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Tribune Libre en Afrique

Autour d’un thé : La faute à la/le Covid

Le Calame - Vous le savez : à quelque chose malheur est bon. Ou pour le dire autrement : le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ou encore : qui n’a pas réussi sa vie déclare arrivée la fin du monde. Vous ne comprenez rien encore à tout ce charabia ? Normal, puisque c’est un coup en terre et un autre au ciel.

Mais en tout cas, comprenez tout de même que depuis quelques mois, c’est cette histoire de COVID 19 – le ou la, peu importe qu’il soit femme ou homme, l’essentiel est qu’il ou elle a fait de gros dégâts ; et pendant que l’hécatombe continue, que les lexicologues français sont en bisbille sur le sexe dudit virus. Exactement comme pour celui des anges ou celui du papillon. Ou comme chez nous où le/la COVID, c’est kif-kif la CEP.

Comment ? On parle trop du/de la COVID… comme on parle trop de la CEP. Qui dit COVID pense à l’argent, avec le fonds de quelques milliards dont on ne nous parle plus maintenant. Qui dit CEP pense à l’argent, avec les milliards volés et les honoraires des avocats de la défense et de la partie civile. La COVID tue.

La CEP accuse. Merci la COVID d’avoir été un excellent justificatif à toutes les mauvaises prestations. Nouakchott se noie ? C’est la faute à la COVID ! Les médicaments manquent dans les pharmacies ? C’est à cause du COVID ! Les prix augmentent ? Foutu(e) COVID ! Les ministres « ministrent » mal ? COVID, encore et toujours !

Imaginez un peu s’il n’y avait pas eu cet(te) imbécile de COVID : le Président n’aurait entrepris aucun voyage ; les députés jamais augmenté leurs salaires ; les chefs d’état-majors des corps procédé à aucune affectation, promotion ni avancement. Les prix n’auraient pas augmenté. Les épreuves n’auraient pas fuité.

Les pluies n’auraient rien endommagé. Ni les policiers, ni les gardes, ni personne n’auraient « bavuré ». Tout ça, c’est à cause du/de la COVID ! Sinon, l’an I du mandat aurait été tellement joli avec des réalisations comme pas possible. Tout allait changer. C’est tout le monde allait être tout beau tout gentil avec beaucoup d’argent et aucun problème.

Mais voilà, il y a eu cet(te) imbécile de COVID 19 ! Heureusement pas 20 ou 21. Ce qui me rappelle une histoire selon laquelle un père de famille – peulh, wolof ou halpulaar mais qui vaut aussi pour n’importe quel autre père de famille de chez nous – aurait dit : « heureusement que la marmite n’a que trois pieds.

Ç’eût été la catastrophe, s’il en avait eu quatre ou cinq ». Maintenant, c’est toujours comme ça : que nous prenions d’ici et laissions de là-bas, on ne va pas faillir : nous sommes une société qui triche.

Et depuis bien avant le/la COVID 19. Nous trichons au concours d’entrée en sixième. Nous trichons au BEPC. Nous trichons au Bac. Nous trichons à l’Université. Nous trichons dans la vie. Nous trichons même avec la mort.

Et nous espérons même tricher au-delà. Les coups d’État, la gabegie, le vol, la corruption… c’est quoi, si ce n’est de la tricherie en bonne et mauvaise forme ? Un haut cadre qui ment est un tricheur.

Les promotions indues ? Rien que de la tricherie. Les faux rapports, les faux chiffres, les fausses déclarations : de la tricherie ; tout comme les accusations infondées, les calomnies, les dos-ronds à la vérité, les mauvais payeurs de la SOMELEC, de la SNDE et des impôts : vilaines, vilaines tricheries !

Et quand ce sont les Grands de Tevragh Zeïna et autres quartiers de soit disant nantis qui manipulent les factures pour payer au minima, manœuvrent pour s’extraire des frais fiscaux, font des pieds et des mains pour faire réformer les biens publics : voitures, domaines, maisons, etc. ; Bon Allah, c’est quoi, sinon infâme tricherie ? Quand c’est eux, que vont dire les « nous » ? Ô pauvres de nous ! Quand la pierre dit : « je suis mouillée », le morceau d’argile répond : « moi, je ne pipe mot ». Salut.

Sneiba El Kory

 

Criminalité endémique ou la faillite d’un ministère. Par Pr ELY Mustapha

Criminalité endémique ou la faillite d’un ministère. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que les images sanguinolentes d’étudiants battus en sang ou de manifestants pacifiques violentés et bastonnés pour l’on ne sait quelle raison. Du ministère de l’intérieur l’on ne connait que ces agents aux carrefours qui monnayent les passe-droits.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que cette administration routière qui cautionne, les milliers de véhicules, ces tombereaux de la mort, ces carcasses tétaniques qui sillonnent les villes et qui tuent tous les jours.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que les milliers d’enregistrements d’accidents, de décès de la route, de constat de viols et d’agressions devenus le quotidien de la vie urbaine. Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que ces patrouilles arrogantes qui, souvent, ignorent la loi, ridiculisent et molestent le citoyen lui refusant toute dignité.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait qu’une police violente ignorant toute déontologie, formée à la matraque et à la répression de toute expression d’opinion. La police générale chargée du maintien et du rétablissement de l’ordre public, une police notoirement répressive.

Quant à la sécurité civile et la gestion des crises relevant des compétences du ministère, voilà que le ministre vient de déclarer, à la suite du conseil des ministres du 30 septembre 2020 : "Selon les chiffres en notre possession, une baisse de la criminalité a été observée sur les 7 derniers mois.

Nous rappelons qu'un centre de coordination de l’action des forces sécuritaires a été créé avec pour objectif de rendre la ville de Nouakchott beaucoup plus sûre. Cela passe par l’usage des méthodes traditionnelles mais également d’outils modernes de surveillance, des marchés et lieux publics notamment"
,

Les chiffres, quant à la baisse de la criminalité, n’étant pas publiés, c’est le citoyen qui en est juge, jour et nuit.

Les déclarations contredisant la réalité, la question est alors de savoir : d’où vient l’impuissance des autorités publiques à juguler cette criminalité ascendante ?

L’actuel ministre de l’Intérieur et de la décentralisation est l’héritier d’une situation de criminalité qui a prévalu depuis des décennies et la combattre relève du mythe…de Sisyphe. En effet, ce ne sont pas les mesures répressives ni le renforcement des capacités en « surveillance de lieux publics et des marchés », ni la capture et le dépôt des délinquants dans des prisons surpeuplées qui va résoudre la problématique de la criminalité.

Cette criminalité continuera à se renforcer et à exister parce que sa solution ne réside pas dans la coercition et la répression mais dans une stratégie qui dépasse le ministère de l’intérieur, et qui s’ancre dans la structure même de gouvernance.

Voici ce que rapporte en 2020, l’OSAC (Overseas Security Advisory Council) du Département d’Etat Américain ( Mauritania 2020 Crime & Safety Report) :

« Le Département d'État des États-Unis a évalué Nouakchott comme étant un lieu de menace CRITIQUE pour le crime dirigé ou affectant les intérêts officiels du gouvernement américain.

« Le gouvernement mauritanien signale une augmentation des crimes violents (par exemple, meurtre, voies de fait, coups et blessures, vols, cambriolage occupé, enlèvement, détournement de voiture) et non violents (par exemple, vol, cambriolage de véhicule, vandalisme, cambriolage inoccupé) depuis 2015, qui affectent tous de manière prédominante les Mauritaniens; Les criminels ont tendance à ne pas cibler spécifiquement les Occidentaux, bien que des ressortissants américains et d'autres expatriés occidentaux aient été victimes de crimes à Nouakchott ces dernières années, notamment de vols et d'agressions sexuelles.

Les gangs criminels sont actifs dans les principales villes.

Le gouvernement mauritanien a pris de petites mesures pour atténuer la criminalité. Par exemple, la garde nationale et la gendarmerie patrouillent dans les quartiers les plus criminels, en particulier dans le sud de Nouakchott.

Ces initiatives ont permis de réduire l'activité criminelle à la fin de 2017, mais les forces de l'ordre étant de plus en plus impliquées dans des crimes, y compris un vol à la lumière du jour très médiatisé de la banque BMCI et de multiples cas d'agression sexuelle, il est difficile de vérifier les allégations gouvernementales de progrès des initiatives de réduction de la criminalité.

Les crimes de rue et les crimes d'opportunité sont également en augmentation à Nouakchott. Les crimes de rue typiques incluent le vol à la tire, l'arrachement de sac à main, le vol de téléphone portable, le vol de véhicules et les agressions.

Il y a également des rapports de piétons signalant des automobilistes (un type courant de covoiturage) pour voler leur véhicule ou leurs effets personnels. Des risques similaires de criminalité existent à Nouadhibou, Rosso et dans d'autres villes (..). »


Conduire en Mauritanie peut être extrêmement dangereux.

Les règles de circulation et l'étiquette du conducteur diffèrent considérablement des règles de la route à l’américaine. De nombreux Mauritaniens conduisent sans se soucier des limites de vitesse, des panneaux de signalisation ou des feux de signalisation. Il est courant que les conducteurs se frottent aux véhicules adjacents lorsqu'ils se précipitent pour se positionner sur la voie.

Les conducteurs changent de voie sans vérifier au préalable la présence d'autres véhicules. Les conducteurs passent illégalement sur les accotements et peuvent pousser les autres automobilistes lorsqu'ils reviennent sur la chaussée.

Ce mépris flagrant pour la sécurité de base entraîne de fréquents accidents de la route et des blessures aux conducteurs et aux passagers. Pour réduire le risque d'accident ou de blessure, adoptez une posture de conduite défensive. Cela signifie souvent céder la priorité aux conducteurs plus agressifs.

De plus, les obstructions et les dangers de la chaussée causée par le sable à la dérive, les animaux et le mauvais entretien affligent souvent les automobilistes. Les piétons tentent souvent de traverser des rues animées sans attendre que la circulation transversale ralentisse ou s'arrête.

Ces risques, associés au nombre de conducteurs non formés et de véhicules mal entretenus, rendent impérative une plus grande prudence. Conduisez avec une extrême vigilance et portez toujours une ceinture de sécurité Évitez de conduire la nuit.

Les transports publics ne sont pas sûrs en Mauritanie, en particulier à l'intérieur.

Les taxis et les transports publics ne sont pas des moyens de transport sûrs pour les visiteurs occidentaux. (…). Presque tous les taxis et autres formes de transports publics ne sont pas réglementés et en mauvais état.

Des agressions sexuelles ont eu lieu la nuit dans des taxis. Refusez les promenades d'étrangers; les sujets proposant des manèges ont attiré des victimes dans leur véhicule pour une agression sexuelle. »

(https://www.osac.gov/Content/Report/37f54420-a772-4254-af59-1875fb6f7f5a )

La situation n’est donc pas sous contrôle comme pourrait le faire croire la déclaration du ministre de l’intérieur sur la baisse de la criminalité. Le rapport 2020 de l’OSAC précité mentionne, en effet, « qu’il est difficile de vérifier les allégations gouvernementales de progrès des initiatives de réduction de la criminalité. »

Aussi, posons-nous simplement les bonnes questions et éliminons les mauvaises.

Les mauvaises questions, qui ne servent que les solutions à court terme, sont les suivantes :

- Comment renforcer les effectifs et les moyens de la police pour réprimer davantage ?

- Comment aggraver les peines pour des sanctions plus lourdes ?

- Comment déployer des centaines d’agents pour dissuader de la criminalité ?

Etc.

Autant de questions que tous les ministres de l’intérieur, présent et passés, se sont posées en appelant des millions d’ouguiyas en renforcements budgétaires annuels, sans que cela ne donne le moindre résultat.

En effet, la lutte contre une criminalité, passe d’abord par la question que tout commun des mortels se poserait : pourquoi la criminalité s’accroit de jour en jour?

La réponse à cette question coule de source : parce que les méthodes et les moyens utilisés sont inadaptés.

En effet, prenons juste un exemple. Voici une machine industrielle qui se met à produire une barre métallique tordue alors qu’elle devait produire une barre métallique bien droite. La question est : faudrait-il continuer à vouloir, redresser, entre l’enclume et le marteau, chaque barre métallique produite, ou plutôt réparer la machine ? La situation devient alors ingérable si la cadence de production augmente, sans intervention. Car à ce moment-là, ni les moyens matériels, ni les moyens humains alloués à la production, ne suffiront.

C’est exactement, ce qui arrive à ce ministère Sisyphe qui est celui de l’intérieur. Un ministère au bout d'une chaine de production d’une délinquance qu’il poursuit, réprime et emprisonne, sans succès. Car la « machine » qui les produit est détraquée et continuera à en produire de milliers.

Cette machine « sociale » qui n’est autre que la société produit, par fournées entières des délinquants, que ni la répression, ni la correction, ni la privation de liberté ne va arrêter.

La vraie question est alors la suivante : Pourquoi ?

Réponse : parce que le délinquant est le produit de ceux-là même qui veulent le supprimer. En effet, qu’est-ce qu’un délinquant produit par la société mauritanienne ?

C’est un reflet de la délinquance qui sévit au sommet de l’Etat. Qu’il vit chaque jour et à laquelle il s’identifie chaque jour. En effet, les gouvernants, eux-mêmes, n’ayant pas donné l’exemple, comment voudrions-nous que ceux qui les contemplent n’agissent pas de même. Pire, ils les prennent en exemple.

Le délinquant est un paria, un chômeur, un laisser pour compte familial ou social, un dépendant des stupéfiants ou tout simplement une progéniture de la classe bourgeoise corrompue qui a phagocyté l’Etat et qui a pris sa parentèle en modèle.

Et ce délinquant ne disparaitra pas par la répression. Il s’en créera des milliers tous les jours, tant que les conditions de son existence perdurent toujours et dictent son comportement criminel. Et l’impuissance du ministère de l’intérieur de juguler s’explique justement par le fait que les facteurs qui président à la délinquance lui échappent, il ne fait que « redresser » une barre métallique indéfiniment tordue et produite à une cadence qu’il ne peut maitriser.

Alors ce ministère ne fait plus que jouer de la matraque, de la répression, des arrestations, des emprisonnements de façon indéfinie engagent des moyens humains matériels et financiers grandissant avec les résultats que l’on sait.

C’est ainsi qu’il convient de repenser totalement la lutte contre la criminalité en Mauritanie, et elle ne passe pas en priorité par le ministère de l’intérieur.

Elle passe par un modèle de gouvernance qui doit:

- Mettre à contribution le chef de l’Etat lui-même qui doit être « visible », présent pour dynamiser par ses directives la société et lui donner confiance en son action.

- Moraliser la vie politique, en donnant l’exemple d’une bonne gestion transparente et des résultats probants.

- Assainir l’administration publique, en éradiquant les poches de la corruption et de l’incompétence (voir : mon article : «Khadijetou Sow, le crime en col blanc » http://cridem.org/C_Info.php?article=739257 )

- Appliquer urgemment un programme national de création de l’emploi doté de moyens suffisants pour résorber le chômage.

- Apporter un soutien massif aux structures de l’éducation nationale. En renforçant le tissu éducatif en moyens humains et matériels en quantité et en qualité.

- Mettre en place une politique de formation professionnelle efficiente, privilégiant le formations moyennes et courtes à forte valeur ajoutée et à forte employabilité pour les jeunes.

- Améliorer par des actions ciblées et efficaces les conditions économiques et sociales de la jeunesse défavorisée (des banlieues et de l’intérieur du pays)

- Juguler les poches de pauvreté dans les zones sensibles et lutter contre le dénuement des populations à risque de développement de « sites » de délinquance.

- Mettre en place une véritable politique de lutte contre la criminalité à travers l’éducation, l’emploi, l’entreprenariat et adossée sur de véritables structures de conseil et d’assistance aux jeunes dans tous les lieux de rencontre (clubs, maison de jeunes, complexes sportifs, événements) afin de créer le contact et générer la confiance.

- Encourager les forums publics pour l’expression de la jeunesse sur ses préoccupations et ses doléances et affecter une structure administrative pour leur suivi et leur concrétisation avec les organismes concernés.

Si tout cela n'est pas fait, l’on pourrait, sans se tromper, dire que la lutte livrée par le ministère de l’intérieur et de la décentralisation est perdue d’avance, ses résultats épisodiques n’en garantissent pas la pérennité.

En effet, la véritable lutte contre la criminalité ne relève pas du ministère de l’intérieur mais d’abord et avant tout de la volonté du chef de l’exécutif, lui-même de mettre en place une véritable gouvernance de l’intégrité, de la transparence et de l’efficacité dans la gestion de la chose publique.

C’est uniquement à travers une tel mode de bonne gouvernance, que la criminalité pourra être résorbée.

En effet, tant que la société se reflète dans un Etat de corruption, ses membres ne seront que l’exemple le plus affiné de la délinquance de ses dirigeants. Une criminalité devenue endémique. Et des victimes innocentes, connues et inconnues, continueront, chaque jour et chaque nuit, à payer de leur vie la turpitude des gouvernants. Faillite d’un ministère, reflets d’une société.

A la mémoire de Khadijetou Oumar Sow
et Moyma Mint Mohamed Amar.
Paix à leurs âmes.


Pr ELY Mustapha

 

Et si la commission d’enquête parlementaire est illégale et anticonstitutionnelle !

Et si la commission d’enquête parlementaire est illégale et anticonstitutionnelle !Kassataya - Rien dans la constitution mauritanienne, ni dans son préambule, ni dans son corps, ni dans sa rédaction originelle, ni dans ses versions révisées, une seule disposition énonçant l’institution d’une quelconque commission d’enquête parlementaire, ou prévoyant sa création.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir notre loi fondamentale. Cela ne nécessite aucun effort, du fait même de son caractère squelettique, composée comme elle l’est, d’une centaine d’articles dont on peut prendre connaissance d’un trait.

Mais elle a le mérite d’être claire, en ce qui concerne le principe de séparation des pouvoirs, chacun des trois pouvoirs disposant d’attributions expressément énumérées, sans interférence ni empiètement, outre une bonne intelligence dans les rapports entre les pouvoir exécutif et législatif.

On s’apercevra alors que le pouvoir de contrôle de l’Assemblé Nationale ne concerne que l’action du gouvernement, alors que la responsabilité du Président de la République ne peut, et ne saurait être mise en mouvement que devant la Haute Cour de Justice comme le précise sans ambages, l’article 93 de la constitution libellé de la sorte « Le Président de la République n’est responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute trahison.

Il ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée Nationale statuant par un vote au scrutin public et à la majorité absolue de ses membres ; il est jugé par la Haute Cour de Justice ».

Ainsi donc, la responsabilité du Président de la République ne peut se concevoir qu’à travers une procédure judiciaire à caractère exceptionnel, et devant un organe constitué à cet effet, précisément la Haute Cour de Justice, présentée comme étant le juge naturel du Président de la République.

Il faudra bien que l’on se résigne à faire une distinction entre le gouvernement et le Président de la République dans un régime constitutionnel dont le caractère présidentiel est suffisamment mis en évidence par sa loi fondamentale, comme il faudra se résigner à l’idée que le mécanisme de la mise en mouvement de la responsabilité du gouvernement et celui de la mise en cause de celle du Président de la République ne sont ni identiques, ni comparables ; on ne devrait donc pas prendre l’un pour l’autre, ni confondre l’un avec l’autre ; tout cela est clairement exposé dans la constitution, pour qui veut prendre un peu de son temps, afin de la parcourir à travers une lecture posée.

Non seulement, le Président de la République bénéficie d’un privilège de juridiction, ce qui veut dire que sa responsabilité, faut-il le répéter encore et encore, ne peut être mise en cause que devant la Haute Cour de Justice, mais en outre, pour être complet sur ce sujet, le seul motif susceptible de fonder cette responsabilité, c’est celui de la haute trahison.

La haute trahison a été envisagée à un certain moment de l’instruction initiée par la commission d’enquête parlementaire , quand on a enfin compris que c’était la seule hypothèse envisageable pour mettre en cause la responsabilité de l’ancien Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, puis on s’est très vite ravisé, après avoir acquis la conviction que les faits rapportés à ce sujet relevaient de la fabulation, d’une intention manifeste de nuire, de soustraire l’ancien président à son juge naturel, plutôt que d’une volonté sincère de recherche de la vérité.

Notre texte fondateur, eu égard à la responsabilité du Président de la République est identique à celui de la constitution française de 1958, faut-il le préciser, dont il reproduit textuellement l’article 68, repris tel quel dans l’article 93 de la constitution mauritanienne ; puis lorsqu’en France, on a voulu en 2007, modifier le régime de la responsabilité du Président de la République, on y a procédé, en accord avec le respect du principe du parallélisme des formes, par la voie d’une révision constitutionnelle, en modifiant les dispositions du titre IX devenue « La Haute Cour » en lieu et place de la « Haute Cour de Justice », prévoyant au visa de l’article 67 que le Président de la République ne peut désormais faire l’objet d’une quelconque poursuite durant son mandat, sauf qu’à l’expiration de celui-ci, les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle peuvent être engagées ou poursuivies à son encontre, à l’expiration d’un délai d’un mois suivant la cessation de ses fonctions, puis l’article 68 de préciser un autre mode de mise en cause de la responsabilité du Président qu’est la destitution, et qui donc s’opère lorsqu’il y a un manquement grave manifestement incompatible avec l’exercice du mandat présidentiel, et dans ce cas, la destitution est prononcée par le parlement constitué en Haute Cour ; il va de soi que cette dernière procédure n’est applicable que durant la mandature, car on ne peut destituer un président qui n’est plus en place.

En Mauritanie, il n’existe aucune trace d’une réforme identique dans la constitution, aucune trace également de l’article 24 alinéa 1 nouvellement introduit dans la révision française de 2017, qui prévoit que le parlement « contrôle l’action du gouvernement. Il évalue les politiques publiques », disposition dont le mécanisme de mise en application va cette fois-ci prévoir enfin, la création ardemment souhaitée, vivement recherchée, des commissions d’enquête, au visa de l’article 51-2 introduit dans la nouvelle constitution de France révisée, en ces termes : « Pour l’exercice des missions de contrôle et d’évaluation définies au premier alinéa de l’article 24, des commissions d’enquête peuvent être créées au sein de chaque assemblée pour recueillir dans les conditions prévues par la loi, des éléments d’information. La loi détermine leurs règles d’organisation et de fonctionnement. Leurs conditions de création sont fixées par le règlement de chaque assemblée ».

Ainsi donc, la réforme constitutionnelle de 2017 intervenue en France, à laquelle nous sommes restés sourds en Mauritanie, ne prévoit la création de commissions d’enquête parlementaires que s’il s’agit de contrôler l’action du gouvernement ou d’évaluer les politiques publiques, nullement lorsqu’il s’agit de mettre en jeu la responsabilité du Président de la République, qui s’opère par la voie de la destitution, ou par le biais des juridictions de droit commun, un mois après l’expiration de sa mandature, et à condition qu’il ait fait l’objet d’une plainte au cours de celle-ci.

En France, comme dans tous les pays où les institutions sont perçues avec déférence, on respecte le principe du parallélisme des formes, en veillant à ce qui a été créé par une disposition constitutionnelle ne puisse être modifié que par une révision constitutionnelle.

Or, aucune révision constitutionnelle n’est intervenue en Mauritanie, instituant une modification du régime juridique de la responsabilité du Président de la République ou des règles de la mise en cause de cette responsabilité.

On objectera vainement, argument dérisoire s’il en est, qu’en Mauritanie les commissions d’enquête parlementaires sont prévues par le règlement intérieur de l’assemblée nationale.

Que vaut un règlement intérieur face à une disposition constitutionnelle ? Peut-il la modifier, en paralyser l’application, l’abroger ? Dans quelle enseigne va-t-on alors loger le bloc de constitutionnalité, le corps de la constitution, les lois, les décrets, les arrêtés, les circulaires et tous les actes réglementaires qui ponctuent la vie publique ?

Que fait-on de cette règle prudentielle qu’est la hiérarchie des normes qui irrigue le cœur de l’Etat de droit et que l’on se doit d’observer avant de créer un texte quelconque, pour ne pas faire prévaloir un arrêté sur un décret, un décret sur une loi.

Il est donc évident qu’un règlement intérieur ne peut avoir une autorité ou préséance sur une disposition constitutionnelle!

Maître Takioullah Eidda, avocat

Nouakchott, Mauritanie.

 

Pourquoi le Premier ministre Ould Bilal s’est inscrit en doctorat ? Par Pr ELY Mustapha

Pourquoi le Premier ministre Ould Bilal s’est inscrit en doctorat ? Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Depuis 2017, Mohamed Ould Bilal est inscrit en Doctorat en business administration (DBA), programme Dakar (Dakar n°4, 2017-2020) une formation en ligne en partenariat entre le CESAG de Dakar et le Business Science Institute. (https://www.facebook.com/BusinessScienceInstitute/)

Interrogé par « Zoom alumini » dudit institut, le 17 septembre courant, sur le pourquoi de son engagement dans une thèse d’exécutive DBA, Ould Bilal a répondu : « durant mon parcours professionnel, j’ai eu à diriger et à coordonner des activités importantes dans la vie des entreprises industrielles et commerciales telles que les techniques de planification stratégique et opérationnelle, de gestion des ressources humaines et matérielles ainsi que les techniques d’audit et de monitoring.

Je me suis engagé dans une thèse d’Exécutive DBA dans l’objectif d’approfondir, conceptualiser et documenter cette expérience notamment dans le domaine des infrastructures de BTP en vue d’en faire profiter les professionnels du secteur et de renforcer mes connaissances théoriques sur ce sujet »

Cet Executive DBA coûte environ 21000 euros soit près de 9 millions d’ouguiyas.

Outre que l’on a compris maintenant son engouement pour les BTP, qui explique cette étude d’un marché de construction de 10 échangeurs à Nouakchott, voilà donc un premier ministre qui dépense… dans le savoir.

Un premier ministre qui semble bien croire en la valeur du savoir et en l’importance des diplômes réellement acquis et leur apport pour le développement.

Alors les questions que chacun se poserait sont les suivantes :

Pourquoi ce premier ministre participe-t-il à cautionner la médiocrité dans l’administration publique mauritanienne qui hypothèque toute la gestion des ressources publiques humaine, matérielle et financière ?

Pourquoi ce premier ministre ferme-t-il les yeux sur les nominations abusives et injustifiées dans l’administration publique mauritanienne, qui n’ont pour référence, que la tribu, le clan ou l’omnipotence des géniteurs ?

Pourquoi ne s’est-il pas opposé aux récentes et scandaleuse nominations au ministère des finances ? Pourquoi ne diligente-t-il pas une enquête sur les faux diplômes qui gangrènent l’administration mauritanienne ?

Pourquoi ne s’opposent-ils pas à ces résultats de concours et autres recrutements dans la fonction publique et ailleurs qui excluent des franges entières de la population ?

Pourquoi, participe-t-il et laisse-t-il faire un système éducatif défaillant et une université déficiente, qui, depuis des décennies, ne produisent que bigotisme et chômage ?

La réponse à toutes ces questions se trouve tout simplement dans la réponse à une seule et unique question : Pourquoi le Premier ministre Mohamed Ould Bilal, s’est-il inscrit en doctorat ?

Un exécutive DBA qui coûte très cher et qui lui permettra d’avoir un diplôme de plus ?

Les diplômes ne sont que la preuve d’un savoir, d’une science. Ils doivent servir une propédeutique de l’action sociale ; des connaissances qui préparent à une dynamique plus approfondie au service du développement de la société humaine.

Si par son intérêt pour la véritable diplomation, le premier ministre a bien pris conscience de l’intérêt des diplômes chèrement acquis (en temps, moyens et en vie humaine), alors il ne cautionnera pas ce délabrement de la science, du savoir, de l’éducation qui mine aujourd’hui le pays. Et les questionnements précédents trouveront une réponse à la mesure des enjeux qu’ils posent, et il prouvera que son attachement au savoir ne se limite pas à un DBA.

Si, par contre, son DBA, n’est qu’un faire-valoir chèrement payé pour une promotion professionnelle, alors il n’aura pas saisi la dimension de sa charge de premier ministre ; et celle-ci, détachée de la morale, de l’éthique et de la déontologie de la fonction qu’il occupe, ne ferait de lui qu’un diplômé inconscient. Or comme le soulignait déjà Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Et les questionnements précédents ne trouveront, comme toujours, et pour le malheur du pays, aucune réponse.

Pr ELY Mustapha

 

De la responsabilité de la Presse mauritanienne dans la corruption : morale, éthique et déontologie. Par Pr ELY Mustapha

De la responsabilité de la Presse mauritanienne dans la corruption : morale, éthique et déontologie. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Les médias mauritaniens traversent tous les régimes. Et c’est en cela que, de la Presse écrite à la presse audiovisuelle, ce secteur porte une lourde responsabilité dans ce que la corruption est devenue en Mauritanie. Non point que ce secteur, par essence, l’encourage, mais qu’il contribue à promouvoir ceux qui en sont les barons.

Dans sa liberté d’informer, le journaliste mauritanien joue un rôle primordial, mais la question est : ne contribue-t-il pas à l’enracinement des non-valeurs en Mauritanie. Non- valeurs qui président à la corruption : le mensonge, le vol et la dissimulation.

Certes, la définition du journaliste à laquelle nous nous attachons ici, n’est pas simplement celle de celui (ou celle) qui s’est fixé(e) pour métier de rechercher et de délivrer l’information au public, ce qui engloberait même le concierge d’immeuble, mais le vrai journaliste. Celui qui dans cette noble mission s’est fixé une éthique dans l’action, une morale dans le comportement et une déontologie dans la profession.

Ceux des journalistes qui, dans cette optique, ont essayé de garder leur indépendance, et leur dignité, ont soit disparu soit vécu chichement sur leurs ressources propres avec tous les harcèlements des régimes que l’on sait. Alors que ceux qui se sont encoquinés avec les régimes ont reçu leur rétribution de la honte et payeront le tribut de leur turpitude.

Or aujourd’hui, plus que jamais, le journalisme mauritanien se doit de devenir un instrument au service des valeurs sociales et participer à combattre les non-valeurs qui minent, depuis des décennies, le pays.

J’avais consacré un article à la corruption des intellectuels et autres collaborateurs qui entourent, nos dictateurs et sur l’obligation de les combattre, considérant qu’ils étaient leur talon d’Achille montrant que ces collaborateurs ne sont ni plus ni moins que le véritable moteur qui maintient la dictature en marche. Ils sont son talon d’Achille.

Son point faible. Et c’est en frappant son talon d’Achille que l’on met à genou le système qu'il porte. (voir Combattre autrement : le Talon d’Achille de nos dictatures : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/combattre-autrement-le-talon-d-184353).

Aujourd’hui, le dictateur s’en est allé, mais ceux qui l’ont « construit », porté adulé, facilité le forfait sont encore là, continuent à corrompre le système et aux aguets afin de continuer à pourrir tout système qui se met en place.

Toujours sur la scène politique, ces tyrannosaures veulent se faire une nouvelle virginité, en reniant et en vilipendant leur maître d’hier.

Certes, la démocratie impose de laisser s’exprimer ces vendus de régime en régime, mais rien n’impose aux journalistes de vulgariser leurs dires et leur image dans le public.

Si cela est, alors les médias mauritaniens continuent à contribuer à la corruption.

En effet, il doit être contraire à la déontologie et à l’éthique journalistique de donner la parole à des individus qui ont publiquement, notoirement, et preuve à l’appui, soutenu les régimes corrompus.

Comment un média, digne de ce nom, peut-il encore inviter sur un plateau ou sur ses colonnes des personnes qui hier ont contribué, par leurs actes leurs paroles et leur vil soutien, à un régime dont les pontes sont aujourd’hui traduites devant la justice ?

Lorsqu’un personnage aujourd’hui, condamne publiquement Aziz et demande son jugement pour corruption, alors qu’hier même il l’érigeait le bon Dieu, trompant ainsi le peuple et mettant en péril toute une nation, alors c’est un véritable crime que de lui donner aujourd’hui la parole.

Une inestimable contribution des médias mauritaniens serait de boycotter tous ceux et celles connu(e)s sur la scène politique qui ont contribué directement aux dégâts causés par le régime. Et parmi ceux-ci, ceux et celles qui les ont soutenus en connaissance de cause de leur délinquance. Car ils sont aussi complices des criminels.

En effet, la morale cet « ensemble des valeurs supérieures qui conduisent chacun à différencier le bien du mal et qui devraient fonder les conduites humaines, tout au moins pour les individus conscients de leurs devoirs et responsables de leurs actes », doit dicter à nos journalistes, tout au moins ceux définis plus haut, d’avoir des positions de principe sur le traitement, dans leurs moyens d’information, de ces vils membres de cette classe politique qui détruit le pays,

Allier à cette morale, forgeant les principes, une éthique personnelle de l’action qui dicte en permanence de renoncer à donner un quelconque espace médiatique d’expression à ces criminels politiques.

Il en va, ainsi, de la vérité, de la dénonciation des maux du pays et de la santé mentale de tout un peuple, trahit par des individus qui le vendent au premier dictateur venu et qui ne pensent qu’à leurs bas intérêts.

A la morale des principes et l’éthique de l’action, pratiquer la déontologie de la profession et faire que chaque acte de journaliste soit le reflet, non pas seulement d’une mission d’informer, mais d’un acte de responsabilité à l’égard de toute une nation.

Dans une nation meurtrie par une classe politique du ventre, de la délation, de l’indignité et qui s’affiche sans honte dans la vilénie et le déshonneur, le rôle du journaliste se doit d’être, aujourd’hui, celui d’un militant et d’un résistant.

Un militant, car face à cet envahissement du pays par une classe politique corrompue, le journaliste a le devoir de ne pas contribuer à sa prolifération. Résistant ensuite, face à ses appels qui le mettent à contribution pour continuer à s’afficher et induire le peuple en erreur.

En somme, tant la morale, l’éthique et la déontologie, appellent aujourd’hui bien plus qu’hier, le journaliste mauritanien à prendre ses responsabilités face à cette gangrène de l’État et l’empêcher de continuer de se propager à travers les médias.

Le journaliste mauritanien se doit urgemment, de repenser son rôle dans cette société mauritanienne politiquement abusée et que les médias, à travers l’audience qu’ils donnent à ceux qui l’abusent, l’abusent davantage.

Pr ELY Mustapha

 

Le pouvoir judiciaire et l’occasion en or

Le pouvoir judiciaire et l’occasion en orLe Calame - La Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) a remis son rapport à l'Assemblée nationale qui, comme à son accoutumée, l'a «instantanément» transmis au ministère de la justice, sans même en corriger les coquilles et autres fautes de syntaxe, et ce pour engager, au plus vite, les poursuites judiciaires contre les personnes « impliquées » dans les dossiers de corruption présumée.

De nombreuses incongruités ébranlent la crédibilité dudit rapport:

1. Au départ, la CEPfut proposée par l’opposition aiguillonnée par les « Frères musulmans » (14 députés sur les 24 qui avaient parrainé cette initiative). En démocratie, ce type de manœuvre politique est assez « standard », il relève d’une tactique de harcèlement médiatique et populaire du pouvoir, régulièrement réactivée par l'opposition pour rappeler qu’elle existe et tester, au passage, la cohésion politique de ses adversaires.

En général, de telles manœuvres ne font pas long feu, vite oubliées à la faveur d’un échange de vaines salves oratoires. On comprend alors que la création de la CEP ne visait nullement un objectif d’enquête sérieuse et n’avait –a priori- aucune chance de réussir.

Si la CEP avait été «naturellement» proposée par la majorité parlementaire, les choses auraient été complètement différentes...

2. L’aval de la majorité en faveur de la CEP, est venu alors que cette majorité était empêtrée dans le débat acrimonieux, au sein du parti au pouvoir, au sujet de la « référence ». On peut ainsi estimer que cet aval faisait partie intégrante de la panoplie de mesures visant à trancher, dans le vif et au plus vite, un tel débat,

3. La plupart des parlementaires qui ont soutenu, sur le tard, l'initiative de la CEP, avait défendu –mordicus- les projets autour desquels planent aujourd’hui des soupçons de corruption, et avait unanimement légiféré dans ce sens,

4. La majorité des parlementaires actuels a pathétiquement milité (hier par écrit)en faveur du renouvellement du mandat présidentiel, en violation des dispositions pertinentes de la Constitution du pays ; en somme, ils ont tenté d’octroyer une nouvelle « décennie de gabegie », en sus de celle qu’ils critiquent en chœur aujourd’hui et de manière si véhémente!

5. La commission parlementaire comprenait des membres connus pour leur hostilité déclarée à l’endroit de l'ex-président de la République; bien entendu cette observation confirme à nouveau le point n°2,

6. C’est notoire, certains membres de la CEP elle-même, disposent de lourds « dossiers » en matière de corruption et de gabegie, du temps où ils exerçaient des charges publiques,

7. Les dossiers d'inspection ont été choisis de manière sélective, visant principalement à incriminer l’ex-président de la République et certains de ses anciens collaborateurs, en épargnant d’autres, et ce parfois de manière vulgaire, invraisemblable et sur la base de calomnies vite démenties par leurs auteurs,

8. La CEP a fait appel à trois bureaux d'études (tous étrangers) pour contrôler des faits, en rapport avec la souveraineté du pays, sans expliquer nulle part les précautions techniques en matière de sécurité politique. La probabilité d’une « influence intelligente» (extérieure ou intérieure) ne peut plus être entièrement écartée,

9. Dans son rapport, la CEP a critiqué « vertement » tous les organes officiels de contrôle, à l’exception notable du parlement, dont la plupart des membres actuels avait approuvé les projets et accords «suspects» et dont est issue la commission,

10. On est fondé de s'inquiéter du nombre limité de dossiers arbitrairement sélectionnés par la CEP, car cela pourrait consister en une tentative par les adeptes de le corruption et de la gabegie, durant la «décennie», «la vingtaine» et la «trentaine», visant à incriminer un nombre limité de responsables, en victimes expiatoires, au moindre coût, d’un profond problème de société, permettant ainsi à ces adeptes de s’adonner sans risque à leur activité nocive favorite, du moins sur le court terme.

Acteurs politiques partiaux

Contrairement au pouvoir exécutif au sein duquel un « PNP », n’ayant jamais travaillé pour l’Etat, peut miraculeusement occuper les postes les plus prestigieux de l’administration publique, et agir, à son tour, dans cet esprit sur le double plan financier et administratif, ou au pouvoir législatif dont l’accès n'exige que moins de deux semaines de campagne électorale, au cours desquelles, en plus de l’argent sale, les « leviers » sordides de tous les particularismes (tribalisme, régionalisme, « ethnicisme », sectarisme …) sont actionnés à tout bout de champ, contrairement donc aux deux pouvoirs précédents, le pouvoir judiciaire n'est accessible que via des concours en bonne et due forme, exigeant de vraies qualifications professionnelles. Ce pouvoir est, fort heureusement, indépendant des deux pouvoirs exécutif et législatif.

Il me semble que ce pouvoir judiciaire dispose, aujourd’hui, d’une occasion en or susceptible d’aider le pays à porter un coup décisif à la culture de la corruption et de la gabegie, une culture qui a régulièrement freiné les efforts publics en faveur de la lutte contre la misère et l’atténuation significative des écarts sociaux. Ce pouvoir peut considérer le rapport remis par le parlement et rédigé par trois bureaux d’études étrangers, sous l’influence d’acteurs politiques partiaux, comme une notification formelle au sujet d’une présomption d’existence d’actes illicites dans la gestion publique, et procéder, sur cette base, au prélèvement d’un nouvel échantillon aléatoire parmi les départements ministériels, les institutions publiques et les grands projets de développement, conforme aux procédés statistiques rigoureux en matière de contrôle et de vérification, « lissant » ainsi les données comprises dans un rapport notoirement politique et donc subjectif. Ceci aura l’avantage de mesurer avec une grande précision l’ampleur du phénomène au sein de l’appareil de l’Etat, sur une base professionnelle, impartiale et donc indiscutable ; ceci serait en phase avec les méthodes et procédures d’investigation judiciaire, étroitement encadrées par les textes légaux et déontologiques. Ceci aura enfin l’avantage de rassurer, demain, les coupables éventuels à propos des raisons de leur condamnation, de préserver l’image extérieure du pays et la dignité de ses fonctionnaires.

Si, en plus, le pouvoir judiciaire pouvait éclairer, à titre comparatif et en respectant naturellement les normes juridiques de prescription, les lanternes des citoyens mauritaniens sur la manière dont les affaires publiques étaient gérées avant la « décennie », ce serait, sans nul doute, «le gâteau sous la cerise»…

Dr IsselkouOuld Ahmed Izidbih

Source : lecalame.info (Mauritanie)

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publics

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publicsInitiatives News - La publication en début de semaine des rapports compromettant de la cour des comptes a fait l’effet d’une bombe. Ces malversations qui mettent en cause plusieurs manitous de l’ancien régime de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz mettent en exergue la dilapidation systématique des biens publics.

Les six rapports en question couvrent la période 2007/2017, sont marqués par des manquements graves caractérisés par des malversations financières qui font s’écrouler comme un château de cartes, le fameux slogan de la lutte contre la gabegie, un mythe brandi une décennie durant par le chantre de l’ancien régime.

Des contrats mirobolants et des marchés douteux, ont été passés ça et là dans différents départements ministériels, des entreprises publiques et au sein de certaines communes.

Un petit exemple avec ce véhicule de marque Renault Kango acquis par la mairie de Téyaret au prix de un million six cents mille de nos anciennes ouguiyas et dont la facture pour les réparations, en moins d’un an, s’élève à deux millions huit cent quatre vingt cinq mille ouguiyas. Et ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt car des dépassements surréalistes sont notés un peu partout, à une grande échelle. Et pour enfoncer le clou, l’Assemblée Nationale est entrée dans la danse et une motion demandant la constitution d’une commission d’enquête parlementaire, est à l’étude.

C’est donc apparemment le coup de grâce qui vient d’être asséné à l’ex président Ould Abdel Aziz. Et le tout dernier éditorial au vitriol de Radio-Mauritanie, diffusé lundi soir, est un signe qui ne trompe pas. La rupture avec l’ancien régime semble bien être consommée.

Reste à savoir comment le président Ghazwani va gérer cette patate chaude que vient de lui balancer la cour des Comptes.

Bakari Guèye
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Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

 

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution)

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution) Senego - L’édition 2019 du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité retiendra encore pour longtemps la prestation de très haute facture du président de la République islamique de Mauritanie Mohamed Ould Ghazouani.

Je connais personnellement l’homme depuis très longtemps (plus de 15 ans), un brillant militaire efficace et effacé. Cependant, j’ignorais totalement la puissance du verbe de l’homme, son audace, mais surtout sa vision claire de la question de lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Invité d’honneur de l’édition 2019, il en sera aussi la surprise inattendue. Outre le président Macky Sall, Mohamed Ould Ghazouani a été largement ovationné par une salle qui s’est reconnue dans le discours de l’homme. Devant le président Macky Sall, le Premier ministre de France Edouard Philippe, Mohamed Ould Ghazouani a asséné ses vérités à l’Organisation des Nations-Unies.

« Les activités terroristes de groupes armés ont généré des milliers de morts, des centaines de déplacés, la fermeture de centaines d’écoles et des millions de déplacés. Nous saluons les initiatives de gestion de crises émanant de nos Etats et de nos partenaires. Des initiatives qui se sont multipliées ces dernières années, mais qui ont connu des limites. Nous assistons depuis quelques années des rationalismes qui mettent en cause les mécanismes Onusiens. L’ONU de par sa capacité de neutralité vis-à-vis des tendances politico-régionales et de partenaires par excellence doit jouer en bon catalyseur dans la coopération multilatérale. Mais pour cela, l’Onu doit se réformer », conseille-t-il.

Il propose un vaste changement dans la procédure onusienne de lutter contre le terrorisme au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de sécurité mais également dans sa politique de maintien de la paix qui n’est pas en adéquation avec le temps des autres. Selon lui, il faut des forces plus mobiles et connaissant mieux le terrain qu’une force lourde avec un mandat souvent limité et coûteux.

« Aujourd’hui, nous devons promouvoir la bonne gouvernance, nous devons garantir l’accès à la justice, renforcer l’arsenal juridique pour l’adapter aux évolutions, assurer un accès inclusif aux services de base de qualités, lutter contre l’ignorance et l’analphabétisme, adopter des politiques économiques créatrices d’emploi, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat surtout des jeunes, mener des politiques de déradicalisation auprès des érudits religieux et enfin renforcer le mécanisme de coopération régionale et internationale et surtout renforcer la coopération multilatérale », soutient le président de la Mauritanie.

Un discours de très haute facture qu’on n’a jamais attendu d’un président de la Mauritanie. Un discours d’un homme de poigne, mais surtout courageux pour appeler à la réforme du système onusien. Notre conviction est que le président Macky Sall a trouvé un véritable interlocuteur avec qui il peut partager les problèmes entre nos deux pays. Parce que Mohamed Ould Ghazouani n’est pas un homme versatile.

Il donne à espérer un nouveau départ dans les relations fécondes et séculaires qui lient le Sénégal et la Mauritanie, surtout que les mauritaniens ont enfin un Président capable de faire cette réunification de ses composantes ethniques tant souhaitée.

* Baba TANDIAN
Président Groupe Tandian Multimedia

 

 

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel Kader

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel KaderInitiatives News - Les Mauritaniens, du moins ceux qui ont encore des yeux, savourent le plaisir d’observer la lueur d’un jour prometteur. Illusion ou vérité, cette lueur réconforte en attendant qu’elle s’avère légitime ou, qu’à Dieu ne plaise, s’éteigne dans l’amère réalité d’une fatale déception.

Dans le pays, les effets accumulés des erreurs du passé sont arrivés à un stade où la société, boiteuse au départ à cause de ses anachronismes, campe depuis quelques années aux abords de la dislocation.

Le fossé s’est notablement élargi entre le discours des acteurs politiques, y compris l’Etat et la réalité économique, culturelle et sociale, entre les riches et les pauvres, entre anciens maitres et anciens esclaves, entre le Nord et le Sud du pays, entre les hommes et les femmes, entre la génération du couscous et celle du hamburger.

Le sable mouvant menace à tout moment de dévoiler tant d’amertume et d’horreurs, de disparitions « arrangeantes » et mystérieuses, de privations et de pratiques indicibles que notre insouciance et notre naïve et pusillanime complaisance ont permis d’ensevelir.

40 ans de pillage…

Durant les quarante dernières années, les richesses du pays ont été pillées tantôt pour être rapatriées à l’extérieur par les gouvernants, les sociétés étrangères et leurs compradores, tantôt pour financer notre pseudo démocratie qui constitue désormais la source idéologique de la consécration de l’impunité et de l’usage du faux dans tous les domaines.

Les nouveaux gouvernants doivent avoir sous les yeux ce tableau sombre que personne ne doit, cependant, évoquer pour remuer le couteau dans la plaie. Ils se rendront ainsi à l’évidence que le pays est arrivé au seuil de l’intolérable et que le silence devant cet effroyable paysage n’est une bonne chose que lorsque derrière le rideau, une main sure se met à changer réellement l’essentiel.

Aussi, comprendront-ils que pour produire ce nécessaire changement, il est impérieux de créer les conditions d’une unanimité sans faille des Mauritaniens autour de principes cardinaux qui paraissent évidents et sans le respect desquels aucun obstacle ne sera surmonté sur le chemin du salut national.

Juste répartition des richesses, dissolution des écoles d’excellence…

Toute entreprise de refondation de l’Etat sur des bases pérennes doit commencer par une juste répartition des richesses nationales entre les citoyens et une mise en œuvre concertée de mécanismes concrets et efficaces garantissant, entre eux et sans aucune forme de discrimination, l’égalité absolue des chances.

C’est la condition la plus importante et, malheureusement, la plus difficile à réaliser, car elle suppose entre autres leviers, une politique d’aménagement du territoire pertinente, une maitrise de la politique de l’Emploi restaurant l’ancien service de placement, une suppression de l’enseignement privé fondamental et secondaire, une dissolution des écoles d’excellences qui sont devenues un instrument ségrégatif pour perpétuer la hiérarchie sociale et militaire et, enfin, une instauration d’un système assurant la gratuité de la santé pour tous.

Par le respect de ces options, on aura prévenu la plupart des conflits et comblé les schismes tant verticaux qu’horizontaux qui ont pour sources l’inégalité, la vénalité des charges publiques, la privatisation des services sociaux et le détournement de la rente du pouvoir à tous les niveaux.

« Une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale »

C’est, diront certains, un système socialiste que l’on nous propose ici et que Histoire aurait mis en cause. Mais qu’avons-nous d’autre à suggérer lorsque les privatisations au titre d’un ajustement structurel visant à instaurer un système soi-disant libéral aboutissent à enrichir ceux que la rente esclavagiste et féodale a déjà enrichis, lorsqu’au versant de ce système, une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale et lorsqu’il n’existe aucune cloison entre les entreprises privées et les institutions de gestion des ressources publiques ?

Restitution des biens pillés

La plus difficile des actions à entreprendre dans ce domaine sera l’indispensable restitution des biens pillés depuis l’indépendance par des personnes militaires et surtout civiles bien connues, dont il est facile d’établir la liste.

Pour assurer le succès de cette action plus que salutaire, il serait nécessaire de promulguer une loi qualifiant de crimes imprescriptibles les infractions de détournement des biens publics de toutes natures.

Il est également utile de créer une juridiction spéciale pour la restitution de ces biens suivant des instruments procéduraux et processuels s’appuyant sur une commission d’enquêté formée d’anciens commissaires de Police et officiers de Gendarmerie nationale.

Tous les anciens hauts responsables et leurs épouses, en l’occurrence les présidents, les premiers ministres, les ministres, les ambassadeurs, les gouverneurs de la Banque Centrale de Mauritanie et leurs adjoints, les Commissaires à la Sécurité Alimentaire, les Directeurs de cabinet du Président ou du Premier ministre, les Secrétaires généraux des ministères, les directeurs d’établissement publics, les chefs d’Etat major de l’Armée, de la Garde nationale, de la Gendarmerie nationale, les directeurs des Douanes, du Budget, du Trésor, les walis, ainsi que les principaux hommes d’affaires, devront envoyer la liste de leurs biens et se tenir prêts à les justifier devant la commission d’enquête.

C’est une tâche immense et d’autant plus difficile qu’elle pourrait inquiéter de nombreuses personnes craignant d’être l’objet de règlement de comptes ou ayant créé une base sociale grâce au vol des biens publics, alors qu’elles sont sans racine dans leur propre milieu.

Elle est également difficile parce qu’elle semble contraire au tempérament d’un Président détestant le sensationnel et pouvant se réfugier derrière le proverbe guerrier selon lequel « la dignité est un mauvais sort ».

Mais Monsieur le Président devra interroger les derniers arbis d’une époque révolue où la magnanimité avait un sens, pour s’assurer que ce proverbe ne signifie nullement que la dignité doive voler au secours de l’ignominie, du vol au grand jour et du viol manifeste des consciences. Elle signifie qu’on doit se résigner parfois à perdre la vie au lieu d’abandonner un ami sur le champ de bataille.

Or, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un ami qu’on abandonnerait, mais d’un peuple tout entier qu’on laisserait gésir sur le champ du mépris et de la famine, après avoir été spolié au grand jour de toutes ses richesses.

Peur de la déception

Les Mauritaniens dont une grande majorité se voit dans le miroir du nouveau régime après avoir perdu l’espoir d’un retour aux sources de leur pays, ont peur d’être déçus et surtout d’être obligés d’imposer par la force, comme d’autres peuples l’ont fait ailleurs, la restitution de leurs richesses spoliées.

Il est certes désagréable et douloureux de s’affronter à un régime dirigé par des hommes dignes d’estime et de confiance, mais hélas, on ne peut que choisir la survie de tout un peuple plutôt que celle d’un régime lorsqu’il s’entête à couvrir de son propre manteau, la trace des voleurs de grands chemins.

Faut-il alors oublier que notre passé est bien devant nous et qu’il demeure aussi incontournable qu’impitoyable ? Doit-on laisser aux assauts de la colère le soin de défoncer notre porte au lieu de l’ouvrir, nous-mêmes, sagement en nous mettant à l’abri des éclats imprévisibles de l’anarchie ? Faut-il continuer à se fier au repos des écumes, comme l’ont fait, en leur temps, les dirigeants algériens, tunisiens, iraquiens et libanais en pariant sur l’hypothétique insensibilité sans limite de leur peuple ?

Nous n’avons pas besoin de réponse à ces questions en laissant le soin de le faire au tsunami universel qui secoue déjà l’Amérique Latine, l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Isselmou Ould Abdel Kader
Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

Quelles perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou

Quelle perspectives pour la Force Conjointe des pays du G5 Sahel? Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb JeddouAdrar Info - Ayant vu le jour au forceps en 2017, la FC-G5S qui avait suscité un enthousiasme débordant à ses débuts, semble être restée au stade de gestation.

En fait, dès sa conception, avec les divergences internes de ses membres, l’absence de concepts opérationnels, un financement qui tarde à venir et le refus de l’octroi d’un mandat international par la communauté internationale, la FC-G5S portait déjà en elle des insuffisances congénitales qui se révéleront fatales à son évolution, auxquelles vont venir s’ajouter d’autres facteurs exogènes qui risqueront d’accélérer sa descente aux enfers.

En effet, dès le début, les divergences internes des membres de la force étaient manifestes quand aux choix stratégiques à adopter pour faire face aux très mobiles groupes armés terroristes.

Le choix de la stratégie des fuseaux qui n’a pas fait l’unanimité des membres a eu pour conséquence les réticences à l’engagement de certains membres. En réalité, ce choix s’avérera catastrophique, d’abord parce que c’est précisément sur sa base que la communauté internationale va refuser à la force l’octroi du bénéfice de l’article VII de la Charte des Nations Unies, ensuite, une lutte efficiente contre le terrorisme au sahel nécessite la mise en œuvre de formations panachées agissant dans un cadre transnational ou du moins la planification d’opérations conjointes.

Par ailleurs, l’absence de concepts opérationnels a influencé négativement le déroulement des opérations menées par la FC-G5S. Cette absence de vision s’explique largement par le fait que dans sa conception initiale, les opérations de la force n’avaient pas un caractère offensif. Cette carence de vision a été aggravée par un bilan mitigé qui a fini par entacher la crédibilité de la force.

Un facteur important qui n’a pas manqué d’affecter la volonté des pays du G5 et qui a constitué un point de discorde avec les partenaires est le refus de l’octroi à la force FC-G5S du parapluie de l’article VII, ce qui n’a pas manqué de tempérer l’engouement des pays du G5 pour l’engagement de leurs forces.

A Bruxelles, le président mauritanien a été on ne peut plus explicite sur ce point: La viabilité de la FC-G5S est tributaire, avant tout, d’un mandat clair et précis en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en complément des résolutions précédentes pour donner à l’action de la force conjointe toute la légitimité et la visibilité requises. Du côte des Nations c’est le niet catégorique à la requête, malgré le soutien de la France et du Secrétaire Général des Nations Unies en faveur des pays du G5.

Pendant que Les deux camps restent barricadés dans leurs positions respectives, la situation sécuritaire au sahel continue d’empirer jusqu’a devenir alarmante. Avec la moitié de la Boucle du Mouhoun et les deux tiers du Centre-Nord échappant a son contrôle, l’armée Burkinabé sous-équipée et démoralisée par les attaques quasi quotidiennes des groupes armés terroristes, est au bord de l’effondrement. Au Mali, l’armée ne tient que grâce au doping et à l’assistance de la Force Barkhane. Plus de quatre cents incidents violents depuis 2016, plus de 600 morts, la haine et la peur un peu partout font dire au Secrétaire Général de l’ONU sa terrible phrase: « Nous ne sommes pas en train de gagner la guerre au Sahel ».

Les terroristes galvanisés par le déferlement vers eux des groupes de jeunes, sont aux portes des pays de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’ici épargnés (Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana). Dans cette confusion indescriptible, le CDS, réuni à Nouakchott, peine à rendre sa voix audible, et son président, le général Moise Minoungou ne cache plus son inquiétude quant à la situation sécuritaire au sahel et son scepticisme concernant la capacité de la FC-G5S à renverser la vapeur.

Il est maintenant plus qu’évident pour les parrains des pays du G5, que la FC-G5S, qui jusqu’a la n’a pu montrer sa capacité operationnelle, n’est plus à même de contenir la menace, si jamais elle l’a été un jour. D’ailleurs, le 24/8/2019, au sommet du G7, Biarritz lorsque Merkel note la détérioration progressive de la situation au Sahel et que Macron appelle à "changer de méthode et d’échelle" en «élargissant» la Force G5 à d’autres pays, le glas de la FC-G5S semble avoir sonné.

Profitant de cette situation délétère, les pays de l’UEMAO saisissent l’occasion pour se mettre en orbite. La voix en sourdine du Sénégal depuis "la quatrième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique" pour être associé aux pays du G5, reçoit en écho celles des pays de l’ UEMAO, réunis à Ouagadougou avec le Tchad et la Mauritanie.

Avec leurs économies plus riches, les pays côtiers sont maintenant en mesure de mieux attirer les bailleurs internationaux » pour la sécurité comme pour le développement, déclare M. Savadogo, un expert de la sécurité au sahel. La réunion des chefs militaires des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), prévue en novembre, pour le déploiement dès la fin du mois de Novembre de bataillons au Mali, au Burkina faso et au Niger pour lutter contre les groupes jihadistes, signera vraisemblablement le certificat de décès de la FC-G5S ou au mieux la verra se faire phagociter par les forces de l’UEMOA.

Une décision accueillie favorablement par le Mali, le Burkina et le Niger qui permettra d’occuper l’espace, réduire l’espace des terroristes et faire souffler les armées des pays des fuseaux centres.

Avec une crédibilité fortement ébranlée et l’apparition de nouveaux protagonistes au Sahel, la FC-G5S ne semble plus avoir le vent en poupe. La lutte contre le terrorisme au sahel est une entreprise globale qui ne manquera pas d’engager tous les acteurs sous-réseaux et régionaux.

Compte tenu des impératifs du moment, et au risque de se voir marginalisée, il s’avère indispensable pour la FC-G5S de se focaliser sur l’opérationnalisation de ses forces dans un cadre transnational pour garder sa centralité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, en optimisant la concentration de ses efforts en vue de réunir les conditions favorables à une reconnaissance internationale qui tarde à venir, sans laquelle la Force G5 ne peut ni faire légalement usage de la force, ni prétendre à un financement du département des Opérations du Maintien de la Paix, et ce faisant, éviter de devenir un pendant des forces de l’UEMOA.

Par Colonel (R) Mohamed Lemine Taleb Jeddou
Source : Adrar Info (Mauritanie)

 

 

[Tribune] Présidentielle en Algérie : les derniers feux d’un système aux abois, par Adlene Mohammedi

Huit mois après les premières manifestations populaires, le pouvoir militaire algérien donne l’impression de tenir bon et entend imposer son élection présidentielle dans un contexte répressif.

Selon les mots de Lénine, une révolution triomphe quand « ceux d’en bas » ne veulent plus et « ceux d’en haut » ne peuvent plus. Cela décrit assez bien la situation actuelle : les Algériens ne veulent plus d’un régime corrompu qui les a méthodiquement méprisés et humiliés, et ce régime ne peut plus s’imposer à eux, comme il l’a fait depuis ses débuts.

Le bras de fer entre les manifestants – qui marchent avec la même vigueur et la même détermination qu’au début de la lutte en février – et l’état-major concerne désormais la tenue de la présidentielle prévue le 12 décembre. Un scrutin perçu par les dirigeants comme le moyen de tourner la page du soulèvement populaire et de sauver le régime.

Nous savions que le régime était cryptocratique et que le vernis civil des années Bouteflika masquait mal une réalité essentiellement militaire. Nous découvrons désormais un pouvoir militaire décomplexé qui, après avoir sacrifié quelques symboles – des oligarques, des politiciens et des proches de l’ancien président – , mène directement son dernier combat contre la volonté populaire.

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, semble bien être l’ultime gardien de ce pouvoir. Après avoir consciencieusement soutenu le « clan » Bouteflika et s’être accommodé d’un chef de l’État fantôme, il s’est donné pour mission de sauver le système et incidemment quelques intérêts privés qui lui sont arrimés. Cette tâche est sans doute trop ardue pour un homme qui a cruellement manqué de clairvoyance jusqu’ici.

Désordre moral dans les discours et les actes

En attendant sa fin inévitable, ce pouvoir moribond déploie sa capacité de nuisance sans tenir le moindre compte de ses propres règles. Il n’incarne pas l’ordre – face au désordre supposé des foules qui lui tiennent tête – mais l’arbitraire et la chienlit. Ce ne sont pas les militaires qui se cachent derrière les civils pour sauver les apparences, mais le gouvernement « chargé d’expédier les affaires courantes » qui se cache derrière les généraux pour hypothéquer clandestinement l’avenir du pays.

Dans cette bataille finale, le pouvoir compte bien exacerber le désordre moral qu’il a longtemps instillé. Par les discours et par les actes. Les discours sont ceux d’un chef de l’armée qui « désalgérianise » celles et ceux qui luttent légitimement pour l’éviction de ceux qui les ont trahis en prétendant gouverner en leur nom. Et voilà l’accusation de trahison par magie inversée !

Les généraux peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation du mandat de Bouteflika

Les actes sont ceux d’une police qui réprime les opposants. Et d’une justice aux ordres qui condamne à la fois ceux qui ont été sacrifiés par leurs anciens complices et ceux qui ont le malheur d’exprimer une idée dissonante ou de brandir un drapeau. L’oligarque véreux est ainsi confondu avec le militant téméraire.

En apparence, les généraux, qui font la pluie et le beau temps, sont en position de force. D’ailleurs, peut-être pensent-ils avoir le peuple à l’usure et pouvoir lui imposer le statu quo – et donc s’assurer l’impunité. Ils peuvent compter sur un climat international favorable, qui applaudit leur élection comme on applaudissait la prolongation aberrante du mandat de Bouteflika, et sur une élite autoproclamée – au mieux pusillanime, au pire corrompue – sensible au clairon de l’état-major, à savoir une cohorte d’affidés issus du régime, érigés en médiateurs ou en candidats, et de télégraphistes déguisés en journalistes.

Suicide du pouvoir

Cela ne suffira pas. Le suicide du pouvoir est peut-être bruyant, violent, long, lent… Cela reste un suicide. Le processus a commencé il y a longtemps, quand des décideurs ont jugé opportun de faire élire une photo, un cadre, s’autonomisant du peuple jusqu’à l’absurde. Ce processus risque fort de s’achever quand le scrutin de décembre sera annulé. Que pourront-ils bien inventer après trois élections présidentielles avortées la même année ?

Tandis que les membres du gouvernement, les « médiateurs » et les faux candidats rasent les murs, les manifestants répètent tous les mardis et tous les vendredis que cette élection n’aura pas lieu. Ils ont innové, le 13 octobre, en s’emparant massivement des rues pour contester la nouvelle loi sur les hydrocarbures, adoptée en Conseil des ministres. Les Algériens n’ont donc pas besoin d’un isoloir fourni par leurs bourreaux pour s’exprimer. « En haut », on pense pouvoir organiser une énième élection sans eux. « En bas », on veut un futur sans malfrats à la tête de l’État.

Source : jeuneafrique.com

 

Le duumvirat et la dyade

Le duumvirat et la dyadeLe Calame - L'autre jour, nous nous amusions des cousins et moi, Mrabih, Cheikh Elwely et Bomba Ould Cheine, au sujet de la nomination de l'un d'entre nous comme président du groupe. Et comme on n’arrivait pas à se départager, je leur ai proposé le duumvirat qui veut dire un pouvoir avec deux chefs.

Quelques temps plus tard, je reçus et comme par hasard la photo de Ould Ghazwani avec celle d’Aziz qui sortait carrément de son front. Et qui n'était en réalité que son cerveau autrement dit sa faculté pensante.

Ceci me rappela la dyade qui veut dire, selon le Larousse, un couple de deux idées ou de deux principes complémentaires. Cela explique parfaitement ladite situation. Résumons-nous, Ghazwani et Aziz ne font qu'un et ce pour plusieurs raisons

1-Chacun d'eux le dit et le revendique haut et fort et ce depuis plus de dix ans.

2- Que les uns et les autres disent le contraire, ou plutôt rêvent, ou prétendent le contraire, rien n'altère ni ne dément ce qu’ils affirment eux-mêmes, que nous nous vivons quotidiennement et que confirment leurs attitudes et leurs agissements.

Deux anecdotes illustrent mon argumentation: Aziz, grièvement blessé et gisant sur son lit de mort, Ghazwani lui est resté fidèle jusqu'au bout.

La seconde, c'est celle du jour de la passation du pouvoir, pour qui sait lire les traits du visage, les expressions et la gestuelle, l'homme Ghazwani était si ému, sa gorge si serrée, qu’il évita de justesse les larmes en évoquant son ami et leur parcours ensemble.

Soyons lucides et conséquents ne serait-ce qu'avec nous-mêmes. Ils sont simplement deux frères siamois avec deux corps et une seule tête. Le reste n'est qu'illusion, rêve et fantasmagorie.

Sid'Ahmed Ould Eleya El Ammoni
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY Mustapha

Langue officielle: pourquoi l'arabe? Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

La Constitution française ne reconnait aucune autre langue officielle que le français, et elle fait depuis 2008, une simple référence aux langues régionales par l’insertion d’un nouvel article 75-1 mentionnant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». La France a signé mais non ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires de 1992.

Le Conseil constitutionnel ayant déjà par le passé considéré qu’elle est incompatible avec l’article 2 de la Constitution stipulant que « la langue de la République est le français ».

Et pourtant les langues régionales en France sont bien plus importantes en nombre qu’en Mauritanie. Les langues dites d’oïl, dans la moitié nord de la France et l’occitan, une mosaïque d’idiomes, d’une richesse territoriale infinie.

Allons-nous être plus royalistes que le roi ?

Pourquoi la France, dont nous revendiquons la langue pour nous servir de langue officielle, n’a-t-elle pas adopté le breton, le normand, le basque, le corse, ou même l’allemand standard, langue régionale d’Alsace-Moselle, comme langues officielles ?

Pour la simple raison que nous avions citée en début de cet article : « sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat ! »

En Mauritanie nous avons donné une place privilégiée à toutes nos langues. L’article 6 de la Constitution de Juillet 1991, telle que modifiée dispose que : « Les langues nationales sont l'Arabe, le Poular, le Soninké et le Wolof; la langue officielle est l'arabe. »

Qu’allons-nous donc chercher hors de ce patrimoine linguistique ? Une langue étrangère pour nous servir de langue officielle ?

La langue arabe, la quatrième langue la plus parlée dans le monde. L’une des quatre grandes familles de langues africaines, la langue la plus parlée sur le continent africain avec plus de 150 millions de locuteurs natifs. Langue de culture et de religion.

N’est-ce pas là, pour le commun des mortels, une question irrationnelle ?

Certes. Mais il y a des réticences. Et qui ne sont cependant pas une vue de l’esprit. Et elles trouvent nombre de justifications et s’expliquent par des craintes compréhensibles qui n’ont, hélas, pu trouver ni réponse ni solutions. Pour connaitre les effets, remontons aux causes.

Lorsque l’on parle, de réforme de tout système éducatif, les yeux sont braqués sur la langue.

C’est autant dire qu’ils ne peuvent la voir que si on la tire. Mieux encore on l’étale. "Uniglottes", "biglottes", "polyglottes" se font un devoir de penser que sans la langue, il n’y a pas de salut au palais de la connaissance. Mais quelle langue, faut-il tourner sept fois dans sa bouche avant d’en user ?

La langue est d’une importance capitale. Elle est le vecteur de la connaissance et du savoir.

Le débat actuel autour de la langue est biaisé par le fait que si la réponse recherchée est bien claire, les questions par contre sont très mal posées.

Ainsi la question : « Pourquoi ne veut-on pas du bilinguisme en Mauritanie dans l’éducation nationale » est extrêmement mal posée.

Et sa réponse pour la redresser ne peut-être que : « toute personne douée de raison et de culture ne peut nier que le bilinguisme se doit d’être institué dans l’éducation en Mauritanie. » Il y va de la survie et du développement même du pays. L’enfermement linguistique est aussi fatal aux civilisations que le papier à mouche, aux mouches.

L’Ecole mauritanienne se doit de former les générations mauritaniennes dans toutes les langues. Les langues sont les clefs fondamentales du renforcement et de la compréhension entre les peuples et les nations.

Que le législateur impose d’enseigner dans nos écoles, le français, l’anglais ou toute autre langue européenne ou asiatique est en soi une initiative à saisir au vol. Les seuls critères dans le choix prioritairement de l’enseignement de ces langues sont :

- Leur intérêt pour la coopération et le dialogue avec les autres pays et prioritairement avec-nos pays africains frères frontaliers ou lointains. Ainsi dans ce cas le français et l’anglais, d’abord, mais aussi l’espagnol et le portugais s’imposent d’eux-mêmes.

- L’apport pour le dialogue et la collaboration avec les autres nations du monde et surtout celles qui ont des relations historiques avec notre pays et auxquels lient des accords de coopération judiciaires, économiques et financiers. Le français et l’anglais s’imposent encore, à côté de langues de pays qui prennent une dimension exponentielle dans l’économie mondiale, telle que la Chine.

- L’apport pour la compréhension et la défense des intérêts du pays face aux institutions financières publiques, nationales et internationales (Système financier et monétaire international, institutions de Bretton Woods ). L’anglais est là une langue très importante.

- L’apport au rayonnement économique et culturel du pays, qui ne peut se faire qu’en passant d’abord par la langue et la culture des autres. On ne promeut pas sa culture en usant de sa propre langue. Dans cette optique, l’enseignement de toutes langues, notamment celles des Nations-Unies, s’impose par lui-même.

En définitive oui, l’école mauritanienne se doit d’être principalement bilingue. Accessoirement trilingue ou « polylingue », les limites ne doivent être que l’intérêt que revêt l’enseignement ou l’apprentissage de telle ou telle langue pour le pays, tel que souligné dans les points précédents.

Toutefois, il ne faut pas confondre bilinguisme (ou polylinguisme) de la nation et le monolinguisme officiel de l’Etat.

Le bilinguisme de la nation sauvegarde et développe les intérêts économiques, sociaux, culturels et internationaux spécifiés.

Le monologuisme officiel de l’Etat sauvegarde et protégé la cohésion et la continuité des institutions administratives de l’Etat. En assurant, l’uniformité de la langue de travail, de la langue de communication et la compréhension de tous de l’action des autorités publiques.

Lorsque la constitution dispose que la langue officielle de l’Etat mauritanien est la langue arabe. Cela signifie que les actes publics, les interventions publiques en sommes le vecteur de la communication de l’Etat avec ses citoyens est la langue arabe.

En effet, sans une langue officielle commune, c’est à la fois le dédoublement des actes, c’est l’incompréhension linguistique entre les acteurs publics. Celui-ci parlant le français ou l’anglais celui-là parlant l’arabe et personne ne peut émettre un acte matériel (documents administratifs et officiels) ou engager une communication compréhensible par l’autre.

Et la bonne justice impose que tous les citoyens soient traités également à travers les actes officiels qui les concernent dans une transparence que la pluralité des actes, leur traduction si elle est engagée mettra certainement en cause.

Aussi si pour arriver à l’unité du système administratif et d’information de l’Etat et pour désigner quelle sera la langue officielle de l’Etat mauritanien, ce sera incontestablement la langue arabe.

N’est-il pas curieux, en effet, que sur les plateaux dans nos médias officiels, le journaliste pose des questions en français au négromauritanien (ou au maure qui ne comprend pas l’arabe) qui répond en français et au maure (ou au négromauritanien qui ne comprend pas le français) des questions en arabe et réponde en arabe.

Le premier ne comprenant pas ce que dit le second et inversement et l’auditeur ne comprendra que la moitié du débat et peut-être moins. Mettons cela à l’échelle de l’Etat et l’on pourra saisir l’ampleur de la catastrophe pour la Nation.

Avoir une langue commune de dialogue à l’échelle officiel est un impératif. Il y va de la compréhension et de la cohésion de tous, mais aussi de la bonne gouvernance.

Et quelle langue s’impose le mieux dans le contexte mauritanien ? Il ne fait pas de doute que c’est la langue arabe pour des considérations multiples que l’on a développées dans un article précédent (voir : Pour une Mauritanie plurilingue : esquisse d’une solution. https://haut-et-fort.blogspot.com/2007/09/pour-une-mauritanie-plurilingue_6399.html )

Mais, si au vu des éléments évidents développés, l’arabe doit jouer son rôle de langue officielle, la question fondamentale est : pourquoi remet-on en cause de cette langue comme langue officielle de l’Etat mauritanien?

Si l’on simplifie, l’on peut dire que les raisons à cela peuvent être ramenées au rattachement de cette langue, consciemment ou inconsciemment, à :

- un courant politique

- un courant extrémiste

- une volonté d’assimilation

- un mouvement rétrograde

1.Le rattachement de l’arabe à un courant politique

Lorsque l’on examine les argumentaires de ceux qui rejettent la langue arabe, on y retrouve une référence explicite aux mouvements militants ou panarabes pour lesquels l’arabe est la langue du pays tout entier. Les Nasséristes, les Baathistes, pour ne citer que ceux-là placent l’adoption de la langue arabe au centre de leur lutte.

Les dernières années qu’à vécues le pays, notamment celle d’une arabisation à outrance et forcenée souvent appuyée par ces mouvements panarabes ou par ceux de leurs girons, a imprimé à ceux-là même qui refusaient l’arabe, un argumentaire supplémentaire pour la rejeter.

La violence avec laquelle cette langue a été introduite dans le système éducatif et les exclusions qu’elle a engendrées, n’ont pas été favorables à son acceptation.

Ceux qui ont mis en place ces réformes, l’ont fait loin de toutes considérations pour le pays et le respect des idéaux de la population. Ils ont mal servi la langue arabe sur une terre sur laquelle elle est, elle-même, un symbole de tolérance.

Ceux qui prônaient l’intolérance des « arabes » de Mauritanie et leur politique agressive dans la gestion de l’Etat ont trouvé un filon inépuisable qui leur a permis de s’inscrire en faux par rapport à cette politique, d’en faire un cheval de bataille par lequel souvent ils s’en sont servi pour émouvoir la communauté internationale.

Voici le premier tableau négatif. La stratégie d’enseignement de la langue arabe de ces dernières années a d’autant été rejetée qu’elle a encore ternie celles à venir.

2. Le rattachement de cette langue à un courant extrémiste

Ce n’est pas l’air du temps qui démentira. Tous ceux qui ont commis des attentats extrémistes sont souvent des arabes ou assimilés à des arabes. Les arabes et par assimilation, les « arabisants» sont donc dangereux.

La langue arabe serait la langue de l’extrémisme. C’est le 11 septembre de l’éducation.

Pourquoi apprendrions-nous à nos enfants une langue qui est celle des extrémistes. Ne serait-elle pas une langue qui développe en elle-même un syndrome d’intolérance et de violence?

Idées occidentales développées à la veille d’un certain attentat et qui inconsciemment peuplent le sommeil de ceux qui n’en sont pas encore réveillés.

Simplification hasardeuse des choses qui prend sa source dans une désinformation généralisée qui, malheureusement, est confortée par la réalité amère et violente de ces derniers jours.

Mais la langue arabe, n’a jamais été la langue de la violence. C’est une langue de paix et de tolérance. Et il n’est point ici utile de rapporter le flot infini des humanités de cette langue qui couvre des siècles et des siècles de ressources inépuisables.

Ce serait une offense aux esprits de la civilisation universelle. Ce serait en effet, un irrespect manifeste vis-à-vis de cette langue et des civilisations millénaires qu’elle a engendrées que de s’échiner à montrer ses vertus et ses richesses.

3. Le rattachement à une volonté d’assimilation

Ce que craint toute culture c’est qu’elle ne soit assimilée par une autre plus importante ou plus puissante dans son rayonnement humain ou géographique. La disparition d’une culture est toujours un drame pour l’humanité. Ceux qui rejette la langue arabe comme langue officielle, craignent cette assimilation qui est interprétée dans le sens de l’affaiblissement de leur culture et en fin de compte à sa disparition face à une culture dominante véhiculée par la langue arabe. Cette attitude est-elle justifiée, on pense bien-sûr que non.

En effet, les langues nationales se devant d’être enseignées et développées ne perdront ainsi ni leur place ni leur importance dans l’espace culturel national. Au contraire elles s’enrichiront mutuellement et rempliront le rôle qu’elles ont toujours joué : le dialogue. Et lorsque le dialogue existe, il n’y a point d’assimilation mais enrichissement par les différences.

Toute l’histoire de la sous-région a montré que les langues et les cultures ont toujours coexisté. Et cette affirmation d’assimilation n’a pris son essor que face à l’instrumentation de la langue arabe par des régimes et des groupes politiques qui en porté moralement, physiquement et matériellement préjudice à la constituante négro-africaine mauritanienne ont accrédité cette liaison entre langue arabe et assimilation. Or ni la langue arabe n’est véhiculatrice d’assimilation, ni les cultures des différentes communautés mauritaniennes n’en sont dans un situation d’assimilation les unes des autres mais, depuis toujours, dans un mouvement perpétuel d’enrichissement mutuel.

En faisant disparaître la crainte générée par des pratiques politiques récentes, on réajustera l’attitude des uns et des autres, face à la langue arabe.

4. La langue arabe engendrerait un mouvement rétrograde

S’il est une attitude des plus injustifiées et qui met dans le ridicule absolu ceux qui l’adoptent est celle de considérer que la langue arabe est une langue rétrograde. Une langue qui ne sied ni au développement ni à l’ouverture sur les sciences et le savoir modernes. Et par conséquent sont adoption dans le système éducatif ou en faire une langue officielle constituera un handicap au développement du pays et à son ouverture sur le monde. En somme la langue arabe est un frein au modernisme.

Le ridicule d’un tel raisonnement n’a d’équivalent que le degré d’ignorance, de la langue arabe elle-même et de la civilisation arabe, dans lequel se trouvent ceux qui le tiennent

Tout cet espace ne suffirait pas à démontrer l’amplitude de cette erreur, mais une chose est certaine, la langue arabe est un vecteur certain de développement, de modernisme et il ne tient qu’à ceux qui l’utilisent de rejeter toute volonté de réduire son rayonnement national et international.

Qu’on se le dise donc pour le salut de ce pays et l’entente des générations futures: sans une langue officielle, unificatrice et de dialogue, il n’y a pas d’Etat. Sans le respect et l’enseignement de toutes les langues du pays, il n’y a pas de Nation.

Et jusque-là nous avons un Etat, mais pas de Nation.

Pr. ELY Mustapha

 

Déclaration de politique générale du PM : 8/20, copie à revoir avec avertissements sévères !

Déclaration de politique générale du PM :  8/20, copie à revoir avec avertissements sévères ! Dahaba Djibril Diagana - Rien de concret, il saute du coq à l’âne.

Pas de chiffres, pas de prévisions, trop de littérature. En dehors de 1000km de construction et de réhabilitation de route, 300 km de voiries urbaines, 40 000 jeunes bénéficiaires de formations professionnelles, 20% du budget sera consacré à l’éducation à l’horizon 2024 (très subjectif), reboisement de 1 500 ha / an, 23 centres et 52 points de santé. Et quoi d’autre ? C’est tout !

- La cohésion sociale et la justice sociale très légèrement abordée.

- l’emploi de façon générale et celui des jeunes ne semble pas être une priorité comme le prétend le ministre de tutelle.

- Pas un mot sur la Diaspora !

- Pas un mot sur l’esclavage et le passif humanitaire (bombes à retardement)...!

Très décevant !

Il y a tout de même quelques bonnes idées mais trop faibles par rapport à la demande populaire.

Nous voulons du nouveau souffle, un pays moderne sur le chemin du développement et de la postérité économique et sociale, pour cela il faut une grande, bonne et réelle vision et beaucoup de courage adéquat aux attentes des citoyens...Hélas !

Source : Dahaba Djibril Diagana

 

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courte

L'Afrique du Sud piétine la mémoire de Nelson Mandela et a la mémoire courteCire Ba - De l'Afrique du Sud, parviennent d'insoutenables vidéos et images actuelles de meurtres, de destructions de biens de travailleurs migrants africains établis sur son sol. Je m'abstiens de les publier. Les auteurs de ces violences filmées y apparaissent en état second, déterminés et soulagés d'avoir « débarrassé » leur pays de « sangsues ».

Des scènes de populations autochtones noires et pauvres se livrant à des pillages systématiques de commerces d'étrangers qui leur ressemblent , les pourchassant dans les rues et avenues, les mutilant et les tuant.

Cette chasse au migrant africain inquiète. Elle s'est étendue pour la première fois, depuis plusieurs années qu'elle se répète, à plusieurs villes du pays de Madiba qui doit se retourner mille fois dans sa tombe.

Ici naturellement, le mot racisme est remplacé par xénophobie de grande ampleur. Le résultat est le même. Ne fermons pas les yeux, il n'y a aucune gène à dénoncer la barbarie. Elle est incolore et rien ne peut justifier cette folie collective et sélective. Surtout pas le chômage (de locaux qui rechignent à occuper certains emplois pénibles) qui a souvent bon dos partout dans le monde.

Désigné comme bouc émissaire, le travailleur migrant venu de pays voisins et du reste de l'Afrique noire, parfois du Pakistan, sert d'exutoire et doit endosser la responsabilité de l'échec du pouvoir politique qui n'a pas pu ou su améliorer les conditions de vie de la majorité noire depuis la fin de l'Apartheid.

Pour ne rien arranger, différentes corporations avaient appelé à une grande manifestation le 1er septembre 2019 contre des étrangers accusés de prendre l'emploi, de commettre des crimes et de vendre de la drogue. Cet appel a été entendu. Une surenchère indigne d'un peuple qui a bénéficié de soutiens d'autres peuples pendant les heures sombres de son histoire récente.

En Angola voisin, un autre pays de l'ancienne ligne de front, la situation des migrants ouest africains n'est guère plus reluisante. Régulièrement, la presse guinéenne fait état de meurtres de ses compatriotes installés en nombre et travaillant dans ce pays.

Ciré Ba - Paris

 

Et si le Président Ghazouany réussissait son pari

Et si le Président Ghazouany réussissait son pariImam Cheikh : Je suis l’un des premiers mauritaniens à avoir appuyé avec force le processus qui aurait dû mener notre pays enfin à une alternance pacifique et démocratique réelle.

Depuis 2015 j’ai écrit une série d’articles appelant au dialogue inclusif avec l’opposition et soutenant sans réserve la décision du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas briguer un troisième mandat et de se conformer ainsi aux dispositions de la constitution.

Ce dernier acte posé par l’ancien président avait aiguisé mon appétit démocratique allant jusqu’à me faire croire que le cadre était déjà posé pour un dialogue décisif vers une transition réelle et un changement notoire dans notre système politique ouvrant ainsi la voie à une réorientation de notre système de gouvernance et une refondation de nos institutions démocratiques permettant une égalité de chances devant des urnes qui seront le seul arbitre dans un jeu démocratique sain.

A notre grand désespoir, le déroulement de l’élection présidentielle du 22 juin, entaché de fraudes et d’irrégularités multiples et criantes, a confirmé que la CENI, le Conseil constitutionnel, la HAPA ont été en dessous des attentes du peuple mauritanien ;

Les candidats qui se sont lancés dans l’arène de l’élection présidentielle, et dont j’ai soutenu et continue de soutenir l’un d’eux, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ont fait les frais de ce déficit institutionnel ;Ils ont beau crié gare dans un premier temps et ensuite crié haro sur le baudet à l’issue du scrutin, rien n’y fit, le rouleau compresseur déroulé par l’indécrottable force de l’alliance entre le pouvoir militaro affairiste, la ploutocratie, la féodalité, une élite avachie, un clergé opportuniste, et tous ceux qui les suivent consciemment ou inconsciemment depuis 1978, broya l’espoir d’un instant de voir naitre une autre Mauritanie.

Et pourtant la victoire pour cette naissance était là, à portée de main, si des mains occultes n’en avaient décidé autrement et à dessein. A l’aube du 23 juin, après une longue nuit qui gardera les traces indélébiles d’une fracture de la Mauritanie en deux, l’on s’est rendu compte que 48%, des mauritaniens, (le chiffre de la CENI et du Conseil constitutionnel en dépit des irrégularités et de la fraude), veulent autre chose…Le chiffre est symbolique et révélateur.

Il lance un signal fort: Les mauritaniens s’affranchissent de plus en plus des tutelles, des maitres penseurs, des objecteurs de conscience fourbes, des rabatteurs de voix et commencent à se forger leur propre opinion et leur propre décision ; Un acquis considérable dans la formation des nations démocratiques car la prise de conscience individuelle et le libre choix sont la quintessence et la sève nourricière de toute démocratie républicaine.

Il est clair, comme je l’avais souvent dit, que le paysage politique de la Mauritanie avant 2019, ne sera plus le même après 2019. La Mauritanie change, a changé et le mérite en revient à tous ces grands hommes politiques surtout de l’opposition qui ont abattu, durant des décennies, tant d’énergie, de temps et de moyens à leur propre détriment souvent, pour atteindre cet objectif. Dans le même sillage, le pouvoir, ses hommes politiques, ses élites…doivent changer. Le président de la République élu, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, a, devant le peuple et l’histoire, une lourde responsabilité.

Il est, de l’unanimité des mauritaniens, un homme posé, intelligent, doté d’un sens aigu du respect de l’autre et de la convivialité, patriote, et capable de rassembler…Ce n’est nullement de la flagornerie, ni de la complaisance, ni de la compromission, c’est une conviction fondée sur un constat réel, je connais l’homme personnellement depuis deux décennies.

Je fais la part entre l’homme et ses qualités intrinsèques et le système auquel il a appartenu et contre lequel j’ai voté pendant l’élection présidentielle. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce système à avoir gardé une hauteur de vue par rapport à certains errements de la gouvernance passée; Son premier ministre et son directeur de cabinet font partie de cette minorité de hauts commis de l’Etat et personnalités qui se distinguent du lot.

Espérons qu’ils fassent des émules dans le gouvernement en cours de formation. Par ailleurs, je crois personnellement que le nouveau président avait pris ses distances des écarts de toutes sortes constatés pendant la campagne électorale, et qu’il a tout fait pour être au-dessus de la mêlée. Ses discours ont toujours été de haute facture et ont constitué une source de fierté pour ses sympathisants et de rassurance pour ses adversaires. Cet état de grâce, appuyé par une reconnaissance de la communauté internationale, n’est pas sans fin, surtout qu’il gère depuis son arrivée à la tête de l’Etat, une situation confuse avec une administration désarticulée et des déséquilibres budgétaires dangereux. Le Président Ghazouany doit saisir la portée de cette élection.

Il doit se considérer à la tête d’un pays, coupé en deux courants d’opinion opposés et à peu près égaux, un pays en transition permanente vers une réelle démocratie. Sa promesse d’être le président de tous les mauritaniens n’est pas passée inaperçue. A cet effet il doit lancer de grands chantiers indispensables à la pérennité de la Mauritanie en tant que nation forte, respectée, libre et indépendante.

D’abord sauver notre économie nationale des conséquences désastreuses de l’improvisation et de l’amateurisme, et la rebâtir sur des bases solides en fonction des exigences de l’heure et des défis liés à l’exploitation très prochaine du gaz et du pétrole ; Deuxième défi, notre système éducatif est dans une situation de déliquescence et ne répond nullement aux demandes liées aussi bien au marché du travail actuel qu’à celui de la prospective ;

Ajoutons-y son impact dévastateur sur notre unité et notre cohésion nationales ; La Mauritanie souffre de plus en plus des fossés et des fractures sociales. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’on a malheureusement constaté combien le vote identitaire prend de plus en plus de place. Parallèlement il est impératif de procéder à la refondation de nos institutions et la réorganisation de l’espace démocratique ; Cela sous-entend la révision totale de la présente CENI, du Conseil Constitutionnel, de la HAPA, une dissolution et une réélection de l’assemblée nationale, des conseils régionaux, des communes dont il faut procéder à une relecture des prérogatives.

Ces grands projets ne pourront être soutenus et accompagnés que par des citoyens, civiquement responsables et en pleine possession des exigences de l’Etat citoyen. Dès lors s’imposent une « repersonnalisation » de l’homme mauritanien, une construction des esprits, une préparation et une habilitation des mauritaniens à affronter les défis qui nous assaillent de partout et que seuls des citoyens éduqués, émancipés, responsabilisés pourront relever.

Affronter ces défis et les gagner requiert l’apport de tous les acteurs politiques, de toutes les organisations non gouvernementales, de toute l’élite, de chaque citoyen, à quelque niveau qu’ils soient. Le slogan de sa campagne, la teneur de ses discours font penser que le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, pourrait être l’homme du consensus tant recherché par le peuple mauritanien ; Un consensus fondé sur la justice, l’équité, la fraternité, sur une volonté d’éviter la chasse aux sorcières, de ramener tous les fils de ce pays au bercail et de les remettre dans leurs droits et leur dignité. A défaut, les mauritaniens continueront de subir, subir et subir …..

Et le mythe de Sisyphe sera toujours là …... Le développement du pays, son indépendance, l’épanouissement de son peuple, sa fierté et son honneur, l’avenir des futures générations continueront à être hypothéqués en permanence. L’atmosphère de concertation, de dialogue et de compréhension réciproque tant souhaitée par le peuple s’éloignera tel un mirage une fois de trop…

Imam Cheikh

Source : Imam Cheikh

 

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar Yali

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar YaliOumar Yali - A moins des dix jours qui nous séparent encore du scrutin présidentiel prévu pour le 22 juin 2019,

il se précise et se confirme pour s’imposer comme réalité têtue, les signes augurant l’absence totale d’un minimum de clarté électorale de nature à placer les candidats de l’opposition et leurs électeurs dans un état d’esprit tel que vainqueurs ou vaincus ils se consolent de l’avoir été d’une manière plus ou moins transparente. En effet:

A) La CENI, pièce maîtresse de tout le processus électoral, pièce qui, statutairement est consensuelle et au sein de laquelle les parties prenantes devraient être représentées, n’est aujourd’hui, en son comité des onze sages, composée que d’éléments du camp de la majorité ou d’éléments de l’opposition jadis appelée opposition dialoguiste et qui ont rejoint la majorité soit en l’intégrant complètement avec armes et bagages, soit en soutenant Ghazwani, candidat de cette majorité et donc du pouvoir ;

L’on peut, compte tenu de la naissance et de ce qu’est devenue l’opposition dite dialoguiste conclure sans grand risque de se tromper que cette force n’est rien d’autre qu’un instrument créé et utilisé’ par Aziz à des fins politiques.

B) Aux questions relatives au choix des membres des bureaux de vote (choisis uniquement dans le camp du pouvoir ) au zèle démesuré et abus de pouvoir dont ces membres font preuve (refus de délivrer des PV de dépouillement aux représentants des candidats de l’opposition et même, renvoi de ces représentants en plein exercice de leur mandat) ; à ces questions importantes, les réponses données par les hautes autorités de la CENI sont évasives et loin d’être rassurantes ;

C) Le blocage de l’accord bipartite opposition/pouvoir que d’aucuns considèrent comme une ingérence de l’administration dans le choix libre de l’opposition en vue d’empêcher celle-ci de se faire dignement représenter dans le comité des sages, voire conserver, comme présentement c’est le cas, le caractère unilatéral de ce véritable organe de suivi, de contrôle, de supervision, d’impulsion et de régularité des élections. Ce blocage opéré par l’administration fait ressortir d’une façon on ne peut plus claire la volonté manifeste de gérer unilatéralement les prochaines échéances électorales et ouvrir la voie à toutes sortes de malversations.

D) Le refus d’accepter, sous prétexte d’une autosuffisance encore à prouver, l’absence de l’observation internationale de cette élection présidentielle intervenant au moment où l’opinion nationale est avide de changement démocratique issu d’élections transparentes n’est nullement de natures à rassurer. Au fait il y a lieu de s’inquiéter face à ce refus.

E) Le fait de confier la confection des bulletins de vote à un homme d’affaires intimement lié au Président sortant Aziz et donc ne pouvant qu’être naturellement très favorable à son dauphin Ghazwani, et ce au détriment des autres candidats à la Présidence de la République, ne peut en aucun cas gagner la confiance des électeurs et des candidats qu’ils soutiennent.

F) L’accompagnement de Ghazwani par Aziz durant la précampagne ainsi que la présence de ce second, côte à côte avec le premier pendant la cérémonie de lancement de la campagne ne dénote pas la neutralité qu’un Chef d’Etat devrait observer dans l’intérêt de la transparence des élections. Aux yeux du citoyen cette omniprésence de AZIZ n’a d’autre signification que la volonté de garder la main mise sur le pouvoir à défaut d’un troisième mandat.

Considérant ce qui précède, l’appréciation que je porte sur la transparence des consultations électorales du 22 juin 2019 est totalement contraire à l’optimisme que font miroiter les autorités mauritaniennes car face à la tendance au changement auquel aspire le peuple, s’oppose la volonté manifeste des généraux à conserver le pouvoir. Ainsi, si des mesures rectificatives ne sont pas prises pour minimiser les risques de débordements, le pays s’enfoncera dans la voie de l’inconnu. Pour éviter cette aventure aux conséquences à la fois incalculables, fâcheuses, lourdes et coûteuses, nous devons, pour le reste du présent processus, veiller scrupuleusement à l’expression libre de la volonté des électeurs et au respect de leur choix. Là intervient l’entière et pleine responsabilité de ceux qui nous gouvernent et celle de la CENI.

Nouakchott le, 12 juin 2019
Oumar YALI




 

 

Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*

Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*Le Calame - Mon Général,

Vous êtes, à mes yeux, probablement un des rares Généraux et hauts gradés des armées de notre sous-région auxquels il importe d’envoyer une lettre ouverte écrite par un citoyen maghrébin lambda, comme moi, venu du fond du désert, mais mû par un amour incommensurable pour votre pays, l’Algérie…

Trois principales raisons m’incitent profondément à entreprendre cette démarche.

Mon Général,

D’abord le double sacrifice que vous avez consenti pour votre pays lorsque, Moudjahid dans l’âme, vous offrez votre jeunesse à la libération combien héroïque et presqu’impossible de l’Algérie, mais aussi lorsque, appelé par le devoir national aux moments les plus compliqués et difficiles, vous livriez toute votre expérience pour sauver le pays de la décennie noire des années 90, mission toute aussi presqu’impossible que vous avez menée avec succès et professionnalisme, si bien que la rescapée Algérie semble aujourd’hui grosse d’espoir et pleine de vitalité…

Seul Dieu sait les peines endurées et les risques encourus que vous avez subis en faisant barrage à la ligue des ²Généraux de France², fossoyeurs du processus électoral de 90 et artificiers en sous-main du brasier qu’ils alimentaient sans cesse…

Cela, mon Général, ce sont les traits saillants de votre trajectoire historique personnelle que personne ne peut vous ôter, en somme un passé attachant. Venons-en maintenant au présent et là, j’attaque ma deuxième raison de vous écrire.

Mon Général,

Aujourd’hui l’heure est grave et la majorité de votre peuple exprime un profond désir d’émancipation. Contrairement à d’autres circonstances où le détonateur des mouvements sociaux est la condition socio-économique (cas du Soudan, me semble-t-il), la classe ²moyenne² que l’État Algérien a contribué fort heureusement à former au fil du temps aspire maintenant au changement. C’est tout simplement un temps nouveau qui constitue un test réel et délicat lancé à votre sagesse, votre savoir-faire et votre sens de l’histoire…

Dans pareilles circonstances, il y a les Généraux visionnaires – il n’y en a pas beaucoup – (De Gaulle, par exemple, en est un) et il y a ceux, nombreux, qui naviguent à vue…

De mon humble avis jusqu’à la semaine sept du Hirak (pour ne pas dire processus révolutionnaire), vous avez fait un sans-faute remarquable et remarqué en faisant respecter par vos forces de sécurité les consignes d’extrême retenue et vigilance et en mettant fin à un 4ème mandat de toute façon en fin de vie. Vous vous êtes donc rangés, mon Général, du côté du peuple… Félicitations !

Cependant, mon Général, en restant dans le cadre de l’application stricte de l’article 102 de la constitution et en donnant des signes de raidissement entre les semaines 7 et 8 du mouvement, vous divergez sensiblement avec les attentes de ce dernier. Vous évoquez les appréhensions du vide constitutionnel ; vous avez raison.

Vous invoquez une conjoncture géographique des plus instables ; vous avez encore raison. Vous pointez du doigt les ennemis extérieurs de l’Algérie ; vous avez toujours raison, mon Général. Mais ne pensiez-vous pas que la meilleure défense contre l’extérieur est justement la solidité de l’intérieur ?

L’auteur de ces lignes est influencé par la pensée de Malick Bennabi, l’ancien Ingénieur et Ministre de la culture de votre pays qui développa le concept de ²colonisabilité des peuples². En assimilant le colonisateur à un virus extérieur qui, pour envahir l’organisme, guette les moments de baisse de l’immunité intérieure du corps ! Mon Général, au fond, votre peuple n’a pas demandé grand – chose !

A –t-il demandé la dissolution de la constitution ou des deux chambres du parlement ? A-t-il exigé la dissolution du FLN pourtant mamelle nourricière de la nomenklatura ? Vous-a-t-il sollicité pour destituer le conseil constitutionnel ? A-t-il tenté de vous demander de bien vouloir vous débarrasser des apparatchiks militaires, seconde mamelle du pouvoir dans votre pays ?

Rien de tout cela et pourtant il pourrait vous le demander à la fois parce que votre peuple est clairement dans un processus révolutionnaire ! Et de par l’histoire, mon Général, les révolutionnaires sont des ²fous conscients². La conscience dicte aux ²3B² de sacrifier leur fauteuil pour l’intérêt général de l’Algérie.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle et nos constitutions ne sont pas immuables ; combien de fois elles étaient instrumentalisées, piétinées, foulées par nos dirigeants que s’en souciaient comme d’une guigne... Et si dans notre droit musulman, il est prohibé de diriger la prière contre l’assentiment des dirigés, alors à plus forte raison, trois mois de fauteuil sur tant d’années passées que valent-ils ?

C’est pour dire que la revendication principale de la majorité de votre peuple est bel et bien dans vos cordes et plus vous écoutez les petites gens, plus vous prenez davantage de la hauteur, mon Général. Surtout ne pourrissez pas la situation actuelle car le tissu social c’est comme le tissu organique : plus vous donnez le temps à l’infection, plus elle devient ingérable !

Mon Général,

C’est un conseil de frère de foi que je vous livre et ce sera mon dernier point de motivation. Pendant les heures troubles, que de conseillers ! Et dans ce cadre, je ne me sens en moi point de sagesse quelconque susceptible de vous conseiller telle ou telle chose !

Mais j’ose espérer que vous vous méfieriez de toutes vos forces d’un type de conseillers, chantres du statu quo, qui, pour conjurer le sort du devenir de leur propre pays, pensent stopper net, à coup de milliards de dollars, la marche de l’histoire ! Ils sont contre les turcs et pourtant les turcs sont solidement assis sur une démocratie qui permet le renouvellement de leurs dirigeants.

Ils sont contre les perses et pourtant les perses, grâce à la Wilayatou El faghih, se relaient constamment au pouvoir. Mais pour nos peuples arabes sunnites, que réservent-ils ces conseillers ? Rien que la scie à chair…

N’oubliez pas mon Général que de cette vie nous sommes tous partants. Mais il y a ceux qui partent dans l’honneur et la gloire et ceux qui partent du mauvais côté de l’histoire. Qu’Allah garde l’Algérie, ses filles et ses fils. Permettez-moi d’essuyer quelques larmes venues subitement du fond du cœur… Avec mon profond respect, mon Général, Ahmed Gaid Salah.

Ancien élève de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration du Climat des Affaires : des défis à relever !

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration  du Climat des Affaires : des défis à relever !Aliou SALL - L'Etat mauritanien a mis en place lors du conseil des ministres en date du 7 février 2019, un Conseil supérieur pour l'amélioration du climat des affaires.

Cette initiative très appréciée permet, sans aucun doute, de confirmer l'intérêt des autorités par rapport également à l'investissement étranger en Mauritanie. Même si des efforts importants ont été accomplis ces dernières années pour l’attractivité du pays en matière de climat des affaires, il existe en permanence des préoccupations pour lesquelles une veille gouvernementale s'impose afin de maintenir la position stratégique appelée à évoluer dans cette matière du climat des affaires comparativement aux autres pays de la sous-région.

Alors il ne s'agit pas pour nous, à travers ces quelques mots, de mettre en exergue les fondamentaux essentiels et importants réalisés par l'État ces dernières années.

Au-delà de sa politique d’entrée des investisseurs, il y a lieu plutôt d'attirer son attention sur trois points importants qui, à notre avis, pourrait constituer des défis à relever afin de pérenniser la position du pays dans la gestion du climat des affaires. À ce titre, il y a les informations commerciales, la pénalisation des affaires civiles et commerciales et une plus grande vigilance dans le traitement des conflits impliquant notamment des capitaux étrangers.

En ce qui concerne l'information commerciale, il serait une nécessité pour l'Etat de faire en sorte qu'elle soit disponible, régulièrement mise à jour et accessible à tous les acteurs de la vie économique. Les informations sur les entreprises et les acteurs économiques particuliers normalement transcrites sur le registre de commerce sont difficilement accessibles à raison de l'absence de conservation sous forme numérique mais aussi du suivi de l'application de la loi des affaires à ce niveau.

Il est difficile pour des acteurs économiques et principalement les auxiliaires de la justice notamment les avocats conseils juridiques et les chefs d'entreprise en discussion avec un autre partenaire, d'avoir accès à certaines catégories d'informations mises à jour et pourtant légalement autorisées et indispensables pour le partenariat économique et la vie courante des affaires.

Il faut rappeler que ces informations sont censées figurer dans le registre de commerce de toute personne physique ou morale. Or dans la pratique, une fois le registre de commerce créé, il est exceptionnellement mis à jour par son détenteur alors que les noms des dirigeants changent et les engagements pris nécessitent des inscriptions obligatoires sur le registre de commerce. Alors, les mises à jour de ces documents constituant des obligations légales doivent être effectives à tous les niveaux.

Le second point concerne « pénalisation » les affaires commerciales et civiles c’est-à-dire, qui sont transformées ou « formatées » en affaires pénales devant le parquet et les juridictions pénales. Dans la pratique, cela arrive si l'une des deux parties n'a pas eu gain de cause au niveau de tribunaux civils et commerciaux où est convaincu de ne pas trouver une suite favorable et voudra s'appuyer sur un réseau ou des connaissances enfin de créer une nouvelle pression supplémentaire sur l'autre partie avec bien sûr une menace d'emprisonnement où de mise en dépôt en prison.

En matière d'affaire commerciale, il arrive que le contentieux purement commercial soit considéré à tort et en face d'un litige purement contractuel comme une escroquerie (une aberration et pourtant il en existe); ce qui est grave dans l'application de la loi. Il s'agit tout simplement d'un « refus déguisé » ou « détournement » de l'application de la loi pour emballer des procédures infinies donc dilatoires. Et entre temps, on fait perdre du temps et de l’argent à l’autre partie.

Dans ce contexte, le rôle du parquet dépendant du ministère public est très important car il lui appartient de faire le tri afin de savoir si l'affaire qui lui est soumise est civile ou pénale afin de se prononcer sur sa compétence. Si elle est civile, il ne peut nullement la traiter du point de vue du droit.

Dans la pratique, il y a un constat que des affaires similaires existent et elles doivent beaucoup faire réfléchir à l’application de la loi dans cette perspective du climat des affaires : une rigueur du respect de la loi s’impose aux décideurs. Également, il faut dire que cette mission de l'application de la loi à ce stade ne requiert pas une grande expertise. Une exigence de fermeté dans la lecture de la loi si simple doit s'imposer face à toute personne en mettant de côté les arguments non-dits qui relèvent de l'extra juridique.

Un troisième point connexe est la nécessité d'une plus grande vigilance dans l'application des règles du droit judiciaire notamment pour tous les litiges de manière générale et principalement des litiges commerciaux impliquant des investissements à capitaux étrangers. Si le Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires aura pour mission d'apporter un regard vigilant sur toutes les questions en rapport avec les investissements étrangers et le climat des affaires, une attention s'impose à ce niveau.

Il est souhaitable qu'au niveau judiciaire, que les principaux acteurs soient de plus en plus regardant pour tous les litiges de manière générale. Il n'est pas demandé de donner plus d'avantages ou de droit au propriétaire de capitaux étrangers mais d'appliquer simplement la loi quel que soit la nationalité de la partie. A ce titre, il faut reconnaître l'existence d'excellents acteurs de la justice mais il y a des cas qui n'honorent pas et ne facilitent pas l'image recherchée pour le climat des affaires dans notre pays.

Dans la pratique, on peut signer un mandat de dépôt en prison contre un citoyen qui a émis un chèque sans provision pour un faible montant et laisser en toute liberté et parfois avec des faveurs protocolaires d'autres qui ont émis des chèques sans provision portant sur des dizaines de millions et pour des montants impliquant des capitaux étrangers. Alors, faut-il prévoir un système de lanceurs d’alerte citoyen pour le climat des affaires ?

Face à l’objectif de la création de ce Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires, voilà quelques traits où quelques défis que cette nouvelle institution de l'Etat devra, à notre avis, relever afin de rehausser la bonne image et la bonne gouvernance du climat des affaires dans notre pays.

Me Aliou SALL
Doctorat en droit
Avocat.
Source : Aliou SALL

 

 

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : quand les médias lisent dans les cauris la date du retour de Karim Wade

Mehdi Ba est rédacteur en chef du site internet de J.A. Anciennement correspondant à Dakar, il continue de couvrir l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Il est un autre sport national au Sénégal que la lutte avec frappe : la prédiction compulsive quant à la date du retour à Dakar de Karim Wade, le candidat à la présidentielle du principal parti d’opposition…

Au Sénégal, on n’a pas de sondages politiques mais on a les cauris. Ces petits coquillages, dont la légende prétend qu’ils proviennent des îles Maldives et auraient été importés sur les côtes orientales du continent, avant de se frayer un chemin jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, y servent de support à la divination – comme, ailleurs, les tarots ou le marc de café. Pratiqué majoritairement par les femmes, l’art des cauris permet à la voyante, sur la base d’un jet de coquillages semblable à un jet de dés, de prédire l’avenir à son interlocuteur.

Or, s’il est un secret que chacun, à Dakar, aimerait percer – outre les estimations du premier tour de la présidentielle, en l’absence d’enquêtes d’opinion, interdites par la loi – , c’est bien celui-ci : à quelle date Karim Wade remettra-t-il le pied au Sénégal ? Escamoté en pleine nuit de la prison dakaroise de Rebeuss pour gagner le Qatar, en juin 2016, le fils de l’ancien président sénégalais reste mutique depuis deux ans et demi sur cette échéance cruciale, alors même qu’il entend défier dans les urnes, en février, le président Macky Sall.

Prédictions hasardeuses

Adepte du secret et du « off the record », Karim Wade n’a en effet jamais livré, depuis son départ en exil, la moindre indication précise sur la date de son retour. La nature ayant horreur du vide, les quotidiens et sites Internet sénégalais se livrent donc, depuis plus de deux ans, à des prédictions hasardeuses.

Dernier en date à se jeter à l’eau, le 24 décembre, un quotidien local se montrait catégorique : « Le président de la coalition “Karim Président 2019” est attendu à Dakar mercredi [26 décembre]. Nos sources, qui sont formelles, nous signalent qu’il a quitté la capitale française pour un point de chute tenu pour le moment secret. »

Le 18 décembre déjà, le même journal livrait à ses lecteurs une « exclu » valant son pesant d’arachides : « Karim Wade a quitté Doha pour Versailles, où il réside au moins depuis vendredi [14 décembre] ». Plus étonnant, poursuivait-il : à Paris, « [Karim Wade] aurait, de source sûre, rencontré le président Macky Sall ce lundi [17 décembre] dans l’après-midi. Même si rien n’a filtré de leur rencontre, il est clair qu’il s’agit de négociations liées à son retour à Dakar… »

Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar

Le quotidien cité ici est loin de représenter une exception : à la grande loterie où l’on mise sur la date du retour de Karim Wade, chacun ou presque a eu l’occasion de parier un jour, à ses risques et périls, comme le montre ce florilège.

Dès juillet 2016, un site Internet se référait déjà à « certaines sources dignes de foi qui jurent, la main sur le cœur, que le pape du Sopi [Abdoulaye Wade] pourrait bien devancer Karim Wade à Dakar ». À l’époque, la date est encore floue… Mais en décembre 2016, un site saint-louisien entrevoit l’avenir de manière plus nette, après l’avoir lu lui-même dans les cauris d’une autre publication : « Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar. […] La décision du retour de Wade fils a été prise ce dimanche 25 décembre, lors d’un conclave de 48 heures avec l’ancien président Abdoulaye Wade, qui est à Dubaï depuis plus de cinq jours. »

Dernière ligne droite

Pourtant, le 15 janvier suivant, toujours pas de Karim en vue au pays de la Teranga… Qu’à cela ne tienne ! En mars 2017, un autre site web rend compte de la prophétie livrée, dans une célèbre émission radio, par un cador du PDS : « [Karim] m’a dit au téléphone qu’il sera là quand nous arriverons dans la dernière ligne droite des élections législatives [prévues le 30 juillet suivant], et qu’il participera à la campagne. La dernière ligne droite des élections législatives, c’est, pour lui, les trois mois qui précèdent la tenue des élections. »

Alhamdoulilah ! Karim Wade ne saurait tarder, se disent alors ses partisans – et les journalistes. Tous en seront pour leurs frais. En septembre de la même année, un confrère online convoque jusqu’aux mânes d’un ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qui lui livre une énième « révélation » : « Karim Wade sera à Dakar en juin 2018 ». L’échéance approcherait-elle ?

Ses bagages atterrissent… mais pas lui !

La présidentielle, elle, se rapproche à grands pas. Le 8 septembre 2018, le même site se montre à nouveau sûr de son fait : « Le candidat déclaré du PDS, Karim Wade, est attendu en novembre à Dakar. Cette information vient des militants libéraux de la diaspora, qui se disent, cette fois-ci,  »catégoriques » sur son retour. » L’information est détaillée par un autre portail : « Karim Meïssa Wade et son père Gorgui Wade seront à Dakar dans la nuit du dimanche 18 novembre. Ce sera la veille [paradoxalement, pour ces talibés mourides revendiqués] du Gamou de Tivaouane. »

Puisque Karim tarde à rentrer, les oracles improvisés ont alors une idée de génie : à défaut de faire revenir au pays, par incantations interposées, le candidat du PDS, commençons par ses bagages ! Mi-novembre, un quotidien annonce donc en exclusivité qu’un vol de la compagnie Emirates a déchargé à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à proximité de Dakar, les valises et autres malles d’un Karim Wade qui ne saurait tarder à les y rejoindre. Un convoi qui ne constituerait, selon ces sources, que « le premier lot des bagages lourds du fils de l’ancien Président », lesquels auraient été déposés dans la maison familiale du Point E.

Encore raté ! Novembre tire sa révérence sans que Karim Meïssa Wade montre le bout de son nez. Un nouvel oracle sort alors de son silence pour livrer la date que tout le monde, au Sénégal, attend : « Karim Wade annoncé à Dakar le 11 décembre prochain », titre-t-il.

Moralité : lui seul connaît la date…

La leçon à tirer de cette logorrhée prédictive n’est guère difficile à énoncer. Depuis deux ans et demi, malgré de multiples assurances formulées par le « syndicat des proches – anonymes ou non – de Karim Wade », il semble clair que nul ne connaît la date de son retour au Sénégal, à part lui-même.

D’où cette double prédiction qui évitera à JA, on l’espère, un camouflet brutal début 2019 : Karim Wade reviendra un jour prochain au Sénégal. Et ce jour-là, les médias l’apprendront vraisemblablement après son atterrissage, et non avant.

Source : jeuneafrique.com

 

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies se souvient de ce jour béni où la Mauritanie accédait à l’indépendance, voici cinquante huit ans. Souvenirs….

A Nouakchott en construction, ce lundi 28 novembre était une très belle journée, sans vent de sable…. Exceptionnelle aussi car agrémentée des plus beaux noms de la société Mauritanienne de l’époque, du défilé des troupes nationales à chameaux et de la présence de nombreux invités étrangers dont la présence exprimait le soutien international à la souveraineté du jeune état naissant.

Avec trois amis du lycée van Vollenvohen (aujourd’hui Lamine Gueye) de Dakar, où nous préparons le baccalauréat, je suis à Nouakchott pour servir de guide à l’un de ces invités officiels venus de l’extérieur.

Ferveur, enthousiasme et solennité marquaient cette première célébration de notre indépendance. Dans cette atmosphère de joie, sobre comme l’exige l’éthique de l’époque qui privilégie la modestie, régnait la certitude de réussir rapidement et l’indépendance politique et le développement économique. Une conviction intime bien partagée rendait notre enthousiasme contagieux. Les officiels – ministres, députés, administrateurs – se sentaient responsables du présent et de la préparation de l’avenir du pays.

Le président Moktar Ould Daddah symbolisait cette intime conviction. Il portait en lui une modestie qui à l’époque, et encore aujourd’hui dans certains milieux, était synonyme de probité et de rigueur. Du reste, ses premiers successeurs pétris dans ce solide moule de rigueur, les colonels Moustapha Ould Mohamed Saleck, Ahmed Ould Bousseif et Khouna Ould Haidallah étaient, comme lui, simples par éducation sociale, et sur le plan matériel, d’une grande probité.

Naturellement, peu de choses restent immuables. Les vicissitudes de l’histoire faisant évoluer la vie des nations et des hommes, la Mauritanie ne fait pas exception. Les valeurs et codes sociaux bougent comme les ambitions des dirigeants pour leurs pays. Mais le socle historique est éternel.

Aujourd’hui, en 2018, les priorités nationales se trouvent bouleversées. Devenues de simples raccourcis pour ceux qui se servent avec aplomb dans le domaine public. Bâtir et consolider une économie nationale, ambition des années de l’indépendance, ne tient plus face aux appétits insatiables de certains des dirigeants quand bien même les mauritaniens disent que "discrétion et avidité ne peuvent s’associer".

Apprécier et valoriser le passé n’est pas nécessairement une remise en cause du présent et encore moins du futur. Nous devons tous nous rappeler qu’il n’existe pas de fatalité dans la vie des hommes ou des états. Et nous rappeler aussi que les codes éthiques sont des exigences des sociétés parce qu’elles constituent une part essentielle de leur patrimoine immatériel. Comme tels, ils doivent être défendus par tous et en particulier par les dirigeants.

Au-delà des errements, mais grâce aux progrès réalisés et à la résilience de mes compatriotes, je n’ai pas de doute que ce pays se retrouvera. Réconcilié avec lui-même et fort du retour aux valeurs éthiques, celles qui abhorrent l’exclusion raciale et sociale, l’arrogance et son corollaire, la corruption.

C’est bien pour cela que ce lundi 28 novembre 1960 est encore présent dans mon esprit.

Source : Mondafrique