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Tribune Libre en Afrique

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Et si le Président Ghazouany réussissait son pari

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Et si le Président Ghazouany réussissait son pariImam Cheikh : Je suis l’un des premiers mauritaniens à avoir appuyé avec force le processus qui aurait dû mener notre pays enfin à une alternance pacifique et démocratique réelle.

Depuis 2015 j’ai écrit une série d’articles appelant au dialogue inclusif avec l’opposition et soutenant sans réserve la décision du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz de ne pas briguer un troisième mandat et de se conformer ainsi aux dispositions de la constitution.

Ce dernier acte posé par l’ancien président avait aiguisé mon appétit démocratique allant jusqu’à me faire croire que le cadre était déjà posé pour un dialogue décisif vers une transition réelle et un changement notoire dans notre système politique ouvrant ainsi la voie à une réorientation de notre système de gouvernance et une refondation de nos institutions démocratiques permettant une égalité de chances devant des urnes qui seront le seul arbitre dans un jeu démocratique sain.

A notre grand désespoir, le déroulement de l’élection présidentielle du 22 juin, entaché de fraudes et d’irrégularités multiples et criantes, a confirmé que la CENI, le Conseil constitutionnel, la HAPA ont été en dessous des attentes du peuple mauritanien ;

Les candidats qui se sont lancés dans l’arène de l’élection présidentielle, et dont j’ai soutenu et continue de soutenir l’un d’eux, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ont fait les frais de ce déficit institutionnel ;Ils ont beau crié gare dans un premier temps et ensuite crié haro sur le baudet à l’issue du scrutin, rien n’y fit, le rouleau compresseur déroulé par l’indécrottable force de l’alliance entre le pouvoir militaro affairiste, la ploutocratie, la féodalité, une élite avachie, un clergé opportuniste, et tous ceux qui les suivent consciemment ou inconsciemment depuis 1978, broya l’espoir d’un instant de voir naitre une autre Mauritanie.

Et pourtant la victoire pour cette naissance était là, à portée de main, si des mains occultes n’en avaient décidé autrement et à dessein. A l’aube du 23 juin, après une longue nuit qui gardera les traces indélébiles d’une fracture de la Mauritanie en deux, l’on s’est rendu compte que 48%, des mauritaniens, (le chiffre de la CENI et du Conseil constitutionnel en dépit des irrégularités et de la fraude), veulent autre chose…Le chiffre est symbolique et révélateur.

Il lance un signal fort: Les mauritaniens s’affranchissent de plus en plus des tutelles, des maitres penseurs, des objecteurs de conscience fourbes, des rabatteurs de voix et commencent à se forger leur propre opinion et leur propre décision ; Un acquis considérable dans la formation des nations démocratiques car la prise de conscience individuelle et le libre choix sont la quintessence et la sève nourricière de toute démocratie républicaine.

Il est clair, comme je l’avais souvent dit, que le paysage politique de la Mauritanie avant 2019, ne sera plus le même après 2019. La Mauritanie change, a changé et le mérite en revient à tous ces grands hommes politiques surtout de l’opposition qui ont abattu, durant des décennies, tant d’énergie, de temps et de moyens à leur propre détriment souvent, pour atteindre cet objectif. Dans le même sillage, le pouvoir, ses hommes politiques, ses élites…doivent changer. Le président de la République élu, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, a, devant le peuple et l’histoire, une lourde responsabilité.

Il est, de l’unanimité des mauritaniens, un homme posé, intelligent, doté d’un sens aigu du respect de l’autre et de la convivialité, patriote, et capable de rassembler…Ce n’est nullement de la flagornerie, ni de la complaisance, ni de la compromission, c’est une conviction fondée sur un constat réel, je connais l’homme personnellement depuis deux décennies.

Je fais la part entre l’homme et ses qualités intrinsèques et le système auquel il a appartenu et contre lequel j’ai voté pendant l’élection présidentielle. Il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce système à avoir gardé une hauteur de vue par rapport à certains errements de la gouvernance passée; Son premier ministre et son directeur de cabinet font partie de cette minorité de hauts commis de l’Etat et personnalités qui se distinguent du lot.

Espérons qu’ils fassent des émules dans le gouvernement en cours de formation. Par ailleurs, je crois personnellement que le nouveau président avait pris ses distances des écarts de toutes sortes constatés pendant la campagne électorale, et qu’il a tout fait pour être au-dessus de la mêlée. Ses discours ont toujours été de haute facture et ont constitué une source de fierté pour ses sympathisants et de rassurance pour ses adversaires. Cet état de grâce, appuyé par une reconnaissance de la communauté internationale, n’est pas sans fin, surtout qu’il gère depuis son arrivée à la tête de l’Etat, une situation confuse avec une administration désarticulée et des déséquilibres budgétaires dangereux. Le Président Ghazouany doit saisir la portée de cette élection.

Il doit se considérer à la tête d’un pays, coupé en deux courants d’opinion opposés et à peu près égaux, un pays en transition permanente vers une réelle démocratie. Sa promesse d’être le président de tous les mauritaniens n’est pas passée inaperçue. A cet effet il doit lancer de grands chantiers indispensables à la pérennité de la Mauritanie en tant que nation forte, respectée, libre et indépendante.

D’abord sauver notre économie nationale des conséquences désastreuses de l’improvisation et de l’amateurisme, et la rebâtir sur des bases solides en fonction des exigences de l’heure et des défis liés à l’exploitation très prochaine du gaz et du pétrole ; Deuxième défi, notre système éducatif est dans une situation de déliquescence et ne répond nullement aux demandes liées aussi bien au marché du travail actuel qu’à celui de la prospective ;

Ajoutons-y son impact dévastateur sur notre unité et notre cohésion nationales ; La Mauritanie souffre de plus en plus des fossés et des fractures sociales. Lors du dernier scrutin présidentiel, l’on a malheureusement constaté combien le vote identitaire prend de plus en plus de place. Parallèlement il est impératif de procéder à la refondation de nos institutions et la réorganisation de l’espace démocratique ; Cela sous-entend la révision totale de la présente CENI, du Conseil Constitutionnel, de la HAPA, une dissolution et une réélection de l’assemblée nationale, des conseils régionaux, des communes dont il faut procéder à une relecture des prérogatives.

Ces grands projets ne pourront être soutenus et accompagnés que par des citoyens, civiquement responsables et en pleine possession des exigences de l’Etat citoyen. Dès lors s’imposent une « repersonnalisation » de l’homme mauritanien, une construction des esprits, une préparation et une habilitation des mauritaniens à affronter les défis qui nous assaillent de partout et que seuls des citoyens éduqués, émancipés, responsabilisés pourront relever.

Affronter ces défis et les gagner requiert l’apport de tous les acteurs politiques, de toutes les organisations non gouvernementales, de toute l’élite, de chaque citoyen, à quelque niveau qu’ils soient. Le slogan de sa campagne, la teneur de ses discours font penser que le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany, pourrait être l’homme du consensus tant recherché par le peuple mauritanien ; Un consensus fondé sur la justice, l’équité, la fraternité, sur une volonté d’éviter la chasse aux sorcières, de ramener tous les fils de ce pays au bercail et de les remettre dans leurs droits et leur dignité. A défaut, les mauritaniens continueront de subir, subir et subir …..

Et le mythe de Sisyphe sera toujours là …... Le développement du pays, son indépendance, l’épanouissement de son peuple, sa fierté et son honneur, l’avenir des futures générations continueront à être hypothéqués en permanence. L’atmosphère de concertation, de dialogue et de compréhension réciproque tant souhaitée par le peuple s’éloignera tel un mirage une fois de trop…

Imam Cheikh

Source : Imam Cheikh

 

[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar Yali

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[Libre Expression] A propos de l’observation des élections de juin 2019 / par Oumar YaliOumar Yali - A moins des dix jours qui nous séparent encore du scrutin présidentiel prévu pour le 22 juin 2019,

il se précise et se confirme pour s’imposer comme réalité têtue, les signes augurant l’absence totale d’un minimum de clarté électorale de nature à placer les candidats de l’opposition et leurs électeurs dans un état d’esprit tel que vainqueurs ou vaincus ils se consolent de l’avoir été d’une manière plus ou moins transparente. En effet:

A) La CENI, pièce maîtresse de tout le processus électoral, pièce qui, statutairement est consensuelle et au sein de laquelle les parties prenantes devraient être représentées, n’est aujourd’hui, en son comité des onze sages, composée que d’éléments du camp de la majorité ou d’éléments de l’opposition jadis appelée opposition dialoguiste et qui ont rejoint la majorité soit en l’intégrant complètement avec armes et bagages, soit en soutenant Ghazwani, candidat de cette majorité et donc du pouvoir ;

L’on peut, compte tenu de la naissance et de ce qu’est devenue l’opposition dite dialoguiste conclure sans grand risque de se tromper que cette force n’est rien d’autre qu’un instrument créé et utilisé’ par Aziz à des fins politiques.

B) Aux questions relatives au choix des membres des bureaux de vote (choisis uniquement dans le camp du pouvoir ) au zèle démesuré et abus de pouvoir dont ces membres font preuve (refus de délivrer des PV de dépouillement aux représentants des candidats de l’opposition et même, renvoi de ces représentants en plein exercice de leur mandat) ; à ces questions importantes, les réponses données par les hautes autorités de la CENI sont évasives et loin d’être rassurantes ;

C) Le blocage de l’accord bipartite opposition/pouvoir que d’aucuns considèrent comme une ingérence de l’administration dans le choix libre de l’opposition en vue d’empêcher celle-ci de se faire dignement représenter dans le comité des sages, voire conserver, comme présentement c’est le cas, le caractère unilatéral de ce véritable organe de suivi, de contrôle, de supervision, d’impulsion et de régularité des élections. Ce blocage opéré par l’administration fait ressortir d’une façon on ne peut plus claire la volonté manifeste de gérer unilatéralement les prochaines échéances électorales et ouvrir la voie à toutes sortes de malversations.

D) Le refus d’accepter, sous prétexte d’une autosuffisance encore à prouver, l’absence de l’observation internationale de cette élection présidentielle intervenant au moment où l’opinion nationale est avide de changement démocratique issu d’élections transparentes n’est nullement de natures à rassurer. Au fait il y a lieu de s’inquiéter face à ce refus.

E) Le fait de confier la confection des bulletins de vote à un homme d’affaires intimement lié au Président sortant Aziz et donc ne pouvant qu’être naturellement très favorable à son dauphin Ghazwani, et ce au détriment des autres candidats à la Présidence de la République, ne peut en aucun cas gagner la confiance des électeurs et des candidats qu’ils soutiennent.

F) L’accompagnement de Ghazwani par Aziz durant la précampagne ainsi que la présence de ce second, côte à côte avec le premier pendant la cérémonie de lancement de la campagne ne dénote pas la neutralité qu’un Chef d’Etat devrait observer dans l’intérêt de la transparence des élections. Aux yeux du citoyen cette omniprésence de AZIZ n’a d’autre signification que la volonté de garder la main mise sur le pouvoir à défaut d’un troisième mandat.

Considérant ce qui précède, l’appréciation que je porte sur la transparence des consultations électorales du 22 juin 2019 est totalement contraire à l’optimisme que font miroiter les autorités mauritaniennes car face à la tendance au changement auquel aspire le peuple, s’oppose la volonté manifeste des généraux à conserver le pouvoir. Ainsi, si des mesures rectificatives ne sont pas prises pour minimiser les risques de débordements, le pays s’enfoncera dans la voie de l’inconnu. Pour éviter cette aventure aux conséquences à la fois incalculables, fâcheuses, lourdes et coûteuses, nous devons, pour le reste du présent processus, veiller scrupuleusement à l’expression libre de la volonté des électeurs et au respect de leur choix. Là intervient l’entière et pleine responsabilité de ceux qui nous gouvernent et celle de la CENI.

Nouakchott le, 12 juin 2019
Oumar YALI




 

 

Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*

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Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*Le Calame - Mon Général,

Vous êtes, à mes yeux, probablement un des rares Généraux et hauts gradés des armées de notre sous-région auxquels il importe d’envoyer une lettre ouverte écrite par un citoyen maghrébin lambda, comme moi, venu du fond du désert, mais mû par un amour incommensurable pour votre pays, l’Algérie…

Trois principales raisons m’incitent profondément à entreprendre cette démarche.

Mon Général,

D’abord le double sacrifice que vous avez consenti pour votre pays lorsque, Moudjahid dans l’âme, vous offrez votre jeunesse à la libération combien héroïque et presqu’impossible de l’Algérie, mais aussi lorsque, appelé par le devoir national aux moments les plus compliqués et difficiles, vous livriez toute votre expérience pour sauver le pays de la décennie noire des années 90, mission toute aussi presqu’impossible que vous avez menée avec succès et professionnalisme, si bien que la rescapée Algérie semble aujourd’hui grosse d’espoir et pleine de vitalité…

Seul Dieu sait les peines endurées et les risques encourus que vous avez subis en faisant barrage à la ligue des ²Généraux de France², fossoyeurs du processus électoral de 90 et artificiers en sous-main du brasier qu’ils alimentaient sans cesse…

Cela, mon Général, ce sont les traits saillants de votre trajectoire historique personnelle que personne ne peut vous ôter, en somme un passé attachant. Venons-en maintenant au présent et là, j’attaque ma deuxième raison de vous écrire.

Mon Général,

Aujourd’hui l’heure est grave et la majorité de votre peuple exprime un profond désir d’émancipation. Contrairement à d’autres circonstances où le détonateur des mouvements sociaux est la condition socio-économique (cas du Soudan, me semble-t-il), la classe ²moyenne² que l’État Algérien a contribué fort heureusement à former au fil du temps aspire maintenant au changement. C’est tout simplement un temps nouveau qui constitue un test réel et délicat lancé à votre sagesse, votre savoir-faire et votre sens de l’histoire…

Dans pareilles circonstances, il y a les Généraux visionnaires – il n’y en a pas beaucoup – (De Gaulle, par exemple, en est un) et il y a ceux, nombreux, qui naviguent à vue…

De mon humble avis jusqu’à la semaine sept du Hirak (pour ne pas dire processus révolutionnaire), vous avez fait un sans-faute remarquable et remarqué en faisant respecter par vos forces de sécurité les consignes d’extrême retenue et vigilance et en mettant fin à un 4ème mandat de toute façon en fin de vie. Vous vous êtes donc rangés, mon Général, du côté du peuple… Félicitations !

Cependant, mon Général, en restant dans le cadre de l’application stricte de l’article 102 de la constitution et en donnant des signes de raidissement entre les semaines 7 et 8 du mouvement, vous divergez sensiblement avec les attentes de ce dernier. Vous évoquez les appréhensions du vide constitutionnel ; vous avez raison.

Vous invoquez une conjoncture géographique des plus instables ; vous avez encore raison. Vous pointez du doigt les ennemis extérieurs de l’Algérie ; vous avez toujours raison, mon Général. Mais ne pensiez-vous pas que la meilleure défense contre l’extérieur est justement la solidité de l’intérieur ?

L’auteur de ces lignes est influencé par la pensée de Malick Bennabi, l’ancien Ingénieur et Ministre de la culture de votre pays qui développa le concept de ²colonisabilité des peuples². En assimilant le colonisateur à un virus extérieur qui, pour envahir l’organisme, guette les moments de baisse de l’immunité intérieure du corps ! Mon Général, au fond, votre peuple n’a pas demandé grand – chose !

A –t-il demandé la dissolution de la constitution ou des deux chambres du parlement ? A-t-il exigé la dissolution du FLN pourtant mamelle nourricière de la nomenklatura ? Vous-a-t-il sollicité pour destituer le conseil constitutionnel ? A-t-il tenté de vous demander de bien vouloir vous débarrasser des apparatchiks militaires, seconde mamelle du pouvoir dans votre pays ?

Rien de tout cela et pourtant il pourrait vous le demander à la fois parce que votre peuple est clairement dans un processus révolutionnaire ! Et de par l’histoire, mon Général, les révolutionnaires sont des ²fous conscients². La conscience dicte aux ²3B² de sacrifier leur fauteuil pour l’intérêt général de l’Algérie.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle et nos constitutions ne sont pas immuables ; combien de fois elles étaient instrumentalisées, piétinées, foulées par nos dirigeants que s’en souciaient comme d’une guigne... Et si dans notre droit musulman, il est prohibé de diriger la prière contre l’assentiment des dirigés, alors à plus forte raison, trois mois de fauteuil sur tant d’années passées que valent-ils ?

C’est pour dire que la revendication principale de la majorité de votre peuple est bel et bien dans vos cordes et plus vous écoutez les petites gens, plus vous prenez davantage de la hauteur, mon Général. Surtout ne pourrissez pas la situation actuelle car le tissu social c’est comme le tissu organique : plus vous donnez le temps à l’infection, plus elle devient ingérable !

Mon Général,

C’est un conseil de frère de foi que je vous livre et ce sera mon dernier point de motivation. Pendant les heures troubles, que de conseillers ! Et dans ce cadre, je ne me sens en moi point de sagesse quelconque susceptible de vous conseiller telle ou telle chose !

Mais j’ose espérer que vous vous méfieriez de toutes vos forces d’un type de conseillers, chantres du statu quo, qui, pour conjurer le sort du devenir de leur propre pays, pensent stopper net, à coup de milliards de dollars, la marche de l’histoire ! Ils sont contre les turcs et pourtant les turcs sont solidement assis sur une démocratie qui permet le renouvellement de leurs dirigeants.

Ils sont contre les perses et pourtant les perses, grâce à la Wilayatou El faghih, se relaient constamment au pouvoir. Mais pour nos peuples arabes sunnites, que réservent-ils ces conseillers ? Rien que la scie à chair…

N’oubliez pas mon Général que de cette vie nous sommes tous partants. Mais il y a ceux qui partent dans l’honneur et la gloire et ceux qui partent du mauvais côté de l’histoire. Qu’Allah garde l’Algérie, ses filles et ses fils. Permettez-moi d’essuyer quelques larmes venues subitement du fond du cœur… Avec mon profond respect, mon Général, Ahmed Gaid Salah.

Ancien élève de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration du Climat des Affaires : des défis à relever !

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Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration  du Climat des Affaires : des défis à relever !Aliou SALL - L'Etat mauritanien a mis en place lors du conseil des ministres en date du 7 février 2019, un Conseil supérieur pour l'amélioration du climat des affaires.

Cette initiative très appréciée permet, sans aucun doute, de confirmer l'intérêt des autorités par rapport également à l'investissement étranger en Mauritanie. Même si des efforts importants ont été accomplis ces dernières années pour l’attractivité du pays en matière de climat des affaires, il existe en permanence des préoccupations pour lesquelles une veille gouvernementale s'impose afin de maintenir la position stratégique appelée à évoluer dans cette matière du climat des affaires comparativement aux autres pays de la sous-région.

Alors il ne s'agit pas pour nous, à travers ces quelques mots, de mettre en exergue les fondamentaux essentiels et importants réalisés par l'État ces dernières années.

Au-delà de sa politique d’entrée des investisseurs, il y a lieu plutôt d'attirer son attention sur trois points importants qui, à notre avis, pourrait constituer des défis à relever afin de pérenniser la position du pays dans la gestion du climat des affaires. À ce titre, il y a les informations commerciales, la pénalisation des affaires civiles et commerciales et une plus grande vigilance dans le traitement des conflits impliquant notamment des capitaux étrangers.

En ce qui concerne l'information commerciale, il serait une nécessité pour l'Etat de faire en sorte qu'elle soit disponible, régulièrement mise à jour et accessible à tous les acteurs de la vie économique. Les informations sur les entreprises et les acteurs économiques particuliers normalement transcrites sur le registre de commerce sont difficilement accessibles à raison de l'absence de conservation sous forme numérique mais aussi du suivi de l'application de la loi des affaires à ce niveau.

Il est difficile pour des acteurs économiques et principalement les auxiliaires de la justice notamment les avocats conseils juridiques et les chefs d'entreprise en discussion avec un autre partenaire, d'avoir accès à certaines catégories d'informations mises à jour et pourtant légalement autorisées et indispensables pour le partenariat économique et la vie courante des affaires.

Il faut rappeler que ces informations sont censées figurer dans le registre de commerce de toute personne physique ou morale. Or dans la pratique, une fois le registre de commerce créé, il est exceptionnellement mis à jour par son détenteur alors que les noms des dirigeants changent et les engagements pris nécessitent des inscriptions obligatoires sur le registre de commerce. Alors, les mises à jour de ces documents constituant des obligations légales doivent être effectives à tous les niveaux.

Le second point concerne « pénalisation » les affaires commerciales et civiles c’est-à-dire, qui sont transformées ou « formatées » en affaires pénales devant le parquet et les juridictions pénales. Dans la pratique, cela arrive si l'une des deux parties n'a pas eu gain de cause au niveau de tribunaux civils et commerciaux où est convaincu de ne pas trouver une suite favorable et voudra s'appuyer sur un réseau ou des connaissances enfin de créer une nouvelle pression supplémentaire sur l'autre partie avec bien sûr une menace d'emprisonnement où de mise en dépôt en prison.

En matière d'affaire commerciale, il arrive que le contentieux purement commercial soit considéré à tort et en face d'un litige purement contractuel comme une escroquerie (une aberration et pourtant il en existe); ce qui est grave dans l'application de la loi. Il s'agit tout simplement d'un « refus déguisé » ou « détournement » de l'application de la loi pour emballer des procédures infinies donc dilatoires. Et entre temps, on fait perdre du temps et de l’argent à l’autre partie.

Dans ce contexte, le rôle du parquet dépendant du ministère public est très important car il lui appartient de faire le tri afin de savoir si l'affaire qui lui est soumise est civile ou pénale afin de se prononcer sur sa compétence. Si elle est civile, il ne peut nullement la traiter du point de vue du droit.

Dans la pratique, il y a un constat que des affaires similaires existent et elles doivent beaucoup faire réfléchir à l’application de la loi dans cette perspective du climat des affaires : une rigueur du respect de la loi s’impose aux décideurs. Également, il faut dire que cette mission de l'application de la loi à ce stade ne requiert pas une grande expertise. Une exigence de fermeté dans la lecture de la loi si simple doit s'imposer face à toute personne en mettant de côté les arguments non-dits qui relèvent de l'extra juridique.

Un troisième point connexe est la nécessité d'une plus grande vigilance dans l'application des règles du droit judiciaire notamment pour tous les litiges de manière générale et principalement des litiges commerciaux impliquant des investissements à capitaux étrangers. Si le Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires aura pour mission d'apporter un regard vigilant sur toutes les questions en rapport avec les investissements étrangers et le climat des affaires, une attention s'impose à ce niveau.

Il est souhaitable qu'au niveau judiciaire, que les principaux acteurs soient de plus en plus regardant pour tous les litiges de manière générale. Il n'est pas demandé de donner plus d'avantages ou de droit au propriétaire de capitaux étrangers mais d'appliquer simplement la loi quel que soit la nationalité de la partie. A ce titre, il faut reconnaître l'existence d'excellents acteurs de la justice mais il y a des cas qui n'honorent pas et ne facilitent pas l'image recherchée pour le climat des affaires dans notre pays.

Dans la pratique, on peut signer un mandat de dépôt en prison contre un citoyen qui a émis un chèque sans provision pour un faible montant et laisser en toute liberté et parfois avec des faveurs protocolaires d'autres qui ont émis des chèques sans provision portant sur des dizaines de millions et pour des montants impliquant des capitaux étrangers. Alors, faut-il prévoir un système de lanceurs d’alerte citoyen pour le climat des affaires ?

Face à l’objectif de la création de ce Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires, voilà quelques traits où quelques défis que cette nouvelle institution de l'Etat devra, à notre avis, relever afin de rehausser la bonne image et la bonne gouvernance du climat des affaires dans notre pays.

Me Aliou SALL
Doctorat en droit
Avocat.
Source : Aliou SALL

 

 

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : quand les médias lisent dans les cauris la date du retour de Karim Wade

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Mehdi Ba est rédacteur en chef du site internet de J.A. Anciennement correspondant à Dakar, il continue de couvrir l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Il est un autre sport national au Sénégal que la lutte avec frappe : la prédiction compulsive quant à la date du retour à Dakar de Karim Wade, le candidat à la présidentielle du principal parti d’opposition…

Au Sénégal, on n’a pas de sondages politiques mais on a les cauris. Ces petits coquillages, dont la légende prétend qu’ils proviennent des îles Maldives et auraient été importés sur les côtes orientales du continent, avant de se frayer un chemin jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, y servent de support à la divination – comme, ailleurs, les tarots ou le marc de café. Pratiqué majoritairement par les femmes, l’art des cauris permet à la voyante, sur la base d’un jet de coquillages semblable à un jet de dés, de prédire l’avenir à son interlocuteur.

Or, s’il est un secret que chacun, à Dakar, aimerait percer – outre les estimations du premier tour de la présidentielle, en l’absence d’enquêtes d’opinion, interdites par la loi – , c’est bien celui-ci : à quelle date Karim Wade remettra-t-il le pied au Sénégal ? Escamoté en pleine nuit de la prison dakaroise de Rebeuss pour gagner le Qatar, en juin 2016, le fils de l’ancien président sénégalais reste mutique depuis deux ans et demi sur cette échéance cruciale, alors même qu’il entend défier dans les urnes, en février, le président Macky Sall.

Prédictions hasardeuses

Adepte du secret et du « off the record », Karim Wade n’a en effet jamais livré, depuis son départ en exil, la moindre indication précise sur la date de son retour. La nature ayant horreur du vide, les quotidiens et sites Internet sénégalais se livrent donc, depuis plus de deux ans, à des prédictions hasardeuses.

Dernier en date à se jeter à l’eau, le 24 décembre, un quotidien local se montrait catégorique : « Le président de la coalition “Karim Président 2019” est attendu à Dakar mercredi [26 décembre]. Nos sources, qui sont formelles, nous signalent qu’il a quitté la capitale française pour un point de chute tenu pour le moment secret. »

Le 18 décembre déjà, le même journal livrait à ses lecteurs une « exclu » valant son pesant d’arachides : « Karim Wade a quitté Doha pour Versailles, où il réside au moins depuis vendredi [14 décembre] ». Plus étonnant, poursuivait-il : à Paris, « [Karim Wade] aurait, de source sûre, rencontré le président Macky Sall ce lundi [17 décembre] dans l’après-midi. Même si rien n’a filtré de leur rencontre, il est clair qu’il s’agit de négociations liées à son retour à Dakar… »

Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar

Le quotidien cité ici est loin de représenter une exception : à la grande loterie où l’on mise sur la date du retour de Karim Wade, chacun ou presque a eu l’occasion de parier un jour, à ses risques et périls, comme le montre ce florilège.

Dès juillet 2016, un site Internet se référait déjà à « certaines sources dignes de foi qui jurent, la main sur le cœur, que le pape du Sopi [Abdoulaye Wade] pourrait bien devancer Karim Wade à Dakar ». À l’époque, la date est encore floue… Mais en décembre 2016, un site saint-louisien entrevoit l’avenir de manière plus nette, après l’avoir lu lui-même dans les cauris d’une autre publication : « Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar. […] La décision du retour de Wade fils a été prise ce dimanche 25 décembre, lors d’un conclave de 48 heures avec l’ancien président Abdoulaye Wade, qui est à Dubaï depuis plus de cinq jours. »

Dernière ligne droite

Pourtant, le 15 janvier suivant, toujours pas de Karim en vue au pays de la Teranga… Qu’à cela ne tienne ! En mars 2017, un autre site web rend compte de la prophétie livrée, dans une célèbre émission radio, par un cador du PDS : « [Karim] m’a dit au téléphone qu’il sera là quand nous arriverons dans la dernière ligne droite des élections législatives [prévues le 30 juillet suivant], et qu’il participera à la campagne. La dernière ligne droite des élections législatives, c’est, pour lui, les trois mois qui précèdent la tenue des élections. »

Alhamdoulilah ! Karim Wade ne saurait tarder, se disent alors ses partisans – et les journalistes. Tous en seront pour leurs frais. En septembre de la même année, un confrère online convoque jusqu’aux mânes d’un ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qui lui livre une énième « révélation » : « Karim Wade sera à Dakar en juin 2018 ». L’échéance approcherait-elle ?

Ses bagages atterrissent… mais pas lui !

La présidentielle, elle, se rapproche à grands pas. Le 8 septembre 2018, le même site se montre à nouveau sûr de son fait : « Le candidat déclaré du PDS, Karim Wade, est attendu en novembre à Dakar. Cette information vient des militants libéraux de la diaspora, qui se disent, cette fois-ci,  »catégoriques » sur son retour. » L’information est détaillée par un autre portail : « Karim Meïssa Wade et son père Gorgui Wade seront à Dakar dans la nuit du dimanche 18 novembre. Ce sera la veille [paradoxalement, pour ces talibés mourides revendiqués] du Gamou de Tivaouane. »

Puisque Karim tarde à rentrer, les oracles improvisés ont alors une idée de génie : à défaut de faire revenir au pays, par incantations interposées, le candidat du PDS, commençons par ses bagages ! Mi-novembre, un quotidien annonce donc en exclusivité qu’un vol de la compagnie Emirates a déchargé à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à proximité de Dakar, les valises et autres malles d’un Karim Wade qui ne saurait tarder à les y rejoindre. Un convoi qui ne constituerait, selon ces sources, que « le premier lot des bagages lourds du fils de l’ancien Président », lesquels auraient été déposés dans la maison familiale du Point E.

Encore raté ! Novembre tire sa révérence sans que Karim Meïssa Wade montre le bout de son nez. Un nouvel oracle sort alors de son silence pour livrer la date que tout le monde, au Sénégal, attend : « Karim Wade annoncé à Dakar le 11 décembre prochain », titre-t-il.

Moralité : lui seul connaît la date…

La leçon à tirer de cette logorrhée prédictive n’est guère difficile à énoncer. Depuis deux ans et demi, malgré de multiples assurances formulées par le « syndicat des proches – anonymes ou non – de Karim Wade », il semble clair que nul ne connaît la date de son retour au Sénégal, à part lui-même.

D’où cette double prédiction qui évitera à JA, on l’espère, un camouflet brutal début 2019 : Karim Wade reviendra un jour prochain au Sénégal. Et ce jour-là, les médias l’apprendront vraisemblablement après son atterrissage, et non avant.

Source : jeuneafrique.com