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Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 )

Gourmo Abdoul Lo : Bref aperçu de la question nationale (4 ) L’ évènement fondateur du Mouvement National Démocratique ( MND) fut la tuerie des ouvriers de Zoueratt le 29 mai 1968. Ces ouvriers de la MIFERMA, ancêtre de la SNIM actuelle, avaient organisé une marche pour faire valoir leurs revendications et protester contre les pratiques de discrimination vis à vis des nationaux, de la part de la direction de cette entreprise alors entièrement à capitaux privés étrangers.

La répression de la manifestation pacifique sera féroce et le » massacre du 29 mai » entrera dans l’histoire sociale et politique comme le point de départ d’une opposition de type nouveau en Mauritanie.

Sous la direction d’un jeune étudiant d’ à peine 25 ans, Sidi Mohamed Soumeyda, la contestation du régime de Mokhtar Ould Daddah, prend de l’ ampleur et balaye tout le pays à partir de cette date.

Née dans le contexte mondial d’un anti-impérialisme virulent, la contestation politique unifie des courants et sensibilités politiques divers, en particulier les mouvements politiques nationalistes arabes et négro- africains, respectivement panarabistes et panafricanistes.

A quelques exceptions, leurs principaux leaders engagent un processus de rapprochement puis de fusion autour d’un idéal désormais commun: la lutte contre l’impérialisme ( domination étrangère) et le féodalisme-esclavagisme ( domination interne) qu’ incarnaient à leurs yeux, le régime de Mokhtar Ould Daddah.

La nouvelle opposition, rompt radicalement avec toutes les approches politiques antérieures, et ne se reconnaît que dans les mouvements de résistance anti-coloniaux qui avaient surgi dans le pays et dans la sous région, tout au long du processus de colonisation de la Mauritanie, au Nord comme au Sud, au sein de toutes les communautés du pays.

Pour le jeune mouvement, l’unité du peuple est la condition de la libération nationale et sociale qui constitue son objectif fondamental. Pour cette raison, il reconnaît et proclame pour la première fois dans l’histoire politique du pays, l’existence de » quatre nationalités » comme composantes fondamentales de la nation mauritanienne en gestation, unie chacune par son histoire particulière, et se traduisant par la réalité d’une langue propre et d’une culture spécifique.

Le MND reconnaît donc l’existence d’une problématique majeure dans l’édification et la pérennité d’un Etat moderne en Mauritanie: la » Question nationale ». Le concept est d’emprunt marxiste-leniniste, doctrine phare à l »époque, dans le monde entier, en particulier dans un Tiers-Monde en pleine émergence.

Sur cette question, comme sur la plupart des autres, la confrontation avec les thèses du régime est totale. Pour ce dernier, les ethnies n’existent pas et l’ État est placé au dessus des réalités sociales.

Toute politique menée par l’État, doit donc être considérée uniquement sous l’angle de son objectif d’ utilité publique. Peu importe que certaines parties de la population doivent faire un effort bien supérieure à d’autres pour en bénéficier.

Peu importe même qu’elles en soient exclues à défaut d’être assimilées et de perdre leur singularité.

Dans cette approche utilitariste, l’usage de la langue arabe comme langue nationale exclusive rejoint la doctrine classique francaise en la matiere. Pour le MND, cette approche est inacceptable et débouche fatalement sur le chauvinisme de l’Etat au nom de la recherche utilitariste de l’uniformité.

C’est cette approche qui explique la crise identitaire qui secoue périodiquement le pays comme en 1966-67, fragilise et corrode peu à peu l’unité du peuple. L’un des tous premiers combats du Mouvement sera mené sur le front culturel.

Il consistera à revendiquer la reconnaissance des langues nationales des minorités négro-africaines jusqu’alors considérées ( comme d’ailleurs encore dans nombre de pays africains) comme des » dialectes » ou, au mieux, comme des « langues vernaculaires ».

Cette reconnaissance est placée sous l’angle de l’unité nationale et jugée à l’aune de l’ égalité de ces composantes du pays. Une forte mobilisation est organisée autour de cette question qui, pour la première fois, est envisagée dans une perspective autre que celle du partage de pouvoir entre les fractions dominantes ( » bourgeoisies bureaucratiques et compradores ») au sein du pouvoir d’État.

En imposant le débat public sur la question, le Mouvement articule sa propre conception autour de l’exigence de dépasser toute approche particulariste, arabe ( nationalisme chauvin majoritaire) ou négro-africaine ( nationalisme étroit minoritaire) fondée sur la mise en avant exclusive de sa seule nationalitè ( ethnie) à l’exclusion des autres.

Pour le MND, tout nationalisme doit être patriotique, c’est-à dire guidé par le souci de préserver l’unité du pays, dans l’intérêt de chacune de ses composantes et dans l’intérêt de tous.

Il considère comme nécessaire que la lutte pour les intérêts de chaque communauté ethno-linguistique soit intégrée dans le cadre plus vaste du combat pour l’émancipation du peuple mauritanien.

Sur le plan pratique, le Mouvement considérera comme une exigence de l’État, la promotion et le développement de toutes les langues nationales, comme langues d’enseignement et d’administration publique.

Pour cette raison, il défendra fermement, l’usage des caractères latins pour la transcription des langues pular, Wolof et soninke au moment où les nationalistes arabes voulaient leur imposer les caractères arabes, sans tenir compte des besoins d’ouverture extérieure de ces langues dont nombre de leurs locuteurs utilisaient déjà les caractères latins officialisés par les organisations internationales comme l’Unesco.

Au debut des années 70, dans le sillage des puissantes luttes politico-syndicales dirigées par le MND, naît et se développe également, un vaste courant culturel patriotique au sein des communautés négro-africaines dans le cadre duquel émergeront des figures emblématiques et pionnières comme Diop Mourtodo, Kane Saidou, Sarr Ibrahima, Dia Amadou Oumar etc…., qui furent à des degrés divers des militants et même des cadres supérieurs de ce mouvement, en ces temps là.

Un des apports décisifs du MND dans l »histoire politique de la Mauritanie est d’avoir pu apporter une autre perspective d’analyse et d’action politique dans ce pays, qui rompe avec ce qui avait cours jusqu’alors et qui, au final, a pu tracer, même à grands traits, les principaux termes de réponse viable à cette question nationale si évolutive et si prompte à faire l’objet des pires manipulations. Et donc si potentiellement dangereuse.

Gourmo Abdoul Lo

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-Allah

L’Algérie et ses voisins : Une stratégie évidente de satellisation /Par Moussa Hormat-AllahLe Calame entame à partir d’aujourd’hui, en exclusivité, la publication des bonnes feuilles du nouveau livre de M. Moussa Hormat-Allah, intitulé :

«Conflit du Sahara : Dans le premier cercle de Driss Basri, l’ancien ministre marocain de l’Intérieur ».
Ce livre sortira très prochainement.

Note de l’auteur

L’étude qui suit a été adressée concomitamment à SM le Roi Mohamed VI par le biais de M. Mohamed Yassine Mansouri, directeur général de la DGED et à SEM Mohamed ould Abdelaziz, président de la République par l’intermédiaire de M. Moulaye ould Mohamed Laghdaf, alors ministre, secrétaire général de la Présidence.

Ce rendez-vous avec l’ancien premier ministre a été pris par mon frère et ami, M. Mohamed Yehdhih ould Mokhtar El Hassan, ancien ministre de l’Intérieur. Dans l’intérêt bien compris des pays de la sous-région, d’autres études stratégiques ont été adressées, par la suite, aux deux chefs d’Etat précités.

L’ETUDE

Dans tout processus de décision, le recours à la prospective est devenu incontournable. Car la prospective favorise la prise en compte de l’avenir dans les décisions du présent. Elle permet d’anticiper les événements et de se faire une idée précise de l’évolution probable d’un évènement donné. Ce faisant, on peut ainsi envisager, à l’avance, les parades appropriées pour faire face à cet évènement. Ceci est d’autant plus important si cet évènement peut menacer l’avenir ou le devenir d’un ou plusieurs Etats.

Dans cette optique, et au-delà des contingences du présent, il est permis de réfléchir sur ce que seront, demain, les rapports de l’Algérie avec ses voisins.

Cette projection dans le futur doit, naturellement, se faire sur la base d’éléments d’appréciation géopolitiques et géostratégiques précis ou prévisibles. Dans le cas d’espèce, c’est-à-dire celui de l’Algérie, on devra prendre en compte tous les paramètres présents ou à venir à partir de la vision que l’on s’en fait à Alger.

L’hégémonisme algérien : une revanche sur l’adversité

Est-il besoin de rappeler cette vérité élémentaire : tout Etat a, en principe, une stratégie pour conduire sa politique étrangère et assurer, le cas échéant, sa présence et son rayonnement dans sa zone d’influence.

Du reste, la volonté d’hégémonisme de l’Algérie est revendiquée et assumée officiellement. A ce sujet, on se rappelle le fameux discours du président Boumediene où il a martelé avec vigueur : « Tout ce qui se passe entre Le Cap et Le Caire doit avoir l’aval d’Alger ».

En clair, Boumediene assigne à l’Algérie un objectif précis : le leadership panafricain.

Il va sans dire, que si on est animé par une telle volonté de leadership continental, on doit, en toute bonne logique, avoir la même ambition sur le plan sous-régional.

Par-delà les longues et douloureuses périodes d’occupation notamment turque et française, les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont, probablement, nées de deux événements qui ont marqué l’histoire récente de ce pays. Ces événements ont traumatisé les Algériens et ont forgé, dans la douleur, la conscience collective de ce peuple.

Au premier chef, les massacres de Sétif dans le Constantinois algérien en 1945 où les forces françaises ont exécuté de sang-froid plus de quarante-cinq mille algériens (45.000) à la suite d’une manifestation pacifique pour réclamer l’indépendance du pays.

Traumatisé par la vue de ce spectacle macabre, l’écrivain algérien Kateb Yacine, alors lycéen témoigne : « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que j’ai ressenti devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme(…) ».

Au lendemain de ces massacres, les chefs historiques du FLN entrèrent en dissidence et prirent le maquis. D’abord Krim Belkacem, suivi peu après par Aït Ahmed, Ben Bella

Le deuxième évènement marquant, est la débâcle de la jeune armée algérienne en 1963 lors de la guerre des sables qui l’opposa à l’armée marocaine.

Pour conjurer ce passé traumatisant, l’ANP (l’Armée Nationale Populaire) s’est assignée pour mission de s’ériger en rempart pour que les Algériens ne revivent jamais plus Sétif ou Hassi Beïda. Ce qu’ils appellent communément la « Hougra ».

Source de fierté nationale et symbole d’une revanche sur l’adversité, l’ANP est une institution vénérée où se reconnaissent tous les Algériens.

L’Etat lui a accordé une priorité absolue pour la mettre dans des conditions optimales de combat en cas de conflit.

On a calculé qu’entre 2000 et 2015, ses seuls achats d’armement se sont élevés à 150 milliards de dollars et ce, à raison d’une moyenne de 10 milliards de dollars par an.

Selon le rapport publié le 18 mars 2013 par l’institut d’études stratégiques de Stockholm, l’Algérie a fait son entrée parmi les 6 pays importateurs majeurs d’armes au monde.

Bien qu’elle ait diversifiée ses sources d’approvisionnement, l’Algérie est restée, par ailleurs, le leader en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en matière d’acquisition d’armement russe.

Nous donnerons plus loin, un aperçu sur cet impressionnant arsenal militaire algérien. Mais déjà une double question vient tout de suite à l’esprit : L’Algérie veut-elle se défendre contre qui ? Ou, à l’inverse, l’Algérie veut-elle attaquer qui ?

A la première question la réponse est aisée. L’Algérie pourrait vouloir se défendre contre ses voisins.

On conviendra facilement que ni la Tunisie, ni la Mauritanie, ni le Mali, ni le Niger, ni la Libye ne peuvent constituer pour elle aucune sorte de menace. Chacun de ces États a déjà procédé avec elle à la ratification et au bornage des frontières communes. Ce sont, de surcroit, des pays qui se trouvent, pour la plupart, dans la mouvance d’Alger.

Reste le Maroc. Alger est bien conscient que les rapports de force militaire –sur le papier – avec Rabat sont largement en sa faveur bien que le Maroc dispose d’une puissante armée avec des officiers de grande valeur. Du reste, Hassan II a déjà répondu, sous forme de boutade, à cette question : « On n’a jamais vu une Monarchie menacer une République ».

Il faut souligner que les deux pays n’ont pas accordé le même intérêt à leur armement. En schématisant, on peut dire que le Maroc s’est occupé de son développement économique sans se soucier outre mesure de la protection de son territoire. L’Algérie, pour sa part, s’est occupée de la protection de son territoire sans se soucier outre mesure de son développement économique.

Pas de méprise. Par sa puissance militaire inconsidérée, l’Algérie vise un double objectif : s’imposer certes comme une superpuissance africaine mais surtout imposer, dans la foulée, son diktat au Maroc en vue d’une nouvelle redistribution des cartes sur le plan géopolitique. Pour ce faire, la stratégie d’Alger est simple : affaiblir durablement le royaume chérifien, son rival potentiel et, accessoirement, fragiliser ses autres voisins notamment la Mauritanie et le Mali. Mais au fait, l’Algérie a-t-elle les moyens militaires de son ambition ?

L’ANP : des moyens humains et matériels qui dépassent largement les besoins de défense de l’Algérie

Selon le très sérieux Global Fire Power, le site spécialisé dans l’armement des grandes puissances militaires mondiales, l’Algérie possède la deuxième armée la plus puissante d’Afrique et du monde arabe, juste derrière l’Egypte et avant l’Afrique du Sud. Dans son classement de 2015, le Global Fire Power détaille l’arsenal militaire algérien : 448 avions de combat (dernière génération), 975 chars de combat (neufs), 60 navires de guerre…

Global Fire Power révèle aussi que l’Algérie dépense en moyenne, 10 milliards de dollars par an pour ses achats d’armement.

Si l’arsenal militaire algérien est impressionnant, les effectifs de l’ANP le sont tout autant. Selon cette même publication de référence citée plus haut, l’armée algérienne compte 512.000 militaires de carrière et 400.000 réservistes. En gros, un million de soldats entre actifs et réservistes. Les 512.000 militaires de carrière sont répartis comme suit :

- Les effectifs des 3 armées (terre, air et mer) (255.000)

- Les effectifs de la Gendarmerie nationale (180.000) ;

- Les effectifs des forces autonomes dites de « Défense aérienne du territoire » auxquels s’ajoutent les effectifs du Département du renseignement et de la sécurité et ceux de la Garde républicaine (77.000).

Rappelons, au passage, que la population totale de l’Algérie avoisine les 40 millions. L’Algérie est le deuxième pays arabe le plus peuplé après l’Egypte. Par ailleurs, avec la partition du Soudan, l’Algérie est devenue le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et de tout le bassin méditerranéen.

Ces effectifs de l’armée algérienne sont d’autant plus impressionnants que l’ANP ne compte plus dans ses rangs que des soldats de métier. En effet, depuis le début des années 2000, l’Algérie a opté pour la professionnalisation des armées et l’abandon de la conscription. L’Algérie a remédié ainsi à ce qui était naguère le talon d’Achille de l’ANP. Il est bien loin le temps où celle-ci était constituée de maquisards sans grande expérience du combat, avec un armement rudimentaire.

Il n’est pas question ici de faire une étude exhaustive de l’arsenal militaire algérien. Des centaines de pages ne suffiraient pas pour le détailler. Aussi, nous nous contenterons d’en donner un aperçu, à titre indicatif.

L’armée de l’air :

Avions de combat :

Tous les instituts d’études stratégiques : Stockholm, Londres, Washington…sont unanimes pour dire que l’Algérie dispose de plus de 450 avions de combat dernière génération. L’armée de l’air algérienne est équipée d’avions de combat essentiellement russes : SU-34, SU-30MK, SU-30 MS, MIG 29, MIG 31, …

Ces aéronefs, fleurons de l’aviation russe, ont été achetés pour remplacer les vieux SU-24 et autres MIG déclassés.

L’armée de l’air algérienne dispose aussi d’avions espions (rayon 3000 kms), de drones et de stations d’écoutes et de détection très sophistiquées pour la surveillance du territoire national avec un système d’alerte qui prévient de toute violation des frontières.

Hélicoptères et avions militaires de transport :

L’armée de l’air algérienne dispose de centaines – je dis bien de centaines – d’hélicoptères de combat et d’hélicoptères de transport lourd. Elle dispose, par ailleurs, d’une cinquantaine d’avions de transport gros porteurs de matériel et de troupes de divers types…

L’Algérie possède aussi des avions ravitailleurs…

Missiles balistiques :

L’Algérie dispose d’un grand nombre de rampes de lancement de missiles balistiques SCUD (mobiles ou fixes) d’une portée de 1000 kms.

Certains responsables algériens affirment, en privé, qu’ils ont les moyens militaires de mettre le Maroc à genou sans qu’aucun soldat de l’ANP n’ait franchi la frontière commune. Ils expliquent ainsi que toutes les grandes villes marocaines de Tanger à Laayoune en passant par Fès, Rabat, Casablanca, Marrakech ou Agadir sont à la portée de leurs missiles balistiques SCUD (mobiles et fixes), sans parler de l’appoint de leurs sous-marins, tapis dans les profondeurs de la Méditerranée et de l’Océan atlantique.

En dehors de cette menace potentielle sur les grandes agglomérations, ces responsables algériens affirment aussi être en mesure de détruire l’économie marocaine en attaquant toujours à partir de l’Algérie et par les mêmes moyens les principaux sites stratégiques du royaume : barrages, ports, aéroports, centrales électriques, dépôts de carburants, etc.

Dans la foulée, on affirme aussi à Alger qu’en cas de conflit avec le Maroc, la psychose qui s’emparera ainsi des populations marocaines sera leur principal allié. Avec l’espoir d’une fragilisation du régime provoquée notamment, selon eux, par des troubles sociaux, une montée probable de certains périls qui couvent : intégrisme religieux, velléités sécessionnistes de certaines régions du royaume et autres menaces internes diffuses.

Missiles de défense aérienne :

Outre toute la panoplie classique de missiles conventionnels de défense anti-aérienne, l’Algérie s’est dotée de nouveaux missiles russes d’une efficacité redoutable. Il s’agit des S-300 et des S-400. Après les S-300 acquis en 2011, l’Algérie a acheté à la Russie des missiles S-400.

«Le S-400 est un système de défense antiaérienne et antimissiles mobiles. Ces systèmes sont composés de missiles de défense aérienne de moyenne portée qui peuvent être déployés à une large échelle. Ils sont capables de guider 72 missiles engagés contre 36 cibles simultanées dans un rayon de 400 kms et d’abattre toutes cibles aériennes, avions, missiles de croisière ou de drones jusqu’à une altitude de 30 kms.

Pour les Occidentaux, le S-400 est le meilleur missile de défense aérienne au monde. Il est largement supérieur à son concurrent américain, le fameux missile anti-missile Patriot PAC3. On le surnomme le super-Patriot russe.

La portée du S-400 est de 400kms (soit le double du Patriot américain) et peut atteindre une altitude de 30kms.

Le S-400 peut intercepter des missiles d’une portée de 3.500 kms, jusqu’à des vitesses de plus de Mach 15. Le système S-400 peut également tirer un missile plus léger, conçu pour l’interception des missiles de croisière, volant à basse altitude. »


Pour montrer la redoutable efficacité des S-400, il faut se rappeler qu’au moment où la Russie s’apprêtait à vendre ces missiles à l’Iran, les Etats-Unis ont tout fait pour faire échouer cette transaction. Ils sont même allés jusqu’à faire, en guise de compensation, d’importantes concessions en faveur de Moscou.

Car Washington est bien consciente qu’avec les S-400, les espaces aérien, terrestre et maritime de l’Iran deviendront inviolables. Et le programme nucléaire iranien pourra alors se poursuivre en toute impunité et les menaces récurrentes israéliennes de détruire les sites nucléaires iraniens relèveraient alors du domaine des vœux pieux.

Il faut rappeler que la ville de Moscou et les sites stratégiques en Russie sont protégés par des batteries de missiles S-400.

Outre, les S-300 et les S-400, l’Algérie dispose aussi de missiles TOR-M2 et BUK-M2, lesquels sont tout aussi redoutables que les S-400.

« Le système tactique TOR-M2 assure la protection des sites d’importance stratégiques contre les frappes de missiles antiradars, de croisière, de drones, de bombes guidées, d’avions et d’hélicoptères. Le système TOR-M2 n’a pas d’équivalent au monde.

Une batterie de missiles TOR-M2 comprend quatre rampes de lancement mobiles capables d’abattre 16 cibles évoluant de tous côtés à une vitesse de plus de Mach 2 à une distance de 12 kms et à une altitude de 10 kms. Ce système est opérationnel par tout temps, de jour comme de nuit ».


Avec les systèmes, S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire national algérien, villes et sites stratégiques, est complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

A ce sujet, Menadéfense écrit : « La défense aérienne du territoire algérien a connu une véritable révolution ces dix dernières années, propulsant l’Algérie dans la catégorie des pays les plus en avance dans le domaine ».

Tous ces missiles y compris les missiles balistiques SCUD sont déployés essentiellement dans la 2ième région militaire (Oran) et la 3ième région militaire (Béchar) qui abrite la 250e compagnie de missiles de défense anti-aérienne longue portée. En d’autres termes, ces missiles sont pointés vers le Maroc, le Sahara et la Mauritanie, théâtres potentiels d’un conflit armé.

La marine de guerre :

L’Algérie possède 60 navires de guerre et attend la livraison prochaine de 26 autres. Soit au total une armada de près de 100 navires de guerre.

La marine algérienne dispose d’un navire-amiral – ce qui est rare pour un pays en développement avec toute son escorte habituelle de sécurité et de ravitaillement.

Elle dispose aussi d’un porte-hélicoptères, de dizaines de frégates, de corvettes équipées de missiles SS-N, de vedettes, de lance-missiles (SSM Styx), de lance-torpilles, de dizaines de patrouilleurs de tous types, de dragueurs de mines, etc.

Les bâtiments de la marine de guerre algérienne sont équipés de missiles antimissiles.

L’Algérie a acheté à l’Italie un bâtiment de projection de type San Giorgio. Ce bâtiment peut mener des opérations amphibies, de soutien logistique et pourra même servir de plate-forme anti-sous-marins.

La marine algérienne dispose aussi de :

6 sous-marins de type Kilo :

2 Class Kilo 877 EKM

4 Classe Kilo 636 M

D’embarcations de débarquement ;

De bombardiers SU-24 MK pour les missions de soutien

De SU-30 et B-200 T pour les missions de reconnaissance ;

D’hélicoptères Ka-32, utilisés notamment pour la détection de sous-marins ;

La défense côtière est équipée de batteries mobiles CSS-C-2 et de batteries mobiles Kh-35 E.

La marine de guerre algérienne dispose de systèmes IFF permettant de différencier les appareils amis et ennemis, qu’il s’agisse de navires ou d’avions de combat…

Parlant de la marine de guerre algérienne, les experts de l’OTAN affirment à l’unisson que la « La flotte algérienne devra être prise au sérieux en Méditerranée ».

L’armée de terre :

L’armée de terre algérienne dispose d’une panoplie d’armements qui va du simple fusil d’assaut au missile le plus sophistiqué et du simple transport de troupes blindé aux chars de combat les plus performants.

Bien qu’officiels, les chiffres qui suivent datent de 2011 et sont probablement bien en deçà de la réalité car les États, secret défense oblige, ont une propension à minorer leur arsenal militaire.

En dehors des 975 chars neufs cités plus haut, l’armée de terre algérienne possède d’autres chars de combat de différents types :

6OO chars T-90

500 chars T-72

300 chars T-62

200 chars T-55…

L’Algérie a fait don au Polisario de beaucoup de matériel militaire reformé comme les chars T-52, T-62, pièces d’artillerie…

L’armée de terre algérienne possède 685 véhicules de transport de troupes de type BM P-1 et plus de 1200 autres véhicules de transport de troupes de différents types.

Elle possède aussi des milliers d’automitrailleuses, de lance-roquettes multiples, de pièces d’artillerie, de mortiers de différents types et de différents calibres. Elle possède également 500 blindés anti-aériens ZSU-23-3 et autres.

L’armée algérienne a passé, par ailleurs, en août 2013 deux commandes, l’une pour l’acquisition du fameux BMPT Terminator et l’autre pour l’acquisition de chars T-90 SA.

« Le BMPT (Terminator) est le premier blindé destiné uniquement à la protection des blindés. Aucun autre blindé au monde n’est spécifiquement conçu pour assurer ce type de mission ».

Le Terminator est appelé : « garde du corps des chars ». Il est doté d’un blindage spécial et est armé notamment de lasers.

Enfin, il faut noter que le génie militaire algérien possède d’énormes moyens logistiques.

L’Algérie crée sa propre industrie d’armement pour faire face à tout éventuel embargo sur les armes

Nous venons de faire une énumération non exhaustive de l’armement algérien. Mais le point le plus important à souligner, c’est que l’Algérie a créé sa propre industrie nationale d’armement.

En effet, dès 1980, l’Algérie a élaboré une stratégie pour assurer l’autonomie de l’ANP par rapport à l’étranger. Alger veut ainsi éviter toute dépendance de l’étranger notamment en cas d’embargo sur les armes comme ce fut le cas lors de la guerre civile en Algérie en 1991 après que la victoire électorale du FIS fut annulée par l’armée.

Avant 2000, l’industrie militaire algérienne était modeste et non concurrente. L’ANP produisait sur place des équipements militaires légers sous licence russe et chinoise. Depuis, les choses ont bien changé. La production locale de l’armement est assurée par la Direction des Fabrications Militaires (DFM).

Dans les usines de la DFM, on produit différents types de matériel et d’équipements militaires :

« Pistolets mitrailleurs, fusils à pompe, fusils mitrailleurs, pistolets automatiques, pièces de rechange et d’outillages…

Paratonnerres, groupes électroniques, stands de tirs, matériel d’intendance, matériel paramédical,…

Grenades, mines antichars…

Véhicules de transport de troupes (BCL M-5), véhicules blindés de combat d’infanterie qui sont fabriqués à la Base centrale de logistique dans la ville de Blida.

Remorques porte-engins, camions-ateliers, camions frigorifiques, moyens d’emport et de stockage d’eau et de carburant, camions anti-incendie…

Avions légers biplace (FErnas-142), avions légers quadriplace (Safir-43),…fabriqués par l’entreprise aéronautique non loin de la ville d’Oran.

Drones. Les drones algériens sont du type HALE (haute altitude, longue endurance). Ils peuvent voler à une altitude de 7000 mètres avec une autonomie de 36 heures.

Corvettes Classe Djebel Chenoua et patrouilleurs Classe Kébir, fabriqués pour les besoins de la Marine nationale algérienne à la base navale de Mers el-Kébir, dans la banlieue d’Oran. Mers el-Kébir, il faut le rappeler, est la plus grande base aéronavale de la Méditerranée.

Matériel électronique de dernière génération, à usage sécuritaire et militaire, des appareils de communication tactiques et des radars de détection et de surveillance, fabriqués par l’usine de la Société Commune Algérienne de fabrication de Systèmes Electroniques (Scafse) basée à Sidi Bel Abbés. »


Pour promouvoir davantage son industrie militaire, l’Algérie a signé des accords de partenariat avec plusieurs pays…

Pour l’observateur averti, Alger prépare déjà la guerre

Avec les développements qui précèdent, on a pu se faire une idée sur l’imposant arsenal militaire dont dispose l’ANP. Il va sans dire que cet arsenal dépasse largement les besoins de défense de l’Algérie. Dès lors, une question s’impose tout naturellement : Pourquoi tant d’armes ?

Nous avons déjà, au début de cette étude, donné un commencement d’explication à ce phénomène.

Quand on consent tant de sacrifices et qu’on investit tant d’argent dans une affaire déterminée, c’est qu’on a bien un objectif précis à atteindre. Cet objectif est du reste connu. Pourquoi alors continuer à tourner autour du pot ? D’autant que les velléités d’hégémonisme de l’Algérie sont désormais un secret de polichinelle.

Les gouvernements algériens eux-mêmes ne s’en cachent plus. Tout l’arsenal militaire algérien est mis au service d’un seul objectif : la grandeur et le rayonnement de l’Algérie.

L’Algérie cherche ainsi à imposer son diktat à l’ensemble des pays de la sous-région. Pour Alger, ces pays doivent se placer, bon gré, mal gré, dans sa mouvance.

Dans cette optique, le Maroc, la Mauritanie, le Mali….sont voués à devenir de simples wilayas où tout ce qui est important doit être décidé à partir d’Alger, la nouvelle métropole.

L’affaire du Sahara pourra être la carte maîtresse dans la stratégie de l’Algérie. Cette stratégie est, probablement, axée autour de deux points :

Affaiblir durablement le Maroc d’une part et, d’autre part, fragiliser la Mauritanie et le Mali.

Par Polisario interposé, fédérer sous la bannière de l’Algérie tous les Maures de la sous-région. On verra plus loin comment.

Mais avant de poursuivre, une brève digression. L’auteur de ces lignes n’a aucune animosité ni envers l’Algérie ni envers le Polisario. Il a une immense admiration pour la lutte héroïque menée par le valeureux peuple algérien pour son indépendance.

Quant au Polisario, il y compte certains amis dont des membres fondateurs de ce mouvement. Il a même un lien de parenté avec son chef, M. Brahim Ghali dont la grand-mère est une cousine, issue de la tribu des Oulad Ebeïri.

Sur un plan personnel, on peut être pour ou contre la cause sahraouie. Mais là n’est pas la question. C’est dire que l’unique objet de cette étude et de celles qui suivront n’est rien d’autre que de mettre en exergue toutes les données du conflit du Sahara pour l’appréhender dans ses multiples dimensions : militaire, politique, sociologique et culturelle afin de lui trouver une solution consensuelle qui agrée toutes les parties. Cette parenthèse refermée, reprenons le cours de nos développements.

Installer le Polisario au Sahara est, probablement, le point focal dans la stratégie d’Alger

S’agissant du Maroc, les stratèges algériens pensent que la situation au Sahara de « ni paix ni guerre » qui dure depuis 40 ans, a rendu exsangue l’économie marocaine. La course effrénée à l’armement qu’ils ont imposé à coups de milliards de dollars, ne permet pas au royaume chérifien de suivre. Pour eux, la situation est à présent propice à un dénouement en leur faveur. Comment ?

En provoquant directement ou indirectement une étincelle qui pourra mettre le feu aux poudres. Cette étincelle pourra venir, soit à la suite d’un incident frontalier entre le Maroc et l’Algérie où chaque partie rejetterait la responsabilité sur l’autre, soit par une reprise des hostilités entre le Maroc et le Polisario au Sahara avec, comme à Amgala en 1976, l’engagement de l’ANP aux côtés des Sahraouis.

La perte éventuelle du Sahara constituerait alors une nouvelle donne géopolitique qui servira de fer de lance à la stratégie d’Alger dans la sous-région.

D’autant que les Algériens pensent qu’une fois le Polisario installé au Sahara à la faveur d’une victoire militaire algérienne sur le terrain, le Maroc se retrouverait alors en porte-à-faux avec le Droit international, car pour l’ONU, le Sahara n’est pas une partie intégrante du royaume.

D’autre part, les Algériens sont aussi conscients qu’en cas de conflit armé entre le Maroc et l’Algérie au Sahara, les risques d’une intervention étrangère française, américaine ou autre en soutien à Rabat, sont quasi nuls. Pourquoi ?

Cette intervention – si tant est qu’elle puisse être envisagée – ne pourra se faire que de deux façons : soit à la suite d’une résolution du Conseil de sécurité dans le cadre du chapitre 7 de la charte de l’ONU, soit à la suite d’une action militaire unilatérale qui transgresserait la légalité internationale. Dans un cas comme dans l’autre, elle a de faibles chances d’aboutir.

Dans le premier cas, celui du Conseil de sécurité, le véto russe en faveur de l’Algérie sera acquis d’office. Car l’Algérie est le premier acheteur d’armes russes en Afrique et au Moyen-Orient et l’on sait que l’acquisition d’armement équivaut, dans la pratique, à un soutien politique et diplomatique, au pays client. Surtout, s’il s’agit d’un client, en l’occurrence l’Algérie, qui a déjà acheté chez son fournisseur russe pour des centaines de milliards de dollars d’armes.

Dans le deuxième cas, celui d’une éventuelle intervention armée menée de l’étranger, il faut tout de suite dire que celle-ci est peu probable pour deux raisons : d’abord, il n’y a aucun enjeu stratégique majeur pour l’Occident ; deuxièmement et surtout, son prix en vies humaines sera très élevé.

Car avec les systèmes S-300, S-400, TOR-M2 et BUK-M2, tout le territoire algérien, villes et sites stratégiques, est en principe, complétement à l’abri de toute attaque aérienne, maritime ou terrestre d’où qu’elle vienne.

Enfin, il faut noter que l’accord de défense qui lie le Maroc et la France ne pourra pas être mis en œuvre car Paris se retrouvera en porte-à-faux avec la légalité internationale mais aussi et surtout, son coût en vie humaines sera très élevé pour la partie française.

C’est dire que les belligérants – Maroc et Algérie – seront livrés à eux-mêmes et seul le rapport des forces sur le terrain déterminera l’issue de la guerre.

Les Algériens affirment, en privé, qu’en cas de conflit armé avec le Maroc, la monarchie sera fortement ébranlée. Car le consensus national autour de l’affaire du Sahara est le ciment de l’unité autour du Roi.

Pour les Algériens, le Maroc a annexé le Sahara au mépris du Droit international et quelques grands que soient les investissements et les infrastructures qu’il a réalisés dans l’ancienne colonie espagnole, ou le nombre de Marocains qu’il a installés sur place, cela ne lui confère nullement un titre de propriété sur ce territoire.

Pour les Algériens, le Sahara appartient aux Sahraouis et ils ont la ferme intention, le moment venu, de les y installer même au prix d’une deuxième guerre des sables qu’ils pensent remporter facilement.

Le plan algérien ?

Mais pas de méprise. En installant le Polisario au Sahara, il va sans dire que les Algériens cherchent à instrumentaliser les indépendantistes sahraouis pour servir leur propre dessein dans la sous-région. Avec un objectif : reléguer le Maroc au second plan et fédérer, à terme, les Maures des pays voisins et les placer dans le sillage d’Alger.

Au Nord, on expliquera aux Maures de Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag – provinces sous souveraineté marocaine incontestée – que leur avenir est indissociablement lié avec celui de leurs frères du Sud. Et que le chamboulement géopolitique qui vient d’avoir lieu dans la sous-région leur ouvre de nouvelles perspectives…

Par ailleurs, il n’est pas exclu, que le Polisario fort du soutien militaire et diplomatique de l’Algérie, aille jusqu’à revendiquer ces provinces arguant que le Sahara s’arrête aux contreforts de l’Atlas, c’est-à-dire à Bizakaren et que, par conséquent, Goulimine, Tan-Tan et Assa Zag sont des entités sahraouies.

Au sud, c’est-à-dire en Mauritanie, les Algériens pensent que les choses pourront aller beaucoup plus vite. L’Algérie, par Polisario interposé, installera, vraisemblablement, à Nouakchott un régime pro-indépendantiste sahraoui.

D’autant, qu’il y a déjà un douloureux précédent. Dans ses mémoires, l’ancien président Haïdalla révèle que si les plans de El Ouali, le leadeur sahraoui qui attaqua Nouakchott à la tête d’une puissante colonne du Polisario en 1976 avaient réussi, le Polisario et l’Algérie allaient placer un mauritano-sahraoui – dont il a cité le nom –, à la tête de l’Etat mauritanien.

Ce personnage, - Ahmed Baba Miské – cité nommément par Haïdalla, jouera, plus tard, selon plusieurs témoins un rôle de premier plan dans la préparation du coup d’Etat de juillet 1978.

Alger cherchera, probablement, par ailleurs, à soudoyer à coups de millions de dollars tous les responsables mauritaniens qui l’accepteront : officiers de l’armée, notables, hommes d’affaires, membres de la société civile, médias…

L’Algérie pourra aussi procéder à des investissements colossaux sans précédent en Mauritanie, probablement, 5 à 10 milliards de dollars. Ce qui ne manquera pas d’avoir un impact sur la vie de tous les jours : baisse des prix, amélioration sensible du pouvoir d’achat…dans l’espoir que cela pourra lui conférer une certaine adhésion populaire.

Mais la pérennité de ce régime pro-sahraoui installé à Nouakchott sera assurée, in fine, grâce à un rapport de force militaire. Car les nouveaux « gouvernants » mauritaniens pourront à tout moment, faire appel au soutien militaire de leurs frères sahraouis. Ce background revêt, déjà à lui seul, une importance psychologique capitale. Sans oublier l’épée de Damoclès que constituent, pour la Mauritanie les mouvements islamistes qui, au-delà des apparences, restent proches d’Alger et peuvent, à tout moment, déstabiliser le pays.

L’Algérie pourra aussi chercher à exacerber les facteurs de discorde et de division qui menacent l’unité nationale…Elle n’a pas hésité d’user de tels moyens par le passé.

A ce sujet, il faut se rappeler, les propos particulièrement menaçants que tint alors le président Boumedienne au président Mokhtar Ould Daddah lors de leur houleuse entrevue le 10 novembre 1975 à Béchar. C’était à la veille de la signature des accords de Madrid sur le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie.

Boumedienne somma alors Mokhtar de retirer sa délégation de Madrid et de ne pas signer l’accord en préparation. Et le président algérien d’ajouter : « Sinon les conséquences seraient graves et pour ton pays et pour toi-même ».

« Méfie-toi, Mokhtar ! La Mauritanie est un pays fragile. Elle a des problèmes intérieurs graves. Elle a plusieurs milliers de kilomètres de frontières qu’elle ne peut défendre seule en cas de conflit armé… »

La suite est connue. L’Algérie par Polisario interposé, a mis ses menaces à exécution. Mokhtar a été destitué et la Mauritanie durablement déstabilisée. Le Mali, un autre voisin de l’Algérie, pourra connaître les mêmes velléités de déstabilisation, s’il venait à contrarier la stratégie d’Alger dans la sous-région.

Mais tout laisse à penser que le ralliement des tribus de l’Azawad à ce grand regroupement des maures se fera, probablement, sans grande difficulté. Car la proximité géographique, les moyens financiers et militaires et les relations personnelles entre les autorités algériennes et les leadeurs de l’Azawad sont autant de facteurs qui peuvent faciliter la tâche.

Sans oublier que beaucoup de combattants du Polisario sont issus des tribus de l’Azawad.

Il faut rappeler à ce sujet, qu’Alger a abrité récemment plusieurs rounds de négociations entre les différents mouvements maliens. Ces pourparlers ont permis la signature des accords de paix de Bamako. Mais un point crucial, peu connu du grand public, mérite d’être souligné : les exactions et les crimes commis par les Maliens, notamment contre les Touaregs, ont créé une haine viscérale entre les deux parties, au point que beaucoup d’experts de la sous-région estiment que toute cohabitation pacifique entre ces deux parties est devenue très difficile, voire impossible.

Si cette stratégie présumée de l’Algérie porte ses fruits, elle aura d’importantes implications géopolitiques pour Alger :

L’Algérie sera plus que jamais perçue comme la locomotive du Maghreb ;

Cette nouvelle configuration géopolitique, lui permettra notamment l’exploitation des énormes gisements de fer de Grarat Jbeïlat avec les plus grandes réserves de fer au monde.

Parallèlement, avec une fenêtre sur l'Atlantique, elle pourra aussi construire des oléoducs et des gazoducs pour acheminer son pétrole et son gaz notamment vers le marché nord-américain ;

Le Maroc, son rival de toujours, sera isolé, encerclé…On se rappellera alors de la mise en garde prémonitoire du Sultan marocain Mansour Eddehbi. Ce monarque réunit un jour ses conseillers et leur tint ces propos : « Nous avons au Nord un ennemi héréditaire (l’Espagne), à l’Est, nous avons un autre ennemi, les Ottomans (en Algérie), à l’Ouest, nous avons la mer et nous n’avons pas de culture maritime, nous respirons par le Sud, notre profondeur stratégique ».

Outre toutes ces considérations géopolitiques, un point important mérite d’être mis davantage en exergue : Tous les experts sont unanimes pour dire que les réserves pétrolières actuelles de l’Algérie seront épuisées, au plus tard, dans une trentaine d’années.

Pour le moment, et malgré des campagnes soutenues de prospection, on n’a pas encore découvert de nouvelles réserves de pétrole et de gaz significatives en Algérie.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que le prix du pétrole est en constante baisse. Plus inquiétant encore, les grands pays consommateurs de pétrole comme les Etats-Unis et certains pays européens trouvent déjà, sur place, chez eux, une nouvelle source d’énergie alternative avec l’exploitation des gaz de schiste.

Sans parler du développement ultra rapide des autres sources d’énergie de substitution au pétrole.

C’est dire que « l’après pétrole » pointe déjà à l’horizon. Pour faire face aux nombreux problèmes démographiques, économiques, sociaux qui les assaillent de tous les côtés, les gouvernants algériens sont à la recherche d’un substitut à l’or noir. Pour eux, ce substitut à l’or noir porte un nom : le fer de Grarat Jbeïlat dans la région de Tindouf avec les plus grandes réserves de fer au monde.

D’une teneur exceptionnelle (hématite/oxyde ferrique Fe203 de couleur rouge), ces fabuleux gisements n’ont pas pu être exploités jusqu’ici en raison de leur éloignement de la côte méditerranéenne algérienne. Un gigantesque trésor inexploité, faute de débouché.

En revanche, leur proximité des ports sahraouis (quelques 400 kms contre près de 2000 kms vers les ports algériens de la Méditerranée) et le relief particulièrement plat du Sahara sont autant de facteurs qui créent les conditions optimales d’une exploitation aisée et peu coûteuse.

Le sous-sol du Sahara algérien notamment dans la région de Tindouf recèle, par ailleurs, d’autres richesses minières très importantes. Mais ces minerais, une fois de plus, comme ceux de Grarat Jbeïlat se trouvent enclavés et très éloignés des ports algériens de la Méditerranée.

Avec tels enjeux géoéconomiques et géopolitiques on comprend mieux les raisons qui sous-tendent l’implication de l’Algérie dans l’affaire du Sahara. Et l’on comprend aussi les raisons qui la poussent à se doter d’un arsenal militaire sans rapport avec ses besoins réels de défense.

On entend souvent, ici ou là, que l’affaire du Sahara se réglera d’elle-même avec la disparition des dernières figures emblématiques du FLN/canal historique.

Il s’agit là de propos simplistes, distillés à dessein par certains milieux impuissants et résignés qui, pour se donner bonne conscience, recourent consciemment ou inconsciemment, à la politique de l’autruche.

Car les pères fondateurs de l’Algérie moderne et leurs compagnons de lutte sont soit morts, soit retirés de la vie publique en raison de leur âge avancé. Ceux qui restent aux affaires comme le président Bouteflika peuvent se compter sur les doigts d’une seule main.

La quasi-totalité de la classe politique algérienne actuelle à l’instar de Ouyahya Benflis, Hamrouche…jusqu’au premier ministre Sellal et les généraux de l’ANP n’appartiennent pas au FLN/Canal/historique.

On oublie que trois générations d’universitaires et d’officiers se sont succédé au pouvoir depuis de la création du FLN. Ces générations sont imprégnées du même esprit nationaliste que leurs aînés qui ont mené la lutte pour la libération nationale.

On leur a passé un flambeau qui doit être porté bien haut sur fond d’une ardente ferveur patriotique.

C’est dire qu’il serait puéril de croire qu’avec la disparition de Bouteflika, l’affaire du Sahara va se régler comme par enchantement. Seules une guerre civile ou une révolution islamique pourront contrarier, momentanément, la stratégie guerrière de l’Algérie dans la sous-région.

Au terme de ces développements, une mise au point s’impose. L’auteur de cette étude est bien conscient qu’il est difficile de prévoir l’avenir. Le scénario décrit plus haut sur la probable stratégie de l’Algérie, pourra se réaliser comme il peut, naturellement, ne pas se réaliser.

Ce travail est une analyse prospective faite sur la base de données concrètes et sur la base d’un faisceau d’indices prévisibles et concordants.

Compte tenu de tous les éléments de l’équation et compte tenu de ma modeste connaissance des acteurs et du terrain, je pense qu’il y a une forte probabilité pour que les choses se passent comme indiqué ci-dessus.

VII. Début des hostilités : le compte à rebours a-t-il déjà commencé ?

Ce chamboulement géopolitique annoncé, commencera, probablement, à prendre forme à l’horizon 2020.

Toutefois, des facteurs internes, à l’Algérie peuvent accélérer son déroulement :

L’incertitude qui pèse sur la succession de Bouteflika et l’absence d’un consensus politique, peuvent pousser à une surenchère entre les différents clans en lutte pour le pouvoir à Alger. Dans cette optique, une guerre avec le Maroc n’est pas exclue. Loin s’en faut.

Ce conflit armé avec le royaume chérifien, pourra aussi servir de prétexte pour bloquer la démocratisation en Algérie et en même temps conférer une « légitimité » à des militaires en quête d’un second souffle.

Pour les généraux algériens, une guerre avec le Maroc pourra, par ailleurs, occuper les esprits et servir d’antidote pour se prémunir, même temporairement, contre la lame de fond jihadiste qui peut déferler à tout moment.

Bref, quelque incertaine que soit la situation politique en Algérie, force est de reconnaître que les nuages de la discorde, des ressentiments et de la division s’amoncellent dans le ciel maghrébin.

On entend déjà, les sons encore lointains mais parfaitement audibles des bruits de bottes et des tambours de guerre.

Que faire alors ? Prendre les devants pour désamorcer une situation qui peut mettre à feu et à sang toute la sous-région. Comment ? Trouver une solution consensuelle à l’affaire du Sahara qui reste plus que jamais le détonateur qui peut mettre le feu aux poudres.

Dans cette optique, l’auteur de ces lignes a élaboré, aux fins utiles, une étude : « Esquisse d’un plan du règlement du conflit du Sahara » qui pourra être l’une des pistes à explorer.

Par Moussa Hormat-Allah, Professeur d’université, Lauréat du PRIX CHINGUITT
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis….

Calamités : Un Etat n’a pas d’amis…. Après treize jours de tergiversations et de contradictions, le Royaume d’Arabie saoudite a finalement reconnu l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’enceinte de son consulat d’Istanbul.

Mais ce n’est qu’après avoir assimilé sa tablette que les États-Unis ont ânonné, via leur ministre des Affaires étrangères, Mike Pompéo que l’État saoudien avouait ce qui restera, dans l’histoire contemporaine, comme un des actes les plus barbares, dans le sinistre registre des exécutions extrajudiciaires.

La version d’une bagarre qui aurait conduit au décès du journaliste est tout simplement ridicule. Surtout qu’il y a encore quelques jours, le consul d’Arabie saoudite affirmait que Khashoggi était bien sorti de leur représentation consulaire, après avoir accompli des formalités administratives. Une autre version parle de mort par strangulation.

Mais au bout du compte et malgré la sauvagerie et la bestialité de cet acte ignoble, il aurait au moins servi à démontrer combien cette fameuse Communauté internationale et les grands États qui la manipulent n’est fondée que sur une honteuse logique d’intérêts que les uns et les autres négocient secrètement, pendant que les récriminations et les condamnations mises en scène assourdissent les horizons, envahissant les media et les réseaux sociaux.

Le refus des hauts responsables de pays ou d’institutions internationales de participer à une réunion en Arabie saoudite ne signifie absolument rien. Pour les États-Unis et leur Trompette, la mort de Jamal Khashoggi constitue un événement providentiel qui va leur permettre d’engranger des centaines de milliards additionnels, en sus des montants phénoménaux payés, rubis sur ongles, dans le cadre d’accords de vente d’armes aux responsables de l’assassinat du journaliste, promus, comme par enchantement, enquêteurs en chef de ses tenants et aboutissants.

Les services de renseignements américains ne sont certainement pas étrangers, par Département d’État interposé, à la fameuse et ridicule version de la bagarre. Une thèse qui fait son petit bout de chemin et que chacune des grandes puissances « comprendra » proportionnellement au degré de négociations secrètes consenti, par l’Arabie saoudite, sur le corps en lambeaux du pauvre journaliste Jamal Khashoggi, pur produit, pourtant, du sérail royal qu’il servait de l’intérieur après avoir voulu le redresser, de l’extérieur.

Seules les âmes puériles ignorent que les intérêts des nations ont toujours supplanté les droits de l’homme et la morale. Les principes démocratiques, conventions, chartes, traités et autres droits internationaux, valeurs morales, n’engagent que ceux qui y croient. L’affaire Khashoggi en est une preuve éloquente.

Quelques semaines de matraque médiatique et l’on en parlera plus. Même si le contexte fluctue, les intérêts des pays sont toujours à la base des coups d’État, par exemple, de la protection, à peine voilée, des prédateurs internationaux ou des mauvais gouvernants qui pillent leurs pays, via bien mal acquis et paradis fiscaux.

Les gros pays sont les faiseurs des rois. Les promoteurs, parrains et protecteurs de ces torpilleurs de processus démocratiques, assassins et violeurs tout terrain des législations nationales et internationales.

En contrepartie, ces malfaiteurs reversent, par contrats juteux et commissions occultes, les dividendes des ressources nationales, aux pays qui les maintiennent dans leurs arlequinades, au détriment de leur peuple qui souffre de maladies, sous-développement, manque d’éducation et dénuement.

Qu’est-ce que cela fait, à la France, que la Mauritanie organise une élection présidentielle transparente, au cours de laquelle les Mauritaniens choisiront librement leur président véritablement bien élu ? Autant aller au Cameroun où l’enjeu est certainement plus intéressant et faire avaler, aux Camerounais, toutes sortes de couleuvres, en leur imposant un octogénaire « solvable et généreux », pour un septième mandat et coulée douce, avec ses valets et maîtresses, dans les hôtels de luxe parisiens.

El Kory Sneiba
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZID

Entre la Force et le Droit Plaidoyer pour un bon usage du droit dans notre société /Par Maître Elyezid Ould YEZIDUn ex-militaire vient d’être élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Il devient du coup le deuxième personnage de l’Etat, juste derrière le président de la République.

Ce dernier est lui aussi un militaire, arrivé au pouvoir par coup d’Etat et maintenu par deux fois par les urnes. Ses sympathisants voudraient bien le voir rempiler pour un troisième mandat. Lui-même caresserait l’idée avec un certain amour.

Mais la contre-rumeur, qui le dit partant, place l’un de ses plus fidèles alliés comme remplaçant désigné - un autre militaire. Notre horizon politique est plus que jamais constellé d’étoiles. Les militaires nous avaient habitués à la méthode cavalière des coups d’Etat.

Les seuls militaires élus dans l’histoire de notre pays (Ould Taya et Ould Abdel Aziz) se sont présentés au suffrage alors qu’ils étaient déjà arrivés au pouvoir par la voie d’un coup d’Etat. Chacun s’était succédé à lui-même, passant pour ainsi dire d’une présidence de force à une présidence de droit.

Par une sorte de nouvelle mutation du système, nous assistons aujourd’hui à un scénario inédit : des militaires qui empruntent la voie des urnes.

Est-ce à dire que nos militaires se sont convertis aux vertus de la démocratie (versant optimiste de la question) ? Ou, au contraire, qu’ils ont définitivement pris en otage notre démocratie (versant pessimiste) ?

Cela pose en tous cas le problème de l’arrivée et du maintien des militaires au pouvoir. Au-delà, se pose la grande question, permanente, lancinante, incontournable, de la place du droit dans notre société.

Militaires et banqueroute

Rappelons pour nous rafraîchir la mémoire quelques vérités historiques : en tous temps et en tous lieux, tous les pays dirigés par des militaires ont couru à la banqueroute, sous toutes les latitudes.

L’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Chili, etc.) n’a connu la voie du progrès (de l’émergence, comme on dit aujourd’hui) que lorsqu’elle a tourné définitivement la page des généraux au pouvoir.

L’Espagne du général Franco, le Portugal et la Grèce des colonels sont restés à la traîne, dans l’ancienne Europe de l’Ouest : des pays essentiellement agricoles, arriérés et liberticides. Ces pays n’ont connu la démocratie et le développement qu’avec l’arrivée des civils au pouvoir et l’arrimage à la CEE.

Et que dire de l’Afrique et du monde arabe ? Le développement humain a été lourdement hypothéqué dans ces contrées du fait de leurs armées au pouvoir. Que dire de l’Algérie, de la Libye, du Zaire pour ne citer que ceux-là ? Quel vent contraire a pu propulser au pouvoir les capitaines Sanogho et Dadis Camara, le lieutenant Yahya Jammeh et tant d’autres ?

Que penser d’un pouvoir sans légitimité, sans projet et sans charisme ?

Dirigé par les militaires depuis 1978, notre pays constitue une ligne de plus sur la longue liste des pays martyrisés.

Pour rester honnête, il faut reconnaître, à la décharge de nos militaires, que bien des civils, et particulièrement ceux qu’on qualifie d’ « intellectuels », ont concouru à justifier et perpétuer cette situation.

En effet, les serviteurs civils des hommes en armes n’ont jamais manqué. A chaque fois que la question du pouvoir s’est posée, ils se sont bousculé sur les plateaux de télévision, dans les colonnes des journaux, sur les ondes de la radio, pour expliquer que l’armée est la gardienne de la stabilité du pays et la dépositaire naturelle du pouvoir, que tel officier est plus apte à l’exercice du pouvoir que ceux qui l’ont précédé, etc.

Dans ces conditions, on peut raisonnablement se demander si les militaires peuvent se persuader de la nécessité d’un pouvoir civil, tant les civils eux-mêmes, et au premier chef leurs élites, justifient, consolident et perpétuent le pouvoir militaire.

Comment s’attendre, en effet, à ce que quelqu’un vous reconnaisse, de lui-même, ne pas être à sa place si vous continuez vous-même à le persuader du contraire ?

J’ai entendu plus d’une fois certains de nos intellectuels de service sortir les exemples d’Eisenhower et de Gaulle pour nous dire que les militaires ont dirigé avec bonheur de grandes nations démocratiques.

Ils oublient que ces deux généraux ont été forgés et pétris dans le moule de la plus grande guerre que le monde ait connue (la seconde guerre mondiale), qu’ils ont combattu au nom de la démocratie et de la liberté, qu’ils ont été les enfants victorieux de cette guerre qui les a propulsés immédiatement dans le monde à reconstruire de l’après-guerre.

De quelle guerre nos généraux sont-ils sortis victorieux ? De quel ennemi nous ont-ils préservés ? A quoi ont servi leurs armes, si ce n’est, à l’occasion, à apeurer et asservir leurs concitoyens ?

Paternité tutélaire

Lorsque le débat devient plus sérieux, on nous sert alors la vieille litanie selon laquelle la Mauritanie est un pays fragile qui ne saurait être dirigé que par un homme fort, que seul un président militaire peut empêcher les mauritaniens de se dresser les uns contre les autres, etc., etc. autrement dit, nous ne serions que de grands enfants qui ne savent pas où réside leur intérêt, seule la paternité tutélaire de l’armée pouvant nous y conduire.

Des esprits apocalyptiques nous prédisent même toutes sortes de catastrophes qui planeraient au-dessus de nos têtes et que seule la présence sécurisante de l’armée au pouvoir serait de nature à juguler.

Tout porte à croire du reste que l’armée entretient savamment cette situation, sinon comment expliquer la faiblesse si caractéristique de nos partis politiques et de nos institutions dans lesquels le citoyen ne semble pas se retrouver ni trouver la sécurité indispensable à son adhésion.

En tenue de camouflage (comme il se doit), l’armée semble faire le vide autour d’elle, pour mieux occuper le terrain et les esprits.

Quelqu’un m’a rapporté les propos tenus par un général qui résumerait ainsi l’état d’esprit de ses pairs : ‘’nous ne pouvons plus confier le pouvoir à un civil ; les deux expériences avec Moctar Ould Daddah et Sidi Ould Cheikh Abdallahi ont été catastrophiques ; il n’y aura pas de troisième fois’’.

Notre fameux général a peut-être oublié que nous avons aussi subi, enduré, souffert (etc.) une dizaine de dirigeants militaires depuis 1978 tous plus catastrophiques les uns que les autres.

A-t-il oublié, notre général, que pour nombre de citoyens, la seule lueur d’espoir démocratique des quarante dernières années fut l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2007 ? Que tout « candidat de militaires » qu’il était, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a constitué malgré tout un réel motif d’espoir pour la majorité des mauritaniens qui commençaient à avoir enfin foi en l’avenir ? Que, même marqué de près par son gardien en chef le colonel devenu général, il symbolisait quand même la promesse d’un éloignement de l’armée, progressif mais inéluctable, de la sphère politique ?

Au registre des idées reçues sur l’armée, on pense généralement qu’un militaire est quelqu’un d’obtus ; « un bidasse » dit-on souvent, sur un ton péjoratif. Cela expliquerait, pour certains, qu’une fois au pouvoir, l’armée ne s’en séparera plus.

Rien n’est moins sûr, pourtant. Les militaires cultivent, avant tout, un grand sens pratique avec une certaine idée des rapports de force. Cela fait partie de leur formation. Certes, de par leur nature guerrière, ils font des offensives et gagnent des guerres, mais aussi, quand il le faut, ils battent en retraite, signent des redditions et des armistices.

Ils font usage de la force, cela est indéniable, mais lorsque la force est au service du droit, ils respectent ce dernier. La plupart des plus grandes armées du monde sont dans des Etats de droit.

Mais ces Etats échappent à la grande contradiction que nous vivons chez nous, à savoir d’un côté une organisation constitutionnelle de l’Etat, autour d’institutions républicaines et sur la base de la séparation des pouvoirs, et de l’autre, une pratique totalement différente qui repose sur un quatrième pouvoir, voire un supra pouvoir non écrit incarné par l’Armée.

Un paravent érigé en dogme

On dénonce assez rapidement aujourd’hui l’islam politique au motif que la religion ne devrait pas servir de référentiel politique puisqu’elle appartiendrait à tous et devrait souder les citoyens et non les diviser.

Mais n’oublions pas qu’il en va de même pour l’armée. L’armée ne devrait en aucun cas constituer une force politique puisqu’elle est au service de la nation tout entière. En tous les cas, l’arsenal et la force de feu dont elle dispose ne devrait d’aucune façon être utilisés à des fins politiques internes, sinon, c’en serait fini et de la politique, et de la démocratie évidemment.

C’est pourquoi, du reste, la constitution n’aménage, au plan formel, aucun pouvoir politique pour l’armée.

Pour résoudre cette contradiction, un subterfuge a été utilisé à l’occasion du coup d’Etat du 10 juillet 1978, pour justifier l’intrusion de l’armée au niveau politique. Elle serait ainsi la « dépositaire en dernier recours de la légitimité populaire ». Ce paravent constitutionnel a été érigé en dogme et aujourd’hui encore, nombre de nos concitoyens pensent que l’armée est la « gardienne » de la constitution et des institutions. Mais, nous savons qu’il s’agit tout simplement d’une fable. En dehors de la constitution (et du peuple qui est le constituant), aucune entité ne peut prétendre, encore moins d’elle-même, être dépositaire d’un pouvoir politique quelconque.

Pour ne rien arranger, la situation se complique d’un autre niveau de contradiction, avec le constat d’une autre réalité sous-jacente, encore plus pernicieuse : en fait, depuis de nombreuses années, ce n’est pas l’Armée, en tant qu’institution, qui détient le pouvoir, mais des individus issus de l’armée.

L’armée se trouve de ce fait instrumentalisée politiquement pour donner une légitimité, à tous le moins une force, à un ou plusieurs individus qui exerceraient le pouvoir in fine en son nom.

Dans la réalité, l’armée reste dans les casernes, mais on laisse s’installer de façon diffuse l’impression qu’elle veille au grain, sans besoin d’en donner des signes ostensibles. Ne l’appelle-t-on pas, pour désigner ce sommeil trompeur de batracien, « la grande muette » ?

La grande majorité de nos officiers sont conscients de ces contradictions et nous disposons à n’en pas douter du socle indispensable à une armée républicaine.

D’ailleurs, il convient de rendre hommage à l’immense majorité des membres de nos forces armées qui vaquent à leur stricte mission, avec abnégation et sens du devoir.

Mais, cela n’empêche pas de rappeler, chaque fois que cela est nécessaire, le rôle et les missions de l’armée, de notre armée, telles qu’ils sont fixés par la loi dans le cadre de notre système juridique.

Dans une précédente tribune consacrée à la constitution, j’avais constaté l’oscillation permanente en Mauritanie entre la force et le droit. Il faut se résoudre à cette évidence que la question imprègne tous les aspects de notre vie, car les données du problème sont exactement les mêmes ici aussi.

Un tournant en 2005….

Nous sortons d’élections législatives où le débat politique est resté malheureusement en deçà de ses promesses. Mais nous abordons une année d’élections présidentielles où tous les espoirs sont permis. Mettons à profit cette étape de notre histoire pour tirer des leçons et corriger les erreurs du passé. Ne répétons pas le scénario des occasions manquées.

Lors des élections présidentielles de 1992, le pays était divisé en deux camps : le camp du pouvoir traditionnel incarné par Ould Taya opposé aux forces de progrès dont le porte-drapeau était Ahmed Ould Daddah. C’est Ould Taya qui avait gagné à l’époque, mais une dynamique s’était quand même mise en branle, un vent nouveau avait soufflé et semé l’espoir de la démocratie et de l’Etat de droit.

Après plus d’une décennie de déception, marquée à son apogée par la tentative sanglante de coup d’Etat de juin 2003, vint un nouveau tournant en 2005.

La période de transition 2005-2007 annonçait l’arrivée d’un monde nouveau. Elle ouvrait de larges portes sur l’avenir. Un avenir radieux et démocratique, pensions-nous.

Les élections parlementaires puis présidentielles qui suivirent furent un sommet d’exercice démocratique et l’élection du Président Ould Cheikh Abdallahi semblait ouvrir la voie à toutes les potentialités.

Mais le rêve ne dura pas longtemps. L’année 2008 fut un cauchemar politique dont le paroxysme fut atteint un certain 6 août avec un énième coup d’Etat militaire et un retour à la case départ.

1992, 2005, 2007…, à chaque fois, tels Goethe à Valmy, nous nous sommes écrié que « rien ne sera plus comme avant ». Nous vivions chaque évènement comme une rupture historique entre un avant et un après. En fait, nous découvrions vite, immanquablement, que les périodes s’emboîtent les unes dans les autres et que le futur ressemble étrangement au passé.

Aujourd’hui, pour nous prémunir de ces déceptions sans cesse renouvelées, c’est peut-être à une action de fond que nous devrions nous atteler. Sans prétendre aucunement vouloir donner des leçons et loin de tout moralisme de bon aloi, je pense que notre action devrait viser les mentalités, agir sur le fond (la culture) pour mieux déterminer la forme (les évènements).

A cet égard, s’il est une question qu’il faut trancher, c’est bien celle de la place du droit dans notre société et de son bon usage. Pas seulement le droit qui régit les rapports entre individus, ou le droit processuel tel qu’il se déroule devant les tribunaux, mais l’idée même du droit, le substrat juridique sur lequel reposent l’Etat et les Institutions.

Ces règles plus ou moins pratiques, édictées par des textes épars (la constitution, les lois et les règlements...), qu'on applique ou qu'on n'applique pas, où est leur esprit? Où se situe leur cohésion ? Dans quelle source première puisent-elles leur rationalité ? Vers quel idéal tendent-elles ? A quel moment la légalité rejoint la légitimité ? En un mot, quelle est la place du droit dans notre société et à quoi sert-il ?

Lorsqu’on banalise un texte essentiel et fondateur comme la constitution, ou qu’on laisse des lois inappliquées, ou qu’on les applique à certains et pas à d’autres, on dévalorise le système juridique tout entier et on favorise le mépris des lois. Cela entraîne, même dans un système autoritaire comme le nôtre, une désobéissance générale au droit, ouverte ou cachée, préjudiciable à la construction de l’Etat de droit et même de l’Etat tout court.

Or, nous ne devons pas nous voiler la face : notre Etat n’est pas sorti de nulle part. Nous appartenons à un monde qui évolue, qui se perfectionne, dont l’histoire à un sens. Nous ne vivons pas en marge de l’humanité. Avec la mondialisation, chaque pays est au cœur du monde et nous sommes, qu’on le veuille ou non, les héritiers des autres.

…Et un cauchemar en 2008

L’héritage des Lumières nous appartient, à nous aussi. Nous appartient ainsi « De l'esprit des lois », essai écrit par Montesquieu il y a presque trois siècles et qui a fondé la philosophie juridique du siècle des Lumières et qui est à l’origine du concept de la séparation des pouvoirs. Reprises et approfondie par Jean-Jacques Rousseau, les idées de Montesquieu sont à l’origine de la notion essentielle de « contrat social » qui fonde la légitimité et la légalité de l’Etat moderne. Nous appartient aussi la théorie de la hiérarchie des normes (la loi fondamentale, les lois, les règlements etc.), formulée au XXème siècle par des juristes allemands (Hans Kelsen et d’autres...) et qui enfantera un concept nouveau : l'Etat de droit.

Aujourd'hui, l’Etat de droit est sorti de la terminologie juridique technique pour s’ériger en dogme démocratique. L’expression s’est mondialisée, tout le monde s’en réclame, y compris en Mauritanie. Il constitue la meilleure preuve de l’universalité de la culture juridique.

Des retours en arrière sont, certes, possibles. Les soubresauts des nations sont là pour en témoigner. N’oublions pas le travail du grand juriste allemand du XIXème Jhering, qui exhortait ses compatriotes allemands à un combat pour le droit (Kampf umsRecht), suivi de peu par Hitler, le militariste, qui les exhortait à un nouveau type de combat (Mein Kampf) autrement plus funeste.

Plus près de nous, l’exemple de l’Egypte reste à méditer : une vieille nation fière et forte, où les juristes et les hommes de culture faisaient la fierté de la nation arabe, où les européens émigraient en masse à la recherche d’emploi et qui a basculé, avec l’arrivée des militaires au pouvoir au milieu du XXème, dans un cauchemar de pauvreté et d’arriération où elle se débat encore aujourd’hui.

On pourrait multiplier à l’envi les exemples du droit glorifié et du droit bafoué. Pour notre part, nous hésitons encore à emboiter le pas à la marche du monde.

Prisonniers de nos traditions anté-étatiques, héritiers de nos vieilles interprétations du malékisme qui nous dicteraient un conformisme politique de rigueur, nous nous complaisons encore dans l'allégeance au chef intronisé. Nous nous laissons hypnotiser par la force tranquille du statu quo et, dans une espèce de fatalité séculaire, nous regardons les chefs défiler.

Sans nous poser les questions essentielles : que vaut le droit sans raison ordonnatrice ? Que valent les règles juridiques sans leur rationalité ? Le droit doit-il être l’expression formelle du contrat social, autrement dit exprimer la volonté commune, ou au contraire rester un instrument normatif entre les mains des dirigeants du moment ?

Nous évitons ces questions même si de leur réponse dépend notre avenir.

La plus grande avancée de l'homme depuis la nuit des temps est certainement d'avoir forgé des institutions, entités abstraites dans leur existence mais ô combien réelles dans leur influence, et d'avoir ainsi extériorisé et rendu impersonnelles les règles contraignantes qui régissent la vie de chacun.

L’Etat et ses fondements juridiques en sont l’exemple le plus abouti. Combien d'hommes et de femmes, sous d’autres cieux, ont donné leur vie juste pour une idée, juste pour défendre un droit ou une institution ? Or, en Mauritanie, et nous le constatons de jour en jour à notre corps défendant, nous ne croyons pas à nos institutions.

Jeu de miroirs

Nous nous comportons comme dans un jeu de miroirs qui nous renvoie une image de nous-mêmes que nous savons fausse mais dans laquelle nous nous complaisons malgré tout.

Aujourd’hui, nous ne sécrétons pas des textes juridiques supérieurs (constitution, lois) pour organiser et réglementer le pouvoir ; nous les sécrétons pour protéger ce pouvoir et le perpétuer là où il est.

Pourquoi ?

Pour combien de temps encore accepterons-nous de rester en dehors de l'histoire ?

La démocratie, si jamais elle constitue un objectif pour nous, ne peut se fonder sur un pouvoir ou un privilège accaparé par quelques uns et s’exerçant contre tous, mais au contraire sur la place et le droit reconnus à chacun.

Comment faire en sorte que notre pays sorte de cette situation et trouve enfin une vie politique et institutionnelle normale ? C’est toute la question. Nous ne devrions pas en tous cas nous imaginer qu’une solution nous tombera du ciel.

Le temps des révélations et des miracles est révolu. Le futur n’est habité que par la dure réalité des enchaînements logiques. Demain découlera implacablement d’aujourd’hui et ainsi de suite.

La question est donc plus que jamais posée : continuer à vivre sous l’emprise irrationnelle de la Force ou au contraire faire en sorte que ce soit le Droit qui nous gouverne.

Nos experts en matière de sécurité nous assurent que nous avons une excellente armée. Tant mieux !

Garder nos frontières, assurer la sécurité intérieure lorsque cela est nécessaire, constituer une force de dissuasion suffisante contre les ennemis potentiels, c’est déjà un vaste chantier - et un réel exploit, si notre armée y réussissait.

Tant qu’elle se réservera à sa mission naturelle, nous resterons fiers de notre armée.

La pousser à aller au-delà de ces missions, l’encourager à gérer et régenter le pays tout entier, c’est mettre en péril sa mission première et maintenir notre pays sur de mauvais sentiers dont il doit sortir au plus vite.

Notre première bataille est celle du développement, de la justice, de la démocratie. Il va de soi que l’armée doit y jouer son rôle, tout son rôle, mais rien que son rôle.

Et ce rôle commence évidemment par un retour à ses missions naturelles en dehors de toute velléité de prise du pouvoir. Il arrive, dans des circonstances historiques exceptionnelles, que l’armée prenne le pouvoir.

Dans la vie constitutionnelle d’une nation, il s’agit alors d’un accident, qui peut arriver, qui peut même être souhaité dans certains cas, mais qui devrait rester l’exception, pas la règle.

La conjonction entre le politique et le militaire est exceptionnelle, et doit le rester. Instaurer une confusion entre ces deux grands pôles de puissance aboutit à les corrompre tous les deux, comme on y assiste depuis quarante ans chez nous.

N’est-il pas temps de fermer cette longue et regrettable parenthèse et de revenir, enfin, à un bon usage du droit, qui seul permettrait d’accéder au développement tant espéré ?

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

Il y a 14 ans disparaissait Mokhtar/Par Abdelaziz Dahmani

14 octobre...,  ce dimanche,  ... C’était un 14 Octobre, voilà juste 15 ans disparaissait l’ancien Président mauritanien Mokhtar Ould Daddah, devenu pour moi, un ami et un exemple. Me voilà, octogénaire, et j ai eu une sacrée vie. De la cinquantaine d’hommes d’États que j’ai connus à travers le monde, des riches, des puissants, des dictateurs, c’est certainement Si Mokhtar, qui m’a le plus marqué, par ses qualités humaines, sa modestie. Modestie, sans jamais élever la voix qui n’exclut pas une très grande force de caractère, derrière ce visage si conciliant. Il a voulu élever  la Mauritanie  vers un État exemplaire et c’est en voulant faire cesser la corruption dans l’Armée qu’il fut victime d’un coup d’État le 10 Juillet 1978 ... Il a voulu quitter le pouvoir en pleine gloire internationale, mais la guerre imposée du Sahara l’en a empêché, parce qu’un capitaine ne quitte pas son bateau en danger ...Un jour, déambulant ensemble, dans les Alpes, durant ses années d’exil, Si Mokhtar m a fait cette confidence, lui  qui a connu Mao et Kennedy, et a dit Non à de Gaulle, Hassan II et Boumedienne ... Le prenant chacun, pour un faible, maniable ... MOD m’a dit : “Le Pouvoir, c’est beaucoup d illusions ... et mes meilleurs rêves c’est une vie simple en famille, aller dans un café, y lire son journal, dans l’anonymat, sans être importuné ... “ Moi , j’ai retenu cette belle leçon de vie.


C’est un autre 14  octobre que le Roi Soleil  Louis XIV, le plus prestigieux de l’Histoire de France, qui a connu la plus grande humiliation de sa prestigieuse Histoire, une des plus marquantes du Monde. Décédé depuis 78 ans, enterré dans le Caveau des Bourbons dans la cathédrale de Saint Denis, des vandales, des Sans-culottes, renégats de la Révolution de 1789, ont, ce 14 Octobre 1793, détruit le Tombeau de Louis XIV, ainsi que  ceux d’autres Rois et Reines, pour les jeter dans une fosse commune, d’ou se dégageaient  d’horribles odeurs ... Louis XIV, Roi des plus Grands fastes de Versailles, de France, d’Europe, jeté dans une fosse commune,  pour récupérer des centaines de kilos de plomb de son imposant cercueil royal ... Ce fut sa deuxième mort ... 

Ce 14 Octobre, j’ai une pensée émue pour Mokhtar Ould Daddah, et totalement indifférent à tous les fastes des Louis, et autres faux Dieux Soleil... Mokhtar est un sage, et son désert de Mauritanie, dans sa nudité, vaut tous les empires. Un choix privé, personnel, Si Mokhtar, moi, influencé  par son humanisme souriant, je rêve de le rencontrer de nouveau, un autre jour. Mais où ?

AD

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Une exigence de justice

Une exigence de justiceDe l’islam dit politique : m’est souvent reprochée (quand ça n’atteint pas les insultes et les menaces) une pseudo » haine » de l’Islam. Je ne reviendrai pas sur les multiples injonctions à prouver ma » musulmanité ».

Mais je continue à penser que l’Islam des telefatawistes, vendu aujourd’hui sous la forme barbare d’une » purification » par la violence, par les attentats, par ces jeux pervers et assassins d’alliances et de contre alliances avec certaines puissances occidentales n’a rien de politique.

C’est une création neuve. Souvenons nous des grandes années de lutte contre l’impérialisme et les occupations occidentales dans les pays arabes. Elles ont produit des vrais courants de pensée, de vrais débats mais jamais l’Islam n’y fut présenté et utilisé comme tremplin d’un califat fantasmé. En ces temps qui vont des années 40 aux années 70 il n’y a pas eu de revendications d’un Islam politique et/où radical.

Aujourd’hui il ne s’agit plus de Foi mais du commerce du takfirisme à la sauce chaînes satellitaires utilisant sans vergogne le rapt de l’islam des Lumières pour renvoyer la pensée et donc la foi au rang de culte dogmatique qui a inversé le message : on ne part plus du cœur et de la Justice et de. L’Amour, on part du modèle autocratique et autoritaire des régimes politiques pour éradiquer la justice, ou s’en servir, pour instaurer, tout compte fait, le même pouvoir combattu. Et les mêmes méthodes.

Il n’y a pas d’Islam politique. Et donc pas de partis politiques islamistes.

Si nous voulons revenir aux fondements de l’Islam il ne devrait n’y avoir qu’une exigence de justice, sans compromis, sans baise mains et dévotions face à certaines stars hyper telefatawistes.

Une exigence de justice.

Mariem Derwich

Facebook – Le 27 août 2018)

Source : Kassataya (France)

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi

Mauritanie: régionalisation et auto-emploi Deuxième échelon de la décentralisation en Mauritanie, les Conseils Régionaux constituent l’une des principales réformes qu’a connue le pays suite au référendum organisé en 2017.

Ainsi, les premiers conseils régionaux de l’histoire de la Mauritanie seront investis dans environ deux mois, et ce une fois connus les résultats des prochaines échéances électorales dont les campagnes démarreront d’ici une quinzaine de jours.

Les Mauritaniens auront à choisir leurs représentants aussi bien au niveau du parlement, qu’au niveau local et régional. Un exercice un peu particulier pour une population qui, malgré l’importance qu’elle accorde à ce genre de rendez-vous, continue a faire le lien entre la suppression du Sénat et la création de nouvelles collectivités territoriales qui s’ajouteront aux communes déjà en place, et dont l’efficacité est remise en cause par une partie des Mauritaniens.

Le bilan des communes est peut être mitigé, seulement l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation est à capitaliser. Cette décentralisation qui, depuis 1986, mettait l’accent sur le développement des communes en vue de les aider à rendre un service public local de meilleure qualité à la population à majorité rurale.

Le présent article n’a pas l’ambition de faire la lumière sur les points forts et points faibles de l’expérience Mauritanienne en matière de décentralisation, ni de développer les raisons de la création des conseils régionaux ou ceux de la suppression du Senat.

Il a pour objectif de contribuer à la compréhension du rôle des futurs conseils régionaux, leur place dans l’organisation institutionnelle, le mécanisme de financement de la décentralisation et enfin leur éventuel rôle dans le développement de l’auto-emploi au niveau régional et par conséquence la lutte contre la pauvreté.

1. Missions des conseils régionaux

La loi créant les conseils régionaux définit leur mission par l’article 3, qui stipule que ”La région a pour mission, de promouvoir le développement économique, social, culturel et scientifique dans son ressort territorial dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des autres collectivités territoriales. Elle a une fonction de mise en cohérence des stratégies de développement et d’aménagement du territoire.’‘

Ils ont compétence en matière de :

– Planification et aménagement du territoire de la région ;

– Promotion et encouragement des activités et des investissements commerciaux,

industriels et touristiques dans la région ;

– Environnement et gestion des ressources naturelles ;

– Education, alphabétisation et formation professionnelle ;

– Santé et action sociale ;

– Jeunesse, sports et loisirs ; et

– culture

Les conseils régionaux doivent remplir leur mission dans la limite de leurs compétences avec le respect strict de l’unité de la Nation et celui des compétences dévolues aux autres collectivités territoriales et services déconcentrés de l’Etat.

Si on considère que la mise en place de ces conseils régionaux n’aura pas d’incidence sur l’unité de la Nation par ailleurs garantie par d’autres textes en vigueur, elle n’en sera pas sans difficultés au regard des éventuels chevauchement de responsabilités par rapport aux autres structures déconcentrées ou décentralisées de l’Etat.

En effet, parmi les défis majeurs auxquels ces conseils feront face, c’est celui de la difficile mise en pratique de la loi sur la régionalisation dans un environnement caractérisé, jusqu’a aujourd’hui, par une certaine faiblesse des collectivités territoriales face aux autres services de l’Etat, laquelle faiblesse trouve sa raison d’être dans celle des ressources humaines et ressources financières des dites collectivités.

Malgré l’engagement important de l’Etat pour la réussite de la décentralisation et le développement de services de proximité à travers l’action des communes, celles ci sont restées presque absentes au niveau décisionnel et ont continué, dans la plupart des cas, à subir la loi des services déconcentrés qui disposent de ressources humaines plus compétentes, de ressources financières de loin plus importantes et d’une plus grande expérience dans la conduite et gestion de projets.

L’expérience de la Mauritanie en matière de décentralisation ne date pas d’aujourd’hui, et le pays dispose d’un arsenal juridique important permettant a tout un chacun de remplir sa mission pour un meilleur développement local, régional et national.

Les conseil régionaux sont appelés à être plus présents au niveau décisionnel, à faire appel à des ressources humaines compétentes et surtout à mobiliser des ressources propres stables, seul vrai levier à travers lequel ils arriveront à remplir leur mission dans le respect de la législation en vigueur.

Au même titre que les communes, les conseils régionaux seront soumis à la tutelle du représentant de l’Etat au niveau de la région, leurs actes seront soumis à un contrôle de la légalité et auront l’obligation et l’intérêt de collaborer étroitement avec l’ensemble des structures déconcentrées de l’Etat.

2. Mécanisme de financement de la décentralisation en Mauritanie

Le fonds régional de développement constitue le transfert le plus important effectué sur le budget de l’Etat en direction des collectivités territoriales. Il a connu une importante évolution en terme de montant et mode de gestion. Il s’élève aujourd’hui à 350 Millions de MRU (3,5 milliards de MRO).

A côté de ce fonds, l’Etat Mauritanien investit annuellement environ 400 Millions de MRU (4 milliards de MRO) dans la gestion des déchets municipaux, et participe annuellement à hauteur de 250 Millions de MRU (2,5 Milliards de MRO) dans le financement du programme PNIDDLE sur une période de 5 ans. Ainsi, un milliards de MRU (10 milliards de MRO), sur un budget d’environ 44 Milliards de MRU, est alloué annuellement et de façon direct au financement de la décentralisation.

A cela s’ajouteraient les fonds dédiés aux différents départements ministériels et agences de lutte contre la pauvreté pour les opérations réalisées au niveau régional et local, et qui sont de nature à favoriser le développement durable. On rappelle a ce niveau que, malgré le fait que les centres de santés et écoles primaires, à titre d’exemple, dont la gestion relève des compétences des communes, ces infrastructures de base continuent à être construits et gérés par les autres départements techniques et agences de lutte contre la pauvreté.

Les conseils régionaux risqueraient de se confronter à ce genre de difficultés, s’ils ne mettent pas rapidement en place les moyens humains nécessaires pour garantir le bon fonctionnement de leurs structures techniques.

Cependant, les moyens humains ne sont pas suffisants à eux seuls, c’est pourquoi la loi sur la région par son article 55, définit les ressources de fonctionnement de la région : ”Les recettes de fonctionnement de la Région proviennent des dotations de fonctionnement accordées par la loi des finances, et des redevances du domaine, des produits de l’exploitation de son patrimoine et des redevances pour services rendus”.

A ce niveau, il conviendrait de rappeler que la fiscalité locale gérée par ou pour le compte des communes est jugée peu rentable. Ainsi, sans le concourt de l’Etat via le FRD ou toute autre subvention, la plupart des communes n’arriveraient pas à satisfaire leurs engagements en terme de fonctionnement.

Le niveau de mobilisation de ressources propres est resté faible, et ce malgré les multiples actions de renforcement de capacités réalisées à travers l’appui de la part de l’Etat et des partenaires techniques et financiers tels que la GIZ, l’AFD, le PNUD, la Banque Mondiale pour ne citer que ceux ci.

Ainsi, il est suggéré de procéder dans les plus brefs délais à une reforme de la fiscalité locale par l’introduction d’une fiscalité régionale permettant aux deux collectivités territoriales de disposer de ressources propres plus importantes et de niveau garantissant une certaine autonomie financière.

3. Régionalisation et développement de l’auto emploi

L’introduction du nouvel échelon de la décentralisation est de nature à promouvoir un développement économique local et de favoriser la création d’emplois durables. La aussi, les leçons devront être tirées des différentes expériences connues avec les communes en matière de création d’emplois.

Les communes n’ont, jusqu’a présent, pas réussi à créer des emplois au niveau local et ce malgré l’existence de ressources compétentes dans le domaine, et le besoin des mairies en matière de ressources. Ce manque de réussite est la résultante de plusieurs facteurs dont la rareté des ressources de fonctionnement au niveau des communes, le non engagement des partenaire au développement dans la prise en charge des coûts de fonctionnement liés au personnel, mais surtout le caractère non permanant des emplois crées au sein des communes du fait qu’ils sont étroitement liés aux élus dont le mandat est limité à 5 ans.

Les emplois temporaires créés suite aux activités et projets réalisés au niveau des communes restent de courtes durées et prennent fin généralement avec la clôture des projets ou réception d’infrastructures.

La solution idéale a cette situation est l’auto – emploi des jeunes. La création de petites et moyennes entreprises constitue une solution à cette équation à multiples inconnus qu’est l’emploi durable des jeunes.

Les régions auront un rôle historique à jouer dans ce domaine, et ce à travers l’encouragement d’initiatives privées émanant de jeunes désirant s’aventurier dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Il est possible pour les régions de proposer la création d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs au niveau régional. Ce régime simplifié pourra bénéficier à toutes les parties concernées par le développement économique à travers la petite entreprise ;

La région tirera des bénéfices à travers la création d’une fiscalité rentable basée sur la création de la richesse et s’éviter ainsi de se retrouver avec des redevances et taxes peu rentables et dont le recouvrement est quasi impossible vu la nature des sanctions à mettre en place.

Les jeunes entrepreneurs bénéficieront d’exonérations fiscales sur certaines rubriques de la fiscalité de l’entreprise Mauritanienne et seront en mesure de créer des emplois durables, avec l’obligation pour eux de s’enregistrer et d’appliquer les règles de transparence en matière de comptabilité et d’informations financières.

Le régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs permettant à la région de promouvoir un développement économique durable, et fera son chemin sur la démarche d’entreprendre à zéro Franc testée dans quelques pays de la sous région et soutenue par plusieurs partenaires au développement dont notamment la Banque Africaine de Développement.

La petite et moyenne entreprise pourra jouer un rôle économique important et historique au niveau régional, local et rural. La petite entreprise permettra au système monétaire d’être plus efficace, aux banques présentes au niveau régional de contribuer au financement du développement du pays et à la lutte contre la pauvreté.

Il est fortement conseillé d’encourager les jeunes entrepreneurs a investir à l’intérieur du pays et ce à travers des avantages fiscaux importants. S’inspirer du régime particulier de la zone franche de Nouadhibou, du régime fiscal simplifié appliqué aux sociétés pétrolières ainsi que celui des entreprises étrangères non résidentes en Mauritanie.

En guise de conclusion, on peut dire que la création des régions en Mauritanie est une action à saluer et à soutenir. Cependant, il est nécessaire de capitaliser l’expérience des communes en ce qui concerne la mise à disposition de moyens humains compétents, de mise en place d’une fiscalité régionale basée sur la création de la richesse et d’encourager l’auto emploi à travers l’adoption d’un régime fiscal simplifié au bénéfice des jeunes entrepreneurs.

Des collectivités territoriales fortes, dotées de ressources financières stables et disposant de moyens humains à la hauteur, garantiront l’atteinte des objectifs de développement visés par le Gouvernement à travers la politique de décentralisation des services de proximité de base.

Par Youssouf El Yedaly.
Source : Financial Afrik

 

 

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (6)/Par Ahmedou Ould Moustapha

La donne a changé

Ce genre de sanctions économiques, ainsi que le levier financier dont ils disposent à travers le système monétaire international sus-évoqué, constituent, pour les Etats Unis, un outil de politique étrangère contre leurs concurrents directs comme la Chine au plan économique et la Russie au plan militaire.

Mais la donne commence à changer. Elle a même déjà changé pour ce qui est du plus important, c’est-à-dire sur le plan économique.

En effet, au cours de l’année 2011, le Fonds Monétaire International (FMI) avait prédit que les Etats Unis ne seront plus la première puissance économique en 2016 et qu’ils seront détrônés par la Chine. Mais au terme de l’année 2016, le FMI a changé d’avis, pour ne pas dire d’approche : ‘’les Etats Unis sont toujours première puissance économique mondiale et le resteront encore dans le futur immédiat’’.

Est-ce parce que la mesure d’évaluation du FMI a changé ?  Car si l’évaluation de la production des biens et services était établie non pas seulement en termes relatifs (PIB/Nombre d’habitants) mais aussi et surtout en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA), autrement dit si l’instrument de mesure du PIB était fonction de la PPA, alors la Chine est déjà première puissance économique mondiale depuis 2014. D’autant plus que tous les grands analystes  en la matière considèrent que le critère de la PPA était plus juste et font consensus sur sa pertinence pour faire des comparaisons de ce genre, puisqu’il est basé sur les pouvoirs d’achat des monnaies par rapport à un ensemble ou panier de produits…

Encore que des institutions américaines de réputation notable, tels que l’Institut Peterson et l’Université de Pennsylvanie, venaient de publier des études qui faisaient ressortir que « la Chine était, depuis 2014, la première puissance économique mondiale, après avoir été la première puissance commerciale l’année précédente », en se fondant sur les indicateurs ci-dessous :

  • En 2014, l’économie américaine avait produit un peu plus de 17 000 milliards de dollars contre 18 000 milliards de dollars pour la Chine
  • la moyenne annuelle de l’augmentation des recettes fiscales de la Chine est de 35%  depuis 2011 alors que les recettes fiscales des Etats Unis baissent considérablement d’année en année
  • l’échange quotidien des titres sur le marché financier chinois est estimé à près de 7000 milliards de dollars, dépassant largement celui du marché américain
  • la chine est le premier pays qui bénéficie du plus grand flux financier étranger au monde, c’est-à-dire l’investissement direct étranger (IDE), très loin devant les Etats Unis, comme destinataire favorite des investisseurs internationaux.
  • la Chine est aussi le premier pays qui investit le plus à l’étranger (rien qu’en Afrique, elle a investi plus de 100 milliards de dollars à la fin de l’année 2017).
  • la Chine est désormais le premier exploitant de mine au monde.
  • elle est le premier fabricant d’automobile au monde.
  • la Chine est le premier pays producteur industriel du monde.
  • elle est le premier pays exportateur dans le monde.

Puis ceci également : Market Watch, une référence américaine en matière d’analyse et d’information financière, s’appuyant sur les derniers chiffres du FMI même, a récemment annoncé : ‘’ les Etats Unis sont désormais la deuxième puissance économique mondiale’’… La Chine vient de les doubler après plus d’un siècle d’hégémonie américaine’’. ‘’ Et cette tendance ne devrait pas s’inverser de sitôt’’.

S’ajoute à tout cela, l’érosion continue de la valeur du dollar. Et beaucoup d’experts prédisent la fin toute prochaine du dollar comme première monnaie d’échanges et comme devise de réserve. C’est d’autant plus vrai que la Chine et la Russie, en partenaires stratégiques, ont déjà franchi les premières étapes pour sortir du dollar.

Ce faisant, avec d’autres membres de l’Union Economique Eurasiatique (UEE), elles ont décidé de réduire leur dépendance envers le dollar et considèrent que c’est une question de survie ; car les Etats Unis ne cesseront jamais de manipuler les flux monétaires et exercer ainsi une pression économique et politique sur leurs deux principaux concurrents.

Mais pour mieux comprendre ce rapport de force ainsi que le poids du dollar qui bascule à l’avantage des Etats Unis et constitue le tendon d’Achille desdits concurrents, il est utile de revenir un petit peu  en arrière.

En 1971, le président Nixon avait mis fin à l’étalon-or pour les Etats Unis, ce qui signifiait que le dollar n’était plus coté ou adossé à l’or, foulant ainsi au pied, unilatéralement, les Accords de Bretton Woods qui avaient établi les règles du système monétaire international en 1944.

Depuis lors, le nombre de papiers fiduciaires ou de billets de la monnaie américaine, en circulation dans le monde, s’est multiplié de façon illimitée, sans aucun autre soutien tangible qu’une fiction soigneusement entretenue, selon laquelle la banque centrale des Etats Unis, plus connue sous le nom de la Réserve fédérale des Etats Unis (ou FED en abréviation), avait encore dans ses chambres fortes la plus grande quantité de réserves d’or au monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, la confiance au dollar, qui reste toujours la devise de réserve mondiale, allait être renforcée par une autre tricherie, se traduisant par un simple concept : le « pétrodollar ».

En effet, vu que l’économie mondiale avait subi une grande inflation provoquée par cette décision de Nixon, que le dollar n’était plus convertible à l’or et que le choc pétrolier de 1973  venait s’y ajouter pour constituer un tout plus que contraignant, alors les pays industrialisés annoncèrent à leurs fournisseurs de pétrole (OPEP) qu’ils voulaient désormais payer leurs factures avec leurs propres monnaies nationales. Mais c’était sans compter avec les américains qui firent en sorte que les pays de l’OPEP, l’Arabie Saoudite en tête, n’acceptent que des dollars en échange de leur or noir…

Le concept du  pétrodollar, soutenant fictivement le billet vert, était ainsi né, de sorte que  toutes les matières premières seront désormais cotées en dollars ; de même que toutes les statistiques économiques internationales seront données en dollars.

Il y a encore plus : cette décision de Nixon permettait également à la FED de pouvoir mettre en marche la planche à billet dès qu’elle le souhaitait sans garantie en or. Il se trouve qu’elle le souhaita en 2012, lorsque son président, Ben Bernanke, décida d’émettre, sans contrepartie, une somme faramineuse du billet vert en promettant de poursuivre une émission supplémentaire mensuelle de 85 milliards de dollars pendant une durée indéterminée.

La planche à billet venait ainsi de se remettre en marche. Or c’est mécanique, plus il y a d’unités d’une devise, moins elle a de valeur. C’est ce qu’il s’est passé, en effet, et cela continue toujours avec la dépréciation irréversible et sans fin de la valeur du dollar.

La Chine et la Russie s’inquiétèrent donc, comme tout autre pays souverain et soucieux de ses intérêts, devant cette évaporation littérale de la valeur de leurs réserves en dollars. D’autant plus que la seule alternative crédible, l’Euro, se trouvait et demeure toujours dans une crise qui, selon beaucoup d’experts, montre tous les signes d’une perspective de longue durée.

C’est pourquoi, dès 2012, la Chine et la Russie avaient décidé de diminuer progressivement la proportion d’actifs de leurs réserves en papier dollars pour les transformer en or physique qui constitue un actif sûr, tangible, qu’aucun gouvernement ne pourrait dévaloriser par une  simple manipulation monétaire.

La Chine retira ainsi, en juin 2012, 54 % de ses réserves en dollars en vue de se prémunir, au moins partiellement, contre cette dévalorisation de la valeur du dollar et s’engagea alors dans une politique d’acquisition massive du métal jaune.

Elle est aujourd’hui le premier pays producteur d’or, et toute sa production aurifère passe directement, par acquisition, dans les réserves de la Banque Centrale de Chine.

Parallèlement, elle s’adressa au marché international de l’or avec une discrétion d’autant plus raisonnable qu’elle n’avait aucun intérêt à provoquer une hausse brutale et inquiétante pour tout le monde.

Aussi, de 2012 à 2015, elle a été le pays qui aura acheté annuellement la plus grande quantité d’or sur le marché international, devant la…Russie (qui l’a détrônée depuis 2016).

Mais la Chine ne s’arrêta pas là : après l’accaparement de sa production nationale, elle s’attaqua à la production mondiale de l’or par l’intermédiaire de ses deux plus grands groupes exploitants de métal jaune, China Gold et un autre, qui ont pu devenir propriétaire ou actionnaire majoritaire de cinq compagnies de production d’or éparpillées dans le monde, du Brésil à l’Australie et de l’Afrique au Kazakhstan. Et à défaut de pouvoir vendre leurs parts, pour une raison ou une autre, en tout cas pas par manque de volonté de la partie chinoise, plusieurs autres compagnies internationales de production aurifère ont signé des contrats d’achat de production à long terme avec la Chine, ce qui représente pour elles un filet de sécurité pour les cours.

D’aucuns pourraient se demander pourquoi la chine procède-t-elle ainsi, avec un tel engouement ?

La plus simple des raisons est celle-ci : à cause de son retard industriel, donc pour une raison purement économique, la Chine n’avait pas intérêt à un Yuan (sa monnaie nationale) fort, garanti par l’or, et donc à immobiliser une grande quantité de ses avoirs en stock physique d’or qui n’avait pas vocation à remplir, comme le dollar, la double fonction de monnaie d’échanges et de devise de réserves. Mais cela comportait un risque qui se traduisit d’ailleurs par ce qui arriva : des taux de change du dollar qui baissent et qui continuent encore de baisser. Selon des analyses qui se réfèrent à des sources de la Banque Centrale Européenne, avant 2002, le dollar était à une moyenne de 0, 81 par rapport à l’Euro.

Mais depuis 2012, il n’a jamais été en dessous de 1,15 ; il est en ce moment à 1,23  par rapport à l’Euro, ce qui signifie qu’il a perdu environ 43 % de sa valeur durant cette période. D’autres analyses plus poussées font ressortir qu’il a perdu près de 50% de sa valeur pour la même période.

Aussi, avant la fameuse décision susvisée, prise en 2012 par le président de la FED, les réserves physiques en or de la Banque Centrale de Chine était de 1,6 % du total de ses réserves, ce qui explique que presque tous ses avoirs étaient constituées de réserves de change libellées en dollars et, dans une moindre mesure, en d’autres devises.

Mais cette nouvelle politique de renforcement de ses réserves physiques en or se dessine clairement à présent. Avec l’accélération de sa production nationale, les achats gigantesques et soutenus depuis 2012, sur les marchés intérieur et international  ainsi que l’entrée en force dans le capital des compagnies minières étrangères ou encore les contrats d’achats de production, la Chine se positionne déjà pour bien peser dans le contrôle de l’or mondial et se placer parmi les plus grands détenteurs de stocks physiques du métal jaune. De quoi soutenir la demande de son économie pendant longtemps et passer sans problèmes à la deuxième étape stratégique qu’elle semble avoir préconisée avec la Russie, à savoir la sortie du dollar ou, si l’on veut, la dédollarisation de ses réserves et – autant que possible – de ses échanges.

On peut imaginer que le but ultime de la Chine serait de remplacer le dollar américain  par le yuan chinois. Ce n’est pas impossible ! Elle pourrait bien mobiliser toute la quantité physique d’or qu’elle aura accumulée pour s’en servir afin de garantir le yuan qui deviendrait alors la monnaie la plus solide qui soit. Un Yuan solidement adossé à l’or, et non plus à un panier de devises, deviendrait effectivement plus crédible que le dollar.

Cela d’autant plus vrai que celui-ci est tributaire d’un gouvernement fortement endetté et qui n’a plus de choix que de continuer à utiliser la planche à billet comme recours ou se déclarer en défaut de paiement ; ce qui serait, dans les deux cas, une véritable mise à mort du dollar. On assistera alors au retour de l’étalon or et le précieux métal ne s’en porterait que mieux. Et le système monétaire international sera plus équitable, parce qu’il ne dépendrait plus d’un seul pays qui l’utilise en position de force, qui ne se fonde au demeurant sur aucune réalité physique requise, comme outil de politique étrangère ou de pression économique.

On peut admettre aussi, pour différentes raisons, que nous n’en sommes pas encore là et que la dette chinoise semble également être importante ...

Seulement voilà :

-    Le remplacement du dollar en tant que monnaie étalon se discute déjà au niveau du FMI.

-   La dette chinoise a servi hier comme aujourd’hui au développement des infrastructures du pays pour combler son retard dans ce domaine, il s’agit donc d’investissements productifs ; elle est différente de nature et de volume en comparaison à la dette américaine qui, elle,  est gonflée essentiellement par les budgets de fonctionnement et de la défense ; encore que ce n’est pas une dette sortie des limites du remboursable comme celle des Etas Unis.

-  Tous les grands acteurs économiques occidentaux le disent : « on ne peut pas gagner de     compétitivité dans nos entreprises européennes et avoir un dollar qui perd 50 % de sa valeur ; le monde est multipolaire, le système monétaire doit être multimonétaire », déclare un ancien chef d’Etat Européen.

- Un autre grand patron d’un groupe industriel américain, John Hathaway, a déclaré : «  nous sommes au cœur de la transformation du système monétaire international ; nous allons probablement voir le dollar perdre beaucoup de son avantage en tant que principale devise de réserve, voire même perdre ce statut ».

- Caterpillar et McDonald’s ont récemment financé de grands projets en Chine avec des offres d’obligations en Yuan et non en dollar.

- Le commerce entre la Chine et la Russie ainsi que la plupart des pays membres de l’Union Economique Eurasiatique (les pays de l’Ex URRS en Asie mineure, le Vietnam, la Thaïlande et autres pays comme l’Iran et le Pakistan), se règle désormais en Yuan chinois et non plus en dollar américain.

- La Chine et la Russie prévoient de créer une Banque de développent et des systèmes de paiement qui vont concurrencer MasterCard et Visa

- Les contrats à terme sur le pétrole brut libellés en Yuan ont commencé à se négocier sur la place de Shanghai depuis le 26 du mois de mars passé, et cela était une réussite surprenante avec plus de 10 milliards de Yuan négociés dès la première heure de la journée d’ouverture des opérations.

Mais pour qu’elle soit plus efficace encore, cette dédollarisation devrait s’opérer également  avec les autres membres du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

D’ailleurs le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré l’année dernière, pendant le Sommet des BRICS en Chine, que « la Russie est prête à s’éloigner du dollar avec la Chine » et que « la Russie partageait les préoccupations des BRICS concernant l’emprise du dollar sur les opérations commerciales internationales ».

En revanche, ce que le président Poutine n’avait pas dit ce jour là, c’est que la Russie, elle aussi, a reçu un choc qui ne s’oublie jamais : c’était en 2014 lorsque le Trésor américain et la bourse de New York , Wall Street, avaient décidé de se délester de leurs roubles suite à un accord américano-saoudien visant à faire chuter les prix mondiaux du pétrole, rien que pour punir la Russie de son soutien à Bachar El Assad, sachant que le budget de l’Etat russe dépend fortement de l’exportation des hydrocarbures.

C’est pourquoi, dans cette même année, la Russie et la Chine ont signé deux contrats de trente ans sur le gaz russe pour la Chine. Et ces contrats stipulent que les échanges qui en découleraient se feraient en Yuans et en roubles, pas en dollars.

Aussi, en novembre 2014, la Banque Centrale de la Fédération de Russie (BCFR) avait annoncé, pour la première fois, qu’elle venait d’intégrer le yuan chinois dans ses réserves de devises. Cette décision d’inclure le yuan dans les réserves officielles de la BCFR a pu développer son usage dans les marchés financiers russes au détriment du dollar, si bien qu’ils enregistrèrent, en 2015, un total d’achats record de 18 milliards de yuans soit une hausse de 400 % par rapport à l’année précédente.

Parallèlement à cela, et à l’instar de la Chine, la Russie a considérablement augmenté le volume de ses réserves d’or, notamment suite aux sanctions des Etats Unis et de l’Union Européenne, consécutivement à la position russe dans le conflit Ukrainien, en 2014.

Ainsi, en une seule année, entre 2014 et 2015, les réserves russes en or physique ont augmenté de 129 %. Et la BCFR achète en roubles chaque once d’or extraite des mines russes à un prix attrayant et garanti, en plus des achats qu’elle effectue sur le marché mondial, exactement comme la Chine, afin de gonfler les avoirs d’or de l’Etat russe.

C’est ainsi qu’elle a pu acheter une quantité de métal jaune très importante, au point de dépasser les réserves de la Chine en termes de volume d’actifs physiques.

Voilà qui explique que les réserves en dollars de la Russie ont baissé en 2016 de 140 milliards par rapport à 2014 et que, depuis lors, le stock physique d’or de la BCFR ne cesse de grossir au détriment de ses réserves en dollar.

Et au-delà de ce qui précède, la Russie a réglé toute la dette de l’Ex URSS et renoncé aux prêts que celle-ci avait accordés aux pays du tiers monde soit une remise gracieuse totale de 100 milliards de dollars.

Ensuite, la dette publique de la Fédération de Russie s’élève, en fin 2017, à 16 % de son PIB. De quoi faire pâlir de jalousie les pays occidentaux. De quoi également énerver les banques internationales qui aiment bien voir les Etats s’agenouiller devant elles pour leur demander plus d’emprunts ou pour négocier un échéancier de remboursements plus souple, car c’est l’occasion pour elles d’imposer leurs conditions visant à prendre une emprise sur ces Etats et à les piller davantage.

Tout cela pour dire que, partant des manipulations que le gouvernement américain opère sur le dollar en tant que devise de réserve mondiale, considérant qu’il utilise le système monétaire international comme outil de pression politique et tandis qu’il tentait et tente encore d’imposer sa volonté en Syrie avec l’appui financier des pays arabes du Golfe, pour changer le cours de l’histoire au Moyen Orient, qui est le cœur même de la géopolitique mondiale, la Russie et la Chine ont été ainsi poussées à s’entendre pour définir une stratégie commune dans le but de dédollariser les opérations commerciales au sein de l’Eurasie d’abord et, à court terme, avec leurs autres partenaires. Leurs achats massifs du métal jaune semblent bien vouloir réduire le poids du dollar dans l’économie mondiale. Et l’intense activité de la Chine pour peser dans le contrôle de la production mondiale de l’or ne semble traduire qu’une seule volonté, celle  de transformer le yuan en devise de réserve principale.

S’y ajoute qu’une alternative du dollar par le yuan soutenu par le rouble, adossés tous les deux à l’or, pourrait effectivement déclencher la sortie rapide du dollar et, avec elle, une incapacité certaine des Etats Unis à continuer de dévoyer le rôle du dollar en tant que devise de réserve pour financer leurs guerres de domination avec l’argent des autres pays.

De toute façon le processus de la dédollarisation est déjà entamé, peut être avec le consentement passif du gouvernement américain qui a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi et même à ‘’couler’’ sa propre monnaie.

C’est une question de bon sens : la dette publique américaine ‘’officielle’’ est tellement démesurée (plus de 20 000 milliards de dollars) qu’elle n’est plus contrôlable. En 2017, elle dépassait de 36 % la dette de tous les pays réunis de la zone Euro. Or avec le président Donald Trump, les  experts prédisent qu’elle pourrait s’approcher des 30 000 milliards de dollars à la fin de son mandat.

Il s’agit d’une dette que le gouvernement américain ne pourrait jamais régler, d’autant moins avec sa méthode actuelle qui ressemble par bien d’égards à celle du grand escroc Bernard Madoff et qui consiste à rembourser partiellement et à emprunter davantage : c’est le système infernal du ‘’Shipéco’’ que l’on connait bien chez nous.

Donc, pour éviter l’effondrement économique et la banqueroute, il ne restera plus au gouvernement américain que de dévaluer considérablement sa monnaie puis de rembourser avec des dollars qui ne valent plus qu’une fraction de ce qu’ils valaient autrefois.

Mais il est fort probable que les Etas Unis, quelles que soient leurs difficultés économiques et contradictions internes ou autre obstacles auxquelles ils seraient confrontés, arriveront sûrement à les surmonter, vu le degré de leur savoir technologique et scientifique que leur culture créative et entreprenante peut bien maîtriser et orienter vers d’autres perspectives plus porteuses d’espoir. Encore que si, par hypothèse, cet effondrement économique se produisait, les ondes de choc d’un tel séisme auraient des conséquences incalculables sur le reste de la planète, et elles seraient loin d’être partout bénéfiques.

(A suivre)

 

Le Sahel face à la corruption (Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S)

Le Sahel face à la corruption (Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S)Une lancinante affirmation associe, depuis de nombreuses années, corruption et Afrique. Une affirmation, peut être excessive, mais pour le moins intéressante. En effet, à travers le monde, se développe de plus en plus, une moindre tolérance à la corruption.

D’où le mérite du président de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, d’avoir inscrit la corruption à l’ordre du jour du dernier sommet de son organisation.

Une nécessité économique

Pour au moins deux raisons, il est utile de dépassionner le débat autour de la corruption en Afrique. D’abord, ce fléau, qui existe partout à travers le monde, n’est pas une spécificité du continent. Par ailleurs, dénoncer et combattre la corruption n’est pas une posture morale, et encore moins une stigmatisation. Il s’agit à la fois d’un impératif économique, d’une nécessité politique et d’une précaution sécuritaire.

Enfin, lutter contre la corruption c’est aussi contribuer au développement économique et, indirectement,à la prévention des conflits civils et des migrations irrégulières. Deux phénomènes liés à l’exclusion et la pauvreté, elles-mêmes souvent exacerbés par l’impunité dont bénéficie la corruption.

Dans les années 1990, un collègue indonésien me demandait si, investie sur place, l’argent de la corruption ne lubrifierait pas les rouages de l’économie nationale, accélérant ainsi la croissance des pays.

Pour lui, la corruption en Afrique, contrairement à de celle de l’Asie, est flagrante, indiscrète et stérilisante dans la mesure où son produit s’évapore immédiatement au-delà des frontières et, de surcroit, en produits de luxe ostentatoires.

Le Global Financial Integrity et la Banque Africaine de Développement estiment que 1300 Milliards de Dollars ont été transférés hors du continent Africain entre 1980 et 2009.

Endémique et arrogante, la corruption africaine discrédite les élites publiques et privées. Ce discrédit les affaiblit moralement, les fragilise politiquement et rend inaudibles, ou pour le moins peu crédibles, leurs messages aux populations. Il est également certain qu’il ne peut convaincre les partenaires extérieurs.

Différentes formes de corruption

Il y a la petite et la grande corruption. Toutes deux sont condamnables par leurs effets sur les mentalités et leurs surcoûts imposés à l’économie. La première est celle des subalternes et autres agents administratifs. Pour quelques sous, ils harcèlent, aux carrefours des grandes villes, les citoyens mais avec une attention particulière pour les visiteurs étrangers.

Cette corruption endémique, très visible et lassante, n’est qu’un sous-produit de la grande corruption, souvent institutionnalisée celle-là. Celle des hauts responsables nationaux. Par des comportements arrogants et l’impunité dont ils bénéficient, ces dignitaires ont introduit et banalisé concussion, détournement de fonds et escroquerie. Dans plusieurs pays du Sahel cette corruption est devenue une véritable sous culture politique.

Il s’agit précisément de la corruption couverte par la convention internationale signée le 12 décembre 2002 à Merida, Mexique. Son article 53, mentionne ‘’des mesures pour le recouvrement direct des biens.’’ Plus connu dans les medias sous le vocable de récupération ‘’des biens mal acquis’’, cet article traite de la corruption des élites dirigeantes et du recouvrement des biens spoliés à leurs propriétaires légitimes, c’est-à-dire les citoyens des pays affectés.

C’est cette corruption avérée, et surtout son impunité, qui porte le plus grand tort à l’Afrique. Nos états, les citoyens et nos partenaires extérieurs doivent combattre avec détermination cette impunité.

En Europe, des dirigeants, de tout premier plan, soupçonnés de corruption, font face à la justice nationale, non pour des règlements de compte politiques – fréquents en Afrique - mais pour répondre aux accusations lancées contre eux. Un ancien chancelier allemand, un ex premier ministre italien et un ancien ministre français du budget en sont trois exemples des plus connus.

Protéger la respectabilité du pouvoir

En matière de corruption, l’action de certains pouvoirs vise souvent à protéger leurs proches et surtout leurs poches. Sans doute par solidarité familiale mais souvent comme si ces derniers avaient agi sur leurs instructions. Cette attitude encourage la déstructuration des institutions nationales et plus précisément celles qui protègent le mieux le pays et les citoyens: la police et la justice, ou les informe et éduque: la presse libre.

L’obstruction à l’action de la justice contre des agents notoirement corrompus, délégitime les institutions et consolide la corruption. Elle discrédite ainsi les pouvoirs centraux et annihile l’impact de leurs actions même les plus vertueuses.

Précisément, dans les pays sahéliens, où tout le monde connait tout le monde et où l’information et les rumeurs circulent rapidement, les conséquences de la corruption sont bien plus dévastatrices qu’ailleurs. Elles menacent l’intégrité des états les plus atteints.

Plusieurs raisons à cela. La première est l’extrême sensibilité de ces populations face aux abus qui sont souvent perçus comme favorisant une région ou une ethnie. De plus, la rareté des ressources financières, face à l’immensité des besoins et l’urgence d’y répondre, devraient inciter à limiter les ‘’déperditions’’ des fonds. Enfin, l’importance d’une gestion responsable des projets et autres investissements, et donc la réduction des évaporations budgétaires, invitent à l’ascétisme et non à la gabegie.

Par ailleurs, en Afrique, les armes les plus efficaces pour la prévention et le combat contre la corruption - la presse, la police et la justice - ne jouissent pas des mêmes marges de liberté ou de ressources et d’influence qu’ailleurs.

En leur absence, ou du fait de leur indigence financière, le blackout est total sur les concussions. Cette situation affaiblit d’autant la dissuasion contre le fléau de la corruption.

Dans certains pays, tout est prétexte à l’extorsion de biens et de revenus au détriment de l’état. L’appropriation systématique des propriétés bâties et autres domaines publics et la participation forcée dans les contrats d’investissements étrangers sont monnaie courante.

L’état civil, domaine de souveraineté par excellence et indispensable aux services de sécurité, est parfois confié au privé et non à la Police nationale comme ailleurs dans le monde. Les conflits d’intérêts y deviennent flagrants.

Les listes électorales qui en découlent, modifiables à volonté, fourmillent de doublons. Leur fiabilité est souvent discutable.

Les recrutements dans les administrations accordent plus de place au népotisme et à la corruption qu’au mérite et à la compétence. D’après les réseaux sociaux, ‘’tu viens de la part de qui ?’’ est un test de sélection bien plus fréquent lors des examens que la question : ‘’quel diplôme as-tu ?’’

La qualité du personnel des administrations les plus sensibles pour les populations et la pérennité des états - sécurité, santé et enseignement – se trouvent ainsi menacée.

Il ne s’agit pas seulement de lacunes dues à l’incompétence ou l’indigence des services mais d’opérations de corruption délibérées visant le contrôle d’un secteur de l’économie nationale. Pire, il est fréquent de voir des officiels gouvernementaux en concurrence commerciale avec des opérateurs du secteur privé national ou étranger.

Les effets pervers de ces pratiques, souvent bien ancrées, sont des plus dévastateurs pour les pays du Sahel, leurs économies et leurs institutions. Par effet d’imitation, de nombreux citoyens pratiquent cette effrayante culture de pillage et bénéficient de l’impunité. Une culture qui fait fuir l’investissement direct extérieur mais aussi l’épargnant national.

Comment s’en sortir ?

Continuer à blâmer l’étranger, ‘’pas de corrompus sans corrupteurs’’ ne résoudra pas nos difficultés. Il faut combattre le cancer de la corruption comme le font d’autres pays à travers le monde. Par la presse, la police et la justice. Et naturellement par l’exemplarité du leadership. L’ancien président Senghor du Sénégal aimait dire ‘’en politique, la famille, c’est l’ennemi.’’

A long terme, la corruption appauvrit les pays et les individus. Blanchiment d’argent, trafics divers et impunité sont le cocktail qui maintient dans le cercle vicieux de la pauvreté. Un cocktail qui fragilise les états, les rend vulnérables aux conflits civils, à la fuite des cerveaux et aussi celle des …bras.

Lancinante, la lutte contre la corruption en Afrique doit cesser d’être un tabou. La confronter pourrait aider, comme ailleurs, à la marginaliser faute de pouvoir l’éradiquer.

Les organisations telles International Consortium Investigative Journalists, European Investigative Collaboration, Transparence International et d’autres, doivent, comme elles le font ailleurs dans le monde, mener aussi leur lutte contre la corruption en Afrique.

Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S

www.centre4s.org
Source : RMI Biladi (Mauritanie)

 

 

Nouvelles d’ailleurs : Du goût du sang…

Nouvelles d’ailleurs : Du goût du sang… Je vois ici et là applaudir à l'abrogation de l'article 306 au motif d'une pré supposée défense de " notre foi". Soit.

Mais parler de défense de "notre foi" dans un pays qui pratique l'endogamie, le mariage entre soi, le système de castes, le cloisonnement social entre nobles et non nobles, l'exclusion selon la couleur de la peau ou l'origine sociale, qui fait de l'inégalité sociétale entre les hommes un préalable à toutes les stratégies d'installation et de gestion de la sphère tribalo-socialo-économico-politique,

qui accepte qu'une petite fille de 12 soit mariée, qui pratique l'art de la louange aux puissants, qui détourne, qui vole, qui ment, qui passe son temps à parler des autres et à commérer, qui accepte comme fait établi que l'hypocrisie est une norme acceptable, qui ferme les yeux sur son passé, qui fait de la justice une arme politique, qui enferme des jeunes femmes violées au nom d'une prétendue zina, qui laisse ses enfants mendier dans la rue pour enrichir un maître coranique, qui se cloisonne en communautés, etc etc.... est quelque peu indécent...

Où est donc la Foi là dedans?

Nous voilà donc, depuis Vendredi, le pays qui a effacé de son vocabulaire le mot Repentir, le Pardon… la Miséricorde.

L’enfermement à perpétuité dans la meute populiste et la mort de toute intelligence politique et de la volonté à faire d’un amas d’orgueilleux une Nation moderne.

Nous avons capitulé. Capitulé lâchement, prétextant un honteux « dysfonctionnement » dans notre perception du Malékisme… Ce qui veut dire que nous nous trompons donc depuis des siècles…

Ce qui veut dire aussi que, elhamdoullillah, nos « intelligences éclairées » actuelles ont rétabli la « Vérité ».

Alors ma chronique s’adresse à nos députés. Messieurs les députés, puisque vous venez de récuser des fuqqahas au sujet de l'article 306 sur l'apostasie, fuqqahas qui furent vos pères ou vos grands pères au passage, fuqqahas respectés alors ( et je ne parle pas du temps des dinosaures mais bien d’une trentaine d’années), au nom d'un "dysfonctionnement" dans notre perception du rite malékite, allez donc au bout de votre "courage aux ordres" et interdisez le mariage précoce, l'excision, les violences faites aux femmes, le viol conjugal... Puisque nous sommes en "dysfonctionnement", allez y... Faites preuve de courage....

Ou bien vous ne prenez que ce qui arrange l'alignement du petit doigt sur la couture du pantalon?

Les dogmatiques ont demandé le sang, vous avez obéi. Les dogmatiques ont renié vos pères et vos grands pères. Vous avez obéi. Le pouvoir a exigé. Vous avez obéi…

Pourtant, il y a un an, nous femmes de ce pays aurions aimé que vous « dysfonctionniez » sur nos sorts. Nous femmes, faibles dans cette société patriarcale, aurions aimé que vous nous défendiez, que vous teniez tête à ceux qui ont hurlé au sacrilège quand nous demandions à être protégées. Mais vous avez refusé.

Nous femmes de ce pays, vos mères, vos soeurs, vos filles, vos tantes, vos nièces…aurions aimé que vous nous défendiez et que nous ne soyons plus accusées de Zina après un viol.

Mais vous avez refusé.

Nous femmes de ce pays nous aurions aimé que vous nous protégiez contre les insultes, le harcèlement sexuel, les viols, les arrangements sur le dos des victimes, les coups, les violences conjugales, les mariages précoces…

Mais vous avez refusé.

Nous femmes aurions tant voulu que vous preniez en compte les mille et un maux dont nous sommes victimes.

Mais vous avez refusé.

Nous femmes aurions apprécié d’être défendues par vous, même si vous êtes confortablement installés dans vos fauteuils de députés à sourire devant les caméras.

Mais vous avez refusé.

Vous NOUS avez refusé le statut d’êtres humains égales à vous dans la protection des violences qui sont infligées. Au motif que nous sommes des femmes? Donc coupables prédisposées des pulsions de violences masculines? Au motif que si l’on nous viole nous sommes coupables de relation adultère? Donc, raccourci, « violables »? Au motif qu’il n’y a aucune indignation à ressentir quand une petite fille est mariée à un homme adulte et qu’elle subit le viol de son corps d’enfant? Après tout, qu’est-ce qu’une petite fille… une future femme. Rien.

Au motif qu’un mari a le droit de battre sa femme de temps à autre? Qu’est-ce qu’une femme, après tout… rien. Juste bonne à prendre des coups… Pas de temps à perdre à punir les maris violents…

Au motif que les mains baladeuses, les intimidations d’ordre sexuel sur les lieux de travail, les « Je te coince contre un mur », les « allez, laisse toi faire… », les « tu veux le boulot? Allonge toi sur le canapé », les « oui oui, je sais, quand tu dis non, tu veux dire oui… » ?

Au motif que le harcèlement sexuel contre les femmes qui marchent dans la rue, toutes ces voitures qui ralentissent, qui s’arrêtent le soir, qui font demi tour, dont les vitres se baissent et qui laissent passer des invitations osées sont choses normales? Qu’est-ce qu’une femme qui a peur le soir… Rien… Elle n’avait qu’à pas sortir de chez elle…

Vous NOUS avez refusées… pour des motifs tous aussi variés les uns que les autres.

Vous nous avez refusées sous prétexte de religion, prétexte facile. La religion, notre Foi, vous l’utilisez quand vous en avez envie.

Non. Vous avez fait dans le facile : vous avez offert le sang. Cela c’est facile. Plus facile que de défendre les femmes et d’avoir le courage de les défendre.

Aujourd’hui vous n’avez plus cette excuse religieuse : vous venez de déclarer à la face du monde que notre rite malékite « dysfonctionne » ( ce n’est pas moi qui l’ai dit ). Donc aucune excuse n’est-ce pas?

Et toujours dans la même veine que les "dysfonctionnements" relevés par nos honorables députés dans notre perception et application du rite malékite : allez encore plus loin Messieurs et reconnaissez donc un manquement grave à la notion fondamentale de Justice qui est centrale dans l'Islam... Ordonnez que les familles des victimes des années de sang, des années de honte, aient droit à des procès où seront punis les assassins, les tortionnaires...

L'Islam a toujours privilégié la justice pour les victimes, toujours.

Alors oui, nous avons renié nos fuqqahas qui avaient laissé l'humanité et le pardon dans l’article 306... Nous avons renié notre Islam pour un cri de haine et d'inculture...Cette article est le pire que notre pays ait voté... Le pire... Il représente la laideur de ce que nous sommes devenus. Il est, malheureusement, notre miroir…

Notre Foi est-elle si peu sûre qu'elle ait besoin d'être protégée par le sang? Qu'est-ce qui a fait que l'Islam s'est propagé rapidement? La Justice, l'Amour, le Pardon, l'Équité entre TOUS les hommes, le refus des castes, le refus du racisme.... Pas le sang.

Contrairement à nos fantasmes l'Islam ne s'est pas propagé par le sang mais par ce qu'il apportait aux peuples : l'humilité, l'amour, le pardon, la tolérance, le partage, l'ouverture, la compréhension et l'obligation au savoir…

Que Dieu et notre Prophète Mohamed (SAWS) nous pardonnent de tant d’aptitudes au meurtre…

Salut

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)




 

 

Sahara occidental : Mohammed VI et les hypocrites, par François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique

Comment prétendre trancher d’un coup de cimeterre une dune friable et volatile, dont chaque grain recouvre une histoire contradictoire ? À l’instar du désert qui lui fournit un cadre et un enjeu, le conflit quarantenaire du Sahara occidental n’est pas aisément réductible.

Édito. Alors que les signes avant-coureurs d’une nouvelle tempête de sable semblent s’accumuler tout le long de la zone tampon qui sépare le mur de défense marocain des frontières de ses deux voisins, c’est pourtant ce que vient de faire, le 4 avril, le roi Mohammed VI : porter le couteau dans la plaie. « L’Algérie finance, l’Algérie abrite, l’Algérie arme, l’Algérie soutient diplomatiquement le Polisario », a-t-il martelé dans une lettre ouverte adressée au secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Cette déclaration, la plus incriminante jamais effectuée par le souverain chérifien à l’encontre du régime Bouteflika, s’inscrit dans un contexte précis : les velléités des indépendantistes sahraouis de déplacer une partie de leur quartier général de la Hamada de Tindouf à l’intérieur du no man’s land, considéré par eux comme « territoire libéré ».

Casus belli

Un casus belli pour le Maroc. Mais elle a surtout un objectif, poursuivi en vain depuis quatre décennies par Rabat : obtenir que, dans le langage onusien, l’Algérie passe du statut de « partie intéressée » à celui de « partie au conflit ». Et mettre enfin un terme à une hypocrisie sémantique, source de blocage de toute négociation sérieuse.

Ce que dit M6 relève en effet de l’évidence : c’est sur le sol algérien que le Front Polisario, dont l’armement provient des arsenaux algériens ou transite par l’Algérie, est installé. Sans l’aide de l’État algérien, les camps de Tindouf ne pourraient pas subsister, et sans son appui diplomatique la RASD ne siégerait pas à l’Union africaine.

Quand on entretient, que l’on perfuse, que l’on contrôle ainsi un mouvement armé de guérilla dont le moindre déplacement est soumis à son autorisation, on n’est plus dans le cadre de la « solidarité militante » et du « soutien aux droits légitimes », mais bien dans celui de l’instrumentalisation. On est donc « partie au conflit », aux côtés de ceux que l’on défend et que l’on utilise à la fois – et cela quel que soit le degré de justesse de la cause initiale.

Pour mieux le comprendre, il faut avoir de la mémoire. Le Front Polisario est né il y a quarante-cinq ans, un jour de mai 1973, du côté de Zouerate, en Mauritanie, porté sur les fonts baptismaux par des militants sahraouis désireux de se débarrasser de la tutelle coloniale espagnole, mais qui n’ont pas une vue déterminée de l’avenir du territoire.

Certes, tous nourrissent à l’encontre du Maroc et de sa classe politique une sourde récrimination : celle de ne pas avoir été réellement soutenus, eux ou leurs parents, lors des insurrections de l’Armée de libération du Sud à la fin des années 1950 et de la Harakat Tahrir au début des années 1970.

Étudiants au Maroc, souvent proches de l’extrême gauche, les plus jeunes en veulent à la police du Makhzen, qui, en ces années de plomb, ne donne pas dans la dentelle. Mais cette somme de frustrations ne se traduit pas par une revendication indépendantiste à l’égard du royaume, qui fait valoir très tôt ses droits ancestraux sur le territoire.

La fiction d’une Algérie simple « partie intéressée », au même titre que la Mauritanie, a donc, elle aussi, « trop duré »

À Rabat, le Polisario n’est d’ailleurs pas perçu comme hostile. Lorsque, deux mois après sa fondation, ce dernier révèle son existence par voie de communiqué, les quotidiens marocains, dont l’officieux Matin du Sahara, publient intégralement le texte sans trouver à y redire.

Fiction

Il faudra attendre trois ans et la mort en Mauritanie du premier secrétaire général du Polisario, Mustapha el-Ouali – indépendantiste certes, mais nationaliste et plus proche de Kadhafi que de Boumédiène –, pour qu’Alger prenne en main le Front en favorisant l’accession à sa tête du Reguibat Mohamed Abdelaziz. Depuis lors, hormis la très courte parenthèse (cinq mois) de présidence Boudiaf, marocophile assumé, assassiné en juin 1992, jamais ce « conflit qui n’a que trop duré » (António Guterres) n’a échappé à la gestion algérienne.

Source : jeuneafrique.com

 

L’œil de Glez : Robert Bourgi, tonton flingueur autoproclamé de la politique française

 

Incarnation des méthodes de la Françafrique, Robert Bourgi fait son show médiatique à l’occasion du premier anniversaire du Penelopegate qui fit dérailler François Fillon lors de la dernière campagne présidentielle française. L’avocat revendique l’orchestration de "l'assassinat politique" du candidat.

Début 2017, manifestement grisé par sa victoire inattendue à la primaire de la droite et du centre, le présidentiable favori des sondages, François Fillon, avait manifestement oublié le sens de l’expression « tailler un costard » : « se moquer de quelqu’un, dire du mal de lui, lui jouer un mauvais tour ». Il ne se méfia pas lorsque Robert Bourgi envoya un tailleur prendre ses mesures, en vue d’un don « désintéressé » de trois costumes, pour la modique somme de 13 000 euros.

Opportunément fuitée dans la presse, l’information conduira le Parquet national financier à accorder aux juges chargés d’une affaire Fillon déjà débutée l’ouverture d’un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d’influence ». Si l’affaire de l’emploi présumé fictif de l’épouse Penelope Fillon aura été le cercueil de la candidature républicaine, celle des costumes en aura été le clou, finissant de semer, dans l’esprit des électeurs, le doute sur le désintéressement de l’ancien Premier ministre réputé moins bling-bling que Nicolas Sarkozy…

« Appuyer sur la gâchette »

Ce 29 janvier, sur les antennes de la chaîne française BFMTV, Robert Bourgi prétendait avoir ourdi une sorte d’assassinat politique. Il l’avait déjà déclaré au magazine Vanity Fair, en 2017, indiquant alors que le cadeau empoisonné des costumes avait consisté à « appuyer sur la gâchette ». Étonnant anniversaire 2018 où les organes de presse instruisent moins le public sur les suites judiciaires qu’ils n’agitent la nostalgie précoce d’une campagne électorale désarticulée. Dans cette ambiance digne de la saga des Parrains ou de la série Baron noir (dont la saison 2 commençait justement ce lundi), l’avocat français aux origines libano-sénégalaises apparaît comme le personnage le plus truculent qui soit, dézingueur désuet de série B qui, pour toucher un public plus jeune, s’autoproclame « niqueur de Fillon » ; un terme trivial qu’il avait prêté, un temps, à cet ami Nicolas Sarkozy qu’il entendait venger avec les costumes Arnys « empoisonnés ».

Rien de bien nouveau sous le soleil des us « foccartiens », le méchant du jour se plaisant encore à rappeler, au journaliste Jean-Jacques Bourdin, qu’il fut un élève de Jacques Foccart. Non, l’étonnement ne vient pas de la resucée du scénario politique de 2017, ni des incohérences dans le récit de Bourgi. Comme le met en lumière cette référence de l’avocat à son propre curriculum vitae françafricain, il est effarant que des pontes de la droite française aient accordé tant de confiance récente à ce personnage controversé. Au cas où François Fillon aurait omis ce qu’évoque dans l’imaginaire collectif le nom « Bourgi » – des djembés bourrés de liasses occultes à la gestion d’enfants cachés -, il aurait dû garder en mémoire la tendance du porteur de valises à en déverser les souvenirs sur la place publique, via des auteurs comme Pierre Péan ou directement, pour peu qu’il se sente humilié ou simplement délaissé.

Il faudrait mieux enseigner la fable du scorpion et de la grenouille…

Ali Bongo, mais aussi Dominique de Villepin, Jacques Chirac ou Jean-Marie Le Pen auraient pu témoigner que le si-peu-avocat a la rancune tenace et la vengeance froide. Cet acteur médiatique incontrôlable que Karim Wade appelait « tonton » aurait sans doute pu jouer dans Les tontons flingueurs, long-métrage en noir et blanc où l’on se dégommait dans la bonne humeur. Pourtant, pendant toutes ces années, en dépit de condamnations de Robert Bourgi pour diffamation ou dépassement des plafonds de dons aux partis, les hommes politiques français, à l’exception du prudent François Hollande, auraient continué à déjeuner avec lui, Sarkozy allant jusqu’à le décorer de la Légion d’honneur en 2007. Il faudrait mieux enseigner la fable du scorpion et de la grenouille…

Source : jeuneafrique.com

 

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français/Par Ahmedou Ould Moustapha (troisième partie)

  1. La nature politique du Wahabisme

Donc vraiment rien à voir avec le Wahabisme dont le fondateur Cheikh Mohamed Ibn Abdel Wahab n’était au plus qu’un bon prédicateur qui récitait certes le Coran et peut-être aussi beaucoup de Hadiths, mais sûrement pas un penseur de grande envergure. De surcroit, il n’est réputé avoir produit qu’un seul ouvrage intitulé Kitâb Tawhid où il exposa les grandes lignes de ce qui allait tenir pour sa doctrine. D’autres livres portent son nom, tels que Tajwid Al Qour’an ou encore Qhazou’el Fikri, sans parler de plusieurs autres, mais d’insistantes assertions font croire qu’il n’en était pas l’auteur et qu’ils furent commandités bien après sa mort. Toutefois, pour une raison d’objectivité, il vaut mieux douter de ces assertions…

En revanche, une chose est généralement admise : à son retour de la Syrie où il avait reçu une formation de ‘’mémorisation et de lecture du coran’’, il fut choqué par le comportement des populations de sa région du Nejd. Pour lui, le Message du Prophète avait été perverti et même si Allah continuait à être adoré, d’autres cultes apparaissaient et provoquèrent même de l’engouement, comme le culte des étoiles ou la science occulte des signes astrologiques et celui des Machâyikh ou des saints à qui on attribuait des pouvoirs ou dons surnaturels.

Il en déduisit que la société glissait de nouveau dans l’idolâtrie et il se mit alors à prêcher  une forme d’Islam pure et dure pour empêcher la population de sombrer à nouveau dans l’erreur. C’est ainsi qu’il développa dans ses prêches une lecture littéraliste du Coran ; de sorte qu’avec lui, la Charia devint un sacerdoce que l’on devrait faire appliquer avec autorité, sans accommodement et sans discernement. Comme quoi la rencontre du désert et des prêches solitaires peut parfois générer de l’inspiration…

Une autre chose est également incontestable : l’engagement religieux du Cheikh Mohamed Abdel Wahab est suspecté par nombre de ses critiques, en considération d’une entente politique de départ, parce qu’il fut effectivement le co-fondateur de la dynastie des Al Saoud, sur la base d’un pacte convenu en 1747 avec Mohamed Ibn Saoud, un sombre chef de tribu dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était ambitieux. Car il comprit rapidement qu’il pouvait assouvir son ambition de pouvoir par l’instrumentalisation du Cheikh, en appliquant la double alternative du célèbre historien Ibn Khaldoun (lui aussi Ach’arite) qui avait écrit’ : « on ne gouverne les arabes que par la religion ou le sabre ».

Ils allièrent donc les deux, en scellant ce pacte par le mariage de la fille du Cheikh avec le fils de ce dernier ; ils se sont alors entendus pour unir leurs efforts et se partager les rôles, l’un devenant le référentiel religieux de la vie sociale et l’autre se chargeant des affaires  politiques, non pas du pays tout entier, ils n’en avaient pas encore les moyens, mais seulement dans les limites géographiques de  leur zone d’influence – dans la région du Nejd...

C’est ainsi que, près de deux siècles plus tard, à l’issue de multiples péripéties qui ne méritent pas que l’on s’y attarde ici, l’un de leurs arrières petits fils, Abdel Aziz Ibn Saoud, s’autoproclama roi d’Arabie en 1932, après avoir vaincu ses rivaux des Béni Hachem du Hedjaz, alliés des turques, avec l’aide des anglais…

Les Béni Hachem, la tribu du Prophète Mohamed (PSL), furent donc repoussés vers le Yémen par l’armée Wahabite qui saccagea leurs maisons et détruisit leurs cimetières pour ne leur laisser plus aucune trace

Même les tombes de la propre famille du Prophète (PSL) et celles de ses compagnons ne furent épargnées, elles ont été rendues complément anonymes, sous prétexte qu’il fallait éviter qu’elles soient idolâtrées. De sorte qu’aujourd’hui on ne trouve aucun lieu où reposent les corps des membres de cette famille, ni à la Mecque ni à Médine : tous leurs lieux connus sont en Irak et en Syrie ou ailleurs, comme au Yémen où resta une branche  au sein de ses cousins Hachemites dont les descendants y vivent toujours[1].

Il en fut de même pour la tombe de l’Imam Malik, connu pour l’amour et le respect qu’il  témoignait à la famille du Prophète, elle n’est plus identifiable dans le cimetière d’Al Baqui’h à Médine, alors que celles du Cheikh Mohamed Abdel Wahab et de ses descendants ainsi que celles des Al Saoud sont bien connues dans leur Nejd natal.

Les Wahabites sont donc les précurseurs des terroristes en matière de destruction de sépultures des grandes figures historiques ou de leurs symboles : on se rappelle de ceux  du  Bouddha à Tora Bora en Afghanistan et des symboles de la civilisation Babylonienne et Sumérienne en Irak, des sites antiques ou archéologiques comme Palmyre en Syrie et du lieu symbolique des 313 saints de Tombouctou au Mali.

Selon leur doctrine, aucun être humain, et encore moins sa mémoire, ne mérite d’être célébré, à plus forte raison d’être porté au ‘’sacre’’. Pourtant, curieusement, ils ne s’interdisent pas de se livrer au culte de la personnalité du roi et des princes ainsi que de la famille ‘’Al Cheikh’’ à laquelle ils ont même attribué le titre de « famille de la demeure » en lieu et place des descendants du Prophète Mohamed (PSL).

N’est-ce pas là une insigne hypocrisie et en même temps un bel exemple de sophisme ?

Quant à la famille Al Saoud, elle s’attribua tout le pays en le faisant appeler par son propre nom. Et l’on ne peut s’empêcher ici de se rappeler du verset de la Sourate des Fourmis : « En vérité, lorsque les rois pénètrent dans une cité, ils y apportent la corruption et transforment ses citoyens responsables en personnes viles. C’est ainsi qu’ils agissent ».

Et c’est ainsi que le Wahabisme fut imposé à la société saoudienne à travers un rigorisme impétueux élevé au rang de dogme, ne tenant pas compte du caractère rationnel des enseignements du Coran et des Hadiths du Prophète, ne tenant pas compte non plus des contextes changeants et des conditions d’existence nouvelles ainsi que des aspirations des hommes et femmes vivant dans cette société.

En observant la vie de tous les jours dans ce pays, la première impression qui se dégage est que sa police religieuse n’avait jamais entendu  ‘’Lâ Ikra’h fi dine’’ ou pas de contrainte en religion. Comme si elle voulait rappeler quotidiennement à la population que sa fonction de prédilection était de maintenir avec force et vigueur ‘’l’alliance du sabre et de la religion’’ ; quoi qu’elle commence à s’ébranler avec le nouveau prince héritier Mohamed Ibn Salman.

D’ailleurs, pour la perspective de cette nouvelle donne, il serait tout à fait utile de la replacer dans son contexte historique : déjà, au début de la seconde moitié du siècle passé, les  dignitaires religieux Wahabites firent semblant de s’opposer à la mise en fonctionnement de la première station de radio du pays ; puis du temps de Fayçal, au lancement d’une chaîne de télévision couvrant l’espace nationale et plus tard à son ouverture aux chaînes étrangères ; ensuite, à la mise en place de l’internet et à son accès libre ; et à présent, pour berner leur propre conscience, ils ont promulgué une Fatwa de nature à légitimer la décision du roi permettant aux femmes de conduire les voitures. Mais le prince héritier semble vouloir aller dorénavant plus vite et plus loin dans ses réformes et affiche une volonté assez bien visible de ne plus les consulter que pour les faire acquiescer docilement ses décisions. S’y ajoute la réforme des programmes scolaires au contenu religieux déplaisant pour Israël et l’Occident, engagée en catimini, cette année même, sous la pression des Etats Unis.

Est-ce les prémisses du déclin de la doctrine Wahabite ? (A suivre)

[1] Le mouvement des Ansar Allah, plus connu au Yémen et ailleurs sous le nom des Houthi, a pour leaders Abdel Malik Al Houthi, petit fils d’un dignitaire religieux descendant de la famille du Prophète, comme quoi l’histoire ne finit jamais de se répéter vu la rage déployée aujourd’hui par ce mouvement pour combattre les ‘’coalisés’’ dirigés par les forces Wahabites des Al Saoud

Ahmedou ould Moustapha

Suite : Les enseignements du Coran

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français (deuxième partie) /par Ahmedou ould Moustapha

Cheminement théologique d’Abou Hassan Al Ach’ari

En revanche, disons le tout de suite, pour l’imam Abou Hassan, il y eut bien un avant et un après : il fut autrefois l’une des têtes pensantes de la secte scolastique des Moutezalines, dite l’Itizal,  dont le maître n’était autre que son propre beau père, Abou Ali Al Jubâ’i, dans laquelle il passa au moins plus de trente ans. La doctrine de cette secte s’appuyait, entre autres, sur ce principe controversé que le Coran était non pas la Parole d’Allah mais sa création, posant ainsi une question à double terme : sémantique et philosophique, suscitant alors une vive polémique d’ordre  théologique...

C’est d’ailleurs dans cette secte qu’il se forgea la réputation de polémiste redoutable, parce qu’il avait étudié, profondément, la jurisprudence Chafi’ite et disposait de ressources dialectiques exceptionnelles.

Mais, subitement, il prît un jour conscience de la dangerosité de cette secte pour l’Islam et il l’a quitta donc publiquement, dans une mosquée, après la prière du vendredi, où il l’abjura formellement en mettant au pilori  l’infamie et la turpitude des Moutazilites «  qui nagent dans des illusions graves et criminelles ». Il tint alors un discours vibrant, démontant point par point leur doctrine, utilisant leurs propres mécanismes intellectuels ou outils de raisonnement, puis se déshabilla et jeta ses habits devant un public médusé pour montrer, symboliquement, combien il avait complètement et définitivement rompu avec eux.

Débuta alors une nouvelle et prodigieuse trajectoire dans l’école sunnite qu’il influença indéniablement et de façon indélébile, son passé de théosophe (théologien et philosophe)  engagé et son talent éclatant dans le commentaire argumentatif l’ayant bien aidé en cela.

Doctrine Ach’arite

C’est ainsi qu’il commença  à construire sa doctrine  dans un ouvrage encyclopédique intitulé « Maqâlât Al islamiyyine wakhtillafât Al moussaline » dans lequel il passa en revue toutes les sectes qu’il recensa minutieusement, en expliquant en premier lieu leurs contenus idéologiques ainsi que leurs divergences internes et par rapport à chacune d’elles.

Ensuite, il les regroupa en plusieurs familles doctrinales au vu des idées qui les rapprochaient et du contexte historique marqué par la question de la succession du Prophète (PSL) qui déboucha sur leur apparition. Puis, dans un autre chapitre, il démonta un à un tous les éléments constitutifs de leurs théories.

Vient ensuite un volume particulièrement instructif, celui consacré aux quatre grande écoles (les 4 Medhahib) indiquées plus haut où il décrivit méthodiquement : (i) les  règles et méthodes sur lesquelles elles se reposent respectivement ; (ii) les principes qu’elles partagent ; (iii) leurs points de divergence.

Un autre volume aussi prodigieux et plus instructif encore est celui où il procéda à la synthèse des quatre formes de jurisprudence qui distinguent lesdites écoles et où il exposa les fondements de sa doctrine se caractérisant par l’Islam de la première génération, celui de la tolérance et de l’ouverture culturelle féconde, conformément au Hadith du Prophète recommandant aux croyants d’aller jusqu’en Chine pour acquérir la science, c’est-à-dire un Islam de changement social, de progrès régulé et non débridé.

C’est l’ouvrage qui marqua vraiment une étape décisive de sa vie, au regard de sa rupture radicale avec ses anciens écrits et du point de vue de son nouveau combat théologique qu’il mena désormais contre les sectes déviantes dont celle qui fut la sienne. Combat qui se poursuivit avec acharnement à travers d’autres ouvrages et qu’il finira par remporter, puisqu’il ne restait plus beaucoup de monde dans son ancienne secte, si bien que l’Imam Abdel Madjid’el Khatib Al Baghdâdi (mort en 1071) écrivît dans son célèbre ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Baghdad : « Les Moutazilites avaient levé la tête jusqu’au jour où Allah fît apparaître Abou Hassan Al Al’ach’ari qui les relégua dans les profondeurs des abysses ».

Autrement dit, la majorité des membres de cette secte et bon nombre d’autres finirent en effet par le rejoindre dans sa nouvelle doctrine qui puise sa source dans le simple crédo des musulmans de la première heure, les compagnons du Prophète (PS), c’est-à-dire le crédo de la ‘’Sunna et la Djama’a’’, celui de la modération et du ‘’juste milieu’’.

Il contribua ainsi, de manière décisive, à éteindre un feu qui se répandait dangereusement au sein de la communauté musulmane, encore que quelques noyaux durs de sectes insignifiantes demeurèrent pendant un temps mais disparurent au fur et à mesure.

Quant aux chiites, au delà de leur croyance sur la résurrection de l’Imam Al Mahdi, rejetée par le Wahabisme avec virulence et cependant partagée par bon nombre de sunnites, ils campèrent sur leur position trop marquée par la réminiscence des vicissitudes d’une histoire certes douloureuse et même très affligeante, mais qui restait avant tout une question de lutte de pouvoir, donc une question plus politique que fondamentalement théologique.

Et n’eût été l’inimitié habitant les hommes qui ne partagent pas la même doctrine, cette histoire se serait estompée d’elle-même ou se présenterait tout au plus dans un clivage moins aigu ; mais voilà qu’elle s’exacerbe aujourd’hui encore par cette lutte d’influence que se livrent l’Arabie Saoudite et l’Iran en se faisant passer pour être les deux représentants respectifs des sunnites et chiites qu’ils ont bien réussi, par médias interposés, à façonner en deux pôles qui se regardent maintenant en chiens de faïence, avec hostilité ; et on sait aussi qu’au fond de cette tension régionale, le Royaume joue le rôle du simple pion des Etats Unis.

C’est dire que la morale de cette histoire fut au départ politique et elle reste toujours politique. Donc ni Abou Hassan ni quelqu’un d’autre ne pouvait apporter une réponse théologique à une question politique alors très vivace dans les esprits des deux camps (celui des Chiites partisans d’Ali et ses enfants donc la famille du Prophète, d’une part, et celui des partisans de Maaouya et ses enfants donc les Oumewyines ou Omeyades, d’autre part).

Il n’en demeure pas moins que l’Imam Abou Hassan Al Ach’ari rassembla autour de ses thèses plusieurs courants alors réfractaires à l’orthodoxie sunnite, soutenu en cela par beaucoup de ses pairs, de son vivant même, au point qu’on le surnommât   «  l’imam des sunnites ».

Après quoi, ses écrits influencèrent toutes les générations qui l’ont suivi, dans toutes les régions du monde musulman : (i) d’abord à Samarkand avec l’immense théologien Abou Mansour Al Matouridi (mort en 944 ) qui appartient à sa génération et qui  avait fondé une grande école théologique de tendance Hanafite en Asie mineure, à travers laquelle il transmit les thèses de la doctrine Ach’arite, qui n’était en rien contraire à son école Hanafite, finissant par convaincre la majeure partie des musulmans de cette contrée à adopter cette doctrine purement sunnite ; malheureusement les mérites et le statut d’Imam sunnite d’Al Matouridi n’ont été reconnus que tout dernièrement au cours d’un congrès d’Oulémas sunnites tenu en octobre 2016 au Caire ;

(ii) ensuite à Damas avec Ibn Asâkir (mort en 1175), célèbre pour son prodigieux ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Dimashk (L’histoire de Damas) comprenant plus de 70 volumes et qui est également une anthologie de la poésie arabe, il était Ach’arite et comptait parmi ses élèves et disciples le non moins célèbre général Salah Dine Al Ayoubi, il publia un ouvrage aussi important sur la doctrine de son maître :  Tab’yine  kedhb’el  Moufteri alâ Abou Hassan Al Ach’ari (qui peut se traduire par mise en évidence du mensonge proféré sur Abou Hassan Al Ach’ari) ;

(iii) enfin en Andalousie avec l’éminent théologien Al Qortoubi ou le grand Châtibi que nos Oulémas contemporains d’ici et d’ailleurs aiment tant citer dans leurs discours ou conférences, ainsi que d’autres encore plus ou moins célèbres qui vulgarisèrent la doctrine Ach’arite sans doute plus proche à leur goût et à leur merveilleuse culture maure.

La liste ne se limite pas à ces seules grandes figures, l’œuvre de l’Imam Abou Hassan  a influencé beaucoup de grands noms. Sa pensée fut puissante, car il savait développer ses thèses dans un raisonnement de pure logique à la lumière de l’enseignement coranique.

En témoigne son Traité philosophique sur le destin de l’homme intitulé : Moukhtassar fi Tawhid wal Qadar où Il posa son concept philosophique du Kasb que l’on peut approximativement expliquer par ce postulat qu’Allah est maître du destin de l’homme aussi bien dans les actions volontaires de celui-ci que dans son pouvoir d’agir en toutes circonstances. Il fut prolixe dans ses écrits et nombreux sont les ouvrages qu’il a laissé à la postérité, mais ceux qui construisirent vraiment sa doctrine sont celui cité plus haut et le remarquable ‘’Al Oumad ‘’ (communément appelé ainsi mais réellement intitulé Al Oumadou fi Rou’ya)  et  son ouvrage Tafsir Al Qour’an où il commenta le Coran en posant   son concept de Te’wil ou l’interprétation intuitive qui répond à une question philosophique que posèrent les Moutazilites.

En effet, pour ceux-ci, dans le Coran, les expressions ‘’ main’’ et ‘’visage’’ de Dieu  ont le sens de ‘’grâce’’ et ‘’essence’’.

Pour l’Imam Abou Al Hassan, ces expressions étaient des attributs de Dieu dont la nature exacte demeure inconnue, comme tous ses autres attributs, on ne peut donc que les imaginer par intuition.

Et de son immense œuvre, c’est ce seul concept qui provoqua la polémique entourant sa doctrine, polémique entretenue hier par ses adversaires qui ne voulurent ou ne purent rien y comprendre et aujourd’hui par ceux qui n’étudient le Coran qu’à travers une lecture littéraliste, c’est-à-dire les Wahabites et leurs acolytes.

Il écrivît en outre ‘’Er’Rad alâ Al Moujassimâ’’, un ouvrage qui se caractérise par un raisonnement implacable répondant aux adeptes d’une doctrine qui attribue à Dieu des caractéristiques humaines. Il produisit beaucoup d’autres ouvrages sur l’Islam pur et contre les idées à vocation d’entacher son essence.

A tout cela s’ajoute que l’Imam Abou Hassan n’avait pas le goût du pouvoir et n’aimait vraiment pas la compagnie des princes, il se plaisait plutôt dans la vie modeste des ascètes, si bien qu’on lui prêtât des penchants soufis.

Ahemdou ould Moustapha

 

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ?

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ? Saidou Diallo - Il n’est un secret pour personne, que dans le cadre d’une opération référendaire, le libellé de la question a une incidence sur le choix de la réponse.

D’où l’intérêt d’une question avec des termes clairs et précis, ce qui malheureusement n’était pas le cas lors du référendum de ce 5 août 2017. Le projet de réformes constitutionnelles initié par le président Mohamed Ould Abdel Aziz portait sur deux séries de questions distinctes. Mais, on peut se demander la question de savoir, si les mauritaniens étaient au fait de ce pour quoi ils s’exprimaient ?

La commission électorale nationale indépendante (CENI) à laquelle revient l’organisation et la supervision des opérations électorales, a mis à la disposition des électeurs des spécimens en vue de se préparer à l’opération de vote.

Les mauritaniens qui se sont rendus aux urnes, soit 53 % des inscrits sur les listes électorales (1.389 092 personnes) devaient répondre à une première question relative au changement du drapeau national.

Cependant, si on peut lire sur le spécimen de la CENI, qui doit préparer les électeurs au vote : Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle des modifications à l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991.

Elle est relative notamment au drapeau national. L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile de couleur or sur fond vert, portant, sur chaque coté une bande horizontale, rectangulaire de couleur rouge, on ne retrouve pas les deux dernières phrases précitées sur les bulletins de vote. Car sur le bulletin bleu, correspondant à ce point du projet de réformes constitutionnelle, il est écrit : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991 ?

Or cette formulation, contrairement à celle du spécimen, inclut à la lecture de la constitution, aussi bien le drapeau national, que le sceau national et l’hymne, même si ces deux derniers symboles sont fixés par la loi. Pour rappel, l’article 8 de la constitution est libellé comme suit - Article 8 : L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile d’or sur fond vert. Le sceau de l’Etat et l’hymne national sont fixés par la loi.

Force est de constater que pour un néophyte en droit constitutionnel, l’absence de ces deux phrases précisant le périmètre et l’objet de la sollicitation est susceptible d’impacter le choix des électeurs. Ces différentes zones d’ombre précitées sont susceptibles de remettre en cause l’ensemble de l’opération référendaire.

Mieux encore, l’entourloupe résiderait davantage, sur la seconde question posée aux électeurs tant elle manque de clarté. Le libellé de cette question est capital car durant le vote, il y a un face-à-face solitaire entre le citoyen-votant et la question référendaire. D’où l’exigence de clarté, afin de savoir sur quoi exactement portera le choix du votant.

Ainsi, sur la seconde série de question relative à la reforme institutionnelle, le spécimen a le mérite d’être plutôt très clair avec une question où on énumère les dispositions soumises au référendum. Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle de certaines dispositions de la constitution du 20 juillet 1991. Elle est relative à certaines institutions de la République :

- Suppression du sénat et transfert de ses attributions à l’assemblée nationale

- Création de Conseils régionaux élus pour la promotion du développement local

- Institution aux lieux et place du Haut Conseil Islamique, du Médiateur de la République et du haut conseil de la Fatwa et des recours gracieux, d’un Haut Conseil de la Fatwa et des recours gracieux.

Ce libellé contenu dans le spécimen détaille les dispositions constitutionnelles faisant l’objet de la consultation référendaire. La question liste les institutions à supprimer et celles qui seront créées. Donc elle nous dit les différents articles de la constitution qui sont soumis au projet de réforme. Cependant, cette énumération exhaustive des dispositions constitutionnelles sur lesquelles devrait se pencher le citoyen-votant, disparaît miraculeusement dans le bulletin jaune à introduire dans l’urne le jour du vote.

En lieu et place de la question précitée on retrouve celle-ci : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de certaines dispositions de la Constitution du 20 juillet 1991 ? De ce fait, on retrouve dans le bulletin de vote qu’une question aux contours vagues, sans objet précis, ouvrant la voie à toute forme d’interprétation.

Le problème se trouve ici dans le terme DE CERTAINES DISPOSITIONS DE LA CONSTITUTION. Ce pronom indéfini peut faire englober des dispositions constitutionnelles plus larges que celles énumérées auparavant. Ainsi l’objet exact et réel de la consultation disparaît. Cette disparition mystérieuse de l’élément explicatif de ce point du référendum fausse inéluctablement le choix de l’électeur.

Dès cet instant, le projet de loi référendaire n’est plus respecté. D’autant plus que l’objet du projet de révision constitutionnelle a changé de meeting en meeting, au gré des humeurs du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Car si la suppression de la Haute Cour était actée dans le projet de référendum, on a vu un Président de la République en pleine campagne revenir sur ce point. Or, une consultation référendaire qui ne veut souffrir d’aucune irrégularité, doit avoir un objet précis, claire et définitif sous peine de nullité. Le danger de ce pronom indéfini (certaines dispositions constitutionnelles) est qu’il peut faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels (article 26 et 28 de la constitution) ainsi que d’autres dispositions importantes.

D’autant plus qu’il nous est promis d’autres réformes à venir pour modifier et compléter la nouvelle constitution.

Ainsi, il suffirait qu’on élargisse le terme « Certaines dispositions constitutionnelles » à l’article 99 de la constitution relative à la procédure de révision constitutionnelle et de modifier l’alinéa 2 de cet article. Un amendement de l’article 99 alinéa 2 ou sa suppression contribuerait à faire sauter le verrou de la limitation des mandats, car c’est cette dernière qui détermine les limites matérielles de la révision constitutionnelle.

Diallo Saidou dit Thierno, juriste
Source : Cridem.org

 

Lettre ouverte à Tasiast Mauritanie et Tasiast_Communications@kinross.com (1) par Brahim Ould Boïdaha

Lettre ouverte à Tasiast Mauritanie et 
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 </script>(1)/par Brahim Ould BoïdahaObjet : Risque Santé populations Tasiast et cheptel

Chers messieurs,

Tout d’abord, un court aperçu, pour nous rafraîchir la mémoire et nous édifier davantage sur l’or, notamment en ses valeur et risques liés à son traitement. Nous avons besoin, préalablement, de connaître, avec précision, son importance et son rôle, dans l’économie mondiale. Ceci nous amène à dire qu’il est la matière la plus chère et prisée, aujourd’hui, sur notre planète. Voici, en quelques mots, son rôle dans l’économie mondiale.

En un, son dépôt, dans les banques d’émission des Etats et de la Banque mondiale, garantit la convertibilité de leurs monnaies en devises, pour satisfaire et favoriser les fluctuations, sur des bases solides, des échanges, les équilibres des balances de paiement et les financements des investissements extérieurs inter-états et de la Banque mondiale.

En deux, c’est de l’importance de son dépôt, dans les banques précitées, que découle la valeur monétaire de chaque pays déposant. En trois, voici sa cotation actuelle sur le marché de l’euro : le lingot d’un kilo d’or brut est à 39.000 livres et le gramme à 39 livres ; pour l’or fin, 40.000 livres le kilo et 40 livres, le gramme. Sa pureté est exprimée en carat (mesure historique).

D’une façon très raccourcie, rappelons, à ce sujet, la déclaration historique du Général de Gaulle, le 4 Février 1965. Elle indiquait que le volume circulant de dollars, sur le marché mondial, était beaucoup trop supérieur aux réserves américaines en or, entraînant, en conséquence, d’importantes inflations dans tous les pays. Et, qu’à partir de cette date, la France demandait le remboursement, en or, de ses avoirs en dollars.

La France fut suivie par les cinq autres pays européens, ainsi que l’avait prévu de Gaulle. C’est à partir de cette position française, courageuse et difficile à prendre, à l’époque, que des équilibres internationaux ont commencé à s’installer, dans les rapports économiques mondiaux.

Rappelons, enfin, pour votre enseigne, que Tamaya, symbole du projet, est un arbre généreux, dans le pays, par ses trois bénéfiques apports ; à savoir : ses fleurs et ses feuilles sont une excellente nourriture, pour toute espèce animale, et un heureux secours, surtout en période de soudure ; sa gomme est de qualité supérieure ; ses écorces sont le meilleur produit pour tanner les peaux. Ceci dit, nous craignons fortement que votre projet ne soit pas à la hauteur de la générosité de notre arbre.

Des procédures bafouées

Chers messieurs, après ce prélude impératif à meilleure compréhension du sujet, nous avons bien reçu, par voie de presse, votre dernier communiqué qui annonce, au-delà del’imposture, le démarrage de l’enquête commodo-incommodo, sur le projet Tamaya, omise dans le communiqué de Benechab, et révèle, en même temps, des zones d’ombre.

Le commentaire est idéaliste sur tous les problèmes qui peuvent se poser ou surgir sur le projet et leur identification, dans le processus de l’EIE. Pourtant et pour raisons environnementales, l’EIE semble omettre la nécessité de retourner les stériles à leur terre initiale, en fin d’exploitation, au lieu de les stocker de manière permanente.

Poursuivant les analyses de cette imposture, on constate les erreurs suivantes de procédure. Elles constituent bien des infractions à notre réglementation. Primo, la consultation secrète de Benechab, le 9/11/2016 ; secundo, le communiqué, antérieur à l’événement censé l’avoir précédé ; tertio, absence d’enquête commodo, pourtant première obligation de la procédure ; quarto, dépôt du dossier EIE (contenu ignoré) à l’approbation du MEDD, avant les résultats de l’enquête ; quinto, probabilité d’un même dépôt aux Mines. Il est donc démontré que la consultation de Benechab était bel et bien la charrue avant les bœufs, comme le dépôt, sans date, du dossier du projet Tamaya, pour approbation au MEDD.

Zones d’ombre et leçons d’une belle prose

Nous relevons, tout d’abord, que le permis d’exploration N°428 est dénué de la date de son obtention qui devait, normalement, figurer, avec ses références juridiques. Par ailleurs, si l’impact négatif a été reconnu, enfin, il a été minimisé au maximum, pour le traitement de quinze millions de tonnes de minerai aurifère, alors que les réactifs séparateurs sont nécessairement utilisés, en abondance, pour une quantité aussi importante.

Est-ce que l’étude de l’état initial annoncée couvre la période d’Août 2010 à fin 2016 ou uniquement l’incidence toxique de Tamaya ? S’agissant de la sécurité des vies humaines et leurs biens, l’état actualisé des lieux, sur le niveau de la pollution du site de la mine de Tasiast, après six ans d’exploitation, est une condition sine qua none à toute approbation.

Ce qui pose, à la fois, les problèmes de la fraîcheur de l’étude et de la notoriété de ses auteurs, en la matière. Ce constat rafraîchi dudit site doit être un préalable à l’approbation de l’EIE du projet Tamaya, pour mesurer, en temps utile, le niveau résiduel du risque mortel, après une expérience suffisante d’exploitation, « compte-tenu que l’apparition de son risque est latente ».

Cette contrainte devrait être même une « curiosité technico-intellectuelle » et une référence d’expérience en ce domaine, pour vous et les ministères concernés. Il est à retenir, pour les mémoires et l’histoire, que tant qu’il y aura un gramme d’or, en Mauritanie, à traiter, le risque mortel sera systématiquement posé.

Par ailleurs, la fusion préméditée, entre TML-SA et TML est-elle approuvée par les ministères des Mines et le fisc (les finances) ? Si oui,l e pays sera confronté à une perte de maîtrise sur sa plus importante richesse. Pourquoi ? Parce que c’est le signal, fort, que l’or mauritanien a émargé sur le marché de thieb thieb cette ingénieuse production de l’intelligence mercantile mauritanienne où se recycle, à l’heure actuelle, tous les produits de vols dans le pays, y compris l’esclavage.

L’avis signé, le 11/01/2017, par le préfet d’Akjoujt affirme qu’il n’y a pas de conflit de compétences avec Chami mais aucune carte géographique n’est présentée, pour lever le doute, d’autant plus que le gisement se situe à plus de quinze kilomètres au Sud de celui TML-SA. Il précise aussi que son avis n’est pas domicilié à sa mairie d’Akjoujt.

Nous remarquons, également, que le projet Tamaya a une durée de vie de trois ans d’exploitation intensive, sans précision, ni de la quantité d’or, en lingot, ni de sa qualité, en carat, bien que le gisement, qualifié de fosse ou puits, soit à ciel ouvert, avec une séparation naturelle entre l’or et le stérile. A cet égard, il est important que les Mauritaniens connaissent, avec précision, la quantité réelle et la teneur en carat de l’or qui sortira de leur précieux gisement à ciel ouvert, d’autant plus que la teneur est la seule base de la valeur commerciale.

Il est aussi rappelé que la durée de ce projet dépend, exclusivement, de la compétence de l’Etat et non du désir de l’opérateur-commerçant. C’est aisément compréhensible : l’Etat planifie sa politique économique sur une stratégie de développement répondant à ses besoins à court et long termes.

A partir de cette stratégie, il fixe les besoins de financement, directs et indirects, assis d’abord sur ses possibilités nationales où entrent, en priorité, ses richesses naturelles. A partir de là, il définit, annuellement, leurs apports, répartis entre ces différentes richesses et les quantités exportables, pour satisfaire les nécessités du financement de sa politique de développement.

Il est naturellement évident que ledit projet Tamaya s’inscrit bien sur cette plage : la ductilité de la durée de son exploitation dépend, donc, exclusivement de l’appréciation de l’Etat qui mesure, à la fois, les nécessités économiques et sociales. Cette durée est une décision souveraine qui peut être prorogée à dix, quinze ans ou plus, selon les besoins mesurés de l’Etat, à partir desquels il opère les ajustages, limite et harmonise, graduellement ; les exportations annuelles de ses ressources à ses besoins.

Impact économique

Aucun chiffre n’est donné, pour corroborer l’augmentation des revenus de l’Etat mauritanien, à l’heure où tout est mesurable préalablement. S’il ne s’agit, uniquement, que des 3% de redevances, après déduction des amortissements et des frais d’exploitation non suivis ni contrôlés, par les Mauritaniens, comme dans les cas de MCM et TML-SA, nous ne pouvons certainement pas nous réjouir d’être arnaqués à ciel ouvert, dans un passé relativement récent et le présent.

C’est une « Porte béante » (réf : Le Prélude). Les 3% sont moins qu’une pitance et inférieurs à une aumône charitable, surtout quand il s’agit d’or 24 carats, sommité de pureté du métal jaune. Or, l’or mauritanien est, précisément, reconnu de 24 carats, ce qui porte le manque à gagner du pays à 93%, par estimation relative.

Si le projet Tamaya est autorisé pour une exploitation triennale, il sied, au ministère des Mines, de prendre les précautions nécessaires pour préserver le pays du risque de brader une partie importante de sa richesse de bonne teneur, comme les mines d’or d’Akjoujt et de Tasiast dont la teneur déclarée, par les opérateurs, est de 24 carats, paraît-il.

Avant de donner son aval à l’exploitation de la mine de Tamaya, il doit, nécessairement, exiger la fourniture d’un compte d’exploitation et un bilan prévisionnels, à auditer pour certification de leur sincérité, par au moins trois experts différents, aux fins d’avoir un tableau de bord pour le suivi et le contrôle des postes de charges et d’amortissement duditprojet. L’usine de TML-SA est déjà largement amortie.

La modération usuelle, en prévisionnel, est de 10 à 15% de marge d’erreur, en plus ou en moins, mais son montant conventionnel doit être arrêté en accord préalable, entre les parties. Après ces formalités, la partition des intérêts est également à fixer, sans référence aux pratiques revêches précédentes, car les exploitations permanente et temporaire n’ont pas les mêmes seuils de tolérances.Toute autre adéquation ne peut s’expliquer d’une façon recevable et il ne restera que s’esbigner sur le manque de préservation de l’intérêt supérieur du pays, chose historiquement grave.

Impact économique régional

Sinon préciser que régional est au singulier, pour marquer l’exclusion de Chami et annoncer l’agrandissement d’El-khoubra, tirée du milieu de la nappe du territoire de ce dernier vers Benechab, il n’y a pas d’augmentation prouvée, spectaculaire régionale. Il indique aussi que l’économie régionale est au singulier, ce qui veut dire que Chami est exclu, d’office, des retombées économiques d’une richesse au centre de son territoire. Voilà qui est juste ? Quels sont, finalement, les périmètres de TML-SA et TML ? Chami, parent pauvre, est exclu de la seule ressource qui assurerait sa survie.

Larmes aux yeux, il supportera, tout seul, les souffrances de ses administrés et de leur cheptel, menacés des effets mortels du traitement du minerai au cyanure, et le poids de la sécurité de TML-SA et TML. Il ne sera même pas accompagné aux cimetières, pour l’enterrement de ses morts cyanurés. Mais, il a la promesse, non ferme, qu’il sera, à la fin de l’exploitation de TML, dans trois ans, décoré du mérite national.

Chers messieurs, ce tripatouillage, dans l’irrespect total du cheminement normal des procédures du pays, accompagné du si peu d’attention accordée, aux populations environnantes, sur les plans de la santé et du social, est de nature, à peine voilée, de démontrer et minimiser la maturité du mauritanien.

Au lieu d’expier,vous tentez de le rendre imperceptible ; sinon, de le feindre inaperçu. C’est tout de même surprenant et contraire aux plus élémentaires règles universelles de courtoisie, même, si l’aveuglement du gain facile, en Mauritanie, est bien présent.

Scandale à ciel ouvert ?

L’analyse fine des contenus des deux communiqués du 9/11/2016 et du 13/01/2017 nous offre, en lecture, une bonne littérature platonique, sans arguments crédibles, ni chiffres convaincants, nous rappelant les promesses, non tenues, de «l’expansion de TML-SA de 8.000/tj à 38.000/tj », annoncées, par communiqué Kinross du 29/04/2013, toujours lettre morte, à ce jour.

En somme, voilà votre comportement, peu chevaleresque, dans le pays ; la faiblesse du revenu de l’Etat, sur l’or ; le silence des intellectuels, particulièrement des économistes et de leurs auxiliaires financiers et statisticiens ; réunis dans la marmite bouillante de la Mauritanie, avec des relents, de plus en plus perceptibles, ces derniers temps, d’un scandale probable de l’or mauritanien.

Et voilà comment nous, en tant que partie doublement concernée, réitérons nos appels, nos observations et nos remarques, déjà publiés dans Le Calame n°1050 du 23 Novembre 2016. Nous réservons, de surcroît, tous nos droits d’ester, au moment le plus approprié, pour défendre les intérêts des populations Tasiast menacées, dans leur vie et celle de leur bétail, seule source de leur subsistance, et leur droit au dédommagement, comme nous le rappelions déjà, dans l’article précité du Calame.

En conclusion, la responsabilité historique des ministères MEDD et des Mines est engagée, sur les risques mortels des populations et de leur cheptel à Tasiast, et les intérêts supérieurs du pays, sur l’or de cette région. Les mémoires et l’histoire retiendront que l’avenir de l’or mauritanien dépend du résultat du traitement du projet Tamaya. A demain, donc.

Brahim Ould Boïdaha

Document amplifié au MEDD et MINES, au wali de Nouadhibou et au Calame.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

A Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid, in memoriam: un mois, jour pour jour

Les africains ont l’habitude de dire qu’il est difficile de porter un jugement de valeur sur un homme de son vivant. Je dirais, pour ma part, qu’il est encore plus difficile de le faire sur quelqu’un qui vient de quitter, tout récemment, ce bas monde, sans tomber dans les travers.

Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid n’avait pas encore 27 ans. C’était un jeune homme pétillant de vie, plein de vigueur, propre à toute jeunesse, et hyperactif. Eduqué par ses parents dans la pure tradition mauritanienne islamique, il en a acquis les qualités principales : généreux d’âme, altruisme, sensibilité, hospitalité et politesse. Au point que, tout jeune qu’il est, il a très vite embrassé la cause des faibles et des démunis. Donner tout de soi-même, avec abnégation, aux autres qui vivent dans la détresse, était, pour lui, un sacerdoce, une exigence humanitaire et morale.

J’ai vu le jeune Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid, pour la dernière fois, en septembre 2016, alors qu’il s’apprêtait à retourner en France pour terminer son  cycle de Master en gestion des ressources humaines. Il avait un bel avenir tout tracé. Malgré les aléas et les vicissitudes de la vie, en bon croyant, il restait toujours optimiste, se battait pour décrocher son diplôme, et revenir servir son pays, en bon patriote qu’il est.

Mohamed Lemine est à l’image de ses parents, qu’il aimait et chérissait. Son père feu Ghaly Ould Abdel Hamid a, à une période de l’histoire de la Mauritanie, consacré sa vie à la défense des droits de l’homme, à ses risques et périls, et ce dans un univers politique très hostile marqué par le règne absolu de régimes d’exception. Encore, chose rare en Mauritanie, Ghaly a quitté ce bas monde sans la moindre fortune, preuve que, malgré la possibilité, il ne s’est jamais laissé distraire par la frénésie de l’accumulation de richesses qui gangrène le pays. Sa mère, Hindou Mint Mohameden Baba Fall, est une femme connue pour son engagement pour les causes humanitaires. Derrière une silhouette frêle et une allure juvénile, se cache une femme très forte, au caractère trempé, généreuse et modeste jusqu’à l’excès. Par mon amitié d’avec la mère, j’ai eu la chance de fréquenter une famille pétrie d’une grande Foi en Allah, soudée, disponible et ouverte aux autres. Il n’est pas donné à tout le monde d’être comme elle.

Aujourd’hui, c’est une famille durement éprouvée par la perte d’un être cher. Malgré sa douleur indescriptible ; elle a fait montre d’une grande force et d’une admirable dignité face à l’épreuve. En se remettant à la Volonté d’Allah, le Tout Puissant. Perdre un fils qui bouclait son cycle d’études universitaires par un Master, après tant d’années passées sur les bancs des écoles, c’est comme voir la terre se dérober sous ses pieds.

J’ai été particulièrement peiné et choqué par les insinuations malveillantes d’une certaine presse mauritanienne, en mal du sensationnel, à l’égard de la famille, à l’annonce du décès de Mohamed Lemine. C’est très mal la connaître, elle, dont la Foi en Allah, l’Unique et le Créateur, a toujours été une conduite dans la vie. Chez elle, aussi, les livres coraniques sont partout, et aident, chaque jour, à fortifier cette Foi, sur le chemin de la droiture.

Mohamed Lemine a été arraché à l’affection de toutes et de tous ceux qui l’aimaient, le 16 Novembre 2016, dans un hôpital Parisien. Il n’avait pas survécu à ses graves blessures, à la suite d’un tragique accident. C’est, en effet, un conducteur automobile qui l’avait percuté violemment en plein Paris, alors qu’il était en compagnie de deux jeunes autres mauritaniens. La gravité du choc est telle que cinq jours, à peine, à l’hôpital, il rendit l’âme.

Le plus choquant dans ce tragique accident qui l’a emporté, est que son auteur, une fois son forfait accompli, a pris la fuite, ce qui dénoterait un acte prémédité. Et que la police française, malgré que la ville de Paris soit truffée de caméras, à chaque coin de rue ou de ruelle, a été incapable jusqu’ici d’identifier le meurtrier et l’arrêter. Comme si, pour elle, la douleur indicible de la famille est négligeable. Il faut que justice lui soit rendue.

Le 20 Novembre, c’est une foule immense qui s’est déployée à l’aéroport international de Nouakchott pour accueillir le de Mohamed Lemine, ramené en Mauritanie, en l’accompagnant jusqu’à sa dernière demeure. Cette  importante mobilisation autour du décès d’un jeune homme qui n’était qu’un étudiant en France, prouve, si besoin était, la forte impression que Mohamed Lemine avait laissée dans les cœurs et les esprits, de par sa personnalité exceptionnelle. Désormais, il repose au cimetière du Ksar.

A toute sa famille, ses proches parents et amis, je renouvelle mes condoléances les plus attristées. Qu’Allah l’enveloppe de Son Saint, Immense et Voluptueux Paradis ! Repose-toi en paix !

Inna lillahi wa inna ileyhi raajioune !

Mamadou Alassane THIAM

Journaliste

 

La crise syrienne et la résurrection diplomatique de la Russie/ Par Ahmedou Ould Moustapha (Suite et fin)

La crise syrienne et la résurrection diplomatique de la Russie/ Par Ahmedou Ould Moustapha (Suite et fin)Alors que la crise syrienne entame sa sixième année, cette réflexion de M. Ahmedou Ould Moustapha permet de faire prendre la mesure de ce qui se trame en Syrie. Elle apporte un nouvel éclairage sur les véritables enjeux de ce conflit et montre en quoi celui-ci fut une occasion pour la Russie de marquer, avec force, son retour sur la scène internationale.

Question d’intérêt géostratégique :

Le fait que les forces armées syriennes soient principalement équipées d’armes russes est sans doute très important pour l’industrie militaire de la Russe ; mais sa base navale de Tartous (en Syrie), seule porte d’accès à la méditerranée pour la marine russe, constitue un enjeu encore plus important.

La problématique du transport des hydrocarbures par oléoducs constitue également l’une des motivations particulières de Moscou : la Syrie est un carrefour stratégique par lequel pourraient transiter des oléoducs de pétrole et de gaz venant des pays du Golfe.

Cette perspective laisse envisager une marginalisation inéluctable du gaz russe au profit de celui du Qatar, à destination des pays européens, premiers consommateurs de cette énergie au monde.

D’où l’obstination de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui cherchent coûte que coûte à changer le régime de Bachar El Assad et imposer un autre plus faible, sous leur influence, très éloigné de la sphère russo-iranienne et qui ne trouverait aucune peine à transformer son territoire en zone ou route internationale de transport d’hydrocarbures, traversant tout le pays, sur laquelle il n’aurait qu’une insignifiante souveraineté et ne pourrait donc y mener aucune activité de développement économique ou de toute autre nature.

C’est pourquoi, trouvant dans cette crise ‘’une pierre qui tue deux oiseaux’’, le Royaume saoudien et l’Etat du Qatar ont mobilisé non seulement d’importants moyens financiers mais aussi tous leurs moyens médiatiques pour abattre le pouvoir de Damas et, par effet de domino, le Hezbollah qui constitue son allié indéfectible et une redoutable force de frappe à son service ; d’où également l’intérêt d’Israël pour le deuxième aspect de cet objectif.

Aussi, afin de les aider à réaliser leur dessein, ils ont conclu de gigantesques contrats d’armement et de travaux publics avec leurs alliés occidentaux les plus intransigeants sur le dossier Syrien, telle que la France qui s’est montrée depuis le début particulièrement en pointe dans les exigences de la diplomatie saoudienne : qu’il s’agisse d’appeler hier à « punir » Bachar El Assad par des frappes ou d’exiger aujourd’hui son départ préalable pour le règlement du conflit.

A vrai dire, pour qui connaît bien la France, cela n’étonne point, surtout depuis la présidence de Sarkozy et maintenant celle de François Hollande qui ont étrangement décidé de mettre toute la diplomatie de leur pays au service des grandes entreprises françaises pour conquérir des marchés au Moyen Orient, le plus grand foyer de pétrodollars.

On sait pourtant que les retombées effectives de ces marchés sur l’emploi en France sont très limitées et même douteuses, selon les spécialistes, car les activités qu’ils génèrent sont en grande partie délocalisées et les produits financiers qui en résultent sont souvent investis ailleurs pour éviter de payer des impôts en France, jugés trop élevés, ou simplement nichés dans des paradis fiscaux pour ne pas en payer du tout ; les révélations des scandales de Lux Leaks et de Panama Papers en sont une preuve tangible.

Encore que tous les observateurs avertis se demandent pourquoi le gouvernement français s’entête-il à suivre dans cette crise une ligne qui ne sert visiblement pas ses intérêts à moyen et long termes et ne respecte manifestement pas le droit international.

Peut-être que les achats d’armes de l’Arabie Saoudite et les investissements du Qatar expliqueraient-ils la chose : le volume de ces achats a effectivement progressé l’année dernière de plus de 50 % en France seulement et les investissements directs (IDE) du Qatar « s’élèvent à près de 12 milliards d’euros au titre de prises de participation dans de très grandes entreprises françaises (Total, AEDS, Vivendi, Veolia, Vinci, etc.) »

(1), sans compter d’autres investissements de prestige, tels que l’achat du club de football Paris Saint-Germain et la création de la chaîne de télévision Bein Sports, sans compter également que toutes ces entreprises – faut-il le répéter – ont déjà empoché de gros contrats portant sur des travaux publics ou des armes destinées à la rébellion syrienne et sont pressenties pour la réalisation des d’infrastructures destinées à la coupe du monde de football prévue à Doha en 2022.

Il n’en reste toujours pas moins que, dans les deux dossiers ici en question, la ligne suivie par la France est « un fiasco politico-médiatique de nature à affaiblir durablement la position diplomatique de la France », selon Bernard Squarcini, ancien chef des services de renseignement français (2).

Il est encore plus vrai qu’il ne s’agit pas de la position que les peuples de la région attendaient de la diplomatie française. Elle n’est pas celle qu’aurait dictée le général De Gaule ou François Mitterrand ou même Jacques Chirac, celle que l’on appelle ‘’ la politique arabe de la France’’, faite d’équilibre et de mesure au Proche Orient, capable de parler en amie avec tous les belligérants.

En sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité, la France ne devrait plus donner l’impression d’ignorer que pour maintenir l’ordre mondial et sa stabilité, il faudrait que les mécanismes du droit international ne soient plus foulés au pied mais qu’ils devaient être respectés, plus encore par ceux-là même qui les édictent, afin de contenir les foyers de tension dans certaines limites et de réguler l’intensité de la concurrence naturelle entre les nations.

Question de principe :

La rigidité de la position russe sur le dossier syrien résulte directement du précédent libyen relatif à la résolution de mars 2011 ci-avant indiquée. La France et l’Angleterre, soutenues par les Etats Unis en ce qu’ils donnèrent leur accord pour l’utilisation des forces de l’OTAN, avaient transgressé celle-ci en la fragmentant et en torpillant son contenu. Les russes, suivis par les chinois, avaient pourtant bien négocié les termes de cette résolution ; ils ne s’attendaient pas à se faire muer si légèrement en dindons de la farce. Ils avaient alors retenu la leçon.

C’est donc à la lumière de ce précédent que les russes avaient engagé au Conseil de Sécurité, vers la fin de cette même année, les discussions sur le dossier syrien : Moscou opposa trois fois son véto et refusa d’accepter toute résolution.

Et comme expliqué ci-dessus, la position des Etats Unis est très nuancée sur ce dossier, ils n’y étaient impliqués que de manière formelle, sans doute pour faire semblant de satisfaire le Royaume saoudien ; ils finirent même par dissuader la France de présenter en discussions un quatrième projet de résolution, initié sur demande des saoudiens, voyant que les russes ne bougeraient pas d’un iota, qu’il n’était même pas question de leur demander une abstention de vote comme ce fut le cas avec le dossier Libyen ; qu’il était donc inutile de persister devant la rigidité de leur position qui consistait à s’en tenir au respect de la souveraineté de la Syrie et au maintien du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats.

Moscou avait ainsi réussi à faire venir les Etats unis sur le terrain du droit international. Ici encore, ce fut un marqueur très important de sa résurrection diplomatique.

En fait, pour les russes, il n’est pas question d’ouvrir une quelconque perspective de changement de régime par une intervention extérieur dans le conflit syrien On peut dès lors penser que le concept ou principe « d’ingérence humanitaire », alors mis en avant par la diplomatie française, n’était pas vraiment pertinent pour Moscou, parce qu’il repose sur les indignations sélectives et la ‘’morale’’ oscillatoire des gouvernements occidentaux.

Ce principe s’oppose à la position russe qui est plutôt fondée sur une éthique de responsabilité : une intervention extérieure et un renversement brutal du régime syrien viendraient ajouter et amplifier le chaos ambiant, surtout que la réalité syrienne est tronquée par certains médias arabes et occidentaux qui jouent le rôle d’auxiliaires des partisans d’une intervention militaire, y compris en manipulant l’information, en maniant l’émotion des sunnites et en privilégiant systématiquement les sources de l’opposition.

Moyennant quoi ont-ils été mobilisés pour jouer ce rôle ? (3)

Une autre grille d’analyse

Mais il y a plus fondamental pour Moscou : la guerre de Tchétchénie est considérée comme un conflit importé de l’extérieur par « l’envoi de combattants Wahhabites ». Le président Poutine l’a dit à l’époque, publiquement et devant un parterre de diplomates étrangers au Kremlin.

Les autorités syriennes n’ont de cesse de répéter la même chose à qui veut les écouter : tous les observateurs, y compris les services de renseignement occidentaux, ont pu constater que les rebelles sont en grande majorité des étrangers et que la Syrie est en guerre contre l’extérieur, que le Conseil National Syrien et les autres mouvements de l’opposition syrienne ne parviennent pas, jusqu’à présent, à se faire reconnaître par les combattants sur le terrain et qu’ils ont été tous rejetés par ces derniers en 2013.

Voilà pourquoi les russes ont dû penser que la sortie de crise en Syrie pourrait être envisagée sur un scénario à la Tchétchène, parce qu’il s’agit pour Moscou de la même guerre contre le djihad mondial que finance la monarchie saoudienne aux fins de combattre par sous-traitance des ennemis qu’elle crée elle-même ici ou là, selon ses appréciations des évènements ou des situations du moment.

Des chercheurs et services de renseignement occidentaux affirment en effet que l’ingérence saoudienne dans les foyers de tension extérieurs constitue aussi une opportunité d’y envoyer – au nom du djihad – des groupes de jeunes intégristes saoudiens (‘’combattants Wahhabites’’?), par le biais des services de renseignement, s’appuyant sur une campagne religieuse fortement médiatisée, afin de se débarrasser de la menace politique que ces groupes intégristes faisaient peser sur le Royaume.

Et c’est en cela que la Tchétchénie constitue également l’une des grilles d’analyse du Kremlin sur le conflit syrien.

Le chef de la diplomatie russe n’a pas manqué de rappeler, à New York même, que la fourniture d’armes sophistiquées aux rebelles, tels que les missiles sol-air, était une stratégie dangereuse pour les pays occidentaux et arabes eux-mêmes.

La militarisation à outrance et la montée en puissance des groupes djihadistes constituent en effet un danger pour tout le monde sur les moyen et long termes : El QaÏda - produit de l’intervention en Afghanistan – est née il y a près de vingt ans, elle a frappé partout dans le monde et elle est toujours active. Daech est né en Syrie, tout récemment, elle a déjà frappé en France, en Belgique, en Turquie, au Nigéria, au Mali et rien ne dit qu’elle ne frapperait pas ailleurs demain.

Les services de renseignement occidentaux sont unanimes sur ce point : ni l’Afghanistan, ni l’Irak, ni la Bosnie, ni la Tchétchénie n’ont suscité un afflux de candidats au djihad aussi important. Ils parlent de plusieurs milliers de combattants étrangers en Syrie. Le nombre des djihadistes européens dans ce pays est si préoccupant que lesdits services ont tiré la sonnette d’alarme face à l’ampleur inédite de ces départs.

Mais qui s’en étonne vraiment, à l’heure de Youtube et de Facebook ?

Un nouveau sanctuaire du djihad mondial

En effet, cette guerre, qui frappe aux portes de l’Europe, suscite l’engouement virtuel d’une certaine jeunesse européenne désespérée devant ce qu’elle considère comme une vie sans perspective, une jeunesse égarée face à la discrimination à l’emploi dont est victime une grande frange d’origine musulmane ou arabe. Or les groupes djihadistes sont parfaitement conscients de la fragilité psychologique de cette jeunesse et de la dimension pédagogique de leurs exploits qu’ils postent sur les réseaux sociaux afin de pousser celle-ci sur la route du djihad par un simple clic.

En vérité, les pays occidentaux, et particulièrement la France, savaient parfaitement que l’islamisation de la rébellion syrienne était initiée et encouragée par le Royaume saoudien, mais ils ont laissé faire de manière imprécatoire, comme s’ils souhaitaient que la Syrie devienne un nouveau sanctuaire pour le djihad mondial, après l’Afghanistan.

On peut dès lors comprendre que le gouvernement français n’ait rien fait, absolument rien, pour dissuader prés d’un millier de jeunes français qui partent en Syrie pour le djihad et reviennent dans leur pays comme si de rien n’était. C’est à se demander si la France n’encourageait pas ces départs pour soutenir son riche allié qui poursuit ouvertement le même but.

De toute façon la réalité sur le terrain est là : depuis que les Etats-Unis ont décidé de réintégrer l’Iran dans le jeu de la politique régionale, la principale préoccupation de l’Arabie Saoudite est de contrer ce dernier pays par tous les moyens ; elle en fait une obsession, la priorité de ses priorités dont le Front El Nousra, El Qaïda et Daech sont les seuls leviers à sa disposition pour affaiblir l’influence iranienne dans la région, notamment en Syrie.

Et l’année dernière encore, c’est très officiellement qu’elle avait mis sur pied, avec l’appui du Qatar et de la Turquie, un commandement unifié de quelques brigades djihadistes au sein d’un nouveau groupe dénommé Jeych El Fatah, sous la supervision du Front El Nousra, branche syrienne autoproclamée d’El Qaïda. Donc dire aujourd’hui que le Royaume allait combattre El Qaïda n’est qu’une déclaration en trompe-l’œil…

A l’inverse, devant cette sorte de complicité franco-saoudienne et la quasi-indifférence des Etats Unis, la Russie ne pouvait pas rester passive face à cette montée en puissance des groupes djihadistes dont elle pourrait être aussi la victime par extension sur son propre territoire, elle qui compte dans sa population plus de vingt millions de musulmans.

Voilà pourquoi, sans compter ses motivations géostratégiques et principielles, elle s’est engagée militairement en Syrie, sur demande et en étroite collaboration avec le pouvoir légitime et souverain en place.

De plus, la seule question qui vaille vraiment est : qui menace les pays occidentaux et du Proche Orient ainsi que le monde entier, Bachar El Assad ou Daech et ses acolytes qui véhiculent une culture de la mort très éloignée de l’Islam ?

Le chemin de Damas

Si la priorité est de combattre le terrorisme, alors tous les pays concernés devraient entreprendre une action vigoureuse contre cette menace, en concertation avec le régime syrien. Car, vraisemblablement, ni ce nouveau sanctuaire du terrorisme ne sera vaincu ni la crise syrienne ne trouvera de solution politique sans Bachar El Assad et son armée.

Ceux qui appellent à son départ préalable, oublient trop souvent que ce conflit – comme tout conflit politique ou militaire – est d’abord une affaire de rapport de forces et que l’intervention russe a revigoré cette armée, tout en rassurant le président syrien qu’il ne finirait pas comme Kadhafi.

Plus qu’auparavant, Bachar El Assad est aujourd’hui l’incarnation du régime politico-militaire syrien, il a su faire l’unanimité au sein des forces armées, en imposant des mesures radicales inspirées par une très large majorité des officiers et non par les seuls officiers Alaouites ou les hiérarques du Parti Baas, comme par le passé, ce qui explique que seuls 5 généraux ont fait défection sur plus de 1200.

Ensuite, la grande majorité des syriens souhaite maintenant, par lassitude et par dégout, le retour de l’Etat syrien plutôt que l’anarchie et le chaos des organisations djihadistes. Même les opposants historiques de ce régime ont fini par convenir qu’il valait mieux Bachar El Assad que ce qui pourrait apparaître comme le chaos libyen ou irakien. Ils ont dû se rendre compte que « ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, mais le préférable et le détestable », comme écrivit Raymond Aron dans Le Spectateur Engagé.

Autrement dit, l’éviction de Bachar de la scène politique risque de faire écrouler cet appareil étatique et tout ce qu’il en reste, à l’instar des régimes de Saddam Hussein et de Kadhafi. Or il n’est pas sûr que les pays qui le combattent aujourd’hui à travers les djihadistes aient un plan de rechange ni même que cette option soit souhaitable pour tout le monde, y compris les Etats Unis et Israël

Les pays européens devraient envisager encore moins cette option, parce qu’elle entraînerait de nouvelles vagues migratoires d’une autre ampleur, jamais égalées et plus dramatiques.

En définitive, le seul perdant dans l’équation syrienne sera, à n’en pas douter, le Royaume saoudien, comme il a tout perdu en Irak, notamment un rôle d’influence à la mesure de ses ambitions régionales.

S’il y avait adopté une politique réfléchie et mesurée, au lieu de soutenir et de financer en très grande partie la guerre qui emporta le régime de Saddam, il n’en serait pas aujourd’hui à regretter le désencrage de l’empreinte des Etats Unis dans la région et à s’affaiblir économiquement par des guerres extérieures qu’il s’impose lui-même, tout en se dispersant dans des initiatives diplomatiques infructueuses et sans lendemain.

En ce qui concerne ses deux principaux alliés régionaux dans cette crise, le Qatar et la Turquie, ils ont déjà démontré leur pragmatisme et leurs capacités de revirement politique qui feront vite oublier leur rôle agressif durant ces dernières années.

Doha reprendra certainement son rôle habituel, celui d’intermédiaire efficace dans les conflits de la région, qui lui sera facilité ici par quelques milliards de dollars sous forme de contribution à la reconstruction de la Syrie.

La Turquie, elle, n’aura pas le choix : Erdogan ou un autre reprendra l’idylle avec Bachar El Assad, comme avant 2011, afin de conjuguer ensemble leurs efforts pour désamorcer la bombe Kurde à retardement sur leurs frontières communes.

Ankara sera donc tenu de rompre ses relations inavouées avec les organisations djihadistes, il en va de sa sécurité. Quant à la République Islamique d’Iran, l’alliée de la Syrie, elle vient d’accéder politiquement au rang de puissance régionale grâce à l’accord qu’elle a conclu en juillet dernier avec Washington et Moscou. Les occidentaux parient désormais sur son marché de plus de 80 millions de consommateurs, ce qui signifie que la fin de l’embargo ferait d’elle un interlocuteur incontournable dans la nouvelle combinaison régionale.

En conséquence, l’actuel état de fébrilité de l’Arabie Saoudite serait davantage ressenti dans un proche avenir, sauf si elle reprenait dès à présent le chemin de Damas.

Mais, n’ayant pas encore retenu la leçon comme les Etats Unis, le Royaume saoudien serait-il capable d’un tel revirement politique ?

(1) Frédéric Pichon, professeur et chercheur, fin connaisseur du monde arabe et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré son dernier livre, paru en novembre 2015, où il montre avec précision et hauteur de vue comment la France a donné la pénible impression d’une diplomatie s’alignant de manière troublante sur les désidératas du Qatar qui s’est étonnement imposé comme un acteur très courtisé.

(2) Bernard Squarcini et Etienne Pellot dans Renseignements français : nouveaux enjeux, publié en 2014

(3) Les chaînes de télévision ayant « une opinion contraire », comme Al Manar, se sont vues interdites de diffusion par Arabe SAT sur pression du Royaume saoudien qui en a fait de même sur Nile SAT au cours de la récente visite du Roi en Egypte.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Ne pas trop se réjouir de certains effets d'annonce: l'hirondelle ne fait pas le printemps! Par Lô Gourmo

Libre Expression | Ne pas trop se réjouir de certains effets d'annonce: l'hirondelle ne fait pas le printemps! Par Lô GourmoLes FPC ex-Flam semblent se réjouir de l'annonce de la suppression du Sénat et de la création de Conseils régionaux par le Président de la République. Ce serait là des formes de reconnaissance de la justesse de leurs thèses fédéralistes.

Pourtant, fédéralistes assumés, nos amis fpecistes devraient, sur ces deux projets fumigènes de reforme constitutionnelle, se montrer plus que circonspects.

En effet, l'une des conditions de base, l'un des critères élémentaires du fédéralisme est l'existence non pas d'une, mais d'au moins deux Chambres dans le Parlement national dont l'une (le "Sénat") doit assurer la représentation des entités fédérées ( "Etats" ou "régions" -peu importe la dénomination) disposant chacune, à l'échelon local ( les "régions" par exemple), d'un "exécutif " ( dirigé par un "gouverneur" ou "Président régional"), d'une "assemblée " ( "Conseil régional" par exemple) et d'une instance judiciaire ( Cour de justice régionale par exemple), le tout défini dans des "constitutions locales"...

Toutes ces institutions politiques locales sont destinées à garantir l'autonomie des régions concernées et traduisent l'existence d'un véritable pouvoir local autonome. Si donc pour les FPC, il faut supprimer le Sénat ( ce dont personnellement je me réjouis mais pour d'autres motifs que j'exposerai plus tard) parce que "La Mauritanie ne "pèse" (sic) pas encore le Sénat ni économiquement ni démographiquement." et que "du reste, les communautés se feraient très bien représenter, et de manière encore plus équilibrée, au niveau des trois pôles que sont la Présidence, la Primature (?!), l'Assemblée Nationale" comme le dit si bien son Président M. Samba Thiam, alors cela signifie tout bonnement que c'est l'aveu que la Mauritanie ne "pèse pas encore le fédéralisme" et qu'il faut renoncer à cette idée derechef.

Très clairement, la renonciation à la 2eme Chambre c'est la renonciation, pure et simple à toute velléité d'idée fédérale. Sans 2ème Chambre, adieu Fédéralisme, vive l'Unitarisme.

La 2eme erreur consiste à se laisser abuser par les mots et par les usages qu'en font trop facilement certains journalistes de la place-forte du raccourci sémantique qu'est devenue Nouakchott. Il en est ainsi, depuis Néma (où il nous fut jeté en pâture par un Président qui nous connaît trop bien sur ce chapitre), du mot "régionalisme" auquel renvoie dans notre subconscient politique, les termes de "Conseils régionaux". Mais les Halpular disent avec raison que "wonaa ko rannwi fof muuDee" ou si on veut "Tout ce qui est poudre blanche n'est pas farine!".

Ni le régionalisme administratif ni a fortiori un de ses organes d'expression qu'est le "Conseil régional" ne renvoie, ni de près ni de loin au fédéralisme. Notre pays est presque l'un des rares au monde à n'avoir pas cette instance intermédiaire de simple décentralisation dans son système administratif. Pas besoin de renvoyer à l'exemple de la France, l'inventeur du jacobinisme et de son centralisme unitariste que nous avons copié ad nauseam. Le Sénégal, dont le modèle politique et administratif nous est très proche, et qui est on ne peut plus loin du fédéralisme, connaît depuis longtemps déjà ces "Conseils régionaux", au moins depuis les lois de 1996 au nom du principe dit de "participation responsable".

Ainsi, à côté du représentant de l'Etat qu'est le Gouverneur, il existe des autorités régionales représentées par une assemblée (le Conseil Régional) et son exécutif (Le Président du Conseil Régional). Ces autorités régionales sont élues par les populations locales et gèrent des "affaires régionales" avec des compétences administratives et des moyens plus ou moins affirmés.

Annoncer donc la création de "conseils régionaux" dans le contexte de la suppression du Sénat nous rapprocherait bien plus du schéma d'Etat unitaire du Sénégal (Chambre Unique et Conseils régionaux ) que du fédéralisme à base communautaire ou ethnique éthiopien ou même du régionalisme autonomiste mixte du schéma sud africain ou espagnol.

Une réforme globale de notre système de gouvernance nationale et régionale est impérative. Et un débat franc et sérieux mérite d'être instauré comme j'ai cru le comprendre de la part des FPC. Mais loin des calculs politiciens de reformes constitutionnelles fumigènes comme cherche clairement à les imposer M. Mohamed Ould Abdel Aziz!

Source : Lo Gourmo

Les sept points cardinaux du Président Mohamed ould Abdel Aziz

Les sept points cardinaux du Président Mohamed ould Abdel Aziz Le Rais a sillonné la quasi-totalité du pays et a organisé des conférences de presse. Incontestablement, il a été massivement accueilli par les populations mais également des doléances ont été posées à grande échelle dont la résultante tourne autour de sept points cardinaux, des doléances émanant de la base et adressées au sommet de l’Etat et premier Magistrat du pays.

Certes, le Premier Ministre a mis en place la stratégie de développement du pays dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG) arborant ainsi une vocation étatique de penser et d’agir pour le peuple ; certes les Elus à travers les deux chambres (Senat et Assemblée) débattent des préoccupations de ceux qui les ont portés à l’Agora.

Mais cette fois-ci les préoccupations émanent de la base. Ainsi donc il y a lieu de dresser un parallélisme entre ces différents niveaux afin de mettre en place une vision symbiotique et intégrée pour le développement du pays. La tendance à la résolution des problèmes de ces sept secteurs participera au décollage politico-socio-économique du pays.

Depuis un demi-siècle d’existence la Mauritanie se cherche malgré une population pas très nombreuses (environ 3,5million d’habitants) pour une superficie de plus d’un million de KM² soit 5fois le Sénégal et 2fois et demi la France (pour une densité de 3 habitants au km²) avec des potentialités de richesses minières, énergétiques et halieutiques considérables le pays n’arrive pas à décoller.

Bonne Gouvernance

Dialogue opposition-mouvance présidentielle: Sans même débuter il tend vers Log de 1(Ln)

Pas de combat idéologique faute des combattants. Depuis qu’on a commencé à parler de ce dialogue il n’arrive pas à voir le jour. Diverge-t-on sur les modalités et les garanties sur de telles concertations? Ou bien certaines clauses de la Rencontre de Dakar n’ont pas été remplies?

De toutes les manières, d’une part le hadith qui dit » aime pour ton prochain ce que tu aimes pour toi » ne s’applique pas en politique d’autre part ni l’article premier de l’armée(le chef a toujours raison) ni le deuxième article (si le chef n’a pas raison alors appliquer l’article premier) ne riment avec démocratie.

Qu’on le veuille ou pas on doit dialoguer pour le salut du pays.

Arrestation du leader de l’IRA (Birame DahOuld Abeid) : Au Brakna (à Aleg), il n’était pas question que vive Aziz; des voix se sont également élevées pour dire libérez Biram. Quel a été le rôle de la société civile dans ce dossier? Nos sages ont toujours été peu brillants dans la résolution des dossiers brulants qui déchirent les fils de ce pays.

Tel a été le cas pendant les douloureux événements de 1989.Alors que dans la sous région un certain Abdoul Aziz sy Dabakah a œuvré pour la libération de Abdoulaye Wade et un certain Thierno Mountaga Tall a intercédé pour la libération de Jean Paul Diaz.

Nous ne sommes pas que justice, nous sommes également sentiments ; réalité ; nous devrons apprendre à tolérer et à pardonner

Enrôlement des populations: Des manifestations du mouvement « Ne touche pas à ma nationalité » à la mort du jeune Lamine Mangane à Maghama en passant par connais-tu Magatt, question adressée à un citoyen lors de son enrôlement, la marche des refugiés de Boghé à Nouakchott, y’a t-il eu des progrès ? Toujours est-il que le milieu nomade reste en retard.

Les éleveurs, par ignorance, par analphabétisme (qui peut expliquer les centaines de bulletins nuls si ce n’est voter pour son adversaire), par transhumance intra et internationale, par souci de satiété et d’abreuvage du bétail sont peu enclin à l’Etat Civil.

Les erreurs sur le fichier (délibérées ou pas), le fait d’avoir deux noms (un nom paternel et un maternel, caractéristique de la société peulhe),le mooytokoota (le fait de revenir sans passer par le canal du UNHCR ont compliqué l’enrôlement.

La progéniture des refugiés n’étant recensée, leurs enfants sont ipso facto éliminés des examens nationaux et ainsi leur avenir hypothéqué.

L’enrôlement de la diaspora tentée par la double nationalité ou l’hésitation du choix de la nationalité à adopter (Mauritanienne ou pays d’asile) aiguise la problématique de l’Etat civil.

De toute façon l’Etat Civil est un droit inalinéalable pour tout citoyen.

Problème de la SNIM: Il y a lieu d’exploiter et de transformer toutes nos ressources naturelles in-situ. L’Afrique a-t-elle les hommes et la technologie pour ce faire ? Quelle est notre place dans la compétition intellectuelle internationale ? et pourtant avec le techno tropisme les fils de ce pays participent à l’essor technologique du monde.

Il y a lieu d’aller à la vitesse supérieure et anticiper sur le développement car il y a une contradiction entre exploiter le fer et acheter le fer à béton ; sur ce plan nous ne sommes pas pardonnables. Où est donc notre sidérurgie ?

Et l’après-fer pour la survie des villes du nord ? Si on continue à exploiter le fer c’est beaucoup plus par l’infrastructure d’exploitation qui est en place que par la teneur en fer (la teneur de 65% a été oubliée depuis belle lurette consécutive à la surexploitation en un temps record et par système d’écrémage par la Miferma coloniale.

Quand la Somima a périclité, les activités de ville d’Akjoujt se sont estompées.

Si cette situation perdure, il n’y aura pas que le Nord qui perdra le nord mais tout le pays.

Ou est passé le Stabex (Système de Stabilisation des Produits Miniers Exportés)?. De toutes les façons, il faut apprendre à engager des contrats à terme quand on a le vent en poupe.

Expropriation des terres du Walo

Souhaite –t-on des terres sans populations? Ou des populations sans terre?

Il est utopique de réaliser des projets viables sans associer les ayant droits qui n’ont comme seule source de revenu que leurs terres héritées de père en fils. L’Islam ne reconnait-t-il pas l’héritage? Et la méthodologie participative doit être de mise.

Les douloureux événements qu’a connus le pays doit nous faire méditer sur les problèmes sensibles et dire plus jamais ça!

Erection de Boghé en Wilaya et de Dar El Barka et Djeol en Moughataa

Le Sud attend des signaux forts pour montrer la volonté étatique de rétablir les torts notamment l’embargo délibéré pendant un demi-siècle.

Ne mérite-t-il pas l’exploitation des tourbes de Keur Macène, des phosphates de Bofal ,de la canne à sucre de Foum Gleita, de la recherche de mines de la Chaine des Mauritanides ( entités du Guidimaka) avec la construction d’un chemin de fer de Diago à Khabou pour intégrer tous ces projets.

Sud ou Nord l’on doit penser à mettre en place des pôles de développement en fonction des potentialités des différentes régions.

Un pays ne l’est que dans sa globalité sinon, il ne l’est pas.

Lutte contre l’insécurité la pauvreté et le chômage: les forces du mal recrutent dans les banlieues où la paupérisation est criarde.

L’estomac, quand il n’a pas de quoi digérer, il se saisit du cerveau qui est à sa verticale et le broie autrement dit avec la faim il y a perte de la faculté de réflexion ce qui engendre le phénomène des enfants de rue, de la délinquance juvénile, de la prostitution, de la cybercriminalité, de la drogue avec tous ses corollaires.

Education

Antoine de Saint- Exupéry disait : « chaque enfant que l’on enseigne est un homme que l’on gagne ». Si un Etat souffre du déficit intellectuel de ses enfants, un tel Etat ne peut pas décoller. Ou le peuple est éduque et l’Etat sera sinon il ne sera pas. …

Le désert avance, le climat se réchauffe, le paludisme devient endémique, le sida est à nos portes. L’école mauritanienne est-t-elle capable de relever ces défis ?

Le déficit d’enseignants en qualité et en quantité est toujours là. Et à quand la fin de cette hémorragie qui gangrène le système éducatif ?

La promotion des langues nationales n’est qu’un vain mot.

L’enseignement doit être démocratique.

Au moment où nos pays cherchent l’Emergence qui passe inéluctablement par la Science et la Technologie nous nous voulons nous cantonner à la littérature et à la poésie.

Alors que les autres tentent de maitriser l’Espace et le Temps, lance des satellites, fabriquent de drone prône la standardisation, la taylorisation, la robotisation, l’automatisme. Gorbatchev disait : « Que le Japon devance de 70 ans, l’Union Soviétique en matière d’informatique, un Japon qui fabrique de la viande à partir d’algues, qui pèche en utilisant de la musique pour conditionner la proie, qui fait partie du G8 ( les huit Etats les plus industrialisés au monde) malgré sa démographie foudroyante, son manque de matière première, son espace réduit, son appartenance à la ceinture du feu ( les grands volcans et séismes), l’effet des bombes Hiroshima, Nagazaki… Quelle est la fracture numérique qui nous sépare du Japon ?

Les besoins horaires sont largement déficitaires car le temps d’apprentissage est inversement proportionnel aux programmes. Les mêmes disciplines dispensées en terminale devraient l’être depuis la seconde.

Ceci a pour conséquence que nos étudiants n’arrivent pas à tenir dans les Universités étrangères et faute de la place dérisoire octroyée à l’anglais, langue de base pour l’enseignement des sciences et de la technologie nos apprenants se retrouvent égarés.

Nos apprenants deviennent méconnaissable de par leur comportement (agressivité), de par leur accoutrement (l’épidémie des pantalons tombants, le nombril out,….regarde mon dos, des habits transparents qui fait légion dans nos établissements} des coiffures à la Balla Gaye, des portables….; et les parents eux qui devraient être sensés éteindre les téléviseurs affichent une désinvolture extravagante.

Le châtiment corporel étant interdit, quelles sont donc les méthodes de coercition? En tout cas, le par quatre, le tend la main, le front sur la table ont permis à nos écoles de former des cadres de valeurs par la maitrise de tables de multiplication, du calcul mental, de la dictée de mots difficiles, de la conjugaison des verbes irréguliers etc.

En tout cas, il s’impose et de façon diligente de mettre dans nos écoles des services de sécurité pour le civisme, l’éthique et la discipline.

Lycée public ordinaire, lycée d’excellence, lycée pilote où se situe la différence? Quels sont les critères mis en place pour le choix et des élèves et des professeurs?

Santé

SANTE : le ministère de la santé et des affaires sociales (MSAS) préconise zéro évacuation à l’étranger. Pour prétendre à cet idéal, il faut d’abord ménager les bases arrières ; ceci consistera à assurer la couverture vaccinale à 100%, à approvisionner tout le pays en eau potable, à prévenir les maladies endémiques (paludisme, sida…),à renforcer les unités de santé de bases avec une large sensibilisation sur la santé communautaire, à construire et équiper les hôpitaux départementaux, à moderniser le plateau médical tout en mettant un accent particulier sur la formation continue et la motivation du corps médical.

Pendant l hivernage, il y’a recrudescence des fièvres (fièvre paludéenne, fièvre de la vallée du rift, fièvre dingue) consécutives à la pluviométrie, à l’hygrométrie, à la température et à l’incubation des parasites et des agents vecteurs {notamment les moustiques}. Il y a donc nécessite de prendre les mesures appropriées {utilisation des moustiquaires imprégnées…

Eau

L’eau :« Par ta grâce s’ouvre en nous toutes les sources taries de notre cœur » Antoine de Saint-Exupery. C’est cette eau qui nous manque en quantité et en qualité.

Un pays désertique à plus de 70% ne peut voir son réseau hydrographique que limité.

La quasi-totalité des ressources hydrauliques se concentrent dans le Bassin Sédimentaire Sénégalo-mauritanien limité à l’ouest par la mer au sud par le fleuve et par la diagonale imaginaire qui s’étend de Nouadhibou à Khabou

Il y a lieu de drainer ces eaux vers les régions du socle et de la chaine des Mauritanides par des aqueducs ; comme il y a lieu d’épurer l’eau du fleuve pour l’alimentation de la ville de Boghé et l’acheminer ensuite vers la région du Biseau sec (Aleg, Magtarhajar etc…)

Les potentialités hydrologiques sont les suivantes :

Le fleuve Sénégal: Seul fleuve de la Mauritanie qui s’étant sur 550 KM Le gorgol: c’est l’affluent le plus important du fleuve qui se subdivise en gorgol blanc qui prend sa source à la base du plateau du Tagant et en gorgol noir dont l’ébauche est le pied de la falaise de l’Assaba

Des lacs: Lac d’Aleg et lac de Rkiz qui est l’équivalent du lac de Guires qui alimente Dakar en eau

Des oueds: Ketchi et Garfa

Des guwds dans les zones inter dunaires

Il existe de nombreux cours d’eau qui se perdent dans les sables avant de parvenir à la mer (phénomène d’endoréisme) par exemple en Adrar : l’oued Seguelil et l’oued El abiad ; et dans le Hodh, l’oued Tayarett El awsa

Il y’a possibilité d’épuration de l’eau de mer et alimenter la ville d’Atar en eau. Cette opportunité pourrait éviter (le drame écologique dans l’histoire de la phéniciculture avec la baisse du niveau piézométrique des nappes phréatiques consécutif à la raréfaction des pluies en partie) drame qui s’étend jusqu’au Tagant où les palmeraies sont sévèrement infectées. Est-ce que par les œufs des cochenilles qui masquent la chlorophylle empêchant toute activité photosynthétique et auquel cas il faut engager une lutte biologique en y introduisant la coccinelle.

La civilisation oasienne conditionnée par le palmier (et la Guetna ne serait qu’un vieux souvenir) est-t-elle en train de disparaitre comme la civilisation pastorale conditionnée par le zébu qui est en train de se sublimer.

Détournement des grands cours d’eau Africain. (Niger, Congo) vers les régions désertiques d’Afrique ? Est-ce une volonté de nos Chefs d’Etats au même titre que la monnaie unique (Afrika), le NEPAD au moment où les occidentaux ont brisé le mur de Berlin et au moment où en serrant la main de Raul Castro, Obama lui dit que la guerre froide est terminée, opportunité lie à la mort du sage de l’Afrique Nelson Mandela

Pour que le dialogue Sud-Sud réussisse, il faut que dans chaque pays un dialogue Nord-Sud Franc s’instaure.

NB : l’équipement d’un forage pour chaque hameau, chaque village est quasiment impossible et surtout avec la prolifération des campements champignons. Il y a lieu de penser à des réseaux d’adduction d’eau regroupés.

Routes

C’est par les Transcontinentaux que les Etats-Unis ont conquis le Grand Nord américain.

L’une des priorités du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique(Nepad) est de mettre l’accent sur les infrastructures et en particulier les routes.

Ceux qui ont une vision courte verront le futur pont entre Rosso Mauritanie et Rosso Sénégal comme un trait d’union entre deux pays mais c’est plus que tout cela : c’est un transcontinental qui relie non seulement l’Afrique septentrionale (Detroit de Gibraltar) à l’Afrique Australe (Cap) mais deux continents : l’Afrique et l’Europe.

Certes, toutes les routes mènent aux hommes mais la politique des routes a toujours été macrocosmique et non microcosmique.

La compilation des populations des campagnes et des villages est aussi importante que les populations des villes traversées. Le développement à la base doit être de mise tout en restant dans la limite du faisable. A défaut de routes, des pistes carrossables en toute saison

Il y a lieu de privilégier la collatéralité au détriment de la colinéarité. Il faut aller de l’avant. Ainsi donc par souci de désenclavement des centaines de villages situés dans la zone alluviale méritent d’être reliés à l’asphalte par des bretelles.

La navigation permanente de l’embouchure du fleuve à Khayes en passant par Khabou constituera la phase terminale de l’intégration des pays de l’OMVS.

Comme sur les traces de Diego Cao qui a eu adécouvrir l’embouchure du fleuve, elle permettra la redécouverte de celui-ci et sera une opportunité pour que des bateaux quittant l’Europe et cette fois-ci non pas pour les 3 M (Marchands-Missionnaires-Militaires) mais pour apporter les equipements, la technologie nécessaires pour le développement et les échanges culturelles dans le respect de l’identité des uns et des autres.

Energie

Le pays regorge de potentialités énergétiques :

De l’électricité domestique à partir de la combustion de fuel à partir de centrale électrique ou à partir du barrage hydro-électrique de Manatali ; Existence de combustibles liquides: Gaz et Pétrole offshore dans le plateau continental ;

Existence de combustibles solides: Tourbe et Uranium ;

En effet on peut trouver de l’uranium dans la Tasiast et à Birmoghrein (Vanadate d’uranium) et dans l’Assaba (des sables noirs radios actifs à monazite et zircon) ;

De l’énergie renouvelable: éolienne et Photovoltaïque (la plus grande centrale de la sous région).

Le pays peut donc asseoir son indépendance énergétique.

Ne faudrait-il pas alimenter tout le pays en électricité avant de prendre l’option d’en vendre au Sénégal (Thidé brille encore dans l’obscurité comme des centaines de villages de la vallée). Charité bien ordonnée ne commencerait-elle pas par soi ?

Monde Rural

Ce secteur nourrissant 70% de la population mérite la priorité des priorités.

AGRICULTURE : elle continue d’être, outre la riziculture rudimentaire, archaïque peut ou pas mécanisée est tributaire de la pluie donc aléatoire.

La quasi-totalité des produits agricoles sont importés. Malgré que le pays soit recouvert à plus de 70% par le désert, on peut solutionner l’équation agraire pour non pas une autosuffisance alimentaire qui, pour l’heure est une utopie mais pour une sécurité alimentaire. Que ne pourrait-on pas faire le long des 550 km de la cote fluviatile, le long du Kara Koro, le long des oueds Ketchi et Garfa, autour des lacs Rkiz, d’Aleg, de Male, entre les Guwdes dans l’Aftout es Sahéli. Et à quand la révolution verte ?

La culture traditionnelle du walo qui devrait être améliorée est laissée à elle-même.

ELEVAGE: C’est un secteur qui devrait profiter à toute la sous-région dans le cadre du marché sud-sud surtout à l’Afrique centrale ou la mouche Tsé Tsé constitue un facteur limitant pour le développement d’homophone, et à l’Europe dans le cadre du marché nord-sud. Cependant ce secteur est lui aussi conditionné par la pluie qui se raréfie ces dernières années.

En 2002, le cheptel a été décimé par milliers consécutivement à des pluies diverses et le thermomètre n’avait affiché que 13°c. Que se passerait-il si une telle situation récidiverait ?

Il y a lieu de chercher des solutions idoines pour rendre notre élevage plus performant qui passe entre autre par l’assurance de la couverture sanitaire des animaux, la gestion des pâturages, l’organisation des terroirs, l’introduction de l’insémination artificielle et la distribution de géniteurs de races pures aux associations pastorales, la formation , la sensibilisation et l’éducation des éleveurs en attendant la mise en place d’un élevage moderne, intensif, compétitif…

Pendant la saison des pluies, il y a lieu de diminuer les importations en lait pour favoriser la consommation et la commercialisation de la production laitière nationale.

L’exemple des Pays bas doit nous inspirer. Pour une superficie et un nombre de têtes de bétail plus réduit et une production exponentielle en viande et en lait dont la population s’alimente en robinet.

Conclusion

Il y a nécessité d’une complémentarité en le nord et sud : le Nord par les retombées des richesses extractives et halieutiques finance le Sud. Le Sud par l’énergie des Manantali, l’eau, l’agriculture et l’élevage ravitaille le nord qui connait désertification et désertisation.

Les équilibres sont nécessaires car la Mauritanie est au carrefour entre :

La civilisation Négro-africaine et la civilisation Arabo-Berbère avec des risques de tectonelique géo-économico-politique ;

Intersection des deux plus grands déserts du monde: le Sahara (l’azeffal, l’Akchar et l’Amoukrouz) avancent de façon vertigineuse ; la grande muraille verte peut-elle endiguer l’enlisement ?) et l’Océan Atlantique avec le réchauffement climatique ;

Rencontre entre des eaux chaudes d’origine guinéenne (Afro-tropicale) et des eaux froides (upwelling) d’origine canarienne ; qu’adviendrait-il d’un changement climatique brutal (sans conter les hydrocarbures (Gaz et Pétrole offshore qui peuvent compromettre les frayères et ainsi volatiliser nos ressources ichtyologiques.

Et si la Mauritanie refusait l’hybridation qui génère le polymorphisme donc la force, l’abondance, la croissance et le développement ? Malheureusement on part toujours dans un ordre dispersé et on n’arrive pas à parler d’une seule et même voix et à passer d’une phase sommative à une phase intégrative, seul gage de la fondation d’un Etat voire d’une Nation.

Quelle sera la fin du magistère présidentiel au moment où Barack Obama tente de finir en beauté en scellant définitivement la guerre froide avec sa visite dans le pays de Fidel castro et en fermant la célèbre prison Guantanamo. En tout cas, all iswell,who ends well!

Sy Alhousseynou dit Sy Aliou, professeur de Sciences Naturelles et Directeur du Lycée de BABABE
Source : Les Mauritanies

 

 

Libre Expression. Le Phénomène Peshmerga: Un cancer social à enrayer !

Libre Expression. Le Phénomène Peshmerga: Un cancer social à enrayer  ! Les mutations sociales subies par notre pays ces dernières années font apparaitre un phénomène nouveau, étranger et surtout étrange. Il s’agit en effet du phénomène « Peshmerga » . Il est né avec l’avènement d’une presse libre favorisée par l’ère démocratique.

Cette liberté d’expression entrainera une libéralisation anarchique des médias, au profit d’une caste de pseudo-journalistes dont les comportements ont pollué l’espace médiatique.

Aujourd’hui bon nombre de citoyens non avertis ont tendance à assimiler « Peshmerga » et journalisme. Deux types différents, même si par ailleurs, les « peshmerga » trouvent souvent le plaisir de confectionner pour et par eux-mêmes de cartes professionnelles, pour se passer pour des journalistes professionnels s’affichant avec des appareils de prise d’images. La réalité est tout autre.

Car n’est pas journaliste professionnel tout celui qui, à la faveur du développement de nouvelles technologie, porte un appareil photo, un Ipad, détient un site électronique ou un agrément d’un journal.

Sachant le laxisme ambiant qui entache le service public, il est de règle ancrée dans les mœurs que tout s’obtient par complaisance sans rigueur ni critères. C’est ce qui favorise la prolifération d’agréments, de dépôts pharmaceutiques, d’écoles privée, de cabinet médicaux, des terrains à plusieurs permis d’occuper etc. Sans aucun respect pour la législation.

Le phénomène « Peshmerga » prend dans ce contexte du laisser aller, une proportion inquiétante dans notre pays. Les « Peshmergas » s’affichent à travers un discours, un comportement, des attitudes ostentatoires et souvent très arrogantes qui reflètent leur niveau d’instruction très médiocre voire nul de ces « forcenés ».

Les « peshmergas » sont de deux types. Le premier, le plus crapuleux, s’investit dans le chantage à la recherche des miettes. Pour satisfaire sa cupidité sans scrupule aucun, cette catégorie de Peshmerga, cible surtout les hommes du pouvoir, des hommes d’affaires des personnalités politiques qu’ils extorquent à tout prix. Ils exploitent toutes les occasions que ce soit dans les cérémonies, ou à travers des articles publiés dans les journaux, sites électroniques ou les réseaux sociaux pour arriver à leurs fins. Prompts à louer ceux qui les « arrosent », ils sont tout aussi pervers dans la médisance.

Le second type de « Peshmerga » c’est le genre « Lahlaaha » ; à la différence du premier, il n’utilise pas d’outils de communication et se singularise par un sens de parasitisme débordant. Cette catégorie fait ses rondes inlassables dans les mosquées, séminaires, sommets, aéroports, cimetières, lieux de condoléances, mariages, visites officielles, points de presse,) pour racketter. Le plus frappant chez ce type, est qu’il soit constitué essentiellement de jeunes physiquement actifs, capables de travailler ailleurs.

Ces faux journalistes sont utilisés par des lobbies tribaux, politiques contre de l’argent pour vilipender, tel calomnier tel et même agresser, sur commande de quelqu’un. Véritablement ces gens sont un danger public ayant en dehors de toute impunité carte blanche de porter atteinte à la dignité d’autrui et à l’image de la profession journalistique.

Plus grave ces énergumènes portent atteinte à l’unité nationale, l’intégrité territoriale, la cohésion sociale, l’intégrité de personnalités publiques, l’intimité et intégrité de couples, familles. Ils incitent à la haine, la violence. Cette pègre très présente se cache derrière l’habillage journalistique au nom de la libéralisation des médias.

Si ces « Peshmergas » continuent à sévir, c’est qu’ils sont les instruments de personnalités publiques malhonnêtes et sans scrupules qui les utilisent à leur guise.

Face aux nombreux défis géostratégiques de notre pays, de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale et surtout de la préservation de nos valeurs les plus sacrées les pouvoirs publics doivent agir et vite, au nom de la promotion d’une véritable culture citoyenne fondée sur le principe de la tolérance, du respect de la différence. Il faut plus que jamais que de tels groupes soient être démantelés pour assainir le secteur de la presse. La responsabilité incombe d’abord aux autorités de régulation la HAPA et aux pouvoirs judiciaires. La société aussi.

Brah Arouna
Source : Brah Arouna