Sat05252019

Last update04:14:09 PM GMT

Back Accueil

Politique en Afrique

Politique en Afrique

Algérie : le général Gaïd Salah menace-t-il la révolution ?

  • PDF

Depuis la chute du clan Bouteflika, c’est le tout-puissant chef d’état-major de l’armée qui détient la réalité du pouvoir. Contre la volonté du peuple.

Il est 17 heures passées ce mardi 2 avril quand s’achève la réunion du commandement de l’armée, en conclave depuis la fin de la matinée au ministère de la Défense. Le sort d’Abdelaziz Bouteflika, qui fait face à une révolution depuis février, vient d’être scellé. La veille, la présidence avait annoncé que la démission du chef de l’État interviendrait avant le 28 avril, date d’expiration de son quatrième mandat. Sauf que le commandement de l’armée n’y croit pas.

Pendant la réunion, les généraux sont finalement convaincus par Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, que Bouteflika, son frère Saïd et son entourage cherchent à gagner du temps en mettant en place un plan B. Ils préparent, selon lui, un coup tordu pour le démettre de ses fonctions et garder leur mainmise sur le pouvoir. Pas de temps à perdre, Bouteflika et sa clique doivent partir sur le champ. La messe est dite.

Sommation

C’est Ahmed Gaïd Salah lui-même qui se charge d’annoncer la nouvelle. Il appelle alors Mohamed Rougab, secrétaire particulier de Bouteflika. Le ton est sec, martial. « Vous allez immédiatement rendre publique la lettre de démission », lui ordonne-t-il. Rougab bafouille et explique à son interlocuteur – lui donnant du « Mon Général » – qu’il lui faut du temps pour joindre le président, reclus dans sa résidence de Zeralda, ainsi que ses proches, son frère Saïd en particulier.

Il lui faut aussi du temps, argue-t-il, pour préparer le texte. Au bout du fil, Gaïd Salah ne veut rien entendre. Nouvelle sommation : l’annonce de la démission doit être immédiate, ou il envoie les troupes à Zeralda pour obtenir la capitulation du chef de l’État. Message reçu cinq sur cinq. Peu avant 20 heures, la télévision nationale diffuse des images de Bouteflika, vêtu d’une gandoura, remettant sa démission au président du Conseil constitutionnel.

Tout est dans cette séquence qui clôt vingt années de règne de Bouteflika : l’obsession de ce dernier et de ses proches de garder le pouvoir, le caractère et la personnalité de Gaïd Salah, le poids qu’il prendra sur l’échiquier politique à partir de là et la brutalité avec laquelle il écarte ceux qu’il désigne sous le vocable d’« Al Issaba » (comprendre : la bande mafieuse).

Un homme de fer

On disait d’Ahmed Gaïd Salah qu’il allait être le grand ordonnateur de l’après-Bouteflika. Il a fait mieux. Depuis le départ forcé du président, il est le seul maître à bord, donnant, au fil des semaines, l’image d’un homme de fer, un peu trop ambitieux aux yeux de ses multiples contempteurs, qui l’accusent ouvertement de vouloir instaurer une dictature militaire. Ou, à tout le moins, de détourner à son profit une révolution populaire qui exige la fin du système, dont il est l’une des reliques.

Gaïd Salah veut-il vraiment accompagner la révolution vers une nouvelle république ou s’emparer du pouvoir d’une manière ou d’une autre ?

Comment cet homme qui jurait loyauté et fidélité au moudjahid Bouteflika « jusqu’à la mort » est-il devenu son pire ennemi ? Pourquoi Gaïd Salah, bouclier de Bouteflika depuis l’AVC qui, en 2013, l’a cloué dans un fauteuil roulant, est-il depuis devenu le fossoyeur du clan présidentiel ?

L’incarcération de Saïd Bouteflika, du général Toufik, ex-patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), et de son successeur, Athmane Tartag, tous poursuivis pour « complot contre l’autorité de l’armée et complot contre l’autorité de l’État », ainsi que celle de Louisa Hanoune, chef du Parti des travailleurs, et les poursuites judiciaires engagées contre les oligarques relèvent-elles d’une vengeance personnelle ou d’une volonté sincère de nettoyer les écuries d’Augias ? Gaïd Salah veut-il vraiment accompagner la révolution vers une nouvelle république ou s’emparer du pouvoir d’une manière ou d’une autre ? Retour au fameux conclave du 2 avril.

Coup de poignard

Devant ses pairs du commandement de l’armée, Ahmed Gaïd Salah dit détenir des preuves – documents, enregistrements, écoutes – qu’un complot se prépare pour l’évincer et déstabiliser l’institution militaire. La conjuration serait fomentée par l’entourage présidentiel, avec la complicité de son pire ennemi, le général Toufik, mis à la retraite en septembre 2015, ainsi que de plusieurs acteurs, dont des officines de puissances étrangères.

Gaïd Salah obtient alors carte blanche pour démanteler le système Bouteflika, confondre les conjurés et poursuivre l’opération mains propres contre ceux qui ont « pillé les richesses du pays ». En échange de ce blanc-seing, il s’engage à passer la main lorsque la révolution du 22 février aura accouché de nouvelles institutions légitimes.

Le divorce entre Gaïd Salah et Bouteflika relève davantage d’une trahison, du moins d’une parole non tenue, que d’une conjuration. Après avoir soutenu mordicus l’option du cinquième mandat, le chef de l’armée a rétropédalé à mesure que le mouvement de révolte prenait de l’ampleur. Poussé par le commandement militaire à se dédire, Gaïd Salah fait comprendre au président et à son cercle immédiat qu’il est temps de partir.

Il comprend que l’entourage présidentiel joue la montre et concocte un plan alternatif dont il sera fatalement exclu. Ce sera lui ou Bouteflika

Au terme d’une réunion avec la famille présidentielle, le 22 mars, à Zeralda, le vice-ministre de la Défense obtient l’engagement de la démission du président en échange de garanties pour sa sécurité et celle des siens. « La lettre sera rendue publique au plus tard dans trois jours », assure Saïd Bouteflika. Gaïd attend. La démission ne viendra pas. Il comprend alors que l’entourage présidentiel joue la montre et concocte un plan alternatif dont il sera fatalement exclu. Ce sera lui ou Bouteflika.

Sentant venir le coup de poignard dans le dos, Gaïd Salah ordonne, le 26 mars, l’application dans les plus brefs délais de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit la destitution du président ou sa démission en cas d’incapacité. Le divorce entre la fratrie et le fidèle général est définitivement consommé.

Crainte de son limogeage

Deux événements viennent conforter le vice-ministre dans la certitude que les Bouteflika ont décidé de lui couper la tête. Le 30 mars, l’ancien président Liamine Zéroual rencontre le général Toufik à la demande de celui-ci dans sa résidence, à Moretti. À l’initiative de Saïd Bouteflika, Toufik propose à Zéroual de présider une instance de transition. Comprenant la manœuvre, ce dernier refuse et conseille à son interlocuteur, ainsi qu’à ses sponsors, de satisfaire plutôt les revendications de la rue.

Le jour même, alors qu’une partie du commandement de l’armée est en réunion à Alger, Saïd Bouteflika appelle Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense et autre ennemi de Gaïd Salah. Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés le 7 mars au domicile de Nezzar. Au cours de l’entretien organisé à la demande de Saïd, celui-ci avait confié sa détermination à décréter l’état d’urgence ou l’état de siège si la contestation devait perdurer. Ce samedi 30 mars, Saïd veut aller plus loin. Devant Nezzar, qui a été entendu mardi 14 mai comme témoin par le tribunal militaire dans le cadre des poursuites engagées contre Saïd, Toufik et Tartag, il évoque la possibilité de destituer Gaïd Salah.

Vous doutiez qu’il allait agir ainsi ? s’étonne une de ses connaissances. Il ne connaît pas la marche arrière

Le décret de limogeage est déjà prêt. Saïd Bouteflika en donnera la teneur lors d’un échange téléphonique qu’il aura en fin de journée avec Liamine Zéroual, dans une ultime tentative de le convaincre d’accepter l’offre de conduire la transition. Gaïd Salah ne rate rien de ces manœuvres. Sur ses gardes, il surveille, écoute, s’informe et ferme toutes les écoutilles pour empêcher la diffusion du communiqué. La suite est connue. Le match se termine par un KO technique en sa faveur. Ahmed Gaïd Salah poursuivra de sa vindicte ceux qui ont pris part à cette conjuration. « Vous doutiez qu’il allait agir ainsi ? s’étonne une de ses connaissances. Il ne connaît pas la marche arrière. »

« Fonceur et bourru »

La personnalité d’Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, éclaire sous un autre jour l’ascendant qu’il a pris sur la scène politique. Elle explique la manière implacable avec laquelle il élimine ses détracteurs. Ses amis, ceux qui le connaissent ou ont travaillé à ses côtés, dressent de lui un portrait peu nuancé. « Fonceur, bourru, kamikaze, il est capable de colères homériques », dit l’un d’eux. « Il écoute, mais n’aime pas la contradiction », ajoute un autre.

Ahmed Gaïd Salah agit seul et ne fait confiance à personne. Il s’est enfermé dans une tour d’ivoire au risque de se mettre en danger

« C’est un solitaire qui a fini par s’entourer d’une poignée de conseillers et de collaborateurs en mesure de lui faire entendre raison », jure un de ses anciens subalternes. « Il agit seul et ne fait confiance à personne, tranche de son côté un militaire à la retraite. Il s’est enfermé dans une tour d’ivoire au risque de se mettre en danger. » Ambitieux ? À ceux qui sondent ses intentions à ce propos, il répond que Chadli Bendjedid et Liamine Zéroual, deux hauts gradés de l’armée, ont bien été présidents. Pourquoi pas lui ?

En se plaçant au centre du jeu depuis la démission de Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah donne du grain à moudre à ses adversaires, qui lui reprochent de vouloir prendre la place du chef qu’il a contribué à évincer. En s’impliquant directement dans la succession de Bouteflika, en assumant personnellement le suivi des affaires de corruption et en définissant semaine après semaine la feuille de route, le vice-ministre de la Défense est devenu l’une des cibles des manifestants, qui continuent de défiler par milliers chaque vendredi. Hier, les têtes de turc étaient Bouteflika, Saïd, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia ou encore l’homme d’affaires Ali Haddad, en prison depuis le 3 avril pour une histoire de passeport. Aujourd’hui, c’est Gaïd Salah lui-même.

Et les messages, brouillés et contradictoires, qu’il délivre au fil de ses sorties médiatiques entretiennent la méfiance de la rue. D’un côté, il répète à l’envi la volonté de l’armée de satisfaire toutes les revendications du peuple. De l’autre, il soutient le chef de l’État par intérim, Abdelkader Bensalah, et le gouvernement de Noureddine Bedoui, tenus pour des symboles du système Bouteflika et dont les départs sont réclamés chaque vendredi. Un jour, il appelle au dialogue avec les institutions de l’État pour sortir de l’impasse. Le lendemain, il rejette l’idée d’une transition négociée. Plus l’échéance de l’élection présidentielle, le 4 juillet, approche, plus la position de Gaïd Salah et de l’institution militaire deviendra inconfortable. Voire intenable.

Maintenir ce scrutin, boycotté par l’opposition et rejeté par les millions de marcheurs, c’est prendre le risque d’aller au clash. C’est aussi prendre le risque de s’aliéner l’armée et le peuple. Mais donner satisfaction aux manifestants en lâchant Bensalah et Bedoui comme il a lâché Bouteflika reviendrait à renier la feuille de route qu’il a lui-même tracée depuis la démission du vieux raïs. Dilemme cornélien.

Comparutions en cascade

Les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ainsi que le président du parti MPA et ancien ministre Amara Benyounes ont été auditionnés jeudi 16 avril par un juge du tribunal d’Alger. Détenu depuis le 3 avril dans le cadre d’une affaire de passeport qu’il aurait indûment acquis, Ali Haddad, PDG du groupe ETRH, a été également extrait de sa prison pour être auditionné. Ces responsables qui comptaient parmi les grandes figures du cercle présidentiel comparaissent dans le cadre d’enquêtes sur l’attribution de marchés publics. Le même jour, Tayeb Belaiz, ex-président du Conseil constitutionnel, comparaissait comme témoin devant le tribunal militaire dans l’affaire de la conjuration.

Source ; jeuneafrique.com

 

Soudan : la contestation veut un civil à la tête de la transition

  • PDF

Les leaders de la contestation au Soudan se sont dits déterminés à ce qu'un civil dirige le futur Conseil souverain, institution-clé de la transition dont la composition sera au coeur de la reprise prévue des négociations avec l'armée dimanche soir.

Selon un communiqué de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, les négociations reprendront à 19h GMT et se focaliseront sur la répartition, entre armée et contestation, des sièges du Conseil souverain ainsi que sur son futur chef.

Les négociations avaient été suspendues mercredi soir par les généraux, au pouvoir depuis la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir, qui réclamaient la levée des barricades installées par des manifestants à Khartoum.

Depuis le 6 avril, des milliers de Soudanais campent devant le QG de l’armée. Leur revendication principale, appuyée par la communauté internationale qui fait aussi pression sur les militaires, est le transfert du pouvoir à une administration civile.

Vendredi, des manifestants ont déconstruit des barricades mais menacé de les installer à nouveau si les généraux ne reprenaient pas les négociations. Samedi soir, le Conseil militaire de transition a annoncé la reprise des discussions dimanche avec l’ALC au palais présidentiel.

Depuis plusieurs semaines, les négociations butent sur la composition du Conseil. Les généraux insistent pour y obtenir une majorité de sièges tandis que les leaders de la contestation ont réaffirmé dimanche leur volonté de limiter la présence des militaires et de placer un des leurs à la tête du Conseil.

Débat sur la charia

Le Conseil militaire de transition actuellement au pouvoir est dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane. Les généraux qui négocient avec l’ALC ont annoncé que le général Burhane, nouvel homme fort du pays, dirigerait la future instance de gouvernement pour la transition.

Militaires et protestataires s’étaient entendus sur plusieurs points avant la suspension des négociations : la durée de la période de transition – trois ans – et la création d’un Parlement composé de 300 personnes, dont les deux tiers seraient issus de l’ALC.

La reprise des négociations dimanche soir se fera toutefois dans un contexte tendu, au lendemain d’une manifestation d’islamistes qui a rassemblé devant le palais présidentiel des centaines de personnes. Ceux-ci ont rejeté toute future administration civile qui n’utiliserait pas la charia (loi islamique) comme source de la législation.

La charia est appliquée au Soudan depuis le coup d’État de Omar el-Béchir, soutenu par les islamistes, en 1989.

L’ALC n’a pour le moment pas exprimé sa position sur la charia, affirmant que la priorité était d’instaurer une administration civile.

Source : jeuneafrique.com

 

« Complot » en Algérie : quels liens entre les protagonistes présumés ?

  • PDF

Depuis la démission de l'ex-président Bouteflika, le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah mène une vaste purge contre des personnalités accusées de « complot contre l’autorité de l’État ». L’accusation se fonde principalement sur des contacts avec les réseaux de Saïd Bouteflika. Mais qui a rencontré qui ?

La purge menée par Ahmed Gaïd Salah fait tellement trembler que ceux qui n’ont pas encore été convoqués se défendent déjà. Pour le moment, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida, pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État ».

Dans le cadre de la même affaire, la leader de gauche Louisa Hanoune a elle aussi été incarcérée en fin de semaine dernière. Jeune Afrique vous résume les liens entre les différents « complotistes », qu’ils soient soupçonnés d’avoir été instigateurs, acteurs ou simples témoins [l’infographie est à retrouver en fin d’article].

• Saïd et Toufik, cerveaux du « complot » ?

Fin mars dernier, les réseaux du général Mohamed Mediène, alias Toufik, avec l’assentiment du frère du président, sont soupçonnés d’avoir voulu détrôner le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, en relançant un vieux plan : proposer à Liamine Zéroual, en retrait depuis son départ de la présidence en 1999, de diriger l’instance de transition. Mais celui-ci a refusé. Selon les informations de Jeune Afrique, un décret de limogeage du chef d’état-major était déjà prêt le 30 mars.

Dimanche 5 mai, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, ainsi que les généraux Toufik et Tartag, ont été placés sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida. Ils sont accusés « d’atteinte à l’autorité de l’armée » et de « complot contre l’autorité de l’État ». D’après la chaîne étatique ENTV, les trois piliers de la présidence Bouteflika seront jugés en vertu des articles 77 et 78 du Code pénal, mais aussi 284 du Code de justice militaire.

• Le général Nezzar, témoin direct

L’ancien ministre de la Défense et général à la retraite Khaled Nezzar a été entendu par la justice militaire mardi 14 mai, dans le cadre de l’enquête visant Saïd Bouteflika et les deux généraux. Il est ressorti libre au bout de deux heures. Si on ne connaît pas les détails de l’audition, Nezzar avait livré un premier témoignage dans un courrier publié par le site Algérie patriotique. Dans sa tribune, le général raconte notamment sa première rencontre avec le frère de l’ex-président, qui a eu lieu jeudi 7 mars.

Selon Nezzar, Saïd Bouteflika l’a ensuite rappelé samedi 30 mars :  « Il m’a dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP [Armée nationale populaire] était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zeralda [la résidence présidentielle où se trouvait Abdelaziz Bouteflika] d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major », écrivait-il. Dans sa lettre, l’ancien ministre de la Défense accuse explicitement Saïd Bouteflika de complot contre Ahmed Gaïd Salah.

• Louisa Hanoune, « prisonnière politique » ?

Toujours dans le cadre de l’affaire dite « Tartag, Toufik, Saïd Bouteflika », Louisa Hanoune a été convoquée et arrêtée par le tribunal militaire de Blida. La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a fait appel de la décision du juge d’instruction, et sa requête sera examinée lundi 20 mai. Si la responsable politique a admis avoir effectivement rencontré, mercredi 27 mars, le frère cadet et conseiller de l’ex-président, elle assure ne pas être impliquée dans le « complot » et se considère comme une « prisonnière politique », ont fait savoir ses avocats.

La « réunion consultative » à laquelle la dirigeante du PT a participé « avait pour objectif de donner son avis sur la situation politique. Elle pensait que cette rencontre était officielle, avec l’accord de la présidence de la République », a expliqué son avocat, Me Rachid Khane. Louisa Hanoune a demandé à son défenseur de « transmettre un message spécial à tous les libéraux et aux libéraux d’Algérie » pour qu’ils soutiennent sa libération « en tant que prisonnier politique. Le seul pêché que j’ai commis est d’avoir rempli mes hautes fonctions politiques », jure-t-elle.

Des personnalités politiques françaises ont qualifié son incarcération d’ ‘arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion’

Ce vendredi, une centaine de personnalités politiques françaises ont répondu à l’appel en réclamant sa libération, dans un communiqué qui qualifiait son incarcération d’« arrestation arbitraire qui suscite une légitime émotion ». Le texte a notamment été signé par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le leader d’opposition Jean-Luc Mélenchon (gauche), le syndicaliste Philippe Martinez ou encore Me Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme.

• Abderrazak Makri prend les devants

Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), a lui aussi rencontré secrètement le frère cadet de l’ancien président, en octobre puis en décembre derniers. Le responsable islamiste souhaitait s’entretenir avec le chef de l’État, mais l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika ne l’a pas permis.

Comme le révélait Jeune Afrique, selon des sources proches du dirigeant islamiste, Saïd Bouteflika s’est contenté d’écouter son interlocuteur et lui a expliqué qu’il était difficile de trouver un consensus quant à l’organisation de l’élection présidentielle en 2019. Peu après cette rencontre, Makri a proposé de reporter l’élection initialement prévue mi-avril.

Invité ce lundi 13 mai du forum du quotidien d’État El Moudjahid, Abderrazak Makri s’est finalement expliqué sur sa rencontre avec le frère de l’ex-chef de l’État. « L’initiative du consensus national était publique et devait être discutée entre le pouvoir et l’opposition. Nous nous sommes donc adressés au pouvoir, représenté par la présidence de la République. Cette dernière a mandaté Saïd Bouteflika, en sa qualité de conseiller du président. […] Nous avons déposé l’initiative à la présidence et celle-ci a répondu. Notre rencontre a eu lieu au sein de la présidence de la République », a-t-il précisé.

• Le conclave de Zeralda

Le 19 décembre dernier, Saïd Bouteflika a réuni à Zeralda les responsables des partis de l’alliance de soutien à Abdelaziz Bouteflika, ainsi que son entourage proche. Ont notamment participé à cette rencontre le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre de l’Intérieur et actuel Premier ministre, Noureddine Bedoui, l’ex-ministre de l’Intérieur Tayeb Belaïz, le nouveau président de l’Assemblée nationale Mouad Bouchareb, ainsi que les ex-ministres Amar Ghoul (président du TAJ, parti membre de l’alliance présidentielle), Amara Benyounès et Benamar Zerhouni.

À cette réunion, qui a porté sur l’avenir politique du pays et sur l’incertitude de la tenue des élections en avril, Ahmed Gaïd Salah n’a pas été convié. En conclave, Saïd Bouteflika a répété, selon nos informations : « Le président ne peut pas faire de cinquième mandat. Sa santé le lâche. Il lui faut une sortie honorable. » Amar Ghoul s’est vu demander si l’armée validait le plan. « Oui, el djeich maana (“l’armée est avec nous”) », aurait-il répondu.

Si aucun des participants n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed

Si aucun des participants à cette rencontre n’a pour l’heure été convoqué par la justice militaire, quelques-uns ont comparu jeudi 16 mai devant le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger : les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi l’ex-ministre du Commerce Amara Benyounès, l’ex-ministre des Finances Karim Djoudi et l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Ces derniers, entendus dans le cadre de l’affaire Ali Haddad, ont finalement quitté le tribunal en soirée.

 

Lors de ce 13e vendredi de marche populaire, les manifestants ont arraché le sigle du Rassemblement national démocratique (RND), le parti d’Ahmed Ouyahia, tout en scandant des slogans hostiles au chef du gouvernement actuel, Noureddine Bedoui. « Non à la mascarade du 4 juillet », « Gaïd Salah dégage », pouvait-on également lire sur les pancartes des protestataires, à l’occasion de ce deuxième vendredi de ramadan.

Source : jeuneafrique.com

 

Algérie: l’armée défend une élection le 4 juillet, la mobilisation se poursuit

  • PDF

Alors qu’ils manifestent depuis trois mois, les Algériens demandent plus de changements politiques. Le chef d’état-major, lui, continue de privilégier la « solution constitutionnelle ».

L’appel à manifester a été publié sur les réseaux sociaux. Vendredi 17 mai, une manifestation pour demander un changement de système politique est organisée en Algérie, pour la 13e semaine consécutive. « Désormais, avec ou sans appel, on sort manifester quand même », rit Amine, 32 ans. Le jeune homme a participé à toutes les manifestations dans la capitale depuis le 22 février et ne compte pas s’arrêter. « Le départ d’Abdelaziz Bouteflika, ça ne nous suffit pas, on veut qu’ils partent tous ! ».

Le slogan « Yetnahaw gaa » (Qu’ils partent tous) est repris par les manifestants pour résumer les revendications. Ni les arrestations d’hommes d’affaires, dont Ali Haddad, l’ancien leader du Forum des chefs d’entreprises (FCE), la principale organisation patronale, du frère de l’ancien président, Saïd Bouteflika, ou encore des anciens responsables des services de renseignements, Mohamed Médiène et Athmane Tartag, ni les auditions dans le cadre d’enquêtes pour des affaires de corruption d’anciens responsables politiques ne semblent avoir eu que peu d’impact sur les revendications des manifestants. « J’ai l’impression qu’ils règlent leurs comptes », estime Amine. Fin avril, le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah avait annoncé que l’armée était en possession d’informations sur « des faits de spoliation de biens publics » « de montants faramineux » et que l’opération de lutte contre la corruption n’en était qu’à « son début ».

Depuis plusieurs semaines, le nombre de personnes qui manifestent en Algérie a diminué. Farid, la trentaine, ne se rend plus dans le centre de la capitale pour manifester. « Un changement de régime, ça nous prendra 20 ans. Je ne crois pas que manifester chaque semaine permette un changement rapide », explique-t-il. Pourtant, vendredi 10 mai, des milliers de personnes ont manifesté : une mobilisation qui a surpris pour le premier week-end du Ramadan. « C’est un peu comme un 22 février (le jour de la première manifestation nationale contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika) à nouveau », estime un journaliste. Habituellement, pendant le mois du jeûne, les habitants réduisent leurs activités pendant la journée et sortent peu. Dans la ville de Ouargla, à 800 kilomètres au sud de la capitale, une manifestation a eu lieu de nuit, après la rupture du jeûne et la prière.

«La question de l’armée divise»

Après 12 semaines de mobilisation, les changements politiques ne sont pas aussi importants que ceux espérés par les manifestants. Abdelaziz Bouteflika a quitté le pouvoir, mais Abdelkader Bensalah, l’un de ses proches, est toujours président par intérim et  Nourredine Bedoui est lui à la tête du gouvernement. En parallèle, Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major est bel et bien devenu l’homme fort du pays. Vendredi 10 mai, les slogans visaient directement le chef d’état-major dans le cortège d’Alger.

« La question de l’armée divise les gens. Ceux qui soutiennent l’armée ne le disent pas forcément publiquement, mais ils ne vont pas manifester », affirme Samir, la trentaine, qui a fait son service militaire. Dans la ville de Ouargla par exemple, la journaliste Houria Alioua rapporte d’importantes divergences entre habitants, certains estimant que le soutien à l’armée est indissociable du nationalisme.

Aujourd’hui, le chef d’état-major défend l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain, expliquant que c’est la « solution constitutionnelle ». L’application de l’article 102 de la Constitution, après la démission du président Abdelaziz Bouteflika, prévoit qu’une élection présidentielle doit être organisée dans les trois mois qui suivent le départ du président. Mardi 14 mai, 73 personnes avaient déposé une lettre d’intention de candidature, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur. Pourtant, de nombreux Algériens semblent rejeter cette élection. « S’ils maintiennent l’élection, nous irons manifester ce jour-là », affirme Kahina, la quarantaine, qui a pourtant toujours voté.

Mobilisation inédite de la société civile

Parallèlement, des initiatives qui visent à poursuivre la mobilisation se succèdent. Une trentaine de groupes d’acteurs de la société civile tentent ainsi de s’organiser. Des militants des droits de l’homme, des collectifs citoyens, des universitaires, des syndicats autonomes, des associations de femmes et de jeunes ou encore des collectifs d’artistes se réunissent chaque semaine pour tenter de parvenir à présenter une feuille de route de sortie de crise. « Les discussions ne sont pas simples, mais c’est inédit qu’il y ait autant de monde autour de la table », témoigne un participant. L’ancien ministre Ahmed Benbitour a proposé lui d’élire des représentants du mouvement de protestation dans chaque préfecture du pays. « Après trois mois de mobilisation, nous n’avons aucun représentant. Le pouvoir lui se régénère, et nous allons perdre », s’inquiète Sana, commerciale dans une entreprise privée.

D’autres signes accentuent les craintes. À Skikda, un militant a été convoqué au tribunal pour « incitation à attroupement armée ». Au début du mois de mai, quatre journalistes de la télévision publique ont été sanctionnés. Leur direction leur reproche notamment d’avoir exprimé un avis politique et d’avoir fait des déclarations à des médias privés. Les journalistes des médias publics algériens organisent des rassemblements devant leurs locaux depuis plusieurs mois. Début mars, ils dénonçaient la censure au sein de leurs rédactions et des pressions qui les avaient forcés à ne pas mentionner les manifestations au début du mouvement. Depuis, les choses avaient changé. « Rien n’est gagné, il faut maintenir la pression », estime un journaliste qui demande à rester anonyme.

Source : RFI

 

Algérie: forte tension à Alger pour le 13e vendredi de mobilisation

  • PDF

Aujourd'hui encore malgré la fatigue du ramadan, des barrages policiers pour accéder au centre-ville et des tirs de gaz lacrymogène à Alger, les manifestants ont répondu présents. Pour le 13e vendredi consécutif de manifestations en Algérie, plusieurs appels ont été lancés : appel à la mobilisation pour demander le départ du président de transition et du chef du gouvernement considérés comme des figures de l'ancien régime ; appel aussi contre l'organisation de la présidentielle prévue le 4 juillet prochain.

Ce vendredi, le climat a été particulièrement tendu à Alger, bien plus que les vendredis précédents. Interdite d'accès toute une partie de la journée, en milieu d'après-midi la foule a finalement eu raison du barrage policier et des gaz lacrymogènes qui les empêchaient d'accéder au parvis et aux marches de la Grande Poste, pour s'étaler sur l'ensemble de la place.

Des milliers de manifestants ont manifesté à Alger dans une ambiance plus tendue aujourd'hui, mais il y a eu foule aussi à Oran et Constantine, 2e et 3e villes du pays, à Bouira et Tizi Ouzou en Kabylie ou encore à Bordj Bou Arreridj, localité située à 150 km à l'ouest d'Alger devenue un haut lieu de la contestation.

Partout les mêmes mots d'ordre : « Non à l'élection du 4 juillet », « Non aux militaires au pouvoir », peut-on lire sur l'une des banderoles postées sur Twitter. Ce sont les deux principaux mots d'ordre de ce 13e vendredi de mobilisation. Car si le pouvoir maintient toujours son calendrier électoral, les manifestants le jugent intenable pour avoir un véritable renouvellement de la classe politique et veulent une période de transition politique.

Le dépôt des candidatures à la présidentielle se termine jeudi prochain et, pour le moment, pas de grande figure de l'opposition, peu de candidats ont validé leur candidature. Il faut voir si cette date pourra être maintenue.

« Un État civil, pas d'État militaire », c'est l'autre mot d'ordre du jour, alors que l'armée est revenue au centre du jeu politique, après avoir contribué au départ du président Bouteflika. Les manifestants s'inquiètent de plus en plus du rôle joué par le général Ahmed Gaïd Salah, soutien indéfectible du président Bouteflika pendant 15 ans.

Le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah tient les ficelles du pouvoir, mais c’est un cacique du régime Bouteflika. Un sujet qui divise néanmoins. Si à Alger le rejet est très fort, dans le reste du pays beaucoup soutiennent toujours l'armée au nom d'un certain nationalisme.

De leur côté, les autorités de transition poursuivent leur opération mains propres. Ce jeudi, deux procureurs d’Alger ont été démis de leurs fonctions. Idem pour le patron de l'organisme chargé de la lutte contre la corruption. Enfin, plusieurs personnalités du régime Bouteflika ont été convoquées par la justice. Beaucoup de mouvements dont il est difficile encore d'analyser la portée. Car aucun motif pour ces démissions et ces comparutions n'a été communiqué officiellement. Ce travail de la justice n'a, en tout cas, aucun impact sur la mobilisation de la rue.

Source : RFI