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Tribune Libre dans le Monde

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[Tribune] Le rôle des multinationales dans les violences en Afrique

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Par Nicolas Berman, Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU).

Qui fait quoi dans les conflits miniers en Afrique ? Traquer l’origine des minerais n’est pas chose aisée pour les multinationales. Pourtant, face à l’ampleur des dégâts humains et sociaux, leur responsabilité est fortement engagée.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de The Conversation.

Par Nicolas Berman Chercheur en économie, CNRS, Aix-Marseille School of Economics (AMSE), Aix-Marseille Université (AMU), coauteur, avec Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig d’un article scientifique montrant que la présence de firmes étrangères en Afrique augmente la violence des territoires miniers.

En février 2019, Apple s’est engagé à améliorer la traçabilité de ses matières premières. Dès 2017, la firme avait été saluée par l’ONG Amnesty International pour avoir publié les noms de ses fournisseurs de cobalt afin d’éviter d’alimenter le travail des enfants en République démocratique du Congo (RDC). La firme est membre de l’initiative RMI(Responsible minerals initiative), un organisme visant à faire respecter les droits de l’Homme dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces initiatives contrastent avec les pratiques actuelles de la plupart des entreprises. Souvent implantées en Afrique, là où les sous-sols regorgent de matières premières, elles contribuent à alimenter un terrain déjà très conflictuel. Leur rôle dans l’augmentation de la violence en Afrique a été détaillé par un article scientifique des économistes Nicolas Berman, Mathieu Couttenier, Dominic Rohner, et Mathias Thoenig.

Les auteurs s’appuient sur une étude géolocalisée mettant en parallèle la présence des firmes et l’occurrence des conflits miniers. Ils ont quadrillé l’Afrique par zones de 55 sur 55 kilomètres pour analyser l’impact de l’augmentation du prix de 14 minerais. Leurs résultats suggèrent qu’une hausse des prix des matières premières augmente la violence uniquement dans les zones exploitées par des firmes étrangères.

Des pratiques douteuses

Là où règne le non-droit, les multinationales s’adaptent

Pourquoi une telle différence entre les entreprises domestiques et étrangères ? Une des explications avancées est celle de leur vulnérabilité par rapport aux extorsions rebelles. Alors que les entreprises domestiques disposent généralement de la protection de l’armée ou de l’État, les multinationales étrangères doivent faire sans.

Si elles s’implantent dans des zones instables, comme c’est le cas dans beaucoup de territoires miniers, elles doivent composer avec les pratiques des groupes en place. Là où règne le non-droit, elles s’adaptent.

C’est exactement ce qui s’est passé pour la firme chinoise Kun Hou Mining, de 2013 à 2015, selon un rapport de l’ONG Global Witness. Pour extraire l’or de la rivière Ulindi, située au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, elle a su jouer du droit coutumier en place. Elle s’est appuyée sur la corruption des autorités locales et le soutien de milices opérant sur le territoire pour avoir accès aux mines.

En échange, elle leur a envoyé des liasses de billets, des armes et des rations alimentaires. Le butin récolté a pris le large vers Dubaï. Résultat : dans la province du Sud-Kivu, l’extraction de l’or n’a officiellement généré aucun revenu fiscal. Une histoire parmi tant d’autres pour ce pays de la région des Grands Lacs.

La richesse de son sous-sol et la faiblesse de ses institutions se conjuguent pour en faire un terrain d’affrontement où les droits de l’Homme sont bafoués. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Seconde Guerre du Congo (1998-2003) a été le conflit le plus meurtrier et ses répercussions n’ont pas cessé de secouer le pays.

L’influence des entreprises étrangères sur le sol africain est loin d’être négligeable quand on sait qu’elles représentent 60 % du total des firmes. Si elles ne sont pas tenues de rendre des comptes, elles deviennent des facteurs d’instabilité majeurs pour le continent. Mais toutes n’ont pas le même profil. Pour les firmes implantées dans les ex-colonies, les comportements sont différents.

Qui paye un tribut aux milices sur place ?

Certaines multinationales jouissent de la protection des États africains grâce aux liens historiques qui les unissent. Ici, le passé colonial imprègne encore le tissu économique. De nombreuses recherches scientifiques ont souligné la proximité qui persiste entre les firmes des anciens colons et les gouvernements des anciennes colonies.

Les entreprises reçoivent une attention toute particulière de la part de l’État et sont plus facilement protégées par l’armée. Cela leur offre une marge de manœuvre plus importante dans l’exploitation des ressources.

Les quatre économistes rejoignent ce consensus. Leurs estimations suggèrent que ces multinationales n’ont pas d’incidence significative sur l’augmentation de la violence. Toutefois, comme elles ne représentent qu’un cinquième de l’échantillon de firmes étrangères qu’ils étudient, ils invitent à continuer les analyses.

Les entreprises nord-américaines ou chinoises par exemple, doivent généralement faire face à l’insécurité sans bénéficier de protection externe. Pour l’obtenir, elles sont prêtes à payer le prix. Bien souvent, la rançon qu’elles payent alimente les activités rebelles et les trafics illégaux. Cet argent permet aux milices de se maintenir en place et d’étendre leur zone d’influence.

Les mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ?

Des initiatives visant à modifier les pratiques des entreprises se sont peu à peu mises en place. Parmi elles, la section 1502 de la loi Dodd-Franck de 2010 qui visait principalement le commerce avec la République démocratique du Congo. Bien que menacée par l’administration Trump, elle impose aux entreprises américaines de révéler l’origine des minerais qu’elles utilisent.

De telles mesures de transparence sont-elles efficaces en pratique ? Les auteurs se sont penchés sur les multinationales qui ont signé l’ICMN(International Council on Mining and Metals), pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises.

Pour vérifier l’efficacité de telles mesures, les quatre économistes localisent les entreprises signataires et étudient leur correspondance avec les conflits. Le résultat semble encourageant puisque les signataires n’ont aucun effet sur la violence. Une bonne nouvelle pour ces régions où de nombreuses initiatives fleurissent depuis quelques années. Mais les entreprises ne sont pas les seuls leviers.

De nouvelles initiatives de la part des États

Le 9 avril, le gouvernement nigérian a décidé de bannir toute activité minière dans la région de Zamfara, pour restaurer la paix. Le ministre des Mines et du Développement sidérurgique, Abubakar Bwari, a précisé « Lorsque nous visons le développement d’activités économiques, nous devons aussi penser aux aspects humains et aux pertes humaines dont nous sommes témoins ».

Pour ce faire, le gouvernement a donné 48 heures aux étrangers impliqués dans les activités minières pour quitter son territoire.

Comme le Nigeria, les États africains ont un rôle de premier plan dans la stabilisation de leur territoire. Ils doivent lutter contre la corruption qui gangrène leurs institutions et sert de caution aux activités illégales. Une Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), s’est créée en 2003 avec l’objectif de créer une norme pour respecter la traçabilité en matière de ressources pétrolières, gazières et minérales.

Elle s’applique aujourd’hui à 52 pays à travers le monde. Selon l’étude des auteurs, la participation des États africains à cette ITIE a des répercussions positives sur l’incidence des conflits (même si leur adhésion est relativement récente et que les calculs nécessiteraient davantage de données). L’exacerbation de la violence due à une hausse des prix en est amoindrie.

À travers la traçabilité des minerais, les États reprennent aussi la main sur leurs ressources. Le Niger et le Nigeria ont signé le 26 mars 2019 un mémorandum d’entente afin de mutualiser leurs efforts dans le secteur minier et ainsi augmenter sa contribution au PIB. De nouveaux codes miniers ont éclos pour renégocier la position des compagnies étrangères dans l’industrie minière.

Le dernier en date est celui de la République démocratique du Congo qui a imposé de nouvelles taxes en mars 2018. Le nouveau Président Félix Tshisekedi pourrait désormais aller plus loin, toujours avec le même objectif : permettre au pays de générer plus de revenus grâce à ces ressources.

La RDC ne fait que suivre une dynamique entamée par bien d’autres pays depuis déjà une dizaine d’années (l’Afrique du Sud, le Maroc, le Mali, le Sénégal, le Niger, la Guinée ou encore le Burkina Faso par exemple).

L’effet de telles mesures de traçabilité et de transparence est complexe : certaines recherches montrent par exemple que le Dodd-Frank Act, au lieu de réduire l’insécurité, a notamment incité les groupes armés à réorienter leurs actions vers des actes plus violents, comme le pillage des populations locales. Selon le contexte et l’application qui est faite de la mesure, les effets peuvent varier.

Ces mécanismes sont récents et encore peu étudiés, c’est pourquoi les auteurs appellent à de nouvelles analyses. Toutefois, ces premiers résultats encouragent les États à mettre en place des mesures pour contrer ces pratiques illicites. Surtout, ils intiment aux entreprises d’assumer leurs responsabilités lorsqu’elles s’installent dans un territoire minier.

Source : jeuneafrique.com


 

 

Le journaliste palestinien Abdel Bari Atwan raconte la Mauritanie et sa rencontre avec le président Aziz

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Le journaliste palestinien Abdel Bari Atwan raconte la Mauritanie et sa rencontre avec le président AzizRai Al-Youm - Je vous écris à partir du pays de Chinguitty et de ses paradoxes ...

Un Président qui tient à partir et qui refuse de modifier la Constitution … des hommes qui préfèrent les femmes grosses et aux divorces fréquents.. Quel "point de vue" a poussé le Président mauritanien, non seulement à fermer l’ambassade israélienne, mais à la raser totalement? Quel conseil adresse-t-il aux algériens et aux soudanais?

Pourquoi soutient-il le maréchal Haftar en Libye et pour quelle raison il ne s’est pas rendu à Damas? Et pourquoi ne regarde-t-il par "Al-Jazeera"?

À la lumière du tumulte arabe et de l'élargissement du cercle des mouvements populaires dans de nombreux Etats, notamment en Algérie, le voisin proche, ou au Soudan, le plus éloigné mais le plus proche au plan culturel, la Mauritanie semble calme, réconciliée avec elle-même et avec ses voisins, bien qu’elle s’apprête à organiser de nouvelles élections présidentielles.

Ce pays de longue histoire, condamné par les facteurs géographiques à être le plus éloigné de l'Orient arabe, parait plus attaché à son arabité et à sa foi islamique. Il est entré dans l'histoire contemporaine en étant le premier Etat à fermer l'ambassade d'Israël et à expulser l'ambassadeur et bien plus, en envoyant les bulldozers pour démolir et raser le siège de la chancellerie, afin de purifier les lieux de toute profanation, dit l’un des éminents politiciens.

Comme c’est étrange cette Mauritanie, un pays qui ne cherche pas la notoriété, un peuple et des dirigeants passionnés par l’austérité et la bonté, fascinés par la culture, la poésie et le récit, attachés jusqu’à l'extrême aux valeurs arabes islamiques authentiques, un empire de la langue arabe, une citadelle de Khalil Ben Ahmed, un héritage du Souk poétique d’Oukath, qu’il n’est pas étonnant d’appeler du nom de l’Etat au un million de poètes.

Au moment même où les séniles dirigeants arabes, dont la majorité a dépassé 80 ans, s'accrochent au pouvoir, que certains d’entre eux souffrent de la maladie d'Alzheimer, de perte totale ou partielle de mémoire, que certains sont très attachés au fauteuil présidentiel, à l’amendement constitutionnel pour rester au pouvoir jusqu’à leur mort, le Président sportif mauritanien qui parait beaucoup plus jeune que son âge (63 ans), annonce son respect de la Constitution ; laquelle limite son mandat de Président à deux quinquennats seulement et expulse le cirque "hypocrite", qui l’appelle à modifier la Loi fondamentale et à rester au pouvoir.

Quand j'ai rencontré le Président Mohamed Ould Abdel Aziz au palais présidentiel au modeste mobilier et presque vide de gardiens, sans contrôle ni inspection, à part une question passagère adressée au chauffeur de la voiture qui m'emmenait à la porte principale, j'ai demandé au Président comment tu as décidé de fermer l’ambassade d'Israël et comment tu as procédé pour cette fin.

«C’est simple, je voyais certaines images des destructions causées par le bombardement israélien de la bande de Gaza par Israël au cours de l'agression de 2014. La photo d’un petit enfant, debout sur les décombres de la maison des siens et dont la mère, tous les frères et toutes les sœurs, sont tombés en martyrs, a attiré mon attention, m’a secoué et profondément vexé. J’ai pris alors la décision d’expulser immédiatement l’ambassadeur israélien et de fermer son ambassade ; et ce en dépit des conseils reçus de dirigeants arabes, me recommandant vainement de geler les relations, afin d’éviter la double colère des américains et des israéliens (citant le nom d’un Emir du Golfe) ».

Plus et alors qu’il a toujours la parole, le Président Ould Abdel Aziz a dit : "J’ai décidé d’envoyer des bulldozers pour raser le siège de l’ambassade, exactement comme font les bulldozers israéliens aux maisons des combattants palestiniens martyrs dans les territoires occupés, afin de ne laisser aucune trace du siège et d’effacer cette scène honteuse de notre histoire".

Et d’ajouter : "L’ambassadeur américain à Nouakchott a été gagné par une crise de colère plus forte que son homologue israélien, quand il apprit la nouvelle relative à la décision de la fermeture de l’ambassade israélienne, m’affirmant dans les mots suivants, que la présence de l’ambassade israélienne en Mauritanie est plus importante pour nous que la présence de l'ambassade américaine, ajoutant que toutes ses pressions et menaces pour nous plier et faire revenir sur cette décision ont échoué".

Comme il est beau ce peuple mauritanien et sincère dans son arabité et son patriotisme jusqu’à la moelle. En effet, son Etat a tenu à construire un gigantesque monument dans l’espace en face de l’ambassade américaine, rebaptisant par ailleurs l’avenue dans laquelle elle se trouve, du nom de Qouds, afin que cette appellation soit dans toutes les correspondances de l’ambassadeur américain à l’intérieur et à l’extérieur de la Mauritanie.

Le Président mauritanien, qui est un ancien Général, m'a affirmé qu'il souhaite que le peuple algérien préserve ses forces armées du pays et leur prestige, en tant que garant de l’unité du pays et de ses institutions.

« La plupart des malheurs de l’Irak sont dues à la dissolution de l'armée irakienne », a-t-il dit, faisant l’éloge de l’armée syrienne et exprimant son soutien officieux aux forces armées nationales libyennes dirigées par le Maréchal Haftar, révélant son vœu qu’il réussisse sa mission de reprendre la capitale Tripoli, ne cachant pas par ailleurs son soutien pour Omar El Bechir et Abdel Vettah Sissi en Egypte.

J'ai remarqué dans notre conversation, qui était presque un "tchatch" et spontanée, loin de l’enregistrement et des officialités, sans papier ou stylo sur moi pour prendre des notes, que le Président mauritanien ne témoigne pas beaucoup d'affection pour le Qatar, le rendant responsable de nombreux événements actuels, affirmant qu’il ne regarde pas la chaine Al Jazeera et citant beaucoup de choses dans ce domaine, sur lesquelles, je pourrais peut être revenir dans un proche avenir.

J'ai demandé au Président Ould Abdel Aziz, pourquoi il n’a pas effectué une visite à Damas, après les rumeurs, selon lesquelles, il serait le second dirigeant arabe à visiter la capitale syrienne.

« Tout ce qui a été dit à ce sujet est faux et ce sont des spéculations. Il n'y avait aucun plan pour effectuer cette visite à l'époque, mais toute chose qui vient à temps opportun est bonne", sans donner davantage de détails, a-t-il dit.

On ne peut rencontrer un Président de la Mauritanie, sans l’interroger à propos de ses voisins du Nord (marocains) et sur la question du Sahara. Il m’a répondu à ce sujet en disant :

"L'Occident, les Etats-Unis et l'Europe ne veulent pas la création d'un Etat séparant géographiquement la Mauritanie et le Maroc, et c'est là que réside le dilemme, et tout ce que vous entendez en dehors de ce cadre est faux."

D’autres sujets avaient été abordés au cours de cette rencontre, qui a duré près d’une heure, le lundi après-midi dernier (8 avril 2019). L’entretien s’est limité à nous deux, sans conseillers, ni photographes. Mais, une question importante relative à l’avenir, ne pourrait être passée sous silence, puisque j’ai demandé au Président : qu’est que tu feras après avoir quitté le palais, te retireras-tu vers les zones désertiques très prisées par tous les Mauritaniens, abandonneras-tu la politique, te mettras-tu à écrire (peut être la poésie) ou quoi encore ? Ou reviendras-tu au pouvoir après une période ultérieure, si tu es pris par la nostalgie du pouvoir?

Le Président, qui rit rarement, sourit et dit : "j'appartiens à un parti politique et je continuerai à travailler dans le cadre de cette formation, à renforcer ses institutions, à suivre la vie politique et économique du pays et s’il est nécessaire de revenir, par aspiration populaire et partisane, à travers les urnes, j’examinerai la question et le temps venu, tout événement fera l’objet de commentaire", a-t-il répondu.

Je n’ai pas voulu être un hôte encombrant, je n’ai pas demandé d'interview comme j’évite les entretiens classiques. En effet, depuis ma rencontre avec le leader d'Al-Qaïda, Cheikh Oussama ben Laden, je ne me souviens pas avoir réalisé dernièrement un entretien enregistré et classique. Raison pour laquelle, j’ai décidé de partir, surtout que j’ai ressenti, à travers la physionomie du Président, que mon temps est fini et c’est ce qui s’est effectivement passé.

Après avoir quitté et pris place dans le véhicule, j’ai demandé au chauffeur de ne pas partir. Je suis revenu à l'intérieur du palais et demandé aux responsables chargés du protocole (ils étaient seulement deux et le troisième absent), de me permettre de poser une question importante au Président, alors qu’il avait quitté son très modeste bureau. Je lui ai demandé s’il autorise la publication de certains échanges de la rencontre. Il m’a dit de publier tout ce que je veux.

***

J’avoue avoir trouvé de la compassion et du respect dans ce pays (Mauritanie), que je n’ai trouvé dans aucun autre Etat. J'ai failli perdre ma conviction de nombreuses évidences, de certaines positions et sentiments populaires, arabes, islamiques et pour cause, les armées électroniques qui induisent en erreur sur les réseaux sociaux et dans la plupart des empires médiatiques du Golfe sans aucune exception.

Mais le peuple mauritanien authentique m'a rassuré que cette Nation va toujours bien et continue de préserver avec force et ténacité ses valeurs, ses croyances et ses constantes, de s’opposer à la normalisation avec cette férocité et fermeté que je n’ai pas trouvé dans tous les Etats arabes, s’explosent de colère en entendant d'évoquer le raid et l’embargo américains sur l’Irak ou la pendaison de Saddam Houssein.

La femme mauritanienne quant à elle, au visage rayonnant, embelli par le bon "Faux de Soleil", ses noms arabes et islamiques distingués et quasiment disparus, dans la plupart des autres Etats arabes, joue un important rôle politique, culturel et médiatique. Il suffit de souligner à ce propos que l’invitation vient à travers le Réseau des Femmes Journalistes Mauritaniennes. C’est là, l’une des raisons qui m’a poussé à l’accepter, puisque le réseau a supervisé l’organisation du premier forum médiatique, loin du carnaval des "grandes personnes", de "prix" et de "clientélisme", sans hypocrisie professionnelle, politique ou tribale, sans discrimination politique ou zonale, mais bien au contraire, la tolérance véritable dans ses plus beaux apparats et contours.

La majorité des femmes ont un penchant pour l’embonpoint. On m’a même dit que l’embonpoint est l’un des critères de la beauté. Et lorsque j’ai demandé à l’une des étudiantes mauritaniennes à la silhouette fine, qui a assisté à l’une de mes conférences présentées à l’Université de Nouakchott, comment elle a échappé à cette règle, elle m’a dit qu’elle pratique le sport et qu’elle prend soin de sa taille, soulignant que la majorité des hommes et mêmes des jeunes, continuent de privilégier les grosses ; ce qui a retardé relativement son mariage, lui souhaitant un mariage rapide et de ne pas regretter les jours de la jeunesse!

L'autre phénomène dont se vantent les femmes mauritaniennes est que le mariage est facile et que le divorce est plus facile: la plupart d'entre elles célèbrent leur divorce et font l’objet de demandes de remariage avant même d’achever leur période de viduité. Il faut souligner aussi que plus la femme se marie plus l’affluence sur elle est importante et plus sa dot augmente.

Je conclus en disant que j’ai pris connaissance d’un beau et modeste pays, menant une vie quiète, réconcilié avec lui-même et avec ses voisins, attaché à son identité arabe et à sa foi islamique, confiant en ces potentialités matérielles limitées, en sa vie simple alliant authenticité et degré minimal de modernité minimale, continuant de jouir des dattes et du lait des chamelles, qui m’ont tous les deux servis.

Peut être que certains de mes jugements sont étranges pour les uns, que d’autres arguent qu’une visite de quelques jours ne suffit pas pour avancer des jugements et établir un portrait positif.

C’est vrai, il y a de nombreuses lacunes, mais je ne fais qu’écrire mes impressions, en prenant le parti-pris de ce pays et de ses habitants, et libre à vous de penser ce que vous voulez!

Rai Al-Youm

Traduit de l'Arabe par Cridem
Source : Rai Al-Youm (Royaume-Uni)

 

 

Poutine n’est pas belge, par Fouad Laroui, écrivain

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Pour mieux percevoir la réalité du monde, Il est serait bon de temps en temps, de changer nos lunettes occidentales.

Excédé, Dimitri secoue la tête et lève les yeux au ciel. C’est dans un français parfait qu’il s’exclame :

– Mais enfin, il n’est pas belge !

Nous sommes dans un café de la rue Jean-Pierre-Timbaud, à Paris. La Ville Lumière est décidément cosmopolite puisqu’il y a autant de nationalités que d’individus autour de la table – un groupe hétéroclite qui s’est formé à l’occasion d’un séminaire d’économie. Il y a là un Marocain (votre serviteur), une Française, un Russe, une Danoise et un Belge, qui vient de dire pis que pendre du tsar de toutes les Russies (moins l’Ukraine).

C’en est trop pour Dimitri, qui entreprend d’expliquer au Belge de quoi il retourne : – Poutine défend les intérêts russes, pas ceux des compatriotes de Tintin. Il n’a pas à vous faire plaisir. Vous ne pouvez pas le juger en fonction de votre vision du monde.

 

Trump braille « America first! » à longueur de journée, Macron veut moderniser la France pour qu’elle tienne son rang dans le monde, Merkel entonne sans complexes l’hymne national allemand, qui commence, je vous le rappelle, par : Deutschland, Deutschland über alles, über alles in der Welt! c’est-à-dire : « L’Allemagne, l’Allemagne par-dessus tout, au-dessus de tout au monde ! » On trouve cela normal, Trump, Macron et Merkel sont des dirigeants à poigne, bravo. Mais que Poutine défende les intérêts de son peuple et de son pays, c’est haro sur le baudet !

Émotion à géométrie variable

Notre amie danoise s’énerve.

– Mais ils ne font pas assassiner leurs ennemis comme Poutine l’a fait avec l’espion russe, là, au nom imprononçable, en Angleterre !

Dimitri avale une gorgée de brouilly et demande :

– Vous avez regardé Arte hier ? Ils ont passé un documentaire très charpenté qui suggère fortement que Ronald Reagan, son vice-président George Bush senior et le patron de la CIA, William Casey, ont fait assassiner Olof Palme, le Premier ministre suédois, en 1986, parce qu’il s’opposait à leur politique agressive envers l’Union soviétique.

Il s’agit quand même du Premier ministre démocratiquement élu d’un grand pays européen. Quelqu’un s’est-il ému de ces révélations ? Personne. Mais quand un ancien espion sans importance est empoisonné dans un restau minable, dans une petite ville anglaise assoupie, c’est le crime du siècle et Poutine, c’est le diable !

Un seul récit du monde, celui de l’Occident

– Mais la Crimée…, hasarde notre collègue française.

– Quoi, la Crimée ? C’était un territoire russe jusqu’en 1954 et il a été rattaché pour des raisons purement administratives à l’Ukraine par Khrouchtchev. Et voilà que l’Otan commençait à lorgner dessus en faisant des avances grossières à l’Ukraine. Vous imaginez la VIIe flotte américaine mouillant à Sébastopol ? Vous accepteriez la flotte chinoise s’installant à Brest avec ses armes nucléaires pointées sur Paris ?

Un ange passe, très déplumé, dans ce grand café parisien. Il n’y a pas à dire, les arguments de Dimitri font mouche. Mais alors, pourquoi avons-nous ce préjugé défavorable à Poutine ? Est-ce parce que toutes les télés, toutes les radios, malgré leur apparente diversité, ont en toile de fond un seul récit du monde, celui de l’Occident ?

Et si nous regardions plus souvent les télés russes, chinoises, turques ou arabes ? N’aurions-nous pas une vue plus équilibrée, plus juste, de ce qui se passe dans le monde, ce monde que nous avons tort de ne regarder au journal de 20 heures qu’avec les yeux d’un présentateur briard, british ou… belge.

Source : jeuneafrique.com

 

Par Béchir Ben Yahmed : À l’origine du mal libyen

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Les conséquences néfastes de l'implosion de la Libye en 2011 sous les raids aériens de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis continuent de se faire sentir, et même de se propager dans les pays voisins. Retour sur les origines de ce mal lybien.

Édito. J’attire votre attention sur une évolution qui me paraît grave. Victimes du « mal libyen », neuf pays africains limitrophes ou voisins* de la Libye risquent d’en être contaminés. Quelques-uns d’entre eux sont même en train de passer du stade des attentats sporadiques à celui du début d’une guérilla rurale.

« Mission accomplie »

Contrôlée jusqu’alors par Kadhafi, ses fils et ses proches, la Libye a implosé en 2011 sous les raids aériens de la France, du Royaume-Uni et même des États-Unis. Dès qu’ils eurent renversé et tué Kadhafi, ces trois puissances, « mission accomplie », tournèrent le dos au pays, le livrant à lui-même. Aujourd’hui, la Libye n’est plus qu’un conglomérat de tribus et de milices n’obéissant à aucun pouvoir central.

« Quel processus de désintégration a conduit l’ex-Jamahiriya à une situation aussi préoccupante ? »

Quel processus de désintégration a conduit l’ex-Jamahiriya à une situation aussi préoccupante ? Personne ne l’a encore décrit, mais les deux scènes suivantes nous apprennent comment le drame s’est noué, en décembre 2007. Je les ai trouvées dans un livre de Philippe Bohn intitulé Profession : agent d’influence, qui vient de paraître à Paris, chez Plon.

L’auteur est « un homme de l’ombre », inconnu du grand public, qui relate avec talent et souci de la vérité des scènes dont il fut le témoin. Je ne résiste pas au plaisir de vous en donner à lire deux, croustillantes, dont le mérite est de mettre en évidence l’origine du mal qui se répand dans les pays africains du Sahel.

La « shopping list » du Guide

La première se déroule à Paris, fin 2007, à la veille de la très longue visite que rendra le colonel Kadhafi à Nicolas Sarkozy, élu président de la République française au mois de mai précédent. Philippe Bohn relate l’étonnante scène à laquelle il a assisté :

« Je suis chargé presque secrètement de convoyer Saadi Kadhafi à l’Élysée, le vendredi 7 décembre à 20 heures, dans le bureau du secrétaire général Claude Guéant. »

Dans le bureau de Guéant, nous ne sommes que quatre à avoir pris place autour d’une table basse : Saadi Kadhafi, émissaire mandaté par son père, l’amiral Édouard Guillaud, chef d’état-ma­jor particulier du président de la République, le secrétaire général de l’Élysée et moi-même. Ambiance studieuse. Avec Saadi, nous allons, dans un saisissant dialogue, finaliser la “shopping list” du Guide pour sa visite officielle.

Guéant attaque en se tournant vers moi :

— Alors, Philippe, on commence par quoi ?

— Peut-être par les Rafale, monsieur le secrétaire général ?

— Ah, c’est généreux de votre part, ce n’est pas votre maison. Bon, alors, on en met combien ?

Je me tourne vers Saadi qui intervient.

— 14.

Guéant reprend, en s’adressant à Édouard Guillaud :

— Très bien, amiral. Vous notez, 14 Rafale, et maintenant ?

J’annonce :

— Les hélicoptères Tigre ?

Guéant à nouveau :

— Là, c’est chez vous. Cher Saadi, quels seraient vos besoins ?

À l’issue de cette réunion, une liste de possibles achats d’armements par la Libye est établie.

Comme la plupart du temps dans ces visites d’État, elle restera pour l’essentiel sans effet. Au bout du compte, aucun de ces matériels ne sera ni livré, ni même commandé. »

La guerre est déclarée

En mars 2011, Sarkozy déclenche la guerre qui allait conduire à la chute et à la mort de Kadhafi parce que ce dernier n’a pas honoré les commandes passées ce soir-là par son fils, qu’il avait mandaté pour cette mission.

Estimant, comme il l’a dit lui-même, que « Kadhafi s’est moqué de lui », Sarkozy embrigade le Royaume-Uni, puis les États-Unis, et lance les avions de la République française contre les faibles armées de Kadhafi ; ces dernières sont déjà aux prises avec l’insurrection inspirée par « le printemps arabe ».

« Nicolas Sarkozy veut la mort, au moins politique, du colonel Kadhafi »

Après avoir reçu et choyé Mouammar Kadhafi, il est clair que Nicolas Sarkozy veut la mort, au moins politique, du colonel qui règne sur la Libye depuis quarante-deux ans. Nous sommes en août 2011, Sarkozy est proche du but.

Affolé, le même Saadi Kadhafi appelle à la rescousse le même Philippe Bohn, qui raconte dans son livre cette deuxième scène tout aussi étonnante que la première.

Dialogue secret

« — Philippe, C’est moi, Saadi.

On est attaqué de partout mais ça va. Inch’Allah. Tu peux venir à Tripoli ? C’est urgent. Il faut que je te voie. J’ai un message à transmettre et il me faut un ami de confiance pour parler […].

La route de Tripoli passe par la petite île de Djerba en Tunisie. Le tourisme est en berne. L’avion est vide […] Lorsque l’avion se pose à Djerba, la nuit est déjà tombée. Saadi m’a indiqué que je serais accueilli par des hommes à lui. […]

Deux Mercedes aux plaques gouvernementales libyennes patientent, moteur tournant. […] Une escorte fortement armée nous suit dans un second véhicule. Protection dérisoire face aux bombardements des avions de la coalition. […]

Dans le sens Djerba vers Tripoli, la voie est libre. Au poste frontière, aucune formalité. Le voyage a visiblement été balisé en amont. […] Après quelques heures de route, rythmées par des arrêts à des barrages toujours tenus par les troupes loyalistes, nous sommes à Tripoli.

Nous nous rendons directement au Corinthia, hôtel emblématique de la capitale libyenne. C’est mon point de chute habituel. En cette période troublée, il n’y a pas foule. […]

Le bar est désert. Aucun convive au restaurant principal. Personne non plus dans les fauteuils et banquettes qui encadrent les ascenseurs. Saadi m’attend dans l’une des suites des étages supérieurs. Les retrouvailles sont chaleureuses. […]

« Si l’offensive continue, vous allez mettre des terroristes au pouvoir »

— Comment peut-on arrêter tout ça ? me demande-t-il, inquiet. Avec l’accord de mon père, je suis prêt à m’engager et à venir parler en personne avec les Français. Car si l’offensive continue, vous allez mettre des terroristes au pouvoir. […]

Toi tu peux parler à Sarkozy. Il peut encore sauver ce pays. Et tu es ma garantie de confiance. »

Paris ne donnera pas suite à la proposition de dialogue de Saadi, restée secrète jusqu’à ce livre

Philippe Bohn conclut son récit : « Après quelques tergiversations, Paris ne donnera pas suite à la proposition de dialogue de Saadi, restée secrète jusqu’à ce livre. La chute de Tripoli est imminente et l’heure n’est plus à la conciliation.

Il est cependant accordé au fils Kadhafi un couloir de sécurité pour qu’il puisse s’échapper vers le Niger où il trouvera refuge. »

* Tunisie, Algérie, Égypte, Mauritanie, Mali, Niger, Burkina, Tchad, Soudan.

Source : jeuneafrique.com

 

 

La nouvelle guerre du Moyen-Orient , par Béchir Ben YAHMED

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L’actualité m'oblige à vous parler cette semaine d’un État archaïque et intégriste : l’Arabie saoudite.

Il ne devrait intéresser que peu de gens. Mais il exporte depuis des décennies plus de 10 % du pétrole qui se consomme dans le monde, ce qui a scandaleusement enrichi la famille « royale » qui le régit et l’oligarchie dont elle s’est entourée.

Son sous-sol recèle de grandes réserves de cette source d’énergie et, régnant sur les lieux saints de l’islam, le régime des Saoud a acquis de la considération sur tous les continents.

Les pouvoirs le ménagent en dépit de sa mauvaise réputation et ses dirigeants sont reçus partout avec un maximum d’égards : l’argent dont les Saoudiens disposent et qu’il leur arrive de dispenser abondamment leur ouvre toutes les portes.

Une révolution de palais

Le roi Salman, 82 ans, intronisé il y a près de trois ans, et son fils Mohamed Ibn Salman, 32 ans, dont il est parvenu à faire son prince héritier, ont décidé, il y a tout juste une semaine, de perpétrer une forme de coup d’État.

Le samedi 4 novembre au soir, sans crier gare, en une révolution de palais dont le pays n’a pas connu de précédent, ils ont fait arrêter une centaine de personnes, membres de leur propre famille, ministres, hauts fonctionnaires, têtes pensantes du régime.

Tous ceux qui ont contesté ou pouvaient discuter leurs décisions ont été écartés sans jugement, ni explication, ni préavis. Ils ont été assignés à résidence dans un hôtel de luxe.

Le roi et son fils ont placé partout des hommes qui leur sont inféodés et ont accaparé les pouvoirs civil, religieux et militaire du royaume.

Pourquoi ce coup de force et que vont-ils en faire ?

On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une péripétie politique prêtant à sourire : la famille qui règne sur le pays depuis près d’un siècle a fini par se désunir et, pour monopoliser tous les pouvoirs, deux de ses membres ont éliminé tous ceux qui pourraient devenir des rivaux.

Le roi Salman, son fils et leurs complices ont donc écarté le reste de la famille et ses affidés pour confisquer tout le pouvoir et mener à leur guise la politique qu’ils ont arrêtée.

Ils ont d’ailleurs commencé à la mettre en œuvre.

La guerre au Yémen

Il y a deux ans, ils ont déclenché une guerre dont le théâtre est le Yémen voisin. Elle leur a déjà coûté plusieurs milliards de dollars, leur armée y a montré ses limites, la population civile en souffre horriblement et l’ONU réclame à cor et à cri la fin du carnage.

Le roi et son fils n’en ont cure et poursuivent imperturbablement leurs bombardements désordonnés.

En juin dernier, le roi et son fils ont ouvert un nouveau front en s’attaquant à un autre voisin : le Qatar.

Il ne s’agit, pour le moment, que d’un conflit politique et diplomatique avec un riche émirat qui résiste aux injonctions saoudiennes et refuse de composer, voire de baisser le ton.

Une nouvelle guerre au Moyen-Orient

Mais ce ne sont là que les premières escarmouches de la vraie guerre que le roi et son fils, nommé commandant en chef, ont décidé d’engager et pour laquelle ils auront besoin des pleins pouvoirs qu’ils se sont arrogés ce 4 novembre.

Selon les informations qui me parviennent, ils en sont arrivés à la décision hasardeuse de se lancer dans une nouvelle guerre du Moyen-Orient. Elle est d’ailleurs commencée et tournera à une guerre civile entre musulmans sunnites – l’Arabie saoudite et ses alliés – et musulmans chiites – l’Iran et les chiites de la région.

La Syrie/le Liban : l’Arabie saoudite et les rebelles syriens qu’elle a armés et financés viennent d’être défaits et expulsés de Syrie par les troupes de Bachar al-Assad, soutenues par l’Iran.

Démission de Saad Hariri

Pour faire pièce à ces derniers, l’Arabie saoudite a convoqué à Riyad le Premier ministre du Liban, Saad Hariri, et l’a obligé à démissionner. Il l’a même fait depuis la capitale saoudienne, ce qui est sans précédent.

Le royaume a ainsi fait entrer le Liban dans la nouvelle guerre. Le Hezbollah, allié de l’Iran, est spécifiquement nommé et menacé : on déclenchera contre lui, avec l’aide d’Israël et des États-Unis, au moment choisi, une guerre qui visera à le défaire, à le désarmer et à le sortir du jeu.

L’Irak restera-t-il dirigé par les chiites ? L’Amérique essaiera-t-elle d’y remettre en selle les sunnites qu’elle a elle-même écartés du pouvoir en 2003 lorsque George W. Bush a éliminé Saddam Hussein ? Cela dépendra de l’évolution de cette guerre, dont on peut craindre que personne ne soit plus en mesure de la prévenir ni de l’arrêter.

Alliance secrète contre l’Iran

Pourquoi Salman père et fils se sont-ils engagés dans cette voie ? Parce qu’ils ont réussi à nouer une alliance secrète, contre l’Iran, avec l’Israël de Netanyahou et qu’ils ont eu la divine surprise de voir élu à la Maison-Blanche, il y a un an, Donald Trump.

Salman et son fils, Netanyahou et Trump, quatre hommes d’extrême droite au pouvoir suprême dans trois pays riches, armés jusqu’aux dents et qui ont le même ennemi : l’Iran.

Mais les Saoudiens savent que Trump n’est assuré de rester à la Maison-Blanche que trois ans de plus et que Netanyahou ne peut se maintenir au pouvoir que si son pays est en guerre contre l’Iran et le Hezbollah.

Alors, pour bénéficier de cette incroyable conjoncture et pressés par le temps, le roi Salman et son fils ont sauté le pas.

Feu vert de Washington

Le 4 novembre, ils ont pris le pouvoir après s’être assuré auprès de Jared Kushner, gendre de Trump et qui était à Riyad fin octobre, qu’ils avaient le feu vert de Washington.

D’Asie, où il se trouvait, Donald Trump a confirmé son accord d’une phrase : « Le roi Salman et le prince héritier d’Arabie savent très exactement ce qu’ils font. »

Ils ont ouvert les hostilités avec l’Iran après avoir considéré un tir de missile des rebelles yéménites sur Riyad comme « un acte de guerre décidé à Téhéran ».

Sommes-nous déjà en guerre, comme je le crois ? Moins pessimiste que moi, un commentateur qui réside dans la région a dit : « En ce mois de novembre, nous sommes passés de zéro à un risque de 30 % de confrontation armée d’ici à la fin de 2017. »

Source : jeuneafrique.com