Sun10172021

Last update09:23:53 AM GMT

Back Santé Santé Santé en Mauritanie Le gouvernement veut mettre fin à la valse des étiquettes : Spéculer jusqu’à quand ?

Le gouvernement veut mettre fin à la valse des étiquettes : Spéculer jusqu’à quand ?

Le gouvernement veut mettre fin à la valse des étiquettes : Spéculer jusqu’à quand ?

Le Calame - Lors du dernier Conseil des ministres, le gouvernement a annoncé une baisse des prix des produits vitaux. De nouveaux prix affichés et des numéros de téléphone mis à la disposition des consommateurs appelés à contribuer à la réussite de l’opération.

Mais au lendemain même de cette décision, le prix du sac de sucre a connu une hausse : 13000 MRO, depuis le 11 Septembre. Qui décide de ces augmentations ?« Mon grossiste », raconte un boutiquier de la banlieue, « m’a dit que le gouvernement ne peut pas leur imposer des prix sans concertation ». Bras de fer ? Mais quels sont les armes, alors, de l’État face à ces provocations des gros bonnets ?

Existe-t-il un pays dans le Monde où les prix des produits de première nécessité augmentent aussi vite que chez nous ? Où le gouvernement laisse agir les hommes d’affaires, les grossistes et les commerçants sans contrôle ni sanction ? De telles questions agitent les citoyens mauritaniens, particulièrement les moins nantis.

Dès leur réveil, s’attendant à entendre, en allant chez leur boutiquier du coin, que le prix de telle ou telle nécessité du quotidien a encore augmenté dans la nuit. Absence totale, en Mauritanie, de structures de contrôle sur le terrain, tandis que les acteurs de la Société civile brillent par leur absence. Ha, spéculation, quand tu nous tiens !

Cosmétique ?

Face à la hausse récurrente des prix des denrées de première nécessité, Ghazwani tente, depuis quelques mois déjà, de stopper l’hémorragie. Un certain nombre de mesures ont été prises. D’abord, pour aider les plus démunis à vivre au mieux le Ramadan, quatrième pilier de l’islam, avec l’ouverture de plusieurs boutiques vendant des produits, notamment du poisson, subventionnés à 70% par l’État.

Un geste certes louable mais qui obligeait, comme en d’autres opérations, à veiller tard ou se réveiller très tôt le matin pour faire la queue en l’espoir d’obtenir quelque peu de ces produits. « Ça n’en vaut pas la peine », estimaient de nombreuses familles. Dans la foulée, une commission de suivi des prix fut mise sur pied mais « elle ne dispose pas de moyens », nous confiait alors une source très au fait de la mesure.

Et, comme en d’autres opérations analogues, les produits de l’opération Ramadan ont fini par se retrouver dans la rue ; certains petits malins réussissant à en obtenir d’importantes quantités qu’ils revendent encore aujourd’hui au carrefour Foire…

Depuis, les prix des produits vitaux (riz, huile, sucre, blé, lait, poisson, viande…) ne cessent d’augmenter sans qu’on sache pourquoi. La COVID ne peut pas tout expliquer ou justifier.

Une chose est sûre : l’État ne sévit pas contre les spéculateurs, accordant un monopole de fait sur certains produits à un cercle très fermé d’opérateurs économiques, tandis que les structures de contrôle qu’il met en place sont le plus souvent des coquilles vides, dénuées de moyens pour faire face à de gros bonnets protégés au sommet.

Les organes de régulation, comme jadis la SONIMEX, ont été assassinés par de véreux personnages. Et les tentatives EMEL ou « Opération Ramadan » sont restées vaines. Devant ce fiasco, les citoyens ne peuvent que ruminer leur mécontentement comme des chameaux.

Du moins, les moins nantis ; capables de piller les ressources de l’État, les autres peuvent se permettre de payer à prix d’or sans négocier. D’où d’inacceptables écarts de prix entre certains quartiers de la ville…

Que peut donc faire le gouvernement ? Fixer les prix et c’est tout, à ce jour. Au sortir de leur audience au Palais, les hommes d’affaires du Patronat mauritanien se sont déclarés décidés à contribuer à donner une vie décente à leurs concitoyens, en ouvrant trois cents boutiques à Nouakchott proposant des tarifs réduits pour les produits vitaux.

Mais ceux-ci sont stockés dans des boutiques privées : conflit d’intérêts, dénoncent certains, et cette contribution du Patronat n’a visiblement pas convaincu. Et voilà le gouvernement résolu, mercredi dernier, à fixer de nouveaux prix appelés à entrer en vigueur illico.

Explications du délégué de Taazour

Le délégué général de Taazour a donné des détails sur l’opération. Les mesures prises portent sur cinq aspects : administration des prix des denrées de base, augmentation de l’approvisionnement des boutiques Taazour, grille des prix de la viande, augmentation-diversification des variétés de poisson distribuées et mise en place d’un dispositif de suivi.

Le Comité de surveillance de suivi des marchés sera activé et doté de moyens opérationnels lui permettant d’assurer le contrôle effectif des marchés en temps réel.

Une autre commission de suivi sera mise en place au cabinet du Premier ministère, avec, en chaque wilaya, un conseiller chargé d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ces différentes mesures, en coordination avec les autorités régionales et ledit Comité de surveillance des marchés.

Ces mesures laisseront-elles les produits filer la nuit vers « d’autres » destinations ? Ou resteront-ils dans les boutiques au profit aux nécessiteux ? Le dispositif annoncé par le gouvernement paraît certes séduisant mais il faut attendre et voir : réputés bons, nos décisions et textes restent trop souvent dans les tiroirs.

Une chose est cependant établie : les spéculations sont devenues insupportables, le panier de la ménagère ne cesse d’en souffrir. Il est des gens, dans notre pays, qui ne se soucient que de leur gain, toujours prêts à torpiller les opérations de nos gouvernants qui laissent faire, au lieu de sévir contre les contrevenants. Clientélisme, favoritisme, tribalisme, autant de leviers qu’ils activent pour leur sale besogne. Heureusement que nos concitoyens sont pacifiques (ou fatalistes…) !

Tout peut passer : les rares voix qui s’élèvent pour dénoncer ces maux sont traitées de racistes, voire ennemies de la République. Demander aux consommateurs de dénoncer les écarts constatés au marché ou à la boutique du coin paraît ainsi illusoire : le gérant de celle-cine permet-il pas de chauffer la marmite avec les petits crédits qu’il consent ? Tout comme les opérateurs économiques qui octroient, contre marchés, de substantielles commissions et cadeaux aux « responsables »...

Le gouvernement doit justement les assumer, ses responsabilités, en sévissant contre les hommes d’affaires véreux et surtout arrêter de dépenser des milliards dans des boutiques sans jamais les auditer. À défaut de rétablir une SONIMEX dont le dossier n’en finit plus, le gouvernement mauritanien doit trouver une alternative conséquente et ne pas se contenter de mesures cosmétiques.

Dalay Lam