question palestinienne et une Afrique noire admirative de ce maure discret, efficace, qui réussit le tour de force de résister au Maroc, de soutenir l’Indépendance de l’Algérie, que le Général De Gaulle respecte malgré tout, sympathisant de Sékou Touré et ami, presque cousin à plaisanterie au futé Président Senghor.

Donc, jusqu’au début des années 70, la diplomatie mauritanienne est plutôt apaisante et équidistante, sur le front de la question nationale, au grand dam des nationalistes arabes radicaux de plus en plus mécontents de ce qu’ils pensent être des lenteurs dans les reformes d’arabisation tous azimuts qu’ils prônent, y compris sur le plan de l’environnement diplomatique du pays et dont ils savent l’enjeu qu’il représente dans la question de l’identité profonde de la Mauritanie.

Ces nationalistes arabes radicaux montent au créneau et passent à l’offensive à partir de 1966 et prônent ouvertement la rupture avec ce qu’ils disent être les tergiversations et l’esprit de compromis voire de capitulation du régime de Mokhtar Ould Daddah face aux "exigences nationales", c’est à dire leur propre projet de Grand chauvinisme parallèle au nationalisme arabe, soft, rampant d’un pouvoir qui se tourne de plus en plus au Nord et de moins en moins au Sud.

D’un État «ni maure ni noir, ni Nord ni sud mais mauritanien» que portait la vision identitaire officielle, le pays va basculer au début des années 70, à l’ère de la "repersonnalisation de l’homme mauritanien" vers une autre conception des rapports de l’État avec les communautés qui composent le pays, et pour lequel un nouveau venu sur la scène politique, le MND ( Mouvement National Démocratique) trouvera le qualificatif qui sied: chauvine.

( à suive)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)

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Gourmo Abdoul Lo: Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie (suite)Le consensus obtenu au sein de la toute nouvelle classe politique au moment de l’accession à l’indépendance, par le Président Mokhtar Ould Daddah, pour construire un État dans un contexte où tout s’y opposait, était fragile, mouvant.

L’une de ces difficultés d’ordre interne, tient à la qualité même des bâtisseurs de ce consensus, issus pour la plupart d’entre eux, des groupes dominants des communautés dont ils sont issus et qu’ils prétendent représenter dans les jeux politiques complexes qui se nouent et se dénouent au gré des rapports de force changeants entre eux.

Chacun voulant marquer son territoire pour mieux assurer la préservation de ses intérêts spécifiques dans le cadre d’un État en gestation, dominé par une puissance étrangère et revendiqué par un État voisin, le front culturel sera au cœur de la bataille puisque à travers lui se jouait dés le départ, la question de l’identité nationale.

Au fur et à mesure que se consolide le socle de cet État nouveau, le consensus autour de l’ équilibre antérieur incarné par l’usage du français d’abord, puis de l’ arabe et du français comme langues de travail, c’ est à dire comme langues de contrôle de l’ État et de ses démembrements, se fissure peu à peu.

Le Président Mokhtar Ould Daddah, savait manier mieux que personne l’ art de l’ équilibre instable en raison sûrement de sa connaissance des « réalités profondes du pays » et par tempérament.

Mais il avait de l’ État, la conception que nombre de ses pairs, sur le reste du continent, avaient hérité de l’ ancienne puissance coloniale: un État ( surpuissant), un Parti ( Unique), une Nation ( une et indivisible) une Culture ( dominante), une Langue ( unique, officielle).

Les toutes premières mesures de concrétisation de cette vision seront prises en matière scolaire, dans un premier temps pour assurer , l’intégration réelle de l’ arabe dans le système scolaire et administratif, jusqu’ alors sous hégémonie presque sans partage de la langue française, jusqu’ à la première moitié des années 60.

D’abord prises pour corriger les distorsions linguistiques , ces mesures vont vite apparaître pour les cadres négro-africains, comme l’ expression pure et simple d’une inversion de vapeur en faveur de la fraction arabe de l’élite du pays, jusqu’alors sur la défensive il est vrai.

Les » événements de 1966″ sont l’expression de la première grande crise de confiance entre les groupes sociaux dominants du pays, à travers leurs élites respectives.

Les troubles occasionnés par les décisions du régime débouchent sur la naissance et la structuration doctrinale des nationalismes identitaires endogènes de type particulariste, plongeant leurs racines plus ou moins profondément dans des courants d’obédience plus large ( panarabisme, panafricanisme).

Il faut constater que les rédacteurs de la « lettre des 19 » insistent surtout sur les injustices que provoquent ces mesures non seulement pour les élèves mais aussi sur l’avenir des cadres négro africains, et sur ce qui leur semblait lié à une volonté de domination ethnique, sans pour autant mettre en avant quelque revendication que ce soit s’agissant de leurs langues et cultures propres ( Pular, Olof, Soninkè).

Sur le plan politique, ils s’exposaient à être traités de Senghoristes, plus attachés à la défense d’une langue étrangère (le français) que d’une langue nationale (l’arabe).

L’option du Président Mokhtar Ould Daddah est claire désormais: il faut « repersonnaliser l’homme mauritanien » et cette repersonnalisation passe par une arabisation- substitution à l’emprise jusqu’alors hégémonique du français sur fond d’ignorance par les protagonistes, de l’existence des autres langues nationales et des droits de leurs locuteurs.

La querelle, devenue bataille des langues, s’installe donc, entre l’arabe et le français. Le champ de confrontation est le milieu scolaire mais cet affrontement prend appui sur une option géopolitique du régime en place, en cette fin des années 60, et sur le surgissement d’une nouvelle réalité politique qui va profondément modifier la perspective dans laquelle se posait au pays, cette question nationale.

L’option géopolitique est celle de la réorientation des rapports internationaux de la Mauritanie et ses conséquences internes dans la configuration du régime.

La nouvelle réalité est la naissance d’un nouveau courant politique qui, en à peine 5 ans, modifiera profondément la donne politico-idéologique du pays: le MND.

( à suivre).

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie…

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Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale en Mauritanie… La dénonciation du chauvinisme, désormais organiquement associé au racisme du régime, par les forces démocratiques et patriotiques, a suivi la courbe d’intensité des politiques identitaires suivies depuis l’accession de notre pays à l’indépendance formelle en 1960.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, héritier certes toujours récalcitrant du colonialisme, a mis en œuvre la vision française dominante en matière d’identité de l’Etat : uniformité, unicité, assimilation.

C’est la même idéologie française qui va s’implanter partout, dans la quasi-totalité des États anciennement sous domination française: refus systématique de reconnaissance du multiculturalisme, rejet parfois brutal de la diversité, déni éhonté des réalités communautaires ethnolinguistiques.

Dans nombre de ces pays, pour ne pas dire, partout, cette approche assimilationniste ira jusqu’ à la négation pure et simple des langues africaines qualifiées dans le meilleur des cas, de « langues vernaculaires » (c’est- à dire folkloriques) au profit du français, langue de l’élite en grande partie néo-colonisée, au service d’États structurellement soumis et dédiés à une emprise étrangère multiforme.

Le régime de Mokhtar Ould Daddah, pour sa part, dés avant même l’indépendance, sera soumis à une logique spécifique, imposée par l’exigence de « partage du gâteau » entre les membres d’une élite multiculturelle, aspirant chacun, au nom de » sa » communauté, à accéder à la rente étatique que consistent les hauts postes de l’administration publique.

C’est le début de la course à l’échalote, où les candidats à ces postes juteux (prestige, biens matériels) se bousculent pour » représenter » leurs communautés, leurs tribus et/ ou castes sans être mandatés par aucune de ces communautés, étant donné que le système politique nouveau n’était pas démocratique mais au contraire de type autoritaire classique.

Pour s’en sortir et éviter les problèmes sans fin de » cohabitation » au sein du groupe dominant multi- ethnique, les hommes politiques de l’époque vont finir par instaurer une règle non écrite de » partage » du pouvoir, suivant des quotas, entre les arabes ( à l’exclusion des hrattines socialement rejetés par tous) et les négro- africains (3/4 pour les uns et 1/4 pour les autres) avec bien sûr une fluctuence plus ou moins grande suivant les circonstances.

Mais cette politique de partage du pouvoir de l’élite sera constamment sous surveillance des uns et des autres puisqu’il s’agit d’une alliance globalement instable, dominée par une sourde rivalité de type hégémonique.

Alliance et rivalité: telle sont les deux formes essentielles des rapports entre les membres des communautés ethniques auto- cooptés et auto-proclamés représentants de ces communautés.

La fameuse » Question Nationale » fut donc à l’origine (Congrès d’Aleg, etc ) une question posée par les rapports de partage de pouvoir au sein de l’élite dominante du pays.

Voilà la raison pour laquelle elle va d’abord revêtir une forme bureaucratique (quels postes et à qui) et culturelle (en quelle langue l’État devrait- elle s’exprimer?). On comprend, dans ces conditions, quel enjeu central va représenter le problème de la langue officielle et de son usage dans la vie publique.

Dans les autres pays voisins, le français. En Mauritanie, la question sera au cœur de la problématique de la coexistence nationale et alimentera peu à peu, la dynamique de crise de l’unité nationale du pays qui ira en s’amplifiant, du milieu des années 60 à nos jours.

( à suivre)

Gourmo Abdoul Lo
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

 

Pourquoi pas les islamo-démocrates ? / Par Isselmou ould Abdel Kader

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Nous n’avons malheureusement ni la compétence scientifique ni le temps d’engager une polémique sur l’existence d’un État normatif selon l’islam. Qu’il nous soit au moins permis de penser comme Ali Abelderrazigh dont l’essai sur la nature de l'autorité politique dans le monde islamique suscite, depuis1925, un débat houleux sur la question. Cet éminent jurisconsulte et théologien estime envisageable la séparation du spirituel et du temporel, en s’appuyant sur l’argument péremptoire selon lequel, selon lui, le Prophète Mohamed (PSL) fut un guide spirituel et moral et non un roi de ce monde. Le débat au sein de la nébuleuse sunnite entre les tenants de cette conception et les courants salafistes ou wahhabites qui empoisonnent actuellement le monde a abouti à la formation de deux grandes mouvances politiques opposées, en l’occurrence celle des Frères musulmans et celle de l’Etat Islamique (DAECH).

Forcé de schématiser, mais sans vouloir dénoncer certains pays musulmans connus, pour avoir la même source d’inspiration que cette dernière mouvance extrémiste, on peut souligner que la première se reconnaît à travers le modèle étatique de la Turquie actuelle, la conduite du parti de la Nahda tunisienne et la gestion du présent gouvernement du Maroc.

Dans ces trois pays, le Mouvement des Frères musulmans tutoie de très près le modèle de démocratie classique en tirant le plus possible sur le fil trop élastique –quand on veut- de la chariaa islamique. L’habileté et l’intelligence de ce mouvement ne sont pas tant d’avoir accepté le jeu démocratique et le mode d‘accès au pouvoir par des urnes exprimant parfois la volonté de personnes n’ayant pas nécessairement la capacité juridique entière au regard de l’islam, mais d’avoir entériné le principe de la séparation des pouvoirs. Or, accepter ce principe qui est le fondement essentiel de la démocratie, c’est frapper à la porte de la laïcité en courant le risque d’être pointé du doigt par une grande majorité d’exégètes de la chariaa. Ne peut-on pas en conclure que le mouvement des Frères musulmans est, jusqu’ici, l’unique obédience islamique à offrir à l’Umma la possibilité d’accéder à la modernité et à participer à l’harmonie universelle sans se renier ni rompre avec ses racines spirituelles et culturelles ?

Montée inexorable

Retenons-nous cependant de parier sur le caractère inexorablede la montée de ce mouvement, même s’il donne l’impression d’être voué à régenter la plus grande partie du monde musulman, en particulier l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, en dépit de la force montante de l’obédience chiite qui semble avoir de beaux jours devant elle.

En Mauritanie, de nombreuses voies ont exprimé leur inquiétude face à la remontée spectaculaire du mouvement islamiste se regroupant principalement au sein d’une formation politique et noyautant par d’insoupçonnables ramifications de nombreux autres partis. L’on est obligé, en observant cette ascension, de se demander s’il était possible de l’endiguer et quel sacrifice il faudrait consentir pour y arriver. La réponse à ces deux questions interactives nécessite de formuler quelques observations d’ordre logique. Il convient de souligner d’abord que l’éradication d’un mouvement islamique qui accepte les règles du jeu démocratique ne saurait se concevoir autrement que par la voie des urnes, car l’utilisation de la force n’est ni acceptable ni opérante. Si c’était le cas, les partis nazis et fascistes n’auraient pas plongé le monde dans l’horreur pendant plusieurs années et leurs vestiges n’auraient pas perturbé actuellement le sommeil des leaders des démocraties occidentales. On aurait même éliminé les démocrates chrétiens et autres courants cherchant une légitimité dans l’attachement aux valeurs de la chrétienté. L’on ne peut donc arrêter l’ascension des démocrates islamistes que par des arguments et lorsqu’ils auront prouvé leur incapacité à accompagner l’évolution de la société ou réussi à convaincre de leur efficacité. Dans le premier cas, ils seront mis définitivement hors jeu à cause du caractère anachronique de leur référentiel méthodologique par rapport aux aspirations d’une société qui souffre principalement de l’obscurantisme. Dans le second, comme ce qui semble jusqu’ici le cas au Maroc, leur réussite sera dans l’intérêt de tout le pays. Quels seront alors les opportunités dont ils bénéficieront et les obstacles auxquels ils pourront se heurter ?

Le mouvement islamiste évolue grâce à l’attachement à l’islam, les Mauritaniens qui perçoivent cette religion comme un toit commun pouvant résister aux menaces pesant sur leur unité et leur diversité culturelle. S’ajoute à cet attachement le goût de la revanche sur le déclin précipité du mouvement des Almoravides et, probablement, de l’échec du mouvement réformiste de l’Imam Nacer Eddine au milieu du 16e siècle dans la principale région du pays. Ce sont là, certes, de simples réminiscences qui ont, cependant, dans la mémoire des hommes du désert une trace indélébile.

La crise morale qui secoue la société mauritanienne depuis le début du cycle de la sécheresse et l’avènement du régime militaire, ont engendré une criminalité revêtant un caractère inédit et multiforme qui restitue à l’islam son rôle historique de refuge pour les victimes de l‘oppression, de l’exclusion et de l’épouvante, comme au début de la Rissala. C’est, à peu de chose près, comme maintenant où les Mauritaniens tiennent à survivre au règne de l’immoralité, à la misère et aux dangers économiques et culturels d’une modernité envahissante.

Les islamistes peuvent exploiter ce contexte dont ils ont une bonne connaissance en tant que produit tellurique du tissu social et culturel du pays. Ils peuvent obtenir facilement, et ils en ont le droit, des soutiens multiformes grâce à une solidarité agissante entre nébuleuses idéologiques et religieuses.

Contrairement aux autres mouvements qui demeurent emprisonnés sous les décombres des idéologies classiques et se limitent à un discours scolastique, les démocrates islamistes (ou Frères musulmans) compensent la vétusté apparente de leur référentiel par un élan d’enthousiasme exceptionnel et une imagination  fertile en matière d’expression et de réponse, quand c’est possible, aux besoins de populations nécessiteuses.

Cordes sensibles

En évoquant ces opportunités, on touche des cordes sensibles qui risquent à tort ou à raison de susciter davantage de crainte de voir s’accélérer la montée du mouvement islamiste, particulièrement en Mauritanie où pourrait se manifester, dans le subconscient collectif, le souvenir du clivage entre la hiérarchie du Livre et celle  de l’Étrier. Aussi, pourrait-on soupçonner ce mouvement d’avoir une faible marge d’évolution entre les besoins de rénovation sociale et la limite de tolérance que permet son interprétation des enseignements islamiques. L’on sait que tôt ou tard, cette marge aura besoin d’être élargie pour tenir compte de toute l’aspiration à la liberté. Or, il a été constaté que les questions relatives à l’émancipation des groupes sociaux vulnérables et à l’équité de genre ne sont pas encore bien traitées là où les islamistes assurent la gestion des affaires d’État.

Est-il vrai enfin qu’il existe un lien entre l’islamisme modéré et les groupes terroristes comme certains analystes le pensent ? D’aucuns affirment, en effet, que la galaxie islamiste est un labyrinthe à trois compartiments, à savoir le mouvement des Frères musulmans qui occupe la scène politique et accepte les règles du jeu démocratique, le mouvement salafiste fondé sur la vision wahhabite qui rejette la démocratie et donne raison à la seule voie des armes et enfin le mouvement des « Douatt » ou la djamaa-tabligh, une association pour la Prédication, fondée dans les années 1920 en Inde par Muhammad Ilyas Al-Kandhlawi. Selon des spécialistes, ce groupe aurait pour tâche de pourvoir les deux autres en militants selon les capacités de ceux qu’ils forment.

Force est de reconnaître, toutefois que, contrairement à une telle analyse, le mouvement islamiste mauritanien a prouvé sa capacité de rassembler autour de l’aversion pour la violence et de la pertinence de sa stratégie. Il a un capital humain auquel on peut faire confiance et capable de savoir que l’histoire ne doit être utilisée que pour en cautériser adroitement les plaies, que la modernité a des vertus et que l’État mauritanien a besoin d’une force politique disposée à en revisiter les fondements avec une grande dextérité et d’en rénover la charpente.

Quoi qu’il en soit, aucune mouvance politique autre que les islamistes ne semble, dans le contexte actuel, pouvoir rassembler les Mauritaniens autour d’un projet de société largement partagé en rassurant les autres formations politiques qu’elles ne seront pas laissées sur le trottoir comme dans d’autres pays.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould Ebnou

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Elections du 1er septembre : Achat des consciences et bourrage des urnes/Par Moussa Ould EbnouLe Calame - La Mauritanie a pu relever un grand défi en organisant les élections législatives, régionales et municipales du 1er septembre 2018. Ce scrutin a mis en concurrence un nombre record de participants : 502 listes aux couleurs de 98 partis politiques représentant la majorité et opposition.

Malheureusement, ces élections ont été entachées de graves irrégularités, notamment l’utilisation abusive des moyens de l’État par le Président de la république -devenu directeur de campagne de l’un des partis rivaux - l’utilisation d’argent sale dans tout le pays pour acheter les consciences des électeurs, le bourrage des urnes et l’annonce de résultats inattendus pour certains candidats...

Le scrutin a été caractérisé par le manque de transparence et les nombreuses violations graves ont mis en cause la crédibilité des résultats, ce qui peut entraîner la réticence des citoyens à participer à la vie politique et nuire à leur confiance dans la politique et les institutions élues.

Le déroulement de ces élections a constitué un revers majeur dans le processus démocratique, qui a choqué l'opinion publique, amenant les Mauritaniens à douter de l’indépendance de la Commission électorale et à s’interroger sur sa capacité à organiser les échéances électorales à venir.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Mariem Mint Derwich : Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

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Je crois profondément aux valeurs que sont le partage, l’égalité, la justice sociale, élevée que je fus dans cette gauche que le politiquement correct appelle aujourd’hui « extrême gauche»…
Je crois profondément en la redistribution des richesses, en la mixité sociale, en la vertu et la morale en politique. Je crois profondément que la politique est le lieu de la mise à disposition au profit du bien de tous et non pas d’une élite.

Je crois profondément en l’école comme creuset citoyen, en construction d’une pensée commune, en outil de libération… Nous avions l’occasion, petit pays né de nulle part, de construire un modèle social qui profite à tous.

Nous ne sommes pas nombreux, nous sommes forces vives, nous sommes hommes. Nous pouvions décider d’être. Mais nous avons choisi de ne pas nous penser, de ne pas nous construire. Nous avons choisi la déconstruction d’un idéal…

Nous avons favorisé les élites, le mensonge, la corruption, le détournement, l’exclusion communautaire, les politiques de « saupoudrage », l’arrogance en lieu de l’action, le maintien dans un imaginaire fantasmé…

Nous avons découpé notre sous sol, bradé nos richesses, fait de notre seule entreprise, la SNIM, un outil à alimenter les campagnes électorales, atomisé le monde rural traditionnel, dépossédant les paysans au profit de commerçants..

Nous avons fait de l’amoral et du mensonge une vertu…

Nous avons menti à nos enfants, nous continuons à leur mentir et à les effacer de la carte du monde par une Education dite Nationale catastrophique et génératrice d’inculture…

Nous avons bradé nos valeurs islamiques, notre tolérance, notre savoir, notre intelligence au profit d’une » nouvelle » religion, le wahhabisme.

Nous avons fait de l’armée un outil d’asservissement de l’Etat.

Nous avons fait du mépris de l’humain une vertu cardinale…

Nous avons fait de la jalousie, de la méchanceté, une manière de vivre…

Nous nous sommes oubliés en chemin…

Nous sommes fantômes dans la survie….

Nos politiques ne nous méritent pas, nous peuple de Mauritanie…

Mariem Mint Derwich
Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

Sahel : Le règne d'un hitlérisme

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Sahel : Le règne d'un hitlérismeIl y a un vent mauvais, très mauvais qui souffle en ce moment dans tout le Sahel : celui de la haine interethnique.
En arrière fond : la "lutte contre l'insécurité et le terrorisme" et l’électoralisme carnassier. Le centre de gravité de ce chaos est clairement le Mali où s'applique la théorie du "nid de frelons". Tous les extrémismes s'y sont donnés rendez vous. Et toutes les erreurs d'analyse des stratèges de l'anti-terrorisme s'y épanouissent.

Les contre-mesures et les frappes aveugles contre des groupes "djihadistes" vite identifiés à l'appartenance ethnolinguiste de leurs chefs ou de leurs combattants, fait basculer la région dans la spirale de la guerre de tous contre tous, des petites gens contre d'autres petites gens, alimentée par des opérations spéciales de mains invisibles mais identifiables.

La haine contre les peuls ou les arabes ou les touarègues déchaine celle contre les dogons ou les bambaras...et, encore une fois, les réseaux sociaux ont la part belle, pour exciter les passions aveugles par la brutalité insoutenable des images et l'impunité scandaleuse des commentaires haineux qui les accompagnent. Il n'y a plus aucun frein, aucune limite, verbale ou symbolique, juridique ou morale. Tout se dit et s'expose.

C'est le règne d'un hitlérisme diffus qui s'empare rapidement des esprits et rend obsolètes toute logique et tout bon sens. Le sahel bascule dans la violence et ses dirigeants aiment se la raconter pour plaire à d'autres, tandis que meurt l'esprit de nos peuples sous la violence de la bêtise.

Par Gourmo Abdoul Lô
Source : Alakhbar (Mauritanie)

 

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (5)/Par Ahmedou Ould Moustapha

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Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (5)/Par Ahmedou Ould MoustaphaUn système à levier redoutable

On est là au milieu de la quatrième période. C’est un moment décisif, certes contemporain mais non moins historique dans les relations de l’Occident avec l’Orient et même avec la planète entière.

Car, cette fois-ci, Il s’organise au fur et à mesure, sous la conduite des Etats Unis, pour exercer une autre forme de domination, plus insidieuse, plus efficace et moins coûteuse. Cette ultime contre-offensive va reposer sur un système monétaire international à levier redoutable, auquel il sera impossible de s’échapper.

Il s’agit de ce système par lequel l’Occident contrôle exclusivement toute la circulation monétaire du monde à travers son réseau bancaire qui régit tous les mécanismes du marché mondial des échanges commerciaux à partir de ses grands centres de concentration ou courroies de transfert que sont New York, Londres, Zurich, Frankfort et Paris, qui s’étendent à l’aide de leurs filiales et correspondants sur toute la planète.

La maîtrise exclusive des rouages de toutes les opérations commerciales par lesquelles l’Occident contrôle le flux financier international et donc l’économie mondiale, loin de s’affaiblir, va s’accentuer de jour en jour et ira jusqu’à susciter, dans les pays du tiers monde, un paradoxe douloureux : voilà des pays producteurs très riches en matières premières, objets de fortes demandes, et qui peuvent se retrouver soudainement en manque de liquidité (…).

C’est un système d’autant plus redoutable que ce ne sont autres que ces mêmes banques américaines et européennes, pourtant toutes privées, qui se chargeront d’appliquer rigoureusement les sanctions occidentales contre n’importe quel concurrent ou adversaire non-occidental, telles que la Chine et la Russie, sans parler de l’Iran et autres.

Et il suffit que les Etats Unis décident de sanctionner un pays pour qu’il devienne vite la cible commune de toute cette structure financière internationale.

Donc une quatrième période largement marquée par ce système qui fut le principal levier que l’Occident avait activé de manière à la fois invisible et durable pour mettre à genoux l’ex URSS et les pays que l’on nommait alors ses satellites. Il demeure encore une arme redoutable entre les mains des Etats Unis qui, seuls, désignent les adversaires et décident quand faut-il les sanctionner.

C’est en cela qu’elle constitue une période plus que décisive, pour ce qu’elle représente dans le tournant des événements qui ont bouleversé beaucoup de certitudes et changé la face du monde.

Qui eût cru en effet que la puissante armée de l’Union Soviétique pouvait subir une si grave défaite en Afghanistan, telle qu’elle entrainât : l’éclatement de l’URSS en différents pays (…), la chute du Mur de Berlin suivie de l’unification des deux Allemagnes et une belle occasion pour l’OTAN de provoquer une guerre civile en Yougoslavie afin d’y intervenir militairement et de le diviser en cinq petits Etats (Serbie, Croatie, Monténégro, Macédoine et Bosnie), bref la disparition du communisme ?

Qui pouvait encore imaginer que l’Irak allait reculer d’un siècle parce que le président Saddam Hussein – dont le pays fut victime d’un raid aérien d’Israël visant à détruire un projet de centrale nucléaire civile – avait verbalement menacé Israël, lors d’un Sommet arabe à Amman, en brandissant une petite fiole, comme pour sous entendre que la bombe nucléaire irakienne était en cours de fabrication ?

Etait-il prévisible, à ce moment-là, que les Etats Unis allaient saisir ce prétexte, en se préparant longuement et avec beaucoup de détermination, pour envahir ce pays en l’absence de tout mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU, tuant près d’un million d’irakiens, civils et militaires, avant de disloquer l’armée et de dissoudre toutes les autres structures étatiques du pays, le laissant ainsi en champ de ruine ?

Le reste de l’histoire appartient à l’actualité

C’est dans ce contexte que surgira Vladimir Poutine, gardant en lui une profonde blessure provenant de l’humiliation faite à la Russie pendant qu’elle sortait difficilement de sa convalescence, suite à l’implosion qui emporta l’ex URRS, humiliation particulièrement douloureuse lorsque la Russie ne pouvait qu’assister impuissante face aux événements, à conséquence géopolitique majeure, qui se déroulaient en Irak, en Serbie et en Lybie où elle fut considérée comme moins que rien par l’Occident(1).

C’est aussi dans ce contexte-là que la Chine connaîtra, presque discrètement, durant plus de deux décennies, une croissance économique prodigieuse, avec un taux à deux chiffres, faisant aujourd’hui de la Chine la première puissance économique mondiale, selon de récentes études d’institutions américaines prestigieuses. (Nous y reviendrons)

Le but de cette petite rétrospective était de présenter brièvement l’évolution historique des relations entre l’Occident et l’Orient. Le reste de l’histoire appartient à l’actualité que nous pouvons aborder à présent pour orienter notre perception de la dimension économique et la portée géopolitique qui en découlent :

Tout le monde sait que la géopolitique est d’abord une question économique, car le pouvoir politique et militaire repose sur le pouvoir économique. Or la posture économique des Etats Unis est de plus en plus insoutenable à court terme, elle se caractérise par un triple déséquilibre : le tarissement de l’épargne et l’endettement des ménages, le déficit budgétaire résultant du refus idéologique de toute hausse d’impôts significative, enfin le déficit abyssal de la balance des comptes publics – autrement dit la dette nationale qui s’élève à plus de 20 000 Milliards de dollars à la fin de l’année écoulée.

C’est donc un déséquilibre global qui n’est pas très loin de provoquer l’effondrement de l’économie américaine. La baisse continuelle de la valeur du dollar viendra renforcer cette tendance qui ne manquera pas d’entraîner un relèvement brutal des taux bancaires, ralentissant ainsi l’économie intérieure pour au moins plusieurs années…

Cette chute du dollar se traduit déjà par la dévalorisation des titres du trésor américain que détiennent pour la plupart, sous forme de réserves, les pays du Moyen Orient et asiatiques, la Chine en premier lieu en ce qu’elle possède à elle seule plus de 25% de ces titres, ce qui va tout simplement ruiner ses finances si cela continuait au moment où, poussée par des forces populistes, l’Administration de Donald Trump décide de réinstaurer le protectionnisme en augmentant les taxes sur quelques produits importés de Chine.

Précisons que parmi les raisons de cette mesure, il y a le déficit annuel de la balance commerciale, entre les deux pays, qui s’élève, en 2017, à plus de 370 milliards de dollars en faveur de la Chine ; encore que ce n’est pas nouveau que les Etats Unis piétinent les accords commerciaux ou autres chaque fois que ces derniers n’assurent plus leur hégémonie, même si, dans cette occurrence, la Chine avait aussitôt répliqué en ciblant 128 produits américains qui feront l’objet de taxes supplémentaires à l’importation.

(1)Voir mes articles publiés au Calame, en 2016, sous le titre : La crise Syrienne et la résurrection de la Russie

Par Ahmedou Ould Moustapha

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (4)/Par Ahmedou Ould Moustapha

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Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (4)/Par Ahmedou Ould MoustaphaL’Eurasie, prochain centre attractif du monde.

Les prémices de ces incertitudes sont maintenant très visibles : par ses envolées martiales contre la Russie ainsi que les menaces de protections économiques qu’il brandit devant la Chine, contrairement aux accords commerciaux qu’il a lui-même initiés et signés, l’Occident montre bien qu’il déborde de son lit.

A trop vouloir endiguer le cours de l’histoire, par des sanctions inefficaces et d’abord préjudiciables à ses propres économies, ainsi que des manœuvres d’intimidation qui ressemblent décidément à un trait de caractère, il ne fait que précipiter l’éruption des grandes forces de l’axe eurasiatique longtemps contenues et déjà en marche pour devenir le prochain centre attractif du monde :

en ce moment même, et ce n’est pas nouveau, beaucoup d’entreprises occidentales se délocalisent vers cet axe, attirées par sa vigueur économique, contrairement et au détriment du bloc occidental, elles se comptent en centaines par jour.

Mais l’Occident est comme animé par une forte volonté d’établir des règles fondées sur des principes et valeurs qu’il a lui-même définis et qui doivent absolument s’imposer à tout le monde, sauf à lui lorsqu’il n’y trouve plus son hégémonie. Toutefois, il ne faut pas croire que cette méprise ou ce comportement anachronique se rapporte uniquement aux oppositions commerciales ou politiques du moment. Que non, il vient de très loin !

Et pour bien le comprendre, il faut d’abord préciser une chose : nombreux sont ceux qui pensent en effet que l’Eurasie désigne seulement ou principalement la Russie et la Chine, parce qu’ils l’imaginent en termes d’alliance politique ou stratégique, bien que le culte païen de Mithra, d’origine indo-persan, alors massivement adopté par les romains, fasse référence à une entité plus large, comprenant l’Asie mineure, donc une grande partie de la Russie, ainsi que les autres grands ensembles, le tout étant désigné séparément par le Proche, le Moyen et l’Extrême Orient.

Les relations de cette Eurasie avec l’Occident existaient déjà depuis très longtemps et furent toujours caractérisées par cette nature tumultueuse.

C’est là un point de l’histoire que je ne puis m’empêcher d’aborder à grand trait, parce qu’il traduit les véritables pulsions de l’Occident dans ses rapports, dès le début, à l’Orient.

Il faut donc faire appel à quelques événements historiques en essayant – autant que faire se peut – de regrouper, succinctement, les quatre périodes majeures qui ont marqué ces relations, cela pourrait aider à voir plus claire dans le jeu des nations ou la géopolitique des temps qui courent :

La première période est très ancienne. Son objet était le commerce de la soie, de la Chine à l’Occident, vers le 2ème siècle avant notre ère ; un commerce qui se faisait depuis le nord-est de la Chine, par l’intermédiaire du peuple des Parthes (aujourd’hui iraniens) alors voisin de l’Empire romain qui, lui, avait ouvert les routes jusqu’à la méditerranée, permettant ainsi à ce commerce de se développer par voies maritimes.

Plus tard, au 7ème siècle de notre ère, en envahissant le royaume des Parthes, la Perse intégra ainsi un territoire stratégique qui va lui permettre d’obtenir un statut très important dans le concert des empires et surtout d’acquérir le secret de la production de la soie.

Et une fois tombée à son tour aux mains de la dynastie musulmane des abbassides, ce commerce n’en continua pas moins. Mais suite à la christianisation accélérée de l’Empire romain, l’Occident ouvrira, de la Byzance, un nouvel itinéraire qui passera par le Caucase et la mer Caspienne ; d’où les premières relations commerciales avec cette région. Et quand les routes terrestres se verront coupées au 9ème siècle, les musulmans du Caucase assureront cette voie maritime…

La deuxième période est essentiellement marquée par les croisades déjà évoquées précédemment. Celles-ci étaient prétendument guidées par la volonté de l’Eglise de s’affirmer vigoureusement devant l’Islam en qui elle voyait une forte menace.

Pour ce faire, il lui fallait centraliser son autorité et l’exercer en tant que pouvoir politique sous l’égide du Pape Nicolas 1er. Elle se lança alors à la conquête de Jérusalem pour s’ancrer dans ses lieux d’origine et se déployer au plus près dans son offensive contre l’Islam.

C’est le début de la première croisade dont l’objectif déclaré était de porter secours aux chrétiens d’Orient ‘’menacés par les musulmans’’, la septième et dernière croisade aura lieu en 1248, toujours pour le même prétendu motif.

Mais – faut-il le rappeler ? – ce sont les chrétiens d’Orient qui en seront les premières victimes, et les croisades ne prirent fin qu’en 1291 avec l’expulsion des derniers francs de toute la région qui redeviendra ainsi ce qu’elle fut : une région où vivaient en bon voisinage les musulmans, les juifs et les chrétiens.

Il demeure cependant que, bien avant cette expulsion, les succès alors remportés par les croisés avaient développé en Occident un esprit de conquête qui occulta complètement les terribles atrocités commises par ces derniers.

Peut-être que l’urgence de la lutte contre les musulmans justifiait-elle toutes ces atrocités ? Ou bien la querelle des investitures papales durant cette longue période constituait-elle un enjeu aussi important qu’elle masquât toutes ces horreurs qui ont fait fi au cœur humain et aux paroles d’amour du Christ ?

Quoi qu’il en soit, parallèlement à tout cela, des activités missionnaires furent entreprises en Russie et en direction de la Chine où régnaient encore les Mongols ; mais ces missionnaires n’ont pu enregistrer les mêmes succès que remportèrent les croisés.

Car, sur ce plan, la Russie sera plutôt gagnée par ce que l’Occident catholique appelait alors la secte des orthodoxes de la Byzance et la Chine tombera largement sous l’influence du Bouddhisme…

La troisième période se déroula au 15ème siècle. En 1453 Constantinople (Istanbul) tomba entre les mains des musulmans ; c’est l’époque où l’Espagne se prépara pour reconquérir l’Andalousie.

En 1492 la reprise de Grenade marqua la fin des principautés musulmanes d’Espagne, le catholicisme affirma son identité exclusive sur tout le pays avec l’expulsion des musulmans et des juifs.

A nouveau l’Occident catholique rejette et tente d’effacer violement toute identité qui ne se reconnaît pas en lui, comme il l’a fait avec la civilisation romaine ainsi que l’église orthodoxe en Byzance et, plus tard, avec l’église protestante, ces deux dernières ont, de surcroit, beaucoup souffert de l’intolérance de l’église catholique.

Commence alors l’époque des grandes découvertes se traduisant par l’expansion espagnole dans le nouveau monde et l’occasion d’implanter de nouvelles églises catholiques dans d’autres continents

C’est aussi l’époque où Christophe Colomb découvrît l’Amérique (1492) et où Vasco de Gama échoua sur les côtes des Indes pour s’emparer de Goa en 1510…

Cent ans pus tard, un Collège fut créé à Rome pour former des missionnaires et la propagation de la foi chrétienne. Les premiers missionnaires de ce collège seront envoyés en Chine pour rivaliser avec le Bouddhisme largement majoritaire et aussi avec l’Islam qui commençait à s’y implanter petit à petit, notamment dans la partie nord-ouest où vit aujourd’hui encore une importante communauté musulmane nommée les Ouighours ; mais la parole de ces missionnaires sera vite jugée menaçante, car trop liée au pouvoir politique en Occident

Toujours est-il que ce vaste mouvement de conquête spirituelle de l’Orient sera très affaibli par l’implosion interne de l’Eglise : Luther (16ème siècle) est excommunié par l’église catholique, suite à quoi naquit la chapelle protestante dont il est le père et qui fera l’objet de l’Edit de Nantes conduisant à une répression meurtrière sous forme d’une guerre de religion contre les protestants qui se voyaient ainsi obligés de prendre massivement les chemins de l’exil. Une curieuse question financière était à l’origine de ce conflit :

Au départ, il s’agissait de reconstruire le dôme de l’église St Pierre, ce qui nécessitait la mobilisation de fonds importants, l’entourage du Pape Léon X inventa donc les indulgences qui se traduisirent par des documents signés par le Pape et vendus aux fidèles qui croyaient s’absoudre ainsi de leurs péchés en achetant ces indulgences.

Seulement, après les travaux de réhabilitation du dôme, ce commerce continua de plus belle, massivement, cette fois-ci non plus pour de bonnes œuvres liées au culte mais pour financer les banquets fastueux du Pape ainsi que d’autres cérémonies mondaines très coûteuses et qui n’avaient rien à voir avec le culte.

C’est de là que le moine allemand, Martin Luther, éleva fortement la voix pour condamner ce commerce qu’il qualifiait de trafic honteux ; et comme son discours était convaincant, ses adeptes devenaient de plus en plus nombreux. Sa protestation prenait alors la forme d’un mouvement qui grandissait vite, d’où son nom de protestantisme et ce violent schisme entre les deux communautés, catholique et protestante, ainsi que les revendications périodiques de quelques autres groupes catholiques réformistes.

Mais les chefs catholiques qui tenaient le pouvoir à Rome finiront par imposer leurs structures et leur vision de la Chrétienneté, en se projetant vers d’autres continents comme indiqué ci-avant.

Soulignons toutefois qu’une une telle expansion territoriale et une telle victoire idéologique sur la dissidence interne n’étaient possibles que sous un fort centralisme politique.

Il se trouve que ces deux succès seront davantage consolidés, plus tard, sous le règne de Louis XIV ou le « roi soleil » qui se fera reconnaître roi de droit divin et dont le pouvoir était marqué par sa puissance et son caractère absolu.

Et parce que son pouvoir était fort, il promulgua un décret de révocation de l’Edit de Nantes, comme quoi le protestantisme était désormais toléré, même si la majorité catholique de l’époque restait toujours opposée à ce mouvement réformiste eu égard au nombre d’années (90, presque un siècle) qu’aura duré une campagne féroce et hostile à son encontre…

C’était au 17ème siècle, où s’ouvrirent des écoles de langues étrangères destinées à former des interprètes. On y étudia les langues orientales dont l’arabe, le chinois et autres.

L’apprentissage de ces langues pouvait donner à penser qu’il s’agissait de se les approprier pour s’ouvrir à d’autres cultures et acquérir une vertu de tolérance et d’égalité humaine supérieure à ce sentiment d’indifférence ou plutôt de suffisance, pour ne pas dire de mépris, duquel l’Occident n’arrive pas encore à se départir et à quoi est toujours réduite sa relation aux autres.

C’est une question de culture : la civilisation occidentale, de par sa nature consumériste et son historicité, a introduit dans la conscience de ses peuples une hiérarchie de valeurs culturelles qui réduit les nations non occidentales au dernier échelon, en sorte que le regard du plus ordinaire des citoyens européens traduit une supposée de supériorité qui signifie que le non occidental est culturellement inférieur…

Même le siècle des lumières (18ème) qui s’en suivit n’y changera rien. Il déclenchera par contre un long processus marqué par plusieurs soubresauts, avant d’aboutir à l’époque napoléonienne qui s’élargira jusqu’au cœur même de la Russie et de marquer l’histoire de manière décisive par la naissance de la révolution industrielle au 19ème siècle…

Là s’achève le projet initial de l’Occident chrétien, né à la fin de l’Empire romain. Car en voulant intégrer le grand Orient, il a méjugé de sa capacité et épuisé son projet d’expansion spirituelle.

Un autre état d’esprit apparaît. Il ne s’agit plus d’imposer une pensée spirituelle, ni d’engager des guerres au nom de la solidarité chrétienne, mais bien au nom des matières premières, c’est-à-dire de l’économie et du capitalisme.

C’est en effet au cours du 19ème et tout au début du 20ème siècle que l’Occident entreprit une autre forme de conquête, politique celle-là, à savoir la colonisation de territoires devenus un champ de batailles entre les différentes nations européennes.

Mais la deuxième guerre mondiale, qui en constitue l’une des conséquences, viendra perturber ce projet et accoucher d’une autre révolution qui va accélérer l’histoire à un rythme mécanique, de l’Afrique à l’Asie : les peuples soumis ou colonisés, dans un brusque élan de libération, se mettent simultanément et farouchement debout pour arracher leurs indépendances.

A partir de là, vint une courte période dite néocoloniale qui faisait beaucoup de mal mais n’avait aucun avenir, puisqu’une nouvelle ère allait se dessiner avec la révolution nassérienne, la glorieuse lutte du peuple algérien, les différents mouvements de libération africains et surtout la défaite cinglante des Etats Unis au Vietnam.

Dès lors, s’opposer aux souverainetés nationales des pays, ou s’immiscer ouvertement dans leurs affaires intérieures, devenait quelque chose d’anachronique. Mais ce n’est pas pour autant que l’Occident allait prendre un peu de distance ou manquer de ressource !

Il offrira alors à ces peuples nouvellement libres la possibilité d’orienter leur destin vers le meilleur ou le pire, tout en laissant place à l’expression de la pensée critique, c’est-à-dire différente et libre. Il jouissait bien de cette culture démocratique incomparable qui l’a conduit à une qualité de vie supérieure, et tous les peuples des autres zones de cette terre la lui enviaient, bien qu’on se disputât, ici ou là, sur l’adaptation ou la forme qu’il convenait de lui donner.

(A suivre)
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

Crise pastorale explosive en Mauritanie : Note d'alerte

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Crise pastorale explosive en Mauritanie : Note d'alerteLa densité et la qualité des pâturages sont intimement liées à la bonne pluviométrie et à sa bonne répartition spatiotemporelle.

Or, l’hivernage 2017/2018 fut caractérisé en Mauritanie par une mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies sur l’ensemble du pays et un déficit enregistré au niveau de la plupart des stations suivies par rapport à l’année dernière et à la normale. En effet, 52% des stations suivies par les services techniques compétents ont été déficitaires cet hivernage par rapport à l’année dernière et 39% par rapport à la normale (1981-2010).

Cette situation a engendré comme conséquence, un déficit fourrager au niveau des principales zones d’élevage du pays. A cela s’ajoute les difficultés d’abreuvement dues à la rareté des eaux de surface et le tarissement rapide des puits.

De ce constat inquiétant, on notait déjà en fin septembre, une forte pression dans les rares zones bien fournies en pâturages avec des conséquences sur la durée d’exploitation de ces zones mais également sur l’écosystème (dégradation causée par le surpeuplement). Par endroits, les pasteurs avaient même des difficultés d’abreuvement du cheptel à cause du tarissement rapide des marres. Une transhumance précoce avait débuté dès Octobre selon les zones.

La situation à la troisième décade de Septembre 2017 comparée avec celle Septembre 2016 montrait clairement un déficit réel reflété par l’imagerie satellitaire NDVI des deux indices de végétation aux deux périodes. La situation pastorale ainsi exposée par cette imagerie satellitaire affichait un espace fourrager nettement en deçà de celle de l’année dernière.

Cette évaluation de la situation pastorale fut renforcée par le Rapport d’Action Contre la Faim (ACF) relatif à la situation de la biomasse à travers l’analyse de la production de celle-ci effectuée en octobre 2017 mettant en exergue une production décroissante du nord vers le sud. Cependant et contrairement à la normale, plusieurs zones de faibles productions (moins de 500 Kg/Ha) étaient observées même dans les zones bordant le fleuve Sénégal jadis mieux fournies. Selon cette évaluation avisée d’ACF, la production de la biomasse de chaque Wilaya restait en dessous de sa production moyenne historique pour la plupart, et parfois leur production est comparable ou pire que celle de 2011.

Ces appréciations objectives de la situation et le flair des éleveurs avaient conduit à une transhumance très précoce du cheptel avec des mouvements importants relevés dès le mois d’octobre à l’intérieur du pays, du nord vers les zones de refuge du Sud et à l’extérieur vers les pays limitrophes.

Par ailleurs, la situation globale du pastoralisme au Sahel qualifiée de «crise pastorale explosive» fut l’objet d’une réunion de trois jours des membres du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), au siège de l’OCDE à Paris.

Cette encontre qui regroupaient 150 responsables ouest-africains, dont plusieurs ministres de l’Agriculture ou de l’Elevage, des institutions régionales africaines et des organisations internationales (Onu, UE, Banque Mondiale, agences de développement, ONG…), n’a pas manqué de mettre en lumière la gravité de la situation pastorale dans la sous région au moment où: «la sécheresse chasse les troupeaux et leurs bergers vers des contrées plus accueillantes, déclenchant une « crise pastorale» qui risque d’aggraver l’insécurité alimentaire dans une région déjà fragilisée par la présence de groupes jihadistes». Selon ces Experts réunis à Paris, la production de fourrages a globalement baissé dans la région mais avec des disparités car en Mauritanie elle est de 95% par rapport à la moyenne des cinq dernières années faisant de cette année en cours l’une des pires années pastorales pour les éleveurs nationaux.

Devant une telle situation, les autorités nationales avaient anticipé avec la mise en place du Programme d’Assistance au Cheptel (PAC) suivant l’arrêté Arrêté N° 0825 du 28 Septembre 2017/PM/DGLTEJO. Cependant force est de constater le retard dans la mise en œuvre du Plan de Réponse et l’insuffisance des produits selon les éleveurs les contraignant à une ruée vers la Wilaya du Guidimaka où l’on assiste à une très forte concentration d’animaux avec ses effets négatifs sur l’écosystème. La rareté de l’aliment de bétail dans les magasins du CSA et des Boutiques EMEL couplée avec le renchérissement du produit, les éleveurs de la Wilaya rapportent que : «Le sac qui coûtait 300 N-UM (3.000 ancienne ouguiya) en temps normal, est remonté à la mi-mars à 650 N-UM puis à 850 N-UM ces derniers temps».

Avec cette rareté du couvert végétal, des aliments de bétail et la cherté du produits, les éleveurs se sont adonnés à l’exploitation des pâturages aériens abattant ainsi abusivement les arbres de «Techtaya» pour nourrir leur cheptel. Cette coupe abusive n’est pas sans risques pouvant contribuer à la déforestation de cette Wilaya qui reste la principale zone d’accueil du cheptel national aujourd’hui en détresse.

Compte tenu de l’importance de l’élevage et de sa contribution au PIB, et face à cette situation préoccupante, le Réseau des ONGs sur la Sécurité Alimentaire (ROSA) attire l’attention des autorités nationales sur les conséquences prévisibles de cette réalité pastorale et les exhorte à:

Accélérer et concrétiser la mise en œuvre rapide du plan national de réponse: i) pour assister les populations en crise et d’urgence alimentaire et nutritionnelle dans le pays avec une attention particulière pour les couches les plus vulnérables notamment les enfants en bas âge et les femmes enceintes et allaitantes ; ii) pour protéger les moyens d’existence des populations pastorales et agro-pastorales sous pression en mettant l’accent sur l’approvisionnement en aliments pour bétail et les autres instruments de gestion de la vulnérabilité pastorale;

combler le déficit de pâturages en disponibilisant l’aliment de bétail et en densifiant les points de vente;

Réapprovisionner les magasins du CSA et les Boutiques EMEL en aliment de bétail;

multiplier les points d’eau pastorale dans les zones non encore pourvues pour: (i) diminuer la pression des animaux sur des écosystèmes déjà fragiles et éviter ce recours à la coupe abusive des «Techtaya» pour nourrir le bétail; (ii) parer aux éventuels conflits que pourrait engendrer une telle concentration d’animaux dans une Wilaya agricole.

renforcer la surveillance épidémiologique dans les zones de concentration afin de prévenir d’éventuelles maladies animales;

Nouakchott, le 2 mai 2018

Réseau des ONGs sur la Sécurité Alimentaire (ROSA)

Appui au Développement Intégré des Communautés Rurales (ADICOR)

Association pour le Développement Intégré du Guidimagha (ADIG)

Association des Producteurs de Lait et Viande (APLV)

Association Mauritanienne d’Auto- Développement (AMAD)

Association Nutrition et Développement (ANED)

Association pour la Recherche et le Développement en Mauritanie (ARDM)

Banlieues du Monde Mauritanie (BLM)

Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits de l’Homme (CSVVDH)

Forum des Organisations Nationales des Droits Humains (FONADH)

M2000

ONG ACTIONS

ONG Au Secours

Réseau des Femmes de la Pêche

Source : ROSA

 

Aidez-moi à comprendre (Libre Expression) par Adama Ngaide

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Aidez-moi à comprendre (Libre Expression) par Adama NgaideAdama Ngaide - Avons-nous besoin de dire que nous aimons notre pays. C’est justement tout le soubassement de notre combat contre le système en place. Nous aimons la Mauritanie pour son écosystème fascinant, ses composantes ethniques dont les richesses incommensurables sont certaines.

Notre musique, notre art, nos habitudes culinaires sont autant de choses dont on peut nous vanter. Notre sol et notre sous-sol sur lequel nous n’avons aucune souveraineté est abondamment riche. On a du fer, du pétrole, du gaz, des terres arables et des forêts.

Notre mer, notre Fleuve, nos phosphates, notre désert, cette vallée sont des richesses énormes. Nos langues ! l’arabe, le pulaar, le soninko, le Wolof ; Le Bambara et le berbère (Juste que là non reconnus) font partie de notre patrimoine linguiste. La nature nous a donc bien servie ! Qu’avons-nous fait de toutes ces richesses depuis notre accession à la souveraineté internationale ? Nada….

En effet, je constate médusé, renversé que notre élite, le mauritanien de l’intérieur et de la diaspora veulent trop se sauver la face et se détourner de la réalité quotidienne, qui est la nôtre, réalité qui renseigne éloquemment sur les démons qui nous habitent.

Je suis de ceux qui pensent que la misère que nous vivons (particulièrement la politique), n’est point en incohérence avec nos comportements. Au contraire ! Il y’a une parfaite communion entre les déboires de l’élite et les déboires du citoyen Lamda.

Nos comportements puants sont, grandeur nature, en cohérence avec la façon dont nous sommes gouvernés. Regardons intelligemment et honnêtement comment sont gérées nos associations sociales, culturelles, villageoises, politiques, de droits de l’Homme et même nos associations religieuses ?

La gestion de ces associations rappelle à bien des égards celle de l’état que nous combattons. Cet état géré par les dictateurs successifs est là devant nous avec sa cohorte d’incohérences : culte porté sur la personne, mis en scène et défilé des courtisans, on régente les personnes ; On asservi les personnes au lieu de les servir, la désinformation, la réduction des personnes à des gobeurs d’idées farfelues, tricheries, absence de bilans, fuite en avant, bref toutes choses qui caractérisent l’état dictatorial de Nouakchott.

En Mauritanie, l’élite gouvernante a changé la constitution pour conforter le chef suprême soit confortable dans son fauteuil. Tenez-vous bien, nous avons vu et avons assisté aux même scenarii dans des associations apolitiques où des changements de statuts et de règlements ont été opérés pour régler des comptes ! Et ironie du sort : Ce sont des « opposants » au régime de Nouakchott qui en sont les initiateurs.

Or, quand un chef d’état le fait, c’est INANCEPTABLE et des larmes de crocodiles sont versées. Mais quand un opposant en est l’auteur, et de surcroit dans une association apolitique, l’acte tombe dans l’ordre du normal. Aider moi à comprendre.

Ces bassesses et ces duplicités, pour ne pas dire hypocrisie, sont bien mauritaniennes et se rencontrent dans toutes nos associations dites de la société civile (Un fourre-tout) qui ressemble à un refuge a cartouchards ou à démissionnaires politiques et/ou à tricheurs.

Chers concitoyens, il est incohérent pour des gens qui combattent le désordre d’être eux-mêmes des adeptes du désordre et de l’incohérence. Il y’a des fondamentaux que nous devons embrasser, promouvoir, expérimenter a tous les niveaux pour enfin les mériter.

Comment un opposant peut-il promouvoir le culte de la personne et combattre la dictature ? Comment un opposant peut-il être réfractaire a la culture du bilan et prétendre se battre pour l’avènement de la démocratie et la transparence ? Aider à comprendre !

C’est dans notre pays où, la culture de la transhumance politique est devenue un sport auquel s’adonnent des milliers de mauritaniens. La bassesse, dans notre pays est aussi cette incapacité affectant les intellectuels incapables de se détacher de la masse pour assister un pays, une population laissée à elle-même.

Aider moi à comprendre comment une personne peut-elle se positionner en politique sur la base de la famille, de son appartenance territoriale, tribale, raciale ? Aider moi à comprendre pourquoi nos sommités religieuses et coutumières se détachent du livre pour servir le temporel dans ses injustices contre les pauvres ?

Aider moi a comprendre pourquoi un policier, un douanier, un gendarme devrait accepter des billets de 1000UM pour laisser filer une voiture non assurée ? Aider moi à comprendre pourquoi un charretier, gourdin à la main, arrive assener un coup mortel a un chauffeur et rester impuni ?

Aider moi a comprendre comment un instituteur ou un professeur arrivent à se détourner de l’école publique pour laquelle il a été formé et payé pour s’investir 98% de son temps dans des écoles privées et/ou au volants de sa voiture transformée en taxi urbain ou interurbain ? Quid de cet administrateur formé pour servir les citoyens qui se reconverti en un courtier toujours au bout du fil pour régler ses affaires personnelles ?

Quid de ces ministres, ambassadeurs, généraux, gouverneurs, préfets et chefs coutumiers devenus, tutti quanti, des Hommes d’affaires ? Aider moi à comprendre pourquoi le ministère de l’éducation nationale est devenu une boutique où on achète les diplômes de BAC.

Quid de ce citoyen d’une « bonne famille » déclaré admis dans une école militaire, ou à l’ENA grâce à un coup de fil ? Aider moi à comprendre pourquoi, un « médecin », cigarette a la main, déambulerait pendant qu’un malade gisait dans son lit d’urgence.

Chers concitoyens et concitoyennes, la Mauritanie se trouve dans une impasse. La liste de nos bassesses est longue et ce sont de telles bassesses qui ont conduit des pays à des crises irréparables et notre pays est aujourd’hui bien exposé. Et il n’est point besoin d’être un illuminé pour comprendre les dangers qui guettent ce pays tellement les bassesses sont nombreuses et graves.

Mais nous ne saurons jamais apporter le changement pendant que nous nous amusions à nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas ou ce que nous n’essayons même pas d’être......!!!!!!

Adama Ngaide/USA
Source : Adama Ngaide

 

Nouvelles d’ailleurs : Chauvinisme

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Nouvelles d’ailleurs : ChauvinismeMauvais temps pour la langue française. Un temps de chien. C’est le truc à la mode dans les milieux « patriotico-nationalistes-chauvins ». Entre l’écriture toute personnelle de notre roman national, la chasse au squelette d’anciens résistants, l’apologie de la langue arabe, la politique, les sous de la politique, les sous des amis de la politique locale, une langue se meurt.


Attaquée de toutes parts, laminée, moquée, insultée. Ignorée. On lui fait porter tout le poids de nos péchés, de nos incompétences depuis des décennies, de nos manquements, de nos ignorances.

Coupable facile, pour un pays qui s’est construit en faisant l’économie d’une vraie réflexion sur le « Qui sommes-nous? Comment un ensemble épars se construit-il Nation ? » Pour élever un sentiment nationaliste, quoi de mieux qu’un coupable idéal ?

En oubliant les conséquences désastreuses d’une ancienne poussée d’urticaire nationaliste, lors de la 1èreguerre du Golfe : mise au ban des nations, isolement, fragilité étatique… Sans oublier l’autre poussée ultra-chauvine, celle qui a mené aux abominations des années de sang.

D’oubli en oubli, voilà qu’il est bon ton, aujourd’hui, d’être chauvin. Et d’être, même, chauvin inventif… J’ai lu, ici et là, des pamphlets déclarant que nous sommes, rien que ça, la « dernière nation arabe », « l’Oumma », « les derniers arabes »…
Rien que ça. Je comprends que cela puisse galvaniser le pauvre type au ventre creux, paumé, quelque part, entre deux élections et deux distributions de « dons à vote ».

Je comprends aussi que ces envolées lyriques fassent frissonner certains poètes profitant de l’occasion pour pondre de la Qasida figée, bien rimée, bien dégoulinante de louanges au Prince. Je comprends aussi qu’il faut un discours martial, à la hauteur des mannes financières venues de lointains pays arabes.

J’ai cru, à un moment, que la rhétorique toute guerrière qui sous-tend tous ces beaux discours allait faire, de nous, les gardiens du Paradis. Nos chauvins n’ont pas osé. Pas encore. Même s’ils ont relié notre arabité, notre langue arabe, au fait religieux, puisque c’est la langue du Coran.

Le raccourci fut facile, l’arabe est, donc, la langue du Paradis. Pour le moment, personne n’a nommé quelle langue parle-t-on en enfer. Ce serait osé et gonflé… même pour de vertueux xénophobes. Mais rien ne m’étonne, chez nous. Rien. Surtout pas mon manque d’étonnement.

Bref, la mode est d’insulter la France et les Français. Sus à Coppolani ! Sus aux Nazaras ! Haro sur le coq gaulois ! Nous voilà devenus Nation de résistance – la propagande officielle parle bien de résistance « nationale » – Nation pavée de cimetières et d’os de martyrs, Nation levée, en masse, contre l’envahisseur français.

Pendant des siècles, chaque tribu se glorifiait d’être descendante de notre Prophète béni (SAWS). C’était le minimum syndical, si elle voulait : et être noble, et posséder des esclaves, et lever le menton plus haut que celui de la tribu voisine. Cette proximité avec une généalogie glorieuse et sacrée consacrait l’endogamie, l’orgueil et les castes.

Maintenant c’est la course à la datte : tribu descendant de notre Prophète (SAWS) ET résistante ET arabe. Pas Africaine, Arabe. De l’Arabie. Ligne directe entre la péninsule arabique, nos patelins et nos dunes. Du coup, à imaginer une ligne directe entre la terre et le Ciel, pour remercier de tant de pureté… le raccourci est facile.

Mais retournons à nos langues. Bêtise sans fond qu’opposer une langue à une autre. Le multilinguisme est une chance, pas un fardeau. La langue arabe est une langue magnifique, complexe, riche de siècles et de siècles d’histoire et de rencontres avec d’autres langues.

Elle n’est pas restée figée, momifiée par des « puristes ». Elle s’est grandie au contact des autres langues. Elle en a fait du chemin, cette belle langue, depuis sa naissance nabatéenne (houla ! J’ai dit un gros mot, là : nabatéenne). Langue sémite devenue langue internationale.

Langue qui fut de culture, de progrès, de philosophie, d’inventions, de poésie. Langue qui rayonna. Langue en laquelle fut révélé le Coran. Langue psalmodiée, aujourd’hui, dans le monde entier, par tous les musulmans, même les non-arabophones, lors des prières.

Oui, elle en a fait du chemin, cette langue née quelque part vers la Palestine… Elle fait partie de notre mémoire et de notre Histoire. Elle est en nous.

Mais dire cela ne signifie pas xénophobie envers une autre ou d’autres langues. Le français n’appartient plus à la France depuis longtemps.

Depuis que cette dernière, au 19èmesiècle, s’est lancée dans le plus grand mouvement expansionniste de toute l’Histoire, la colonisation. Ce français, cette langue, appartient désormais au monde. Elle est riche aussi d’une diversité aux autres.

La langue n’a que faire de la politique. Elle vit. Elle permet. Elle dessine le monde. Elle prend le sens qu’on veut bien lui donner. Elle est adaptable à l’infini de nos richesses. En parlant une autre langue, en plus de la sienne, on adapte la pensée. Et nous nous ouvrons au questionnement. N’est-ce pas, cher et regretté Habib Ould Mahfoud ?

Que serons-nous si nous ne balbutions qu’une langue figée, dépositaires autoproclamés d’une pseudo-pureté ? Juste des poupées sans culture, sans ambition ? Des gardiens de musée ? Notre pays est riche de diverses langues. Le français en est une historique. Qu’on le veuille ou non. Qu’on crie au loup ou non.

Les Algériens ne disent-ils pas, fièrement eux : « Le français est notre butin de guerre » ? S’inventer un passé, écrire une histoire falsifiée, insulter les francisants n’ont jamais établi une Nation, tout au plus un mouvement d’extrême-droite réducteur.

Un mouvement. Pas une pensée. Or une Nation mérite une pensée, une intelligence, une culture plurielle. Elle exige plus que des rodomontades guerrières à vertus linguistiques et xénophobes.

Nous sommes tellement complexés, vis à vis de notre Histoire, que nous ne sommes capables que de poser deux bandes rouges sur un drapeau, composer un hymne en arabe littéraire et refuser de considérer le hassaniya, par exemple, en langue nationale… ce qu’il est, au demeurant.

Les puristes, les chauvins me diront que le hassaniya, c’est l’arabe. Je conseille, à nos zélotes purs et sans taches, d’aller faire un tour dans les adwabas, par exemple, et de revenir me dire si les gens, devant notre pauvre TVM uni-couleur, quasi unilingue, comprennent un traître mot des débats entre « gens biens », en arabe littéraire.

Non, ils comprennent le hassaniya. Et je ne parle pas de nos concitoyens non-beydhanes… Eux se tournent, du coup, vers des télés de pays voisins. Pathétique, n’est-ce pas ?

Ah oui, j’oubliais : dans la guerre menée au français, les noirs de ce pays (quand je dis noirs, je ne parle pas des haratines) sont assimilés à la collaboration et accusés de ne soutenir que le français. Xénophobes, dites-vous ? Oui.

Et plein de fantasmes mensongers. Mais, ça, nous y sommes habitués… Notre pays ne se construit que sur un racisme diffus et tout un chacun devient le raciste de l’autre. Voilà comment, de crispations en crispations, nous détricotons notre avenir.

Notre chance, pourtant, c’est l’acceptation de nos identités plurielles, façonnées depuis des siècles, faites de métissages, de partages. C’est l’acceptation de nous, sans complexes envers l’ancienne puissance coloniale.

C’est, aussi, revivifier la langue arabe, la rendre, à nouveau, langue de savoirs. C’est traduire. C’est inventer. C’est oser. Imaginez un peu la force que nous serions, si nous parlions, en plus de nos langues maternelles, l’arabe, le français et l’anglais ?

Le monde nous appartiendrait. Mais nous ne voulons pas que le monde nous soit ouvert. Nous, nous nous contentons d’agitations stériles, de débats dépassés et archaïques, de discours chauvins. Nous nous tournons autour du nombril. Nous sommes ignorants des autres et cela nous convient… Malheureusement.

Alors, moi, je dis merci aux langues que je connais. Elles m’ont permis le monde et l’autre, l’autre dans toute sa complexité, sa diversité, son humanité. Et je parle ma langue maternelle, en plus d’autres langues, notamment le français.

Et j’en suis fière. Cette langue et la femme merveilleuse qui me l’a transmise m’ont construite aussi, m’ont offert le monde et tous les concepts. Ha ! Comme je suis fière de l’arabe quand je prie ! Comme je suis fière du halpulaar, du soninké, du wolof, du bambara…

Comme je suis fière du bantou, du lingala et du haoussa, etc. Fière de toutes ces langues qui font le Monde. Comme je suis fière d’être de ce pays, Mauritanie, nom offert, par Coppolani, à ces étendues.

Je n’ai pas une langue ennemie. Le respect de l’autre passe, d’abord, par le respect de soi-même. Et aujourd’hui, chez nous, nous ne respectons même pas la mémoire ni ce que nous sommes. Nous ne sommes que complexés.

Nos « élites » insultent la langue française et la France mais courent se faire soigner dans l’Hexagone, à la moindre angine, mettent leurs enfants au Lycée Français… Hé oui, le chauvinisme a des limites : celles de l’hypocrisie. C’est nous, ça : devenus fades, si fades, si momifiés…Quand l’inculture et l’ignorance tiennent lieu de pensée…Salut.

Mariem Mint Derwich

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

L’Afrique de l’Ouest malade de ses frontières : le bon exemple ne pourrait-il pas venir de la Mauritanie et du Sénégal : deux pays voisins ?

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L’Afrique de l’Ouest malade de ses frontières : le bon exemple ne pourrait-il pas venir de la Mauritanie et du Sénégal : deux pays voisins ?DIA El Hadj Abderrahmane - La Mauritanie et le Sénégal c'est d'abord et avant tout cette histoire et ce passé communs largement partagés que chantent nos griots, détenteurs de la mémoire commune et veillant jalousement sur les fibres sensibles qui sommeillent en nous.

C'est ainsi qu'ils nous empêchent de nous faire distraire par les aléas du moment qui pourraient nous embarquer dans ces vaisseaux dont les destinations ne seraient pas toujours les mieux indiquées. Des destinations qui pourraient avoir comme premiers risques de nuire à ce qui doit, de toute évidence, nous unir.

Le Sénégal et la Mauritanie des pays frères

La Mauritanie et le Sénégal c'est ce lien ombilical de 700 km que constitue le fleuve Sénégal et où de part et d’autre vivent des populations identiques, partageant en majorité le même héritage culturel et, en bien des cas, les mêmes biens, si on se réfère aux terres arables situées de part et d’autre du fleuve, mais également aux liens de sang des familles qui les exploitent.

C’est aussi ce volume des échanges informels de tous ordres, de part et d’autre ; le bétail et les richesses halieutiques y jouant la part belle. Aussi, vu les rapports sur le plan religieux, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir des oulémas, très sollicités, qui veillent sur cette quiétude, indispensable au bon développement des relations entre les Etats, mais surtout au bien-être des populations...

Le fleuve, une « frontière dynamique »

Parlant des échanges officiels par voie terrestre, la ville de Rosso constitue le nœud central, avec ses bacs, sollicités à longueur du jour, mais également de tout temps, en cas de besoins.

En outre, avec les prévisions du futur pont, dont les études et les financements sont déjà bouclés, nous pouvons déjà nous réjouir de découvrir dans un futur immédiat les villes de Rosso, de part et d'autre du fleuve, avec un visage tout à fait nouveau. Cette œuvre, une fois réalisée, constituera un bien commun, à la Mauritanie et au Sénégal, en même temps qu’elle créera, à coût sûr, des activités de tous ordres au profit des populations locales et même au-delà. Cette réalisation, par sa symbolique et son utilité, signe d’une coopération bien réussie, fera la fierté des deux nations.

Au-delà des intérêts des deux pays, ce pont constituera une passerelle, longtemps souhaitée, non seulement entre deux parties du continent, mais également entre l’Europe et l'Afrique.

En outre, il y a lieu de garder à l’esprit que ce fleuve n’est pas seulement une zone de vie et un lieu d’échanges intenses entre deux Etats que tout incite à développer des rapports fraternels, mais il est également une frontière entre deux pays frères que l’histoire et la géographie condamnent à entretenir des relations et des rapports apaisés.

Cependant, cette frontière demeure malgré tout une zone de trafics de tous ordres, quand bien même les autorités de ces Etats investissent des moyens fort importants pour sécuriser la zone et lutter efficacement contre ces fléaux de notre siècle…

Trafics et immigrations : maux de nos frontières et de notre temps

Les candidats à l’immigration clandestine, venus de nulle part, et même des pays d’Asie, continuent de jouer au chat et à la souris avec les Forces de Sécurité, chargées d’en assurer la surveillance. Les Postes de contrôle et des passages obligés installés le long du fleuve, même s’ils réduisent grandement ces pénétrations intempestives, n’en assurent pas pour autant un maillage complet, tellement ces tentations vers le Grand Nord est grande dans l’esprit de ces candidats, qui perdent par là tout esprit logique. Les morts dans le désert et les corps ramassés le long des Côtes de l’Atlantique et de la Méditerranée n’ont pas encore eu l’air d’émousser la détermination de ces « fous » des déserts et des mers pour qui les Etats Africains et Européens ne trouvent toujours pas de solutions.

Le Sénégal et la Mauritanie étant une des fenêtres de cette Europe, le défi n’en demeure qu’actuel. Il y a lieu cependant de préciser que sur ce point précis, les mauritaniens, d’une façon générale, et toutes Communautés confondues, ne sont pas candidats à cette prise de risques et de cette forme d’immigration, qui n’est pas dans leur culture.

Ce n’est pas pour autant que le pays est épargné par ces aventuriers, venus de nulle part, de plus en plus nombreux et de plus en plus audacieux. Et parlant de cette ruée de ces masses vers le sud méditerranéen, et sachant que bien des familles de ces pays incitent elles-mêmes leurs enfants à tenter l’AVENTURE, on est tenté de se poser la question de savoir quel DIABLE s’est emparé de l’esprit de tous.

De surcroît, le plus curieux de tout ça est que chaque membre de la famille donne sa PARTICIPATION, pour « financer » ce voyage du fils vers l’inconnu. Et même par endroits ce sont les voisins du quartier, qui participent financièrement aux frais du voyage. Tout cela, pour montrer par là la folie générale qui prend possession de tous les esprits.

Aussi c’est à juste titre qu’on est amené à se demander si l’Afrique ne serait pas devenue subitement si « mauvaise », ou alors quel mal habiterait les africains au point de conduire à cette fuite généralisée ! Sinon que cacherait cette Europe que les esprits saints ignorent et qui amène ces bandes et ces masses humaines, devenues désormais incontrôlables, à braver ces mers et ces déserts, au prix de la perte de leur vie ? Des questions à tous les niveaux, mais toujours pas de réponses…

Une croissance économique commune, des projets communs

Avec les récentes découvertes de pétrole et de gaz aux larges de la mer, à la frontière sud de la Mauritanie avec le Sénégal, les relations entre les deux pays vont obligatoirement connaitre une autre dimension : d’où le lieu de privilégier les intérêts économiques, à toute autre considération politique, qui pourrait conduire au contre-courant de la marche de l’histoire.

Aussi est-on en droit de dire que les relations entre les deux pays ont été gratifiées d’une grande bénédiction que nous accueillons certes avec beaucoup de bonheur, mais aussi d’humilité, car un don de Dieu, qui nous est tombé entre les bras au moment où nous nous y attendions le moins !

Mauritaniens et Sénégalais, tous unis, doivent retrousser les manches pour soutenir et accompagner cette nouvelle dynamique qui aura pour ambition de hisser la Mauritanie et le Sénégal aux rangs des pays qui n'hésitent pas à briser les obstacles qui auront tendance à freiner ou gêner leur développement.

Il n’est donc pas étonnant de voir émerger ce port, aux larges de Ndiago, qui sera le prolongement de ces exploitations en mer pour en constituer le complément indispensable.

Encore des challenges… mais challenges à la portée des Etats

Avec toutes ces potentialités de développement économique que nos pays ont en commun, nous devons éviter de tomber sous les charmes des flûtes de ces sirènes, souvent mal inspirées, car généralement soumises aux influences des intérêts particuliers.

Si nous manquions de réussir cette transition, nos forces vives continueraient à braver ces dangers et à se bousculer vers cette fuite vers ce Nord pour lequel ils sont très peu préparés.

Aussi, au vu de nos richesses et de nos matières premières, ne serait-il pas plus judicieux que nos partenaires au développement privilégient des chaines de transformations et de production sur place ! Ce qui aurait comme premier avantage de fixer cette jeunesse dans son environnement propre tout en lui procurant qualification et emploi. Cette forme d’intervention serait alors une coopération d'un genre nouveau à laquelle on pourrait appliquer la formule « gagnant/gagnant »! Etant entendu que la sécurité de l'Afrique c'est aussi la sécurité de l'Europe

Voilà donc autant de faits et d’atouts que le Sénégal et la Mauritanie doivent intégrer dans leurs réflexions de tous les jours en favorisant des relations de bons voisinages apaisés.

Par ailleurs, et pour tout dire, être convaincu que cette frontière de 700km est le lieu où se joue le destin de deux pays, deux peuples que l’histoire surveille, pour les maintenir tout le temps éveillés, car responsables du devenir de ces populations qui ont toujours aspiré à la paix.

Le Colonel (R) DIA El Hadj Abderrahmane
Ancien Secrétaire Général du Ministère de la Défense Nationale

La guerre contre la langue française

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La guerre contre la langue françaiseLes arabophones exagèrent, ils outrepassent toutes les limites.
Leur combat contre la langue française, et partant contre les francophones, qui, à leurs yeux, est une lutte contre les colonisateurs, prend les proportions d'une guerre ouverte et officielle contre leurs frères francophones. Il faut dire qu'en instituant l'arabe comme "SEULE" langue officielle du pays (j'insiste sur ce qualificatif de seule), le législateur mauritanien, renvoie le français des tribunes officielles, pour le confiner au statut de langue "morganatique", de la plèbe des "franchouillards", rabaissés au niveau de citoyens "indignes".

Auparavant, le français était d'usage, tout comme l'arabe. Par exemple, quand un intervenant parle arabe, la réponse lui est faite en cette langue par le conférencier.

S'il le fait en français, la réponse lui est faite en cette langue. Cet usage a disparu, depuis qu'un ministre francophone, en l’occurrence, Kane Ousmane, invité de l’émission "Le gouvernement sur la balance" (al houkouma vi el mizane), Mohamed Taghiyoullah El Ed-hem n'a pas laissé le ministre de l'économie et des finances s'exprimer en français, lui qui est francophone et ne parle pas arabe.

Depuis lors, TOUT se fait en arabe et les francophones sont relégués au second plan. Avec cette affiche, il ne manque plus qu'à les bannir. Le comble, c'est que l'Islam est invoqué pour légitimer et justifier cette infamie.

Med Yahya Abdel Wedoud
Source : Med Yahya Abdel Wedoud

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français (Première partie)

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Monsieur

Le sujet de ce propos, déjà annoncé dans ma précédente correspondance, porte sur la pensée profane, mère de l’athéisme qui vous guide, et l’herméneutique musulmane qui partage avec la philosophie le même fondement : le rationalisme, l’une des principales caractéristiques du théisme de l’Islam.

Entendons-nous bien : le rationalisme, ici, c’est la force de la raison alliée à l’autorité suprême de la Parole divine, exprimée dans le Coran, dont l’Omniscience infinie transcende la connaissance humaine.

Cela mérite explication, étant entendu qu’il ne serait pas nécessaire de trop nous appesantir sur le premier aspect du sujet, tout le monde connait son crédo, la simple référence à un grand maître de cette pensée devrait donc suffire :

Raison  et Religion

Déjà, au XI ème siècle, l’une des plus grandes figures de la littérature arabe, Abou Ala Al Maari, immense poète et libre penseur, mort en 1057, avait osé s’en prendre aux religions monothéistes, sans égard pour les interdits, affirmant qu’elles se valent toutes les trois dans l’égarement. Voici ce qu’il dit dans sa poésie :

« Réveillez-vous, réveillez-vous, Ô égarés !

Vos religions sont subterfuges des anciens

Ils disent que le temps mourra bientôt

Que les jours sont à bout de souffle

Ils ont menti, ils ignorent son échéance

N’écoutez pas ces maîtres de fourberie ».

Il dira ensuite :

« La raison ne peut que s’étonner des lois

Qu’elles soient musulmanes, juives ou chrétiennes ».

Et il ajoute :

« Les gens voudraient qu’un imam se lève et prenne la parole devant une foule muette

Illusion trompeuse, il n’est d’imam que la raison

Notre guide de jour comme de nuit ».

Mais les adeptes de l’athéisme ont surtout célébré ce libre penseur parce qu’il à écrit :

« Les habitants de la terre se divisent en deux

Ceux qui ont un cerveau, mais pas de religion

Ceux qui ont une religion, mais pas de cerveau ».

Qu’il me soit permis d’ouvrir ici une parenthèse pour souligner qu’il est tout de même étonnant, voire incroyable, qu’une telle personne, presque pauvre et à peine voyante donc handicapée, vivant alors dans la capitale de l’Islam, ait pu critiquer aussi violement les religions monothéistes sans distinction et sans être inquiétée outre mesure.

C’est parce que Baghdad était, à cette époque abbasside, le centre culturel du monde, une ville où régnait une tolérance presque complète et où les savants et les hommes de lettres étaient bien accueillis et bien traités. En somme tout le contraire des intégrismes intolérants d’aujourd’hui, aussi nombreux dans le rang des adeptes de la laïcité que dans celui des défenseurs de la religion qui se comptent à la fois chez les juifs, les musulmans et les chrétiens. Encore que l’intolérance des laïcs est maintenant beaucoup plus affichée en Europe, notamment à l’égard des musulmans, parce qu’elle s’est constituée désormais en mouvement d’esprits ‘’décomplexé’’ et virulent qui s’étend dans tout le vieux continent et qui entretient délibérément l’amalgame où l’essentiel est masqué par l’événement et l’important par le futile. Mais c’est là un autre sujet, fermons donc la parenthèse.

Et comme pour répondre au libre penseur Al Maari, dans un remarquable ouvrage intitulé Fasl el-maqâl (que l’on peut traduire par Discours décisif), Mohamed Ibn Rushd – un esprit supérieur, à la fois théologien, philosophe, astronome, mathématicien et médecin, né à Cordoba en Andalousie et mort à Séville en 1198 – connu en Occident sous le nom d’Averroès, avait alors tranché la question en ces termes : « le rationalisme, fondement de la philosophie, n’est pas en contradiction avec la religion et ne peut constituer un danger pour elle ».

C’est plutôt la prétention de détenir la vérité à tout propos qui trace le chemin des dogmatismes et des fanatismes, car on ne peut contraindre le raisonnement, d’autant qu’il n’y a jamais eu de parfaits consensus sur les questions théoriques, aussi bien entre les philosophes qu’entre les théologiens ou érudits de la religion appelés Oulémas en arabe.

Aussi, un grand poète persan soufi disait : « la soif de rencontrer Dieu ne s’étanche pas dans le faste des dignitaires ni dans l’austérité des magistères mais dans le jardin de la raison ».

Il parlait du cheminement graduel de la foi qui conduit vers  la certitude herméneutique et  exige du croyant, musulman en tout cas, un dépassement perpétuel de soi, un effort individuel de raisonnement et de méditation : d’abord sur la lecture du Coran, méditation ensuite sur la création des êtres et de la nature qui nous entourent. C’est une affaire personnelle qui exclut par là même tout magistère et tout clergé.

C’est dire que l’herméneutique musulmane postule la relativité de la connaissance et, du coup, l’humilité comme attitude dans le domaine de la recherche de la vérité et de l’épanouissement intérieur ou la sérénité du moi. Elle fait de la foi non pas le résultat d’une adhésion aveugle ou par mimétisme, un acte de paresse intellectuelle, mais une conquête incessante de l’esprit, le fruit d’un effort personnel et libre.

Mais cette liberté, où la pensée se meut en l’absence d’une autorité cléricale, trouve son contrepoids et donc son équilibre dans la Charia : la Loi prescrite par l’Islam, qui pose les règles de vie et codifie les obligations de l’homme vis-à-vis de son Créateur, de son entourage et des autres. Elle est fondée sur les  deux sources originelles (Oussoul) de l’Islam : le Coran qui en est la principale et la Sunna qui se trouve compilée dans des recueils de Hadiths du Prophète (PSL), c’est-à-dire les propos ou discours qu’il a tenus et les décisions qu’il a prises dans telle situation ou tel cas.

Parmi ces recueils, les deux principaux qui font vraiment l’unanimité dans le monde musulman, sunnite en particulier, sont le Sahih Al Boukhari et le Sahih  Muslim, éponymes de leurs auteurs et réputés les plus fiables en comparaison à d’autres, tels que celui de Abou Dawoud et celui de Tirmidhi, même s’il ne faut pas oublier l’incontournable Al Mouwatâ de Malik Ibn Enass et d’autres encore.

Les deux premiers font effectivement autorité, ils sortent du lot, car plus que les autres, ils avaient la vocation d’historiens et prirent l’initiative de rassembler ces Hadiths dans des textes après avoir mené personnellement des enquêtes minutieuses. Le souci de la précision et de l‘exactitude qu’ils eurent dans leur tâche ardue est illustré par le fait qu’ils aient mentionné les noms de ceux qui ont rapporté le récit, pour chaque épisode de la vie du Prophète (PSL) et pour chacun de ses propos cités, en remontant jusqu’au premier qui recueillit l’information au sein de la famille même du Prophète ou parmi ses compagnons et en éliminant systématiquement toute information qui n’était pas recoupée ou confirmée par d’autres sources.

C’est ainsi que naquît la Sunna en tant que deuxième source originelle de législation en Islam.

Viennent ensuite les éléments de jurisprudence ayant fait l’objet d’Ijmâ, c’est-à-dire d’unanimité au sein des quatre grandes écoles de jurisprudence (les quatre Medhaheb)  dont l’enseignement est reconnu dans tout le monde musulman, sunnite notamment, comme le plus conforme aux deux sources originelles sus évoquées. Il s’agit des quatre écoles portant les noms de leurs fondateurs : l’imam Malik, l’imam Chafi’i, l’imam Ahmed Ibn Hambal et l’imam Abou Hanifa.

Il y a enfin, subsidiairement, les Fatawi (pluriel de Fatwa) ou avis juridiques qui s’appliquent parfois mais qui ne peuvent être prononcés par n’importe quel jurisconsulte ou érudit, réservés en principe aux rares Oulémas capables de faire la synthèse ou la corrélation argumentée entre les Hadiths du Prophète (tenant compte de leur contexte) et l’exégèse coranique qui, elle, repose sur le Mantik ou l’interprétation démonstrative par la logique comparative et la science du Bayâne ou la linguistique.

Cette méthode d’interprétation est généralement retenue comme la plus raisonnable et la plus pertinente : certains croient qu’elle l’est plus que le Te’wil ou l’interprétation intuitive de la doctrine Ach’arite, leur croyance s’appuyant sur une sorte de confusion d’idées qui entoure cette doctrine ; d’autres pensent qu’elle l’est encore plus que l’interprétation littéraliste du Wahabisme dont les principes et idées rigoristes nourrissent, disent-ils, nombre de courants fondamentalistes qui se transforment souvent en mouvements plus politiques que religieux, extrémistes dans leur discours et violents dans leur action[1]

Ici, une précision est nécessaire, et quand bien même elle pourrait paraître un peu hors sujet, elle est néanmoins utile pour mieux comprendre la trame de ce propos : la doctrine Ach’arite et le Wahabisme ne sont comparables en rien, tant dans leur nature que dans leur fondement.

En effet, par sa prodigieuse pensée, Abou Hassan Al Ach’ari (mort en 913) a beaucoup apporté à l’Islam sunnite, tandis que la doctrine de Cheikh Mohamed Abdel Wahab (mort en 1792), qui se réclame de la même école sunnite, n’a jamais pu dépasser les frontières de l’Arabie Saoudite ; encore qu’elle fut imposée à la société de ce pays plus par le zèle d’une police religieuse que par un enseignement convaincant ou une pensée lumineuse qui  emporte l’adhésion. Le Wahabisme s’est fait connaître dans le monde grâce à sa police religieuse, et c’est d’autant plus vrai qu’on ne peut citer un seul théologien Wahabite dont l’influence avait franchi les frontières du royaume… (A suivre)

AHMEDOU  Ould  MOUSTAPHA

 

[1] Tels que DAEICH, AL QAÏDA, JEBHET NOUSRA, BOKO HARAM , etc.

 

 

’Gabegie transfrontalière’’ : Un test pour la justice et son indépendance

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‘’Gabegie transfrontalière’’ : Un test pour la justice et son indépendanceEn même temps que les mandats d’arrêt lancé contre Ould Bouamatou et son bras droit Ould Debagh, la justice a déclaré poursuivre aussi des entreprises appartenant à cet homme d’affaires qui, par les faits du régime, est en passe de devenir une icône de l’opposition en Mauritanie.

Les sénateurs, les journalistes et les syndicalistes arrêtés et poursuivis le sont parce qu’ils ont eu ou ont des relations avec Bouamatou ou qu’ils ont bénéficié de son capital, réputé immense, de générosité.

En fait, tout ce que le ministère public avait appelé «crimes de gabegie transfrontalière » tournait autour de ce richissime homme d’affaires qui –comble du paradoxe– fut l’un des artisans de la «Rectification » qui a porté le général Abdelaziz au pouvoir en Août 2008 !

On dit qu’il avait alors mobilisé son réseau de relations nationales et internationales dans le cadre d’un large plaidoyer visant à «faire passer » le putsch. Sans compter son généreux soutien en espèces sonnantes et trébuchantes au général qu’il avait accompagné, de bout en bout, durant la campagne présidentielle de Juillet 2009.

Aujourd’hui, c’est cet homme d’affaires là qui est voué aux gémonies, c’est à lui qu’est imputé l’impardonnable vote-rejet des amendements constitutionnels par le sénat et c’est aussi à lui qu’on prête le pouvoir exceptionnel –qu’il n’a jamais revendiqué– de s’immiscer dans les détails de politiques rédactionnelles de certains médias.

Pour ces griefs « rédhibitoires » et certainement pour d’autres, l’homme est à l’heure actuelle dans le collimateur du pouvoir et il semble que celui-ci ait la ferme volonté de le punir. Va-t-il pouvoir le faire dans le respect de l’indépendance de la justice ?

La justice va-t-elle demeurer à équidistance entre les deux parties ? Va-t-elle avoir son propre camp qui l’instrumentalisera pour des règlements de comptes avec ceux qui ne sont pas de son bord ? C’est de cela en réalité que dépendront les développements futurs de ce dossier qui occupe les devants de l’actualité dans le pays.

Même si rien n’et joué jusqu’ici, il y a déjà à s’inquiéter pour la suite car tous les signes déjà perceptibles n’incitent guère à l’optimisme. Les interpellations de personnalités, les interrogatoires et mises en examen opérées depuis le début des poursuites engagées dans le cadre du dossier connu sous le vocable «gabegie transfrontalière » vont crescendo.

L’escalade y atteindra son paroxysme avec la décision prise par le gouvernement, jeudi 14 septembre 2017, de créer un établissement public à caractère administratif dénommé l’Office de Gestion des Biens Gelés, Saisis et Confisqués et du Recouvrement des Avoirs Criminels, destiné, disent certains observateurs, à préparer le terrain à la saisie de quelques entreprises Bouamatou, qui font déjà l’objet de poursuites.

La création de cet établissement, qui rappelle de sombres pratiques ayant fleuri ici en période d’exception, permettra, selon le gouvernement, de prendre les dispositions utiles pour éviter la dépréciation des biens saisis «en attendant l’issue de la procédure qui en détermine la confiscation définitive ou la restitution à leurs propriétaires ».

On peut en déduire qu’au simple palier de l’accusation et même avant que la justice ne se prononce, des biens de particuliers peuvent déjà, figurez-vous, être confisqués !

Voilà qui ne peut rassurer, surtout dans un pays où des hommes d’affaires ont eu à être injustement dépouillés de leurs biens parce qu’ils ont eu, à un moment donné, maille à partir avec le pouvoir.

Rien à faire, c’est à ça, à cette période-là dont des dossiers demeurent pendants devant l’Administration, que renvoie la création du nouvel établissement public. Naturellement, le contexte n’est plus le même, les acteurs, le système politique et judiciaire, non plus.

Mais les risques de dérive existent toujours et c’est cela qui est redouté. On verra comment la justice s’en sortira de ce qui, tout compte fait, a valeur de test pour elle et pour les valeurs démocratiques. On verra !

Ely Abdellah
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Un père viole ses 7 filles au Hodh El Garbi

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Un père viole ses 7 filles au Hodh El GarbiLes forces de l'ordre à la Willaya du Hodh El Garbi ont arrêté un homme soupçonné de violer ses 7 filles après une plainte déposée par sa femme auprès du procureur qui a ordonné l'arrestation du suspect et de faire une enquête qui a révélé l'authenticité des faits qui ont été également confirmés par le juge d'instruction.

La plainte est venue suite à un contact de cette mère de famille avec l'Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l'Enfant AMSME à Nouakchott et qui a assisté la plaignante dans les démarches à suivre et a transmis cette plainte au Procureur de la République du Hodh El Garbi.

La mère des victimes confirme dans sa plainte que son mari a violé ses 7 filles et pendant une longue période après avoir forcé toute la famille à habiter dans des quartiers lointains et isolés privant les filles de leur droit d'aller à l'école.

L'AMSME qui a fait accompagner la plaignante par un assistant social a exprimé sa satisfaction au processus judiciaire entamé contre ce père et la qualité des entretiens menée avec les victimes mineures et adultes ainsi que le respect du droit du père au moment de son arrestation et sa traduction devant le procureur et le juges d’instruction.

La présidente de l'AMSME, Zeinebou Taleb Moussa a demandé au procureur dans un communiqué de presse de protéger ces 7 filles victimes de toutes formes de représailles qui peuvent découler du père ou de ses éventuels protecteurs. Elle lance un appel à toutes les personnes de bonne volonté d’aider ces filles et leur maman à reprendre une vie normale parce que la seule source de satisfaction de leurs besoins vitaux était leur père et depuis son arrestation leurs conditions de vie sont devenues pénibles.

Mint Taleb Moussa demande à ceux qui cherchent à intervenir pour perturber le déroulement de la procédure judiciaire d’avoir honte de protéger une personne qui commet ce genre de crime odieux et les avertit qu’ils vont les dénoncer fortement et par tous les moyens possibles.

L'AMSME avait adressé, au procureur le 20 juin 2017, une lettre dans laquelle, elle renouvelle son soutien et accompagnement aux victimes jusqu'à l'apparition de la peine maximale sur l'auteur de ces faits.

Source : AMSME

 

 

El Mina : les habitants font leur propre loi

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El Mina : les habitants font leur propre loi À l'approche de la fête de Korité et juste pendant la fête, la ville de Nouakchott connait une forte recrudescence de vols et de viols surtout dans les banlieues.

Derrière juste le marché qui jouxte la station de service Arrêt Bus à El mina, les habitants de la zone se font passer des policiers en prenant le voleur malchanceux pour lui infliger toutes sortes d'humiliations, voire exécuter en pleine rue.

La police et la garde nationale au lieu de sécuriser la population la laissent en proie à des criminels et des ivrognes qui sèment la terreur dans les quartiers. Une fois le criminel attrapé, le lendemain on le retrouve en tout sourire dans les rues sirotant délicieusement son eau de Cologne ou d'autres produits psychotropes.

Depuis hier vers 22h à l'heure où on écrit l'article, plus de 05 (cinq) voleurs ont commis des forfaits irréparables à des passants innocents en leur blessant par des armes blanches et en leur dépouillant aussi de leurs maigres miettes.

Moi personnellement, j'ai remis à la police ce matin à 01h un voleur tabassé à mort par des habitants du quartier.

Nous demandons à la police et la garde nationale de bien maintenir leur rafle et rentrer dans les coins et les recoins et surtout de nous installer des lampadaires dans les endroits sombres où se cachent les voleurs.

Source : Souleymane Kide

 

De grâce, Monsieur le Président, n’écoutez pas les pyromanes !

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De grâce, Monsieur le Président, n’écoutez pas les pyromanesL'Authentique - Monsieur le Président,

Notre scène politique connait une effervescence sans précédent depuis le Vendredi 17 Mars 2017, jour du rejet du sénat du projet de loi de révision constitutionnelle proposé par le gouvernement. "Cataclysme", "Séisme politique", "Tournant historique", les titres fusent et l’expectative au sein de l’opinion publique est à son paroxysme.

Les sénateurs sont cloués au pilori, livrés à la vindicte populaire pour haute trahison et insultés pour la simple raison qu’ils ont exercé un droit naturel qui, de surcroît, ne fait que raffermir notre jeune démocratie dont la crédibilité est largement entachée par la succession des régimes monolithiques et totalitaires.

Nous pensions que les périodes des chambres d’enregistrement sont à jamais révolues et que cet acte hautement démocratique des sénateurs allait être comptabilisé dans la rubrique des "bonus politiques" pour donner une bonne image de notre démocratie, surtout, nous souffrions de la comparaison avec nos voisins de la sous-région. Vous qui aimez bien faire ce parallèle.

Mais Hélas, des baltagiyas épaulés par des apprentis juristes sont montés au créneau avant votre intervention télévisée en occupant le terrain médiatique et en jetant l’huile sur le feu.

Ils n’ont eu de cesse de diaboliser les sénateurs et de les traiter de tous les maux comme pour parachever cette campagne de dénigrement et de calomnies savamment orchestrée contre ces mêmes sénateurs depuis le discours de Néma. Permettez-moi de vous présenter un panel de ces baltagiyas, dont je ferais les portraits circoncis pour montrer combien il est dangereux de suivre leurs conseils suicidaires :

- Vadily Ould Raiss, ex directeur de la synthèse (actuelle Direction des affaires politiques et des libertés publiques du Ministère de l’intérieur) durant la période d’exception de Djibril Ould Abdellahi. L’homme est connu pour ses basses œuvres, à ses heures perdues, pour le compte de son patron. Il est aussi connu pour être le véritable artisan de la déportation de nos frères négro-africains en 1989. Comme vous ne l’ignorez sans doute pas, après le limogeage de Djibril Ould Abdellahi par Ould Taya, la carrière de Vadily a connu un tumultueux parcours en dents de scie. Aujourd’hui, il est revenu sur le devant de la scène, s’autoproclamant spécialiste du droit constitutionnel, statut auquel rien ne le prédestine.

- Abdellahi O/ Hormattallah : Maitre d’œuvre de la campagne de lynchage médiatique des sénateurs, les micros-trottoirs qu’il organise et dont les comparses sont certainement choisis à l’intérieur de la radio, dressent les mauritaniens les uns contre les autres et menacent dangereusement la paix civile dans notre pays. Abdellahi Ould Hormettalah est lui aussi un homme aux basses œuvres connu surtout pour exceller dans les mariages d’intérêt ratés qui ne durent que le temps de l’opportunité attendue. Faites le répertoire de ses nombreuses unions, et vous mesurerez combien cet homme est calculateur dans ses cibles. On se rappelle que l’une des ses épouses, grande diva de la chanson mauritanienne, l’avait traité de voleurs de bijoux dans une manifestation organisée dans le centre de conférences International de Nouakchott.

- Daoud Ould Ahmed Aicha : le Président du Parti "Nidaa El Watan" a pour seul projet politique de transformer notre pays en poudrière. Daoud dont le parti est un pur produit des officines de renseignements promet de bouffer du "Hartani" à tout bout de champ. Son discours chauvin, sectaire et féodal risque d’embraser le pays et retourner les communautés nationales les unes contre les autres. Le soutien affiché de l’État à ce parti à travers l’organisation en grande pompe de sa cérémonie de lancement au Palais des congrès et l’organisation de ses meetings à l’intérieur laissent plus d’un perplexe.

Monsieur le président de la République, revisitez le passé des ces hommes. Informez vous davantage sur ce qu’ils sont, ce qu’ils représentent et ce qu’ils veulent. Les conseils qu’ils vous donnent et le chemin vers lequel ils veulent vous mener sont suicidaires. Pour vous et pour le pays. Réagissez, pendant qu’il est encore temps.

Source : L'Authentique (Mauritanie)

 

 

Nouvelles d’ailleurs : Absurdités

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C’est drôle (façon de parler), cette peur de l’autre qui justifie tous les décrets, toutes les exclusions. C’est drôle, cette nouvelle manie d’élire des bouffons, des étrangetés, à la tête de pays. Quand on confond champ politique et cirque, c’est que rien ne va plus.  Ou, alors, que le pire est toujours pire. Qu’au pire, il y a toujours un « plus » pire. Quand l’Amérique tousse, c’est la planète qui attrape la crève. Et quand un Trump nous la joue grand Barnum, nous ne sommes pas loin des jeux du cirque et du temps où le pouce baissé d’un empereur en mal d’amusement décidait de la vie ou de la mort de pauvres types qui n’en demandaient pas tant.

Nous voilà donc affublés d’un gag devenu président. Il n’est pas le premier. Nous, Africains, en avons connu, des gags investis présidents. Ce fut, même, notre marque de fabrique, pendant des décennies.  Idem dans le monde arabe… Ubu Roi ou l’art de la dangerosité mortifère à usage des citoyens. Mais, voilà, nos bouffons à nous sévissaient dans des pays qui n’étaient pas, loin s’en faut, des puissances mondiales. Ils exerçaient leur tyrannie à l’échelle d’un pays, massacraient, décrétaient, emprisonnaient, refoulaient, bannissaient, assassinaient, pillaient, entre soi et pauvres de nous, petite sauterie sur fond de grandes compagnies internationales qui savaient fermer les yeux, tant que le business marchait…

Ils n’étaient dangereux que pour leur peuple. Oh, parfois, dans une crise d’eczéma, ils s’en prenaient au pays voisin. Juste histoire de secouer un peu la parenté à plaisanterie. De temps à autre, une ancienne puissance coloniale déployait ses soldats, chicotait, de ci, de là, s’assurait que le business fonctionnait toujours et tout rentrait pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Les Ubu Roi mouraient sur leurs trônes. Ubu Junior prenait la place, le soleil pouvait continuer à se lever sur nos brousses.

Mais voilà qu’au pays du massacre des autochtones et de l’immigration, vient d’être inventé le concept du bannissement selon la religion et le lieu géographique de naissance. Dans une nation construite dans le ventre des bateaux d’immigrants, dans une puissance qui a élu, il y a quelques années, un métis, dans une nation où le communautarisme est une religion, où la Saint Patrick voit défiler des hordes d’Irlandais, où l’Italie s’est trouvée une extension, où les hispaniques sont la force vive de certains Etats, où un syrien, Steve Jobs, a bâti un empire, etc., etc., c’est un peu nier la colonne vertébrale du développement américain.

Musulmans de certains pays, vous êtes donc priés de rester chez vous. « Belle » généralisation du « Musulmans ? Tous terroristes ! » Oubliant, par-ci, que les Etats-Unis furent (sont ?) le plus grand Etat terroriste au monde, défaisant et faisant les pays, les hommes ; massacrant, espionnant, écrasant tout sur leur passage. Que la force américaine, son leadership, s’est faite, non pas dans la propagation de modèles démocratiques, mais dans le sang et la négation de la dignité humaine. Oubliant, par-là, qu’il est toujours « risible » de voir des terroristes accuser d’autres de terrorisme, sur la seule base empirique qu’une génétique prédisposerait certains peuples à plus de violences que d’autres.

Mais il faut reconnaître, dans cette folie instituée par Trump, ce non-sens et non-humain et, surtout, non-politique, qu’il faut aussi compter sur ce que l’Amérique a de beau : ces centaines de milliers de femmes et  d’hommes qui protestent contre le fameux  décret interdisant l’accès au territoire américain de citoyens de pays arabes ciblés ; des avocats, des procureurs, des juges qui rappellent que, dans ce pays, la justice n’est pas inféodée au pouvoir et qu’il existe des  valeurs que même un clown ne peut fouler aux pieds. C’est cette Amérique là que nous aimons, qui attire tant, qui nous réconcilie avec elle… Qui nous dit que l’Humanité est. Que la résistance est un droit et un devoir.

Mais, pendant que nous nous indignons contre Trump, pendant que l’anti-américanisme primaire refait surface, pendant que nous déclinons, sur tous les tons, notre indignation justifiée et nécessaire, un autre pays, beaucoup plus petit mais qui a justifié le déclenchement d’une des guerres les plus meurtrières au Proche- Orient, l’implosion de la région, l’anarchie actuelle, Daesch, les massacres, les attentats quotidiens, les centaines de milliers de morts, l’horreur banalisée, un petit pays, donc, a, lui aussi, décrété, pour une durée de  trois mois, renouvelable, l’interdiction d’entrée sur son territoire des ressortissants de cinq pays : Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Syrie, pour motifs sécuritaires.

Ce petit pays c’est le Koweït. Même indignité, même méthodes, même ostracisme, mêmes stigmatisations, mêmes peurs mais… pas même indignation. Silence assourdissant de nos media, sur ce qui se passe dans un pays arabe. Comme si un décret revêtait moins d’importance qu’un autre. Comme si c’était plus grave pour les Etats Unis que pour le Koweït. Comme si, tout compte fait, nous étions tant dans la victimisation permanente que dénoncer l’attitude, AUSSI, du Koweït reviendrait à nous auto-juger. Exercice délicat et impossible, tout englués que nous sommes dans la posture de la victime.

Et pendant que nous décidons, sélectionnons nos indignations, pour x et y motifs qui nous déculpabilisent – et où l’anti-américanisme est plus porteur : il permet d’évacuer nos frustrations et nos colères, de façon confortable, intellectuellement parlant – l’humain est bafoué dans sa dignité, dans son droit à voyager, dans son droit à choisir son lieu de vie, dans son droit à la différence, à l’acceptation, à la tolérance, à être Autre, sans être cet Autre que l’on caricature.

Alors, moi, je ne fais pas de différence entre le décret Trump et le décret koweïtien.  Ils sont, tous deux, synonymes d’une époque de tensions et d’ignorance. Ils sont, tous deux, terreau fertile pour tous les apprentis kamikazes du monde, pour tous les groupes terroristes qui surfent sur le désespoir du monde arabe.

Ils sont, tous deux, ignominies. Et ils doivent être, tous deux, dénoncés. Sinon, nous n’avons plus rien d’humain. Salut.

Mariem mint Derwich

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Nouvelles d’ailleurs : Touche pas à mon drapeau....

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Nouvelles d’ailleurs : Touche pas à mon drapeau....Je suis d'un naturel peu porté aux drapeaux et aux hymnes nationaux, considérant que cette identification extrême n'a pas de sens si l'homme se souvient qu'avant d'être de tel ou tel pays il est d'abord à l'humanité, sans frontières, sans barrières, sans patriotismes et nationalismes. Au nom de ces derniers, des millions d'hommes sont morts...

Mais je me sens, paradoxalement, touchée par la volonté affichée de changer notre drapeau en y ajoutant deux bandes rouge sang, afin de, comme l'ont si bien clamé les chantres du changement, de glorifier nos « martyrs »... Je ne suis pas à une contradiction prés et je l'assume.

Ne me demandez pas de quels martyrs il s'agit, ni à quelle histoire « rectifiée » nous allons devoir dire oui ou non.... C'est le grand flou « historique » qui permet de nous inventer une Histoire de quasi guerre anti-coloniale...

Mais notre drapeau j'y tiens. Il est notre. Il nous a été légué et nous rappelle que nous avons reçu un pays en héritage, là où il n'y avait aucun pouvoir centralisé. Ce drapeau est nous.

Oh, notre pays est un pays « petit pois », entendez par là qu'il ne fait pas partie des grandes puissances. Il ne décide pas de la vie ou de la mort de centaines de milliers de gens de par le monde. Il ne fait pas la guerre pour le pétrole, ne renverse pas des présidents, ne déchire pas des pays.

Mais il est.

Nous sommes nés avec lui. Il est né avec nous. Il est nous.

Il est cette joie immense quand notre pays bat le Sénégal au football, cette marée verte et jaune qui colorie notre pays jusqu'au plus reculé de ses multiples coins ( j'en ai encore des frissons quand je repense à ce moment où j'ai participé à cette joie collective qui abolissait les barrières communautaires, dans les rues d'un Nouakchott qui se redécouvrait un seul et même peuple, une seule et même fierté).

Il est ce frisson aux Jeux Olympiques, brandi par nos athlètes qui, même s'ils ne gagnent jamais de médailles, rappellent au monde qu'il est un pays qui s'appelle Mauritanie. Un petit pays mais un pays quand même, avec ses femmes et ses hommes. Et ce magnifique vert et jaune qui flotte soudain face à des millions de téléspectateurs.

Il flotte au fronton des institutions internationales.

Il est ce lever des couleurs dans chaque caserne.

Il est ce frisson, cet orgueil des sans rien à la fierté bien assise, cette fierté que personne ne peut nous enlever.

Il est ces soldats morts dans une guerre absurde et ces soldats victimes du terrorisme.

Il appartient à chacun d'entre nous. A chaque citoyen de ce pays. Il n'appartient pas aux politiques en mal d'inspiration. Ceux-là, le drapeau ne leur sert que quand la pauvreté de leurs propositions politiques tient lieu de Dialogue.

Ce drapeau n'a aucune raison d'être ainsi dénaturé, enjeu d'une bataille misérable.

Il n'est pas qu'un tissu qui flotte, délavé, souvent effiloché, dans nos rues. Il est notre histoire. Le dernier rappel de ceux qui nous ont porté au monde, sur la scène internationale quand beaucoup ne voulaient pas de nous en tant que Nation.

Chaque Mauritanien l'emporte dans son cœur en quittant le pays.

Ce drapeau n'a jamais tué personne mais sert de prétexte pour toutes les exclusions et toutes les fanfaronnades nationalistes.

Il n'a pas de couleur ethnique et est le véritable symbole de notre pays qui se cherche encore, et encore, perclus d'idéologies nationalistes importées de pays lointains.

Cette étoffe n'a aucun sens si on lui rajoute du sang. Le sang appelle le sang pas la paix. Le sang appelle le malheur pas le souvenir.

On ne se souvient pas avec le sang. La mémoire a d'autres canaux que de vouloir pervertir un morceau de tissu qui porte en lui tant d'affectif et tant de souvenirs.

Faut-il que la misère intellectuelle soit bien grande pour s'attaquer à ce qui est nous.

Je n'aime pas les nationalistes étroits, les va-t-en guerre, les découpeurs, les lamineurs qui sont tentés de ré écrire l'Histoire à leur convenance comme si cette dernière leur appartenait.

Comme si le drapeau, notre drapeau, leur appartenait.

Ils n'ont pas le droit de nous ôter la dernière dignité qu'il nous reste, à nous qui sommes pauvres, à nous qui trimons, à nous qui nous accrochons à ce pays de vents et de sable, ce pays de misères, de douleurs, à nous qui tenons ce pays à bout de bras, chaque jour, dans chaque souffle, dans chaque survie, dans chaque petite victoire contre le chômage, contre la faim, contre le manque de tout, contre la précarité quotidienne, contre la fatalité.

Nous avons été dépossédés de tout. Laissez nous ce drapeau qui nous rappelle notre existence et ce moment qui nous fit en tant que pays contemporain, le 28 Novembre 1960.

Laissez nous ce drapeau vert et jaune, rêvé à la Closerie des Lilas quand l'existence de notre pays fut décidée dans ce café parisien.

Laissez nous l'offrir à nos enfants et aux enfants de nos enfants.

Je ne suis pas nationaliste mais ce drapeau, comme pour nous tous, est notre regard, notre sentiment d'appartenance à quelque chose.

Vert et jaune, pas vert, jaune et affublé de deux bandes rouges.

Si vous, ceux qui avez réclamé ces deux affreuses bandes rouges, vous sentez l'âme créatrice, allez donc acheter un pot de peinture rouge et barbouiller les murs de vos maisons. Mais fichez nous la paix avec votre tralala pseudo historique.

On ne crée pas un sentiment d’appartenance en dénaturant un drapeau. On le crée par des actes politiques autrement plus forts et courageux que cette honte qu'est cette proposition de toucher au drapeau, le seul que nous ayons et qui nous convient très bien.

La politique demande du courage. Changer le drapeau n'est qu'un acte vide de sens politique.

Nous crevons de la corruption, de l'hypocrisie, de la norme, de l'apathie, du mensonge, de la courtisanerie, de la misère, de la bêtise, du non sens, de l'absurde, de la violence, de tant de colères, de désespoirs.

Pas de notre drapeau.

Salut

Mariem Mint DERWICH
Source : Le Calame (Mauritanie)