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Tribune Libre en Afrique

Lettre à Michel Onfray sur les relations tumultueuses entre l’Occident et l’Orient (6)/Par Ahmedou Ould Moustapha

La donne a changé

Ce genre de sanctions économiques, ainsi que le levier financier dont ils disposent à travers le système monétaire international sus-évoqué, constituent, pour les Etats Unis, un outil de politique étrangère contre leurs concurrents directs comme la Chine au plan économique et la Russie au plan militaire.

Mais la donne commence à changer. Elle a même déjà changé pour ce qui est du plus important, c’est-à-dire sur le plan économique.

En effet, au cours de l’année 2011, le Fonds Monétaire International (FMI) avait prédit que les Etats Unis ne seront plus la première puissance économique en 2016 et qu’ils seront détrônés par la Chine. Mais au terme de l’année 2016, le FMI a changé d’avis, pour ne pas dire d’approche : ‘’les Etats Unis sont toujours première puissance économique mondiale et le resteront encore dans le futur immédiat’’.

Est-ce parce que la mesure d’évaluation du FMI a changé ?  Car si l’évaluation de la production des biens et services était établie non pas seulement en termes relatifs (PIB/Nombre d’habitants) mais aussi et surtout en termes de parité de pouvoir d’achat (PPA), autrement dit si l’instrument de mesure du PIB était fonction de la PPA, alors la Chine est déjà première puissance économique mondiale depuis 2014. D’autant plus que tous les grands analystes  en la matière considèrent que le critère de la PPA était plus juste et font consensus sur sa pertinence pour faire des comparaisons de ce genre, puisqu’il est basé sur les pouvoirs d’achat des monnaies par rapport à un ensemble ou panier de produits…

Encore que des institutions américaines de réputation notable, tels que l’Institut Peterson et l’Université de Pennsylvanie, venaient de publier des études qui faisaient ressortir que « la Chine était, depuis 2014, la première puissance économique mondiale, après avoir été la première puissance commerciale l’année précédente », en se fondant sur les indicateurs ci-dessous :

  • En 2014, l’économie américaine avait produit un peu plus de 17 000 milliards de dollars contre 18 000 milliards de dollars pour la Chine
  • la moyenne annuelle de l’augmentation des recettes fiscales de la Chine est de 35%  depuis 2011 alors que les recettes fiscales des Etats Unis baissent considérablement d’année en année
  • l’échange quotidien des titres sur le marché financier chinois est estimé à près de 7000 milliards de dollars, dépassant largement celui du marché américain
  • la chine est le premier pays qui bénéficie du plus grand flux financier étranger au monde, c’est-à-dire l’investissement direct étranger (IDE), très loin devant les Etats Unis, comme destinataire favorite des investisseurs internationaux.
  • la Chine est aussi le premier pays qui investit le plus à l’étranger (rien qu’en Afrique, elle a investi plus de 100 milliards de dollars à la fin de l’année 2017).
  • la Chine est désormais le premier exploitant de mine au monde.
  • elle est le premier fabricant d’automobile au monde.
  • la Chine est le premier pays producteur industriel du monde.
  • elle est le premier pays exportateur dans le monde.

Puis ceci également : Market Watch, une référence américaine en matière d’analyse et d’information financière, s’appuyant sur les derniers chiffres du FMI même, a récemment annoncé : ‘’ les Etats Unis sont désormais la deuxième puissance économique mondiale’’… La Chine vient de les doubler après plus d’un siècle d’hégémonie américaine’’. ‘’ Et cette tendance ne devrait pas s’inverser de sitôt’’.

S’ajoute à tout cela, l’érosion continue de la valeur du dollar. Et beaucoup d’experts prédisent la fin toute prochaine du dollar comme première monnaie d’échanges et comme devise de réserve. C’est d’autant plus vrai que la Chine et la Russie, en partenaires stratégiques, ont déjà franchi les premières étapes pour sortir du dollar.

Ce faisant, avec d’autres membres de l’Union Economique Eurasiatique (UEE), elles ont décidé de réduire leur dépendance envers le dollar et considèrent que c’est une question de survie ; car les Etats Unis ne cesseront jamais de manipuler les flux monétaires et exercer ainsi une pression économique et politique sur leurs deux principaux concurrents.

Mais pour mieux comprendre ce rapport de force ainsi que le poids du dollar qui bascule à l’avantage des Etats Unis et constitue le tendon d’Achille desdits concurrents, il est utile de revenir un petit peu  en arrière.

En 1971, le président Nixon avait mis fin à l’étalon-or pour les Etats Unis, ce qui signifiait que le dollar n’était plus coté ou adossé à l’or, foulant ainsi au pied, unilatéralement, les Accords de Bretton Woods qui avaient établi les règles du système monétaire international en 1944.

Depuis lors, le nombre de papiers fiduciaires ou de billets de la monnaie américaine, en circulation dans le monde, s’est multiplié de façon illimitée, sans aucun autre soutien tangible qu’une fiction soigneusement entretenue, selon laquelle la banque centrale des Etats Unis, plus connue sous le nom de la Réserve fédérale des Etats Unis (ou FED en abréviation), avait encore dans ses chambres fortes la plus grande quantité de réserves d’or au monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, la confiance au dollar, qui reste toujours la devise de réserve mondiale, allait être renforcée par une autre tricherie, se traduisant par un simple concept : le « pétrodollar ».

En effet, vu que l’économie mondiale avait subi une grande inflation provoquée par cette décision de Nixon, que le dollar n’était plus convertible à l’or et que le choc pétrolier de 1973  venait s’y ajouter pour constituer un tout plus que contraignant, alors les pays industrialisés annoncèrent à leurs fournisseurs de pétrole (OPEP) qu’ils voulaient désormais payer leurs factures avec leurs propres monnaies nationales. Mais c’était sans compter avec les américains qui firent en sorte que les pays de l’OPEP, l’Arabie Saoudite en tête, n’acceptent que des dollars en échange de leur or noir…

Le concept du  pétrodollar, soutenant fictivement le billet vert, était ainsi né, de sorte que  toutes les matières premières seront désormais cotées en dollars ; de même que toutes les statistiques économiques internationales seront données en dollars.

Il y a encore plus : cette décision de Nixon permettait également à la FED de pouvoir mettre en marche la planche à billet dès qu’elle le souhaitait sans garantie en or. Il se trouve qu’elle le souhaita en 2012, lorsque son président, Ben Bernanke, décida d’émettre, sans contrepartie, une somme faramineuse du billet vert en promettant de poursuivre une émission supplémentaire mensuelle de 85 milliards de dollars pendant une durée indéterminée.

La planche à billet venait ainsi de se remettre en marche. Or c’est mécanique, plus il y a d’unités d’une devise, moins elle a de valeur. C’est ce qu’il s’est passé, en effet, et cela continue toujours avec la dépréciation irréversible et sans fin de la valeur du dollar.

La Chine et la Russie s’inquiétèrent donc, comme tout autre pays souverain et soucieux de ses intérêts, devant cette évaporation littérale de la valeur de leurs réserves en dollars. D’autant plus que la seule alternative crédible, l’Euro, se trouvait et demeure toujours dans une crise qui, selon beaucoup d’experts, montre tous les signes d’une perspective de longue durée.

C’est pourquoi, dès 2012, la Chine et la Russie avaient décidé de diminuer progressivement la proportion d’actifs de leurs réserves en papier dollars pour les transformer en or physique qui constitue un actif sûr, tangible, qu’aucun gouvernement ne pourrait dévaloriser par une  simple manipulation monétaire.

La Chine retira ainsi, en juin 2012, 54 % de ses réserves en dollars en vue de se prémunir, au moins partiellement, contre cette dévalorisation de la valeur du dollar et s’engagea alors dans une politique d’acquisition massive du métal jaune.

Elle est aujourd’hui le premier pays producteur d’or, et toute sa production aurifère passe directement, par acquisition, dans les réserves de la Banque Centrale de Chine.

Parallèlement, elle s’adressa au marché international de l’or avec une discrétion d’autant plus raisonnable qu’elle n’avait aucun intérêt à provoquer une hausse brutale et inquiétante pour tout le monde.

Aussi, de 2012 à 2015, elle a été le pays qui aura acheté annuellement la plus grande quantité d’or sur le marché international, devant la…Russie (qui l’a détrônée depuis 2016).

Mais la Chine ne s’arrêta pas là : après l’accaparement de sa production nationale, elle s’attaqua à la production mondiale de l’or par l’intermédiaire de ses deux plus grands groupes exploitants de métal jaune, China Gold et un autre, qui ont pu devenir propriétaire ou actionnaire majoritaire de cinq compagnies de production d’or éparpillées dans le monde, du Brésil à l’Australie et de l’Afrique au Kazakhstan. Et à défaut de pouvoir vendre leurs parts, pour une raison ou une autre, en tout cas pas par manque de volonté de la partie chinoise, plusieurs autres compagnies internationales de production aurifère ont signé des contrats d’achat de production à long terme avec la Chine, ce qui représente pour elles un filet de sécurité pour les cours.

D’aucuns pourraient se demander pourquoi la chine procède-t-elle ainsi, avec un tel engouement ?

La plus simple des raisons est celle-ci : à cause de son retard industriel, donc pour une raison purement économique, la Chine n’avait pas intérêt à un Yuan (sa monnaie nationale) fort, garanti par l’or, et donc à immobiliser une grande quantité de ses avoirs en stock physique d’or qui n’avait pas vocation à remplir, comme le dollar, la double fonction de monnaie d’échanges et de devise de réserves. Mais cela comportait un risque qui se traduisit d’ailleurs par ce qui arriva : des taux de change du dollar qui baissent et qui continuent encore de baisser. Selon des analyses qui se réfèrent à des sources de la Banque Centrale Européenne, avant 2002, le dollar était à une moyenne de 0, 81 par rapport à l’Euro.

Mais depuis 2012, il n’a jamais été en dessous de 1,15 ; il est en ce moment à 1,23  par rapport à l’Euro, ce qui signifie qu’il a perdu environ 43 % de sa valeur durant cette période. D’autres analyses plus poussées font ressortir qu’il a perdu près de 50% de sa valeur pour la même période.

Aussi, avant la fameuse décision susvisée, prise en 2012 par le président de la FED, les réserves physiques en or de la Banque Centrale de Chine était de 1,6 % du total de ses réserves, ce qui explique que presque tous ses avoirs étaient constituées de réserves de change libellées en dollars et, dans une moindre mesure, en d’autres devises.

Mais cette nouvelle politique de renforcement de ses réserves physiques en or se dessine clairement à présent. Avec l’accélération de sa production nationale, les achats gigantesques et soutenus depuis 2012, sur les marchés intérieur et international  ainsi que l’entrée en force dans le capital des compagnies minières étrangères ou encore les contrats d’achats de production, la Chine se positionne déjà pour bien peser dans le contrôle de l’or mondial et se placer parmi les plus grands détenteurs de stocks physiques du métal jaune. De quoi soutenir la demande de son économie pendant longtemps et passer sans problèmes à la deuxième étape stratégique qu’elle semble avoir préconisée avec la Russie, à savoir la sortie du dollar ou, si l’on veut, la dédollarisation de ses réserves et – autant que possible – de ses échanges.

On peut imaginer que le but ultime de la Chine serait de remplacer le dollar américain  par le yuan chinois. Ce n’est pas impossible ! Elle pourrait bien mobiliser toute la quantité physique d’or qu’elle aura accumulée pour s’en servir afin de garantir le yuan qui deviendrait alors la monnaie la plus solide qui soit. Un Yuan solidement adossé à l’or, et non plus à un panier de devises, deviendrait effectivement plus crédible que le dollar.

Cela d’autant plus vrai que celui-ci est tributaire d’un gouvernement fortement endetté et qui n’a plus de choix que de continuer à utiliser la planche à billet comme recours ou se déclarer en défaut de paiement ; ce qui serait, dans les deux cas, une véritable mise à mort du dollar. On assistera alors au retour de l’étalon or et le précieux métal ne s’en porterait que mieux. Et le système monétaire international sera plus équitable, parce qu’il ne dépendrait plus d’un seul pays qui l’utilise en position de force, qui ne se fonde au demeurant sur aucune réalité physique requise, comme outil de politique étrangère ou de pression économique.

On peut admettre aussi, pour différentes raisons, que nous n’en sommes pas encore là et que la dette chinoise semble également être importante ...

Seulement voilà :

-    Le remplacement du dollar en tant que monnaie étalon se discute déjà au niveau du FMI.

-   La dette chinoise a servi hier comme aujourd’hui au développement des infrastructures du pays pour combler son retard dans ce domaine, il s’agit donc d’investissements productifs ; elle est différente de nature et de volume en comparaison à la dette américaine qui, elle,  est gonflée essentiellement par les budgets de fonctionnement et de la défense ; encore que ce n’est pas une dette sortie des limites du remboursable comme celle des Etas Unis.

-  Tous les grands acteurs économiques occidentaux le disent : « on ne peut pas gagner de     compétitivité dans nos entreprises européennes et avoir un dollar qui perd 50 % de sa valeur ; le monde est multipolaire, le système monétaire doit être multimonétaire », déclare un ancien chef d’Etat Européen.

- Un autre grand patron d’un groupe industriel américain, John Hathaway, a déclaré : «  nous sommes au cœur de la transformation du système monétaire international ; nous allons probablement voir le dollar perdre beaucoup de son avantage en tant que principale devise de réserve, voire même perdre ce statut ».

- Caterpillar et McDonald’s ont récemment financé de grands projets en Chine avec des offres d’obligations en Yuan et non en dollar.

- Le commerce entre la Chine et la Russie ainsi que la plupart des pays membres de l’Union Economique Eurasiatique (les pays de l’Ex URRS en Asie mineure, le Vietnam, la Thaïlande et autres pays comme l’Iran et le Pakistan), se règle désormais en Yuan chinois et non plus en dollar américain.

- La Chine et la Russie prévoient de créer une Banque de développent et des systèmes de paiement qui vont concurrencer MasterCard et Visa

- Les contrats à terme sur le pétrole brut libellés en Yuan ont commencé à se négocier sur la place de Shanghai depuis le 26 du mois de mars passé, et cela était une réussite surprenante avec plus de 10 milliards de Yuan négociés dès la première heure de la journée d’ouverture des opérations.

Mais pour qu’elle soit plus efficace encore, cette dédollarisation devrait s’opérer également  avec les autres membres du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

D’ailleurs le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré l’année dernière, pendant le Sommet des BRICS en Chine, que « la Russie est prête à s’éloigner du dollar avec la Chine » et que « la Russie partageait les préoccupations des BRICS concernant l’emprise du dollar sur les opérations commerciales internationales ».

En revanche, ce que le président Poutine n’avait pas dit ce jour là, c’est que la Russie, elle aussi, a reçu un choc qui ne s’oublie jamais : c’était en 2014 lorsque le Trésor américain et la bourse de New York , Wall Street, avaient décidé de se délester de leurs roubles suite à un accord américano-saoudien visant à faire chuter les prix mondiaux du pétrole, rien que pour punir la Russie de son soutien à Bachar El Assad, sachant que le budget de l’Etat russe dépend fortement de l’exportation des hydrocarbures.

C’est pourquoi, dans cette même année, la Russie et la Chine ont signé deux contrats de trente ans sur le gaz russe pour la Chine. Et ces contrats stipulent que les échanges qui en découleraient se feraient en Yuans et en roubles, pas en dollars.

Aussi, en novembre 2014, la Banque Centrale de la Fédération de Russie (BCFR) avait annoncé, pour la première fois, qu’elle venait d’intégrer le yuan chinois dans ses réserves de devises. Cette décision d’inclure le yuan dans les réserves officielles de la BCFR a pu développer son usage dans les marchés financiers russes au détriment du dollar, si bien qu’ils enregistrèrent, en 2015, un total d’achats record de 18 milliards de yuans soit une hausse de 400 % par rapport à l’année précédente.

Parallèlement à cela, et à l’instar de la Chine, la Russie a considérablement augmenté le volume de ses réserves d’or, notamment suite aux sanctions des Etats Unis et de l’Union Européenne, consécutivement à la position russe dans le conflit Ukrainien, en 2014.

Ainsi, en une seule année, entre 2014 et 2015, les réserves russes en or physique ont augmenté de 129 %. Et la BCFR achète en roubles chaque once d’or extraite des mines russes à un prix attrayant et garanti, en plus des achats qu’elle effectue sur le marché mondial, exactement comme la Chine, afin de gonfler les avoirs d’or de l’Etat russe.

C’est ainsi qu’elle a pu acheter une quantité de métal jaune très importante, au point de dépasser les réserves de la Chine en termes de volume d’actifs physiques.

Voilà qui explique que les réserves en dollars de la Russie ont baissé en 2016 de 140 milliards par rapport à 2014 et que, depuis lors, le stock physique d’or de la BCFR ne cesse de grossir au détriment de ses réserves en dollar.

Et au-delà de ce qui précède, la Russie a réglé toute la dette de l’Ex URSS et renoncé aux prêts que celle-ci avait accordés aux pays du tiers monde soit une remise gracieuse totale de 100 milliards de dollars.

Ensuite, la dette publique de la Fédération de Russie s’élève, en fin 2017, à 16 % de son PIB. De quoi faire pâlir de jalousie les pays occidentaux. De quoi également énerver les banques internationales qui aiment bien voir les Etats s’agenouiller devant elles pour leur demander plus d’emprunts ou pour négocier un échéancier de remboursements plus souple, car c’est l’occasion pour elles d’imposer leurs conditions visant à prendre une emprise sur ces Etats et à les piller davantage.

Tout cela pour dire que, partant des manipulations que le gouvernement américain opère sur le dollar en tant que devise de réserve mondiale, considérant qu’il utilise le système monétaire international comme outil de pression politique et tandis qu’il tentait et tente encore d’imposer sa volonté en Syrie avec l’appui financier des pays arabes du Golfe, pour changer le cours de l’histoire au Moyen Orient, qui est le cœur même de la géopolitique mondiale, la Russie et la Chine ont été ainsi poussées à s’entendre pour définir une stratégie commune dans le but de dédollariser les opérations commerciales au sein de l’Eurasie d’abord et, à court terme, avec leurs autres partenaires. Leurs achats massifs du métal jaune semblent bien vouloir réduire le poids du dollar dans l’économie mondiale. Et l’intense activité de la Chine pour peser dans le contrôle de la production mondiale de l’or ne semble traduire qu’une seule volonté, celle  de transformer le yuan en devise de réserve principale.

S’y ajoute qu’une alternative du dollar par le yuan soutenu par le rouble, adossés tous les deux à l’or, pourrait effectivement déclencher la sortie rapide du dollar et, avec elle, une incapacité certaine des Etats Unis à continuer de dévoyer le rôle du dollar en tant que devise de réserve pour financer leurs guerres de domination avec l’argent des autres pays.

De toute façon le processus de la dédollarisation est déjà entamé, peut être avec le consentement passif du gouvernement américain qui a tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi et même à ‘’couler’’ sa propre monnaie.

C’est une question de bon sens : la dette publique américaine ‘’officielle’’ est tellement démesurée (plus de 20 000 milliards de dollars) qu’elle n’est plus contrôlable. En 2017, elle dépassait de 36 % la dette de tous les pays réunis de la zone Euro. Or avec le président Donald Trump, les  experts prédisent qu’elle pourrait s’approcher des 30 000 milliards de dollars à la fin de son mandat.

Il s’agit d’une dette que le gouvernement américain ne pourrait jamais régler, d’autant moins avec sa méthode actuelle qui ressemble par bien d’égards à celle du grand escroc Bernard Madoff et qui consiste à rembourser partiellement et à emprunter davantage : c’est le système infernal du ‘’Shipéco’’ que l’on connait bien chez nous.

Donc, pour éviter l’effondrement économique et la banqueroute, il ne restera plus au gouvernement américain que de dévaluer considérablement sa monnaie puis de rembourser avec des dollars qui ne valent plus qu’une fraction de ce qu’ils valaient autrefois.

Mais il est fort probable que les Etas Unis, quelles que soient leurs difficultés économiques et contradictions internes ou autre obstacles auxquelles ils seraient confrontés, arriveront sûrement à les surmonter, vu le degré de leur savoir technologique et scientifique que leur culture créative et entreprenante peut bien maîtriser et orienter vers d’autres perspectives plus porteuses d’espoir. Encore que si, par hypothèse, cet effondrement économique se produisait, les ondes de choc d’un tel séisme auraient des conséquences incalculables sur le reste de la planète, et elles seraient loin d’être partout bénéfiques.

(A suivre)

 

Le Sahel face à la corruption (Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S)

Le Sahel face à la corruption (Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S)Une lancinante affirmation associe, depuis de nombreuses années, corruption et Afrique. Une affirmation, peut être excessive, mais pour le moins intéressante. En effet, à travers le monde, se développe de plus en plus, une moindre tolérance à la corruption.

D’où le mérite du président de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, d’avoir inscrit la corruption à l’ordre du jour du dernier sommet de son organisation.

Une nécessité économique

Pour au moins deux raisons, il est utile de dépassionner le débat autour de la corruption en Afrique. D’abord, ce fléau, qui existe partout à travers le monde, n’est pas une spécificité du continent. Par ailleurs, dénoncer et combattre la corruption n’est pas une posture morale, et encore moins une stigmatisation. Il s’agit à la fois d’un impératif économique, d’une nécessité politique et d’une précaution sécuritaire.

Enfin, lutter contre la corruption c’est aussi contribuer au développement économique et, indirectement,à la prévention des conflits civils et des migrations irrégulières. Deux phénomènes liés à l’exclusion et la pauvreté, elles-mêmes souvent exacerbés par l’impunité dont bénéficie la corruption.

Dans les années 1990, un collègue indonésien me demandait si, investie sur place, l’argent de la corruption ne lubrifierait pas les rouages de l’économie nationale, accélérant ainsi la croissance des pays.

Pour lui, la corruption en Afrique, contrairement à de celle de l’Asie, est flagrante, indiscrète et stérilisante dans la mesure où son produit s’évapore immédiatement au-delà des frontières et, de surcroit, en produits de luxe ostentatoires.

Le Global Financial Integrity et la Banque Africaine de Développement estiment que 1300 Milliards de Dollars ont été transférés hors du continent Africain entre 1980 et 2009.

Endémique et arrogante, la corruption africaine discrédite les élites publiques et privées. Ce discrédit les affaiblit moralement, les fragilise politiquement et rend inaudibles, ou pour le moins peu crédibles, leurs messages aux populations. Il est également certain qu’il ne peut convaincre les partenaires extérieurs.

Différentes formes de corruption

Il y a la petite et la grande corruption. Toutes deux sont condamnables par leurs effets sur les mentalités et leurs surcoûts imposés à l’économie. La première est celle des subalternes et autres agents administratifs. Pour quelques sous, ils harcèlent, aux carrefours des grandes villes, les citoyens mais avec une attention particulière pour les visiteurs étrangers.

Cette corruption endémique, très visible et lassante, n’est qu’un sous-produit de la grande corruption, souvent institutionnalisée celle-là. Celle des hauts responsables nationaux. Par des comportements arrogants et l’impunité dont ils bénéficient, ces dignitaires ont introduit et banalisé concussion, détournement de fonds et escroquerie. Dans plusieurs pays du Sahel cette corruption est devenue une véritable sous culture politique.

Il s’agit précisément de la corruption couverte par la convention internationale signée le 12 décembre 2002 à Merida, Mexique. Son article 53, mentionne ‘’des mesures pour le recouvrement direct des biens.’’ Plus connu dans les medias sous le vocable de récupération ‘’des biens mal acquis’’, cet article traite de la corruption des élites dirigeantes et du recouvrement des biens spoliés à leurs propriétaires légitimes, c’est-à-dire les citoyens des pays affectés.

C’est cette corruption avérée, et surtout son impunité, qui porte le plus grand tort à l’Afrique. Nos états, les citoyens et nos partenaires extérieurs doivent combattre avec détermination cette impunité.

En Europe, des dirigeants, de tout premier plan, soupçonnés de corruption, font face à la justice nationale, non pour des règlements de compte politiques – fréquents en Afrique - mais pour répondre aux accusations lancées contre eux. Un ancien chancelier allemand, un ex premier ministre italien et un ancien ministre français du budget en sont trois exemples des plus connus.

Protéger la respectabilité du pouvoir

En matière de corruption, l’action de certains pouvoirs vise souvent à protéger leurs proches et surtout leurs poches. Sans doute par solidarité familiale mais souvent comme si ces derniers avaient agi sur leurs instructions. Cette attitude encourage la déstructuration des institutions nationales et plus précisément celles qui protègent le mieux le pays et les citoyens: la police et la justice, ou les informe et éduque: la presse libre.

L’obstruction à l’action de la justice contre des agents notoirement corrompus, délégitime les institutions et consolide la corruption. Elle discrédite ainsi les pouvoirs centraux et annihile l’impact de leurs actions même les plus vertueuses.

Précisément, dans les pays sahéliens, où tout le monde connait tout le monde et où l’information et les rumeurs circulent rapidement, les conséquences de la corruption sont bien plus dévastatrices qu’ailleurs. Elles menacent l’intégrité des états les plus atteints.

Plusieurs raisons à cela. La première est l’extrême sensibilité de ces populations face aux abus qui sont souvent perçus comme favorisant une région ou une ethnie. De plus, la rareté des ressources financières, face à l’immensité des besoins et l’urgence d’y répondre, devraient inciter à limiter les ‘’déperditions’’ des fonds. Enfin, l’importance d’une gestion responsable des projets et autres investissements, et donc la réduction des évaporations budgétaires, invitent à l’ascétisme et non à la gabegie.

Par ailleurs, en Afrique, les armes les plus efficaces pour la prévention et le combat contre la corruption - la presse, la police et la justice - ne jouissent pas des mêmes marges de liberté ou de ressources et d’influence qu’ailleurs.

En leur absence, ou du fait de leur indigence financière, le blackout est total sur les concussions. Cette situation affaiblit d’autant la dissuasion contre le fléau de la corruption.

Dans certains pays, tout est prétexte à l’extorsion de biens et de revenus au détriment de l’état. L’appropriation systématique des propriétés bâties et autres domaines publics et la participation forcée dans les contrats d’investissements étrangers sont monnaie courante.

L’état civil, domaine de souveraineté par excellence et indispensable aux services de sécurité, est parfois confié au privé et non à la Police nationale comme ailleurs dans le monde. Les conflits d’intérêts y deviennent flagrants.

Les listes électorales qui en découlent, modifiables à volonté, fourmillent de doublons. Leur fiabilité est souvent discutable.

Les recrutements dans les administrations accordent plus de place au népotisme et à la corruption qu’au mérite et à la compétence. D’après les réseaux sociaux, ‘’tu viens de la part de qui ?’’ est un test de sélection bien plus fréquent lors des examens que la question : ‘’quel diplôme as-tu ?’’

La qualité du personnel des administrations les plus sensibles pour les populations et la pérennité des états - sécurité, santé et enseignement – se trouvent ainsi menacée.

Il ne s’agit pas seulement de lacunes dues à l’incompétence ou l’indigence des services mais d’opérations de corruption délibérées visant le contrôle d’un secteur de l’économie nationale. Pire, il est fréquent de voir des officiels gouvernementaux en concurrence commerciale avec des opérateurs du secteur privé national ou étranger.

Les effets pervers de ces pratiques, souvent bien ancrées, sont des plus dévastateurs pour les pays du Sahel, leurs économies et leurs institutions. Par effet d’imitation, de nombreux citoyens pratiquent cette effrayante culture de pillage et bénéficient de l’impunité. Une culture qui fait fuir l’investissement direct extérieur mais aussi l’épargnant national.

Comment s’en sortir ?

Continuer à blâmer l’étranger, ‘’pas de corrompus sans corrupteurs’’ ne résoudra pas nos difficultés. Il faut combattre le cancer de la corruption comme le font d’autres pays à travers le monde. Par la presse, la police et la justice. Et naturellement par l’exemplarité du leadership. L’ancien président Senghor du Sénégal aimait dire ‘’en politique, la famille, c’est l’ennemi.’’

A long terme, la corruption appauvrit les pays et les individus. Blanchiment d’argent, trafics divers et impunité sont le cocktail qui maintient dans le cercle vicieux de la pauvreté. Un cocktail qui fragilise les états, les rend vulnérables aux conflits civils, à la fuite des cerveaux et aussi celle des …bras.

Lancinante, la lutte contre la corruption en Afrique doit cesser d’être un tabou. La confronter pourrait aider, comme ailleurs, à la marginaliser faute de pouvoir l’éradiquer.

Les organisations telles International Consortium Investigative Journalists, European Investigative Collaboration, Transparence International et d’autres, doivent, comme elles le font ailleurs dans le monde, mener aussi leur lutte contre la corruption en Afrique.

Par Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre 4S

www.centre4s.org
Source : RMI Biladi (Mauritanie)

 

 

Nouvelles d’ailleurs : Du goût du sang…

Nouvelles d’ailleurs : Du goût du sang… Je vois ici et là applaudir à l'abrogation de l'article 306 au motif d'une pré supposée défense de " notre foi". Soit.

Mais parler de défense de "notre foi" dans un pays qui pratique l'endogamie, le mariage entre soi, le système de castes, le cloisonnement social entre nobles et non nobles, l'exclusion selon la couleur de la peau ou l'origine sociale, qui fait de l'inégalité sociétale entre les hommes un préalable à toutes les stratégies d'installation et de gestion de la sphère tribalo-socialo-économico-politique,

qui accepte qu'une petite fille de 12 soit mariée, qui pratique l'art de la louange aux puissants, qui détourne, qui vole, qui ment, qui passe son temps à parler des autres et à commérer, qui accepte comme fait établi que l'hypocrisie est une norme acceptable, qui ferme les yeux sur son passé, qui fait de la justice une arme politique, qui enferme des jeunes femmes violées au nom d'une prétendue zina, qui laisse ses enfants mendier dans la rue pour enrichir un maître coranique, qui se cloisonne en communautés, etc etc.... est quelque peu indécent...

Où est donc la Foi là dedans?

Nous voilà donc, depuis Vendredi, le pays qui a effacé de son vocabulaire le mot Repentir, le Pardon… la Miséricorde.

L’enfermement à perpétuité dans la meute populiste et la mort de toute intelligence politique et de la volonté à faire d’un amas d’orgueilleux une Nation moderne.

Nous avons capitulé. Capitulé lâchement, prétextant un honteux « dysfonctionnement » dans notre perception du Malékisme… Ce qui veut dire que nous nous trompons donc depuis des siècles…

Ce qui veut dire aussi que, elhamdoullillah, nos « intelligences éclairées » actuelles ont rétabli la « Vérité ».

Alors ma chronique s’adresse à nos députés. Messieurs les députés, puisque vous venez de récuser des fuqqahas au sujet de l'article 306 sur l'apostasie, fuqqahas qui furent vos pères ou vos grands pères au passage, fuqqahas respectés alors ( et je ne parle pas du temps des dinosaures mais bien d’une trentaine d’années), au nom d'un "dysfonctionnement" dans notre perception du rite malékite, allez donc au bout de votre "courage aux ordres" et interdisez le mariage précoce, l'excision, les violences faites aux femmes, le viol conjugal... Puisque nous sommes en "dysfonctionnement", allez y... Faites preuve de courage....

Ou bien vous ne prenez que ce qui arrange l'alignement du petit doigt sur la couture du pantalon?

Les dogmatiques ont demandé le sang, vous avez obéi. Les dogmatiques ont renié vos pères et vos grands pères. Vous avez obéi. Le pouvoir a exigé. Vous avez obéi…

Pourtant, il y a un an, nous femmes de ce pays aurions aimé que vous « dysfonctionniez » sur nos sorts. Nous femmes, faibles dans cette société patriarcale, aurions aimé que vous nous défendiez, que vous teniez tête à ceux qui ont hurlé au sacrilège quand nous demandions à être protégées. Mais vous avez refusé.

Nous femmes de ce pays, vos mères, vos soeurs, vos filles, vos tantes, vos nièces…aurions aimé que vous nous défendiez et que nous ne soyons plus accusées de Zina après un viol.

Mais vous avez refusé.

Nous femmes de ce pays nous aurions aimé que vous nous protégiez contre les insultes, le harcèlement sexuel, les viols, les arrangements sur le dos des victimes, les coups, les violences conjugales, les mariages précoces…

Mais vous avez refusé.

Nous femmes aurions tant voulu que vous preniez en compte les mille et un maux dont nous sommes victimes.

Mais vous avez refusé.

Nous femmes aurions apprécié d’être défendues par vous, même si vous êtes confortablement installés dans vos fauteuils de députés à sourire devant les caméras.

Mais vous avez refusé.

Vous NOUS avez refusé le statut d’êtres humains égales à vous dans la protection des violences qui sont infligées. Au motif que nous sommes des femmes? Donc coupables prédisposées des pulsions de violences masculines? Au motif que si l’on nous viole nous sommes coupables de relation adultère? Donc, raccourci, « violables »? Au motif qu’il n’y a aucune indignation à ressentir quand une petite fille est mariée à un homme adulte et qu’elle subit le viol de son corps d’enfant? Après tout, qu’est-ce qu’une petite fille… une future femme. Rien.

Au motif qu’un mari a le droit de battre sa femme de temps à autre? Qu’est-ce qu’une femme, après tout… rien. Juste bonne à prendre des coups… Pas de temps à perdre à punir les maris violents…

Au motif que les mains baladeuses, les intimidations d’ordre sexuel sur les lieux de travail, les « Je te coince contre un mur », les « allez, laisse toi faire… », les « tu veux le boulot? Allonge toi sur le canapé », les « oui oui, je sais, quand tu dis non, tu veux dire oui… » ?

Au motif que le harcèlement sexuel contre les femmes qui marchent dans la rue, toutes ces voitures qui ralentissent, qui s’arrêtent le soir, qui font demi tour, dont les vitres se baissent et qui laissent passer des invitations osées sont choses normales? Qu’est-ce qu’une femme qui a peur le soir… Rien… Elle n’avait qu’à pas sortir de chez elle…

Vous NOUS avez refusées… pour des motifs tous aussi variés les uns que les autres.

Vous nous avez refusées sous prétexte de religion, prétexte facile. La religion, notre Foi, vous l’utilisez quand vous en avez envie.

Non. Vous avez fait dans le facile : vous avez offert le sang. Cela c’est facile. Plus facile que de défendre les femmes et d’avoir le courage de les défendre.

Aujourd’hui vous n’avez plus cette excuse religieuse : vous venez de déclarer à la face du monde que notre rite malékite « dysfonctionne » ( ce n’est pas moi qui l’ai dit ). Donc aucune excuse n’est-ce pas?

Et toujours dans la même veine que les "dysfonctionnements" relevés par nos honorables députés dans notre perception et application du rite malékite : allez encore plus loin Messieurs et reconnaissez donc un manquement grave à la notion fondamentale de Justice qui est centrale dans l'Islam... Ordonnez que les familles des victimes des années de sang, des années de honte, aient droit à des procès où seront punis les assassins, les tortionnaires...

L'Islam a toujours privilégié la justice pour les victimes, toujours.

Alors oui, nous avons renié nos fuqqahas qui avaient laissé l'humanité et le pardon dans l’article 306... Nous avons renié notre Islam pour un cri de haine et d'inculture...Cette article est le pire que notre pays ait voté... Le pire... Il représente la laideur de ce que nous sommes devenus. Il est, malheureusement, notre miroir…

Notre Foi est-elle si peu sûre qu'elle ait besoin d'être protégée par le sang? Qu'est-ce qui a fait que l'Islam s'est propagé rapidement? La Justice, l'Amour, le Pardon, l'Équité entre TOUS les hommes, le refus des castes, le refus du racisme.... Pas le sang.

Contrairement à nos fantasmes l'Islam ne s'est pas propagé par le sang mais par ce qu'il apportait aux peuples : l'humilité, l'amour, le pardon, la tolérance, le partage, l'ouverture, la compréhension et l'obligation au savoir…

Que Dieu et notre Prophète Mohamed (SAWS) nous pardonnent de tant d’aptitudes au meurtre…

Salut

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)




 

 

Sahara occidental : Mohammed VI et les hypocrites, par François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique

Comment prétendre trancher d’un coup de cimeterre une dune friable et volatile, dont chaque grain recouvre une histoire contradictoire ? À l’instar du désert qui lui fournit un cadre et un enjeu, le conflit quarantenaire du Sahara occidental n’est pas aisément réductible.

Édito. Alors que les signes avant-coureurs d’une nouvelle tempête de sable semblent s’accumuler tout le long de la zone tampon qui sépare le mur de défense marocain des frontières de ses deux voisins, c’est pourtant ce que vient de faire, le 4 avril, le roi Mohammed VI : porter le couteau dans la plaie. « L’Algérie finance, l’Algérie abrite, l’Algérie arme, l’Algérie soutient diplomatiquement le Polisario », a-t-il martelé dans une lettre ouverte adressée au secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Cette déclaration, la plus incriminante jamais effectuée par le souverain chérifien à l’encontre du régime Bouteflika, s’inscrit dans un contexte précis : les velléités des indépendantistes sahraouis de déplacer une partie de leur quartier général de la Hamada de Tindouf à l’intérieur du no man’s land, considéré par eux comme « territoire libéré ».

Casus belli

Un casus belli pour le Maroc. Mais elle a surtout un objectif, poursuivi en vain depuis quatre décennies par Rabat : obtenir que, dans le langage onusien, l’Algérie passe du statut de « partie intéressée » à celui de « partie au conflit ». Et mettre enfin un terme à une hypocrisie sémantique, source de blocage de toute négociation sérieuse.

Ce que dit M6 relève en effet de l’évidence : c’est sur le sol algérien que le Front Polisario, dont l’armement provient des arsenaux algériens ou transite par l’Algérie, est installé. Sans l’aide de l’État algérien, les camps de Tindouf ne pourraient pas subsister, et sans son appui diplomatique la RASD ne siégerait pas à l’Union africaine.

Quand on entretient, que l’on perfuse, que l’on contrôle ainsi un mouvement armé de guérilla dont le moindre déplacement est soumis à son autorisation, on n’est plus dans le cadre de la « solidarité militante » et du « soutien aux droits légitimes », mais bien dans celui de l’instrumentalisation. On est donc « partie au conflit », aux côtés de ceux que l’on défend et que l’on utilise à la fois – et cela quel que soit le degré de justesse de la cause initiale.

Pour mieux le comprendre, il faut avoir de la mémoire. Le Front Polisario est né il y a quarante-cinq ans, un jour de mai 1973, du côté de Zouerate, en Mauritanie, porté sur les fonts baptismaux par des militants sahraouis désireux de se débarrasser de la tutelle coloniale espagnole, mais qui n’ont pas une vue déterminée de l’avenir du territoire.

Certes, tous nourrissent à l’encontre du Maroc et de sa classe politique une sourde récrimination : celle de ne pas avoir été réellement soutenus, eux ou leurs parents, lors des insurrections de l’Armée de libération du Sud à la fin des années 1950 et de la Harakat Tahrir au début des années 1970.

Étudiants au Maroc, souvent proches de l’extrême gauche, les plus jeunes en veulent à la police du Makhzen, qui, en ces années de plomb, ne donne pas dans la dentelle. Mais cette somme de frustrations ne se traduit pas par une revendication indépendantiste à l’égard du royaume, qui fait valoir très tôt ses droits ancestraux sur le territoire.

La fiction d’une Algérie simple « partie intéressée », au même titre que la Mauritanie, a donc, elle aussi, « trop duré »

À Rabat, le Polisario n’est d’ailleurs pas perçu comme hostile. Lorsque, deux mois après sa fondation, ce dernier révèle son existence par voie de communiqué, les quotidiens marocains, dont l’officieux Matin du Sahara, publient intégralement le texte sans trouver à y redire.

Fiction

Il faudra attendre trois ans et la mort en Mauritanie du premier secrétaire général du Polisario, Mustapha el-Ouali – indépendantiste certes, mais nationaliste et plus proche de Kadhafi que de Boumédiène –, pour qu’Alger prenne en main le Front en favorisant l’accession à sa tête du Reguibat Mohamed Abdelaziz. Depuis lors, hormis la très courte parenthèse (cinq mois) de présidence Boudiaf, marocophile assumé, assassiné en juin 1992, jamais ce « conflit qui n’a que trop duré » (António Guterres) n’a échappé à la gestion algérienne.

Source : jeuneafrique.com

 

L’œil de Glez : Robert Bourgi, tonton flingueur autoproclamé de la politique française

 

Incarnation des méthodes de la Françafrique, Robert Bourgi fait son show médiatique à l’occasion du premier anniversaire du Penelopegate qui fit dérailler François Fillon lors de la dernière campagne présidentielle française. L’avocat revendique l’orchestration de "l'assassinat politique" du candidat.

Début 2017, manifestement grisé par sa victoire inattendue à la primaire de la droite et du centre, le présidentiable favori des sondages, François Fillon, avait manifestement oublié le sens de l’expression « tailler un costard » : « se moquer de quelqu’un, dire du mal de lui, lui jouer un mauvais tour ». Il ne se méfia pas lorsque Robert Bourgi envoya un tailleur prendre ses mesures, en vue d’un don « désintéressé » de trois costumes, pour la modique somme de 13 000 euros.

Opportunément fuitée dans la presse, l’information conduira le Parquet national financier à accorder aux juges chargés d’une affaire Fillon déjà débutée l’ouverture d’un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d’influence ». Si l’affaire de l’emploi présumé fictif de l’épouse Penelope Fillon aura été le cercueil de la candidature républicaine, celle des costumes en aura été le clou, finissant de semer, dans l’esprit des électeurs, le doute sur le désintéressement de l’ancien Premier ministre réputé moins bling-bling que Nicolas Sarkozy…

« Appuyer sur la gâchette »

Ce 29 janvier, sur les antennes de la chaîne française BFMTV, Robert Bourgi prétendait avoir ourdi une sorte d’assassinat politique. Il l’avait déjà déclaré au magazine Vanity Fair, en 2017, indiquant alors que le cadeau empoisonné des costumes avait consisté à « appuyer sur la gâchette ». Étonnant anniversaire 2018 où les organes de presse instruisent moins le public sur les suites judiciaires qu’ils n’agitent la nostalgie précoce d’une campagne électorale désarticulée. Dans cette ambiance digne de la saga des Parrains ou de la série Baron noir (dont la saison 2 commençait justement ce lundi), l’avocat français aux origines libano-sénégalaises apparaît comme le personnage le plus truculent qui soit, dézingueur désuet de série B qui, pour toucher un public plus jeune, s’autoproclame « niqueur de Fillon » ; un terme trivial qu’il avait prêté, un temps, à cet ami Nicolas Sarkozy qu’il entendait venger avec les costumes Arnys « empoisonnés ».

Rien de bien nouveau sous le soleil des us « foccartiens », le méchant du jour se plaisant encore à rappeler, au journaliste Jean-Jacques Bourdin, qu’il fut un élève de Jacques Foccart. Non, l’étonnement ne vient pas de la resucée du scénario politique de 2017, ni des incohérences dans le récit de Bourgi. Comme le met en lumière cette référence de l’avocat à son propre curriculum vitae françafricain, il est effarant que des pontes de la droite française aient accordé tant de confiance récente à ce personnage controversé. Au cas où François Fillon aurait omis ce qu’évoque dans l’imaginaire collectif le nom « Bourgi » – des djembés bourrés de liasses occultes à la gestion d’enfants cachés -, il aurait dû garder en mémoire la tendance du porteur de valises à en déverser les souvenirs sur la place publique, via des auteurs comme Pierre Péan ou directement, pour peu qu’il se sente humilié ou simplement délaissé.

Il faudrait mieux enseigner la fable du scorpion et de la grenouille…

Ali Bongo, mais aussi Dominique de Villepin, Jacques Chirac ou Jean-Marie Le Pen auraient pu témoigner que le si-peu-avocat a la rancune tenace et la vengeance froide. Cet acteur médiatique incontrôlable que Karim Wade appelait « tonton » aurait sans doute pu jouer dans Les tontons flingueurs, long-métrage en noir et blanc où l’on se dégommait dans la bonne humeur. Pourtant, pendant toutes ces années, en dépit de condamnations de Robert Bourgi pour diffamation ou dépassement des plafonds de dons aux partis, les hommes politiques français, à l’exception du prudent François Hollande, auraient continué à déjeuner avec lui, Sarkozy allant jusqu’à le décorer de la Légion d’honneur en 2007. Il faudrait mieux enseigner la fable du scorpion et de la grenouille…

Source : jeuneafrique.com

 

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français/Par Ahmedou Ould Moustapha (troisième partie)

  1. La nature politique du Wahabisme

Donc vraiment rien à voir avec le Wahabisme dont le fondateur Cheikh Mohamed Ibn Abdel Wahab n’était au plus qu’un bon prédicateur qui récitait certes le Coran et peut-être aussi beaucoup de Hadiths, mais sûrement pas un penseur de grande envergure. De surcroit, il n’est réputé avoir produit qu’un seul ouvrage intitulé Kitâb Tawhid où il exposa les grandes lignes de ce qui allait tenir pour sa doctrine. D’autres livres portent son nom, tels que Tajwid Al Qour’an ou encore Qhazou’el Fikri, sans parler de plusieurs autres, mais d’insistantes assertions font croire qu’il n’en était pas l’auteur et qu’ils furent commandités bien après sa mort. Toutefois, pour une raison d’objectivité, il vaut mieux douter de ces assertions…

En revanche, une chose est généralement admise : à son retour de la Syrie où il avait reçu une formation de ‘’mémorisation et de lecture du coran’’, il fut choqué par le comportement des populations de sa région du Nejd. Pour lui, le Message du Prophète avait été perverti et même si Allah continuait à être adoré, d’autres cultes apparaissaient et provoquèrent même de l’engouement, comme le culte des étoiles ou la science occulte des signes astrologiques et celui des Machâyikh ou des saints à qui on attribuait des pouvoirs ou dons surnaturels.

Il en déduisit que la société glissait de nouveau dans l’idolâtrie et il se mit alors à prêcher  une forme d’Islam pure et dure pour empêcher la population de sombrer à nouveau dans l’erreur. C’est ainsi qu’il développa dans ses prêches une lecture littéraliste du Coran ; de sorte qu’avec lui, la Charia devint un sacerdoce que l’on devrait faire appliquer avec autorité, sans accommodement et sans discernement. Comme quoi la rencontre du désert et des prêches solitaires peut parfois générer de l’inspiration…

Une autre chose est également incontestable : l’engagement religieux du Cheikh Mohamed Abdel Wahab est suspecté par nombre de ses critiques, en considération d’une entente politique de départ, parce qu’il fut effectivement le co-fondateur de la dynastie des Al Saoud, sur la base d’un pacte convenu en 1747 avec Mohamed Ibn Saoud, un sombre chef de tribu dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était ambitieux. Car il comprit rapidement qu’il pouvait assouvir son ambition de pouvoir par l’instrumentalisation du Cheikh, en appliquant la double alternative du célèbre historien Ibn Khaldoun (lui aussi Ach’arite) qui avait écrit’ : « on ne gouverne les arabes que par la religion ou le sabre ».

Ils allièrent donc les deux, en scellant ce pacte par le mariage de la fille du Cheikh avec le fils de ce dernier ; ils se sont alors entendus pour unir leurs efforts et se partager les rôles, l’un devenant le référentiel religieux de la vie sociale et l’autre se chargeant des affaires  politiques, non pas du pays tout entier, ils n’en avaient pas encore les moyens, mais seulement dans les limites géographiques de  leur zone d’influence – dans la région du Nejd...

C’est ainsi que, près de deux siècles plus tard, à l’issue de multiples péripéties qui ne méritent pas que l’on s’y attarde ici, l’un de leurs arrières petits fils, Abdel Aziz Ibn Saoud, s’autoproclama roi d’Arabie en 1932, après avoir vaincu ses rivaux des Béni Hachem du Hedjaz, alliés des turques, avec l’aide des anglais…

Les Béni Hachem, la tribu du Prophète Mohamed (PSL), furent donc repoussés vers le Yémen par l’armée Wahabite qui saccagea leurs maisons et détruisit leurs cimetières pour ne leur laisser plus aucune trace

Même les tombes de la propre famille du Prophète (PSL) et celles de ses compagnons ne furent épargnées, elles ont été rendues complément anonymes, sous prétexte qu’il fallait éviter qu’elles soient idolâtrées. De sorte qu’aujourd’hui on ne trouve aucun lieu où reposent les corps des membres de cette famille, ni à la Mecque ni à Médine : tous leurs lieux connus sont en Irak et en Syrie ou ailleurs, comme au Yémen où resta une branche  au sein de ses cousins Hachemites dont les descendants y vivent toujours[1].

Il en fut de même pour la tombe de l’Imam Malik, connu pour l’amour et le respect qu’il  témoignait à la famille du Prophète, elle n’est plus identifiable dans le cimetière d’Al Baqui’h à Médine, alors que celles du Cheikh Mohamed Abdel Wahab et de ses descendants ainsi que celles des Al Saoud sont bien connues dans leur Nejd natal.

Les Wahabites sont donc les précurseurs des terroristes en matière de destruction de sépultures des grandes figures historiques ou de leurs symboles : on se rappelle de ceux  du  Bouddha à Tora Bora en Afghanistan et des symboles de la civilisation Babylonienne et Sumérienne en Irak, des sites antiques ou archéologiques comme Palmyre en Syrie et du lieu symbolique des 313 saints de Tombouctou au Mali.

Selon leur doctrine, aucun être humain, et encore moins sa mémoire, ne mérite d’être célébré, à plus forte raison d’être porté au ‘’sacre’’. Pourtant, curieusement, ils ne s’interdisent pas de se livrer au culte de la personnalité du roi et des princes ainsi que de la famille ‘’Al Cheikh’’ à laquelle ils ont même attribué le titre de « famille de la demeure » en lieu et place des descendants du Prophète Mohamed (PSL).

N’est-ce pas là une insigne hypocrisie et en même temps un bel exemple de sophisme ?

Quant à la famille Al Saoud, elle s’attribua tout le pays en le faisant appeler par son propre nom. Et l’on ne peut s’empêcher ici de se rappeler du verset de la Sourate des Fourmis : « En vérité, lorsque les rois pénètrent dans une cité, ils y apportent la corruption et transforment ses citoyens responsables en personnes viles. C’est ainsi qu’ils agissent ».

Et c’est ainsi que le Wahabisme fut imposé à la société saoudienne à travers un rigorisme impétueux élevé au rang de dogme, ne tenant pas compte du caractère rationnel des enseignements du Coran et des Hadiths du Prophète, ne tenant pas compte non plus des contextes changeants et des conditions d’existence nouvelles ainsi que des aspirations des hommes et femmes vivant dans cette société.

En observant la vie de tous les jours dans ce pays, la première impression qui se dégage est que sa police religieuse n’avait jamais entendu  ‘’Lâ Ikra’h fi dine’’ ou pas de contrainte en religion. Comme si elle voulait rappeler quotidiennement à la population que sa fonction de prédilection était de maintenir avec force et vigueur ‘’l’alliance du sabre et de la religion’’ ; quoi qu’elle commence à s’ébranler avec le nouveau prince héritier Mohamed Ibn Salman.

D’ailleurs, pour la perspective de cette nouvelle donne, il serait tout à fait utile de la replacer dans son contexte historique : déjà, au début de la seconde moitié du siècle passé, les  dignitaires religieux Wahabites firent semblant de s’opposer à la mise en fonctionnement de la première station de radio du pays ; puis du temps de Fayçal, au lancement d’une chaîne de télévision couvrant l’espace nationale et plus tard à son ouverture aux chaînes étrangères ; ensuite, à la mise en place de l’internet et à son accès libre ; et à présent, pour berner leur propre conscience, ils ont promulgué une Fatwa de nature à légitimer la décision du roi permettant aux femmes de conduire les voitures. Mais le prince héritier semble vouloir aller dorénavant plus vite et plus loin dans ses réformes et affiche une volonté assez bien visible de ne plus les consulter que pour les faire acquiescer docilement ses décisions. S’y ajoute la réforme des programmes scolaires au contenu religieux déplaisant pour Israël et l’Occident, engagée en catimini, cette année même, sous la pression des Etats Unis.

Est-ce les prémisses du déclin de la doctrine Wahabite ? (A suivre)

[1] Le mouvement des Ansar Allah, plus connu au Yémen et ailleurs sous le nom des Houthi, a pour leaders Abdel Malik Al Houthi, petit fils d’un dignitaire religieux descendant de la famille du Prophète, comme quoi l’histoire ne finit jamais de se répéter vu la rage déployée aujourd’hui par ce mouvement pour combattre les ‘’coalisés’’ dirigés par les forces Wahabites des Al Saoud

Ahmedou ould Moustapha

Suite : Les enseignements du Coran

 

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français (deuxième partie) /par Ahmedou ould Moustapha

Cheminement théologique d’Abou Hassan Al Ach’ari

En revanche, disons le tout de suite, pour l’imam Abou Hassan, il y eut bien un avant et un après : il fut autrefois l’une des têtes pensantes de la secte scolastique des Moutezalines, dite l’Itizal,  dont le maître n’était autre que son propre beau père, Abou Ali Al Jubâ’i, dans laquelle il passa au moins plus de trente ans. La doctrine de cette secte s’appuyait, entre autres, sur ce principe controversé que le Coran était non pas la Parole d’Allah mais sa création, posant ainsi une question à double terme : sémantique et philosophique, suscitant alors une vive polémique d’ordre  théologique...

C’est d’ailleurs dans cette secte qu’il se forgea la réputation de polémiste redoutable, parce qu’il avait étudié, profondément, la jurisprudence Chafi’ite et disposait de ressources dialectiques exceptionnelles.

Mais, subitement, il prît un jour conscience de la dangerosité de cette secte pour l’Islam et il l’a quitta donc publiquement, dans une mosquée, après la prière du vendredi, où il l’abjura formellement en mettant au pilori  l’infamie et la turpitude des Moutazilites «  qui nagent dans des illusions graves et criminelles ». Il tint alors un discours vibrant, démontant point par point leur doctrine, utilisant leurs propres mécanismes intellectuels ou outils de raisonnement, puis se déshabilla et jeta ses habits devant un public médusé pour montrer, symboliquement, combien il avait complètement et définitivement rompu avec eux.

Débuta alors une nouvelle et prodigieuse trajectoire dans l’école sunnite qu’il influença indéniablement et de façon indélébile, son passé de théosophe (théologien et philosophe)  engagé et son talent éclatant dans le commentaire argumentatif l’ayant bien aidé en cela.

Doctrine Ach’arite

C’est ainsi qu’il commença  à construire sa doctrine  dans un ouvrage encyclopédique intitulé « Maqâlât Al islamiyyine wakhtillafât Al moussaline » dans lequel il passa en revue toutes les sectes qu’il recensa minutieusement, en expliquant en premier lieu leurs contenus idéologiques ainsi que leurs divergences internes et par rapport à chacune d’elles.

Ensuite, il les regroupa en plusieurs familles doctrinales au vu des idées qui les rapprochaient et du contexte historique marqué par la question de la succession du Prophète (PSL) qui déboucha sur leur apparition. Puis, dans un autre chapitre, il démonta un à un tous les éléments constitutifs de leurs théories.

Vient ensuite un volume particulièrement instructif, celui consacré aux quatre grande écoles (les 4 Medhahib) indiquées plus haut où il décrivit méthodiquement : (i) les  règles et méthodes sur lesquelles elles se reposent respectivement ; (ii) les principes qu’elles partagent ; (iii) leurs points de divergence.

Un autre volume aussi prodigieux et plus instructif encore est celui où il procéda à la synthèse des quatre formes de jurisprudence qui distinguent lesdites écoles et où il exposa les fondements de sa doctrine se caractérisant par l’Islam de la première génération, celui de la tolérance et de l’ouverture culturelle féconde, conformément au Hadith du Prophète recommandant aux croyants d’aller jusqu’en Chine pour acquérir la science, c’est-à-dire un Islam de changement social, de progrès régulé et non débridé.

C’est l’ouvrage qui marqua vraiment une étape décisive de sa vie, au regard de sa rupture radicale avec ses anciens écrits et du point de vue de son nouveau combat théologique qu’il mena désormais contre les sectes déviantes dont celle qui fut la sienne. Combat qui se poursuivit avec acharnement à travers d’autres ouvrages et qu’il finira par remporter, puisqu’il ne restait plus beaucoup de monde dans son ancienne secte, si bien que l’Imam Abdel Madjid’el Khatib Al Baghdâdi (mort en 1071) écrivît dans son célèbre ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Baghdad : « Les Moutazilites avaient levé la tête jusqu’au jour où Allah fît apparaître Abou Hassan Al Al’ach’ari qui les relégua dans les profondeurs des abysses ».

Autrement dit, la majorité des membres de cette secte et bon nombre d’autres finirent en effet par le rejoindre dans sa nouvelle doctrine qui puise sa source dans le simple crédo des musulmans de la première heure, les compagnons du Prophète (PS), c’est-à-dire le crédo de la ‘’Sunna et la Djama’a’’, celui de la modération et du ‘’juste milieu’’.

Il contribua ainsi, de manière décisive, à éteindre un feu qui se répandait dangereusement au sein de la communauté musulmane, encore que quelques noyaux durs de sectes insignifiantes demeurèrent pendant un temps mais disparurent au fur et à mesure.

Quant aux chiites, au delà de leur croyance sur la résurrection de l’Imam Al Mahdi, rejetée par le Wahabisme avec virulence et cependant partagée par bon nombre de sunnites, ils campèrent sur leur position trop marquée par la réminiscence des vicissitudes d’une histoire certes douloureuse et même très affligeante, mais qui restait avant tout une question de lutte de pouvoir, donc une question plus politique que fondamentalement théologique.

Et n’eût été l’inimitié habitant les hommes qui ne partagent pas la même doctrine, cette histoire se serait estompée d’elle-même ou se présenterait tout au plus dans un clivage moins aigu ; mais voilà qu’elle s’exacerbe aujourd’hui encore par cette lutte d’influence que se livrent l’Arabie Saoudite et l’Iran en se faisant passer pour être les deux représentants respectifs des sunnites et chiites qu’ils ont bien réussi, par médias interposés, à façonner en deux pôles qui se regardent maintenant en chiens de faïence, avec hostilité ; et on sait aussi qu’au fond de cette tension régionale, le Royaume joue le rôle du simple pion des Etats Unis.

C’est dire que la morale de cette histoire fut au départ politique et elle reste toujours politique. Donc ni Abou Hassan ni quelqu’un d’autre ne pouvait apporter une réponse théologique à une question politique alors très vivace dans les esprits des deux camps (celui des Chiites partisans d’Ali et ses enfants donc la famille du Prophète, d’une part, et celui des partisans de Maaouya et ses enfants donc les Oumewyines ou Omeyades, d’autre part).

Il n’en demeure pas moins que l’Imam Abou Hassan Al Ach’ari rassembla autour de ses thèses plusieurs courants alors réfractaires à l’orthodoxie sunnite, soutenu en cela par beaucoup de ses pairs, de son vivant même, au point qu’on le surnommât   «  l’imam des sunnites ».

Après quoi, ses écrits influencèrent toutes les générations qui l’ont suivi, dans toutes les régions du monde musulman : (i) d’abord à Samarkand avec l’immense théologien Abou Mansour Al Matouridi (mort en 944 ) qui appartient à sa génération et qui  avait fondé une grande école théologique de tendance Hanafite en Asie mineure, à travers laquelle il transmit les thèses de la doctrine Ach’arite, qui n’était en rien contraire à son école Hanafite, finissant par convaincre la majeure partie des musulmans de cette contrée à adopter cette doctrine purement sunnite ; malheureusement les mérites et le statut d’Imam sunnite d’Al Matouridi n’ont été reconnus que tout dernièrement au cours d’un congrès d’Oulémas sunnites tenu en octobre 2016 au Caire ;

(ii) ensuite à Damas avec Ibn Asâkir (mort en 1175), célèbre pour son prodigieux ouvrage d’histoire intitulé Tarikh Dimashk (L’histoire de Damas) comprenant plus de 70 volumes et qui est également une anthologie de la poésie arabe, il était Ach’arite et comptait parmi ses élèves et disciples le non moins célèbre général Salah Dine Al Ayoubi, il publia un ouvrage aussi important sur la doctrine de son maître :  Tab’yine  kedhb’el  Moufteri alâ Abou Hassan Al Ach’ari (qui peut se traduire par mise en évidence du mensonge proféré sur Abou Hassan Al Ach’ari) ;

(iii) enfin en Andalousie avec l’éminent théologien Al Qortoubi ou le grand Châtibi que nos Oulémas contemporains d’ici et d’ailleurs aiment tant citer dans leurs discours ou conférences, ainsi que d’autres encore plus ou moins célèbres qui vulgarisèrent la doctrine Ach’arite sans doute plus proche à leur goût et à leur merveilleuse culture maure.

La liste ne se limite pas à ces seules grandes figures, l’œuvre de l’Imam Abou Hassan  a influencé beaucoup de grands noms. Sa pensée fut puissante, car il savait développer ses thèses dans un raisonnement de pure logique à la lumière de l’enseignement coranique.

En témoigne son Traité philosophique sur le destin de l’homme intitulé : Moukhtassar fi Tawhid wal Qadar où Il posa son concept philosophique du Kasb que l’on peut approximativement expliquer par ce postulat qu’Allah est maître du destin de l’homme aussi bien dans les actions volontaires de celui-ci que dans son pouvoir d’agir en toutes circonstances. Il fut prolixe dans ses écrits et nombreux sont les ouvrages qu’il a laissé à la postérité, mais ceux qui construisirent vraiment sa doctrine sont celui cité plus haut et le remarquable ‘’Al Oumad ‘’ (communément appelé ainsi mais réellement intitulé Al Oumadou fi Rou’ya)  et  son ouvrage Tafsir Al Qour’an où il commenta le Coran en posant   son concept de Te’wil ou l’interprétation intuitive qui répond à une question philosophique que posèrent les Moutazilites.

En effet, pour ceux-ci, dans le Coran, les expressions ‘’ main’’ et ‘’visage’’ de Dieu  ont le sens de ‘’grâce’’ et ‘’essence’’.

Pour l’Imam Abou Al Hassan, ces expressions étaient des attributs de Dieu dont la nature exacte demeure inconnue, comme tous ses autres attributs, on ne peut donc que les imaginer par intuition.

Et de son immense œuvre, c’est ce seul concept qui provoqua la polémique entourant sa doctrine, polémique entretenue hier par ses adversaires qui ne voulurent ou ne purent rien y comprendre et aujourd’hui par ceux qui n’étudient le Coran qu’à travers une lecture littéraliste, c’est-à-dire les Wahabites et leurs acolytes.

Il écrivît en outre ‘’Er’Rad alâ Al Moujassimâ’’, un ouvrage qui se caractérise par un raisonnement implacable répondant aux adeptes d’une doctrine qui attribue à Dieu des caractéristiques humaines. Il produisit beaucoup d’autres ouvrages sur l’Islam pur et contre les idées à vocation d’entacher son essence.

A tout cela s’ajoute que l’Imam Abou Hassan n’avait pas le goût du pouvoir et n’aimait vraiment pas la compagnie des princes, il se plaisait plutôt dans la vie modeste des ascètes, si bien qu’on lui prêtât des penchants soufis.

Ahemdou ould Moustapha

 

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ?

Référendum du 5 Août 2017 : La voie vers un troisième mandat est-elle ouverte ? Saidou Diallo - Il n’est un secret pour personne, que dans le cadre d’une opération référendaire, le libellé de la question a une incidence sur le choix de la réponse.

D’où l’intérêt d’une question avec des termes clairs et précis, ce qui malheureusement n’était pas le cas lors du référendum de ce 5 août 2017. Le projet de réformes constitutionnelles initié par le président Mohamed Ould Abdel Aziz portait sur deux séries de questions distinctes. Mais, on peut se demander la question de savoir, si les mauritaniens étaient au fait de ce pour quoi ils s’exprimaient ?

La commission électorale nationale indépendante (CENI) à laquelle revient l’organisation et la supervision des opérations électorales, a mis à la disposition des électeurs des spécimens en vue de se préparer à l’opération de vote.

Les mauritaniens qui se sont rendus aux urnes, soit 53 % des inscrits sur les listes électorales (1.389 092 personnes) devaient répondre à une première question relative au changement du drapeau national.

Cependant, si on peut lire sur le spécimen de la CENI, qui doit préparer les électeurs au vote : Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle des modifications à l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991.

Elle est relative notamment au drapeau national. L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile de couleur or sur fond vert, portant, sur chaque coté une bande horizontale, rectangulaire de couleur rouge, on ne retrouve pas les deux dernières phrases précitées sur les bulletins de vote. Car sur le bulletin bleu, correspondant à ce point du projet de réformes constitutionnelle, il est écrit : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de l’article 8 de la Constitution du 20 juillet 1991 ?

Or cette formulation, contrairement à celle du spécimen, inclut à la lecture de la constitution, aussi bien le drapeau national, que le sceau national et l’hymne, même si ces deux derniers symboles sont fixés par la loi. Pour rappel, l’article 8 de la constitution est libellé comme suit - Article 8 : L’emblème national est un drapeau portant un croissant et une étoile d’or sur fond vert. Le sceau de l’Etat et l’hymne national sont fixés par la loi.

Force est de constater que pour un néophyte en droit constitutionnel, l’absence de ces deux phrases précisant le périmètre et l’objet de la sollicitation est susceptible d’impacter le choix des électeurs. Ces différentes zones d’ombre précitées sont susceptibles de remettre en cause l’ensemble de l’opération référendaire.

Mieux encore, l’entourloupe résiderait davantage, sur la seconde question posée aux électeurs tant elle manque de clarté. Le libellé de cette question est capital car durant le vote, il y a un face-à-face solitaire entre le citoyen-votant et la question référendaire. D’où l’exigence de clarté, afin de savoir sur quoi exactement portera le choix du votant.

Ainsi, sur la seconde série de question relative à la reforme institutionnelle, le spécimen a le mérite d’être plutôt très clair avec une question où on énumère les dispositions soumises au référendum. Approuvez-vous par OUI, NEUTRE, NON la révision constitutionnelle de certaines dispositions de la constitution du 20 juillet 1991. Elle est relative à certaines institutions de la République :

- Suppression du sénat et transfert de ses attributions à l’assemblée nationale

- Création de Conseils régionaux élus pour la promotion du développement local

- Institution aux lieux et place du Haut Conseil Islamique, du Médiateur de la République et du haut conseil de la Fatwa et des recours gracieux, d’un Haut Conseil de la Fatwa et des recours gracieux.

Ce libellé contenu dans le spécimen détaille les dispositions constitutionnelles faisant l’objet de la consultation référendaire. La question liste les institutions à supprimer et celles qui seront créées. Donc elle nous dit les différents articles de la constitution qui sont soumis au projet de réforme. Cependant, cette énumération exhaustive des dispositions constitutionnelles sur lesquelles devrait se pencher le citoyen-votant, disparaît miraculeusement dans le bulletin jaune à introduire dans l’urne le jour du vote.

En lieu et place de la question précitée on retrouve celle-ci : Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle référendaire portant révision de certaines dispositions de la Constitution du 20 juillet 1991 ? De ce fait, on retrouve dans le bulletin de vote qu’une question aux contours vagues, sans objet précis, ouvrant la voie à toute forme d’interprétation.

Le problème se trouve ici dans le terme DE CERTAINES DISPOSITIONS DE LA CONSTITUTION. Ce pronom indéfini peut faire englober des dispositions constitutionnelles plus larges que celles énumérées auparavant. Ainsi l’objet exact et réel de la consultation disparaît. Cette disparition mystérieuse de l’élément explicatif de ce point du référendum fausse inéluctablement le choix de l’électeur.

Dès cet instant, le projet de loi référendaire n’est plus respecté. D’autant plus que l’objet du projet de révision constitutionnelle a changé de meeting en meeting, au gré des humeurs du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Car si la suppression de la Haute Cour était actée dans le projet de référendum, on a vu un Président de la République en pleine campagne revenir sur ce point. Or, une consultation référendaire qui ne veut souffrir d’aucune irrégularité, doit avoir un objet précis, claire et définitif sous peine de nullité. Le danger de ce pronom indéfini (certaines dispositions constitutionnelles) est qu’il peut faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels (article 26 et 28 de la constitution) ainsi que d’autres dispositions importantes.

D’autant plus qu’il nous est promis d’autres réformes à venir pour modifier et compléter la nouvelle constitution.

Ainsi, il suffirait qu’on élargisse le terme « Certaines dispositions constitutionnelles » à l’article 99 de la constitution relative à la procédure de révision constitutionnelle et de modifier l’alinéa 2 de cet article. Un amendement de l’article 99 alinéa 2 ou sa suppression contribuerait à faire sauter le verrou de la limitation des mandats, car c’est cette dernière qui détermine les limites matérielles de la révision constitutionnelle.

Diallo Saidou dit Thierno, juriste
Source : Cridem.org

 

Lettre ouverte à Tasiast Mauritanie et Tasiast_Communications@kinross.com (1) par Brahim Ould Boïdaha

Lettre ouverte à Tasiast Mauritanie et 
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 </script>(1)/par Brahim Ould BoïdahaObjet : Risque Santé populations Tasiast et cheptel

Chers messieurs,

Tout d’abord, un court aperçu, pour nous rafraîchir la mémoire et nous édifier davantage sur l’or, notamment en ses valeur et risques liés à son traitement. Nous avons besoin, préalablement, de connaître, avec précision, son importance et son rôle, dans l’économie mondiale. Ceci nous amène à dire qu’il est la matière la plus chère et prisée, aujourd’hui, sur notre planète. Voici, en quelques mots, son rôle dans l’économie mondiale.

En un, son dépôt, dans les banques d’émission des Etats et de la Banque mondiale, garantit la convertibilité de leurs monnaies en devises, pour satisfaire et favoriser les fluctuations, sur des bases solides, des échanges, les équilibres des balances de paiement et les financements des investissements extérieurs inter-états et de la Banque mondiale.

En deux, c’est de l’importance de son dépôt, dans les banques précitées, que découle la valeur monétaire de chaque pays déposant. En trois, voici sa cotation actuelle sur le marché de l’euro : le lingot d’un kilo d’or brut est à 39.000 livres et le gramme à 39 livres ; pour l’or fin, 40.000 livres le kilo et 40 livres, le gramme. Sa pureté est exprimée en carat (mesure historique).

D’une façon très raccourcie, rappelons, à ce sujet, la déclaration historique du Général de Gaulle, le 4 Février 1965. Elle indiquait que le volume circulant de dollars, sur le marché mondial, était beaucoup trop supérieur aux réserves américaines en or, entraînant, en conséquence, d’importantes inflations dans tous les pays. Et, qu’à partir de cette date, la France demandait le remboursement, en or, de ses avoirs en dollars.

La France fut suivie par les cinq autres pays européens, ainsi que l’avait prévu de Gaulle. C’est à partir de cette position française, courageuse et difficile à prendre, à l’époque, que des équilibres internationaux ont commencé à s’installer, dans les rapports économiques mondiaux.

Rappelons, enfin, pour votre enseigne, que Tamaya, symbole du projet, est un arbre généreux, dans le pays, par ses trois bénéfiques apports ; à savoir : ses fleurs et ses feuilles sont une excellente nourriture, pour toute espèce animale, et un heureux secours, surtout en période de soudure ; sa gomme est de qualité supérieure ; ses écorces sont le meilleur produit pour tanner les peaux. Ceci dit, nous craignons fortement que votre projet ne soit pas à la hauteur de la générosité de notre arbre.

Des procédures bafouées

Chers messieurs, après ce prélude impératif à meilleure compréhension du sujet, nous avons bien reçu, par voie de presse, votre dernier communiqué qui annonce, au-delà del’imposture, le démarrage de l’enquête commodo-incommodo, sur le projet Tamaya, omise dans le communiqué de Benechab, et révèle, en même temps, des zones d’ombre.

Le commentaire est idéaliste sur tous les problèmes qui peuvent se poser ou surgir sur le projet et leur identification, dans le processus de l’EIE. Pourtant et pour raisons environnementales, l’EIE semble omettre la nécessité de retourner les stériles à leur terre initiale, en fin d’exploitation, au lieu de les stocker de manière permanente.

Poursuivant les analyses de cette imposture, on constate les erreurs suivantes de procédure. Elles constituent bien des infractions à notre réglementation. Primo, la consultation secrète de Benechab, le 9/11/2016 ; secundo, le communiqué, antérieur à l’événement censé l’avoir précédé ; tertio, absence d’enquête commodo, pourtant première obligation de la procédure ; quarto, dépôt du dossier EIE (contenu ignoré) à l’approbation du MEDD, avant les résultats de l’enquête ; quinto, probabilité d’un même dépôt aux Mines. Il est donc démontré que la consultation de Benechab était bel et bien la charrue avant les bœufs, comme le dépôt, sans date, du dossier du projet Tamaya, pour approbation au MEDD.

Zones d’ombre et leçons d’une belle prose

Nous relevons, tout d’abord, que le permis d’exploration N°428 est dénué de la date de son obtention qui devait, normalement, figurer, avec ses références juridiques. Par ailleurs, si l’impact négatif a été reconnu, enfin, il a été minimisé au maximum, pour le traitement de quinze millions de tonnes de minerai aurifère, alors que les réactifs séparateurs sont nécessairement utilisés, en abondance, pour une quantité aussi importante.

Est-ce que l’étude de l’état initial annoncée couvre la période d’Août 2010 à fin 2016 ou uniquement l’incidence toxique de Tamaya ? S’agissant de la sécurité des vies humaines et leurs biens, l’état actualisé des lieux, sur le niveau de la pollution du site de la mine de Tasiast, après six ans d’exploitation, est une condition sine qua none à toute approbation.

Ce qui pose, à la fois, les problèmes de la fraîcheur de l’étude et de la notoriété de ses auteurs, en la matière. Ce constat rafraîchi dudit site doit être un préalable à l’approbation de l’EIE du projet Tamaya, pour mesurer, en temps utile, le niveau résiduel du risque mortel, après une expérience suffisante d’exploitation, « compte-tenu que l’apparition de son risque est latente ».

Cette contrainte devrait être même une « curiosité technico-intellectuelle » et une référence d’expérience en ce domaine, pour vous et les ministères concernés. Il est à retenir, pour les mémoires et l’histoire, que tant qu’il y aura un gramme d’or, en Mauritanie, à traiter, le risque mortel sera systématiquement posé.

Par ailleurs, la fusion préméditée, entre TML-SA et TML est-elle approuvée par les ministères des Mines et le fisc (les finances) ? Si oui,l e pays sera confronté à une perte de maîtrise sur sa plus importante richesse. Pourquoi ? Parce que c’est le signal, fort, que l’or mauritanien a émargé sur le marché de thieb thieb cette ingénieuse production de l’intelligence mercantile mauritanienne où se recycle, à l’heure actuelle, tous les produits de vols dans le pays, y compris l’esclavage.

L’avis signé, le 11/01/2017, par le préfet d’Akjoujt affirme qu’il n’y a pas de conflit de compétences avec Chami mais aucune carte géographique n’est présentée, pour lever le doute, d’autant plus que le gisement se situe à plus de quinze kilomètres au Sud de celui TML-SA. Il précise aussi que son avis n’est pas domicilié à sa mairie d’Akjoujt.

Nous remarquons, également, que le projet Tamaya a une durée de vie de trois ans d’exploitation intensive, sans précision, ni de la quantité d’or, en lingot, ni de sa qualité, en carat, bien que le gisement, qualifié de fosse ou puits, soit à ciel ouvert, avec une séparation naturelle entre l’or et le stérile. A cet égard, il est important que les Mauritaniens connaissent, avec précision, la quantité réelle et la teneur en carat de l’or qui sortira de leur précieux gisement à ciel ouvert, d’autant plus que la teneur est la seule base de la valeur commerciale.

Il est aussi rappelé que la durée de ce projet dépend, exclusivement, de la compétence de l’Etat et non du désir de l’opérateur-commerçant. C’est aisément compréhensible : l’Etat planifie sa politique économique sur une stratégie de développement répondant à ses besoins à court et long termes.

A partir de cette stratégie, il fixe les besoins de financement, directs et indirects, assis d’abord sur ses possibilités nationales où entrent, en priorité, ses richesses naturelles. A partir de là, il définit, annuellement, leurs apports, répartis entre ces différentes richesses et les quantités exportables, pour satisfaire les nécessités du financement de sa politique de développement.

Il est naturellement évident que ledit projet Tamaya s’inscrit bien sur cette plage : la ductilité de la durée de son exploitation dépend, donc, exclusivement de l’appréciation de l’Etat qui mesure, à la fois, les nécessités économiques et sociales. Cette durée est une décision souveraine qui peut être prorogée à dix, quinze ans ou plus, selon les besoins mesurés de l’Etat, à partir desquels il opère les ajustages, limite et harmonise, graduellement ; les exportations annuelles de ses ressources à ses besoins.

Impact économique

Aucun chiffre n’est donné, pour corroborer l’augmentation des revenus de l’Etat mauritanien, à l’heure où tout est mesurable préalablement. S’il ne s’agit, uniquement, que des 3% de redevances, après déduction des amortissements et des frais d’exploitation non suivis ni contrôlés, par les Mauritaniens, comme dans les cas de MCM et TML-SA, nous ne pouvons certainement pas nous réjouir d’être arnaqués à ciel ouvert, dans un passé relativement récent et le présent.

C’est une « Porte béante » (réf : Le Prélude). Les 3% sont moins qu’une pitance et inférieurs à une aumône charitable, surtout quand il s’agit d’or 24 carats, sommité de pureté du métal jaune. Or, l’or mauritanien est, précisément, reconnu de 24 carats, ce qui porte le manque à gagner du pays à 93%, par estimation relative.

Si le projet Tamaya est autorisé pour une exploitation triennale, il sied, au ministère des Mines, de prendre les précautions nécessaires pour préserver le pays du risque de brader une partie importante de sa richesse de bonne teneur, comme les mines d’or d’Akjoujt et de Tasiast dont la teneur déclarée, par les opérateurs, est de 24 carats, paraît-il.

Avant de donner son aval à l’exploitation de la mine de Tamaya, il doit, nécessairement, exiger la fourniture d’un compte d’exploitation et un bilan prévisionnels, à auditer pour certification de leur sincérité, par au moins trois experts différents, aux fins d’avoir un tableau de bord pour le suivi et le contrôle des postes de charges et d’amortissement duditprojet. L’usine de TML-SA est déjà largement amortie.

La modération usuelle, en prévisionnel, est de 10 à 15% de marge d’erreur, en plus ou en moins, mais son montant conventionnel doit être arrêté en accord préalable, entre les parties. Après ces formalités, la partition des intérêts est également à fixer, sans référence aux pratiques revêches précédentes, car les exploitations permanente et temporaire n’ont pas les mêmes seuils de tolérances.Toute autre adéquation ne peut s’expliquer d’une façon recevable et il ne restera que s’esbigner sur le manque de préservation de l’intérêt supérieur du pays, chose historiquement grave.

Impact économique régional

Sinon préciser que régional est au singulier, pour marquer l’exclusion de Chami et annoncer l’agrandissement d’El-khoubra, tirée du milieu de la nappe du territoire de ce dernier vers Benechab, il n’y a pas d’augmentation prouvée, spectaculaire régionale. Il indique aussi que l’économie régionale est au singulier, ce qui veut dire que Chami est exclu, d’office, des retombées économiques d’une richesse au centre de son territoire. Voilà qui est juste ? Quels sont, finalement, les périmètres de TML-SA et TML ? Chami, parent pauvre, est exclu de la seule ressource qui assurerait sa survie.

Larmes aux yeux, il supportera, tout seul, les souffrances de ses administrés et de leur cheptel, menacés des effets mortels du traitement du minerai au cyanure, et le poids de la sécurité de TML-SA et TML. Il ne sera même pas accompagné aux cimetières, pour l’enterrement de ses morts cyanurés. Mais, il a la promesse, non ferme, qu’il sera, à la fin de l’exploitation de TML, dans trois ans, décoré du mérite national.

Chers messieurs, ce tripatouillage, dans l’irrespect total du cheminement normal des procédures du pays, accompagné du si peu d’attention accordée, aux populations environnantes, sur les plans de la santé et du social, est de nature, à peine voilée, de démontrer et minimiser la maturité du mauritanien.

Au lieu d’expier,vous tentez de le rendre imperceptible ; sinon, de le feindre inaperçu. C’est tout de même surprenant et contraire aux plus élémentaires règles universelles de courtoisie, même, si l’aveuglement du gain facile, en Mauritanie, est bien présent.

Scandale à ciel ouvert ?

L’analyse fine des contenus des deux communiqués du 9/11/2016 et du 13/01/2017 nous offre, en lecture, une bonne littérature platonique, sans arguments crédibles, ni chiffres convaincants, nous rappelant les promesses, non tenues, de «l’expansion de TML-SA de 8.000/tj à 38.000/tj », annoncées, par communiqué Kinross du 29/04/2013, toujours lettre morte, à ce jour.

En somme, voilà votre comportement, peu chevaleresque, dans le pays ; la faiblesse du revenu de l’Etat, sur l’or ; le silence des intellectuels, particulièrement des économistes et de leurs auxiliaires financiers et statisticiens ; réunis dans la marmite bouillante de la Mauritanie, avec des relents, de plus en plus perceptibles, ces derniers temps, d’un scandale probable de l’or mauritanien.

Et voilà comment nous, en tant que partie doublement concernée, réitérons nos appels, nos observations et nos remarques, déjà publiés dans Le Calame n°1050 du 23 Novembre 2016. Nous réservons, de surcroît, tous nos droits d’ester, au moment le plus approprié, pour défendre les intérêts des populations Tasiast menacées, dans leur vie et celle de leur bétail, seule source de leur subsistance, et leur droit au dédommagement, comme nous le rappelions déjà, dans l’article précité du Calame.

En conclusion, la responsabilité historique des ministères MEDD et des Mines est engagée, sur les risques mortels des populations et de leur cheptel à Tasiast, et les intérêts supérieurs du pays, sur l’or de cette région. Les mémoires et l’histoire retiendront que l’avenir de l’or mauritanien dépend du résultat du traitement du projet Tamaya. A demain, donc.

Brahim Ould Boïdaha

Document amplifié au MEDD et MINES, au wali de Nouadhibou et au Calame.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

A Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid, in memoriam: un mois, jour pour jour

Les africains ont l’habitude de dire qu’il est difficile de porter un jugement de valeur sur un homme de son vivant. Je dirais, pour ma part, qu’il est encore plus difficile de le faire sur quelqu’un qui vient de quitter, tout récemment, ce bas monde, sans tomber dans les travers.

Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid n’avait pas encore 27 ans. C’était un jeune homme pétillant de vie, plein de vigueur, propre à toute jeunesse, et hyperactif. Eduqué par ses parents dans la pure tradition mauritanienne islamique, il en a acquis les qualités principales : généreux d’âme, altruisme, sensibilité, hospitalité et politesse. Au point que, tout jeune qu’il est, il a très vite embrassé la cause des faibles et des démunis. Donner tout de soi-même, avec abnégation, aux autres qui vivent dans la détresse, était, pour lui, un sacerdoce, une exigence humanitaire et morale.

J’ai vu le jeune Mohamed Lemine Ould Ghaly Ould Abdel Hamid, pour la dernière fois, en septembre 2016, alors qu’il s’apprêtait à retourner en France pour terminer son  cycle de Master en gestion des ressources humaines. Il avait un bel avenir tout tracé. Malgré les aléas et les vicissitudes de la vie, en bon croyant, il restait toujours optimiste, se battait pour décrocher son diplôme, et revenir servir son pays, en bon patriote qu’il est.

Mohamed Lemine est à l’image de ses parents, qu’il aimait et chérissait. Son père feu Ghaly Ould Abdel Hamid a, à une période de l’histoire de la Mauritanie, consacré sa vie à la défense des droits de l’homme, à ses risques et périls, et ce dans un univers politique très hostile marqué par le règne absolu de régimes d’exception. Encore, chose rare en Mauritanie, Ghaly a quitté ce bas monde sans la moindre fortune, preuve que, malgré la possibilité, il ne s’est jamais laissé distraire par la frénésie de l’accumulation de richesses qui gangrène le pays. Sa mère, Hindou Mint Mohameden Baba Fall, est une femme connue pour son engagement pour les causes humanitaires. Derrière une silhouette frêle et une allure juvénile, se cache une femme très forte, au caractère trempé, généreuse et modeste jusqu’à l’excès. Par mon amitié d’avec la mère, j’ai eu la chance de fréquenter une famille pétrie d’une grande Foi en Allah, soudée, disponible et ouverte aux autres. Il n’est pas donné à tout le monde d’être comme elle.

Aujourd’hui, c’est une famille durement éprouvée par la perte d’un être cher. Malgré sa douleur indescriptible ; elle a fait montre d’une grande force et d’une admirable dignité face à l’épreuve. En se remettant à la Volonté d’Allah, le Tout Puissant. Perdre un fils qui bouclait son cycle d’études universitaires par un Master, après tant d’années passées sur les bancs des écoles, c’est comme voir la terre se dérober sous ses pieds.

J’ai été particulièrement peiné et choqué par les insinuations malveillantes d’une certaine presse mauritanienne, en mal du sensationnel, à l’égard de la famille, à l’annonce du décès de Mohamed Lemine. C’est très mal la connaître, elle, dont la Foi en Allah, l’Unique et le Créateur, a toujours été une conduite dans la vie. Chez elle, aussi, les livres coraniques sont partout, et aident, chaque jour, à fortifier cette Foi, sur le chemin de la droiture.

Mohamed Lemine a été arraché à l’affection de toutes et de tous ceux qui l’aimaient, le 16 Novembre 2016, dans un hôpital Parisien. Il n’avait pas survécu à ses graves blessures, à la suite d’un tragique accident. C’est, en effet, un conducteur automobile qui l’avait percuté violemment en plein Paris, alors qu’il était en compagnie de deux jeunes autres mauritaniens. La gravité du choc est telle que cinq jours, à peine, à l’hôpital, il rendit l’âme.

Le plus choquant dans ce tragique accident qui l’a emporté, est que son auteur, une fois son forfait accompli, a pris la fuite, ce qui dénoterait un acte prémédité. Et que la police française, malgré que la ville de Paris soit truffée de caméras, à chaque coin de rue ou de ruelle, a été incapable jusqu’ici d’identifier le meurtrier et l’arrêter. Comme si, pour elle, la douleur indicible de la famille est négligeable. Il faut que justice lui soit rendue.

Le 20 Novembre, c’est une foule immense qui s’est déployée à l’aéroport international de Nouakchott pour accueillir le de Mohamed Lemine, ramené en Mauritanie, en l’accompagnant jusqu’à sa dernière demeure. Cette  importante mobilisation autour du décès d’un jeune homme qui n’était qu’un étudiant en France, prouve, si besoin était, la forte impression que Mohamed Lemine avait laissée dans les cœurs et les esprits, de par sa personnalité exceptionnelle. Désormais, il repose au cimetière du Ksar.

A toute sa famille, ses proches parents et amis, je renouvelle mes condoléances les plus attristées. Qu’Allah l’enveloppe de Son Saint, Immense et Voluptueux Paradis ! Repose-toi en paix !

Inna lillahi wa inna ileyhi raajioune !

Mamadou Alassane THIAM

Journaliste

 

La crise syrienne et la résurrection diplomatique de la Russie/ Par Ahmedou Ould Moustapha (Suite et fin)

La crise syrienne et la résurrection diplomatique de la Russie/ Par Ahmedou Ould Moustapha (Suite et fin)Alors que la crise syrienne entame sa sixième année, cette réflexion de M. Ahmedou Ould Moustapha permet de faire prendre la mesure de ce qui se trame en Syrie. Elle apporte un nouvel éclairage sur les véritables enjeux de ce conflit et montre en quoi celui-ci fut une occasion pour la Russie de marquer, avec force, son retour sur la scène internationale.

Question d’intérêt géostratégique :

Le fait que les forces armées syriennes soient principalement équipées d’armes russes est sans doute très important pour l’industrie militaire de la Russe ; mais sa base navale de Tartous (en Syrie), seule porte d’accès à la méditerranée pour la marine russe, constitue un enjeu encore plus important.

La problématique du transport des hydrocarbures par oléoducs constitue également l’une des motivations particulières de Moscou : la Syrie est un carrefour stratégique par lequel pourraient transiter des oléoducs de pétrole et de gaz venant des pays du Golfe.

Cette perspective laisse envisager une marginalisation inéluctable du gaz russe au profit de celui du Qatar, à destination des pays européens, premiers consommateurs de cette énergie au monde.

D’où l’obstination de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui cherchent coûte que coûte à changer le régime de Bachar El Assad et imposer un autre plus faible, sous leur influence, très éloigné de la sphère russo-iranienne et qui ne trouverait aucune peine à transformer son territoire en zone ou route internationale de transport d’hydrocarbures, traversant tout le pays, sur laquelle il n’aurait qu’une insignifiante souveraineté et ne pourrait donc y mener aucune activité de développement économique ou de toute autre nature.

C’est pourquoi, trouvant dans cette crise ‘’une pierre qui tue deux oiseaux’’, le Royaume saoudien et l’Etat du Qatar ont mobilisé non seulement d’importants moyens financiers mais aussi tous leurs moyens médiatiques pour abattre le pouvoir de Damas et, par effet de domino, le Hezbollah qui constitue son allié indéfectible et une redoutable force de frappe à son service ; d’où également l’intérêt d’Israël pour le deuxième aspect de cet objectif.

Aussi, afin de les aider à réaliser leur dessein, ils ont conclu de gigantesques contrats d’armement et de travaux publics avec leurs alliés occidentaux les plus intransigeants sur le dossier Syrien, telle que la France qui s’est montrée depuis le début particulièrement en pointe dans les exigences de la diplomatie saoudienne : qu’il s’agisse d’appeler hier à « punir » Bachar El Assad par des frappes ou d’exiger aujourd’hui son départ préalable pour le règlement du conflit.

A vrai dire, pour qui connaît bien la France, cela n’étonne point, surtout depuis la présidence de Sarkozy et maintenant celle de François Hollande qui ont étrangement décidé de mettre toute la diplomatie de leur pays au service des grandes entreprises françaises pour conquérir des marchés au Moyen Orient, le plus grand foyer de pétrodollars.

On sait pourtant que les retombées effectives de ces marchés sur l’emploi en France sont très limitées et même douteuses, selon les spécialistes, car les activités qu’ils génèrent sont en grande partie délocalisées et les produits financiers qui en résultent sont souvent investis ailleurs pour éviter de payer des impôts en France, jugés trop élevés, ou simplement nichés dans des paradis fiscaux pour ne pas en payer du tout ; les révélations des scandales de Lux Leaks et de Panama Papers en sont une preuve tangible.

Encore que tous les observateurs avertis se demandent pourquoi le gouvernement français s’entête-il à suivre dans cette crise une ligne qui ne sert visiblement pas ses intérêts à moyen et long termes et ne respecte manifestement pas le droit international.

Peut-être que les achats d’armes de l’Arabie Saoudite et les investissements du Qatar expliqueraient-ils la chose : le volume de ces achats a effectivement progressé l’année dernière de plus de 50 % en France seulement et les investissements directs (IDE) du Qatar « s’élèvent à près de 12 milliards d’euros au titre de prises de participation dans de très grandes entreprises françaises (Total, AEDS, Vivendi, Veolia, Vinci, etc.) »

(1), sans compter d’autres investissements de prestige, tels que l’achat du club de football Paris Saint-Germain et la création de la chaîne de télévision Bein Sports, sans compter également que toutes ces entreprises – faut-il le répéter – ont déjà empoché de gros contrats portant sur des travaux publics ou des armes destinées à la rébellion syrienne et sont pressenties pour la réalisation des d’infrastructures destinées à la coupe du monde de football prévue à Doha en 2022.

Il n’en reste toujours pas moins que, dans les deux dossiers ici en question, la ligne suivie par la France est « un fiasco politico-médiatique de nature à affaiblir durablement la position diplomatique de la France », selon Bernard Squarcini, ancien chef des services de renseignement français (2).

Il est encore plus vrai qu’il ne s’agit pas de la position que les peuples de la région attendaient de la diplomatie française. Elle n’est pas celle qu’aurait dictée le général De Gaule ou François Mitterrand ou même Jacques Chirac, celle que l’on appelle ‘’ la politique arabe de la France’’, faite d’équilibre et de mesure au Proche Orient, capable de parler en amie avec tous les belligérants.

En sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité, la France ne devrait plus donner l’impression d’ignorer que pour maintenir l’ordre mondial et sa stabilité, il faudrait que les mécanismes du droit international ne soient plus foulés au pied mais qu’ils devaient être respectés, plus encore par ceux-là même qui les édictent, afin de contenir les foyers de tension dans certaines limites et de réguler l’intensité de la concurrence naturelle entre les nations.

Question de principe :

La rigidité de la position russe sur le dossier syrien résulte directement du précédent libyen relatif à la résolution de mars 2011 ci-avant indiquée. La France et l’Angleterre, soutenues par les Etats Unis en ce qu’ils donnèrent leur accord pour l’utilisation des forces de l’OTAN, avaient transgressé celle-ci en la fragmentant et en torpillant son contenu. Les russes, suivis par les chinois, avaient pourtant bien négocié les termes de cette résolution ; ils ne s’attendaient pas à se faire muer si légèrement en dindons de la farce. Ils avaient alors retenu la leçon.

C’est donc à la lumière de ce précédent que les russes avaient engagé au Conseil de Sécurité, vers la fin de cette même année, les discussions sur le dossier syrien : Moscou opposa trois fois son véto et refusa d’accepter toute résolution.

Et comme expliqué ci-dessus, la position des Etats Unis est très nuancée sur ce dossier, ils n’y étaient impliqués que de manière formelle, sans doute pour faire semblant de satisfaire le Royaume saoudien ; ils finirent même par dissuader la France de présenter en discussions un quatrième projet de résolution, initié sur demande des saoudiens, voyant que les russes ne bougeraient pas d’un iota, qu’il n’était même pas question de leur demander une abstention de vote comme ce fut le cas avec le dossier Libyen ; qu’il était donc inutile de persister devant la rigidité de leur position qui consistait à s’en tenir au respect de la souveraineté de la Syrie et au maintien du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats.

Moscou avait ainsi réussi à faire venir les Etats unis sur le terrain du droit international. Ici encore, ce fut un marqueur très important de sa résurrection diplomatique.

En fait, pour les russes, il n’est pas question d’ouvrir une quelconque perspective de changement de régime par une intervention extérieur dans le conflit syrien On peut dès lors penser que le concept ou principe « d’ingérence humanitaire », alors mis en avant par la diplomatie française, n’était pas vraiment pertinent pour Moscou, parce qu’il repose sur les indignations sélectives et la ‘’morale’’ oscillatoire des gouvernements occidentaux.

Ce principe s’oppose à la position russe qui est plutôt fondée sur une éthique de responsabilité : une intervention extérieure et un renversement brutal du régime syrien viendraient ajouter et amplifier le chaos ambiant, surtout que la réalité syrienne est tronquée par certains médias arabes et occidentaux qui jouent le rôle d’auxiliaires des partisans d’une intervention militaire, y compris en manipulant l’information, en maniant l’émotion des sunnites et en privilégiant systématiquement les sources de l’opposition.

Moyennant quoi ont-ils été mobilisés pour jouer ce rôle ? (3)

Une autre grille d’analyse

Mais il y a plus fondamental pour Moscou : la guerre de Tchétchénie est considérée comme un conflit importé de l’extérieur par « l’envoi de combattants Wahhabites ». Le président Poutine l’a dit à l’époque, publiquement et devant un parterre de diplomates étrangers au Kremlin.

Les autorités syriennes n’ont de cesse de répéter la même chose à qui veut les écouter : tous les observateurs, y compris les services de renseignement occidentaux, ont pu constater que les rebelles sont en grande majorité des étrangers et que la Syrie est en guerre contre l’extérieur, que le Conseil National Syrien et les autres mouvements de l’opposition syrienne ne parviennent pas, jusqu’à présent, à se faire reconnaître par les combattants sur le terrain et qu’ils ont été tous rejetés par ces derniers en 2013.

Voilà pourquoi les russes ont dû penser que la sortie de crise en Syrie pourrait être envisagée sur un scénario à la Tchétchène, parce qu’il s’agit pour Moscou de la même guerre contre le djihad mondial que finance la monarchie saoudienne aux fins de combattre par sous-traitance des ennemis qu’elle crée elle-même ici ou là, selon ses appréciations des évènements ou des situations du moment.

Des chercheurs et services de renseignement occidentaux affirment en effet que l’ingérence saoudienne dans les foyers de tension extérieurs constitue aussi une opportunité d’y envoyer – au nom du djihad – des groupes de jeunes intégristes saoudiens (‘’combattants Wahhabites’’?), par le biais des services de renseignement, s’appuyant sur une campagne religieuse fortement médiatisée, afin de se débarrasser de la menace politique que ces groupes intégristes faisaient peser sur le Royaume.

Et c’est en cela que la Tchétchénie constitue également l’une des grilles d’analyse du Kremlin sur le conflit syrien.

Le chef de la diplomatie russe n’a pas manqué de rappeler, à New York même, que la fourniture d’armes sophistiquées aux rebelles, tels que les missiles sol-air, était une stratégie dangereuse pour les pays occidentaux et arabes eux-mêmes.

La militarisation à outrance et la montée en puissance des groupes djihadistes constituent en effet un danger pour tout le monde sur les moyen et long termes : El QaÏda - produit de l’intervention en Afghanistan – est née il y a près de vingt ans, elle a frappé partout dans le monde et elle est toujours active. Daech est né en Syrie, tout récemment, elle a déjà frappé en France, en Belgique, en Turquie, au Nigéria, au Mali et rien ne dit qu’elle ne frapperait pas ailleurs demain.

Les services de renseignement occidentaux sont unanimes sur ce point : ni l’Afghanistan, ni l’Irak, ni la Bosnie, ni la Tchétchénie n’ont suscité un afflux de candidats au djihad aussi important. Ils parlent de plusieurs milliers de combattants étrangers en Syrie. Le nombre des djihadistes européens dans ce pays est si préoccupant que lesdits services ont tiré la sonnette d’alarme face à l’ampleur inédite de ces départs.

Mais qui s’en étonne vraiment, à l’heure de Youtube et de Facebook ?

Un nouveau sanctuaire du djihad mondial

En effet, cette guerre, qui frappe aux portes de l’Europe, suscite l’engouement virtuel d’une certaine jeunesse européenne désespérée devant ce qu’elle considère comme une vie sans perspective, une jeunesse égarée face à la discrimination à l’emploi dont est victime une grande frange d’origine musulmane ou arabe. Or les groupes djihadistes sont parfaitement conscients de la fragilité psychologique de cette jeunesse et de la dimension pédagogique de leurs exploits qu’ils postent sur les réseaux sociaux afin de pousser celle-ci sur la route du djihad par un simple clic.

En vérité, les pays occidentaux, et particulièrement la France, savaient parfaitement que l’islamisation de la rébellion syrienne était initiée et encouragée par le Royaume saoudien, mais ils ont laissé faire de manière imprécatoire, comme s’ils souhaitaient que la Syrie devienne un nouveau sanctuaire pour le djihad mondial, après l’Afghanistan.

On peut dès lors comprendre que le gouvernement français n’ait rien fait, absolument rien, pour dissuader prés d’un millier de jeunes français qui partent en Syrie pour le djihad et reviennent dans leur pays comme si de rien n’était. C’est à se demander si la France n’encourageait pas ces départs pour soutenir son riche allié qui poursuit ouvertement le même but.

De toute façon la réalité sur le terrain est là : depuis que les Etats-Unis ont décidé de réintégrer l’Iran dans le jeu de la politique régionale, la principale préoccupation de l’Arabie Saoudite est de contrer ce dernier pays par tous les moyens ; elle en fait une obsession, la priorité de ses priorités dont le Front El Nousra, El Qaïda et Daech sont les seuls leviers à sa disposition pour affaiblir l’influence iranienne dans la région, notamment en Syrie.

Et l’année dernière encore, c’est très officiellement qu’elle avait mis sur pied, avec l’appui du Qatar et de la Turquie, un commandement unifié de quelques brigades djihadistes au sein d’un nouveau groupe dénommé Jeych El Fatah, sous la supervision du Front El Nousra, branche syrienne autoproclamée d’El Qaïda. Donc dire aujourd’hui que le Royaume allait combattre El Qaïda n’est qu’une déclaration en trompe-l’œil…

A l’inverse, devant cette sorte de complicité franco-saoudienne et la quasi-indifférence des Etats Unis, la Russie ne pouvait pas rester passive face à cette montée en puissance des groupes djihadistes dont elle pourrait être aussi la victime par extension sur son propre territoire, elle qui compte dans sa population plus de vingt millions de musulmans.

Voilà pourquoi, sans compter ses motivations géostratégiques et principielles, elle s’est engagée militairement en Syrie, sur demande et en étroite collaboration avec le pouvoir légitime et souverain en place.

De plus, la seule question qui vaille vraiment est : qui menace les pays occidentaux et du Proche Orient ainsi que le monde entier, Bachar El Assad ou Daech et ses acolytes qui véhiculent une culture de la mort très éloignée de l’Islam ?

Le chemin de Damas

Si la priorité est de combattre le terrorisme, alors tous les pays concernés devraient entreprendre une action vigoureuse contre cette menace, en concertation avec le régime syrien. Car, vraisemblablement, ni ce nouveau sanctuaire du terrorisme ne sera vaincu ni la crise syrienne ne trouvera de solution politique sans Bachar El Assad et son armée.

Ceux qui appellent à son départ préalable, oublient trop souvent que ce conflit – comme tout conflit politique ou militaire – est d’abord une affaire de rapport de forces et que l’intervention russe a revigoré cette armée, tout en rassurant le président syrien qu’il ne finirait pas comme Kadhafi.

Plus qu’auparavant, Bachar El Assad est aujourd’hui l’incarnation du régime politico-militaire syrien, il a su faire l’unanimité au sein des forces armées, en imposant des mesures radicales inspirées par une très large majorité des officiers et non par les seuls officiers Alaouites ou les hiérarques du Parti Baas, comme par le passé, ce qui explique que seuls 5 généraux ont fait défection sur plus de 1200.

Ensuite, la grande majorité des syriens souhaite maintenant, par lassitude et par dégout, le retour de l’Etat syrien plutôt que l’anarchie et le chaos des organisations djihadistes. Même les opposants historiques de ce régime ont fini par convenir qu’il valait mieux Bachar El Assad que ce qui pourrait apparaître comme le chaos libyen ou irakien. Ils ont dû se rendre compte que « ce n’est jamais la lutte entre le bien et le mal, mais le préférable et le détestable », comme écrivit Raymond Aron dans Le Spectateur Engagé.

Autrement dit, l’éviction de Bachar de la scène politique risque de faire écrouler cet appareil étatique et tout ce qu’il en reste, à l’instar des régimes de Saddam Hussein et de Kadhafi. Or il n’est pas sûr que les pays qui le combattent aujourd’hui à travers les djihadistes aient un plan de rechange ni même que cette option soit souhaitable pour tout le monde, y compris les Etats Unis et Israël

Les pays européens devraient envisager encore moins cette option, parce qu’elle entraînerait de nouvelles vagues migratoires d’une autre ampleur, jamais égalées et plus dramatiques.

En définitive, le seul perdant dans l’équation syrienne sera, à n’en pas douter, le Royaume saoudien, comme il a tout perdu en Irak, notamment un rôle d’influence à la mesure de ses ambitions régionales.

S’il y avait adopté une politique réfléchie et mesurée, au lieu de soutenir et de financer en très grande partie la guerre qui emporta le régime de Saddam, il n’en serait pas aujourd’hui à regretter le désencrage de l’empreinte des Etats Unis dans la région et à s’affaiblir économiquement par des guerres extérieures qu’il s’impose lui-même, tout en se dispersant dans des initiatives diplomatiques infructueuses et sans lendemain.

En ce qui concerne ses deux principaux alliés régionaux dans cette crise, le Qatar et la Turquie, ils ont déjà démontré leur pragmatisme et leurs capacités de revirement politique qui feront vite oublier leur rôle agressif durant ces dernières années.

Doha reprendra certainement son rôle habituel, celui d’intermédiaire efficace dans les conflits de la région, qui lui sera facilité ici par quelques milliards de dollars sous forme de contribution à la reconstruction de la Syrie.

La Turquie, elle, n’aura pas le choix : Erdogan ou un autre reprendra l’idylle avec Bachar El Assad, comme avant 2011, afin de conjuguer ensemble leurs efforts pour désamorcer la bombe Kurde à retardement sur leurs frontières communes.

Ankara sera donc tenu de rompre ses relations inavouées avec les organisations djihadistes, il en va de sa sécurité. Quant à la République Islamique d’Iran, l’alliée de la Syrie, elle vient d’accéder politiquement au rang de puissance régionale grâce à l’accord qu’elle a conclu en juillet dernier avec Washington et Moscou. Les occidentaux parient désormais sur son marché de plus de 80 millions de consommateurs, ce qui signifie que la fin de l’embargo ferait d’elle un interlocuteur incontournable dans la nouvelle combinaison régionale.

En conséquence, l’actuel état de fébrilité de l’Arabie Saoudite serait davantage ressenti dans un proche avenir, sauf si elle reprenait dès à présent le chemin de Damas.

Mais, n’ayant pas encore retenu la leçon comme les Etats Unis, le Royaume saoudien serait-il capable d’un tel revirement politique ?

(1) Frédéric Pichon, professeur et chercheur, fin connaisseur du monde arabe et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré son dernier livre, paru en novembre 2015, où il montre avec précision et hauteur de vue comment la France a donné la pénible impression d’une diplomatie s’alignant de manière troublante sur les désidératas du Qatar qui s’est étonnement imposé comme un acteur très courtisé.

(2) Bernard Squarcini et Etienne Pellot dans Renseignements français : nouveaux enjeux, publié en 2014

(3) Les chaînes de télévision ayant « une opinion contraire », comme Al Manar, se sont vues interdites de diffusion par Arabe SAT sur pression du Royaume saoudien qui en a fait de même sur Nile SAT au cours de la récente visite du Roi en Egypte.

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Ne pas trop se réjouir de certains effets d'annonce: l'hirondelle ne fait pas le printemps! Par Lô Gourmo

Libre Expression | Ne pas trop se réjouir de certains effets d'annonce: l'hirondelle ne fait pas le printemps! Par Lô GourmoLes FPC ex-Flam semblent se réjouir de l'annonce de la suppression du Sénat et de la création de Conseils régionaux par le Président de la République. Ce serait là des formes de reconnaissance de la justesse de leurs thèses fédéralistes.

Pourtant, fédéralistes assumés, nos amis fpecistes devraient, sur ces deux projets fumigènes de reforme constitutionnelle, se montrer plus que circonspects.

En effet, l'une des conditions de base, l'un des critères élémentaires du fédéralisme est l'existence non pas d'une, mais d'au moins deux Chambres dans le Parlement national dont l'une (le "Sénat") doit assurer la représentation des entités fédérées ( "Etats" ou "régions" -peu importe la dénomination) disposant chacune, à l'échelon local ( les "régions" par exemple), d'un "exécutif " ( dirigé par un "gouverneur" ou "Président régional"), d'une "assemblée " ( "Conseil régional" par exemple) et d'une instance judiciaire ( Cour de justice régionale par exemple), le tout défini dans des "constitutions locales"...

Toutes ces institutions politiques locales sont destinées à garantir l'autonomie des régions concernées et traduisent l'existence d'un véritable pouvoir local autonome. Si donc pour les FPC, il faut supprimer le Sénat ( ce dont personnellement je me réjouis mais pour d'autres motifs que j'exposerai plus tard) parce que "La Mauritanie ne "pèse" (sic) pas encore le Sénat ni économiquement ni démographiquement." et que "du reste, les communautés se feraient très bien représenter, et de manière encore plus équilibrée, au niveau des trois pôles que sont la Présidence, la Primature (?!), l'Assemblée Nationale" comme le dit si bien son Président M. Samba Thiam, alors cela signifie tout bonnement que c'est l'aveu que la Mauritanie ne "pèse pas encore le fédéralisme" et qu'il faut renoncer à cette idée derechef.

Très clairement, la renonciation à la 2eme Chambre c'est la renonciation, pure et simple à toute velléité d'idée fédérale. Sans 2ème Chambre, adieu Fédéralisme, vive l'Unitarisme.

La 2eme erreur consiste à se laisser abuser par les mots et par les usages qu'en font trop facilement certains journalistes de la place-forte du raccourci sémantique qu'est devenue Nouakchott. Il en est ainsi, depuis Néma (où il nous fut jeté en pâture par un Président qui nous connaît trop bien sur ce chapitre), du mot "régionalisme" auquel renvoie dans notre subconscient politique, les termes de "Conseils régionaux". Mais les Halpular disent avec raison que "wonaa ko rannwi fof muuDee" ou si on veut "Tout ce qui est poudre blanche n'est pas farine!".

Ni le régionalisme administratif ni a fortiori un de ses organes d'expression qu'est le "Conseil régional" ne renvoie, ni de près ni de loin au fédéralisme. Notre pays est presque l'un des rares au monde à n'avoir pas cette instance intermédiaire de simple décentralisation dans son système administratif. Pas besoin de renvoyer à l'exemple de la France, l'inventeur du jacobinisme et de son centralisme unitariste que nous avons copié ad nauseam. Le Sénégal, dont le modèle politique et administratif nous est très proche, et qui est on ne peut plus loin du fédéralisme, connaît depuis longtemps déjà ces "Conseils régionaux", au moins depuis les lois de 1996 au nom du principe dit de "participation responsable".

Ainsi, à côté du représentant de l'Etat qu'est le Gouverneur, il existe des autorités régionales représentées par une assemblée (le Conseil Régional) et son exécutif (Le Président du Conseil Régional). Ces autorités régionales sont élues par les populations locales et gèrent des "affaires régionales" avec des compétences administratives et des moyens plus ou moins affirmés.

Annoncer donc la création de "conseils régionaux" dans le contexte de la suppression du Sénat nous rapprocherait bien plus du schéma d'Etat unitaire du Sénégal (Chambre Unique et Conseils régionaux ) que du fédéralisme à base communautaire ou ethnique éthiopien ou même du régionalisme autonomiste mixte du schéma sud africain ou espagnol.

Une réforme globale de notre système de gouvernance nationale et régionale est impérative. Et un débat franc et sérieux mérite d'être instauré comme j'ai cru le comprendre de la part des FPC. Mais loin des calculs politiciens de reformes constitutionnelles fumigènes comme cherche clairement à les imposer M. Mohamed Ould Abdel Aziz!

Source : Lo Gourmo

Les sept points cardinaux du Président Mohamed ould Abdel Aziz

Les sept points cardinaux du Président Mohamed ould Abdel Aziz Le Rais a sillonné la quasi-totalité du pays et a organisé des conférences de presse. Incontestablement, il a été massivement accueilli par les populations mais également des doléances ont été posées à grande échelle dont la résultante tourne autour de sept points cardinaux, des doléances émanant de la base et adressées au sommet de l’Etat et premier Magistrat du pays.

Certes, le Premier Ministre a mis en place la stratégie de développement du pays dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG) arborant ainsi une vocation étatique de penser et d’agir pour le peuple ; certes les Elus à travers les deux chambres (Senat et Assemblée) débattent des préoccupations de ceux qui les ont portés à l’Agora.

Mais cette fois-ci les préoccupations émanent de la base. Ainsi donc il y a lieu de dresser un parallélisme entre ces différents niveaux afin de mettre en place une vision symbiotique et intégrée pour le développement du pays. La tendance à la résolution des problèmes de ces sept secteurs participera au décollage politico-socio-économique du pays.

Depuis un demi-siècle d’existence la Mauritanie se cherche malgré une population pas très nombreuses (environ 3,5million d’habitants) pour une superficie de plus d’un million de KM² soit 5fois le Sénégal et 2fois et demi la France (pour une densité de 3 habitants au km²) avec des potentialités de richesses minières, énergétiques et halieutiques considérables le pays n’arrive pas à décoller.

Bonne Gouvernance

Dialogue opposition-mouvance présidentielle: Sans même débuter il tend vers Log de 1(Ln)

Pas de combat idéologique faute des combattants. Depuis qu’on a commencé à parler de ce dialogue il n’arrive pas à voir le jour. Diverge-t-on sur les modalités et les garanties sur de telles concertations? Ou bien certaines clauses de la Rencontre de Dakar n’ont pas été remplies?

De toutes les manières, d’une part le hadith qui dit » aime pour ton prochain ce que tu aimes pour toi » ne s’applique pas en politique d’autre part ni l’article premier de l’armée(le chef a toujours raison) ni le deuxième article (si le chef n’a pas raison alors appliquer l’article premier) ne riment avec démocratie.

Qu’on le veuille ou pas on doit dialoguer pour le salut du pays.

Arrestation du leader de l’IRA (Birame DahOuld Abeid) : Au Brakna (à Aleg), il n’était pas question que vive Aziz; des voix se sont également élevées pour dire libérez Biram. Quel a été le rôle de la société civile dans ce dossier? Nos sages ont toujours été peu brillants dans la résolution des dossiers brulants qui déchirent les fils de ce pays.

Tel a été le cas pendant les douloureux événements de 1989.Alors que dans la sous région un certain Abdoul Aziz sy Dabakah a œuvré pour la libération de Abdoulaye Wade et un certain Thierno Mountaga Tall a intercédé pour la libération de Jean Paul Diaz.

Nous ne sommes pas que justice, nous sommes également sentiments ; réalité ; nous devrons apprendre à tolérer et à pardonner

Enrôlement des populations: Des manifestations du mouvement « Ne touche pas à ma nationalité » à la mort du jeune Lamine Mangane à Maghama en passant par connais-tu Magatt, question adressée à un citoyen lors de son enrôlement, la marche des refugiés de Boghé à Nouakchott, y’a t-il eu des progrès ? Toujours est-il que le milieu nomade reste en retard.

Les éleveurs, par ignorance, par analphabétisme (qui peut expliquer les centaines de bulletins nuls si ce n’est voter pour son adversaire), par transhumance intra et internationale, par souci de satiété et d’abreuvage du bétail sont peu enclin à l’Etat Civil.

Les erreurs sur le fichier (délibérées ou pas), le fait d’avoir deux noms (un nom paternel et un maternel, caractéristique de la société peulhe),le mooytokoota (le fait de revenir sans passer par le canal du UNHCR ont compliqué l’enrôlement.

La progéniture des refugiés n’étant recensée, leurs enfants sont ipso facto éliminés des examens nationaux et ainsi leur avenir hypothéqué.

L’enrôlement de la diaspora tentée par la double nationalité ou l’hésitation du choix de la nationalité à adopter (Mauritanienne ou pays d’asile) aiguise la problématique de l’Etat civil.

De toute façon l’Etat Civil est un droit inalinéalable pour tout citoyen.

Problème de la SNIM: Il y a lieu d’exploiter et de transformer toutes nos ressources naturelles in-situ. L’Afrique a-t-elle les hommes et la technologie pour ce faire ? Quelle est notre place dans la compétition intellectuelle internationale ? et pourtant avec le techno tropisme les fils de ce pays participent à l’essor technologique du monde.

Il y a lieu d’aller à la vitesse supérieure et anticiper sur le développement car il y a une contradiction entre exploiter le fer et acheter le fer à béton ; sur ce plan nous ne sommes pas pardonnables. Où est donc notre sidérurgie ?

Et l’après-fer pour la survie des villes du nord ? Si on continue à exploiter le fer c’est beaucoup plus par l’infrastructure d’exploitation qui est en place que par la teneur en fer (la teneur de 65% a été oubliée depuis belle lurette consécutive à la surexploitation en un temps record et par système d’écrémage par la Miferma coloniale.

Quand la Somima a périclité, les activités de ville d’Akjoujt se sont estompées.

Si cette situation perdure, il n’y aura pas que le Nord qui perdra le nord mais tout le pays.

Ou est passé le Stabex (Système de Stabilisation des Produits Miniers Exportés)?. De toutes les façons, il faut apprendre à engager des contrats à terme quand on a le vent en poupe.

Expropriation des terres du Walo

Souhaite –t-on des terres sans populations? Ou des populations sans terre?

Il est utopique de réaliser des projets viables sans associer les ayant droits qui n’ont comme seule source de revenu que leurs terres héritées de père en fils. L’Islam ne reconnait-t-il pas l’héritage? Et la méthodologie participative doit être de mise.

Les douloureux événements qu’a connus le pays doit nous faire méditer sur les problèmes sensibles et dire plus jamais ça!

Erection de Boghé en Wilaya et de Dar El Barka et Djeol en Moughataa

Le Sud attend des signaux forts pour montrer la volonté étatique de rétablir les torts notamment l’embargo délibéré pendant un demi-siècle.

Ne mérite-t-il pas l’exploitation des tourbes de Keur Macène, des phosphates de Bofal ,de la canne à sucre de Foum Gleita, de la recherche de mines de la Chaine des Mauritanides ( entités du Guidimaka) avec la construction d’un chemin de fer de Diago à Khabou pour intégrer tous ces projets.

Sud ou Nord l’on doit penser à mettre en place des pôles de développement en fonction des potentialités des différentes régions.

Un pays ne l’est que dans sa globalité sinon, il ne l’est pas.

Lutte contre l’insécurité la pauvreté et le chômage: les forces du mal recrutent dans les banlieues où la paupérisation est criarde.

L’estomac, quand il n’a pas de quoi digérer, il se saisit du cerveau qui est à sa verticale et le broie autrement dit avec la faim il y a perte de la faculté de réflexion ce qui engendre le phénomène des enfants de rue, de la délinquance juvénile, de la prostitution, de la cybercriminalité, de la drogue avec tous ses corollaires.

Education

Antoine de Saint- Exupéry disait : « chaque enfant que l’on enseigne est un homme que l’on gagne ». Si un Etat souffre du déficit intellectuel de ses enfants, un tel Etat ne peut pas décoller. Ou le peuple est éduque et l’Etat sera sinon il ne sera pas. …

Le désert avance, le climat se réchauffe, le paludisme devient endémique, le sida est à nos portes. L’école mauritanienne est-t-elle capable de relever ces défis ?

Le déficit d’enseignants en qualité et en quantité est toujours là. Et à quand la fin de cette hémorragie qui gangrène le système éducatif ?

La promotion des langues nationales n’est qu’un vain mot.

L’enseignement doit être démocratique.

Au moment où nos pays cherchent l’Emergence qui passe inéluctablement par la Science et la Technologie nous nous voulons nous cantonner à la littérature et à la poésie.

Alors que les autres tentent de maitriser l’Espace et le Temps, lance des satellites, fabriquent de drone prône la standardisation, la taylorisation, la robotisation, l’automatisme. Gorbatchev disait : « Que le Japon devance de 70 ans, l’Union Soviétique en matière d’informatique, un Japon qui fabrique de la viande à partir d’algues, qui pèche en utilisant de la musique pour conditionner la proie, qui fait partie du G8 ( les huit Etats les plus industrialisés au monde) malgré sa démographie foudroyante, son manque de matière première, son espace réduit, son appartenance à la ceinture du feu ( les grands volcans et séismes), l’effet des bombes Hiroshima, Nagazaki… Quelle est la fracture numérique qui nous sépare du Japon ?

Les besoins horaires sont largement déficitaires car le temps d’apprentissage est inversement proportionnel aux programmes. Les mêmes disciplines dispensées en terminale devraient l’être depuis la seconde.

Ceci a pour conséquence que nos étudiants n’arrivent pas à tenir dans les Universités étrangères et faute de la place dérisoire octroyée à l’anglais, langue de base pour l’enseignement des sciences et de la technologie nos apprenants se retrouvent égarés.

Nos apprenants deviennent méconnaissable de par leur comportement (agressivité), de par leur accoutrement (l’épidémie des pantalons tombants, le nombril out,….regarde mon dos, des habits transparents qui fait légion dans nos établissements} des coiffures à la Balla Gaye, des portables….; et les parents eux qui devraient être sensés éteindre les téléviseurs affichent une désinvolture extravagante.

Le châtiment corporel étant interdit, quelles sont donc les méthodes de coercition? En tout cas, le par quatre, le tend la main, le front sur la table ont permis à nos écoles de former des cadres de valeurs par la maitrise de tables de multiplication, du calcul mental, de la dictée de mots difficiles, de la conjugaison des verbes irréguliers etc.

En tout cas, il s’impose et de façon diligente de mettre dans nos écoles des services de sécurité pour le civisme, l’éthique et la discipline.

Lycée public ordinaire, lycée d’excellence, lycée pilote où se situe la différence? Quels sont les critères mis en place pour le choix et des élèves et des professeurs?

Santé

SANTE : le ministère de la santé et des affaires sociales (MSAS) préconise zéro évacuation à l’étranger. Pour prétendre à cet idéal, il faut d’abord ménager les bases arrières ; ceci consistera à assurer la couverture vaccinale à 100%, à approvisionner tout le pays en eau potable, à prévenir les maladies endémiques (paludisme, sida…),à renforcer les unités de santé de bases avec une large sensibilisation sur la santé communautaire, à construire et équiper les hôpitaux départementaux, à moderniser le plateau médical tout en mettant un accent particulier sur la formation continue et la motivation du corps médical.

Pendant l hivernage, il y’a recrudescence des fièvres (fièvre paludéenne, fièvre de la vallée du rift, fièvre dingue) consécutives à la pluviométrie, à l’hygrométrie, à la température et à l’incubation des parasites et des agents vecteurs {notamment les moustiques}. Il y a donc nécessite de prendre les mesures appropriées {utilisation des moustiquaires imprégnées…

Eau

L’eau :« Par ta grâce s’ouvre en nous toutes les sources taries de notre cœur » Antoine de Saint-Exupery. C’est cette eau qui nous manque en quantité et en qualité.

Un pays désertique à plus de 70% ne peut voir son réseau hydrographique que limité.

La quasi-totalité des ressources hydrauliques se concentrent dans le Bassin Sédimentaire Sénégalo-mauritanien limité à l’ouest par la mer au sud par le fleuve et par la diagonale imaginaire qui s’étend de Nouadhibou à Khabou

Il y a lieu de drainer ces eaux vers les régions du socle et de la chaine des Mauritanides par des aqueducs ; comme il y a lieu d’épurer l’eau du fleuve pour l’alimentation de la ville de Boghé et l’acheminer ensuite vers la région du Biseau sec (Aleg, Magtarhajar etc…)

Les potentialités hydrologiques sont les suivantes :

Le fleuve Sénégal: Seul fleuve de la Mauritanie qui s’étant sur 550 KM Le gorgol: c’est l’affluent le plus important du fleuve qui se subdivise en gorgol blanc qui prend sa source à la base du plateau du Tagant et en gorgol noir dont l’ébauche est le pied de la falaise de l’Assaba

Des lacs: Lac d’Aleg et lac de Rkiz qui est l’équivalent du lac de Guires qui alimente Dakar en eau

Des oueds: Ketchi et Garfa

Des guwds dans les zones inter dunaires

Il existe de nombreux cours d’eau qui se perdent dans les sables avant de parvenir à la mer (phénomène d’endoréisme) par exemple en Adrar : l’oued Seguelil et l’oued El abiad ; et dans le Hodh, l’oued Tayarett El awsa

Il y’a possibilité d’épuration de l’eau de mer et alimenter la ville d’Atar en eau. Cette opportunité pourrait éviter (le drame écologique dans l’histoire de la phéniciculture avec la baisse du niveau piézométrique des nappes phréatiques consécutif à la raréfaction des pluies en partie) drame qui s’étend jusqu’au Tagant où les palmeraies sont sévèrement infectées. Est-ce que par les œufs des cochenilles qui masquent la chlorophylle empêchant toute activité photosynthétique et auquel cas il faut engager une lutte biologique en y introduisant la coccinelle.

La civilisation oasienne conditionnée par le palmier (et la Guetna ne serait qu’un vieux souvenir) est-t-elle en train de disparaitre comme la civilisation pastorale conditionnée par le zébu qui est en train de se sublimer.

Détournement des grands cours d’eau Africain. (Niger, Congo) vers les régions désertiques d’Afrique ? Est-ce une volonté de nos Chefs d’Etats au même titre que la monnaie unique (Afrika), le NEPAD au moment où les occidentaux ont brisé le mur de Berlin et au moment où en serrant la main de Raul Castro, Obama lui dit que la guerre froide est terminée, opportunité lie à la mort du sage de l’Afrique Nelson Mandela

Pour que le dialogue Sud-Sud réussisse, il faut que dans chaque pays un dialogue Nord-Sud Franc s’instaure.

NB : l’équipement d’un forage pour chaque hameau, chaque village est quasiment impossible et surtout avec la prolifération des campements champignons. Il y a lieu de penser à des réseaux d’adduction d’eau regroupés.

Routes

C’est par les Transcontinentaux que les Etats-Unis ont conquis le Grand Nord américain.

L’une des priorités du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique(Nepad) est de mettre l’accent sur les infrastructures et en particulier les routes.

Ceux qui ont une vision courte verront le futur pont entre Rosso Mauritanie et Rosso Sénégal comme un trait d’union entre deux pays mais c’est plus que tout cela : c’est un transcontinental qui relie non seulement l’Afrique septentrionale (Detroit de Gibraltar) à l’Afrique Australe (Cap) mais deux continents : l’Afrique et l’Europe.

Certes, toutes les routes mènent aux hommes mais la politique des routes a toujours été macrocosmique et non microcosmique.

La compilation des populations des campagnes et des villages est aussi importante que les populations des villes traversées. Le développement à la base doit être de mise tout en restant dans la limite du faisable. A défaut de routes, des pistes carrossables en toute saison

Il y a lieu de privilégier la collatéralité au détriment de la colinéarité. Il faut aller de l’avant. Ainsi donc par souci de désenclavement des centaines de villages situés dans la zone alluviale méritent d’être reliés à l’asphalte par des bretelles.

La navigation permanente de l’embouchure du fleuve à Khayes en passant par Khabou constituera la phase terminale de l’intégration des pays de l’OMVS.

Comme sur les traces de Diego Cao qui a eu adécouvrir l’embouchure du fleuve, elle permettra la redécouverte de celui-ci et sera une opportunité pour que des bateaux quittant l’Europe et cette fois-ci non pas pour les 3 M (Marchands-Missionnaires-Militaires) mais pour apporter les equipements, la technologie nécessaires pour le développement et les échanges culturelles dans le respect de l’identité des uns et des autres.

Energie

Le pays regorge de potentialités énergétiques :

De l’électricité domestique à partir de la combustion de fuel à partir de centrale électrique ou à partir du barrage hydro-électrique de Manatali ; Existence de combustibles liquides: Gaz et Pétrole offshore dans le plateau continental ;

Existence de combustibles solides: Tourbe et Uranium ;

En effet on peut trouver de l’uranium dans la Tasiast et à Birmoghrein (Vanadate d’uranium) et dans l’Assaba (des sables noirs radios actifs à monazite et zircon) ;

De l’énergie renouvelable: éolienne et Photovoltaïque (la plus grande centrale de la sous région).

Le pays peut donc asseoir son indépendance énergétique.

Ne faudrait-il pas alimenter tout le pays en électricité avant de prendre l’option d’en vendre au Sénégal (Thidé brille encore dans l’obscurité comme des centaines de villages de la vallée). Charité bien ordonnée ne commencerait-elle pas par soi ?

Monde Rural

Ce secteur nourrissant 70% de la population mérite la priorité des priorités.

AGRICULTURE : elle continue d’être, outre la riziculture rudimentaire, archaïque peut ou pas mécanisée est tributaire de la pluie donc aléatoire.

La quasi-totalité des produits agricoles sont importés. Malgré que le pays soit recouvert à plus de 70% par le désert, on peut solutionner l’équation agraire pour non pas une autosuffisance alimentaire qui, pour l’heure est une utopie mais pour une sécurité alimentaire. Que ne pourrait-on pas faire le long des 550 km de la cote fluviatile, le long du Kara Koro, le long des oueds Ketchi et Garfa, autour des lacs Rkiz, d’Aleg, de Male, entre les Guwdes dans l’Aftout es Sahéli. Et à quand la révolution verte ?

La culture traditionnelle du walo qui devrait être améliorée est laissée à elle-même.

ELEVAGE: C’est un secteur qui devrait profiter à toute la sous-région dans le cadre du marché sud-sud surtout à l’Afrique centrale ou la mouche Tsé Tsé constitue un facteur limitant pour le développement d’homophone, et à l’Europe dans le cadre du marché nord-sud. Cependant ce secteur est lui aussi conditionné par la pluie qui se raréfie ces dernières années.

En 2002, le cheptel a été décimé par milliers consécutivement à des pluies diverses et le thermomètre n’avait affiché que 13°c. Que se passerait-il si une telle situation récidiverait ?

Il y a lieu de chercher des solutions idoines pour rendre notre élevage plus performant qui passe entre autre par l’assurance de la couverture sanitaire des animaux, la gestion des pâturages, l’organisation des terroirs, l’introduction de l’insémination artificielle et la distribution de géniteurs de races pures aux associations pastorales, la formation , la sensibilisation et l’éducation des éleveurs en attendant la mise en place d’un élevage moderne, intensif, compétitif…

Pendant la saison des pluies, il y a lieu de diminuer les importations en lait pour favoriser la consommation et la commercialisation de la production laitière nationale.

L’exemple des Pays bas doit nous inspirer. Pour une superficie et un nombre de têtes de bétail plus réduit et une production exponentielle en viande et en lait dont la population s’alimente en robinet.

Conclusion

Il y a nécessité d’une complémentarité en le nord et sud : le Nord par les retombées des richesses extractives et halieutiques finance le Sud. Le Sud par l’énergie des Manantali, l’eau, l’agriculture et l’élevage ravitaille le nord qui connait désertification et désertisation.

Les équilibres sont nécessaires car la Mauritanie est au carrefour entre :

La civilisation Négro-africaine et la civilisation Arabo-Berbère avec des risques de tectonelique géo-économico-politique ;

Intersection des deux plus grands déserts du monde: le Sahara (l’azeffal, l’Akchar et l’Amoukrouz) avancent de façon vertigineuse ; la grande muraille verte peut-elle endiguer l’enlisement ?) et l’Océan Atlantique avec le réchauffement climatique ;

Rencontre entre des eaux chaudes d’origine guinéenne (Afro-tropicale) et des eaux froides (upwelling) d’origine canarienne ; qu’adviendrait-il d’un changement climatique brutal (sans conter les hydrocarbures (Gaz et Pétrole offshore qui peuvent compromettre les frayères et ainsi volatiliser nos ressources ichtyologiques.

Et si la Mauritanie refusait l’hybridation qui génère le polymorphisme donc la force, l’abondance, la croissance et le développement ? Malheureusement on part toujours dans un ordre dispersé et on n’arrive pas à parler d’une seule et même voix et à passer d’une phase sommative à une phase intégrative, seul gage de la fondation d’un Etat voire d’une Nation.

Quelle sera la fin du magistère présidentiel au moment où Barack Obama tente de finir en beauté en scellant définitivement la guerre froide avec sa visite dans le pays de Fidel castro et en fermant la célèbre prison Guantanamo. En tout cas, all iswell,who ends well!

Sy Alhousseynou dit Sy Aliou, professeur de Sciences Naturelles et Directeur du Lycée de BABABE
Source : Les Mauritanies

 

 

Libre Expression. Le Phénomène Peshmerga: Un cancer social à enrayer !

Libre Expression. Le Phénomène Peshmerga: Un cancer social à enrayer  ! Les mutations sociales subies par notre pays ces dernières années font apparaitre un phénomène nouveau, étranger et surtout étrange. Il s’agit en effet du phénomène « Peshmerga » . Il est né avec l’avènement d’une presse libre favorisée par l’ère démocratique.

Cette liberté d’expression entrainera une libéralisation anarchique des médias, au profit d’une caste de pseudo-journalistes dont les comportements ont pollué l’espace médiatique.

Aujourd’hui bon nombre de citoyens non avertis ont tendance à assimiler « Peshmerga » et journalisme. Deux types différents, même si par ailleurs, les « peshmerga » trouvent souvent le plaisir de confectionner pour et par eux-mêmes de cartes professionnelles, pour se passer pour des journalistes professionnels s’affichant avec des appareils de prise d’images. La réalité est tout autre.

Car n’est pas journaliste professionnel tout celui qui, à la faveur du développement de nouvelles technologie, porte un appareil photo, un Ipad, détient un site électronique ou un agrément d’un journal.

Sachant le laxisme ambiant qui entache le service public, il est de règle ancrée dans les mœurs que tout s’obtient par complaisance sans rigueur ni critères. C’est ce qui favorise la prolifération d’agréments, de dépôts pharmaceutiques, d’écoles privée, de cabinet médicaux, des terrains à plusieurs permis d’occuper etc. Sans aucun respect pour la législation.

Le phénomène « Peshmerga » prend dans ce contexte du laisser aller, une proportion inquiétante dans notre pays. Les « Peshmergas » s’affichent à travers un discours, un comportement, des attitudes ostentatoires et souvent très arrogantes qui reflètent leur niveau d’instruction très médiocre voire nul de ces « forcenés ».

Les « peshmergas » sont de deux types. Le premier, le plus crapuleux, s’investit dans le chantage à la recherche des miettes. Pour satisfaire sa cupidité sans scrupule aucun, cette catégorie de Peshmerga, cible surtout les hommes du pouvoir, des hommes d’affaires des personnalités politiques qu’ils extorquent à tout prix. Ils exploitent toutes les occasions que ce soit dans les cérémonies, ou à travers des articles publiés dans les journaux, sites électroniques ou les réseaux sociaux pour arriver à leurs fins. Prompts à louer ceux qui les « arrosent », ils sont tout aussi pervers dans la médisance.

Le second type de « Peshmerga » c’est le genre « Lahlaaha » ; à la différence du premier, il n’utilise pas d’outils de communication et se singularise par un sens de parasitisme débordant. Cette catégorie fait ses rondes inlassables dans les mosquées, séminaires, sommets, aéroports, cimetières, lieux de condoléances, mariages, visites officielles, points de presse,) pour racketter. Le plus frappant chez ce type, est qu’il soit constitué essentiellement de jeunes physiquement actifs, capables de travailler ailleurs.

Ces faux journalistes sont utilisés par des lobbies tribaux, politiques contre de l’argent pour vilipender, tel calomnier tel et même agresser, sur commande de quelqu’un. Véritablement ces gens sont un danger public ayant en dehors de toute impunité carte blanche de porter atteinte à la dignité d’autrui et à l’image de la profession journalistique.

Plus grave ces énergumènes portent atteinte à l’unité nationale, l’intégrité territoriale, la cohésion sociale, l’intégrité de personnalités publiques, l’intimité et intégrité de couples, familles. Ils incitent à la haine, la violence. Cette pègre très présente se cache derrière l’habillage journalistique au nom de la libéralisation des médias.

Si ces « Peshmergas » continuent à sévir, c’est qu’ils sont les instruments de personnalités publiques malhonnêtes et sans scrupules qui les utilisent à leur guise.

Face aux nombreux défis géostratégiques de notre pays, de l’intégrité territoriale, de l’unité nationale et surtout de la préservation de nos valeurs les plus sacrées les pouvoirs publics doivent agir et vite, au nom de la promotion d’une véritable culture citoyenne fondée sur le principe de la tolérance, du respect de la différence. Il faut plus que jamais que de tels groupes soient être démantelés pour assainir le secteur de la presse. La responsabilité incombe d’abord aux autorités de régulation la HAPA et aux pouvoirs judiciaires. La société aussi.

Brah Arouna
Source : Brah Arouna

 

Société Mauritanienne d’Electricité : Communiqué

Société Mauritanienne d’Electricité : CommuniquéLa Société Mauritanienne d’Electricité informe son aimable clientèle que des manœuvres de réglages de nouveaux équipements ainsi que des travaux d’entretien programmés sur le réseau interconnecté de l’OMVS peuvent entrainer des interruptions de la fourniture de l’électricité à Nouakchott les vendredi, samedi et dimanche 12, 13 et 14 février courant entre 07 Heures et 17 Heures.

La Somelec présente ses excuses à ses clients pour les désagréments liés à ces interruptions consécutives aux contraintes d’exploitation.

La Direction Générale

Source : SOMELEC

 

Contrepoint / Ethique et déontologie du métier de journaliste

Contrepoint / Ethique et déontologie du métier de journaliste« Une presse censurée a un effet démoralisant, le gouvernement n’entend plus que sa propre voix et sait bien qu’il n’entend qu’elle. Une partie du peuple s’habitue à croire que tout ce qui n’est pas libre est illégal et que tout ce qui est libre est légal…..Voilà comment la censure tue l’esprit civique » Karl Marx. (Cité par Paul Landvai, in « Les Fonctionnaires de la Vérité »).

L’exercice du métier de journaliste est fondé sur le respect de valeurs morales, religieuses et sociales. Ces obligations sont répertoriées dans des codes de déontologie. La déontologie apparait comme une sorte de table des lois en matière professionnelle. Elle est impersonnelle et s’applique normalement en tout temps et en tous lieux.

L’éthique est individuelle et interpelle l’individu dans son système de valeurs et de son adhésion à une certaine morale. Les principes de déontologie commandent la démarche du journaliste dans les phases de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Leur observation n’est pas facultative.

C’est une obligation à laquelle, le journaliste doit soumettre ses actes et ses décisions au plan professionnel. Les impératifs moraux contenus dans les codes de déontologie sont les suivants :

La vérité. La recherche et la diffusion de celle-ci constituent « le devoir primordial des journalistes » d’après le premier article de la Déclaration de principe de la FIJ (fédération internationale des journalistes), sur la conduite des journalistes.

Ce code de déontologie plus connu sous la désignation de Déclaration de Bordeaux, précise que « le journaliste ne rapportera que les faits dont il connait l’origine, ne supprimera pas les informations essentielle et ne falsifiera pas de document ».

La recherche et la publication de la vérité, peuvent se heurter à des objections que le journaliste se formule lui-même et qui peuvent aussi préoccuper les autorités et une partie du public.

Le préambule de la Charte de Munich reconnait en effet que « la mission d’informer comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent ». Ces limites sont celles de la conscience du journaliste, de sa liberté et de sa responsabilité ».

L’impartialité et l’équité du journaliste se démontrent lorsque son travail n’est entaché d’aucun parti pris ou préjugé. Il présente au public des faits avérés et ne tente pas de forcer la conviction des uns ou des autres. L’impartialité se manifeste également dans une certaine manière de rédiger l’information. Le ton laudateur peut rendre suspect le contenu de l’information.

Le journaliste est parfois troublé face à des événements qui agressent ses valeurs (scandale, injustice) ou qui au contraire, remportent son adhésion parce qu’ils renforcent ses convictions profondes. Il doit alors se départir du réflexe d’adhésion ou de rejet pour prendre du recul par rapport à l’événement. S’il ne le fait pas, le risque est réel qu’il transmette une information déformée par sa sensibilité et comme telle entachée de subjectivité.

De manière générale, il est recommandé au journaliste de publier seulement des informations dont il connait la source. A défaut, il doit accompagner ces informations, des réserves de rigueur. Ces sources peuvent êtres ordinaires, anonymes. La liberté et la responsabilité sont deux valeurs qui déterminent fortement son travail et ses prises de décisions.

ADN

Source : Rédaction Cridem

 

 

Nouvelles d’ailleurs : De la Fête, du mouton, des mathématiques et de la diplomatie...

Nouvelles d’ailleurs : De la Fête, du mouton, des mathématiques et de la diplomatie....Rendons hommage à notre animal totémique, le mouton mauritanien. Sans le vouloir, il est le symbole Z'à 4 pattes de la bonne entente stomacale entre nos voisins et frères sénégalais et nous.

L'Africain étant ce qu'il est, la diplomatie du mouton revêt une importance telle que cette consolidation des relations « moutonnantes » a son propre planning, pour preuve la réunion, jeudi dernier, de la commission technique mauritano-sénégalaise chargée de la préparation de la Fête de l'Aid el Kebir ou Tabaski qui a vu une franche et fructueuse collaboration entre la ministre sénégalaise de la production animale et de l'élevage et notre ministre de l'élevage...

Hormis le fait que nous avons appris que sans notre brave petit soldat mouton, nos amis sénégalais risquaient de se serrer la ceinture côté bouffe, nous découvrons que la politique de l'estomac est d'une précision édifiante.

La politique n'aimant pas les imprécisions, du moins quand cela l'arrange, nous possédons des chiffres fort sérieux sur les besoins sénégalais en viande mauritanienne : Dakar boulottera exactement 253 000 moutons, pas un de plus. N'allez pas gâter cette précision suisse en affirmant, dans une overdose de thé, que le dakarois consommera 254 000 moutons ou 252 000 bestiaux. Non, 253 000 pas un de plus ni un de moins...

Dire le contraire serait quasiment un crime...

Bref, 253 000 moutons finiront sous le couteau et dans les estomacs des dakarois...

Parmi ces futurs sacrifiés, il y aura 104 709 moutons des Nous Z'Autres, braves « volontaires désignés d'office » qui assureront la concorde, les bonnes relations bilatérales, la fraternité, etc etc....

Et, là aussi, 104 709...Le chiffre est précis.... 104 709. Si, de par malheur, apparaissait, dans les convois funéraires, un 710° ovin, cela relèverait soit du sabotage, soit de la malice...

Supposons s que certains moutons veuillent être de la « fête » et tentent de se fondre dans cette masse à cornes, à poils et à bêlements afin d'aller rendre heureux les estomacs sénégalais...Ces clandestins là, migrants, seront-ils arrêtés à la frontière ? Renvoyés dans leurs camps de rétention ?

Que se passera-t-il si se présente, cornes astiquées, le 105 000° mouton voyageur ?

Je suppose, dans mon ignorance, qu'à la frontière Sud de notre République ont été placés des « contrôleurs es moutons de Tabaski », chargés de compter le cheptel, sorte de brigade du mouton assermentée et forte en maths...

Vu que nous sommes connus, nous commerçants mauritaniens, pour notre sens à géométrie variable de l'honnêteté commerciale, je suppose aussi que nos voisins sénégalais vont placer, de leur côté de leur frontière Nord, leur propre brigade du mouton qui re comptera cette foule ovine....

« Hey, samarak, voilà le 101 231° mouton qui passe ! »

« Dé det, celui là n'est que le 101 230° mouton ! Rends nous le 101 231° mouton ! »

« Wallahi mon frère, me prendrais tu pour un voleur ?


Etc etc....

A savoir maintenant quels moutons seront envoyés au Sud, dans ce gouffre culinaire que devient le Sénégal au moment de la Tabaski...

Moutons « maure » ou mouton « peul » ? Touabir ou Poulfouli ? A poil ras ou à poil ras ?

Arabisant ou francisant ? Rectifié ou pas rectifié (castré ou pas) ? Dialoguiste ou pas ? Mouton gonflé à la pompe à vélo ou mouton de grain ? Mouton boutiquier ou mouton militaire ?....

Z'imaginez cette grande migration moutonnante ? Si le mouton est à l'image de son maître ça va swinguer, parler en n'en plus finir, décortiquer le monde, commérer, cancaner, surveiller, rapporter, voler, truander, draguer, se battre....

il y aura sûrement des « clans » de moutons : les ultras religieux et les plus tièdes qui s'éviteront non sans se lancer quelques anathèmes peu aimables : « Tekfiriste ! Terroriste ! » / « mécréant ! Apostat ! »...

Les célibataires et les mariés : « Hey, que je ne te vois plus tourner autour de ma femme ! » / « Ya oumry, ya habibti, vos pis d'amour mourir me font »....

Les travailleurs et les chômeurs : « Va travailler au lieu de me casser les sabots ! » / « Chuis un mouton diplômé chômeur moi M'Sieur... ! »

Les broussards et les citadins : « Retourne dans ta baddiya espèce de plouc ! »

Les « de la Majorité » et les « de l'opposition constructive et concertante » : « Nous, moutons de la Majorité, illuminés par la direction éclairante de notre Guide encore plus éclairé, n'avons rien à voir avec ces Bachi-bouzouks ignares de l'opposition... Nous allons au martyr le cœur gai et la queue frétillante » / « bachi-bouzouk toi même ! Nous, moutons de l'opposition, dénonçons le climat délétère de la république ovine et alertons l'opinion internationale sur la situation catastrophique dans lequel nous bêlons en rond... »....

Bref.....

Quand à la question primordiale qui nous taraude Nous Z'Autres mauritaniens, à savoir, que nous restera-t-il pour nos estomacs lors de la Fête, je ne peux que trouver des ébauches de solutions.

Il nous restera les poulets, ces petits poulets sportifs, durs comme un coup de chicote, tout en muscle et en insolence... On pourra se rabattre sur le poisson, non pas celui qui nourrit tout le Sénégal, notre poisson national dont on ne voit pas le bout de la nageoire, mais sur le poisson qui va apparaître dans les marigots qui font de notre belle capitale une cité lacustre, Venise de l'Afrique de l'Ouest....

Je suis sûre qu'avec un peu de bonne volonté, il suffit de s'armer d'un fil de pêche, d'un hameçon, d'un appât...A force de jeter nos lignes dans nos lacs citadins, nous finirons bien par attraper du poisson... Les miracles existent, en particulier chez nous....

En attendant , je demande une minute de silence officielle pour ces 104 709 moutons symboles des bonnes relations diplomatiques entre le Sénégal et nous....

A nos martyrs de la concorde et de la Fraternité, ouvrez le ban....

Salut

Mariem Mint Derwich
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Démocratie, médiocratie et méritocratie

Démocratie, médiocratie et méritocratieJe pense que les mutations que connait le monde de nos jours sont en train de mener vers une inéluctable réécriture de la politologie. En effet, n’a-t-on pas vu ce 14 juillet 2015 à Paris, 300 citoyens français manifester, pour réclamer le renversement de François Hollande par un coup d’Etat militaire ?

François Mitterrand, initiateur du discours de La Baule, qui a été le sifflet de départ de la démocratisation-médiocratisation du continent africain, doit se remuer dans sa tombe.

Il ne doit pas être content, son Jacques Attali non plus, de voir les français vivre, au XXIème siècle, un putsch, une période de transition, une suspension temporaire de l’OIF, très provisoire de l’UE, insignifiante du «Machin » (comme De Gaulles appelait l’ONU), des observateurs du Sud qui viennent à Paris, Grenoble, Lille, etc… pour s’assurer de la régularité du scrutin et/ou de la conformité des listes électorales, de la transparence des opérations de votes, que le nombre de bulletins de vote est suffisant, ainsi que de la présence effective des représentants de n’importe qui et de n’importe quoi…

En somme, l’arroseur arrosé. La démocratisation importée en Europe à partir de la pépinière Afro- Mitterrandienne qui pilule de démocrates chevronnés. On peut en citer le très inamovible Robert Mugabe, l’indéboulonnable Paul Biya du Cameroun, le quasi éternel Denis Sassou Nguessou du Congo (non démocratique), en plus des irremplaçables Faure Gnassingbe (très fort d’ailleurs), Ali Bongo et Kabila fils, héritiers illégitimes de leur trio de pères-empereurs-présidents.

En Afrique, en effet, on assiste à l’enracinement de la médiocratie. Exactement telle qu’ils nous la voulaient, les gars de La Baule et Cie. Au Burundi, à la Nkurunziza, on dialogue, on bloque, on dialogue de nouveau. Finalement on vote pour gagner à tous les coups et n’importe quels coûts (même en vies humaines).

On dialoguera plus tard. Rien ne presse. Les boycotteurs ? Ils ne comptent pas grand-chose : « suffrages non exprimés, immaturité démocratique d’opposants, sans base populaire, manipulés par les forces étrangères et les ennemis extérieurs et intérieurs de la nation ». C’est cela le grand Nkurunziza qui, narguant tout le Monde, massacre ses citoyens pour les gouverner, malgré eux, au moins, une troisième mandature, comme s’ils ne pouvaient vivre sans lui.

Voici aussi que le vieux colonel congolais Denis Sassou Nguessou, se ravise pour se rendre compte, que la Constitution de son pays devrait évoluer… Entendez par là : vers lui. Par le truchement de « concertations nationales », Il prépare avec grande habileté son auto succession.

Voilà encore qu’au Rwanda, le « Parle-ment » affirme qu’une pétition de 3,7 millions de Rwandais, sur un corps électoral de 6 millions d’électeurs et une population totale estimée (en 2012) à 10,5 millions d’habitants, constitue un élément qui ne pourrait être négligé et que, compte tenu des « réalisations grandioses » de Kagamé, la modification de la constitution « s’imposait » pour lui permettre de parachever (quand?) ce qu’aucun autre Rwandais, selon le même ‘’parle-ment’’, ne semble pouvoir poursuivre à sa place.

Il y aura, sans aucun doute, d’autres Kagamé, et d’autres cas non « gammés ». En tous cas, tous étoilés, et à plusieurs galons. C’est en respect, vous dira-t-on, du principe bien connu du « le peuple le veut« . Pauvre peuple qui ne sait pas, en réalité, ni ce qu’il veut ni ce qu’on lui en veut !

C’est, dans nos projets d’Etats émargeant, le passage de l’Etat-providence à l’Etat-individu, la mutation « profonde » des systèmes à partis uniques vers des institutions à unique partie. Une partie jouée et gagnée à l’avance.

Notre système de gouvernance médiocratique est maintenant bien enraciné. La méritocratie est pour plus tard. Elle se conquiert, et les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent.

Source : Génération Indépendances

 

 

Mention BIEN : Sortir l’islam de l’islamisme

Mention BIEN : Sortir l’islam de l’islamismeA Dacca comme à Chittagong, deuxième ville du Bangladesh, je constate qu’il est nécessaire de mettre en place un réseau des intellectuels et des artistes musulmans libéraux pour défendre nos pays contre la déferlante wahhabite salafiste. Celle-ci est en train de transformer l’islam et de conduire ses peuples vers le pire, vers la régression, l’obscurantisme, la fermeture, le fanatisme.

Il est étonnant de découvrir combien les problèmes sont les mêmes du Maroc à ces contrées de l’Asie du Sud. Toute l’horizontale qui oblique vers les tropiques à laquelle nous appartenons est contaminée, elle chancelle vers une uniformisation dévastatrice.

Et cette situation n’est pas le fruit du hasard, elle est le résultat d’une politique raisonnée, qui a montré sa cohérence, sa rigueur, son souffle. Elle produit des effets qui transforment le réel, après une action inscrite dans la durée entamée à la suite du premier choc pétrolier de 1974. Choc qui déversa sur l’Arabie saoudite la manne pétrolière dont une partie a été méthodiquement utilisée en faveur de la propagation de la foi wahhabite de par le monde.

A partir de ce moment, l’islam n’a cessé de changer de l’Indonésie à l’Occident maghrébin. Il est en train de subir une uniformisation et une universalisation du culte à la manière wahhabite simplificatrice, excluant la complexité théologique pour favoriser la constance de la pratique, sous l’égide du Dieu un transformé en un être exclusif, dépouillé de toute médiation.

Au point qu’on aboutit à l’adoration d’une idole menaçante, tyrannique, d’autant plus redoutable qu’elle demeure absente, inaccessible, irreprésentable en son immanence même. Telle conception réduit le Dieu à une sentinelle tatillonne, vous surveillant en chacun de vos gestes pour savoir s’ils sont conformes à la norme ou s’ils la transgressent.

Pour lutter contre ce péril, s’il n’est pas trop tard, il nous faut agir sur les quatre points qui ont été la cible préférée des wahhabites.

D’abord l’islam vernaculaire, celui qui tourne autour du culte des saints, qui récupère le fonds dionysiaque et tragique, c’est-à-dire qui prend au sérieux la scène qui active la catharsis, la purge par laquelle est évacué l’excédent dont la charge pèse sur les âmes des individus et de la communauté qu’ils constituent. Or cette scène vernaculaire récupère des matériaux qui proviennent de l’ère préislamique.

L’origine de cette matière remonte loin dans le temps ; elle actualise avec verve l’ancien, l’antique, qui, au Bangladesh, est indien ; elle se connecte avec des vestiges hindouistes, bouddhiques, qui donnent une forme de solidarité entre le ‘âlim (« savant ») et le pandit, entre le soufi (« mystique ») et le yogi. Comme il en est en Tunisie du fonds appartenant à la Méditerranée, à la berbérité, à la judéité, à la latinité, à l’Afrique subsaharienne, tant d’éléments ancestraux qui interfèrent, s’entrecroisent, se tissent pour être encadrés par la croyance islamique.

Ensuite, le deuxième point concerne l’approche doctrinale et la procédure juridique telle qu’elle a été adaptée et articulée à l’horizon du droit positif. C’est pour étouffer ces particularismes que la vague wahhabite voudrait submerger la mémoire hanafite [tendance libérale et rationaliste de l’islam] au Bangladesh et la mémoire malékite [de l'imam Malik ibn Anas (711-795), théologien et législateur qui vécut à Médine] au Maghreb.

Or ces mémoires, nonobstant leur carence opérationnelle, portent en elles une complexité et une propension au débat que ne supporte pas la schématisation wahhabite qui concentre son énergie sur l’orthopraxie au détriment de quelque autre questionnement.

Puis, j’en viens au troisième point, celui qui réclame le retour au fonds théologique et soufi impliquant la spéculation et l’interrogation. Pour revivifier un tel fonds, il faut au préalable dépasser aussi bien l’adhésion à l’un des quatre rites sunnites que le clivage sunnites/chiites. Il convient aussi de s’affranchir de la contrainte de l’ijmâ‘, du consensus qui a figé l’édifice constitué par la tradition ; et renouer avec l’ikhtilâf, le désaccord entre oulémas.

Celui-ci crée la polyphonie, ouvre grandes les portes de l’ijtihâd, cet effort d’interprétation qui suscite la controverse et maintient vive la diversité des opinions, ce qui relativise l’accès à la vérité. Ce mot-clé, l’ikhtilâf, rayonne dans le livre juridique du cadi philosophe Ibn Rushd (Averroès 1126-1198), dont le titre peut être traduit ainsi : « Ici commence celui qui fait effort d’interprétation, là finit celui qui en fait l’économie. »

A ce stade, il est aussi impératif d’élargir le domaine de nos références en puisant dans les corpus philosophique et poétique qui ont été consignés pendant des siècles par le truchement des grandes langues d’islam, surtout l’arabe et le persan.

Car nous trouvons à travers les saillies de ces textes les prémices, les annonces, les signes avant-coureurs des leçons libérales qui répondent d’une manière efficiente aux problèmes d’aujourd’hui. On peut, par exemple, combler avec elles notre déficience à penser la question de l’altérité.

Au Bangladesh, il existe un problème dans le rapport du musulman avec l’autre, bouddhiste. Les actualités ne manquent pas de nous rapporter l’investissement de sites bouddhistes par des bandes salafistes qui brûlent les temples et détruisent ou décapitent les statues de Bouddha.

Tel fut le cas récemment, le 29 septembre, dans la ville de Ramu et les villages alentour, près de Cox’s Bazar, sur le golfe du Bengale. Onze temples en bois ont été réduits en cendres, dont deux vieux de trois siècles. Et ces violences se sont propagées à Patria, plus près de Chittagong, où la présence bouddhiste est relativement dense.

Puis est venu le tour d’Ukhia, de Teknaf, toujours dans le sud-est du pays, non loin de la frontière birmane.

L’atteinte à l’harmonie entre communautés a blessé ici bien des individus appartenant au milieu des musulmans libéraux. Ce déni de l’altérité bouddhiste a suscité un poème de protestation qui redonne gloire au Bouddha écrit par Kaiser Haq, un des poètes que j’ai rencontrés à Dacca. Lors d’une séance de lecture publique, j’ai rappelé nombre d’évocations bouddhistes dans la tradition islamique chez des auteurs médiévaux.

Tous ces auteurs du Xe et du XIe siècle se révèlent autrement plus ouverts à l’altérité, plus curieux de l’autre, plus aptes à entendre la différence, plus pertinents à saisir le fonctionnement de la croyance étrangère, en la singularité de ses rites et de ses représentations que nos contemporains salafistes wahhabites qui veulent nous imposer leur vision fanatique et exclusive.

Après un tel rappel, la lecture du poème de Kaiser Haq a acquis une franche évidence qui a renforcé la conviction des auditeurs présents à travers la diversité de leurs opinions.

Enfin, j’en arrive au dernier point, celui qui recommande l’articulation de notre discours à la pensée moderne et postmoderne telle qu’elle s’est exprimée depuis le XVIIIe siècle, depuis Rousseau et Kant jusqu’à Karl Popper et Jacques Derrida en passant par John Stuart Mill et tant d’autres, celle qui prône l’ouverture et la liberté, qui use de l’arme de la critique et de la déconstruction d’un héritage qui ne vaut que lorsqu’il continue d’être porté comme trace interrogée avec constance.

L’assimilation d’une telle pensée nous restitue aussi à la complexité et nous réoriente vers l’interrogation, elle nous détourne des réponses toutes faites. Telles sont les conditions qui nous conduisent sur la voie de la liberté et de la reconnaissance de celui qui ne partage ni vos convictions ni votre croyance.

En honorant ces quatre points (honnis par les salafistes), nous serons en mesure de construire un discours alternatif destiné à contrer le propos wahhabite, à le réfuter et à en refuser le projet.

Il s’agit d’un « contre-discours », selon le mot utilisé par un penseur bangladais, le professeur Imtiaz Ahmed, avec qui j’ai participé à une conversation publique au Senate Hall de l’université de Dacca devant un public varié et attentif composé aussi bien de séculiers que d’islamistes bon teint comme d’autres d’apparence salafiste. Et la discussion avec le public qui a suivi nos interventions et notre échange a été constructive, cordiale.

Après cette séance, des jalons ont été posés pour avancer vers le tracé de cette voie alternative sur laquelle devrait cheminer le produit de nos échanges qui pourraient être facilités par la constitution d’un réseau qui tisserait la toile des libéraux musulmans, d’Indonésie au Maghreb, comme partout dans le monde, et les encourager à s’organiser pour ne pas que leurs pays soient une proie facile entre les griffes islamistes.

Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète

Ecrivain et poète, Abdelwahab Meddeb est né à Tunis en 1946. Vivant en France, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris-X et anime l’émission « Cultures d’islam » sur France Culture. En 2012, il est invité par l’Université libre de Berlin pour occuper la chaire Samuel Fischer Guest Professorship for Literature. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Maladie de l’islam (Seuil, 2002), Contre-prêches (Seuil, 2006) et Pari de civilisation (Seuil, 2009) ; Printemps de Tunis, la métamorphose de l’histoire (Albin Michel, 2011).

Source : Adrar-Info (Mauritanie)

 

Réflexions sur la corruption

Réflexions sur la corruptionLe Mauritanien est attaché au droit de propriété. Il ne rêve que d'avoir sa maison, ses chamelles, ses vaches, ses moutons ; sa terre, s'il est paysan. Le Mauritanien est attaché à l'héritage; il veut pouvoir transmettre, à ses enfants, tout ce qu’il a acquis. Si l'on interroge les Mauritaniens sur les hommes qui les gouvernent, ils les disent médiocres et corrompus.

Ces hommes se connaissent trop ; il y a des haines et des rancunes qui les séparent et, sous l'uniformité subie, grande est leur diversité d'opinion. De l'extérieur, on ne voit que leurs têtes alignées. Eux connaissent leurs divergences et leurs rivalités, de telle sorte que la promotion des médiocres est, souvent, le commun dénominateur.

Ce qu'ils savent les uns des autres, et qu'ils redoutent que l'on sache, les divise mais les maintient ensemble. Trop de raisons commandant les carrières s'entrecroisent ainsi pour que les capacités intellectuelles ou la fermeté de caractère y gardent les meilleures places. On croit la corruption généralisée.

Or il y a des corruptions vite décelées et d'autres que nulle trace, jamais, ne vient révéler. Et il ne suffirait pas d'étudier la corruption, sa gravité, son étendue : il faudra observer, aussi, les phénomènes de rejet, leur fréquence, leur intensité et, encore, les forces qui empêchent la corruption d’être réparable. De telle sorte qu'une réflexion sur la corruption serait peu distincte d'une réflexion sur l'Etat, sur la Police, sur la Justice, sur la Douane, sur la Société tout entière.

Encore faudrait-il tenter l'inventaire des formes de la corruption. Il en est de simples et d’autres compliquées. Un ministre qui reçoit une enveloppe, en échange d'un service ; un parlementaire qui fait payer une intervention ; ne témoignent que de modalités sommaires et, sans doute, rares de la corruption. Il n'y a pas que l'argent pour acheter l'influence ou arracher une décision.

Les hommes politiques peuvent se vendre pour des honneurs ou de petits et grands plaisirs : quelques chamelles, voyages à l'Etranger ou filles aimables. Moins l'argent est présent ou ostensible, plus la corruption est facile.

C'est que la bonne conscience s'arrange des formes déterminées de la corruption. Celui qui refuserait une enveloppe accepte son équivalent en avantages ou en plusieurs. Dans une société où l'argent est à la fois souverain et suspect, la commodité est d'offrir, et de recevoir, autre chose que pièces et billets.

C'est l'immense marché des services prêtés et rendus, des traites tirées et acceptées, qui constitue la voie royale de la corruption. L'argent ne sollicite des services que de ceux sont en état d'en rendre ; donc, du personnel au pouvoir. Tel paraît être, aujourd’hui, le cas.

Quantitativement, la ramasse d'argent disponible et capable de peser sur le pouvoir ne cesse de croître, dans une société en expansion. Ceci ne peut être sans effet. Plus l'argent est nombreux et fort, plus il est tenté de corrompre. Mais ce n'est pas, seulement, la masse croissante de l'argent privé qui multiplie les risques : c'est, aussi, sa plus grande mobilité.

Il existe une quantité variable d'argent vagabond, maraudeur, qui cherche à s'employer et se multiplier, non pas dans des circuits lents et sûrs mais dans des « coups » rapides, parfois hasardeux. Là se peuvent espérer d'énormes profits et ces profits tiennent, souvent, à des décisions administratives : un marché, un permis, une licence.

Car l’Etat, la Commune, l'Etablissement Public ne sont pas, pour l’argent, des entités abstraites. Mais nous vivons dans une société et un temps où l'argent donne accès à tout ; ou presque. Les cabinets ministériels dont l'accès est ouvert, parfois, par le mérite mais, surtout, par les relations, les grandes poussées électorales, en 2009, amenant, à proximité de pouvoir, quelques hommes de qualité et de conviction mais, aussi des opportuns pour qui la politique est un moyen, et, pour la majorité d’entre eux, un centre d'accueil.

Ils font carrière. Il est donc certain, il était, sans doute inévitable que la majorité, peu à peu, grossisse ses rangs d'hommes sans foi ni loi. Car ce ne sont pas des gens de très forte conviction qu'atteint la corruption.

Ce sont, toujours, des politiciens venus, aux affaires de l’Etat, comme ils seraient allés à d'autres affaires. Les raisons générales tiennent aux séductions de la société dite de consommation. Elle fait ou tend à faire, de chacun, un consommateur acharné et jamais satisfait. Les hommes politiques sont ainsi emportés par un mouvement qui les dépasse.

Il y a, de la satisfaction des besoins essentiels au confort du luxe, du luxe à l'opulence, une progression ininterrompue et il faut beaucoup de lucidité et d'énergie pour la briser. Il en va d'un élu, d'un haut fonctionnaire, d'un ministre, comme de tout autre : les sollicitations du mieux-vivre ne cessent de frapper à sa porte.

Ainsi la majorité a-t-elle été spécialement vulnérable aux pressions de l'argent, n'en doutons pas. Comme elle invente de nouveaux riches, la société mauritanienne ne cesse de produire de nouveaux pauvres. Quand les plus défavorisées d'aujourd'hui le seront moins, il est à craindre que d'autres le soient à leur place. Un gouvernement ne travaille pas avec l'éternité devant lui. Les hommes qu'il prend en charge ne font qu’une vie d'homme.

Promouvons une société basée sur l'éthique et le travail. Nous devons, tous, nous déterminer à débusquer et à écarter, « sans complaisance ni besoin, à punir, sans faiblesse, ceux qui ruinent ce pays ou le desservent, les corrompus, les antinationaux, les roublards et les paresseux ». II faut cultiver l'honnêteté, le courage au travail.

Que chacun, au poste où il est, du ministre au planton, du chef d'entreprise au manœuvre, considère comme reposant sur ses seules épaules le destin de la nation. Et, pour que l'éthique règne, deux conditions : une justice forte et respectée, servie par des magistrats « bien traités et indépendants », et la « réhabilitation de la fonction technique, au détriment de la fonction politique ».

Ahmed Bezeïd Ould Beyrouck
Chroniqueur politique

 

 

Mauritanie: L'unité nationale en question

Mauritanie: L'unité nationale en questionLes questions liées à la jeunesse et à la préservation de l’unité nationale sont au centre des préoccupations de « Mauritanie perspectives » (MP), un cercle de réflexion et d’échange, constitué d’intellectuels, ayant pour objectif d’œuvrer pour l’instauration d’un Etat de droit en Mauritanie.

C’est dans ce cadre que l’hôtel Iman de Nouakchott a abrité le 1er avril une rencontre sur les thèmes de la jeunesse, de l’emploi et de la communication en relation avec l’unité nationale.

Ouvrant le débat, M. Sall, professeur de philo à l’université de Nouakchott a insisté sur la nécessité de bien gérer la diversité que représentent les différentes composantes du peuple mauritanien. Au sujet de la communication, il s’est appesanti sur l’importance des contenus médiatiques et sur le temps imparti aux différentes émissions qui doivent cibler les différentes couches de la population sans discrimination aucune.

S’agissant des propositions émises par le professeur, il préconise, pour mieux rapprocher les mauritaniens les uns des autres d’encourager les colonies de vacances entre ressortissants des différentes villes du pays.

Pour M. Mohamed Vall Ould Oumeir, éditorialiste de la Tribune, qui affirme éprouver une certaine gène à l’évocation du concept « unité nationale », en Mauritanie, on fait plutôt face à un problème de cohésion nationale.

M.Oumeir a salué des initiatives telles que la création de la deuxième chaine publique et de la radio citoyenne qui, de son point de vue ont beaucoup contribué au rapprochement des différentes composantes de la population. Mais, il regrette que ces initiatives ne sont pas encouragées comme il se doit et d’aucuns s’évertuent à leur mettre des bâtons dans les roues.

Le directeur de la Tribune propose de faire un lobbying immédiat pour amener les responsables de l’État à inscrire leurs enfants à l’école publique. Ce n’est qu’à ce prix estime-t-il qu’on arrivera à redresser le système éducatif qui est la source de tous les problèmes.

Autre proposition du journaliste : réhabiliter les internats au sein des établissements scolaires. Il faut conseille-t-il profiter de l’enthousiasme suscité par la déclaration des autorités publiques qui ont décrété l’année 2015, Année de l’éducation.

Autre idées avancées, celles de M.Hamma Ould Soufi, dirigeant des associations de jeunes en Mauritanie. Il faut dit-il s’appuyer sur la jeunesse pour bâtir un état fort qui puisse solder les problèmes de cohésion et de justice sociales.

Pour Tabara M’Bodj, présidente de l’ONG, Citoyenneté et Droits Humains, en Mauritanie, il n’y a pas d’unité nationale mais une tolérance nationale. Elle a déploré les inégalités criantes entre les citoyens et l’application à leur égard du deux poids deux mesures.

Abondant dans le même sens, M.Moustapha Kane a soutenu que le problème de l’unité nationale se pose absolument et les éléments allant dans le contresens de cette unité sont légion.

Quant à M.Momme Ducros, fonctionnaire au sein d’une agence de l’ONU, il a déploré le manque de représentativité des jeunes au sein de tous les rouages de l’Etat. Pour lui, la religion, le sport, la musique sont des vecteurs essentiels de l’unité nationale. C’est pourquoi estime-t-il, il convient de prendre en compte les aspirations des jeunes évoluant dans le hip hop et autres.

Mme Hapsa Souleymane, l’unité nationale fait face à de grands défis depuis près de 20 ans, il convient donc d’œuvrer pour mettre en place une unité dans la diversité.

Et pour y arriver, M. Mohamed Ould Jdoud, enseignant chercheur propose de commanditer une étude-diagnostic qui devrait nous édifier sur ce qui nous unit et ce qui nous divise.

M. Memed Ould Ahmed, haut cadre à la retraite affirme qu’on doit régler nos problèmes nous-mêmes et ne jamais compter sur d’autres pour le faire à notre place. Selon M.Abdallahi, président du Conseil d’administration de la télévision du Sahel, le vrai combat en Mauritanie, c’est la lutte contre la langue.

Il faut dit-il arriver à instaurer une justice normale et que les ONG puissent jouer leur rôle en portant assistance aux personnes en difficulté. Pour lui, l’Etat, la religion ainsi que l’unité nationales sont prises en otage et il faut œuvrer pour desserrer l’étau autour d’elles.

M. Sarr de la société civile propose la mise en place d’un outil permettant de visualiser toutes les zones grises concernant l’unité nationale. Il faut également ajoute-t-il instaurer une forme d’apprentissage de la diversité, une immersion au sein des familles.

Pour M. Achraf, professeur à l’université de Nouakchott, en Mauritanie, on a besoin d’une vraie éducation et d’une vraie justice pour surmonter tous les problèmes.

M.Cheikh Aidara, journaliste a quant à lui mis en exergue dans son intervention, le problème de la mauvaise répartition des postes et des richesses qui est source de frustration pour de grandes franges de la population mauritanienne.

Même son de cloche pour son collègue Bakari Guèye qui a pourfendu l’attitude hypocrite des élites qui ont la fâcheuse tendance de ne pas vouloir reconnaitre les grands problèmes qui pourtant crèvent les yeux.

Selon M. Guèye, les nominations inéquitables au sein des postes de l’administration et l’exclusion manifeste de certaines couches des grandes écoles (École militaire, École des mines, École polytechnique…) sont autant de sources de frustrations qui ne contribuent guère au rapprochement tant souhaité entre communautés.

Source : Tawary (Mauritanie)