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Ebola en RDC : l’OMS et de grandes ONG au centre d’un scandale sexuel

Lors d'une campagne de vacination contre Ebola, à Béni, en juillet 2019.

Des agents de l’Organisation mondiale de la santé et de plusieurs ONG sont accusés d’abus sexuels à l’encontre de plusieurs dizaines de femmes, dans une enquête réalisée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters.

« S’ils voulaient vraiment aider les gens, ils l’auraient fait sans condition. Au lieu de ça, ils ont détruit nos vies. » Meurtrie, la jeune femme, âgée de 24 ans, est l’une des 51 qui ont été interrogées en juillet et août dernier à Béni, épicentre de l’épidémie d’Ebola en RDC. Chantage sexuel à l’embauche, agressions sexuelles, séquestrations… Les témoignages rassemblés dans l’enquête réalisée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters sont accablants. Ils racontent comment, entre 2018 et 2019, des dizaines de femmes auraient été victimes d’abus commis par des travailleurs humanitaires engagés dans l’est du Congo dans le cadre de la riposte à l’épidémie d’Ebola.

Quelques jours seulement après les critiques émises par le Groupe d’étude sur le Congo sur la gestion de la riposte par la communauté internationale, accusée de négliger les systèmes de santé locaux et d’instaurer un système parallèle  « dans la même logique raciste qui a historiquement nié la reconnaissance des systèmes de savoir et de pratique noirs et africains », c’est un nouveau coup dur pour les acteurs humanitaires.

Les accusations des victimes, pour une bonne partie étayée par d’autres salariés des agences humanitaires concernées, vise des agents de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais aussi d’ONG. Sur les 30 femmes qui se disent victimes de ces sévices, cinq l’auraient été de travailleurs de World Vision, trois de l’UNICEF et deux d’Alima. Par ailleurs, des victimes citées dans le rapport affirment avoir été abusées par des hommes se présentant comme des salariés de Médecins sans frontière, Oxfam et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

« Bien que les femmes ne connaissent pas toutes les nationalités des hommes qu’elles accusent, elles affirment que certains viennent de Belgique, du Burkina Faso, du Canada, de France, de Guinée et de Côte d’Ivoire » écrivent les auteurs de l’enquête. Selon les enquêteurs de The New Humanitarian et de la Fondation Thomson Reuters, beaucoup d’entre-elles ont déclaré que « les employés congolais impliqués dans la crise étaient plus susceptibles d’exiger des pots-de-vin en échange de travail plutôt que des rapports sexuels ».

L’OMS annonce une enquête

Face à ces accusations, l’OMS a annoncé l’ouverture d’une enquête. « Nous ne tolérons aucun comportement de ce type parmi nos employés, nos sous-traitants ou nos partenaires », insiste l’agence onusienne dans un communiqué diffusé quelques heures seulement avant que le rapport n’ait été rendu public, mercredi 29 septembre dans la soirée. Alima et World Vision ont, également annoncé l’ouverture d’enquêtes internes.

Cité dans le rapport, le ministre Congolais de la Santé, Eteni Longondo, a assuré n’avoir reçu aucun rapport faisant état de ces abus, mais « demande à toute femme qui s’est vu demander ce genre de services d’abus et d’exploitation sexuels de dénoncer leurs auteurs, car ce n’est pas permis au Congo ». le ministre de la Santé a par ailleurs assuré que « si l’une des personnes concernées par cette affaire est un travailleur de la santé, je m’en occuperai personnellement ».

« Certaines ont affirmé qu’on leur avait servi des boissons, d’autres auraient été piégées dans des bureaux et des hôpitaux, et certaines auraient été enfermées dans des pièces par des hommes qui leur auraient promis du travail ou les auraient menacées de les renvoyer si elles n’obéissaient pas », lit-on dans le rapport. L’un d’entre-elle affirme s’être vu proposer de l’argent en échange de faveurs sexuelle par un homme disant travailler pour l’OMS, et par un autre affirmant travailler pour l’Unicef.

Un « passeport pour l’emploi »

Plusieurs affirment avoir été approchées dans les centres de recrutement des différentes agences humanitaires ou même dans les supermarchés de Béni. Les hommes leur proposait alors un travail en échange de rapports sexuel. La pratique aurait été si courante que l’une des femmes citées par l’enquête évoque un « passeport pour l’emploi ».

Chantage au moment de l’embauche, chantage également pour conserver son emploi. Une jeune femme de 25 ans, femme de ménage pour l’OMS, raconte ainsi avoir été sexuellement agressée en 2018 par un médecin avec qui elle avait rendez-vous pour parler d’une promotion. « Il a fermé la porte et m’a dit : “Il y a une condition. Il faut qu’on fasse l’amour tout de suite”, raconte la jeune femme. Il a commencé à me déshabiller. J’ai reculé, mais il s’est jeté sur moi et a continué à m’arracher mes vêtements. Je me suis mise à pleurer et je lui ai dit d’arrêter… Mais il ne s’est pas arrêté. Alors j’ai ouvert la porte et je suis sortie en courant. »

Les témoignages de ces femmes ont été étayés par plusieurs chauffeurs. L’un d’entre-eux évoque une pratique courante : « La majorité d’entre nous, chauffeurs, conduisait des hommes ou leurs victimes à l’hôtel [les noms les plus couramment cités par les victimes présumées étaient l’Okapi Palace et l’Hotel Beni, NDLR] pour des arrangements sexuels de ce genre. C’était si régulier que c’était comme si on allait faire des courses au supermarché. »

Si ces femmes ont témoigné sous couvert d’anonymat, « beaucoup connaissaient les noms des hommes » qui les ont agressées ou ont fait pression sur elles. L’une d’entre-elles, qui a déclaré avoir été forcée à avoir un rapport sexuel avec un agent de l’OMS, a même affirmé : « Parmi les femmes que je connais qui travaillaient dans la lutte contre l’épidémie, je n’en connais aucune qui n’ait rien eu à offrir. »

Source : Jeune Afrique.com