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La bande des douze dans les filets

Tout le monde sait combien il est devenu aventureux de s’engager, la nuit, en diverses rues d’Arafat, notamment à Kandahar, Msid Ennour ou Kossovo. Des bandes de malfaiteurs y braquent et agressent quiconque les croise.

Les commissariats de police d’Arafat ont reçu beaucoup de plaintes et de déclarations de vols, au cours du mois passé. Il y a quelques jours, un garde en civil rentrait à pied, chez lui, du côté de Msid Ennour. Le voilà soudain entouré par un groupe de « djenks » enfumés de haschich.

Ils le battent, déshabillent et délestent de tout, carte professionnelle comprise. Ils dévalisent, dans la foulée, plusieurs magasins et boutiques dont une qui vend des motocyclettes. Entre temps, le garde se rend au commissariat de police d’Arafat 3 et, grâce à son témoignage précis, les enquêteurs dressent les portraits-robots de ses agresseurs.

Quelques jours plus tard, deux suspects sont coffrés et embarqués au commissariat. Leur audition permet d’arrêter les dix autres éléments de la bande. Des récidivistes, pour la plupart, dont certains sont fraîchement sortis de prison. Leurs chefs ont reconnu nombre des délits récemment déclarés. Ils seront déférés « dans les jours à venir », annonce une source du commissariat.

Les cambriolages reviennent au quartier Carrefour

Le quartier Carrefour s’étend du carrefour Madrid dont il porte le nom, au carrefour Ten Soueïlim à l’Est. La zone abrite trois commissariats de police, preuve, s’il était besoin, de l’insécurité régnante.

L’un d’entre eux contrôlait la zone entre le commissariat spécial des mineurs, la Direction régionale de la wilaya-Sud et le commissariat Arafat. Il vient de déménager vers l’Ouest, dans une villa de particuliers, à quelque cent mètres à l’Est du fameux carrefour Bakar. Un redéploiement à la mesure de la paix retrouvée, après d’incessantes vagues de cambriolages, les années passées.

Mais voici que ceux-ci ont repris, il y a quelques jours. Plusieurs boutiques ont été dévalisées. Jeudi 15 Mars, vers cinq heures du matin, une boutique d’articles féminins y est mise à sac, alors que des témoins affirment avoir vu une patrouille de la Garde aller et revenir «sur les lieux, au même moment».

Les deux pauvres femmes propriétaires ont déclaré avoir perdu plus de soixante voiles de valeur et diverses autres marchandises. C’est la troisième fois, « après 2014 et 2015 », précisent-elles, que leur boutique est ainsi vidée. Une autre boutique appartenant à une pauvre famille sans ressources a été, elle aussi, visitée de ces bandits qui ont tout emporté. La police affirme pourtant que ses patrouilles à pied circulent toute la nuit dans le quartier.

Le baron de la prison

Abdallahi Ould Brahim est âgé de trente-quatre ans. Long d’un mètre quatre-vingt-cinq pour quatre-vingt-cinq kilos de muscles, il est riche et gère sans problèmes son prospère commerce. Un honnête homme, se dit peut-être notre lecteur. Bien à tort. Car Abdallahi Ould Brahim n’est autre que « Lekhal », le tristement célèbre hors-la-loi déféré et incarcéré plus d’une dizaine de fois.

Il aura connu nombre des violons des commissariats de police de Nouakchott et d’ailleurs. Un dangereux récidiviste, craint de la plupart des criminels. Tout le monde se rappelle la bagarre qui l’opposa à feu M’barek « 19 », à la prison centrale de la capitale, qui dura plusieurs heures et faillit tourner au drame, sans l’intervention de plusieurs gardes.

Abdallahi « Lekhal » fréquenta le bagne de Dar Naïm entre 2010 et 2015. C’est alors qu’il monta son commerce en tous genres et trafics. Des correspondants en ville l’approvisionnaient régulièrement en marchandises, tant légales qu’illicites, au nez et à la barbe des autorités carcérales, à l’instar de bien d’autres taulards.

Transféré à la nouvelle prison d’Aleg, il y a quelques années, il en est devenu le premier fournisseur de marchandises, tant aux prisonniers qu’aux gardes et autres responsables des lieux. À Dar Naïm, il avait été remplacé par le fameux Ahmed « Kalach » l’auteur d’un terrible carnage au Trarza, en 2010. Celui-ci fut, lui, transféré, en 2016, au bagne de Bir Mogreïn, avec d’autres condamnés à de lourdes peines.

Abdallahi Lekhal est toujours habillé d’un joli boubou de bazin Ezbi, sinon d’une veste et pantalon de qualité. Pour ses commandes et communications hors prison, il n’utilise que des i-phone et consorts. Ses poches sont toujours pleines d’argent. Certains affirment même qu’il a été aperçu, à maintes reprises, se baladant, la nuit, dans les rues d’Aleg.

Rappelons enfin qu’à Dar Naïm, Abdallahi « Lekhal » fut plusieurs fois convoqué par le procureur, pour bagarre et distribution de drogue à l’intérieur de la prison.