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Interview dans le Monde

Tentative de rapt à Teyaret

Le nord de Nouakchott n’est plus en reste, pour ce qui est du crime et de la délinquance. Certains quartiers en constituent même des points chauds. Des bandes de malfaiteurs circulent la nuit et, parfois, le jour, pour braquer, agresser et violer. Le fameux bandit « El Eidhadh » et sa bande écument notamment M’geizira, El Hay Sakin et Dar El Barka. Au cours des huit mois passés, plusieurs enlèvements de jeunes filles y ont été déclarés.

Vendredi 10 Novembre, vers dix-neuf heures, une Toyota Avensis de couleur grise, aux verres teintés de noir, s’arrête soudain dans une ruelle de Pikine. Trois jeunes hommes en descendent précipitamment et entoure un tout aussi jeune piéton. Ils tentent de le charger dans le véhicule dont le moteur tourne, avec son chauffeur toujours au volant. En vain car l’agressé résiste vaillamment, l’un des assaillants lui assène deux coups de couteau, sans plus de résultats, les assaillants dépités n’ont plus qu’à réembarquer et fuir, sous les yeux des passants. Agé de vingt ans, le jeune Abderrahmane ne souffre, heureusement, que de deux légères blessures au bras. Il déclare, à la police, connaître l’un de ses agresseurs. Une fois celui-ci appréhendé, ses trois complices sont vite appréhendés et interrogés. Il s’avère alors que la bande voulait régler un compte avec Abderrahmane, accusé, par l’un d’eux, de détourner sa sœur mineure. Aux dernières nouvelles, un arrangement à l’amiable entre familles est en cours.

Le cerveau de la bande de Dar Al Beidha coffré

Dans les colonnes de notre précédente édition, nous faisions état d’une bande qui avait cambriolé un domicile et violé une de ses occupantes. La majeure partie de ses membres avaient été rapidement arrêtés par le commissariat de police El Mina 3 qui mène l’enquête. Mais Brahim ould Ahmed, le repris de justice qui les commande, restait en cavale, en compagnie du dernier de ses comparses en liberté. Dirigés par le brigadier-chef Ould Boudida, les limiers du commissariat n’ont cessé de les traquer dans tout Nouakchott, tandis que leurs complices, déférés au parquet de la wilaya-sud de la capitale, il y a dix jours de cela, étaient écroués à la prison civile de Dar Naïm…

Boudida et ses hommes ont fini par aboutir à une maison du quartier El Mensiya, PK 13 de Riyad, qu’ils cernent sans tarder. Un peu plus tard, deux hommes en sont délogés, menottes aux poings, et conduits illico au commissariat. Il s’agit de Brahim ould Ahmed, dit « Kurios » et de son complice Khaiyi. Après deux jours de garde à vue, ils ont rejoint leurs collègues à la maison d’arrêt.

Les émeutes, une occasion d’or

Toute grande ville supporte son lot de délinquants. Les plus dangereux ne sortent que rarement de prison pour y revenir au plus vite, généralement. Juste le temps de commettre un nouveau délit et de reprendre la piste classique : commissariat, palais de justice et pénitencier. Les exemples abondent. Citons-en quelques-uns. Dahi ould Varwi, le tueur de la commerçante Khaddouj, au marché Capitale, en 2015, venait juste d’achever une peine de prison, quelques jours à peine avant son crime. Tout comme celui qui assassina sa propre femme en 2012. Quant au défunt Brahim « Legos », c’est au lendemain même de sa libération de la maison d’arrêt de Nouadhibou, en 2011, qu’il tua un boutiquier de Riyad.

Les plus petits délinquants, pickpockets et autres, passent quelques jours dans les violons des commissariats et sont souvent relâchés, sans déferrement. Ils continuent donc à circuler dans les marchés et les banques, guettant la moindre occasion de vol… La plus rêvée, c’est, de loin, les grands rassemblements. Fêtes, meetings, grandes cérémonies, réceptions et, bien sûr, manifestations en tout genre les voient accourir, profitant, à qui mieux mieux, des bousculades, pour voler, braquer ou même violer, parfois. Le désordre est leur meilleur allié qui leur permet d’agir à leur guise et de piller, sans risques, les commerces et autres biens d’autrui.

A la moindre émeute, les bandits affluent ainsi de leurs repaires vers les manifestants et se lancent dans le pillage et le vandalisme. Lors des troubles du 1er Mai dernier, des récidivistes connus ont été repérés dans la foule. Certains ont carrément dirigé les pillages, d’autres se sont postés sur les grands axes, pour arrêter et braquer les conducteurs. Les autorités en ont arrêté cent-soixante dont beaucoup de ressortissants étrangers, ouest-africains généralement. On les a de nouveau vus à l’œuvre, lors des émeutes des jours derniers. A Nouakchott comme à Nouadhibou, ils se sont constitués en petits groupes mobiles, mettant le feu à de vieux pneus, en divers points stratégiques de la ville, pour distraire les forces de l’ordre, avant de se déplacer rapidement vers les quartiers ainsi délestés de présence sécuritaire, pour piller, braquer et agresser.

Cette fois, c’est une trentaine de suspects qui ont été arrêtés, à Nouakchott, par la police, la garde et la gendarmerie. A Nouadhibou qui a connu plus de désordres que la capitale, l’addition s’élève à plus de cent flagrants délits de pillage et/ou de vandalisme ; certains, même, en des domiciles des quartiers riches.

Source : lecalame.info

 

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»

Fabrice Arfi: sur la Libye et Sarkozy, «il y a des traces bancaires des versements»Avec les compliments du guide, un livre d'enquête écrit par Fabrice Arfi et et Karl Laske, deux journalistes de Mediapart, revient sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par le colonel libyen Mouammar Kadhafi. En s'appuyant sur des centaines de documents et d'indices matériels, ce livre extrêmement documenté revient sur cette affaire, inédite sous la Ve République. Fabrice Arfi, l'un de deux auteurs, répond aux questions de Houda Ibrahim.

RFI : Dans votre livre « Avec les complimentes du guide », une enquête coécrite avec Karl Laske,vous rendez plausible l’histoire du financement libyen de l’UMP en 2007 ?

Fabrice Arfi : Oui, plus que plausible. Nous la documentons. C’est-à-dire que nous avons enquêté pendant six années, pour simplement ne pas se contenter des paroles des uns et des autres dans ce dossier, mais d’apporter des preuves d’une corruption gigantesque, à l’échelle d’une démocratie par une dictature en 2007, avec plusieurs jets d’argent sale parti de Tripoli de diverses poches de dignitaires libyens, pour arriver dans les poches de responsables politiques ou d’intermédiaires français. Et c’est cette histoire que nous avons voulu raconter - documents à l’appui - au ras du réel et que nous considérons aujourd’hui probablement comme la plus grave des affaires que la Vème République, et peut-être celles qui l’ont précédé, aient connue.

Vous apportez des documents importants, parfois inédits, concernant cette affaire dans votre livre. Croyez-vous que ce dossier qui est d’avant la justice pourra encore évoluer ?

Il faut bien prendre conscience que nous sommes en France dans un pays où, dans une affaire comme celle-là, qui est pourtant une affaire mondiale, absolument gigantesque, il n’y a même pas un juge d’instruction détaché à temps plein sur le dossier. Il n’y a même pas un procureur détaché à temps plein sur le dossier et il n’y a même pas un policier détaché à temps plein sur le dossier. Pourtant, parce qu’il y a des fonctionnaires qui sont courageux, indépendants, le dossier avance. Nous nous attendons à ce que la justice fasse son travail, puisque déjà en quatre ans, malgré un manque de moyens qui est absolument scandaleux pour une démocratie comme la France, elle a réussi à énormément documenter ce que nous racontons et avons commencé à raconter il y a six ans.

Il y a les aveux des médiateurs devant les enquêteurs sur le transport des valises d’argent au ministère français de l’Intérieur, comme Ziad Takieddine, par exemple. Vous essayez également de démontrer l’existence des virements bancaires ?

Nous démontrons que derrière l’achat de l’appartement de Claude Guéant en mars 2008, quelques semaines après la visite de Kadhafi à Paris, il y a des versements bancaires qui passent par l’Arabie saoudite, la Malaisie, et derrière lesquels se cache en réalité l’intermédiaire Alexandre Djouhri, et le gestionnaire des comptes de Béchir Saleh, avec une compensation, d’ailleurs, par l’un des fonds souverains libyens. Donc là, il y a des traces monétaires, bancaires, financières, des versements dont nous parlons.Vous évoquez par exemple, le témoignage de Ziad Takieddine. Le témoignage de Ziad Takieddine, évidemment seul, il ne suffit pas, ce témoignage. Mais il est intéressant à plusieurs égards. D’abord, parce que pour la première fois Ziad Takieddine s’auto-incrimine. Il a donné des éléments circonstanciés extrêmement précis, qui lui valent d’ailleurs aujourd’hui d’être inculpé dans ce dossier. Nous avons publié ce témoignage parce qu’il est conforté par des documents extérieurs. Par exemple, le journal intime, manuscrit de l’ancien Premier ministre et ministre du Pétrole libyen, Choukri Ghanem, qui, dès 2007 – donc quatre ans avant la guerre, il ne pouvait pas savoir que quatre ans plus tard il y aurait la guerre – consignait par écrit de sa main, et les documents sont authentifiés, les versements pour la campagne de monsieur Sarkozy. Il y a un procès-verbal de la Cour pénale internationale qui donne exactement les mêmes montants, les mêmes intermédiaires et les mêmes destinataires que dans le témoignage de Ziad Takieddine. Et puis, en aval, on a trouvé énormément d’espèces dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Des espèces qui n’avaient pas été déclarées aux autorités de contrôle, avec un Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur et directeur de campagne de monsieur Sarkozy, qui, le temps de la campagne présidentielle de 2007, avait loué dans le plus secret une chambre forte dans une agence bancaire à Paris, pour y dissimuler, dit-il aux policiers, des discours de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les soupçons de financements libyens sont matérialisés par des documents. Soit par des virements bancaires, qui font des sauts de puce de paradis fiscaux en paradis fiscaux, soit par des trajectoires d’espèces.

Vous vous posez des questions sur la nature de la mort de Kadhafi. Plusieurs témoignages que vous mentionnez indiquent l’implication des services français ?

Evidemment, concernant la mort de Mouammar Kadhafi, il y a un certain nombre de questions aujourd’hui qui se posent, puisque personne ne sait comment précisément il est mort. On sait qu’il a été exécuté. Et tous nos interlocuteurs dans ce dossier, qu’ils aient été militaires, barbouzes, diplomates, agents des services de renseignements, nous ont dit la même chose. C’est que Kadhafi n’avait que deux façons de terminer dans cette histoire. C’était : mort ou mort. Et nous apportons des témoignages, pas des Kadhafistes, d’anti-Kadhafistes, de gens qui étaient membres du Conseil national de transition libyen, qui aujourd’hui disent que peut-être la France serait derrière l’exécution de Mouammar Kadhafi. Nous, nous disons que nous ne savons pas. Nous ne savons pas qui a tiré pour tuer Kadhafi. Mais une chose est certaine, en revanche, c’est que sur le lieu de sa mort il y avait beaucoup de forces spéciales françaises qui étaient au sol et que rien n’a été fait pour le garder vivant. Et au final, qu’on ait laissé la foule des insurgés le tuer ou que nous l’ayons abattu nous-mêmes, ça ne change rien. Il ne peut plus témoigner aujourd’hui.

Dans le livre aussi, il y a le témoignage de l’ancien chef des services de renseignements extérieurs en Libye. Il raconte que dans ce rapport les Libyens ont constaté que c’est des agents français qui ont tué Kadhafi.

Source : RFI

 

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»

Pierre Conesa sur l'Arabie saoudite: «Le pays géniteur du salafisme»Ce week-end, à l'occasion de la visite de l'Américain Donald Trump, le roi Salmane d'Arabie saoudite a fait venir une dizaine de chefs d'Etat africains dans son palais de Ryad. Mais de quel partenariat s'agit-il ? Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire du ministère français de la Défense. Il vient de publier aux éditions Robert Laffont, « Docteur Saoud et Mister Djihad, la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite ». Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Lors du sommet de Riyad, le roi Salmane d’Arabie saoudite a été encore plus direct que Donald Trump contre l’Iran. Il a accusé ce pays d’être « le fer-de-lance du terrorisme mondial ». Qu’en pensez-vous ?

Alain Conesa :C’est de la pure langue de bois. Le terrorisme qui nous frappe nous, en tout cas Européens, ne fait aucun doute : c’est du terrorisme salafiste jihadiste. C’est-à-dire, c’est une branche du sunnisme qui se raccroche au wahhabisme, à l’idéologie religieuse qui est celle de l’Arabie saoudite.

Dans son discours de ce week-end, le roi Salmane d’Arabie s’est dit déterminé à éliminer le groupe Etat islamique et toutes les organisations terroristes, quelles que soient leur religion, leur confession ou leur idéologie ?

C’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Il avait dit sept avions contre Daech, c’est-à-dire autant que le Danemark et la Hollande réunis, en fait, il les a retirés pour en mettre une centaine contre les Houthis au Yémen. Je veux bien qu’il explique qu’il soit décidé à combattre Daech, mais je ne le crois pas.

Et pour montrer que ce ne sont pas que des mots, le roi Salmane, les cinq autres chefs d’Etat du Golfe et des Etats-Unis ont annoncé ce week-end la création d’un centre de contrôle contre les sources de financement du terrorisme ?

Ce qui caractérise l’argent du terrorisme, c’est que c’est de l’argent propre qui devient sale. Ce n’est pas comme l’argent criminel, ce n’est pas de l’argent sale gagné avec du trafic de drogue ou de la prostitution qu’il faut blanchir. L’argent du terrorisme, c’est le contraire. C’est-à-dire que des gens de bonne volonté donnent de l’argent à des ONG qui se constituent, par exemple, au moment du pèlerinage. Les gens donnent parce que c’est à la fois une obligation religieuse et c’est un geste humanitaire. Simplement, on ne sait que cet argent va vers le terrorisme que quand on sait qui est le destinataire final. C’est un vœu pieux.

Est-ce que le roi n’a pas enfin compris qu’il fallait que son entourage cesse de soutenir financièrement un certain nombre d’ONG proches des réseaux terroristes ?

Peut-être qu’effectivement, il faut lui accorder le bénéfice du doute. Mais enfin, quand les Américains ont identifié après le 11 septembre à la fois la fondation al-Haramain qui finançait directement al-Qaïda, plus je crois d’équivalents de 357 ONG qu’ils ont identifiées comme sources du terrorisme, vous prouvez qu’on avait un pays qui était profondément vérolé. Et l’Arabie saoudite n’a pas supprimé toutes ses associations. Elle a supprimé al-Haramain et effectivement, il reste aujourd’hui des ONG qui peuvent se créer à façon et qu’il est extrêmement difficile de contrôler.

Y compris en Afrique de l’Ouest ?

Alors le cas de l’Afrique de l’Ouest à mon avis est un peu d’une autre nature. C’est-à-dire que là, on a une politique ancienne de diplomatie religieuse dans les pays d’Afrique sahélienne et d’Afrique de l’Ouest qui remonte à l’époque de la lutte contre Nasser, ça remonte à loin. Et cette diplomatie religieuse visait depuis longtemps à ouvrir des écoles coraniques, à attirer les meilleurs vers l’université islamique de Médine et ensuite à renvoyer ses commissaires politiques faire de la prédication dans tous ces pays de la zone sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Donc aujourd’hui, ce qu’on constate au Mali, mais aussi en RCA et aussi au Niger, c’est la présence de ces anciens de l’université de Médine qui tiennent toutes les structures représentatives des musulmans et qui prêchent un islam salafiste.

Vous pensez à qui par exemple ?

Par exemple [l'imam Mahmoud] Dicko, le président de l’Association des musulmans du Mali qui a, par exemple, à l’occasion de l’attentat contre le Radisson Blu [le 20 novembre 2015], a fait un communiqué extrêmement ambigu en refusant de condamner l’acte terroriste. De temps en temps, c’est l’explication par l’homosexualité, de temps en temps c’est l’explication par le colonialisme. Je pense à des gens comme ça. Puis d’autre part, on constate que dans toute cette zone sahélienne, le salafisme qu’on pourrait appeler l’idéologie révolutionnaire parce que ces gens diplômés arrivent dans un pays en expliquant que tous les dignitaires religieux ne sont pas de vrais musulmans parce qu’ils ne parlent pas l’arabe, parce qu’ils ne sont pas capables de lire le Coran, parce qu’ils sont compromis par tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance. Donc eux, les salafistes sont les véritables tenants d’une société juste, égalitaire, non corrompue, etc. Le Sénégal étant d’ailleurs un de ces pays directement aujourd’hui pénétrés par cette idéologie salafiste.

Mais quand on écoute le roi Salmane dans son discours de ce week-end, on a vraiment le sentiment qu’il a renoncé à cette diplomatie religieuse ?

Non, je n’en crois pas un mot. Cette diplomatie religieuse, il faut bien comprendre que le régime saoudien est appuyé sur deux piliers qui sont évidemment la dynastie des Saoud, qui représente le pouvoir politique, mais aussi la dynastie des Hashem, c’est-à-dire les défendant d’ Abdel Wahhab, c’est-à-dire le fondateur du wahhabisme. Vous regarderez le pouvoir du grand mufti en Arabie saoudite, il tient l’éducation, le système judiciaire. Et à chaque fois que ce régime est pris dans ces contradictions, à chaque fois que la dynastie des Saoud a besoin des Occidentaux pour sauver sa tête -91, guerre du Golfe, 79 occupation de la Grande mosquée-, à chaque fois, il est obligé de demander l’accord, l’aval, le quitus des religieux. Donc les religieux qui sont quand même aussi habiles que nos jésuites trouvent toujours une bonne raison de justifier cet appel aux mécréants, mais en échange, le roi est obligé de leur concéder plus de pouvoir. C’est-à-dire qu’à chaque crise, la crise s’est traduite par plus de religion en Arabie saoudite. Et donc prétendre aujourd’hui que les Saoud à eux seuls sont capables de soumettre les Hashem à une ouverture politique et religieuse, ce n’est pas possible. La meilleure traduction, c’est justement qu’ils ne combattent Daech.

Alpha condé, Macky Sall, Alassane Ouattara, Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré, Faure Ngassimbé, Mamadou Issoufou, Idriss Déby, Ali Bongo, il y avait de nombreux Africains ce week-end parmi les quelque 50 chefs d’Etat du monde arabe, musulman et africain, réunis à Riyad. Est-ce que ce n’est pas un joli coup diplomatique de la part du roi Salmane d’Arabie ?

Tout à fait. Effectivement, l’Arabie saoudite est un tiroir-caisse qui est beaucoup plus abondant que ne le sont les pays occidentaux en crise depuis déjà un certain nombre d’années, oui bien sûr. Mais aller chez le pays géniteur de ce salafisme qui s’est propagé sur la planète et qui est à l’origine de tous les attentats que nous avons connus nous, mais qui sont aussi en Afrique, cela a quelque chose d’un peu paradoxal quand même. Si le géniteur lui-même ne change pas dans sa propre société, tous les mécanismes qui ont donné naissance à ce salafisme, qui le propagent, qui l’aident, qui le forment, etc., je ne vois pas comment on peut imaginer que c’est en Arabie saoudite que va se résoudre la question.

Source : AFP

 

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanien

Rosso: deux plongeurs sénégalais repêchent le corps de l’étudiant mauritanienDeux plongeurs sénégalais ont repêché, dimanche, le corps sans vie de l’étudiant mauritanien Sidi Ould Cheighali qui s’était noyé samedi dans le fleuve Sénégal. Après plus de 24 heures de recherche en vain, la marine mauritanienne à fait appel aux autorités sénégalaises qui lui ont envoyé deux plongeurs.

Ces derniers ont retrouvé le corps de l’étudiant après une quinzaine de minutes de recherche, ont rapporté des sources locales à Alakhbar.

Le défunt, âgé d’une vingtaine d’années, était étudiant en première année à l’institut de Technologie de Rosso (Sud). Il s’était noyé, samedi, lors d’une baignade avec d’autres étudiants.

Source : Alakhbar (Mauritanie)

Guillaume Ancel : "L'histoire mythique de l'opération Turquoise ne correspond pas à la réalité"

Guillaume Ancel, chevalier de la Légion d'honneur décoré à titre militaire en opérations.

Pour la première fois depuis 1994, l’opération Turquoise au Rwanda s'éclaire d'un jour nouveau grâce au témoignage d'un officier français de l’armée de terre. Selon lui, l'objectif "humanitaire" officiellement affiché par Paris se confond avec un autre, beaucoup moins avouable : celui de freiner ou de stopper l’avancée militaire du Front patriotique rwandais (FPR), tout en ménageant les forces gouvernementales génocidaires.

Lancée le 22 juin 1994, l’opération française Turquoise aurait eu pour objectif initial de faire le coup de feu contre le Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion – essentiellement tutsie – qui se battait contre les forces gouvernementales hutues à l’origine du génocide. Ce n’est pas le président Paul Kagamé qui le dit, mais un ancien officier français, chevalier de la Légion d'honneur et décoré à titre militaire en opérations. Dans un long entretien accordé à “Jeune Afrique”, Guillaume Ancel, 48 ans, à l’époque capitaine au 68e régiment de l’artillerie d’Afrique, évoque sans détour le décalage entre la version officielle française et ce qu’il a vécu il y a vingt ans sur les collines du Rwanda. Si lui et ses compagnons d’arme ont effectivement mené, à partir du début juillet 1994, des missions de protection et d’extraction au bénéfice de rescapés tutsis, ils avaient auparavant, selon lui, reçu l’ordre de stopper l’avancée du FPR au moment où la victoire militaire de celui-ci devenait inexorable. Interview.

Nous avons reçu l'ordre de préparer un raid sur la capitale rwandaise, Kigali.

JEUNE AFRIQUE : Quelle était votre mission au moment de rejoindre l’opération Turquoise ?

Guillaume Ancel : L’ordre initial, que j’ai reçu autour du 24 juin, était très clair : préparer un raid sur la capitale rwandaise, Kigali, alors passée en quasi-totalité sous le contrôle du FPR. La spécialité de mon unité était le guidage des frappes aériennes [Tactical Air Control Party - TACP, NDLR]. Infiltrés à proximité de la cible pour guider les avions de chasse, notre rôle était de dégager un couloir pour permettre aux troupes de s’emparer de leur objectif avant que quiconque ait eu le temps de réagir. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que lorsqu’on cherche à reprendre la capitale d’un pays en guerre passée aux mains d’une rébellion, c’est pour remettre en place les autorités officielles.

Aucun raid de l’armée française sur Kigali n’a pourtant eu lieu à l’époque…

La confirmation de l’ordre de mission n’est jamais arrivé. Peut-être était-ce lié aux problèmes logistiques que nous rencontrions, nos équipements ayant été acheminés avec retard jusqu’à Goma [en RDC, NDLR]. D’autre part je sentais un certain flottement au niveau de la hiérarchie. Puis, entre le 29 juin et le 1er juillet, nous avons reçu un ordre qui s’est substitué au premier. Nous devions stopper par la force l’avancée du FPR à l’est de la forêt de Nyungwe, dans le sud-ouest du Rwanda. Le lendemain matin à l’aube, nous avons décollé dans des hélicoptères Super-Puma afin d’aller déclencher les frappes aériennes sur les colonnes du FPR. L’essentiel de l’unité était déjà partie la veille par la route. Mais au moment où les hélicoptères décollaient de l’aéroport Bukavu, nous avons reçu un contre-ordre. L’officier en charge des opérations nous a expliqué qu’un accord avait été passé avec le FPR. Désormais nous devions protéger une "zone humanitaire sûre" (ZHS) dont la rébellion de Paul Kagamé avait accepté qu’elle échappe provisoirement à son contrôle. C’est à ce moment-là que la nature de notre mission a changé pour devenir humanitaire. Jusque-là, il était clair qu’il s’agissait de combattre le FPR.

En quoi a consisté cette mission humanitaire ?

Nous nous sommes déployés autour de Cyangugu, au sud du lac Kivu. Le commandant de compagnie a décidé d’installer notre camp au-dessus du camp de Nyarushishi, où s’étaient réfugiés des milliers de Tutsis et de Hutus modérés. Il avait été alerté par le médecin-chef du camp, un Suisse travaillant pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), sur le risque d’une attaque massive des miliciens Interahamwe. Cette dimension de Turquoise ne doit pas être oubliée : même si les ordres que nous recevions étaient ambigus, les soldats français ont sauvé plusieurs milliers de vie. Pour moi, chacune d’entre elle était une victoire.

Quels étaient vos relations avec les forces armées gouvernementales qui avaient orchestré le génocide ?

Dès que nous avons traversé la frontière entre l’ex-Zaïre [actuelle RDC] et le Rwanda, nous avons constaté que les militaires rwandais étaient consternés en réalisant que les soldats français n’allaient pas remettre en selle le gouvernement intérimaire à l’origine du génocide. Ils nous regardaient avec une réticence et une inquiétude évidentes. À l’inverse, quand les réfugiés de Nyarushishi ont réalisé que nous venions réellement pour les protéger, ils nous ont accueilli avec des cris et des chants de joie.

Étant un spécialiste des frappes aériennes et des missions spéciales, quand la compagnie s’est installée pour protéger le camp de Nyarushishi, on m’a détaché auprès du colonel Hoggard, de la Légion étrangère, et je suis devenu responsable des extractions. Pendant un mois, avec des légionnaires, à chaque fois que nous recevions une information sur des personnes menacées dans la zone humanitaire sûre, j’étais chargé de conduire les opérations se sauvetage.

J’ai reçu l’instruction de charger les conteneurs d’armes sur ces camions, qui les ont emmenées ensuite au Zaïre pour les remettre aux forces gouvernementales rwandaises.

On sait que l’armée française a, par ailleurs, montré une certaine complaisance face aux forces génocidaires fuyant vers l’ex-Zaïre…

Pendant cette période, nous avons confisqué des dizaines de milliers d’armes légères aux Hutus qui traversaient la frontières, essentiellement des pistolets, des fusils d’assaut et des grenades. Toutes ces armes étaient stockées dans des conteneurs maritimes sur la base de la Légion étrangère à l’aéroport de Cyangugu. Vers la mi-juillet, nous avons vu arriver une colonne de camions civils et j’ai reçu l’instruction de charger les conteneurs d’armes sur ces camions, qui les ont emmenées ensuite au Zaïre pour les remettre aux forces gouvernementales rwandaises. On m’a même suggéré d’occuper les journalistes pendant ce temps pour éviter qu’ils s’en rendent compte. Quand je lui ai fait part de ma désapprobation, le commandant de la Légion m’a répondu que l’état-major avait estimé qu’il fallait montrer à l’armée rwandaise que nous n’étions pas devenus ses ennemis, afin qu’elle ne se retourne pas contre nous. La France a même payé leur solde aux soldats rwandais.


Guillaume Ancel en opération

Vous confirmez donc que la France a réarmé les ex-Forces armée rwandaises en exil alors que celles-ci venaient d’encadrer le génocide des Tutsis ?

En leur livrant des dizaines de milliers d’armes, nous avons transformé les camps de réfugiés du Zaïre en base militaire. Il était évident que Paul Kagamé n’allait pas tolérer, après avoir pris le pouvoir, qu’une position armée du régime génocidaire s’installe de l’autre côté du lac Kivu. Cette décision a joué un rôle important dans ce qui allait se passer deux ans plus tard dans l’est du Congo.

Que vous inspire la version officielle française sur l’opération Turquoise ?

Personnellement, je ne fais que relater ce que j’ai vécu à l’époque. Si cela ne colle pas avec leur version, cela pose un problème. Ils ont construit une histoire mythique de l’opération Turquoise qui ne correspond pas à la réalité. Or si l’on veut éviter qu’une telle chose se reproduise, il faut mettre les cartes sur la table, pas les dissimuler sous le tapis.

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Propos recueillis par Mehdi Ba


Source : Jeuneafrique.com

 

 

Interview : Rony Brauman: en Syrie, «on a franchi un seuil qualitatif» avec l'attaque chimique »

Les experts en armes chimiques de l'ONU sur l'un des sites de l'attaque chimique, à Zamalka, dans la banlieue de Damas, le 29 août 2013.Les Occidentaux semblent hésiter à intervenir en Syrie, mais des frappes ciblées sont bien envisagées depuis plusieurs jours. Pourquoi intervenir? Et pourquoi maintenant ? Entretien avec Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) et professeur à Sciences Po, à Paris.

RFI : La Grande-Bretagne a dit non jeudi soir à une intervention en Syrie, quelle est votre réaction ?

Rony Brauman : Je le regrette parce que je pense qu’il est utile de préparer une intervention ciblée, très limitée, mais une intervention qui soit tout de même significative. Mais tout en le regrettant, je le comprends parfaitement car le Parlement, et l’opinion publique britanniques plus généralement, ont été abreuvés d’intoxications, de fausses nouvelles, de mensonges propagandistes pour justifier des départs en guerre, que ce soit au Kosovo, en Irak ou en Libye, avec des résultats, en tout cas pour ce qui concerne l’Irak et la Libye, qui sont déplorables, qui sont vraiment épouvantables.

Finalement, c’est toujours la même question qui se pose : pourquoi intervenir et à quel moment on a suffisamment d’informations pour décider d’intervenir ?

Absolument. Quelles sont les raisons et quels sont les objectifs ? C’est ça qu’il faut cerner. Les raisons, elles sont claires : c’est l’emploi massif d’armes chimiques, c’est-à-dire l’usage militaire d’armes qui sont destinées à semer la terreur voire l’épouvante.

Mais là, cela fait tout de même deux ans et demi que la terreur règne en Syrie. Plus de 100 000 personnes ont été tuées. Pourquoi cette attaque chimique change-t-elle la donne ?

En effet, c’est une question tout à fait légitime. Moi il me semble - et c’est le fond de ma position - qu’on a franchi un seuil qualitatif et que la question de savoir comment on meurt n’est pas tout à fait indifférente. Cette mort qui suit un effroi - l’arme chimique est indétectable, on ne la respire pas, on ne la sent pas, on ne la voit pas et d’un seul coup, elle peut atteindre des centaines de milliers de personnes avec des bombardements extrêmement limités et qui passent presque inaperçus dans l’ensemble des bombardements - elle revêt cette dimension de terreur totalement indiscriminée qui n’est pas destinée à gagner des positions militaires, mais à semer l’épouvante dans la population.

Donc, est-ce suffisant pour vous, pour l’humanitaire que vous êtes, d’appeler à intervenir militairement en Syrie ?

Je précise que je m’exprime à titre personnel et Médecins sans frontières n’est pas du tout engagé.

Mais vous êtes humanitaire, cela fait de très longues années que vous menez des combats humanitaires. Ne peut-on pas dire que c’est un peu contradictoire de soutenir une intervention militaire ?

Oui, en effet, on peut le dire, il y a quelque chose de contradictoire. D’ailleurs d’une manière générale je suis le premier à être méfiant vis-à-vis des vertus que l’on prête habituellement aux interventions armées. Je suis contre la "responsabilité de protéger", contre les interventions visant à abattre un régime pour lui en substituer un autre. Tout cela, pour moi, relève de l’impérialisme, de gendarmes du monde autoproclamés que je réprouve totalement.

Et en général il y a aussi des conséquences terribles, non seulement pour la population civile sur le moment, mais aussi, on l’a vu en Libye, cela a déstabilisé la région. Après, des armes ont circulé...

C’est une des raisons pour laquelle j’étais complètement opposé à l’intervention en Libye. De même que je suis opposé à une intervention visant à renverser le régime de Bachar el-Assad. Je soutien l’idée telle que, d’ailleurs, le président de la République française l’a soutenue aujourd’hui, d’une intervention extrêmement limitée visant des pistes aériennes, des stocks de munitions - certainement pas, d’ailleurs, des stocks de munitions chimiques et c’est un paradoxe, car on risquerait d’aggraver un problème que l’on veut au contraire contenir -, mais s’attaquer à des installations de matériels militaires de façon d’une part à marquer une riposte décidée, et d’autre part à installer également une sorte de jurisprudence politique internationale concernant la détention et a fortiori l’usage d’armes de ce type.

Il est plus que temps alors qu’en 1925, a été signé la première convention interdisant l’emploi des armes chimiques. En 1993 a été signée une autre convention relative aux mêmes questions. Il est extrêmement important de venir à bout de ces armes-là. Or elles sont détenues par bien d’autres gens que les Syriens. Les Russes, les Américains, les Français, peut-être - je n’en suis pas certain mais je crois bien que c’est le cas-, les Britanniques, les Israéliens et bien d’autres pays détiennent cette arme.

Trois jours de frappes militaires pourraient-ils marquer le coup, pourraient-ils suffire à changer quelque chose ?

Je n’ai pas cette naïveté. Je ne pense pas que, du jour au lendemain, avec trois jours de frappe, on va réduire cela. Mais la contradiction qui apparaîtra au grand jour entre le fait de condamner l’usage des armes chimiques et le fait d’en détenir me semble porteuse d’un débat, d’une mise à jour de ces tensions, et donc d’une possible évolution du monde dans le bon sens de ce point de vue là.

On a eu l’histoire des armes de destruction massive en Irak, on a eu la menace d’un massacre de la population à Benghazi... Cette fois, il faut quand même vérifier qu’il y a bien eu attaque chimique, et vérifier aussi que c’est bien le régime syrien qui en est à l’origine. Pourquoi ne voulez-vous pas attendre que les inspecteurs de l’ONU aient fini leur enquête. Pour vous, c’est sûr, c’est Bachar el-Assad qui est responsable ?

Je ne cherche pas du tout à exercer une pression d’urgence. Je considère que c’est un acte grave. Il faut y réfléchir. Il faut prendre des précautions. Il faut s’assurer qu’on n’est pas l’objet d’intoxication. Je le comprends tout à fait. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement d’un soutien de principe à une riposte ciblée, limitée dans le temps, face à cet usage disons éventuel. Cela dit, quand on dit "éventuel", je crois que personne ne conteste aujourd’hui le fait que des armes chimiques aient été employées contre la population dans les alentours de Damas.

Ce qui est encore en discussion et ça mérite d’être discuté, c’est : qui est l’auteur de ces tirs d’obus chimiques. Mais pas le fait que des tirs d’obus chimiques aient bien eu lieu. Au moins, il n’y a pas de discussions sur les faits, ils sont avérés. Contrairement à ce que l’on pouvait dire des armes dites de destruction massive en Irak ou du massacre de la population de Benghazi tel qu’il était présenté par Nicolas Sarkozy et les différents pays qui sont intervenus à ce moment-là. Là, la situation se présente d’une façon différente. Je suis bien d’accord avec le présupposé de votre question, à savoir que tout cela mérite des précautions qu’il faut éviter de « sur simplifier » au risque d’aggraver une situation et qu’il faut donc aller au fond des choses.

Source : AFP

 

Gilles Kepel: dans les pays arabes, 'les islamistes sont à leur tour confrontés à l'épreuve du réel'

Dans son dernier livre, l'islamologue Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques de ces mutations. Entretien. Il a beau être un spécialiste mondialement connu de l'islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel n'est pas un universitaire comme les autres. Dans son dernier livre, Passion arabe.

Journal, 2011-2013, il a choisi de délaisser pour un temps les conférences internationales, afin de reprendre le chemin de ses premières études et de parcourir tous les pays arabes où ont éclaté des révolutions - aujourd'hui si controversées.

Le résultat en est une saine lecture, où se mélangent scènes vécues et analyses profondes, qui permettent, au fil de ce "voyage en Orient", version XXIe siècle, de se pénétrer d'une civilisation en plein déchirement. C'est l'occasion de rencontrer des destins douloureux ou tragiques, mais aussi de découvrir tant d'espoirs manifestés par des hommes et des femmes que Kepel rapproche, de façon émouvante, de notre propre désir de vivre.

Cet habitué des couloirs de Sciences po et de l'Institut universitaire de France aura eu le courage de quitter les chemins de l'essai pour faire de l'écriture un exercice de sincérité où l'intellectuel se transforme en témoin. Fort de ce retour aux sources, Gilles Kepel décrypte le grand désordre arabe et dévoile les enjeux géopolitiques.

Qu'est-ce qui vous a conduit à revenir sur tous les lieux du "printemps arabe"? Est-ce un besoin du chercheur que d'emprunter le chemin du journaliste?

J'ai voulu, à ma manière, revenir aux sources de l'orientalisme. Ce terme, tant décrié par l'intellectuel palestinien Edward Saïd, qui voyait dans les orientalistes des auxiliaires de la colonisation, désigne en fait une première prise de contact de l'Occident avec le Proche-Orient et l'Afrique du Nord. Or celle-ci s'est faite grâce aux voyages, celui de Volney puis de tous ceux qui l'ont suivi. Opposer "Occidental" et "Arabe" est une absurdité.

Le propre de nos échanges est le mélange: c'est à saisir cette mixité du monde global que je me suis essayé. Les révolutions arabes nous ont tous surpris, moi compris, et elles ont fait l'objet de théorisations hâtives. Il m'a semblé que la meilleure façon de comprendre ce qui se déroulait sous nos yeux était encore d'aller voir les lieux et les peuples en mouvement.

Pendant presque deux ans, j'ai donc systématiquement refait le tour de tout le monde arabe en pleine turbulence, de la Tunisie à Oman, pour confronter ce que je connaissais depuis quatre décennies à ce que je voyais. Comme un journaliste, je suis allé voir sur place; comme un universitaire, j'ai inscrit ce que j'ai vu dans la mémoire longue.

Descendre de la chaire professorale, est-ce un moyen de reconnaître que l'on peut se tromper?

Tout le monde s'est trompé, il faut en convenir. Nous sommes face à des événements qui vont si vite qu'il est très difficile de les anticiper. J'ai voulu remettre les compteurs à zéro, revenir à la base. Par exemple, j'ai passé une journée extraordinaire dans le Fayoum, en Egypte, le jour du second tour de l'élection présidentielle qui opposait Mohammed Morsi à Ahmed Chafik. Dans un village, un électeur nous a expliqué pourquoi il avait voté pour les Frères musulmans; un peu plus tard, les notables du lieu sont venus le frapper pour cette raison. Ce genre d'expérience apporte un éclairage qui est essentiel à la réflexion théorique.

Les islamologues ont propagé une perception très positive du printemps arabe, tandis que les opinions publiques occidentales ont vécu les événements avec une certaine crainte...

Au début, il y a eu effectivement un consensus pour trouver les premiers événements formidables. Les jeunes communiquaient sur Facebook, ils tweetaient, ils avaient les mêmes aspirations que la jeunesse occidentale. De quoi mettre les arabisants et les orientalistes à la retraite, puisqu'ils n'avaient rien vu venir. L'émancipation d'une classe moyenne supérieure a constitué le fer de lance des mouvements de masse, auxquels se sont rapidement ralliées les couches de "diplômés-chômeurs". Durant cette phase, les islamistes n'ont joué aucun rôle.

Comment les islamistes sont-ils entrés dans le jeu, pour finir par prendre le contrôle de tout?

Sous les régimes dictatoriaux, ils vivaient en clandestinité, mais ils disposaient de structures de résistance constituées sur le modèle des appareils qu'ils combattaient. En Egypte, les Frères musulmans ont produit la copie inversée des moukhabarat, les services secrets du régime précédent. Ils n'étaient pas faits pour mener une révolution, mais pour prendre le pouvoir à long terme. Une fois les régimes renversés par d'autres qu'eux, les Frères ont mis leur appareil en place.

Ce qui n'a eu qu'un temps: aujourd'hui, en Tunisie comme en Egypte, on voit monter le conflit entre les classes moyennes sécularisées et la mouvance islamiste. Nous sommes dans la phase 3 des révolutions: la première a vu la jeunesse séculière se lever sans structures, la deuxième a permis aux islamistes de s'emparer des rouages du pouvoir, la troisième montre que ces derniers sont incapables de gérer la situation économique et politique. Aujourd'hui, en Egypte, la popularité du président Morsi est en chute libre. C'est pourquoi il y a sans doute encore des rebondissements à attendre.

Y a-t-il réellement un pays où la révolution ait produit un mieux?

C'est en Tunisie que la transition s'est passée de la manière la moins violente. Ce n'est pas un hasard, de même qu'il n'est pas surprenant que tout ait commencé dans ce pays-là. Les élites qui ont porté la révolution étaient en majorité constituées de juristes bilingues, parfaitement à l'aise en arabe et aussi, via la langue française, très inscrits dans la culture internationale ; ils incarnaient la mondialisation réfléchie.

Le slogan de la révolution était en français: "Dégage !" C'est en Tunisie que le processus révolutionnaire a été le moins pris en otage par les logiques démagogiques de l'islamisme et de l'arabisme. Même le parti islamiste Ennahdha a engendré un homme comme Jebali, qui s'est rallié à l'islamisme à la cité universitaire d'Antony, tout en devenant ingénieur des Arts et Métiers.

Est-ce rassurant ou plutôt inquiétant?

Tout dépend de la manière dont la personne revient à la religion. Quelqu'un comme Jebali paraît capable de faire la synthèse entre la culture occidentale et ses propres racines, sans verser forcément dans l'outrance. Pour la France, il est essentiel que l'expérience tunisienne, malgré ses soubresauts, se solde par une forme de réussite. Car les deux pays sont très proches. Il faut se souvenir que dix députés du parlement tunisien sont français, cinq élus de France du Sud, cinq élus de France du Nord.

8 % de la population tunisienne habite en France, l'évolution politique de ce pays représente un enjeu considérable pour notre pays. Car les révolutions arabes mêlent intimement le sud de la Méditerranée et nos banlieues. Interactions en bien ou en mal, comme le montre l'arrestation de djihadistes de nationalité française au Mali. Par ailleurs, c'est avec la Tunisie que nous avons le plus de facilités d'échanges, voire d'affinités, parmi tous les pays arabes en révolution.

Comment l'espoir égyptien a-t-il pu être à ce point trahi?

Sous Moubarak, les Frères musulmans étaient déjà entrés dans une logique de cogestion avec l'armée: ils géraient l'éducation, le social, le caritatif... Avec l'appui du Qatar, ils ont réalisé une "OPA" sur la révolution: ils ont superposé leur discours unique à la multiplicité des slogans révolutionnaires. La chaîne qatarie Al-Jazira leur a ensuite donné un écho considérable en jouant à la fois le rôle d'imprésario et de sponsor. Pour les téléspectateurs arabes, les Frères sont devenus par ce biais les représentants légitimes de la révolution.

Quel est le vrai rôle des pétromonarchies comme le Qatar ?

Elles ont été, au départ, très décontenancées, effarées même. Parce que c'était une mise en cause des modèles autoritaires, dont les Etats du Golfe sont largement représentatifs ; mais aussi parce que les pétromonarchies ont vite compris qu'elles allaient être sollicitées pour subventionner les sociétés en cessation de paiement. Seuls trois Etats se projettent à l'international avec un vrai poids politique dans le Golfe: l'Arabie, le Qatar et les Emirats. Mais les deux premiers se sont impliqués de façon opposée.

L'Arabie saoudite traverse actuellement une crise de gouvernance majeure: le roi est très âgé, la famille régnante est divisée entre différentes factions, si bien que Riyad n'a pas les capacités de déployer sa puissance dans la région.

L'Arabie déteste les Frères musulmans, car ils incarnent un magistère alternatif au wahhabisme [doctrine religieuse de l'Arabie saoudite] au sein de l'islam sunnite international, et elle pousse contre eux les salafistes. Ces derniers trouvent leur financement et leurs bases théoriques, non seulement auprès des Saoudiens, mais aussi au Koweït, dont plusieurs milliardaires salafistes financent les groupes djihadistes en Syrie.

Et le Qatar ?

Il a eu la politique la plus active en appui aux révolutions, en Tunisie, en Libye, en Egypte. Les Qataris ont largement aidé à mettre en orbite les Frères musulmans comme représentants légitimes des révolutions, car ils voient dans ces derniers l'émanation d'une classe moyenne conservatrice, et ne les pensent pas susceptibles de menacer leurs intérêts. Ils les voient aussi tel un personnel politico-religieux apte à contrebalancer l'influence saoudienne, qui s'exerce au moyen de dizaines de milliers de prédicateurs répandus à travers le monde. Or, avec 200 000 ressortissants, le Qatar se sent fragilisé face à l'Arabie (25 millions d'habitants) et surtout face à l'Iran (80 millions).

C'est un pays qui recherche en permanence de l'assurance tous risques à travers un rayonnement international, y compris en France, aussi bien dans les milieux d'affaires que dans les banlieues. Le footballeur réislamisé qui réussit offre un modèle compatible avec le capitalisme. Cependant, depuis les révolutions, les Qataris prennent des risques : en soutenant très activement les Frères musulmans, ils mettent en danger leur propre stratégie. Par exemple, ils ont manifesté un net désaccord avec Paris au sujet de l'intervention française au Mali, ce qui va à l'encontre du rapprochement qu'ils ont entrepris depuis des années.

Frères musulmans contre salafistes, comment différencier les deux branches de l'islamisme ?

Les Frères musulmans veulent conquérir le pouvoir par le haut afin d'islamiser la société; ils entendent remplacer la classe dirigeante précédente par une élite verte, sans qu'il y ait de transformations de l'ordre social. Mais les révolutions ont opéré des scissions en leur sein, entre ceux qui se comportent comme dans un parti stalinien et ceux qui veulent davantage de changements et glissent vers le salafisme. Les salafistes, eux, ont l'ambition de changer radicalement la société sur une base strictement religieuse, de la niveler par le bas grâce à une observance égale pour tous : l'ordre social actuel est impie car il est injuste (sauf en Arabie saoudite !...).

Ce qui se traduit par une vision complètement rigoriste et rétrograde : les femmes sont recouvertes du niqab, les hommes ont les chevilles à l'air, etc. Cette vision est celle qui parvient le mieux à récupérer aujourd'hui les innombrables frustrations sociales. Les Frères recrutent dans les petites et moyennes bourgeoisies, les salafistes essaiment dans les bidonvilles et les quartiers les plus défavorisés. Le paradoxe est total quand on sait que les salafistes regardent vers l'Arabie saoudite, qui n'est vraiment pas un modèle de régime révolutionnaire ni de justice sociale. Les barbus sont pris dans un étau de contradictions invraisemblables...

Il n'existe pas à ce jour d'alternative structurée aux islamistes?

Non, les forces laïques sont très divisées par les querelles de leurs dirigeants, dont certains n'ont pas assez clairement rompu avec les anciens régimes, ce qui entache leur légitimité. En Egypte, les jeunes qui ont déclenché la révolution sont complètement déprimés et estiment que leurs aspirations ont été trahies. Quant aux classes moyennes sécularisées, elles ont payé le prix de leur soutien à la rénovation des régimes autoritaires ; elles ont cru un temps au rajeunissement des dictatures, qui se sont en partie appuyées sur elles. Gamal Moubarak, Seïf al-Islam Kadhafi ou Bachar el-Assad avaient introduit une dose de modernité susceptible de séduire ces élites urbaines.

Face à elles, les islamistes ont construit un réseau de solidarité, qui les a installés dans la résistance et leur permet de dénoncer tous ceux qui ne se sont pas franchement opposés au régime précédent. Mais ils sont à leur tour confrontés à l'épreuve du réel et le désenchantement à leur égard est palpable.

Ce désenchantement vis-à-vis des islamistes explique-t-il pourquoi Bachar el-Assad parvient à se maintenir au pouvoir, au prix de crimes innombrables?

La Syrie est l'otage d'enjeux qui dépassent le seul cadre national. Au départ, on assiste à une révolution qui démarre comme les autres. Des jeunes se soulèvent à Deraa, à la mi-mars 2011, et sont torturés par la police secrète, qui humilie en outre leurs familles. On connaît la suite, particulièrement atroce. Mais, à la différence des autres pays arabes, au fur et à mesure du conflit, la Syrie devient le cadre dramatique dans lequel les pays du Golfe projettent leur volonté d'éjecter l'Iran de la scène politique régionale.

Car la Syrie est la clef de voûte de tout le système moyen-oriental et s'articule aux deux enjeux essentiels qui caractérisent l'inscription du monde arabe dans l'univers : le conflit israélo-arabe et le pétrole. A travers son appui à Bachar el-Assad, l'Iran dessine un axe d'influence majeur au sein de toute la sphère arabo-musulmane.

En contrôlant le Hezbollah libanais, jusqu'à maintenant, et le Hamas palestinien, jusqu'à l'an dernier, Téhéran est présent sur deux frontières d'Israël, le Liban et Gaza. Les pays du Golfe y voient une menace directe et financent tous les groupes salafistes qui veulent transformer la guerre de libération syrienne en un djihad sunnite antichiite et anti-alaouite.

Moyennant quoi, les Etats du Golfe contribuent à accroître les atrocités...

D'autant plus que la guerre de Syrie, à la différence de celles du Liban ou de l'ex-Yougoslavie, est entièrement retransmise sur Internet via les téléphones portables. Le résultat est monstrueux.

Face à cela, les dirigeants de l'Armée syrienne libre (ASL) sont débordés...

J'en ai rencontré plusieurs d'entre eux, qui ne sont pas du tout des djihadistes mais des démocrates et des laïques. Ils reprochent fortement aux Occidentaux de ne pas les avoir aidés, ce qui les place dans une situation infernale puisqu'ils sont confrontés à la fois aux forces d'Assad, appuyées par les livraisons de matériel russe et les Gardiens de la révolution, iraniens, et aux salafistes, qui disposent, eux, de l'argent abondant du Golfe.

La guerre se "djihadise", ce qui est aussi une tactique employée par Assad pour affaiblir l'ASL et effrayer les minorités, alaouite ou chrétienne, qui craignent au final de se faire massacrer par les salafistes. Plus personne ne peut dire quelle est la réalité du rapport de forces sur le terrain. La perpétuation de l'état de guerre civile montre qu'il ne peut pas y avoir de solution purement militaire, puisqu'elle se traduit par la destruction de la Syrie.

Il faut d'urgence une solution politique, laquelle n'est envisageable que par des garanties offertes par l'ASL aux différentes communautés, afin de les assurer qu'elles ne feront pas l'objet d'une vengeance aveugle. En Syrie, il n'y a d'issue que politique, à travers un Etat démocratique et pluraliste.

Propos recueillis par Christian Makarian


Gilles Kepel en 8 dates

1955 Naissance à Paris.

1980 Diplômé de Sciences po Paris (après des études d'arabe et de philosophie).

1984 Parution du Prophète et le Pharaon.

1985 Chargé du monde arabe à Sciences po.

1987 Parution des Banlieues de l'islam. Naissance d'une religion en France.

1994 Enseigne à la New York University.

1996 Titulaire de la chaire d'arabe à Sciences po.

2010 Suppression du programme d'études du monde arabe à Sciences po.

Source: L'Express (France)

Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?

Pourquoi la Mauritanie se rebiffe par rapport à l’intervention française au Mali ? la CENI mauritanienne annoncera-t-elle, ce jour, la date des prochaines élections législatives et municipales ? Où en est-on avec les questions des négro-mauritaniens et des esclaves. Pour répondre à toutes ces questions, DakarActu a joint par téléphone ce mardi 15 janvier 2013, le politologue et analyste mauritanien Mohamed Ould El Kory. Entretien


DakarActu : Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?
Mohamed Ould El Kory : La Mauritanie a engagé, seule, à partir de 2010, plusieurs opérations d'envergure contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au nord-Mali. Après les succès militaires enregistrés ces trois dernières années contre Aqmi et les différents réseaux des trafiquants connectés à la nébuleuse terroriste, la Mauritanie, forte de cette victoire stratégique, est devenue un acteur majeur qui fixe la Doctrine de l'anti-terrorisme dans la Région Nord et Ouest africaine. Aujourd’hui, la Mauritanie n’hésite pas. L'armée mauritanienne s'est déjà redéployée pour boucler une frontière de plus de 2400 kilomètres avec le Mali. Mais la Mauritanie n’est certainement pas prête à s’engager dans une guerre qui pourrait fédérer toutes les populations au nord du Mali contre ceux qu'elles pourraient considérer comme des envahisseurs. Les manifestations des populations de Tombouctou lundi 14 janvier contre la guerre donnent déjà une indication pour comprendre nos réticences.
DakarActu : Des milliers de Maliens ont fuit, dimanche dernier, la zone des combats à Léré pour gagner la ville mauritanienne de Vassala ?
Mohamed Ould El Kory : Oui et ils sont les bienvenues dans leur seconde patrie. La Mauritanie est l’un des 7 pays limitrophes du Mali. Et les Maliens sont nos frères et rassurez-vous, on ne tombera pas sous le coup de la non-assistance à peuple en danger. Avant Vassala, la ville mauritanienne de Bassiknou a déjà accueilli 109 .000 maliens regroupés dans le camp de M’Berra. Ce dernier représente aujourd’hui, en terme de population, la quatrième ville mauritanienne.
DakarActu : Actualité mauritano-mauritanienne, quand auront lieu les élections législatives et municipales reportées depuis octobre 2011 ?
Mohamed Ould El Kory : Seuls les responsables de la CENI pourraient vous répondre. La CENI s’occupe désormais de la supervision, du contrôle et du suivi de l’ensemble des opérations électorales. Et cette première en Mauritanie est l’une des délibérations du dernier Dialogue National entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition. Grâce à ce dialogue, la Mauritanie est aujourd'hui dotée d'une architecture constitutionnelle des plus audacieuses. Mais pour revenir aux élections législatives et municipales, logiquement celles-ci pourraient être organisées au plus tard en octobre 2013 étant entendu que l’actuel enrôlement biométrique de la population mauritanienne a déjà dépassé le deux millions cent milles enrôlés dont un million quatre cent milles électeurs. La projection de un million six cents quatre vingt mille électeurs pourrait être atteinte les prochaines semaines étant entendu que la moyenne de citoyens enrôlés par jour est de cinquante milles.
DakarActu : Un parti mauritanien, l’AJD/MR, prépare une marche le 09 février 2013 pour réitérer sa révolte contre les propos de déni des déportations faits par l'ancien Chef de l’Etat Ely Ould Mohamed Vall et pour l’abolition de la loi d’amnistie de 1993. Qu’en pensez-vous ?
Mohamed Ould El Kory : On ne peut pas dire qu’aucun mauritanien n’a été déporté alors que les victimes des évènements d'Avril 1989 se comptent par dizaines de milliers. Même des policiers qui relevaient de la DGSN que dirigeait à l’époque Ely Ould Mohamed Vall ont été déclarés parias dans leur propre pays. La commission nationale chargée du recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat, victimes des évènements de 1989, en a recensé plusieurs et viennent d’être indemnisés. Plusieurs de nos compatriotes déportés sont morts, d'autres sont malades et tous ont souffert d'être à la charge de pays qui ne sont pas le leur. En juillet 2009, et suite à une élection présidentielle libre et transparente, le peuple mauritanien a choisi l’homme en qui il se retrouve et qui a été à l’écoute de ceux qui souffrent et qui ont encaissé dans la douleur, durant deux décades, les tortures, les déportations, les humiliations. Depuis, un retour organisé et digne a permis à 24 536 de nos compatriotes soit 5 817 familles de regagner la mère patrie. Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a tenu personnellement à accueillir le dernier contingent de nos déportés au Sénégal, le 25 mars dernier à Rosso marquant ainsi la clôture de l’opération de rapatriement de nos réfugiés. Et le Haut commissaire de Nations unies chargé des réfugiés et ancien premier ministre du Portugal, Antonio Guterres, présent à cette cérémonie, a raison de dire que par son règlement définitif du dossier du passif humanitaire le Président Mohamed Ould Abdel Aziz offre aujourd’hui l’occasion pour la Mauritanie de s’ériger en exemple, d’être fière de sa diversité et d’accroître son rayonnement sur le plan international.
DakarActu : IRA-Mauritanie, le mouvement de Biram Ould Abeid, organisera du 24 au 29 janvier 2013, la "Marche des esclaves" ou "Caravane de la liberté" qui reliera, sur une distance de mille deux cents kilomètres et pendant six jours, la ville de Néma à la Capitale, Nouakchott. Ce problème est toujours posé avec acuité en Mauritanie ?
Mohamed Ould El Kory : En Mauritanie aujourd’hui, chacun peut manifester comme bon lui semble en respectant les lois. Et parmi ces dernières, la Mauritanie vient d’adopter une loi portant répression des crimes d'esclavage et de torture en tant que crimes contre l'humanité. Dès son arrivée au pouvoir, le président Aziz a toujours soutenu et assisté les catégories sociales qui croupissaient dans des situations inhumaines depuis l’avènement de la première république. C’est cette même dynamique, lancée en août 2008, par un homme qui a refusé de manquer à l’appel des laissés pour comptes de Adwabas et des Gazras de Nouakchott et des grandes villes. Ceux-là même qui croupissaient dans des situations inhumaines nées des injustices et des souffrances de plusieurs décades. Et ce sont principalement des anciens esclaves qui ont bénéficié après lotissement des distributions des parcelles et des divers programmes destinés aux pauvres. Le Président de la République s’est lui-même déplacé, à plusieurs reprises, dans le Triangle de la pauvreté dans l’Aftout où les villages haratines étaient délaissés par toute la communauté nationale. Il a eu à inaugurer plusieurs programmes sociaux de base. Récemment, il a donné le feu vert au démarrage des travaux de la construction de la route El Ghayra-Barkéoel-Esswata. 271 kilomètres de routes bitumées désenclaveront tous les villages haratines de l’Aftout Oriental (Vrei Imijij, Tourey 1, Tourey 2, Barkéoel, Esswata, El Vet’h, Benar, Tadioukel, Male, El Jedida, Bofal, Boulehrath 1, Boulehrath 2, Koumben, R'dheydii, Bathet Tmedek, El Mebrouk… ). Sans lobbying des chefs de tribus ou des groupes de pression régionaux, ce projet est celui d’un dirigeant bien déterminé dans sa volonté d’édification d’une Mauritanie nouvelle empreinte de justice, de liberté et d’équité et où tous les citoyens jouissent de la prospérité. Oui, il existe toujours des séquelles de l’esclavage et je suis pour la création d’une agence nationale d’Eradication des Séquelles de l’Esclavage. Aujourd’hui, on pourrait évoquer une discrimination positive qui puisse aider à éradiquer définitivement celles-ci. Celle-ci se matérialise dans les plus hautes fonctions de l’Etat. En plus de leur mérite et de leur compétence, nous avons aujourd’hui plusieurs ministres du gouvernement de la République, issus de cette catégorie sociale, dont deux ministres de souveraineté .Nous avons un président de l’assemblée nationale, qui, bien qu’ayant que 4 députés issus de son parti s’est retrouvé à la tête de la chambre basse du parlement. C’est contre toute logique démocratique mais c’est de la discrimination positive. Ajoutez-y le président du conseil économique et social, le président du conseil constitutionnel, plusieurs gouverneurs et préfets… Je suis moi-même honoré de militer dans un parti politique, l’Union Pour la République, dont le secrétaire général est Oumar Ould Maatala et ma fédérale pour Nouakchott est Salka Mint Bilal Ould Yamar.
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Interview d'Ibrahima Moctar SARR (1ère Partie)

Merci monsieur le président de nous avoir accordé cette interview. Actualité oblige, Il y a un an le jeune Lamine Mangane tombait sous les balles assassines d’un ou des éléments de la Gendarmerie nationale. Cet assassinat avait été invoqué par le parti pour justifier la suspension de ses activités de la CPM (Coalition des partis de la Majorité), et plus tard, sa sortie. Avez-vous réponse à votre exigence de lumière sur cette question de la part du pouvoir ?

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Interview de l'ambassadeur Ould Sidaty Sidi Mohamed

Ambassadeur de la Mauritanie en Côte d’Ivoire depuis 2007, SEM. Ould Sidaty Sidi Mohamed est un diplomate passionné par la recherche. Ses réflexions relatives à l’activité diplomatique ont donné naissance à Mémento des relations diplomatiques (L’Harmattan), son tout premier livre objet de l’entretien. « Un ambassadeur ne se mêle pas des affaires intérieures d’un pays »

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Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi parle de la tribu, de l’opposition et du parti

Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi parle de la tribu, de l’opposition et du parti (entretien) Chef traditionnel, figure politique emblématique de l’Assaba, Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi se confie à Kiffainfo.net. Il parle de sa vision pour la tribu, s’explique sur la crise politique actuelle, fait une analyse des conflits locaux de son parti et livre son point de vue sur la gestion de Mohamed Ould Abdel Aziz des affaires du pays.

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