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Autour d’un thé : La Maslaha

Autour d’un thé : La Maslaha

Comme c’est la démocratie – La preuve : cent-cinq partis ; dont des terroristes et des racistes – Chacun a droit de dire ce qu’il veut. Librement. De soutenir celui qu’il veut. Librement. De changer de position. Librement. Dire quelque chose pendant la campagne. Et changer diamétralement d’avis, quelques jours plus tard.

Le premier tour est une chose. Le second en est une autre. C’est comme ça que, moi, j’analyse ces scrutins. Hé, c’est la démocratie : les analyses sont libres ! Les mauritaniens ont inventé quatre mots. Qui se disent de la même façon, dans toutes nos langues nationales. Pas besoin de les traduire. Des « mots-intersections », nouveau concept que les experts en linguistique doivent intégrer. Rapidement. Démocratiquement.

Exactement. Ces mots, les voici : El maslaha (intérêt), dakhalchi (Aboule l’oseille !), gazra (occupation illégale du domaine public), wakhyert (intraduisible). Des mots que chacun connait. Du citoyen lambda au Président. Par exemple, au second tour de ces élections, pour ne pas aller remonter l’histoire vers 2007, les partis politiques ,les hommes politiques, les femmes politiques, les enfants politiques, tout ce monde-là, il court pourquoi ? C’est la maslaha.

Directe ou indirecte. « Personne ne peut voir ça sur quiconque ». Entre nous. « Le plus mauvais est qu’on se connaît ». Très bien. Et puis, « chaque main efface son visage ». L’APP, ce n’est ni l’UFP, ni le RFD, ni ce parti-ci, ni ce parti-là. Évidemment que Messoud n’est pas plus Ahmed que Mohamed, Moktar ou Ibrahima.

Chacun réfléchit avec sa tête. Pas avec celle de quelqu’un d’autre. Sinon, on aurait pu éviter beaucoup de choses très graves qui nous ont causé beaucoup de dégâts. Imaginez que Maouiya ait su ce qui tournait dans la tête des gens qui l’ont fait tomber et exiler. Il n’allait pas partir présenter des condoléances à quiconque.

Si Sidi avait ce qui se nouait dans la tête de ces mêmes personnes, il n’allait pas les descendre de leur piédestal. Si Aziz avait su ce qui remuait dans la tête de ces criminels nationaux et transfrontaliers de sénateurs, il n’allait même penser à leur soumettre ces maudits amendements constitutionnels dont le rejet lui complique tant la vie. « Celui qui n’est pas dans la bataille est un héros ». La maslaha vient arbitrairement. La politique est affaire de maslaha disait quelqu’un. Surtout quand cette maslaha permet de faire rentrer quelque chose ou de l’apporter.

C’est tout comme. La politique de dakhalchi. Comme les bandits qui ont fait souffrir les pauvres populations de certains quartiers de Nouakchott. « Celui qui te donne un avis, regarde le cou de son étable ». Tout ça pour dire que la maslaha s’accommode très mal à l’ordinaire, avec les principes, la moralité, l’éthique. Pas de pitié pour les salopards.

C’est le titre d’un film cow-boy que j’ai beaucoup aimé, du temps des cinémas El Mouna, Oasis, Lejwad, Sahara et autres, en soirées et matinées. « Celui qui te mord sans que tu ne le mordes croit que tu n’as pas de dents ».

Entre l’APP et les autres partis de l’opposition, comme Tawassoul et ses « amis », toute une histoire, semée d’incompréhensions et de défiances. Ould Baya, c’est la maslaha des citoyens de Zouérate. Soixante-dix partis ont « gazré » c'est-à-dire établi gazra, pour obtenir un récépissé.

Sinon comment, comme disait le regretté Habib, n’ont-ils pas pu recevoir le 1% de pommade ophtalmologique ? Les cent cinq partis et les trois mille cinq cent quatre-vingt-trois organisations de la Société civile, c’est de la maslaha.

Les milliers d’écoles privées, de cliniques, de dépôts pharmaceutiques, d’universités privées, de mahadras, mosquées, bourses de vente de voitures, marchés, licences de pêches, quotas de poulpes, hommes d’affaires, commissions de ceci ou de cela : tout ça, c’est de la maslaha, du dakhal chi, de la gazra.

Les voleurs : wakhyert ! Les racistes : wakhyert ! Les terroristes : wakhyert ! Les fraudeurs : wakhyert ! Les conspirateurs : wakhyert ! Les infidèles : wakhyert ! Les assassins : wakhyert ! La maslaha, la gazra, dakhal chi, wakhyert se disent exactement de la même façon, en hassanya, en pulaar, en wolof et en soninké. Pas besoin de traduire. Salut.

Source : Le Calame (Mauritanie)