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Élections générales : Rien n'a vraiment changé

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Élections générales : Rien n'a vraiment changé

L’UPR avait la mainmise sur le Parlement en 2013. Malgré la participation de l’Opposition en 2018, rien n’a véritablement changé et le pouvoir conserve une majorité écrasante dans la future Assemblée.

Les lampions se sont éteints sur les dernières consultations décidées par le pouvoir en place qui avait convoqué le 21 juin 2018 le collège électoral pour l’élection des 157 députés, des 13 conseils régionaux et des 219 conseils municipaux. Des élections qui interviennent après la dissolution contestée du Sénat et la polémique juridique qui s’en est suivie à l’issue du référendum d’août 2017.

Au cours de ces dernières élections ont participé 98 partis politiques mais elles étaient vivement critiquées depuis le début par l’Opposition démocratique interdite de participation à la Commission électorale nationale indépendante, mise en place en mai 2018.

La suite aura donné raison à l’Opposition eu égard à la gestion alambiquée des élections par la Ceni confrontée à l’organisation d’élections où 1.400.663 électeurs devaient se prononcer sur 5 scrutins en même temps.

Composée de 11 membres représentant les partis de la majorité et des opposants ayant participé au dialogue « inclusif » de septembre 2017, les membres de la Ceni avaient été choisis sur des critères discutables en raison, pour la plupart, de leur proximité familiale avec les chefs de partis concernés.

Mais l’opposition souvent critiquée pour son boycott des élections tant que des garanties ne lui étaient pas offertes avait-elle vraiment le choix de ne pas y participer? Il est permis d’en douter car l’article 20 de la loi 024-2012, adopté en 2012, envoyait à l’échafaud tout parti politique qui boycotterait deux élections successives. Or, après le boycott des élections législatives et municipales de 2013, les partis politiques représentés alors au sein de la Coalition de l’Opposition Démocratique (COD) ont vu l’étau se resserrer contre eux. Seul Tawassoul avait rompu les rangs pour se frayer une place de choix à l’Assemblée et au Sénat en 2013. Cette même menace pesait aussi sur les partis n’ayant pas enregistrés 1% des suffrages exprimés.

Une campagne et des dépouillements abracadabrants

Malgré sa certitude d’avoir enregistré plus d’un million d’électeurs alors que le Ravel concluait à un fichier électoral de 1.400.663 électeurs, l’UPR s’est retrouvée face à un important mécontentement issu de ses choix pour les candidats à la candidature. L’enjeu d’une victoire « sans ambages» dont dépendrait d’ailleurs l’avenir du président sortant, Mohamed Ould Abdelaziz, arrivé à la limite de ses deux mandats constitutionnels en 2019, a suscité une véritable psychose dans cette formation.

Une situation gravissime qui a contraint le président à reprendre son bâton de campagne (comme pour la dissolution du Sénat) dont l’objectif est de maintenir le cordon ombilical que des groupes politiques entretenaient avec lui. Rien qu’à l’idée que le président ne briguerait pas un troisième mandat, ces groupes quoique mécontents cherchaient aussi un éventuel point d’ancrage pour parer à toute hypothèse d’implosion du château UPRien. La descente du président sur le terrain de la campagne avait été perçue comme «une question de vie ou de mort » pour tout le système.

La sérénité des élections de 2013 laissait place, avec la participation de l’opposition traditionnelle, où les accusations les plus acerbes sont lancées de la bouche du président notamment contre le parti Tawassoul où il voyait un adversaire de taille. Sous le couvert fallacieux d’une tournée d’informations dans le pays, le président s’est retrouvé en tête d’une campagne politique dont il reconnaitra, plus tard, dans son interview donnée à la TV, sa licéité eu égard à son intérêt à réaliser « une majorité confortable». Ces couacs langagiers étaient évidemment perçus comme annonciateur d’une nouvelle tentative de sévir contre les opposants au régime comme cela fut le cas au lendemain du très contesté référendum sur les réformes constitutionnelles dans le pays.

A cette ambiance du déjà vécu s’est ajouté un dépouillement qui, quoique justifiable par l’ampleur des opérations, et par les conditions climatiques, a mis en exergue les limites opérationnelles d’une Ceni dont la présidence avait été confiée à un ancien opposant. Les résultats du premier tour ont été effarants avec plus de 500.000 bulletins nuls au premier tour pour les trois scrutins législatif, régional et municipal. Une semaine durant, les résultats livrés au compte-goutte démontraient nonobstant les conditions objectives que la Ceni n’avait ni l’expérience, ni l’expertise pour mener à bien sa mission. Tous ont donc fait avec cette adversité profitable au pouvoir en place.

Beaucoup de bruits pour rien

Au finish, il n’y aura pas eu photo. Le parti au pouvoir a engrangé une majorité écrasante aussi bien à l’Assemblée nationale, avec 89 députés, qu’au niveau des conseils régionaux -exclusivement pour lui- et des municipalités où il en a gagné 162.

Les autres partis n’ont rassemblé que les miettes que l’UPR a bien voulu leur concéder. On ne peut donc parler d’un Tsunami politique. Pire, l’obsession développée contre le parti Tawassoul semble excessive en raison même des résultats qu’il a obtenus. 14 sièges à l’Assemblée alors qu’il en avait 16 dans la précédente législature. Mais si un parti a bien su tirer son épingle du jeu, c’est sans doute l’Union pour la Démocratie et le Progrès (UDP) qui, tous résultats consolidés, se retrouve bien à la seconde force sur la nouvelle arène politique. L’opposition entière n’aura pas pu enregistrer plus de 31 députés alors que les partis de la Majorité font un peu mieux qu’elle.

Aziz : «Vous êtes servis» !

Dans un clin d’œil face à l’insistance de notre confrère Sy Mamadou, lors de son entretien télévisé commentant les résultats des scrutins de septembre, le président Mohamed Abdelaziz s’est voulu rassurant quant à ses intentions de respecter la Constitution en s’interdisant de briguer un troisième mandat que l’opposition qualifie d’une tentation de nouveau coup d’Etat. Mais le président s’est encore illustré dans la virulence du propos contre le parti Tawassoul qu’il accuse de terrorisme.

Sans en préciser l’origine, le président Aziz a accusé les tawassouliens de recevoir de l’aide de l’étranger. La réaction du parti islamiste ne s’est pas faite attendre. Jemil Ould Mansour, figure de proue des islamistes, a rétorqua qu’ils (Tawassoul) sont plus «jaloux de la sécurité et de la quiétude » du pays. Néanmoins, les réponses des islamistes ne semblent pas avoir apaisé la volonté de Ould Abdelaziz d’en découdre avec eux. Le centre de formation des Oulémas, pourtant reconnu par l’Etat, a été assiégé lundi par la police qui en barricade les principales issues. Est-ce le début d’une confrontation ouverte avec les Islamistes ? Ou tout simplement une nouvelle diversion comme cela fut le cas au lendemain du référendum sur la Constitution ? Wait and see !

JD

ENCADRE

Biram élu en prison

Le leader antiesclavagiste, Biram Dah Abeid, arrêté à la veille des élections, a été élu député sur la liste nationale Sawab alors qu’il n’a même pu battre campagne.

Mis sous mandat de dépôt alors que selon ses proches il n’y a jamais eu convocation, ni mandat d’emmener, le leader et opposant remplace un autre élu, l’ex-sénateur Ould Ghadda, élargi quelques jours plus tard.

Upr, une implantation fantaisiste

Les résultats des élections ont mis à nu les prétentions de l’UPR en termes d’adhérents. Avec plus d’un million d’affiliés, l’UPR n’a pas pu faire de ce «réservoir » électoral. Poussée souvent au second tour (9 conseils régionaux) et 108 communes, l’UPR n’en a pas moins perdu des communes symboles.

Outre l’immixtion personnelle du président pour la tirer d’affaire, cette formation est soupçonnée d’avoir bénéficié d’accointances au sein de la Ceni.

70 partis à la trappe dont le premier crée en Mauritanie, le RDU

Les dernières élections ont eu pour conséquence, la dissolution de 70 partis politiques constitués qui n’ont pas atteint la barre des 1% des suffrages exprimés fixée par la loi.

Le plus ancien parti politique sur la scène nationale, le Rassemblement pour la Démocratie et l’Unité est rattrapée par cette loi qui prévoit encore la dissolution de tout parti ayant boycotté deux élections successives.

Ghassem plus populaire que Aziz

Ghassem Ould Bellali revient à la mairie de Nouadhibou. Déjà élu député de Karama, le maire entrant semble plus populaire que le président Aziz dans cette région. Malgré le soutien de l’Opposition dans son élan Tout Sauf l’Upr, Ghassem Ould Bellali a profité de l’absence de la candidature au sein de l’UPR d’un autochtone et du vote des Islamistes en sa faveur.

Son retour malgré le déclin du statut de la Commune ne va pas manquer de susciter une tension politique avec les principaux représentants du parti au Pouvoir. Il est déjà crédité d’une vive diatribe contre certains responsables locaux.

Sava sauve l’UPR face aux islamistes au Hodh El Gharbi

Avec 10 conseillers en 2013, la commune de Sava est passée UPR au premier tour en 2018 s’adjugeant 16 conseilleurs municipaux. Ce succès est expliqué par le consensus autour de son candidat Ahmed Zeidane Ould Ahmed Mahmoud qui aurait rassemblé la majorité des électeurs dans cette commune.

Toujours est-il que n’eut été la rescousse de cette localité avec plus de 5000 inscrits, les députés Ahamdi Ould Hamadi et Abderrahmane Ould Sabbar n’aurait pas été élus. Son apport aurait aussi été déterminant dans la mobilisation en faveur de l’élection au second tour de Khattar Ould Cheikh Ahmed comme président du conseil régional.

Dans la région du Hodh El Gharbi, les islamistes se sont montrés tranchants avec la victoire à Aioun mais aussi à Oum Lahyadh, Benamane, Devae et Agjert. Renversement de tendance, dans cette région, c’est l’UPR qui fait de la résistance face à la montée islamiste.

UDP tire son épingle du jeu

Avec plus de dix communes et six députés, l’Union pour la Démocratie et l’Unité s’impose comme la seconde force politique, après le parti au Pouvoir.

L’UDP doit ce score au charisme de sa présidente, Naha Mint Mouknass, élue députée, mais aussi à l’engouement des mauritaniens à cette formation. Seul hic, cette formation n’a pas présenté de candidature à la commune de Nouadhibou, région de sa présidente. Son candidat à Chami aurait bien pu faire l’affaire dans la capitale économique au lieu de Chami. L’UDP semble par contre bien adoptée par la vallée où elle fait toujours des scores honorables.

Et Aziz créa les conditions du 3ème mandat !

Malgré ces assurances à ne point briguer le suffrage des mauritaniens, le président Aziz semble avoir créé les conditions d’une réforme parlementaire. Mais apparemment (si on le croit) ce ne sera pas pour déverrouiller ni la durée, ni la limitation des mandats présidentiels. Il a refusé de lâcher le morceau même si les supputations vont bon train pour dire qu’il échafaude « une solution » qui lui permette de rester dans l’escarcelle après l’élection du futur président. Un autre plan «B» bien ruminé avec certains de ses «disciples » actuels.

Conseils régionaux : en attendant les six régions

Le pouvoir en place n’avait certainement pas l’intention de lâcher du lest s’agissant des nouveaux conseils régionaux qui remplacent depuis le référendum constitutionnel organisé le 5 août 2017 le Sénat.

Le vote d’une loi organique en janvier dernier, une loi organique a décidé de créer six régions administratives.

1. Hodh El Gharbi et Hodh El Chargui ;

2.Assaba, du Tagant et Guidimakha ;

3.Gorgol, du Brakna et Trarza ;

4.Tiris Zemmour, de l’Adrar et l’Inchiri ;

5.Nouakchott

6.Nouadhibou

Source : Mauriweb (Mauritanie)