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Tribune Libre en Afrique

Tous coupables, au nom de son innocence

Tous coupables, au nom de son innocenceDiop Moustapha - Je pense qu'il faudrait, souvent, savoir raison garder. Et arrêter, à mon humble avis, de se pâmer devant des exploits, des réussites sportive, technique scientifique, professionnelle, personnelle qui nous sont to-ta-le-ment lointaines.

J'ai lu le flot de posts, à la limite de l'extase, lorsque mademoiselle Myriam Soumare, Française, native de Paris, a été sacrée championne d'Europe. Puisqu'il est dit qu'elle est de parents d'origine mauritanienne, les hérauts courent les rues et les campagnes pour annoncer "l'honneur" qu'elle aurait fait à la Mauritanie !

Mille millions de mille sabords et de cornues alambiquées, que vient faire la Mauritanie dans cette galère. Elle qui n'a participé, ni de près ni de loin, à la préparation, à l'accompagnement de cette jeune dame qui, peut-être, n'a qu'un vague souvenir de ce qu'on lui a dit de son pays d'origine et dont elle se tamponne d'ailleurs (désolé pour le terme un peu trop militaire) puisque, semble-t-il, à certaine occasion, l'ambassade n'a pas daigné la recevoir malgré l'entregent de certains de nos compatriotes !

Se glorifier d'un trophée que l'on n'a ni remporté, ni contribué au triomphe serait tout simplement un recel moral indécent et insupportable.

A mon sens, la fierté devrait résider dans la réussite de toute compétition, tout acte d'élévation, dans tous les domaines d'activité auxquels on a participé.

Dans ces cas-là, seulement, l'exigence de partage du triomphe....ou de la défaite, devient légitime. Une Nation ne célèbre que la consécration de ses actes mais se contentera seulement, si elle y consent, de féliciter les victoires ou les réussites des autres.

Même si celles-ci devaient lui être profitables, dans un sens ou dans un autre.

A ce niveau, j'aimerais aborder le cas de cette jeune et courageuse athlète mauritanienne, mademoiselle Houlèye Ba, qui a compéti aux JO de Tokyo de 2021, sur 100 m.

Oui, son chrono fut de plus de 15 secondes ! Mais elle passa la ligne d'arrivée. Et elle fût moquée, avec violence, par certains internautes qui, je suis sûr, tout comme moi, ne connaissent ni les tenants, ni les aboutissants de la course de cette jeune et brave demoiselle. Certes, son chrono, à ce sommet de la compétition mondiale, n'est pas bon. Il est mauvais. Il est ridicule. Il a déclenché l'hilarité. Je le confesse, rien que pour ses contempteurs !

Mais, messieurs, qui n'est pas bon ? Qui est mauvais ? Qui est ridicule ? Qui a fait déclencher l'hilarité ?

Sans aucun doute, tous ceux qui l'ont envoyée combattre sans préparation adéquate, sans intendance efficace ! Et pour couronner le tout, sans armure, sans bouclier et sans destrier, en rase campagne. Alors, elle a paisiblement fait, ce que, seule, au moins, elle a su faire, avec courage : nouer son foulard autour de la tête et arpenter le tartan de l'Olympe. Un foulard que tous les spécialistes vous assureront qu'il freine la course de quelques centièmes ou dixièmes de seconde ! Avec ses 15 secondes, c'est un argument d'aérodynamisme dont, je crois, que c’est surement le cadet de leurs soucis, elle et ses préparateurs !

On a urgence à déterminer les responsabilités et désigner les responsables de cette défaite ! Cette demoiselle est volontaire. Oser accepter d'aller défier les meilleures du monde, dans sa spécialité, sachant que sa préparation n'est guère à niveau, qu'elle n'a surement pas satisfait aux minimas. Elle a courageusement accepté de jouer sa partition. Futile partition, certes, mais pour laquelle, nous devrions la consoler et l'honorer. Lui tresser des lauriers pour, seulement, avoir osé. Tout simplement.

Déterminer maintenant les responsabilités et désigner les responsables.

Ceux qui ne furent pas bons, ceux qui furent réellement mauvais, ceux qui furent réellement ridicules, ceux qui réellement ont déclenché l'hilarité. On n'ira pas chercher trop loin ; car le coupable, pour tous, est le seul ordonnateur des choses : l'État avec ses démembrements.

L'Etat étant une continuité, j'ose affirmer, es qualité, que depuis notre CMSN, le sport a été considéré comme une activité quasi indigne d'adultes. Nos anciens ministres en charge des sports, Feu Ba Mahmoud, Docteur Diagana Youssouf, ont guerroyé ferme autour de la table des Kakis sans jamais réussir à "nous" convaincre de l'importance de ce secteur, déjà en montée partout dans le monde.

Nos vaillants lobbies de "soutien indéfectible et inconditionnel", toujours tapis dans les couloirs et les ruelles poudreuses, en embuscade, sapaient toute idée contraire à leur projet. C'est ce qu'on appelait les groupuscules. Même si certains étaient aussi gros qu'un éléphant. Et ils ont la particularité de survivre à tous les régimes et à être immortels !

Aujourd'hui, il n'est guère besoin de démontrer ce qu'est devenu le sport. Au-delà de préserver notre santé, il est devenu un immense outil de développement économique. La célèbre devise du baron Pierre de Coubertin "l'important c'est de participer" a pris du plomb dans l'aile et rangée aux oubliettes. Aujourd'hui, on participe pour gagner. Sponsoring oblige.

Certains clubs de football européens alignent, me chuchote-t-on, des budgets supérieurs à ceux de bien de pays de nos contrées !

Donc coupables, nous le fûmes bien, pour avoir méprisé ce secteur et manqué de vision. Il est vrai, sans que cela ne constitue le moindre début de justifications, les esprits ont souvent été ailleurs, les militaires étant, entre eux, de fieffés "coquins violents".

Coupables aussi, tous les pouvoirs successifs, pour n'avoir pas redresser la barre, alors qu'ils étaient sensés venus rectifier les choses ! Elles furent souvent bien rectifiées...et à la tronçonneuse, pardi.

Aujourd'hui, dans le programme du nouveau PR, il y serait, semble-t-il dit, comme profession de foi, que : "le candidat accorde une grande importance et priorité au domaine du sport, etc, etc.....". La même rhétorique, le même intitulé depuis 41 ans ! Et pour le malheur de notre ouvrage de Sisyphe, ce ne furent que des militaires ou des militaires démissionnaire ou retraité qui se sont succédé.

Ce qui alimente bien l'éternelle ritournelle des civils que ce ne sont que des régimes militaires qui se succèdent. C'est agaçant mais accordons-leur ce plaisir, même si le propos est contestable mais il n'autorise plus le débat.

Revenons à mademoiselle Houleye Ba qui, en acceptant de s’aligner sur ce 100 m, a levé le voile et braqué les projecteurs du Stade Olympique National de Tokyo sur les insuffisances et carences officielles, à toutes les étapes. Sa prestation, que l'on moque, a mis des visages sur toute une chaîne de responsables-courtisans, de la bien lointaine CMSN à aujourd'hui qui, en privilégiant les beaux discours démagogiques, rapports pompeux, pour mieux cacher des carences, ont aussi contribué à perpétuer le mensonge, au seul profit de leurs intérêts.

Et ces intérêts perdurent depuis 41 ans ! Si les services de communication officielle pouvait faire visionner la prestation de notre jeune compatriote à Tokyo aux décideurs, alors, s'ils la voient, je pense qu'ils sauront lui faire rendre justice et la réhabiliter.

La magnanimité autoriserait même, là, un simple coup de téléphone, de monsieur le Président de la République à notre malheureuse athlète. Geste significatif que de féliciter une "perdante" ! Cela, dans le même esprit de réhabilitation dans tous les domaines de l'État. dont il est, sûrement, mieux informé.

Réhabiliter, dans ce cas précis, ne serait, d’abord, que perspicacité et vision économique, avant tout prestige.

La Jamaïque attire, aujourd'hui, les 3/4 de ses investisseurs, parce que "des femmes adultes et des hommes adultes, en culottes" ont couru sur tous les stades du monde et cueilli des lauriers. Simplement.

L’on sait aussi que ce secteur du sport est peuplé de jeunes, dont la majorité de femmes et de filles. Les ¾ de l’électorat. Si l'on ne s'en tient qu’à l’aspect caricaturalement électoraliste. Cette jeunesse est celle de l’âge du numérique, celle de l’âge où on accède maintenant à la Présidence des Républiques et où on "Snapchat", en tee-shirt. C'est la jeunesse qui redresse la tête, refuse tous les préjugés, sortis de nulle part et surtout anachroniques.

Les ressources humaines sont pourtant foison pour concrétiser ces engagements, comme dans tous les autres domaines nécessitant, peut-être, des réformes profondes (politique, économique, social) et/ou surement de restauration plus grave (droits humains, Justice) et j'en passe pour y revenir à d’autres occasions.

Ces ressources, ne demandent qu’à être mises en ordre de bataille. Elles seraient surement plus utile que les psalmodies des éternels et inusables recyclés thuriféraires.

Pour l'heure, je ne m'en tiens qu'à ce merveilleux secteur que mademoiselle Ba vient de secouer, dans ma conscience momifiée. Puisqu'en tant que CMSN, nous avons contribué au délitement du sport. Et à ce titre, je plaide coupable.

Pour exorciser les esprits qui hantent depuis si longtemps.

Coupable pour n’avoir pas pu éviter au pays le triste sort, sportif et humain, infligé à Tokyo.

Faisons alors en sorte qu’aux JO de Paris, en 2024, Inchallah, mademoiselle Houleye Ba éblouisse les spectateurs, de retour dans les gradins. Elle le peut.

Et que son foulard soit revu et corrigé par nos grandes stylistes.

On en a aussi et qu'il faudra bien que le ministère, en charge de la culture, fasse sortir à la lumière. Pour éviter le syndrome de Tokyo.

Nous jouions aux tournois nationaux sur l'aire du lycée national. Il y'a 48 ans.

Houleye Ba s'entraine surement au vétuste Stade Olympique.

Myriam Soumare doit avoir ses quartiers dans plusieurs lieux dédiés, selon les exercices.

Diop Moustapha

Facebook, le 03/08/2021

 

À propos du Président

À propos du PrésidentAl-akhbar- 1. Du respect

Au moment où le débat sur “la protection des symboles” semble -fort heureusement- marquer le pas, je voudrais attirer l’attention de certains de ses inspirateurs, sur le fait que le respect du président de la République consiste à ne pas le tromper aujourd’hui, pour le vilipender demain...

Le respect du premier magistrat du pays consiste, dans mon entendement, à lui dire ce que l’on pense de sa gestion du pays, sans jamais aller au-delà... Le respect du garant de la souveraineté du pays et de la dignité de ses citoyens prévoit d’attirer son attention sur toute brèche susceptible d’attenter à cette souveraineté ou à cette dignité.

Le respect du défenseur des symboles nationaux exige de le convaincre de ne pas accepter la vanité des “titres” et des “qualificatifs” dont la finalité ultime est de compromettre sa stature morale.

Le respect du vainqueur du scrutin au suffrage universel passe par le rappel permanent de cette lapalissade: l’unique source du pouvoir présidentiel est populaire... Le respect du vrai patron de la diplomatie de notre pays ne peut être intégral sans la nécessaire exigence intellectuelle et morale (dans cet ordre!) à son endroit, spécialement en ces temps critiques de vive compétition régionale et internationale.

2. Remarque légitime

Je souhaiterais anticiper une remarque légitime: pourquoi n’avoir pas édicté et mis en œuvre ces principes lorsque “tu” étais aux côtés de l’ex-président du pays? La réponse est simple et je l’ai déjà mentionnée à maintes reprises sur ce “mur”: l’ex-président m’a toujours offert la latitude de m’exprimer de manière libre et honnête; j’en veux pour preuve sa remarque télévisée concernant le “troisième mandat”... Ayant, à l’époque, usé librement (donc) de mon droit d’appréciation des affaires publiques, je n’émettrai pas de critique, sauf exception, au sujet de la “décennie”, aujourd’hui ou demain ; car, au risque de se contredire piteusement, ce droit ne peut, à mon sens, s’exercer qu’une seule fois! En terme d’efficacité, l’éthique de responsabilité (au pouvoir) et l’éthique de contestation (dans l’opposition) ont ceci de différent : la première se conjugue mieux avec la discrétion et la seconde se décline plutôt dans la “vocalité” écrite ou orale, c’est connu!...

3. L’interview

Le timing de la dernière interview du président de la République dans des médias étrangers m’a surpris car, au moment où les citoyens de ce pays ploient sous une double contrainte sanitaire et économique, le président aurait pu reculer l’heure de la “communication politique”, en attendant de meilleurs auspices. Sur un autre plan, voir le président si disert à propos de la situation politique d’un pays frère certes, mais étranger tout de même, tout en adoptant une circonspection stricte au sujet de la situation politique nationale (le sort de l’ami et du compagnon de 40 ans!), m’a honnêtement interloqué.

Le refus du président de reconnaître (Interview en arabe) la situation de misère dans laquelle vit une grande partie des Mauritaniens, en dépit des ressources économiques significatives du pays et de la taille réduite de la population, m’a paru un tantinet désinvolte, particulièrement en ces moments éprouvants pour la plupart des citoyens de ce pays.

Le comble du choc pour moi, et j’avoue l’avoir vu venir, ce fut lorsque l’un des journalistes étrangers osa s’adresser si familièrement au Président pour lui parler de ses “yeux” qui “parlent”, une insinuation chargée d’inconvenables sous-entendus...

Une interview présidentielle se prépare minutieusement à tous les niveaux, car elle s’apparente à une corrida ; les “pauses”, à titre d’exemple, encouragent le “taureau” à attaquer toutes cornes déployées! Une solennité excessive peut s’apparenter à un déploiement inapproprié, par le matador, de la muleta, provoquant instinctivement l’attaque de la part du ‘’taureau”, avec le risque de prendre un coup de corne d’une redoutable létalité...

En réalité, j’ai modérément apprécié cette interview; le Président devra, pour le coup, évaluer son staff de communication, car il y va de la dignité du pays...

Isselkou Ahmed Izid Bih Néyé

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicité

Avatars de l’extrémisme religieux en Mauritanie : de la dissimulation à la diplomatie de la duplicitéLe Calame - Le 25 avril 2021, à 22h, la police de Nouadhibou (capitale économique) procédait à l’arrestation de jeunes activistes de gauche, au motif d’avoir animé une émission de débat virtuel, grâce à la plateforme Facebook, sous le titre « Elmetrouch », littéralement, « l’intrusif ».

Le programme visait à préserver, l’individu, des empiètements de la société, sur la sphère de l’intimité; les organisateurs voulaient provoquer la controverse, démontrer l’importance de la vie privée et dénoncer, en priorité, le contrôle de la sexualité des jeunes et l’ingérence dans les choix de vie d’adultes consentants.

Les détenus se retrouvèrent au Commissariat de police, curieusement dénommé Redouane (le satisfecit pieux).

I. Faits

Le forum, lancé au début du jeûne rituel, suscitera l’indignation acerbe parmi les sympathisants du parti islamiste Tawassoul et de la part de son ex-président, Mohamed Jemil Ould Mansour, surtout après le cinquième et le sixième épisode. Le leader féministe Aïchetou Mint Isselmou Mbareck y exprime son opinion, en substance : « quiconque peut jouir du sexe avant, après et dans le mariage ; le sujet ne concerne personne d’autre, c’est la liberté de chacun. La femme et l’homme sont égaux en droit et devoirs. Les gens selon qui toute femme est une nudité indécente ‘’ عورة” (Awara) sont eux, les borgnes »(1) ; A la seconde séquence en cause, Yehdhih Ould Mohamed, un membre fondateur du mouvement non-autorisé « Pour une Mauritanie Laïque » explique et argumente la séparation du religieux et du politique.

Le propos ayant fortement déplu aux milieux de la conservation, ces derniers organisèrent une vaste campagne de réseaux sociaux, pour susciter une réaction de la populace excitée, contre les promoteurs du programme, avant de les assigner, en justice. La plainte accuse, les participants à la discussion, de détruite les valeurs de la société islamique, d’où le devoir collectif de les faire juger en vertu de la chariaa, aux griefs de « non-reconnaissance des obligations religieuses », un crime selon l’article 306 nouveau du code pénal(2), d’inspiration jihadiste.

https://www.facebook.com/100065598150527/videos/116348243895114/

II. Implications

Durant la garde-à-vue, les jeunes devaient produire des aveux, en présence du procureur de la République, du directeur régional de la sûreté et d'un membre des services de sécurité et de renseignements : les questions tournaient autour du forum Elmetrouche, de ses initiateurs, des objectifs, des convictions et de la pratique cultuelle de chacun ; les interrogateurs trahissaient une fixation monomaniaque, sur les financements reçus ou escomptés, de l’extérieur.

Devant la fragilité des charges invoquées aux dépens des prévenus, une décision invisible ordonna leur libération, le 28/04/2021, à 1h du matin. Comme lors des incidents récents entre notables féodaux et paysans descendants d’esclaves, ils reçurent injonction de ne plus aborder le thème, de s’abstenir de voyager sans en informer la police et de ne plus commettre une parole ou acte susceptible d’être interprété comme « outrage public à la religion ». Le terme, vague et non défini par la loi et la jurisprudence, relève de l’idéologie de la contrainte, désormais en vigueur dans le pays. Le système y verse, à présent, la moindre velléité d’émancipation ou de critique sociale. Le chef d’inculpation reflètele réflexe d’autodéfense de la domination face aux demandes d’équité : encore une fois, depuis l’institution de l’esclavage sur le sol de la future Mauritanie, la religion sert de bouclier à l’injustice, s’éloignant, alors, de sa vocation, durant la geste prophétique.

III. Protagonistes

A. Les réalisateurs

1. Bilal Varajou Beikrou, né le 16/10/1989 à Elmina, marin et activiste de la société civile ; interpelé.

2. Mohamed Sid’Ahmed Mahmoud, né le 21/11/1989 à Nbeika, enseignant de philosophie et d’Arabe, activiste de la société civile ; interpelé.

3. Ahmed M’bareck Lethneine, né le 24/05/1991 en Libye. Ouvrier des mines et activiste de la société civile ; recherché.

4. Aïchetou Isselmou M’bareck, née le 25/05/1993 à Nouadhibou, secrétaire dans une école et activiste de la société civile ; interpelée.

B. Les invités

5. Aïchetou Isselmou M’Bareck, précitée

6. Mohamed Yehdhih Sidi Brahim Mohamed Mahmoud, né le 31/12/1985, enseignant de philosophie et d’éducation civique, activiste de « Pour une Mauritanie Laïque » ; interpelé.

7. Mourad Soueilim et d’autres membres, entendus et relâchés.

IV. Epilogue provisoire

A la fin de la détention, une entité proche de Tawassoul organise une manifestation de rue, sous le slogan «لا للإباحية»(3), à la sortie de la prière du vendredi, 30 avril 2021. Les marcheurs obtiennent l’agrément légal, en dépit des mots d’ordre de haine et d’appel au meurtre que ce genre de rassemblement charrie. De l’anathème aux menaces d’atteinte à l’intégrité physique, ils réclament une peine sévère, à l’endroit des jeunes, en vue de « sauvegarder les valeurs islamiques ». D’autres clubs d’obédience salafie, en particulier (4)شبيبة بناء الوط, ont promis de conduire davantage de protestations, la semaine suivante.

Aïchetou M’Bareck a été séquestrée par sa famille et licenciée de son travail. Les autres subissent, sans protection, la persécution de l’entourage et jusque dans la rue ; la plupart ont perdu leur gagne-pain. Aucun n’a pu récupérer son téléphone.

V. Leçons

Ainsi régresse la République islamique de Mauritanie, d’Etat naguère en chantier sur des assises de mérite et de compétence, vers un syncrétisme des modèles de gouvernance anti-démocratique de l’Orient, à équidistance du wahhabisme et de la talibanie pakistano-afghane.

A titre d’anecdote, révélatrice de la dérive en cours que nos alliés du Monde libre ne souhaitent regarder, le ministère des Affaires islamiques et de l’enseignement, publiait, en catimini, le 12 avril, au travers de sa page Facebook, un communiqué où il réprouve les conclusions d’un séminaire, tenu l’avant-veille, à Nouakchott, la capitale. A l’occasion du Ramadan, une association des Emirats arabes unis (Eau) basée à Paris, tentait de promouvoir la paix et le dialogue, au nom de l’Islam(5).

Certains intervenants y appelaient à une révision des légendes, des attitudes sectaires et du recours à la terreur, comme outils de prosélytisme ; d’autres revisitaient les sources du droit musulman afin d’en extirper les mythes, la contrefaçon et les récits fabriqués. Aussitôt, les intérêts étrangers, en concurrence avec les Emirats, pourtant alliés et tuteurs du gouvernement de la Mauritanie, se sont empressés de dicter une réaction hostile, à une instance du même l’Etat.

Les acteurs locaux de la manœuvre semblent accorder une confiance excessive au succès de leur ruse : à quelques jours d’intervalle, l’autorité officielle entérinait l’évènement, y participait puis le dénonçait….

https://alakhbar.info/?q=node/32204

http://cfaes.org/?p=12839

(1)Ici, l’invitée se moque en recourant au jeu de mots « aoura » et le mot « a’awar », qui désigne la cécité d’un seul œil.

(2)Texte présenté par le gouvernement, adopté au Parlement, le 27 avril 2018 et promulgué depuis :

« Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d’une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 50.000 à 600.000 ouguiya ( soit 1428 euros). Chaque musulman, homme ou femme, qui se moque ou outrage Allah ou Son Messager (Mahomet) – Paix et Salut sur Lui – ses anges, ses livres ou l’un de ses Prophètes est passible de la peine de mort, sans être appelé à se repentir. Il encourt la peine capitale même en cas de repentir. Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. Toute personne coupable du crime d’apostasie (Zendagha) sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. Tout musulman majeur qui refuse de prier tout en reconnaissant l’obligation de la prière sera invité à s’en acquitter jusqu’à la limite du temps prescrit pour l’accomplissement de la prière obligatoire concernée. S’il persiste dans son refus jusqu’à la fin de ce délai, il sera puni de la peine de mort. S’il ne reconnaît pas l’obligation de la prière, il sera puni de la peine pour apostasie et ses biens confisqués au profit du Trésor public. Il ne bénéficiera pas de l’office consacré par le rite musulman

(3)« Non au laxisme envers les attitudes déviantes »

(4)« Jeunesse des bâtisseurs de la Nation »

(5)Sous l’égide du Centre France-Afrique d’études stratégiques (Cfaes), de plus en plus actif en Mauritanie : http://cfaes.org/?p=12839

 

Mattel lance son programme« Ramadan 2021 » pour les œuvres sociales

A l’occasion du mois béni du Ramadan, mois de solidarité, de partage et d’entre-aide, et fidèle à sa réputation d’entreprise citoyenne et responsable, Mattel a lancé son programme d’œuvres sociales et caritatives en partenariat avec plusieurs ONG locales.

Ainsi, en collaboration avec l’Association Neswiya, Mattel a procédé à la distribution de kits alimentaires au profit de plusieurs centaines de familles nécessiteuses afin de les aider à subvenir à leurs besoins durant ce mois béni du Ramadan.

Avec l’association Ghouloub Mouhsina, l’élan de soutient de Mattel a été orienté vers la distribution d’eau potable dans plusieurs dizaines de quartiers défavorisés de Nouakchott à travers la mise à disposition de 100 citernes pour les habitants de ces quartiers non desservis par l’eau courante.

Et puisque la jeunesse est au cœur de ses préoccupations, Mattel, en collaboration avec l’Association des Etudiants Tunisiens en Mauritanie, a pris en charge le repas de F’tour pour plusieurs étudiants tunisiens contraints de passer le Ramadan loin de leurs familles et ce, afin de les soutenir durant ce contexte difficile marqué par la pandémie du Corona Virus et créer de meilleurs conditions d’études et de réussite scolaire.

Mattel confirme, à travers ces actions, son engagement à jouer pleinement son rôle d’entreprise citoyenne via une démarche RSE qui se poursuit tout au long de l’année à travers plusieurs initiatives couvrant aussi bien les aspects sociaux que culturels et sportifs.

 

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY Mustapha

Un pays musulman où l’on jette les bébés à la poubelle. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - En quarante ans, et suite aux violences successives, qu’elle a subi et subit encore, la société mauritanienne, a accusé des transformations qui ont corrompu son système de valeurs, ses croyances et jusque son devenir.

1. Ce qu’elle fut.

La société mauritanienne était bâtie sur une universalité de codes éthiques et de valeurs sociales qui lui donnaient sa dimension de respect et de tolérance.

Celle où l’on ne pouvait regarder dans les yeux les grandes personnes, celle où l’on devait courber la tête quand toute personne aux cheveux grisonnants nous adressait la parole, celle où l’on mettait le petit doigt sur le bord de l’assiette de repas commun pour ne pas importuner les invités.

Celle où l’on ne pouvait élever la voix en présence des parents et des grandes personnes, celle où l’on se devait d’être bon, sage et meilleur en tout.

Non pas seulement pour soi mais aussi pour sa famille et pour son pays. Il y avait dans cette société une fierté et une dignité qui prenaient leurs sources non pas dans l’appropriation matérielle, mais dans la possession de l’éducation et du savoir. Cadres et repères de l’homme en société.

Cette société dans laquelle l’on sacralisait la relation humaine où tous ceux qui tournaient autour de nous étaient notre famille, pourvu qu’ils aient foulé le sol de la maison familiale, prié avec les parents à la mosquée, partagé un bureau de travail ou habité le voisinage.

Cette société où la parole était d’or et où l’attachement se faisait plus à la personne elle-même, à son origine, à son savoir, à son éducation qu’à ses biens et ses atours.

Une société matériellement pauvre et spirituellement gigantesque. Cette société où l’ami de la famille était aussi la famille et chacun cherchait à voir dans l’autre ce qui le grandissait. Une société où les valeurs nous venaient de contes d’autrefois ou s’entremêlaient la foi, la dignité et le courage. Une société où le courage n’ignorait pas la tolérance et la dignité le pardon.

2. Ce qu’elle advint.

Aujourd’hui, la société mauritanienne, s’entre-déchire autour d’une personne, d’un bien, d’une autorité, d’un pouvoir. Elle a perdu la foi qui maintenait sa cohésion et la conviction en un devenir commun.

La société, à force de faire du pouvoir son centre d’intérêt et son ultime sujet, est devenue le reflet de ce pouvoir. Elle a confectionné ses attitudes, ses valeurs et son mode de vie à l’image de ce qui la préoccupe depuis des décennies : le pouvoir.

Ce n’est pas la société qui a imprimé ses valeurs au politique mais l’inverse. Entrainant ainsi une reproduction jusque dans la sphère sociale, des tensions qui l’animent et des tares qui le minent. Les dissensions, l’agressivité partisane, la corruption, le népotisme, l’inimitié, l’esprit revanchard et l’intolérance ont conquis une société entièrement assujettie au politique.

Les conséquences en sont une perte de repère pour toute une société et à travers elle sa jeunesse. Les batailles qui se livrent au sommet trouvent leur reproduction dans la violence sociale et la criminalité galopante. Le respect des anciens et des grandes personnes n’a plus de sens puisque ce sont ces personnes qui au pouvoir donnent le mauvais exemple et qui montrent les formes les plus évidentes de l’intolérance et de la cupidité.

Brassée durant des décennies par des régimes politiques entièrement extravertis ne se préoccupant que de conquérir, d’assujettir et de s’enrichir, au mépris du peuple et de sa culture, au mépris de son idéal et de ses valeurs, la société en est devenue le reflet.

Aussi tout ce que se passe actuellement au sommet de l’Etat et tout ce qui s’y est passé durant ces dernières années n’a pu trouver une réaction de rejet du profond de la société, car elle en est une fidèle reproduction. La société n’est plus le frein au rejet des valeurs, elle accompagne ce rejet, l’applaudit et l’admet.

Et tous ceux qui ont conquis le pouvoir par la force savent pertinemment qu’ils peuvent compter sur l’immobilisme de cette société qui » accusera le coup » et qu’ils sauront l’associer à leurs méfaits.

Une société conditionné, préparée à l’assujettissement et dont « l’élite » cupide et intéressée, véritable courroie néfaste de transmission entre la société et le pouvoir, la mettra dans l’escarcelle de ce dernier. Une élite participant à l’instrumentalisation politique d’une société sans repères et sans idéal.

Voilà pourquoi ceux qui usent de la violence pour conquérir le pouvoir, bafouer la société ; ses valeurs et son idéal le font parce qu’ils savent qu’ils trouveront toujours dans cette société ceux qui l’aideront à l’assujettir.

3. Ce qu’elle ne sera plus.

Cette société a-t-elle définitivement pris les traits de ceux qui la gouvernent par la violence, la cupidité et l’égoïsme depuis plus de quarante ans ?

Cette société est-elle, réactivement, morte pour tolérer toutes les violences qu’on lui fait depuis tant d’années à travers des putschs successifs hypothéquant sa volonté, son développement et son devenir ?

Cette société est–elle définitivement classable dans les rayons de l’ethnographie sous l’étiquette : « société détruite par absorption de son énergie vitale par un pouvoir parasite » ?

En somme, une société qui en est arrivé aujourd’hui à jeter les bébés à la poubelle, est-elle viable ?

Le rempart de la religion s’étant lui-même effrité, face à la violence que le corps social a subi, a fait que ce que toute société reprouve, se fait désormais dans la pénombre…

Si les bébés dans un pays musulman sont jetés à la poubelle, c’est parce que tout ce qui servait de socle solide et maintenant la société, ses croyances et ses valeurs, s’est effrité et il ne reste plus que le gémissement des êtres que l’on viole et l’étouffement des bébés au fond des poubelles… bébés de la misère, d’une société appauvrie, violentée jusque dans sa progéniture.

Alors, ce que cette société deviendra, nul ne le sait plus.

La compassion ne survit plus, là où l’on étouffe l’innocence.

Maudite gouvernance.

Pr ELY Mustapha

 

De l’obéissance au gouvernant : Quels oulémas pour quelle république? Par Pr ELY Mustapha

De l’obéissance au gouvernant : Quels oulémas pour quelle république? Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Selon Abou Sa’id El Khodry, le Prophète a dit : « Dieu n’a suscité aucun Prophète ni institué aucun calife sans leur adjoindre deux catégories de confidents. Les uns qui l’exhortent à faire le bien et le poussent à le faire, les autres qui l’exhortent à faire le mal et le poussent à le faire. N’est protégé que celui que Dieu protège. »

Et il ne fait pas de doute que la religion musulmane est aujourd’hui malmenée par ceux-là même qui sont sensés la servir au mieux des intérêts des croyants.

Mais est-ce là un phénomène nouveau? Certes non. Je me rappelle, dans ma tendre jeunesse, de ces féticheurs qui, psalmodiant mille et un versets, se présentaient pour vendre leurs talismans et qui refusaient d’en recevoir, en contrepartie, un prix modique; mais voulaient se faire payer au prix fort en invoquant le verset:

اشْتَرَوْا بِآيَاتِ اللَّهِ ثَمَنًا قَلِيلًا فَصَدُّوا عَنْ سَبِيلِهِ ۚ إِنَّهُمْ سَاءَ مَا كَانُوا يَعْمَلُون


“Ils troquent à vil prix les versets d'Allah (le Coran) et obstruent Son chemin. Ce qu'ils font est très mauvais!”

Alors que ce verset, dans toutes les interprétations depuis El Tabari à El Jellaleyn, en passant par El Kortobi et Ibn Koutheir qui, tout en le plaçant dans le contexte historique, met en garde les croyants contre l’abandon de la parole de Dieu pour suivre leurs désirs et leur convoitises.

On retrouve, aussi cette référence divine de la parole de Dieu au “vil prix” dans les sourates “El baghara”, “Alli Omrane”", “El ma’idah”. Ces versets ne s’adressaient donc nullement ni au troc des talismans ni à leur valeur financière.

Mais si ces versets détournés de leur sens réel couvraient une simple escroquerie vidant les poches de quelques incrédules, il reste que lorsqu’un tel comportement est porté à l’échelle de l’Etat il devient un crime; surtout quand il vise à soumettre tout un peuple au dictat d’une personne en utilisant la religion et ses saintes prescriptions. Parmi ces attitudes dangereuses, l’invocation de l’obéissance au détenteur du pouvoir.

يا أيها الذين آمنوا أطيعوا الله وأطيعوا الرسول وأولي الأمر منكم فإن تنازعتم في شيء فردوه إلى الله والرسول إن كنتم تؤمنون بالله واليوم الآخر ذلك خير وأحسن


“ Ô croyants ! Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d'entre vous qui détiennent le pouvoir . En cas de litige entre vous, référez-vous-en à Dieu et au Prophète, si votre croyance en Dieu et au Jugement dernier est sincère. C'est là la démarche la plus sage et la meilleure voie à choisir.” (Sourate Ennisaa verset 4.59)

Tout en regroupant, pour plus de clarté , sous ce terme de “jurisconsultes”, les autorités religieuses ayant une influence ou un lien direct avec la communauté musulmane (Oulémas, imams, juristes etc), nous remarquons que l’utilisation d’un tel verset avait, dans les temps immémoriaux, permis aux jurisconsultes musulmans d’assujettir la volonté des musulmans au pouvoir du plus fort.

L’attitude des jurisconsultes s’expliquait aussi par le fait qu’à la fin de l’âge d’or des califes rachidines, compagnons du prophètes, le califat arrivait toujours par voie de conquête, de soumission et de coercition s’imposant et se perpétuant par voie héréditaire et dictatoriale et parfois sanguinaire.

Aussi la soumission au plus fort dans les périodes de conquêtes et de razzias s’expliquait bien par le recours aux armes pour soumettre les peuples.

C’est toujours sur cette lancée que des jurisconsultes musulmans d’aujourd’hui continuent à perpétuer un telle tradition et l’appuient sur le verset précédent mais aussi sur les préceptes malékites de l’obéissance au gouvernant tel que cela ressort des prescriptions de l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "

La crainte de la zizanie et de l’insécurité qui pouvaient résulter d’une période sans gouvernant a donc toujours expliqué la justification de la soumission bon gré mal gré au gouvernant, fut-il injuste.

Si cependant on peut comprendre l’intérêt historique d’une telle attitude des jurisconsultes musulmans dans un monde de guerres de conquête et de convoitises du pouvoir entre califes, factions et étendards divers, il est difficile aujourd’hui de comprendre la dimension de la difficulté lorsqu’il s’agit de concilier les préceptes malékites de gouvernance dans un pays musulman malékite mais gouverné par un Etat régi par une constitution moderne se proclamant régime démocratique ( la démocratie étant “le gouvernement du peuple par lui-même”), il y a alors une contradiction qui jette à terre toute volonté d’évolution des institutions républicaines en Mauritanie.

Si l’appel religieux à l’obligation d’obéissance au gouvernant fait l’objet d’un tel assentiment c’est qu’il est véhiculé par ceux qui sont en charge de dire “la religion”, les oulémas. Aussi des questions essentielles se posent:

Quelle place occupent les oulémas dans la société musulmane pour entrainer un tel assujettissement? (I)

Cette place est-elle réellement due par les oulémas d’aujourd’hui et n’ y a t-il pas une nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et “Alem”(savant)tels qu’ils devraient y ressortir de la sainte écriture? (II)

L’obligation d’obéissance au gouvernant, prescrite par la religion et véhiculée par ces oulémas, est présentée comme un dogme, mais n’est-elle pas soumise à des conditions préalables qui dictent son application? (III)

Dans un régime mauritanien constitutionnel, soumis au droit positif, la mise en œuvre d’une telle obligation religieuse n’est-elle pas contradictoire avec le caractère non théocratique et démocratique de l’Etat? (IV)

Enfin, une génération d’oulémas s’est mise, aujourd’hui, à interférer avec les régimes politiques en place (“oulémas du pouvoir”). Qu’est-ce qui les détermine? Restent-ils vraiment dans les limites que doit dicter leur statut religieux dans la société et dans l’Etat? ( V )

Autant de questions auxquelles nous consacrerons les développements qui suivent.

I- Le statut des oulémas dans la religion musulmane et dans la société mauritanienne La tradition est claire à ce niveau, les oulémas se répartissent en fonction de leur discipline. Globalement on distingue les érudits dans la science coranique et de la Sunna (Hadiths) et les érudits de la doctrine et de la jurisprudence. Comme le mentionne les jurisconsultes:

والعلم علمان : علم التوحيد والصفات وعلم الفقه والشرائع .

فالأصل في علم التوحيد التمسك بالكتاب والسنة ومجانبة الهوى والبدعة كما كان عليه الصحابة والتابعون والسلف الصالحون - رضوان الله عليهم أجمعين - الذين أخفاهم التراب


. Il ne fait pas de doute que la place que confère l’Islam aux oulémas dans l’orientation et l’assujettissement du musulman à leurs avis et directives est extrêmement importante. Les jurisconsultes bénéficient d’un statut à part dans l’Islam , il sont assimilés dans la conscience populaire à ceux “qui autorisent et qui interdisent” (أهل الحلِّ و الربط) et Dieu leur a réservé une place particulière dans la direction, le conseil et le règlement des différends dans la communauté musulmane.

Mais l’examen du Saint Coran montre que non seulement ils ont cette mission temporelle et terrestre de servir la communauté musulmane, mais ils revêtent aussi auprès de Dieu une importance toute particulière.

قال الله - عز وجل - : ( ومن يؤت الحكمة فقد أوتي خيرا كثيرا ) ، قال ابن عباس رضي الله تعالى عنه الحكمة معرفة الأحكام من الحلال والحرام وقد ندب الله - تعالى - إلى ذلك بقوله - تعالى - : ( فلولا نفر من كل فرقة منهم طائفة ليتفقهوا في الدين ولينذروا قومهم إذا رجعوا إليهم لعلهم يحذرون ) فقد جعل ولاية الإنذار والدعوة للفقهاء ، وهذه درجة الأنبياء ، تركوها ميراثا للعلماء ، كما قال عليه الصلاة والسلام : « العلماء ورثة الأنبياء » ، وبعد انقطاع النبوة هذه الدرجة أعلى النهاية في القوة ، وهو معنى قول النبي عليه الصلاة والسلام : « من يرد الله به خيرا يفقهه » وقال عليه الصلاة والسلام : « خياركم في الجاهلية خياركم في الإسلام إذا فقهوا » ولهذا اشتغل به أعلام الصحابة

وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ


“Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.” Et cette crainte que les savants ont de Dieu, les a placés au dessus des autres croyants.

Et cette situation s’explique par la connaissance que ces savants ont acquise des saintes écritures, de leur appréhension de la toute puissance de Dieu et de leur capacité à comprendre les paroles de Dieu, de les transmettre et de les appliquer au commun des mortels. En autorisant ce qui Dieu autorise et en interdisant ce qu’il interdit.

C’est ce que Ibn Koutheir à l’occasion de son interprétation de ce passage confirme et illustre par l’affirmation de jurisconsultes.

قَالَ عَلِيّ بْن أَبِي طَلْحَة عَنْ اِبْن عَبَّاس فِي قَوْله تَعَالَى : " إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء " قَالَ الَّذِينَ يَعْلَمُونَ أَنَّ اللَّه عَلَى كُلّ شَيْء قَدِير " . وَقَالَ اِبْن لَهِيعَة عَنْ اِبْن أَبِي عَمْرَة عَنْ عِكْرِمَة عَنْ اِبْن عَبَّاس قَالَ : الْعَالِم بِالرَّحْمَنِ مِنْ عِبَاده مَنْ لَمْ يُشْرِك شَيْئًا وَأَحَلَّ حَلَاله وَحَرَّمَ حَرَامه وَحَفِظَ وَصِيَّته وَأَيْقَنَ أَنَّهُ مُلَاقِيه ووَمُحَاسَب بِعَمَلِهِ وَقَالَ سَعِيد بْن جُبَيْر الْخَشْيَة هِيَ الَّتِي تَحُول بَيْنك وَبَيْن مَعْصِيَة اللَّه عَزَّ وَجَلَّ وَقَالَ الْحَسَن الْبَصْرِيّ الْعَالِم مَنْ خَشِيَ الرَّحْمَن بِالْغَيْبِ وَرَغِبَ فِيمَا رَغَّبَ اللَّه فِيههِ وَزَهِدَ فِيمَا سَخَّطَ اللَّه فِيهِ ثُمَّ تَلَا الْحَسَن "


Et au dessus de tout, Allah n’a-t-il pas dit:

{ Dis : «Sont-ils égaux ceux qui savent et les ignorants ? les hommes doués d'intelligence sont les seuls qui réfléchissent. } [ Sourate 39 - Les groupes - Az-Zumar - Verset 9 ]

La place et la reconnaissance faites aux oulémas dans l’Islam est telle que Abou Houreira rapporte que l'Envoyé d'Allah a dit : « Les savants sont les héritiers des Prophètes.» (mentionné par Mouslim) et il a même donné une appréciation imagée de ce qui sépare le savant de l’ignorant. En effet , Abou Houreira - - rapporte du Messager d'Allah ces propos : « Cent degrés séparent la position du savant de celle du dévot. Entre chaque degré, il y a la distance que couvre un cheval au galop au cours de soixante-dix années. » (mentionné par Tirmidhi et Abou Daoud.)

Le Messager d'Allah, Mohammed dit: «Les Anges étendent leurs ailes sur celui qui recherche le savoir et sont satisfaits de son oeuvre ». (Rapporté par An-Nessa'i et Tirmidhi )

Et selon Abou Darda' : j'ai entendu le Messager d'Allah dire : «Les Savants sont les héritiers des Prophètes. Les Prophètes ne lèguent aucun dinar ni dirhem, par contre, ils lèguent la science. Celui qui s'emparera d'elle (la science), se pourvoira d'un privilège grandissant. » (Rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Madja et AI-Béihaqi )

Abou Houreira dit, j'ai entendu le Messager d'Allah : « Dans le cas où quelqu'un vienne à vous, dans le but d'étudier, traitez-le avec déférence et estime, car c'est mon convive.» (Rapporté par Mouslim et AI-Boukhari)

Dans le testament de Loqman - que la paix soit sur lui -, il dit à son fils «Fils, fréquente les savants et rivalise avec eux de toute ton énergie. Allah vivifie les coeurs avec la lumière de la sagesse comme il vivifie la terre avec la pluie qui tombe du ciel »

Ali Ben Abi Talib dit un jour à Koumil : "Koumil, le savoir est de loin préférable à l'argent. Car, le savoir veille sur toi, mais par contre, tu veilles sur l'argent. Le savoir est un maître. L'argent est condamné, puisqu'il diminue à la dépense et le savoir augmente lorsqu'il est partagé." Il dit également : "L'orphelin n'est pas celui qui a perdu ses parents. Non L'authentique orphelin est celui qui ne possède ni savoir, ni éthique."

Abdallah ibn Abbas rapporte ces propos "On a donné à choisir à Salomon d'entre le savoir, l'argent ou la royauté. Il choisit le savoir. Et l'argent et la royauté lui furent donnés avec le savoir"

Zoubir ben Abi Bakr raconte : "Lors de mon séjour en Irak, j'ai reçu une lettre de mon père me disant : «O mon fils ! Acquiers le savoir Si tu t'appauvris, il sera pour toi un trésor et si tu t'enrichis, il te sera une beauté. »"

II - De la nécessité de revoir les concepts de “ilm” (savoir) et de “Alem” (savant).

Si l’on examine la sourate dans laquelle le verset “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء a été tiré, on remarque qu’avant de faire cette assertion, Dieu a commencé par citer les miracles de la nature qu’il a faite ( l’eau nourricière venue du ciel, les fruits multicolores qui en naissent.

Les montagnes, leurs sillons blancs et rouges, de couleurs différentes et des roches à la noirceur excessive; les hommes, les animaux, les bestiaux aux couleurs différentes…). Puis Dieu cite alors les savants qui sont ces serviteurs qui sont les seuls à le craindre.

أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ أَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجْنَا بِهِ ثَمَرَاتٍ مُخْتَلِفًفًا أَلْوَانُهَا وَمِنَ الْجِبَالِ جُدَدٌ بِيضٌ وَحُمْرٌ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهَا وَغَرَابِيبُ سُودٌ


N'as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l'eau? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires.

وَمِنَ النَّاسِ وَالدَّوَابِّ وَالْأَنْعَامِ مُخْتَلِفٌ أَلْوَانُهُ كَذَلِكَ إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَزِيزٌ غَفُورٌ


Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur.” La question que chaque être rationnel devrait se poser est alors: Pourquoi Dieu fait-il cette assertion sur les savants en parlant auparavant, et juste avant, des sciences humaines et de la nature ?

En effet, si l’on examine avec attention ce passage, l’on retrouve dans ce verset la référence aux sciences suivantes: météorologie, hydrologie, géologie, botanique, agronomie, minéralogie, anthropologie, ethnologie, sociologie, botanique, zoologie …

Cela, à notre avis, ne peut signifier qu’une chose: les savants dont parle Dieu, ne sont pas les doctes de la religion mais bien les “scientifiques” au sens que nous leur connaissons aujourd'hui. A savoir les personnes qui se consacrent à l’étude d’une science, ou des sciences avec la rigueur et les méthodes scientifiques (Wikipédia)

Les “oulémas” seraient donc “les hommes de science”, ceux qui détiendraient un savoir scientifique (une science) leur permettant de scruter les miracles de Dieu sur terre (donc activité temporelle et non spirituelle) et qui sont capables d’en approcher la complexité, l’ingéniosité et l’incommensurabilité ce qui les renforce dans la conviction de l’existence de l’éternel et de sa puissance, ce qui justement les renforce dans sa crainte et sa soumission à lui.

Ce sont ces savants-là dont Dieu parle. Ceux qui, par le savoir et l’intelligence humaine, découvrent les miracles et s’agenouillent devant la puissance de Dieu.

Les doctes religieux invoquent les miracles de Dieu comme des faits avérés et immuables, les savants (scientifiques) les expérimentent et appréhendent chaque jour leur infinité, leur complexité et leur vérité.

Une telle connaissance dont ils saisissent les limites les met en perpétuelle situation de crainte et de révérence à Dieu. Dieu les ayant avertis de l’infime connaissance qu’il leur a permis de posséder!

وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُمْ مِنَ الْعِلْمِ إِلَّا قَلِيلًا


“Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis: "L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance. “ Sourate El israa.” n.15)

قُلْ لَا يَعْلَمُ مَنْ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّهُ وَمَا يَشْعُرُونَ أَيَّانَ يُبْعَثُونَ (سورة النمل الاية رقم 65


Dis: "Nul de ceux qui sont dans les cieux et sur la terre ne connait l'Inconnaissable, à part Allah". Et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités! “

Ainsi les véritables contemplateurs des miracles de Dieu sont les scientifiques. De l’infiniment petit (atome) à l’infiniment grand (galaxies), les scientifiques sont en connexion avec les merveilles divines. Ils découvrent chaque jour la fatuité de l’humain et le l’insignifiance de ses jours. La foi du savant (scientifique) est alors infinie et c’est en cela que Dieu a bien dit que “Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah”. Et pour cause.

C’est de cet homme de science là, dont le prophète Mohamed a parlé . En effet, en exhortant le musulman à aller “chercher la science même en chine” ("اطلبوا العلم ولو بالصين، فإن طلب العلم فريضة على كل مسلم) !

Et ce n’est certainement pas en Chine qu’il fallait à l’époque rechercher les préceptes islamiques, mais bien le savoir scientifique et la découverte du savoir du monde. Il est donc éminemment important de revoir cette conception du “savant” telle qu’elle a été ramenée aux doctes religieux (oulémas, jurisconsultes) pour lui faire prendre sa véritable dimension: l’homme de science.

Cette conception nous semble la plus plausible. Les savants ne peuvent être que les scientifiques ceux dont la définition a été donnée plus haut.

Mais Dieu en parlant de savant selon notre conception, a-t-il exclu les “oulémas” (doctes religieux) de ce champ?

Oui et non.

Oui, s’il s’agit des oulémas qui depuis la fermeture des portes de l’ijtihad se sont réduits en glossateurs et post-glossateurs de ceux qui les ont précédés en réduisant la “Bidaa” (innovation), au sens de Malek ibn Enes, à une proportion si infime qu’elle en est devenue une hérésie.

Ces oulémas là, peu ouverts sur les réalités de ce monde, réduisent leur savoir à l’exégèse du livre saint et à la répétition des précédents (au sens doctrinal et jurisprudentiel du terme).

Non, cependant Dieu n’a pas exclu les oulémas; en tout cas pas ceux qui ont été les références dans le monde islamique d’antan et dont peu d’oulémas d’aujourd’hui peuvent leur être assimilés. Ce sont les oulémas islamiques des premiers temps. Ces oulémas étaient non seulement des docteurs de la religion mais ils étaient des scientifiques (médecins, mathématiciens, botanistes, logicien, pharmaciens, philosophes, anthropologues etc.).

Il suffit de dresser la liste des savants musulmans pour constater que les érudits étaient versés dans plusieurs disciplines scientifiques et ne s’enfermaient pas dans l’étude des textes religieux. L’ouléma d’aujourd’hui est un pur produit des mahadras et autres écoles religieuses qui ne lui donnent d’horizon que les programmes liés à sa discipline. Aucune place n’est laissée aux sciences humaines et encore moins aux sciences exactes.

Il est enfermé dans la connaissance des sources principales de la religion, le Coran et la Sunna, les méthodes d’interprétation et de divulgation ainsi que la doctrine et la jurisprudence qui lui sont attachées. Ni la philosophie, mère des sciences, dans toute sa dimension universelle (sans exclusion de courants de pensées), ni l’histoire de la pensée, des idées , des faits politiques, sociaux économiques ne sont intégrées dans les cursus des institutions de formation religieuse.

Or la conviction religieuse et la solide détention d’un savoir, passent par la connaissance de l’homme et de son œuvre sur terre, car c’est à travers l’homme, représentant de Dieu sur terre, que l’on connait Dieu.

On n’enseigne ni la Bible, ni la Torah, qui pourtant font font partie des religions de Ehl el kitab, sur lesquels Dieu et son prophète Mohamed , se sont prononcés.

Comment connaitre sa religion si on ne connait pas celle des autres ou tout au moins en savoir l’essentiel ? L’affirmation de sa propre religion, et la conviction qu’on a en elle, est d’autant plus fort que l’on n’ignore pas celle des autres. Et d’ailleurs dans le prêche face aux publics incrédules, la valeur scientifique de la rhétorique comparative de sa religion par rapport à celle des autres est payante pour l’adhésion des esprits.

L’ouléma d’aujourd’hui contrairement aux oulémas d’autrefois, n’intègre pas la science à son savoir, il se suffit du dogme religieux et n’élargit pas ses horizons par l’intégration de la connaissance universelle telle qu’elle fut recommandée par les précurseurs de la pensée islamique et ses fondateurs.

Ainsi le premier magistrat de l’Islam et le commandeur des croyants, le Calife Omar Ibn El khattab, recommandait d’apprendre la généalogie, la poésie, l’astronomie et la science des étoiles vantant le mérite de ces savoirs dans la connaissance de soi, de son éducation, de son orientation sur terre et sur les mers.

Ali Ben Abi Talib a dit: « Si vous interrogez le Coran, il ne vous répondra pas. Mais, je vais vous renseigner sur lui : il contient la science de l'avenir et les chroniques du passé. Il est la thérapeutique de vos maux et l'institution qui vous unit.» Il disait également : « Le savant est mieux que le jeuneur, que l'homme qui prie et que le combattant dans la voie d'Allah. Lorsqu'un savant vient à mourir, une brèche se crée en Islam que ne peut colmater qu'un autre savant qui lui succèdera.»

Il faudrait cependant que les savants (“ouléma”), ne se réduisent plus dans leur définition et dans leur conception aux promotions des cursus arides d’institutions religieuses, coupées de la science et du savoir et déversés dans les rangs d’une société mauritanienne malléable et dans les rouages d’un Etat qui cherche ses marques et sur lequel l’influence de la pensée fermée est pire que les tsunamis.

III- le contenu et le contexte d’un tel verset: l’obéissance au gouvernant n’est pas une obéissance aveugle

Il n’ y a pas plus dangereux pour la pensée et la compréhension d’une idée que celle qui est sortie de son contexte. En matière religieuse, on peut faire dire à un verset ce qu’il n’aurait pas dit s’il sort de son contexte.

C’est justement dans cette situation que la référence religieuse à “l’obéissance au gouvernant” a été utilisée pour accommoder mille et une intentions , dont celle très politique (et peu louable) de maintenir l’humain dans sa condition et le citoyen dans son immobilisme, mais aussi dans une intention très louable (mais qui n’a plus qu’une valeur historique) d’empêcher la zizanie et les troubles dans des sociétés musulmanes anciennes guerrières et soumises à des seigneurs de la guerres(du temps des Califes et des crises fratricides).

Si cette seconde utilisation de l’obligation d’obéissance (“obéir coute-que-coute" au gouvernant) se retrouve de façon non équivoque chez l’Imam Malek ibn Enes (pour des raisons de stabilité et de paix sociale historiques), elle ne se justifie plus dans le contexte de l’Etat moderne, constitutionnel, dont les dirigeants sont élus démocratiquement et qui assure par des moyens modernes sa propre sécurité démocratique tout en obéissant au droit national et international et sous le contrôle de citoyens libres et égaux en droit.

C’est pourquoi, il n’est pas faux de dire que dans la religion musulmane et particulièrement dans le courant malékite, l’obéissance au gouvernant est fortement prescrite (1) toutefois cette obéissance reste soumise à des conditions certaines pour être acceptée (2). Ce qui réduit son champ coercitif de la liberté des gens et d’affirmation de l’omnipotence des gouvernants; et n’en fait plus un dogme, comme certains zélateurs voudraient qu’il soit.

1. l’islam impose la soumission au gouvernant: l’ordre contre la zizanie

Nous avions cité plus haut le verset: “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ et la place dans laquelle Dieu met les savants. Cependant cette place que les savants ont auprès de Dieu , ils ne peuvent pas seulement la devoir au seul fait de leur érudition dans la matière religieuse (Coran et Sunna) mais comme l’explique Ibn Messaoud : “La science , ce n’est pas beaucoup parler de science mais davantage craindre Dieu”.

la science dira Ibn Wahb,rapporté par Ahmed Ben Salah el Masri: “La science , ce n’est pas la prolifération dans la connaissance approfondie des faits et évènements (religieux), mais la science est une lumière que Dieu met dans le cœur”.

إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء إِنَّ اللَّه عَزِيز غَفُور " وَعَنْ اِبْن مَسْعُود رَضِيَ اللَّه عَنْهُ أَنَّهُ قَالَ : لَيْسَ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْحَدِيث وَلَكِنَّ الْعِلْم عَنْ كَثْرَة الْخَشْيَة . وَقَالَ أَحْمَد بْن صَالِح الْمِصْرِيّ عَنْ اِبْن وَهْب عَنْ مَالِك قَالَ : إِنَّ الْعِلْم لَيْسَ بِكَثْرَةِ الرِّوَايَة وَإِنَّمَا الْعِلْم نُور يَجْعَلهُ اللَّه فِي الْقَلْب .


Ces érudits à travers les interprétations d’ Ibn Kuthair ramènent ce verset à sa juste dimension humaine. On ne devient donc pas savant, ouléma et jurisconsulte par la somme de connaissance accumulée mais par la lumière que Dieu a placée dans le cœur de celui qui est sensé la détenir.

En somme, le savant est non seulement respectable par ce qu’il détient comme savoir mais aussi et surtout par la façon dont il utilise ce savoir (dans le sens du bien de la communauté) et par son comportement personne (image qu’il renvoie au commun des mortels).

le Prophète – Paix et Salut pour lui – a dit :

« Celui qui est commandé par un gouvernant, puis le voit commettre un quelconque péché, qu’il désapprouve ce péché sans qu’il ne retire sa main de son obéissance. »[1] « Celui qui cesse d’obéir au gouvernant, se met à l’écart de la communauté, puis meurt, mourra comme dans l’époque pré-islamique ‘‘Jahiliya’’. »[2]

« Toute personne doit écouter et obéir dans les choses qu’elle aime et celles qu’elle déteste, sauf s’il lui est ordonné le péché, dans ce cas pas d’écoute, ni d’obéissance. »[3] Lorsque le Prophète – Paix et Salut pour lui – annonça qu’il y aurait des gouvernants qui feront de bonnes choses mais aussi d’autres réprouvables, un compagnon questionna : Que nous ordonnes-tu ? Le Prophète – Paix et Salut pour lui – répondit : « Acquittez–vous de votre devoir et demandez vos droits à Allah. »[4]

°Ubâdat ibn El Sâmit a dit : « Le Prophète nous a fait prêter serment d’écouter et d’obéir dans ce que nous aimons et détestons, ce qui nous est facile et difficile, et de ne pas contester le pouvoir à ceux qui le détiennent. » Puis il dit : « Sauf si vous voyez un acte d’incroyance clair et évident dans lequel vous avez une preuve de la part d’Allah. »[5]

2. L’obéissance au gouvernant est soumise à condition: “l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.” La portée du verset prônant l’obligation d’obéissance est, elle-même, liée à d’autres versets qui la fondent et l’explicitent et ne peuvent justifier l’invocation dogmatique qui en est faite.

L’approche la plus simple du musulman, que nous sommes, c’est de croire en notre capacité et en notre force de réfléchir sur les problèmes qui nous concernent. Les oulémas ne sont pas des êtres infaillibles, seuls les prophètes le sont. Les oulémas ne sont pas des intercesseurs des hommes devant Dieu.

Ce sont des dépositaires d’un savoir acquis qu’ils ont pour mission d’enrichir et de divulguer aux fins de la bonne parole et de la paix des âmes et des cœurs des croyants. Les oulémas peuvent se tromper et parfois lourdement comme le commun des mortels et c’est en cela qu’il peuvent devenir extrêmement dangereux du fait que leur statut religieux et la place qu’ils occupent auprès des croyants et notamment ceux qui sont leurs disciples.

Dans la société mauritanienne, croyante par excellence, ceci est d’autant plus grave que El alem (singulier de Ouléma) occupe une place telle que le Mauritanien croyant lui fait souvent, parfois par intérêt parfois par piété, une confiance quasi-aveugle.

C’est notamment ce que traduit l’adage fort bien utilisé dans la société mauritanienne: Laisse à El almen la responsabilité de ce qu’il dit et ne t’oppose pas (“Houtha alla eddhar allem wa mougrha salem”). Une forme de fuite en avant qui explique cette facilité de se soumettre au premier venu.

قال البخاري: حدثنا عمر بن حفص بن غياث، حدثنا أبي، حدثنا الأعمش، حدثنا سعد بن عبيدة، عن أبي عبد الرحمن، عن علي - رضي الله عنه - قال: بعث النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - سرية وأمّر عليهم رجلاً من الأنصار، وأمرهم أن يطيعوه، فغضب وقال: أليس قد أمر النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أن تطيعوني؟ قالوا: بلى، قال: قد عزمت عليكم لما جمعتم حطبا وأوقدتم نارا ثم دخلتم فيها. فجمعوا حطبا فأوقدوا نارا، فلما همّوا بالدخول فقاموا ينظر بعضهم إلى بعض فقال بعضهم: إنما تبعنا النبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فراراً من النار أفندخلها؟ فبينما هم كذلك إذ خمدت النار وسكن غضبه، فذكر للنبي - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فقال: "لو دخلوها ما خرجو منها أبداً، إنما الطاعة في المعروف".


El boukhari rapporte que le Prophète Mohamed , avait nommé à la tête d’un groupe de combattants, un homme parmi ceux qui l’avaient supporté, ses partisans (El Ansar). Ce dernier leur dit: “Notre prophète Mohamed ne vous-à-t-il pas ordonné de m’obeir”, ils répondèrent : “oui”, alors il leur ordonna de rapporter une quantité de bois et d’allumer un brasier.

Quand cela fut fait, il leur ordonna de se jeter dans le brasier. Les combattants allaient s’exécuter mais se regardèrent les uns et les autres et dirent: “Nous avons suivi le prophete pour échapper au feu (enfer) et tu veux nous y faire entrer?”.

Après que le brasier se fut éteint et que la colère de leur commandant s’en soit allée, le prophète Mohamed l’apprit et dit: “ S’ils étaient entrés dans ce feu (l’enfer), ils n’en sortiront plus jamais car l’obéissance n’est obéissance qu’au juste.”

وفي الحديث الصحيح المتفق على صحته عن أبي هريرة عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه قال " من أطاعني فقد أطاع الله ومن عصاني فقد عصا الله ومن أطاع أميري فقد أطاعني ومن عصا أميري فقد عصاني " فهذه أوامر بطاعة العلماء والأمراء ولهذا قال تعالى " أطيعوا الله " أي اتبعوا كتابه وأطيعوا الرسول أي خذوا بسنته وأولي الأمر منكم أي فيما أمروكم به من طاعة الله لا في معصية الله فإنه لا طاعة لمخلوق في معصية الله كما تقدم في الحديث الصحيح " إنما الطاعة في المعروف "


On comprend donc, comme l’a dit notre prophète Mohamed dans cette admirable parabole universelle: "l’obéissance n’est obéissance qu’au juste”

C’est la condition fondamentale de tout devoir d’obéissance. Il serait donc erroné et aller dans une mauvaise interprétation que de vouloir, au nom du précepte religieux de gouvernance, soumettre le musulman au gouvernant qui ne respecte pas l’homme dans sa vie, dans sa dignité, dans son honneur et dans les droits inaliénables qui sont attachés à sa vie et à sa condition humaine.

IV- L’Etat mauritanien n’est pas un Etat théocratique.

La difficulté souvent exploitée par ceux qui se déclarent des oulémas, c’est la complexité de la matière dans laquelle ils opèrent mais aussi son caractère sacré. Chacun y va de son interprétation et chacun y met une dose de sa personne à telle enseigne d’ailleurs, qu’une tradition fort malencontreuse s’est installée dans notre pays où il y a une confusion réelle entre la personne des oulèmas et ce qu’ils disent.

Il suffit que tel ait dit ceci pour que cela coule de source. Or il est impératif de le dire, l’Etat mauritanien n’est pas une congrégation d’oulémas et sa constitution ne lui a pas conféré un régime théocratique.

Le malékisme, dans la soumission sine qua non qu’il impose au gouvernants, serait-il contradictoire avec la démocratie? Qu’en est-il aujourd’hui du rôle que doivent jouer les imams, oulémas et hommes de Dieu dans un Etat mauritanien, non théocratique, soumis à une constitution libérale et des institutions démocratiques ?

Est-il aujourd’hui possible de soutenir l’assertion de l’imam Malek ibn Enes: " Il est préférable de supporter un roi injuste pendant soixante-dix ans plutôt que de laisser un peuple sans chef, ne serait-ce que le temps d'une heure. "?

Tout en sachant que nos présidents ne s’absentent pas seulement pour une heure, mais qu’ils sont toujours absents au propre et au figuré, allons-nous souffrir qu’un président ( a fortiori même juste) règne pendant soixante dix ans alors que son mandat ne vaut que pour cinq ans? Certes, non.

L’imam Malek ibn Enes fils de son temps et de ses luttes fratricides au sommet du Califat était bien en droit de le dire. Lui-même en avait subit physiquement les conséquences. Malek ibn Enes “était partisan de Ali ben Abi Talib -, d'où son opinion politique Alide.

Lorsque Mohammed ibn Abd Allah surnommé "l'âme pure" se révolta à Médine en 145 contre le Calife Al Mansour, ses partisans allèrent trouver Malek et lui demandèrent ce que valait le serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Al-Mansour. Il répondit, qu'il était nul, comme ayant été arraché par la force. Ils le prièrent de prêter serment lui-même au prétendant, il s'y refusa.

Mes'oudi raconte quand la révolte fut matée, il fut mis à la torture et sévèrement flagellé, on lui a même brisé les deux bras. Lorsqu'en 145, Mohammed s'empara de Médine par un coup de main, Malek déclara dans une fetwa que le serment prêté à AI Mansour ne pouvait obliger en conscience parce qu'il avait été extorqué par la force. A la suite de quoi un grand nombre d'habitants qui seraient demeurés sur la réserve se déclarèrent pour Mohammed.

Malek ne prit pas de parti active au soulèvement. Malgré cela en 147, après l'échec du mouvement, il fut emprisonné et puni de fustigation par Dja'far ibn Souleïman, gouverneur de Médine. Il lui en resta une dévitatino de l'épaule et une fracture des deux bras. Les mauvais traitements en prison dont parle Abou Hanifa sont calqués sur cet épisode de la vie de Malek “ 1

C’est autant dire que Malek ibn Enes avait forgé les préceptes de son temps en les appuyant sur les prescriptions religieuses. Et ont le sait, sociologiquement les prescriptions religieuses ne sont que des sources d’obligations qui s’imposent avec plus ou moins de rigueur en fonction du temps, de l’époque et des conditions politiques, économique et sociales d’une société donnée à un moment donné de son histoire.

L’exemple du premier des magistrats Omar ibn El khatab (duquel le prophète Mohamed disait: “Dans ma communauté, il y a des gens inspirés. Par Dieu, 'Omar est l'un d'entre eux !”), est élogieux à cet égard.

Omar ibn El khatab qui durant les temps de disette et de famine renonçait à appliquer pour les voleurs la peine dans toute sa rigueur. Il savait que le droit, dût-il être d’inspiration religieuse, devait épouser les exigences du temps.

Le commandeur des croyants , Omar ibn El Khatab, n’imposait jamais au musulman ce qu'il ne pouvait pas supporter. Et Malek ibn Enes en témoigne d’ailleurs lui-même: Malek ibn Enes a dit : « Alors que nous étions chez ‘Omar (Ibn El Khattab) , celui-ci dit : On nous a défendu de prescrire une chose au-dessus de nos moyens.».

C’est autant dire que l’on est loin de l’approche rigide que certains oulémas ont des préceptes religieux éludant par là même les principes de base de l’édiction de tout précepte à caractère obligatoire à savoir que la religion doit éviter la compléxité (الدين يسرٌ و ليس عسرٌ) et la coercition (لا إكراه في الدين).

En Mauritanie, l’amalgame se doit de ne pas être fait. Le Président de la république n’est pas un calife, il n’a aucune ascendance spirituelle sur le peuple; il ne tire sa légitimité d’aucune source religieuse. Son rôle, est de veiller “au respect de la constitution et des lois, à l’intérêt du peuple mauritanien, de sauvegarder son indépendance, la souveraineté du pays, l’unité de la patrie et l’intégrité du territoire national”.

Ces obligations, il les proclame par serment, non pas devant une assemblée “Choura” ou d’Oulémas mais devant le Conseil Constitutionnel, en présence des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat et des présidents de la Cour suprême et du Haut conseil Islamique.

Si la source déclarée du droit mauritanien est l’islam, il n’en demeure pas moins que l’on ne retrouve nulle part dans la Constitution la mention des oulémas ou même du livre saint. Tous les principes des droits et obligations rapportés par la Constitution sont repris des constitutions modernes et à certains égards la Constitution mauritanienne est la sœur jumelle de la constitution de la Vème république française.

Il est certain donc que le document suprême régissant les pouvoirs de l’Etat ne fait nullement de ce dernier un Etat théocratique. Au contraire la Constitution du 20 juillet 1991, telle que modifiée en 2006 (Article 2) déclare que: “ Le peuple est la source de tout pouvoir.

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants élus et par la voie de référendum.” Une souveraineté populaire, du peuple qui est la source du pouvoir, n’est-elle pas antinomique avec le précepte dogmatique de l’obéissance sine qua non au gouvernant ?

Peut-on cependant au nom d’un tel argumentaire rejeter une prescription religieuse qui fait l’unanimité chez les oulémas quant à son intégrité textuelle et à son obligation à l’égard du musulman?

Certes non. Mais ce précepte se doit d’obéir à des règles quant à son édiction.

En effet, s’il n’est pas adéquatement exposé , dans son contexte socio-historique, dans les conditions qui doivent accompagner cette obéissance (tel que nous l’avions fait plus haut) , ce précepte d’obéissance est une négation pure et simple de la Constitution mauritanienne. C’est la raison pour laquelle son invocation dans le cadre de l’Etat mauritanien par les oulémas vis-à-vis des croyants ne peut se faire que si les conditions suivantes sont remplies:

- Que le gouvernant soit juste

- Que le gouvernant soit légalement élu

- Que le gouvernant bénéficie d’une légitimité populaire certaine,

- Que le gouvernant ne soit pas un despote

- que le gouvernant agisse dans l’intérêt du peuple et de la nation.

Dans le cas contraire toute soumission et obéissance entérinent l’une des situations suivantes: La colonisation , la dictature, l’autoritarisme, le despotisme, l’autocratie, la tyrannie, l’absolutisme….

Et nulle part dans l’Islam un précepte n’impose au musulman de vivre dans la tyrannie. Au contraire, l’Islam invite à réagir face à l’injustice et la tyrannie.

le Prophète Mohamed a dit : « Celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible, qu’il la redresse de sa main ; s’il en est incapable, qu’il le fasse par le langage ; s’il est incapable, qu’il la réprouve dans son for intérieur et c’est là le stade le plus faible de la foi. » (Muslim (1/69), hadith n°49.)

‘Omar Ben ‘Abdelaziz avait lui-même posé les conditions de celui qui doit rendre justice: « Le Cadi (Juge) doit avoir cinq qualités : Si une de ces qualités lui manque, il n’est pas digne d’exercer ses fonctions.

Il doit être intelligent, posé, chaste, autoritaire, cultivé et assoiffé de science.” Dans l’Etat moderne, le premier garant de la Justice est le Premier magistrat de la république, à savoir le chef de l’Etat. Autant dire que si l’une des qualités lui manque” il n’est pas digne d’exercer ses fonctions et donc a fortiori lui obéir.

Sans pousser le raisonnement plus loin, on comprend aisément que nous avions peu de chef d’Etats dignes de nous gouverner, a fortiori de leur obéir. Et paradoxalement, les conditions posées par le Calife Omar prônent la désobéissance au gouvernant. A beaucoup de nos gouvernants.

V – Des oulémas et de leur infaillibilité: oulémas du pouvoir et oulémas de la dignité

On comprend donc que le précepte religieux d’obéissance au gouvernant en place que certains oulémas ont posé comme condition sine qua non pour le musulman, n’est pas absolu. Tout comme n’est pas absolu le raisonnement des oulémas. L’infaillibilité, comme on le sait, est l’apanage exclusif des prophètes. Or les oulémas, d’aujourd’hui, agissent comme tels.

Ceci nous pousse alors à nous poser la question sur le précepte de gouvernance: Pourquoi certains oulémas s’évertuent à interférer avec les régimes politiques en place, en servant les préceptes religieux de gouvernance au gré des circonstances et des détenteurs du pouvoir en place? L’amalgame, encore une fois, ne doit pas être fait entre le précepte religieux de gouvernance et le comportement des oulémas.

Si le précepte est obligatoire, le comportement des oulémas n’est pas infaillible. Si le précepte est immuable, l’intégrité des oulémas ne l’est pas forcément. C’est au musulman d’obéir au précepte religieux, mais en vérifiant qui l’édicte, quels ont ses déterminants, ses motivations et l’environnement socio-politique dans lequel il proclame ce précepte.

Notons bien ici que nous ne traitons ici que du précepte de gouvernance ( “obéir au premier commandeur d’entre-vous”) et non des préceptes religieux qui dictent les rapports entre le croyant et son Dieu (prière, jeûne, pèlerinage, zakat, aumône etc.) dans lesquels les oulémas sont les docteurs de la foi.

Pourquoi le musulman doit prêter attention au précepte religieux de gouvernance?

Parce contrairement aux autres préceptes de la foi, ce principe à haute charge politique peut être utilisé pour assujettir le musulman (comme du temps des califes), pour maintenir l’arbitraire des gouvernants et servir les intérêts d’une classe d’Oulémas dont les rapports d’intérêt avec le pouvoir sont étroits.

Ces oulémas que certains ont appelé à juste titre “oulémas du pouvoir” existent et prennent en charge la perpétuation d’un régime d’un ordre en se servant de la religion au détriment du citoyen.

“Oulémas du pouvoir” que l’on oppose aux “oulémas de la dignité”. Oulémas qui sont qualifiés ainsi suivant leur attitude à l’égard du pouvoir et leur compromission avec les gouvernants. Il en est ainsi notamment de celui qui a émis une fatwa légitimant la barrière entre l’Egypte et la bande de Gaza.

“La controverse, écrit Ennasri Nabil, qui secoue actuellement le monde arabe au sujet de la fatwa scélérate émise par le Cheikh d’Al Azhar légitimant, d’un point de vue islamique, la construction de la barrière métallique anti-tunnels entre l’Egypte et la bande de Gaza, révèle au grand jour le visage douteux de ces Oulémas du pouvoir qui, par leur compromission, jettent un trouble sur la catégorie des savants de la législation islamique (‘Oulémas As Shar’).

L’assujettissement de l’institution Al Azhar au Raïs égyptien et à sa politique machiavélique d’étranglement du peuple de Gaza pose en effet la question des relations, en islam, entre le détenteur de l’autorité politique et la catégorie des savants religieux, plus connus sous le vocable de ‘Oulémas. Pour saisir l’enjeu crucial qui tourne autour de cette relation, rappelons les faits.

Il y a quelques semaines, la presse israélienne révélait que les autorités égyptiennes s’apprêtaient à construire un mur d’acier souterrain s’enfonçant jusqu’à 30 mètres de profondeur, l’objectif avoué étant de contrer la “contrebande“ due à la présence de centaines de tunnels entre le territoire palestinien et son voisin égyptien.

Très vite, l’annonce de ce nouveau “Mur de la Honte“ allait déclencher une vive polémique et de nombreuses voix se sont élevées dans le monde arabe pour dénoncer cette ultime provocation émanant du gouvernement de Hosni Moubarak. Parmi celles-ci, on trouve le Cheikh Al Qardawi qui représente à l’heure actuelle l’Ouléma le plus connu et certainement le plus influent du monde musulman.

Ce dernier s’est fermement prononcé contre l’édification de cette barrière qui finira par étouffer complètement la bande de Gaza. Qualifiant ce projet de “crime“, celui qui est également le Président de l’Union Mondiale des Oulémas a dans le même temps considéré le mur égyptien comme étant “illégal au regard de la Loi islamique“.

Rejoint par de très nombreuses personnalités religieuses du monde musulman cette fatwa a provoqué l’ire des responsables égyptiens qui ont immédiatement répondu en passant commande auprès de leurs fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses d’une contre-fatwa légitimant l’opération égyptienne…” 7

C’est, donc, autant dire que tant que les oulémas du pouvoir existent, les fatwas du ventre continueront à induire le peuple en erreur.

En conclusion,

Il ne fait pas de doute que la république a besoin de ses oulémas, mais non pas pour interférer avec le politique mais s’occuper d’une spiritualité nationale affirmée jusque dans la Constitution mauritanienne.

L’indépendance des oulémas par rapport au pouvoir doit d’être affirmée et qu’ils soient protégés des incursions et influence des autorités politiques. Ces autorités qui n’hésitent pas à des fins de maintien au sommet de l’Etat à fonctionnaliser la religion et à fonctionnariser les docteurs de la foi.

Nous avons aussi besoin d’Oulémas imbus de leur temps et vivant les réalités de ce monde pour leur permettre de comprendre le sens de leur mission spirituelle. Il n’est pas de mission spirituelle qui se concevrait sans les impératifs de la situation temporelle de ceux qu’elle vise: les musulmans. Et les musulmans ont besoin aujourd’hui, et plus que jamais dans ce monde trouble de violence et d’intolérance, d’oulémas qui interagissent avec leur réalités.

Ces oulémas pourraient-ils y arriver s’ils restent dans une sphère religio-religieuse (tant dans leur formation que dans leur attitude) n’intégrant ni les savoirs nouveaux ni l’évolution des sciences humaines, sociales ou exactes?

Certes que non. Les oulémas d’autrefois, chercheurs, penseurs, intégrant la pensée scientifique à leur quête spirituelle étaient de vrais oulémas. Car par la science, et par ce que le savant découvre de merveilles qu’il est plus proche de Dieu. N’est-ce pas le sens et l’essence du verset coranique cité plus haut: “إِنَّمَا يَخْشَى اللَّه مِنْ عِبَاده الْعُلَمَاء “ Quant au précepte religieux de gouvernance, il est partie intégrante de la foi.

Faut-il cependant qu’il réponde aux conditions requises (voir plus haut), que celui qui l’édicte (Alem) ne fasse pas de doute sur ses intentions et que celui qui s’y soumet (le musulman) le fasse en connaissance de cause (à savoir que le gouvernant auquel il se soumet n’enfreint pas le interdictions de sa fonction).

Autrement, il n y a ni obligation, ni obéissance.

Car si les oulémas peuvent nous guider dans la spiritualité, ils ne sont en aucun (et ne peuvent être) des intercesseurs pour nous devant Dieu pour nos actes d’ici-bas. Faisons que parmi ces actes dont on devra rendre compte devant l’éternel, il n’ y ait jamais l’un des plus odieux d’entre-eux: une soumission volontaire à l’arbitraire et à l’injustice des gouvernants.

Et quelle que soit la congrégation des oulémas et leur voie religieuse, leur œuvre se doit toujours être imbue de la compassion envers le genre humain. C’est cette compassion qui aujourd’hui se perd dans l’attitude officielle et le raisonnement partisan de certains de nos oulémas. .

Quel que soit le “Alem”, son savoir n’atteindra jamais, face à Dieu, la mesure d’un atome et ne vaudra parmi les hommes que si son cœur est imbu de compassion comme l’a enseigné notre prophète Mohamed qui dans la Crise et de la Douleur qui le frappait, jusque dans sa sainte personne, recommandait la compassion.

L’épisode suivant fort douloureux et si tragique à faire exploser tout musulman en larmes et le jeter à terre de piété, ne saurait nous échapper. Non seulement, il interpelle ceux qui croient détenir “la science infuse” sur les réalités de la religion musulmane qui est une religion de compassion comme le fut son prophète , le dernier des prophètes et le premier d’entre-eux.

Ossama Ben Zeïd a dit : « Nous nous trouvions chez le Prophète quand un messager envoyé par une de ses filles vint le prier de se rendre au chevet de son fils qui était mourant. Le Prophète s’adressa a l’émissaire et lui dit : - Repars auprès de ma fille et informe-la, qu’à Dieu appartient ce qu’Il donne et ce qu’Il reprend, qu’Il a fixé un terme déterminé pour toute chose et invite-la à se soumettre et à espérer en Dieu.

Le messager repartit puis revint une nouvelle fois annoncer que la fille du Prophète suppliait son père de la rejoindre. Le Prophète se leva alors et partit chez sa fille en compagnie de Sa’d Ben ‘Obada et de Mo’ad Ben Djabal.

Une fois sur place, on lui tendit l’enfant qui exhalait un souffle ressemblant au bruit d’une vieille outre. Alors les yeux du Prophète se répandirent en larmes. Comme Sa’d lui disait : - Ô Envoyé de Dieu, qu’est-ce ceci ?

– C’est, répondit le Prophète, la marque de la compassion que Dieu a mis dans le cœur de l’homme et Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ses adorateurs compatissants. » Une religion de la compassion ne peut avoir que des oulémas dont la vertu première est la compassion.

Compassion pour ceux que Dieu a recommandé au musulman de protéger et de respecter (le pauvre, le diminué, l’handicapé, le meurtri, le violé, la veuve, l’orphelin, l’exploité, l’apatride, l’opprimé) et nul Alem ne pourra au nom d’un précepte de gouvernance sacrifier cette compassion, aux intérêts d’un gouvernant.

Selon Djarir Ben ‘Abdallah, l’Envoyé de Dieu, Mohamed a dit : « Dieu n’aura pas de compassion vis-à-vis de ceux qui ne l’auront pas pour leurs semblables. »

Et l’homme, à travers Adam, est le représentant de Dieu sur terre :

" (وإذ قال ربك للملائكة إني جاعل في الأرض خليفة‏(‏ البقرة‏:30)‏).

Les oulémas se doivent alors de mettre l’homme en général et l’homme musulman, en particulier, au centre de leurs préoccupations. C’est la voie vers Dieu. Elle est plus salutaire, ici-bas et dans l’au-delà, que la voie des palais où la compassion ne s’inscrit pas à l’ordre du jour. Pr ELY Mustapha

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[1] Ahmed (6/24,28), Muslim (1855) et d’autres, d’après un hadith de °Awf ibn Mâlik El Achja°î – qu’Allah l’agrée.

[2] Ahmed (2/296) et Muslim (1848), d’après un hadith d’Abû Hureyra – qu’Allah l’agrée. [3] Muslim (1839) et El Nassâï (7/160), d’après un hadith de °Abd Allah ibn °Umar – qu'Allah les agrée tous deux.

[4] Bukhârî (7052) et Muslim (1843), d’après un hadith d’Ibn Mas°ûd – qu'Allah l'agrée. [5] Bukhârî (7056) et Muslim (1709).

[6] HTTP://WWW.SAJIDINE.COM/

[7 ] Chronique parue sur le site http://www.saphirnews.com/, le jeudi 21 janvier 2010.

 

[Tribune] Maroc, Sahara, Israël : l’opportunité d’une nouvelle donne régionale

Par  Tarik Oumazzane, Professeur d'histoire et de relations internationales à l'Université de Nottingham, Royaume-Uni, spécialiste dans les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord

La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara pourrait, à terme, avoir des bénéfices durables pour la paix en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Dans quelle mesure la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara peut-elle atténuer les tensions en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ? Le conflit du Sahara entre le Maroc et le Polisario, soutenu par l’Algérie, dure depuis 45 ans. Il est ainsi l’un des conflits les plus anciens du monde, perpétuant une situation qui mine le développement économique régional et la coopération politique entre les pays du Maghreb.

Lors des discussions autour d’un référendum sur le statut du territoire, le Maroc et le Polisario n’ont pu s’entendre sur la question des votants, rendant la tenue du vote quasiment impossible à mettre en œuvre. Plus récemment, le blocus de Guerguerate par le Polisario, le seul passage frontalier entre le Maroc et la Mauritanie, a provoqué une intervention militaire marocaine afin de maintenir la sécurité des échanges et des personnes. En réponse, le Polisario a déclaré la fin des 29 ans de cessez-le-feu supervisé par l’ONU et a repris sa lutte armée. Ces développements posent des menaces de sécurité majeures à la fois pour l’Afrique du Nord et le Sahel, dans une région déjà impactée par l’instabilité de la Libye et l’activité des groupes extrémistes localisés dans le nord du Mali.

« Game-changer »

Déjà en 2018, la diplomatie américaine estimait que le plan d’autonomie marocain était « sérieux, crédible et réaliste ». Aujourd’hui, elle la juge ouvertement comme la seule proposition sur la table des négociations, ce qui devrait inciter l’Algérie et le Polisario à la reconsidérer.

D’autant plus que cette décision s’inscrit dans une dynamique à l’œuvre depuis plusieurs années. Plusieurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient et des Caraïbes ont ainsi déjà ouvert des consulats au Sahara pour montrer leur soutien politique au Maroc sur cette question.

Mais la reconnaissance par Washington constitue, davantage encore, ce que les Américains appellent un « game-changer » [un événement qui change la donne], du fait de son statut dans le monde. Membre du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), les États-Unis peuvent ainsi jouer un rôle important dans le règlement du conflit du Sahara.

Nouvelle impulsion économique

L’ouverture d’un consulat américain à Dakhla attirera les investissements directs étrangers (IDE), ouvrant ainsi la porte à une nouvelle impulsion pour le développement économique régional, lequel pourrait pousser des éléments du Polisario à abandonner la lutte armée pour participer à ce nouvel élan.

Le conflit entrave la croissance économique de la région depuis près d’un demi-siècle et un accord de paix pourrait offrir au Polisario une opportunité de participer à la gouvernance locale. Au lieu d’une course à l’armement entre le Maroc et l’Algérie, la santé, l’éducation et l’emploi devraient être en tête des priorités des deux États. Si l’investissement est encouragé, le Sahara pourrait devenir un pôle économique régional et continental.

Le Maroc et l’Algérie peuvent aussi envisager d’ouvrir leurs frontières (fermées depuis 1994) et relancer l’Union du Maghreb avec une intégration potentielle à d’autres organisations régionales africaines, comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

En ce qui concerne le Moyen-Orient, la décision du Maroc de reprendre ses relations avec Israël n’est en rien inédite. L’Égypte en a été le précurseur lorsque Sadate a obtenu un accord de paix qui faisait partie des accords de Camp David en 1978. La Jordanie et Israël ont signé un traité de paix en 1994. Cinq ans plus tard, la Mauritanie et Israël ont établi des relations diplomatiques pleines et entières, bien que celles-ci soient gelées depuis 2009. Plus récemment, Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan ont signé les accords d’Abraham. Désormais, le Maroc jouit donc d’une position unique pour jouer un rôle central dans le processus de paix au Moyen-Orient.

Intermédiaire de la paix au Moyen-Orient

Le Maroc possède une connexion juive ancienne et profonde. Les origines de la communauté juive marocaine remontent à plus de 2 500 ans. À l’époque médiévale, à la suite de l’Inquisition espagnole et du décret de l’Alhambra de 1492, les Juifs ont en effet été contraints de fuir vers le Maroc, où ils ont été accueillis par la société marocaine. Dans les années 1940, entre 250 000 et 350 000 juifs vivaient au Maroc, au sein de la plus importante communauté juive du monde musulman.

Au plus fort du régime nazi en Europe et en Afrique du Nord, le sultan Mohammed V du Maroc a résisté à la pression nazie pour la déportation des juifs, en les considérant comme des citoyens marocains. Le royaume est ainsi devenu un refuge et une destination de transit pour les juifs européens fuyant le régime nazi en Europe. Même après leur départ vers l’État d’Israël, créé en 1948, un grand nombre de juifs marocains ont conservé leurs traditions et leur lien avec le Maroc. Aujourd’hui, environ un million d’Israéliens sont d’origine marocaine, et beaucoup d’entre eux sont devenus des personnalités politiques d’importance.

C’est cette connexion juive profonde que le Maroc peut aujourd’hui mettre sur la table. Le Maroc peut se connecter avec les Juifs marocains en Israël pour combler le fossé entre Palestiniens et Israéliens. Plus encore, le statut du roi du Maroc [en tant que descendant du prophète Mohammed, son titre d’Amir al-Mu’minin – commandeur des croyants], sa position de chef du Comité d’Al-Qods (Jérusalem) et ses bonnes relations avec l’Autorité palestinienne renforcent sa légitimité en tant qu’intermédiaire de la paix au Moyen-Orient.

Les opportunités de développement économique, de coopération politique et de promotion de la paix au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont rares. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara et le redémarrage des relations entre le Maroc et Israël pourraient favoriser un type de paix qui irait au-delà de l’absence de guerre et créer ainsi les conditions d’une coopération politique et économique entre plusieurs acteurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Source : Jeune Afrique


Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould Ghazouani

Mauritanie : petits pas en avant vers l’opposition et grand pas en arrière pour le dialogue de Ould GhazouaniKassataya - Après avoir reçu le président du front populaire et le président du RFD et d’anciennes figures de l’UPR, le président mauritanien s’est entretenu cette fin de semaine avec l’ancien numéro un du premier parti de l’opposition démocratique TAWASSOUL. Une concertation de Ould Ghazouani au palais qui augure un dialogue politique avec l’opposition.

C’est la deuxième fois que le président mauritanien se lance pour des consultations avec l’opposition démocratique au palais de Nouakchott.

Le même défilé des chefs de partis ( UFP RFD Front populaire TAWASSOUL pour l’instant et des personnalités de l’UPR surtout des anciennes figures qui laissent croire que Ould Ghazouani se prépare à un changement de gouvernement pour la nouvelle année. Les observateurs excluent un gouvernement d’union nationale sans dialogue politique.

La valse des opposants et caciques de la majorité est plutôt considérée par les observateurs comme une volonté politique de préparer ce rendez-vous politique. Le contexte de la crise sanitaire avec les ses implications socio-économiques s’y prêtent mais à quel prix ?

Les éditorialistes pointent de petits pas en avant pour des concertations avec la classe politique mais un grand pas en arrière pour un véritable dialogue avec l’opposition dont le dossier brûlant du passif humanitaire est hors de question pour Ould Ghazouani qui a tourné le dos à la réconciliation nationale.

L’autre point chaud du dialogue est la révision du système électoral avec une nouvelle CENI et un nouveau conseil constitutionnel, les deux mamelles pour le maintien du pouvoir militaire.

La probabilité d’une émergence d’une opposition dialoguiste à l’image des dialogues politiques précédents est plus attendue qu’une confrontation avec l’opposition. Le rapport de force est pour l’instant en faveur du chef de l’Etat mauritanien.

Cherif Kane

 

 

La démographie au Sahel, porteuse de conflits

La démographie au Sahel, porteuse de conflits Le Temps - Si rien n’est fait, la situation empirera sur le plan social et sécuritaire au Sahel. Dans cette région aride qui s’étend de la Mauritanie au Cameroun, les conflits sont devenus ces dix dernières années parmi les plus meurtriers de la planète.

Malgré les 17 stratégies de développement mises en œuvre par des organisations régionales, des agences bilatérales et multilatérales, il faut avoir l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas au bout du tunnel.

Mali, Niger, Burkina Faso… L’insécurité s’est propagée, contraignant les Etats de la région à consacrer de plus en plus de moyens à la défense, au détriment de l’éducation et de la santé.

Au Mali par exemple, la part des dépenses de santé publique dans le budget de l’Etat a été maintenue en moyenne à moins de 5% entre 2010 et 2018, tandis que celle des dépenses militaires a doublé, passant de 7 à 14%. Le terrorisme et l’extrémisme violent, qui a souvent entraîné la formation de milices d’autodéfense communautaires, ont créé des «friches» sécuritaires qui s’étendent, avec des conséquences dramatiques sur l’activité économique. La pauvreté, qui frappe entre 40 et 50% de la population, a repris en 2020 une courbe ascendante.

Le tout, dans un contexte de croissance démographique soutenue d’environ 3% par an. D’où une véritable quadrature du cercle: le manque d’accès à l’emploi, à l’éducation et la santé, dans des pays où les trois quarts de la population ont moins de 25 ans, ne fait qu’aggraver les conflits. Du fait de sa vulnérabilité économique, la jeunesse représente une proie facile pour les groupes armés en quête de recrues, ou encore les trafiquants d’êtres humains opérant dans les filières de la migration clandestine.

Démographie et sécurité

Il ne s’agit pas d’agiter un quelconque épouvantail, ou d’imputer à la seule fécondité des femmes sahéliennes tous les maux de la région. La démographie compte, mais elle invite surtout à s’interroger sérieusement sur l’avenir. C’est pourquoi l’UNFPA a exploré la relation précise entre démographie, paix et sécurité, dans un ouvrage publié le 2 décembre. Menés avec le Peace Research Institute of Oslo (PRIO) et l’Ecole nationale de la statistique et de l’analyse économique (Ensae) de Dakar, ces Regards croisés pour un Sahel central résilient (L’Harmattan Sénégal) démontrent un fort lien entre la structure de la population et le risque de conflits violents à travers le monde.

Ce sont en effet les pays où les moins de 30 ans représentent plus de 60% de la population qui risquent le plus de crises sécuritaires. Bien d’autres facteurs entrent en ligne de compte, tels que le chômage des jeunes, les inégalités, la mauvaise gouvernance et la dépendance démographique (nombre de personnes à charge pour une personne en âge de travailler). En Afrique de l’Ouest, dont certains pays sont confrontés à des problèmes sécuritaires, le niveau de dépendance démographique se situe à 75% contre 47% pour la moyenne internationale, et le chômage des jeunes atteint 28%, 10 points de plus que la moyenne mondiale. Inversement, de forts taux de scolarisation au secondaire, l’urbanisation et la bonne performance agricole représentent des facteurs de sécurité majeurs, de même que des dépenses de santé substantielles et le respect des règles du jeu démocratique.

Trois scénarios possibles

Selon l’analyse prospective originale menée par l’Institut des futurs africains dans cette étude, trois possibilités se dégagent: un scénario où l’Etat n’arrive pas à répondre aux besoins des populations défavorisées; un autre où prévaut l’adaptation, l’Etat et la population prenant conscience de la situation de crise et réinventant un contrat social; un scénario d’aggravation dans lequel l’Etat reste inactif, laissant la place à de nouveaux acteurs non étatiques.

Au Niger, au Mali et au Burkina Faso, les projections démographiques s’avèrent inquiétantes. La population va doubler d’ici à 2040 au Mali et au Niger, passant respectivement de 21,5 à 40 millions d’habitants, et de 23 à 55 millions. La jeunesse représentera les trois quarts de la population, et fera pression sur une demande sociale exponentielle. Si les tendances actuelles se poursuivent, la violence risque fort de perdurer dans le jeu politique, social et économique. Il est possible d’inverser ces tendances, par le biais des politiques publiques. Au Sahel, qui fut longtemps paisible, il n’existe pas plus qu’ailleurs de fatalité historique. L’horizon 2030, qui est celui des Objectifs de développement durable (ODD), dépendra en grande partie des décisions prises aujourd’hui – ou pas. Face à l’enjeu que représente la croissance de la population, important pour l’Afrique et le monde, les solutions ne peuvent se limiter à des réponses militaires. Elles doivent être structurelles, avec des interventions pensées sur le long terme et de profondes réformes.

Les tendances lourdes

Un nouveau type de narratif s’avère à notre sens nécessaire: un discours dépassionné, guidé par les données et les faits, et surtout par une stratégie endogène que les populations du Sahel et leurs principaux partenaires puissent s’approprier.

Avec ses partenaires, l’UNFPA cherche à travailler sur le noyau des problèmes, et non leur écorce. Afin de décrypter les tendances lourdes qui pèseront sur l’avenir, des institutions indépendantes ont collaboré à notre étude, et des consultations nationales ont été menées autour d’études empiriques par pays, pour permettre à tous les acteurs d’œuvrer ensemble au bien commun. La conversation entamée le 2 décembre lors d’un symposium sur la démographie, la paix et la sécurité dans le Sahel va continuer en février avec une table ronde ministérielle, afin de passer à l’action. Une révolution des mentalités doit s’opérer sur la meilleure façon d’investir dans le capital humain, avec une meilleure maîtrise de la dynamique démographique. Il en va, ni plus ni moins, de la capture du dividende démographique, gage de paix et de sécurité au Sahel.

Par Mabingué Ngom,
directeur régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l'Ouest et du centre

 

Mattel signe le cahier des charges 4G et prépare son lancement

Mattela procédé, ce jeudi05 novembre 2020,au siège de l’Autorité de Régulation des Télécommunications,à la signature du cahier des charges fixant les conditions d’attribution de la licence d’établissement et d’exploitation du réseau de télécommunications mobiles de 4ème génération (4G).

Cette signature,qui marque le débutdu déploiement du réseau4G de Mattel,témoigne de son engagement permanent en faveur du développement du très haut débit et de la promotion du digital en Mauritanie.

Mattel qui a proposé la meilleure offre financière, lors de la phase d’attribution des licences 4G en Mauritanie, a d’ores et déjà mobilisé tous ses moyens humains et techniques afin de lancer les services 4G dans les plus brefs délais avec la qualité requise et permettre ainsi à sa clientèle de vivre la meilleure expérience Internet Haut Débit.

Enquête sur Aziz : quelqu’un m’a demandé pourquoi je n’avais pas réagi depuis des mois sur ce qui se passe

Enquête sur Aziz : quelqu’un m’a demandé pourquoi je n’avais pas réagi depuis des mois sur ce qui se passeAdrar-Info - Tout simplement parce que, hormis ceux qui se réclament de l’opposition, pendant des années, j’ai vu ce pays se rouler aux pieds du puissant de l’époque, sans honte, nous récitant, à gorge déployée, les « réalisations de son Excellence le Président de la République ».

J’ai vu tous les bâtiments être ornés de banderoles clamant leur soutien à Aziz, lors des diverses échéances ( même l’hôpital National… c’est vous dire… Même les hôtels… même les banques… etc etc…).

J’ai vu l’ancien et défunt palais des Congrès être rempli par tout ce que la République compte de louangeurs, de politiques, de chefferies traditionnelles, wilayas après wilayas, afin de chanter les exploits de notre ancien timonier et youyouter à qui mieux mieux, espérant gratter des miettes du pouvoir… Sans vergogne.

J’ai entendu des poètes ( notre « intelligentsia » sablonneuse) déclamer leur amour à notre ancien Sultan.

J’ai entendu, sur tous les tons, une grande partie de notre pays réclamer un 3ème mandat, au motif de » Après lui, le chaos »…

J’ai vu les banderoles partout en ville qui réclamaient un énième mandat, banderoles soigneusement escamotées lors du sommet de l’UA puis remise dès le dernier avion des hôtes reçus envolé. J’ai vu ce pays ne fonctionner qu’à la louange et à la gloire et entendu et vu certains de ceux qui crient au loup aujourd’hui être à plat ventre devant l’ancien président.

J’ai vu une partie de ceux qui demandent sur tous les tons la mise en accusation d’Aziz pour corruption lui baiser la main, piliers et soutiens « indéfectibles ».

J’ai vu des ministres » supers potes » avec Aziz, aujourd’hui dans le camp de ceux qui réclament que l’enquête aboutisse.

J’ai vu les grandes transhumances de la cour ( la migration des gnous) à chaque voyage présidentiel, chacun allant agiter des manchettes et du boubous pour s’attirer les bonnes grâces d’un président qui n’en demandait peut-être pas tant…

J’ai même vu des paralytiques, oh miracle des miracles, jeter leurs béquilles et danser devant la voiture présidentielle. Oui, oui…

J’ai entendu en 2 mandats, une grande partie de notre pays s’inventer » 3 ème mandat » et réciteur de fables quasi magiques..

J’ai vu notre pays accepter que le soleil se lève au Nord et se couche à l’Est quand Aziz le souhaitait.

J’ai vu notre pays et une partie de son « élite » se disputer les faveurs du sultan. J’ai vu et entendu une partie de « l’élite » religieuse nous ordonner d’obéir à notre sultan, au risque, sinon, d’aller périr dans les flammes de l’enfer….

Et, datte sur le couscous, j’ai vu, à l’Assemblée et parmi les chantres de la commission d’enquête, les mêmes rouages, les mêmes têtes qui, depuis la fin du règne azizien, ont suivi le vent, sans honte aucune…

Alors oui… No comment..

No comment dans un pays où le vol et la corruption sont des réalités prégnantes.

No comment dans un pays où les anciens laudateurs sont aujourd’hui les accusateurs, serouals tournant au grè des vents…

No comment…

Ce n’est pas qu’Aziz qu’il faudrait juger, c’est toute une partie de notre pays… Mais nous en sommes loin…

Mariem Derwich

 

Mise au point du président de la Commission Nationale des Concours (CNC)

Mise au point du président de la Commission Nationale des Concours (CNC)CNC - Sur le très respecté site CRIDEM reprenant un article de Sahara Médias, j’ai pu prendre connaissance du commentaire (dont je ne veux pas commenter ici et maintenant le style journalistique choisi par son rédacteur) que vous avez bien voulu réservé à un passage du point de presse que j’ai accordé le vendredi à certains organes de la presse nationale suite à l’audience accordée par Monsieur le Premier Ministre Mohamed Ould Bilal à la Commission Nationale des Concours pour la remise du rapport annuel synthétisant les concours organisés au titre de l’année 2019.

Lors du bref commentaire en question, vous avez mis le focus sur la particularité de la suppression de l’oral et le maintien de l’entretien individuel avec le candidat admissible.

Pour éclairer vos chers lecteurs, écarter toutes confusions sur ce sujet précis et pour lever toutes équivoques, je veux vous apporter les précisions fondamentales ci-après :

1- L’épreuve d’entretien a été effectivement supprimée suite aux reformes engagées par les pouvoirs publics pour améliorer et rénover la réglementation nationale en matière de concours administratifs (voir décret 2020.266 du 27/08/2020 portant modification du décret 98.022 du 19/04/1998 relatif au régime commun des concours administratifs et examen professionnel).

Le but ainsi visé étant de pouvoir introduire en la matière plus d’objectivité, de crédibilité et de transparence dans l’organisation des concours d’une part et de surcroit pour donner une suite favorable aux nombreuses plaintes déposées au secrétariat de la C NC et aux craintes longuement exprimées.

2- L’épreuve d’entretien d’aptitude largement utilisée dans notre culture administrative traditionnelle voulait atteindre un double objectif :

- Présentation des originaux des diplômes et autres documents versés dans le dossier de candidature lors de la phase de recevabilité sous forme de copies légalisées et ce pour s’assurer de l’authenticité de ces pièces maitresses;

- Aussi, au cas où le candidat déclaré admissible est classé dans la catégorie des handicapés ; l’épreuve d’entretien d’aptitude permet au jury de s’assurer de la nature de l’ handicap et savoir si cet handicap permet au candidat concerné de pouvoir exercer convenablement le poste à pourvoir conformément aux dispositions de l’article 46 de l’ordonnance 2006.043 du 23/11/2006 relative à la protection et la promotion des personnes handicapées et le décret 2015.062 du 26/02/2015 pris en application de l’article 46 ci-haut cité.

- En outre, il est utile de préciser ici qu’aucune note chiffrée n’ait attribuée au candidat à la suite de cet entretien d’aptitude. Cette épreuve ne peut donc influer en aucun cas sur le processus du concours que si et seulement s’il s’agit de candidats détenteurs de faux diplômes ou de candidats handicapés ne répondant pas aux conditions et normes exigées par la réglementation en vigueur en la matière.

Cheikhna Ould Idoumou
Président de la CNC

Autour d’un thé : La faute à la/le Covid

Le Calame - Vous le savez : à quelque chose malheur est bon. Ou pour le dire autrement : le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ou encore : qui n’a pas réussi sa vie déclare arrivée la fin du monde. Vous ne comprenez rien encore à tout ce charabia ? Normal, puisque c’est un coup en terre et un autre au ciel.

Mais en tout cas, comprenez tout de même que depuis quelques mois, c’est cette histoire de COVID 19 – le ou la, peu importe qu’il soit femme ou homme, l’essentiel est qu’il ou elle a fait de gros dégâts ; et pendant que l’hécatombe continue, que les lexicologues français sont en bisbille sur le sexe dudit virus. Exactement comme pour celui des anges ou celui du papillon. Ou comme chez nous où le/la COVID, c’est kif-kif la CEP.

Comment ? On parle trop du/de la COVID… comme on parle trop de la CEP. Qui dit COVID pense à l’argent, avec le fonds de quelques milliards dont on ne nous parle plus maintenant. Qui dit CEP pense à l’argent, avec les milliards volés et les honoraires des avocats de la défense et de la partie civile. La COVID tue.

La CEP accuse. Merci la COVID d’avoir été un excellent justificatif à toutes les mauvaises prestations. Nouakchott se noie ? C’est la faute à la COVID ! Les médicaments manquent dans les pharmacies ? C’est à cause du COVID ! Les prix augmentent ? Foutu(e) COVID ! Les ministres « ministrent » mal ? COVID, encore et toujours !

Imaginez un peu s’il n’y avait pas eu cet(te) imbécile de COVID : le Président n’aurait entrepris aucun voyage ; les députés jamais augmenté leurs salaires ; les chefs d’état-majors des corps procédé à aucune affectation, promotion ni avancement. Les prix n’auraient pas augmenté. Les épreuves n’auraient pas fuité.

Les pluies n’auraient rien endommagé. Ni les policiers, ni les gardes, ni personne n’auraient « bavuré ». Tout ça, c’est à cause du/de la COVID ! Sinon, l’an I du mandat aurait été tellement joli avec des réalisations comme pas possible. Tout allait changer. C’est tout le monde allait être tout beau tout gentil avec beaucoup d’argent et aucun problème.

Mais voilà, il y a eu cet(te) imbécile de COVID 19 ! Heureusement pas 20 ou 21. Ce qui me rappelle une histoire selon laquelle un père de famille – peulh, wolof ou halpulaar mais qui vaut aussi pour n’importe quel autre père de famille de chez nous – aurait dit : « heureusement que la marmite n’a que trois pieds.

Ç’eût été la catastrophe, s’il en avait eu quatre ou cinq ». Maintenant, c’est toujours comme ça : que nous prenions d’ici et laissions de là-bas, on ne va pas faillir : nous sommes une société qui triche.

Et depuis bien avant le/la COVID 19. Nous trichons au concours d’entrée en sixième. Nous trichons au BEPC. Nous trichons au Bac. Nous trichons à l’Université. Nous trichons dans la vie. Nous trichons même avec la mort.

Et nous espérons même tricher au-delà. Les coups d’État, la gabegie, le vol, la corruption… c’est quoi, si ce n’est de la tricherie en bonne et mauvaise forme ? Un haut cadre qui ment est un tricheur.

Les promotions indues ? Rien que de la tricherie. Les faux rapports, les faux chiffres, les fausses déclarations : de la tricherie ; tout comme les accusations infondées, les calomnies, les dos-ronds à la vérité, les mauvais payeurs de la SOMELEC, de la SNDE et des impôts : vilaines, vilaines tricheries !

Et quand ce sont les Grands de Tevragh Zeïna et autres quartiers de soit disant nantis qui manipulent les factures pour payer au minima, manœuvrent pour s’extraire des frais fiscaux, font des pieds et des mains pour faire réformer les biens publics : voitures, domaines, maisons, etc. ; Bon Allah, c’est quoi, sinon infâme tricherie ? Quand c’est eux, que vont dire les « nous » ? Ô pauvres de nous ! Quand la pierre dit : « je suis mouillée », le morceau d’argile répond : « moi, je ne pipe mot ». Salut.

Sneiba El Kory

 

Criminalité endémique ou la faillite d’un ministère. Par Pr ELY Mustapha

Criminalité endémique ou la faillite d’un ministère. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que les images sanguinolentes d’étudiants battus en sang ou de manifestants pacifiques violentés et bastonnés pour l’on ne sait quelle raison. Du ministère de l’intérieur l’on ne connait que ces agents aux carrefours qui monnayent les passe-droits.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que cette administration routière qui cautionne, les milliers de véhicules, ces tombereaux de la mort, ces carcasses tétaniques qui sillonnent les villes et qui tuent tous les jours.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que les milliers d’enregistrements d’accidents, de décès de la route, de constat de viols et d’agressions devenus le quotidien de la vie urbaine. Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait que ces patrouilles arrogantes qui, souvent, ignorent la loi, ridiculisent et molestent le citoyen lui refusant toute dignité.

Du ministère de l’intérieur, l’on ne connait qu’une police violente ignorant toute déontologie, formée à la matraque et à la répression de toute expression d’opinion. La police générale chargée du maintien et du rétablissement de l’ordre public, une police notoirement répressive.

Quant à la sécurité civile et la gestion des crises relevant des compétences du ministère, voilà que le ministre vient de déclarer, à la suite du conseil des ministres du 30 septembre 2020 : "Selon les chiffres en notre possession, une baisse de la criminalité a été observée sur les 7 derniers mois.

Nous rappelons qu'un centre de coordination de l’action des forces sécuritaires a été créé avec pour objectif de rendre la ville de Nouakchott beaucoup plus sûre. Cela passe par l’usage des méthodes traditionnelles mais également d’outils modernes de surveillance, des marchés et lieux publics notamment"
,

Les chiffres, quant à la baisse de la criminalité, n’étant pas publiés, c’est le citoyen qui en est juge, jour et nuit.

Les déclarations contredisant la réalité, la question est alors de savoir : d’où vient l’impuissance des autorités publiques à juguler cette criminalité ascendante ?

L’actuel ministre de l’Intérieur et de la décentralisation est l’héritier d’une situation de criminalité qui a prévalu depuis des décennies et la combattre relève du mythe…de Sisyphe. En effet, ce ne sont pas les mesures répressives ni le renforcement des capacités en « surveillance de lieux publics et des marchés », ni la capture et le dépôt des délinquants dans des prisons surpeuplées qui va résoudre la problématique de la criminalité.

Cette criminalité continuera à se renforcer et à exister parce que sa solution ne réside pas dans la coercition et la répression mais dans une stratégie qui dépasse le ministère de l’intérieur, et qui s’ancre dans la structure même de gouvernance.

Voici ce que rapporte en 2020, l’OSAC (Overseas Security Advisory Council) du Département d’Etat Américain ( Mauritania 2020 Crime & Safety Report) :

« Le Département d'État des États-Unis a évalué Nouakchott comme étant un lieu de menace CRITIQUE pour le crime dirigé ou affectant les intérêts officiels du gouvernement américain.

« Le gouvernement mauritanien signale une augmentation des crimes violents (par exemple, meurtre, voies de fait, coups et blessures, vols, cambriolage occupé, enlèvement, détournement de voiture) et non violents (par exemple, vol, cambriolage de véhicule, vandalisme, cambriolage inoccupé) depuis 2015, qui affectent tous de manière prédominante les Mauritaniens; Les criminels ont tendance à ne pas cibler spécifiquement les Occidentaux, bien que des ressortissants américains et d'autres expatriés occidentaux aient été victimes de crimes à Nouakchott ces dernières années, notamment de vols et d'agressions sexuelles.

Les gangs criminels sont actifs dans les principales villes.

Le gouvernement mauritanien a pris de petites mesures pour atténuer la criminalité. Par exemple, la garde nationale et la gendarmerie patrouillent dans les quartiers les plus criminels, en particulier dans le sud de Nouakchott.

Ces initiatives ont permis de réduire l'activité criminelle à la fin de 2017, mais les forces de l'ordre étant de plus en plus impliquées dans des crimes, y compris un vol à la lumière du jour très médiatisé de la banque BMCI et de multiples cas d'agression sexuelle, il est difficile de vérifier les allégations gouvernementales de progrès des initiatives de réduction de la criminalité.

Les crimes de rue et les crimes d'opportunité sont également en augmentation à Nouakchott. Les crimes de rue typiques incluent le vol à la tire, l'arrachement de sac à main, le vol de téléphone portable, le vol de véhicules et les agressions.

Il y a également des rapports de piétons signalant des automobilistes (un type courant de covoiturage) pour voler leur véhicule ou leurs effets personnels. Des risques similaires de criminalité existent à Nouadhibou, Rosso et dans d'autres villes (..). »


Conduire en Mauritanie peut être extrêmement dangereux.

Les règles de circulation et l'étiquette du conducteur diffèrent considérablement des règles de la route à l’américaine. De nombreux Mauritaniens conduisent sans se soucier des limites de vitesse, des panneaux de signalisation ou des feux de signalisation. Il est courant que les conducteurs se frottent aux véhicules adjacents lorsqu'ils se précipitent pour se positionner sur la voie.

Les conducteurs changent de voie sans vérifier au préalable la présence d'autres véhicules. Les conducteurs passent illégalement sur les accotements et peuvent pousser les autres automobilistes lorsqu'ils reviennent sur la chaussée.

Ce mépris flagrant pour la sécurité de base entraîne de fréquents accidents de la route et des blessures aux conducteurs et aux passagers. Pour réduire le risque d'accident ou de blessure, adoptez une posture de conduite défensive. Cela signifie souvent céder la priorité aux conducteurs plus agressifs.

De plus, les obstructions et les dangers de la chaussée causée par le sable à la dérive, les animaux et le mauvais entretien affligent souvent les automobilistes. Les piétons tentent souvent de traverser des rues animées sans attendre que la circulation transversale ralentisse ou s'arrête.

Ces risques, associés au nombre de conducteurs non formés et de véhicules mal entretenus, rendent impérative une plus grande prudence. Conduisez avec une extrême vigilance et portez toujours une ceinture de sécurité Évitez de conduire la nuit.

Les transports publics ne sont pas sûrs en Mauritanie, en particulier à l'intérieur.

Les taxis et les transports publics ne sont pas des moyens de transport sûrs pour les visiteurs occidentaux. (…). Presque tous les taxis et autres formes de transports publics ne sont pas réglementés et en mauvais état.

Des agressions sexuelles ont eu lieu la nuit dans des taxis. Refusez les promenades d'étrangers; les sujets proposant des manèges ont attiré des victimes dans leur véhicule pour une agression sexuelle. »

(https://www.osac.gov/Content/Report/37f54420-a772-4254-af59-1875fb6f7f5a )

La situation n’est donc pas sous contrôle comme pourrait le faire croire la déclaration du ministre de l’intérieur sur la baisse de la criminalité. Le rapport 2020 de l’OSAC précité mentionne, en effet, « qu’il est difficile de vérifier les allégations gouvernementales de progrès des initiatives de réduction de la criminalité. »

Aussi, posons-nous simplement les bonnes questions et éliminons les mauvaises.

Les mauvaises questions, qui ne servent que les solutions à court terme, sont les suivantes :

- Comment renforcer les effectifs et les moyens de la police pour réprimer davantage ?

- Comment aggraver les peines pour des sanctions plus lourdes ?

- Comment déployer des centaines d’agents pour dissuader de la criminalité ?

Etc.

Autant de questions que tous les ministres de l’intérieur, présent et passés, se sont posées en appelant des millions d’ouguiyas en renforcements budgétaires annuels, sans que cela ne donne le moindre résultat.

En effet, la lutte contre une criminalité, passe d’abord par la question que tout commun des mortels se poserait : pourquoi la criminalité s’accroit de jour en jour?

La réponse à cette question coule de source : parce que les méthodes et les moyens utilisés sont inadaptés.

En effet, prenons juste un exemple. Voici une machine industrielle qui se met à produire une barre métallique tordue alors qu’elle devait produire une barre métallique bien droite. La question est : faudrait-il continuer à vouloir, redresser, entre l’enclume et le marteau, chaque barre métallique produite, ou plutôt réparer la machine ? La situation devient alors ingérable si la cadence de production augmente, sans intervention. Car à ce moment-là, ni les moyens matériels, ni les moyens humains alloués à la production, ne suffiront.

C’est exactement, ce qui arrive à ce ministère Sisyphe qui est celui de l’intérieur. Un ministère au bout d'une chaine de production d’une délinquance qu’il poursuit, réprime et emprisonne, sans succès. Car la « machine » qui les produit est détraquée et continuera à en produire de milliers.

Cette machine « sociale » qui n’est autre que la société produit, par fournées entières des délinquants, que ni la répression, ni la correction, ni la privation de liberté ne va arrêter.

La vraie question est alors la suivante : Pourquoi ?

Réponse : parce que le délinquant est le produit de ceux-là même qui veulent le supprimer. En effet, qu’est-ce qu’un délinquant produit par la société mauritanienne ?

C’est un reflet de la délinquance qui sévit au sommet de l’Etat. Qu’il vit chaque jour et à laquelle il s’identifie chaque jour. En effet, les gouvernants, eux-mêmes, n’ayant pas donné l’exemple, comment voudrions-nous que ceux qui les contemplent n’agissent pas de même. Pire, ils les prennent en exemple.

Le délinquant est un paria, un chômeur, un laisser pour compte familial ou social, un dépendant des stupéfiants ou tout simplement une progéniture de la classe bourgeoise corrompue qui a phagocyté l’Etat et qui a pris sa parentèle en modèle.

Et ce délinquant ne disparaitra pas par la répression. Il s’en créera des milliers tous les jours, tant que les conditions de son existence perdurent toujours et dictent son comportement criminel. Et l’impuissance du ministère de l’intérieur de juguler s’explique justement par le fait que les facteurs qui président à la délinquance lui échappent, il ne fait que « redresser » une barre métallique indéfiniment tordue et produite à une cadence qu’il ne peut maitriser.

Alors ce ministère ne fait plus que jouer de la matraque, de la répression, des arrestations, des emprisonnements de façon indéfinie engagent des moyens humains matériels et financiers grandissant avec les résultats que l’on sait.

C’est ainsi qu’il convient de repenser totalement la lutte contre la criminalité en Mauritanie, et elle ne passe pas en priorité par le ministère de l’intérieur.

Elle passe par un modèle de gouvernance qui doit:

- Mettre à contribution le chef de l’Etat lui-même qui doit être « visible », présent pour dynamiser par ses directives la société et lui donner confiance en son action.

- Moraliser la vie politique, en donnant l’exemple d’une bonne gestion transparente et des résultats probants.

- Assainir l’administration publique, en éradiquant les poches de la corruption et de l’incompétence (voir : mon article : «Khadijetou Sow, le crime en col blanc » http://cridem.org/C_Info.php?article=739257 )

- Appliquer urgemment un programme national de création de l’emploi doté de moyens suffisants pour résorber le chômage.

- Apporter un soutien massif aux structures de l’éducation nationale. En renforçant le tissu éducatif en moyens humains et matériels en quantité et en qualité.

- Mettre en place une politique de formation professionnelle efficiente, privilégiant le formations moyennes et courtes à forte valeur ajoutée et à forte employabilité pour les jeunes.

- Améliorer par des actions ciblées et efficaces les conditions économiques et sociales de la jeunesse défavorisée (des banlieues et de l’intérieur du pays)

- Juguler les poches de pauvreté dans les zones sensibles et lutter contre le dénuement des populations à risque de développement de « sites » de délinquance.

- Mettre en place une véritable politique de lutte contre la criminalité à travers l’éducation, l’emploi, l’entreprenariat et adossée sur de véritables structures de conseil et d’assistance aux jeunes dans tous les lieux de rencontre (clubs, maison de jeunes, complexes sportifs, événements) afin de créer le contact et générer la confiance.

- Encourager les forums publics pour l’expression de la jeunesse sur ses préoccupations et ses doléances et affecter une structure administrative pour leur suivi et leur concrétisation avec les organismes concernés.

Si tout cela n'est pas fait, l’on pourrait, sans se tromper, dire que la lutte livrée par le ministère de l’intérieur et de la décentralisation est perdue d’avance, ses résultats épisodiques n’en garantissent pas la pérennité.

En effet, la véritable lutte contre la criminalité ne relève pas du ministère de l’intérieur mais d’abord et avant tout de la volonté du chef de l’exécutif, lui-même de mettre en place une véritable gouvernance de l’intégrité, de la transparence et de l’efficacité dans la gestion de la chose publique.

C’est uniquement à travers une tel mode de bonne gouvernance, que la criminalité pourra être résorbée.

En effet, tant que la société se reflète dans un Etat de corruption, ses membres ne seront que l’exemple le plus affiné de la délinquance de ses dirigeants. Une criminalité devenue endémique. Et des victimes innocentes, connues et inconnues, continueront, chaque jour et chaque nuit, à payer de leur vie la turpitude des gouvernants. Faillite d’un ministère, reflets d’une société.

A la mémoire de Khadijetou Oumar Sow
et Moyma Mint Mohamed Amar.
Paix à leurs âmes.


Pr ELY Mustapha

 

Et si la commission d’enquête parlementaire est illégale et anticonstitutionnelle !

Et si la commission d’enquête parlementaire est illégale et anticonstitutionnelle !Kassataya - Rien dans la constitution mauritanienne, ni dans son préambule, ni dans son corps, ni dans sa rédaction originelle, ni dans ses versions révisées, une seule disposition énonçant l’institution d’une quelconque commission d’enquête parlementaire, ou prévoyant sa création.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir notre loi fondamentale. Cela ne nécessite aucun effort, du fait même de son caractère squelettique, composée comme elle l’est, d’une centaine d’articles dont on peut prendre connaissance d’un trait.

Mais elle a le mérite d’être claire, en ce qui concerne le principe de séparation des pouvoirs, chacun des trois pouvoirs disposant d’attributions expressément énumérées, sans interférence ni empiètement, outre une bonne intelligence dans les rapports entre les pouvoir exécutif et législatif.

On s’apercevra alors que le pouvoir de contrôle de l’Assemblé Nationale ne concerne que l’action du gouvernement, alors que la responsabilité du Président de la République ne peut, et ne saurait être mise en mouvement que devant la Haute Cour de Justice comme le précise sans ambages, l’article 93 de la constitution libellé de la sorte « Le Président de la République n’est responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute trahison.

Il ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée Nationale statuant par un vote au scrutin public et à la majorité absolue de ses membres ; il est jugé par la Haute Cour de Justice ».

Ainsi donc, la responsabilité du Président de la République ne peut se concevoir qu’à travers une procédure judiciaire à caractère exceptionnel, et devant un organe constitué à cet effet, précisément la Haute Cour de Justice, présentée comme étant le juge naturel du Président de la République.

Il faudra bien que l’on se résigne à faire une distinction entre le gouvernement et le Président de la République dans un régime constitutionnel dont le caractère présidentiel est suffisamment mis en évidence par sa loi fondamentale, comme il faudra se résigner à l’idée que le mécanisme de la mise en mouvement de la responsabilité du gouvernement et celui de la mise en cause de celle du Président de la République ne sont ni identiques, ni comparables ; on ne devrait donc pas prendre l’un pour l’autre, ni confondre l’un avec l’autre ; tout cela est clairement exposé dans la constitution, pour qui veut prendre un peu de son temps, afin de la parcourir à travers une lecture posée.

Non seulement, le Président de la République bénéficie d’un privilège de juridiction, ce qui veut dire que sa responsabilité, faut-il le répéter encore et encore, ne peut être mise en cause que devant la Haute Cour de Justice, mais en outre, pour être complet sur ce sujet, le seul motif susceptible de fonder cette responsabilité, c’est celui de la haute trahison.

La haute trahison a été envisagée à un certain moment de l’instruction initiée par la commission d’enquête parlementaire , quand on a enfin compris que c’était la seule hypothèse envisageable pour mettre en cause la responsabilité de l’ancien Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, puis on s’est très vite ravisé, après avoir acquis la conviction que les faits rapportés à ce sujet relevaient de la fabulation, d’une intention manifeste de nuire, de soustraire l’ancien président à son juge naturel, plutôt que d’une volonté sincère de recherche de la vérité.

Notre texte fondateur, eu égard à la responsabilité du Président de la République est identique à celui de la constitution française de 1958, faut-il le préciser, dont il reproduit textuellement l’article 68, repris tel quel dans l’article 93 de la constitution mauritanienne ; puis lorsqu’en France, on a voulu en 2007, modifier le régime de la responsabilité du Président de la République, on y a procédé, en accord avec le respect du principe du parallélisme des formes, par la voie d’une révision constitutionnelle, en modifiant les dispositions du titre IX devenue « La Haute Cour » en lieu et place de la « Haute Cour de Justice », prévoyant au visa de l’article 67 que le Président de la République ne peut désormais faire l’objet d’une quelconque poursuite durant son mandat, sauf qu’à l’expiration de celui-ci, les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle peuvent être engagées ou poursuivies à son encontre, à l’expiration d’un délai d’un mois suivant la cessation de ses fonctions, puis l’article 68 de préciser un autre mode de mise en cause de la responsabilité du Président qu’est la destitution, et qui donc s’opère lorsqu’il y a un manquement grave manifestement incompatible avec l’exercice du mandat présidentiel, et dans ce cas, la destitution est prononcée par le parlement constitué en Haute Cour ; il va de soi que cette dernière procédure n’est applicable que durant la mandature, car on ne peut destituer un président qui n’est plus en place.

En Mauritanie, il n’existe aucune trace d’une réforme identique dans la constitution, aucune trace également de l’article 24 alinéa 1 nouvellement introduit dans la révision française de 2017, qui prévoit que le parlement « contrôle l’action du gouvernement. Il évalue les politiques publiques », disposition dont le mécanisme de mise en application va cette fois-ci prévoir enfin, la création ardemment souhaitée, vivement recherchée, des commissions d’enquête, au visa de l’article 51-2 introduit dans la nouvelle constitution de France révisée, en ces termes : « Pour l’exercice des missions de contrôle et d’évaluation définies au premier alinéa de l’article 24, des commissions d’enquête peuvent être créées au sein de chaque assemblée pour recueillir dans les conditions prévues par la loi, des éléments d’information. La loi détermine leurs règles d’organisation et de fonctionnement. Leurs conditions de création sont fixées par le règlement de chaque assemblée ».

Ainsi donc, la réforme constitutionnelle de 2017 intervenue en France, à laquelle nous sommes restés sourds en Mauritanie, ne prévoit la création de commissions d’enquête parlementaires que s’il s’agit de contrôler l’action du gouvernement ou d’évaluer les politiques publiques, nullement lorsqu’il s’agit de mettre en jeu la responsabilité du Président de la République, qui s’opère par la voie de la destitution, ou par le biais des juridictions de droit commun, un mois après l’expiration de sa mandature, et à condition qu’il ait fait l’objet d’une plainte au cours de celle-ci.

En France, comme dans tous les pays où les institutions sont perçues avec déférence, on respecte le principe du parallélisme des formes, en veillant à ce qui a été créé par une disposition constitutionnelle ne puisse être modifié que par une révision constitutionnelle.

Or, aucune révision constitutionnelle n’est intervenue en Mauritanie, instituant une modification du régime juridique de la responsabilité du Président de la République ou des règles de la mise en cause de cette responsabilité.

On objectera vainement, argument dérisoire s’il en est, qu’en Mauritanie les commissions d’enquête parlementaires sont prévues par le règlement intérieur de l’assemblée nationale.

Que vaut un règlement intérieur face à une disposition constitutionnelle ? Peut-il la modifier, en paralyser l’application, l’abroger ? Dans quelle enseigne va-t-on alors loger le bloc de constitutionnalité, le corps de la constitution, les lois, les décrets, les arrêtés, les circulaires et tous les actes réglementaires qui ponctuent la vie publique ?

Que fait-on de cette règle prudentielle qu’est la hiérarchie des normes qui irrigue le cœur de l’Etat de droit et que l’on se doit d’observer avant de créer un texte quelconque, pour ne pas faire prévaloir un arrêté sur un décret, un décret sur une loi.

Il est donc évident qu’un règlement intérieur ne peut avoir une autorité ou préséance sur une disposition constitutionnelle!

Maître Takioullah Eidda, avocat

Nouakchott, Mauritanie.

 

Pourquoi le Premier ministre Ould Bilal s’est inscrit en doctorat ? Par Pr ELY Mustapha

Pourquoi le Premier ministre Ould Bilal s’est inscrit en doctorat ? Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Depuis 2017, Mohamed Ould Bilal est inscrit en Doctorat en business administration (DBA), programme Dakar (Dakar n°4, 2017-2020) une formation en ligne en partenariat entre le CESAG de Dakar et le Business Science Institute. (https://www.facebook.com/BusinessScienceInstitute/)

Interrogé par « Zoom alumini » dudit institut, le 17 septembre courant, sur le pourquoi de son engagement dans une thèse d’exécutive DBA, Ould Bilal a répondu : « durant mon parcours professionnel, j’ai eu à diriger et à coordonner des activités importantes dans la vie des entreprises industrielles et commerciales telles que les techniques de planification stratégique et opérationnelle, de gestion des ressources humaines et matérielles ainsi que les techniques d’audit et de monitoring.

Je me suis engagé dans une thèse d’Exécutive DBA dans l’objectif d’approfondir, conceptualiser et documenter cette expérience notamment dans le domaine des infrastructures de BTP en vue d’en faire profiter les professionnels du secteur et de renforcer mes connaissances théoriques sur ce sujet »

Cet Executive DBA coûte environ 21000 euros soit près de 9 millions d’ouguiyas.

Outre que l’on a compris maintenant son engouement pour les BTP, qui explique cette étude d’un marché de construction de 10 échangeurs à Nouakchott, voilà donc un premier ministre qui dépense… dans le savoir.

Un premier ministre qui semble bien croire en la valeur du savoir et en l’importance des diplômes réellement acquis et leur apport pour le développement.

Alors les questions que chacun se poserait sont les suivantes :

Pourquoi ce premier ministre participe-t-il à cautionner la médiocrité dans l’administration publique mauritanienne qui hypothèque toute la gestion des ressources publiques humaine, matérielle et financière ?

Pourquoi ce premier ministre ferme-t-il les yeux sur les nominations abusives et injustifiées dans l’administration publique mauritanienne, qui n’ont pour référence, que la tribu, le clan ou l’omnipotence des géniteurs ?

Pourquoi ne s’est-il pas opposé aux récentes et scandaleuse nominations au ministère des finances ? Pourquoi ne diligente-t-il pas une enquête sur les faux diplômes qui gangrènent l’administration mauritanienne ?

Pourquoi ne s’opposent-ils pas à ces résultats de concours et autres recrutements dans la fonction publique et ailleurs qui excluent des franges entières de la population ?

Pourquoi, participe-t-il et laisse-t-il faire un système éducatif défaillant et une université déficiente, qui, depuis des décennies, ne produisent que bigotisme et chômage ?

La réponse à toutes ces questions se trouve tout simplement dans la réponse à une seule et unique question : Pourquoi le Premier ministre Mohamed Ould Bilal, s’est-il inscrit en doctorat ?

Un exécutive DBA qui coûte très cher et qui lui permettra d’avoir un diplôme de plus ?

Les diplômes ne sont que la preuve d’un savoir, d’une science. Ils doivent servir une propédeutique de l’action sociale ; des connaissances qui préparent à une dynamique plus approfondie au service du développement de la société humaine.

Si par son intérêt pour la véritable diplomation, le premier ministre a bien pris conscience de l’intérêt des diplômes chèrement acquis (en temps, moyens et en vie humaine), alors il ne cautionnera pas ce délabrement de la science, du savoir, de l’éducation qui mine aujourd’hui le pays. Et les questionnements précédents trouveront une réponse à la mesure des enjeux qu’ils posent, et il prouvera que son attachement au savoir ne se limite pas à un DBA.

Si, par contre, son DBA, n’est qu’un faire-valoir chèrement payé pour une promotion professionnelle, alors il n’aura pas saisi la dimension de sa charge de premier ministre ; et celle-ci, détachée de la morale, de l’éthique et de la déontologie de la fonction qu’il occupe, ne ferait de lui qu’un diplômé inconscient. Or comme le soulignait déjà Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Et les questionnements précédents ne trouveront, comme toujours, et pour le malheur du pays, aucune réponse.

Pr ELY Mustapha

 

De la responsabilité de la Presse mauritanienne dans la corruption : morale, éthique et déontologie. Par Pr ELY Mustapha

De la responsabilité de la Presse mauritanienne dans la corruption : morale, éthique et déontologie. Par Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Les médias mauritaniens traversent tous les régimes. Et c’est en cela que, de la Presse écrite à la presse audiovisuelle, ce secteur porte une lourde responsabilité dans ce que la corruption est devenue en Mauritanie. Non point que ce secteur, par essence, l’encourage, mais qu’il contribue à promouvoir ceux qui en sont les barons.

Dans sa liberté d’informer, le journaliste mauritanien joue un rôle primordial, mais la question est : ne contribue-t-il pas à l’enracinement des non-valeurs en Mauritanie. Non- valeurs qui président à la corruption : le mensonge, le vol et la dissimulation.

Certes, la définition du journaliste à laquelle nous nous attachons ici, n’est pas simplement celle de celui (ou celle) qui s’est fixé(e) pour métier de rechercher et de délivrer l’information au public, ce qui engloberait même le concierge d’immeuble, mais le vrai journaliste. Celui qui dans cette noble mission s’est fixé une éthique dans l’action, une morale dans le comportement et une déontologie dans la profession.

Ceux des journalistes qui, dans cette optique, ont essayé de garder leur indépendance, et leur dignité, ont soit disparu soit vécu chichement sur leurs ressources propres avec tous les harcèlements des régimes que l’on sait. Alors que ceux qui se sont encoquinés avec les régimes ont reçu leur rétribution de la honte et payeront le tribut de leur turpitude.

Or aujourd’hui, plus que jamais, le journalisme mauritanien se doit de devenir un instrument au service des valeurs sociales et participer à combattre les non-valeurs qui minent, depuis des décennies, le pays.

J’avais consacré un article à la corruption des intellectuels et autres collaborateurs qui entourent, nos dictateurs et sur l’obligation de les combattre, considérant qu’ils étaient leur talon d’Achille montrant que ces collaborateurs ne sont ni plus ni moins que le véritable moteur qui maintient la dictature en marche. Ils sont son talon d’Achille.

Son point faible. Et c’est en frappant son talon d’Achille que l’on met à genou le système qu'il porte. (voir Combattre autrement : le Talon d’Achille de nos dictatures : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/combattre-autrement-le-talon-d-184353).

Aujourd’hui, le dictateur s’en est allé, mais ceux qui l’ont « construit », porté adulé, facilité le forfait sont encore là, continuent à corrompre le système et aux aguets afin de continuer à pourrir tout système qui se met en place.

Toujours sur la scène politique, ces tyrannosaures veulent se faire une nouvelle virginité, en reniant et en vilipendant leur maître d’hier.

Certes, la démocratie impose de laisser s’exprimer ces vendus de régime en régime, mais rien n’impose aux journalistes de vulgariser leurs dires et leur image dans le public.

Si cela est, alors les médias mauritaniens continuent à contribuer à la corruption.

En effet, il doit être contraire à la déontologie et à l’éthique journalistique de donner la parole à des individus qui ont publiquement, notoirement, et preuve à l’appui, soutenu les régimes corrompus.

Comment un média, digne de ce nom, peut-il encore inviter sur un plateau ou sur ses colonnes des personnes qui hier ont contribué, par leurs actes leurs paroles et leur vil soutien, à un régime dont les pontes sont aujourd’hui traduites devant la justice ?

Lorsqu’un personnage aujourd’hui, condamne publiquement Aziz et demande son jugement pour corruption, alors qu’hier même il l’érigeait le bon Dieu, trompant ainsi le peuple et mettant en péril toute une nation, alors c’est un véritable crime que de lui donner aujourd’hui la parole.

Une inestimable contribution des médias mauritaniens serait de boycotter tous ceux et celles connu(e)s sur la scène politique qui ont contribué directement aux dégâts causés par le régime. Et parmi ceux-ci, ceux et celles qui les ont soutenus en connaissance de cause de leur délinquance. Car ils sont aussi complices des criminels.

En effet, la morale cet « ensemble des valeurs supérieures qui conduisent chacun à différencier le bien du mal et qui devraient fonder les conduites humaines, tout au moins pour les individus conscients de leurs devoirs et responsables de leurs actes », doit dicter à nos journalistes, tout au moins ceux définis plus haut, d’avoir des positions de principe sur le traitement, dans leurs moyens d’information, de ces vils membres de cette classe politique qui détruit le pays,

Allier à cette morale, forgeant les principes, une éthique personnelle de l’action qui dicte en permanence de renoncer à donner un quelconque espace médiatique d’expression à ces criminels politiques.

Il en va, ainsi, de la vérité, de la dénonciation des maux du pays et de la santé mentale de tout un peuple, trahit par des individus qui le vendent au premier dictateur venu et qui ne pensent qu’à leurs bas intérêts.

A la morale des principes et l’éthique de l’action, pratiquer la déontologie de la profession et faire que chaque acte de journaliste soit le reflet, non pas seulement d’une mission d’informer, mais d’un acte de responsabilité à l’égard de toute une nation.

Dans une nation meurtrie par une classe politique du ventre, de la délation, de l’indignité et qui s’affiche sans honte dans la vilénie et le déshonneur, le rôle du journaliste se doit d’être, aujourd’hui, celui d’un militant et d’un résistant.

Un militant, car face à cet envahissement du pays par une classe politique corrompue, le journaliste a le devoir de ne pas contribuer à sa prolifération. Résistant ensuite, face à ses appels qui le mettent à contribution pour continuer à s’afficher et induire le peuple en erreur.

En somme, tant la morale, l’éthique et la déontologie, appellent aujourd’hui bien plus qu’hier, le journaliste mauritanien à prendre ses responsabilités face à cette gangrène de l’État et l’empêcher de continuer de se propager à travers les médias.

Le journaliste mauritanien se doit urgemment, de repenser son rôle dans cette société mauritanienne politiquement abusée et que les médias, à travers l’audience qu’ils donnent à ceux qui l’abusent, l’abusent davantage.

Pr ELY Mustapha

 

Le pouvoir judiciaire et l’occasion en or

Le pouvoir judiciaire et l’occasion en orLe Calame - La Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) a remis son rapport à l'Assemblée nationale qui, comme à son accoutumée, l'a «instantanément» transmis au ministère de la justice, sans même en corriger les coquilles et autres fautes de syntaxe, et ce pour engager, au plus vite, les poursuites judiciaires contre les personnes « impliquées » dans les dossiers de corruption présumée.

De nombreuses incongruités ébranlent la crédibilité dudit rapport:

1. Au départ, la CEPfut proposée par l’opposition aiguillonnée par les « Frères musulmans » (14 députés sur les 24 qui avaient parrainé cette initiative). En démocratie, ce type de manœuvre politique est assez « standard », il relève d’une tactique de harcèlement médiatique et populaire du pouvoir, régulièrement réactivée par l'opposition pour rappeler qu’elle existe et tester, au passage, la cohésion politique de ses adversaires.

En général, de telles manœuvres ne font pas long feu, vite oubliées à la faveur d’un échange de vaines salves oratoires. On comprend alors que la création de la CEP ne visait nullement un objectif d’enquête sérieuse et n’avait –a priori- aucune chance de réussir.

Si la CEP avait été «naturellement» proposée par la majorité parlementaire, les choses auraient été complètement différentes...

2. L’aval de la majorité en faveur de la CEP, est venu alors que cette majorité était empêtrée dans le débat acrimonieux, au sein du parti au pouvoir, au sujet de la « référence ». On peut ainsi estimer que cet aval faisait partie intégrante de la panoplie de mesures visant à trancher, dans le vif et au plus vite, un tel débat,

3. La plupart des parlementaires qui ont soutenu, sur le tard, l'initiative de la CEP, avait défendu –mordicus- les projets autour desquels planent aujourd’hui des soupçons de corruption, et avait unanimement légiféré dans ce sens,

4. La majorité des parlementaires actuels a pathétiquement milité (hier par écrit)en faveur du renouvellement du mandat présidentiel, en violation des dispositions pertinentes de la Constitution du pays ; en somme, ils ont tenté d’octroyer une nouvelle « décennie de gabegie », en sus de celle qu’ils critiquent en chœur aujourd’hui et de manière si véhémente!

5. La commission parlementaire comprenait des membres connus pour leur hostilité déclarée à l’endroit de l'ex-président de la République; bien entendu cette observation confirme à nouveau le point n°2,

6. C’est notoire, certains membres de la CEP elle-même, disposent de lourds « dossiers » en matière de corruption et de gabegie, du temps où ils exerçaient des charges publiques,

7. Les dossiers d'inspection ont été choisis de manière sélective, visant principalement à incriminer l’ex-président de la République et certains de ses anciens collaborateurs, en épargnant d’autres, et ce parfois de manière vulgaire, invraisemblable et sur la base de calomnies vite démenties par leurs auteurs,

8. La CEP a fait appel à trois bureaux d'études (tous étrangers) pour contrôler des faits, en rapport avec la souveraineté du pays, sans expliquer nulle part les précautions techniques en matière de sécurité politique. La probabilité d’une « influence intelligente» (extérieure ou intérieure) ne peut plus être entièrement écartée,

9. Dans son rapport, la CEP a critiqué « vertement » tous les organes officiels de contrôle, à l’exception notable du parlement, dont la plupart des membres actuels avait approuvé les projets et accords «suspects» et dont est issue la commission,

10. On est fondé de s'inquiéter du nombre limité de dossiers arbitrairement sélectionnés par la CEP, car cela pourrait consister en une tentative par les adeptes de le corruption et de la gabegie, durant la «décennie», «la vingtaine» et la «trentaine», visant à incriminer un nombre limité de responsables, en victimes expiatoires, au moindre coût, d’un profond problème de société, permettant ainsi à ces adeptes de s’adonner sans risque à leur activité nocive favorite, du moins sur le court terme.

Acteurs politiques partiaux

Contrairement au pouvoir exécutif au sein duquel un « PNP », n’ayant jamais travaillé pour l’Etat, peut miraculeusement occuper les postes les plus prestigieux de l’administration publique, et agir, à son tour, dans cet esprit sur le double plan financier et administratif, ou au pouvoir législatif dont l’accès n'exige que moins de deux semaines de campagne électorale, au cours desquelles, en plus de l’argent sale, les « leviers » sordides de tous les particularismes (tribalisme, régionalisme, « ethnicisme », sectarisme …) sont actionnés à tout bout de champ, contrairement donc aux deux pouvoirs précédents, le pouvoir judiciaire n'est accessible que via des concours en bonne et due forme, exigeant de vraies qualifications professionnelles. Ce pouvoir est, fort heureusement, indépendant des deux pouvoirs exécutif et législatif.

Il me semble que ce pouvoir judiciaire dispose, aujourd’hui, d’une occasion en or susceptible d’aider le pays à porter un coup décisif à la culture de la corruption et de la gabegie, une culture qui a régulièrement freiné les efforts publics en faveur de la lutte contre la misère et l’atténuation significative des écarts sociaux. Ce pouvoir peut considérer le rapport remis par le parlement et rédigé par trois bureaux d’études étrangers, sous l’influence d’acteurs politiques partiaux, comme une notification formelle au sujet d’une présomption d’existence d’actes illicites dans la gestion publique, et procéder, sur cette base, au prélèvement d’un nouvel échantillon aléatoire parmi les départements ministériels, les institutions publiques et les grands projets de développement, conforme aux procédés statistiques rigoureux en matière de contrôle et de vérification, « lissant » ainsi les données comprises dans un rapport notoirement politique et donc subjectif. Ceci aura l’avantage de mesurer avec une grande précision l’ampleur du phénomène au sein de l’appareil de l’Etat, sur une base professionnelle, impartiale et donc indiscutable ; ceci serait en phase avec les méthodes et procédures d’investigation judiciaire, étroitement encadrées par les textes légaux et déontologiques. Ceci aura enfin l’avantage de rassurer, demain, les coupables éventuels à propos des raisons de leur condamnation, de préserver l’image extérieure du pays et la dignité de ses fonctionnaires.

Si, en plus, le pouvoir judiciaire pouvait éclairer, à titre comparatif et en respectant naturellement les normes juridiques de prescription, les lanternes des citoyens mauritaniens sur la manière dont les affaires publiques étaient gérées avant la « décennie », ce serait, sans nul doute, «le gâteau sous la cerise»…

Dr IsselkouOuld Ahmed Izidbih

Source : lecalame.info (Mauritanie)

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publics

Point de vue/ La cour des comptes met à nu la gestion chaotique des biens publicsInitiatives News - La publication en début de semaine des rapports compromettant de la cour des comptes a fait l’effet d’une bombe. Ces malversations qui mettent en cause plusieurs manitous de l’ancien régime de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz mettent en exergue la dilapidation systématique des biens publics.

Les six rapports en question couvrent la période 2007/2017, sont marqués par des manquements graves caractérisés par des malversations financières qui font s’écrouler comme un château de cartes, le fameux slogan de la lutte contre la gabegie, un mythe brandi une décennie durant par le chantre de l’ancien régime.

Des contrats mirobolants et des marchés douteux, ont été passés ça et là dans différents départements ministériels, des entreprises publiques et au sein de certaines communes.

Un petit exemple avec ce véhicule de marque Renault Kango acquis par la mairie de Téyaret au prix de un million six cents mille de nos anciennes ouguiyas et dont la facture pour les réparations, en moins d’un an, s’élève à deux millions huit cent quatre vingt cinq mille ouguiyas. Et ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt car des dépassements surréalistes sont notés un peu partout, à une grande échelle. Et pour enfoncer le clou, l’Assemblée Nationale est entrée dans la danse et une motion demandant la constitution d’une commission d’enquête parlementaire, est à l’étude.

C’est donc apparemment le coup de grâce qui vient d’être asséné à l’ex président Ould Abdel Aziz. Et le tout dernier éditorial au vitriol de Radio-Mauritanie, diffusé lundi soir, est un signe qui ne trompe pas. La rupture avec l’ancien régime semble bien être consommée.

Reste à savoir comment le président Ghazwani va gérer cette patate chaude que vient de lui balancer la cour des Comptes.

Bakari Guèye
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Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

 

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution)

Forum de Dakar : La belle surprise de l’Invité d’honneur (Contribution) Senego - L’édition 2019 du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité retiendra encore pour longtemps la prestation de très haute facture du président de la République islamique de Mauritanie Mohamed Ould Ghazouani.

Je connais personnellement l’homme depuis très longtemps (plus de 15 ans), un brillant militaire efficace et effacé. Cependant, j’ignorais totalement la puissance du verbe de l’homme, son audace, mais surtout sa vision claire de la question de lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Invité d’honneur de l’édition 2019, il en sera aussi la surprise inattendue. Outre le président Macky Sall, Mohamed Ould Ghazouani a été largement ovationné par une salle qui s’est reconnue dans le discours de l’homme. Devant le président Macky Sall, le Premier ministre de France Edouard Philippe, Mohamed Ould Ghazouani a asséné ses vérités à l’Organisation des Nations-Unies.

« Les activités terroristes de groupes armés ont généré des milliers de morts, des centaines de déplacés, la fermeture de centaines d’écoles et des millions de déplacés. Nous saluons les initiatives de gestion de crises émanant de nos Etats et de nos partenaires. Des initiatives qui se sont multipliées ces dernières années, mais qui ont connu des limites. Nous assistons depuis quelques années des rationalismes qui mettent en cause les mécanismes Onusiens. L’ONU de par sa capacité de neutralité vis-à-vis des tendances politico-régionales et de partenaires par excellence doit jouer en bon catalyseur dans la coopération multilatérale. Mais pour cela, l’Onu doit se réformer », conseille-t-il.

Il propose un vaste changement dans la procédure onusienne de lutter contre le terrorisme au niveau de la composition des membres permanents du Conseil de sécurité mais également dans sa politique de maintien de la paix qui n’est pas en adéquation avec le temps des autres. Selon lui, il faut des forces plus mobiles et connaissant mieux le terrain qu’une force lourde avec un mandat souvent limité et coûteux.

« Aujourd’hui, nous devons promouvoir la bonne gouvernance, nous devons garantir l’accès à la justice, renforcer l’arsenal juridique pour l’adapter aux évolutions, assurer un accès inclusif aux services de base de qualités, lutter contre l’ignorance et l’analphabétisme, adopter des politiques économiques créatrices d’emploi, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat surtout des jeunes, mener des politiques de déradicalisation auprès des érudits religieux et enfin renforcer le mécanisme de coopération régionale et internationale et surtout renforcer la coopération multilatérale », soutient le président de la Mauritanie.

Un discours de très haute facture qu’on n’a jamais attendu d’un président de la Mauritanie. Un discours d’un homme de poigne, mais surtout courageux pour appeler à la réforme du système onusien. Notre conviction est que le président Macky Sall a trouvé un véritable interlocuteur avec qui il peut partager les problèmes entre nos deux pays. Parce que Mohamed Ould Ghazouani n’est pas un homme versatile.

Il donne à espérer un nouveau départ dans les relations fécondes et séculaires qui lient le Sénégal et la Mauritanie, surtout que les mauritaniens ont enfin un Président capable de faire cette réunification de ses composantes ethniques tant souhaitée.

* Baba TANDIAN
Président Groupe Tandian Multimedia

 

 

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel Kader

Tribune: Le passé est devant nous | Par Isselmou Ould Abdel KaderInitiatives News - Les Mauritaniens, du moins ceux qui ont encore des yeux, savourent le plaisir d’observer la lueur d’un jour prometteur. Illusion ou vérité, cette lueur réconforte en attendant qu’elle s’avère légitime ou, qu’à Dieu ne plaise, s’éteigne dans l’amère réalité d’une fatale déception.

Dans le pays, les effets accumulés des erreurs du passé sont arrivés à un stade où la société, boiteuse au départ à cause de ses anachronismes, campe depuis quelques années aux abords de la dislocation.

Le fossé s’est notablement élargi entre le discours des acteurs politiques, y compris l’Etat et la réalité économique, culturelle et sociale, entre les riches et les pauvres, entre anciens maitres et anciens esclaves, entre le Nord et le Sud du pays, entre les hommes et les femmes, entre la génération du couscous et celle du hamburger.

Le sable mouvant menace à tout moment de dévoiler tant d’amertume et d’horreurs, de disparitions « arrangeantes » et mystérieuses, de privations et de pratiques indicibles que notre insouciance et notre naïve et pusillanime complaisance ont permis d’ensevelir.

40 ans de pillage…

Durant les quarante dernières années, les richesses du pays ont été pillées tantôt pour être rapatriées à l’extérieur par les gouvernants, les sociétés étrangères et leurs compradores, tantôt pour financer notre pseudo démocratie qui constitue désormais la source idéologique de la consécration de l’impunité et de l’usage du faux dans tous les domaines.

Les nouveaux gouvernants doivent avoir sous les yeux ce tableau sombre que personne ne doit, cependant, évoquer pour remuer le couteau dans la plaie. Ils se rendront ainsi à l’évidence que le pays est arrivé au seuil de l’intolérable et que le silence devant cet effroyable paysage n’est une bonne chose que lorsque derrière le rideau, une main sure se met à changer réellement l’essentiel.

Aussi, comprendront-ils que pour produire ce nécessaire changement, il est impérieux de créer les conditions d’une unanimité sans faille des Mauritaniens autour de principes cardinaux qui paraissent évidents et sans le respect desquels aucun obstacle ne sera surmonté sur le chemin du salut national.

Juste répartition des richesses, dissolution des écoles d’excellence…

Toute entreprise de refondation de l’Etat sur des bases pérennes doit commencer par une juste répartition des richesses nationales entre les citoyens et une mise en œuvre concertée de mécanismes concrets et efficaces garantissant, entre eux et sans aucune forme de discrimination, l’égalité absolue des chances.

C’est la condition la plus importante et, malheureusement, la plus difficile à réaliser, car elle suppose entre autres leviers, une politique d’aménagement du territoire pertinente, une maitrise de la politique de l’Emploi restaurant l’ancien service de placement, une suppression de l’enseignement privé fondamental et secondaire, une dissolution des écoles d’excellences qui sont devenues un instrument ségrégatif pour perpétuer la hiérarchie sociale et militaire et, enfin, une instauration d’un système assurant la gratuité de la santé pour tous.

Par le respect de ces options, on aura prévenu la plupart des conflits et comblé les schismes tant verticaux qu’horizontaux qui ont pour sources l’inégalité, la vénalité des charges publiques, la privatisation des services sociaux et le détournement de la rente du pouvoir à tous les niveaux.

« Une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale »

C’est, diront certains, un système socialiste que l’on nous propose ici et que Histoire aurait mis en cause. Mais qu’avons-nous d’autre à suggérer lorsque les privatisations au titre d’un ajustement structurel visant à instaurer un système soi-disant libéral aboutissent à enrichir ceux que la rente esclavagiste et féodale a déjà enrichis, lorsqu’au versant de ce système, une démocratie clonée consolide des pouvoirs millénaristes opposés à toute évolution sociale et lorsqu’il n’existe aucune cloison entre les entreprises privées et les institutions de gestion des ressources publiques ?

Restitution des biens pillés

La plus difficile des actions à entreprendre dans ce domaine sera l’indispensable restitution des biens pillés depuis l’indépendance par des personnes militaires et surtout civiles bien connues, dont il est facile d’établir la liste.

Pour assurer le succès de cette action plus que salutaire, il serait nécessaire de promulguer une loi qualifiant de crimes imprescriptibles les infractions de détournement des biens publics de toutes natures.

Il est également utile de créer une juridiction spéciale pour la restitution de ces biens suivant des instruments procéduraux et processuels s’appuyant sur une commission d’enquêté formée d’anciens commissaires de Police et officiers de Gendarmerie nationale.

Tous les anciens hauts responsables et leurs épouses, en l’occurrence les présidents, les premiers ministres, les ministres, les ambassadeurs, les gouverneurs de la Banque Centrale de Mauritanie et leurs adjoints, les Commissaires à la Sécurité Alimentaire, les Directeurs de cabinet du Président ou du Premier ministre, les Secrétaires généraux des ministères, les directeurs d’établissement publics, les chefs d’Etat major de l’Armée, de la Garde nationale, de la Gendarmerie nationale, les directeurs des Douanes, du Budget, du Trésor, les walis, ainsi que les principaux hommes d’affaires, devront envoyer la liste de leurs biens et se tenir prêts à les justifier devant la commission d’enquête.

C’est une tâche immense et d’autant plus difficile qu’elle pourrait inquiéter de nombreuses personnes craignant d’être l’objet de règlement de comptes ou ayant créé une base sociale grâce au vol des biens publics, alors qu’elles sont sans racine dans leur propre milieu.

Elle est également difficile parce qu’elle semble contraire au tempérament d’un Président détestant le sensationnel et pouvant se réfugier derrière le proverbe guerrier selon lequel « la dignité est un mauvais sort ».

Mais Monsieur le Président devra interroger les derniers arbis d’une époque révolue où la magnanimité avait un sens, pour s’assurer que ce proverbe ne signifie nullement que la dignité doive voler au secours de l’ignominie, du vol au grand jour et du viol manifeste des consciences. Elle signifie qu’on doit se résigner parfois à perdre la vie au lieu d’abandonner un ami sur le champ de bataille.

Or, dans notre cas, il ne s’agit pas d’un ami qu’on abandonnerait, mais d’un peuple tout entier qu’on laisserait gésir sur le champ du mépris et de la famine, après avoir été spolié au grand jour de toutes ses richesses.

Peur de la déception

Les Mauritaniens dont une grande majorité se voit dans le miroir du nouveau régime après avoir perdu l’espoir d’un retour aux sources de leur pays, ont peur d’être déçus et surtout d’être obligés d’imposer par la force, comme d’autres peuples l’ont fait ailleurs, la restitution de leurs richesses spoliées.

Il est certes désagréable et douloureux de s’affronter à un régime dirigé par des hommes dignes d’estime et de confiance, mais hélas, on ne peut que choisir la survie de tout un peuple plutôt que celle d’un régime lorsqu’il s’entête à couvrir de son propre manteau, la trace des voleurs de grands chemins.

Faut-il alors oublier que notre passé est bien devant nous et qu’il demeure aussi incontournable qu’impitoyable ? Doit-on laisser aux assauts de la colère le soin de défoncer notre porte au lieu de l’ouvrir, nous-mêmes, sagement en nous mettant à l’abri des éclats imprévisibles de l’anarchie ? Faut-il continuer à se fier au repos des écumes, comme l’ont fait, en leur temps, les dirigeants algériens, tunisiens, iraquiens et libanais en pariant sur l’hypothétique insensibilité sans limite de leur peuple ?

Nous n’avons pas besoin de réponse à ces questions en laissant le soin de le faire au tsunami universel qui secoue déjà l’Amérique Latine, l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Isselmou Ould Abdel Kader
Source : Initiatives News (Mauritanie)