Mon08192019

Last update08:46:32 AM GMT

Back Accueil

Interviews

« Les Émirats et l'Arabie saoudite sont plus dangereux que le Qatar »

  • PDF

« Les Émirats et l'Arabie saoudite sont plus dangereux que le Qatar »Le Point - ENTRETIEN. Après deux ans de blocus contre Doha, le chercheur Sébastien Boussois dénonce le redécoupage autoritaire de la région par Riyad et Abu Dhabi.

Deux ans d'embargo n'ont pas mis à genoux le Qatar. Au contraire. C'est le constat qui ressort d'une note d'information publiée lundi par le Fonds monétaire international (FMI), 24 mois après le blocus terrestre, aérien, maritime et commercial imposé par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. D'après l'étude du FMI, demandée par Doha, la croissance du PIB du Qatar pour l'année 2018 est en progression à 2,2 %, contre 1,6 % l'année précédente. Or, la veille de cette publication, les pays voisins du Golfe faisaient de nouveau étalage de leurs divisions.

Invité – fait rare – la semaine dernière par l'Arabie saoudite à trois sommets à La Mecque pour dénoncer les « actions criminelles » de l'Iran, le Qatar a rejeté les conclusions de ces rencontres.

Le minuscule mais richissime émirat gazier est accusé depuis deux ans par Riyad et Abu Dhabi d'une trop grande proximité avec la République islamique d'Iran et de soutenir l'organisation des Frères musulmans. Chercheur en sciences politiques associé à l'Université libre de Bruxelles, Sébastien Boussois est l'auteur de Pays du Golfe : les dessous d'une crise mondiale (éditions Armand Colin)*. Dans une interview au Point, ce spécialiste du Moyen-Orient explique pourquoi le blocus du Qatar par l'Arabie saoudite et les Émirats n'est, d'après lui, qu'une illustration d'un redécoupage beaucoup plus vaste de la région.


Le Point : un rapport du FMI souligne la résistance de l'économie qatarienne. Deux ans après, la mise au ban du Qatar est-elle un échec sur le plan économique ?


Sébastien Boussois : Il est clair que le Qatar n'a pas tant pâti du blocus imposé par l'Arabie saoudite et les Émirats et de la fin des relations avec ces deux pays voisins. Depuis les années 1990, le Qatar, comme les Émirats, a tenté de s'affranchir de sa dépendance aux hydrocarbures, contrairement à l'Arabie saoudite ou même à l'Algérie. Au Qatar, cette « vision nationale qatarienne », mise en place par le précédent émir, Hamad Al Thani, en 1995, visait à compenser le poids énorme des importations vers l'Émirat par une hausse des exportations grâce à une diversification de l'économie. Cela a été rendu possible par une politique d'investissements tous azimuts. Ainsi, au plus fort du blocus de 2017 imposé par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, le Qatar a décidé, pour amortir le choc, d'investir dans son économie 10 % de son fonds souverain, soit 10 milliards de dollars. Puis, pour contrebalancer les effets du boycott, Doha a renforcé ses échanges économiques avec la Turquie, l'Iran, mais aussi des pays occidentaux comme l'Australie. Ces décisions lui ont permis d'annoncer qu'il quittait l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en décembre dernier, et de créer une banque de l'énergie en mars, dans la perspective de la chute, voire de la fin, des ressources d'hydrocarbures.


"Seul contre tous"


Comment expliquer le pouvoir de résilience de ce minuscule émirat ?

À mon sens, la façon dont les Qatariens se sont battus en 2017 contre cet embargo montre que ce pays possède une particularité. Prenant modèle sur les Britanniques, dont ils étaient un protectorat jusqu'en 1971, ils demeurent profondément insulaires : ils sont dans une logique de survie, « seuls contre tous », et tentent par tous les moyens d'être indépendants de toute autre puissance. C'est déjà ainsi qu'ils ont arraché leur indépendance.


De fait, le Qatar s'est-il rapproché d'un axe composé par la Turquie, l'Iran, voire la Russie, au détriment de l'alliance Washington-Riyad-Abu Dhabi ?


La crise du blocus a permis au Qatar de mesurer la solidité de ses alliances. La relation avec l'Iran est avant tout économique car, lorsque l'on partage le plus grand champ gazier du monde avec un pays (North Field pour le Qatar/South Pars pour l'Iran), ce n'est pas une bonne idée de se fâcher avec lui. Pour ce qui est de la Turquie, le Qatar cultive des liens historiques avec ce pays de par leur proximité commune avec les Frères musulmans. Toutefois, l'émirat est un pays suffisamment organisé pour ne pas s'embarquer dans les dérives actuelles du président turc Recep Tayyip Erdogan. Enfin, en ce qui concerne la Russie, les Qatariens ont montré depuis 2017 une volonté de renforcer leur coopération sécuritaire et militaire avec Moscou, sans pour autant chercher à se brouiller avec les États-Unis de Donald Trump. Leur stratégie est d'être en bons termes avec tout le monde, je pense qu'ils ont pas mal réussi sur ce plan.


Comment l'Occident, allié du Qatar, de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, s'est-il positionné dans cette crise ?

Les puissances occidentales sont alliées avec les deux camps. Le Qatar ne peut être considéré comme un ennemi à long terme des États-Unis à partir du moment où ce pays accueille la plus grande base américaine hors sol dans le monde. Autrement, Donald Trump aurait dû rapatrier les 10 000 soldats américains sur place. Pour ce qui est de la France, elle conserve des relations avec les deux camps. Paris participe en février au salon géant de l'armement Idex à Abu Dhabi et inaugure en mars avec Jean Nouvel le Musée national du Qatar, à Doha.


Le Premier ministre qatarien était présent au dernier sommet à La Mecque. S'agit-il d'un signe de réchauffement entre l'Arabie saoudite et le Qatar ?

La présence à ce sommet du Premier ministre qatarien a pu faire croire que la crise allait s'apaiser deux ans après le début des hostilités. Ce n'est malheureusement absolument pas le cas. Preuve en est, les conclusions du sommet de La Mecque ont été dénoncées par le Qatar, ce qui montre qu'en réalité ce triple sommet avait d'autres objectifs. Tout d'abord, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis voulaient tenter de redorer leur blason après des mois, si ce n'est des années, de politique interne et étrangère catastrophique pour leur image.


Qu'entendez-vous par là ?

Les Saoudiens et les Émiriens sont à l'origine de la guerre au Yémen, qui a fait plus de 100 000 morts, dont de nombreux enfants, et a créé une immense catastrophe humanitaire. En Libye, ces deux pays soutiennent la guerre hasardeuse du maréchal Khalifa Haftar, qui a fait au moins des centaines de morts. Et il ne faut pas oublier l'assassinat en octobre 2018 du journaliste dissident saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, pour lequel il n'y a eu aucune enquête internationale menée. Or, si cela avait été le cas, elle serait probablement remontée jusqu'au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS).


"L'axe Washington-Abu Dhabi-Riyad-Tel-Aviv"


Le sommet était consacré à la menace que ferait peser l'Iran sur la région.

Un des moyens pour les pays du Golfe de se rassembler est de faire bloc contre un ennemi commun qui est l'Iran. Lors de ce sommet, les Saoudiens et les Émiriens ont jaugé les soutiens dont ils disposaient dans leur lutte contre l'Iran, et dans le cas du déclenchement d'une guerre contre ce pays. Ainsi, l'objectif de cette réunion était de renforcer une alliance qui va en réalité au-delà du monde arabe. Il s'agit de l'axe Washington-Abu Dhabi-Riyad-Tel-Aviv. À mon sens, celui-ci est aujourd'hui beaucoup plus dangereux que la simple menace iranienne. Petit à petit, cette alliance est en train d'étouffer toutes les aspirations démocratiques du Moyen-Orient et menace sa stabilité. Et elle est d'autant plus dangereuse qu'elle est friable, contre nature, et n'existe que contre la menace iranienne. Combien de temps, en effet, les autres pays arabes vont-ils accepter que Riyad et Tel-Aviv soient les meilleurs alliés du monde ?


S'il existe actuellement un rapprochement entre l'Arabie saoudite et Israël contre l'Iran, n'est-il pas prématuré de parler de « meilleurs alliés du monde » ?


Ce sont les meilleurs amis du monde pour des raisons stratégiques, sécuritaires, militaires et énergétiques. Pour Israël, la principale menace vient du Hezbollah, mouvement lié à l'Iran. Pour l'Arabie saoudite, il s'agit de la « menace nucléaire chiite ». Et cette menace fédère des pays qui n'étaient pas destinés à devenir aussi proches : les deux principaux alliés des États-Unis dans la région sont engagés dans une dynamique et une synergie extrêmement puissantes dans le but de faire de l'Iran l'ennemi numéro un. Or les Iraniens n'aspirent qu'à un processus de démocratisation. Le régime des mollahs ne sera pas éternel et ce n'est pas en les braquant qu'on obtiendra la stabilité.


La République islamique est pourtant accusée de nombreuses ingérences dans les pays arabes de la région.


C'est vrai, on peut considérer que le régime iranien soutient des groupes terroristes, mais pas au point de faire oublier que les premières ingérences au Moyen-Orient viennent des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite. Ces pays sont présents en Algérie en soutien au chef d'état-major de l'armée Gaïd Salah, en Tunisie aux côtés du président Béji Caïd Essebdi, en Libye en aide au maréchal Khalifa Haftar, en Égypte derrière le président Abdel Fattah al-Sissi, et jusqu'au Soudan en finançant les militaires toujours au pouvoir. Il ne s'agit clairement pas du même rapport de force que pour l'Iran. Pour moi, ces politiques régionales totalement suicidaires et le soutien inconditionnel que leur apporte Donald Trump sont très néfastes.


C'est oublier que le Qatar est un ardent soutien des Frères musulmans dans tous les pays que vous citez.

Ce soutien a existé jusqu'à l'effondrement des Printemps arabes, sauf dans certains pays où il représente un enjeu dans les guerres de procuration que le Qatar livre avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite. Dès 2011 et le mal nommé « Printemps arabe », le Qatar a toujours soutenu les mouvements d'opposition les plus présents au niveau local. Or, en réalité, la seule vraie alternative dans ces pays demeure les Frères musulmans. Mais qu'est-ce que les Frères musulmans aujourd'hui ? Le président égyptien Mohamed Morsi est toujours en prison et les Frères musulmans sont interdits en Égypte. Là-dessus, le Qatar a fait amende honorable. Mais, encore une fois, les forces contre nature dans la région viennent davantage du prince héritier d'Abu Dhabi, Mohammed Ben Zayed (MBZ), qui se présente comme le grand sauveur de la région alors qu'il veut y installer ou protéger des pouvoirs autoritaires. Dites-moi où le Qatar possède une part de responsabilité dans les guerres qui minent la région.


"Par sa politique, Abu Dhabi étouffe toute velléité démocratique."


Le Qatar n'a-t-il pas soutenu les mouvements rebelles islamistes, si ce n'est djihadistes, en Syrie ?


En Syrie, l'objectif du Qatar a été de soutenir ces mouvements de guérilla contre un pouvoir autoritaire qui allait à l'encontre de ses intérêts. Mais ils n'ont pas misé sur le bon cheval, le monde étant aujourd'hui dans une stratégie de normalisation de ses relations avec Bachar el-Assad. Mais est-ce vraiment une bonne solution que de glorifier le président syrien ? À mon sens, le rapport de force entre l'Arabie saoudite et les Émirats, d'un côté, et le Qatar, de l'autre, est celui d'un éléphant face à une souris. Or c'est la souris que l'on est en train de montrer du doigt en permanence. Cependant, depuis l'affaiblissement du Qatar, tous les paradigmes dans la région ont penché en faveur de l'Arabie saoudite, des Émirats, d'Israël et des États-Unis, et ont contribué à la déstabilisation du Moyen-Orient. En 2017, l'Iran n'était pas sur la sellette comme aujourd'hui ; le Yémen n'était pas dans la même situation ; Bachar el-Assad n'avait pas encore gagné la guerre ; MBS n'avait pas été adoubé par l'Occident comme le probable futur Saddam Hussein ; l'Arabie saoudite n'avait pas la capacité d'agir à sa guise en toute impunité.


Pourquoi insistez-vous sur le rôle-clé de MBZ et beaucoup moins sur celui de MBS au sein de cet axe ?


Il existe en réalité deux hommes forts dans la région : Mohammed Ben Zayed et le ministre émirien des Affaires étrangères, Anwar Gargash. Ils entendent remodeler le Moyen-Orient dans le but de stabiliser leur pouvoir selon leurs propres intérêts. Pour ce faire, ils luttent contre toute forme de processus démocratique. Car la démocratie n'est pas pour eux synonyme de stabilité, ce qui est d'ailleurs également le cas pour le Qatar. Par sa politique, Abu Dhabi étouffe toute velléité démocratique. En Tunisie, par exemple, que l'on érige souvent en modèle, la situation est aujourd'hui catastrophique. Le pays n'a jamais été aussi endetté de son histoire. Or l'économie était le facteur déclenchant du Printemps arabe et peut, encore aujourd'hui, tout faire basculer. Il est urgent d'arrêter de gaspiller des dizaines de millions de dollars dans la guerre. Deux tiers des populations de la région ont aujourd'hui moins de 30 ans. Il faut offrir à ces démographies galopantes de vraies perspectives. La jeunesse arabe de la Méditerranée et du Moyen-Orient n'a jamais été autant une poudrière qu'aujourd'hui.


N'est-il pas trop simple de poser le Qatar et l'Iran en victimes dans ce Moyen-Orient où les torts sont souvent partagés ?


La victimisation est une religion nationale dans le monde arabe. L'Iran et le Qatar exercent en effet une part d'influence. Par exemple, ces deux pays ne partageaient pas du tout la même vision en Syrie, où l'Iran soutenait Bachar el-Assad et le Qatar, la rébellion. Mais, en comparant leurs politiques à long terme, d'un côté, et les politiques à court terme installées par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, de l'autre, soit le redécoupage du Moyen-Orient avec le placement de régimes autoritaires, nous ne sommes pas dans le même ordre de grandeur.


La crise avec le Qatar est-elle, d'après vous, partie pour durer ?


Elle durera aussi longtemps que le cartel que je vous ai cité arrivera à faire croire au monde que les intérêts du Qatar concordent avec ceux de l'Iran.


Propos recueillis par Armin Arefi
Source : Le Point (France)

 

Le "tribalisme et le favoritisme" dans les armées d’Afrique de l’Ouest favorisent la montée du djihadisme

  • PDF

Le Sputnik News - La violence djihadiste s’étend en Afrique de l’Ouest, maintenant jusqu’aux États côtiers. Qu’est-ce qui l’explique et comment l’enrayer?

L’ex-envoyé spécial des Nations unies au Burundi, en Afrique de l’Ouest et en Somalie, le Mauritanien Ahmedou Ould Abdallah, Président du Centre d’analyse 4S, livre son analyse en exclusivité pour Sputnik. «Recrudescence de violences terroristes en Afrique de l’Ouest, faut-il déclarer l’état d’urgence face à la menace djihadiste?», se demandait récemment en Une le magazine Jeune Afrique.

À l’appui de cette thèse, une enquête auprès des experts sécuritaires de la région qui, tous, affirment que la menace djihadiste s’étend inexorablement vers le sud et concerne désormais tous les pays côtiers.

Jusqu’ici en Afrique de l’Ouest, seuls le Mali et le Burkina Faso et, dans une moindre mesure, le Niger étaient touchés par des violences terroristes. Liste à laquelle il faut rajouter le Nigéria, le Cameroun et le Tchad, en Afrique du Centre, victimes d’attaques récurrentes de Boko Haram depuis une dizaine d’années.

Au Mali, en dépit du succès des opérations de la force française Barkhane, les attaques armées et leurs répétitions atteignent des niveaux équivalents à ceux de 2012, au début de la crise. Violence des groupes radicaux contre les forces maliennes et internationales, violences plus graves opposant des communautés ethniques (chasseurs traditionnels contre éleveurs)… Face à ces périls, les forces de sécurité semblent paralysées, sauf lors de répressions contre les nomades du Grand nord ou les pasteurs peuls!

L’extension du terrorisme au Burkina Faso, annoncée depuis longtemps, est là. Parce que plus récentes, ces violences sont plus sanguinaires. Les djihadistes ont déclaré la guerre à l’enseignement moderne et aux enseignants, mais aussi aux religions et aux communautés isolées. Les régions du Soum (l’une des 45 provinces du Burkina Faso) se dépeuplent. Ignorée jusqu’à présent, la menace, très réelle, de voir cette violence exploser dans les pays côtiers du golfe du Bénin ou celui de Guinée a fini par arriver.

Comment et avec quels moyens ces «nouvelles cibles» des terroristes, à commencer par les États côtiers (Bénin, Togo, Ghana), s’organisent-elles pour faire face  aux djihadistes? Pour répondre à cette question, Sputnik France s’est entretenu avec Ahmedou Ould Abdallah, président du Centre «4 S» à Nouakchott, qui analyse les Stratégies pour la Sécurité du Sahel Sahara.

En tant qu’ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies au Burundi, en Afrique de l’Ouest et en Somalie, il juge la menace très sérieuse. Ahmedou Ould Abdallah s’insurge contre le fait que l’on fasse de la Libye un bouc émissaire de toutes les déstabilisations au Sahel. Face à la faiblesse et au tribalisme qui règne encore trop souvent dans les armées africaines, qu’il appelle à se réformer, il juge le soutien des forces armées occidentales indispensables. Il plaide enfin pour que les pays africains montent des fronts communs, y compris au sein de leurs propres sociétés, contre le djihadisme.

Sputnik France: Est-on vraiment en train d’assister à une poussée de la menace djihadiste en ce moment partout en Afrique de l’Ouest ou bien est-ce fortuit?

Ahmedou Ould Abdallah: «Avec l’arrivée de l’hivernage [saison des pluies sous les Tropiques, ndlr], la recrudescence de l’Harmattan [vent venant du désert, ndlr] et le ramadan, tous les ingrédients sont là pour que la région s’enflamme. La crise ouverte que nous connaissons actuellement a commencé au Mali en février/mars 2012, avec l’occupation du nord du pays par un groupe de radicaux. Sans l’intervention de la force française, Bamako serait probablement, aujourd’hui, entre leurs mains. Cette occupation non seulement perdure, mais elle est devenue contagieuse jusqu’au nord du Bénin, en passant par le Burkina Faso et le Niger, qui gère plutôt bien la situation, mais aussi sur le pourtour du lac Tchad. Seul le Sénégal, qui reste très vigilant ou des pays ayant passé des alliances tacites ont échappé jusqu’à présent à cette recrudescence de violence.»

Sputnik France: Concernant l’Algérie et le Soudan, vous avez écrit récemment qu’une trop grande médiatisation des manifestations populaires contre les gouvernements risque de renforcer «le message déjà bien articulé des islamistes.» Que craigniez-vous exactement?

Ahmedou Ould Abdallah: «D’un côté, je crains que des situations où il y a un affaiblissement des gouvernements centraux, comme en Algérie, ne perdurent; mais aussi, d’autre part, les effets de contagion possible au Sahel et notamment dans la région du G5 Sahel [Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, ndlr]. Les États côtiers situés dans le golfe du Bénin et celui de Guinée sont aussi, désormais, des zones menacées.»

Sputnik France: et en ce qui concerne la Libye? Vous dénoncez la multiplicité et donc l’incohérence des ingérences extérieures, qui retardent le règlement du conflit armé entre factions rivales dans ce pays. Est-ce aussi la principale cause de la déstabilisation de l’ensemble de la sous-région?

Ahmedou Ould Abdallah: «Les causes de l’instabilité au Sahel sont multiples. Aussi, je m’insurge contre le fait que l’on transforme la Libye en un bouc émissaire. Il faut remonter aux années soixante-dix pour comprendre comment Mouammar Kadhafi a cassé l’armée libyenne. Comme il n’avait plus confiance dans les forces militaires et de sécurité de son pays, il a commencé à former des milices, démanteler les services publics et recruter massivement dans le Sahel. Jusqu’au milieu des années 80, du fait de la sécheresse, nombre de jeunes Sahéliens ont accouru en Libye pour fuir la misère. Nous en payons encore les conséquences aujourd’hui, y compris en Libye.

Si la Libye a été le déclic en 2012, dans tous les États sahéliens, on constate la même tendance à affaiblir nos armées, qui sont de moins en moins formelles, car cooptées selon des critères ethniques. C’est exactement ce qui s’est passé en Somalie, qui a pourtant le même peuple, la même langue, la même religion. Dès qu’on laisse entrer le tribalisme et le favoritisme, on déconstruit l’État central hérité de la colonisation.»

Nouveaux fronts djihadistes

Sputnik France: Le lancement de l’opération Otapuanu (une vaste opération de ratissage antiterroriste mise en œuvre par les autorités burkinabè au début du mois de mars dans l’Est du pays) a-t-elle véritablement eu pour effet de repousser les djihadistes dans les États côtiers voisins?

Ahmedou Ould Abdallah: «Quand on connaît une crise interne comme celle qu’a connu le Burkina Faso avec le départ de Blaise Compaoré en 2014, on doit chercher la réconciliation nationale et à élargir le plus possible son assise. Sinon, on court le risque que des éléments radicaux se déplacent du nord au sud jusqu’à contaminer des villes côtières riches du golfe du Bénin ou celui de Guinée.

L’opération des autorités burkinabè à laquelle vous faites allusion a sans doute du mérite, mais ce n’est pas ce qui a poussé les éléments les plus extrémistes, sévissant au Sahel et au Burkina Faso en particulier, à migrer vers le sud. Ceux-ci obéissent à une logique qui les mène à rechercher des villes côtières riches et peuplées où séjournent plus d’étrangers [Occidentaux, ndlr], ce qui leur permet d’être en couverture des journaux ou à la Une des médias internationaux quand ils commettent leurs méfaits.»

Sputnik France: Croyez-vous que des organisations djihadistes sahéliennes, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda*) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ont pour objectif de «descendre», à leur tour, vers le sud? Et, dans ce cas jusqu’où iront-elles?

Ahmedou Ould Abdallah: «Ces organisations sont déjà présentes dans le sud depuis au moins dix-huit-mois pour préparer le terrain: elles sont à la frontière entre la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Libéria et également au nord du Ghana et du Bénin. Pendant la saison des pluies, les cellules restent dormantes et se fondent dans la population en profitant des ressources locales plus abondantes que dans la partie sahélienne. Ça ne veut pas dire que le GSIM ou l’EIGS vont quitter, pour autant, le Sahel qui leur sert de base arrière.»

Sputnik France: L’intervention des forces spéciales françaises dans le nord du Burkina Faso pour libérer les deux Français et leur guide béninois enlevés le 1er mai dans le parc de la Pendjari, l’un des trésors touristiques du Bénin, était-elle indispensable?

Ahmedou Ould Abdallah: «Oui, si l’on se met à la place des otages, même si l’on peut déplorer la mort de deux officiers français des forces spéciales. Du point de vue de la dissuasion, c’est toujours bon d’intervenir. Et compte tenu de la spirale de violence qui s’est abattue sur le Sahel, il faut quand même que nous nous rendions à l’évidence: nous ne sommes pas capables de nous battre seuls, que ce soit pour délimiter la menace, la neutraliser ou l’affaiblir.

On peut ne pas être d’accord que ce soit des étrangers qui viennent chez nous faire le boulot, mais dans ce cas on commence par réformer son armée. Je vais vous livrer une information confidentielle. Savez-vous que rares sont les armées africaines où les bulletins de salaire sont informatisés? Tout le monde sait pourquoi, parce qu’ainsi on peut payer des subsides à des tiers. Donc, j’estime qu’au moins les salaires dans les armées du G5 Sahel doivent être informatisés.»

Trafics lucratifs

Sputnik France: Pourtant, jamais le Bénin auparavant n’avait été le théâtre d’une telle attaque... Qu’est-ce qui a changé pour que le Bénin soit ainsi visé? Faut-il mettre ce pays sur liste rouge et interdire les touristes d’y aller?

Ahmedou Ould Abdallah: «Ce qui m’a frappé dans le meurtre du guide des deux touristes français libérés le 10 mai à l’issue de l’opération des forces spéciales françaises, c’est que son corps, retrouvé quatre jours plus tard, avait été atrocement mutilé… ça, c’est vraiment nouveau, car jamais auparavant, on ne touchait aux chauffeurs ou accompagnants, considérés comme sans “valeur marchande” par rapport aux Occidentaux. Il y a là, à mon avis, une volonté délibérée de terroriser les populations locales.

Maintenant, en ce qui concerne les alertes aux voyageurs établies par le Quai d’Orsay, la Mauritanie et l’Algérie ont figuré en rouge pendant longtemps sur cette carte. Il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire. C’est difficile de demander aux pays occidentaux de ne pas essayer de protéger leurs concitoyens.»

Sputnik France: Si les katibas établies au Mali et au Burkina ont des connexions et des capacités d’action dans les pays côtiers ouest-africains, faudrait-il songer à élargir le G5 Sahel à ces États?

Ahmedou Ould Abdallah: «Quand on a un ennemi extérieur, il faut des fronts intérieurs solides les plus inclusifs possible, en incluant les partis politiques et la société civile. Et pas seulement des élections qui peuvent être plus ou moins démocratiques... C’est dans le renforcement de la cohésion intérieure que viendra la meilleure défense [contre le terrorisme, ndlr] en mettant fin, aussi, à la corruption arrogante qui règne chez nous, parce qu’illimitée. Beaucoup d’États du Sahel sont exposés à cette forme de corruption, alors qu’en Europe, en Amérique ou en Asie, la presse, la police et la justice étant plus libres peuvent constituer des garde-fous.

Quant à la question de savoir s’il faut élargir le G5 à d’autres États, c’est aux membres de cette organisation de décider s’ils augmentent ou pas le club en faisant rentrer de nouveaux membres.»

Christine H. Gueye
Source : Sputnik News (France)

 

 

Me Mahfoudh Ould Bettah, président de la Convergence Démocratique Nationale (CDN) : ‘’Pour le candidat unique, les discussions ont fini par achopper sur les stratégies individuelles et les agendas partisans’’

  • PDF

Me Mahfoudh Ould Bettah, président de la Convergence Démocratique Nationale (CDN) : ‘’Pour le candidat unique, les discussions ont fini par achopper sur les stratégies individuelles et les agendas partisans’’Le Calame - L’alliance électorale de l’opposition démocratique (AEOD) n’a pas réussi à s’entendre sur un candidat unique. Les discussions se sont enlisées presque. Sur quoi elles ont achoppé ?

Me Mahfoudh Ould Bettah : Je voudrais vous rappeler d’abord que le principe en politique est que chaque parti présente son propre candidat, à une échéance aussi importante que la présidentielle. La coalition étant l’exception. Les partis de l’alliance électorale de l’opposition démocratique (AEOD) ont opté pour cette exception.

Mais l’idée du retour au principe n’est jamais exclue pour la simple raison qu’on est en présence de pluralité de partis politiques qui obéissent, chacun, en ce qui le concerne à ses propres contraintes, notamment politiques. L’AEOD a été justement conçue dans la perspective de dépasser les logiques individuelles pour donner à l’opposition des chances de pouvoir peser d’un poids réel dans l’échéance de 2019.

Nous étions conscients de la nécessité, pour chaque parti et pour l’ensemble des partis de privilégier cette option. Il se trouve, malheureusement qu’on n’a pas pu aboutir à la concrétisation de cette ambition.

Et pour répondre précisément à votre question, les discussions ont fini par achopper malheureusement sur les stratégies individuelles, les agendas partisans et l’absence de soucis réels à donner toutes ses chances à l’option prise.

Aucune des options envisagées (candidature interne, candidature externe) n’a pu emporter le consensus qui est la règle sur laquelle se fondent les décisions des cadres d’action commune de l’opposition (AEOD, FNDU et COD).

Il y a lieu très justement, d’exprimer beaucoup de regrets pour l’échec de cette option.

A ce niveau, je voudrais exprimer la position de notre parti, CDN ; celle-ci consistait, dès la signature de la déclaration commune à exprimer notre soutien à toute candidature interne qui ferait consensus. Cette position était largement justifiée par le fait que l’opposition, s’est structurée en partis depuis 27 ans et qu’elle compte en son sein de nombreuses personnalités pouvant susciter des dynamiques électorales gagnantes et assumer, valablement la plus haute charge de l’Etat.

Nous n’avons jamais dénié, leurs qualités indéniables aux candidats externes proposés, mais nous ne comprenons pas, non plus, que l’opposition soit contrainte à recourir à des personnalités qui lui sont externes.

-Cet échec que beaucoup d’observateurs attendaient, y compris dans vos propres rangs, ne vient-il pas signer la fin du « copinage » au sein de l’alliance mais surtout au sein du FNDU ?

-Il est fort à craindre que l’échec de l’option du candidat unique ne soit le début de la fin, pas du « copinage », comme vous le dites, mais plutôt du partenariat qui a été privilégié, jusqu’ici, par les partis de l’opposition.

Ceci étant, lors de la dernière réunion de l’AEOD, il a été convenu de maintenir le cadre de celle-ci pour, à la fois, obtenir du pouvoir les conditions que requiert une élection transparente et de reporter les voix sur le candidat de l’opposition qui se retrouverait au 2e tour.

- Parmi les raisons avancées pour expliquer les divergences figureraient la question des financements pour battre campagne et la représentativité de certains candidats potentiels. Y’en avaient –il d’autres, comme des raisons idéologiques ou politiques ?

- Les raisons de cet ordre (financier) ont été avancées, pour privilégier l’une des options, mais on ne s’est pas attardé sur cet argument qui n’a pas emporté la conviction de certains. En revanche, les raisons politiques et idéologiques ont au fond pesé et fini par l’emporter.

-Par cet échec, l’opposition mauritanienne ne vient-elle de faire un énième deuil de l’alternance démocratique?

L’absence de candidat unique est une perspective qui semble éloigner pour certains les chances s’une alternance au profit de l’opposition : mais malgré tout la pluralité des candidats n’a pas que des inconvénients. Elle fournit l’occasion de présenter une offre politique diversifiée qui a des chances de toucher tous les segments que n’aurait pas pu mobiliser une candidature unique. Si les règes du jeu seront respectées, la pluralité des candidats cesse d’être un handicap et pourrait même devenir l’option la plus pertinente pour réussir l’alternance démocratique.

-Quel crédit donner à l’engagement de vos deux camps de se retrouver derrière le candidat de l’opposition qui réussirait à mettre en ballotage le candidat du pouvoir ? Quelles chances pourrait avoir, selon vous, cette hypothèse de 2e tour?

-L’hypothèse d’un 2e tour est fort envisageable si comme je l’ai dit tantôt, les règles du jeu sont claires et respectées. Rien ne permet, à ce stade de mettre en doute l’engagement des partis de l’opposition qui prendraient part à ces élections, de se retrouver derrière le candidat de l’opposition qui mettrait en ballotage le candidat du pouvoir ; je dirai même qu’il pourrait bénéficier des voix des autres partis et candidats recalés qui, au fond voudraient voir le pays s’offrir une nouvelle ère politique.

-Dans la perspective de la présidentielle, une délégation de l’AEOD a rencontré le ministre de l’intérieur, suite à une correspondance qu’elle a adressée au gouvernement. Qu’attendez-vous du gouvernement dans le cadre de l’organisation du processus électoral ? La refonte de la CENI ou tout simplement son aménagement dont on parle depuis quelque temps suffirait-elle à vous rassurer ?

-Effectivement, une délégation de l’AEOD dont j’étais membre a rencontré le ministre de l’intérieur, par deux fois. Il s’agissait, pour le ministre d’obtenir de l’AEOD des précisions sur les différent points soulevés dans la correspondance de l’opposition qu’il a reçue le 8 février. Cette correspondance comportait un certain nombre de points : politiques et techniques.

Sur le plan politique, l’AEOD avait réclamé l’ouverture politique, notamment la fin des poursuites contre certaines personnalités politiques, syndicales, de la presse et des affaires, poursuivies dans des affaires éminemment politiques, l’ouverture des media publics aux forces politiques et sociales du pays, l’arrêt de toutes les mesures qui restreignent ou mettent en cause les libertés, la fin de la diabolisation de l’opposition etc.

Au plan technique, l’AEOD a réclamé, non pas un réaménagement de la CENI, mais une refonte totale de celle-ci. La CENI a été constituée sur des bases qui violent les lois qui l’établissent et précisent les modes de désignation de ses membres.

L’AEOD a réclamé le respect de deux principes :

- La CENI doit être paritairement composée du pouvoir et de l’opposition

- Ses membres doivent être choisis sur des critères de neutralité et de probité.

L’AEOD a également réclamé la mise à jour de la liste électorale en vue de permettre à tous les mauritaniens, à la fois de l’intérieur que de l’étranger en âge de voter de pouvoir accomplir leur devoir civique. Comme elle a réclamé la neutralité de l’Etat (administration, justice et armée…)

Enfin, elle a demandé la mise en place d’un observatoire national des élections et la présence d’observateurs étrangers.

Dans sa réponse, le ministre a promis de soumettre notre requête au gouvernement et nous donner la réponse de celui-ci lors d’une prochaine rencontre. Force est de constater, pratiquement deux semaines après cette rencontre que la réponse tarde à venir.

-Que vous inspire la déclaration du président Aziz sur la candidature de son compagnon d’armes, le général Ghazwani qui, d’après lui aurait pris la décision personnelle de se porter candidat à la présidentielle avant de recadrer en affirmant qu’il est bien le candidat de la majorité et que lui-même, l’UPR et le gouvernement le soutiendraient activement ?

-Je n’ai particulièrement pas suivi les déclarations du chef de l’Etat sur la candidature du général Ghazwani. Je suppose, en revanche que l’actuel chef a exprimé la volonté ferme de l’Etat de présenter la candidature du général Ghazwani comme une émanation de son pouvoir, à la fois de lui-même, de son gouvernement et de son parti, l’UPR. L’objectif d’Ould Abdel Aziz est d’encadrer au plus près, celui auquel, le pouvoir, selon lui, va échoir.

Ceci étant dit, le candidat Ghazwani semble vouloir se soustraire à cette emprise, en se déclarant candidat indépendant, ouvert à toutes les forces politiques et sociales autres que celles du pouvoir. Il est fort à craindre que le souci du chef de l’Etat sortant de continuer à peser de son poids sur le cours des choses et le souci légitime du candidat d’exercer la plénitude de sa charge sans en référer à son prédécesseur, ne soient l’occasion d’une rupture entre les deux hommes, qui, il faut l’espérer n’affectera pas la stabilité du pays et le bon fonctionnement de ses institutions.

-Au cours de cette sortie, le président Aziz a démenti les rumeurs selon lesquelles plus de 2 milliards de Dollars seraient gelés dans une banque à Abu Dabi, sur ordre des autorités américaines. L’énormité de la somme laisse beaucoup sceptiques. Que vous inspirent ces rumeurs qui interviennent en fin de règne d’Ould Abdel Aziz ?

Cette affaire n’et pas avérée, à ce stade, c’est pourquoi, vous me permettrez de ne pas en parler. Il s’agit de rumeurs comme vous le dites.

-A en croire certaines rumeurs, des partis politiques d’obédience négro-africaine seraient en discussion pour désigner un candidat unique. Que pensez-vous de cette option ?

- Je respecte le choix de tous mes compatriotes, mais je pense qu’il est temps que l’élite mauritanienne dépasse le cadre communautariste, tribaliste et régionaliste, notre peuple n’en a que trop souffert. Il faut que cette élite s’élève au dessus de ces loyautés et qu’elle accorde la primauté à la loyauté au pays et à la communauté nationale, dans sa globalité.

Les pouvoirs autoritaires se nourrissent de nos clivages et divisions communautaires. Un peuple divisé est une proie facile pour les régimes despotiques et corrompus.

-Votre parti, comme d’autres, a été victime d’une mesure de dissolution prise par le ministère de l’intérieur. En réaction, vous avez qualifié cette mesure de nulle, d’arbitraire et d’infondée. Que comptez-vous faire pour défendre vos droits ?

-La Convergence démocratique nationale (CDN) a été effectivement victime d’une mesure de dissolution qui manque manifestement de base légale. Les dispositions de l’article de la loi 24 – 2012, relatif à la dissolution ont été expressément abrogées par la loi 31 -2018. Cette dernière ne dispose que pour l’avenir, en vertu du principe qui voudrait que les lois ne sont pas rétroactives et sous la loi de 2018, il n’y a eu qu’une seule élection.

De plus, à considérer même que les dispositions de la loi 2012 n’ont pas été abrogées, ces dispositions ne sont pas applicables à la CDN parce qu’elle ne prévoit la dissolution que pour deux cas de figure seulement. Soit, une double participation, à l’occasion de l’une d’elle, le parti n’a pas obtenu le pourcentage requis, soit une double non participation successive. Or, notre parti, comme du reste plusieurs autres ont boycotté les élections de 2013 avant de participer à celles de 2018. A considérer que le boycott est une non participation, on n’aura pas participé une fois en 2013, et participé une fois, en 2018.

Or, ce cas de figure n’est pas envisagé par la loi, en plus du principe que les lois qui portent sanction ne peuvent être appliquées à des cas qui n’y sont pas expressément énoncées…Si elles doivent être interprétées, c’est au profit de la partie contre laquelle leur application est requise.

Par ailleurs, il est à noter que les élections ayant fondé cette mesure sont des élections frauduleuses, et nous en avons en avons fait, nous en particulier à la CDN, les frais. Les instructions ont été données aux présidents des bureaux de votes, sur l’ensemble du territoire national, de falsifier nos résultats. Nous avons plusieurs extraits de PV, obtenus par forcing où nos résultats ont été complètement modifiés au niveau de la CENI.

Tenez, pour illustrer mes propos, je vous cite le bureau de Benar, arrondissement de Male. Notre candidat a obtenu 217 voix mais la CENI ne lui reconnait officiellement que 4 voix. C’est le cas à Hachi Cheggar, à Sélibabi, dans les Hodhs et ailleurs. Apparemment, il y a comme une instruction pour réduire à néant nos résultats. Il y a lieu de préciser que nous étions par notre présence le 2è parti d’opposition après Tawassoul du point de vue du nombre de listes présentées par notre Parti : 63 listes municipales, 102 candidats à la députation et 9 listes régionales, ce qui a du effrayer le Pouvoir.

Nous avons la conviction que le peuple mauritanien n’a rien à nous reprocher, au contraire, il apprécie notre engagement pour la chose publique ; en revanche, le pouvoir en place nous en veut particulièrement parce qu’il a toujours considéré que nous sommes une opposition radicale ; il n’a pas donc hésité à se faire plaisir de nous créditer d’un pourcentage sur la base duquel, il finira par dissoudre notre parti.

A ce stade, nous avons introduit un recours en annulation contre cette mesure devant la Cour Suprême. Nous avons en même temps introduit une demande en sursis à exécution de l’arrêté du ministère de l’intérieur.

Propos recueillis par Dalay Lam
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

ENTRETIEN AVEC MOUHAMMAD BOUN ABDALLAH DIONNE : « Au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491.000 emplois net »

  • PDF

ENTRETIEN  AVEC MOUHAMMAD BOUN ABDALLAH DIONNE : « Au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491.000 emplois net »L’As : Monsieur le Premier ministre, vous êtes coordonnateur du pôle programme du Président Sall, a deux jours du scrutin, quelles sont vos impressions sur cette fin campagne ?

Mohammad Bon Abdallah Dionne :

Je pense que le peuple a montré sa grande adhésion à la perspective de développement proposée par le président Macky Sall : le Plan Sénégal émergent. Depuis le début de la campagne, on a vu des témoignages de sympathies et d’adhésion à l’homme Macky Sall en ce qu’il représente comme sagesse comme stabilité pour le Sénégal. On a vu également de grands témoignages par rapport à sa vision du développement, une vision dont le caractère distinctif passe par sa grande volonté d’embarquer tous les Sénégalais, de ne laisser personne à bord sur la voie de l’émergence. Cela s’appelle l’inclusion sociale, c’est l’axe 2 du Plan Sénégal émergent.

On sait que l’emploi de jeunes a été un de ventre mou du régime. Comment envisagez-vous d’inverser la tendance, en cas de réélection ?

Mais non, il n’y a  pas de problème avec l’emploi des jeunes. Aujourd’hui, le problème structurel que nous avons, c’est que par génération de 200 000 chercheurs d’emploi qui arrive sur le marché  chaque année. 45%de cette génération sort de l’école ou des daaras sans formation, sans métier. C’est pourquoi, le président de la République, même au cours de son premier mandat, a mis l’accent sur la formation professionnelle. Quand on veut régler le problème de l’emploi, nous avons deux leviers : Le premier, c’est l’offrede travail, c’est à dire les jeunes. Si vous avez 45% de jeunes qui investissent le marché de l’emploi, il faut investir massivement sur le marché du travail. Quand le président Macky Sall est arrivé au pouvoir à peine 5% de cette génération étaient orientée vers le système de la formation professionnelle. Tout le reste était dans l’enseignement général. Le président a donc investi massivement dans la création partout sur le territorial national, de centres de formation professionnelle. Vous l’avez vu inaugurer à Nioro, un centre doté de tous les équipements techniques nécessaires pour un investissement de 1,4 milliard. Vous m’avez vu inaugurer, au nom du chef de l’Etat, un centre de formation professionnelle à Gossas pour un investissement de 1,2 milliard. Partout le Président a mis en place de telles structures pour arriver justement à 15% au moins par génération orientée vers la formation professionnelle. L’objectif qu’il fixe à travers le Pse,   c’est que 30% des jeunes de chaque génération de jeunes, puissent être orientés vers la formation professionnelle. C’est comme cela que nous allons résoudre le problème de l’employabilité des jeunes. C’est la première mesure sur l’offre du marché. Un marché, c’est une offre, mais c’est aussi une demande. La demande vient du système productif. Le système de production, ce n’est pas que l’administration, c’est aussi le secteur privé. Je pense que le secteur privé a joué sa partition. Sur le premier mandat, nous pouvons dire que le secteur privé a investi et c’est ce qui nous vaut la croissance et elle a créé beaucoup d’emplois. Avec le Pse, dés 2015, nous avons créé avec le secteur formel, 70 0000 emplois par an. Aujourd’hui, nous tournons autour de 80 000 emplois par an. C’est pourquoi au cours du premier mandat, nous avons pu créer 491 000 emplois nets. Ce qui veut dire que les 500 000 emplois promis est un objectif atteint. Mais l’ambition du président est de faire plus. Sur le côté offre de travail, il dit : « Je mettrai dans chaque département grâce à un programme d’investissement public de 50 milliards, un centre de formation professionnelle pour les jeunes garçons et les jeunes filles du pays».

A Pikine, Macky Sall a fait une promesse de 1 million d’emplois pour les 5 ans à venir…

L’objectif est que chaque élève ait un métier et soit prêt à être employé. Et du côté de l’offre avec tout ce que nous faisons, en matière derenforcement de capacité que cela soit dans le secteur de l’agriculture, la pêche, de  l’élevage, de l’artisanat, que cela soit les industries qui arrivent avec les Zones économiques spéciales,   que cela soit avec les emplois verts, nous pensons que l’objectif d’un million d’emplois que s’est fixé le président est largement à notre portée. Je vous donne quelques exemples : Le Président vient de mettre en place le Pse vert pour s’occuperde la reforestation durable du territoire national.  Cela, c’est 50 000 emplois nouveaux, c’est du concret à travers l’Agence sénégalaise de la protection des forêts, nous perdons 40 000 ha par an du fait de l’homme. Pour ce qui est des Domaines agricolescommunautaire, il y a quatre nouveaux Dac, en construction avec la Banque islamique de développent.  C’est 30 000 emplois. Il y a également la Zone économique spéciale au niveau de Diamniadio  avec  un investissement  de 25 milliards  pour héberger des industries dont une qui a délocalisé ses activités du Rwanda, c’est environ  1000 emplois par an.  Le chef de l’Etat a signé avec son homologue chinois pour la phase 2. Ce qui permettra auparc industriel de s’étendre sur 50 hectares pour permettre  à des entreprises de s’y installer. Chaque entreprise, c’est au moins  dix mille emplois. Rien que sur Diamniadio ce sera 250 000 emplois dans la ZES de Diamniadio.

A vous entendre, on a comme l’impression  que le deuxième mandat est déjà plié alors qu’on est en campagne …

Mais, non ce sont des projets. Permettez-moi de conclure pour montrer la pertinence de ces idées. Pour le deuxième mandat, le Président a prévu dans son programme, « le programme sectoriel, Zéro bidonville », c’est 100 0000 logement, par an, c’est 20 0000 logements par an, soit 200 00000 jeunes qui seront employés. Compte non tenu des 80 000 emplois du secteur privé et des emplois générés par l’administration. Ce n’est pas du rêve, tout a été calculé et travaillé. Là nous sommes dans le concret, je ne parle même pas de l’impact que l’exploitation du pétrole et du gaz aura sur l’économie notamment avec la loi sur local content.

Les autres candidats ont aussi des programmes aussi alléchants…

Mais non, ils n’ont pas de programme. Une liste de vœux pieux, ce n’est pas un programme. Un programme, il doit être articulé. C est pourquoi, je tenais à vous livrer des détails précis sur notre programme. Regardez ce qui se dit. Mais, ils n’ont fait que du plagiat. Certains veulent même créer le pôle de développement de la Casamance que nous avons déjà créée. Les pôles territoires c’est l’acte 3 de la décentralisation. J’ai entendu un autre candidat parler de l‘introduction de l’anglais, mais cela c’est du plagiat.  Le programme du président Macky Sall, c’est le rendez-vous avec avec l’avenir : «Liggeeyal euleuk ». Il est dans le temps de l’action, mais il est aussi dans le temps du futur. Le Pse l’horizon c’est 2035. Il transcende le mandat du Président. Les trois piliers qui vont être intégrés dans le quantum horaire, c’est l’anglais. Aujourd’hui, l’espace numérique est dominé par l’anglais. Il dit : «Je mettrai l’anglais depuis le primaire».  Le deuxième pilier c’est l’informatique. Et enfin, le président a commandé la réécriture de l’histoire du Sénégal par nos meilleurs historiens, nos meilleurs historiens. Parce que pour le président après l’anglais et l’information, le troisième pilier, c’est l’histoire.  Ce qui nous permettra de nous connaître.

Vous avez qualifié Idrissa Seck de faussaire. Sur quoi fondez-vous vos accusations.

J’ai taquiné Idrissa Seck. Mais quoi que l’on dise, Idrissa Seck doit des explications aux Sénégalais. Il a été Premier ministre. Dites-moi ce qu’il a fait dans ce pays. Son bilan se régime aux chantiers de Thiès et à leurs conséquences. Mais les diplômes, je n’en parlerai pas. Mon oncle me disait : «Méfie-toi de deux personnes : celui qui a redoublé la terminale et celui qui a repris le Cm2 parce qu’ils ont le complexe de leur génération».

Vous parlez de Idrissa Seck qui est devenu quand même brillant après Hec.

On peut tout dire, je ne taquine personne, mais on se connaît tous. On sait qui est qui.  On se connaît bien.  Il se dit aussi qu’il a fait Hec. C’est ce qu’il a mis dans son CV, mais la classe préparatoire, ce n’est pas Hec.

Vous pronostiquez une victoire au premier tour. Cela est-il possible, à la lumière des foules drainées de part et d’autre des camps dans cette campagne?

Je sûr que le Président va passer au premier tour.  Vous voyez ce qu’il a fait. Personne ne discute de son bilan.  Lorsque j ai annoncé que 5 candidats seulement allaient passer le tamis du parrainage, je fondais cela sur le fait que n’eut été le plus fort reste, certains candidats qui parlent n’auraient pas siégé à l’Assemblée.

Ousmane Sonko en fait partie, mais là son poids électoral a flambé. Il ne vous inquiète pas…

Personne ne nous inquiète. Nous avons un candidat qui incarne la stabilité nationale. Vous savez là où nous sommes, c’était le bureau de Modibo Keïta, Président de la Fédération qui nous liait au Mali.  Vous voyez ce qui se passe dans ce pays frère agressé par de forces obscurantistes, salafistes qui déstabilisent le Mali et veulent avoir un débouché sur la mer, c’est à dire Dakar. Rendons donc hommage à l’action sécuritaire et diplomatique du Président Macky Sall qui nous a préservé jusque-là de ce type de menaces présentes à nos frontières. Aujourd’hui, le discours que j’entends de certains candidats montre qu’ils ne méritent pas le suffrage des Sénégalais, parce qu’ils portent en eux les germes de l’instabilité. J’ai écouté avec tristesse un candidat dire, à partir de Richard Toll, que le fleuve Sénégal est un fleuve 100% sénégalais, parce que de l’autre côté, il y a des Sénégalais.  Et que lui n’a pas peur de l’occident à plus forte raison de la Mauritanie.

Il s’agit de Ousmane Sonko ….

C’est lui qui l’a dit. Vous l’avez tous entendu. C’est facile d’être belliqueux, mais si c’est pour déstabiliser son pays, déstabiliser la paix dans la sous-région, menacer les frontières qui existent, cela devient de la paranoïa. Il faut dénoncer avec vigueur ce discours, parce qu’il n’a pas sa place dans un pays. Nous avons des ressources en commun avec la Mauritanie. Nous avons un peuple frère et ami avec la Mauritanie.  Vous n’êtes même président de groupe parlementaire, vous menacez. Que se passera-t-il le jour où vous deviendrez chef suprême des armées ? Heureusement, les Sénégalais ne sont pas dupes. Ils savent distinguer la bonne graine de l’ivraie.   Et c’est comme cela qu’ils vont réélire le Président Macky Sall qui incarne la stabilité de la sous-région et du pays.

Sur les questions de bonne gouvernance, votre régime est constamment critiqué. On vous accuse également d’instrumentaliser la justice avec notamment le cas Khalifa Sall ?

(Il nous coupe) Ecoutez, ce sont les juges qui jugent en toute conscience et en toute liberté. En tant que Premier ministre, je ne connais pas les juges, je ne les reçois pas et je n’ose leur parler. Vous voyez un chef d’Etat appeler un juge pour lui donner des instructions ? Non, mais à la minute qui suit, il convoque une conférence de presse. L’Exécutif travaille avec le procureur qui est l’avocat de la société. Et le justiciable a ses avocats. Le Président ne met personne en prison, c’est la loi qui met les gens en prison. Le Prison n’acquitte personne.

Me Wade menace d’empêcher la tenue de la présidentielle…

Nous sommes à quelques heures de la fin de la campagne, je voudrais appeler à l’apaisement.  Le Sénégal est un et indivisible. Nous aimons tous notre pays, il nous faut des plages de convergence. Le Président est un homme de dialogue et bien éduqué. Aujourd’hui, le Conseil Constitutionnel a validé cinq candidats. La campagne est en train de se dérouler, nous regrettons l’incident à Tambacounda. Nous le déplorons tous, maintenant il appartient à la justice d’en tirer les conclusions. Ce dont il s’agit, c’est d’aller à la rencontre du peuple sénégalais et pour l’Etat de faire respecter le droit du peuple à choisir ses dirigeants. C’est un rendez-vous par cinq.  Je pense que le Sénégal qui vote depuis les années 1840 ne mérite pas certains propos qui ne sont plus de cette ère. La démocratie sera respectée. Les suffrages seront protégés par l’Etat. Le vote aura lieu et Macky Sall va continuer à servir le pays Inchallah

Entretien conduit par Amadou BA

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

  • PDF

L'homme d'affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d'Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s'est rendu avec l'ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

Source : jeuneafrique.com