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Autour d’un thé : Après moi, le déluge !

Autour d’un thé : Après moi, le déluge

Le Calame - Les candidats ont fini de dire aux citoyens ce qu’ils avaient à dire pour les convaincre de les choisir à leur tête. Que vont-ils donc encore pouvoir leur baragouiner, durant la campagne présidentielle ?

Avec quel argent vont-ils encore pouvoir rouler, après en avoir tant dépensé, en ce lancement pré-électoral ? La Commission électorale nationale indépendante qui semble surtout « s’occuper d’elle-même » ne pipe mot. Le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation pas plus. La Présidence encore moins, occupée qu’elle est à faire « couper » les députés, les maires, les oulémas.

A bien les faire manger, sur le compte des contribuables. Hum, c’est bon et à leur faire dire, clairement, que si ça ne va pas, ça n’ira pas ou que, pire, ce sera le chaos. La fin du Monde. L’Apocalypse.

Ce sera mon alter ego ou rien. Sans moi ni lui qui n’est, en fait, que moi ou une partie de moi, ce sera la catastrophe. Alors, chers députés, chers maires, chers oulémas : mangez, buvez, dispersez-vous mais ne laissez nulle place, nul coin où quelqu’un ne passe ou repasse, sans expliquer que l’enfer, le néant, la peste, la catastrophe, ce sont les autres !

Dès qu’on aura fait la fête, les députés, les maires, les oulémas retourneront le pays de ci, de là, en tous sens, si bien qu’au bout de la campagne, ils en rapporteront davantage de votes, de fraudes et de mensonges .Ha !Que le Président fut sage de les instruire, avant son départ, que la seule garantie, c’est son choix à lui ! Coupe de ta lèvre et fais-lui avaler : c’est un peu comme ça que procèdent nos autorités qui sont, soit dit au passage, très gentilles avec l’argent du peuple. Me voilà obligé de revenir très loin, pour expliquer une chose pourtant très simple.

Chaque année, l’Etat distribue des centaines de billets gratuits pour la Mecque. Chaque département en dispose d’un certain nombre ; après, c’est selon que vous êtes puissants ou misérables. Tirage au sort, pour désigner les heureux élus ?

Dans la cagnotte, c’est tout le monde mélangé : ministre, secrétaire général, planton, secrétaire et autres gros responsables, directeurs centraux, chargés de mission et conseillers… Pour un ou deux billets SVP ! Résultat : rien. Ha ! Ce n’est pas joli-joli, pour de hauts responsables, que de chercher à grignoter l’argent public, via un billet qu’une de leurs indues indemnités pouvait acheter ! C’est quoi, vingt mille euros, pour ces gens-là ? Surtout quand on n’a en a pas besoin et qu’ils peuvent bien servir ailleurs, quelque part dans les kebbas où les citoyens meurent de faim, de maladie et de soif. Justement, c’est ce qui nous manque, cette capacité à dire : « ça, je n’en ai pas besoin ».

Que nos walis, hakems, commissaires de police, maires et autres annoncent qu’ils n’ont pas besoin de la viande de « Saoudiya » et qu’il faut la laisser aux autres ! Que nos notables, imams, responsables du ministère des Affaires islamiques lancent, haut et fort, qu’ils n’ont pas besoin de produits pour rompre le jeûne, qu’ils ont déjà largement ce leur qu’il faut et qu’il faut les laisser aux autres ! Que les généraux, colonels, administrateurs, hommes d’affaires, femmes influentes, déclarent qu’ils n’ont besoin ni de gazra ni de terrain de l’Agence du développement urbain et qu’il faut les laisser aux autres ! Il faut savoir refuser ce dont on n’a pas besoin. SVP.

Un ministre qui descend avec une rame de papier sous l’aisselle, trois carnets de gasoil, se fait réformer une vieille voiture de marque chinoise ou ne « dépasse » pas une chaise, un photocopieur, une agrafeuse... C’est ça qui a « tué » la Mauritanie.

Les ministres du gouvernement ne doivent pas oublier qu’ils sont en Ramadan. Dans trois semaines, ce sera juste le début de la campagne. Cela va coïncider, semble-t-il, avec le recrutement de plus de deux mille sept cents nouveaux fonctionnaires. En tout cas, le mois béni du Ramadan « n’aime pas le mensonge ».

Tout le contraire d’une campagne électorale où tout est permis. Maintenant, trois semaines, ce n’est pas beaucoup. Et celui qui se cache derrière les jours est nu. Salut.

Sneiba El Kory
Source : Le Calame (Mauritanie)