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Tribune Libre

Et si le Président Ghazouany réussissait son pari

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Et si le Président Ghazouany réussissait son pariImam Cheikh : Je suis l’un des premiers mauritaniens à avoir appuyé avec force le processus qui aurait dû mener notre pays enfin à une alternance pacifique et démocratique réelle.

Depuis 2015 j’ai écrit une série d’articles appelant au dialogue inclusif avec l’opposition et soutenant sans réserve la décision du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas briguer un troisième mandat et de se conformer ainsi aux dispositions de la constitution.

Ce dernier acte posé par l’ancien président avait aiguisé mon appétit démocratique allant jusqu’à me faire croire que le cadre était déjà posé pour un dialogue décisif vers une transition réelle et un changement notoire dans notre système politique ouvrant ainsi la voie à une réorientation de notre système de gouvernance et une refondation de nos institutions démocratiques permettant une égalité de chances devant des urnes qui seront le seul arbitre dans un jeu démocratique sain.

A notre grand désespoir, le déroulement de l’élection présidentielle du 22 juin, entaché de fraudes et d’irrégularités multiples et criantes, a confirmé que la CENI, le Conseil constitutionnel, la HAPA ont été en dessous des attentes du peuple mauritanien ;

Les candidats qui se sont lancés dans l’arène de l’élection présidentielle, et dont j’ai soutenu et continue de soutenir l’un d’eux, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ont fait les frais de ce déficit institutionnel ;Ils ont beau crié gare dans un premier temps et ensuite crié haro sur le baudet à l’issue du scrutin, rien n’y fit, le rouleau compresseur déroulé par l’indécrottable force de l’alliance entre le pouvoir militaro affairiste, la ploutocratie, la féodalité, une élite avachie, un clergé opportuniste, et tous ceux qui les suivent consciemment ou inconsciemment depuis 1978, broya l’espoir d’un instant de voir naitre une autre Mauritanie.

Et pourtant la victoire pour cette naissance était là, à portée de main, si des mains occultes n’en avaient décidé autrement et à dessein. A l’aube du 23 juin, après une longue nuit qui gardera les traces indélébiles d’une fracture de la Mauritanie en deux, l’on s’est rendu compte que 48%, des mauritaniens, (le chiffre de la CENI et du Conseil constitutionnel en dépit des irrégularités et de la fraude), veulent autre chose…Le chiffre est symbolique et révélateur.

Il lance un signal fort: Les mauritaniens s’affranchissent de plus en plus des tutelles, des maitres penseurs, des objecteurs de conscience fourbes, des rabatteurs de voix et commencent à se forger leur propre opinion et leur propre décision ; Un acquis considérable dans la formation des nations démocratiques car la prise de conscience individuelle et le libre choix sont la quintessence et la sève nourricière de toute démocratie républicaine.

Il est clair, comme je l’avais souvent dit, que le paysage politique de la Mauritanie avant 2019, ne sera plus le même après 2019. La Mauritanie change, a changé et le mérite en revient à tous ces grands hommes politiques surtout de l’opposition qui ont abattu, durant des décennies, tant d’énergie, de temps et de moyens à leur propre détriment souvent, pour atteindre cet objectif. Dans le même sillage, le pouvoir, ses hommes politiques, ses élites…doivent changer. Le président de la République élu, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, a, devant le peuple et l’histoire, une lourde responsabilité.

Il est, de l’unanimité des mauritaniens, un homme posé, intelligent, doté d’un sens aigu du respect de l’autre et de la convivialité, patriote, et capable de rassembler…Ce n’est nullement de la flagornerie, ni de la complaisance, ni de la compromission, c’est une conviction fondée sur un constat réel, je connais l’homme personnellement depuis deux décennies.

Je fais la part entre l’homme et ses qualités intrinsèques et le système auquel il a appartenu et contre lequel j’ai voté pendant l’élection présidentielle. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce système à avoir gardé une hauteur de vue par rapport à certains errements de la gouvernance passée; Son premier ministre et son directeur de cabinet font partie de cette minorité de hauts commis de l’Etat et personnalités qui se distinguent du lot.

Espérons qu’ils fassent des émules dans le gouvernement en cours de formation. Par ailleurs, je crois personnellement que le nouveau président avait pris ses distances des écarts de toutes sortes constatés pendant la campagne électorale, et qu’il a tout fait pour être au-dessus de la mêlée. Ses discours ont toujours été de haute facture et ont constitué une source de fierté pour ses sympathisants et de rassurance pour ses adversaires. Cet état de grâce, appuyé par une reconnaissance de la communauté internationale, n’est pas sans fin, surtout qu’il gère depuis son arrivée à la tête de l’Etat, une situation confuse avec une administration désarticulée et des déséquilibres budgétaires dangereux. Le Président Ghazouany doit saisir la portée de cette élection.

Il doit se considérer à la tête d’un pays, coupé en deux courants d’opinion opposés et à peu près égaux, un pays en transition permanente vers une réelle démocratie. Sa promesse d’être le président de tous les mauritaniens n’est pas passée inaperçue. A cet effet il doit lancer de grands chantiers indispensables à la pérennité de la Mauritanie en tant que nation forte, respectée, libre et indépendante.

D’abord sauver notre économie nationale des conséquences désastreuses de l’improvisation et de l’amateurisme, et la rebâtir sur des bases solides en fonction des exigences de l’heure et des défis liés à l’exploitation très prochaine du gaz et du pétrole ; Deuxième défi, notre système éducatif est dans une situation de déliquescence et ne répond nullement aux demandes liées aussi bien au marché du travail actuel qu’à celui de la prospective ;

Ajoutons-y son impact dévastateur sur notre unité et notre cohésion nationales ; La Mauritanie souffre de plus en plus des fossés et des fractures sociales. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’on a malheureusement constaté combien le vote identitaire prend de plus en plus de place. Parallèlement il est impératif de procéder à la refondation de nos institutions et la réorganisation de l’espace démocratique ; Cela sous-entend la révision totale de la présente CENI, du Conseil Constitutionnel, de la HAPA, une dissolution et une réélection de l’assemblée nationale, des conseils régionaux, des communes dont il faut procéder à une relecture des prérogatives.

Ces grands projets ne pourront être soutenus et accompagnés que par des citoyens, civiquement responsables et en pleine possession des exigences de l’Etat citoyen. Dès lors s’imposent une « repersonnalisation » de l’homme mauritanien, une construction des esprits, une préparation et une habilitation des mauritaniens à affronter les défis qui nous assaillent de partout et que seuls des citoyens éduqués, émancipés, responsabilisés pourront relever.

Affronter ces défis et les gagner requiert l’apport de tous les acteurs politiques, de toutes les organisations non gouvernementales, de toute l’élite, de chaque citoyen, à quelque niveau qu’ils soient. Le slogan de sa campagne, la teneur de ses discours font penser que le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, pourrait être l’homme du consensus tant recherché par le peuple mauritanien ; Un consensus fondé sur la justice, l’équité, la fraternité, sur une volonté d’éviter la chasse aux sorcières, de ramener tous les fils de ce pays au bercail et de les remettre dans leurs droits et leur dignité. A défaut, les mauritaniens continueront de subir, subir et subir …..

Et le mythe de Sisyphe sera toujours là …... Le développement du pays, son indépendance, l’épanouissement de son peuple, sa fierté et son honneur, l’avenir des futures générations continueront à être hypothéqués en permanence. L’atmosphère de concertation, de dialogue et de compréhension réciproque tant souhaitée par le peuple s’éloignera tel un mirage une fois de trop…

Imam Cheikh

Source : Imam Cheikh

 

Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY Mustapha

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Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Lorsque John Maynard Keynes, débarqua en Mauritanie, la première impression qu’il eût et qu’il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles...et la pauvreté des gens...en ressources élémentaires.

Ce fut pour lui un élément fondamental de réflexion et il passa de longs mois sous une khaima en méditation pour théoriser ce paradoxe. Il s’appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics ont joué dans cette misère. Lui, fervent défenseur de l’interventionnisme économique de l’Etat, voici que cela contredisait sa philosophie de l’Etat bienfaiteur.

Je l’ai rencontré par hasard, enturbanné debout à la lisière d’une kebba en profonde méditation devant un groupe de groupe de jeunes gens désœuvrés à l’ombre d’une baraque branlante.

Question : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir...

Q : Quel spectacle n’est-ce pas ?

Keynes : Oui, ça me rappelle les jeunes de Liverpool...

Q : Ce n’est pas le plein emploi ...

Keynes : tout-à-fait, nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de faible durée. Tout le monde ici chôme. Curieux n’est-ce pas ?

Q: Et pourtant, monsieur Keynes l’Etat mauritanien est plus qu’interventionniste.... Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C’est justement ce qui me fait réfléchir…je dois revoir mon multiplicateur !

Q : Vous pensez qu’il n’est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l’Etat investit et que la pauvreté est criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q : Qu’est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour compte « d'un cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu’il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective anticipée par les agents économiques...

Q : La demande effective est faible et l’anticipation par les agents économiques de cette demande est quasi-nulle...Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroitront leur offre aussitôt absorbée par cette demande qui générera une distribution de revenus par la relance de l’emploi et donc un accroissement des investissements des entreprises et donc distribution de richesses. Formation brute capital fixe d’où croissance économique.

Q : Cela doit être en principe le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors qu’est-ce qui passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l’Etat. Pourquoi cela ne marche pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible et l’offre l’est aussi.

Q : Et votre "multiplicateur" alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n’est pas forte l’état peut relancer l’économie à travers la dépense publique...

Q : depuis qu’il existe l’Etat mauritanien ne fait que dépenser...Est-ce à dire que les tenants de l’école classique qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. En fait lorsque j’ai préconisé l’interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyen de relancer l’économie, j’avais pensé ces solutions dans le contexte d’une économie occidentale où l’investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q : C’est intéressant ça. Cela veut dire?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur : lorsque l’Etat fait une relance budgétaire donc en investissant, les revenus vont augmenter donc la consommation va augmenter. Les entreprises, pour face à cette consommation, vont augmenter leur production d’un niveau équivalent à la part de revenu consacré à la consommation. D’où hausse de l’emploi et distribution de nouveaux revenus entrainant une nouvelle propension à consommer. D’un autre côté la part du revenu non consommé, à savoir l’épargne augmente dégageant ainsi d’importants capitaux permettant l’investissement. Après une certaine période, l’économie va s’autofinancer par l’épargne réalisée grâce à l’accroissement du revenu des agents économiques.

Q : Donc, si je comprends bien au bout d’un certain cycle (disons cinq ans, par exemple) la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c’est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique et qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de votre économie.

Ainsi mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie. Valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires répartis et en épargne. Ce n’est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu’il y a un effet que j’appellerai de « déperdition » dans mon multiplicateur quand on l’applique à votre pays.

Q : C’est probablement notre politique monétaire qui ne s’articule pas efficacement avec notre politique budgétaire...

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques....

Q : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci en termes de valeurs ajoutées est quasi-inexistante. Or toute détermination de l’accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l’élasticité de cette production nationale. Ainsi par exemple toute volonté d’accroître le pouvoir d’achat est forcément limitée par la faiblesse de l’appareil de production national mauritanien. Ainsi Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l’inflation, la résorption de monnaie par une offre marchande correspondante et donc par la consommation est théoriquement réduite. Aussi l’Etat se trouvera sous contrainte extérieure d’importation, d’endettement extérieur pour faire face à une demande à laquelle la production nationale ne peut faire face. Les conséquences en sont alors évidentes pour la politique monétaire qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes (contraintes extérieures).

Q : Cela signifie donc que l’on ne pas peut parler de politique monétaire que si l’Etat développe une politique industrielle et commerciale....

Keynes : On ne peut relancer l’investissement si l’Etat achète tout de l’Etranger y compris ses machines…Or c’est par l’investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l’on génère la croissance fondement du plein emploi et de l’accroissement des recettes publiques qui cycliquement rétabliront les équilibres budgétaires.

Q : Cela signifie-t-il qu’en Mauritanie nous ne sommes ni maître de notre politique budgétaire et encore moins de notre politique monétaire qui doit l’accompagner.

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l’économie et des finances publiques de votre pays. L’absence d’un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d’achat font que le déficit budgétaire ne peut être un moyen de relance de l’économie.

Q : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape à mon avis fondamentalement la croissance économique du pays et empêche les politiques de l’Etat (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c’est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l’Etat à long terme...

Q : Et à long terme on est tous morts !

Keynes : Non pas de précipitation. Ça je l’ai dit dans un autre contexte... Ce qu’il faut dire c’est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L’enlisement de l’Etat dans les projets de grande envergure financés à coup d’endettements internationaux hypothèque toute appréciation de l’efficacité des politiques budgétaires adoptées.

L’Etat Mauritanien n’est ni maître de la quasi-totalité de ses ressources (provenant de l’emprunt international) ni de ses investissements (monopolisés par des projets d’envergure). Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle, permettant de doter le pays de ses outils de production, aucune stratégie d’infrastructure de base immédiate, permettant aux populations d’améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, ne sont réalisées en continu.

Si aujourd’hui, les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout (de l’eau à l’électricité en passant par les produits alimentaires) et si le niveau de vie s’est considérablement dégradé suivi par la flambée des prix, le chômage et la crise des ménages, c’est que l’Etat Mauritanien investit ailleurs dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années... Et d’ici-là...

Q : On est tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l’investissement dans les projets prioritaires à moyen et court terme auraient mieux aidé à aller vers le développement...Ainsi le grand projet "d’Aftout Essahli" apportera probablement de l’eau jusqu’à Nouakchott mais il n’améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se serait d’ici là fortement dégradée...

Q : Est-ce à dire que l’Etat aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire ), dans l’amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines etc.), dans la création des institutions de développement (institut de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d’un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l’assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l’économie, avant d’entamer de tels projets d’envergure qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources, ni infrastructures ?

Keynes : D’autant plus qu’il faut savoir que ces grands projets, jusqu’à leur réalisation, vont réduire à néant toute velléité de l’Etat d’adopter une politique budgétaire visant à relancer l’investissement et la croissance.

En effet (outre qu’il accapare ses ressources), le financement de ces projets provenant de l’emprunt étranger va servir à financer des compagnies étrangères maître d’œuvre des projets qui fourniront les biens (machines, outils, etc.) et les services (ingénieurs, techniciens etc.) et tout cela de l’étranger ! Cela signifie que l’Etat ne réalisera pas grâce à ces investissements sur ces grands projets, une distribution de revenus à l’échelle nationale (la main d’œuvre étant étrangère) , ni ne participera à financer une industrie nationale (qui fournirait les machines et les outils).

Donc pas d’accroissement de revenus pas de création de valeur ajoutée par les entreprises nationales (inexistantes). L’Economie de votre Etat ne bénéficiera donc pas de l’investissement réalisé par l’Etat. Or je l’ai dit une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle... Il ne sert à rien de relancer l’investissement si on acquiert ses machines à l’étranger et de surcroit si on les acquiert par un endettement qui ne serait pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q : Vous me semblez très pessimiste, monsieur Keynes...

Keynes : Et vous, ne l’êtes-vous pas ?

Q : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes…ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d’un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou prit un air de philosophe (qui siérait bien à Hayek) et dit : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n’est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie, c’est l’intégrité des hommes qui la dirigent.

Q : L’intégrité ? M’écriais-je. Oui, je crois aussi. Mais n’aurions-nous dû pas commencer par-là, monsieur Keynes ?

Il eût un hochement de tête, et s’en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé pied ici c’est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pour quoi.

Pr ELY Mustapha
Source :
Pr ELY Mustapha

 

 

 

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar Yali

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[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar YaliOumar Yali - A moins des dix jours qui nous séparent encore du scrutin présidentiel prévu pour le 22 juin 2019,

il se précise et se confirme pour s’imposer comme réalité têtue, les signes augurant l’absence totale d’un minimum de clarté électorale de nature à placer les candidats de l’opposition et leurs électeurs dans un état d’esprit tel que vainqueurs ou vaincus ils se consolent de l’avoir été d’une manière plus ou moins transparente. En effet:

A) La CENI, pièce maîtresse de tout le processus électoral, pièce qui, statutairement est consensuelle et au sein de laquelle les parties prenantes devraient être représentées, n’est aujourd’hui, en son comité des onze sages, composée que d’éléments du camp de la majorité ou d’éléments de l’opposition jadis appelée opposition dialoguiste et qui ont rejoint la majorité soit en l’intégrant complètement avec armes et bagages, soit en soutenant Ghazwani, candidat de cette majorité et donc du pouvoir ;

L’on peut, compte tenu de la naissance et de ce qu’est devenue l’opposition dite dialoguiste conclure sans grand risque de se tromper que cette force n’est rien d’autre qu’un instrument créé et utilisé’ par Aziz à des fins politiques.

B) Aux questions relatives au choix des membres des bureaux de vote (choisis uniquement dans le camp du pouvoir ) au zèle démesuré et abus de pouvoir dont ces membres font preuve (refus de délivrer des PV de dépouillement aux représentants des candidats de l’opposition et même, renvoi de ces représentants en plein exercice de leur mandat) ; à ces questions importantes, les réponses données par les hautes autorités de la CENI sont évasives et loin d’être rassurantes ;

C) Le blocage de l’accord bipartite opposition/pouvoir que d’aucuns considèrent comme une ingérence de l’administration dans le choix libre de l’opposition en vue d’empêcher celle-ci de se faire dignement représenter dans le comité des sages, voire conserver, comme présentement c’est le cas, le caractère unilatéral de ce véritable organe de suivi, de contrôle, de supervision, d’impulsion et de régularité des élections. Ce blocage opéré par l’administration fait ressortir d’une façon on ne peut plus claire la volonté manifeste de gérer unilatéralement les prochaines échéances électorales et ouvrir la voie à toutes sortes de malversations.

D) Le refus d’accepter, sous prétexte d’une autosuffisance encore à prouver, l’absence de l’observation internationale de cette élection présidentielle intervenant au moment où l’opinion nationale est avide de changement démocratique issu d’élections transparentes n’est nullement de natures à rassurer. Au fait il y a lieu de s’inquiéter face à ce refus.

E) Le fait de confier la confection des bulletins de vote à un homme d’affaires intimement lié au Président sortant Aziz et donc ne pouvant qu’être naturellement très favorable à son dauphin Ghazwani, et ce au détriment des autres candidats à la Présidence de la République, ne peut en aucun cas gagner la confiance des électeurs et des candidats qu’ils soutiennent.

F) L’accompagnement de Ghazwani par Aziz durant la précampagne ainsi que la présence de ce second, côte à côte avec le premier pendant la cérémonie de lancement de la campagne ne dénote pas la neutralité qu’un Chef d’Etat devrait observer dans l’intérêt de la transparence des élections. Aux yeux du citoyen cette omniprésence de AZIZ n’a d’autre signification que la volonté de garder la main mise sur le pouvoir à défaut d’un troisième mandat.

Considérant ce qui précède, l’appréciation que je porte sur la transparence des consultations électorales du 22 juin 2019 est totalement contraire à l’optimisme que font miroiter les autorités mauritaniennes car face à la tendance au changement auquel aspire le peuple, s’oppose la volonté manifeste des généraux à conserver le pouvoir. Ainsi, si des mesures rectificatives ne sont pas prises pour minimiser les risques de débordements, le pays s’enfoncera dans la voie de l’inconnu. Pour éviter cette aventure aux conséquences à la fois incalculables, fâcheuses, lourdes et coûteuses, nous devons, pour le reste du présent processus, veiller scrupuleusement à l’expression libre de la volonté des électeurs et au respect de leur choix. Là intervient l’entière et pleine responsabilité de ceux qui nous gouvernent et celle de la CENI.

Nouakchott le, 12 juin 2019
Oumar YALI




 

 

[Tribune] Le rôle des multinationales dans les violences en Afrique

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Par Nicolas Berman, Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU).

Qui fait quoi dans les conflits miniers en Afrique ? Traquer l’origine des minerais n’est pas chose aisée pour les multinationales. Pourtant, face à l’ampleur des dégâts humains et sociaux, leur responsabilité est fortement engagée.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de The Conversation.

Par Nicolas Berman Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU), coauteur, avec Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig d’un article scientifique montrant que la présence de firmes étrangères en Afrique augmente la violence des territoires miniers.

En février 2019, Apple s’est engagé à améliorer la traçabilité de ses matières premières. Dès 2017, la firme avait été saluée par l’ONG Amnesty International pour avoir publié les noms de ses fournisseurs de cobalt afin d’éviter d’alimenter le travail des enfants en République démocratique du Congo (RDC). La firme est membre de l’initiative RMI(Responsible minerals initiative), un organisme visant à faire respecter les droits de l’Homme dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces initiatives contrastent avec les pratiques actuelles de la plupart des entreprises. Souvent implantées en Afrique, là où les sous-sols regorgent de matières premières, elles contribuent à alimenter un terrain déjà très conflictuel. Leur rôle dans l’augmentation de la violence en Afrique a été détaillé par un article scientifique des économistes Nicolas Berman, Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig.

Les auteurs s’appuient sur une étude géolocalisée mettant en parallèle la présence des firmes et l’occurrence des conflits miniers. Ils ont quadrillé l’Afrique par zones de 55 sur 55 kilomètres pour analyser l’impact de l’augmentation du prix de 14 minerais. Leurs résultats suggèrent qu’une hausse des prix des matières premières augmente la violence uniquement dans les zones exploitées par des firmes étrangères.

Des pratiques douteuses

Là où règne le non-droit, les multinationales s’adaptent

Pourquoi une telle différence entre les entreprises domestiques et étrangères ? Une des explications avancées est celle de leur vulnérabilité par rapport aux extorsions rebelles. Alors que les entreprises domestiques disposent généralement de la protection de l’armée ou de l’État, les multinationales étrangères doivent faire sans.

Si elles s’implantent dans des zones instables, comme c’est le cas dans beaucoup de territoires miniers, elles doivent composer avec les pratiques des groupes en place. Là où règne le non-droit, elles s’adaptent.

C’est exactement ce qui s’est passé pour la firme chinoise Kun Hou Mining, de 2013 à 2015, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Pour extraire l’or de la rivière Ulindi, située au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, elle a su jouer du droit coutumier en place. Elle s’est appuyée sur la corruption des autorités locales et le soutien de milices opérant sur le territoire pour avoir accès aux mines.

En échange, elle leur a envoyé des liasses de billets, des armes et des rations alimentaires. Le butin récolté a pris le large vers Dubaï. Résultat : dans la province du Sud-Kivu, l’extraction de l’or n’a officiellement généré aucun revenu fiscal. Une histoire parmi tant d’autres pour ce pays de la région des Grands Lacs.

La richesse de son sous-sol et la faiblesse de ses institutions se conjuguent pour en faire un terrain d’affrontement où les droits de l’Homme sont bafoués. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Seconde Guerre du Congo (1998-2003) a été le conflit le plus meurtrier et ses répercussions n’ont pas cessé de secouer le pays.

L’influence des entreprises étrangères sur le sol africain est loin d’être négligeable quand on sait qu’elles représentent 60 % du total des firmes. Si elles ne sont pas tenues de rendre des comptes, elles deviennent des facteurs d’instabilité majeurs pour le continent. Mais toutes n’ont pas le même profil. Pour les firmes implantées dans les ex-colonies, les comportements sont différents.

Qui paye un tribut aux milices sur place ?

Certaines multinationales jouissent de la protection des États africains grâce aux liens historiques qui les unissent. Ici, le passé colonial imprègne encore le tissu économique. De nombreuses recherches scientifiques ont souligné la proximité qui persiste entre les firmes des anciens colons et les gouvernements des anciennes colonies.

Les entreprises reçoivent une attention toute particulière de la part de l’État et sont plus facilement protégées par l’armée. Cela leur offre une marge de manœuvre plus importante dans l’exploitation des ressources.

Les quatre économistes rejoignent ce consensus. Leurs estimations suggèrent que ces multinationales n’ont pas d’incidence significative sur l’augmentation de la violence. Toutefois, comme elles ne représentent qu’un cinquième de l’échantillon de firmes étrangères qu’ils étudient, ils invitent à continuer les analyses.

Les entreprises nord-américaines ou chinoises par exemple, doivent généralement faire face à l’insécurité sans bénéficier de protection externe. Pour l’obtenir, elles sont prêtes à payer le prix. Bien souvent, la rançon qu’elles payent alimente les activités rebelles et les trafics illégaux. Cet argent permet aux milices de se maintenir en place et d’étendre leur zone d’influence.

Les mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ?

Des initiatives visant à modifier les pratiques des entreprises se sont peu à peu mises en place. Parmi elles, la section 1502 de la loi Dodd-Franck de 2010 qui visait principalement le commerce avec la République démocratique du Congo. Bien que menacée par l’administration Trump, elle impose aux entreprises américaines de révéler l’origine des minerais qu’elles utilisent.

De telles mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ? Les auteurs se sont penchés sur les multinationales qui ont signé l’ICMN(International Council on Mining and Metals), pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises.

Pour vérifier l’efficacité de telles mesures, les quatre économistes localisent les entreprises signataires et étudient leur correspondance avec les conflits. Le résultat semble encourageant puisque les signataires n’ont aucun effet sur la violence. Une bonne nouvelle pour ces régions où de nombreuses initiatives fleurissent depuis quelques années. Mais les entreprises ne sont pas les seuls leviers.

De nouvelles initiatives de la part des États

Le 9 avril, le gouvernement nigérian a décidé de bannir toute activité minière dans la région de Zamfara, pour restaurer la paix. Le ministre des Mines et du Développement sidérurgique, Abubakar Bwari, a précisé « Lorsque nous visons le développement d’activités économiques, nous devons aussi penser aux aspects humains et aux pertes humaines dont nous sommes témoins ».

Pour ce faire, le gouvernement a donné 48 heures aux étrangers impliqués dans les activités minières pour quitter son territoire.

Comme le Nigeria, les États africains ont un rôle de premier plan dans la stabilisation de leur territoire. Ils doivent lutter contre la corruption qui gangrène leurs institutions et sert de caution aux activités illégales. Une Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), s’est créée en 2003 avec l’objectif de créer une norme pour respecter la traçabilité en matière de ressources pétrolières, gazières et minérales.

Elle s’applique aujourd’hui à 52 pays à travers le monde. Selon l’étude des auteurs, la participation des États africains à cette ITIE a des répercussions positives sur l’incidence des conflits (même si leur adhésion est relativement récente et que les calculs nécessiteraient davantage de données). L’exacerbation de la violence due à une hausse des prix en est amoindrie.

À travers la traçabilité des minerais, les États reprennent aussi la main sur leurs ressources. Le Niger et le Nigeria ont signé le 26 mars 2019 un mémorandum d’entente afin de mutualiser leurs efforts dans le secteur minier et ainsi augmenter sa contribution au PIB. De nouveaux codes miniers ont éclos pour renégocier la position des compagnies étrangères dans l’industrie minière.

Le dernier en date est celui de la République démocratique du Congo qui a imposé de nouvelles taxes en mars 2018. Le nouveau Président Félix Tshisekedi pourrait désormais aller plus loin, toujours avec le même objectif : permettre au pays de générer plus de revenus grâce à ces ressources.

La RDC ne fait que suivre une dynamique entamée par bien d’autres pays depuis déjà une dizaine d’années (l’Afrique du Sud, le Maroc, le Mali, le Sénégal, le Niger, la Guinée ou encore le Burkina Faso par exemple).

L’effet de telles mesures de traçabilité et de transparence est complexe : certaines recherches montrent par exemple que le Dodd-Frank Act, au lieu de réduire l’insécurité, a notamment incité les groupes armés à réorienter leurs actions vers des actes plus violents, comme le pillage des populations locales. Selon le contexte et l’application qui est faite de la mesure, les effets peuvent varier.

Ces mécanismes sont récents et encore peu étudiés, c’est pourquoi les auteurs appellent à de nouvelles analyses. Toutefois, ces premiers résultats encouragent les États à mettre en place des mesures pour contrer ces pratiques illicites. Surtout, ils intiment aux entreprises d’assumer leurs responsabilités lorsqu’elles s’installent dans un territoire minier.

Source : jeuneafrique.com


 

 

[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômes

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[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômesAgoraVox - Ampleur des dégâts et sous-développement socio-économique et technoscientifique.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Discrétion oblige je m’en suis tenu à l’observation mais avant de quitter Nouakchott

L’ampleur de la falsification était telle qu’elle toute touche toute la sphère de l’université, de son administration interne, de l’administration de tutelle et même toute l’administration mauritanienne si l’on s’en tient uniquement au service public…l’enseignement privé, lui, n’était certainement pas épargné.

Ceci me fut encore confirmé lors d’un récent séjour à Nouakchott et visitant quelques administrations publiques de la place, je fus surpris par le nombre de personnes qui s’interpelaient par le terme “Docteur”. Dans un ministère j’en ai même compté une vingtaine par étage. Tous les directeurs, les chefs de services, et la plupart des cadres se donnaient du “Docteur”. Du “Docteur” en veux-tu ? En voilà.

J’aurai été ravi de cette situation si elle n’était pas quelque peu bizarre. Et ce n’est point un jugement de valeur puisque je connais le cursus universitaire de certaines des personnes rencontrées et qui ne pouvaient ni de près, ni de loin se prévaloir du titre de docteur. Et pourtant, elles s’en targuaient. Alors que se passe-t-il pour qu’un titre universitaire aussi prestigieux, chèrement acquis aux prix de l’intellect, et du sacrifice d’années entières d’une vie de recherche souvent difficiles, et durement passées, puisse aujourd’hui devenir un titre que chacun porte ?

Cette situation porte gravement atteinte au développement du pays (I) et se doit de trouver une solution à travers l’analyse de la situation, ses origines et de son ampleur (II) vu les préjudices causés aux véritables diplômes mauritaniens (accaparation des emplois par les faux diplômés, ternissement de l’image du véritable diplômé mauritanien) et au développement du pays (incompétence, culture de la médiocrité, atteinte au développement dans tous les secteurs).

I) Les faux doctorats et les conséquences sur le développement du pays

Les développements qui suivent peuvent être appliqués, quant aux conséquences, à tous les faux diplômes. Toutefois, la falsification du doctorat revêt une importance particulière du fait de la nature de ce diplôme (a) et des conséquences que ce diplôme peut avoir sur le développement du pays (b)

a) Le doctorat qu’est-ce que c’est ?

Le doctorat (du latin doctorem, de doctum et supin de de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Dans la plupart des pays, la préparation d'un doctorat dure en général trois ans (durée jugée normale en sciences formelles et naturelles) et peut se prolonger plus longtemps en sciences humaines et sociales (six ou sept ans en droit) (Wikipédia).

La durée du doctorat et son appellation dépendent des pays et des universités. Sur cette variété, nombre d’article résume la situation pour un certain nombre pays

Nous nous attacherons simplement à donner le schéma classique d’aboutissement au Doctorat. Schéma qui correspond à la plupart des cursus universitaires sérieux et reconnus. Ainsi distinguons trois types de diplômes qui portent cette appellation de “doctorat”, mais qui ne sont ni équivalent dans leur durée ni dans l’échelle des études universitaires. Le Doctorat de troisième cycle, le doctorat d’université et le doctorat d’Etat.

Le doctorat de troisième cycle, comme son nom l’indique sanctionne des études de troisième cycle. Il porte l’appellation Doctorat suivant les universités, certaines universités ne délivrent que des diplômes de troisième cycle équivalent appelés DEA (Diplômes d’Etudes approfondies), ou plus récemment Mastères de troisième cycle.

Ces derniers suivant les récentes réformes se subdivisent, grosso modo, en “Masters spécialisés (ou “professionnels”) et en Masters généraux (ou de “recherche”). Seuls ces derniers donnent la possibilité de s’inscrire en doctorat. Mais ni les premiers, ni les seconds ne confèrent, en tant que diplômes de troisième cycle, le titre de Docteur.

Le titre de docteur est attribué aux titulaires d’un Doctorat d’Etat, premiers doctorats reconnus par les universités, et les titulaires des doctorats d’université, crées ces dernières années.

Ainsi, sans entrer dans l’exhaustivité ,(systèmes classiques/récents LMD) et quelle que soit la pluralité des systèmes, le règle est claire : n’est docteur que celui qui est titulaire d’un doctorat d’Etat ou d’université ou d’un titre équivalent en nombre d’années de recherche, et cela après l’obtention d’un diplôme de troisième cycle quelle qu’en soit l’appellation (d’une durée de deux ans dont une année d’étude et une année de recherche) après une maitrise ou un licence de ( trois à quatre ans ). Le doctorat (notamment d’université lui-même variant dans sa durée entre 3 ans et 5 ans. Le doctorat d’Etat, pouvait aller jusqu’à 7 ans et l’on a pu constater qu’il pouvait même aller au-delà.

Pour résumer : Baccalauréat « Maitrise » 0 Diplôme de Troisième cycle » Doctorat.

Tout autre circuit pour l’obtention d’un Doctorat est incomplet et dans tous les cas douteux. Et cela quelle que soit l’université ou le pays qui le délivre.

Ceci ne concernant pas les Doctorats “Honoris Causa”, qui sont des doctorats d’honneurs délivrés par des universités à des personnalités pour leur action dans des domaines divers à l’échelle nationale ou internationale (politique, diplomatique, social etc.). Mais même là encore, ce diplôme n’honore pas forcément l’université qui la délivré ni celui qui le reçoit (certains dictateurs avaient reçu ce doctorat honoris Causa).

C’est autant dire donc que l’obtention d’un Doctorat est une affaire à prendre avec la plus haute importance et cela est d’autant plus impératif que les conséquences des faux diplômes sur le développement des pays sont extrêmement graves.

b) Les conséquences faux doctorats sur le développement en Mauritanie : la destruction du capital humain

Dans l’approche économique, les différentes théories (du capital humain, du filtre et du signal et du statut social, notamment) attribuent des fonctions extrêmement importantes aux diplômes dans le développement. Il ne fait pas de doute qu’ils sont l’indicateur premier des qualifications du capital humain dont dispose un pays.

On série les qualifications suivant le niveau du diplôme obtenu, l’expérience acquise venant renforcer ces qualifications. Les statistiques sur les diplômés permettent de donner une image non seulement du niveau d’éducation mais des capacités des ressources humaines dont dispose le pays. Le diplôme est aussi dans la théorie du filtre et du signal, un moyen de détecter ceux qui sont potentiellement capables de remplir les fonctions attendues. Ils signalent un niveau d’étude et permettent de prétendre passer par le “filtre” de sélection des recruteurs publics ou privés.

Ce qui est extrêmement important, pour l’emploi des compétences ; et des études récentes montrent que l’existence de ces filtres sont des déterminants de l’investissement de compagnies étrangères dans certains pays en développement.

Enfin, dans la troisième approche, le diplôme permettant à celui qui le détient un statut social spécifique, il lui offre un positionnement non seulement sur le marché du travail (théorie du capital humain, du filtre et du signal), mais aussi sur le plan social. Le niveau du diplôme déterminant sa prétention à de fonctions plus élevées, à une meilleure rémunération et à un niveau de vie plus élevé.

Le doctorat est par essence un diplôme délivré à une personne qui, à travers un cursus universitaire accompli a acquis après plusieurs années de recherche, un savoir et une certaine maitrise de son domaine de compétence.

Dans les universités de renom, seuls ceux qui ont obtenu de bonnes mentions à la fin des différents cycles par lesquels ils sont passés, sont autorisés à s’inscrire en Doctorat. C’est autant dire que le Doctorat est par essence sélectif et concerne des personnes qui ont une certaine latitude scientifique et veulent continuer dans ce sens pour le développement de la connaissance. C’est autant dire donc que celui qui obtient son doctorat a un précieux bagage scientifique et intellectuel qu’il est appelé à enrichir et à transmettre.

Le docteur c’est, donc celui qui a accumulé une importante somme de connaissances dans son domaine, qui a maitrisé les outils conceptuels, méthodologiques, pédagogiques et techniques lui permettant de faire de sa discipline un champ fructueux de recherche, de développement et de progrès. C’est autant dire que son apport pour le développement est important.

Le diplôme de docteur, permettant à son titulaire d’occuper des hautes fonctions du moins des fonctions clefs dans l’enseignement, la recherche, l’administration publique et privée (tous secteurs confondus), on comprend alors non seulement la déperdition que subit la nation entière en ne l’employant pas. Et l’on comprend par là même, la catastrophe que pourrait subir une nation en employant de faux docteurs.

Et il ne fait pas de doute que l’existence de ces faux docteurs va pénaliser les véritables titulaires des doctorats. D’abord en introduisant l’incompétence, l’ignorance et l’inefficacité dans les emplois qu’ils occupent indument, ils ternissent l’image de ce titre et de ses porteurs. D’autre part, cette incompétence va entrainer une chute certaine de la croissance dans tous les secteurs du développement où l’emploi des compétences est requis.

II- La situation en Mauritanie des faux docteurs : quelle ampleur, quelles solutions ?

Eut égard, à la situation qui prévaut actuellement, et qui est perceptible à tous les échelons de la vie économique, il convient de s’interroger sur ses causes (a), pour proposer quelques solutions (b)

a- Les causes de la floraison des docteurs en Mauritanie

Si l’on entend souvent parler de faux diplômes, on entend, par contre, peu parler des “faux-vrais” diplômes (ou de “vrais-faux” diplômes)

Il convient de les distinguer, bien qu’ils aient les mêmes objectifs (infiltrer l’ensemble de l’appareil politique, économique et social du pays par des individus sans foi ni loi) et ils ont tous les mêmes effets (profiter d’un droit indu, engendrer l’incompétence, la médiocrité et le sous–développement).

Les faux diplômes : Qu’est-ce qu’un faux diplôme ?

“Une façon simple de définir les faux diplômes serait de procéder par exclusion, en les définissant comme tous les prétendus diplômes ne satisfaisant pas aux conditions de définition des vrais diplômes. Malgré son caractère englobant, une telle définition ne permet pas d’approfondir l’analyse, d’où la nécessité de la dépasser.

Les faux diplômes peuvent être classés en deux grands types, à savoir, la contrefaçon pure et simple d’un vrai diplôme et la création ex nihilo d’un document écrit attestant un titre ou un grade, délivré par une institution souvent virtuelle et non habilitée à le faire.

Dans le premier cas, le faux diplôme en question porte des signes distinctifs cherchant à imiter le vrai diplôme, comme le nom ou le logo de l’institution dument habilitée à le délivrer. Une telle falsification est relativement similaire, au moins sur le plan analytique, aux faux billets ou aux fausses pièces d’identité.

Dans le deuxième cas, qui retiendra la majeure partie de notre attention, le faux diplôme est un document délivré (ou plutôt vendu) par une institution non reconnue, et ne répondant pas aux critères minimaux (personnel qualifié, cours, examens, etc.) permettant de délivrer le titre concerné. La notion de faux diplômes est étroitement liée à celles d’« usines à diplômes » (diploma mills), c’est-à-dire d’institutions non habilitées ou bénéficiant d’habilitations douteuses.

Ces habilitations douteuses peuvent correspondre à une large variété de stratégies, comme l’habilitation par des organismes eux-mêmes non habilités à le faire, des « usines à accréditation » (accreditation mills) ou le mensonge pur et simple en affichant une habilitation contrefaite d’un organisme réellement accrédité” 1

Sans préjuger des droits des véritables détenteurs de vrais diplômes de ces pays et qui exercent en Mauritanie, il reste que beaucoup de pays ont été la source de délivrance à grande échelle de faux diplômes de la licence au doctorat. De ce fait les pays arabes sont touchés de façon dramatique. Le Koweit, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Soudan, l’Irak, la Jordanie, l’Egypte, pour ne citer que ceux-là, ont une “élite” qui s’est illustrée par les faux diplômes. Comme en témoigne la revue de Presse suivante 2 :

· Journal koweïtien Al-Nahar

A publié un article le 7 Juillet 2008, de l'écrivaine, kafieh Ramadan dans lequel elle a révélé la propagation du phénomène au Koweït.

· Quotidien saoudien Al-Wasat

Publié un article le 14 Novembre 2010 de l'écrivain Mohammed Haidar intitulé "la farce des titulaires de doctorats".

· Journal Saoudien Okaz

A révélé dans un article daté du 17 avril 2010 l'arrestation d'u vendeur de contrefaçon de doctorats

· Le Forum indépendant - Jordanie

Ce journal a publié le texte suivant le 3 août 2008

"Des dizaines de médecins jordaniens qui ont acquis de la notoriété, ont acheté leurs doctorats d'un américain, pompier de son état et le vendeur de faux certificats. Cet américain travaillant avec sa femme dans le commerce des diplômes aux États-Unis.

· L'Echo de Syrie

Ce journal a publié le texte suivant le 14 Septembre 2009 : "Mise à pied d'agents de police à la suite de la découverte de leurs faux diplômes"

Sur le même site on peut lire le 20 août 2008 la fermeture de l'institution internationale "El Maamoun" qui vend des faux certificats à Alep et à Mezze à Damas.

· Site « Iris » de Jordanie

Article du 3 février 2009 Février : " 200 faux Ph.D. travaillant au sein du ministère de l'Éducation.

· Voix de l'Iraq

A publié le 27 Octobre 2010 : " de faux certificats et les diplômés sont au chômage".

· Le journal américain "Spokesman Review" d'Août 2008

A publié 180 noms de ressortissants du Golfe AYANT obtenu de faux certificats des Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, etc.

· Le journal, « la ville » saoudienne

A publié un article le 5 Septembre, Septembre 2010, que "50 fonctionnaires éducatifs et enseignants ainsi que les directeurs d'école ont reçu des diplômes de doctorat de manière informelle délivrés pas des universités ne reconnues.

· Site Web de la Province de « Tarif » Arabie saoudite

Publié le 19 août 2008 la liste des noms de centaines de personnes qui ont acheté leurs doctorats.

· Site Souria.Com

La chambre sociale de Syrie a écrit le 11 avril 2009 à l'adresse suivante : 3 faux doctorats de collaborateurs du ministre de l'Intérieur.

· Le Réseau des Nouvelles du Najaf

A publié un article le 5 Septembre 2009 sous la rubrique "La Commission d’intégrité poursuis cas de 905 faux diplômes détenus par des responsables irakiens."

· Le Réseau des Nouvelles d’Irak :

Publié le 26 avril 2008, une longue enquête menée contre des ambassadeurs portant faux diplômes et ayant des niveaux d’éducation très faibles..

Sur des sites du Soudanais : « De faux titres scientifiques et des faux diplômes pour des doyens d’université iraquiennes travaillant au Soudan.

· Forums des contributeurs au développement économique (Saoudien) spécialisé dans les actions et les titres saoudiens sur les marchés financiers.

A publié le 13 Août 2008 : « 68 Docteurs saoudiens ont acheté leur doctorat aux États-Unis au prix de 8000 $. »

· Qods Al-Arabi - Londres

A publié un rapport le 1er Septembre 2009 Rapport qui a révélé que 1088 propriétaires de faux diplômes occupent des hauts postes dans le gouvernement irakien. Et Selon des rapports irakiens on a découvert 3165 documents d’études falsifiés dans des domaines sensibles qui ont été achetés d’un certain nombre de pays européens.

· Echarq el awsat 16 Septembre 2010

Dans un style ironique Fandy Mamoun a écrit, « on appelle le chauffeur de taxi, docteur . De même pour l’employé public lorsqu’il apparaît à la télévision on l’appelle toujours « Docteur ». Et l’on ne sait pas si ce doctorat obtenu est un doctorat coutumier ou doctorat de convenances.

Dans un article récent sur le site irakien « Massress », intitulé : « Le phénomène de la contrefaçon des diplôme un aspect de la corruption », l’auteur , Mustapha Mohamed gharib, écrivait : « L’estimation de ces diplômes falsifiés en Irak est de 35 000 (universités iraniennes notamment, et des certificats contrefaits délivrés par les universités dans les États du Golfe, le Liban et le Maghreb arabe ) »3.

Aux Etats-unis beaucoup d’entreprises –dîtes “moulins à diplômes” - très lucratives se sont spécialisées dans le marché des diplômes. Et le site “spokesman review a publié, en 2008, suite aux enquêtes judiciaires, une partie “des noms de près de 10.000 personnes apparues dans une enquête fédérale d'un moulin à diplômes à Spokane-qui vendait des faux diplômes ainsi que la contrefaçon des études secondaires… .4”

D’autre part des milliers d’entreprises à travers le monde, vendent des diplômes. Tel ce site chinois qui convertit les diplômes en euros ou cette entreprise américaine qui délivre les diplômes par téléphone et retour de courrier.

Le vrai-faux diplôme :

Si les faux diplômes sont, en principe, faciles à découvrir notamment en écrivant à l’institution qui les a délivrés (quand il s’agit d’une université reconnue) ou en vérifiant l’existence, la réalité et la validité de l’institution auprès des autorités du pays (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique ou de l’Education, par exemple), par contre le faux-vrai diplôme ne peut être prouvé que d’une seule façon : l’incompétence de celui qui le détient.

Un faux-vrai diplôme est celui qui est obtenu d’une véritable université accréditée et reconnue par les autorités du pays, mais ce n’est pas son titulaire qui a fait le travail pour l’obtenir.

Ainsi le mémoire de fin d’études ou la thèse qu’il a présentée ont été confectionnés par d’autres personnes, souvent un enseignant de ladite université et qui l’aide dans sa soutenance à travers des jurys de complaisance.

Le diplôme reçu est donc vrai mais la personne le reçoit indument. C’est un incompétent diplômé. Les détenteurs de “faux-vrais” diplômes participent souvent aux recrutements sur dossier et évitent les concours, et les entretiens de recrutement. Sinon ils tomberaient sous l’effet de la théorie du filtre et du signal (développée plus haut).

Mais qu’il soit détenteur d’un faux diplôme ou d’un vrai-faux diplôme, cet individu est assimilable à un délinquant. Dans le premier cas, il tombe sous le coup de la répression pénale sous le chef d’accusation de “faux et d’usage de faux”. Dans le second, il sera souvent mis sous la sellette dans le cadre de l’activité professionnelle dans laquelle il sera toujours un clandestin. Et dans tous les cas ces deux délinquants porteront atteinte gravement à la profession qu’ils rejoindront et au développement du pays tout entier.

b) Quelles solutions pour endiguer le fléau des faux diplômes

Les stratégies les plus utilisées ont été toutes guidées par la volonté des pouvoirs publics d’enrayer le phénomène. C’est ainsi que certains pays ont, à travers leurs institutions habilitées (Ministère de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique), adopté des mesures administratives, judicaires et professionnelles à l’égard de porteurs de faux diplômes. Parmi ces pays on retrouve notamment l’Irak, le Togo, Madagascar etc.

Dans ce dernier pays un programme a été mis en place avec l’aide la Banque mondiale et de la coopération française pour faire face aux faux diplômes. D’intéressantes mesures ont été prises dans le cadre de ce programme.

Toutefois l’ampleur du phénomène a poussé à une réflexion qui est allé très loin jusqu’à concevoir une “dématérialisation du diplôme”, c’est-à-dire de supprimer le support papier et d’en faire un document numérisé auquel on adjoindrait alors toute une technologie de cryptage et de d’authentification électronique. D’autres pays ont envisagé des diplômes “biométriques” à l’image de la carte d’identité “infalsifiable”, c’est le cas des Comores.

Le secteur public des pays en développement souffre beaucoup de l’embauche des faux diplômés et cela n’est pas sans conséquences sur son rendement, mais fonctionnant sur des ressources publiques, produisant des biens non marchands et non soumis aux critères d’efficacité et d’efficience, il est le lieu privilégié des faux diplômés. Et pour trouver une solution, il faut passer nécessairement par la volonté des pouvoirs publics. Sans cette volonté, l’Etat tout entier continuera à souffrir de cette plaie.

Par contre le secteur privé et notamment les moyennes et les grandes entreprises ne peuvent souffrir une charge financière d’un personnel incompétent. Il en va de leur propre existence. C’est pourquoi, la chasse aux faux diplômes y trouve plus d’attention.

C’est ainsi que pour répondre à ce besoin, des sociétés se sont spécialisées dans la vérification des diplômes des prétendants aux emplois. Ce service est payant pour la société qui recrute mais cela lui fait souvent gagner beaucoup plus. Parmi ces entreprises on trouve “verifdiploma” qui offre aux entreprises la vérification des diplômes des candidats en quelques secondes sur son site.

En Mauritanie, la solution ne pouvant provenir que des pouvoirs publics, il est nécessaire cependant que la volonté y soit. Ainsi la création d’une commission nationale de vérification des diplômes serait une solution. Toutefois on sait pertinemment que c’est une solution qui ne manquera pas de rencontrer les difficultés suivantes :

- La crainte de l’ampleur que peut prendre la découverte du phénomène et le nombre de personnes impliquées à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale de la nation

- la force d’inertie de l’administration publique elle-même qui ne fera pas avancer les investigations puisqu’elle est, elle-même, concernée par le phénomène des faux diplômés.

Aussi, à notre avis, seule une commission indépendante du système politico-administratif mauritanien et comprenant des membres neutres pourra accomplir cette mission. Mais quand des ministères qui auraient entrepris la vérification des diplômes des enseignants du supérieur optent pour « le classement sans suite du dossier », on comprend l’ampleur de la catastrophe :

« Le ministère de la fonction publique avait, pour sa part, entrepris auparavant, des démarches destinées à certifier l’authenticité de certains diplômes appartenant à des Professeurs du Supérieur.

Le département s’est enquis à ce propos auprès des universités qui ont délivré lesdits diplômes. Il s’est dégagé de cette vérification, que les diplômes dont certains sont détenus par des hauts fonctionnaires de l’Etat, ont été enregistrés par ces académies au nom de personnes appartenant à d’autres pays.

Vu le caractère sensible du sujet, le dossier a été classé sans suite. » (voir : http://www.cridem.org/C_Info.php?article=687211 )

Ne nous étonnons donc pas que nos édifices publics penchent, que nos aéroports coulent, que nos hôpitaux sont des mouroirs, que notre système éducatif forme à la médiocrité, que nos administrations sont incompétentes et que notre économie est exsangue…

Toute nation qui se veut solide et prospère, éduque ses enfants à la meilleure école.

En Mauritanie, on vend les écoles et on achète les diplômes…quel avenir ?

Pr ELY Mustapha

https://tn.linkedin.com/in/mustapha-ahmed-ely-63984630

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1.
Gilles Grolleau et Tarik Lakhal « Éléments d'analyse économique des faux diplômes », Revue internationale de droit économique 2/2007 (t. XXI, 2), p. 115-128. URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2007-2-page-115.htm. DOI : 10.3917/ride.212.0115 .

2.Ces références de Presse sont rapportées par M. Nahed Ismail dans son article publié sur le site « ettagyir » à l’adresse : http://www.al-tagheer.com/arts6353.html

3.http://www.masress.com/shbabmisr/7400

4.http://www.spokesmanreview.com/data/diploma-mill/by-orgs/

Source : AgoraVox