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Tribune Libre en Afrique

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Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*

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Lettre ouverte à mon Général/Par Mahfoud Amy*Le Calame - Mon Général,

Vous êtes, à mes yeux, probablement un des rares Généraux et hauts gradés des armées de notre sous-région auxquels il importe d’envoyer une lettre ouverte écrite par un citoyen maghrébin lambda, comme moi, venu du fond du désert, mais mû par un amour incommensurable pour votre pays, l’Algérie…

Trois principales raisons m’incitent profondément à entreprendre cette démarche.

Mon Général,

D’abord le double sacrifice que vous avez consenti pour votre pays lorsque, Moudjahid dans l’âme, vous offrez votre jeunesse à la libération combien héroïque et presqu’impossible de l’Algérie, mais aussi lorsque, appelé par le devoir national aux moments les plus compliqués et difficiles, vous livriez toute votre expérience pour sauver le pays de la décennie noire des années 90, mission toute aussi presqu’impossible que vous avez menée avec succès et professionnalisme, si bien que la rescapée Algérie semble aujourd’hui grosse d’espoir et pleine de vitalité…

Seul Dieu sait les peines endurées et les risques encourus que vous avez subis en faisant barrage à la ligue des ²Généraux de France², fossoyeurs du processus électoral de 90 et artificiers en sous-main du brasier qu’ils alimentaient sans cesse…

Cela, mon Général, ce sont les traits saillants de votre trajectoire historique personnelle que personne ne peut vous ôter, en somme un passé attachant. Venons-en maintenant au présent et là, j’attaque ma deuxième raison de vous écrire.

Mon Général,

Aujourd’hui l’heure est grave et la majorité de votre peuple exprime un profond désir d’émancipation. Contrairement à d’autres circonstances où le détonateur des mouvements sociaux est la condition socio-économique (cas du Soudan, me semble-t-il), la classe ²moyenne² que l’État Algérien a contribué fort heureusement à former au fil du temps aspire maintenant au changement. C’est tout simplement un temps nouveau qui constitue un test réel et délicat lancé à votre sagesse, votre savoir-faire et votre sens de l’histoire…

Dans pareilles circonstances, il y a les Généraux visionnaires – il n’y en a pas beaucoup – (De Gaulle, par exemple, en est un) et il y a ceux, nombreux, qui naviguent à vue…

De mon humble avis jusqu’à la semaine sept du Hirak (pour ne pas dire processus révolutionnaire), vous avez fait un sans-faute remarquable et remarqué en faisant respecter par vos forces de sécurité les consignes d’extrême retenue et vigilance et en mettant fin à un 4ème mandat de toute façon en fin de vie. Vous vous êtes donc rangés, mon Général, du côté du peuple… Félicitations !

Cependant, mon Général, en restant dans le cadre de l’application stricte de l’article 102 de la constitution et en donnant des signes de raidissement entre les semaines 7 et 8 du mouvement, vous divergez sensiblement avec les attentes de ce dernier. Vous évoquez les appréhensions du vide constitutionnel ; vous avez raison.

Vous invoquez une conjoncture géographique des plus instables ; vous avez encore raison. Vous pointez du doigt les ennemis extérieurs de l’Algérie ; vous avez toujours raison, mon Général. Mais ne pensiez-vous pas que la meilleure défense contre l’extérieur est justement la solidité de l’intérieur ?

L’auteur de ces lignes est influencé par la pensée de Malick Bennabi, l’ancien Ingénieur et Ministre de la culture de votre pays qui développa le concept de ²colonisabilité des peuples². En assimilant le colonisateur à un virus extérieur qui, pour envahir l’organisme, guette les moments de baisse de l’immunité intérieure du corps ! Mon Général, au fond, votre peuple n’a pas demandé grand – chose !

A –t-il demandé la dissolution de la constitution ou des deux chambres du parlement ? A-t-il exigé la dissolution du FLN pourtant mamelle nourricière de la nomenklatura ? Vous-a-t-il sollicité pour destituer le conseil constitutionnel ? A-t-il tenté de vous demander de bien vouloir vous débarrasser des apparatchiks militaires, seconde mamelle du pouvoir dans votre pays ?

Rien de tout cela et pourtant il pourrait vous le demander à la fois parce que votre peuple est clairement dans un processus révolutionnaire ! Et de par l’histoire, mon Général, les révolutionnaires sont des ²fous conscients². La conscience dicte aux ²3B² de sacrifier leur fauteuil pour l’intérêt général de l’Algérie.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle et nos constitutions ne sont pas immuables ; combien de fois elles étaient instrumentalisées, piétinées, foulées par nos dirigeants que s’en souciaient comme d’une guigne... Et si dans notre droit musulman, il est prohibé de diriger la prière contre l’assentiment des dirigés, alors à plus forte raison, trois mois de fauteuil sur tant d’années passées que valent-ils ?

C’est pour dire que la revendication principale de la majorité de votre peuple est bel et bien dans vos cordes et plus vous écoutez les petites gens, plus vous prenez davantage de la hauteur, mon Général. Surtout ne pourrissez pas la situation actuelle car le tissu social c’est comme le tissu organique : plus vous donnez le temps à l’infection, plus elle devient ingérable !

Mon Général,

C’est un conseil de frère de foi que je vous livre et ce sera mon dernier point de motivation. Pendant les heures troubles, que de conseillers ! Et dans ce cadre, je ne me sens en moi point de sagesse quelconque susceptible de vous conseiller telle ou telle chose !

Mais j’ose espérer que vous vous méfieriez de toutes vos forces d’un type de conseillers, chantres du statu quo, qui, pour conjurer le sort du devenir de leur propre pays, pensent stopper net, à coup de milliards de dollars, la marche de l’histoire ! Ils sont contre les turcs et pourtant les turcs sont solidement assis sur une démocratie qui permet le renouvellement de leurs dirigeants.

Ils sont contre les perses et pourtant les perses, grâce à la Wilayatou El faghih, se relaient constamment au pouvoir. Mais pour nos peuples arabes sunnites, que réservent-ils ces conseillers ? Rien que la scie à chair…

N’oubliez pas mon Général que de cette vie nous sommes tous partants. Mais il y a ceux qui partent dans l’honneur et la gloire et ceux qui partent du mauvais côté de l’histoire. Qu’Allah garde l’Algérie, ses filles et ses fils. Permettez-moi d’essuyer quelques larmes venues subitement du fond du cœur… Avec mon profond respect, mon Général, Ahmed Gaid Salah.

Ancien élève de l’École Nationale des Ponts et Chaussées de Paris
Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration du Climat des Affaires : des défis à relever !

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Le nouveau Conseil Supérieur pour l'Amélioration  du Climat des Affaires : des défis à relever !Aliou SALL - L'Etat mauritanien a mis en place lors du conseil des ministres en date du 7 février 2019, un Conseil supérieur pour l'amélioration du climat des affaires.

Cette initiative très appréciée permet, sans aucun doute, de confirmer l'intérêt des autorités par rapport également à l'investissement étranger en Mauritanie. Même si des efforts importants ont été accomplis ces dernières années pour l’attractivité du pays en matière de climat des affaires, il existe en permanence des préoccupations pour lesquelles une veille gouvernementale s'impose afin de maintenir la position stratégique appelée à évoluer dans cette matière du climat des affaires comparativement aux autres pays de la sous-région.

Alors il ne s'agit pas pour nous, à travers ces quelques mots, de mettre en exergue les fondamentaux essentiels et importants réalisés par l'État ces dernières années.

Au-delà de sa politique d’entrée des investisseurs, il y a lieu plutôt d'attirer son attention sur trois points importants qui, à notre avis, pourrait constituer des défis à relever afin de pérenniser la position du pays dans la gestion du climat des affaires. À ce titre, il y a les informations commerciales, la pénalisation des affaires civiles et commerciales et une plus grande vigilance dans le traitement des conflits impliquant notamment des capitaux étrangers.

En ce qui concerne l'information commerciale, il serait une nécessité pour l'Etat de faire en sorte qu'elle soit disponible, régulièrement mise à jour et accessible à tous les acteurs de la vie économique. Les informations sur les entreprises et les acteurs économiques particuliers normalement transcrites sur le registre de commerce sont difficilement accessibles à raison de l'absence de conservation sous forme numérique mais aussi du suivi de l'application de la loi des affaires à ce niveau.

Il est difficile pour des acteurs économiques et principalement les auxiliaires de la justice notamment les avocats conseils juridiques et les chefs d'entreprise en discussion avec un autre partenaire, d'avoir accès à certaines catégories d'informations mises à jour et pourtant légalement autorisées et indispensables pour le partenariat économique et la vie courante des affaires.

Il faut rappeler que ces informations sont censées figurer dans le registre de commerce de toute personne physique ou morale. Or dans la pratique, une fois le registre de commerce créé, il est exceptionnellement mis à jour par son détenteur alors que les noms des dirigeants changent et les engagements pris nécessitent des inscriptions obligatoires sur le registre de commerce. Alors, les mises à jour de ces documents constituant des obligations légales doivent être effectives à tous les niveaux.

Le second point concerne « pénalisation » les affaires commerciales et civiles c’est-à-dire, qui sont transformées ou « formatées » en affaires pénales devant le parquet et les juridictions pénales. Dans la pratique, cela arrive si l'une des deux parties n'a pas eu gain de cause au niveau de tribunaux civils et commerciaux où est convaincu de ne pas trouver une suite favorable et voudra s'appuyer sur un réseau ou des connaissances enfin de créer une nouvelle pression supplémentaire sur l'autre partie avec bien sûr une menace d'emprisonnement où de mise en dépôt en prison.

En matière d'affaire commerciale, il arrive que le contentieux purement commercial soit considéré à tort et en face d'un litige purement contractuel comme une escroquerie (une aberration et pourtant il en existe); ce qui est grave dans l'application de la loi. Il s'agit tout simplement d'un « refus déguisé » ou « détournement » de l'application de la loi pour emballer des procédures infinies donc dilatoires. Et entre temps, on fait perdre du temps et de l’argent à l’autre partie.

Dans ce contexte, le rôle du parquet dépendant du ministère public est très important car il lui appartient de faire le tri afin de savoir si l'affaire qui lui est soumise est civile ou pénale afin de se prononcer sur sa compétence. Si elle est civile, il ne peut nullement la traiter du point de vue du droit.

Dans la pratique, il y a un constat que des affaires similaires existent et elles doivent beaucoup faire réfléchir à l’application de la loi dans cette perspective du climat des affaires : une rigueur du respect de la loi s’impose aux décideurs. Également, il faut dire que cette mission de l'application de la loi à ce stade ne requiert pas une grande expertise. Une exigence de fermeté dans la lecture de la loi si simple doit s'imposer face à toute personne en mettant de côté les arguments non-dits qui relèvent de l'extra juridique.

Un troisième point connexe est la nécessité d'une plus grande vigilance dans l'application des règles du droit judiciaire notamment pour tous les litiges de manière générale et principalement des litiges commerciaux impliquant des investissements à capitaux étrangers. Si le Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires aura pour mission d'apporter un regard vigilant sur toutes les questions en rapport avec les investissements étrangers et le climat des affaires, une attention s'impose à ce niveau.

Il est souhaitable qu'au niveau judiciaire, que les principaux acteurs soient de plus en plus regardant pour tous les litiges de manière générale. Il n'est pas demandé de donner plus d'avantages ou de droit au propriétaire de capitaux étrangers mais d'appliquer simplement la loi quel que soit la nationalité de la partie. A ce titre, il faut reconnaître l'existence d'excellents acteurs de la justice mais il y a des cas qui n'honorent pas et ne facilitent pas l'image recherchée pour le climat des affaires dans notre pays.

Dans la pratique, on peut signer un mandat de dépôt en prison contre un citoyen qui a émis un chèque sans provision pour un faible montant et laisser en toute liberté et parfois avec des faveurs protocolaires d'autres qui ont émis des chèques sans provision portant sur des dizaines de millions et pour des montants impliquant des capitaux étrangers. Alors, faut-il prévoir un système de lanceurs d’alerte citoyen pour le climat des affaires ?

Face à l’objectif de la création de ce Conseil supérieur pour l’amélioration du climat des affaires, voilà quelques traits où quelques défis que cette nouvelle institution de l'Etat devra, à notre avis, relever afin de rehausser la bonne image et la bonne gouvernance du climat des affaires dans notre pays.

Me Aliou SALL
Doctorat en droit
Avocat.
Source : Aliou SALL

 

 

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : quand les médias lisent dans les cauris la date du retour de Karim Wade

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Mehdi Ba est rédacteur en chef du site internet de J.A. Anciennement correspondant à Dakar, il continue de couvrir l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Il est un autre sport national au Sénégal que la lutte avec frappe : la prédiction compulsive quant à la date du retour à Dakar de Karim Wade, le candidat à la présidentielle du principal parti d’opposition…

Au Sénégal, on n’a pas de sondages politiques mais on a les cauris. Ces petits coquillages, dont la légende prétend qu’ils proviennent des îles Maldives et auraient été importés sur les côtes orientales du continent, avant de se frayer un chemin jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, y servent de support à la divination – comme, ailleurs, les tarots ou le marc de café. Pratiqué majoritairement par les femmes, l’art des cauris permet à la voyante, sur la base d’un jet de coquillages semblable à un jet de dés, de prédire l’avenir à son interlocuteur.

Or, s’il est un secret que chacun, à Dakar, aimerait percer – outre les estimations du premier tour de la présidentielle, en l’absence d’enquêtes d’opinion, interdites par la loi – , c’est bien celui-ci : à quelle date Karim Wade remettra-t-il le pied au Sénégal ? Escamoté en pleine nuit de la prison dakaroise de Rebeuss pour gagner le Qatar, en juin 2016, le fils de l’ancien président sénégalais reste mutique depuis deux ans et demi sur cette échéance cruciale, alors même qu’il entend défier dans les urnes, en février, le président Macky Sall.

Prédictions hasardeuses

Adepte du secret et du « off the record », Karim Wade n’a en effet jamais livré, depuis son départ en exil, la moindre indication précise sur la date de son retour. La nature ayant horreur du vide, les quotidiens et sites Internet sénégalais se livrent donc, depuis plus de deux ans, à des prédictions hasardeuses.

Dernier en date à se jeter à l’eau, le 24 décembre, un quotidien local se montrait catégorique : « Le président de la coalition “Karim Président 2019” est attendu à Dakar mercredi [26 décembre]. Nos sources, qui sont formelles, nous signalent qu’il a quitté la capitale française pour un point de chute tenu pour le moment secret. »

Le 18 décembre déjà, le même journal livrait à ses lecteurs une « exclu » valant son pesant d’arachides : « Karim Wade a quitté Doha pour Versailles, où il réside au moins depuis vendredi [14 décembre] ». Plus étonnant, poursuivait-il : à Paris, « [Karim Wade] aurait, de source sûre, rencontré le président Macky Sall ce lundi [17 décembre] dans l’après-midi. Même si rien n’a filtré de leur rencontre, il est clair qu’il s’agit de négociations liées à son retour à Dakar… »

Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar

Le quotidien cité ici est loin de représenter une exception : à la grande loterie où l’on mise sur la date du retour de Karim Wade, chacun ou presque a eu l’occasion de parier un jour, à ses risques et périls, comme le montre ce florilège.

Dès juillet 2016, un site Internet se référait déjà à « certaines sources dignes de foi qui jurent, la main sur le cœur, que le pape du Sopi [Abdoulaye Wade] pourrait bien devancer Karim Wade à Dakar ». À l’époque, la date est encore floue… Mais en décembre 2016, un site saint-louisien entrevoit l’avenir de manière plus nette, après l’avoir lu lui-même dans les cauris d’une autre publication : « Le candidat du PDS, Karim Wade, est attendu, dimanche 15 janvier [2017], à Dakar. […] La décision du retour de Wade fils a été prise ce dimanche 25 décembre, lors d’un conclave de 48 heures avec l’ancien président Abdoulaye Wade, qui est à Dubaï depuis plus de cinq jours. »

Dernière ligne droite

Pourtant, le 15 janvier suivant, toujours pas de Karim en vue au pays de la Teranga… Qu’à cela ne tienne ! En mars 2017, un autre site web rend compte de la prophétie livrée, dans une célèbre émission radio, par un cador du PDS : « [Karim] m’a dit au téléphone qu’il sera là quand nous arriverons dans la dernière ligne droite des élections législatives [prévues le 30 juillet suivant], et qu’il participera à la campagne. La dernière ligne droite des élections législatives, c’est, pour lui, les trois mois qui précèdent la tenue des élections. »

Alhamdoulilah ! Karim Wade ne saurait tarder, se disent alors ses partisans – et les journalistes. Tous en seront pour leurs frais. En septembre de la même année, un confrère online convoque jusqu’aux mânes d’un ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qui lui livre une énième « révélation » : « Karim Wade sera à Dakar en juin 2018 ». L’échéance approcherait-elle ?

Ses bagages atterrissent… mais pas lui !

La présidentielle, elle, se rapproche à grands pas. Le 8 septembre 2018, le même site se montre à nouveau sûr de son fait : « Le candidat déclaré du PDS, Karim Wade, est attendu en novembre à Dakar. Cette information vient des militants libéraux de la diaspora, qui se disent, cette fois-ci,  »catégoriques » sur son retour. » L’information est détaillée par un autre portail : « Karim Meïssa Wade et son père Gorgui Wade seront à Dakar dans la nuit du dimanche 18 novembre. Ce sera la veille [paradoxalement, pour ces talibés mourides revendiqués] du Gamou de Tivaouane. »

Puisque Karim tarde à rentrer, les oracles improvisés ont alors une idée de génie : à défaut de faire revenir au pays, par incantations interposées, le candidat du PDS, commençons par ses bagages ! Mi-novembre, un quotidien annonce donc en exclusivité qu’un vol de la compagnie Emirates a déchargé à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à proximité de Dakar, les valises et autres malles d’un Karim Wade qui ne saurait tarder à les y rejoindre. Un convoi qui ne constituerait, selon ces sources, que « le premier lot des bagages lourds du fils de l’ancien Président », lesquels auraient été déposés dans la maison familiale du Point E.

Encore raté ! Novembre tire sa révérence sans que Karim Meïssa Wade montre le bout de son nez. Un nouvel oracle sort alors de son silence pour livrer la date que tout le monde, au Sénégal, attend : « Karim Wade annoncé à Dakar le 11 décembre prochain », titre-t-il.

Moralité : lui seul connaît la date…

La leçon à tirer de cette logorrhée prédictive n’est guère difficile à énoncer. Depuis deux ans et demi, malgré de multiples assurances formulées par le « syndicat des proches – anonymes ou non – de Karim Wade », il semble clair que nul ne connaît la date de son retour au Sénégal, à part lui-même.

D’où cette double prédiction qui évitera à JA, on l’espère, un camouflet brutal début 2019 : Karim Wade reviendra un jour prochain au Sénégal. Et ce jour-là, les médias l’apprendront vraisemblablement après son atterrissage, et non avant.

Source : jeuneafrique.com

 

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance

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Le 28 novembre 1960, la Mauritanie fêtait son indépendance Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies se souvient de ce jour béni où la Mauritanie accédait à l’indépendance, voici cinquante huit ans. Souvenirs….

A Nouakchott en construction, ce lundi 28 novembre était une très belle journée, sans vent de sable…. Exceptionnelle aussi car agrémentée des plus beaux noms de la société Mauritanienne de l’époque, du défilé des troupes nationales à chameaux et de la présence de nombreux invités étrangers dont la présence exprimait le soutien international à la souveraineté du jeune état naissant.

Avec trois amis du lycée van Vollenvohen (aujourd’hui Lamine Gueye) de Dakar, où nous préparons le baccalauréat, je suis à Nouakchott pour servir de guide à l’un de ces invités officiels venus de l’extérieur.

Ferveur, enthousiasme et solennité marquaient cette première célébration de notre indépendance. Dans cette atmosphère de joie, sobre comme l’exige l’éthique de l’époque qui privilégie la modestie, régnait la certitude de réussir rapidement et l’indépendance politique et le développement économique. Une conviction intime bien partagée rendait notre enthousiasme contagieux. Les officiels – ministres, députés, administrateurs – se sentaient responsables du présent et de la préparation de l’avenir du pays.

Le président Moktar Ould Daddah symbolisait cette intime conviction. Il portait en lui une modestie qui à l’époque, et encore aujourd’hui dans certains milieux, était synonyme de probité et de rigueur. Du reste, ses premiers successeurs pétris dans ce solide moule de rigueur, les colonels Moustapha Ould Mohamed Saleck, Ahmed Ould Bousseif et Khouna Ould Haidallah étaient, comme lui, simples par éducation sociale, et sur le plan matériel, d’une grande probité.

Naturellement, peu de choses restent immuables. Les vicissitudes de l’histoire faisant évoluer la vie des nations et des hommes, la Mauritanie ne fait pas exception. Les valeurs et codes sociaux bougent comme les ambitions des dirigeants pour leurs pays. Mais le socle historique est éternel.

Aujourd’hui, en 2018, les priorités nationales se trouvent bouleversées. Devenues de simples raccourcis pour ceux qui se servent avec aplomb dans le domaine public. Bâtir et consolider une économie nationale, ambition des années de l’indépendance, ne tient plus face aux appétits insatiables de certains des dirigeants quand bien même les mauritaniens disent que "discrétion et avidité ne peuvent s’associer".

Apprécier et valoriser le passé n’est pas nécessairement une remise en cause du présent et encore moins du futur. Nous devons tous nous rappeler qu’il n’existe pas de fatalité dans la vie des hommes ou des états. Et nous rappeler aussi que les codes éthiques sont des exigences des sociétés parce qu’elles constituent une part essentielle de leur patrimoine immatériel. Comme tels, ils doivent être défendus par tous et en particulier par les dirigeants.

Au-delà des errements, mais grâce aux progrès réalisés et à la résilience de mes compatriotes, je n’ai pas de doute que ce pays se retrouvera. Réconcilié avec lui-même et fort du retour aux valeurs éthiques, celles qui abhorrent l’exclusion raciale et sociale, l’arrogance et son corollaire, la corruption.

C’est bien pour cela que ce lundi 28 novembre 1960 est encore présent dans mon esprit.

Source : Mondafrique

En attendant la présidentielle de 2019

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En attendant la présidentielle de 2019Les contours restent flous autour des candidatures à la présidentielle de 2019. Ni le pouvoir, ni l’opposition ne veulent dévoiler les noms de ces hommes ou femmes qui brigueront le suffrage universel ;

Les mauritaniens se languissent de cette attente et de ce vide et ne savent point comment préparer leur engagement d’un coté ou de l’autre... Est-ce par tactique ou par pure incapacité de le faire ? La seule quasi certitude que les mauritaniens ont, c’est que Mohamed Ould Abdel Aziz a déclaré une énième fois à la presse étrangère qu’il ne sera pas candidat.

Et cette fois, sa déclaration a été assez explicite, pour signifier à tous ces partisans du troisième mandat qu’il les a écoutés de même qu’il a écouté les défenseurs de la limitation et qu’en définitive il a pris fait et cause pour ces derniers.

Mais le hic c’est qu’en habile manœuvrier il a jeté un nouveau pavé dans la marre en précisant que rien ne l’empêche de se représenter à l’issue du prochain mandat quinquennal. Vaste programme pour les constitutionnalistes. Ce n’est point mon propos.

L’échéance de 2019 approche à grands pas et la Mauritanie va vivre un tournant de son histoire politique. Pour la première fois, un président mauritanien va céder un pouvoir non pas par les contingences d’un coup d’Etat ou d’une défaite électorale mais sous le coup d’un article de la constitution difficile à enfreindre à moins de subterfuges et de contournements peu orthodoxes et couteux que Mohamed Ould Abdel Aziz a eu l’intelligence d’éviter et dans l’intérêt général et dans son propre intérêt.

Pour la première fois également, le changement à la tête du pays peut ne pas signifier nécessairement un changement total de cap politique, ni de style de gouvernance, à moins qu’une alternance politique effective permette à un nouveau président élu de ne point appartenir à la famille politique du pouvoir en place ou d’être le protégé sponsorisé par l’actuel président et sa mouvance politique. Tout porte à croire que les mauritaniens, malgré l’acte posé par l’article de la constitution visant justement à favoriser une alternance politique, vont devoir ne pas se méprendre et être en mesure de comprendre certains faits et certains échafaudages politiques.

En quittant le pouvoir par astreinte constitutionnelle, donc à contre cœur, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a conservé des atouts qui peuvent lui permettre de mener en maestro, les joutes politiques à venir. D’abord, l’homme a visiblement les moyens financiers suffisants pour sponsoriser une candidature qu’il voudra, deuxièmement, les hommes qu’il a mis en avant pour d’éventuelles candidatures sont ses inconditionnels ; Je vois difficilement comment ils vont s’écarter d’un iota de son giron et de sa prédominance. Le Général Mohamed Ould Ghazounay est qualifié d’alter égo et de l’ami de la première heure et de la dernière heure ; Moulaye Ould Mohamed Laghdaf est un ami sûr, serviable et n’a jamais affiché d’ambitions personnelles à contre courant de celle du Président et Mohamed Ould Baya est l’homme à tout faire. Toute autre personnalité notamment hors de ce cercle restreint pourrait difficilement bénéficier de la confiance de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Néanmoins et en bémol à tout cela, depuis quelque temps selon les salons de Nouakchott, le général Ghazouany ferait face à une fronde silencieuse de l’entourage immédiat du Président visant à le discréditer et à lui barrer le chemin de la candidature. L’homme serait pourtant crédité d’une bonne aura au niveau de l’opinion nationale, des officiers de l’armée nationale et bénéficierait de l’aval tacite des capitales occidentales.

Mêmes certains pans de l’opposition ne feraient point la moue suite à sa candidature bien au contraire. Connu pour ses civilités, son calme et sa perspicacité, n’ayant jamais fait de vagues, il ne déplait pas aux mauritaniens ; seul couac, il prolongerait la main mise de l’armée sur le paysage politique, ce que pourtant d’aucuns pensent qu’il rectifiera très tôt dans le cadre de mesures décisives vers une alternance politique réelle. Quant à Ould Mohamed Laghdaf, jeté aux orties pendant quelques mois, suite aux manœuvres machiavéliques de l’ancien premier ministre Yahya Ould Hademine auprès du palais, il serait le joker de dernière minute après la subite supposée disgrâce de Ghazouani.

Ould Baya lui reste en réserve au cas où. Ces tergiversations au plus haut niveau pourraient expliquer le flou qui subsiste autour de l’annonce de ces candidatures. L’opposition, elle, se cherche toujours, et craint tellement le retour de Aziz, qu’elle se concentre sur le seul et unique objectif de le faire déguerpir, car à ses yeux, le mal c’est lui et lui seul ; qu’il tienne sa parole de quitter le pouvoir et n’importe qui sera le bienvenu. Courte vue, il faut en convenir.

Dans tous les cas et quel que sera le choix définitif de Mohamed Ould Abdel Aziz, la question est de savoir comment et jusqu’à quelle limite, chacun de ces présumés dauphins, pourra être capable, en cas de victoire et une fois assis sur le fauteuil présidentiel, de tenir dans une situation de président virtuel ? Les contingences de gouvernance seront si pressantes et si pesantes que l’imprévisible n’est pas à exclure. La question se pose de la même manière de savoir quelle marge de manœuvre pourra garder Mohamed Ould Abdel Aziz pour conserver un pouvoir d’influence une fois hors du circuit du pouvoir exécutif, parlementaire et législatif ;

Cela d’autant plus que l’homme malgré ses efforts évidents de laisser un bilan palpable, ( beaucoup d’infrastructures, de centrales électriques, de routes, modernisation de la capitale, renforcement des libertés surtout d’expression) a fait des erreurs qui le poursuivent, notamment le conflit avec Bouamatou, la mauvaise gestion du cas Biram, le choix d’un des plus contestés premiers ministre de l’histoire Yayha Ould Hademine, et de ministres peu acceptés par l’opinion tels Ould Diay et Mohamed Lemine Ould Cheikh entre autres, l’opacité qui a entouré certains grands dossiers économiques et financiers, et certains grands projets, et la non déclaration de son patrimoine qui a ouvert la voix à toutes sortes de rumeurs sur l’enrichissement personnel du Président Aziz et de son entourage immédiat.

Les deux principaux protagonistes de notre arène politique, le pouvoir comme l’opposition, focalisent donc leurs préoccupations sur le choix de l’homme providentiel qui pourrait non pas redresser la Mauritanie et la mettre sur la bonne voie, mais qui pourrait plutôt représenter le moindre mal pour sauvegarder et protéger les intérêts des uns grâce à la perpétuation d’un système ou alors pour nous débarrasser d’un encombrant et indécrottable Aziz pour les autres. N’auraient-ils pas pu s’entendre dans le cadre d’un consensus national sur une alternance politique concertée, porteuse de paix, de stabilité et d’épanouissement pour le peuple mauritanien ? Certes la part du pouvoir est largement plus grande dans cette responsabilité partagée.

Mais il faut aussi reconnaitre que ce même peuple qui a porté les uns au pouvoir et qui a confié aux opposants de ce pouvoir l’expression de leur paroles indignées sans jamais leur donner son soutien pour une quelconque alternance, est complice de la situation que vit la Mauritanie.

Les élites démissionnaires, auxquelles se sont substitués troubadours, flagorneurs et hypocrites de tous genres, ont achevé la tache que des ploutocrates, des tribalistes et arrivistes de tous bords ont entreprise depuis des décennies pour faire de la Mauritanie un pays du chacun pour soi Dieu pour tous, de la déliquescence des mœurs et des valeurs, de l’insouciance et de l’irresponsabilité, du clientélisme politique, du mercantilisme, de l’hypocrisie, de l’arrivisme, de la cassure du tissu social, de l’exacerbation des replis identitaires, du non respect de la chose publique, de l’instrumentalisation des institutions et de l’Etat, de la disparition des normes, des repères et des critères et de l’approfondissement du fossé entre riches et pauvres.

2019 sera une année test pour jauger la capacité des mauritaniens surtout des élites, qui ne sont pas seulement les diplômés, mais tous ceux qui ont la capacité de prendre conscience, de comprendre, d’agir sur leur environnement, à se ressaisir, oublier les intérêts étroits, les contradictions secondaires et pour une fois mettre en place la rampe de lancement d’une nouvelle Mauritanie, celle des institutions républicaines, des valeurs démocratiques, d’un partage des ressources, celle d’un homme une voix, celle du respect de l’égalité des chances, celle de la transparence des élections, de la transparence tout court, celle de la neutralité de l’administration, celle d’une CENI réellement indépendante et renforcée dans ses capacités, celle où chaque citoyen entreprend une prise de conscience réelle sur les enjeux futurs pour lui, sa survie, son avenir, ceux de sa famille, de ses enfants et des générations futures.

Mohamed Ould Abdel Aziz a pris une décision historique, celle de ne pas braver la constitution, il donne l’exemple ainsi à bien de dirigeants à travers le monde ; Son œuvre sera plus complète s’il accepte de se tenir à l’écart de tout ce qui peut de manière, illégitime, illégale ou immorale perturber les élections de 2019. Le peuple mauritanien lui en saura gré.


Source : Abou Moussa Pandel