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Dans les rues, les Algériens mitigés après les annonces de la présidence

Après l’annonce du report des élections en Algérie, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre d’Alger lundi 11 mars au soir. Si l’ambiance était à la fête, les avis sur cette décision sont très mitigés, voire pas satisfaits du tout. Une méfiance qu’on retrouve aussi en France, auprès de la diaspora algérienne.

« Il ne faut pas maintenant qu’ils nous disent qu’ils amènent quelqu’un de provisoire, et que le président, c’est fini, il n’est pas candidat et point final. Comment ça ? Les autres ils ne sont pas virés ? Ils doivent tous partir. Ouyahia, il faut qu’il rende des comptes. Les hommes de l’ombre qu’on ne connait pas, nous devons leur demander des comptes pour ce qu’ils ont fait pendant ces 10, 15 dernières années. Le président ne savait pas ce qu’il se passait. Ils l’ont utilisé. Alors que nous, nous allons en prison pour la moindre petite chose. Eux aussi doivent rendre des comptes. » Si tous les Algériens ne sont pas aussi remontés que cet homme, ils sont tout de même nombreux à estimer ce lundi que l’annonce de la présidence n’est pas suffisante.

« Nous demandons la chute du régime et nous demandons des comptes » appuie cet autre homme. Il retournera manifester cette semaine et cette fois « ça ne sera pas pacifique ». Sa crainte ? Que les autorités « nous ramènent un mini-Bouteflika ». Un autre, qui s’affiche « contre le système et pas contre le président » entend manifester « jusqu’à ce que le pays soit bien ».

D’autres, présents dans la rue ce soir, ne veulent pas entendre parler d’un report du vote. Ils souhaitent « qu’ils s’en aillent maintenant ». Afin d’empêcher les autorités de monter « un complot et qu’ensuite on le paye cher ».

« Toujours contre » un régime qui a « condamné 20 ans » les Algériens, cette Algéroise se montre « contente » mais ne croit pas à ce qu’elle qualifie de « pièce théâtrale politique », puisque le clan du président est toujours en place.

Une annonce à minima

Il faut dire que l'annonce du président ne dit rien sur son éventuel départ. Certes, il n’est plus question de 5e mandat, mais les propositions de cette lettre sont similaires à celles faites lors du dépôt de candidature du président le 3 mars. Pire, cette fois, en annulant l’élection, le président supprime la condition qui était celle de sa réelection.

Non seulement cette proposition n’entre pas dans le cadre de ce qui est prévu par la Constitution algérienne, mais surtout, pour les Algériens, elle ne correspond pas à leur besoin de changement à la tête de l'Etat. D'autant moins que nommer Nourredine Bedoui et Ramtane Lamara à la tête du nouveau gouvernement est plutôt un signe de continuité.

Ramtane Lamamra, 66 ans, est un diplomate de carrière, proche d'Abdelaziz Bouteflika. Sorti de l’Ena, il a été au service de presse de la Présidence de la République avant d’être ambassadeur, puis ministre des Affaires étrangères de 2013 à 2015. Nourredine Bedoui, 62 ans, est issu de l’administration algérienne. Plusieurs fois wali, c’est à dire préfet, il est ministre depuis septembre 2013, d’abord à la Formation professionnelle puis à l’Intérieur.

Nourredine Bedoui et Ramtane Lamamra nommés à la tête du gouvernement

12-03-2019 - Par Leïla Beratto

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Un homme à la voix souriante nuance : l’annonce d’Abdelaziz Bouteflika est tout de même « un bon début », même s’il « aimerait avoir plus ». Pour lui « c’est le début de la fête, car la victoire n’est pas loin inch’Allah ». « C’est une petite bataille qu’on a gagnée et on verra par la suite », conclut, philosophe, ce jeune homme.

« C’est tout un système qu’il faut changer »

De l’autre côté de la méditerranée, sur la Canebière, pas d’effusions de joie ou de klaxons ce lundi soir, juste une satisfaction toute en retenue, constate notre correspondant à Marseille, Stéphane Burgatt. Samir salue l’avancée du jour, mais « le problème c’est pas Bouteflika, c’est le régime en place, c’est tout un système qu’il faut changer ».

Fataliste, Mohammed s’attend, lui, « toujours au pire, parce que le président qui va venir ne va pas être mieux que Bouteflika. Ça sera toujours comme ça ». Pour Lila, qui suit la situation en Algérie grâce aux chaines de télévision locales et aux réseaux sociaux, le retrait de la candidature est une manœuvre : « Il reste là. Il reste là sauf qu’il saute le scrutin ». Alors, comme les autres, elle compte bien continuer de manifester, pour réclamer une nouvelle République.


■ Enthousiasme mesuré aussi sur les réseaux sociaux

Sur la Toile, c'est un peu la gueule de bois ce mardi matin après l'euphorie d'hier soir. « J'ai d'abord sauté de joie, écrit ainsi une Algérienne sur sa page Facebook, mais ce que j'apprends ensuite me donne froid dans le dos », poursuit cette enseignante à la retraite. Il y a aussi cet ingénieur en travaux publics qui appelle à la « vigilance ». Son Analyse de ce qui vient d'être annoncé : « Un subterfuge » pour « obtenir une année supplémentaire pour organiser la réincarnation du pouvoir mafieux ».

Dans un tweet, l'ex-diplomate et ancien ministre de la Culture, Abdelaziz Rahabi va même plus loin. Il affirme que « le président Bouteflika se moque du peuple ». « Son acharnement à rester au pouvoir (...) est un danger pour la stabilité de l'Etat et l'unité du pays », analyse cet opposant.

Résultat sur les réseaux sociaux, les appels à la mobilisation ont très vite repris. Appel à manifester dès jeudi contre ce 4e mandat et demi, 4e mandat et plus, disent les internautes. A l'image de ce tweet d'un ex-candidat à la présidentielle de 2014 : « La première partie est gagnée », estime Soufiane Djilali, mais « il ne faut pas arrêter la mobilisation de la rue. Il n'est pas question que la présidence actuelle se prolonge jusqu'à la fin de 2019. Aucune confiance ». Autre message se propage sur la Toile : « Non à l'arnaque du peuple, rendez-vous le 15 mars » pour un quatrième vendredi consécutif de manifestations.

Source : RFI