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Sénégal-Mauritanie : le casse-tête des accords de pêche

Macky Sall est arrivé à Nouakchott jeudi 8 février pour une visite de deux jours à l’invitation de Mohamed Ould Abdelaziz. Le code des pêches mauritanien adopté en 2015, qui a durci les conditions d’exercice de l’activité dans le pays, devrait être au centre des discussions. Fin janvier un pêcheur sénégalais, tué par les garde-côtes mauritaniens.

La mort du jeune pêcheur sénégalais Serigne Fallou Sall, 19 ans, tué samedi 27 janvier par des garde-côtes mauritaniens, a jeté une lumière crue sur la tension régnant entre les deux pays dans la gestion des activités de pêche. Ces dernières années, les nouvelles de pêcheurs tués et d’arraisonnements d’embarcations, en majorité originaires du célèbre port traditionnel Guet Ndar à Saint-Louis, dans le nord-ouest du Sénégal, émaillent régulièrement l’actualité.

Un nouveau code mauritanien plus restrictif

En 2016, le non-renouvellement, faute d’un nouveau protocole d’entente, de l’accord de pêche conclu entre Dakar et Nouakchott en 2001, et réglementant l’activité des pêcheurs guet ndariens en Mauritanie, a ajouté à la tension. Les deux rounds de négociations qui se sont tenus dans les deux capitales en février et mars 2016, n’ont pas pu lever les points de blocage.

Des négociations d’autant plus difficiles que le nouveau code des pêches mauritanien, promulgué en 2015, a durci les conditions d’exercice de la pêche par les étrangers dans le pays.Il exige dorénavant le débarquement obligatoire sur place des prises réalisées par les pêcheurs étrangers avant toute exportation. Une mesure qui s’est vue opposer un refus catégorique des pêcheurs saint-louisiens, qui perdent par conséquent leur quota annuel de 50 000 tonnes de poissons, accordé en vertu de l’accord entre les deux gouvernements.

Des milliers de pêcheurs privés d’activité

Pas moins de 400 embarcations sénégalaises ont, du jour au lendemain, été contraintes de se replier dans leur pays. La pratique de l’affrètement, c’est-à-dire le fait d’embarquer des pêcheurs étrangers à bord de pirogues immatriculées en Mauritanie, n’a, de même, pas échappé aux rigueurs du nouveau texte.

Des milliers de Sénégalais établis en Mauritanie depuis plusieurs décennies, qui s’étaient associés à des mareyeurs locaux afin de pouvoir pêcher avec des pirogues localement immatriculées, se sont vu interdire de poursuivre leurs activités.

Selon nombre de spécialistes du sous-secteur, les empiétements de ces pêcheurs artisanaux dans les eaux territoriales mauritaniennes sont d’autant plus difficiles à prévenir qu’une délimitation matérielle de la frontière maritime entre les deux pays est quasi inexistante. Les deux gouvernements ont cependant évoqué l’éventualité de la mise en place de patrouilles communes de surveillance de la frontière.

Le Sénégal compte 20 000 embarcations officiellement immatriculées. La raréfaction continue des ressources halieutiques – due à une demande croissante, à la surpêche, à la pêche illicite – et une tradition séculaire d’ethnies fortement spécialisées dans la pêche, poussent les pêcheurs sénégalais à pousser toujours plus loin au-delà des frontières maritimes de leur pays. Certains opéreraient jusque dans les eaux angolaises.

De nombreux accords de pêches

Des accords de pêche lient le Sénégal aux pays de la sous-région : Gambie, Guinée Bissau et Cap-Vert, notamment. Selon nos sources au ministère sénégalais de la Pêche, des négociations sont en cours pour nouer un accord avec la Guinée équatoriale.

La thèse de la raréfaction de la ressource halieutique est cependant relativisée, au sein du ministère de la Pêche. La preuve ? Les débarquements de la pêche artisanale connaîtront une hausse en 2017 et, probablement, connaîtront la même progression dans les prochaines années. En 2016, ils se sont chiffrés à 398 000 tonnes de poisson (pour une valeur de 127 milliards de F CFA).

« Ce qui se passe, c’est que des unités de production se sont installées et ciblent, par exemple, la sardinelle qui est maintenant exportée, alors qu’auparavant elle était destinée à la consommation locale», analyse ce fonctionnaire du ministère de la Pêche, qui a requis l’anonymat.

Il réfute également le fait que des navires chinois, russes, ukrainiens, et de l’Union européenne écument les eaux nationales et pillent ses ressources halieutiques.  Une critique récurrente, qui s’appuie sur les accords scellés entre le gouvernement sénégalais et ces pays.

« Un accord nous lie à l’Union européenne concernant le thon, et d’autre part, les démersaux [espèces de poissons vivant sur le fond de la mer, NDLR], à titre expérimental. Il permet aux chercheurs d’avoir une idée de la richesse ou de la biomasse de ces espèces », répond-t-on au ministère.

Les critiques porteraient plutôt, selon le ministère, sur les autorisations de pêche qui avaient été octroyées durant le régime précédent et qui ont été retirées dès l’arrivée de Macky Sall, en 2012.

Les vrais fléaux, pour la ressource halieutique, demeurent la pêche illégale et la piraterie. Un phénomène contre lequel a notamment alerté l’ONG Greenpeace, dont le navire Esperanza a sillonné l’Atlantique pendant plusieurs mois en 2017, traquant les navires ne respectant pas la législation des pêches dans les eaux nationales des pays du littoral ouest-africain.

En juin, les services de la Direction de la protection et de surveillance des pêches (DPSP) ont ainsi arraisonné huit bateaux chinois qui pêchaient illégalement, tous feux éteins, dans les eaux territoriales sénégalaises.

Divers leviers sont actionnés pour lutter contre le phénomène, tel que le renforcement de la surveillance des côtes ou encore le durcissement des sanctions infligées aux délinquants. Dorénavant, un navire étranger arraisonné au Sénégal, devra payer entre 500 millions et 1 milliard de FCFA d’amende, contre 50 à 100 millions F CFA auparavant.

Source : jeuneafrique.com