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Prisonniers de la guerre du Sahara : 44 ans d’oubli et de galère

« Nous n’avons bénéficié d’aucune attention, d’aucun geste de reconnaissance de l’Etat mauritanien pour les épreuves et sacrifices que nous avons endurés et consentis pour notre pays », écrivent les ex prisonniers.

Cela fait 44 ans que la guerre du Sahara occidental est dernière nous. Avec ses morts, ses larmes, ses veuves et orphelins. Mais aussi ses rescapés, prisonniers de guerre, qui se plaignent d’avoir été oubliés de l’armée et donc  de la  République. Ils ont combattu pour défendre l’intégrité du territoire lors de cette guerre  des sables. ‘’Mon mari est rentré d’Alger malade, après avoir subi une opération suite à des tortures dans une prison d’Alger. Il subira une deuxième opération à son retour au pays avant de succomber, me laissant, entre les bras, 11 enfants dont 4 handicapés, et une pension de 6000 UM’’, raconte au bord des larmes, N. Komé, épouse d’un ancien gendarme, prisonnier de guerre. Elle faisait partie d’un groupe  d’ex prisonniers de guerre, compagnons d’infortune de son défunt mari, venus, ce lundi matin, 25 novembre 2019, au Calame pour plaider leur cause. ‘’Voila 44 ans que nous courrons derrière l’état-major de l’armée et le ministère de la Défense pour réclamer, d’abord une reconnaissance de notre statut de prisonniers de guerre, ensuite pour obtenir les droits qu’il confère’’, raconte N’Dongo Amadou Ibra, président de cette association qui tente de se faire reconnaître par les autorités compétentes ; ‘’nous avons adressé une correspondance à ces autorités (N° 1215 en date du 22/8/2017) mais elle reste bloquée au niveau de la Défense’’, regrette M. N’Dongo.

Ces compagnons d’infortune se plaignent d’avoir été oubliés par l’Etat. « A notre retour, nous n’avons pas eu la récompense que nous méritons, pas de médailles d’honneur, pas de motivations ou de gratifications, pas d’augmentations de salaires, pas de prêts bancaires, pas de terrains à usage d’habitation,  même pas de réconfort moral…’’, tonnent les ex bagnards de Tindouf et d’Alger  qui racontent avoir  subi des travaux forcés et des tortures à Alger, à Tindouf et au Sahara. « Si ce n’étaient ces hommes, les combattants du Polisario auraient pris leur quartier à Rosso », affirme N. Kone.

Durant leur captivité, ces prisonniers de guerre, environ 700 personnes dont trois ont laissé leur vie en Algérie, sans que leur dépouille soient rapatriées, les familles percevaient une partie de leur traitement mensuel, très dérisoire, à l’époque. L’autre partie est gardée par l’armée en cas de retour  du prisonnier. Le soldat Diallo Abou, revenu sur un fauteuil roulant mendie aujourd’hui pour faire vivre sa famille ;  il a une pension de retraite de 3000 UM. ‘’Parce que nous n’avons pas bénéficié de revalorisation de nos salaires, nos enfants n’ont pas pu aller à l’école ; plus grave, certains comme le président de l’Association, M. Dongo  a été déporté au Sénégal pendant les évènements de 1989’’, déclare-t-il.

Aujourd’hui, les ex prisonniers de guerre s’interrogent sur ce qui ressemble à une politique de deux poids, deux mesures. ‘’Les pouvoirs publics ont remonté l’histoire pour rendre hommage aux combattants tombés lors de bataille d’Oum Tounsy contre les colons et qui date de près d’un siècle, alors que nous qui avons combattu en 75 -78, nous ne méritons pas la reconnaissance de l’Etat. Ce n’est pas juste’’, protestent nos visiteurs. Contrairement à d’autres militaires, les prisonniers de la guerre du Sahara tirent aujourd’hui le diable par la queue. Quelques uns ont pu décrocher des postes auprès de ce qu’on appelle des sociétés de gardiennage ou de sécurité, avec des traitements de misère, explique l’un des rescapés.

Les ex prisonniers de la guerre du Sahara ne réclament donc que justice dans leur correspondance adressée au gouvernement. Ils ont passé 5 ans dans les prisons  algériennes (Béchar, Blida, Boughar…) pour avoir défendu l’intégrité de leur territoire. Ils rêvent d’un Etat de droit, garant de la justice et de l’égalité depuis 1981. Certains trainent des handicaps pour le restant de  leur vie. Et au moment où ils quittaient le drapeau, presque tous leurs traitements oscillaient entre 3000 et 6000 Um. Une misère, même à l’époque!

Signalons que de nombreux soldats mauritaniens ont été faits prisonniers, lors des attaques  très meurtrières  d’Ain-Bintili (102) et  de la Guera. Les rescapés ont regagné leur pays à partir de 1981.

Source : lecalame.info (Mauritanie)