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Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi parle de la tribu, de l’opposition et du parti

Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi parle de la tribu, de l’opposition et du parti (entretien) Chef traditionnel, figure politique emblématique de l’Assaba, Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi se confie à Kiffainfo.net. Il parle de sa vision pour la tribu, s’explique sur la crise politique actuelle, fait une analyse des conflits locaux de son parti et livre son point de vue sur la gestion de Mohamed Ould Abdel Aziz des affaires du pays.

Kiffainfo : Aujourd’hui, toute personnalité politique est censée porter, au moins,  une ambition ; à savoir, la construction d’un Etat moderne, un Etat de progrès. Quant à vous, vous dirigez un groupe traditionnel, tribal. Cela ne, constitue-t-il, pas selon vous  un porte-à-faux avec une telle ambition ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Absolument pas! Cela ne constitue ni handicap ni contradiction. Car, la tribu, aujourd’hui, est émancipée des considérations et fondements qui en constituèrent, jadis, le substrat. Elle est, désormais, un cadre  social qui offre une certaine forme d’entraide et de partage. Elle constitue un facteur de cohésion et de quiétude entre les individus. Ainsi, devient-elle, un outil complémentaire du rôle de l’Etat.
Je crains fort bien que vous confondiez tribu et tribalisme. Puisque, c’est bien celui-ci ( le tribalisme, ndt) et non celle-là ( la tribu, ndt) qui est antinomique à l’Etat. Qu’il me soit donné d’être un chef de tribu, cela ne me confère pas une quelconque forme d’ascendance sur aucune personne. Cela n’est, non plus, synonyme de rejet d’autrui, et ne saurait me donner point la légitimité de m’approprier les droits des autres.  Je me considère tout simplement égal à tous mes compatriotes.
Mais, je pense, toutefois, que les tâches prises en charge par la tribu se réduiront, d’elles-mêmes, au fur et à mesure, que se construise un Etat moderne capable de satisfaire les besoins de l’ensemble des compatriotes.

Kiffainfo : Au sein de l’ensemble tribal que vous dirigez, d’autres personnalités politiques émergent çà-et-là, prennent des positions, parfois, comme, par exemple, le cas de Kaba Ould Eleywa, qui dirige un groupe à Konkossa. Cela ne vous, gêne-t-il, pas quelque part ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Je ne conçois pas comment me sentirais-je gêné d’une chose somme toute normale. Je n’envisage pas le parachutage de candidat et d’autres choix, en dehors de la mouqataa. De part ma posture de chef général, je n’accepterai de prendre partie dans des rivalités au sein de notre organisation sociale. Toute personne des nôtres, capable des protéger les populations, en défendant leurs intérêts, ne mérite de notre part que soutien et encouragement.

Kiffainfo : Vous aviez soutenu, Mohamed Ould Abdel Aziz, très tôt, juste après son coup d’Etat d’août 2008, alors que votre défunt père – qu’Allah le comble de Sa miséricorde- faisait partie de ceux qui étaient contre. C’était par conviction, de votre part, ou tout simplement, une répartition des rôles ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Le droit à la différence, au sein de notre ensemble tribal, a  toujours été l’une des caractéristiques de la manière dont exerce la politique, ici. Il arrive, c’est une tradition ou presque, chez nous, qu’une personnalité, susceptible d’être investie de la mission de diriger l’ensemble,  ait des ambitions et montre une capacité, sans faille, quant aux missions auxquelles elle s’attèle. Personne n’ignore que feu Mohamed Mahmoud Ould Radhi fut un dirigeant au sein du mouvement des kadihine. Il était resté un opposant farouche au pouvoir politique central, alors que Mohamed Radhi avait en charge la chefferie traditionnelle. Moi-même, j’ai crée le mouvement ABJI, une amicale de jeunesse qui a joué un rôle déterminent dans le développement culturel et social local. Cette amicale, pour qui s’en souvient encore, n’était pas affiliée au parti-Etat dominant d’alors, le PRDS. C’est pour vous dire qu’au sein de notre ensemble social tribal, nous ne sommes pas régis par la fibre tribaliste. Nous ne fonctionnons pas de la sorte. Vous comprenez, combien il est opportun de ne pas assimiler la tribu au tribalisme.  Dès lors vous appréhendez le pourquoi de mon soutien pour Mohamed Ould Abdel Aziz, dans les premières heures et avant bien d’autres. Un soutien, il faut le dire, dicté par une conviction profonde de l’homme de la fiabilité de son projet politique. Mon soutien est un parti-pris, je peux le dire, pour le printemps mauritanien. Le précurseur des printemps arabes.

Kiffainfo : Peut-on dire que vous regrettez, aujourd’hui, ce soutien ? Ou bien demeurez-vous convaincu par un tel choix ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Pourquoi, alors, devrais-je regretter mon soutien pour un homme qui a réalisé bien des choses pour les mauritaniens. Un homme qui, pendant trois ans, a pu réaliser ce que d’autres, mis bout à bout,  n’ont su faire depuis l’indépendance. Vous êtes bien d’accord qu’avec cet homme nous avons, enfin,  pu tourner la page,  sans regret, cette fois-ci, à une époque sombre faite de gabegie de laisser-aller et de déliquescence. Et, nous avons inauguré, n’est-ce pas,  une nouvelle ère de stabilité de cohésion et de développement.

Kiffainfo : Compteriez-vous parmi les réalisations attribuées à l’homme la hausse vertigineuse des prix, l’accroissement de la pauvreté, l’insécurité aux frontière en plus de la crise politique qui fait rage en ce moment ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Pour ce qui est de la hausse des prix, elle est conséquente, d’abord, à des facteurs exogènes. Nous sommes un pays qui ne produit pas, qui n’exporte pas grand-chose, et qui, par contre, importe la plus infime aiguille pour coudre. La loi est celle du marché mondial. Nous subissions, comme d’ailleurs bien d’autres pays. Il faut souligner, toutefois, les efforts consentis par le gouvernement visant à réduire l’impact de la pauvreté, en mettant sur pied un programme ambitieux dont bénéficient toutes les populations. Grâce à ce programme, une famille mauritanienne parvient, désormais, à acquérir des provisions en mobilisant la modique somme de 8 mille ouguiyas, alors qu’il lui fallait multiplier, dans une époque récente, ce montant par 8, pour pouvoir couvrir les mêmes charges de nourritures. Cela ne saurait se produire sans le concours précieux de l’Etat qui s’est désengagé de certaines de ses redevances fiscales et douanières sur les produits. Je voudrais rappeler, au passage, ici, le témoignage fait par le FMI sur la bonne santé de l’économie de notre pays.

Kiffainfo : Quelle appréciation faites-vous sur le volet aliment de bétail du programme EMEL 2012 ?

Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : L’intervention dans ce domaine a été nécessaire et mille fois utile. Des milliers de têtes de bétail ont été sauvées d’une morte certaine. J’aurais tout simplement souhaité que les produits soient rendus disponibles au niveau de la frontière sud, où la concentration animale est importante, afin de réduire le coût quelque peu fort du transport. Aussi, aurais-je espéré qu’un recensement du bétail et des propriétaires aurait précédé l’opération. C’est vrai, il y a quelques insuffisances qui auraient pu être évitée, dont notamment le coût du transport, les centres de vente éloignés des espaces de concentration animale, en plus du retard qui affecte parfois l’opération d’acheminement.

Kiffainfo : En votre qualité d’acteur politique et personnalité dirigeante au sein de l’UPR, permettez-vous de confirmer l’existence d’une crise politique, actuellement, dans notre pays ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Je ne perçois pas de crise politique, actuellement. C’est peut-être une vue de l’esprit chez certains opposants. Mais, il y a, c’est vrai, une marge de liberté, jamais accordée, auparavant, et que l’opposition exploite à fond, en préconisant même un discours extrémiste et aux antipodes des principes de la démocratie ; celle-là, ironie du sort, qui leur a permis d’exister. Il est vrai aussi que la majorité n’a pas pu contrecarrer comme il faut, comme il se doit, le discours belliqueux de l’opposition. Qui, selon moi, pourrait être démonté facilement en mettant en exergue les réalisations faites, en un temps records, par Mohamed Ould Abdel Aziz. Il faut que la majorité revienne sur le programme sur lequel a été élu le président. Il s’exécute à une cadence considérable. Ceci est un fait irréfutable et un indice positif qu’il convient de médiatiser et communiquer là-dessus.

Kiffainfo : Peut-on dire que votre posture sociale vous dicte, en quelque sorte, le soutien pour tout pouvoir central qui s’installe ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Il faut, peut-être, que je revienne sur l’histoire de notre ensemble tribal. Je vous ai évoqué,  ci-haut, un peu de  la spécificité de notre structure tribale, son mode de fonctionnement et sa manière de voir ou d’exercer la politique. Commençons par l’année 1952 du siècle dernier. L’année connue, ici, à tort ou à raison, sous l’appellation de ‘’ l’année Féral’’. Gabriel Féral, le gouverneur de la France coloniale de l’époque. Tout le monde, ceux qui sont encore en vie, parmi les témoins de cette époque, vous diront que mon grand-père était en éternel conflit avec cet administrateur français. Plus tard, sous Moktar Ould Daddah de la Mauritanie post indépendance, le rapport entre ce dernier et mon ensemble tribal n’était pas au beau fixe. L’époque de Haidalla n’était guère meilleure, encore moins celle de Maaouya. Où Mohamed Mahmoud était l’un des ténors de l’opposition. Notre ensemble n’a jamais été en paix avec n’importe quel régime antérieur, comme il l’est maintenant avec celui de Mohamed Ould Abdel Aziz. Notre soutien à celui-ci demeurera tant qu’il continue à servir la Mauritanie, comme il fait maintenant. Nous serions donc ses premiers opposants s’il allait dévier de sa ligne.

Kiffainfo : Un conflit fait rage au sein de l’UPR en Assaba. Votre tendance politique et celle du fédéral du parti Ethmane Ould  Moctar ont vécu, récemment, un différend qui a atteint son paroxysme lors de la visite d’une mission du parti à Kiffa. Croyez-vous sincèrement que ces deux tendances puissent cohabiter harmonieusement au sein de l’UPR ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : A l’inverse de vos allégations, nous, à Kiffa, nous vivons, pour la première fois, en parfaite symbiose. Nous avons parachevé les opérations d’implantation et d’élection des instances dirigeantes locales du parti, sans aucun problème. Ce dont vous parlez se limité à quelques incompréhensions entre ceux qui ont soutenu le président avant même la naissance de l’UPR et ceux qui avaient soutenu des candidats comme Ely Ould Mohamed Vall ou Ahmed Ould Daddah. Et qui ont intégré l’UPR par la suite, dont justement, le fédéral dont vous parlez. Celui qui a refusé, lors de la visite évoquée, de venir dans le siège de la section. Je ne pense pas qu’il s’agit-là d’une attaque ou un affront qui me serait adressé. C’est une affaire entre le fédéral et l’UPR.

Kiffainfo : Les populations disent qu’ils sont déçus par les élus qui les représentent et qui n’arrivent à réaliser quoi que ça soit. Songeriez-vous à adopter des critères nouveaux pour choisir ceux qui seraient à même de représenter les populations ?
Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : J’appartiens à un parti politique. Et, je suis tenu de respecter son choix. Mais, je n’épargnerai aucun effort pour que les décisions du parti soient le plus équitables et porteuses de l’intérêt des populations, d’abord et avant tout.

Kiffainfo : Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi, serait-il candidat à quelque poste électif aux prochaines échéances électorales ?

Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Je n’ai pas une ambition particulière dans ce sens. Je ne souhaite pas non plus que les contraintes de la fonction me distraient des populations de Kiffa. Mais, alors, en tant que militant au sein de l’UPR, je  servirai ce parti, où qu'il m’appelle.

Kiffainfo : Seriez-vous admiratif de l’un des leaders de l’opposition actuelle ?

Sidi Mohamed Ould Mohamed Radhi : Je n’étais vraiment pas intéressé par le monde politique avant l’année 2007. L’année ou sa pratique s’était imposée à moi. Pour répondre à votre question, je dirais que tout politique est digne de ma considération, s’il est fondamentalement attaché aux deux idéaux suivants :
- L’unité nationale ;
- La stabilité.

Traduit par Gps