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Congrès de l’UPR : La situation est-elle sous contrôle ?

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Le congrès de l’Union Pour la République (UPR), principal parti de la majorité présidentielle, a pris fin, le 29 Décembre 2019, par l’élection – désignation ? –  d’un nouveau président. Tenu dans la précipitation, il  devait surtout consacrer la reprise en  main de la situation par le nouveau locataire du Palais gris, Mohamed Cheikh El Ghazwani, pour ne pas le nommer. A l’arrivée, les congressistes ont de fait plébiscité son candidat, sorti des eaux troubles de la SNDE, et mis en place un bureau exécutif et un conseil national. L’homme bénéficie  d’une bonne réputation :  propre, intègre et bosseur.

Si le CN a servi de fourre-tout -335 membres-, le choix  des  vice-présidents  et  des membres du BE n’a, par contre,  pas manqué de faire des mécontents qui dénoncent un déséquilibre criant dans la représentativité régionale et départementale. Autre fait, l’entrée en force des nationalistes arabes (nassériens et baathistes) au sein des organes exécutifs du parti alors que les observateurs s’attendaient à un clin d’œil aux islamistes dont  beaucoup avaient choisi de soutenir Ould Ghazwani, d’autant plus que le centre de formation de leur idéologue Ould Dedew vient d’être rouvert, un signe « indirect » à l’endroit  et du  Qatar et  de la Turquie, des pays où le guide islamiste disposerait de sérieuses entrées.

Si le congrès de l’UPR a conforté Ould Ghazwani en lui octroyant une légitimité supplémentaire, il laisse comme un goût d’inachevé. Quelques jours après sa clôture, des mécontents dénoncent la manière dont ont été mandatés les membres des différentes instances du parti. Certains déclarent que ces membres n’ont, en fait, pas été élus mais simplement cooptés. Des proches du président Ghazwani, dont son directeur  de cabinet, auraient été  au cœur de la manœuvre. À quel prix ? On le saura sous peu. Mais il est probable qu’Ould Abdel Aziz ne manquera pas de tenter d’exploiter les manquements de ce conclave.

Épilogue d’un bras de fer ?

On n’oublie pas que l’ex-chef d’état-major des armées, éphémère ministre de la Défense et compagnon de l’ex-Président a été vite confronté à une  « contestation », voire entreprise de « déstabilisation » de son prédécesseur,  suspecté de vouloir  continuer à tirer les ficelles du pouvoir après l’avoir quitté trois mois plus tôt. Ghazwani que nombre de Mauritaniens jugeaient soldat Medvedev à la solde de son prédécesseur Poutine mauritanien se devait de reprendre la main, alors qu’on commençait à mettre en doute ses capacités de présider aux destinées de la République. La réponse fournie par  Hanana, son ministre de la Défense, à l’Assemblée Nationale : « la situation est sous contrôle » ; tendait à révéler la gravité de la situation née de la tentative d’Ould Abdel Aziz à « contrôler »  et  éventuellement « user de l’UPR » dans l’objectif un peu plus tard prétendu de « sauver la démocratie mauritanienne » que son successeur s’évertuait à  saborder,  en  violation flagrante  de la Constitution qui interdit au président de la République de présider un parti politique. Ces divergences politiques  apparues entre les deux frères et amis de quarante ans,  seulement trois mois après une tranquille passation de témoin, sont venus polluer les festivités de l’Indépendance avec le limogeage du patron du Groupement de la sécurité présidentielle, placé  à ce poste stratégique par l’ex-président, quelques temps avant son départ  des affaires. Des purges suivront au sein de ce corps d’élite lourdement armé et doté de moyens logistiques. Rien de plus normal, dira cependant en substance le président Ghazwani, dans une interview accordée à un journal français, qu’un nouveau pouvoir place ses hommes de confiance. Manière supplémentaire de reprendre la main…

La bataille autour de l’UPR aura été le premier test grandeur nature pour le président Ghazwani qui réussit à rallier à sa cause l’écrasante majorité des instances de ce parti, d’autres issus de l’opposition, des initiatives diverses et autres personnalités indépendantes. Même la Grande Muette a gardé un « silence complice » dans le combat entre ses anciens patrons. Une victoire que le congrès de l’UPR est venu conforter, isolant davantage son prédécesseur et aujourd’hui principal opposant, si l’on en croit les propos de ses récentes déclarations à la presse. Ould Abdel Aziz ne s’avoue pas vaincu ; réussira-t-il à renaître de ses « réalisations » comme le Sphinx de ses cendres ? En a-t-il les moyens ? Wait and see! Observé  à la loupe, le tombeur de Sidioca serait à la manœuvre  pour «  récupérer » un des partis politiques qu’il mit en place en 2009,  pour en faire son cheval de bataille. Lui et ceux qui lui sont encore fidèles mèneraient des contacts au sein du landerneau politique de la majorité pour allier les égarés et mécontents de l’UPR. L’homme a des moyens financiers. Assez pour conquérir, au-delà, une part notable de l’opposition « traditionnelle » qui se retrouverait ainsi le dindon de l’éventuelle farce jouée par les deux ex-généraux secrètement comparses ?

DL

Source : le calame.info (Mauritanie)