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Tribune Libre en Mauritanie

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Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY Mustapha

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Le jour où Keynes vint en Mauritanie |Par le Pr ELY MustaphaPr ELY Mustapha - Lorsque John Maynard Keynes, débarqua en Mauritanie, la première impression qu’il eût et qu’il consigna dans ses mémoires, fut la richesse du pays en ressources naturelles...et la pauvreté des gens...en ressources élémentaires.

Ce fut pour lui un élément fondamental de réflexion et il passa de longs mois sous une khaima en méditation pour théoriser ce paradoxe. Il s’appliqua notamment à comprendre le rôle que les pouvoirs publics ont joué dans cette misère. Lui, fervent défenseur de l’interventionnisme économique de l’Etat, voici que cela contredisait sa philosophie de l’Etat bienfaiteur.

Je l’ai rencontré par hasard, enturbanné debout à la lisière d’une kebba en profonde méditation devant un groupe de groupe de jeunes gens désœuvrés à l’ombre d’une baraque branlante.

Question : Monsieur Keynes ? John Maynard Keynes je suppose ?

Keynes : Lui-même, Sir...

Q : Quel spectacle n’est-ce pas ?

Keynes : Oui, ça me rappelle les jeunes de Liverpool...

Q : Ce n’est pas le plein emploi ...

Keynes : tout-à-fait, nous ne sommes pas dans une situation de chômage incompressible, ou de faible durée. Tout le monde ici chôme. Curieux n’est-ce pas ?

Q: Et pourtant, monsieur Keynes l’Etat mauritanien est plus qu’interventionniste.... Cela aurait dû vous faire plaisir.

Keynes : C’est justement ce qui me fait réfléchir…je dois revoir mon multiplicateur !

Q : Vous pensez qu’il n’est pas applicable aux réalités économiques mauritaniennes ?

Keynes : Vous savez, depuis le temps que l’Etat investit et que la pauvreté est criante, cela mérite une révision de mon modèle.

Q : Qu’est-ce à dire ? Sommes-nous les laissés-pour compte « d'un cercle vertueux de la croissance économique » ?

Keynes : Je suis certain qu’il y a quelque chose de particulier à votre économie. Voyons voir. En principe l'activité économique repose sur le niveau de la demande effective anticipée par les agents économiques...

Q : La demande effective est faible et l’anticipation par les agents économiques de cette demande est quasi-nulle...Il faut donc relancer la demande ?

Keynes : Effectivement. Car en relançant la demande, les entreprises accroitront leur offre aussitôt absorbée par cette demande qui générera une distribution de revenus par la relance de l’emploi et donc un accroissement des investissements des entreprises et donc distribution de richesses. Formation brute capital fixe d’où croissance économique.

Q : Cela doit être en principe le processus de croissance attendu de toute économie. Mais alors qu’est-ce qui passe en Mauritanie ? Il y a des consommateurs, il y a une demande, il y a des entreprises et il y a l’Etat. Pourquoi cela ne marche pas ?

Keynes : Je crois que chez vous la demande est faible et l’offre l’est aussi.

Q : Et votre "multiplicateur" alors ?

Keynes : Effectivement, si la demande n’est pas forte l’état peut relancer l’économie à travers la dépense publique...

Q : depuis qu’il existe l’Etat mauritanien ne fait que dépenser...Est-ce à dire que les tenants de l’école classique qui jugent inefficaces les politiques de relance budgétaire ont quelque part raison ?

Keynes : Non ! Bien sûr que non ! Le problème est ailleurs. En fait lorsque j’ai préconisé l’interventionnisme public et le déficit budgétaire comme moyen de relancer l’économie, j’avais pensé ces solutions dans le contexte d’une économie occidentale où l’investissement public était repris dans le circuit économique et social de la Nation.

Q : C’est intéressant ça. Cela veut dire?

Keynes : Pour être simple, voilà comment fonctionne mon multiplicateur : lorsque l’Etat fait une relance budgétaire donc en investissant, les revenus vont augmenter donc la consommation va augmenter. Les entreprises, pour face à cette consommation, vont augmenter leur production d’un niveau équivalent à la part de revenu consacré à la consommation. D’où hausse de l’emploi et distribution de nouveaux revenus entrainant une nouvelle propension à consommer. D’un autre côté la part du revenu non consommé, à savoir l’épargne augmente dégageant ainsi d’importants capitaux permettant l’investissement. Après une certaine période, l’économie va s’autofinancer par l’épargne réalisée grâce à l’accroissement du revenu des agents économiques.

Q : Donc, si je comprends bien au bout d’un certain cycle (disons cinq ans, par exemple) la relance budgétaire devient neutre tout en ayant permis, sur la période, la croissance économique.

Keynes : Il faut préciser, et c’est important, que cela ne se réalise que dans une économie dynamique et qui a des caractéristiques qui me semblent absentes de votre économie.

Ainsi mon multiplicateur a été élaboré pour une économie qui avait ses propres moyens de production. Ces moyens de production étaient mis en œuvre par des capitaux nationaux et généraient une valeur ajoutée répartie sur cette économie. Valeur ajoutée dont bénéficiaient ses agents économiques en revenus supplémentaires répartis et en épargne. Ce n’est pas le cas en Mauritanie. Je crois qu’il y a un effet que j’appellerai de « déperdition » dans mon multiplicateur quand on l’applique à votre pays.

Q : C’est probablement notre politique monétaire qui ne s’articule pas efficacement avec notre politique budgétaire...

Keynes : Il est important, en effet, que la politique monétaire soit combinée avec la politique budgétaire de déficit des dépenses publiques....

Q : Quelle analyse en faites-vous ?

Keynes : Je crois que, pour la Mauritanie, tout tourne autour de la production nationale. Or celle-ci en termes de valeurs ajoutées est quasi-inexistante. Or toute détermination de l’accroissement de la masse monétaire passe nécessairement par une prise en compte de l’élasticité de cette production nationale. Ainsi par exemple toute volonté d’accroître le pouvoir d’achat est forcément limitée par la faiblesse de l’appareil de production national mauritanien. Ainsi Augmenter les salaires équivaudrait à accroître l’inflation, la résorption de monnaie par une offre marchande correspondante et donc par la consommation est théoriquement réduite. Aussi l’Etat se trouvera sous contrainte extérieure d’importation, d’endettement extérieur pour faire face à une demande à laquelle la production nationale ne peut faire face. Les conséquences en sont alors évidentes pour la politique monétaire qui se trouve biaisée et dénaturée par des facteurs exogènes (contraintes extérieures).

Q : Cela signifie donc que l’on ne pas peut parler de politique monétaire que si l’Etat développe une politique industrielle et commerciale....

Keynes : On ne peut relancer l’investissement si l’Etat achète tout de l’Etranger y compris ses machines…Or c’est par l’investissement, y compris par le déficit budgétaire, que l’on génère la croissance fondement du plein emploi et de l’accroissement des recettes publiques qui cycliquement rétabliront les équilibres budgétaires.

Q : Cela signifie-t-il qu’en Mauritanie nous ne sommes ni maître de notre politique budgétaire et encore moins de notre politique monétaire qui doit l’accompagner.

Keynes : Je crois que cela est principalement dû à la nature même de l’économie et des finances publiques de votre pays. L’absence d’un tissu industriel productif et la faiblesse du pouvoir d’achat font que le déficit budgétaire ne peut être un moyen de relance de l’économie.

Q : Cela est-il définitif ?

Keynes : Ce qui handicape à mon avis fondamentalement la croissance économique du pays et empêche les politiques de l’Etat (budgétaire et monétaire notamment) de jouer leur rôle, c’est que le budget est confisqué par les engagements financiers de l’Etat à long terme...

Q : Et à long terme on est tous morts !

Keynes : Non pas de précipitation. Ça je l’ai dit dans un autre contexte... Ce qu’il faut dire c’est que les pouvoirs publics mauritaniens ont adopté une stratégie de développement qui hypothèque durablement toute amélioration de la situation économique et sociale du pays. L’enlisement de l’Etat dans les projets de grande envergure financés à coup d’endettements internationaux hypothèque toute appréciation de l’efficacité des politiques budgétaires adoptées.

L’Etat Mauritanien n’est ni maître de la quasi-totalité de ses ressources (provenant de l’emprunt international) ni de ses investissements (monopolisés par des projets d’envergure). Cela se répercute nécessairement sur le développement social et économique du pays. Aucune orientation ferme vers une politique industrielle, permettant de doter le pays de ses outils de production, aucune stratégie d’infrastructure de base immédiate, permettant aux populations d’améliorer leur niveau de vie et leur environnement économique, ne sont réalisées en continu.

Si aujourd’hui, les populations mauritaniennes souffrent du manque de tout (de l’eau à l’électricité en passant par les produits alimentaires) et si le niveau de vie s’est considérablement dégradé suivi par la flambée des prix, le chômage et la crise des ménages, c’est que l’Etat Mauritanien investit ailleurs dans des projets dont la rentabilité ne se concevra que dans plusieurs années... Et d’ici-là...

Q : On est tous morts !

Keynes : Pas encore. Mais je crois que l’investissement dans les projets prioritaires à moyen et court terme auraient mieux aidé à aller vers le développement...Ainsi le grand projet "d’Aftout Essahli" apportera probablement de l’eau jusqu’à Nouakchott mais il n’améliorera nullement une situation industrielle et infrastructurelle qui se serait d’ici là fortement dégradée...

Q : Est-ce à dire que l’Etat aurait dû investir dans les ressources humaines (formation, éducation, savoir-faire ), dans l’amélioration du niveau de vie des populations (hôpitaux, infrastructures urbaines etc.), dans la création des institutions de développement (institut de recherche, laboratoires), dans la maîtrise des technologies, dans le développement d’un tissu industriel et commercial compétitif, et dans le renforcement et l’assainissement des systèmes financiers et bancaires, supports de l’économie, avant d’entamer de tels projets d’envergure qui monopolisent ses ressources et laissent les populations démunies et le pays sans ressources, ni infrastructures ?

Keynes : D’autant plus qu’il faut savoir que ces grands projets, jusqu’à leur réalisation, vont réduire à néant toute velléité de l’Etat d’adopter une politique budgétaire visant à relancer l’investissement et la croissance.

En effet (outre qu’il accapare ses ressources), le financement de ces projets provenant de l’emprunt étranger va servir à financer des compagnies étrangères maître d’œuvre des projets qui fourniront les biens (machines, outils, etc.) et les services (ingénieurs, techniciens etc.) et tout cela de l’étranger ! Cela signifie que l’Etat ne réalisera pas grâce à ces investissements sur ces grands projets, une distribution de revenus à l’échelle nationale (la main d’œuvre étant étrangère) , ni ne participera à financer une industrie nationale (qui fournirait les machines et les outils).

Donc pas d’accroissement de revenus pas de création de valeur ajoutée par les entreprises nationales (inexistantes). L’Economie de votre Etat ne bénéficiera donc pas de l’investissement réalisé par l’Etat. Or je l’ai dit une politique budgétaire ne se conçoit que par une capacité de maîtrise des flux financiers budgétaires et une politique monétaire appuyée sur une politique industrielle... Il ne sert à rien de relancer l’investissement si on acquiert ses machines à l’étranger et de surcroit si on les acquiert par un endettement qui ne serait pas contrebalancé par une politique de croissance permettant son remboursement.

Q : Vous me semblez très pessimiste, monsieur Keynes...

Keynes : Et vous, ne l’êtes-vous pas ?

Q : Je crois que je vais me tourner vers les monétaristes…ils sont moins keynésiens.

Keynes me regarda d’un œil réprobateur, remit son turban qui pendait à son cou prit un air de philosophe (qui siérait bien à Hayek) et dit : Keynésien ou pas, je crois que ce qui vous manque en Mauritanie, ce n’est pas la théorisation de ce qui arrive à votre économie, c’est l’intégrité des hommes qui la dirigent.

Q : L’intégrité ? M’écriais-je. Oui, je crois aussi. Mais n’aurions-nous dû pas commencer par-là, monsieur Keynes ?

Il eût un hochement de tête, et s’en alla. Et pendant que sa silhouette enturbannée disparaissait derrière les quelques baraques de cette banlieue nauséabonde, je me disais que si John Maynard Keynes avait posé pied ici c’est que nous en valions bien la peine. Allez savoir pour quoi.

Pr ELY Mustapha
Source :
Pr ELY Mustapha

 

 

 

[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômes

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[Libre Expression] La Mauritanie falsifiée : pays où se vendent les écoles et s’achètent les diplômesAgoraVox - Ampleur des dégâts et sous-développement socio-économique et technoscientifique.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Lorsque j’étais membre de l’éphémère Haute Commission pour la Réforme de l’Education en Mauritanie qui avait compétence pour proposer de réformes pour tout le système éducatif (du primaire au supérieur) j’avais rencontré, dans son bureau, un responsable d’une institution universitaire qui par courtoisie me présenta une quinzaine de ses collaborateurs et collègues enseignants en me précisant à chaque fois leur fonction et les qualification académiques, or à ma grande surprise, certaines de ces personnes présentées comme diplômées de l’université tunisienne, n’ont jamais foulé le pied de ce pays.

Notamment des docteurs et des détenteurs de masters et autres troisième cycles. Possédant moi-même une base de données de l’ensemble des diplômes mauritaniens de Tunisie, remontant aux années soixante-dix et présent moi-même, en tant que professeur à l’université tunisienne depuis 1987, et doyen du corps professoral mauritanien en Tunisie, je fus fortement étonné par cette situation.

Si l’on ajoute à cela que bon nombre de ceux avec lesquels j’ai pu discuter de matières relevant de ma discipline, ne semblent avoir ni les qualifications ni le niveau requis pour enseigner.

Discrétion oblige je m’en suis tenu à l’observation mais avant de quitter Nouakchott

L’ampleur de la falsification était telle qu’elle toute touche toute la sphère de l’université, de son administration interne, de l’administration de tutelle et même toute l’administration mauritanienne si l’on s’en tient uniquement au service public…l’enseignement privé, lui, n’était certainement pas épargné.

Ceci me fut encore confirmé lors d’un récent séjour à Nouakchott et visitant quelques administrations publiques de la place, je fus surpris par le nombre de personnes qui s’interpelaient par le terme “Docteur”. Dans un ministère j’en ai même compté une vingtaine par étage. Tous les directeurs, les chefs de services, et la plupart des cadres se donnaient du “Docteur”. Du “Docteur” en veux-tu ? En voilà.

J’aurai été ravi de cette situation si elle n’était pas quelque peu bizarre. Et ce n’est point un jugement de valeur puisque je connais le cursus universitaire de certaines des personnes rencontrées et qui ne pouvaient ni de près, ni de loin se prévaloir du titre de docteur. Et pourtant, elles s’en targuaient. Alors que se passe-t-il pour qu’un titre universitaire aussi prestigieux, chèrement acquis aux prix de l’intellect, et du sacrifice d’années entières d’une vie de recherche souvent difficiles, et durement passées, puisse aujourd’hui devenir un titre que chacun porte ?

Cette situation porte gravement atteinte au développement du pays (I) et se doit de trouver une solution à travers l’analyse de la situation, ses origines et de son ampleur (II) vu les préjudices causés aux véritables diplômes mauritaniens (accaparation des emplois par les faux diplômés, ternissement de l’image du véritable diplômé mauritanien) et au développement du pays (incompétence, culture de la médiocrité, atteinte au développement dans tous les secteurs).

I) Les faux doctorats et les conséquences sur le développement du pays

Les développements qui suivent peuvent être appliqués, quant aux conséquences, à tous les faux diplômes. Toutefois, la falsification du doctorat revêt une importance particulière du fait de la nature de ce diplôme (a) et des conséquences que ce diplôme peut avoir sur le développement du pays (b)

a) Le doctorat qu’est-ce que c’est ?

Le doctorat (du latin doctorem, de doctum et supin de de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Dans la plupart des pays, la préparation d'un doctorat dure en général trois ans (durée jugée normale en sciences formelles et naturelles) et peut se prolonger plus longtemps en sciences humaines et sociales (six ou sept ans en droit) (Wikipédia).

La durée du doctorat et son appellation dépendent des pays et des universités. Sur cette variété, nombre d’article résume la situation pour un certain nombre pays

Nous nous attacherons simplement à donner le schéma classique d’aboutissement au Doctorat. Schéma qui correspond à la plupart des cursus universitaires sérieux et reconnus. Ainsi distinguons trois types de diplômes qui portent cette appellation de “doctorat”, mais qui ne sont ni équivalent dans leur durée ni dans l’échelle des études universitaires. Le Doctorat de troisième cycle, le doctorat d’université et le doctorat d’Etat.

Le doctorat de troisième cycle, comme son nom l’indique sanctionne des études de troisième cycle. Il porte l’appellation Doctorat suivant les universités, certaines universités ne délivrent que des diplômes de troisième cycle équivalent appelés DEA (Diplômes d’Etudes approfondies), ou plus récemment Mastères de troisième cycle.

Ces derniers suivant les récentes réformes se subdivisent, grosso modo, en “Masters spécialisés (ou “professionnels”) et en Masters généraux (ou de “recherche”). Seuls ces derniers donnent la possibilité de s’inscrire en doctorat. Mais ni les premiers, ni les seconds ne confèrent, en tant que diplômes de troisième cycle, le titre de Docteur.

Le titre de docteur est attribué aux titulaires d’un Doctorat d’Etat, premiers doctorats reconnus par les universités, et les titulaires des doctorats d’université, crées ces dernières années.

Ainsi, sans entrer dans l’exhaustivité ,(systèmes classiques/récents LMD) et quelle que soit la pluralité des systèmes, le règle est claire : n’est docteur que celui qui est titulaire d’un doctorat d’Etat ou d’université ou d’un titre équivalent en nombre d’années de recherche, et cela après l’obtention d’un diplôme de troisième cycle quelle qu’en soit l’appellation (d’une durée de deux ans dont une année d’étude et une année de recherche) après une maitrise ou un licence de ( trois à quatre ans ). Le doctorat (notamment d’université lui-même variant dans sa durée entre 3 ans et 5 ans. Le doctorat d’Etat, pouvait aller jusqu’à 7 ans et l’on a pu constater qu’il pouvait même aller au-delà.

Pour résumer : Baccalauréat « Maitrise » 0 Diplôme de Troisième cycle » Doctorat.

Tout autre circuit pour l’obtention d’un Doctorat est incomplet et dans tous les cas douteux. Et cela quelle que soit l’université ou le pays qui le délivre.

Ceci ne concernant pas les Doctorats “Honoris Causa”, qui sont des doctorats d’honneurs délivrés par des universités à des personnalités pour leur action dans des domaines divers à l’échelle nationale ou internationale (politique, diplomatique, social etc.). Mais même là encore, ce diplôme n’honore pas forcément l’université qui la délivré ni celui qui le reçoit (certains dictateurs avaient reçu ce doctorat honoris Causa).

C’est autant dire donc que l’obtention d’un Doctorat est une affaire à prendre avec la plus haute importance et cela est d’autant plus impératif que les conséquences des faux diplômes sur le développement des pays sont extrêmement graves.

b) Les conséquences faux doctorats sur le développement en Mauritanie : la destruction du capital humain

Dans l’approche économique, les différentes théories (du capital humain, du filtre et du signal et du statut social, notamment) attribuent des fonctions extrêmement importantes aux diplômes dans le développement. Il ne fait pas de doute qu’ils sont l’indicateur premier des qualifications du capital humain dont dispose un pays.

On série les qualifications suivant le niveau du diplôme obtenu, l’expérience acquise venant renforcer ces qualifications. Les statistiques sur les diplômés permettent de donner une image non seulement du niveau d’éducation mais des capacités des ressources humaines dont dispose le pays. Le diplôme est aussi dans la théorie du filtre et du signal, un moyen de détecter ceux qui sont potentiellement capables de remplir les fonctions attendues. Ils signalent un niveau d’étude et permettent de prétendre passer par le “filtre” de sélection des recruteurs publics ou privés.

Ce qui est extrêmement important, pour l’emploi des compétences ; et des études récentes montrent que l’existence de ces filtres sont des déterminants de l’investissement de compagnies étrangères dans certains pays en développement.

Enfin, dans la troisième approche, le diplôme permettant à celui qui le détient un statut social spécifique, il lui offre un positionnement non seulement sur le marché du travail (théorie du capital humain, du filtre et du signal), mais aussi sur le plan social. Le niveau du diplôme déterminant sa prétention à de fonctions plus élevées, à une meilleure rémunération et à un niveau de vie plus élevé.

Le doctorat est par essence un diplôme délivré à une personne qui, à travers un cursus universitaire accompli a acquis après plusieurs années de recherche, un savoir et une certaine maitrise de son domaine de compétence.

Dans les universités de renom, seuls ceux qui ont obtenu de bonnes mentions à la fin des différents cycles par lesquels ils sont passés, sont autorisés à s’inscrire en Doctorat. C’est autant dire que le Doctorat est par essence sélectif et concerne des personnes qui ont une certaine latitude scientifique et veulent continuer dans ce sens pour le développement de la connaissance. C’est autant dire donc que celui qui obtient son doctorat a un précieux bagage scientifique et intellectuel qu’il est appelé à enrichir et à transmettre.

Le docteur c’est, donc celui qui a accumulé une importante somme de connaissances dans son domaine, qui a maitrisé les outils conceptuels, méthodologiques, pédagogiques et techniques lui permettant de faire de sa discipline un champ fructueux de recherche, de développement et de progrès. C’est autant dire que son apport pour le développement est important.

Le diplôme de docteur, permettant à son titulaire d’occuper des hautes fonctions du moins des fonctions clefs dans l’enseignement, la recherche, l’administration publique et privée (tous secteurs confondus), on comprend alors non seulement la déperdition que subit la nation entière en ne l’employant pas. Et l’on comprend par là même, la catastrophe que pourrait subir une nation en employant de faux docteurs.

Et il ne fait pas de doute que l’existence de ces faux docteurs va pénaliser les véritables titulaires des doctorats. D’abord en introduisant l’incompétence, l’ignorance et l’inefficacité dans les emplois qu’ils occupent indument, ils ternissent l’image de ce titre et de ses porteurs. D’autre part, cette incompétence va entrainer une chute certaine de la croissance dans tous les secteurs du développement où l’emploi des compétences est requis.

II- La situation en Mauritanie des faux docteurs : quelle ampleur, quelles solutions ?

Eut égard, à la situation qui prévaut actuellement, et qui est perceptible à tous les échelons de la vie économique, il convient de s’interroger sur ses causes (a), pour proposer quelques solutions (b)

a- Les causes de la floraison des docteurs en Mauritanie

Si l’on entend souvent parler de faux diplômes, on entend, par contre, peu parler des “faux-vrais” diplômes (ou de “vrais-faux” diplômes)

Il convient de les distinguer, bien qu’ils aient les mêmes objectifs (infiltrer l’ensemble de l’appareil politique, économique et social du pays par des individus sans foi ni loi) et ils ont tous les mêmes effets (profiter d’un droit indu, engendrer l’incompétence, la médiocrité et le sous–développement).

Les faux diplômes : Qu’est-ce qu’un faux diplôme ?

“Une façon simple de définir les faux diplômes serait de procéder par exclusion, en les définissant comme tous les prétendus diplômes ne satisfaisant pas aux conditions de définition des vrais diplômes. Malgré son caractère englobant, une telle définition ne permet pas d’approfondir l’analyse, d’où la nécessité de la dépasser.

Les faux diplômes peuvent être classés en deux grands types, à savoir, la contrefaçon pure et simple d’un vrai diplôme et la création ex nihilo d’un document écrit attestant un titre ou un grade, délivré par une institution souvent virtuelle et non habilitée à le faire.

Dans le premier cas, le faux diplôme en question porte des signes distinctifs cherchant à imiter le vrai diplôme, comme le nom ou le logo de l’institution dument habilitée à le délivrer. Une telle falsification est relativement similaire, au moins sur le plan analytique, aux faux billets ou aux fausses pièces d’identité.

Dans le deuxième cas, qui retiendra la majeure partie de notre attention, le faux diplôme est un document délivré (ou plutôt vendu) par une institution non reconnue, et ne répondant pas aux critères minimaux (personnel qualifié, cours, examens, etc.) permettant de délivrer le titre concerné. La notion de faux diplômes est étroitement liée à celles d’« usines à diplômes » (diploma mills), c’est-à-dire d’institutions non habilitées ou bénéficiant d’habilitations douteuses.

Ces habilitations douteuses peuvent correspondre à une large variété de stratégies, comme l’habilitation par des organismes eux-mêmes non habilités à le faire, des « usines à accréditation » (accreditation mills) ou le mensonge pur et simple en affichant une habilitation contrefaite d’un organisme réellement accrédité” 1

Sans préjuger des droits des véritables détenteurs de vrais diplômes de ces pays et qui exercent en Mauritanie, il reste que beaucoup de pays ont été la source de délivrance à grande échelle de faux diplômes de la licence au doctorat. De ce fait les pays arabes sont touchés de façon dramatique. Le Koweit, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Soudan, l’Irak, la Jordanie, l’Egypte, pour ne citer que ceux-là, ont une “élite” qui s’est illustrée par les faux diplômes. Comme en témoigne la revue de Presse suivante 2 :

· Journal koweïtien Al-Nahar

A publié un article le 7 Juillet 2008, de l'écrivaine, kafieh Ramadan dans lequel elle a révélé la propagation du phénomène au Koweït.

· Quotidien saoudien Al-Wasat

Publié un article le 14 Novembre 2010 de l'écrivain Mohammed Haidar intitulé "la farce des titulaires de doctorats".

· Journal Saoudien Okaz

A révélé dans un article daté du 17 avril 2010 l'arrestation d'u vendeur de contrefaçon de doctorats

· Le Forum indépendant - Jordanie

Ce journal a publié le texte suivant le 3 août 2008

"Des dizaines de médecins jordaniens qui ont acquis de la notoriété, ont acheté leurs doctorats d'un américain, pompier de son état et le vendeur de faux certificats. Cet américain travaillant avec sa femme dans le commerce des diplômes aux États-Unis.

· L'Echo de Syrie

Ce journal a publié le texte suivant le 14 Septembre 2009 : "Mise à pied d'agents de police à la suite de la découverte de leurs faux diplômes"

Sur le même site on peut lire le 20 août 2008 la fermeture de l'institution internationale "El Maamoun" qui vend des faux certificats à Alep et à Mezze à Damas.

· Site « Iris » de Jordanie

Article du 3 février 2009 Février : " 200 faux Ph.D. travaillant au sein du ministère de l'Éducation.

· Voix de l'Iraq

A publié le 27 Octobre 2010 : " de faux certificats et les diplômés sont au chômage".

· Le journal américain "Spokesman Review" d'Août 2008

A publié 180 noms de ressortissants du Golfe AYANT obtenu de faux certificats des Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar, etc.

· Le journal, « la ville » saoudienne

A publié un article le 5 Septembre, Septembre 2010, que "50 fonctionnaires éducatifs et enseignants ainsi que les directeurs d'école ont reçu des diplômes de doctorat de manière informelle délivrés pas des universités ne reconnues.

· Site Web de la Province de « Tarif » Arabie saoudite

Publié le 19 août 2008 la liste des noms de centaines de personnes qui ont acheté leurs doctorats.

· Site Souria.Com

La chambre sociale de Syrie a écrit le 11 avril 2009 à l'adresse suivante : 3 faux doctorats de collaborateurs du ministre de l'Intérieur.

· Le Réseau des Nouvelles du Najaf

A publié un article le 5 Septembre 2009 sous la rubrique "La Commission d’intégrité poursuis cas de 905 faux diplômes détenus par des responsables irakiens."

· Le Réseau des Nouvelles d’Irak :

Publié le 26 avril 2008, une longue enquête menée contre des ambassadeurs portant faux diplômes et ayant des niveaux d’éducation très faibles..

Sur des sites du Soudanais : « De faux titres scientifiques et des faux diplômes pour des doyens d’université iraquiennes travaillant au Soudan.

· Forums des contributeurs au développement économique (Saoudien) spécialisé dans les actions et les titres saoudiens sur les marchés financiers.

A publié le 13 Août 2008 : « 68 Docteurs saoudiens ont acheté leur doctorat aux États-Unis au prix de 8000 $. »

· Qods Al-Arabi - Londres

A publié un rapport le 1er Septembre 2009 Rapport qui a révélé que 1088 propriétaires de faux diplômes occupent des hauts postes dans le gouvernement irakien. Et Selon des rapports irakiens on a découvert 3165 documents d’études falsifiés dans des domaines sensibles qui ont été achetés d’un certain nombre de pays européens.

· Echarq el awsat 16 Septembre 2010

Dans un style ironique Fandy Mamoun a écrit, « on appelle le chauffeur de taxi, docteur . De même pour l’employé public lorsqu’il apparaît à la télévision on l’appelle toujours « Docteur ». Et l’on ne sait pas si ce doctorat obtenu est un doctorat coutumier ou doctorat de convenances.

Dans un article récent sur le site irakien « Massress », intitulé : « Le phénomène de la contrefaçon des diplôme un aspect de la corruption », l’auteur , Mustapha Mohamed gharib, écrivait : « L’estimation de ces diplômes falsifiés en Irak est de 35 000 (universités iraniennes notamment, et des certificats contrefaits délivrés par les universités dans les États du Golfe, le Liban et le Maghreb arabe ) »3.

Aux Etats-unis beaucoup d’entreprises –dîtes “moulins à diplômes” - très lucratives se sont spécialisées dans le marché des diplômes. Et le site “spokesman review a publié, en 2008, suite aux enquêtes judiciaires, une partie “des noms de près de 10.000 personnes apparues dans une enquête fédérale d'un moulin à diplômes à Spokane-qui vendait des faux diplômes ainsi que la contrefaçon des études secondaires… .4”

D’autre part des milliers d’entreprises à travers le monde, vendent des diplômes. Tel ce site chinois qui convertit les diplômes en euros ou cette entreprise américaine qui délivre les diplômes par téléphone et retour de courrier.

Le vrai-faux diplôme :

Si les faux diplômes sont, en principe, faciles à découvrir notamment en écrivant à l’institution qui les a délivrés (quand il s’agit d’une université reconnue) ou en vérifiant l’existence, la réalité et la validité de l’institution auprès des autorités du pays (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique ou de l’Education, par exemple), par contre le faux-vrai diplôme ne peut être prouvé que d’une seule façon : l’incompétence de celui qui le détient.

Un faux-vrai diplôme est celui qui est obtenu d’une véritable université accréditée et reconnue par les autorités du pays, mais ce n’est pas son titulaire qui a fait le travail pour l’obtenir.

Ainsi le mémoire de fin d’études ou la thèse qu’il a présentée ont été confectionnés par d’autres personnes, souvent un enseignant de ladite université et qui l’aide dans sa soutenance à travers des jurys de complaisance.

Le diplôme reçu est donc vrai mais la personne le reçoit indument. C’est un incompétent diplômé. Les détenteurs de “faux-vrais” diplômes participent souvent aux recrutements sur dossier et évitent les concours, et les entretiens de recrutement. Sinon ils tomberaient sous l’effet de la théorie du filtre et du signal (développée plus haut).

Mais qu’il soit détenteur d’un faux diplôme ou d’un vrai-faux diplôme, cet individu est assimilable à un délinquant. Dans le premier cas, il tombe sous le coup de la répression pénale sous le chef d’accusation de “faux et d’usage de faux”. Dans le second, il sera souvent mis sous la sellette dans le cadre de l’activité professionnelle dans laquelle il sera toujours un clandestin. Et dans tous les cas ces deux délinquants porteront atteinte gravement à la profession qu’ils rejoindront et au développement du pays tout entier.

b) Quelles solutions pour endiguer le fléau des faux diplômes

Les stratégies les plus utilisées ont été toutes guidées par la volonté des pouvoirs publics d’enrayer le phénomène. C’est ainsi que certains pays ont, à travers leurs institutions habilitées (Ministère de l’Education, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique), adopté des mesures administratives, judicaires et professionnelles à l’égard de porteurs de faux diplômes. Parmi ces pays on retrouve notamment l’Irak, le Togo, Madagascar etc.

Dans ce dernier pays un programme a été mis en place avec l’aide la Banque mondiale et de la coopération française pour faire face aux faux diplômes. D’intéressantes mesures ont été prises dans le cadre de ce programme.

Toutefois l’ampleur du phénomène a poussé à une réflexion qui est allé très loin jusqu’à concevoir une “dématérialisation du diplôme”, c’est-à-dire de supprimer le support papier et d’en faire un document numérisé auquel on adjoindrait alors toute une technologie de cryptage et de d’authentification électronique. D’autres pays ont envisagé des diplômes “biométriques” à l’image de la carte d’identité “infalsifiable”, c’est le cas des Comores.

Le secteur public des pays en développement souffre beaucoup de l’embauche des faux diplômés et cela n’est pas sans conséquences sur son rendement, mais fonctionnant sur des ressources publiques, produisant des biens non marchands et non soumis aux critères d’efficacité et d’efficience, il est le lieu privilégié des faux diplômés. Et pour trouver une solution, il faut passer nécessairement par la volonté des pouvoirs publics. Sans cette volonté, l’Etat tout entier continuera à souffrir de cette plaie.

Par contre le secteur privé et notamment les moyennes et les grandes entreprises ne peuvent souffrir une charge financière d’un personnel incompétent. Il en va de leur propre existence. C’est pourquoi, la chasse aux faux diplômes y trouve plus d’attention.

C’est ainsi que pour répondre à ce besoin, des sociétés se sont spécialisées dans la vérification des diplômes des prétendants aux emplois. Ce service est payant pour la société qui recrute mais cela lui fait souvent gagner beaucoup plus. Parmi ces entreprises on trouve “verifdiploma” qui offre aux entreprises la vérification des diplômes des candidats en quelques secondes sur son site.

En Mauritanie, la solution ne pouvant provenir que des pouvoirs publics, il est nécessaire cependant que la volonté y soit. Ainsi la création d’une commission nationale de vérification des diplômes serait une solution. Toutefois on sait pertinemment que c’est une solution qui ne manquera pas de rencontrer les difficultés suivantes :

- La crainte de l’ampleur que peut prendre la découverte du phénomène et le nombre de personnes impliquées à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale de la nation

- la force d’inertie de l’administration publique elle-même qui ne fera pas avancer les investigations puisqu’elle est, elle-même, concernée par le phénomène des faux diplômés.

Aussi, à notre avis, seule une commission indépendante du système politico-administratif mauritanien et comprenant des membres neutres pourra accomplir cette mission. Mais quand des ministères qui auraient entrepris la vérification des diplômes des enseignants du supérieur optent pour « le classement sans suite du dossier », on comprend l’ampleur de la catastrophe :

« Le ministère de la fonction publique avait, pour sa part, entrepris auparavant, des démarches destinées à certifier l’authenticité de certains diplômes appartenant à des Professeurs du Supérieur.

Le département s’est enquis à ce propos auprès des universités qui ont délivré lesdits diplômes. Il s’est dégagé de cette vérification, que les diplômes dont certains sont détenus par des hauts fonctionnaires de l’Etat, ont été enregistrés par ces académies au nom de personnes appartenant à d’autres pays.

Vu le caractère sensible du sujet, le dossier a été classé sans suite. » (voir : http://www.cridem.org/C_Info.php?article=687211 )

Ne nous étonnons donc pas que nos édifices publics penchent, que nos aéroports coulent, que nos hôpitaux sont des mouroirs, que notre système éducatif forme à la médiocrité, que nos administrations sont incompétentes et que notre économie est exsangue…

Toute nation qui se veut solide et prospère, éduque ses enfants à la meilleure école.

En Mauritanie, on vend les écoles et on achète les diplômes…quel avenir ?

Pr ELY Mustapha

https://tn.linkedin.com/in/mustapha-ahmed-ely-63984630

________________________________________________

1.
Gilles Grolleau et Tarik Lakhal « Éléments d'analyse économique des faux diplômes », Revue internationale de droit économique 2/2007 (t. XXI, 2), p. 115-128. URL : www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2007-2-page-115.htm. DOI : 10.3917/ride.212.0115 .

2.Ces références de Presse sont rapportées par M. Nahed Ismail dans son article publié sur le site « ettagyir » à l’adresse : http://www.al-tagheer.com/arts6353.html

3.http://www.masress.com/shbabmisr/7400

4.http://www.spokesmanreview.com/data/diploma-mill/by-orgs/

Source : AgoraVox

 

Evolution du droit des investissements en Mauritanie

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Evolution du droit des investissements en MauritanieFinancial Afrik - La Mauritanie a mis en place, le 07 février 2019, un Conseil Supérieur pour l’Amélioration du Climat des Affaires. Une étape supplémentaire dans les réformes engagées depuis quelques années pour accroitre l’attractivité économique du pays.

D’un point de vue institutionnel, cet organe vient s’ajouter, entre autres, à la Délégation Générale à la Promotion des Investissements, à la création de la Chambre Internationale de Médiation et d’Arbitrage de Mauritanie (CIMAM) ainsi qu’à la mise en place du Guichet unique. Les initiatives réformatrices du gouvernement mauritanien ont eu un impact positif sur le classement du pays dans le rapport Doing Business.

Dans le rapport 2018, le pays a fait un bond significatif passant de la 160ème à la 150ème place, soit un bond de 10 points. Cette progression s’est quelque peu tarie en 2019, le pays est classé 148ème sur 190 pays, soit une progression de seulement deux points. Plusieurs initiatives sont en cours en vue d’augmenter l’attractivité économique du pays.

Et pourtant, malgré la volonté réformatrice des autorités, et malgré son positionnement géographique stratégique et ses nombreuses richesses naturelles, la Mauritanie a encore du mal à séduire les investisseurs étrangers. Elle souffre encore d’un «lack of confidence» de la part des investisseurs. Le pays reste toujours devancé en termes d’investissements directs étrangers (IDE) par ses voisins que sont le Sénégal et le Maroc. Les différentes réformes initiées visent à inverser la tendance et à faire de la Mauritanie une terre d’investissements. Nous nous intéressons ici au cadre légal des investissements en Mauritanie et aux possibles pistes d’amélioration du climat des affaires.

Le cadre légal des investissements en Mauritanie

Plusieurs textes ont été adoptés pour définir le cadre légal des investissements en Mauritanie. Le texte de référence est sans conteste le code des investissements adopté par la loi n° 2012-52 du 31 juillet 2012 modifié en 2016. De manière non exhaustive, à ce texte s’ajoute une législation sectorielle concernant les mines et les hydrocarbures. Le code des mines a été adopté par la loi n°2008-11 du 27 avril 2008 et le code des hydrocarbures bruts est issu de la loi n°2010-33 du 10 juillet 2010. Le code de commerce résultant de la loi 2000-05 du 18 janvier 2005, modifié en 2015, régit quant à lui l’exercice de la profession de commerçant ainsi que les différentes structures sociétaires en Mauritanie. La présente synthèse se limitera aux dispositions contenues dans le code des investissements.

Champ d’application du code des investissements

L’adoption du code des investissements s’inscrit dans la stratégie de la Mauritanie d’encourager les investissements directs étrangers (IDE) ainsi que les investissements faits avec des capitaux mauritaniens. Le législateur précise d’ailleurs que les dispositions du code ne s’opposent pas à l’application d’avantages prévus dans le cadre de traités bilatéraux d’investissement (TBI) signés entre la République islamique de Mauritanie et l’Etat dont l’investisseur étranger est le ressortissant. Tout investisseur, dès lors qu’il est titulaire du certificat d’investissement, est éligible au bénéfice des dispositions du code. Le texte exclut de son champ d’application les secteurs tels que les mines et les hydrocarbures qui font l’objet d’une législation spéciale tel qu’il a été rappelé supra. Les principales dispositions du code peuvent être présentées ainsi qu’il suit :

Encouragement et protection de l’investissement privé

Trois objectifs sont assignés au code : faciliter la création d’entreprises, inciter les opérateurs à investir en Mauritanie et sécuriser leurs investissements. Le texte donne une définition de ce qui est considéré comme investissement étranger, investissement mauritanien ou encore investissement avec des capitaux mixtes. Le lieu de mobilisation des ressources constitue le critère déterminant, abstraction faite de la nationalité des apporteurs. Est par exemple considéré comme investissement étranger tout investissement fait avec des capitaux mobilisés à l’étranger.

Garantie contre l’expropriation ou la nationalisation

Quelle que soit la nature de l’investissement, nul ne doit craindre une éventuelle expropriation ou nationalisation de son investissement.

Liberté de transfert des capitaux

Il s’agit d’un critère important dans la décision pour un étranger d’investir dans un Etat. Les dispositions du code garantissent à l’investisseur étranger la liberté de transférer (sans délai et après paiement des droits et taxes) les revenus ou produits de toutes natures résultant de son exploitation, de toute cession d’éléments d’actifs ou de sa liquidation. Ce droit s’applique également aux parts de bénéfices, aux produits de la vente des droits d’associés, à la reprise d’apports en nature, au droit dans le partage du boni de liquidation.

Garantie de disponibilité de devises

Sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie, il est garanti aux entreprises l’obtention de devises nécessaires à leur activités.

Stabilité des conditions juridiques

L’Etat mauritanien garantit aux investisseurs la stabilité des conditions juridiques, fiscales et douanières durant une période de vingt ans à partir de l’acquisition du certificat d’investissement.

Emploi de personnel étranger et garantie de transfert des rémunérations :

Tout investisseur peut employer du personnel expatrié à hauteur de 10% du personnel d’encadrement conformément à la législation du travail en Mauritanie. A ce personnel expatrié est offerte la possibilité de transférer tout ou partie de sa rémunération salariale, après paiement des droits et taxes, sous réserve du respect de la réglementation des changes en Mauritanie.

Egalité de traitement :

Les personnes physiques ou morales étrangères qui investissent en Mauritanie reçoivent les mêmes traitements que les mauritaniens sous réserve de réciprocité et des traités et accords auxquels est partie la Mauritanie.

Mise en place de régimes privilégiés :

Le code des investissements a mis en place des mesures incitatives notamment fiscales et douanières. Ces avantages sont applicables aux entreprises reconnues comme relevant des régimes privilégiés. Peuvent bénéficier de ces mesures incitatives, les entreprises éligibles « au régime des PME » ou installées dans les « zones économiques spéciales » et remplissant les conditions énumérées par le code. Peuvent également bénéficier de ces régimes privilégiés, les investissements dans le faits dans le cadre de conventions d’établissement dans le domaine de l’agriculture (à l’exception de l’acquisition de terrains), la transformation de produits provenant de l’élevage ou encore l’industrie à terre des produits de la pêche (à l’exception de la farine de poisson). Une réforme de certains aspects des mesures incitatives est à l’étude.

Le règlement des différends relatifs aux investissements :

Ce point est sans conteste un point crucial dans la crédibilité du pays à l’égard des investisseurs. Ceux-là craignent en effet que des litiges les opposant aux ressortissants de l’Etat hôte ou à l’Etat hôte ne tournent à leur désavantage et à une perte du capital investi. A cet égard, il faut rappeler que la Mauritanie a ratifié la convention pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères (Convention de New York de 1958). Elle est également membre du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements). Le pays s’est également doté d’un code de l’arbitrage en 2000, code qui devrait faire l’objet de modifications à venir. Par ailleurs, le code des investissements dispose que tout litige entre un investisseur étranger et l’Etat mauritanien résultant de l’application ou de l’interprétation du code est réglé par voie de conciliation ou au choix des parties par l’arbitrage. L’arbitrage a également les faveurs de l’Etat mauritanien dans les codes sectoriels. Il est reconnu comme mécanisme de résolution des litiges entre l’Etat et les entreprises opérant dans le secteur des mines ou des hydrocarbures.

Malgré un cadre légal attrayant et la mise en place de nombreuses réformes institutionnelles, la Mauritanie a encore du mal à attirer les investisseurs. En excluant toute exhaustivité, plusieurs raisons peuvent être avancées.

Faible attractivité de la Mauritanie en matière d’investissements

Parmi les freins aux investissements directs étrangers en Mauritanie, plusieurs explications peuvent être avancées.

Le pays dispose de matières premières considérables et les perspectives d’exploitation prochaine du gaz découvert dans le champ marin « Grand Tortue-Ahmeyin » viennent confirmer cette tendance. Cependant, la Mauritanie souffre d’une faible diversification du secteur des investissements. Le pays reste concentré sur les mines et les hydrocarbures alors que de nombreux besoins restent à satisfaire notamment dans le domaine des infrastructures et des services. Il n’y a pas de développement sans infrastructures. L’état des routes augmentent les coûts de productivité pour les entreprises. Les politiques de partenariat public-privé (PPE), à condition d’être bien négociées, peuvent être une piste intéressante pour le développement des infrastructures.

La Tracasseries administratives et l’absence de sécurisation des investissements sont à inclure dans les freins.Malgré la mise en place du guichet unique et l’existence de textes incitatifs, les tracasseries administratives demeurent et doivent être prises en compte dans l’élaboration d’une politique d’investissement efficiente. Ces tracasseries ont souvent pour soubassement la corruption. En effet, la Mauritanie est encore perçue, à juste titre, comme un pays où la corruption est grandement présente et à cet égard ces tracasseries administratives sont souvent décrites par les investisseurs comme un moyen d’obtenir des contreparties à la facilitation des démarches alors même que les textes incitent à la fluidité et à la rapidité.

Le contexte socio-politique est également à prendre en considération.Les tensions au sahel continuent d’alimenter beaucoup de méfiance de la part des investisseurs et certains préfèrent rester prudents. A cette situation au Sahel, il faut rapprocher les tensions latentes liées la situation socio-politique interne du pays. Pour beaucoup d’investisseurs, l’image du pays, encore largement dominée par les questions liées à l’esclavage ou la difficile cohabitation intra-communautaire, donne à la Mauritanie bad press. A cet égard, la balance Risk/Profit tourne au désavantage du pays.

En définitive, si le pays arrive à cibler les domaines d’investissement prioritaires, à mettre l’accent sur les infrastructures, à promouvoir une véritable justice sociale en luttant contre les inégalités, à s’intéresser aux services et à mener une politique efficiente contre la corruption et pour la sécurisation des investissements, les différentes réformes engagées pourraient porter leurs fruits.

Par Fatimata Tagourla

Fatimata Tagourla est mauritanienne, Docteur en droit
Consultant Chargée d’enseignement à l’Université Paris Nanterre et à l’Ecole supérieure sur le commerce extérieur (ESCE) Paris.

Source : Financial Afrik

 

 

Hommage à Mohamed Abdallahi Ould Breihim

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Mohamed Abdallahi ould Breihim, celui qui était pour nous tous un père, est décédé ce dimanche 10 mars à Nouakchott, des suites d’une longue maladie.  Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, il  était  le policier, matricule 001,  le premier à s’engager donc dans ce corps.

Pour nous autres, il était le papa accueillant, l’éducateur hors pair, affectueux et sévère quand il le faut. Proche collaborateur de feu Mokhtar ould Daddah dont il était membre de la sécurité rapprochée, il l’accompagnait dans tous ses déplacements, était son ami et confident. Il ne l’a pas renié après son départ, malgré les promesses alléchantes de ses tombeurs, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup d’autres.  Il ne tira aucun avantage matériel de sa longue proximité avec le Père de la Nation, poursuivant son travail de policier jusqu’à la retraite. Droit dans ses bottes, entier, franc, il affichait une sobriété qui sied à tout homme de son rang derrière laquelle se cachait un torrent de bonté. Sa maison où régnait une femme extraordinaire, feue Meylouda, assurait le gîte et le couvert à tous ceux  qui en avaient besoin.

Et Allah sait qu’ils étaient nombreux au moment où Nouakchott comptait très peu de maisons accueillantes ! C’était un plaisir immense de l’entendre raconter ses pérégrinations, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, avec feu Mokhtar qui était, pour lui et sans conteste, le symbole même de la droiture, de l’honnêteté et du désintéressement. Repose en paix, papa fidèle,  après une vie si pleine,  et généreuse, inna lillahi wa inna ileyhi raji’oune.

Source : lecalame.info (Mauritanie)

 

Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nom

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Hanna Cheikh Malainine, Malaise je dis ton nomNovembre historique. Le dimanche 18, l’équipe nationale de football se qualifie pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu l’année prochaine au Cameroun.

En Mauritanie, dans les rues, les ménages, à l’étranger et sur les réseaux sociaux, la communion est euphorique. Mais la joie est par moments entachée d’expressions partisanes et peu amènes. Comme un écho au « malaise » que décriait Hanna Cheikh Malainine la veille à la 3e édition de WikiStage sous le thème de la diversité.

La jeune cadre bancaire, économiste, avait pour sujet : « Diversité et discrimination ». A chaque génération sa conscience.

Hanna Cheikh Malainine : Malaise je dis ton nom

Je m'appelle Hanna.

Je suis une jeune femme mauritanienne ambitieuse. Maman d'une adorable petite fille de 3 ans. Économiste de formation. Têtue. Parfois drôle et souvent maladroite.

Cette juxtaposition d'adjectifs me qualifie. Vous renseigne sur la personne que je suis. Cependant, aucun de ces qualificatifs pris séparément ne pourrait vous dresser un portrait exhaustif de ma personne. Je ne suis pas seulement femme. Ni uniquement économiste. Pas même seulement mère. Je suis la somme de toutes ces choses et toutes ces choses, c'est moi !

L'analogie vous paraîtra sans doute prétentieuse, mais je suis semblable à la Mauritanie. À ma Mauritanie ! Ma Mauritanie est multiple. Définie par sa pluralité. Bien plus qu'une simple juxtaposition, de toutes les parties qui la composent, elle est la somme heureuse d'une diversité assumée.

Le caractère hybride de notre pays pris entre une arabo-berberité revendiquée et une africanité assumée en fait un pays trait d'union. Le trait d'union, pour rappel, est ce Vecteur de rapprochement entre deux entités parallèles.

Nous sommes ainsi ce pays où se mêlent la fausse pudeur d'une melahfa et l'explosion des couleurs du bazin. Où les chants de griots s'entremêlent aux appels du muezzin. Où l'on sert un thiéboudiène au déjeuner et, bien que trop calorique, un couscous au dîner.

Nous sommes riches. Riches en poissons, en minerais. Paraît-il même que nous sommes riches en poètes. Mais nous sommes d'abord et surtout riches de nous-mêmes : 3,8 millions d'individus, 3,8 millions d'individualités. Différentes. Singulières. Et si semblables. Quand il s'agit de se prosterner, front à terre, nous le faisons tous dans la même direction.

Et s'il venait que notre intégrité territoriale soit bafouée, c'est d'une seule voix que nous dirions NON !

Nous sommes nés un 28 novembre, 1960, il y'a de cela une soixantaine d'années ! Nous sommes si jeunes. Souvent immatures. Des bêtises, ma Mauritanie en a faites et trop peu assumé. Ma Mauritanie doit se regarder dans la glace et embrasser sa réalité. Car notre Histoire n'a parfois pas été glorieuse. Nos écoles ont failli dans leur rôle de ciment social. Et nos politiques d'unité nationale désastreuses.

Résultat : Ma Mauritanie melting-pot ne serait que vœu pieux ! Ce mythe d'une fusion heureuse des populations ne résiste que peu à l'analyse de la distribution économique des richesses et politique du pouvoir. J'ai souvent mal à mon pays. Mal, quand en regardant le journal télévisé je me rends compte qu'il manque la mélanine aux postes de décision.

J'ai mal en visitant les écoles publiques qui ne sont malheureusement plus le terreau de la mixité sociale. J'ai mal lorsque le principe méritocratique est tordu au nom d'une pseudo-représentativité tribale. J'ai davantage mal lorsque l'Occident, manipulé par une main invisible mal intentionnée, ne voit en moi - Maure Blanche issue des beaux quartiers - qu'une misérable esclavagiste !

Ceci est mon cri. Il n'est pas seulement le cri d'une jeune fille, entre 17h et 19h, dans une salle du palais des congrès nouakchottois. Ce cri se veut l'écho des frustrations d'une génération. De celles et ceux qui, au-delà des principes familiaux, tribaux, régionaux et monochromatiques, souhaitent une Mauritanie d'opportunités. Une Mauritanie émergente.

Qui, au lieu de crispations identitaires vaines, s'arme de sa diversité pour une entrée confiante dans la marche du développement. Et le développement, parlons-en. Puisque celui-ci nécessite la croissance. La croissance nécessite l'énergie. Et l'énergie se puisera en chacun d'entre nous. La Mauritanie, simplement.

Mesdames, Messieurs, 1+1 n'ont jamais fait 2. Soyons unis et forts. Je vous remercie.

Source : Traversees-Mauritanides