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Présidentielle en Mauritanie : comment Mohamed Ould Abdelaziz veut garder la main

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Présidentielle en Mauritanie : comment Mohamed Ould Abdelaziz veut garder la main

Jeune Afrique - À quelques heures de la fin de la campagne présidentielle mauritanienne, le président sortant Mohamed Ould Abdelaziz a déclaré que rien, dans la Constitution, ne l'interdisait de se représenter à de futures élections. Cette annonce fait suite aux propos tenus par le porte-parole du « dauphin » Mohamed Ould Ghazouani, qui soutenait le contraire.

L’heure n’était pas au discours de fin de règne. Dans la soirée du 20 juin, à quelques heures de la fin de la campagne présidentielle mauritanienne, Mohamed Ould Abdelaziz n’a pas fait ses adieux, pas plus qu’il n’a dit au revoir.

« Je sais que rien ne m’interdit de pouvoir me représenter, a déclaré le chef de l’État mauritanien lors d’une conférence de presse. La Constitution est claire (…) Il est interdit à un président de se représenter une deuxième fois. Mais quand je quitterai la présidence, je ne serai plus président.

Et en ce qui me concerne, je ne sais pas ce qui va advenir de l’avenir. » L’article 28 de la Constitution, qui avait été amendée en 2006, stipule que « le président de la République est rééligible une seule fois », sans plus de précisions.

De retour en 2024 ?

Ce n’est pas la première fois qu’« Aziz » n’exclut pas de revenir au pouvoir en 2024. Sauf que cette fois, ce message très ferme ne s’adressait pas aux Mauritaniens, mais à son propre camp. Les propos tenus le 19 juin sur RFI par Sidi Ould Domane, porte-parole du « dauphin » Mohamed Ould Ghazouani, dans lesquels il assurait qu’Aziz ne pouvait pas « revenir au pouvoir, point à la ligne », ont ulcéré le président. Lequel a convoqué une conférence de presse dans la foulée.

« Pour nous, il n’y a aucun doute qu’il puisse revenir mais s’il doit y avoir discussion, elle doit être tranchée par le Conseil constitutionnel ! réagit un de ses proches. De plus, il est très surprenant que ces propos viennent du porte-parole du candidat, qui reprend les thèses de l’opposition la plus radicale. Dans un état d’esprit de courtisans, ils veulent l’enterrer le plus vite possible. »

L’opposition, quant à elle, est indignée mais qu’à moitié surprise. « Cela prouve que les entourages respectifs des uns et des autres ne se font pas confiance, réagit Lo Gourmo, premier vice-président de l’Union des forces de progrès (UFP), dirigé par le candidat Mohamed Ould Maouloud. Aziz a du mal à accepter son sort constitutionnel, à savoir un départ définitif.

Cette posture de chef suprême est extrêmement maladroite. Si demain Ghazouani arrive au pouvoir, il donnera l’impression d’avoir été parrainé. »

L’ombre d’Aziz

Durant la campagne, Mohamed Ould Abdelaziz n’a jamais cessé d’être présent, bien que les affiches le plaçant aux côtés de Mohamed Ould Ghazouani ont peu à peu disparu de Nouakchott, pour laisser le candidat en pleine lumière.

Lors du lancement de la campagne, le 7 juin, le président a rejoint son ami à Nouadhibou (Nord-Ouest). L’ex-chef d’état-major a fait un discours à son image, poli et réservé, dans lequel il l’a remercié. Aziz a ensuite repris la parole. « Je vais vous dire, ce qu’il ne peut pas vous dire ! », a-t-il lancé, avant de vilipender ceux qui ont « pillé le pays » et qui sont « encore là, en campagne ».

« Le tout premier discours de Ghazouani, prononcé lors de son investiture, marquait une rupture, réagit le candidat Kane Hamidou Baba, à la tête de la coalition « Vivre ensemble ». Aziz a ensuite repris en main la campagne. Si l’un coule, l’autre coule, ça en dit long sur le destin des deux hommes. »

Puis, Aziz est intervenu dans la nomination des membres de l’équipe de campagne, dirigée par Niang Djibril Hamadi, le patron du port de Nouakchott. Parmi les ministres qui l’ont rejoint, deux sont très puissants et proches du « chef » : Mohamed Abdel Vetah (Pétrole), à la tête de la commission financière et Moctar Ould Diay (Économie et Finances), qui dirige la logistique. Mise en place très tardivement, cette équipe serait en proie à des luttes d’influence.

« Certains souhaitent créer les conditions d’une brouille entre Ghazouani et Aziz, considérant qu’il faut absolument se séparer de ce dernier, glisse-t-on dans le premier cercle présidentiel. Mais il ne se passera rien ! » Le 19 juin, Aziz a profité d’un déplacement à Rosso pour dire aux Mauritaniens de voter Ghazouani au scrutin du 22 juin. Une demande reformulée de ses vœux jeudi soir.

Par Justine Spiegel - envoyée spéciale à Nouakchott
Source : Jeune Afrique